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    Plan détaillé Texte intégral PARTIR AU-DELÀ DE L’ATLANTIQUE UN CLOÎTRE DANS LA NEF VERS LE PORT DE SALUT Notes de bas de page Auteur

    Religion et navigation

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Une nef tridentine vers la Nouvelle-France : usage politique et pédagogique d’une image

    A Tridentine ship to New France: political and educational use of an image

    Véronique Castagnet-Lars

    p. 159-180

    Résumés

    Le débarquement des ursulines à Québec en 1639 ouvre une histoire de translation monastique à travers l’Océan Atlantique. Embarquées sans ménagement, ces religieuses expérimentent leur noviciat et leur clôture à l’occasion d’une navigation périlleuse et confinée. Il en résulte une émotion religieuse vive, plus qu’un encadrement régulé, constitutive de l’implantation monastique féminine en Nouvelle France.

    The landing of the Ursulines in Quebec in 1639 initiated a monastic history of translation across the Atlantic Ocean. Embarked bluntly, these women experience their novitiate and fence during a perilous and confined navigation. The result is a lively religious emotion, more than a regulated pattern, constitutive of the female monastic settlement in New France.

    Entrées d’index

    Mots-clés : Ursulines, Nouvelle France, Navigation, Émotion religieuse, Monastères

    Keywords : Nuns, New France, Navigation, Religious Feelings, Monasteries

    Texte intégral PARTIR AU-DELÀ DE L’ATLANTIQUE Pour un nouvel apostolat féminin Au cœur d’un conflit d’obédience La quête ou la conquête d’un navire ? UN CLOÎTRE DANS LA NEF Du monastère au château De la grille à la peau Les exercices religieux, contre vents et marées VERS LE PORT DE SALUT Une vocation éprouvée Une conversion achevée Un second baptême glorifié Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le 1er août 1639, six religieuses accompagnées de six religieux et de trois femmes dévotes débarquent sur les rives du Saint-Laurent, à l’issue de trois mois de traversée1. Ce premier voyage maritime de religieuses transporte les espoirs de l’Église catholique en vue de la conversion des peuples indigènes de la Nouvelle-France, récemment fondée, et pour l’éducation des enfants de la colonie de Québec.

    2L’historiographie s’attache avant tout à l’évocation des modalités de l’installation des ordres tridentins (ursulines, augustines – ou hospitalières – et jésuites) et à l’étude de leur action pastorale dans ces terres de mission. Les sources anciennes sont certes ténues et disparates, mais leur forte charge interprétative permet de porter un nouvel éclairage sur les voyages maritimes des religieuses et religieux au XVIIe siècle dans l’espace atlantique, et sur leur portée pédagogique.

    3Car cette traversée inaugure le voyage maritime religieux féminin, pour les ursulines et les hospitalières, en même temps qu’elle conforte la place des religieux, les jésuites, à bord des navires en direction de la Nouvelle-France. Quelles nouveautés ces expériences introduisent-elles dans le commandement maritime ? Dans quelle mesure donnent-elles à voir l’image d’une Contre-Réforme triomphante ?

    4Les difficultés se portent tout d’abord sur la quête ou la conquête d’un navire pour effectuer la traversée de l’Atlantique nord. À bord, il faut organiser la « vie commune » entre marins et religieuses, sachant que les jésuites embarquent depuis 1611 pour la Nouvelle-France, et surtout que la présence de femmes est perçue comme signe d’un malheur prochain par les matelots. L’espoir de tous se tourne vers une navigatio synonyme de peregrinatio vers une promissio.

    PARTIR AU-DELÀ DE L’ATLANTIQUE

    Pour un nouvel apostolat féminin

    5Le « fantasme du Canada2 » se nourrit des missions jésuites dont les religieuses ont connaissance sur le Vieux Continent. Pour autant, la religieuse se heurte à des soucis bien spécifiques : après avoir convaincu les supérieurs hiérarchiques du bien-fondé de cette navigation, il faut certes assurer le financement d’une traversée, mais il faut surtout trouver un capitaine de navire acceptant d’oublier les superstitions pour embarquer à bord des femmes, qui plus est religieuses.

    6Entreprendre une traversée de l’Atlantique, suppose l’approbation des supérieurs masculins, préalable à l’organisation matérielle du « passage en Canada3 ». Cette volonté, exprimée notamment par sœur Marie de l’Incarnation, ursuline du couvent de Tours, est déployée dans le contexte particulier : les Pères de Trente ont insisté sur la claustration des religieuses4. Seules quelques personnalités approuvent le développement d’un apostolat féminin inspiré de spiritualité ignatienne dans le Nouveau monde5, comme l’exprime le RP Jacques Dinet, jésuite (1584-1653), confesseur de sœur Marie de l’Incarnation :

    « Le Révérend Père Dinet, recteur de la Compagnie de Jésus, lequel […] mon supérieur m’avait donné pour directeur, me visitant, je lui rendais compte de ce qui se passait en moi. Il approuvait ma disposition et disait que ce qui m’avait été montré en ce pays pourrait être effectué en moi, au sujet de la Mission du Canada6. »

    7Aux yeux de ce jésuite, cette réforme, réalisable loin du Vieux-Continent, dans un premier temps, permettrait de revenir, plus largement, sur l’imposition de la clôture pour toutes les femmes en religion dans les couvents français.

    Au cœur d’un conflit d’obédience

    8En plus de pointer la question du genre, ces traversées féminines mettent l’accent sur les conflits d’obédience.

    9En 1639, lors des préparatifs administratifs de la première traversée féminine, le provincial des jésuites de Paris insiste auprès de Mme de La Peltrie sur la nécessité de recruter des religieuses parisiennes. Il l’invite à :

    « ne pas jeter la veuë si loin, luy representant qu’il etoit bien plus à propos de prendre des Religieuses de connoissance, & que l’on voyoit tous les jours, que de s’attacher à celles que l’on ne connoissoit que par des rapports qui pouvoient étre (sic) incertains : que celles de Paris seroient toûjours prestes, & qu’il seroit bien plus facile d’en disposer quand l’on en auroit besoin, que de celles des Provinces qui étoient éloignées de la communication du centre des affaires : Que les constitutions de celles de Paris étoient bien plus fortes7, & plus propres au dessein present que n’étoient celles de Tours, parce que les premieres faisoient un vœu particulier d’instruire les jeunes filles, ce que les autres ne faisoient pas : Qu’il y avoit méme (sic) quelques difference (sic) dans les habits, & qu’il étoit à craindre que cette bigarrure, jointe à la difference des Constitutions, ne causât de la division dans les esprits quand on viendroit à les méler8. »

    10Le cœur de l’affaire est ainsi dévoilé par le religieux : préférer un couvent qui a sollicité par supplique dès 1610 auprès du pape l’érection en monastère respectant la règle de saint Augustin et placé sous la juridiction de l’archevêque dès septembre 1612. En réalité, depuis 1612, les communautés « congrégées » reçoivent une approbation officielle du roi, leur donnant la possibilité d’obtenir des lettres patentes « pour vaquer à l’instruction des petites filles, à la piété, et aux bonnes mœurs9 ». Et la proposition d’établir un monastère d’ursulines à Tours est soumise aux maire et échevins de la ville par Mgr Bertrand d’Etchaux (archevêque de Tours entre 1617 et 1641) le 29 septembre 162010. Ce prélat est également à l’origine de la rédaction de la règle propre au monastère d’origine de sœur Marie de l’Incarnation : pour cela, il s’inspire des constitutions du monastère de Bordeaux, rédigées par Mgr François d’Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux (1599-1628)11.

    11Ne pouvant déconsidérer l’action du prélat de Tours en faveur des religieuses, les tenants de la solution parisienne ne retiennent que l’argument touchant à la personnalité de l’archevêque pour finir de convaincre la bienfaitrice laïque :

    « On lui representa de M. D’Eschaux, Archevêque de Tours, de l’humeur dont on le connoissoit, n’y consentiroit jamais, & qu’il valoit mieux prendre des Ursulines du Fauxbourg S. Jacques12. »

    12Malgré ces tentatives de dissuasion, sœur Marie de l’Incarnation, en accord avec Mme de La Peltrie, a requis, et obtenu, l’approbation de son supérieur, l’archevêque de Tours : finalement, deux religieuses provenant de ce couvent tourangeau participent à la traversée atlantique13. Au final, entre 1639 et 1671, 25 religieuses se rendent à Québec, au cours de 10 traversées, après avoir reçu l’accord de leur communauté et de leurs supérieurs ecclésiastiques (tableau 1)14.

    La quête ou la conquête d’un navire ?

    13Trouver un navire pour embarquer pose des problèmes matériels (contact avec un capitaine, voyage jusqu’au port de départ), et soulève de nouvelles questions religieuses : permettre la traversée à des religieuses – obtenir au préalable l’obédience de leurs supérieurs –, définir un espace privatif susceptible de reporter la clôture à bord du vaisseau.

    Année d’arrivée à Québec

    Lieu du couvent d’origine

    Nom des religieuses

    Ordre religieux

    Référence dans les Annales

    1639

    Tours
    Tours
    Dieppe
    Dieppe
    Dieppe
    Dieppe

    Sœur Marie de l’Incarnation15
    Marie de Savonnières de la Troche de Saint-Germain
    Cécile Richer de Ste-Croix
    Anne Lecointre de St-Bernard
    Marie Forestier de St-Bonaventure de Jésus
    Marie Guenet de St-Ignace16

    Ursulines
    Hospitalières

    p. 3

    1640

    Paris

    Anne le Bude de Ste Claire Marguerite de Flecelles de St Athanase

    Ursuline

    p. 5-6

    1642

    Dieppe

    Anne Bataille dite de St Laurent

    Ursuline

    p. 9

    1643

    Plœrmel

    Anne des Séraphins (elle reste dans la communauté 12 ou 13 ans, puis, infirme, retourne en France où elle meurt un an après)

    Ursuline

    p. 10

    1644

    Tours

    Anne Compin de Ste Cécile (repartie en France mais quand ?) Anne Le Boue de Notre-Dame

    Ursuline

    p. 10

    1653

    Dieppe

    Françoise Oüyn

    Ursuline

    p. 17

    1657

    Magny

    Marie de Villiers dite de St André Antoinette Mukinan (devenant religieuse de Québec en 1659 p. 21 : sœur de Ste Marthe) Marie Dodier (devenant religieuse de Québec sous le nom de sœur de La Passion en 1658 p. 21)

    Ursuline

    p. 18

    1659

    La Flèche

    3 religieuses non voilées avant la traversée : Bressole, Massé et Maillet

    Hospitalières

    p. 22

    1671

    Paris17 Paris Bourges18 Bourges

    Sœur Marie Le Maire dite des Anges Sœur de La Résurrection Sœur Marie Gibot de St Joseph Sœur Marie Droüel de Jésus

    Ursulines

    p. 29

    1694

    Paris

    Sœur de Ste Gertrude « La nièce du RP Magneray »

    Ursuline

    p. 8119

    Tableau 1 : Arrivées de religieuses à Québec entre 1639 et 1694, d’après les Annales des ursulines (1639-1694) et le registre de l’assemblée capitulaire (1686-1694).

