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    Plan détaillé Texte intégral L’analyse d’un matériel singulierPrésentation des classesUne rhétorique homophobeL’homophobie : entre visible et invisible Notes de bas de page Auteurs

    L’homophobie

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Des « lieux » de l’homophobie : transgression des lois naturelles, transgression des lois sociales

    Estelle Masson et Christèle Fraïssé

    p. 133-161

    Texte intégral L’analyse d’un matériel singulier Le matériel en tant qu’objet physique Le matériel vu au travers de la lorgnette d’Alceste Présentation des classes Les définitions du mariage L’admonestation d’un maire Verts La réprobation religieuse Une rhétorique homophobe La transgression d’une différence « naturelle » Une projection dans l’univers de l’animalité L’homophobie : entre visible et invisible Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Entrons maintenant dans les contenus de ce corpus grâce à l’analyse sémantique des courriers postaux, manuscrits ou dactylographiés, ayant été rédigés pour cette occasion1. à partir du traitement des données textuelles effectué à l’aide du logiciel Alceste, nous présenterons les trois principales thématiques qui traversent le corpus, offrant une sorte de résumé très synthétique de ce qui est dit dans ces lettres. Poussant l’investigation, nous nous centrerons ensuite sur des questions relevant de la rhétorique homophobe, à partir de cette double transgression convoquée dans les argumentations développées par les scripteurs : transgression des lois de la nature renvoyant à celle des lois de la société. La différence naturelle des sexes qui est en cause dans ces courriers est présentée comme ce qui, par l’intermédiaire de la reproduction biologique, réalise la reproduction sociale. Les scripteurs proposent ainsi une altérité fondamentalement sexuée, genrée, qui les amène à envisager les dérives potentielles de ce mariage qui ne respecte pas cette différence dans ce qu’elle a d’essentiel, transmuant la question sociale en question éthique, morale et religieuse.

    2Mais avant de nous intéresser aux contenus du corpus, un mot encore sur sa forme et sa singularité.

    L’analyse d’un matériel singulier

    Le matériel en tant qu’objet physique

    3Lorsque Denise Jodelet (2003) dans un chapitre consacré à l’approche qualitative s’intéresse aux raisons de l’usage des méthodes qualitatives, elle insiste sur l’importance pour l’appréhension des phénomènes de la conservation de la naturalité des façons de dire, de faire et de penser. Le matériel traité ici est empreint de cette naturalité. Il n’a été constitué à la demande d’aucun chercheur. Il s’est auto généré au fil d’initiatives privées et spontanées d’individus qui ont jugé nécessaire de prendre la plume pour informer personnellement un homme, Noël Mamère, de ce qu’ils pensaient de sa décision de procéder en qualité de maire au mariage de deux hommes. Les conditions de sa genèse en font un matériel particulièrement hétéroclite (aucune grille d’entretien ne spécifiait les thèmes traités ni ne structurait les propos énoncés), mais aussi un matériel exempt des phénomènes de désirabilité sociale ou encore de tendance au conformisme qui si souvent surgissent dès lors qu’un chercheur interroge des sujets sur des questions potentiellement sensibles. L’absence de la « médiation » du chercheur se décèle notamment par l’absence dans de nombreux courriers du polissage des propos qu’implique usuellement la présence d’un scientifique et la volonté de faire, face à lui, « bonne figure ». Qui n’a été confronté au matériel original, n’éprouvera sans doute jamais le trouble et le dégoût que sa manipulation physique a provoqué chez ceux qui y ont été confrontés directement.

    4La première fois où nous avons été en contact avec lui, c’était à la mairie de Bègles. La secrétaire que nous avions embauchée pour en dresser l’inventaire et le photocopier était en train de travailler. Nous avons commencé à le feuilleter. De ce matériel transpirait de manière diffuse violence et haine. Il semblait menaçant, agressif et salissant. Et nous tous qui l’avons un peu manipulé avons éprouvé le même besoin, celui de nous laver les mains. Se laver les mains était comme un acte conjuratoire des dangers de souillure que son contact présentait.

    5Au fil du travail de la mise en forme des données et de leur codage, le matériel s’est aseptisé. Les photocopies ont lissé les supports, qualibré les formats, la dactylographie des courriers a homogénéisé les calligraphies, la numérisation du corpus a dématérialisé le matériel, gommant progressivement la singularité physique des lettres les plus violentes, masquant toujours un peu plus les mains qui les avaient écrites, épurant le texte des traces personnelles de leur auteur.

    6Les lettres d’insultes, les lettres les plus outrageantes sont fréquemment reconnaissables sans qu’il ne soit nécessaire d’en lire le contenu (par exemple figure 1, 1945). Elles ne sont pas majoritaires dans le corpus, mais ce sont elles qui frappent le plus, qui littéralement agressent lorsqu’on feuillette le matériel original.

    Image

    Figure 1 – Exemple du corpus, lettre no 1945.

    7La haine, l’intolérance possèdent un visage hideux qui se retrouve dans la facture de ces lettres, dans l’impression visuelle que chacune laisse. Souvent brouillonnes, parfois illustrées de dessins obscènes, elles interloquent. Des mots sont soulignés, différentes polices de caractères sont utilisées, majuscules et minuscules ne suivent pas uniquement les règles de la ponctuation, mais aussi rythment le flot du venin qui se déverse.

    8Tous ces signes immédiatement repérables ont été gommés par la mise en forme du matériel rendue nécessaire pour le traitement informatisé que nous voulions lui faire subir et l’ignominie s’est camouflée dans la masse. Cependant comme nous allons le voir au travers des résultats de l’analyse Alceste que nous avons réalisée, même épuré de ces indices les plus brutaux, le corpus révèle encore et toujours des visages bien grimaçants de l’homophobie.

    Le matériel vu au travers de la lorgnette d’Alceste

    9Alceste est un logiciel d’analyse automatique des données textuelles, conçu par Max Reinert (1990, 2007), qui permet simultanément de quantifier les contenus d’un corpus, d’isoler l’information essentielle et d’extraire les structures signifiantes. Si les algorithmes de calcul utilisés par ce logiciel sont complexes, son principe opératoire est relativement simple. Procédant par Classification Descendante Hiérarchique, c’est-à-dire par fractionnements successifs du corpus, il rassemble dans des classes les fragments de texte qui se ressemblent tout en les séparant de ceux qui sont différents2 tenant ainsi compte des contextes d’occurrence des contenus. Chaque classe se caractérise par un vocabulaire spécifique, appelé « profil de la classe ».

    10L’analyse Alceste du corpus des courriers reçus en mairie de Bègles à l’occasion de la célébration par Noël Mamère du premier mariage homosexuel en France, isole trois classes. Les contenus de ces classes (figure 2) renvoient à trois grandes thématiques présentes dans le corpus qui s’articulent d’une part autour de la question de la définition légale du mariage et de ses acceptations possibles, d’autre part de l’admonestation de Noël Mamère en qualité de maire et de membre d’un parti politique (les Verts) et enfin autour d’une réprobation de ce mariage formulée en référence à la religion. Ces trois classes correspondent respectivement à 54 %, 37 % et 9 % du corpus analysé.

    Image

    Figure 2 – Répartition du corpus analysé en 3 classes et traits linguistiques les plus typiques classés par ordre décroissant.

    11Avant de présenter plus en détail les profils des classes, il est intéressant de noter que certaines modalités des variables retenues pour le codage des courriers (voir chapitre précédent) apparaissent plus typiques de certains profils que d’autres. Ainsi, par exemple, on retrouve dans la classe des définitions du mariage, la grande majorité des courriers ayant été codés comme étant favorables au mariage. Ceci ne veut pas dire que cette classe se compose exclusivement de ce type de courrier ; bien au contraire, les trois quarts des matériaux qui y sont réunis proviennent de courriers défavorables qui contribuent à en faire le lieu où se tient le débat contradictoire sur le mariage homosexuel. Ce qui caractérise aussi cette classe, c’est la forte proportion de présence de courriers signés (près des trois quarts des fragments regroupés dans la classe le sont). En revanche, l’admonestation de Noël Mamère se fait, elle, principalement sous le couvert de l’anonymat et les fragments réunis dans cette classe proviennent à 95 % de courriers ayant été codés comme défavorables. La prédominance de fragments de courriers d’une orientation défavorable est notable également dans la troisième classe, la réprobation religieuse, mais là contrairement à ce qui se passe dans la deuxième classe, les scripteurs assument leur propos en les signant.

