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    Plan détaillé Texte intégral Le double héritage familial Une ouverture audacieuse vers l’hypnose L’analyse rigoureuse du somnambulisme Le mystère des circonvolutions cérébrales L’approche psychopathologique des hystériques La tentation de l’inconscient Le bouleversement créateur du concept d’anaphylaxie La naissance de la personnalité biologique Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Charles Richet (1850-1935)

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    De la psychologie expérimentale à la personnalité biologique : la quête d’un savant à l’aube du XXe siècle

    Pierrette Estingoy

    p. 43-65

    Texte intégral Le double héritage familial Une ouverture audacieuse vers l’hypnose L’analyse rigoureuse du somnambulisme Le mystère des circonvolutions cérébrales L’approche psychopathologique des hystériques La tentation de l’inconscient Le bouleversement créateur du concept d’anaphylaxie La naissance de la personnalité biologique Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    « Le savant pense en son temps et pour son temps ; il agit selon l’esprit, mais il agit en homme, et non pas comme un pur esprit désincarné. Sa recherche de science est une forme de recherche en soi. De tout cela il faut tenir compte, si du moins l’histoire veut être la compréhension de ce qui s’est passé réellement et si elle entend rendre justice aux uns et autres1. »

    1La plupart des avancées scientifiques découlent d’un savoir déjà disponible mais réinterprété. Après une période de piétinement, une porte s’ouvre vers de nouvelles directions qui se développent alors à une vitesse stupéfiante, jusqu’à la prochaine résistance. Ces développements résultent de besoins identifiés, de lacunes ou de l’incohérence des savoirs acquis. Ils permettent de créer des liens ou d’additionner de nouvelles strates de la connaissance dans un système devenu plus cohérent.

    2Plus rares sont les découvertes qui paraissent inattendues et accidentelles, celles qui offrent à la communauté savante de nouvelles dimensions inconnues à explorer en terrain vierge. Ces dernières supposent un abandon du système de pensée commun, pour une conceptualisation précoce avec cette radicale autonomie de la pensée qui constitue la pierre angulaire de l’esprit créatif chez le chercheur. L’histoire de l’anaphylaxie, venue réinterroger la médecine dans les rapports de l’homme avec son environnement, fruit de l’intuition bouleversante de Charles Richet, en est une parfaite illustration.

    3Pour l’institution savante française, la carrière scientifique de l’homme confine à l’exemplaire : agrégé en 1878, professeur de physiologie à la Faculté de médecine de Paris en 1887, il est élu membre de l’Académie de médecine en 1898. Cependant, ces activités officielles n’illustrent qu’une face de cette personnalité extraordinairement riche qui se dédouble aussi en poète et romancier2, se multiplie en démographe, ingénieur en aviation, philosophe, historien et même, aux frontières de la science, en fondateur de la métapsychique3. Souvent enflammé, il n’hésite pas à s’engager pour les causes de son temps, et si certains de ses positionnements apportent aujourd’hui des ombres au tableau4, nous ne pouvons qu’être éblouis par cette œuvre de colosse, comprendre que son indocile orgueil ait pu entraîner quelques égarements.

    4Car Charles Richet n’est pas dispersé, il est en quête. Convaincu du progrès irrésistible de la science, il navigue volontiers en terres inconnues et espère jusqu’au bout rencontrer et promouvoir l’inédit. Or, il se trouve que les premiers succès de ses incursions dans l’étrange ne sont pas étrangers à son incroyable talent pour observer la nature.

    5Nous proposons ici de remonter aux origines et de décrypter les sources de sa pensée, dans leur ensemble autant que dans leur particularité, afin d’entrevoir les déterminants de son attitude scientifique, mieux saisir son cheminement, ses errements mais surtout ses réussites. Nous verrons alors que les travaux, qui lui valurent le prix Nobel de médecine en 1913, s’inscrivent exactement dans la continuité de son œuvre de jeunesse en psychologie mais aussi que les conséquences épistémologiques de cette révolution scientifique dépassent largement le champ de l’immunité.

    Le double héritage familial

    6Au cours de sa jeunesse, chaque homme absorbe plus ou moins consciemment une masse d’informations, issue de son environnement, à partir de laquelle se forgent des éléments clefs qui constituent une part de sa personnalité future. Ces noyaux durs s’inscrivent dans son imaginaire et peuvent éclairer l’historien qui saura en user avec circonspection.

    7Ainsi, lorsque l’on se propose d’étudier la démarche d’un homme remarquable tel que Charles Richet, il est nécessaire de s’interroger sur l’héritage qu’il tient de ses ancêtres ou de son entourage immédiat, ainsi que sur l’influence de l’air du temps au regard de ses propres capacités de synthèse et de création. Ceci est d’autant plus important que, dans notre cas, l’homme a grandi au décours d’une époque chargée de grands bouleversements et de remises en causes de toutes les représentations du monde, de la nature et de l’homme.

    8Bénéficiant d’une situation familiale exceptionnelle, Charles Richet a en effet été très tôt confronté aux grands débats politiques, philosophiques et scientifiques de son temps. Parmi ses ascendants, celui qui joua sans doute le rôle le plus important est son grand-père maternel, Charles Renouard (1794-1878). Normalien, avocat, député et conseiller à la Cour de cassation, il appartient à l’élite libérale et savante parisienne qui attendait beaucoup de la modernisation d’une royauté aguerrie et s’est toujours opposé à l’Empire. Favorable à la révolution de 1870, il termine sa carrière avec les fonctions de Sénateur et de Procureur général à la Cour de cassation5. Très proche du jeune Charles Richet, il met un point d’honneur à lui transmettre ses grandes valeurs morales autour de la vérité, la justice et la liberté dans l’héritage philosophique du marquis de Condorcet. Optimiste, il croit en la force du progrès dans le perfectionnement moral et critique vivement le courant positiviste d’Auguste Comte. Bercé par le romantisme ambiant, l’enfant apprend ainsi à aimer la poésie, s’enflamme pour Victor Hugo, se met à haïr Napoléon et la guerre, il retient que le bon sens vaut mieux que la logique et que l’homme juste est celui qui est bon. Bien des années plus tard, resté fidèle à ces principes, Charles Richet témoignera toujours avec emphase et admiration des qualités de ce grand-père auquel il voulait tant ressembler : « Si je pouvais résumer d’un mot son caractère, je dirais qu’il était philanthrope. Le mot est peu à la mode aujourd’hui et se prend en mauvaise part ; mais, vraiment, que nous importe ? Croire que l’homme peut devenir bon, proclamer que le progrès et le perfectionnement moral ne sont pas de vaines chimères, aimer ses semblables et vouloir les affranchir de toute servitude, de toute tutelle pour les laisser développer leur puissance en pleine liberté, tout cela serait donc devenu ridicule6 ? »

    ***

    9Par ailleurs, fils d’Alfred Richet (1816-1891), professeur de clinique chirurgicale à la faculté de Paris, Charles Richet est fortement conditionné aux sens pragmatiques de l’effort, de l’observation et de la précision dans l’approche des sciences médicales.

    10Il devient notamment familier de Paul Broca, élève de son père, célèbre pour avoir fondé la théorie des localisations cérébrales ainsi que la Société d’anthropologie. Or, rappelons qu’en écho aux travaux du Britannique James Braid, cet homme déjà réputé n’hésita pas à interpeller ses collègues académiciens sur les potentialités médicales de l’hypnose en matière d’anesthésie, dans une note de 1859 écrite en collaboration avec le Bordelais Eugène Azam7. Libre penseur et matérialiste, Paul Broca est aussi l’un des tous premiers partisans des théories de l’évolution par sélection naturelle de Charles Darwin, lequel publie la même année son fameux ouvrage De l’origine des espèces.

    11Charles Richet n’est alors qu’un enfant, mais il est très vite conquis par ces thèses révolutionnaires qui font écho à une véritable crise de conscience personnelle. Quelques années plus tard, il développera son point de vue évolutionniste sous la formule provocatrice « le roi des animaux8 ». En rupture avec les dogmes de la théologie classique, il n’abandonne pourtant pas toute spiritualité et reste animé par une dynamique du doute, sans réponse arrêtée sur la prévalence entre la matière et l’esprit.

    12Poussé par un double élan familial, Charles Richet entre dans la vie avec un sentiment de gratitude envers ses aînés, résolument tourné vers un avenir qui lui semble prometteur. Toutefois, si le jeune homme admire la puissance et la force de caractère de son père, il affirme aussi sa volonté de différenciation et ne cache pas l’indéfectible affection qui le lie à son grand-père décrit comme « la perfection incarnée9 ». Toute son œuvre restera ainsi marquée par ce dualisme générateur de créativité mais aussi de certaines ambiguïtés.

    13Avide de connaissance autant que de nouveautés, poussé par une curiosité débordante, Charles Richet se laisse envahir par toutes les sources du savoir. Chaque champ d’investigation le passionne, il aime tout, il veut tout, il fera tout. Ambivalent quant à ses aspirations littéraires et scientifiques, il brigue un double baccalauréat, scientifique et littéraire. In extremis, il s’inscrit à la Faculté de médecine en novembre 1868, certainement pour honorer le désir de son père, mais surtout parce qu’il aspire à découvrir les secrets de la nature humaine.