    14Dès l’organisation de la première traversée jésuite, la recherche d’un navire en partance pour le Nouveau Monde est un problème dans lequel se lit la persistance des affrontements confessionnels durant la première moitié du XVIIe siècle. Arrivé en Nouvelle-France, le RP Pierre Biard, missionnaire, fait part, dans sa correspondance, des difficultés rencontrées avant son embarquement à Dieppe, foyer protestant, au Général de la Compagnie de Jésus, Claude Acquaviva :

    « Quand les marchands protestants hérétiques nous virent à Dieppe, au jour fixé pour le départ, le 27 octobre de l’année dernière, 1610 (nous étions en effet convenu qu’on partirait de Dieppe), ils imaginèrent un moyen qu’ils crurent favorable pour nous nuire. Deux d’entre eux avoient fait un contrat avec M. de Potrincourt [Poutrincourt]20 pour charger et équiper son navire, sur lequel nous devions voyager. Ils déclarèrent aussitôt qu’ils ne voulaient plus s’occuper du vaisseau, s’il devait porter des jésuites21. »

    15Quelques décennies plus tard, pour la première traversée féminine, le RP Lallemant, jésuite, connaisseur des mécanismes pour avoir déjà effectué des traversées, met en relation sœur Marie de l’Incarnation et Madeleine de Chauvigny de La Peltrie, le 22 janvier 163922. Dévote, elle aide à l’affrètement de quatre navires depuis Dieppe à bord desquels 5 laïques23, 6 religieuses et 6 religieux embarquent, sans aucune opposition24. Les religieuses incarnent le renouveau monastique du XVIe siècle et la réforme monastique d’inspiration tridentine25. Quant aux jésuites, ils ont comme but de développer les missions jésuites en Nouvelle-France débutées en 161126 : le RP Vimont27, le RP Poncet28, le RP Chaumonot29, le RP Bargon30, le RP Lallemant31 et le Frère Jager32.

    16La navigation reste en moyenne d’une durée de trois, quatre mois33, voire cinq mois34, selon la date de départ (au cours des mois d’hiver ou de printemps), selon les conditions de navigation ; les ports de départ sont soit Dieppe, soit La Rochelle. Ainsi les hospitalières, se rendent de Bayeux à La Rochelle en 1648 pour embarquer sur un bateau à La Rochelle35, qu’elles quittent le 27 mai 164836, pour toucher terre à Québec le 19 août 164837.

    17Durant les années 1640-1650, plusieurs religieuses françaises parviennent en Nouvelle-France pour aider au développement des fondations québécoises. À partir des années 1660, les traversées sont moins nombreuses, preuve d’une claustration des religieuses professes dans leur couvent d’origine, preuve aussi du développement de la fondation de Québec avec des prises de voile de jeunes filles de la colonie. La première religieuse professe de Québec est Charlotte Barré, embarquée en 1639, à l’âge de 19 ans, comme servante de Mme de La Peltrie.

    Image

    Figure 1. Le débarquement des ursulines à Québec le 1er août 1639, peinture à l’huile en couleur réalisée par une ursuline de Québec en 1928. Musée de la Civilisation de Québec. Cliché, en noir et blanc, conservé dans les Archives des ursulines de Québec, cote 1/P, 3, 19, 0038.

    Image

    Figure 2. Le débarquement des ursulines à Québec le 1er août 1639, peinture à l’huile en couleur réalisée par une ursuline de Québec en 1928. Musée de la Civilisation de Québec. Cliché, en noir et blanc, conservé dans les Archives des ursulines de Québec, cote 1/P, 3, 19, 0038.

    La peinture de 1928 servit de décor à la pièce de théâtre jouée par les élèves « L’arrivée de sœur Marie de l’Incarnation ».
    La première reproduction, en couleur, est largement diffusée mais le cadrage choisit occulte en réalité tout le décor fort intéressant de la scène. Seul un vaisseau est représenté, ancré dans une baie, un canot acheminant les passagers à terre. De plus, aucun élément architectural en référence à une ville n’est représenté. Or la rive du Saint-Laurent est bâtie depuis la fondation de Québec par Samuel Champlain le 3 juillet 1608. Enfin, les religieuses se dirigent vers un Indien, laissant le groupe des colons sur leur gauche. La scène pourrait se dérouler au fond de la baie de Tadoussac, où les religieuses ont fait escale avant de remonter le fleuve vers la colonie. Sœur Marie de l’Incarnation évoque cette halte dans sa Relation de 1654 :
    « Le 1er jour d’août 1639 nous arrivâmes à Québec. Le petit navire de Madame qui avait pris le devant, et aussi qui était léger, y étant arrivé le premier, avait apporté une joie de notre embarquement […] C’était le Révérend Père Vimont, qui venait prendre la charge de supérieur des Missions, qui conduisait tout, et, pour ce sujet, il s’était embarqué dans l’amiral. Les autres Pères étaient dans les autres vaisseaux pour aider spirituellement tous les passagers ; mais lorsque nous fûmes à Tadoussac, tous se mirent dans un même vaisseau avec nous, de sorte que nous avions cinq messes par jour, un autre Père s’étant joint aux autres. Ainsi nous arrivâmes en bonne compagnie38. »
    Le peintre représente tout de même plusieurs personnalités venues à la rencontre des religieuses39 : le gouverneur Monsieur de Charles Huault de Montmagny « chevalier de l’ordre de St Jean de Jérusalem lieutenant pour Sa Majesté en toute letenduë du fleuve St Laurent de la Nouvelle France accompagné des principaux du païs » à savoir, Achille de Lisle, lieutenant du gouverneur, François de Ré de Gand, le commis général des Cent-Associés, Jean Le Sueur de Saint-Sauveur, prêtre, Jean Bourdon, Noël Juchereau (futur successeur de François de Ré de Gand), et les jésuites de Notre-Dame de Recouvrance.

    UN CLOÎTRE DANS LA NEF

    Du monastère au château

    18Les premiers à entreprendre une traversée atlantique vers la Nouvelle-France, les jésuites, embarquent à bord des navires, et bénéficient de la bienveillance des capitaines dont ils font un portrait des plus favorables40. Charles de Biencourt, fils de Jean de Poutrincourt, capitaine de La grâce de Dieu, effectue le trajet entre Dieppe et Port-Royal dès janvier 1611, avec les RP Biard et RP Massé41. Le premier indique dans une lettre au provincial jésuite de Paris le 10 juin 1611 :

    « Monsieur de Biancourt [Biencourt] m’honoroit de tant, que je couchois dans sa chambre42. » Pourtant « [n] aviguer en ce traject de la Nouvelle-France, si dangereux et si aspre, principalement en petits vaisseaux et mal munitionnez, est un sommaire de toutes les misères de la vie. Nous n’avions repos ni jour ni nuict43. »

    19L’objectif de ces traversées atlantiques est de poursuivre ensuite par l’exploration des terres indiennes, dans le but d’évangéliser et convertir les populations. Ce même capitaine accepte, en 1611, que le RP Biard l’accompagne dans ses déplacements le long des rivières Saint-Jean et Sainte-Croix, lors de ses tractations commerciales ; il sert de traducteur au jésuite. En 1639, le RP Chaumonot décrit l’enchaînement des trajets maritimes et terrestres :

    « Le 10 de septembre 1639, j’arrivai dans le pays des Hurons en la Nouvelle-France, après une navigation de trois mois très-pénible et très-dangereuse, qui fut suivie d’un voyage d’un autre mois sur les rivieres, les lacs et à travers les forêts44. »

    20Rien ne dit que les hommes restent à bord du 60 tonneaux, rien ne dit qu’ils circulent en canot : plus sûrement les hommes montent à bord des seconds pour quitter les premiers et toucher terre. Le canot reste en effet l’embarcation la plus souvent utilisée par les missionnaires, circulant seul ou en groupe. Pour des raisons pratiques, liées à la navigabilité des rivières, mais aussi financières, ils empruntent les mêmes moyens que les peuples iroquois, risquant comme eux la captivité par leurs adversaires. Dans une lettre adressée le 1er août 1626 au Général de la Compagnie à Rome, Mutio Vitelleschi, le RP Charles Lallemant, supérieur de la mission de Canada, évoque la préparation d’une mission par les RP Jean de Brebeuf et Anne de Noue disant : « Ils voyageront dans les canots des Sauvages, car on ne peut employer d’autres marins45. »

    21En réalité les religieux s’appuient sur les compétences des Indiens reconnaissant que « d’autres que des sauvages ne sçauroient entreprendre le voyage46 ». Voyager ainsi expose tout de même les religieux à être pris dans les conflits entre Indiens, et à voir leur correspondance dérobée et détériorée par ces derniers : caché à fond de cale (si l’on peut dire pour un canot.), le RP Jacques Buteux a de la chance en mai 164247, mais celui portant les Relations de l’année suivante est pillé par les adversaires des Hurons, devenus agents des jésuites48 !

    Image

    Figure 3. Reproduction du sceau de la communauté des ursulines de Québec, du temps de sœur Marie de l’Incarnation. Plaque posée sur le mur latéral extérieur de la chapelle des ursulines de Québec construite à la fin du XVIIe siècle (cliché Rémy Lars).