    Présentation des classes

    12L’examen du contenu de ces trois classes révèle que chacune rassemble des formes de discours qui manifestent leur accord ou désaccord avec l’action de Noël Mamère en s’originant dans des lieux de sens commun identiques. Les classes dans lesquelles les scripteurs proposent des définitions du mariage et expriment une réprobation religieuse, on va le voir, présentent des positions proches mais fondées sur des corpus argumentatifs divergents. En revanche, la classe où les locuteurs interpellent Noël Mamère en tant que maire et élu Verts, produit un discours dans l’ensemble insultant, sans développer une position argumentée. Les citations extraites du corpus des courriers analysés que nous reproduisons dans cette partie sont systématiquement assorties du numéro du courrier (attribué par nos soins) comme dans le chapitre précédent, ainsi que des modalités de trois variables qui constituent selon nous les plus intéressantes dans ce cas, soit le sexe3, l’anonymat et l’orientation favorable ou non à l’égard du mariage homosexuel célébré par Noël Mamère.

    Les définitions du mariage

    13Dans la première classe baptisée « les définitions du mariage », il est question de droit, d’union, d’enfant, de couple humain de sexe différent (cf. figure 2). Ainsi avec les premiers mots les plus typiques de son vocabulaire, on voit se dessiner, en référence au droit, une définition du mariage : l’union d’un couple d’humains, de sexes différents, voué à avoir des enfants. On retrouve dans le corpus de multiples formulations de ce qu’est sensément « par définition » le mariage, en référence notamment au code civil, au dictionnaire, à la biologie ou encore au sens commun :

    « Le mariage est une institution civique qui a été faite, et concerne des couples, homme et femme, en vue de fonder des familles avec enfants, ceux-ci constituant la population d’un pays, en assurant son renouvellement. » (1217, femme, non anonyme, défavorable)

    « Vous n’avez pas le droit d’unir deux personnes homosexuelles ! le mariage, c’est l’union d’une femme et d’un homme, complémentaires, pour vivre ensemble leur vie, s’aimer, avoir des enfants, fonder une famille, base essentielle de toute société humaine. » (850, homme, non anonyme, défavorable)

    « Monsieur le maire, je me permets de vous rappeler que le mot mariage signifie ‘‘union volontaire d’un homme et d’une femme en vue de créer une famille’’(voir dictionnaire). » (791, homme, non anonyme, défavorable)

    « Le mariage est une institution vieille comme le monde visant à créer et conforter ce qu’on appelle une cellule familiale, c’est-à-dire l’union mâle-femelle procréatrice, à l’image de ce qui existe presque universellement dans la Nature. Si le législateur napoléonien n’a pas jugé bon de préciser que ledit mariage concernait un homme et une femme, c’est que c’était tellement évident qu’il aurait paru stupide de le préciser. » (793, homme, non anonyme, défavorable)

    14C’est autour de la légitimité de la définition du mariage retenue, mais aussi de la pertinence et de la légalité de l’initiative de Noël Mamère, que vont s’opposer entre eux les fragments de lettres rassemblés dans cette classe. Apportant les éléments d’un débat contradictoire les courriers émanant de scripteurs pro et anti mariage homosexuel se confrontent dans des discours très largement marqués par la laïcité (contrairement au contenu de la troisième classe) et par une relative civilité (peu de grossièretés contrairement au registre du vocabulaire employé dans la deuxième classe).

    15En décidant de célébrer un premier mariage homosexuel en France, Noël Mamère remet en question la définition du mariage, mais en a-t-il le droit, s’interrogent les scripteurs. D’un côté, les personnes hostiles au mariage répondent par la négative en s’appuyant simultanément sur une approche sociale et biologique articulée autour de l’importance de la différence des sexes. Pour elles, le mariage constitue le cadre légal de la reproduction. L’union homosexuelle, présentée comme étant par nature stérile, ne s’inscrit donc pas dans cette vocation du mariage. Aucune raison ne saurait dès lors justifier l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Lorsque les pratiques homosexuelles ne sont pas réprouvées en soit, une référence au PaCS est fréquemment présente comme cadre déjà existant et permettant la reconnaissance de ces couples ; cadre qu’il suffirait selon certains d’améliorer afin de satisfaire simultanément les couples homosexuels et la société4. Cette argumentation autour du PaCS, bien qu’apparemment exempte d’homophobie, constitue cependant une figure d’hétérosexisme dans la mesure où elle laisse apparaître la hiérarchie des orientations sexuelles sous-jacente, et affirme l’inégalité entre hétérosexualité et homosexualité. En effet ce mode argumentaire renvoie à l’enfermement d’une partie de la population dans un statut spécifique qui n’est autre qu’un sous statut ; les hétérosexuel ayant accès à la fois au mariage et au PaCS tandis que les homosexuels restreints au PaCS, n’ayant pas accès à l’institution valorisée et valorisante que demeure être le mariage pour certains.

    « Le Pacs a été inventé en partie pour les homosexuels ! Pourquoi vouloir dénaturer et détourner le mariage de sa vocation première ? » (839, homme, non anonyme, défavorable)

    « Vouloir marier des homosexuels relève de l’absurdité la plus choquante qui soit. J’ai toujours été absolument d’accord pour le Pacs (qui d’ailleurs n’a pas été exactement conçu pour les homosexuels), mais le mariage est un acte religieux repris par les laïcs. Que l’on légifère sur un nouvel acte civil qui donne à l’union de deux homosexuels des droits identiques à ceux du mariage, me paraît être une solution acceptable. Une sorte de super-Pacs en somme. Mais n’appelons pas cet acte : mariage ! » (820, homme, non anonyme, défavorable)

    16Dans cette approche, ni la légitimité de la revendication d’une reconnaissance des unions homosexuelles, ni celle de l’octroi aux couples homosexuels de droits équivalents à ceux des couples hétérosexuels, ne sont remises en cause. Cependant le refus d’une nomination similaire fait apparaître le PaCS comme un ultime rempart pour la préservation de la sacralité du mariage qui ne saurait subsister, selon ces courriers, hors de l’hétérosexualité.

    17Si la stérilité et par extension l’incapacité des couples homosexuels « de fonder famille » par leur union servent d’argument pour leur refuser l’accès au mariage, paradoxalement, le risque de la présence d’enfant dans ces couples sert également d’argument à la réprobation du mariage. Tout se passe en effet comme si une fois mariés, ces couples devenaient potentiellement fertiles, et ce notamment par le truchement de la possibilité d’adopter5.

    « Il est choquant d’imaginer que les revendications des homosexuels d’adopter des enfants pourraient aboutir. » (750, homme, non anonyme, défavorable)

    « Ces couples adopteront, en attendant que la science permette aux hommes de féconder [ça été malheureusement évoqué]. » (1021, femme, non anonyme, défavorable)

    « Que l’on favorise ‘‘l’union’’ des homosexuels pour qu’ils vivent paisiblement (la formule ‘‘pour vivre heureux, vivons cachés’’ est aussi valable pour eux que pour les hétéros…) me paraît excellent. Mais qu’on leur permette d’adopter des enfants… alors là, c’est moi qui vais hurler. De tout temps à jamais un modèle parental des deux sexes est indispensable pour un développement harmonieux. […] infliger à un gosse deux “épées” ou deux “boucliers” (ce sont les symboles classique du père et de la mère) c’est absurde et pervers. » (782, homme, non anonyme, défavorable)

    « Il est évident qu’autoriser le mariage de personnes de même sexe c’est, tôt ou tard, ouvrir la porte à confier des enfants à ces couples. Vous imaginez la détresse des enfants aux deux papas ou aux deux mamans ? Ces enfants qui seront regardés par les autres avec ironie et moquerie. Ces enfants qui auront une vision à tout jamais déformée de la complémentarité des opposés, loi universelle qui dirige l’Univers depuis quatorze milliards d’années. » (1200, homme, non anonyme, défavorable)

    18Les enfants sont refusés aux couples homosexuels au nom du bienêtre des enfants qui auraient besoin pour se construire et s’épanouir d’un père et d’une mère. L’affirmation de l’importance biologique et sociale de la différence des sexes tient donc un rôle central dans cette approche étayée par des arguments présentés comme psychologiques.