    14Dans son environnement immédiat, figure d’ailleurs l’éminente personnalité de Claude Bernard, un vieux compagnon d’internat de son père. Le jeune Charles Richet reconnaît en lui un véritable modèle, au plan scientifique comme spirituel, qui détermine alors sa carrière de physiologiste et de chercheur. En 1879, il défendra ainsi avec virulence la position du maître de la méthode expérimentale face aux attaques critiques du socioanthropologue Charles Letourneau (1831-1902). Ce dernier vient en effet de publier un ouvrage où il dénonce l’absence de parti pris matérialiste de Claude Bernard de façon assez injurieuse10. Selon Charles Richet, l’insolent met au défile grand homme de « prendre place au rang des maîtres », de « déduire franchement des lois sans ménagement et sans crainte », et lui prédit rester dans « la masse des écrivains obscurs et des professeurs médiocres11 ». La réponse du jeune scientifique est tout aussi impétueuse et passionnée. Il réfute au contraire tout dogme qui risquerait de fermer la porte aux possibles. Il veut de la méthode et non des doctrines, ne veut d’aucun système, d’aucun article de foi, ni matérialiste, ni spiritualiste, et surtoutd’aucune idée préconçue. Peu de temps après, il prend d’ailleurs la direction de la Revue scientifique, périodique voué à la « vulgarisation pour les savants12 », ce qui lui permettra de rester au cœur de l’actualité pendant vingt-cinq années consécutives et de développer une culture universelle.

    Une ouverture audacieuse vers l’hypnose

    15L’indépendance d’esprit, couplée à une irrésistible attirance pour tous phénomènes bousculant les idées reçues, caractérise le rapport de Charles Richet au monde. À chaque étape de son développement, nous retrouverons ces deux aspects fondamentaux de sa personnalité qui feront de lui un véritable découvreur. En ce sens, la toute première étude scientifique publiée n’est autre que son article sur le somnambulisme provoqué13, celui qui réveilla l’attention du monde scientifique sur les manifestations psychiques liées à l’hypnose, en 1875, juste avant Charcot14.

    16L’attrait pour le somnambulisme remonterait chez Charles Richet aux émois de l’adolescence lorsque, intrigué par un spectacle de magnétisme, il aurait tenté pour la première fois d’endormir une amie de sa sœur. Un jeu comme un autre… mais dont la réussite l’aurait semble-t-il « stupéfait15 ». En 1872, lors de ses premiers stages d’externe, inspiré par les travaux de François Deleuze et de Henri-Marie Husson, il tente clandestinement l’expérience sur plusieurs patientes avec un certain succès, avant que ne tombe l’interdiction posée par ses supérieurs courroucés.

    17Admis au concours de l’internat, le jeune homme reste secrètement fasciné. Il est nommé à l’hôpital Beaujon et débute en 1873 dans le service de chirurgie chez Léon Le Fort. Là, bien décidé à rattraper le temps perdu, il organise son service en une véritable « cour des miracles16 » avec, chaque soir au moment de la contre-visite, une séance d’endormissement d’une ou deux malades. Selon ses souvenirs, soucieux de ne pas nuire, il choisit des femmes qui ne présentent que des affections légères et bénéficie, pour ses œuvres, de l’aide des religieuses du service, assurant une surveillance « sans hostilité et parfois même avec curiosité17 ».

    18Indépendamment du caractère un peu romanesque de cette histoire, teintée d’un ludisme un peu provocateur, Charles Richet réunit effectivement pendant près de trois ans un grand nombre d’observations cliniques à partir desquelles il acquiert la certitude de la réalité du sommeil hypnotique. En 1875, alors qu’il vient de passer toute une année à s’ennuyer à l’Hôtel Dieu, dans le service de son père, il décide d’en finir avec la chirurgie et affirme sa position en demandant sa nomination en tant qu’interne à la Salpêtrière, dans le service de Jacques-Joseph Moreau de Tours, cet original aliéniste fondateur Club des haschichins. Or dans les murs, il s’aperçoit qu’un autre jeune médecin s’adonne aussi à l’hypnotisme : il s’agit d’Albert Ruault, un interne exerçant dans le service voisin de Jean-Martin Charcot18. De plus, dans la région de Nancy, un certain docteur Liébault travaille lui aussi sur le sujet depuis plusieurs années.

    19Il est grand temps et, faisant fi des conseils de prudence, l’apprenti sorcier dévoile sa première grande étude de physiologie. Il s’agit là d’un véritable risque scientifique et il fallait une certaine dose de courage pour s’exposer au discrédit qu’entouraient tous les dérivés du magnétisme animal, rejeté hors du champ de la science par les commissions académiques et récupéré par les tenants des croyances populaires, les charlatans ou les forains19. Il fallait aussi passer outre les recommandations paternelles. Mais, si Charles Richet avait choisi de rester discret sur ses essais littéraires fantastiques, pour la science au moins, il voulait se déterminer librement.

    20Sans doute persuasif, il obtient un accord de principe pour une publication dans le très sérieux Journal de l’anatomie et de la physiologie dirigé par Charles Robin, membre de la Société de biologie. Charles Richet a fait le bon choix. Son étude n’est pas une simple redite. Elle constitue une analyse minutieuse d’une trentaine de pages sur l’état de conscience et surtout les comportements auxquels se prêtent sans en avoir conscience les sujets sous hypnose. Le corpus, organisé autour d’une quarantaine d’observations, garde le mérite d’avoir interpellé la communauté scientifique sur les réalités psychophysiologiques observables et reproductibles pendant le sommeil hypnotique justement nommé somnambulisme provoqué, dans la continuité de ses prédécesseurs.

    L’analyse rigoureuse du somnambulisme

    21Les termes choisis pour traiter la question de l’hypnose attestent de la volonté de neutralité et de scientificité de la part de son auteur. En reprenant le terme communément usité de somnambulisme qui renvoie à l’œuvre du marquis de Puységur20, il affirme sa volonté de centrage sur l’observation d’un fait proche de l’endormissement physiologique naturel. L’adjectif provoqué traduirait alors la source extérieure de ce sommeil particulier, telle une inscription sémantique de la place déterminante de l’examinateur comme initiateur du sommeil. Il précise d’ailleurs immédiatement qu’il n’existe pas le moindre rapport entre le magnétisme véritable, tel qu’il est connu par les physiciens, et le sommeil dit magnétique, ce qui le désolidarise complètement de Franz Anton Mesmer.

    22Comme il aura toujours coutume de le faire, l’introduction de son propos comporte quelques mots de réserve où il explique l’ancienneté de sa démarche, ses convictions acquises sur l’intérêt de telles expériences, ainsi que les principales références bibliographiques dans ce domaine21. Puis, dans la continuité du Britannique James Braid, le jeune interne affirme la réalité de la nature somnambulique de l’hypnose, qu’il décrit comme état modifié de conscience proche du sommeil. Contre les théories de la simulation, il appuie son argumentaire sur le nombre d’expériences positives, la régularité des manifestations et l’improbable supercherie systématique concernant les accès prolongés de catalepsie.

    23La première partie du mémoire est consacrée à la description des phénomènes et aux techniques utilisées pour les obtenir. L’auteur signale de nombreux procédés efficaces pour obtenir un état de somnambulisme comparable dans ses manifestations. Tout en reconnaissant la valeur de la méthode par fixation d’un objet brillant, il préconise de suivre les moyens empiriques indiqués par les magnétiseurs professionnels, les fameuses passes magnétiques, réalisées dans le silence et la demi-obscurité, avec saisissement des pouces puis application de mouvements circulaires des mains au niveau du front, des épaules et des bras du sujet à endormir. Cette méthode, subtilement caressante, lui semble en effet plus propice à l’expression de certains symptômes !

    24Selon le jeune auteur, la persévérance est fondamentale car la réussite ne peut survenir qu’au bout de deux à quatre séances. Il évoque la résistance de certains sujets et pense à un phénomène plus physiologique que psychologique. Il annonce ainsi l’un des thèmes de prédilection du début du XXe siècle : la nécessaire prise en compte du terrain individuel dans les maladies22. Cela pose donc la question de la prédisposition au somnambulisme provoqué et de la susceptibilité individuelle aux effets obtenus, la thèse qu’il reprendra dans ses publications futures en confirmant que « les excitations tactiles et visuelles et peut-être électriques, peuvent, lorsqu’elles sont faibles, monotones et prolongées, agir sur le système nerveux central des sujets nerveux prédisposés23 ».

    25Dès 1875, Charles Richet remarque que les femmes semblent « beaucoup plus faciles à endormir que les hommes24 ». Il ajoute un peu naïvement qu’il a cru remarquer que les femmes entre vingt-cinq et quarante ans, aux cheveux noirs, avec un système pileux développé et des affections utérines chroniques, seraient peut-être plus sensibles. À travers ce cliché, on perçoit bien l’énigmatique rapport entre somnambulisme et croyances d’antan sur la constitution hystérique. Cette question, qui animera bientôt la scène nationale, nous révèle combien, malgré toute l’application que le jeune scientifique met dans ce travail inaugural, il ne peut totalement échapper à son milieu. On comprend plus largement comment les représentations acquises dans un contexte donné, peuvent induire des hypothèses plus que douteuses.

