Espace et Territoires : le Sud des États-Unis en redéfinition, 1803-1898
p. 117-129
Texte intégral
Introduction
1La conquête européenne de l’Amérique états-unienne est une redéfinition d’un existant, une appropriation culturelle, politique, mais aussi géographique de l’espace nord-américain auparavant habité par les Amérindiens. C’est ainsi que les colons anglais, après les Espagnols ou les Français, ont renommé et réaménagé l’espace qu’ils investissaient pour le forger plus à leur image. Des noms de villes inspirés des pôles urbains européens aux lacs, rivières et vallées rebaptisés d’après un homme blanc anonyme ou célèbre, ils ont imprimé sur l’espace leur empreinte culturelle, leur mode agricole, jusqu’à inclure la terre dans leur système économique en la découpant en petits carrés bien arpentés et prêts à la vente.
2Avant cela, les cartes françaises, espagnoles et anglaises avaient représenté l’espace américain d’après les récits de voyageurs et les explorations, l’appropriant pour le compte des monarques sans souvent pouvoir bien décrire précisément ceux qui y vivaient déjà. La Louisiane (1803) est l’exemple le plus documenté d’un espace gigantesque acquis des Français par les États-Unis sans que les frontières même de l’acquisition aient été clairement définies. L’absence d’informations sur les montagnes Rocheuses ou sur les fleuves qui étaient censés couler vers le Pacifique, révélée par les cartes blanches de la région avant l’expédition de Lewis et Clark (1804-1806) montre que la conquête se faisait bien autant par les mots et l’imagination cartographique que par les actions de terrain1.
3Afin d’illustrer cette appropriation géographique et l’inclusion de l’espace amérindien dans le territoire des États-Unis, je reviendrai sur cette région capitale dans le développement de la jeune Amérique qu’est le Sud. Définie très tôt par sa référence géographique, la région a su construire une identité forte jusqu’à la guerre civile, évacuant l’héritage amérindien qui l’avait modelé pendant des siècles. Pourtant, le territoire du Sud n’exista vraiment dans ses frontières des cartes officielles qu’après la déportation des nations indiennes et l’appropriation de leurs terres. Il fallut attendre les années 1830 pour que le titre des dernières terres indiennes soit transféré et que les différents États puissent légitimement être appelés Tennessee, Alabama ou Mississippi. Avant cela, une forme administrative nouvelle, le Territoire, mise au point dans les années qui suivirent la guerre d’Indépendance, organisait l’intégration progressive des terres indiennes dans le nouvel espace territorial, mais aussi dans la pyramide administrative du nouveau pays. Pendant plus d’un demi-siècle après la déclaration d’Indépendance, le Sud demeura en partie un territoire indien plus longtemps que ne l’indiquaient les cartes ou même la définition territoriale des États-Unis. Ce n’est qu’à l’issue de bien des traités que les terres indiennes devinrent finalement états-uniennes.
4Le rôle du droit dans l’entreprise de conquête n’est pas à négliger. En effet, les traités cosignés par le gouvernement fédéral et les nations autochtones à partir de 1777 sont le reflet d’un fort attachement à la loi de la part des États-Unis, même si la violation répétée de ces textes très importants dans la législation nationale2 les ont vus qualifiés de purs prétextes à l’expropriation. À l’inverse, les Indiens ont souvent cru à la validité de ces textes et portaient à la loi un attachement aussi grand qu’à leurs terres. Nombre de tribus ont d’ailleurs, dans les deux derniers siècles, utilisé le système judiciaire pour faire valoir leurs droits, mais surtout pour réclamer une application plus rigoureuse de la loi et des traités imposés souvent de force par le gouvernement fédéral3. Dans son livre Manifesting America4, Mark Rifkin montre comment les États-Unis ont voulu intégrer les Indiens, mais aussi les Mexicains, dans un récit légal national (par les traités, l’imposition de lois) et comment ces derniers se sont défendus par les mêmes armes, comme les Cherokee portant leurs griefs contre la Géorgie devant la Cour suprême en 18315.
5Ici, je reviendrai sur le processus de construction du territoire (après la définition des frontières des États-Unis par le traité de Paris en 1783) à travers la conversion de l’espace amérindien en un territoire dominé et culturellement transformé par un discours à la fois mercantile (spéculation, découpage en lots) et politique (sécuritaire, mythologique, conquérant et intéressé). Mais le discours et les tracés toponymiques précèdent toujours la maîtrise du terrain et les États-Unis ont mis très longtemps pour venir à bout de la possession indienne des terres. En 1871 le Congrès, ne reconnaissant plus l’indépendance des groupes autochtones, abandonna la pratique des traités ; mais les nations indiennes à l’Ouest du Mississippi possédaient encore un quart de la superficie de cet espace6.
L’espace : un concept difficile à définir
6Le concept d’espace est flou et difficile à définir, et les géographes ne sont pas toujours d’accord sur les paramètres à retenir. Le définir c’est prendre une option sur l’avenir, c’est déjà se l’approprier. L’espace est le reflet de la société qui se reconnaît en lui. Les colons blancs ont vu dans les terres indiennes, du Sud et d’ailleurs, les possibilités presqu’infinies de développement et d’enrichissement que leur promettait le rêve américain. Ils ont considéré que cet espace n’était pas exploité selon les critères européens de l’agriculture et de la propriété privée. Ils ont imposé aux Indiens leur vision de la valeur marchande de la terre, échangeable à merci contre de l’argent, alors que les Autochtones la voyaient comme un lieu communautaire et tribal, certes appartenant à un groupe ou à un autre, mais inaliénable et garant de leurs conditions de vie.