    19S’il est question de psychologie, il est aussi, et surtout question de nature. L’argument de la stérilité de l’union homosexuelle renvoie les pratiques homosexuelles dans l’ordre des pratiques contre nature. La stérilité constitue alors la preuve perçue comme irréfutable de la transgression des lois naturelles. Cette transgression est présentée comme préjudiciable simultanément pour la perpétuation de l’espèce (ordre naturel) et pour la stabilité de la société (ordre moral et éthique). Dans ce sens, l’initiative de Noël Mamère est jugée incompatible avec son appartenance politique à un parti écologique.

    « Faisons attention : vouloir dépasser la nature sur ce point, nous le paierons forcément très cher. Au fond, le mariage gai est un “OGM” de mariage. » (798, homme, non anonyme, défavorable)

    « On n’enfreint pas impunément la cellule de base de la société ! Et vous qui refusez les OGM, vous vous faites le chantre de la dépravation des mœurs ? ? ! ! »(1085, femme, non anonyme, défavorable)

    20Et cet ancrage dans l’ordre naturel que devrait défendre Noël Mamère du fait de sa position politique se trouve articulé au risque évoqué précédemment de l’adoption par les couples homosexuels. La référence aux OGM (organismes génétiquement modifiés) permet un parallèle percutant et d’actualité. Ainsi, en lançant la « polémique » sur le mariage homosexuel, Noël Mamère mettrait la société en danger comme lorsque la production d’OGM est autorisée.

    « Cependant, je reste étonné que vous, pourtant le chantre du principe de précaution vis-à-vis des OGM, par exemple, vous n’appliquiez pas ce principe au niveau du droit à adopter des enfants par les homosexuels qui va très vite s’installer dans le débat public suite à la polémique que vous avez engendré. » (1254, homme, non anonyme, orientation non identifiée)

    21À ce discours qui se structure autour de la thématique de « la vocation du mariage est la reproduction » s’oppose un autre discours qui lui se structure autour d’une appréhension du mariage comme la reconnaissance officielle des liens affectifs entre deux êtres : l’amour. L’initiative de Noël Mamère est alors soutenue au nom des principes républicains de la liberté individuelle et de l’égalité des droits. Elle est comprise comme une lutte contre les discriminations. Son entreprise est jugée courageuse et un parallèle avec les combats menés par Simone Weil pour l’Interruption Volontaire de Grossesse ou encore par Zola pour la défense de Dreyfus est parfois établi.

    22Au discours sur les risques de déclin de la société, du fait de la transgression de l’ordre naturel, s’oppose l’affirmation de l’espoir d’une société meilleure, plus tolérante et plus respectueuse des individus, en somme plus juste.

    « Mais quand bien même la loi restreindrait le mariage au mariage hétérosexuel, il serait de notre devoir de la faire évoluer vers une meilleure équité. Les femmes, par exemple, n’ont pas toujours eu le droit de vote. C’était aberrant et discriminatoire, la loi a évolué quand la société en a pris conscience. » (417, homme, non anonyme, favorable)

    « Très chaleureusement tous mes vœux de bonheur, longue vie à votre couple ! buvons à tous les combats qui rendent ce monde meilleur, et à ceux qui ont le courage de les mener. » (188, femme, non anonyme, favorable)

    « Je vous remercie de poursuivre ce magnifique combat contre les discriminations et en faveur de droits humains. Il semble qu’en effet la non discrimination en raison de l’orientation sexuelle soit trop souvent oubliée. Ce mariage permet de relancer le dialogue, ce qui aboutira, je l’espère, aux modifications législatives correspondantes. » (265, homme, non anonyme, favorable)

    23Les scripteurs favorables vont opposer à l’argument de la nature celui de la justice. Aux messages de soutien et d’encouragement s’ajoute aussi la mise en avant de ce qui peut être considéré comme des injustices par des témoignages relatant les problèmes auxquels sont confrontés les couples homosexuels dans la société actuelle. Par là, ces courriers insistent sur le caractère progressiste de l’entreprise de Noël Mamère.

    « Merci Noël de ramer pour nous. » (414, homme, non anonyme, favorable)

    « Je ne suis pas de votre “bord politique”, mais je soutiens votre combat (et celui pour une société plus juste) comme les discriminations que caractérise l’inégalité entre les couples hétérosexuels et homosexuels.

    Vous êtes un homme politique courageux et visionnaire.

    Vous rendez à la classe politique en général une image humaine et juste. » (239, homme, non anonyme, favorable)

    24De même un parallèle avec d’autres formes d’unions, de couples (mariages dits mixtes par exemple) est établi pour insister sur l’effet bénéfique, à long terme, sur les mentalités de l’action de Noël Mamère.

    « Les sentiments ne se commandent pas, ils existent parfois malgré nous. Courageux sont ceux qui osent les vivre pleinement. Tout comme les goûts et les couleurs ne se discutent pas, quelle personne extérieure au couple peut juger de la valeur de leur Amour ? ! Votre initiative étant novatrice rencontre, certes, polémiques et opposants ; mais vous soutenez une noble cause pour laquelle je me sens concernée (je me fiance le 6 juin avec un jeune homme centrafricain…) : celle de l’Amour sans norme et non de l’Amour hors norme. J’espère que le mariage du couple sera reconnu à sa juste valeur. Quoiqu’il en sera, votre initiative aura permis d’engager échanges et réflexions et aura donc participé à faire évoluer les mentalités. » (220, femme, non anonyme, favorable)

    25Comme le soulignent plusieurs scripteurs favorables au mariage homosexuel, le PaCS proposant un cadre législatif conduisant à une certaine reconnaissance officielle des couples de même sexe, a ébranlé les mentalités. Mais, dans le même temps, en enfermant ces couples dans un statut à part, il maintient l’inégalité structurelle entre homosexualité et hétérosexualité rendant impossible une véritable évolution des mentalités. Sans le nommer, ils expriment ici, pour le dénoncer, l’hétérosexisme implicite dans les discours des précédents scripteurs. L’ouverture du mariage aux couples homosexuels est perçue comme l’opportunité d’une refonte plus juste de la société et des rapports entre ses membres.

    « C’est encore un tabou qui s’effondre, ce que le Pacs avait réussi à éviter un moment en reléguant ces “couples” en dehors de l’espace public. Si ce mariage a lieu et qu’il est médiatisé, cette image prendra une très grande valeur et fonctionnera peut-être comme un exorcisme. Cet effet sera sans doute sa plus grande vertu, en attendant que nos politiques deviennent des gens sensés et qu’ils procèdent sans trop tarder aux modifications du code civil qui établiront une véritable égalité des citoyens de ce pays. » (240, homme, non anonyme, favorable)

    « Il est vrai que le Pacs n’offre pas les mêmes droits que le mariage. Il est temps que cela change. Pourquoi les couples gay n’auraient pas les mêmes droits que les couples hétéros ? ! » (264, homme, non anonyme, favorable)

    26La question des enfants est également abordée, mais la nécessité de la différence des sexes y est affirmée comme secondaire. La question n’est pas celle technique de leur engendrement, mais celle de leur éducation. L’incompétence supposée des couples homosexuels à élever des enfants est mise en miroir avec l’incompétence avérée de certains couples hétérosexuels à le faire. De nombreux exemples, souvent autobiographiques, sont donnés :

    « Personnellement, j’aurai sûrement préféré être élevée par un couple de même sexe ; car la famille d’accueil que j’ai eue, ne m’a pas respectée : maltraitance, abus sexuel. » (211, femme, non anonyme, favorable)

    « Je suis née le quatre novembre Mille neuf cent soixante-dix-sept et je me suis faite abusée par mon père et mon grand-père maternel quand j’étais enfant, puis adolescente. » (291, femme, non anonyme, favorable)

    27La compétence à élever des enfants est reconnue aux couples homosexuels et est affirmée indépendante des orientations sexuelles des individus et uniquement dépendantes de leurs qualités personnelles.

    « Pour les gamins, mieux vaut être élevé par un couple d’homos, plutôt que placés à la DDASS. On surveille beaucoup les couples hétéros qui ont adopté des enfants, on est réticent pour l’adoption par les couples homos. Mais dans les couples “dits normaux”, on ferait bien de surveiller un peu plus. Les enfants maltraités par leurs parents, ça existe. » (272, femme, non anonyme, favorable)

    28Aux travers des fragments de courriers réunis dans cette première classe se dessinent, à grands traits, les contenus du débat social qu’a ouvert en France l’initiative de Noël Mamère.