    26En revanche, Charles Richet note bien que les résultats obtenus sont extrêmement variables selon les individus, allant du simple étourdissement avec torpeur jusqu’au véritable somnambulisme, autrement dit l’endormissement complet du sujet. En l’absence de sommeil, il évoque la prédominance de phénomènes somatiques irréguliers et polymorphes. Il note des cas de céphalalgies, de vertiges avec nausées, de secousses convulsives légères, de tremblements fibrillaires, en somme, tout un cortège de manifestations somatoformes (selon nos terminologies internationales actuelles) que l’auteur compare déjà aux effets de violentes émotions. Il fait état de véritables « attaques d’hystérie », marquées par des secousses convulsives ou des troubles neurovégétatifs, comme le passage alternatif de rougeur et de pâleur brusque. Il soutient alors l’hypothèse d’une vertu thérapeutique possible chez ce type de sujets :

    « En effet, il m’a semblé que chez certains sujets hystériques ou névrosiques, il y avait une rémission notable des symptômes à la suite du sommeil artificiel. Des femmes qui n’avaient pas dormi depuis longtemps, après une séance d’hypnotisation ont pu jouir d’un sommeil réparateur : et cette amélioration persistait pendant quelques jours. Il m’a semblé que l’appétit revenait, que l’agitation intellectuelle avait diminué, et que les douleurs erratiques étaient moins vives. Je sais combien l’observation est difficile, pour affirmer que je ne me suis pas trompé ; mais je crois que les résultats sont suffisants pour engager les médecins à faire quelques essais sur ce sujet intéressant et malheureusement si peu connu25. »

    27Plus intéressantes, plus constantes aussi, seraient les manifestations psychiques du somnambulisme provoqué. Charles Richet insiste en premier lieu sur des phénomènes hallucinatoires, qu’il définit comme des perceptions imaginaires du sujet. Il en conclut que les facultés imaginatives du sujet sont surexcitées jusqu’à anéantir sa raison. Le somnambulisme provoqué serait alors caractérisé par un fait élémentaire qu’il nomme rêve provoqué par un pur effet de subjectivité. Parlant d’une patiente de Beaujon particulièrement débridée, qui voyageait à sa demande du lac de Côme aux régions glacées du Grand Nord, il écrit :

    « On pouvait changer facilement le cours de ces rêves artificiels, et la mener dans des endroits qu’elle connaissait, dans sa famille par exemple, et parmi les siens, elle voyait alors sa mère, et ses frères vaquer à leurs travaux habituels. Ils entraient, sortaient ; et elle assistait à leurs conversations ; elle les voyait coudre, lire, etc. Mais ce qui prouve (et d’ailleurs, il n’en est nul besoin) la pure subjectivité de ces phénomènes, c’est que je pouvais introduire dans la chambre, comme je le voulais, tel ou tel personnage, et faire agir à ma guise les personnes qu’elle voyait26. »

    28Bien entendu, l’illusion n’est pas seulement intrapsychique, elle est aussi sensorielle. Il réussit à faire entendre à ses patients toutes sortes de sons, de la musique, des conversations. Il parvient aussi à provoquer des sensations gustatives les plus variées avec un verre d’eau fraîche et à rendre appétissants les breuvages les plus infâmes. Ce qui lui semble le plus étonnant c’est l’absence de regard critique du sujet endormi qui adhère à ses visions sans les mettre en doute même lorsqu’elles sont manifestement fantasques ou absurdes, comme si ses facultés de jugement étaient abolies.

    29Ainsi, non seulement le contenu des rêves provoqués serait modifiable au gré des interventions de l’examinateur, mais aussi toutes les manifestations physiques associées. De ce fait, pour Charles Richet, la perception sans objet constituerait non seulement un phénomène physiologique nerveux mais une réaction psychique induite et même modifiée par une suggestion extérieure. Huit années plus tard, tout en prenant clairement parti pour les thèses de Bernheim contre Jean-Martin Charcot, Charles Richet évoquera sous l’expression « objectivation des types27 », ces phénomènes de dédoublement de personnalité par suggestion de l’observateur.

    30Pour finir, le jeune physiologiste avance que le somnambulisme provoqué déclencherait une névrose passagère propice à l’analyse des phénomènes de l’intelligence dans son ensemble. Il estime qu’alors, comme pour certains aliénés monomanes, si « la raison est certainement pervertie […] leur intelligence est vivement surexcitée28 ». Il élabore alors les prémisses d’une théorie plus personnelle sur le fonctionnement de la conscience dans son rapport à la mémoire : « Ce qui fait le moi c’est pour ainsi dire la collection de nos souvenirs, et lorsqu’il s’en trouve de réservés à un état physique spécial, on est presque en droit de dire, théoriquement bien entendu, que la personne est différente, puisqu’elle se rappelle dans le sommeil toute une série d’actes qu’elle ignore absolument dans l’état de veille29. » Cette approche psychopathologique sera bientôt fructueuse autour de ses théories sur l’automatisme et l’inconscient.

    Le mystère des circonvolutions cérébrales

    31Malgré l’admiration qu’il porte à son père, Charles Richet déteste l’anatomie, aspect descriptif du corps humain. En revanche, tout ce qui se rapporte à la physiologie le fascine. C’est l’aspect fonctionnel du vivant comprenant l’observation des phénomènes vitaux, leur dimension dynamique, la porte ouverte aux hypothèses et aux interprétations, leur rapport à la logique des faits. Pour assouvir ces ambitions et avoir une chance d’accéder aux fonctions de professeur en physiologie, il lui faut réussir le concours d’agrégation, lequel, à cette époque, est commun en anatomie et en physiologie.

    32Pour rester sans doute dans l’ordre de ses préoccupations premières, Charles Richet choisit un sujet de thèse en rapport avec la physiologie nerveuse. Et quel sujet ! Rien de moins que l’anatomie et physiologie des circonvolutions cérébrales30, posant la brûlante interrogation sur le siège de la pensée, la nature de l’esprit, matériel ou immatériel. Ce problème est effectivement d’actualité depuis les récentes découvertes sur le siège des maladies nerveuses et la thèse est dédicacée à Paul Broca et à Jean-Martin Charcot, histoire de ménager les susceptibilités.

    33Ce travail, essentiellement rédigé à partir de sources bibliographiques, au contenu dense et très organisé est l’occasion d’exprimer ses opinions sur un sujet aussi controversé que la localisation des fonctions intellectuelles. Après un aperçu historique et une première partie centrée sur les aspects structurels du cerveau, il se consacre à la physiologie, traite des propriétés d’excitabilité et note le rôle déterminant de l’état électrique et surtout chimique des cellules nerveuses, avant de terminer son exposé sur la question des fonctions cérébrales et de leur localisation.

    34Dans la continuité des débats scientifiques mouvementés qui se déroulaient alors au sein de la Société de biologie31, il s’agissait de se positionner entre la théorie des centres moteurs corticaux, notamment défendue par le neurologue et physiologiste allemand Eduard Hitzig, et celle de l’action réflexe ou irritative portée par Brown-Séquard. Une fois encore, le sujet est risqué, tout dérapage pouvant compromettre son avenir universitaire.

    35Or, contre toute attente, usant d’un procédé intellectuel intégratif très élégant, le jeune prétendant à l’agrégation se place en conciliateur. Reprenant les résultats du savant allemand, il argumente tout d’abord en faveur de la fonction motrice du cortex. Très séduit aussi par l’hypothèse irritative, il propose une nouvelle théorie dite « de la suppléance », en cas de défaillance locale et introduit le concept actuel de plasticité neuronale : « On peut concevoir, dit-il, que certaines parties d’un hémisphère suppléent aux parties qui généralement président à une fonction32. » Ceci lui permet de conclure à la réalité de centres « psycho-moteurs33 », sans exclure la possibilité d’un fonctionnement global. Il brosse alors un tableau simplifié de l’activité irritative du système nerveux, un tableau hiérarchisé où se différencient, dans une « sorte de dualité dans l’être34 », réflexes simples, ou médullaires, et réflexes complexes, ou corticaux, tel un préambule à ses futures recherches sur la nature de l’homme et de l’intelligence.

    L’approche psychopathologique des hystériques

    36Tandis que Charcot semble superbement l’ignorer, Charles Richet poursuit ses recherches en pathologie nerveuse et s’attaque à l’hystérie, cette maladie bien curieuse que personne ne peut réellement définir mais que tout le monde reconnaît. Ce trouble revêt en effet « une grande variété de symptômes dont l’étiologie, la pathogénie et l’incidence restent énigmatiques35 », allant des paralysies à la cécité, des anesthésies aux contractures, des douleurs les plus récalcitrantes à la cécité, avec tout un cortège de manifestations somatiques polymorphes, en tout état de cause attribué à un désordre nerveux.

    37En 1877, dans sa thèse de médecine, Charles Richet note le caractère fantasque de ces malades hors du commun : « Un des traits les plus saillants de l’anesthésie hystérique, c’est d’abord l’extrême mobilité des phénomènes. L’anesthésie des hystériques est aussi fantasque que leur caractère. Il semble même qu’elle soit parfois simulée, tant il y a d’irrégularité et d’inattendu dans cette maladie36. »

    38Toujours critique des systèmes de pensée, il décide trois ans plus tard d’aborder le problème par le biais d’une analyse historique entre hystérie, somnambulisme et démonologie. Car, dit-il, « l’étude de cette maladie, dans le présent et dans le passé, est un triste et instructif chapitre pour servir à l’histoire de la pensée humaine37 ».