7L’espace est aussi l’expression d’une domination politique, ainsi que l’écrit le géographe Hervé Regnauld : « Mais définir l’espace c’est, historiquement, définir le monde, tel qu’il sera possible de le gouverner… c’est-à-dire en se mettant dans la peau de l’acteur, ou du pouvoir7. » Le pouvoir central et les autorités locales américaines se réapproprièrent l’espace, en niant sa qualité de territoire indien, en rendant de manière fictionnelle ce territoire à son origine pré-humaine, « naturelle », pour tout recommencer. L’espace est fortement lié à l’imagination dans le sens où les deux notions sont des lieux de pérégrinations et d’aventure. Si l’imagination est, selon Cynthia Gorra-Gobin, le moteur de la conquête et de l’exploration, l’espace américain en est le lieu, tout à la fois mythique et très réel8.
8À l’origine, l’espace conquis était très limité, à peine soumis, très habité par l’Autre indien, sur le littoral atlantique et son arrière-pays. Alors que le pied d’un John Cabot avait à peine foulé le sol américain, la couronne royale proclamait son autorité sur toutes les terres que l’on supposait exister à l’intérieur du continent, jusqu’au Mississippi quand on eut plus tard conscience de son existence, voire plus loin encore. En 1823, l’arrêt de la Cour suprême Johnson v. McIntosh entérine la doctrine dite « de découverte » qui, selon Lindsay G. Robertson, considère les Autochtones comme de simples locataires de leurs territoires qu’ils ont la possibilité de vendre mais dont ils peuvent être expulsés à tout moment9.
Le rôle grandissant du gouvernement central
9La période post-révolutionnaire voit les États entrer en concurrence pour des terres à faire fructifier par la spéculation, que l’on appelle alors les terres de l’ouest, allant des Appalaches jusqu’au Mississippi. Les régions fertiles de la vallée de l’Ohio ou du Mississippi attisent les convoitises et la Confédération voit monter les antagonismes entre les États détenteurs de ces terres et les États dits sans terres. En partie pour apaiser le conflit croissant, mais aussi afin de payer les lourdes dettes de la guerre d’Indépendance, le pouvoir central demande aux États confédérés de lui céder les terres de l’ouest. Après de nombreuses discussions dans les Assemblées, la plupart des terres sont peu à peu cédées entre 1782 et 1790. La Géorgie mettra un point final à ce processus en 1802. La spéculation bat alors son plein et les traités deviennent un rouage majeur de la colonisation, régulant l’offre foncière. Les politiques locaux sont presque tous des spéculateurs et contrôlent le processus de mise sur le marché des acquisitions fédérales10.
10Le point d’achoppement de cette mesure confédérale de cession est que ces espaces n’appartenaient pas entièrement aux États. Ils étaient bien contenus dans leurs frontières, mais nombre d’hectares (quelques millions !) constituaient les territoires indiens non cédés par traité. Ainsi, la cession par les États à la (con)fédération comportait des terres qui ne leur appartenaient pas et plaçait encore davantage les Autochtones sous la tutelle du gouvernement central. Bien pire, les acquisitions ultérieures par traités, des textes qui entérinent les accords entre états étrangers, montrent que ces territoires étaient considérés comme extérieurs au territoire national bien que contenus dans les limites territoriales non seulement des États, mais surtout des États-Unis. Bien sûr, les Indiens n’étaient pas citoyens de la république, n’étant pas soumis à l’impôt11.
11Pour intégrer ces terres au marché capitaliste, il fallait au gouvernement central un type de standardisation du produit. En 1785, Thomas Jefferson met en place une formule de développement géographique et politique, une rationalisation de la transformation de l’espace en territoire en le découpant en petits carrés. C’est le système de la grille, où chaque carré est appelé township et mesure 6 miles de côté (36 miles carré soit 93,239572 km2), divisé en 36 unités de 1 mile (soit 640 acres ou près de 259 hectares) elles-mêmes découpées en 4 quarts de 160 acres (64,74 hectares) pouvant à nouveau être subdivisés en parcelles de 40 acres (16,1874257 hectares)12.
Naissance des Territoires
12L’ordonnance du Nord-ouest (1787) est le premier texte d’application de la grille à grande échelle. Elle est l’expression non seulement d’une création territoriale mais d’une idée politique en interdisant l’esclavage. Le pays organise la dichotomie fondée sur deux systèmes de travail : l’esclavage et le travail rémunéré, incarnés dans le paysage lui-même. En effet, avec les champs de coton, mais aussi de tabac ou les rizières de Géorgie et de Caroline du Sud, c’est une économie politique en même temps qu’un certain type de culture qui organisent la société hiérarchique du Sud avec ses planteurs grands possesseurs d’esclaves, ses petits fermiers blancs et une majorité de « petits blancs » sans terre. Le pendant sudiste du Territoire du Nord-ouest est créé en 1790 avec le Territoire au sud du fleuve Ohio. Le texte qui l’organise est très proche de son prédécesseur à bien des égards, mis à part une différence capitale pour la suite de l’histoire américaine qui montre le fossé grandissant entre les régions : la question de l’esclavage. L’institution particulière restait un acquis de la société sudiste dans le texte de cession du territoire aux États-Unis par la Caroline du Nord, ratifié en 1790 : « Aucune régulation, votée par le Congrès ou à voter par le Congrès, ne tendra à émanciper les esclaves13… » L’esclavage demeure pour les Sudistes une question éminemment régionale que le Congrès n’a pas le droit de réguler.
