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    Plan détaillé Texte intégral Les nouveaux apports historiographiques sur l’artisanat en milieu urbain Quelques exemples de topographie artisanale dans les villes de l’Occident romain Les pouvoirs publics, les espaces artisanaux et la « forme esthétique » de la ville Notes de bas de page Auteur

    La forme de la ville

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    Table des matières

    Un aspect de la forme de la ville dans l’Occident romain : la topographie des lieux de l’artisanat sous la République et le Haut-Empire

    Maria Luisa Bonsangue

    p. 385-404

    Texte intégral Les nouveaux apports historiographiques sur l’artisanat en milieu urbain Quelques exemples de topographie artisanale dans les villes de l’Occident romain Les pouvoirs publics, les espaces artisanaux et la « forme esthétique » de la ville Mesures ou lois Création ou mise à la disposition des professionnels d’édifices et d’infrastructures Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Pour tenter de définir la forme de la ville à l’époque romaine, il peut être intéressant d’analyser un élément à la fois général et spécifique de la morphologie et du paysage urbains : la topographie des lieux de l’artisanat. Ce sujet a connu depuis les années 1990 un véritable renouvellement historiographique qui nous a permis d’enrichir nos connaissances sur les capacités productives de la ville romaine, sur la place des artisans dans les sociétés civiques et sur les évolutions sociales des cités inscrites dans l’espace urbain. Les observations qui suivent s’insèrent dans ce renouvellement et visent à proposer une synthèse des apports les plus récents de la recherche. Que faut-il entendre, avant tout, par artisanat urbain ? On s’appuiera sur une définition large du terme « artisanat », comprenant les métiers de la production de biens manufacturés destinés à la vente ainsi que l’artisanat alimentaire, les métiers de l’hôtellerie et ceux offrant à la clientèle des services de réparation et d’entretien1. Ces métiers étaient exercés par des artifices, les artisans, les détenteurs d’une ars, un savoir-faire professionnel spécialisé, transmis par apprentissage et mis au service du public. Or, la plupart des activités artisanales urbaines, lorsqu’elles ne s’exerçaient pas dans la sphère domestique, prenaient place dans des lieux qui associaient souvent des espaces de production et des espaces de vente. Ces lieux étaient appelés les tabernae, les boutiques ouvertes sur rue qui cumulaient locaux de production et pièces destinées à la commercialisation2. On en connaît par les sources de toutes sortes : tabernae uinariae, cretariae, unguentariae, cauponiae3, sans qu’il soit toujours possible de savoir si, dans ces tabernae, on vendait des produits fabriqués sur place ou achetés ailleurs. Généralement, on n’assimile pas aux tabernae les officinae, qui sont les ateliers de production proprement dits. Cependant, cette distinction n’est pas toujours très nette : un atelier peut aussi vendre ses objets sur une petite et moyenne échelle et une boutique alimentaire produire de l’artisanat culinaire4. Par conséquent, cette étude se référera à l’implantation topographique de tabernae et d’officinae dans quelques villes de l’Occident romain.

    2La question de la localisation des boutiques et des ateliers en milieu urbain a été longtemps négligée par l’historiographie en raison du rôle primordial que les sources antiques, reflet des élites dirigeantes, attribuaient à la ville romaine. Siège du pouvoir et des institutions politiques, la ville était considérée comme le lieu de représentation de la maiestas Populi Romani5. Cette vocation à exprimer la grandeur de Rome se traduisait, sur le plan de l’architecture et de l’urbanisme, par la poursuite de l’idéal de la pulchritudo urbis6. De plus, préserver la maiestas était une exigence qui liait tous les membres de l’Empire, alliés et cités7. C’est pourquoi les autorités publiques, aussi bien à Rome que dans d’autres villes de l’empire, tendaient à soigner tout particulièrement la beauté du cadre urbain, qui contribuait à exalter la puissance de la domination romaine et à accroître le prestige de la cité. De fait, de nombreuses lois et mesures, émanant des pouvoirs publics, étaient destinées à garantir et à préserver l’esthétique de la ville (des normes pour conserver l’intégrité des édifices, des lois sur les distances à respecter entre les bâtiments – ambitus –, des limitations sur la hauteur des édifices, etc.)8. La monumentalisation de l’espace urbain, selon des normes empruntées à un idéal d’élégance et d’harmonie, avait été l’un des éléments constitutifs de l’idéologie impériale9. La ville, symbole de la puissance romaine, devait présenter une « forme » cohérente avec des valeurs telles que l’elegantia, la uenustas et la pulchritudo10. Naturellement, ces idéaux concernaient surtout les espaces centraux de la ville, qui étaient le théâtre de la vie politique.

    3Dans le même temps, les lieux de l’artisanat et du commerce, indispensables à la vie économique locale, devaient nécessairement prendre place au sein de l’agglomération. On peut alors s’interroger sur la manière dont s’organisait la répartition des tabernae et des officinae romaines dans la trame urbaine. Y avait-il un schéma directeur unique et récurrent ? Les pouvoirs publics (impérial ou municipal) prenaient-ils des mesures visant à contrôler la localisation des boutiques et des ateliers au sein de la ville ou à proximité de celle-ci ? Ces mesures, si elles existaient, avaient-elles pour objectif de préserver la beauté du cadre urbain, ou traduisaient-elles d’autres finalités ?

    4Étant donné l’ampleur géographique et chronologique du sujet, notre étude se limitera à la partie occidentale du monde romain entre la République et le Haut-Empire. Loin de prétendre à l’exhaustivité, elle ne s’appuie que sur l’exemple de l’Vrbs et de quelques colonies de droit romain, car ces dernières étaient des specula Populi Romani11. Par conséquent, après avoir présenté les nouveaux apports historiographiques en matière d’artisanat urbain, il s’agira d’analyser, à partir de quelques exemples, les modalités de l’insertion de boutiques et d’ateliers dans le paysage urbain, pour voir, enfin, si l’intervention des pouvoirs publics dans cette implantation artisanale répondait à la volonté de donner à la ville une forme empruntée aux valeurs d’elegantia et de pulchritudo.

    Les nouveaux apports historiographiques sur l’artisanat en milieu urbain

    5D’après l’historiographie des années 1980, influencée par les travaux de Moses I. Finley, la ville antique, grecque et romaine, jouait un rôle économique mineur car elle vivait sur les ressources de la campagne12. Elle n’accueillait qu’un artisanat de luxe et un petit commerce de proximité, et la plupart des productions prenaient place dans la sphère domestique. La ville, les élites et la population consommaient les biens agricoles et manufacturiers produits en milieu rural. Ainsi le modèle de la consumer city, élaboré par Finley et inspiré des études de Max Weber et de Werner Sombart13, a-t-il eu un grand succès. À propos de la Gaule, on en est même arrivé à parler d’une ville parasite de la campagne14. Selon ce courant historiographique, finleyen ou « primitiviste », la ville antique, à la différence de la ville médiévale, avait des capacités productives très limitées, la plupart des activités artisanales s’effectuant dans la sphère domestique15. Contre cette tendance s’est élevé, vers la fin des années 1980, un courant historiographique qui a proposé un modèle opposé, celui de la « cité de production »16. Constatant que d’importants ateliers produisant des biens destinés à l’exportation étaient situés à l’intérieur ou à la périphérie d’un certain nombre de villes antiques (Naples, Arezzo, Pouzzoles), ce deuxième courant « moderniste » a mis en évidence le fait que la ville antique était capable de produire un surplus destiné à une commercialisation sur une large échelle, comme avait pu le faire la ville médiévale. En réaction au modèle de la « cité de production » s’est levé un troisième groupe d’historiens, qui, encore proche des idées finléyennes mais plus modéré, a souligné le rôle de la ville dans le domaine financier, dans l’organisation de l’exploitation du territoire et dans le contrôle des échanges entre la campagne et le marché urbain. Cependant, ce troisième courant, tout en exaltant les capacités commerciales et financières de la ville, accordait peu d’attention à ses potentialités artisanales17.

    6Depuis les années 1990, la multiplication des enquêtes archéologiques sur l’artisanat dans le monde romain a aidé à dépasser le débat sans issue entre primitivistes et modernistes. Il suffit de se référer aux travaux de Philippe Borgard, Jean-Pierre Brun, Michel Polfer, Sara Santoro18 et aux contributions d’autres chercheurs dans des colloques récents19. On reconnaît désormais que toutes les villes romaines avaient développé des activités artisanales dynamiques qui leur permettaient de ne pas vivre « en parasites de la campagne ». Ainsi l’étude de l’artisanat en milieu urbain est-elle menée indépendamment de toute tentative visant à en évaluer spécialement les capacités d’exportation et le rayonnement commercial. Par conséquent, les activités artisanales sont analysées dans leur logique interne et par rapport à leur dynamique au sein du noyau urbain. On inclut dans la liste des métiers artisanaux le travail de l’os et l’artisanat alimentaire. On s’interroge sur les facteurs et les acteurs de la localisation topographique de boutiques et d’ateliers dans le paysage urbain. On s’efforce de comprendre sous l’angle des rapports sociaux les évolutions topographiques des activités artisanales à l’intérieur de la ville. Enfin, on remet en discussion la notion de quartier artisanal et l’éventuelle existence de portions de l’espace urbain vouées à la seule fonction productive20.

    7Parallèlement, des études récentes davantage tournées vers l’histoire sociale des milieux du travail dans le monde romain ont révélé que les artisans et les petits commerçants, les hommes de métiers urbains qui, selon les sources littéraires (Cicéron, Sénèque, par exemple21), faisaient l’objet du mépris des élites, ne vivaient pas forcément aux marges de la société romaine22. Tout en faisant partie des milieux plébéiens soumis aux élites dirigeantes, les artisans étaient les propriétaires ou les gérants de leurs boutiques et de leurs affaires commerciales et montraient une grande fierté professionnelle. Ils s’autoreprésentaient dans l’épigraphie et les reliefs des métiers comme des spécialistes, détenteurs d’une ars, d’un savoir-faire qui contribuait à leur respectabilité23. Ils pouvaient aussi s’investir dans la vie civique par le moyen des collèges professionnels24. Certains d’entre eux parvenaient à obtenir, grâce à l’exercice de leur métier, suffisamment de richesses et de reconnaissance sociale pour se hisser au sommet des milieux plébéiens de la cité. Finalement, le prétendu mépris des groupes supérieurs n’était pas aussi répandu que les auteurs anciens semblent l’avoir affirmé25. Or, les apports récents de l’historiographie sur la question de l’artisanat en milieu urbain permettent d’interpréter de manière nouvelle les données sur la topographie des activités artisanales dans la ville romaine.

    Quelques exemples de topographie artisanale dans les villes de l’Occident romain

    8Il est utile à présent d’analyser quelques exemples précis de la manière dont les lieux de l’artisanat s’inséraient dans le contexte urbain des villes d’Occident, en tenant compte des dernières avancées historiographiques. On se focalisera sur des cas pour la plupart très connus, en s’appuyant surtout sur la documentation archéologique. Dans le cas de Rome, la localisation topographique des boutiques et des ateliers de l’Vrbs a été étudiée, il y a quelques années, par Jean-Paul Morel, puis plus récemment par Emanuele Papi26. Ces auteurs ont constaté que, depuis le IVe siècle avant J.-C., les pouvoirs publics avaient œuvré pour éloigner du forum les activités artisanales les moins nobles. Ainsi, selon Varron, « Forensis dignitas creuit atque ex tabernis lanieis argentariae factae27 ». La dignité du forum s’est accrue à partir du moment où les boutiques des bouchers ont été remplacées par celles des banquiers, c’est-à-dire lorsque les métiers de bouche ont disparu au profit d’activités plus nobles liées à l’argent.

    9À partir du IIIe siècle avant J.-C., les autorités ont progressivement cherché à canaliser les commerces alimentaires dans des bâtiments destinés à les abriter, comme le macellum – le marché de la viande et du poisson –, mais sans y parvenir entièrement28 (fig. 1). Au fil du temps, avec la monumentalisation du centre urbain voulue par les élites de la République puis par les empereurs, d’autres structures ont été créées, horrea et fora, dans des lieux de plus en plus éloignés du cœur de la ville pour concentrer et regrouper certaines activités de production et de vente29. En revanche, les artisanats les plus bruyants, les plus dangereux, les plus polluants ont été graduellement cantonnés dans des quartiers périphériques, comme le Trastevere, où des coriarii, des tanneurs, sont attestés par les sources pendant tout le Haut-Empire30. Par ailleurs, les ateliers produisant de la céramique et de l’opus doliare ont été repoussés pour la plupart vers la périphérie de la ville, puis à l’extérieur de celle-ci dans un secteur que l’on appelle le suburbium31. Jean-Paul Morel identifie un mouvement de concentration des activités par spécialité et d’enfermement dans des bâtiments bien définis et, parallèlement, un mouvement d’éloignement du centre-ville32. Il explique cette implantation artisanale par l’exigence, ressentie par les pouvoirs publics, de préserver le cœur de la ville des nuisances (bruits, odeurs) et des risques d’incendie, ainsi que de lui conférer une forme digne de sa grandeur. Mais il l’interprète aussi comme un rejet des artisans aux marges de la société33, en accord avec l’opinion négative que les élites romaines semblaient manifester à l’égard de ces professionnels et de leurs activités « indignes34 ». Ce schéma interprétatif a pendant longtemps servi de modèle pour expliquer la topographie artisanale d’autres cités du monde romain : les artisans et commerçants seraient refoulés à la périphérie de la ville ou du centre-ville ; ils annexeraient des espaces publics tombés en déshérence, comme nécropoles et glacis des fortifications, et tendraient à se regrouper en quartiers par type d’activité. Si cette tendance à la concentration et au regroupement en quartiers artisanaux a été aujourd’hui remise en cause35, un mouvement progressif d’éloignement du centre-ville36 a été constaté dans plusieurs contextes urbains37. Néanmoins, faut-il interpréter ce phénomène comme un rejet des artisans aux marges de la société ? Le cas de Narbonne peut permettre de réfléchir à la question.

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    Figure 1. Le forum de Rome au début de l’Empire (Papi E., « La turba inpia : artigiani e commercianti del foro romano e dintorni [I sec.a.C.-64 d.C.] », Journal of the Roman Archaeology, no 15, 2002, p. 46). Les espaces hachurés correspondent à l’emplacement des boutiques artisanales et commerciales.