    L’admonestation d’un maire Verts

    29La deuxième classe baptisée « l’admonestation d’un maire Verts » regroupe 37,4 % des UCE classées. Les cinq premiers traits de la classe décrivent l’identité et la fonction politique du destinataire des lettres et le localisent : Bègles, Mamère, maire, Noël, vert. Les courriers sont adressés à Noël Mamère, le maire Verts de Bègles.

    30Dès le sixième trait, la description bascule dans la qualification de la personne. Le registre devient dès lors insultant : enculé, pédé, con, cul, merde. La thématique de la honte apparaît elle aussi dans les dix premiers traits et, comme nous le verrons plus loin, concerne alternativement la honte ressentie par les scripteurs, et celle que devrait selon eux ressentir Noël Mamère. L’objet du délit : le mariage de deux hommes est énoncé dans les neuvième et onzième traits au travers de l’action de « marier » deux « pédé » et localisé temporellement par le dixième trait : en « juin ».

    31Principalement dans cette classe, les scripteurs attaquent Noël Mamère, soit brutalement par l’insulte, voire la menace, soit en décriant son action dans le domaine du politique.

    32En ce qui concerne ce domaine, les scripteurs dénoncent l’usurpation d’un mandat électoral et des prérogatives d’un maire. Noël Mamère est accusé d’utiliser sa fonction officielle et de la dévoyer pour un profit personnel ou politique. Ainsi, par exemple il est suspecté de procéder à un mariage homosexuel car étant lui-même homosexuel :

    « Pour que vous en parliez si fort, je pense que vous êtes homo vous-même et moi je suis homophobe. » (1627, homme, anonyme, défavorable)

    33Ou encore, il lui est reproché un désir exacerbé de médiatisation. Noël Mamère tiendrait cette position pour « faire parler de lui », pour « faire un coup médiatique » c’est-à-dire par orgueil, ou par désir de satisfaire son ego :

    « Nous pensons que cette démarche de votre part ne sert qu’à satisfaire votre orgueil et votre ego démesuré ; vous voulez bien faire un coup médiatique pour que l’on parle de vous. Ce mariage de pédérastes n’en est que le support. » (1191, homme, non anonyme, défavorable)

    34Quelques scripteurs lui proposent d’ailleurs, sur un mode ironique et grinçant d’autres « coups médiatiques » à faire consistant bien souvent en des mariages inter espèces : humain/animal (voir infra).

    35Le mariage homosexuel est assimilé par certains à une basse manouvre politique visant à recueillir les voix des électeurs homosexuels. Noël Mamère est présenté alors sous les traits d’un homme politique avide de pouvoir, démagogique, sans scrupule et prêt à tout pour « glaner » quelques voix supplémentaires.

    « L’élection d’un des leurs à la mairie de Paris, vestibule de l’Élysée, a révélé un “vote homo” spécifique qui fait saliver les politiques. » (1202, homme, non anonyme, défavorable)

    « Pour glaner des voix aux élections, vous n’hésitez pas à mêler votre nom aux excréments ! C’est répugnant ! Mais si vous récoltez quelques bulletins de vote gays, vous en perdrez beaucoup plus du côté des non gays. » (1598, sexe inconnu, anonyme, défavorable)

    36Ainsi, comme le souligne l’auteur du courrier 1598, la célébration de ce mariage risque de produire l’effet inverse de celui escompté. Le retentissement médiatique de « l’affaire » pourrait ainsi conduire Noël Mamère et les Verts à perdre de nombreuses voies notamment pour les proches élections à venir6. Si cette éventualité est envisagée par les scripteurs véritablement hostiles au maire comme une juste punition infligée à un homme manipulateur, elle est redoutée comme un effet secondaire indésirable par des sympathisants ou membres du parti. Certains d’entre eux recommandent à Noël Mamère de se recentrer sur ce qu’ils jugent être des questions essentielles à la société et/ou du parti des Verts. D’autres, plus « choqués », annoncent leur intention de renoncer dorénavant au vote Verts.

    « Nous sommes tout à fait de votre côté pour la protection de l’environnement sous toutes ses formes, mais nous pensons que vous allez trop loin en ce qui concerne le mariage des homosexuels. […] Là, nous ne sommes plus d’accord, vous trahissez la famille, base de notre société. Nous ne voterons plus vert. » (1191, homme, non anonyme, défavorable)

    37Enfin cette décision particulière de marier des homosexuels est parfois perçue comme antagoniste avec les principes écologistes de protection et de défense de la nature.

    « Vous qui désirez sauvegarder notre environnement, la faune et la flore et par voie de conséquence l’espèce humaine qui se trouve en bout de chaîne, en regardant comment se comportent les animaux et les plantes, à moins que la nature les ai doté d’un caractère hermaphrodite, encore inconnu chez nous, vous n’êtes pas sans ignorer qu’aucune dérive sexuelle, sauf exception que je n’ai pas encore appréhendée, n’est constatée dans leur comportement habituel. » (865, homme, non anonyme, défavorable)

    « Quand on aime la nature, entre autres, comme nous, et essayons de la protéger comment peut-on soutenir une telle cause ?… Quoi de plus beau que l’hétérosexualité. Dame Nature a fait dans toutes les espèces des femelles et des mâles qui sont fait pour vivre ensemble (en dehors des hermaphrodites et des toutes nouvelles technologies de reproduction douteuses). Comment peut-on parler de sexualité entre deux mecs car un anus n’est pas un sexe mais un orifice d’évacuation de nos déchets organiques. » (799, homme, non anonyme, défavorable)

    38La référence aux OGM est, comme cela a été remarqué dans la classe précédente, relativement récurrente, ceux-ci constituant une sorte d’objet support pour penser le mariage homosexuel comme étant a-naturel.

    « Toute proportion gardée, les couples homosexuels ne sont-ils pas aux couples hétérosexuels ce que sont les OGM aux plantes naturelles ? » (125, homme, non anonyme, défavorable)

    39D’ailleurs la référence aux OGM a été d’usage médiatique7.

    « Il est curieux de constater que pour les OGM, on ne veut pas déroger à la nature mais que pour l’être humain, on veut y déroger. » (884, homme, non anonyme, défavorable)

    40En filigrane de ces discours s’exprime souvent aussi une défiance à l’égard de la classe politique française, sur laquelle il ne semble plus possible de compter8. Ainsi certains scripteurs se sentant floués, trahis, ne sachant comment riposter, trépignent, éructent, menacent et insultent.

    « Ordure. Tu en feras peut-être un mais pas deux, on te couperas les couilles avant, salopard. » (1535, sexe inconnu, anonyme, défavorable)

    41Cette classe regroupe diverses formes d’insultes proférées soit directement à l’encontre de Noël Mamère en qualité d’individu, soit à l’homme politique : le maire élu Verts. La première insulte, celle qui revient significativement le plus souvent, est enculé avec toutes les déclinaisons de ce terme (enculeur, enculer à différents temps). La suivante utilisée par les scripteurs est PD (avec ses différentes orthographes : pédé…). Ces deux insultes qui constituent des formes classiques d’injure sont fréquemment associées, surenchérissant l’une sur l’autre. Elles sont adressées personnellement à Noël Mamère mais s’appliquent aussi aux mariés et parfois qualifient le mariage lui-même (« mariage de PD », « mariage d’enculés »).

    42Le ton peut se faire intimidateur et l’insulte devenir menace.

    « À mort les PD et les salopes vues à la tv, Monsieur le maire, Monsieur le PD […] sale PD, on va vous niquer grave. » (1956, sexe inconnu, anonyme, défavorable)

    « Les PD de ton espèce il faut les gazer. » (49, homme, non anonyme, défavorable)

    « Voilà trois PD que Hitler s’il était encore là, aurait passé par la cheminée. » (109, sexe inconnu, anonyme, défavorable)

    « Monsieur le Maire Mamaire enculé
    Mamère = pédé, enculé, déculé, débité, salopard, abrutis, connard
    Mamère = défoncé cul de pédé
    Les pédés = chambre à gaz
    […] Vive Hilter et tuons Mamère
    Mamère en chambre no 33. » (1296, sexe inconnu, anonyme, défavorable)

    43Notons que qualifier Noël Mamère d’« enculé » et de « PD », le place dans une position de passivité alors que paradoxalement (pourrait-on souligner) ce qui lui est reproché est son action (publique et médiatique). Par le truchement de la passivité, les scripteurs le renvoient dans la sphère du féminin qui devrait se cantonner au privé (Cromer, 2005 ; Perrot, 1998).