    39Son propos est publié en deux temps. Sous le titre Les Démoniaques d’aujourd’hui, il s’intéresse à l’état mental des hystériques, à leur personnalité, à leur comportement et distingue deux formes d’hystérie. Tout d’abord l’hystérie légère, banale, fréquente qui n’est pas une maladie, mais plutôt « une forme de caractère38 », qu’il faut bien distinguer de la folie. Ici, l’intelligence est conservée, voire brillante, la mémoire est sûre et l’imagination vive, mais les réactions sont fantasques, étranges, toujours pleines d’imprévus. Très émotives, les hystériques passent du rire aux larmes. Indociles, elles ont un amour-propre exacerbé et tout devient sujet de drame. En fait, affirme-t-il, « tout ce qu’on a coutume d’attribuer au tempérament nerveux de la femme rentre dans le domaine de l’hystérie39 ».

    40De façon plus originale, Charles Richet n’attribue pas à la frustration sexuelle les manifestations ordinaires hystériques. Ce modèle est pour lui trop réducteur. À cette occasion, il précise, contre les préjugés de toutes sortes, son refus d’érotisation de la maladie :

    « Les romanciers, écrit-il, et en particulier ceux qui se disent naturalistes, ne se sont pas fait faute de contribuer à propager la doctrine de l’hystérie érotique. Cette doctrine est loin d’être exacte. Il n’y a pas entre l’hystérie et le célibat une relation de cause à effet, et on peut parler de l’hystérie, étudier ses causes et décrire ses symptômes sans avoir besoin de mettre en latin les passages délicats. C’est une maladie nerveuse qui n’est pas plus lubrique que les autres maladies nerveuses, et, malgré l’effroi qu’elle inspire à des personnes à demi instruites, nous pouvons dire hardiment que cet effroi n’est pas justifié40. »

    41Ainsi, « femmes plus que les autres femmes41 », les hystériques de Charles Richet ne seraient que les adorables victimes d’une société contrôlée par les hommes.

    42Pour l’hystérie grave, celle que l’on rencontre à la Salpêtrière, susceptible de manifestations neurosensorielles les plus variées, l’explication semble plus délicate. Reprenant ses premières expériences publiées dans sa thèse sur l’hémianesthésie, Charles Richet, se détache du caractère neurologique de la pathologie hystérique et affirme qu’il n’y a pas de substrat organique à ces troubles de la sensibilité :

    « L’anesthésie des hystériques n’est donc pas une de ces maladies où les désordres de l’organe dans sa structure expliquent comment sa fonction est pervertie. La fonction des nerfs sensitifs et de l’appareil sensible récepteur (moelle et cerveau) est abolie, mais aucune lésion apparente ne vient donner la raison de cette abolition de la sensibilité nerveuse. Ce qui semble faire croire qu’on aurait tort de chercher une lésion organique là où il n’y a que perversion dynamique, c’est que les hémianesthésies, après avoir duré très longtemps, quatre ou cinq ans par exemple, tout d’un coup, brusquement, sans cause appréciable, sans motif plausible, disparaissent et ne laissent pas de traces. Les hystériques, disions-nous plus haut, ont un caractère mobile et changeant : leurs maladies sont de même capricieuses et fantasques à ce point qu’elles surviennent sans cause connue et qu’elles s’en vont de même. Il suffit d’une émotion insignifiante, presque inaperçue, pour dissiper des paralysies qui datent de plusieurs années42. »

    43Plus intéressant encore, il fait entrer dans le déterminisme de la pathologie hystérique l’histoire personnelle du sujet. Contrairement au délire des fous aliénés, les traumatismes antérieurs seraient rejoués au cours de la phase hallucinatoire et passionnelle des hystériques :

    « Quelque fantastique que paraisse le délire des hystériques pendant leur accès, ce délire a toujours une cause, une raison d’être. Les hallucinations d’une démoniaque ressemblent à des épisodes réels de sa vie, en particulier à l’épisode qui a eu le plus d’influence sur la production de sa maladie. Il est certain, comme nous le disions plus haut, que la principale cause de l’hystérie, c’est la prédisposition héréditaire ; mais encore faut-il un accident, un fait extérieur qui provoque une première crise nerveuse, un événement, grave ou léger, qui détermine l’éclosion de la maladie qui couvait depuis longtemps. Souvent cet événement est une frayeur, une émotion violente, un chagrin, une désillusion. C’est alors que, dans les accès de délire, reparaissent sous la forme d’hallucinations les choses et les personnes qui ont provoqué cette émotion, cette frayeur, ce chagrin. Cette influence du passé établit une différence notable entre le délire des fous et celui des hystériques. En général, chez un fou, les visions n’ont pas de rapport immédiat avec les événements antérieurs, quels qu’ils soient, tandis que, chez une hystérique, presque toujours la forme du délire est déterminée par un incident qui a joué autrefois un rôle important dans la vie de la malade43. »

    44Cette position assez novatrice préfigure clairement le concept d’état dissociatif psychogène chez l’hystérique, une théorie que nous retrouverons dans les travaux de Pierre Janet, l’illustre continuateur de Richet44.

    45Le deuxième article, « Les démoniaques d’autrefois45 », fait figure de véritable contestation du merveilleux chrétien, par une dénonciation de l’attitude historique de l’Église face à la sorcellerie. Dans le même esprit que Charcot46, mais sans doute plus militante, Charles Richet tend ici à identifier l’hystérie et les attitudes mystiques. Réinterprétée médicalement, la sorcière est une malade, donc une victime. Il retire alors deux enseignements cliniques du passé. En effet, les manifestations hystériques semblent contagieuses. Il s’agit non pas d’une contagion matérielle, comme celle des microbes, mais d’une contagion par mimétisme, involontaire, irrésistible, entretenue au fil des siècles par les discours rapportés dans les procès. De plus, il souligne l’un des traits dominants de ces états pathologiques, la persécution délirante, selon lui, le fruit néfaste d’un amour propre démesuré et incontrôlé par la raison.

    46En somme, les sorcières, démoniaques d’autrefois, ne seraient pas différentes des hystériques, démoniaques d’aujourd’hui. Affranchie de l’Église, l’hystérie est entrée dans la Science et Charles Richet ne tient pas plus à la voir sacrifiée sur l’autel d’Éros, que jadis sur l’autel de Satan. Il opte alors pour une troisième alternative : la psychologie physiologique.

    La tentation de l’inconscient

    47Au-delà de la physiologie nerveuse élémentaire des phénomènes psychiques, Charles Richet s’interroge sur les facteurs psychologiques pouvant entrer dans le déterminisme des fonctions de la personnalité. Par là, il se rapproche de Théodule Ribot, philosophe de formation, ancien élève de l’École normale, fondateur de la Revue philosophique, bientôt titulaire de la première chaire de psychologie expérimentale et comparée au Collège de France. En 1879, Théodule Ribot publie un article intitulé « La psychologie physiologique » et affirme son point de vue sur l’avenir de cette nouvelle science, dont la tâche serait de traiter les faits psychiques élémentaires selon la méthode des sciences naturelles47. Ce propos séduit le jeune Richet qui rédige immédiatement un commentaire très favorable dans la Revue scientifique48.

    48En ce sens, il construit progressivement un modèle de fonctionnement du psychisme, tout en dualité, entre volonté et automatisme, mémoire consciente et inconsciente. Entre-temps, il a lu la curieuse histoire de Félida X, la patiente du docteur Azam à l’étonnante histoire de dédoublement de personnalité, que ce dernier attribue à un trouble de la mémoire en lien avec la symptomatologie hystérique49. Cette interprétation interpelle le jeune chercheur car elle correspond à ses propres observations sur le somnambulisme.

    49Afin d’expliquer ces différents états de la personnalité, il défend l’hypothèse d’une dissociation de la mémoire, avec collection indépendante de souvenirs se rapportant chacune à un état de conscience différent : « Ce qui fait le moi, c’est pour ainsi dire la collection de nos souvenirs, et lorsqu’il se trouve des souvenirs réservés à un état physique spécial, on est presque en droit de dire que la personne s’est dédoublée, puisqu’elle se rappelle dans le sommeil toute une série d’actes qu’elle ignore absolument dans l’état de veille50. »

    50Trois années auparavant, alors qu’il développe une très intéressante étude de toxicologie sur les « poisons de l’intelligence », il souligne déjà l’intérêt scientifique de cette amnésie totale à l’issue des séances, comme preuve de mise en jeu de la mémoire dans les manifestations de sommeil provoqué. Il évoque aussi la curiosité du phénomène bien connu de suggestions post-hypnotiques, autrement dit ces pensées ou actes suggérés au temps de séance par l’examinateur mais réalisés après coup, alors que la personne est sortie de séance, en toute innocence et sans pouvoir comprendre les motivations de ses actes.