    10À Narbonne, la situation présente quelques analogies avec le cas de Rome. Colonie romaine fondée en 118 avant J.-C., Narbo Martius est avant tout connue comme le « port de la Celtique entière » à l’époque républicaine et augustéenne38. Or, la renommée de l’activité commerciale de cette ville a longtemps fait de l’ombre au dynamisme de son activité artisanale39. En effet, une analyse fine de la documentation épigraphique narbonnaise permet de souligner l’importance de l’artisanat urbain entre l’époque augustéenne et le Haut-Empire. Les métiers représentés à Narbonne sont très nombreux : limarii, uestiarii, coriarii, pelliones, sagarii, lapidarii, pistores, etc. Le corpus des inscriptions les attestant est, après celui de Rome, le plus riche de toutes les villes de l’Occident romain40. Comme il a été démontré ailleurs, cette documentation révèle l’existence d’artisans et de petits commerçants propriétaires ou gérants de leurs boutiques et bénéficiant d’un niveau de vie relativement aisé41. Leur position sociale dans la cité ne doit donc pas être sous-estimée. Du point de vue de la topographie artisanale narbonnaise, les découvertes archéologiques permettent d’esquisser le tableau suivant42 (fig. 2). L’artisanat urbain se retrouve essentiellement en périphérie nord, dans le quartier actuel de Razimbaud et le long du boulevard 1848. Ce secteur présente avant tout des productions céramiques, connues indirectement par de multiples ratés de cuisson, briques de four et accessoires d’enfournement, datant de l’époque augustéenne. Certaines découvertes attestent l’existence d’une production de présigillées près du boulevard 1848, vers la fin du Ier siècle avant J.-C.43. En outre, un atelier de bronzier de dimensions moyennes a été signalé récemment en limite du site, côté nord-est, dans un contexte chronologique correspondant à la fin du Ier siècle avant J.-C. et au début du Ier siècle après J.-C.44. Dans un autre quartier de Narbonne, situé à l’ouest du centre-ville, au lieu-dit La Mayrale, a été trouvé un second atelier de céramique. Il a pour caractéristique d’être implanté dans une zone assez éloignée de la ville. Cet atelier périurbain a livré quatre fours et trois dépotoirs datés du IIe siècle après J.-C.45. En somme, cette documentation laisse supposer que vers la fin du Ier siècle avant J.-C., au moment où Narbonne connaissait une forte expansion de son tissu urbain avec la construction des domus du Clos de la Lombarde46, à proximité du quartier Razimbaud, les unités artisanales ont été déplacées vers une nouvelle périphérie plus éloignée du cœur de la ville47. Faut-il comprendre cette présence à la périphérie de l’agglomération comme le résultat du cantonnement des artisans aux marges de la société, ainsi que cela a été le cas à Rome ? Ces zones d’ateliers ont pour point commun de se situer à proximité de la voie Domitienne et de la voie d’Aquitaine, qui, en garantissant un accès facile aux matières premières, ont pu déterminer leur implantation. Ce n’est pas pour autant le reflet concret d’un rejet des artisans vers les rangs les plus bas de la société narbonnaise, comme l’épigraphie l’a d’ailleurs démontré48.

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    Figure 2. Localisation des activités de production à narbonne (Sanchez c., Jézégou m.-p. et Pages G., « entre littoral et arrière-pays, l’organisation des activités artisanales : le cas de Narbonne antique », Esposito a. et Sanidas G. M. [dir.], « Quartiers » artisanaux en Grèce ancienne, Villeneuve-d’Ascq, presses universitaires du septentrion, 2012, p. 375).

    11Dans d’autres villes de l’empire, les ateliers et les boutiques étaient localisés au cœur du centre urbain : c’est le cas à Pompéi, une colonie syllanienne dans laquelle on trouve des activités polluantes en plein centre-ville.

    12Les ateliers de nettoyage de toisons, officinae lanifricarie, qui étaient liés aux productions textiles de Pompéi, ont été étudiés par Philippe Borgard et Marie-Pierre Puybaret : ils étaient situés en plein centre-ville49. Sur les vingt-sept connus, quatorze se trouvaient dans l’angle nord-est du forum. Ces ateliers, qui se consacraient au traitement de la laine brute et à sa purification avant le filage, comportaient d’immenses vasques chauffées et devaient engendrer de la fumée et de mauvaises odeurs. Or, cette concentration spatiale a été expliquée par la proximité du macellum, où avait lieu la vente d’animaux abattus sur place ou sacrifiés dans les temples autour du forum50. Les autres ateliers de nettoyage de toisons connus à Pompéi, ainsi que des teintureries et des fouleries51, dans lesquelles des substances malodorantes étaient employées pour traiter les tissus, étaient situés de part et d’autre de l’axe de circulation de la uia del Vesuvio et de la uia Stabiana. Leur présence à ces endroits dépendait sans doute de l’emplacement des châteaux d’eau qui alimentaient la ville de Pompéi52 (fig. 3). Ce sont donc la proximité de lieux d’approvisionnement en matières premières ainsi que certaines contraintes techniques qui peuvent expliquer l’implantation topographique de boutiques et d’ateliers dans le tissu urbain. Le cas de Pompéi confirme que leur refoulement à la périphérie des villes n’était par conséquent pas la règle générale.

    13Ostie, colonie romaine depuis le IVe siècle avant J.-C. au moins, présente un cas de figure semblable à celui de Pompéi. Au IIe siècle après J.-C., des boulangeries de dimensions importantes (d’une surface allant de 640 à 1 525 m²) ont été construites sous Hadrien et Antonin le Pieux, ce qui impliquait des bruits et des nuisances : elles se situaient pourtant dans le centre monumental et représentatif de la ville, à l’est du forum53 (fig. 4). Deux d’entre elles flanquaient le decumanus maximus, l’artère principale de la ville, défigurant d’une certaine manière la continuité de l’une des rues principales de la colonie (fig. 5, à propos des boulangeries D et E). Jan Theo Bakker a expliqué ce phénomène par la présence dans ce secteur du « grand entrepôt », l’un des plus importants lieux de stockage de blé de la colonie, qui existait depuis l’époque de Claude ou de Néron54. Les grandes boulangeries d’Ostie se trouvaient tout à côté de leur centre d’approvisionnement55. Par ailleurs, une grande fullonica était située le long de la Via degli Augustali, au sud du decumanus maximus, dans un quartier proche du cœur politique de la ville (regio V, insula VII, domus 3) (fig. 6). Cet énorme atelier devait certainement traiter les tissus bruts et souillés qui arrivaient à Ostie depuis l’arrière-pays, et qui étaient foulés sur place puis destinés au marché que constituait Rome56. Toutes ces activités occasionnaient des nuisances, puisque les foulons utilisaient des produits malodorants.

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    Figure 3. Les espaces de production liés au textile et les éléments liés au réseau d’adduction en eau à Pompéi (d’après Monteix N., « De “l’artisanat” aux métiers : quelques réflexions sur les savoir-faire du monde romain à partir de l’exemple pompéien », Monteix N. et Tran N. (dir.), Les Savoirs professionnels des gens de métier. Étude du monde du travail dans les sociétés urbaines de l’Empire romain, Naples, Centre Jean Bérard, 2011, p. 157).

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    Figure 4. Localisation des boulangeries à Ostie (DeRuyt C., dans Beal J.-Cl. et Goyon C. [dir.], Les Artisans dans la ville antique, Lyon, université Lumière Lyon 2, 2002, p. 50).

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    Figure 5. Détail de la localisation des boulangeries à Ostie (Bakker J. T., « Les boulangeries à moulin et les distributions de blé gratuites », Descoeudres J.-P. [dir.], Ostia, port et porte de la Rome antique, Genève, Georg et Musées d’art et d’histoire, 2001, p. 179).

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    Figure 6. Localisation des fullonicae à Ostie (DeRuyt C., dans Beal J.-Cl. et Goyon C. [dir.], Les Artisans dans la ville antique, Lyon, université Lumière Lyon 2, 2002, p. 51).

    14Ces exemples montrent une grande diversité de situations. Dans un certain nombre de villes, des artisanats polluants, « indignes » et peu décoratifs avaient été éloignés du centre et repoussés à la périphérie par les pouvoirs publics : cette localisation ne doit pas forcément être interprétée comme une volonté d’exclure les artisans de la société. D’autres facteurs d’implantation doivent être pris en compte, tels que la proximité des matières premières et l’existence d’infrastructures techniques nécessaires aux activités professionnelles, la possibilité d’accéder facilement aux voies de circulation, la présence d’une abondante clientèle stable ou occasionnelle, etc. Par ailleurs, ce modèle d’implantation ne se retrouve pas dans la totalité des cas. Certains espaces de production étaient situés dans des lieux proches du centre politique, ce qui pourrait s’expliquer par les mêmes exigences matérielles, techniques et économiques. Or, ces artisanats s’imbriquaient de manière complexe dans la trame urbaine, où ils étaient parfois amenés à côtoyer les lieux les plus nobles de la ville. Cette mixité spatiale renvoie à une mixité sociale et indique sans doute que les artisans ne vivaient pas aux marges de la société locale. En somme, on reconnaît désormais, grâce aux derniers apports historiographiques, que les pouvoirs publics romains, lorsqu’ils intervenaient dans la topographie artisanale urbaine, ne cherchaient pas forcément à refouler les artisans ou à les marginaliser. Cependant, est-il possible d’identifier plus exactement le rôle joué par les autorités civiques et les objectifs qu’elles poursuivaient ?

    Les pouvoirs publics, les espaces artisanaux et la « forme esthétique » de la ville

    15Les exemples présentés plus haut montrent que parmi les différents facteurs d’implantation topographique de boutiques et d’ateliers dans la ville, la part qui revenait aux pouvoirs publics était importante. Si ces derniers n’agissaient pas forcément pour reléguer les artisans aux rangs les plus bas de la société, il leur arrivait cependant d’intervenir sur la localisation des espaces artisanaux afin de garantir la beauté du cadre urbain. C’est en tout cas ce que semble suggérer un témoignage provenant de la partie orientale du monde romain au IIe siècle après J.-C. : l’exigence pour les cités de monumentaliser les lieux du pouvoir politique pouvait les amener à déplacer boutiques et ateliers pour hiérarchiser les espaces en éliminant du centre-ville les activités non décoratives57. Il est donc légitime d’analyser en détail le rôle des pouvoirs publics dans cette implantation artisanale et de se demander si ces derniers avaient toujours pour but d’assurer à la ville une forme répondant à des valeurs esthétiques. En d’autres termes, jusqu’à quel point l’idéal de la pulchritudo urbis pouvait-il influencer le choix des pouvoirs publics en matière de topographie artisanale ? Les autorités civiques avaient deux procédés à leur disposition pour intervenir dans la localisation des ateliers et des boutiques. D’une part les lois, les mesures ou les prescriptions juridiques, d’autre part, plus concrètement, la construction ou la mise à disposition des professionnels d’édifices et d’infrastructures.

    Mesures ou lois

    16La question de l’existence de lois et de mesures visant à réglementer l’implantation artisanale dans les cités du monde romain a été récemment étudiée par Catherine Saliou dans le but de vérifier si la ville romaine abritait des quartiers artisanaux spécialisés58. La chercheuse a constaté une pauvreté considérable des sources concernant les cités de l’Occident romain sous le Haut-Empire, alors que la documentation est plus riche pour l’Orient à l’époque tardive. Elle a toutefois pu observer que les données disponibles témoignaient plutôt d’une imbrication des activités artisanales dans le tissu urbain, ce qui signifie qu’il n’y avait pas de quartier entièrement voué à la production59. Dans ce contexte, il paraît utile de reprendre en détail les rares sources juridiques touchant à la topographie des espaces artisanaux dans les cités d’Occident pour essayer de comprendre plus précisément ce que furent les objectifs de ces dernières entre la République et le Haut-Empire. Le dépouillement des textes a apporté les résultats suivants.

    17Les informations les plus claires concernent la ville de Rome, pour laquelle on dispose de quelques vers de Martial qui font référence à une mesure prise par Domitien. Selon H. J. Izaac, il s’agissait d’un édit impérial dont le but était de limiter l’occupation de l’espace public par les boutiquiers60. L’empereur n’avait pas cherché à déplacer les espaces artisanaux dans d’autres parties de la ville, mais à empêcher les boutiquiers et les petits commerçants d’envahir la chaussée avec leurs étals et leurs marchandises. Or, la mesure de Domitien, rapportée par Martial, s’attachait moins à préserver la pulchritudo de la capitale qu’à garantir les possibilités de circulation en réduisant la confusion engendrée par les installations des artisans et des commerçants dans l’espace urbain. La protection de la voie publique pour permettre la circulation des véhicules était une préoccupation constante à Rome, comme le montrent d’autres dispositions prises par les pouvoirs publics au cours du IIe siècle après J.-C.61. En revanche, on peut s’interroger sur les modalités d’application de la mesure de Domitien. Le texte de Martial est certes trop concis pour nous en apprendre davantage. Il est tout de même possible de supposer que l’empereur a œuvré sévèrement de façon à exiger des boutiquiers, qui avaient tendance à s’installer abusivement sur la chaussée, le paiement d’une redevance à la municipalité. En effet, on sait que les autorités romaines imposaient le versement d’un uectigal à ceux qui voulaient occuper un espace public, et que ce loyer s’appelait le solarium62. Si cette mesure nous renseigne quelque peu sur l’action des pouvoirs publics dans l’Vrbs, pour les autres villes d’Italie et d’Occident les informations sont éparses et assez maigres.

    18Un passage du Digeste évoque une série de normes qui devaient concerner de manière générale l’ensemble des cités d’Occident à l’époque républicaine et impériale. Il s’agit de la réponse que le juriste Ariston, d’époque républicaine, avait donnée à propos d’un épisode qui s’était produit dans la ville de Minturnes. Dans cette dernière, l’activité d’une taberna casiaria provoquait des nuisances importantes qui gênaient le voisinage. L’occupant de l’étage situé au-dessus de la boutique du fromager se plaignait de la fumée. Or, la boutique, qui était la propriété de la municipalité, avait été louée par le fromager. La question était de savoir si la cité de Minturnes était responsable du tort subi et si elle devait dédommager l’occupant concerné63. Au-delà de la complexité des recours juridiques auxquels le document fait allusion, ce passage du Digeste montre qu’il existait des normes appelées à trancher les litiges provoqués par les nuisances engendrées par les installations artisanales. De telles normes ne visaient pas à contrôler la localisation d’ateliers et de boutiques dans la trame urbaine. Régissant les rapports entre les artisans et leur voisinage, elles avaient vraisemblablement pour objectif de garantir l’ordre public dans la cité.

