1 Voir, entre autres, Antonio R. Damasio, L’Erreur de Descartes : la raison des émotions, Paris, Odile Jacob, 1995.
2 Il est évidemment impossible d’être exhaustif ici. Citons, à titre d’exemple, quelques textes relativement récents qui plaident pour une prise en compte des émotions, plus systématique encore que celle inaugurée par certains précurseurs, qu’il s’agisse de mobilisations collectives, d’études historiques ou de relations internationales : Georges E. Marcus, Le Citoyen sentimental : émotions et politique en démocratie, Paris, Presses de Sciences Po, 2008 ; James M. Jasper, « Emotions and Social Movements : Twenty Years of Theory and Research », Annual Review of Sociology, no 37, p. 285-303 ; 2011 ; Isabelle Sommier, « Les états affectifs ou la dimension émotionnelle des mouvements sociaux », in Éric Agrikoliansky, Olivier Fillieule, Isabelle Sommier (dir.), Penser les mouvements sociaux. Conflits sociaux et contestations dans les sociétés contemporaines, Paris, La Découverte, 2010 ; Isabelle Sommier et Xavier Crettiez (dir.), Les Dimensions émotionnelles du politique. Chemins de traverse avec Philippe Braud, Rennes, PUR, 2012 ; Piroska Nagy, « Les émotions et l’historien : de nouveaux paradigmes », Critique, 1/2, no 716-717, 2007, p. 10-22 ; le dossier de la revue Médiévales, « La chair des émotions. Pratiques et représentations corporelles de l’affectivité au Moyen Âge », no 61, 2011 ; Monique Scheer, « Are Emotions a Kind of Practice (and Is That What Makes Them Have a History ?). A Bourdieuan Approach to Understanding Emotion », History and Theory, no 51/2, 2012, p. 193-220; Contemporary European History, theme Issue « Emotions in Protest Movements in Europe after 1917 », volume 23/4, 2014; Dominique Moïsi, La géopolitique de l’émotion. Comment les cultures de peur, d’humiliation et d’espoir façonnent le monde, Paris, Flammarion, 2008 ; Robert Frank, « Émotions mondiales, internationales et transnationales, 1822-1932 », Monde(s), no 1, 2012, p. 47-70.
3 Les chapitres de cet ouvrage sont tirés du séminaire de recherche du CHERPA – « Émotions, expertises et processus politiques » – qui s’est déroulé durant trois années consécutives, de 2010 à 2013, à l’IEP d’Aix-en-Provence. Ce séminaire a été l’occasion de recouper les travaux de vingt et un chercheurs et enseignants-chercheurs. Les contraintes éditoriales, malheureusement, ne permettaient pas de retenir l’ensemble des communications qui ont pourtant bien participé à l’avancée des réflexions collectives dont il est fait état dans cet ouvrage.
4 Érik Neveu définit l’action collective comme « un agir-ensemble intentionnel, marqué par le projet explicite des protagonistes de se mobiliser de concert. Cet agir ensemble se développe dans une logique de revendication, de défense d’un intérêt matériel ou d’une “cause” », in Sociologie des mouvements sociaux, Paris, La découverte, 5e édition, 2011 (1re édition 1996), p. 9.
5 Sur les définitions de l’action publique généralement retenues par les spécialistes des politiques publiques, voir Pierre Lascoumes et Patrick Le Galès, Sociologie de l’action publique, Paris, Armand Colin, 2010 (1re édition 2007), p. 10-13.
6 Sur la distinction entre concepts polymorphes et sténographiques, voir Jean-Claude Passeron, Le Raisonnement sociologique : l’espace non-poppérien du raisonnement naturel, Paris, Nathan, 1991, p. 98-118.
7 Jean-Samuel Beuscart et Ashveen Peerbaye, « Histoires de dispositifs. Introduction », Terrains & travaux, 2006/2, no 11, p. 3-15.
8 Voir, à titre d’exemples, là encore non exhaustifs, des textes de synthèse tels ceux de Pierre Lascoumes (dir.), « Expertise et action publique », Problèmes politiques et sociaux, La Documentation française, no 912, 2005 ; Francis Chateauraynaud, « Les mobiles de l’expertise », Revue Experts, no 78, 2008. Les dossiers de la revue Genèses, « Expertise », no 65, 2006/4 et « Devenir expert », no 70/1, 2008. Yann Bérard, Renaud Crespin, Aux frontières de l’expertise. Dialogues entre savoirs et pouvoirs, Rennes, PUR, 2010. Cécile Robert, « Expertise et action publique », in Olivier Borraz, Virginie Guiraudon (dir.), Politiques publiques-1, Paris, Presses de Science Po, 2008, p. 309-335.