    22Accompagnant les religieuses, les jésuites cèdent volontiers aux ursulines et hospitalières, leur place acquise dans le château, depuis une vingtaine d’année, à l’image de la répartition des passagers dans les trois navires en 163949 :

    « Nous avions une belle chambre, car encore que Madame eût frété un navire, pour plus grande sûreté, Messieurs de la Compagnie nous mirent dans l’amiral. Cette chambre était si grande que nous y faisions l’Office en chœurs, les Hospitalières d’un côté et nous de l’autre. Nous y couchions et prenions nos repas. Elle fermait comme une salle ; il y avait de belles fenêtres qui nous donnaient de l’air. Nous étions onze personnes logées à l’aise50. »

    23Toutes les passagères, religieuses ou laïques, de la première traversée, partagent donc un même espace ; quelques jésuites restent dans une autre partie du navire alors que le reste du groupe prend place à bord des deux autres navires. Tous les récits mentionnent les difficiles conditions de vie (restrictions liées au confort et à la nourriture) mais restent muets sur les relations entre les religieuses et les membres d’équipage51. Rarement, ils dévoilent des tensions entre religieuses : sœur Marie de l’Incarnation confie pourtant quelques soucis avec sœur Marie de Saint-Joseph, plus jeune qu’elle de dix-ans et originaire comme elle du couvent des ursulines de Tours :

    « Je perdais la confiance en qui que ce fût, et les personnes les plus saintes et celles avec lesquelles j’avais le plus d’entretiens étaient celles d’où je tirais les plus grands sujets de croix, Dieu permettant qu’elles eussent des tentations d’aversion continuelles contre moi, comme depuis elles me l’ont déclaré52. »

    24Le trajet le plus délicat pour les religieuses et les laïques reste la remontée du Saint-Laurent jusqu’à Québec, quand la plupart des navires sur lesquelles elles ont pris place s’arrêtent aux comptoirs de traite de l’aval du fleuve. Elles se voient donc contraintes de changer d’embarcation pour hâter leur arrivée dans la colonie53. Les événements survenus fin juillet 1639 sont les plus documentés :

    « Les Reverends Peres Jesuites, qui s’estoient dispersez sur tous ces navires, pour assister les passagers, se réünirent et s’embarquerent avec nous dans celuy cy. Nous restâmes douze jours sans lever l’anchre, parce que le capitaine faisoit faire une chaloupe dans le bois et qu’il ne vouloit point partir de la qu’elle ne fût en état de le suivre. Cela nous ennuyoit beaucoup, car nous souhaitions ardemment d’aller voir nôtre terre de promission. C’est pourquoy, ayant heureusement rencontré une barque qui montoit a Quebec, nous fîmes prier celuy qui la commandoit54 de vouloir bien nous prendre, pour nous y mener, ce qu’il nous accorda de fort bonne grace, apres nous avoir représenté l’incommodité que nous recevrions dans un si petit bâtiment, mais rien ne nous paraissoit dificile pourvû qu’il nous procurât l’entrée de cet aimable jour. Nous passâmes donc dans la barque, ou il n’avoit que le tillac55 pour nous loger, tout étant plein de moruë, qui rendoit une assez mauvaise odeur [liée à la fermentation du poisson]. Pendant quelques jours et quelques nuits que nous y restâmes, nous souffrîmes beaucoup de necessité. Le pain nous ayant manqué, on fût obligé de ramasser les miettes de la soûtte, ou il y avoit plus de crotes de rats que de biscuit ; nous primes la peine de les éplucher pour en avoir un peu, que nous mangions avec de la moruë seche toute cruë, n’ayant pas dequoy la faire cuire. On nous donna aussy d’une sorte de passe pierre56 fort dure, que lon trouvoit sur le bord du fleuve. Tout cela étoit bon pour des personnes de grand apétit57. »

    25Toutefois, l’un des biographes de sœur Marie de l’Incarnation propose un autre scénario, sans citer ses sources, pour décrire les trois jours de trajet entre l’embouchure du Saguenay et Québec. Les religieuses seraient descendues à terre d’abord pour s’acquitter de leur vœu d’instruction des jeunes filles indiennes et ensuite en raison de l’échouage du navire sur des rochers peu apparents, dans l’entrée du golfe du Saint-Laurent58. Le RP Vimont aurait alors décidé de les travestir pour les faire passer pour des filles de capitaines afin de les amener par la terre à Québec ; le gouverneur « eut la bonté d’envoyer au-devant de nous un canot chargé de rafraichissemens59 ».

    De la grille à la peau

    26La question de la clôture est primordiale non seulement aux yeux des autorités ecclésiastiques60, mais également pour les religieuses susceptibles de s’embarquer à bord de navires, partageant un espace réduit avec un équipage masculin durant trois à quatre mois. Sœur Marie de l’Incarnation souligne « c’est une chose pénible à des religieuses d’être hors de leur clôture61 ».

    27Le premier élément de réponse apporté aux religieuses des premières traversées réside dans le lieu qui leur est réservé dans le navire : elles sont déjà professes et respectent les obligations de la règle en accomplissant les exercices et les médiations quotidiens, dans la chambre du capitaine, transformée en cloître.

    28Mais la question se pose différemment en 1648 pour les hospitalières et en 1653 pour les ursulines. Car souhaitent s’embarquer des jeunes femmes qui n’ont pas prononcé leurs vœux. Il est alors décidé d’instaurer au plus tôt la clôture autour de la jeune femme : le temps du noviciat commence en même temps que la traversée maritime. Durant les trois mois de mer s’effectue alors en chacune la conversion intérieure de la vie laïque à la vie religieuse. L’annaliste des hospitalières de Québec revient sur la vive opposition apparue au sein de la communauté de Bayeux en 1648 :

    « On trouva de nouvelles oppositions de la part de sa communauté, ou on desiroit fort de la retenir : les Religieuses objectoient que, n’êtant pas encore professe62, elle pourroit se degoûter de sa vocation et qu’il n’êtoit pas a propos de l’exposer dans cette conjoncture au danger d’un si grand voyage63. »

    29Finalement, l’assemblée capitulaire vote le départ de la religieuse, à condition qu’elle prononce des vœux simples et à condition qu’elle soit toujours considérée comme professe de Bayeux se gardant ainsi la possibilité de la rappeler sur le Vieux-Continent64 : elle accomplit ses vœux simples à Bayeux le 25 avril 164865, et fait sa profession le 16 mai à Nantes sur le chemin la menant vers la Nouvelle-France66. En 1653, les ursulines demandent à Françoise Oüyn la même démarche, avant son départ de Dieppe :

    « arriua en ce pays et fut receüe en cette maison [de Québec] en qualité de sr converse une fille nomée Françoise Oüyn natiue de Dieppe donneste parens elle estoit aagée denuiron trente trois ans et auoit mené la vie deuote elle fust revestüe de lhabit de lordre le 21 octobre de la mesme année de son noviciat ayant commencé du iour de son embarquement selon qui lestoit en usage pour les filles qui venoient de France pour estre Rse67 ».

    30De même, en 1657, Antoinette Mukinan et Marie Dodier, postulantes du couvent de Magny, embarquent à destination de la Nouvelle-France. Antoinette Mukinan prend l’habit de novice le 11 novembre 1658 avant de prononcer ses vœux le 4 mars 1660 et de prendre comme nom de vêture sœur de La Passion. Quant à Marie Dodier, elle devient sœur de Sainte Marthe en 1659.

    31Les religieuses semblent admettre, au final, que durant la traversée, elles puissent renoncer aux attributs de leur état. Ainsi l’annaliste des ursulines ne voit rien à dire (mais elle reprend en 1686 l’histoire de la fondation, après l’incendie général du monastère et de ses archives) au fait que « les Meres de Bresole, Massé et Maillet [hospitalières] nestoient pas encore voilée [en 1659] et nauoient rien dans leurs habits et coifures qui les distinguast des seculieres, sinon une petite guimpe carée68 ».

    Les exercices religieux, contre vents et marées

    32Entourées de jésuites lors de toutes leurs traversées69, les ursulines et les hospitalières bénéficient d’un secours spirituel dans l’accomplissement des exercices religieux.

    33Sœur Marie de l’Incarnation insiste sur la volonté de respecter les obligations de la règle en toutes circonstances. Dès les préparatifs, elle évoque « occupations & des exercices de pieté, où elles s’appliqueront pendant la navigation70 ». Lors de la traversée, le 19 juin 1639, au moment de l’incident de l’iceberg lui faisant craindre le plus grand des périls, elle précise que : « Lorsque cela arriva, nous nous étions confessées et communiées et venions de chanter les Heures de l’Office canonial. C’était le Dimanche de la très sainte Trinité71. » Au final, « [d] ans toute la traversée, nous gardâmes exactement nos règles72 ».

    34Toutefois, son biographe, s’appuyant sans doute sur la correspondance des jésuites, affirme que les offices ont été respectés tous les jours de la traversée en 1639, sauf en cas d’impossibilité (comme l’« agitation du navire »), c’est-à-dire durant treize jours73. Précédemment, Pierre Biard avouait ne pas avoir pu faire les offices à bord :

    « le 5 de may [1611, ils sont partis le 26 janvier de Dieppe], nous descendîmes à Campceau, et eusmes le moyen d’y celebrer la Sainte Messe après tant de temps, et nous sustenter de ce pain qui nourrit sans deffaut, et console sans fin74. »

    35Son rôle d’aumônier à bord n’est que très peu évoqué, et pourtant réel :

    « Moy, j’avois deux autres causes qui me poussoyent au mesme voyage : l’une pour accompagner d’ayde spirituel ledict Sieur de Biancourt [Biencourt] et ses gens ; l’autre, pour cognoistre et voir la disposition de ces nations à recevoir le saint Evangile75. »

    36Grandes sont donc les épreuves de la traversée, à commencer par celle de la durée et celle de la promiscuité, propices à l’introspection de chaque passager, religieux ou laïque.

