1 Voir aussi Christophe Traïni et Johanna Siméant, « Pourquoi et comment sensibiliser à la cause », in Traïni, Christophe (dir.), Emotions… Mobilisations !, Paris, Presses de Science Po, 2009, p. 13.
2 Ibid., p. 24. Enfin, les dispositifs de sensibilisation peuvent également être des « modes d’action » au sens où l’entend la sociologie des mobilisations : « des moyens d’action permettant de toucher et d’interpeler publics et systèmes de décision » (Christophe Traïni, « Les émotions de la cause animale. Histoires affectives et travail militant », Politix, no 93, 2011, p. 90). Cette dernière dimension (qui peut poser problème, en ce que les modes d’action de Tilly sont par définition tournés vers l’extérieur du groupe alors que les dispositifs de sensibilisation peuvent être orientés vers le groupe lui-même, et donc dépendre d’autres logiques) ne sera pas analysée ici, mais fera l’objet d’une publication prochaine qui abordera les liens entre registres émotionnels et répertoires d’action.
3 Voir notamment Robert D. Benford et David Snow, « Framing Processes and Social Movements : an Overview and Assessment », Annual Review of Sociology, no 26, 2000, p. 611-639 et, pour une critique synthétique, Jean-Gabriel Contamin, « cadrages et luttes de sens », in Olivier Fillieule, Éric Agrikoliansky, et Isabelle Sommier (dir.), Penser les mouvements sociaux. Conflits sociaux et contestations dans les sociétés contemporaines, Paris, La Découverte, 2010, p. 55-75.
4 Olivier Fillieule, « Proposition pour une analyse processuelle de l’engagement individuel », Revue française de science politique, vol. 51, no 1-2, 2001, p. 199-217.
5 James, M. Jasper, The art of Moral Protest. Culture, Biography and Creativity in Social movements, Chicago, University of Chicago Press, 1997. Et la critique synthétique de Christophe Traïni, « Choc moral », in Olivier Fillieule, Lilian Mathieu, et Cécile Péchu (dir.), Dictionnaire des mouvements sociaux, Paris, Presses de Science Po, 2008, p. 101-107.
6 Jean-Samuel Beuscart et Ashven Peebaye, « Histoires de dispositifs », Terrains et travaux, no 11, 2006, p. 3-15. Voir aussi Giorgio Angamben, Qu’est-ce qu’un dispositif ?, Paris, Payot, 2007.
7 Michel Foucault, « Le jeu de Michel Foucault », Dits et écrits, Tome II, Paris, Gallimard, 2001 [1977], p. 299-300. Voir aussi Gilles Deleuze, « Qu’est-ce qu’un dispositif ? », in Michel Foucault philosophe, Paris, Le Seuil, 1989, p. 185-195.
8 Michel Foucault, « Les techniques de soi », Dits et écrits, tome II, Paris, Gallimard, 2001 [1977], p. 1604.
9 Au sens de processus historiquement situé par lesquels des individus et des groupes se construisent comme sujets moraux dans et par une relation de confrontation au pouvoir.
10 Jean-Pierre Warnier, « Pour une praxéologie de la subjectivation politique », in Jean-François Bayart et Jean-Pierre Warnier (dir.), Matière à politique. Le pouvoir les corps et les choses, Paris, Karthala, 2004, p. 26.
11 Christophe Traïni, « Entre dégout et indignation morale. Sociogenèse d’une pratique militante », Revue française de science politique, vol. 62, no 4, 2012, p. 574.
12 Cédric Moreau de Bellaing, « Comment la violence vient aux policiers. École de police et enseignement de la violence légitime », Genèses, no 75, 2009, p. 24-44.
13 Jacques Lagroye et Johanna Siméant, « Gouvernement des humains et légitimation des institutions », in Pierre Favre (dir.), Être gouverné – Mélanges en l’honneur de Jean Leca, Paris, Presses de Sciences Po, 2003, p. 53-54.
14 Ibid., p. 55 et 62-66. Voir aussi Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Paris, Le Seuil, 1997, p. 178.
15 Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975.
16 Michel Foucault, La Société punitive. Cours au Collège de France. 1972-1973, Paris, Le Seuil/Gallimard, 2013.
17 Frédéric Gros, « Foucault et la “société punitive” », Pouvoirs, no 135, 2010, p. 11-12. C’est nous qui soulignons les termes liés aux affects.