9 À travers cette distinction entre les deux concepts sténographiques placés au cœur de l’analyse, le lecteur aura sans doute reconnu les réflexions de Norbert Elias sur les rapports indissociables entre engagement et distanciation : Engagement et distanciation, Paris, Fayard (1re édition 1983).
10 Janine Barbot et Nicolas Dodier, « De la douleur au droit. Ethnographie des plaidoiries lors de l’audience pénale du procès de l’hormone de croissance contaminée », in Daniel Cefaï, Mathieu Berger, Carole Gayet-Viaud (dir.), Du civil au politique. Ethnographies du vivre ensemble, Bruxelles, Peter Lang, 2011, p. 289-322.
11 À ce propos, voir également Nicolas Fischer, « Protéger les mineurs, contrôler les migrants. Enjeux émotionnels et moraux des comparutions de mineurs enfermés aux frontières devant le Juge des libertés et de la détention », Revue française de sociologie, 2012/4 (vol. LIII), p. 689-717.
12 Albert O. Hirschman, Les Passions et les intérêts, Paris, PUF, 1980.
13 Susanna Barrows, Miroirs déformants. Réflexions sur la foule en France à la fin du XIXe siècle, Paris, Aubier, 1990.
14 Cécile Blatrix, « Genèse et consolidation d’une institution : le débat public en France », in Martine Revel, Cécile Blatrix, Loïc Blondiaux, Jean-Michel Fourniau, Bertrand Hériard-Dubreuil et Rémi Lefebvre, Le Débat public : une expérience française de démocratie participative, Paris, La Découverte, 2007.
15 Sur la nécessaire distinction entre compétences et appétences, autrement dit entre la capacité à faire telle ou telle chose et le goût ou l’envie de le faire, voir Bernard Lahire, « De la théorie de l’habitus à une sociologie psychologique », in Bernard Lahire, Le Travail sociologique de Pierre Bourdieu, Paris, La Découverte, 2001, p. 121-152.
16 Par sensibilité, il faut entendre des inclinations durables à réagir affectivement d’une manière bien déterminée face à des objets et des situations perçues comme similaires. Cette expression vise à désigner des dispositions sociales qui se distinguent aussi bien par des domaines de pertinence circonscrits que par le fait qu’elles s’accompagnent de réactions corporelles perçues comme des discontinuités. En tant que telles, les sensibilités se distinguent, non seulement de ce que la littérature sociologique appelle des habitus, mais encore des habitudes relevant de la routine non consciente. Sur les fondements théoriques de la notion de sensibilité, je me permets de renvoyer à Christophe Traïni, « Des sentiments aux émotions (et vice-versa). Comment devient-on militant de la cause animale ? », Revue française de science politique, no 60 (2), 2010.
17 Sur la manière dont la pluralité des registres émotionnels autorisent des formes diverses d’engagement dans une cause voir Christophe Traïni, La Cause animale (1820-1980). Essai de sociologie historique, Paris, PUF, 2011 ; notamment le chapitre 7 qui récapitule les propriétés distinctives des registres démopédique, de l’attendrissement et du dévoilement.
18 On comprend bien ici l’utilité d’une terminologie à la fois complète et précise. L’expression « régime émotionnel » permet de désigner un mode de coordination, s’appuyant sur des dispositifs de sensibilisation, et se distinguant du régime de l’expertise. Le terme « registre émotionnel » permet de décrire la diversité des ensembles d’émotions que des groupes d’acteurs tendent à institutionnaliser à travers le recours répété à des dispositifs de sensibilisation d’un même type.
19 Frédéric Sawicki et Johanna Siméant, « Décloisonner la sociologie de l’engagement militant. Note critique sur quelques tendances récentes des travaux français », Sociologie du travail, no 51/1, 2009.
20 Karine Lamarche montre bien que l’engagement des Israéliens dans les organisations militantes qu’elle étudie s’avère d’autant plus difficile à tenir qu’il revient à critiquer l’armée, autrement dit l’institution qui rythme la vie sociale et familiale ordinaire de tous les citoyens du pays.