    19Un extrait de la loi d’Urso peut être ajouté au dossier des mesures normatives illustrant la position des pouvoirs publics sur le sujet de l’emplacement des ateliers et des boutiques dans la trame urbaine. Il s’agit d’une lex coloniae, un ensemble de dispositions qui devaient présider à l’organisation de la colonie romaine d’Urso, fondée en 44 avant J.-C.64. Le texte de la lex avait été gravé sur une inscription qui nous est parvenue en plusieurs fragments. À la rubrique lxxvi de ce règlement65, il est question d’interdire à l’intérieur de la ville, oppidum, l’installation de figlinae teglariae, c’est-à-dire de fabriques d’une surface supérieure à trois cents tuiles. Si quelqu’un contrevenait à cette règle, la loi prévoyait la confiscation de l’installation artisanale66. Cette interdiction semble avoir eu pour but de prévenir l’implantation de tuileries de dimensions importantes dans le centre urbain d’Urso, la limite de trois cents tuiles se référant à la superficie des bâtiments plus qu’à leurs capacités productives67. Puisqu’elle n’entraînait pas la démolition des tuileries mais seulement leur confiscation, il est probable que les ateliers ont continué à fonctionner. Par conséquent, ce passage ne peut relever de la volonté de la part des pouvoirs publics de repousser l’exercice de l’activité artisanale en dehors du périmètre urbain68. Cependant, la question qui se pose concerne la finalité de l’interdiction. S’agissait-il de préserver la beauté du centre-ville d’Urso69 ? Voulait-on limiter la localisation urbaine des tuiliers de grandes dimensions pour protéger les vastes ateliers publics d’opus doliare qui devaient exister à la périphérie de l’agglomération70 ? Était-il plutôt question d’économiser de la superficie urbaine en freinant la disparition des locaux habitables afin d’éviter la spéculation71 ? Il est possible que les trois raisons aient été prises en compte par les rédacteurs de la loi coloniale. Cependant, à l’appui des deux dernières hypothèses, on remarque que la punition envisagée pour les contrevenants (la confiscation des installations artisanales) semble plus importante que les amendes pécuniaires prévues pour ceux qui enfreignaient les dispositions de la lex destinées à préserver la pulchritudo d’Urso (chapitres LXXIII et LXXV)72. Par conséquent, cette mesure pourrait signifier que les objectifs avaient un caractère plus économique et social (prévenir les problèmes de logement) qu’esthétique.

    20En conclusion, seules quelques interventions directes effectuées par les pouvoirs publics sont connues dans les sources littéraires sous la forme de lois et de dispositions légales. En aucun cas, pour la partie occidentale du monde romain, elles ne font référence à une volonté claire de la part des autorités civiques de déterminer la localisation des espaces artisanaux à l’intérieur ou à l’extérieur de la ville. Lorsqu’elles concernent la ville de Rome, il apparaît clairement que, plus qu’à garantir la beauté de l’Vrbs, elles visaient à faciliter la circulation dans les rues. En revanche, pour d’autres cités de l’Occident romain, les rares dispositions attestées portent plutôt sur les relations entre les espaces artisanaux et leur voisinage ou sur la limitation des dimensions de certains ateliers urbains. Elles cherchaient plus à maintenir l’ordre public, les équilibres sociaux ou les revenus de la cité que la beauté de la ville. Par ailleurs, les pouvoirs publics et les membres de l’oligarchie civique pouvaient intervenir aussi d’une autre manière dans la localisation des espaces artisanaux dans le tissu urbain.

    Création ou mise à la disposition des professionnels d’édifices et d’infrastructures

    21Ces interventions concrètes se faisaient de trois manières. Tout d’abord, par le don à titre évergétique d’infrastructures à l’usage des professionnels, ce qui devait nécessairement avoir des répercussions sur la topographie artisanale dans la cité. À ce propos, il convient de mentionner la construction, voulue par un magistrat de la cité d’Évreux au cours du IIe siècle après J.-C., d’une piscine publique dont l’usage était réservé aux foulons qui œuvraient en ville, peut-être à proximité les uns des autres73. Il est peu probable, dans ce cas, que des considérations de nature esthétique aient motivé ce type d’initiative74. Ensuite, les autorités civiques pouvaient procéder à la construction ou au financement d’édifices spécifiques voués à des fins économiques comme les macella ou les horrea, dont on sait qu’ils étaient susceptibles d’abriter des boutiques et des ateliers75. Ce genre de bâtiments procédait, entre autres, de la volonté de monumentaliser l’espace public, de le rationaliser, de contenir les débordements des installations artisanales, certainement dans le but d’embellir les villes. La présence de ces structures influençait ainsi la localisation des activités artisanales dans l’espace urbain, dans des secteurs plus ou moins proches du centre-ville.

    22Enfin, les pouvoirs publics avaient un moyen d’intervenir indirectement dans la localisation urbaine des espaces de production, qui était la location de boutiques. On sait que la location d’immeubles était une pratique courante auprès des membres des élites romaines et qu’elle pouvait garantir des revenus importants aux particuliers76. On a supposé qu’après le tremblement de terre de 62 les propriétaires des riches demeures des cités vésuviennes avaient loué à titre privé une partie de leurs habitations à des professionnels77. Cela dit, les cités pouvaient posséder à titre collectif des locaux, tabernae publicae, qui étaient loués à des commerçants et des artisans, comme l’a mis en évidence une étude très récente78. De ces locations, les cités pouvaient tirer des bénéfices relativement importants. Il s’agissait parfois de véritables ateliers de fabrication, ainsi que la documentation épigraphique le laisse penser à propos de Pompéi, Telesia et peut-être Arpinum79. Il a aussi été observé que de nombreux lieux publics, même les plus représentatifs des villes, tels que les portiques bordant les forums ou les théâtres, ont abrité des boutiques appartenant à la communauté. En effet, un passage de Vitruve propose de manière normative, pour toutes les cités d’Italie, le modèle d’un forum entouré de tabernae argentariae d’où tirer des revenus locatifs80. Ainsi a-t-on fait l’hypothèse, fondée sur la documentation archéologique, qu’il y avait des boutiques, voire de véritables ateliers, sous les arcades du théâtre d’Ostie81. En outre, on a supposé que les emplacements occupés par des commerçants provisoires dans les entrecolonnements de l’amphithéâtre de Pompéi leur avaient été loués par la cité82. Par conséquent, les autorités civiques pouvaient louer à des commerçants et à des artisans des locaux qui leur appartenaient et dont beaucoup étaient situés dans les lieux les plus centraux de la ville, dans des édifices qui faisaient partie intégrante de la parure esthétique de la cité et contribuaient à sa dignité. Dans ce genre de cas, les pouvoirs publics ne se souciaient pas des aspects peu décoratifs ou peu salubres des activités professionnelles de leurs locataires83.

    23En définitive, les pouvoirs publics déterminaient l’emplacement des boutiques et des ateliers soit en créant de nouveaux édifices ou infrastructures, soit en mettant ceux déjà existants à la disposition des professionnels. Les considérations esthétiques pouvaient être d’un grand poids dans leurs décisions, notamment lorsqu’il s’agissait de monumentaliser le cœur des villes au moyen de bâtiments économiques destinés à abriter boutiques et ateliers. Cependant, l’intervention des autorités civiques ne visait pas toujours à améliorer ou à préserver l’esthétique de la ville, notamment lorsqu’il s’agissait de louer des biens qui leur appartenaient et dont elles tiraient des revenus. Ces biens, qui étaient parfois associés à d’importants bâtiments et édifices civiques, se trouvaient dans des lieux publics situés au cœur des villes. La perspective des profits à tirer de la location de boutiques et d’ateliers publics n’empêchait pas les autorités civiques d’autoriser certaines activités bruyantes, polluantes, peu décoratives et peu prestigieuses à occuper un emplacement central. En somme, les choix de localisation pouvaient être liés, du moins en partie, à la gestion des finances des cités, lesquelles étaient prêtes à renoncer dans une certaine mesure à l’esthétique des lieux de pouvoir, une esthétique pourtant requise par l’idéologie romaine, pour obtenir des revenus.

    24La réévaluation de la place de l’artisanat et des artisans dans l’économie et la société des villes romaines permet de mieux comprendre le sens à donner à la topographie des espaces artisanaux dans la trame urbaine. S’il est fréquent de voir des cas d’implantations d’ateliers de production à la périphérie ou à l’extérieur des villes, il ne faut pas interpréter ce phénomène comme un rejet des artisans aux marges de la société. En effet, quelques contextes coloniaux montrent des situations de mixité et d’imbrication des activités artisanales dans le tissu urbain, à proximité des lieux de la vie politique. Si des facteurs techniques et pratiques (possibilité d’approvisionnement en matières premières, proximité de la clientèle) ont pu influer sur l’emplacement des boutiques et des ateliers, généralement décidé par les hommes des métiers, un rôle important revient aux élites et aux pouvoirs publics. Ces derniers ne semblent pas avoir adopté de lois ou de normes visant à imposer la localisation urbaine ou extra-urbaine des installations artisanales dans l’Occident romain. Cependant, ils pouvaient influencer la topographie artisanale au moyen de réalisations architecturales spécifiques. Surtout, les autorités municipales pouvaient louer des boutiques qui appartenaient à la communauté dans les lieux les plus centraux de la ville pour en tirer des revenus : la topographie de l’artisanat devait ainsi dépendre, dans certains cas, de la gestion financière des cités romaines. En effet, les municipalités, souvent confrontées à des problèmes budgétaires, finissaient parfois par négliger l’application des valeurs d’esthétique véhiculées par l’idéologie romaine, en maintenant la présence de locaux commerciaux et artisanaux dans le centre-ville si ces derniers leur rapportaient des revenus supplémentaires. Si l’idéologie impériale prônait une monumentalisation des centres urbains au nom d’une forme idéale de la ville, symbole du pouvoir romain, quelques entorses à la règle pouvaient être faites par les autorités civiques lorsqu’il s’agissait de louer boutiques et ateliers à des artisanats peu décoratifs. La ville romaine se devait, certes, d’être une vitrine de la grandeur de Rome, mais elle n’en restait pas moins une ville dynamique, notamment dans le domaine des activités artisanales.

    Notes de bas de page

    1 Pour une nouvelle définition de l’artisanat à l’époque romaine, voir Monteix N., « De “l’artisanat” aux métiers : quelques réflexions sur les savoir-faire du monde romain à partir de l’exemple pompéien », Monteix N. et Tran N. (dir.), Les Savoirs professionnels des gens de métier. Étude du monde du travail dans les sociétés urbaines de l’Empire romain, Naples, Centre Jean Bérard, coll. « Archéologie de l’artisanat antique », 5, 2011, p. 7-26.

    2 Sur la question, voir l’étude récente de Monteix N., Les Lieux de métier. Boutiques et ateliers d’Herculanum, Rome/Naples, École française de Rome/Centre Jean Bérard, 2010, p. 42-47.

    3 Varron, De lingua latina, 8, 30, 55 : « quoniam taberna, ubi uenit uinum, a uino uinaria, a creta cretaria, ab unguento unguentaria dicitur, analogon si essent vocabula, ubi caro uenit, carnaria, ubi pelles, pelliaria, ubi calcei, calcearia diceretur, non laniena ac pellesuina et sutrina » (« Étant donné que, quand on vend du vin dans une taberna, on la dit uinaria à partir de uinum, cretaria à partir de creta et unguentaria à partir d’unguentum, si les mots étaient formés par analogie, on dirait la taberna carnaria, quand c’est de la viande, pelliaria pour des peaux, calcearia pour des chaussures et non pas laniena, pellesuina ou sutrina », Monteix N. [trad.], Les Lieux de métier, op. cit., p. 43, note 11).

    4 Ibid., p. 39.

    5 Voir Cicéron, Oratio post reditum ad Quirites, I, 4, 3 : « Ipsa autem patria, di immortales ! dici uix potest quid caritatis, quid uoluptatis habeat, quae species Italiae, quae celebritas oppidorum, quae forma regionum, qui agri, quae fruges, quae pulchritudo urbis, quae humanitas ciuium, quae rei publicae dignitas, quae uestra maiestas ! » (« Et la patrie elle-même, dieux immortels ! on peut à peine dire l’affection et l’agrément qu’elle inspire ; et la beauté de l’Italie, le peuplement des villes, l’aspect des paysages, les campagnes, les moissons, la splendeur de la capitale, l’urbanité des citoyens, le prestige de l’État et votre majesté ! », Wuilleumier P. [trad.], Paris, Les Belles lettres, coll. « Collection des universités de France », 1952) ; Homo L., Rome impériale et l’urbanisme dans l’Antiquité, nouv. éd., Paris, Albin Michel, 1971, p. 447 sq. ; ZaccariaRuggiu A., Spazio privato e spazio pubblico nella città romana, Rome, École française de Rome, 1995, p. 203 sq.

    6 Vitruve, De architectura, 1, 2 : « ut ciuitas per te non solum prouinciis esset aucta, uerum etiam ut maiestas imperii publicorum aedificiorum egregias haberet auctoritates » (« Grâce à toi non seulement la cité avait été agrandie de provinces nouvelles, mais [que] la majesté de son pouvoir se manifestait aussi avec éclat dans les édifices publics », Fleury Ph. (trad.), Paris, Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1990).

    7 Cicéron, Pro Balbo, 15, 35 à propos du traité stipulé avec la cité de Gadès : « Nihil est enim aliud in foedere, nisi ut pia et aeterna pax sit. Quid id ad ciuitatem ? adiunctum illud etiam quod non est in omnibus foederibus : maiestatem populi Romani comiter conseruanto » (« Le texte du traité porte seulement que “la paix sera juste et éternelle”. En quoi concerne-t-il le droit de cité ? On a même ajouté une clause qui ne figure pas dans tous les traités : “qu’ils respectent de bonne grâce la majesté du peuple Romain” », Cousin J. [trad.], Paris, Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1962).

    8 Sur la législation des bâtiments à Rome, Homo L., op. cit., p. 533-566 ; Saliou C., Les Lois des bâtiments. Voisinage et habitat urbain dans l’Empire romain. Recherches sur les rapports entre le droit et la construction privée du siècle d’Auguste au siècle de Justinien, Beyrouth, Institut français du Proche-Orient, 1994.

    9 Res Gestae, cap. 19-21, Vitruve, De architectura, 1, 2 ; Suétone, Vitae Caesarum. Augustus, 28, 3.

    10 Vitruve, De architectura, 1, 3, 2 : « Haec autem ita fieri debent ut habeatur ratio firmitatis, utilitatis, uenustatis… Venustatis uero cum fuerit operis species grata et elegans membrorumque commensus iustas habeat symmetriarum ratiocinationes » (« On doit faire ces travaux [de monumentalisation de la ville] en tenant compte de la solidité, de l’utilité et de la beauté… [On tiendra compte] de la beauté lorsqu’on donnera à l’ouvrage un aspect agréable et élégant en calculant de façon juste les rapports modulaires entre les mesures des différentes parties », Fleury Ph. [trad.], Paris, Les Belles lettres, coll. « Collection des universités de France », 1990). Sur les constructions architecturales et le prestige de la cité, voir Dion de Pruse, Orationes, 40, 8, « Sachez bien en effet que c’est les constructions, les fêtes, […] c’est tout cela qui exalte naturellement l’orgueil des cités, qui accroit la dignité d’un peuple et lui vaut une plus grande considération de la part des résidents étrangers… » (Cuvigny M. [trad.], Dion de Pruse. Discours bithyniens. Discours 38-51, Besançon, Faculté des lettres et sciences humaines, 1994), et Gros P., « Modèle urbain et gaspillage des ressources dans les programmes édilitaires des villes de Bithynie au début du IIe siècle après J.-C. », Leveau Ph. (dir.), L’Origine des richesses dépensées dans la ville antique. Actes du colloque organisé à Aix-en-Provence les 11 et 12 mai 1984, Aix-en-Provence et Marseille, Université de Provence, 1985, p. 69-85.

    11 Voir, par exemple, Cicéron, Pro Fonteio, 5, 13, à propos de Narbonne, ou d’une manière plus générale, Aulu Gelle, Nuits attiques, 16, 13.