13À la création du Territoire au sud du fleuve Ohio en 1790, un gouverneur est nommé par le président Washington en la personne de William Blount, l’un des grands spéculateurs de Caroline du Nord qui trouve dans cette fonction un poste avancé idéal pour ses entreprises spéculatives, d’autant qu’en sus de celle de gouverneur, Blount obtient également la charge de directeur aux affaires indiennes pour le Territoire. Il peut ainsi favoriser, pour ses amis comme pour lui-même, le morcellement des terres indiennes qui constituent encore en 1790 une grande partie du Tennessee14. Seule l’enclave de la région de Nashville et celle située à l’extrême est du Territoire ont été cédées par les Cherokee. Ces derniers possèdent la partie orientale et les Chickasaw la partie occidentale du Territoire15. Ainsi, seuls 14 comtés composent la nouvelle entité : quatre dans la région de Nashville, au centre nord de l’état, et dix à la frontière avec la Caroline du Nord, les deux foyers de colonisation étant séparés d’environ 400 km par la wilderness, cette nature hostile et sauvage qu’il faut dompter et transformer en territoire civilisé. La wilderness road reliait ainsi Nashville à Knoxville et les colons se groupaient en convoi pour faire face aux dangers potentiels de la route. La sécurité à l’intérieur des frontières était encore toute relative et ce jusqu’aux premières années du xixe siècle. Avec le processus de territorialisation, c’est la marche vers un espace réapproprié par les colons qui prend de plus en plus d’ampleur.
14Dans une lettre du 8 novembre 1791 à George Washington, Thomas Jefferson montre l’intérêt que le gouvernement fédéral prend à établir des frontières bien arrêtées avec les possessions indiennes, dans le but de faciliter le passage par la législature d’une loi foncière visant à l’acquisition future de ces terres16. Le gouvernement fédéral est alors particulièrement soucieux de préserver l’ordre dans les territoires et de faire respecter les traités et les frontières. En effet, il n’a pas les moyens de financer une guerre indienne et préfère accommoder des nations autochtones déjà perturbées par l’immigration croissante dans ces régions. Les squatters blancs sont même expulsés par l’armée, au grand dam des autorités locales qui défendent âprement la colonisation comme rempart contre les Indiens et leurs soutiens espagnols et britanniques17.
Expansion territoriale au Sud
15Mais il n’y a pas que les individus qui occupent les terres indiennes illégalement. La Caroline du Nord décrète en 1782 que les soldats de l’État ayant participé à la guerre d’Indépendance recevront en paiement de leurs services un lopin de terre dans le Tennessee. Sur la carte, la réserve militaire, comme on l’appelle alors, est située en plein cœur du territoire indien. La Caroline ira même jusqu’à attribuer des terrains de la réserve jusqu’en 1804 alors que le Tennessee est devenu un État de l’Union en 1796, ajoutant à l’usurpation des terres indiennes la négation de la souveraineté de l’État nouvellement constitué18.
16L’extension de la conquête des territoires du Sud se poursuit avec la formation du Territoire du Mississippi en 1798. Ce dernier était la continuation de l’expansion territoriale vers le golfe du Mexique puisque ce territoire s’étendait de la frontière sud du Tennessee jusqu’à la frontière avec la Floride occidentale alors aux mains des Espagnols. Les relations des deux pays après le traité de Paris de 1783 restèrent tendues principalement pour des raisons de frontières. La Floride avait eu une histoire chaotique depuis la guerre de Sept Ans (1756-1763), appelée en Amérique guerre franco-indienne. Au terme du conflit, la France avait cédé son territoire louisianais à l’est du Mississippi et le long du golfe aux Anglais. Les Espagnols, eux, avaient cédé ce qui constitue aujourd’hui la Floride états-unienne en échange de Cuba, occupée par les Britanniques pendant la guerre. Lors du traité de Paris en 1783, la couronne britannique avait rendu la Floride aux Espagnols sans stipuler quelles en étaient les frontières. Les États-Unis tentèrent à plusieurs reprises de faire valoir leur interprétation de la limite au 31e parallèle, plusieurs fois refusée par l’Espagne. Ce n’est que par le traité de San Lorenzo de 1795 que les demandes américaines furent satisfaites. Dès 1798, le Territoire du Mississippi était créé, allant du 31e parallèle au golfe du Mexique et du Mississippi à la rivière Apalachicola19.
17En ligne de mire cependant était une ville plus à l’ouest encore, la Nouvelle-Orléans, dont l’accès revêtait pour l’économie du Sud et au-delà (Tennessee, Kentucky, jusqu’à la vallée de l’Ohio) une importance telle que même la France devenait un ennemi potentiel du très francophile Thomas Jefferson20. Le port du delta permettait en effet d’écouler les produits de tout l’Ouest vers New York ou Boston, mais aussi vers l’Europe. La signature du traité de San Lorenzo (ou traité de Pinckney) en octobre 1795 assurait aux Américains l’accès à la Nouvelle-Orléans ainsi qu’un droit de navigation pendant une période de trois ans21.
Louisiane : du Sud vers l’Ouest
18En 1800, les Espagnols rendent secrètement la Louisiane à la France, car Napoléon veut construire un empire américain à partir de la canne à sucre de Saint-Domingue. La Louisiane produirait alors la nourriture nécessaire aux habitants des îles. En outre, la Grande-Bretagne rend la Guadeloupe et la Martinique à la France. Bonaparte envoie des troupes à Saint-Domingue pour rétablir le pouvoir colonial renversé par les esclaves de l’île quelques années plus tôt. C’est un désastre qui met fin aux ambitions impériales françaises en Amérique. En 1803, les envoyés de Jefferson dépêchés à Paris pour acheter la Nouvelle-Orléans se voient proposer l’intégralité de la Louisiane pour 60 millions de francs (environ 15 millions de dollars). Les États-Unis ont à présent pour voisins les Espagnols en Floride, au Mexique et à Cuba et les Anglais aux Bahamas et sur quelques autres îles des Caraïbes et au Canada22.