    51Il ébauche alors une description fonctionnelle de la personnalité selon l’hypothèse d’une « dualité dans le moi », avec un équilibre à respecter entre le « moi qui dirige », et le « moi qui conçoit51 ». Le premier se rapporterait aux facultés volontaires ou conscientes qui dirigent les idées, le second aux facultés imaginatives et conceptrices. Pour lui, ces forces intellectuelles présentent un équilibre naturel qu’il ne faut pas déranger. Un dualisme nécessaire entre volonté et imagination.

    52En 1880, participant au Congrès de Reims sur le thème de la physiologie, Charles Richet communique autour de sa deuxième version de son Somnambulisme provoqué52. Il confirme que le sommeil provoqué se révèle propice à l’étude de phénomènes d’automatisme, qui seraient la conséquence d’une rupture d’équilibre entre les différentes instances psychiques de la volonté et de l’imagination.

    53Encouragés par ces premiers succès, il multiplie des travaux, réunis en 1884 dans son livre L’homme et l’intelligence53. Il en tire ensuite une synthèse dans un ouvrage de fond, publié en 1887 sous le titre Essai de psychologie générale54. Ses théories sur les différentes modalités du fonctionnement psychique prennent alors une forme plus définitivement ancrée dans une vision dynamique de hiérarchisation des processus mentaux, où l’automatisme psychique serait le reflet d’un défaut de conscience ou de jugement, mais aussi d’une libération des forces imaginatives et créatrices.

    54Tout en reprenant le concept de conscience élémentaire, il propose tout d’abord d’établir une différenciation entre réflexes simples (médullaires) et réflexes psychiques (centraux) qui relèveraient d’un certain discernement de l’intelligence55. Il donne à ce propos l’exemple d’un éclat de lumière vive qui provoque à la fois une contraction de la pupille (réflexe simple) et une émotion de frayeur avec battement cardiaque (réflexe psychique). Pour le réflexe psychique, la résultante émotionnelle serait le fruit d’une commande intellectuelle instantanée involontaire couplée à une forme de mémoire inconsciente.

    55À un niveau supérieur, l’élaboration intellectuelle lente, réfléchie, se ferait sous l’influence de la volonté et aussi de la personnalité56. Et là aussi, il y aurait un phénomène de dissociation de la mémoire entre conscient et inconscient : « Ce qu’il y a, je crois, de remarquable dans cette mémoire inconsciente, et ce que je voudrais mettre en lumière, c’est cette inconscience absolue, qui fait que, même à une très longue distance de temps, un souvenir persiste, quoique la personne qui se souvient ne sache pas qu’elle se souvienne. Quelque étrange que paraisse l’association de ces deux mots, c’est un souvenir ignoré57. »

    56Or, selon Charles Richet, cette mémoire inconsciente, dont le rôle semble assez évident en pathologie ou sous hypnose, existerait donc chez toute personne, dans le cadre du fonctionnement normal de notre psychisme. « Chez nous, dit-il, des causes inconscientes innombrables influent incessamment sur nos actes. Combien de souvenirs inconscients mènent fatalement la volonté58 ! »

    57Puis, démontrant une fois encore son incroyable capacité à s’extraire des schémas préconçus, il élimine tout rapport de subordination entre ces différences instances. Selon lui, l’importance relative du moi ou de l’automate se jouerait plus sur un plan dynamique traversé par les questions de conscience, de mémoire et de volonté : « Je croirais volontiers que chez nous, écrit-il, à l’état normal, il en est souvent de même [qu’à l’état pathologique]. Pour déterminer nos actes, beaucoup de motifs inconnus de nous-même sont tout-puissants59. »

    58Insidieusement, Richet vient de renverser les croyances communes. Il admet désormais l’existence d’une réciprocité entre la mémoire consciente et la mémoire inconsciente, entre le moi et l’automate. Ce fait est d’autant plus important qu’il se distingue ici Pierre Janet, qui développera sa théorie de l’automatisme psychologique60 en 1889.

    59Tout comme Charles Richet, ce dernier recourt à l’observation et à l’expérience, notamment auprès de sujets atteints de troubles mentaux, ce qui lui permet de faire l’hypothèse de l’existence d’un subconscient, qui deviendra le fondement de sa psychologie dynamique. Dans cet ouvrage, Pierre Janet fait donc une très large place aux travaux de son aîné, déjà professeur de physiologie à la faculté de Paris. Mais les deux hommes s’éloigneront l’un de l’autre autour de l’interprétation des phénomènes métapsychiques61.

    60Pour notre sujet, il est intéressant de constater la théorie de « désagrégation psychologique62 » de Janet implique que toute atteinte au jugement et à la volonté est une forme de misère psychologique. Une conception qui s’intègre d’ailleurs admirablement avec l’ordre social bourgeois de la fin du XIXe siècle. Or pour Charles Richet la réduction du champ de conscience n’est pas forcément pathologique. Il rappelle qu’elle se manifeste par exemple couramment pendant le sommeil naturel, cette deuxième vie inconnue de l’homme où s’exprimerait jour après jour le pouvoir considérable de notre intelligence inconsciente. Très intuitif, il écrit ainsi à propos des rêves : « Ils prouvent la fécondité de l’intelligence inconsciente et du peu qu’il lui faut pour fabriquer avec rien tout un monde de fantasmes63. »

    61La mémoire inconsciente comporterait donc une fonction utile et même indispensable au fonctionnement psychique qui consiste à libérer de l’espace à la conscience ainsi soulagée de ses trop lourdes tâches. Une fonction qu’il tente d’expliquer lorsqu’il aborde la question des réflexes psychiques. Il remarque en effet que « comme les autres réflexes, les réflexes psychiques peuvent être tantôt conscients tantôt inconscients64 ».

    62En somme, Charles Richet valorise l’imagination face à la raison mais aussi les fonctions inconscientes face au champ contrôlé de la conscience. Il défend ainsi la valeur des fonctions d’association de l’intelligence et, dans sa préface à l’ouvrage de son ami Cesare Lombroso appelé à devenir célèbre, fait le rapprochement entre le génie créateur des savants et la folie. Pour lui, les fous peuvent tout à fait être dotés de la force créatrice (ou imagination féconde) ; ce qui leur manque c’est « l’inhibition », et donc « la pondération des événements », « la combinaison du passé avec le présent et l’avenir65 ». Aujourd’hui nous dirions la contextualisation, la planification, la hiérarchisation…

    63En revanche, ajoute-t-il, les hommes ordinaires seraient dotés d’un certain esprit critique mais leur imagination commune serait incapable de les sortir « des banalités de leur milieu ». Voilà pourquoi il n’y aurait « pas de grand homme sans une trace de folie ». Voilà aussi pourquoi il serait habituel de voir à l’œuvre « l’imagination délirante du savant66 », pour toutes grandes découvertes.

    Le bouleversement créateur du concept d’anaphylaxie

    64La rumeur veut qu’après cinquante ans, la créativité chez le chercheur se tarisse. Charles Richet est pourtant âgé de cinquante-deux ans lorsque se révèle à lui, au décours de ses travaux avec Paul Portier, le concept d’hypersensibilisation. Le caractère imprévu, et même audacieux, des premières interprétations des deux découvreurs de l’anaphylaxie entraîne invariablement la fascination de l’observateur qui en connaît l’heureux dénouement. Mais pour ne pas céder au sensationnel, il convient d’élargir notre réflexion à une dimension contextuelle plus épistémologique, centrée sur l’émergence de ce nouveau concept.

    65Au-delà de la géniale intuition d’une immunité inversée, de la défense à l’hypersensibilisation, c’est un raisonnement par induction qui a permis à Charles Richet une extrapolation d’une simple observation particulière à ce qu’il nomme la loi générale de l’anaphylaxie. Nous sommes apparemment assez conformes au modèle de la pensée expérimentale, avec conceptualisation d’un modèle après l’avoir reproduit dans des conditions similaires et contrôlables. Cependant, le chercheur saute aux conclusions à partir d’une exception qui lui paraît signifiante et s’empresse de publier, convaincu et jubilant d’avoir saisi un phénomène remarquable. Il ne craint pas la déception, il connaît. Il espère ne pas se tromper et une fois de plus, l’audace est payante.

    66Rappelons qu’en 1886, après la mise à mort du dogme de la génération spontanée, Pasteur découvrait le vaccin contre la rage. Une révolution médicale était en marche : de la nature microbienne des pathologies infectieuses à l’atténuation des virus, un avenir radieux se présentait à la Médecine. L’année suivante, Charles Richet était nommé professeur de physiologie à la faculté de médecine de Paris. Là, dans sa leçon inaugurale, il exposait sa ligne de conduite en tant que chercheur et le principe de son enseignement. Il affirmait alors sa conception moderne de la pratique médicale : unir la physiologie et la médecine au lit du malade dans une même discipline, c’est-à-dire renforcer la collaboration entre les chercheurs et les cliniciens, entre la théorie et la pratique67. À partir de là, l’œuvre s’oriente résolument vers la médecine. Pharmacologie, sérothérapie, vaccination, alimentation et hygiène ; toutes les méthodes sont bonnes si elles peuvent donner un peu de bien-être au genre humain.