    12 Finley M. I., The Ancient Economy, Londres, Chatto and Windus, 1973, cité dans la traduction française, L’Économie antique, Paris, Éditions de Minuit, 1975, p. 168 sq. Sur la question, voir Andreau J., « Présentation. Vingt ans après “L’économie antique” de M. I. Finley », Annales Histoire, sciences sociales, vol. 50, no 5, 1995, p. 947-960 ; id., L’Économie du monde romain, Paris, Ellipses, 2010, p. 25-43 ; Lafon X., Marc J.-Y et Sartre M., La Ville antique. Histoire de l’Europe urbaine (2003), vol. I, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Histoire », 2011, p. 261-283.

    13 Voir Bruhns H., « De Werner Sombart à Max Weber et Moses I. Finley. La typologie de la ville antique et la question de la ville de consommation », Leveau Ph. (dir.), L’Origine des richesses dépensées dans la ville antique, op. cit., p. 255-272.

    14 Goudineau C., « Les villes de la paix romaine », Duby G. (dir.), Histoire de la France urbaine, Paris, Éditions du Seuil, vol. I, 1980, p. 233-391.

    15 En revanche, les lieux de production des biens destinés à l’exportation sur une grande échelle étaient situés en milieu rural, ou dans les agglomérations inférieures. Siège du pouvoir politique et lieu d’expression de la supériorité des notables, la ville consommait en dépenses évergétiques les biens produits dans le territoire. Sur la question voir aussi le bilan de Ferdière A., « La “distance critique” : artisans et artisanat dans l’Antiquité romaine et en particulier en Gaule », Les Petits Cahiers d’Anatole, no 1, 2001, p. 1-31, disponible en ligne : [www.univ-tours.fr/lat/Pages/F2.htm].

    16 Morel J.-P., « Les producteurs de biens artisanaux en Italie à la fin de la République », Cébeillac-Gervasoni M. (dir.), Les « Bourgeoisies » municipales italiennes aux IVe et Ier siècles avant J.-C. Actes du colloque international du CNRS, Naples, 7-10 décembre 1981, Paris, Éditions du CNRS, et Naples, Centre Jean Bérard, 1983, p. 21-39 ; id., « Élites municipales et manufacture en Italie », id. (dir.), Les Élites municipales de l’Italie péninsulaire des Gracques à Néron. Actes de la table ronde internationale de Clermont-Ferrand, 1991, Naples/Rome, Centre Jean Bérard/École française de Rome, 1996, p. 181-198 ; Carandini A., « Sviluppo e crisi delle manifatture rurali e urbane », Giardina A. et Schiavone A. (dir.), Società romana e produzione schiavistica. Merci, Mercati e Scambi nel Mediterraneo, vol. II, Rome/Bari, Laterza, 1981, p. 249-260 ; Coarelli F., « Fregellae, Arpinum et Aquinum. Lana e fullonicae nel Lazio meridionale », Cébeillac-Gervasoni M. (dir.), op. cit., p. 199-205.

    17 Leveau Ph., « Richesses, investissements, dépenses : à la recherche des revenus des aristocraties municipales de l’Antiquité », id. (dir.), L’Origine des richesses dépensées dans la ville antique, op. cit., p. 19-37, en particulier p. 28 ; id., « La ville antique et l’organisation de l’espace rural : villa, ville, village », Annales ESC, no 38, 1983, p. 920-942 ; Andreau J., « Le rôle de la ville vu par les élites romaines », Petitfrère C. (dir.), Construction, reproduction et représentation des patriciats urbains de l’Antiquité au XXe siècle. Actes du colloque des 7, 8 et 9 septembre 1998 tenu à Tours, dans les locaux du Conseil général d’Indre-et-Loire, Tours, CEHVI, Centre d’histoire de la ville moderne et contemporaine, 1999, p. 401-411 ; id., « La cité antique et la vie économique », Opus, no 6-8, 1987-1989, p. 175-185.

    18 Borgard Ph., Carre M.-B. et Fontaine S., « Pompéi : un site de référence ? Approche socio-économique de l’insula I 8 », La Norme à Pompéi, Ier siècle avant J.-C. – Ier siècle après J.-C. Colloque organisé par Marie-Odile Charles-Laforge, Centre Jacob Spon, Romanitas, Université Lyon 2, le 17 novembre 2004, Rome, « L’Erma » di Bretschneider, coll. « Studi della Soprintendenza archeologica di Pompei » 21, 2007, p. 106-114 ; Borgard Ph., Brun J.-P., Legouilloux M., Monteix N., Cullin-Mingaud M. et Libre M.-Th., « Le produzioni artigianali a Pompei. Ricerche condotte dal centre Jean Bérard », Rivista di studi pompeiani, no 14, 2003, p. 9-29 ; Brun J.-P., Borgard Ph., Legouilloux M. et Monteix N., « Pompéi, Herculanum (Campanie), Saepinum (Molise) : recherches sur l’artisanat antique », Mélanges de l’École française de Rome, vol. CXVIII, no 1, 2006, p. 362-375 ; Brun J.-P., « Les artisans à Pompéi », Petit J.-C. et Santoro S. (dir.), Vivre en Europe romaine de Pompéi à Bliesbruck-Reinheim, cat. exp. (Bliesbruck-Reinheim, Parc archéologique européen, 29 avril-30 septembre 2007), Paris, Errance, 2007, p. 147-154 ; Brun J.-P. (dir.), Artisanats antiques d’Italie et de Gaule. Mélanges offerts à Maria Francesca Buonaiuto, Naples, Centre Jean Bérard, coll. « Archéologie de l’artisanat antique », 2, 2009 ; Polfer M. (dir.), Artisanat et production artisanale en milieu rural dans les provinces du nord-ouest de l’Empire romain. Actes du colloque organisé à Erpeldange, les 4-5 mars 1999 par le séminaire d’études anciennes du Centre universitaire de Luxembourg et Instrumentum, Montagnac, M. Mergoil, coll. « Monographies Instrumentum », 1999 ; id. (dir.), L’Artisanat romain. Évolution, continuités et ruptures (Italie et provinces occidentales). Actes du IIe colloque d’Erpeldange (26-28 octobre 2001), organisé par le séminaire d’études anciennes du Centre universitaire de Luxembourg, Montagnac, M. Mergoil, coll. « Monographies Instrumentum », 2001 ; Santoro S. (dir.), Artigianato e produzione nella Cisalpina. I. Proposte di metodo e prime applicazioni, 2e éd., Florence, All’insegna del giglio, coll. « Flos Italiae », 2004.

    19 Alfaro C., Wild J. P. et Costa B. (dir.), Purpureae vestes. Actas del I Symposium Internacional sobre Textiles y Tintes del Mediterráneo en época romana, Ibiza, 8 al 10 de noviembre, 2002, Valence, Consell insular d’Elvissa, 2004; Alfaro C. et Karali L. (dir.), Purpureae vestes. Textiles and Dyes in Antiquity. Vestidos, textiles y tintes. Estudios sobre la producción de bienes de consumo en la Antiguedäd. Actas del II Symposium Internacional sobre Textiles y Tintes del Mediterráneo en el mundo antiguo, Atenas, 24 al 26 de noviembre, 2005, Valence, Universitat de València, 2008 ; Chardron-Picault P. (dir.), Aspects de l’artisanat en milieu urbain. Gaule et Occident romain. Actes du colloque international d’Autun, 20-22 septembre 2007, Dijon, RAE, coll. « Revue archéologique de l’Est », supplément 28, 2010, p. 183-194 ; Fontaine S., Satre S. et Tekki A. (dir.), La Ville au quotidien, regards croisés sur l’habitat et l’artisanat antiques : Afrique du Nord, Gaule et Italie. Actes du colloque international, Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, Aix-en-Provence, 23-24 novembre 2007, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 2011 ; Alfaro C., Borgard Ph., Brun J.-P. et Pierobon-Benoit R. (dir.), Purpureae vestes. Textiles y tintas en la ciudad Antigua. Actas del III Symposium Internacional sobre Textiles y Tintes del Mediterráneo en el mundo antiguo, Valence/Naples, Universitat de València/Centre Jean Bérard, 2011.

    20 Esposito A. et Sanidas G. M. (dir.), « Quartiers » artisanaux en Grèce ancienne : une perspective méditerranéenne. Actes du symposium international, Université de Lille 3, décembre 2009, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Archaiologia », 2012.

    21 Cicéron, De officiis, 1, 150 : « Opificesque omnes in sordida arte uersantur ; nec enim quicquam ingenuum habere potest officina » (« Tous les artisans s’adonnent à un vil métier, l’atelier ne peut comporter rien de bien né ») ; Sénèque, Epistulae ad Lucillum, 88, 20 : « Hae uiles ex professo artes quae manu constant […] ad uirtutem non pertinent » (« Les arts vils qui se donnent pour tels, les métiers purement manuels n’ont rien de commun avec la vertu »).

    22 On se référera à Joshel S., Work and Legal Status at Rome : A Study of the Occupational Inscriptions, Norman, University of Oklahoma Press, 1992, à Toner J., Popular Culture in Ancient Rome, Cambridge, Polity, 2009, et surtout aux travaux de Tran N. (voir infra pour la bibliographie).

    23 Tran N., « La mention épigraphique des métiers artisanaux et commerciaux dans l’épigraphie de l’Italie centroméridionale », Andreau J. et Chankowski V. (dir.), Vocabulaire et expression de l’économie dans le monde antique, Bordeaux, Ausonius, 2007, p. 119-141.

    24 Tran N., Les Membres des associations romaines. Le rang des “collegiati” en Italie et en Gaules sous le Haut-Empire, Rome, École française de Rome, 2006.

    25 Tran N., « Les gens de métier romains : savoirs professionnels et supériorités plébéiennes », Monteix N. et Tran N. (dir.), Les Savoirs professionnels des gens de métier, op. cit., p. 119-133.

    26 Morel J.-P., « La topographie de l’artisanat et du commerce dans la Rome antique », L’Vrbs, espace urbain et histoire, Ier siècle avant J.-C. – Ier siècle après J.-C. Actes du colloque international, Rome, 8-12 mai 1985, organisé par le CNRS et l’École française de Rome, Rome, École française de Rome, 1987, p. 127-155 ; id., « Artisanat et manufacture à Rome (Ier s. avant n. è. – IIe de n. è.) », Pallas, no 55, 2001, p. 243-263; Papi E., « La turba inpia: artigiani e commercianti del foro romano e dintorni (I sec. a.C. – 64 d.C.) », Journal of the Roman Archaeology, no 15, 2002, p. 45-62.

    27 Varron, De Vita Populi Romani, 2, d’après Nonius, p. 853, l. 15-17 (éd. Lindsay) : « La dignité du forum s’est trouvée accrue, les bouchers ayant été remplacés dans leurs boutiques par des banquiers. »

    28 Il existait, dans le Velabrum, un lieu extrêmement fréquenté près du forum, des boutiques alimentaires dans lesquelles on pouvait trouver des marchandises introuvables au macellum (huile, vin, etc.). Papi E., art. cit., p. 50.

    29 Il faut cependant souligner que, tout en constatant cette tendance, Emanuele Papi insiste sur la permanence à l’époque impériale de boutiques artisanales et commerciales près du forum, notamment le long de la Sacra uia (Papi E., art. cit., p. 51, note 85).

    30 Juv., 14, 202, et CIL VI, 1117, 1118, qui attestent la présence au Trastévère, sous l’Empire, d’un collège de coriarii.

    31 Morel J.-P., « La topographie de l’artisanat », art. cit., p. 131. Voir aussi Jolivet V., Pavolini C. et Tomei M. A., Suburbium II. Il suburbio di Roma dalla fine dell’età monarchica alla nascita del sistema delle ville, V-II secolo A. C., Rome, École française de Rome, 2009.

    32 Morel J.-P., « La topographie de l’artisanat », art. cit., p. 135-137.

    33 Voir Morel J.-P., « Topographie de l’artisanat et organisation du travail en Gaule méridionale et en Méditerranée occidentale jusqu’au début de l’Empire », Chardron-Picault P. (dir.), Aspects de l’artisanat en milieu urbain, op. cit., p. 135-146, en particulier p. 143.

    34 Voir supra, note 21, et Morel J.-P., « L’artisan », Giardina A. (dir.), L’Homme romain, Paris, Éditions du Seuil, 1992.

    35 Esposito A. et Sanidas G. M., « La question des regroupements des activités économiques et le concept de “quartier d’artisans” : quelle approche ? », id., « Quartiers » artisanaux en Grèce ancienne, op. cit., p. 12-21. À propos de Rome, voir Monteix N., « Caius Lucretius […], marchand de couleurs de la rue des fabricants des courroies. Réflexions critiques sur les concentrations des métiers à Rome », ibid., p. 333-352.

    36 Un mouvement qui doit donc être fortement nuancé dans le cas de Rome, comme l’a montré Emanuele Papi, voir supra, note 29.

    37 Voir par exemple les cas d’Aix-en-Provence, de Fréjus et de Reims, cités dans Copetti A. et Huguet C., « Nouveaux indices de la présence d’un atelier de potier à Aix-en-Provence : les fouilles préventives de la voie Georges-Pompidou », Fontaine S., Satre S. et Teikki A. (dir.), op. cit., p. 213-222, avec bibliographie.

    38 Strabon, 4, 1, 6, et 4, 1, 12. Gayraud M., Narbonne antique, des origines à la fin du IIIe siècle, Paris, de Boccard, suppl. à la Revue archéologique de Narbonnaise, 8, 1981, p. 186-199.

    39 Bonsangue M. L., L’Emporion de Narbonne. Économie et société d’une cité de l’Occident romain (Ier siècle avant J.-C. – Ier siècle après J.-C.), thèse, université Paris I Panthéon-Sorbonne, 2006, p. 628-640.

    40 Bonsangue M. L., « Aspects économiques et sociaux du monde du travail à Narbonne d’après la documentation épigraphique (Ier siècle avant J.-C. – Ier siècle après J.-C.) », Cahiers du Centre Gustave Glotz, no 13, 2002, p. 201-232.

    41 Bonsangue M. L., « L’apport de la documentation épigraphique à la connaissance de l’artisanat à Narbonne (fin Ier siècle avant J.-C. – Ier siècle après J.-C.) », Chardron-Picault P. (dir.), Aspects de l’artisanat en milieu urbain, op. cit., p. 183-194.

    42 Voir à ce propos, Sanchez C., Jézégou M.-P. et Pagès G., « Entre littoral et arrière-pays, l’organisation des activités artisanales : le cas de Narbonne antique », Esposito A. et Sanidas G. M. (dir.), « Quartiers » artisanaux en Grèce ancienne, op. cit., p. 373-386.

    43 Il s’agirait de bassins de décantation et de structures assimilées à un four et séparateur d’un tripode, voir Sanchez C., narbonne à l’époque tardo-républicaine (IIe-Ier s. avant n. è.). chronologies, commerce et artisanat céramique, Montpellier, Éditions de l’Association de la Revue archéologique de Narbonnaise, supplément, 38, 2009, p. 409, 414.