    VERS LE PORT DE SALUT

    Une vocation éprouvée

    37La pérégrination maritime de religieux et de religieuse est, par excellence, l’épreuve de la probation : les périls de mer, dont les voyageurs ont connaissance avant l’embarquement, sont perçus comme la manifestation de la mise à l’épreuve par Dieu en vue de conforter la foi et le choix de la claustration. Sœur Marie de l’Incarnation demeure quelques jours dans le couvent de Dieppe avant la traversée pour « se préparer aux périls de la mer76 ». Certaines religieuses – les sources ne font état que de très rares cas – renoncent à ce voyage maritime en raison des risques majeurs encourus. C’est en particulier le cas, en 1639, d’une demoiselle dans l’entourage de Mme de La Peltrie :

    « sa confidante (sic), & sa compagne tres-fidele, & l’on ne croyoit pas qu’elle se deût jamais separer d’elle qu’à la mort : Mais quand il falut partir, elle declara qu’elle ne vouloit point aller en Canada, que la seule pensée des dangers de la mer lui causoient de la frayeur, & qu’elle étoit d’une constitution trop delicate pour s’exposer à un voyage aussi long, & aussi penible que celuy-là77. »

    38Comme les marins, les religieuses et les religieux connaissent les difficultés d’un long voyage maritime : ils gardent le souvenir de l’absence d’eau douce à bord des navires et le recours aux boissons alcoolisées78, ainsi que le mal de mer et la nécessité de rester alités. Plusieurs religieuses sont malades durant la traversée ; les deux plus jeunes religieuses sont plus résistantes et sont en mesure de s’occuper des malades à savoir sœur Marie de Saint-Bonaventure, hospitalière, et sœur Marie de Saint-Joseph, ursulines, âgées toutes deux d’environ 22 ans79.

    Une conversion achevée

    39Toutes les épreuves endurées parachèvent leur conversion de l’état laïque à l’état religieux, surtout lorsque le danger de mort est présent en raison de la maladie. Lors de la traversée de trois hospitalières en 1648, Mère Catherine Simon du Longpré de Saint Augustin de Bayeux, Mère Anne Leriche de l’Assomption de Dieppe, Mère Jeanne Thomas de Sainte Agnès de Vannes80, une épidémie de peste surgit à bord du navire81. Les religieuses soignent les malades avec de faibles moyens et la Mère Catherine de Saint Augustin en réchappe82 :

    « C’est chose rare que les maladies se iettent dans les vaisseaux qui viennent en ce pays, si la trauersée est vn peu rude pour les mers, elle n’a pas coutume d’alterer la santé des corps. Quelques mauuais air pris en France, ou les grandes chaleurs qu’ils ressentirent approchans des Assores, ou la corruption des viures mal choisis, ou tout cela ensemble leur a causé ie ne sçay quelle epidemie, qui en a fait mourir quelques-vns, & en a tourmenté vu assez bon nombre. Monsieur de Repentigny fut enleué en moins de douze iours, mais auec une benediction toute particuliere, sa mort, dit le Père [Vimont] qui l’a assisté iusques au dernier souspir, a esté pretieuse deuant Dieu, tant il estoit solidement resigné à ses volontez. La plus ieune des trois Religieuses, nommée la Mere Catherine de S. Augustin, fut iusques aux portes de la mort, ou plustost iusques aux portes du Paradis ; mais son Epoux la voulant éprouuer plus longtemps dans les souffrances lui rendit sa santé, sa vocation en ce nouueau monde est assez remarquable, son ardeur luy faisoit souhaitter les Croix auec amour, & son père83 craignant les hazards s’opposa si fortement à son départ qu’il presenta requeste au parlement de Roüen, pour l’empescher de sortir du Convent de la Misericorde de Bayeux, où elle estoit Religieuse ; cette pauure petite Colombe estant dans les gemissemens, & ses parens dans la résistance, il arriua que son père iettant les yeux sur la Relation de l’an passé84, fut si fortement touché en lisant85 les horribles tourmens que le bon Père Isaac Iogues a souffert, que cela mesme qui sembloit le deuoir plus opiniatrement confirmer dans ses oppositions, luy fit lascher prise : Est-il vray, dit-il, qu’on souffre si genereusement pour Dieu en ces contrées ? Ie desire que mes deux filles y aillent, i’en refusois vne, & ie les donne toutes deux, c’est icy où il y eut du combat. Ces deux sœurs Religieuses en mesme maison, se vouloient toutes deux sacrifier, & il n’en falloit qu’vne, le S. Esprit fit tomber le sort, & la Croix sur la plus ieune, & les larmes, & les regrets sur l’aisnée86. »

    40Mère Catherine de Saint Augustin semble délirer sous l’effet de fièvres, et reçoit la vision d’un dragon alors qu’elle pense être aux portes de la mort : après ses prières, la Vierge lui apparaît en vision et chasse le dragon, lui apportant aussi la guérison87.

    41En réalité, le thème du miracle apparaît avec force dans les récits des traversées effectuées par les religieuses, dès la première navigation. En 1639, « une glace d’une grosseur monstrueuse et d’une prodigieuse hauteur88 », un iceberg, dérive de l’Atlantique nord, alors que la navigation se fait vent arrière, à grande vitesse. La volonté divine est donc de faire affronter ce danger pour éprouver la vocation des religieux et religieuses embarqués, comme le désert est une épreuve du voyage terrestre :

    « tout d’un coup apres le message il s’eleva un grand bruit et lon cria que l’on êtoit perdu. L’effroy avoit déjà saisi tous les passagers : les uns crioient : Misericorde ! Les autres couroient chercher l’absolution, et le Reverend Père Vimont êtoit assez occupé a exhorter tout le monde a la confiance en Dieu […] Chacun se portoit a prier selon sa dévotion. La nôtre [celle des hospitalières donc] nous fit avoir recours au grand saint Joseph a qui nous fîmes un vœu, et aussy tôt, quoique les voiles fussent toutes tendües et enflées par le vent et que le pilote commandât une manœuvre contraire a celle qu’il falloit faire, le vaisseau fit un demy tour si subit, que la glace qui êtoit devant nous fort proche se trouva derriere, ce qui changea la crainte en actions de graces. Nous échapâmes ainsy ce péril et plusieurs autres que je passe soûs silence pour venir à nôtre arrivée89. »

    42Ce danger est décrit dans des termes équivalents par le jésuite Charlevoix au XVIIIe siècle, qui souligne en plus l’accomplissement du vœu fait par les religieuses90. Il signale deux autres périls sans les décrire pour autant, cela montant le nombre de dangers survenus au chiffre symbolique de trois.

    43Épreuve, guérison ou sauvetage, miracle, couronnent la conversion de l’état laïque à l’état religieux, et donnent un nouveau visage au martyr en mer.

    Un second baptême glorifié

    44Dans les Relations jésuites, en particulier celles de 1651 et 1652 se lit une définition du martyr féminin vivant – et maritime – à partir de l’action héroïque de sœur Marie de l’Incarnation à bord du Saint-Joseph, l’heure où les théologiens s’attachent davantage à la figure des mystiques :

    « Enfin apres auoir essuyé les tempestes de l’Ocean ; apres auoir soustenu le poids des vents et des flots ; apres auoir franchy mille dangers et enduré constamment les fatigues de la mer, Dieu la fit entrer la mesme année de son départ au pays tant desiré, au pays de souffrance et de ioye, au pays des combats et des victoires, pour passer de là au séjour de la gloire d’vn triomphe éternel91. »

    45Quant à la définition du martyr masculin, elle se déduit du récit du martyr du RP Jésuite, Jogues, en mission chez les Hurons92. Captif chez les Iroquois, adversaires des Hurons, depuis le 2 août 164293, il connaît des conditions de vie particulièrement dures (pour ce qui est de la maison, du couchage et de la nourriture), subit de nombreux coups avec des cordes ou des bâtons, avant d’avoir les cheveux coupés, la tête rasée, le pouce coupé, l’index écrasé, et soutane arrachée94. Il décrit son action courageuse dans sa correspondance publiée :

    « Le Capitaine de l’habitation des Hollandais où nous estions : n’ignorant pas les mauuais dessein de ces Barbares, & sçachant d’ailleurs que Monsieur le Chevalier de Montmagny auroit empesché les Sauuages de la Nouuelle France, de venir tuër des Hollandois, m’ouurit les moyens de me sauuer, voilà me dit-il, vn caisseau à l’ancre, qui partira dans peu de iours, iettez vous dedans secretement, il s’en va premierement à la Virginie, & delà il vous portera à Bordeaux, ou à La Rochelle, où il doit aborder95. »

    46Mais le jésuite hésite, pensant aux éventuelles représailles des Iroquois sur les autres captifs dont un Français ; le capitaine continue de l’encourager ; finalement la réponse est positive et le capitaine en avertit « les principaux du navire96 ». Son parcours jusqu’au navire poursuit son calvaire : un chien lui inflige une importante morsure à la jambe, il doit franchir avec peine une clôture, courir jusqu’à la rivière sur « un bon quart de lieuës97 »… La marée basse l’oblige de hâler une barque pour monter à son bord et regagner le vaisseau. Pour dissuader le jésuite de se livrer aux Iroquois, le capitaine invoque les besoins spirituels de son équipage98.

    47Dans ces deux exemples, le bateau est plus qu’un signe de la Providence : il en est un agent très actif. Lors de 14 traversées entre 1662 et 1688, ces navires se transforment, dans le sens le plus fort du terme, non seulement en raison de la présence de religieux ou religieuses à bord des navires, mais aussi parce que les bagages de ces derniers renferment des reliques destinées en l’occurrence à l’église du monastère des ursulines de Québec. La nef tridentine acquiert le statut d’une nef-reliquaire.

    48L’évocation des premières traversées atlantiques place au cœur de l’analyse historienne l’importance des questionnements autour des modalités de l’apostolat dans le contexte post-tridentin. Le rôle d’aumônier à bord des navires et de missionnaires dans le Nouveau-Monde est confirmé pour les jésuites. Pour les ursulines, en revanche, le franchissement de l’Océan reste synonyme d’émotions au cours des années 1639-1660 : émotion car le mouvement induit un déplacement géographique de l’Europe vers l’Amérique du Nord ; émotion dans le cas du noviciat vécu en mer, puisque la jeune femme connaît un changement d’état ; émotion enfin pour toutes, car l’expérience invite le dépassement de soi pour faire face aux épreuves de la navigation.