19L’achat de la Louisiane inaugure la conquête de l’ouest au-delà du Mississippi, mais les yeux des colons sudistes se tournent également vers les terres mexicaines du Texas. De même, la politique de déplacement des populations indiennes de l’Est élaborée par Jefferson trouve dans les nouveaux espaces de l’Ouest une destination commode de par leur étendue et l’imprécision de leurs frontières. L’échange de terres va conduire de plus en plus de tribus et nations à s’installer au-delà du Mississippi après la guerre de 1812, dans ce que le gouvernement nommera officiellement en 1834 le Territoire indien. Cet espace qui comprend les futurs États du Kansas, du Nebraska, mais aussi une partie de l’Iowa et de l’Oklahoma se verra petit à petit découpé et ne subsisteront que 14 comtés de l’État de l’Oklahoma, principalement occupés par les descendants des « cinq tribus civilisées » du vieux Sud23.
20Les Cherokee, les Creek et les Choctaw possédaient des terres à cheval sur le Territoire au Sud du fleuve Ohio mais aussi sur le Territoire du Mississippi. Lorsque la Géorgie cède enfin ses terres occidentales à la fédération en 1802, les Creek sont victimes d’un processus d’immigration massive vers les terres du Sud convoitées à la fois par les planteurs de la côte qui lorgnent sur les terres fertiles du bassin alluvial et par les migrants venus du nord qui cherchent des terres bon marché. Dès 1801, les traités avec les Indiens du Sud se succèdent24 et réduisent chaque fois un peu plus leur espace vital. C’est une stratégie consciente des autorités locales que d’amputer les territoires indiens et de cerner toujours davantage les villes creek et cherokee pour saper la force et la présence géographique indienne proche des lieux de colonisation25.
Déplacement forcé des populations autochtones de l’Est vers l’Ouest
21Andrew Jackson est l’un des responsables régionaux qui considèrent que la colonisation est l’arme la plus efficace contre l’hégémonie indienne. Pour lui, les États, et non le Congrès, doivent pouvoir imposer leur loi aux nations indiennes sur leur sol (contre la politique fédérale qui prévalait depuis les Anglais et George Washington à leur suite). Il rejette également l’usage des traités, ne voyant dans les tribus indiennes non des nations étrangères mais des groupes assujettis aux États-Unis26. Dans son discours au Congrès concernant la loi de déportation de 183027, Jackson, alors président des États-Unis (1829-1837), se félicite du fait que les Indiens vont pouvoir prospérer loin de la civilisation blanche et qu’à l’inverse, leur absence à l’est du Mississippi permettra aux États du Sud de se développer et de se protéger contre de futures invasions28.
22Le concept d’isolation des Indiens ou de leur séparation des blancs existait depuis le début du xixe siècle. Une zone de colonisation indienne ou une sorte de frontière permanente devait être établie au-delà du Mississippi. Les Indiens pourraient s’y épanouir, s’y revivifier ou s’acclimater progressivement à la civilisation dominante. Très tôt, les Cherokee, par exemple, ont échangé des terres à l’est contre un emplacement dans ce qui est aujourd’hui la partie occidentale de l’Arkansas (1817). Par ailleurs, le traité de Doak’s Stand signé par les Choctaw prévoyait l’échange de terres à l’Est du Mississippi contre un territoire situé entre la rivière Arkansas et la rivière Rouge (article III). Les Chickasaw furent les derniers à émigrer après avoir acheté un territoire aux Choctaw de l’Oklahoma. Dès 1830, ils partirent à la recherche d’un emplacement dans le Territoire de l’Arkansas, mais les différents traités signés avec les États-Unis ne furent pas ratifiés par le Sénat. Il fallut attendre le traité de Doaksville (1837), commun aux Choctaw et aux Chickasaw, pour que soit organisé le déplacement vers l’Ouest29.
23Le pays indien comme on l’appelait alors n’avait pas de frontières définies, ce qui s’avéra pratique pour le redécouper. Toutefois, les Autochtones installés là-bas furent bien vite entourés de colons blancs et signèrent à nouveau des traités qui réduisaient encore leurs possessions territoriales. Les frontières changeaient sans cesse avec l’arrivée de nouveaux colons. La déportation forcée des derniers Cherokee en 1838 mit un terme violent à ce processus de déplacement, sachant que la plupart des Indiens avaient plus ou moins volontairement migré à l’ouest du Mississippi pour échapper à l’arrivée massive des blancs. Ils avaient eux aussi espéré trouver un peu de répit loin des nouvelles colonies, mais le rythme de la progression vers l’Ouest les rattrapa très vite. Le Territoire de l’Arkansas, partie occidentale du Territoire du Missouri, fut établi en 1819 et de sa superficie fut extrait plus tard le futur État de l’Oklahoma30.
24La création d’un territoire indien montre que la boucle était bouclée puisqu’il n’était plus question de prendre l’espace Indien pour en faire des territoires américains mais bien d’offrir aux Indiens une forme américanisée de l’espace (un Territoire) pour les intégrer, légalement, dans la mécanique qui leur avait fait perdre leurs terres. Un système différent de celui de la réserve qui serait adopté plus tard pour circonscrire l’activité des Indiens des Plaines et de l’Ouest en général. Dans le cas des Indiens de l’Est, les terres du Territoire indien étaient issues d’un échange avec celles perdues à l’Est du Mississippi. Les réserves des Indiens des Plaines et de l’Ouest n’étaient que des ersatz de leurs terres originelles, mais ils vivaient pour la plupart encore dans le même pays, ce qui n’était pas le cas des tribus et nations du Sud.
25En 1871, le Congrès interdit au président de signer des traités avec les Indiens, considérant que ces derniers ne devaient plus être considérés comme des nations étrangères. Toutefois, le président continua de signer des « accords » (agreements) avec les tribus de l’Ouest31. En 1898, la loi Curtis autorisa même le lotissement du Territoire indien, c’est-à-dire la partition des terres en lots individuels, afin de faciliter la marche du Territoire de l’Oklahoma vers le statut d’État de l’Union. Cette loi était la suite logique de la loi Dawes de 1887 qui découpait les réserves indiennes en lots individuels et attribuait un lopin à chacun selon son rang : le chef de famille recevait un quart de section, les adultes de plus de 18 ans recevaient un huitième de section, de même que les orphelins mineurs, etc.32. Confirmant l’orientation du gouvernement qui visait à démembrer les tribus et les nations, la loi Curtis supprimait dans le même temps les cours tribales et assujettissait chaque individu à la loi fédérale, supprimant à terme les gouvernements tribaux33.