    44 Sabrié R. et Sabrié M., le clos de la lombarde à narbonne. espaces publics et privés du secteur nord-est, Montagnac, M. Mergoil, 2004, p. 57.

    45 Sanchez C., « Production et consommation des céramiques communes de la colonie romaine de Narbonne (IIe siècle avant – Ve siècle de n. è.) », Pasqualini M. (dir.), les céramiques communes d’italie et de narbonnaise. structures de production, typologies et contextes inédits (IIe siècle avant J.-C. – IIIe siècle après J.-C.). Actes de la table ronde de naples, 2-3 novembre 2006, Naples, Centre Jean Bérard, 2009, p. 471-492, en particulier p. 477-480.

    46 Sabrié R. et Sabrié M., Le Clos de la Lombarde. Un quartier de Narbonne dans l’Antiquité, Narbonne, s. n., 2002.

    47 Sanchez C., Jézégou M.-P. et Pagès G., art. cit., p. 376.

    48 Pour la bibliographie, voir supra, notes 39 et 41.

    49 Borgard Ph. et Puybaret M.-P., « Le travail de la laine au début de l’Empire : l’apport du modèle pompéien. Quels artisans ? Quels équipements ? Quelles techniques ? », C. Alfaro, J. P. Wild et B. Costa (dir.), Purpureae vestes, op. cit., p. 47-59.

    50 Monteix N., « La localisation des métiers dans l’espace urbain : quelques exemples pompéiens », Chardron-Picault P. (dir.), Aspects de l’artisanat en milieu urbain, op. cit., p. 147-160, en particulier p. 157.

    51 Il s’agit par exemple de la teinturerie de la Casa della Regina d’Inghilterra et de la foulerie dotée de locaux commerciaux de la via degli Augustali (VII, 2, 41). Voir à ce propos Flohr M., « Exploring the Limits of Skilled Craftsmanship. The Fullonicae of Roman Italy », Monteix N. et Tran N. (dir.), Les Savoirs professionnels des gens de métier, op. cit., p. 87-100.

    52 Monteix N., « La localisation des métiers », art. cit., p. 157. Pour un bilan de la topographie artisanale à Pompéi, Brun J.-P., « Les artisans à Pompéi », Petit J.-C. et Santoro S. (dir.), De Pompéi à Bliesbruck-Reinheim. Vivre en Europe romaine, cat. exp. (Bliesbruck-Reinheim, Parc archéologique européen, 29 avril-30 septembre 2007), Paris, Errance, 2007, p. 147-154 ; Mastrobattista E. et Santoro S., « Les maisons d’artisans-commerçants dans l’urbanisme de Pompéi », Petit J.-C. et Santoro S. (dir.), De Pompéi à Bliesbruck-Reinheim, op. cit., p. 113-119. À Rome, les fullonicae devaient être situées près des aqueducs publics, car, ainsi que le rappelle Frontin., Aq., 98, les foulons pouvaient utiliser l’eau de la capitale moyennant une taxe.

    53 Bakker J. Th., « Les boulangeries à moulin et les distributions de blé gratuites », Descoeudres J.-P. (dir.), Ostia, port et porte de la Rome antique, cat. exp. (Genève, musée Rath, 23 février-22 juillet 2001), Genève, Georg et Musées d’art et d’histoire, 2001, p. 179-185.

    54 Ibid., p. 184.

    55 Voir Tran N., Les Membres des associations, op. cit., p. 307, à propos de Année épigraphique, 1996, 309 (Ostie).

    56 DeRuyt C., « Les foulons, artisans des textiles et blanchisseurs », Descœudres J.-P. (dir.), Ostia, port et porte de la Rome antique, op. cit., p. 186-191. Sur les fullonicae d’Ostie, voir aussi Flohr M., « Exploring the Limits of Skilled Craftsmanship », art. cit., p. 95.

    57 Il s’agit de sources concernant une ville d’Orient, Pruse, en Bithynie, à l’époque de Trajan : Dion de Pruse, Orationes, 40, 8-9 ; 47, 11-12 ; 48, 12. Il s’agit de la seule opération d’urbanisme connue par les sources littéraires dont on sait qu’elle a entraîné la destruction d’installations artisanales. Dion en effet avait entrepris, dans le centre de Pruse, la construction d’un complexe monumental destiné à augmenter le prestige de sa cité, qui prévoyait la démolition d’installations de forgerons et leur reconstruction dans un autre endroit non précisé de la ville. Voir Gros P., « Modèle urbain et gaspillage des ressources », art. cit., p. 70, note 19, et Béal J.-C., « L’artisanat et la ville : relecture de quelques textes », Béal J.-C. et Goyon J.-C. (dir.), Les Artisans dans la ville antique. Actes de la table ronde organisée par l’Institut d’archéologie et d’histoire de l’Antiquité, Lyon, 16-17 novembre 2000, Lyon, université Lumière Lyon 2, 2002, p. 5-14.

    58 Saliou C., « Artisanats et espace urbain dans le monde romain : droit et projets urbains (Ier siècle avant J.-C.- VIe siècle après J.-C.) », Esposito A. et Sanidas G. M. (dir.), « Quartiers » artisanaux en Grèce ancienne, op. cit., p. 39-53.

    59 Seul un traité d’urbanisme du VIe siècle, rédigé par l’architecte Julien d’Ascalon, préconise de refouler les artisans des cités d’Orient à la périphérie de la ville, voire à l’extérieur de l’agglomération (Julien d’Ascalon, II, 11, 2, à propos des verriers, et 14, 1, à propos des fabricants de garum et des fromagers). De fait, ce témoignage indique qu’aux époques précédentes, ces derniers devaient vivre en relation de voisinage étroit avec la population urbaine. Voir à ce propos Saliou C., « Artisanats et espace urbain », art. cit., p. 45, et id., Le traité d’urbanisme de Julien d’Ascalon. Droit et architecture en Palestine au VIe siècle, Paris, de Boccard, 1996.

    60 Martial, 7, 61, 1-10 : « Abstulerat totam temerarius institor urbem, inque suo nullum limine limen erat. Iussisti tenuis, Germanice, crescere uicos, et modo quae fuerat semita, facta uia est. Nulla catenatis pila est praecincta lagonis, nec praetor medio cogitur ire luto, stringitur in densa nec caeca nouacula turba, occupat aut totas nigra popina uias. Tonsor, copo, cocus, lanius sua limina seruant. Nunc Roma est, nuper magna taberna fuit » (« Le boutiquier [institor] sans vergogne avait fini par nous priver de Rome tout entière et nulle part où devait être un seuil n’apparaissait de seuil. Tu as enjoint, ô Germanique, à nos ruelles étroites de s’élargir, et ce qui n’était naguère qu’un sentier est devenue une route. On ne voit plus de piliers entourés de bouteilles enchaînées et le préteur n’est plus forcé de marcher en pleine boue ; plus de rasoir brandi à l’aveugle au sein d’une foule dense, plus de noires gargotes qui encombrent les voies publiques tout entières ! Barbier, cabaretier, cuisinier, boucher s’en tiennent à leur propre seuil. À présent Rome existe ; naguère ce n’était qu’une vaste boutique », Izaac H.-J. [trad.], Paris, Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1961). Sur ce passage, voir aussi Kardos M. J., « L’Vrbs de Martial », Latomus, vol. 60, no 2, 2002, p. 387-413.

    61 En particulier, un extrait de Papinien, juriste du IIe siècle après J.-C., qui évoque l’interdiction de déposer quoi que ce soit devant les officinae donnant sur la rue, même si une tolérance est prévue pour le foulon qui fait sécher quelques étoffes, à condition qu’il n’empêche pas la circulation des véhicules : Digesta Justiniani, 43, 8, 10, 4, Papinien, livre unique sur Du devoir des édiles : « Studeant autem, ut ante officinas nihil projectum sit, uel propositum, praeterquam si fullo uestimenta siccet, aut faber currus exterius ponat. Ponant autem et hi, ut non prohibeant uehiculum ire » (« Ils auront soin qu’on n’avance rien en dehors des boutiques, à moins qu’un foulon ne fasse sécher des étoffes ou qu’un charron ne mette ses roues devant sa porte, ce qu’ils doivent faire de manière qu’une voiture puisse toujours passer », C. Saliou [trad.], Les Lois des bâtiments, op. cit., p. 46). Un fragment de l’édit du préteur commenté par Ulpien (Digesta Justiniani, 9, 3, 5, 3) précise que ceux qui tiennent un entrepôt ou louent des boutiques pour y exercer ou enseigner un métier ne doivent rien jeter sur la voie et qu’ils encourent le risque d’une action de justice même si ce sont leurs ouvriers ou leurs élèves qui bravent cet interdit (répandre des objets sur la chaussée).

    62 Camodeca G., « Un nuovo decreto decurionale puteolano con concessione di superficies agli Augustali e le entrate cittadine da solarium », LoCascio E. (dir.), Il capitolo delle entrate nelle finanze municipali in Occidente e in Oriente. Actes de la Xe Rencontre franco-italienne sur l’épigraphie du monde romain, Rome, 27-29 mai 1996, organisée par l’Université de Roma-La Sapienza et l’École française de Rome, Rome, Università di Roma « La Sapienza »/École française de Rome, 1999, p. 9-10. Le versement du solarium a été récemment mis en relation avec l’occupation abusive d’une portion de l’espace public par des installations artisanales : Tran N., « “Le procès des foulons” : l’occupation litigieuse d’un espace vicinal par des artisans romains », Mélanges de l’École française de Rome, vol. CXIX, no 2, 2007, p. 597-611.

    63 Digesta Justiniani, 8, 5, 8, 5 : « Aristo Cerellio Vitali respondit non putare se ex taberna casiaria fumum in superiora aedificia iure immitti posse, nisi ei rei seruitutem talem admittit… Dicit igitur Aristo eum, qui tabernam casiariam a Minturnensibus conduxit, a superiore prohiberi posse fumum immittere, sed Minturnenses ei ex conducto teneri. Agique sic posse dicit cum eo, qui eum fumum immittat, ius ei non esse fumum immittere. Ergo per contrarium agi poterit ius esse fumum immittere: quod et ispum uidetur Aristo probare… » (« Ariston a répondu à Cerellius Vitalis qu’il ne pensait pas que la fumée s’échappant d’une fromagerie puisse être diffusée à bon droit vers les bâtiments supérieurs, à moins qu’une telle servitude n’ait été consentie à ce sujet. […] Ariston déclare donc que la personne qui a pris une fromagerie en location auprès de la cité de Minturnes peut se voir interdire de diffuser de la fumée vers l’occupant supérieur, mais que la cité de Minturnes est responsable à son égard en vertu de l’action sur le bail. Il ajoute que l’on peut poursuivre la personne qui diffuse de la fumée en arguant qu’il n’a pas le droit de le faire. Dès lors, à l’inverse, une action pourrait être conduite en arguant du droit de répandre de la fumée ; tel est aussi ce que semble approuver Ariston », Tran N. [trad.], Cahiers du Centre Gustave-Glotz, 20, 2009, p. 337, note 52).

    64 CIL II², 1, 595 = II, 5439 (Fontes Iuris Romani Anteiustiniani, I, 21; Crawford M., Roman Statutes, Londres, Institute of Classical Studies, 1996, I, 25, p. 393-454).

    65 CIL II², 1, 595 = II, 5439, rub. 76 : « Figlinas teglarias maiores tegularum CCC tegulariumque in oppido colon(iae) Iul(iae) ne quis habeto. Qui habuerit it aedificium isque locus publicus col(oniae) Iul(iae) esto, eius(que) aedificii quicumque in c(olonia) G(enetiua) Iul(iae) i(ure) d(icundo) p(raerit), s(ine) d(ol) m(alo) eam pecuniam in publicum redigito » (« Que personne ne possède des figlinae teglariae de plus de trois cent tuiles ni de tegularium [entrepôt de tuiles?], à l’intérieur de l’agglomération de la Colonia Iulia. Si quelqu’un en possède, que cet édifice et ce lieu deviennent la propriété publique de la Colonia Iulia et celui qui aura la charge de dire le droit dans la Colonia Genetiua Iulia qu’il verse au trésor public sans dommage ni fraude la somme (tirée) de cet édifice »).

    66 Béal J.-C., « L’artisanat et la ville », art. cit., p. 5-14, avec bibliographie.

    67 Comme le montre l’utilisation de la même unité de mesure dans le chapitre xiiii de la lex coloniae, récemment découvert : à ce propos, CaballosRufino A., El nuevo bronce de Osuna y la politica colonizadora romana, Séville, Universidad de Sevilla, 2006, p. 208.

    68 Sur ce point, voir Saliou C., « Artisanats et espace urbain », art. cit., p. 42.

    69 C’était l’interprétation de Béal J.-C., « L’artisanat et la ville », art. cit., p. 7.

    70 Jacques F., Les Cités de l’Occident romain : du Ier siècle avant J.-C. au VIe siècle après J.-C., Paris, Les Belles Lettres, 1990, p. 151-152. Sur les manufactures publiques attestées dans d’autres cités de l’Empire, voir Cébeillac-Gervasoni M., « Les autorités politiques municipales et la vie économique locale : quelques aspects », Brun J.-P. (dir.), Artisanats antiques d’Italie et de Gaule, op. cit., p. 26.

    71 Pour un résumé des différentes interprétations, voir aussi Tsiolis G., « Las restriciones de la producción tegularia en la Lex Vrsonensis », La lex Vrsonensis : Estudio y edición crítica, Salamanque, Ed. Univ. Salamanca, coll. « Studia historica, Historia antigua », 15, 1997, p. 119-136.

    72 Ces dispositions sont mentionnées aux chapitres LXXIII et LXXV du règlement. Elles concernent l’interdiction d’élever des bûchers funéraires à l’intérieur de l’agglomération sous peine de verser une amende de 5 000 sesterces (LXXIII) et celle de démolir un édifice, ou seulement son toit, sans l’autorisation préalable des décurions, sous peine du paiement d’une somme correspondante à la valeur de l’édifice démoli (LXXV).

    73 CIL XIII, 3202 (D. 5594) Évreux : « P(ublius) Suillius P(ubli) [---]/opus piscinae [---permissu(?)]/uiri clarissimi [C(ai) Prastinae P] acati/legati Aug(usti) et ex or[dinis de] creto/us{s}ibus fullon[um Mediol] an/nensium d(e) [s(uo) f(aciendum) c(urauit)]. » Sur cette inscription, voir Deniaux E., « L’activité des foulons d’Évreux et le contrôle impérial à l’époque d’Antonin », Recueil d’études en hommage à Lucien Musset, Caen, musée de Normandie, 1990, p. 59-61, et Tran N., « Tabernae publicae : boutiques et ateliers dans le patrimoine des cités de l’Occident romain », Cahiers du Centre Gustave-Glotz, 20, 2009, p. 327-350, qui souligne le caractère public de cette installation : propriété de la cité, elle était utilisée par les foulons en échange du versement d’un uectigal à la caisse municipale.

    74 Saliou C., « Artisanats et espace urbain », art. cit., p. 48, évoque un souci de salubrité et l’objectif de percevoir des revenus.

