Larger than life : une esthétique du débordement
p. 107-110
Texte intégral
Toujours est-il que le plaisir est […] fonction de la dissemblance même qui existe entre l’objet souhaité et la trouvaille. Cette trouvaille, qu’elle soit artistique, scientifique, philosophique ou d’aussi médiocre utilité qu’on voudra, enlève à mes yeux toute beauté à ce qui n’est pas elle. C’est en elle seule qu’il nous est donné de reconnaître le merveilleux précipité du désir. Elle seule a le pouvoir d’agrandir l’univers, de le faire revenir partiellement sur son opacité, de nous découvrir en lui des capacités de recel extraordinaire, proportionnées aux besoins innombrables de l’esprit1.
1Par-delà le réalisme, dans la nature aporétique d’une spécularité qui systématiquement se dérobe, dans l’invention d’une image à la qualité spectaculaire, par l’émergence, enfin, d’une photogénie spécifique entre plaisir et jouissance qui toujours déborde le réel, même illusoire, de l’écran, Powell et Pressburger ont créé des œuvres qui, toutes, relèvent d’une esthétique du débordement. De celui-ci, c’est moins la surcharge qui est la substance que le supplément, aussi bien dans l’exagération apparente ou la présence fantastique que dans le manque, l’absentement que le regard spectatoriel cherche à combler. Les films, nous l’avons vu, perturbent le regard ; ce sont quelques-unes des modalités de cette perturbation que je me propose d’analyser maintenant, chacune contribuant à définir ce que j’ai identifié comme la photogénie des films, et à en radicaliser le sentiment : la première, fondée sur des éléments d’esthétique historique, voit dans l’espace filmique powellien la résurgence mais aussi l’invention d’un expressionnisme singulier, la seconde, relative à l’esthétique narrative, met au jour la prégnance du conte, de la légende ou du mythe. L’expressionnisme ici, renoue certes avec son support cinématographique originel, le noir et blanc, mais s’actualise aussi en couleur, notamment quand, dessinant une matière d’image éminemment sidérante, celle-ci devient événement. Quant aux récits fictionnels (conte, etc.), ils ne valent ni comme ornement narratif, ni comme simple référent, mais affectent véritablement la matière narrative et herméneutique des films dans leur ensemble.
Notes de bas de page
1 André Breton, L’Amour fou [1937], Gallimard, coll. « Folio », 1991, p. 21-22.
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