26Deux événements symbolisent la fin de la période de conquête et l’extinction de la souveraineté indienne (provisoirement en tout cas) : en décembre 1890, le massacre de Wounded Knee dans le Dakota du Sud met fin aux hostilités armées entre les derniers résistants indiens et le gouvernement fédéral ; la même année, le bureau du recensement déclare que la période de frontière est révolue, soulignant ainsi que le territoire est suffisamment organisé et peuplé, même dans les régions isolées. En 1893, l’historien Frederick Jackson Turner, de l’université du Wisconsin, relève dans un article resté célèbre, que la fin de la frontière signale un nouvel âge américain, la fin de l’influence indienne sur les terres maintenant dominées par les États-Unis. Dans le Sud, seuls quelques centaines de Cherokee ayant fui la déportation vivent dans les Montagnes de Caroline du Nord où ils résident encore aujourd’hui ; les Séminoles de Floride ayant survécu à deux guerres vivent dans les marais de la péninsule ; les Choctaw et les Chickasaw réduits à quelques groupes épars tentent de survivre au Mississippi et dans le Tennessee de la ségrégation ; les Creek de Géorgie et d’Alabama, s’ils sont encore quelques-uns, disparaissent à la fois des discours et des préoccupations publics34.
Conclusion
27Le processus de colonisation des terres tribales par les colons euro-américains s’étend donc sur une période longue et implique non seulement de la violence quotidienne, qu’elle soit le fait d’individus, des milices d’États ou bien de l’armée fédérale, mais inclut cette conquête dans le système législatif et judiciaire du pays en construction. L’attachement des États-Unis à confirmer par la loi l’expropriation souvent forcée des Autochtones est un procédé qui pose aujourd’hui de nombreuses questions quant à la propriété des terres concernées par les différents traités. La politique qui visait à saper la cohésion tribale des nations indiennes a achoppé devant la résistance de ces groupes souvent recomposés par les épidémies et les guerres. Alors même que les États-Unis passaient les lois Dawes et Curtis à la fin du xixe siècle, les premières nations, déplacées de force dans les décennies précédentes, reconstituaient leurs appareils législatifs, exécutifs et judiciaires sur le modèle américain. Le rapport Meriam de 1928 dénoncera clairement plusieurs des mesures gouvernementales prises envers les Indiens depuis des lustres, qui selon les enquêteurs, « tendraient à paupériser n’importe quelle race35 ». Malgré ce harcèlement gouvernemental constant, la perte de leur environnement familier, de leurs repères identitaires, de leur capacité à décider pour eux-mêmes de leurs orientations de vie, les nations autochtones venues du Sud-Est états-unien tentèrent à nouveau de créer des formes nouvelles d’organisation politique, sociale et territoriale qui, en mêlant les apports de la société dominante et les structures culturelles sauvées du désastre, contribuèrent à forger l’embryon des démocraties tribales actuelles, enfin reconnue comme entités politiques responsables et résolument tournées vers l’avenir.
Bibliographie
Des DOI sont automatiquement ajoutés aux références bibliographiques par Bilbo, l’outil d’annotation bibliographique d’OpenEdition. Ces références bibliographiques peuvent être téléchargées dans les formats APA, Chicago et MLA.
Format
Boulware T., The New Georgia Encyclopedia, sous-partie intitulée « The Loss of a Nation » in « The Cherokee », en ligne : [http://www.georgiaencyclopedia.org/nge/Article.jsp?id=h-3539&sug=y], page consultée le 14 décembre 2010.
Conley R. J., A Cherokee Encyclopedia, Albuquerque, University of New Mexico Press, 2007.
David Rumsey Map Collection, en ligne : [http://www.davidrumsey.com/luna/servlet/detail/RUMSEY~8~1~938~50017], page consultée le 7 décembre 2010.
Foreman G., Indian Removal: The Emigration of the Five Civilized Tribes of Indians, Norman, University of Oklahoma Press, 1932.
Frantz K., Indian Reservations in the United States: Territory, Sovereignty, and Socio-Economic Change, Chicago, University of Chicago Press, 1999.
Ghorra-Gobin C., « Territoires et représentations : l’imagination géographique de la société américaine », Revue française d’études américaines, n° 108, 2/2006, p. 84-97.
Kukla J., A Wilderness So Immense: The Louisiana Purchase and the Destiny of America, New York, Anchor Books, 2003.
Linklater A., Measuring America: How the United States Was Shaped by the Greatest Land Sale in History, New York, Plume Book, 2003.
Littlefield D. F. et Parrins J. W., The Encyclopedia of Indian Removal, Santa Barbara (Calif.), Greenwood Press, 2011.
Maumi C., Thomas Jefferson et le projet du Nouveau Monde, Paris, La Villette, 2007.
Meinig D. W., The Shaping of America: A Geographical Perspective on 500 Years of History: Atlantic History, 1492-1800, New Haven (Conn.), Yale University Press, 1988.
10.12987/9780300173963 :Meinig D. W., The Shaping of America: A Geographical Perspective on 500 Years of History: Continental America, 1800-1867, vol. 2, New Haven (Conn.), Yale University Press, 1993.
10.12987/9780300173963 :Meriam L. et al., The Problem of Indian Administration, Washington D.C., Brookings Institution, 1928.
Moot F., Tennessee, Law, the Early Days, « North Carolina’s Cession of Her Western Lands, 1789-1790 », TNGenNet, Inc., en ligne : [http://www.tngenweb.org/law/nc-cession1789.html], page consultée le 15 décembre 2010.