18 Sébastien Roux, « La discipline des sentiments. Responsabilisation et culpabilisation dans la justice des mineurs », Revue française de sociologie, no 53, 2012, p. 720 et 739.
19 Dominique Memmi, « Faire consentir : la parole comme mode de gouvernement et de domination », in Jacques Lagroye (dir.), La Politisation, Paris, Belin, 2003, p. 447 et 448 et Faire vivre et laisser mourir. Le gouvernement contemporain de la naissance et de la mort, Paris, La Découverte, 2003.
20 James D. Wright distingue le consentement (rapport positif), la dissidence (rapport négatif) et l’assentiment (rapport plus neutre à l’autorité). Cf. James D. Wright, The Dissent of the Governed. Alienation and Democracy in America, New York, Academic Press, 1976, p. 267-279.
21 Howard S. Becker, « Notes on the Concept of Commitment », American Journal of Sociology, vol. 66, no 1, 1960, p. 32-40.
22 « L’illusio, c’est le fait d’être pris au jeu, d’être pris par le jeu, de croire que le jeu en vaut la chandelle, ou, pour dire les choses simplement, que ça vaut la peine de jouer ». Cf. Pierre Bourdieu, Raisons pratiques. Sur la théorie de l’action, Paris, Le Seuil, 1994, p. 151.
23 Voir par exemple Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, « Violence et consentement : la “culture de guerre” du premier conflit mondial », in Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (dir.), Pour une histoire culturelle, Paris, Le Seuil, 1997 ; Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, 14-18, retrouver la guerre, Paris, Gallimard, 2000.
24 Voir Frédéric Rousseau, La Guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-18, Le Seuil, 2003 [1999] ; Nicolas Mariot, « Faut-il être motivé pour tuer ? Sur quelques explications aux violences de guerre », Genèses, no 53, 2003, p. 154-177 ; André Loez et Nicolas Mariot (dir.), Obéir/désobéir. Les mutineries de 1917 en perspective, La Découverte, 2008 ; André Loez, 14-18, Le Refus de la guerre. Une histoire des mutins, Paris, Gallimard, 2010.
25 Brigitte Studer, « L’être perfectible. La formation du cadre stalinien par le “travail sur soi” », Genèses, no 51, 2003, p. 113. Voir aussi Claude Pennetier et Bernard Pudal, « Les mauvais sujets du stalinisme », in Brigitte Studer, Berthold Unfried et Irène Herrmann (dir.), Parler de soi sous Staline. La construction identitaire dans le communisme des années trente, Paris, Presses de la MSH, 2002, p. 65-95 et Claude Pennetier et Bernard Pudal, « Écrire son autobiographie (Les autobiographies communistes d’institution, 1931-1939) », Genèses, no 23, 1996, p. 53-75.
26 Olivier Grojean, « La production de l’Homme nouveau au sein du PKK », European Journal of Turkish Studies, 2008, URL : [http://www.ejts.org/document2753.html].
27 Muriel Darmon, Devenir anorexique. Une approche sociologique, Paris, La Découverte, 2003, p. 213.
28 Sébastien Roux, « La discipline des sentiments… », art. cit., p. 721.
29 Dominique Memmi, « Faire consentir… », art. cit., p. 454. Voir aussi Dominique Memmi, « Administrer une matière sensible. Conduites raisonnables et pédagogies par corps autour de la naissance et de la mort », in Didier Fassin et Dominique Memmi (dir.), Le Gouvernement des corps, Paris, Editions de l’EHESS, 2004, p. 135-154.
30 La notion de conformation fait ici référence à l’intériorisation sur le mode de l’évidence, à la naturalisation des rôles institutionnels. Cette conformation est liée à un pouvoir prescriptif mais peut être réalisée tout autant par la sensibilisation que par la coercition. Cf. Rémi Lefebvre, « Se conformer à son rôle. Les ressorts de l’intériorisation institutionnelle », in Jacques Lagroye et Michel Offerlé (dir.), Sociologie de l’institution, Paris, Belin, 2010, p. 221. Hannah Arendt, quant à elle, tendrait sans doute à percevoir la conformation comme nécessitant obéissance et consentement. Hannah Arendt, Responsibility and Judgment, New York, Schocken, 2003, notamment p. 46.