    44Mais revenons aux insultes : merde est également un terme qui apparaît souvent, juste après con et cul. L’insulte se caractérise selon Rosier (2006, p. 43) entre autres par des « constructions en nom de nom (en principe récursives9 : connard de couillon d’imbécile heureux) […] et privilégient, à l’initiale, les termes du visage (gueule de, face de, tête de/à), les termes scatologiques (caca de, bouse de, fiente de, merde de…) ». On trouve dans le corpus cette forme en construction récursive associée à l’usage du scatologique articulé au politique : « écolo de merde d’enculé » (71, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « socialiste de merde cancereuse » (909, homme, non anonyme, défavorable), « à maire de merde, ville de merde » (1345, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « cette noce de merde » (1355, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « vert de merde, un député de merde » (1553, sexe inconnu, anonyme, défavorable), etc.

    45Dans le même sens, les scripteurs s’essaient à des jeux avec la fonction de maire ou plus simplement avec le nom de Noël Mamère : « monsieur le merde » (1475, homme, anonyme, défavorable), « ma merde, heu, excusez moi mamère » (1552, sexe inconnu, anonyme, défavorable10), « vous êtes merde de bègles, vert caca d’oie » (1588, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « noël ma merde » (1646, sexe inconnu, anonyme, défavorable). Insultes scatologiques adressées principalement à Noël Mamère, sa fonction, son parti et proche (le PS) et sa ville.

    46Certains scripteurs juxtaposent tous ces aspects dans des courriers parfois très courts :

    « Marier deux hommes ! Mais vous êtes infect, vous insultez la nature.
    Vous puez Sale Type. Vous êtes de la même merde que les tarés qui vous soutiennent !
    Sale connard. C’est honteux pour Bègles d’avoir un maire tel que vous, une telle merde, un tel Con.
    Préparez-vous à passer du déodorant dans votre mairie, pourriture !
    À la poubelle, ordure !
    Député de merde. » (2025, sexe inconnu, anonyme, défavorable)

    47Selon Rosier (2006, p. 42), des domaines thématiques sont d’usage plus fréquent, notamment « les corps sexualisés (orifices et membres : enculé, bouche à pipe, tête d’anus, gros nichons, couille molle) et la scatologie (espèce de caca, sale merde) ».

    48L’usage scatologique de « merde » trouve un fondement spécifique dans le cas précis de ces courriers. En effet l’utilisation du terme ne se restreint pas à l’insulte directe, dans bien des cas elle réfère à la matière fécale en elle-même par l’intermédiaire de l’imaginaire du coït anal. Elle devient insultante par une production symbolique des scripteurs selon le style « je chie sur votre mariage de merde » par rétroaction. En effet, ils ne le disent pas directement, mais en accusant Noël Mamère de cela, ils se donnent l’occasion de l’exprimer.

    « J’ai honte de savoir qu’un type comme vous est capable “de venir chier sur nos valeurs” sans vergogne, lui l’élu du petit peuple. » (1134, homme, non anonyme, défavorable)

    « En conclusion de ce petit conte inspiré de l’évangile, M. Noël Mamère, premier magistrat de Bègles, “marier” deux sodomites, ne pensez-vous pas que c’est encore bien pire que de chier publiquement tous les matins sur le seuil de la porte des maisons de vos administrés ?… » (16, homme, non anonyme, défavorable)

    49C’est encore par l’envoi de feuilles de papier toilette11, « Préparez les déodorants », voire, dans certains cas, par une production réelle (envoi de papier toilette souillé ou de courriers souillés…) que le terme « merde » prend toute sa force insultante.

    50Ainsi le choix de ce terme n’est, d’une part, pas anodin et d’autre part, il est fréquemment associé au terme « cul ». Là encore, le ton peut être menaçant : « Vive Hitler et tuons mamère, mamère = défonce cul de pédé » (1295, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « une bonne décharge de chevrotine dans son cul, et autant à son copain » (124, sexe inconnu, anonyme, défavorable).

    51On peut noter, comme le remarque Rosier, le « surenchérisseur » (p. 43) et la « prédication adjectivale dégradante » (p. 67) introduit par l’adjectif sale. Celui-ci est associé à différentes caractéristiques de Noël Mamère : « Espèce de sale petit PD » (49, homme, non anonyme, défavorable), « sale con » (87, sexe inconnu, anonyme, défavorable ; 162, sexe inconnu, anonyme, défavorable ; 1070, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « sale tapette » (89, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « sale politicien » (1486, sexe inconnu, anonyme, défavorable).

    52Sale se trouve également allié à merde :

    « sale merdeux » (206, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « des culs sales et merdeux » (857, homme, non anonyme, défavorable), etc.

    53Et toujours et encore le ton peut être menaçant, voire les menaces s’affichent non voilées,

    « on te fera ta peau sale mamère = sale con » (1951, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « je te ferai ta sale peau » (1276, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « j’espère que l’on vous réglera votre compte très bientôt sales dégénérés » (1944, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « crève vite saloperie immonde » (909, homme, non anonyme, défavorable).

    54Au moyen de ces insultes, les personnes expriment la honte que, selon elles, devrait ressentir le Maire Verts :

    « vous n’avez pas honte » (1572, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « que la honte soit sur lui pour toujours » (1520, sexe inconnu, anonyme, défavorable),

    55ou l’écœurement, le dégoût ressentis cette fois par elles. Cette honte est éprouvée tantôt, en tant qu’individu :

    « j’ai honte » (0061, homme, anonyme, défavorable ; 1647, homme, anonyme, défavorable),

    56tantôt en tant que membre d’un collectif (du groupe le plus restreint, militants Verts, habitant de Bègles… ; au plus large) :

    « quelle honte pour la France ! » (1211, homme, non anonyme, défavorable), « quelle honte pour l’être humain » (1549, sexe inconnu, anonyme, défavorable).

    57Les menaces de mort ponctuent une fois encore les discours, comme pour essuyer l’affront subi, pour laver outrage et honte : « honte à Bègles, mort à toi mamère au nom des Français dignes de l’être » (1467, homme, anonyme, défavorable).

    58L’admonestation haineuse de Noël Mamère qui se déploie dans cette classe, s’oppose au discours glorifiant un maire courageux que l’on peut trouver dans la classe précédemment décrite où sont discutées les définitions du mariage et la pertinence de l’action qu’il a entreprise.

    « Je tenais à vous apporter mon soutien en ces moments particulièrement pénibles ou votre esprit de tolérance est injustement mis à mal. Bravo pour avoir tenu tête à la droite, aux actionnaires, malgré le risque de perte de votre mandat de maire ; peu aurait eu votre courage ! Je vous précise que cette lettre n’a rien de communautariste.
    Je suis en effet totalement hétérosexuelle, mais le retour aux pogroms antihomo m’inquiète et me révolte. » (276, femme, non anonyme, favorable)

    « Je vous transmets ces copies pour plusieurs raisons : la première, et qui me paraît essentielle, est que je vous cite la seconde, est une sorte de gratitude face à votre prise de responsabilité et votre honnêteté. » (282, femme, non anonyme, favorable)

    « Monsieur Noël Mamère, pourtant hétérosexuelle, j’admets tout à fait que deux êtres du même sexe puissent s’aimer et désirent se marier. Cela ne me choque pas du tout. Je voulais simplement vous dire combien j’apprécie votre courage d’oser célébrer l’union de deux personnes du même sexe qui s aiment, dans un pays hypocrite et rétrograde. » (213, femme, non anonyme, favorable)

    59Au sein des fragments de courriers réunis dans cette classe se déploie sous ses diverses formes le registre de l’insulte homophobe, visant à faire disparaître symboliquement les divers acteurs impliqués dans l’initiative de Noël Mamère, et l’initiative en elle-même.

    La réprobation religieuse

    60Constituant la classe la plus petite (9 % du corpus analysé), la classe baptisée « la réprobation religieuse » condense les formes de discours renvoyant au religieux, laissant apparaître un contenu assez uniforme et répétitif. C’est d’abord Dieu, le Seigneur, et sa parole qui sont invoqués. Sont précisées ensuite les sources, à savoir les différentes formes des écritures : les versets, la Bible, les chapitres, les lettres aux Romains et Corinthiens, les livres, le Lévitique, la Genèse, les épîtres, les évangiles… Enfin, l’enseignement de Dieu est mis en avant comme un avertissement au travers d’un exemple récurrent celui de Sodome et Gomorrhe. La même citation tirée de l’Ancien Testament, Lévitique (18 :22) revient, avec des variations, comme un leitmotiv et ponctue l’ensemble de ce discours religieux.