Purdue T. et Green M. (dir.), The Cherokee Removal: A Brief History with Documents, Boston, St. Martin’s Press, 1995.
Purdue T. et Green M., The Cherokee Nation and the Trail of Tears, New York, Viking, 2007.
Regnauld H., L’espace, une vue de l’esprit ?, Rennes, PUR, 1998.
Rifkin M., Manifesting America: The Imperial Construction of U.S. National Space, New York, Oxford University Press, 2009.
10.1093/acprof:oso/9780195387179.001.0001 :Robertson L. G., Conquest by Law: How the Discovery of America Dispossessed Indigenous Peoples of Their Lands, New York, Oxford University Press, 2007.
10.1093/acprof:oso/9780195148695.001.0001 :Rothman A., Slave Country: American Expansion and the Origins of the Deep South, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 2007.
10.4159/9780674042919 :Royce C. C., Smithsonian Institution, Bureau of American Ethnology, « Eighteenth Annual Report », 1896-1897.
Smith S. B. et al., The Papers of Andrew Jackson, vol. 1, Knoxville, The University of Tennessee Press, 1980.
The Thomas Jefferson Papers, Series 1, General Correspondence, « Report on Western Territories », en ligne : [http://hdl.loc.gov/loc.mss/mtj.mtjbib005653], page consultée le 15 décembre 2010.
Wilkins D. E., American Indian Sovereignty and the US Supreme Court: The Masking of Justice, Austin, University of Texas Press, 1997.
Notes de bas de page
1 Voir la carte des États-Unis de 1802 de Arrowsmith A., A Map Of The United States Of North America Drawn from a Number of Critical Researches By A. Arrowsmith, Hydrographer to H.R.H. the Prince of Wales. No. 10 Soho Square. London. Published as the Act Directs by A. Arrowsmith, No. 10 Soho Square. Jan 1st, 1796. Additions to 1802. David Rumsey Map Collection (en ligne). [http://www.davidrumsey.com/luna/servlet/detail/RUMSEY~8~1~938~50017], page consultée le 7 décembre 2010.
2 Le Sénat américain doit ratifier un traité aux 2/3 de ses membres. Voir l’histoire et la procédure des traités, US Senate, « Treaties », en ligne : [http://www.senate.gov/artandhistory/history/common/briefing/Treaties.htm], page consultée le 14 décembre. Concernant la manipulation de la loi par les institutions fédérales contre les intérêts indiens, voir Wilkins D. E., American Indian Sovereignty and the US Supreme Court: The Masking of Justice, Austin, University of Texas Press, 1997.
3 « The Justice System and Aboriginal People », The Aboriginal Justice Implementation Commission (Canada), en ligne : [http://www.ajic.mb.ca/volumel/chapter5.html#2], page consultée le 14 décembre 2010.
4 Rifkin M., Manifesting America: The Imperial Construction of U.S. National Space, New York, Oxford University Press, 2009.
5 Pour une courte histoire des Cherokee ainsi que l’épisode de la Cour suprême, voir Boulware Tyler, The New Georgia Encyclopedia, sous-partie intitulée « The Loss of a Nation » in « The Cherokee », en ligne : [http://www.georgiaencyclopedia.org/nge/Article.jsp?id=h-3539&sug=y], page consultée le 14 décembre 2010. Voir également Purdue T. et Green M., The Cherokee Nation and the Trail of Tears, New York, Viking, 2007 ; Conley R. J., A Cherokee Encyclopedia, Albuquerque, University of New Mexico Press, 2007 ; Littlefield D. F. et Parrins J. W., The Encyclopedia of Indian Removal, Santa Barbara (Calif.), Greenwood Press, 2011.
6 « Native Americans – Congressional Control After 1871 », en ligne : [http://law.jrank.org/pages/22787/Native-Americans-Congressional-Control-after-1871.html], page consultée le 8 décembre 2008.
7 Regnauld H., L’espace, une vue de l’esprit ?, Rennes, PUR, 1998, p. 9.
8 Ghorra-Gobin C., « Territoires et représentations : l’imagination géographique de la société américaine », Revue française d’études américaines, n° 108, 2/2006, en ligne : [www.cairn.info/revue-francaise-d-etudes-americaines-2006-2-page-84.htm].
9 La plupart des pays colonisateurs défendaient un droit de préemption sur les terres colonisées appelé « droit de découverte » pour justifier leurs prétentions à ces territoires. Joseph Story, juge à la Cour suprême (1811-1845), a évoqué ce type de raisonnement dans ses Commentaries on the Constitution of the United States (1833). Il y dénonce une « règle pratique et souple » pour acquérir les territoires et s’entendre entre nations conquérantes. Il n’ignore pas l’illégalité de l’usurpation ni l’absurdité juridique du concept et rappelle le droit de propriété des Indiens (voir vol. 1, p. 4 et qq). À propos du droit de découverte et plus particulièrement de l’importance de l’arrêt de la Cour suprême de 1823, lire Robertson L. G., Conquest by Law: How the Discovery of America Dispossessed Indigenous Peoples of Their Lands, New York, Oxford University Press, 2007. Concernant l’appropriation des terres par les monarques européens, voir Meinig D. W., The Shaping of America: A Geographical Perspective on 500 Years of History; Atlantic History, 1492-1800, New Haven (Conn.), Yale University Press, 1988.
10 Stockley Donelson, un beau-frère d’Andrew Jackson au Tennessee, avait été nommé arpenteur des terres occidentales de la Caroline du Nord en 1784, et fut encore membre du Conseil du gouvernement territorial ainsi que lieutenant-colonel de la milice. Il était l’un des plus importants spéculateurs de la région et finit sa vie criblé de dettes. Voir Smith S. B. et al., The Papers of Andrew Jackson, vol. 1, Knoxville, The University of Tennessee Press, 1980, p. 168 passim.