    67Or en 1890, Charles Richet se fait doubler par Von Behring, dans la course pour la sérothérapie. Ce dernier, suite à son éclatante réussite contre la diphtérie, est reconnu comme précurseur en ce domaine. Deux ans auparavant, Richet et son collaborateur Jules Héricourt avaient pourtant tenté des « hémothérapies68 » contre la tuberculose, sans succès véritable. De fait, ils n’avaient pas choisi le bon microbe : on comprendra beaucoup plus tard que le bacille de la tuberculose est une exception à l’immunité humorale puisqu’il met essentiellement en jeu l’immunité cellulaire.

    68Soulignant avec admiration le travail de son collègue plus chanceux, Charles Richet n’en reste pas moins amer. Il insiste en différents lieux sur le fait qu’il est bien l’initiateur du concept de transmissibilité de la protection acquise par le sang. Peut-être par esprit de revanche, il lance alors une polémique sur les dangers de la sérothérapie, aux vues des multiples accidents, encore inexpliqués, que les cliniciens observent dans les années qui suivent ses applications69… Le terrain est mûr pour une nouvelle découverte.

    69Au-delà des différentes péripéties qui accompagnent toute cette histoire, rappelons que lorsque Charles Richet commence ses vérifications expérimentales, il s’attend à une immunisation par vaccination contre la toxine injectée des chiens inoculés. C’est alors que se produit un fait inattendu : non seulement certains animaux ne sont pas immunisés, mais ils semblent même sensibilisés, c’est-à-dire plus réactifs au produit qu’ils ne le devraient. Cette idée lui paraît tellement stupéfiante, et même paradoxale, qu’il se demande s’il n’y a pas eu confusion avec la série témoin. Mais après la perplexité et le doute, l’inspiration jaillit : pourquoi pas l’inverse d’une protection, une sorte de « sensibilisation » ? Après une expérience positive sur le chien Neptune, il insiste pour baptiser le phénomène et publier ce qu’il perçoit comme la clef d’une nouvelle approche en immunité, qui renverserait l’état des connaissances et pourrait notamment expliquer certains accidents de sérologie70.

    70Ainsi, contrairement aux idées scientifiques purement déductives et généralisables, cette réelle intuition se place dans un rapport de contiguïté avec le champ de connaissance admis en ce domaine. Elle bouleverse le point de vue sur les faits acquis de l’époque et met l’accent sur l’importance des irrégularités dans le champ de la science. C’est pourquoi elle est particulièrement novatrice. La prouesse tient au fait que ce phénomène physiologique allait inaugurer la notion de personnalité biologique, autrement dit, une fois encore, la question du terrain dans les maladies, une question jusqu’alors négligée par les apôtres de la vaccination universelle.

    La naissance de la personnalité biologique

    71Apparemment il n’y a rien de commun entre l’hypnose et l’anaphylaxie. L’hypnose est un état de conscience particulier, un curieux songe provoqué, où s’entremêlent la suggestibilité de l’hypnotiseur et celle de l’hypnotisé. Ombre de l’immunité, l’anaphylaxie est une réaction d’hypersensibilité, dont la conceptualisation fait brutalement irruption sur le devant de la scène médicale à l’aube du XXe siècle, bousculant les idées reçues sur l’intimité biologique de l’organisme.

    72Mais chacune à leur manière, l’hypnose et l’anaphylaxie posent le problème de l’identité, psychologique ou biologique, c’est-à-dire de l’intégrité du sujet face à l’altérité, mais aussi celui de la personnalité, autrement dit de la grande variabilité des individus face aux différents événements psychologiques ou biologiques ayant marqué leur histoire. Voilà pourquoi il n’est guère étonnant que celui qui redécouvrit l’hypnose en 1875, invente le concept d’anaphylaxie en 1902.

    73Entre ces deux moments créateurs s’était déployée la longue carrière de ce physiologiste en quête de connaissance sur la nature humaine. Et la synthèse se produit finalement en septembre 1910, alors que Charles Richet ouvre le Congrès de Vienne par un discours sur « l’humorisme ancien et l’humorisme moderne71 ». Le chercheur, désormais mature, propose une mise au point sur la chimie des « impondérables72 ». Il annonce la fin du règne de la mesure et du quantifiable. Pour lui, la nouvelle biologie médicale devra tenir compte de la mémoire organique de chaque individu, le souvenir humoral de toutes les injections et de toutes les infections précédentes.

    74L’anaphylaxie révèlerait ainsi « l’incessante variabilité des organismes73 ». En provoquant la réaction de sensibilité, l’individu est profondément modifié, dans sa constitution propre. Et cette modification serait durable, gravée dans la mémoire organique. Or tout au long de la vie, les êtres vivants sont ainsi exposés à des stimulations extérieures. Leur histoire constitue leur propre identité. Il y aurait donc une personnalité biologique au même titre qu’une personnalité psychologique :

    « Souvent, écrit Charles Richet, il suffit d’une quantité minuscule, impondérable (absolument impondérable), pour produire cette modification de terrain. Héricourt cite avec raison ce fait qu’un dix millième de centimètre cube de sérum de cheval, injecté à un cobaye, va pendant un très long temps, deux, trois, cinq ans peut-être, anaphylactiser ce cobaye, c’est-à-dire transformer sa réceptivité. Le terrain a cessé d’être le même, grâce à cette parcelle de substance […]. Il en est de même – et le rapprochement est intéressant à établir – pour les faits psychologiques. Une parole qui nous a été dite il y a trente ans, encore qu’elle se soit envolée par les espaces, et qu’elle ait depuis longtemps disparu dans l’épouvantable tourbillon des choses et des causes, reste gravée dans notre mémoire, assez pour transformer notre mentalité, et décider de notre destinée, et faire partie définitivement de notre moi. C’est l’infiniment petit, l’irréparable peut-être, qui régit aussi bien notre psychisme que notre chimisme74. »

    Conclusion

    75Dans le processus de la découverte scientifique, le degré de créativité du chercheur reflète un peu sa part de génie. Loin de la simple maîtrise savante des acquis dans un domaine scientifique, c’est au contraire la capacité à s’extraire des corpus théoriques antérieurs qui permet d’apporter un regard novateur sur une situation, un problème ou une apparente banalité.

    76Vif d’esprit, curieux et enthousiaste, doté d’une capacité de travail redoutable, d’une imagination débordante, Charles Richet est un physiologiste français engagé dans son temps tout en proposant des ouvertures pour l’avenir. Du somnambulisme à l’anaphylaxie, il dépasse ainsi largement le champ de création scientifique des chercheurs, car il déborde au-delà des frontières de la science admise et prouve aussi que les modèles épistémologiques les plus sérieux méritent parfois d’être révisés. Revendiquant son éclectisme et l’importance d’une culture ouverte et décloisonnée entre les différentes sources du savoir, il prouvait aussi aux générations futures que l’hyperspécialisation n’était peut-être pas la voix du progrès.

    77Certes, les succès de Charles Richet ont sans doute renforcé cet orgueil démesuré, que l’on soupçonne comme principal facteur de ses plus grandes dérives. Mais, si l’on se dégage à notre tour de nos propres représentations, l’on ne peut que saluer cet esprit universel qui avait su garder sa capacité à s’émerveiller de toutes choses, accueillant le nouveau siècle avec l’espérance d’un avenir radieux, tandis qu’à l’aube du XXe siècle, un monde de nuances, de relativité et d’incertitude, s’ouvrait.

    Notes de bas de page

    1 Gusdorf G., Les Sciences humaines et la pensée occidentale, de l’histoire des sciences à l’histoire de la pensée, t. 1, Paris, Payot, 1977, p. 177.

    2 Carroy J., Les Personnalités doubles et multiples. Entre science et fiction, Paris, Presses universitaires de France, 1993, 249 p.

    3 Le Maléfan P., « La psychopathologie confrontée aux fantômes. L’épisode de la Villa Carmen. Contribution à l’histoire marginale de la psychologie et de la psychopathologie », Psychologie et Histoire, 2004, no 5, p. 1-19.

    4 La place de Charles Richet dans le courant eugéniste français a été mise en évidence par Anne Carol dans son Histoire de l’eugénisme en France. Les médecins et la procréation. XIXe-XXe siècles (Paris, Le Seuil, 1995). La question plus précise de ses positions racistes est l’objet de l’article suivant : Estingoy P., « Races, peuples et évolution », contribution à l’ouvrage collectif Psychologie des Peuples et ses Dérives, Michel Kail et Geneviève Vermes (dir.), Paris, Centre de documentation pédagogique, 1999, p. 109-122.

    5 Renouard C., Discours prononcés à la Cour de cassation (1871-1876), avec une introduction de Charles Richet, Paris, Librairie Paul Ollendorf, 1979.

    6 Bonnier G., En marge de la Grande Guerre, Paris, Flammarion, 1916, p. 293-294.

    7 . Broca P., « Note sur une nouvelle méthode anesthésique », Comptes Rendus de l’Académie des sciences, 5 décembre 1859, p. 902-905.

    8 . Richet C., « Le roi des animaux », Revue des deux mondes, t. 55, 15 février 1883, p. 817-856.

    9 . Richet C., Souvenirs d’un physiologiste, Paris, J. Peyronnet & Cie, 1933, p. 144-145.