    « Vous ne devez pas coucher avec un homme comme on couche avec une femme ; c’est une pratique monstrueuse. » (166, homme, non anonyme, défavorable)

    « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. » (772, homme, non anonyme, défavorable)

    « L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commise, ils devront mourir. » (923, sexe inconnu, non anonyme, défavorable)

    61Au travers de ces citations, les scripteurs évoquent d’abord « l’usage naturel de la femme » pour l’homme en citant Saint Paul et son Épître aux Romains (chapitre 1, versets de 18 à 32).

    « Leurs femmes ont changé l’usage naturel en celui qui est contre nature ; et de même les hommes, abandonnant l’usage naturel de la femme, se sont enflammés dans leurs désirs les uns pour les autres. » (770, homme, non anonyme, défavorable)

    « Les hommes délaissant l’usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l’infamie d’homme à homme et recevant en leurs personnes l’inévitable salaire de leur égarement…, le sida, par exemple, et, voie ouverte à la pédophilie… » (923, sexe inconnu, non anonyme, défavorable)

    62Cet argument rappelle ainsi une conception de la nature fondée sur un ordre divin. Car c’est bien à partir de l’enseignement et de la parole de Dieu que la nature est définie, et ceci en se fondant sur la différence des sexes. Cette différence passe ainsi d’un registre biologique à un registre religieux, selon le même processus que pour la classe « les définitions du mariage ».

    63Sont alors abordées par les scripteurs, les punitions infligées à ces hommes (ou ces femmes12) du fait de l’abandon d’un usage naturel pour un usage contre nature. Le sida, par exemple, est proposé, s’enracinant dans le mode d’appréhension qui fut d’usage au début de l’apparition de cette maladie dans les années 80, en tant que malédiction, châtiment ou punition divine (Herzlich et Pierret, 1988). D’ailleurs, le discours de cette classe est empreint de l’idée de punition d’une faute, lisible dans le vocabulaire significatif de la classe : pêché, égarement, commettre, infâme, abomination, avertir, recevoir, salaire, mort, juger, punir, condamner.

    64Toujours dans ce registre, les scripteurs rappellent les punitions infligées à Sodome et Gomorrhe du fait des mœurs dissolues13 de leurs habitants en citant le livre de la Genèse.

    « sans oublier le célèbre passage de la Genèse, chapitre 19 où Dieu a détruit Sodome (ces sodomites) car ils se livraient à ces actes contre nature. » (165, homme, non anonyme, défavorable)

    « Sodome et Gomorrhe et les villes voisines, qui se livrèrent comme eux à l’impudicité et à des vices contre nature, sont données en exemples subissant la peine d’un feu éternel… Dieu a créé : l’Homme et la Femme et qu’il soient un. » (816, homme, non anonyme, défavorable)

    65Au-delà de la punition divine face à l’infâme abomination de cette union contre nature, il est question de « purifier » de la souillure, c’est-à-dire du pêché de sodomie, et ce de diverses façons dont la destruction ou très souvent le feu. D’autant que le feu étant la punition divine pour les habitants de Sodome, il constitue le mode de purification par excellence. En outre, et le feu en est justement le symbole, toute contamination pourra être évitée. Car dans ces discours inscrits dans le religieux, la question des enfants est encore présente et se trouve abordée selon deux aspects. D’abord, certains scripteurs décrivent les enfants en tant que catégorie « fragile » de la société qu’il est nécessaire de préserver. Ils évoquent alors les problématiques très générales liées aux mauvais traitements sexuels, ou de façon plus précise envisagent la façon dont les enfants baignés dans une société dépravée parce qu’acceptant explicitement l’homosexualité, deviendront eux-mêmes dépravés.

    « Lorsque j’entends les informations sur les procès en cours (pédophilies et autres sévices sexuels) quel exemple donnez-vous ! » (904, femme, non anonyme, défavorable)

    « Ou en supprimant Dieu qu’est Amour et Vie de leur vécu, l’autre, le rusé, le Démon, ne peut faire autre que de venir occuper cette place vide. Et nous connaissons le sale travail de celui-ci, […] Aussi ne nous étonnons plus si aujourd’hui, des jeunes déjà tarés par la vie de leur parents en arrivent à l’école, pas même adultes à tuer froidement ses copains, parce qu’ils avaient vu cela au ciné […] Fruits, résultats de ces perversions qu’on nous jette en réclame tous les jours : viols qui se multiplient souvent suivis de meurtre, suicides… Ainsi le vice de l’homosexualité entraîne imperturbablement à tout cela […]. Cette humanité si déshumanisée à force de braver toutes les lois naturelles régies par le ciel. » (1206, homme, non anonyme, défavorable)

    66Ou bien, la question des enfants est traitée sous l’angle « classique » de la possibilité ouverte par le mariage d’avoir des enfants au sein de couples homosexuels.

    « Quant aux couples homosexuels qui veulent des enfants d’une manière ou d’une autre, c’est le comble de l’abomination, car ils seront à jamais marqués par le vice.
    On n’a pas le droit de salir l’âme des petits enfants, “ils sont la couronne de gloire du Seigneur, cessons de les abîmer avec les pensées perverses du monde impie […]”. » (923, sexe inconnu, non anonyme, défavorable)

    67Nous voyons donc apparaître dans ce corpus, en particulier au sein des courriers défavorables, des discours qui peuvent être qualifiés d’homophobes. Cette rhétorique homophobe qui transcende les trois classes isolées par Alceste, s’inscrit selon nous dans un seul lieu de sens commun, celui de la nature qui s’exprime au travers de la différence des sexes. Plus précisément, si la nature est invoquée c’est pour mettre en avant sa transgression conduisant à une perte de l’altérité, venant mettre en danger l’ensemble de la société. Ce sont ces points que nous allons maintenant traiter.

    Une rhétorique homophobe

    La transgression d’une différence « naturelle »

    68La rhétorique homophobe fondée sur la notion de nature et corollairement de la contre nature, est d’usage relativement ancien selon Tin (2003a). Renvoyant principalement à la religion ou à la médecine, elle serait relativement pauvre, construite autour de quelques injures et ne nécessitant guère plus d’une phrase du fait de son évidence partagée par tous. Toutefois, le discours sur l’homosexualité se faisant de plus en plus médiatique et politique, cette rhétorique a dû s’étoffer et affiner ses arguments par l’usage de divers « lieux » scientifiques portant caution, afin de conserver son efficace. Ainsi, il n’est pas question ici d’une nouvelle période de notre histoire plus homophobe, mais simplement d’une évolution des modes argumentatifs du fait des transformations sociétales relatives aux questions sexuelles en général. La nature devient alors la différence des sexes ou l’altérité, concepts issus des disciplines scientifiques que sont la psychologie, la psychanalyse ou encore l’anthropologie. Dans les courriers analysés datant de 2004, la référence aux pratiques contre nature est présente dans la classe de « la réprobation religieuse » au travers de l’exemple de Sodome et Gomorrhe qui sonne comme un avertissement. La transgression de l’ordre naturel, institué par Dieu, impliquant une distinction entre le masculin et le féminin qui, par complémentarité, structurent la société, notamment par l’intermédiaire de la reproduction des enfants, est synonyme, au-delà de la transgression morale, d’une transgression sociale. Ainsi, les locuteurs qui font référence à la religion pour exposer leur désaccord, évoquent la différence des sexes fondamentale mais bafouée du fait de l’homosexualité rendue visible par l’acte de désobéissance politique de Noël Mamère : « l’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commise, ils devront mourir » (par exemple lettre n ° 923). La peur qu’ils expriment du fait de la situation de danger dans laquelle la transgression de l’ordre naturel de la différence des sexes place la société, se lit dans la récurrence du passage de la Genèse relatant l’épisode de la destruction de la ville de Sodome. La destruction de la ville par le feu « purificateur » divin renvoie à la possibilité de la décadence ou de la déchéance de la société française si elle abandonne cette différence fondamentale. La peur est également lisible dans l’évocation d’un risque de contamination de la société par l’intermédiaire des enfants. Rendre visible l’homosexualité par l’institution du mariage correspond, pour les discours de cette classe, à attirer les enfants dans une voie qui est perçue non pas comme dangereuse pour eux-mêmes, mais plutôt comme dangereuse pour l’ensemble de la société que ces enfants seront amenés à constituer.