11 La citoyenneté sera octroyée aux Indiens en 1924. Malgré le XIVe amendement (1868) qui octroie la citoyenneté à « toute personne née ou naturalisée aux États-Unis », les cours de justice ne reconnaissaient pas ce droit aux Indiens. Toutefois, le Congrès passa en 1890 le Indian Territory Naturalization Act qui ouvrait à tout membre d’une tribu du Territoire indien la possibilité de demander la citoyenneté devant une cour fédérale. Il faut noter cependant que si les Indiens obtinrent le statut de citoyens en 1924, le droit de vote dépendait de la volonté des États et certains d’entre eux comme le Maine attendirent jusqu’en 1957 pour les inclure sur les listes électorales. « Indian Citizenship Act », Library of Congress, en ligne : [http://memory.loc.gov/ammem/today/jun02.html], page consultée le 9 décembre 2010. Également « American Indian Citizenship », Native American Netroots, en ligne : [http://www.nativeamericannetroots.net/diary/379/american-indian-citizenship], page consultée le 9 décembre 2010.
12 Voir Maumi C., Thomas Jefferson et le projet du Nouveau Monde, Paris, La Villette, 2007. Aujourd’hui, ce système appelé Public Land Survey System (système d’arpentage public des terres) est supervisé par le Bureau de gestion des terres, une branche du secrétariat à l’Intérieur, voir [http://www.blm.gov]. L’origine et la mise en place du système par le gouvernement fédéral sont bien décrites dans Linklater A., Measuring America: How the United States was Shaped by the Greatest Land Sale in History, New York, Plume Book, 2003.
13 Le texte intégral de la cession est disponible à l’adresse suivante : Moot F., Tennessee, Law, the Early Days, « North Carolina’s Cession of Her Western Lands, 1789-1790 », TNGenNet, Inc., en ligne : [http://www.tngenweb.org/law/nc-cession1789.html], page consultée le 15 décembre 2010.
14 Toomey Michael, « William Blount », North Carolina History Project, en ligne : [http://www.northcarolinahistory.org/encyclopedia/126/entry], page consultée le 15 décembre 2010.
15 La cession repérée par le chiffre 3 sur la carte du Tennessee (and Bordering States) de Charles C. Royce est celle faite par les Cherokee. Royce C. C., Smithsonian Institution, Bureau of American Ethnology, « Eighteenth Annual Report », 1896-1897, pt. 2, p. 521-997.
16 Library of Congress, American Memory, The Thomas Jefferson Papers, Series 1, General Correspondence, « Report on Western Territories », en ligne : [http://hdl.loc.gov/loc.mss/mtj.mtjbib005653], page consultée le 15 décembre 2010.
17 Voir à ce propos une lettre de George Washington au Sénat, datée du 11 août 1790, consultable à [http://memory.loc.gov/learn/features/timeline/newnatn/nativeam/gwletter.html], ainsi que les lettres suivantes pour les réactions locales : John Sevier to Andrew Jackson, 22 janvier 1798, Smith, Andrew Jackson Papers, op. cit., p. 171 ; concernant les squatters expulsés par l’armée, voir ibid., p. 185 et qq.
18 Bamman G. W., « This Land is our Land! Tennessee’s Disputes with North Carolina », Genealogical Journal, vol. 24, n° 3, 1996, en ligne, reproduit par permission à [http://www.tngenweb.org/tnland/bamman.htm], page consultée le 15 décembre 2010.
19 Hagood T. C., « Territorial Period and Early Statehood », Encyclopedia of Alabama, en ligne : [http://www.encyclopediaofalabama.org/face/Article.jsp?id=h-1548], page consultée le 15 décembre 2010.
20 Voir la lettre qu’il adresse à Edward Livingston le 18 avril 1802, en ligne : [http://etext.virginia.edu/jefferson/biog/lj29.htm], page consultée le 7 décembre 2010.
21 Le traité de San Lorenzo ou traité de Pinckney (1795) est consultable à la page [http://www.earlyamerica.com/earlyamerica/milestones/sanlorenzo/1.html], page consultée le 6 juin 2011.
22 Concernant l’achat de la Louisiane, les informations apportées ici sont tirées du livre de Kukla J., Wilderness So Immense: The Louisiana Purchase and the Destiny of America, New York, Anchor Books, 2003, p. 216-258, et Meinig D. W., The Shaping of America: A Geographical Perspective on 500 Years of History, vol. 2, Continental America, 1800-1867, New Haven (Conn.), Yale University Press, 1993, p. 4-23.
23 Everett D., « Indian Territory », Encyclopedia of Oklahoma History and Culture, en ligne : [http://digital.library.okstate.edu/encyclopedia/entries/I/IN018.html], page consultée le 15 décembre 2010.
24 Library of Congress, A Century of Lawmaking for a New Nation: U.S. Congressional Documents and Debates, 1774-1875, « List of the Treaties between the United States and the Indian Tribes », en ligne : [http://memory.loc.gov/cgi-bin/ampage?collId=llsl&fileName=007/&recNum=6], page consultée le 7 décembre 2010. Concernant l’afflux des colons blancs dans les nouveaux territoires du Sud au début du xixe siècle, lire l’excellent ouvrage de Rothman A., Slave Country: American Expansion and the Origins of the Deep South, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2007.
25 Par exemple voir le traité signé par les Cherokee le 24 octobre 1804 qui inclut tout un réseau de plantations situées en territoire indien : « Indian Affairs: Laws and Treaties », Oklahoma State University Library, en ligne : [http://digital.library.okstate.edu/kappler/Vol2/treaties/che0073.htm], page consultée le 7 décembre 2010.