    10 Letourneau C., Science et matérialisme, Paris, Reinwald, 1879.

    11 Richet C., « La métaphysique de Claude Bernard d’après Letourneau », Revue scientifique, t. 17, 1879, p. 304. Remarquons que peu de temps après cet article, Charles Richet prend d’ailleurs la direction de la Revue scientifique, périodique voué à la « vulgarisation pour les savants », qui lui permettra de rester au cœur de l’actualité pendant vingt-cinq années consécutives et de développer une culture universelle.

    12 Richet C., Souvenirs d’un physiologiste, Paris, J. Peyronnet & Cie, 1933, p. 52.

    13 Richet C., « Du somnambulisme provoqué », Journal de l’anatomie et de la physiologie, 1875, p. 348-378. Voir aussi du même auteur Revue philosophique, 1880, p. 337-374 et 462-483.

    14 Estingoy P. et Ardiet G., « Du somnambulisme provoqué en 1875. Un préambule au développement scientifique de l’hypnose en France », Annales médico-psychologiques, no 163, 2005, p. 344-350.

    15 Richet C., Souvenirs d’un physiologiste, op. cit., p. 148.

    16 Ibid., p. 149.

    17 Richet C., Mémoires sur moi et les autres III : mes années d’étudiant, 1868-1877, Fonds Richet I, 1, A, no 4, Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, p. 218,.

    18 Richet C., Mémoires sur moi et les autres III, ms cit., p. 221.

    19 Ellenberger H., Histoire de la découverte de l’inconscient, Paris, Fayard, 1994, p. 115.

    20 Le texte de référence en ce domaine est : Puységur A. M. J. de, Recherches, expériences et observations physiologiques sur l’homme dans l’état de somnambulisme naturel et dans le somnambulisme provoqué par l’acte magnétique, Paris, 1811. Par ailleurs, concernant les premières heures de l’histoire du magnétisme animal, un excellent texte a été publié en ligne : Peter J.-P., « De Mesmer à Puységur. Magnétisme animal et transe somnambulique, à l’origine des thérapies psychiques », Revue d’histoire du XIXe siècle (en ligne), 38, 2009, mis en ligne le 4 septembre 2009, consulté le 3 janvier 2013, http://rh19.revues.org/3865 ; DOI : 10.4000/rh19.3865.

    21 Richet C., « Du somnambulisme provoqué », art. cit., p. 348.

    22 Héricourt J., Le Terrain dans les maladies, Paris, Ernest Flammarion éditeur, 1927, 249 p.

    23 Richet C., Du somnambulisme, Paris, Association française pour l’avancement des sciences, discours prononcé au Congrès de Reims, Imprimerie J. Justinart, 1880, p. 9.

    24 Richet C., « Du somnambulisme provoqué », art. cit., p. 355.

    25 Richet C., ibid., p. 363.

    26 Ibid., p. 355.

    27 Richet C., « La personnalité et la mémoire dans le somnambulisme », Revue philosophique, no 15, 1883, p. 228.

    28 Richet C., « Du somnambulisme provoqué », art. cit., p. 358.

    29 Ibid., p. 362.

    30 Richet C., Structure des circonvolutions cérébrales. thèse pour le concours de l’agrégation, Paris, Germer Baillière, 1878.

    31 Richet C., « Recherches nouvelles sur les fonctions du cerveau », Revue des deux mondes, no 13, 1876, p. 222-228.

    32 Richet C., Structure des circonvolutions cérébrales, op. cit., p. 131.

    33 Ibid., p. 148.

    34 Ibid., p. 169.

    35 Bonduelle M. et al., Charcot, un grand médecin dans son siècle, Paris, Michalon, 1996, p. 151.

    36 Richet C., Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilité, thèse pour le doctorat de médecine, t. 22, no 69, Paris, Masson, 23 janvier 1877, p. 276.

    37 Richet C., « Les démoniaques d’aujourd’hui », Revue des deux mondes, no 37, 1880, p. 341.

    38 Ibid., p. 345.

    39 Ibid., p. 343.

    40 Ibid., p. 341.

    41 Ibid., p. 346.

    42 Ibid., p. 350-351.

    43 Ibid., p. 355.

    44 Estingoy P., « Autour de l’automatisme psychologique. Similitudes et divergences de Charles Richet à Pierre Janet », Actes de la Journée Pierre Janet, Paris, Institut Pierre Janet, 6 juin 2008.

    45 Richet C., « Les démoniaques d’autrefois (Hystérie et démonologie) », Revue des deux mondes, no 37, 1880, p. 552-583, p. 828-863.

    46 Thuillier J., Monsieur Charcot de la Salpêtrière, Paris, Robert Laffont, 1993, p. 117.

    47 Ribot T., La Psychologie allemande contemporaine, Paris, Germer Baillière, 1879.

    48 Richet C., « La psychologie allemande contemporaine d’après M. Th. Ribot », Revue scientifique, 16, 1879, p. 970-974.

    49 Azam E., « Amnésie périodique ou dédoublement de la vie », Annales médico-psychologiques, XVI, juillet 1876, p. 5-35.

    50 Richet C., « Les démoniaques d’aujourd’hui », art. cit., p. 369.

    51 Richet C., « Les poisons de l’intelligence. II. Le Hachich. L’opium. Le café », Revue des deux mondes, no 20, 1877, p. 196.

    52 Richet C., « Du somnambulisme provoqué », Revue philosophique, no 10, 1880, p. 337-374, p. 462-483.

    53 Richet C., L’homme et l’intelligence. Fragments de physiologie et de psychologie, Paris, Félix Alcan, 1884.

    54 Richet C., Essai de psychologie générale, Paris, Félix Alcan, 1887.

    55 Ibid., p. 69.

    56 Richet C., « Les réflexes psychiques », Revue philosophique, no 25, 1888, p. 225-237, p. 387-422 et p. 500-528.

    57 Richet C., L’homme et l’intelligence, op. cit., p. 255.

    58 Richet C., « La personnalité et la mémoire dans le somnambulisme », art. cit., p. 240.

    59 Richet C., L’homme et l’intelligence, op. cit., p. 255.

    60 Janet P., L’Automatisme psychologique. Essai de psychologie expérimentale sur les formes intérieures de l’activité humaine, Paris, Alcan, 1889.

    61 Estingoy P., « Le Concept d’automatisme à l’épreuve de la filiation », Annales médico-psychologiques, no 166, 2008, p. 177-184.

    62 Janet P., L’Automatisme psychologique, op. cit., p. 348-409.

    63 Richet C., « Un cas de suggestion dans le rêve », Revue philosophique, no 16, mars 1884, p. 471.

    64 Richet C., « Actions réflexes psychiques », Bulletins de la Société de psychologie physiologique, 1887, p. 55.

    65 Richet C., préface à C. Lombroso, L’Homme de génie, Paris, Félix Alcan, 1889, p. xiii.

    66 Ibid., p. xvi-xviii.

    67 C. Richet, « La physiologie et la médecine. Leçon inaugurale du cours de physiologie de la Faculté de médecine », Revue scientifique, t. 41, 1888, p. 353-363 et p. 426-434.

    68 Héricourt J. et Richet C., « Influence de la transfusion péritonéale du sang de chien sur l’évolution de la tuberculose chez le lapin », Bulletins de la Société de biologie, 2 mars 1889, p. 157-163.

    69 Richet C., « La sérothérapie et la mortalité dans la diphtérie », Revue scientifique, t. 55, 20 juillet et 3 août 1895, p. 65-69 et p. 133-134. Il s’agit en fait de phénomène dérivés de l’anaphylaxie, plus tard appelés allergies !

    70 Estingoy P., « De la créativité chez le chercheur », Histoires de sciences médicales, t. 37, no 4, 2003, p. 489-499.

    71 Richet C., « L’humorisme ancien et l’humorisme moderne », discours prononcé au Congrès de physiologie de Vienne, 26 septembre 1910, La Presse médicale, 18e année, no 79, 1er octobre 1910, p. 729-733.

    72 Ibid., p. 729.

    73 Richet C., L’Anaphylaxie, Paris, F. Alcan, 1911 ; nouvelle édition, F. Alcan, 1930, p. 250.

    74 Richet C. préface à J. Héricourt, Le Terrain dans les maladies, Paris, E. Flammarion, 1927, p. 5-16.

    Auteur

    • Pierrette Estingoy
      Psychiatre et historienne
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    1 Gusdorf G., Les Sciences humaines et la pensée occidentale, de l’histoire des sciences à l’histoire de la pensée, t. 1, Paris, Payot, 1977, p. 177.

    2 Carroy J., Les Personnalités doubles et multiples. Entre science et fiction, Paris, Presses universitaires de France, 1993, 249 p.

    3 Le Maléfan P., « La psychopathologie confrontée aux fantômes. L’épisode de la Villa Carmen. Contribution à l’histoire marginale de la psychologie et de la psychopathologie », Psychologie et Histoire, 2004, no 5, p. 1-19.

    4 La place de Charles Richet dans le courant eugéniste français a été mise en évidence par Anne Carol dans son Histoire de l’eugénisme en France. Les médecins et la procréation. XIXe-XXe siècles (Paris, Le Seuil, 1995). La question plus précise de ses positions racistes est l’objet de l’article suivant : Estingoy P., « Races, peuples et évolution », contribution à l’ouvrage collectif Psychologie des Peuples et ses Dérives, Michel Kail et Geneviève Vermes (dir.), Paris, Centre de documentation pédagogique, 1999, p. 109-122.