    75 Voir à ce propos les exemples rassemblés par DeRuyt C., Macellum. Marché alimentaire des Romains, Louvain-la-Neuve, Institut supérieur d’archéologie et d’histoire de l’art, 1983, p. 17-222, et le cas des horrea Agrippiana à Rome (Astolfi F., Guidobaldi F. et Pronti A., « Horrea Agrippiana », Archeologia classica, no 30, 1978, p. 31-100, et, plus récemment, Virlouvet C., « Les entrepôts dans le monde romain antique. Formes et fonctions », Arce J. et Goffaux B. [dir.], Horrea d’Hispanie et de la Méditerranée romaine, Madrid, Casa de Velázquez, 2011, p. 7-22).

    76 Cicéron, Epistulae ad Atticum, 14, 10, 3; Homo L., op. cit., p. 519-532, et Garnsey P., « Urban Property investment », Finley M. I. (dir.), Studies in Roman Property, Cambridge, Cambridge University Press, 1976, p. 123-136.

    77 Sur la question, voir, pour Pompéi, Andreau J., « Histoire des séismes et histoire économique : le tremblement de terre de Pompéi (62 après J.-C.) », Annales ESC, no 28, 1973, p. 369-395 ; Mastrobattista E. et Santoro S., « Les maisons d’artisans-commerçants », art. cit., p. 117, avec bibliographie ; pour Herculanum, Monteix N., Les Lieux de métier, op. cit., p. 349-370.

    78 Tran N., « Tabernae publicae », art. cit., p. 327-350.

    79 CIL IV, Suppl. I, p. 384-386 à propos de la fullonica de Pompéi mentionnée dans les tablettes de Jucundus ; CIL IX, 2226, Telesia, à propos de lanariae, c’est-à-dire ateliers de production de fibre de laine ; CIL X, 5682 Arpinum, à propos d’éventuelles fullonicae appartenant à la municipalité. On peut ajouter à ces exemples la boutique du fromager de Minturnes citée supra, note 61.

    80 Vitruve, 5, 1, 1 : « Igitur circum spectacula spatiosiora intercolumnia distribuantur circaque in porticibus argentariae tabernae maenianaque superioribus coaxationibus conlocentur, quae et ad usum et ad uectigalia publica recte erunt disposita » (« C’est donc autour des emplacements des gradins que doivent être disposées les colonnes, assez éloignées les unes des autres, et il faut placer tout autour, sous les portiques, des boutiques de banquiers, et des galeries sur les planchers supérieurs ; ces heureux aménagements seront utiles tout en procurant des revenus publics », Saliou C. [trad.], Paris, Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 2009).

    81 Pavolini C., Ostia. Guide archeologiche Laterza, no 8, 1988, p. 66. La construction du théâtre d’Ostie date de l’époque augustéenne.

    82 Tran N., « Tabernae publicae », art. cit., p. 348. À Antioche de Syrie, au IVe siècle, Libanios, Disc. 11 = Éloge d’Antioche, 254, et Oratio, 26, 20-21, évoque la construction de baraques en planches qui devaient être louées à des artisans dans les entrecolonnements des portiques. Sur la question, voir Saliou C., « Identité culturelle et paysage urbain : remarques sur les processus de transformation des rues à portiques dans l’Antiquité tardive », Syria, no 82, 2005, p. 207-224, en particulier p. 212-214.

    83 C’est le cas à Minturnes aussi : la taberna casiaria avait été louée par la cité à des artisans sans que celle-ci s’inquiète des nuisances qu’elle pouvait provoquer auprès des voisins. Voir supra, note 61.

    Auteur

    • Maria Luisa Bonsangue
      Université de Picardie-Jules Verne, Amiens (France) – EA 4284 TrAme.
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    1 Pour une nouvelle définition de l’artisanat à l’époque romaine, voir Monteix N., « De “l’artisanat” aux métiers : quelques réflexions sur les savoir-faire du monde romain à partir de l’exemple pompéien », Monteix N. et Tran N. (dir.), Les Savoirs professionnels des gens de métier. Étude du monde du travail dans les sociétés urbaines de l’Empire romain, Naples, Centre Jean Bérard, coll. « Archéologie de l’artisanat antique », 5, 2011, p. 7-26.

    2 Sur la question, voir l’étude récente de Monteix N., Les Lieux de métier. Boutiques et ateliers d’Herculanum, Rome/Naples, École française de Rome/Centre Jean Bérard, 2010, p. 42-47.

    3 Varron, De lingua latina, 8, 30, 55 : « quoniam taberna, ubi uenit uinum, a uino uinaria, a creta cretaria, ab unguento unguentaria dicitur, analogon si essent vocabula, ubi caro uenit, carnaria, ubi pelles, pelliaria, ubi calcei, calcearia diceretur, non laniena ac pellesuina et sutrina » (« Étant donné que, quand on vend du vin dans une taberna, on la dit uinaria à partir de uinum, cretaria à partir de creta et unguentaria à partir d’unguentum, si les mots étaient formés par analogie, on dirait la taberna carnaria, quand c’est de la viande, pelliaria pour des peaux, calcearia pour des chaussures et non pas laniena, pellesuina ou sutrina », Monteix N. [trad.], Les Lieux de métier, op. cit., p. 43, note 11).

    4 Ibid., p. 39.

    5 Voir Cicéron, Oratio post reditum ad Quirites, I, 4, 3 : « Ipsa autem patria, di immortales ! dici uix potest quid caritatis, quid uoluptatis habeat, quae species Italiae, quae celebritas oppidorum, quae forma regionum, qui agri, quae fruges, quae pulchritudo urbis, quae humanitas ciuium, quae rei publicae dignitas, quae uestra maiestas ! » (« Et la patrie elle-même, dieux immortels ! on peut à peine dire l’affection et l’agrément qu’elle inspire ; et la beauté de l’Italie, le peuplement des villes, l’aspect des paysages, les campagnes, les moissons, la splendeur de la capitale, l’urbanité des citoyens, le prestige de l’État et votre majesté ! », Wuilleumier P. [trad.], Paris, Les Belles lettres, coll. « Collection des universités de France », 1952) ; Homo L., Rome impériale et l’urbanisme dans l’Antiquité, nouv. éd., Paris, Albin Michel, 1971, p. 447 sq. ; ZaccariaRuggiu A., Spazio privato e spazio pubblico nella città romana, Rome, École française de Rome, 1995, p. 203 sq.

    6 Vitruve, De architectura, 1, 2 : « ut ciuitas per te non solum prouinciis esset aucta, uerum etiam ut maiestas imperii publicorum aedificiorum egregias haberet auctoritates » (« Grâce à toi non seulement la cité avait été agrandie de provinces nouvelles, mais [que] la majesté de son pouvoir se manifestait aussi avec éclat dans les édifices publics », Fleury Ph. (trad.), Paris, Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1990).

    7 Cicéron, Pro Balbo, 15, 35 à propos du traité stipulé avec la cité de Gadès : « Nihil est enim aliud in foedere, nisi ut pia et aeterna pax sit. Quid id ad ciuitatem ? adiunctum illud etiam quod non est in omnibus foederibus : maiestatem populi Romani comiter conseruanto » (« Le texte du traité porte seulement que “la paix sera juste et éternelle”. En quoi concerne-t-il le droit de cité ? On a même ajouté une clause qui ne figure pas dans tous les traités : “qu’ils respectent de bonne grâce la majesté du peuple Romain” », Cousin J. [trad.], Paris, Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1962).

    8 Sur la législation des bâtiments à Rome, Homo L., op. cit., p. 533-566 ; Saliou C., Les Lois des bâtiments. Voisinage et habitat urbain dans l’Empire romain. Recherches sur les rapports entre le droit et la construction privée du siècle d’Auguste au siècle de Justinien, Beyrouth, Institut français du Proche-Orient, 1994.

    9 Res Gestae, cap. 19-21, Vitruve, De architectura, 1, 2 ; Suétone, Vitae Caesarum. Augustus, 28, 3.

    10 Vitruve, De architectura, 1, 3, 2 : « Haec autem ita fieri debent ut habeatur ratio firmitatis, utilitatis, uenustatis… Venustatis uero cum fuerit operis species grata et elegans membrorumque commensus iustas habeat symmetriarum ratiocinationes » (« On doit faire ces travaux [de monumentalisation de la ville] en tenant compte de la solidité, de l’utilité et de la beauté… [On tiendra compte] de la beauté lorsqu’on donnera à l’ouvrage un aspect agréable et élégant en calculant de façon juste les rapports modulaires entre les mesures des différentes parties », Fleury Ph. [trad.], Paris, Les Belles lettres, coll. « Collection des universités de France », 1990). Sur les constructions architecturales et le prestige de la cité, voir Dion de Pruse, Orationes, 40, 8, « Sachez bien en effet que c’est les constructions, les fêtes, […] c’est tout cela qui exalte naturellement l’orgueil des cités, qui accroit la dignité d’un peuple et lui vaut une plus grande considération de la part des résidents étrangers… » (Cuvigny M. [trad.], Dion de Pruse. Discours bithyniens. Discours 38-51, Besançon, Faculté des lettres et sciences humaines, 1994), et Gros P., « Modèle urbain et gaspillage des ressources dans les programmes édilitaires des villes de Bithynie au début du IIe siècle après J.-C. », Leveau Ph. (dir.), L’Origine des richesses dépensées dans la ville antique. Actes du colloque organisé à Aix-en-Provence les 11 et 12 mai 1984, Aix-en-Provence et Marseille, Université de Provence, 1985, p. 69-85.

    11 Voir, par exemple, Cicéron, Pro Fonteio, 5, 13, à propos de Narbonne, ou d’une manière plus générale, Aulu Gelle, Nuits attiques, 16, 13.

    12 Finley M. I., The Ancient Economy, Londres, Chatto and Windus, 1973, cité dans la traduction française, L’Économie antique, Paris, Éditions de Minuit, 1975, p. 168 sq. Sur la question, voir Andreau J., « Présentation. Vingt ans après “L’économie antique” de M. I. Finley », Annales Histoire, sciences sociales, vol. 50, no 5, 1995, p. 947-960 ; id., L’Économie du monde romain, Paris, Ellipses, 2010, p. 25-43 ; Lafon X., Marc J.-Y et Sartre M., La Ville antique. Histoire de l’Europe urbaine (2003), vol. I, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Histoire », 2011, p. 261-283.

    13 Voir Bruhns H., « De Werner Sombart à Max Weber et Moses I. Finley. La typologie de la ville antique et la question de la ville de consommation », Leveau Ph. (dir.), L’Origine des richesses dépensées dans la ville antique, op. cit., p. 255-272.

    14 Goudineau C., « Les villes de la paix romaine », Duby G. (dir.), Histoire de la France urbaine, Paris, Éditions du Seuil, vol. I, 1980, p. 233-391.

    15 En revanche, les lieux de production des biens destinés à l’exportation sur une grande échelle étaient situés en milieu rural, ou dans les agglomérations inférieures. Siège du pouvoir politique et lieu d’expression de la supériorité des notables, la ville consommait en dépenses évergétiques les biens produits dans le territoire. Sur la question voir aussi le bilan de Ferdière A., « La “distance critique” : artisans et artisanat dans l’Antiquité romaine et en particulier en Gaule », Les Petits Cahiers d’Anatole, no 1, 2001, p. 1-31, disponible en ligne : [www.univ-tours.fr/lat/Pages/F2.htm].

    16 Morel J.-P., « Les producteurs de biens artisanaux en Italie à la fin de la République », Cébeillac-Gervasoni M. (dir.), Les « Bourgeoisies » municipales italiennes aux IVe et Ier siècles avant J.-C. Actes du colloque international du CNRS, Naples, 7-10 décembre 1981, Paris, Éditions du CNRS, et Naples, Centre Jean Bérard, 1983, p. 21-39 ; id., « Élites municipales et manufacture en Italie », id. (dir.), Les Élites municipales de l’Italie péninsulaire des Gracques à Néron. Actes de la table ronde internationale de Clermont-Ferrand, 1991, Naples/Rome, Centre Jean Bérard/École française de Rome, 1996, p. 181-198 ; Carandini A., « Sviluppo e crisi delle manifatture rurali e urbane », Giardina A. et Schiavone A. (dir.), Società romana e produzione schiavistica. Merci, Mercati e Scambi nel Mediterraneo, vol. II, Rome/Bari, Laterza, 1981, p. 249-260 ; Coarelli F., « Fregellae, Arpinum et Aquinum. Lana e fullonicae nel Lazio meridionale », Cébeillac-Gervasoni M. (dir.), op. cit., p. 199-205.

    17 Leveau Ph., « Richesses, investissements, dépenses : à la recherche des revenus des aristocraties municipales de l’Antiquité », id. (dir.), L’Origine des richesses dépensées dans la ville antique, op. cit., p. 19-37, en particulier p. 28 ; id., « La ville antique et l’organisation de l’espace rural : villa, ville, village », Annales ESC, no 38, 1983, p. 920-942 ; Andreau J., « Le rôle de la ville vu par les élites romaines », Petitfrère C. (dir.), Construction, reproduction et représentation des patriciats urbains de l’Antiquité au XXe siècle. Actes du colloque des 7, 8 et 9 septembre 1998 tenu à Tours, dans les locaux du Conseil général d’Indre-et-Loire, Tours, CEHVI, Centre d’histoire de la ville moderne et contemporaine, 1999, p. 401-411 ; id., « La cité antique et la vie économique », Opus, no 6-8, 1987-1989, p. 175-185.

    18 Borgard Ph., Carre M.-B. et Fontaine S., « Pompéi : un site de référence ? Approche socio-économique de l’insula I 8 », La Norme à Pompéi, Ier siècle avant J.-C. – Ier siècle après J.-C. Colloque organisé par Marie-Odile Charles-Laforge, Centre Jacob Spon, Romanitas, Université Lyon 2, le 17 novembre 2004, Rome, « L’Erma » di Bretschneider, coll. « Studi della Soprintendenza archeologica di Pompei » 21, 2007, p. 106-114 ; Borgard Ph., Brun J.-P., Legouilloux M., Monteix N., Cullin-Mingaud M. et Libre M.-Th., « Le produzioni artigianali a Pompei. Ricerche condotte dal centre Jean Bérard », Rivista di studi pompeiani, no 14, 2003, p. 9-29 ; Brun J.-P., Borgard Ph., Legouilloux M. et Monteix N., « Pompéi, Herculanum (Campanie), Saepinum (Molise) : recherches sur l’artisanat antique », Mélanges de l’École française de Rome, vol. CXVIII, no 1, 2006, p. 362-375 ; Brun J.-P., « Les artisans à Pompéi », Petit J.-C. et Santoro S. (dir.), Vivre en Europe romaine de Pompéi à Bliesbruck-Reinheim, cat. exp. (Bliesbruck-Reinheim, Parc archéologique européen, 29 avril-30 septembre 2007), Paris, Errance, 2007, p. 147-154 ; Brun J.-P. (dir.), Artisanats antiques d’Italie et de Gaule. Mélanges offerts à Maria Francesca Buonaiuto, Naples, Centre Jean Bérard, coll. « Archéologie de l’artisanat antique », 2, 2009 ; Polfer M. (dir.), Artisanat et production artisanale en milieu rural dans les provinces du nord-ouest de l’Empire romain. Actes du colloque organisé à Erpeldange, les 4-5 mars 1999 par le séminaire d’études anciennes du Centre universitaire de Luxembourg et Instrumentum, Montagnac, M. Mergoil, coll. « Monographies Instrumentum », 1999 ; id. (dir.), L’Artisanat romain. Évolution, continuités et ruptures (Italie et provinces occidentales). Actes du IIe colloque d’Erpeldange (26-28 octobre 2001), organisé par le séminaire d’études anciennes du Centre universitaire de Luxembourg, Montagnac, M. Mergoil, coll. « Monographies Instrumentum », 2001 ; Santoro S. (dir.), Artigianato e produzione nella Cisalpina. I. Proposte di metodo e prime applicazioni, 2e éd., Florence, All’insegna del giglio, coll. « Flos Italiae », 2004.