26 « Nations domestiques dépendantes » est le curieux qualificatif imposé par la Cour suprême en 1831 dans son arrêt Cherokee Nation v. the State of Georgia, voir Cornell University Law School, LII/Legal Information Institute, « Supreme Court », en ligne : [http://www.law.cornell.edu/supct/html/historics/USSC_CR_0030_0001_ZS.html], page consultée le 7 décembre 2010.
27 Suite à la loi de déplacement des populations indiennes de 1830 (Removal Act), les Cherokee font appel par deux fois à la Cour suprême qui rend un verdict favorable que le président Jackson décidera d’ignorer. Pour le discours accompagnant la loi en 1830, voir « President Jackson’s Message to Congress “On Indian Removal” », December 6, 1830 ; Records of the United States Senate, 1789-1990 ; Record Group 46 ; National Archives, en ligne : [http://www.ourdocuments.gov], page consultée le 7 décembre 2010.
28 Jackson évoque là la guerre de 1812 pendant laquelle les Indiens étaient accusés de collaborer avec les Espagnols et les Anglais contre les colons du Sud. L’armée britannique avait en outre débarqué à la Nouvelle-Orléans en décembre 1814, The Cabildo, « The Battle of New Orleans », en ligne : [http://lsm.crt.state.la.us/cabildo/cab6.htm], page consultée le 12 décembre 2010.
29 Concernant le traité de Doak’s Stand et les conditions de sa signature, voir le site officiel de la nation Choctaw d’Oklahoma consultable à [http://www.choctawnation.com/history/pre-removal-government-treaties/], page consultée le 7 juin 2011 ; l’expérience des Chickasaw est brièvement relatée sur le site officiel de la nation consultable à [http://www.chickasaw.net/history_culture/index_670.htm], page consultée le 7 juin 2011 ; concernant le déplacement des « cinq tribus civilisées », voir Foreman G., Indian Removal: The Emigration of the Five Civilized Tribes of Indians, Norman, University of Oklahoma Press, 1932.
30 Everett, « Indian Territory », op. cit. Concernant la déportation sauvage des Cherokee dans l’hiver 1838-1839, voir Purdue T., Green M. et Calloway G. C., The Cherokee Nation and the Trail of Tears, New York, Penguin, 2008 ; Purdue T., Green M. (ed.), The Cherokee Removal: A Brief History with Documents, Boston, St. Martin’s Press, 1995 ; pour un point de vue géographique sur la question des reserves, qui englobe mais dépasse largement notre période, voir Frantz K., Indian Reservations in the United States: Territory, Sovereignty, and Socio-Economic Change, Chicago, University of Chicago Press, 1999.
31 Voir [http://law.jrank.org/pages/22787/Native-Americans-Congressional-Control-after-1871.html] pour des détails à propos de ce changement de politique indienne, page consultée le 8 décembre 2010.
32 Voir les termes de la loi à [http://www.ourdocuments.gov/doc.php?flash=old&doc=50], page consultée le 8 décembre 2010.
33 Pour les détails de cette loi, voir [http://digital.library.okstate.edu/encyclopedia/entries/C/CU006.html], page consultée le 8 décembre 2010.
34 Concernant le recensement de 1890, voir « Census of Population and Housing », Bureau du recensement, en ligne : [http://www.census.gov/prod/www/abs/decennial/1890.html], page consultée le 15 décembre 2010. Turner F. J., « The Frontier In American History », en ligne, consultable à [http://xroads.virginia.edu/~HYPER/TURNER/], page consultée le 15 décembre 2010. À visiter, le site des Cherokee de Caroline du Nord, [http://www.cherokee-nc.com/].
35 Meriam L. et al., The Problem of Indian Administration, Washington D.C., Brookings Institution, 1928, p. 7.
Auteur
-
Jean-Marc Serme
Jean-Marc Serme est maître de conférences à l’université de Bretagne occidentale. Il est membre du LARCA (groupe « Jeune République ») ainsi que du réseau européen pour le développement de l’histoire de la jeune Amérique (Redehja). Ses travaux portent sur l’histoire des émotions dans le Sud antebellum et sur la place des Indiens Muscogee dans les nouveaux territoires sudistes au tournant du xixe siècle. Il est l’auteur de Andrew Jackson : l’homme privé (2012) et prépare un ouvrage sur les gestes et les discours qui organisaient la tenue des traités de cession des terres indiennes.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Les Premiers Irlandais du Nouveau Monde
Une migration atlantique (1618-1705)
Élodie Peyrol-Kleiber
2016
Régimes nationaux d’altérité
États-nations et altérités autochtones en Amérique latine, 1810-1950
Paula López Caballero et Christophe Giudicelli (dir.)
2016
Des luttes indiennes au rêve américain
Migrations de jeunes zapatistes aux États-Unis
Alejandra Aquino Moreschi Joani Hocquenghem (trad.)
2014
Les États-Unis et Cuba au XIXe siècle
Esclavage, abolition et rivalités internationales
Rahma Jerad
2014
Entre jouissance et tabous
Les représentations des relations amoureuses et des sexualités dans les Amériques
Mariannick Guennec (dir.)
2015
Le 11 septembre chilien
Le coup d’État à l'épreuve du temps, 1973-2013
Jimena Paz Obregón Iturra et Jorge R. Muñoz (dir.)
2016
Des Indiens rebelles face à leurs juges
Espagnols et Araucans-Mapuches dans le Chili colonial, fin XVIIe siècle
Jimena Paz Obregón Iturra
2015
Capitales rêvées, capitales abandonnées
Considérations sur la mobilité des capitales dans les Amériques (XVIIe-XXe siècle)
Laurent Vidal (dir.)
2014
L’imprimé dans la construction de la vie politique
Brésil, Europe et Amériques (XVIIIe-XXe siècle)
Eleina de Freitas Dutra et Jean-Yves Mollier (dir.)
2016