    49Au-delà de ces différences, liées à la considération différente de l’Église catholique pour l’engagement en religion des femmes et des hommes, religieuses et religieux incarnent la Contre-Réforme triomphante à la conquête du Nouveau Continent dès le XVIIe siècle.

    Tableau 2 : Des nefs-reliquaires

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    Notes de bas de page

    1 Le bateau Le Saint Joseph a levé l’ancre à Dieppe le 4 mai 1639. Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 11 [imprimé].

    2 Cette expression est employée par sœur Marie de l’Incarnation, ursuline, fondatrice du couvent de Québec, pour désigner la représentation qu’elle se fait des terres iroquoises, depuis son couvent de Tours.

    3 Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XIV, p. 344, expression employée vers 1635.

    4 Nicole Pellegrin présente les enjeux de cette claustration, surtout dans le cas de voyages terrestres : « La clôture en voyage (fin XVIe-début XVIIIe siècle) », Clio. Histoire, femmes et sociétés, no 28 intitulé « Voyageuses », 2008, p. 77-98.

    5 Marco Baldino la définit comme « se caractérisant particulièrement par la lutte, le combat et l’action » : « Literatura religiosa en el Siglo De oro español », Ricardo Garia-Villoslada (dir.), Historia de la iglesia En España, Madrid, 1980, tome III-2, p. 517. Voir aussi: Heidi Keller-Lapp, Floating cloisters and femmes fortes: Ursuline missionaries in Ancien Regime France and its colonies (Quebec, Martinique, Louisiana, India), thèse de doctorat, University of California, San Diego, 2005; Laurence Lux-Sterritt, Redefying Female Religious Life: French Ursulines and English Ladies in Seventeenth-Century Catholicism, Aldershot, Ashgate Publishing, 2005.

    6 Ces actions peuvent être datées de 1635 (en septembre, RP Dinet quitte Tours). La Relation de 1654 de sœur Marie de l’Incarnation, retranscrite dans : Dom Claude Martin, Dom Albert Jamet, (éd.), Marie de l’Incarnation Ursuline de Tours : fondatrice des ursulines de la Nouvelle-France. Écrits spirituels et historiques, Québec, Desclée de Brouwer, 1930, tome II, p. 313-314.

    7 Il s’agit de la référence à la publication suivante : Règle de nostre père S. Augustin. Les Constitutions du monastère de Sainte-Ursule de Paris, Paris, F. Jacquin, 1623.

    8 Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XV, p. 362.

    9 Le roi publie des lettres patentes en février 1611. Elles seront progressivement enregistrées dans les différents parlements : le 15 septembre 1612 par le parlement de Paris, et le 29 novembre suivant pour le parlement de Bordeaux.

    10 Sœur Marie-Chantal de Gueudre, De l’« Institut séculier » d’Angèle de Mérici à l’Ordre Monastique 1572-1650, Paris, 1957, Tome 1, p. 133.

    11 Les Constitutions de l’institut & Compagnie des Religieuses de sainte Ursule, qui doivent estre observées de toutes celles qui y sont et y entreront, Paris, G. Josse, 1635. L’exemplaire conservé par la Bibliothèque municipale de Tours est relié avec la Regle de sainct Augustin pour ses religieuses et le Statut des religieuses ursulines de la ville et du diocèse de Tours (Rés 3498).

    12 Pierre-François-Xavier Charlevoix [jésuite], La vie de la mere Marie de l’Incarnation, Institutrice & premiere Superieure des Ursulines de la Nouvelle France, Paris, Le Mercier, 1724, p. 224-225.

    13 Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XVII, p. 377.

    14 Par exemple, l’assemblée capitulaire des hospitalières de Dieppe du 2 février 1639 autorise le déplacement en Nouvelle-France de trois d’entre elles, les trois pionnières de la fondation de Québec, avec l’approbation de l’archevêque de Rouen. La perte des registres de la communauté des ursulines de Tours empêche l’historien de retrouver le document dans son intégralité.

    15 Future première supérieure du couvent des ursulines de Québec.

    16 Première supérieure des hospitalières de Québec.

    17 La précision porte sur son appartenance à la congrégation de Paris.

    18 Le couvent est affilié à la congrégation de Paris.

    19 L’assemblée capitulaire du 12 septembre 1694 souligne que cette religieuse demande l’entrée dans la communauté de Québec depuis plusieurs années, sans avoir reçu de réponse positive avant ce jour : elle est admise ce jour à plus de la moitié des voix.

    20 Jean de Poutrincourt (1557-1615), ancien ligueur au sein des troupes du duc d’Aumale, a joui de la concession de Port-Royal entre 1604 et 1607, date de la révocation du monopole des fourrures par Henri IV. Il prépare son retour en Nouvelle-France en 1610, et pour cela doit contracter des emprunts. La manne financière de la marquise l’intéresse donc, même si la contrepartie est de favoriser l’installation des jésuites dans la colonie. Le capitaine du vaisseau La Grâce de Dieu en partance de Dieppe pour la Nouvelle-France est son fils Charles de Biencourt, écuyer de Saint-Just (36 personnes à bord, environ 60 tonneaux).

    21 Auguste Carayon, Première mission des jésuites au Canada, Paris, L’écureux, 1864, p. 4-5. Lettre du 21 janvier 1611.

    22 Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XV, p. 359.

    23 Mme de La Peltrie est accompagnée de sa servante Charlotte Barré (future ursuline de Québec quelques années plus tard), Catherine Chevalier (servante des hospitalières) et deux autres émigrantes dont les noms sont inconnus.

    24 En réalité, un navire est réservé pour le transport des affaires de Mme de La Peltrie. Pour des compléments sur sa biographie voir : Françoise Deroy-Pineau, Madeleine de La Peltrie, amazone du nouveau monde : Alençon 1603-Québec 1671, Bellarmin, Montréal, 1992 ; Scarlette Beauvalet-Boutouyrie, Les femmes à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles), Belin, France 2003, p. 173 ; Marie-Emmanuel Chabot, « Chauvigny Marie-Madeleine de », dans George Brown (éd.), Marcel Trudel, Dictionnaire biographique du Canada, t. 1, Les Presses de l’université Laval/University of Toronto, Canada, 1966.

    25 En effet, les hospitalières de Dieppe, fondatrices de l’Hôtel-Dieu de Québec, « étoient nouvellement reformées, c’est-à-dire qu’elles avoient pris depuis peu un habit uniforme et une maniere de vie reguliere », soit la clôture et les vœux solennels. Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 8.

    26 Ces jésuites sont cités dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 15.

    27 Né en 1594, Barthélémy Vimont entre au noviciat des jésuites en 1613. Il effectue plusieurs séjours en Nouvelle-France avant de devenir en 1639 supérieur de la résidence de Dieppe et d’être ensuite envoyé à Québec pour remplacer le supérieur des missions de la Nouvelle-France jusqu’en 1659.

    28 Antoine Poncet, fils d’un conseiller de la Cour des Aides, membre de la Compagnie des Cent Associés devenant entre dans la Compagnie de Jésus à l’âge de 19 ans en 1629. Ce jésuite a aidé à l’organisation de la première traversée féminine en 1639. Il rentre en France en 1657, avant de partir en mission à la Martinique où il meurt.

    29 Pierre-Joseph Marie Chaumonot, né en 1611 à Châtillon-sur-Seine, entre en 1632 chez les jésuites de Rome. Il meurt en 1693 à Québec.

    30 Jacques Bargon ou Burgum est de retour en France au plus tard en 1641.

    31 Charles Lalemant, frère de Jérôme Lallemant, né en 1587 entre dans la Compagnie de Jésus en 1607. Il réside en 1625-1627 puis 1634-1637 en Nouvelle France. Il devient au final procureur des missions du Canada.

    32 Claude Jager ou Jayer (frère), de retour en France en 1650.

    33 Dans une lettre écrite de Port-Royal le 11 juin 1611, le RP Biard évoque, à l’attention du Général de la Compagnie, « quatre mois d’une navigation vraiment très-penible et trés-perilleuse » à bord de La Grâce de Dieu. Auguste Carayon, op. cit., p. 10.

    34 Il s’agit de la durée de la première traversée du RP Biard, entre le 26 janvier 1611 et le 22 mai de la même année, entre Dieppe et Port-Royal. Auguste Carayon, op. cit., p. 13 et p. 17.

    35 Date identique dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 47, et dans Paul Ragueneau [jésuite], La vie de la Mere Catherine de saint Avgvstin, religievse hospitaliere de la Misericorde de Quebec en la Novvelle-France, Paris, Florentin Lambert, 1671, p. 67.

    36 Date identique dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 42, et dans Paul Ragueneau, op. cit., p. 68.

    37 Date identique dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 45, et dans Paul Ragueneau, op. cit., p. 69.

    38 La Relation de 1654, op. cit., p. 367.

    39 La liste est détaillée dans les archives des hospitalières : Acte de réception des hospitalières et des ursulines par Monsieur Montmagny, le 14 septembre 1639 (archives de l’Hôtel-Dieu de Québec) ; Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 18-19.

    40 Lettre du RP Biard au provincial de Paris le 10 juin 1611 : « M. de Potrincourt [Poutrincourt], Seigneur doux et équitable, vaillant, amé et experimenté en ces quartiers, et M. de Biancourt [Biencourt] son fils, imitateur des vertus et belles qualitez de son père, qui nous honorent et cherissent plus que nous ne meritons, nous donnent aussi grand courage de nous employer en ceste ouvrage de tout nostre pouvoir. » Auguste Carayon, op. cit., p. 36-37.

    41 Énnemond Massé (1575-1646) tombe malade durant la traversée et doit rester alité durant quarante jours.

    42 Auguste Carayon, op. cit., p. 16.

    43 Ibidem, p. 16-17.

    44 Ibid., op. cit., p. 195.

    45 Auguste Carayon, op. cit., p. 120.

    46 Il s’agit en ce cas d’une mission en pays hurons depuis Trois-Rivières par le RP François Du Peron en 1639. Lettre du 27 avril 1639 adressée à son frère également jésuite. Auguste Carayon, op. cit., p. 168.