    69Dans la classe de « l’admonestation d’un maire Verts », les deux insultes les plus récurrentes enculé et PD ou pédé renvoient explicitement à la transgression de la loi naturelle de la différence des sexes qui se traduit, du point de vue de la sexualité, par la normalité et l’exclusivité du coït génital. Recourir à ces insultes, c’est pointer une pratique sexuelle, en l’occurrence le coït anal, et par extension, les individus identifiés par elle, comme dégradante et condamnable parce qu’anormale. En insultant Noël Mamère sur ce mode, les scripteurs mettent bien en avant cette transgression de la nature qui conduit à celle de la loi sociale fondée sur l’union d’un homme et d’une femme. La honte, autre forme caractéristique de cette classe, constitue l’indicateur, en quelque sorte, de cette double transgression. Les scripteurs enjoignent Noël Mamère à éprouver de la honte, puisqu’il transgresse les lois naturelle et sociales. Comme l’évoque Chauvin (2003), la honte ressentie par les homosexuels14 est l’expression de l’intériorisation et de l’incorporation de l’injonction de la société à se cacher, du fait que celle-ci les ramène à leur pulsion sexuelle, a priori invisible dans notre société, et qui correspond au coït anal ou sodomie, c’est-à-dire aux bas instincts, à la bestialité, à l’animalité. La honte qui est demandée à Noël Mamère par projection de celle ressentie par certains scripteurs, ou qui est éprouvée par d’autres du fait d’un transfert, est donc bien le signe de la transgression de la loi sociale et de fait, de la mise en danger de la société.

    70Enfin, la classe « les définitions du mariage » est particulièrement représentative de ce processus de double transgression, et ce d’autant plus qu’elle se constitue simultanément à partir de discours favorables et défavorables. Ces deux registres partent du même lieu de sens commun de la différence naturelle des sexes, mais produisent des argumentations opposées. Les scripteurs favorables présentent la différence naturelle des sexes comme non pertinente du point de vue social. Ainsi, parce que cette différence relève de la nature, elle n’a pas à entrer en ligne de compte dans des modes de vie qui s’inscrivent dans la société, autrement dit qui sont, fondamentalement, construits socialement. Dans cette rhétorique, les scripteurs distinguent les registres de la nature et de la société au profit du second pour traiter des problématiques sociétales. Il n’est donc pas question de transgression, ni des lois de la nature, ni de celles de la société, mais plutôt de son évolution vers plus d’intégration : « c’est seulement l’expression d’un moyen heureux de constater une évolution positive des mœurs » (244, homme, non anonyme, favorable), « c’est en posant des actes de ce genre qu’on accélère l’évolution des mentalités » (309, homme, non anonyme, favorable).

    71Au contraire, les courriers défavorables développent leur discours sur cette différence naturelle des sexes qui conduit à percevoir l’ouverture du mariage civil aux homosexuel-les comme une transgression de la loi de la nature qui conduit à une transgression de la loi sociale. Ainsi, un homme défavorable au mariage homosexuel affirme-t-il qu’« il est des frontières que l’on ne doit pas dépasser. Il est des règles que l’on doit respecter pour ne pas ébranler les fondements sur lesquels la société repose et qui en font la grandeur » (125, homme, non anonyme, défavorable). Cette double transgression, on le voit, signifie pour les scripteurs la déstructuration de la société laissant apparaître toutes les « dérives » comme subitement envisageables. La possible légalisation de la pédophilie est évoquée : « demain, se fondant sur votre attitude, n’importe quel deviationniste pourra alléguer d’un mariage officiel d’adulte avec un enfant » (503, homme, non anonyme, favorable). Et les références à l’affaire d’Outreau sont fréquentes dans le corpus, cette affaire étant d’actualité en 2004. La pédophilie est exemplaire de la transgression de la loi sociale, en gommant la différence des sexes, on gommerait toute différence comme l’écrit cette homme défavorable au mariage homosexuel :

    « dans peu de temps, dix ou vingt ans, on mariera des humains et des animaux, de vieux pédophiles et de jeunes enfants, si, si, pourquoi pas ? Au nom de quelle morale puisque votre geste, qui fera des émules, l’a fait disparaître. » (27, homme, non anonyme, défavorable)

    72Encore en proposant le mariage unissant un humain à un objet :

    « aujourd’hui voilà que l’illicite devient licite. M. Mamère, si je continue dans votre lancée, pourquoi ne pas marier un être humain avec un animal ou un objet. » (1033, homme, non anonyme, défavorable)

    73ou à un arbre :

    « j’aimerais que vous acceptiez de marier mon grand frère avec son prunier : le code civil n’interdit pas le mariage avec des végétaux. » (841, homme, non anonyme, défavorable)

    Une projection dans l’univers de l’animalité

    74Parmi ces nouveaux mariages envisagés, la légalisation, ou plus précisément la consécration possible de la zoophilie tient une place de choix :

    « Mr mamere, la loi sur le mariage ne donne pas non plus de précision sur le mariage d’un être humain avec un animal ! Alors Mr mamere ! Quand marierez-vous un homme ou une femme avec un chien ou une chèvre. Ca, ça serait très écolo ! Car la zoophilie, ça existe aussi. » (960, homme, non anonyme, défavorable),

    75ou encore :

    « À quand l’union d’un homme et d’un animal ? Je vous imagine fort bien épousant une truie. » (1695, sexe inconnu, anonyme, défavorable)

    76Et de nombreux courriers, souvent rédigés sur un ton humoristique, consistent en la demande de l’officialisation d’union entre humains et animaux.

    « Je vous demande d’accéder à mon souhait le plus cher : épouser mon baudet, dont vous n’ignorez pas d’ailleurs que une des variétés s’appelle le bardot. » (144, sexe inconnu, non anonyme, défavorable)

    77écrit quelqu’un qui, pour l’occasion, a emprunté l’identité de Brigitte Bardot, ou :

    « je souhaiterais votre concours pour m’aider à épouser mon chien : le code civil n’interdit pas le mariage avec des animaux. » (841, homme, non anonyme, défavorable)

    78Cette extension au monde animal semble d’autant plus cohérente du fait de l’appartenance politique de Noël Mamère… être écologiste, n’est-ce pas nécessairement aimer les animaux demandent fallacieusement plusieurs scripteurs.

    79Ces scripteurs s’emparent de la mise en cause du principe de l’altérité des sexes au sein du mariage, pour projeter le mariage homosexuel dans les abîmes d’une altérité radicale, une altérité conçue en termes d’espèce. Par un étrange jeu de symétrie, le mariage homme-animal apparaît comme l’équivalent du mariage homosexuel. Tout se passe comme si le non respect de la « juste altérité » requise par le mariage :

    « [Le mariage homosexuel] est un scandale car le mariage est l’union de deux personnes de sexe opposé. Il réclame l’altérité » (817, homme, non anonyme, défavorable),

    80était perçue comme l’ouverture de la possibilité d’y introduire toutes les formes possibles d’altérité. S’inscrivant dans cette logique pour la dénoncer, la substitution de l’un des membres du couple par un animal est présentée comme étant tout à fait légitime. Dès lors, il n’est plus besoin de condamner l’homosexualité, ni même d’y faire référence, pour discréditer le mariage homosexuel et le faire apparaître absurde, le révéler incongru.

    81En effet, le respect de la différence des sexes est souvent de rigueur dans ces unions imaginées entre humain et animal. Ainsi, à Noël Mamère, il est proposé d’épouser une truie et non un porc, ou encore dans cette lettre, le scripteur raconte l’union entre un berger et sa brebis :

    « les bergers de l’Ariège passent six mois en estive, loin de tout contact avec les humains. Ils choisissent une brebis qu’ils élèvent au rang de favorite. Elles sont, selon eux, des compagnes parfaites. Elles n’ont jamais la migraine. » (1121, homme, non anonyme, défavorable)

    82De même dans une lettre signée Alphonse Daudet, un homme déclare :

    « Je partage, depuis bientôt 5 ans, la vie de Blanchette, la chèvre de Monsieur Seguin mon voisin. Notre parfaite communauté d’idées s’est vite complétée d’une sexualité des plus harmonieuses. » (196, sexe inconnu, anonyme, défavorable)

    83et demande à Noël Mamère de célébrer leur mariage.