    5 Renouard C., Discours prononcés à la Cour de cassation (1871-1876), avec une introduction de Charles Richet, Paris, Librairie Paul Ollendorf, 1979.

    6 Bonnier G., En marge de la Grande Guerre, Paris, Flammarion, 1916, p. 293-294.

    7 . Broca P., « Note sur une nouvelle méthode anesthésique », Comptes Rendus de l’Académie des sciences, 5 décembre 1859, p. 902-905.

    8 . Richet C., « Le roi des animaux », Revue des deux mondes, t. 55, 15 février 1883, p. 817-856.

    9 . Richet C., Souvenirs d’un physiologiste, Paris, J. Peyronnet & Cie, 1933, p. 144-145.

    10 Letourneau C., Science et matérialisme, Paris, Reinwald, 1879.

    11 Richet C., « La métaphysique de Claude Bernard d’après Letourneau », Revue scientifique, t. 17, 1879, p. 304. Remarquons que peu de temps après cet article, Charles Richet prend d’ailleurs la direction de la Revue scientifique, périodique voué à la « vulgarisation pour les savants », qui lui permettra de rester au cœur de l’actualité pendant vingt-cinq années consécutives et de développer une culture universelle.

    12 Richet C., Souvenirs d’un physiologiste, Paris, J. Peyronnet & Cie, 1933, p. 52.

    13 Richet C., « Du somnambulisme provoqué », Journal de l’anatomie et de la physiologie, 1875, p. 348-378. Voir aussi du même auteur Revue philosophique, 1880, p. 337-374 et 462-483.

    14 Estingoy P. et Ardiet G., « Du somnambulisme provoqué en 1875. Un préambule au développement scientifique de l’hypnose en France », Annales médico-psychologiques, no 163, 2005, p. 344-350.

    15 Richet C., Souvenirs d’un physiologiste, op. cit., p. 148.

    16 Ibid., p. 149.

    17 Richet C., Mémoires sur moi et les autres III : mes années d’étudiant, 1868-1877, Fonds Richet I, 1, A, no 4, Bibliothèque de l’Académie nationale de médecine, p. 218,.

    18 Richet C., Mémoires sur moi et les autres III, ms cit., p. 221.

    19 Ellenberger H., Histoire de la découverte de l’inconscient, Paris, Fayard, 1994, p. 115.

    20 Le texte de référence en ce domaine est : Puységur A. M. J. de, Recherches, expériences et observations physiologiques sur l’homme dans l’état de somnambulisme naturel et dans le somnambulisme provoqué par l’acte magnétique, Paris, 1811. Par ailleurs, concernant les premières heures de l’histoire du magnétisme animal, un excellent texte a été publié en ligne : Peter J.-P., « De Mesmer à Puységur. Magnétisme animal et transe somnambulique, à l’origine des thérapies psychiques », Revue d’histoire du XIXe siècle (en ligne), 38, 2009, mis en ligne le 4 septembre 2009, consulté le 3 janvier 2013, http://rh19.revues.org/3865 ; DOI : 10.4000/rh19.3865.

    21 Richet C., « Du somnambulisme provoqué », art. cit., p. 348.

    22 Héricourt J., Le Terrain dans les maladies, Paris, Ernest Flammarion éditeur, 1927, 249 p.

    23 Richet C., Du somnambulisme, Paris, Association française pour l’avancement des sciences, discours prononcé au Congrès de Reims, Imprimerie J. Justinart, 1880, p. 9.

    24 Richet C., « Du somnambulisme provoqué », art. cit., p. 355.

    25 Richet C., ibid., p. 363.

    26 Ibid., p. 355.

    27 Richet C., « La personnalité et la mémoire dans le somnambulisme », Revue philosophique, no 15, 1883, p. 228.

    28 Richet C., « Du somnambulisme provoqué », art. cit., p. 358.

    29 Ibid., p. 362.

    30 Richet C., Structure des circonvolutions cérébrales. thèse pour le concours de l’agrégation, Paris, Germer Baillière, 1878.

    31 Richet C., « Recherches nouvelles sur les fonctions du cerveau », Revue des deux mondes, no 13, 1876, p. 222-228.

    32 Richet C., Structure des circonvolutions cérébrales, op. cit., p. 131.

    33 Ibid., p. 148.

    34 Ibid., p. 169.

    35 Bonduelle M. et al., Charcot, un grand médecin dans son siècle, Paris, Michalon, 1996, p. 151.

    36 Richet C., Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilité, thèse pour le doctorat de médecine, t. 22, no 69, Paris, Masson, 23 janvier 1877, p. 276.

    37 Richet C., « Les démoniaques d’aujourd’hui », Revue des deux mondes, no 37, 1880, p. 341.

    38 Ibid., p. 345.

    39 Ibid., p. 343.

    40 Ibid., p. 341.

    41 Ibid., p. 346.

    42 Ibid., p. 350-351.

    43 Ibid., p. 355.

    44 Estingoy P., « Autour de l’automatisme psychologique. Similitudes et divergences de Charles Richet à Pierre Janet », Actes de la Journée Pierre Janet, Paris, Institut Pierre Janet, 6 juin 2008.

    45 Richet C., « Les démoniaques d’autrefois (Hystérie et démonologie) », Revue des deux mondes, no 37, 1880, p. 552-583, p. 828-863.

    46 Thuillier J., Monsieur Charcot de la Salpêtrière, Paris, Robert Laffont, 1993, p. 117.

    47 Ribot T., La Psychologie allemande contemporaine, Paris, Germer Baillière, 1879.

    48 Richet C., « La psychologie allemande contemporaine d’après M. Th. Ribot », Revue scientifique, 16, 1879, p. 970-974.

    49 Azam E., « Amnésie périodique ou dédoublement de la vie », Annales médico-psychologiques, XVI, juillet 1876, p. 5-35.

    50 Richet C., « Les démoniaques d’aujourd’hui », art. cit., p. 369.

    51 Richet C., « Les poisons de l’intelligence. II. Le Hachich. L’opium. Le café », Revue des deux mondes, no 20, 1877, p. 196.

    52 Richet C., « Du somnambulisme provoqué », Revue philosophique, no 10, 1880, p. 337-374, p. 462-483.

    53 Richet C., L’homme et l’intelligence. Fragments de physiologie et de psychologie, Paris, Félix Alcan, 1884.

    54 Richet C., Essai de psychologie générale, Paris, Félix Alcan, 1887.

    55 Ibid., p. 69.

    56 Richet C., « Les réflexes psychiques », Revue philosophique, no 25, 1888, p. 225-237, p. 387-422 et p. 500-528.

    57 Richet C., L’homme et l’intelligence, op. cit., p. 255.

    58 Richet C., « La personnalité et la mémoire dans le somnambulisme », art. cit., p. 240.

    59 Richet C., L’homme et l’intelligence, op. cit., p. 255.

    60 Janet P., L’Automatisme psychologique. Essai de psychologie expérimentale sur les formes intérieures de l’activité humaine, Paris, Alcan, 1889.

    61 Estingoy P., « Le Concept d’automatisme à l’épreuve de la filiation », Annales médico-psychologiques, no 166, 2008, p. 177-184.

    62 Janet P., L’Automatisme psychologique, op. cit., p. 348-409.

    63 Richet C., « Un cas de suggestion dans le rêve », Revue philosophique, no 16, mars 1884, p. 471.

    64 Richet C., « Actions réflexes psychiques », Bulletins de la Société de psychologie physiologique, 1887, p. 55.

    65 Richet C., préface à C. Lombroso, L’Homme de génie, Paris, Félix Alcan, 1889, p. xiii.

    66 Ibid., p. xvi-xviii.

    67 C. Richet, « La physiologie et la médecine. Leçon inaugurale du cours de physiologie de la Faculté de médecine », Revue scientifique, t. 41, 1888, p. 353-363 et p. 426-434.

    68 Héricourt J. et Richet C., « Influence de la transfusion péritonéale du sang de chien sur l’évolution de la tuberculose chez le lapin », Bulletins de la Société de biologie, 2 mars 1889, p. 157-163.

    69 Richet C., « La sérothérapie et la mortalité dans la diphtérie », Revue scientifique, t. 55, 20 juillet et 3 août 1895, p. 65-69 et p. 133-134. Il s’agit en fait de phénomène dérivés de l’anaphylaxie, plus tard appelés allergies !

    70 Estingoy P., « De la créativité chez le chercheur », Histoires de sciences médicales, t. 37, no 4, 2003, p. 489-499.

    71 Richet C., « L’humorisme ancien et l’humorisme moderne », discours prononcé au Congrès de physiologie de Vienne, 26 septembre 1910, La Presse médicale, 18e année, no 79, 1er octobre 1910, p. 729-733.

    72 Ibid., p. 729.

    73 Richet C., L’Anaphylaxie, Paris, F. Alcan, 1911 ; nouvelle édition, F. Alcan, 1930, p. 250.

    74 Richet C. préface à J. Héricourt, Le Terrain dans les maladies, Paris, E. Flammarion, 1927, p. 5-16.

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    Van Wijland, Jérôme, éditeur. Charles Richet (1850-1935). Presses universitaires de Rennes, 2015, https://doi.org/10.4000/books.pur.88534.
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