31 Les cas d’études soumis jusqu’à présent à l’hypothèse des dispositifs de sensibilisation ne concernent-ils pas finalement surtout des organisations par trop singulières, marquées par de pseudo « nouvelles formes de militantisme », moins hiérarchisées, davantage individualisées et exigeant moins d’obéissance ? Ou bien, si l’on considère que ces organisations davantage horizontales dissimulent également souvent des formes de domination cachées (Voir par exemple Jo Freeman, « The Tyranny of Structurlessness », Berkeley Journal of Sociology, XVII, 1972-1973, p. 792-811), l’utilisation du concept de dispositif de sensibilisation ne tendelle pas parfois à « gommer » de nombreux rapports de pouvoir et dispositifs disciplinaires ? Christophe Traïni a par exemple montré comment le registre émotionnel démopédique de la protection animale visait également une conformation des mœurs et une normalisation des comportements du petit peuple. Cf. Christophe Traïni, La Cause animale. Essai de sociologie historique (1820-1980), Paris, PUF, 2011.
32 Voir Amin Allal et Nicolas Bué (dir.), Disciplines et indisciplines partisanes, à paraître en 2015.
33 Frédéric Sawicki et Johanna Siméant, « Décloisonner la sociologie de l’engagement militant… », art. cit.
34 Jacques Lagroye et Johanna Siméant, « Gouvernement des humains… », art. cit.
35 Comme le notent Sandrine Lefranc et Isabelle Sommier, la principale difficulté liée à l’étude des émotions réside dans la nécessité de coupler analyse des dispositifs et des trajectoires militantes, elle ne peut donc que « difficilement se satisfaire d’un traitement a posteriori d’un matériau empirique recueilli dans une autre visée » (Sandrine Lefranc et Isabelle Sommier, « Les émotions et la sociologie des mouvements sociaux », in Christophe Traïni (dir.), Émotions… Mobilisations !, op. cit., p. 283). Si la dimension émotionnelle n’était pas explicitement pensée dans notre protocole de recherche, la relecture est facilitée par notre analyse initiale de nombreuses trajectoires biographiques.
36 Des négociations débutées au début des années 2010 devaient aboutir à un processus de paix, bloqué depuis septembre 2013 et jusqu’à l’écriture de ces lignes.
37 À ces différentes catégories d’engagés, il faudrait ajouter les « miliciens », issus des populations civiles de Turquie ou du Moyen-Orient, qui aident logistiquement la guérilla du PKK quand elle fait appel à eux.
38 Olivier Grojean et Sümbül Kaya, « Ce que font les combattants quand ils ne combattent pas. Regards croisés sur les commandos de l’armée turque et les guérilléros du PKK », Pôle Sud, no 37, 2012, p. 97-115.
39 Olivier Grojean, « Investissement militant et violence contre soi au sein du Parti des Travailleurs du Kurdistan », Cultures et Conflits, no 63, 2006, p. 101-112.
40 En Turquie, l’ordre carcéral est le plus souvent sous-traité aux organisations politiques, qui encadrent dans un même dortoir membres fondateurs, guérilleros, miliciens, militants politiques et simples sympathisants… qui peuvent ainsi facilement devenir membres du parti.
41 Voir Aliza Marcus, Blood and Belief. The PKK and the Kurdish Fight for Independence, New York, New York University Press, 2007, p. 89-96.
42 Cf. Abdullah Öcalan, Kültür ve Sanat Devrimi Üzerine, Istanbul, Aram, 2008.
43 Martin Stokes, The Arabesk Debate : Music and Musicians in Modern Turkey, Oxford, Clarendon Press, 1992.
44 Voir notamment Stephen Blum et Amir Hassanpour, « “The Morning of Freedom Rose up” : Kurdish Popular Song and the Exigencies of Cultural Survival », Popular Music, vol. 15, no 3, 1996, p. 325-343, Ozan E. Aksoy, « The Politicization of Kurdish Folk Songs in Turkey in the 1990s », Music and Anthropology. Journal of Musical Anthropology of the Mediterranean, no 11, 2006 et Rasim Ö. Dönmez, « Constructing Kurdish Nationalist Identity Through Lyrical Narratives in Popular Music », Alternative Politics, vol. 4, no 3, 2012, p. 318-341.
45 Christophe Traïni, La Musique en colère, Paris, Presses de Science Po, 2008, p. 19-24.
46 Yiannis Kanakis, « Chanter la nation. La parole chantée dans le nationalisme kurde », Outre-Terre, no 10, 2005, p. 361-373. Le dispositif rejoint ici des pratiques sociales indépendantes et préalables (le chant), cette autonomisation ne peut donc être réduite ici à un effet de « surdétermination fonctionnelle » et de « perpétuel remplissement stratégique » du dispositif initial (cf. Michel Foucault, « Le jeu de Michel Foucault », art. cit., p. 299-300). Elle met par contre en évidence des phénomènes de subjectivation singuliers par la musique, mais aussi par la danse (comme mode d’action approprié ou réapproprié).