    47 Ainsi lors d’un conflit entre Algonquins et Iroquois, « le père Buteux auoit passé par là, il n’y auoit que deux iours dans un canot, accompagné de trois Hurons. C’est miracle comme il ne fut apperceu, & pris auec ses compagnons » Relation de ce qui s’est passé en la Novvelle France en l’annee 1642 & 1643 Enouyée au R. P. Iean Fileav Prouincial de la Compagnie de Iesvs en la Prouince de France par le R. P. Barthelemy Vimont, de la mesme Compagnie, Superieur de toute la mißion, Sébastien et Gabriel Cramoisy, 1644, p. 237.

    48 Lettre de Jean de Brebeuf adressée au Général de la Compagnie, Mutio Vitelleschi, depuis Trois-Rivières, le 23 septembre 1643. Auguste Carayon, op. cit., p. 222-223.

    49 Le quatrième navire transporte les membres d’équipage et les biens de Mme de La Peltrie.

    50 La Relation de 1654, op. cit., p. 357.

    51 « Quoique que nous fussions traitées & logées aussi-bien qu’on le peut être sur mer, & dans un très-beau Nauire, accomodé de tout ; il y a neanmoins tant à souffrir pour les personnes de nôtre sexe et de nôtre condition, qu’il faut l’auoir eprouvé pour le croire. » Pierre-François-Xavier Charlevoix, op. cit., p. 262-263, prêtant ces propos à sœur Marie de l’Incarnation. Cet extrait est repris mot pour mot par un autre biographe de Marie de l’Incarnation en 1864 : Casgrain.

    52 La Relation de 1654, op. cit., p. 376.

    53 « On jugea a propos de nous faire sortir du vaisseau amiral, commandé par le capitaine Bontems […] pour nous mettre dans un plus petit batiment, qui devoit nous amener dans ce port [de Québec]. » Jacob Bontemps, sieur de Veaux et du Parc. Devenu plus tard capitaine de navire par lettres accordées en septembre 1647 enregistrées au parlement en 1651. Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 16-17.

    54 Il s’agit de Jacques Vatel, contre-maître du Saint Joseph, d’après l’acte de réception des hospitalières du 15 septembre 1639, Archives de l’Hôtel-Dieu de Québec.

    55 Ce mot de vieux français désigne le pont supérieur d’un navire, entre les gaillards.

    56 Il s’agit de la salicorne.

    57 Annales des hospitalières de Québec, p. 17.

    58 Pierre-François-Xavier Charlevoix, op. cit., p. 261.

    59 Idem, p. 264.

    60 Jean-Baptiste Thiers réaffirme cette priorité après l’expérience québécoise, dans son traité devenu une référence en la matière : la clôture est définie comme « le fondement de la vie religieuse pour les Filles », s’appuyant sur les différentes décisions prises par l’Église et les hauts prélats depuis la Décrétale Periculoso de Boniface VIII en 1298.

    61 La Relation de 1654, op. cit., p. 351.

    62 Elle est en effet postulante depuis le 24 octobre 1646. Paul Ragueneau, op. cit., p. 35-39.

    63 Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 65-66. Le biographe reprend, en 1671, en des termes relativement proches, la situation interne au couvent de Bayeux : « Le chapitre étant assemblé pour ce sujet, il s’y rencontra tant de nouvelles difficultez, que l’affaire pensa étre (sic) rompuë […] Les difficultez qu’on y trouvoit, etoient, que la fille n’ayant pas encore fait ses Vœux, si elle venoit à se dégoûter sur les chemins, on risquoit sa vocation ; qu’ayant de si beaux talens comme elle avoit, elle rendroit un jour de grands services au Monastere de Bayeux, si elle y demeuroit, & que c’étoit elle entre les autres qui se presentoient, qu’on y devoit le moins envoyer. » Paul Ragueneau, op. cit., p. 42.

    64 Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 65-66.

    65 Date identique dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 67, et dans Paul Ragueneau, op. cit., p. 42.

    66 Date identique dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 67, et dans Paul Ragueneau [jésuite], op. cit., p. 45.

    67 Annales des ursulines de Québec, p. 17. Sa notice nécrologique, portée dans le registre des assemblées capitulaires de la communauté, souligne un fait important : « elle fut la 1re professe de ce monastere elle fit ces deux années de nouiciat mais elle ne porta le voille blanc qu’un an selon les regles de ce temps la le permettoient ».

    68 Annales des ursulines de Québec, p. 22.

    69 Par exemple, en 1653 Françoise Oüyn, ursuline, voyage avec le RP de Lionne jésuite. Annales des ursulines de Québec, p. 17.

    70 Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XVII, p. 383.

    71 La Relation de 1654, op. cit., p. 357.

    72 Idem.

    73 Pierre-François-Xavier Charlevoix, op. cit., p. 261.

    74 Lettre du 10 juin 1611 adressée au provincial jésuite à Paris. Auguste Carayon, op. cit., p. 17.

    75 La correspondance consultée pour le XVIIe siècle et rédigée par les jésuites missionnaires en Nouvelle-France reste très discrète sur ces fonctions spirituelles lors de la traversée de l’Atlantique. Seule la lettre du RP Biard au provincial des jésuites de Paris le 31 janvier 1612 en parle très brièvement. Auguste Carayon, op. cit., p. 62.

    76 Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XVII, p. 384. Le jésuite Charlevoix nous précise qu’elle y arriva le 19 février 1639. Pierre-François-Xavier Charlevoix, op. cit., p. 226.

    77 Son nom n’est pas cité. Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XVI, p. 372.

    78 « En mon particulier, je pensai mourir de soif ; parce que les eaux douces s’etoient gâtées dès la rade [de Dieppe], & que mon estomach ne pouvoit supporter les boissons fortes. Je passai aussi presque tout le voyage sans dormir, & cette insomnie étoit accompagnée d’une douleur de tête si violente, qu’elle ne peut l’être davantage sans causer la mort. » Pierre-François-Xavier Charlevoix, op. cit., p. 262-263, prêtant ces propos à sœur Marie de l’Incarnation. Cet extrait est repris mot pour mot par un autre biographe de Marie de l’Incarnation en 1864 : Casgrain. Les religieuses rechercheraient la rosée à bord des navires pour pallier cette carence… voir : Paul Ragueneau, op. cit., p. 49.

    79 Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 15.

    80 Ces informations sont conformes à la description dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 65-66.

    81 Cette hypothèse est reprise par le biographe, Paul Ragueneau, op. cit., p. 47 : « la fievre cependant fut continuë, la plus ardante & la plus violente du monde, avec une espece de ceinture autour du corps composée d’onze charbons de peste : Sur mer, dans un Navire, ou quelque soin que l’on puisse avoir d’une malade, on peut dire que quasi tout luy manque, mais sa vertu ne luy manqua pas. »

    82 Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 68.

    83 La Relation ne mentionne pas l’opposition de la communauté des hospitalières de Bayeux (Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 65-67), ou bien le soutien reçu par deux parentes religieuses hospitalières à Bayeux : Mère Marie de Saint Augustin, sa cousine, fondatrice de l’établissement, et Mère Renée de l’Incarnation, sa grand-mère (Paul Ragueneau, op. cit, p. 46).

    84 Il aurait demandé à lire une telle source. Paul Ragueneau, op. cit., p. 40-41.

    85 Le jésuite Paul Ragueneau mentionne également l’intervention de la maîtresse des novices (sans la décrire pour autant). Paul Ragueneau, op. cit., p. 41. À noter, son ouvrage est dédié à la bienfaitrice des hospitalières de Québec, la duchesse d’Aiguillon.

    86 Relation de ce qvi s’est passé de plvs remarqvable és Missions des Peres de la Compagnie de Iesvs, en la Novvelles (sic) France, es annees 1647 & 1648 enuoyée au RP Prouincial de la Prouince de France. Par le Superieur des Mißions de la mesme Compagnie [Jérôme Lalemant], Paris, Sébastien et Gabriel Cramoisy, 1659, p. 5-7.

    87 Paul Ragueneau, op. cit., p. 47-49.

    88 Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 16. Cet épisode est repris dans l’article de Vincent Grégoire : « Le passage de l’Atlantique, une traversée pleine de traverses », Femmes, mystique et missionnaire. Marie Guyart de l’Incarnation, Raymond Brodeur dir., Québec, Presses de l’université de Laval, 2001, p. 7-24.

    89 Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 16.

    90 Pierre-François-Xavier Charlevoix, op. cit., p. 263.

    91 Relation de ce qui s’est passé en la mission des Pères de la Compagnie de Jésus, au pays de la Nouvelle-France 1651 et 1652, par le supérieur des missions, Québec, Publication du gouvernement canadien – Augustin Cok, 1858, volume II, p. 45.

    92 Plusieurs orthographes de son nom sont adoptées dans les sources : Iogues, Ioques, Jogues.

    93 Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle France en l’annee 1642 & 1643, op. cit., p. 256-257. Sœur Marie de l’Incarnation évoque la captivité en taisant les supplices du jésuite, dans une lettre adressée à Mère Ursule de Sainte-Catherine, supérieure des ursulines de Tours (Lettre XCIII, Correspondance de sœur Marie de l’Incarnation, op. cit., tome III, p. 290-291).

    94 Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle France en l’annee 1642 & 1643, op. cit., p. 241-258.

    95 Cette lettre du 30 août 1643 (adressée au RP Lalemant par le RP Jogues) est insérée in extremis dans la Relation, l’imprimeur s’apprêtant à produire le livre. Elle est présentée en caractères italiques et sans commentaires de la part de Vimont. Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle France en l’annee 1642 & 1643, op. cit., p. 288.

    96 Relation de ce qui s’est passé en la Novvelle France en l’ann2e 1642 & 1643, op. cit., p. 292-293.

    97 Ibid., p. 295.

    98 Ibid., p. 298.

    Auteur

    • Véronique Castagnet-Lars
      Maître de conférences en histoire moderne, université de Toulouse Jean Jaurès, laboratoire Framespa (UMR 5136)
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    1 Le bateau Le Saint Joseph a levé l’ancre à Dieppe le 4 mai 1639. Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 11 [imprimé].

    2 Cette expression est employée par sœur Marie de l’Incarnation, ursuline, fondatrice du couvent de Québec, pour désigner la représentation qu’elle se fait des terres iroquoises, depuis son couvent de Tours.