    19 Alfaro C., Wild J. P. et Costa B. (dir.), Purpureae vestes. Actas del I Symposium Internacional sobre Textiles y Tintes del Mediterráneo en época romana, Ibiza, 8 al 10 de noviembre, 2002, Valence, Consell insular d’Elvissa, 2004; Alfaro C. et Karali L. (dir.), Purpureae vestes. Textiles and Dyes in Antiquity. Vestidos, textiles y tintes. Estudios sobre la producción de bienes de consumo en la Antiguedäd. Actas del II Symposium Internacional sobre Textiles y Tintes del Mediterráneo en el mundo antiguo, Atenas, 24 al 26 de noviembre, 2005, Valence, Universitat de València, 2008 ; Chardron-Picault P. (dir.), Aspects de l’artisanat en milieu urbain. Gaule et Occident romain. Actes du colloque international d’Autun, 20-22 septembre 2007, Dijon, RAE, coll. « Revue archéologique de l’Est », supplément 28, 2010, p. 183-194 ; Fontaine S., Satre S. et Tekki A. (dir.), La Ville au quotidien, regards croisés sur l’habitat et l’artisanat antiques : Afrique du Nord, Gaule et Italie. Actes du colloque international, Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, Aix-en-Provence, 23-24 novembre 2007, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 2011 ; Alfaro C., Borgard Ph., Brun J.-P. et Pierobon-Benoit R. (dir.), Purpureae vestes. Textiles y tintas en la ciudad Antigua. Actas del III Symposium Internacional sobre Textiles y Tintes del Mediterráneo en el mundo antiguo, Valence/Naples, Universitat de València/Centre Jean Bérard, 2011.

    20 Esposito A. et Sanidas G. M. (dir.), « Quartiers » artisanaux en Grèce ancienne : une perspective méditerranéenne. Actes du symposium international, Université de Lille 3, décembre 2009, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Archaiologia », 2012.

    21 Cicéron, De officiis, 1, 150 : « Opificesque omnes in sordida arte uersantur ; nec enim quicquam ingenuum habere potest officina » (« Tous les artisans s’adonnent à un vil métier, l’atelier ne peut comporter rien de bien né ») ; Sénèque, Epistulae ad Lucillum, 88, 20 : « Hae uiles ex professo artes quae manu constant […] ad uirtutem non pertinent » (« Les arts vils qui se donnent pour tels, les métiers purement manuels n’ont rien de commun avec la vertu »).

    22 On se référera à Joshel S., Work and Legal Status at Rome : A Study of the Occupational Inscriptions, Norman, University of Oklahoma Press, 1992, à Toner J., Popular Culture in Ancient Rome, Cambridge, Polity, 2009, et surtout aux travaux de Tran N. (voir infra pour la bibliographie).

    23 Tran N., « La mention épigraphique des métiers artisanaux et commerciaux dans l’épigraphie de l’Italie centroméridionale », Andreau J. et Chankowski V. (dir.), Vocabulaire et expression de l’économie dans le monde antique, Bordeaux, Ausonius, 2007, p. 119-141.

    24 Tran N., Les Membres des associations romaines. Le rang des “collegiati” en Italie et en Gaules sous le Haut-Empire, Rome, École française de Rome, 2006.

    25 Tran N., « Les gens de métier romains : savoirs professionnels et supériorités plébéiennes », Monteix N. et Tran N. (dir.), Les Savoirs professionnels des gens de métier, op. cit., p. 119-133.

    26 Morel J.-P., « La topographie de l’artisanat et du commerce dans la Rome antique », L’Vrbs, espace urbain et histoire, Ier siècle avant J.-C. – Ier siècle après J.-C. Actes du colloque international, Rome, 8-12 mai 1985, organisé par le CNRS et l’École française de Rome, Rome, École française de Rome, 1987, p. 127-155 ; id., « Artisanat et manufacture à Rome (Ier s. avant n. è. – IIe de n. è.) », Pallas, no 55, 2001, p. 243-263; Papi E., « La turba inpia: artigiani e commercianti del foro romano e dintorni (I sec. a.C. – 64 d.C.) », Journal of the Roman Archaeology, no 15, 2002, p. 45-62.

    27 Varron, De Vita Populi Romani, 2, d’après Nonius, p. 853, l. 15-17 (éd. Lindsay) : « La dignité du forum s’est trouvée accrue, les bouchers ayant été remplacés dans leurs boutiques par des banquiers. »

    28 Il existait, dans le Velabrum, un lieu extrêmement fréquenté près du forum, des boutiques alimentaires dans lesquelles on pouvait trouver des marchandises introuvables au macellum (huile, vin, etc.). Papi E., art. cit., p. 50.

    29 Il faut cependant souligner que, tout en constatant cette tendance, Emanuele Papi insiste sur la permanence à l’époque impériale de boutiques artisanales et commerciales près du forum, notamment le long de la Sacra uia (Papi E., art. cit., p. 51, note 85).

    30 Juv., 14, 202, et CIL VI, 1117, 1118, qui attestent la présence au Trastévère, sous l’Empire, d’un collège de coriarii.

    31 Morel J.-P., « La topographie de l’artisanat », art. cit., p. 131. Voir aussi Jolivet V., Pavolini C. et Tomei M. A., Suburbium II. Il suburbio di Roma dalla fine dell’età monarchica alla nascita del sistema delle ville, V-II secolo A. C., Rome, École française de Rome, 2009.

    32 Morel J.-P., « La topographie de l’artisanat », art. cit., p. 135-137.

    33 Voir Morel J.-P., « Topographie de l’artisanat et organisation du travail en Gaule méridionale et en Méditerranée occidentale jusqu’au début de l’Empire », Chardron-Picault P. (dir.), Aspects de l’artisanat en milieu urbain, op. cit., p. 135-146, en particulier p. 143.

    34 Voir supra, note 21, et Morel J.-P., « L’artisan », Giardina A. (dir.), L’Homme romain, Paris, Éditions du Seuil, 1992.

    35 Esposito A. et Sanidas G. M., « La question des regroupements des activités économiques et le concept de “quartier d’artisans” : quelle approche ? », id., « Quartiers » artisanaux en Grèce ancienne, op. cit., p. 12-21. À propos de Rome, voir Monteix N., « Caius Lucretius […], marchand de couleurs de la rue des fabricants des courroies. Réflexions critiques sur les concentrations des métiers à Rome », ibid., p. 333-352.

    36 Un mouvement qui doit donc être fortement nuancé dans le cas de Rome, comme l’a montré Emanuele Papi, voir supra, note 29.

    37 Voir par exemple les cas d’Aix-en-Provence, de Fréjus et de Reims, cités dans Copetti A. et Huguet C., « Nouveaux indices de la présence d’un atelier de potier à Aix-en-Provence : les fouilles préventives de la voie Georges-Pompidou », Fontaine S., Satre S. et Teikki A. (dir.), op. cit., p. 213-222, avec bibliographie.

    38 Strabon, 4, 1, 6, et 4, 1, 12. Gayraud M., Narbonne antique, des origines à la fin du IIIe siècle, Paris, de Boccard, suppl. à la Revue archéologique de Narbonnaise, 8, 1981, p. 186-199.

    39 Bonsangue M. L., L’Emporion de Narbonne. Économie et société d’une cité de l’Occident romain (Ier siècle avant J.-C. – Ier siècle après J.-C.), thèse, université Paris I Panthéon-Sorbonne, 2006, p. 628-640.

    40 Bonsangue M. L., « Aspects économiques et sociaux du monde du travail à Narbonne d’après la documentation épigraphique (Ier siècle avant J.-C. – Ier siècle après J.-C.) », Cahiers du Centre Gustave Glotz, no 13, 2002, p. 201-232.

    41 Bonsangue M. L., « L’apport de la documentation épigraphique à la connaissance de l’artisanat à Narbonne (fin Ier siècle avant J.-C. – Ier siècle après J.-C.) », Chardron-Picault P. (dir.), Aspects de l’artisanat en milieu urbain, op. cit., p. 183-194.

    42 Voir à ce propos, Sanchez C., Jézégou M.-P. et Pagès G., « Entre littoral et arrière-pays, l’organisation des activités artisanales : le cas de Narbonne antique », Esposito A. et Sanidas G. M. (dir.), « Quartiers » artisanaux en Grèce ancienne, op. cit., p. 373-386.

    43 Il s’agirait de bassins de décantation et de structures assimilées à un four et séparateur d’un tripode, voir Sanchez C., narbonne à l’époque tardo-républicaine (IIe-Ier s. avant n. è.). chronologies, commerce et artisanat céramique, Montpellier, Éditions de l’Association de la Revue archéologique de Narbonnaise, supplément, 38, 2009, p. 409, 414.

    44 Sabrié R. et Sabrié M., le clos de la lombarde à narbonne. espaces publics et privés du secteur nord-est, Montagnac, M. Mergoil, 2004, p. 57.

    45 Sanchez C., « Production et consommation des céramiques communes de la colonie romaine de Narbonne (IIe siècle avant – Ve siècle de n. è.) », Pasqualini M. (dir.), les céramiques communes d’italie et de narbonnaise. structures de production, typologies et contextes inédits (IIe siècle avant J.-C. – IIIe siècle après J.-C.). Actes de la table ronde de naples, 2-3 novembre 2006, Naples, Centre Jean Bérard, 2009, p. 471-492, en particulier p. 477-480.

    46 Sabrié R. et Sabrié M., Le Clos de la Lombarde. Un quartier de Narbonne dans l’Antiquité, Narbonne, s. n., 2002.

    47 Sanchez C., Jézégou M.-P. et Pagès G., art. cit., p. 376.

    48 Pour la bibliographie, voir supra, notes 39 et 41.

    49 Borgard Ph. et Puybaret M.-P., « Le travail de la laine au début de l’Empire : l’apport du modèle pompéien. Quels artisans ? Quels équipements ? Quelles techniques ? », C. Alfaro, J. P. Wild et B. Costa (dir.), Purpureae vestes, op. cit., p. 47-59.

    50 Monteix N., « La localisation des métiers dans l’espace urbain : quelques exemples pompéiens », Chardron-Picault P. (dir.), Aspects de l’artisanat en milieu urbain, op. cit., p. 147-160, en particulier p. 157.

    51 Il s’agit par exemple de la teinturerie de la Casa della Regina d’Inghilterra et de la foulerie dotée de locaux commerciaux de la via degli Augustali (VII, 2, 41). Voir à ce propos Flohr M., « Exploring the Limits of Skilled Craftsmanship. The Fullonicae of Roman Italy », Monteix N. et Tran N. (dir.), Les Savoirs professionnels des gens de métier, op. cit., p. 87-100.

    52 Monteix N., « La localisation des métiers », art. cit., p. 157. Pour un bilan de la topographie artisanale à Pompéi, Brun J.-P., « Les artisans à Pompéi », Petit J.-C. et Santoro S. (dir.), De Pompéi à Bliesbruck-Reinheim. Vivre en Europe romaine, cat. exp. (Bliesbruck-Reinheim, Parc archéologique européen, 29 avril-30 septembre 2007), Paris, Errance, 2007, p. 147-154 ; Mastrobattista E. et Santoro S., « Les maisons d’artisans-commerçants dans l’urbanisme de Pompéi », Petit J.-C. et Santoro S. (dir.), De Pompéi à Bliesbruck-Reinheim, op. cit., p. 113-119. À Rome, les fullonicae devaient être situées près des aqueducs publics, car, ainsi que le rappelle Frontin., Aq., 98, les foulons pouvaient utiliser l’eau de la capitale moyennant une taxe.

    53 Bakker J. Th., « Les boulangeries à moulin et les distributions de blé gratuites », Descoeudres J.-P. (dir.), Ostia, port et porte de la Rome antique, cat. exp. (Genève, musée Rath, 23 février-22 juillet 2001), Genève, Georg et Musées d’art et d’histoire, 2001, p. 179-185.

    54 Ibid., p. 184.

    55 Voir Tran N., Les Membres des associations, op. cit., p. 307, à propos de Année épigraphique, 1996, 309 (Ostie).

    56 DeRuyt C., « Les foulons, artisans des textiles et blanchisseurs », Descœudres J.-P. (dir.), Ostia, port et porte de la Rome antique, op. cit., p. 186-191. Sur les fullonicae d’Ostie, voir aussi Flohr M., « Exploring the Limits of Skilled Craftsmanship », art. cit., p. 95.

    57 Il s’agit de sources concernant une ville d’Orient, Pruse, en Bithynie, à l’époque de Trajan : Dion de Pruse, Orationes, 40, 8-9 ; 47, 11-12 ; 48, 12. Il s’agit de la seule opération d’urbanisme connue par les sources littéraires dont on sait qu’elle a entraîné la destruction d’installations artisanales. Dion en effet avait entrepris, dans le centre de Pruse, la construction d’un complexe monumental destiné à augmenter le prestige de sa cité, qui prévoyait la démolition d’installations de forgerons et leur reconstruction dans un autre endroit non précisé de la ville. Voir Gros P., « Modèle urbain et gaspillage des ressources », art. cit., p. 70, note 19, et Béal J.-C., « L’artisanat et la ville : relecture de quelques textes », Béal J.-C. et Goyon J.-C. (dir.), Les Artisans dans la ville antique. Actes de la table ronde organisée par l’Institut d’archéologie et d’histoire de l’Antiquité, Lyon, 16-17 novembre 2000, Lyon, université Lumière Lyon 2, 2002, p. 5-14.

    58 Saliou C., « Artisanats et espace urbain dans le monde romain : droit et projets urbains (Ier siècle avant J.-C.- VIe siècle après J.-C.) », Esposito A. et Sanidas G. M. (dir.), « Quartiers » artisanaux en Grèce ancienne, op. cit., p. 39-53.