47 Siynem E. Saritaş, Articulation of Kurdish Identity through Politicized Music of Koms, Master Thesis, Ankara, Middle East Technical Unversity, 2010, p. 102.
48 Pour un exemple de pièce de théâtre visant à sensibiliser sur la question des femmes, voir Olivier Grojean, La cause kurde, de la Turquie vers l’Europe. Contribution à une sociologie de la transnationalisation des mobilisations, Paris, thèse de doctorat de l’EHESS, 2008, p. 542-543.
49 Jordi Tejel, « Le Khoyboun et la fabrication des premiers martyrs du nationalisme kurde », Études kurdes, no 6, 2004, p. 41-58. Voir aussi, sur les symboles du nationalisme kurde, Martin Strohmeier, Crucial Images in the Presentation of a Kurdish National Identity, Heroes and Patriots, Traitors and Foes, Leiden, Brill, 2003.
50 Sandrine Lefranc, et Isabelle Sommier, « Les émotions et la sociologie des mouvements sociaux », art. cit., p. 279.
51 Ces héros font face aux déviants et aux traitres. Car la direction du Parti considère que « derrière chaque militant se cache une ancienne personnalité de traître ». Les cas de traîtres assassinés puis réhabilités post mortem sont nombreux. Voir par exemple Serxwebûn, septembre 1992 et août 1993, cités in Hamit Bozarslan, La Question kurde. États et minorités au Moyen-Orient, Paris, Presses de Science Po, 1997, p. 220.
52 Olivier Grojean, « Self-immolations by Kurdish Activists in Turkey and Europe », Revue d’études tibétaines, no 25, p. 159-168, URL : [http://himalaya.socanth.cam.ac.uk/collections/journals/ret/pdf/ret_25_14.pdf].
53 Anja Flach, Jiyanekê din – ein anderes Leben. Zwei Jahre bei der kurdischen Frauenarmee, Köln, Mezopotamien Verlag, 2003, p. 22.
54 Carla Solina, Der Weg in die Berge. Eine Frau bei der kurdischen Befreiungsbewegung, Hamburg, Nautilus, 1997, p. 327.
55 Olivier Grojean, « Théorie et construction des rapports de genre dans la guérilla kurde de Turquie », Critique internationale, no 60, 2013, p. 21-35.
56 Olivier Grojean, « Comment gérer une crise politique interne ? Façonnage organisationnel du militantisme, maintien de l’engagement et trajectoires de défection », Politix, no 102, 2013, p. 63-87.
57 Jean-François Bayart, « Total subjectivation », in Jean-François Bayart et Jean-Pierre Warnier (dir.), Matière à politique. Le pouvoir les corps et les choses, Paris, Karthala, 2004, p. 248.
58 Immanuel Kant, Métaphysique des mœurs. Deuxième partie : doctrine de la vertu, Paris, Vrin, 1985, p. 73.
59 Même si les hypothèses initiales du chercheur orientent de fait son analyse dans telle ou telle direction et induisent par voie de conséquence tel ou tel type de conclusion.
60 Et il existe de nombreuses autres attitudes possibles. Cf. Olivier Grojean, « Comment gérer une crise politique interne ?… », art. cit.
61 Sur le rôle des émotions dans les ruptures biographiques et transformations sociales, voir Michel Grosseti, « Le trouble de l’événement : la place des émotions dans les bifurcations », in Marc Bessin, Claire Bidart et Michel Grosseti (dir.), Bifurcations. Les sciences sociales face aux ruptures et aux événements, Paris, La Découverte, 2009, p. 306-328.
62 Pierre Bouretz, Les Promesses du monde. Philosophie de Max Weber, Paris, Gallimard, 1996, p. 253 cité in Jean-François Bayart, « Total subjectivation », art. cit., p. 227 et Jean-François Bayart, « Total subjectivation », art. cit., p. 241.
63 Je tiens à remercier Christophe Traïni, Dominique Memmi, Sélim Smaoui et Johanna Siméant pour leurs commentaires d’une version antérieure de ce texte, même si je n’ai pas toujours pu (ou su) en tenir compte.