    3 Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XIV, p. 344, expression employée vers 1635.

    4 Nicole Pellegrin présente les enjeux de cette claustration, surtout dans le cas de voyages terrestres : « La clôture en voyage (fin XVIe-début XVIIIe siècle) », Clio. Histoire, femmes et sociétés, no 28 intitulé « Voyageuses », 2008, p. 77-98.

    5 Marco Baldino la définit comme « se caractérisant particulièrement par la lutte, le combat et l’action » : « Literatura religiosa en el Siglo De oro español », Ricardo Garia-Villoslada (dir.), Historia de la iglesia En España, Madrid, 1980, tome III-2, p. 517. Voir aussi: Heidi Keller-Lapp, Floating cloisters and femmes fortes: Ursuline missionaries in Ancien Regime France and its colonies (Quebec, Martinique, Louisiana, India), thèse de doctorat, University of California, San Diego, 2005; Laurence Lux-Sterritt, Redefying Female Religious Life: French Ursulines and English Ladies in Seventeenth-Century Catholicism, Aldershot, Ashgate Publishing, 2005.

    6 Ces actions peuvent être datées de 1635 (en septembre, RP Dinet quitte Tours). La Relation de 1654 de sœur Marie de l’Incarnation, retranscrite dans : Dom Claude Martin, Dom Albert Jamet, (éd.), Marie de l’Incarnation Ursuline de Tours : fondatrice des ursulines de la Nouvelle-France. Écrits spirituels et historiques, Québec, Desclée de Brouwer, 1930, tome II, p. 313-314.

    7 Il s’agit de la référence à la publication suivante : Règle de nostre père S. Augustin. Les Constitutions du monastère de Sainte-Ursule de Paris, Paris, F. Jacquin, 1623.

    8 Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XV, p. 362.

    9 Le roi publie des lettres patentes en février 1611. Elles seront progressivement enregistrées dans les différents parlements : le 15 septembre 1612 par le parlement de Paris, et le 29 novembre suivant pour le parlement de Bordeaux.

    10 Sœur Marie-Chantal de Gueudre, De l’« Institut séculier » d’Angèle de Mérici à l’Ordre Monastique 1572-1650, Paris, 1957, Tome 1, p. 133.

    11 Les Constitutions de l’institut & Compagnie des Religieuses de sainte Ursule, qui doivent estre observées de toutes celles qui y sont et y entreront, Paris, G. Josse, 1635. L’exemplaire conservé par la Bibliothèque municipale de Tours est relié avec la Regle de sainct Augustin pour ses religieuses et le Statut des religieuses ursulines de la ville et du diocèse de Tours (Rés 3498).

    12 Pierre-François-Xavier Charlevoix [jésuite], La vie de la mere Marie de l’Incarnation, Institutrice & premiere Superieure des Ursulines de la Nouvelle France, Paris, Le Mercier, 1724, p. 224-225.

    13 Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XVII, p. 377.

    14 Par exemple, l’assemblée capitulaire des hospitalières de Dieppe du 2 février 1639 autorise le déplacement en Nouvelle-France de trois d’entre elles, les trois pionnières de la fondation de Québec, avec l’approbation de l’archevêque de Rouen. La perte des registres de la communauté des ursulines de Tours empêche l’historien de retrouver le document dans son intégralité.

    15 Future première supérieure du couvent des ursulines de Québec.

    16 Première supérieure des hospitalières de Québec.

    17 La précision porte sur son appartenance à la congrégation de Paris.

    18 Le couvent est affilié à la congrégation de Paris.

    19 L’assemblée capitulaire du 12 septembre 1694 souligne que cette religieuse demande l’entrée dans la communauté de Québec depuis plusieurs années, sans avoir reçu de réponse positive avant ce jour : elle est admise ce jour à plus de la moitié des voix.

    20 Jean de Poutrincourt (1557-1615), ancien ligueur au sein des troupes du duc d’Aumale, a joui de la concession de Port-Royal entre 1604 et 1607, date de la révocation du monopole des fourrures par Henri IV. Il prépare son retour en Nouvelle-France en 1610, et pour cela doit contracter des emprunts. La manne financière de la marquise l’intéresse donc, même si la contrepartie est de favoriser l’installation des jésuites dans la colonie. Le capitaine du vaisseau La Grâce de Dieu en partance de Dieppe pour la Nouvelle-France est son fils Charles de Biencourt, écuyer de Saint-Just (36 personnes à bord, environ 60 tonneaux).

    21 Auguste Carayon, Première mission des jésuites au Canada, Paris, L’écureux, 1864, p. 4-5. Lettre du 21 janvier 1611.

    22 Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XV, p. 359.

    23 Mme de La Peltrie est accompagnée de sa servante Charlotte Barré (future ursuline de Québec quelques années plus tard), Catherine Chevalier (servante des hospitalières) et deux autres émigrantes dont les noms sont inconnus.

    24 En réalité, un navire est réservé pour le transport des affaires de Mme de La Peltrie. Pour des compléments sur sa biographie voir : Françoise Deroy-Pineau, Madeleine de La Peltrie, amazone du nouveau monde : Alençon 1603-Québec 1671, Bellarmin, Montréal, 1992 ; Scarlette Beauvalet-Boutouyrie, Les femmes à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles), Belin, France 2003, p. 173 ; Marie-Emmanuel Chabot, « Chauvigny Marie-Madeleine de », dans George Brown (éd.), Marcel Trudel, Dictionnaire biographique du Canada, t. 1, Les Presses de l’université Laval/University of Toronto, Canada, 1966.

    25 En effet, les hospitalières de Dieppe, fondatrices de l’Hôtel-Dieu de Québec, « étoient nouvellement reformées, c’est-à-dire qu’elles avoient pris depuis peu un habit uniforme et une maniere de vie reguliere », soit la clôture et les vœux solennels. Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 8.

    26 Ces jésuites sont cités dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 15.

    27 Né en 1594, Barthélémy Vimont entre au noviciat des jésuites en 1613. Il effectue plusieurs séjours en Nouvelle-France avant de devenir en 1639 supérieur de la résidence de Dieppe et d’être ensuite envoyé à Québec pour remplacer le supérieur des missions de la Nouvelle-France jusqu’en 1659.

    28 Antoine Poncet, fils d’un conseiller de la Cour des Aides, membre de la Compagnie des Cent Associés devenant entre dans la Compagnie de Jésus à l’âge de 19 ans en 1629. Ce jésuite a aidé à l’organisation de la première traversée féminine en 1639. Il rentre en France en 1657, avant de partir en mission à la Martinique où il meurt.

    29 Pierre-Joseph Marie Chaumonot, né en 1611 à Châtillon-sur-Seine, entre en 1632 chez les jésuites de Rome. Il meurt en 1693 à Québec.

    30 Jacques Bargon ou Burgum est de retour en France au plus tard en 1641.

    31 Charles Lalemant, frère de Jérôme Lallemant, né en 1587 entre dans la Compagnie de Jésus en 1607. Il réside en 1625-1627 puis 1634-1637 en Nouvelle France. Il devient au final procureur des missions du Canada.

    32 Claude Jager ou Jayer (frère), de retour en France en 1650.

    33 Dans une lettre écrite de Port-Royal le 11 juin 1611, le RP Biard évoque, à l’attention du Général de la Compagnie, « quatre mois d’une navigation vraiment très-penible et trés-perilleuse » à bord de La Grâce de Dieu. Auguste Carayon, op. cit., p. 10.

    34 Il s’agit de la durée de la première traversée du RP Biard, entre le 26 janvier 1611 et le 22 mai de la même année, entre Dieppe et Port-Royal. Auguste Carayon, op. cit., p. 13 et p. 17.

    35 Date identique dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 47, et dans Paul Ragueneau [jésuite], La vie de la Mere Catherine de saint Avgvstin, religievse hospitaliere de la Misericorde de Quebec en la Novvelle-France, Paris, Florentin Lambert, 1671, p. 67.

    36 Date identique dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 42, et dans Paul Ragueneau, op. cit., p. 68.

    37 Date identique dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 45, et dans Paul Ragueneau, op. cit., p. 69.

    38 La Relation de 1654, op. cit., p. 367.

    39 La liste est détaillée dans les archives des hospitalières : Acte de réception des hospitalières et des ursulines par Monsieur Montmagny, le 14 septembre 1639 (archives de l’Hôtel-Dieu de Québec) ; Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 18-19.

    40 Lettre du RP Biard au provincial de Paris le 10 juin 1611 : « M. de Potrincourt [Poutrincourt], Seigneur doux et équitable, vaillant, amé et experimenté en ces quartiers, et M. de Biancourt [Biencourt] son fils, imitateur des vertus et belles qualitez de son père, qui nous honorent et cherissent plus que nous ne meritons, nous donnent aussi grand courage de nous employer en ceste ouvrage de tout nostre pouvoir. » Auguste Carayon, op. cit., p. 36-37.

    41 Énnemond Massé (1575-1646) tombe malade durant la traversée et doit rester alité durant quarante jours.

    42 Auguste Carayon, op. cit., p. 16.

    43 Ibidem, p. 16-17.

    44 Ibid., op. cit., p. 195.

    45 Auguste Carayon, op. cit., p. 120.

    46 Il s’agit en ce cas d’une mission en pays hurons depuis Trois-Rivières par le RP François Du Peron en 1639. Lettre du 27 avril 1639 adressée à son frère également jésuite. Auguste Carayon, op. cit., p. 168.

    47 Ainsi lors d’un conflit entre Algonquins et Iroquois, « le père Buteux auoit passé par là, il n’y auoit que deux iours dans un canot, accompagné de trois Hurons. C’est miracle comme il ne fut apperceu, & pris auec ses compagnons » Relation de ce qui s’est passé en la Novvelle France en l’annee 1642 & 1643 Enouyée au R. P. Iean Fileav Prouincial de la Compagnie de Iesvs en la Prouince de France par le R. P. Barthelemy Vimont, de la mesme Compagnie, Superieur de toute la mißion, Sébastien et Gabriel Cramoisy, 1644, p. 237.

    48 Lettre de Jean de Brebeuf adressée au Général de la Compagnie, Mutio Vitelleschi, depuis Trois-Rivières, le 23 septembre 1643. Auguste Carayon, op. cit., p. 222-223.