    59 Seul un traité d’urbanisme du VIe siècle, rédigé par l’architecte Julien d’Ascalon, préconise de refouler les artisans des cités d’Orient à la périphérie de la ville, voire à l’extérieur de l’agglomération (Julien d’Ascalon, II, 11, 2, à propos des verriers, et 14, 1, à propos des fabricants de garum et des fromagers). De fait, ce témoignage indique qu’aux époques précédentes, ces derniers devaient vivre en relation de voisinage étroit avec la population urbaine. Voir à ce propos Saliou C., « Artisanats et espace urbain », art. cit., p. 45, et id., Le traité d’urbanisme de Julien d’Ascalon. Droit et architecture en Palestine au VIe siècle, Paris, de Boccard, 1996.

    60 Martial, 7, 61, 1-10 : « Abstulerat totam temerarius institor urbem, inque suo nullum limine limen erat. Iussisti tenuis, Germanice, crescere uicos, et modo quae fuerat semita, facta uia est. Nulla catenatis pila est praecincta lagonis, nec praetor medio cogitur ire luto, stringitur in densa nec caeca nouacula turba, occupat aut totas nigra popina uias. Tonsor, copo, cocus, lanius sua limina seruant. Nunc Roma est, nuper magna taberna fuit » (« Le boutiquier [institor] sans vergogne avait fini par nous priver de Rome tout entière et nulle part où devait être un seuil n’apparaissait de seuil. Tu as enjoint, ô Germanique, à nos ruelles étroites de s’élargir, et ce qui n’était naguère qu’un sentier est devenue une route. On ne voit plus de piliers entourés de bouteilles enchaînées et le préteur n’est plus forcé de marcher en pleine boue ; plus de rasoir brandi à l’aveugle au sein d’une foule dense, plus de noires gargotes qui encombrent les voies publiques tout entières ! Barbier, cabaretier, cuisinier, boucher s’en tiennent à leur propre seuil. À présent Rome existe ; naguère ce n’était qu’une vaste boutique », Izaac H.-J. [trad.], Paris, Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1961). Sur ce passage, voir aussi Kardos M. J., « L’Vrbs de Martial », Latomus, vol. 60, no 2, 2002, p. 387-413.

    61 En particulier, un extrait de Papinien, juriste du IIe siècle après J.-C., qui évoque l’interdiction de déposer quoi que ce soit devant les officinae donnant sur la rue, même si une tolérance est prévue pour le foulon qui fait sécher quelques étoffes, à condition qu’il n’empêche pas la circulation des véhicules : Digesta Justiniani, 43, 8, 10, 4, Papinien, livre unique sur Du devoir des édiles : « Studeant autem, ut ante officinas nihil projectum sit, uel propositum, praeterquam si fullo uestimenta siccet, aut faber currus exterius ponat. Ponant autem et hi, ut non prohibeant uehiculum ire » (« Ils auront soin qu’on n’avance rien en dehors des boutiques, à moins qu’un foulon ne fasse sécher des étoffes ou qu’un charron ne mette ses roues devant sa porte, ce qu’ils doivent faire de manière qu’une voiture puisse toujours passer », C. Saliou [trad.], Les Lois des bâtiments, op. cit., p. 46). Un fragment de l’édit du préteur commenté par Ulpien (Digesta Justiniani, 9, 3, 5, 3) précise que ceux qui tiennent un entrepôt ou louent des boutiques pour y exercer ou enseigner un métier ne doivent rien jeter sur la voie et qu’ils encourent le risque d’une action de justice même si ce sont leurs ouvriers ou leurs élèves qui bravent cet interdit (répandre des objets sur la chaussée).

    62 Camodeca G., « Un nuovo decreto decurionale puteolano con concessione di superficies agli Augustali e le entrate cittadine da solarium », LoCascio E. (dir.), Il capitolo delle entrate nelle finanze municipali in Occidente e in Oriente. Actes de la Xe Rencontre franco-italienne sur l’épigraphie du monde romain, Rome, 27-29 mai 1996, organisée par l’Université de Roma-La Sapienza et l’École française de Rome, Rome, Università di Roma « La Sapienza »/École française de Rome, 1999, p. 9-10. Le versement du solarium a été récemment mis en relation avec l’occupation abusive d’une portion de l’espace public par des installations artisanales : Tran N., « “Le procès des foulons” : l’occupation litigieuse d’un espace vicinal par des artisans romains », Mélanges de l’École française de Rome, vol. CXIX, no 2, 2007, p. 597-611.

    63 Digesta Justiniani, 8, 5, 8, 5 : « Aristo Cerellio Vitali respondit non putare se ex taberna casiaria fumum in superiora aedificia iure immitti posse, nisi ei rei seruitutem talem admittit… Dicit igitur Aristo eum, qui tabernam casiariam a Minturnensibus conduxit, a superiore prohiberi posse fumum immittere, sed Minturnenses ei ex conducto teneri. Agique sic posse dicit cum eo, qui eum fumum immittat, ius ei non esse fumum immittere. Ergo per contrarium agi poterit ius esse fumum immittere: quod et ispum uidetur Aristo probare… » (« Ariston a répondu à Cerellius Vitalis qu’il ne pensait pas que la fumée s’échappant d’une fromagerie puisse être diffusée à bon droit vers les bâtiments supérieurs, à moins qu’une telle servitude n’ait été consentie à ce sujet. […] Ariston déclare donc que la personne qui a pris une fromagerie en location auprès de la cité de Minturnes peut se voir interdire de diffuser de la fumée vers l’occupant supérieur, mais que la cité de Minturnes est responsable à son égard en vertu de l’action sur le bail. Il ajoute que l’on peut poursuivre la personne qui diffuse de la fumée en arguant qu’il n’a pas le droit de le faire. Dès lors, à l’inverse, une action pourrait être conduite en arguant du droit de répandre de la fumée ; tel est aussi ce que semble approuver Ariston », Tran N. [trad.], Cahiers du Centre Gustave-Glotz, 20, 2009, p. 337, note 52).

    64 CIL II², 1, 595 = II, 5439 (Fontes Iuris Romani Anteiustiniani, I, 21; Crawford M., Roman Statutes, Londres, Institute of Classical Studies, 1996, I, 25, p. 393-454).

    65 CIL II², 1, 595 = II, 5439, rub. 76 : « Figlinas teglarias maiores tegularum CCC tegulariumque in oppido colon(iae) Iul(iae) ne quis habeto. Qui habuerit it aedificium isque locus publicus col(oniae) Iul(iae) esto, eius(que) aedificii quicumque in c(olonia) G(enetiua) Iul(iae) i(ure) d(icundo) p(raerit), s(ine) d(ol) m(alo) eam pecuniam in publicum redigito » (« Que personne ne possède des figlinae teglariae de plus de trois cent tuiles ni de tegularium [entrepôt de tuiles?], à l’intérieur de l’agglomération de la Colonia Iulia. Si quelqu’un en possède, que cet édifice et ce lieu deviennent la propriété publique de la Colonia Iulia et celui qui aura la charge de dire le droit dans la Colonia Genetiua Iulia qu’il verse au trésor public sans dommage ni fraude la somme (tirée) de cet édifice »).

    66 Béal J.-C., « L’artisanat et la ville », art. cit., p. 5-14, avec bibliographie.

    67 Comme le montre l’utilisation de la même unité de mesure dans le chapitre xiiii de la lex coloniae, récemment découvert : à ce propos, CaballosRufino A., El nuevo bronce de Osuna y la politica colonizadora romana, Séville, Universidad de Sevilla, 2006, p. 208.

    68 Sur ce point, voir Saliou C., « Artisanats et espace urbain », art. cit., p. 42.

    69 C’était l’interprétation de Béal J.-C., « L’artisanat et la ville », art. cit., p. 7.

    70 Jacques F., Les Cités de l’Occident romain : du Ier siècle avant J.-C. au VIe siècle après J.-C., Paris, Les Belles Lettres, 1990, p. 151-152. Sur les manufactures publiques attestées dans d’autres cités de l’Empire, voir Cébeillac-Gervasoni M., « Les autorités politiques municipales et la vie économique locale : quelques aspects », Brun J.-P. (dir.), Artisanats antiques d’Italie et de Gaule, op. cit., p. 26.

    71 Pour un résumé des différentes interprétations, voir aussi Tsiolis G., « Las restriciones de la producción tegularia en la Lex Vrsonensis », La lex Vrsonensis : Estudio y edición crítica, Salamanque, Ed. Univ. Salamanca, coll. « Studia historica, Historia antigua », 15, 1997, p. 119-136.

    72 Ces dispositions sont mentionnées aux chapitres LXXIII et LXXV du règlement. Elles concernent l’interdiction d’élever des bûchers funéraires à l’intérieur de l’agglomération sous peine de verser une amende de 5 000 sesterces (LXXIII) et celle de démolir un édifice, ou seulement son toit, sans l’autorisation préalable des décurions, sous peine du paiement d’une somme correspondante à la valeur de l’édifice démoli (LXXV).

    73 CIL XIII, 3202 (D. 5594) Évreux : « P(ublius) Suillius P(ubli) [---]/opus piscinae [---permissu(?)]/uiri clarissimi [C(ai) Prastinae P] acati/legati Aug(usti) et ex or[dinis de] creto/us{s}ibus fullon[um Mediol] an/nensium d(e) [s(uo) f(aciendum) c(urauit)]. » Sur cette inscription, voir Deniaux E., « L’activité des foulons d’Évreux et le contrôle impérial à l’époque d’Antonin », Recueil d’études en hommage à Lucien Musset, Caen, musée de Normandie, 1990, p. 59-61, et Tran N., « Tabernae publicae : boutiques et ateliers dans le patrimoine des cités de l’Occident romain », Cahiers du Centre Gustave-Glotz, 20, 2009, p. 327-350, qui souligne le caractère public de cette installation : propriété de la cité, elle était utilisée par les foulons en échange du versement d’un uectigal à la caisse municipale.

    74 Saliou C., « Artisanats et espace urbain », art. cit., p. 48, évoque un souci de salubrité et l’objectif de percevoir des revenus.

    75 Voir à ce propos les exemples rassemblés par DeRuyt C., Macellum. Marché alimentaire des Romains, Louvain-la-Neuve, Institut supérieur d’archéologie et d’histoire de l’art, 1983, p. 17-222, et le cas des horrea Agrippiana à Rome (Astolfi F., Guidobaldi F. et Pronti A., « Horrea Agrippiana », Archeologia classica, no 30, 1978, p. 31-100, et, plus récemment, Virlouvet C., « Les entrepôts dans le monde romain antique. Formes et fonctions », Arce J. et Goffaux B. [dir.], Horrea d’Hispanie et de la Méditerranée romaine, Madrid, Casa de Velázquez, 2011, p. 7-22).

    76 Cicéron, Epistulae ad Atticum, 14, 10, 3; Homo L., op. cit., p. 519-532, et Garnsey P., « Urban Property investment », Finley M. I. (dir.), Studies in Roman Property, Cambridge, Cambridge University Press, 1976, p. 123-136.

    77 Sur la question, voir, pour Pompéi, Andreau J., « Histoire des séismes et histoire économique : le tremblement de terre de Pompéi (62 après J.-C.) », Annales ESC, no 28, 1973, p. 369-395 ; Mastrobattista E. et Santoro S., « Les maisons d’artisans-commerçants », art. cit., p. 117, avec bibliographie ; pour Herculanum, Monteix N., Les Lieux de métier, op. cit., p. 349-370.

    78 Tran N., « Tabernae publicae », art. cit., p. 327-350.

    79 CIL IV, Suppl. I, p. 384-386 à propos de la fullonica de Pompéi mentionnée dans les tablettes de Jucundus ; CIL IX, 2226, Telesia, à propos de lanariae, c’est-à-dire ateliers de production de fibre de laine ; CIL X, 5682 Arpinum, à propos d’éventuelles fullonicae appartenant à la municipalité. On peut ajouter à ces exemples la boutique du fromager de Minturnes citée supra, note 61.

    80 Vitruve, 5, 1, 1 : « Igitur circum spectacula spatiosiora intercolumnia distribuantur circaque in porticibus argentariae tabernae maenianaque superioribus coaxationibus conlocentur, quae et ad usum et ad uectigalia publica recte erunt disposita » (« C’est donc autour des emplacements des gradins que doivent être disposées les colonnes, assez éloignées les unes des autres, et il faut placer tout autour, sous les portiques, des boutiques de banquiers, et des galeries sur les planchers supérieurs ; ces heureux aménagements seront utiles tout en procurant des revenus publics », Saliou C. [trad.], Paris, Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 2009).

    81 Pavolini C., Ostia. Guide archeologiche Laterza, no 8, 1988, p. 66. La construction du théâtre d’Ostie date de l’époque augustéenne.

    82 Tran N., « Tabernae publicae », art. cit., p. 348. À Antioche de Syrie, au IVe siècle, Libanios, Disc. 11 = Éloge d’Antioche, 254, et Oratio, 26, 20-21, évoque la construction de baraques en planches qui devaient être louées à des artisans dans les entrecolonnements des portiques. Sur la question, voir Saliou C., « Identité culturelle et paysage urbain : remarques sur les processus de transformation des rues à portiques dans l’Antiquité tardive », Syria, no 82, 2005, p. 207-224, en particulier p. 212-214.

    83 C’est le cas à Minturnes aussi : la taberna casiaria avait été louée par la cité à des artisans sans que celle-ci s’inquiète des nuisances qu’elle pouvait provoquer auprès des voisins. Voir supra, note 61.

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    Ce livre est cité par

    • Porcq, Charlotte. Le Dû-Blayo, Laurence. (2022) Construire la mémoire du processus d’élaboration des plans locaux d’urbanisme à travers des storymaps, un levier pour la prise en compte du paysage dans l’aménagement des territoires. Projets de paysage, 26. DOI: 10.4000/paysage.28484
    • Debray, Henri. Kraff, Nicolas Johannes. Zhu, Xiao Xiang. Taubenböck, Hannes. (2022) Can We Read the City? Global Empirical Evidence for the Morphological Impact of the Intensity of Plannedness. SSRN Electronic Journal . DOI: 10.2139/ssrn.3999214

    Ce chapitre est cité par

    • Sanidas, Giorgos M.. (2020) La ville infecte ? Origines et gestion des nuisances artisanales urbaines dans l’Athènes classique. Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, 132-2. DOI: 10.4000/mefra.9452

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    Bonsangue, M. L. (2015). Un aspect de la forme de la ville dans l’Occident romain : la topographie des lieux de l’artisanat sous la République et le Haut-Empire. In S. Bourdin, M. Paoli, & A. Reltgen-Tallon (éds.), La forme de la ville. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.91392
    Bonsangue, Maria Luisa. « Un aspect de la forme de la ville dans l’Occident romain : la topographie des lieux de l’artisanat sous la République et le Haut-Empire ». In La forme de la ville, édité par Stéphane Bourdin, Michel Paoli, et Anne Reltgen-Tallon. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2015. doi:10.4000/books.pur.91392.
    Bonsangue, Maria Luisa. « Un aspect de la forme de la ville dans l’Occident romain : la topographie des lieux de l’artisanat sous la République et le Haut-Empire ». La forme de la ville, édité par Stéphane Bourdin et al., Presses universitaires de Rennes, 2015, https://doi.org/10.4000/books.pur.91392.

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