    49 Le quatrième navire transporte les membres d’équipage et les biens de Mme de La Peltrie.

    50 La Relation de 1654, op. cit., p. 357.

    51 « Quoique que nous fussions traitées & logées aussi-bien qu’on le peut être sur mer, & dans un très-beau Nauire, accomodé de tout ; il y a neanmoins tant à souffrir pour les personnes de nôtre sexe et de nôtre condition, qu’il faut l’auoir eprouvé pour le croire. » Pierre-François-Xavier Charlevoix, op. cit., p. 262-263, prêtant ces propos à sœur Marie de l’Incarnation. Cet extrait est repris mot pour mot par un autre biographe de Marie de l’Incarnation en 1864 : Casgrain.

    52 La Relation de 1654, op. cit., p. 376.

    53 « On jugea a propos de nous faire sortir du vaisseau amiral, commandé par le capitaine Bontems […] pour nous mettre dans un plus petit batiment, qui devoit nous amener dans ce port [de Québec]. » Jacob Bontemps, sieur de Veaux et du Parc. Devenu plus tard capitaine de navire par lettres accordées en septembre 1647 enregistrées au parlement en 1651. Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 16-17.

    54 Il s’agit de Jacques Vatel, contre-maître du Saint Joseph, d’après l’acte de réception des hospitalières du 15 septembre 1639, Archives de l’Hôtel-Dieu de Québec.

    55 Ce mot de vieux français désigne le pont supérieur d’un navire, entre les gaillards.

    56 Il s’agit de la salicorne.

    57 Annales des hospitalières de Québec, p. 17.

    58 Pierre-François-Xavier Charlevoix, op. cit., p. 261.

    59 Idem, p. 264.

    60 Jean-Baptiste Thiers réaffirme cette priorité après l’expérience québécoise, dans son traité devenu une référence en la matière : la clôture est définie comme « le fondement de la vie religieuse pour les Filles », s’appuyant sur les différentes décisions prises par l’Église et les hauts prélats depuis la Décrétale Periculoso de Boniface VIII en 1298.

    61 La Relation de 1654, op. cit., p. 351.

    62 Elle est en effet postulante depuis le 24 octobre 1646. Paul Ragueneau, op. cit., p. 35-39.

    63 Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 65-66. Le biographe reprend, en 1671, en des termes relativement proches, la situation interne au couvent de Bayeux : « Le chapitre étant assemblé pour ce sujet, il s’y rencontra tant de nouvelles difficultez, que l’affaire pensa étre (sic) rompuë […] Les difficultez qu’on y trouvoit, etoient, que la fille n’ayant pas encore fait ses Vœux, si elle venoit à se dégoûter sur les chemins, on risquoit sa vocation ; qu’ayant de si beaux talens comme elle avoit, elle rendroit un jour de grands services au Monastere de Bayeux, si elle y demeuroit, & que c’étoit elle entre les autres qui se presentoient, qu’on y devoit le moins envoyer. » Paul Ragueneau, op. cit., p. 42.

    64 Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 65-66.

    65 Date identique dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 67, et dans Paul Ragueneau, op. cit., p. 42.

    66 Date identique dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 67, et dans Paul Ragueneau [jésuite], op. cit., p. 45.

    67 Annales des ursulines de Québec, p. 17. Sa notice nécrologique, portée dans le registre des assemblées capitulaires de la communauté, souligne un fait important : « elle fut la 1re professe de ce monastere elle fit ces deux années de nouiciat mais elle ne porta le voille blanc qu’un an selon les regles de ce temps la le permettoient ».

    68 Annales des ursulines de Québec, p. 22.

    69 Par exemple, en 1653 Françoise Oüyn, ursuline, voyage avec le RP de Lionne jésuite. Annales des ursulines de Québec, p. 17.

    70 Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XVII, p. 383.

    71 La Relation de 1654, op. cit., p. 357.

    72 Idem.

    73 Pierre-François-Xavier Charlevoix, op. cit., p. 261.

    74 Lettre du 10 juin 1611 adressée au provincial jésuite à Paris. Auguste Carayon, op. cit., p. 17.

    75 La correspondance consultée pour le XVIIe siècle et rédigée par les jésuites missionnaires en Nouvelle-France reste très discrète sur ces fonctions spirituelles lors de la traversée de l’Atlantique. Seule la lettre du RP Biard au provincial des jésuites de Paris le 31 janvier 1612 en parle très brièvement. Auguste Carayon, op. cit., p. 62.

    76 Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XVII, p. 384. Le jésuite Charlevoix nous précise qu’elle y arriva le 19 février 1639. Pierre-François-Xavier Charlevoix, op. cit., p. 226.

    77 Son nom n’est pas cité. Dom Claude Martin, op. cit., chapitre XVI, p. 372.

    78 « En mon particulier, je pensai mourir de soif ; parce que les eaux douces s’etoient gâtées dès la rade [de Dieppe], & que mon estomach ne pouvoit supporter les boissons fortes. Je passai aussi presque tout le voyage sans dormir, & cette insomnie étoit accompagnée d’une douleur de tête si violente, qu’elle ne peut l’être davantage sans causer la mort. » Pierre-François-Xavier Charlevoix, op. cit., p. 262-263, prêtant ces propos à sœur Marie de l’Incarnation. Cet extrait est repris mot pour mot par un autre biographe de Marie de l’Incarnation en 1864 : Casgrain. Les religieuses rechercheraient la rosée à bord des navires pour pallier cette carence… voir : Paul Ragueneau, op. cit., p. 49.

    79 Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 15.

    80 Ces informations sont conformes à la description dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 65-66.

    81 Cette hypothèse est reprise par le biographe, Paul Ragueneau, op. cit., p. 47 : « la fievre cependant fut continuë, la plus ardante & la plus violente du monde, avec une espece de ceinture autour du corps composée d’onze charbons de peste : Sur mer, dans un Navire, ou quelque soin que l’on puisse avoir d’une malade, on peut dire que quasi tout luy manque, mais sa vertu ne luy manqua pas. »

    82 Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 68.

    83 La Relation ne mentionne pas l’opposition de la communauté des hospitalières de Bayeux (Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 65-67), ou bien le soutien reçu par deux parentes religieuses hospitalières à Bayeux : Mère Marie de Saint Augustin, sa cousine, fondatrice de l’établissement, et Mère Renée de l’Incarnation, sa grand-mère (Paul Ragueneau, op. cit, p. 46).

    84 Il aurait demandé à lire une telle source. Paul Ragueneau, op. cit., p. 40-41.

    85 Le jésuite Paul Ragueneau mentionne également l’intervention de la maîtresse des novices (sans la décrire pour autant). Paul Ragueneau, op. cit., p. 41. À noter, son ouvrage est dédié à la bienfaitrice des hospitalières de Québec, la duchesse d’Aiguillon.

    86 Relation de ce qvi s’est passé de plvs remarqvable és Missions des Peres de la Compagnie de Iesvs, en la Novvelles (sic) France, es annees 1647 & 1648 enuoyée au RP Prouincial de la Prouince de France. Par le Superieur des Mißions de la mesme Compagnie [Jérôme Lalemant], Paris, Sébastien et Gabriel Cramoisy, 1659, p. 5-7.

    87 Paul Ragueneau, op. cit., p. 47-49.

    88 Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 16. Cet épisode est repris dans l’article de Vincent Grégoire : « Le passage de l’Atlantique, une traversée pleine de traverses », Femmes, mystique et missionnaire. Marie Guyart de l’Incarnation, Raymond Brodeur dir., Québec, Presses de l’université de Laval, 2001, p. 7-24.

    89 Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, p. 16.

    90 Pierre-François-Xavier Charlevoix, op. cit., p. 263.

    91 Relation de ce qui s’est passé en la mission des Pères de la Compagnie de Jésus, au pays de la Nouvelle-France 1651 et 1652, par le supérieur des missions, Québec, Publication du gouvernement canadien – Augustin Cok, 1858, volume II, p. 45.

    92 Plusieurs orthographes de son nom sont adoptées dans les sources : Iogues, Ioques, Jogues.

    93 Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle France en l’annee 1642 & 1643, op. cit., p. 256-257. Sœur Marie de l’Incarnation évoque la captivité en taisant les supplices du jésuite, dans une lettre adressée à Mère Ursule de Sainte-Catherine, supérieure des ursulines de Tours (Lettre XCIII, Correspondance de sœur Marie de l’Incarnation, op. cit., tome III, p. 290-291).

    94 Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle France en l’annee 1642 & 1643, op. cit., p. 241-258.

    95 Cette lettre du 30 août 1643 (adressée au RP Lalemant par le RP Jogues) est insérée in extremis dans la Relation, l’imprimeur s’apprêtant à produire le livre. Elle est présentée en caractères italiques et sans commentaires de la part de Vimont. Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle France en l’annee 1642 & 1643, op. cit., p. 288.

    96 Relation de ce qui s’est passé en la Novvelle France en l’ann2e 1642 & 1643, op. cit., p. 292-293.

    97 Ibid., p. 295.

    98 Ibid., p. 298.

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    Castagnet-Lars, V. (2016). Une nef tridentine vers la Nouvelle-France : usage politique et pédagogique d’une image. In D. Poton & P. Prétou (éds.), Religion et navigation. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.62722
    Castagnet-Lars, Véronique. « Une nef tridentine vers la Nouvelle-France : usage politique et pédagogique d’une image ». In Religion et navigation, édité par Didier Poton et Pierre Prétou. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2016. doi:10.4000/books.pur.62722.
    Castagnet-Lars, Véronique. « Une nef tridentine vers la Nouvelle-France : usage politique et pédagogique d’une image ». Religion et navigation, édité par Didier Poton et Pierre Prétou, Presses universitaires de Rennes, 2016, https://doi.org/10.4000/books.pur.62722.

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    Poton, D., & Prétou, P. (éds.). (2016). Religion et navigation. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.62461
    Poton, Didier, et Pierre Prétou, éd. Religion et navigation. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2016. doi:10.4000/books.pur.62461.
    Poton, Didier, et Pierre Prétou, éditeurs. Religion et navigation. Presses universitaires de Rennes, 2016, https://doi.org/10.4000/books.pur.62461.
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