    84Par cette transposition, c’est non seulement le mariage homosexuel qui est projeté dans l’ordre de l’animalité, mais aussi insidieusement par le truchement d’un second jeu de symétrie, l’homosexuel. En effet, l’homosexualité des mariés est mise en miroir avec une homologie insinuée ou explicitée entre l’humain et l’animal déclarant vouloir s’épouser. La similarité des sexes présente dans le couple homosexuel est remplacée par une similarité d’une autre nature dans le couple homme-animal. C’est par l’homonymie entre le nom de l’animal (le bardot) et le patronyme de l’actrice que cette similarité est établie dans la lettre 144. Plus brutalement, c’est bien souvent par l’escamotage de l’identité animale ou humaine de l’un des termes du couple qu’est opéré le rétablissement d’une similarité. Si dans les lettres écrites dans le style le plus humoristique c’est l’animal qui semble être hominisé (les brebis de la lettre 1 121 n’ont pas la migraine, la chèvre de Monsieur Seguin a des idées), il n’en demeure pas moins, qu’in fine, c’est l’homme qui est ravalé à l’ordre animal. à Noël Mamère, qui dans de nombreux courriers est qualifié de porc :

    « surtout ne venez jamais en Bretagne, nous avons déjà suffisamment de porcs comme cela » (1486, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « espèce de gros porc en mal de prestige » (1357, sexe inconnu, anonyme, défavorable), « vous êtes un porc » (1553, sexe inconnu, anonyme, défavorable),

    85est explicitement proposé un mariage avec une truie (1695, femme, anonyme, défavorable).

    86Ce double jeu de symétrie enferme définitivement l’homosexuel dans une figure de l’animalité.

    L’homophobie : entre visible et invisible

    87Qu’il s’agisse de confiner l’homosexualité dans le registre de l’animalité, d’interpeller Noël Mamère sur le mode de l’insulte ou par l’appel à la religion, le procédé lisible dans ces discours défavorables est identique. Il consiste à commander à Noël Mamère le retour de l’homosexualité dans l’ordre de ce qui est caché. Ainsi son action suscite des réactions défavorables, homophobes, de violence variable, parce qu’elle porte au regard publique de tous, l’homosexualité. Plus, Noël Mamère propose de l’inscrire dans la sphère publique au travers de son institutionnalisation par l’accès au mariage civil. Et c’est contre cette visibilité que s’élèvent les courriers défavorables, que s’élaborent les propos homophobes. En effet, qualifier l’individu et les relations entre personnes de même sexe, d’homosexuels, les expose et les réduit à la seule dimension sexuelle. Et la mise en exergue de la pulsion sexuelle, en tant que bas instinct, soumise à l’invisibilité dans l’ordinaire social, rend compréhensibles les productions discursives des scripteurs liées à la bestialité et à l’animalité. Comme corollaire à cette sexualité visibilisée, le registre de la honte telle qu’elle peut être décrite par Chauvin (2003) comme nous l’avons vu plus haut, est utilisé par les scripteurs. Il y a d’une part la honte qu’ils expriment et d’autre part, celle que Noël Mamère, voire les mariés, devraient ressentir, mais sans jamais expliciter la ou les raisons de ce sentiment tant son évidence est forte. Ils signifient à Noël Mamère le sentiment « normal » selon eux, qui pose que porter la sexualité sur la place publique ne peut qu’engendrer de la honte chez ceux qui le font tout autant que chez ceux qui en sont les spectateurs, autrement dit eux-mêmes. Ils rappellent ainsi que les homosexuels sont soumis à l’injonction de la discrétion voire du secret, car révéler son homosexualité, c’est affirmer, exposer le sexuel. Ce que Noël Mamère par son initiative semble avoir oublié.

    88Deux niveaux d’homophobie sont alors repérables dans ce corpus. Le premier se voit dans les figures homophobes directement inscrites dans les courriers, telles que nous les avons décrites au long de ce texte. C’est le plus évident.

    89Un second niveau existe selon nous, qui consiste en une homophobie performative, car elle opère dans l’injonction des scripteurs au retour à l’invisibilité de l’homosexualité. Se développe ici la problématique du secret qui entoure en général l’homosexualité et qui est souvent abordée à partir de la métaphore du « placard15 ». Ainsi, le placard est considéré comme « une expérience originelle, le lieu d’un travail constant qui exige une attention sans faille aux situations sociales, à ce qu’elles requièrent parfois de secret et de double jeu, à ce qu’elles permettent à l’occasion d’ambiguïté ou d’affirmation de soi » (Mangeot, 2003, p. 130). C’est selon Chauvin (2003), ce qui constitue l’entrée dans la honte, autrement dit dans l’invisibilité, par l’entrée dans le secret du placard, pour ceux-celles qui se reconnaissent à un moment donné comme homosexuel-le-s. La prise de conscience de la situation de domination des homosexuels devient alors effective, l’identité homosexuelle se construisant en résistance à ce processus d’invisibilité. Dans ce sens, Kosofsky-Sedgwick (2008) aborde la notion de « placard » en proposant d’en faire l’épistémologie car selon elle, entrer ou sortir du placard (i. e. dire ou taire son homosexualité à un entourage) s’insère dans un rapport de savoir et de pouvoir entre l’individu concerné et son entourage. Identifiant trois tropes différents (Trachman, 2008) – en être, ne pas en être, il faut en être pour savoir –, elle révèle le fonctionnement de ce qu’elle considère comme la structure du placard. à travers ces tropes, ce qu’elle nomme le spectacle du placard montre la dissymétrie fondamentale entre homosexualité et hétérosexualité qui se traduit par l’enfermement dans la position d’infériorité de l’homosexuel-le contraint à tenir ou ne pas tenir un discours sur soi que l’hétérosexuel n’a pas à tenir. Dans ce même sens, l’homosexuel-le est également l’objet du discours des autres. Mais dès lors qu’il se veut sujet de son discours, il devient provoquant et est sommé de retrouver la discrétion qui fait sa condition et qui permet le retour à l’ordre social (Eribon, 1999). L’analyse de la structure du placard met en évidence l’homophobie insérée dans cette dynamique du secret et de sa « révélation » aux autres, voire à soi-même.

    90Les scripteurs des courriers reçus par Noël Mamère s’inscrivent pleinement dans cette dynamique sociétale pour produire leur discours homophobe et jouer l’homophobie. Ils assignent ainsi les divers acteurs concernés, Noël Mamère, les mariés, parfois le personnel de la mairie de Bègles, d’autres hommes politiques, à une homosexualité non pas dans le simple objectif de dénoncer un complot du lobby gay (argument somme toute classique dans les attaques politiques), mais plutôt visant l’enfermement dans une position infériorisée et surtout les privant de toute parole possible. La rhétorique homophobe constitue donc avant tout, selon nous, un processus qui vise à déposséder l’autre de sa parole, de sa capacité d’être un acteur à part entière de la société française.

    Notes de bas de page

    1 Nous ne traiterons ni des coupures de presse, ni des mémoires, ou documents parfois longs joints aux lettres.

    2 Saadi Lahlou (1998), le premier, dans Penser manger, a mis en évidence son efficace pour saisir les représentations de manger aussi bien dans les réponses à des questions ouvertes que dans un dictionnaire comme le Grand Robert. Pour une présentation plus exhaustive de l’intérêt de cet outil dans les recherches sur les représentations sociales voir : Kalampalikis (2003).

    3 Bien que le sexe ne constitue pas une variable significative dans les courriers comme cela a été montré dans le chapitre précédent, nous avons choisi de le préciser comme une information usuelle dans les interactions quotidiennes.

    4 L’extrait qui suit illustre parfaitement ce type d’attitude : « Quoi qu’on en pense, [l’homosexualité est] une anomalie de la nature qu’il faut certes admettre et respecter, sans pour autant jeter la confusion dans l’institution mariage qui doit rester ce qu’elle a toujours été. Les homos n’ont pas besoin de ce label pour s’aimer et vivre ensemble. S’il faut améliorer le statut du Pacs, améliorons-le. » (793, homme, défavorable, non anonyme).

    5 Dans les courriers, le couple homosexuel de référence est un couple d’hommes. Toutefois, la question des mères porteuses n’est pas développée dans ces courriers, sans doute du fait qu’en 2004 il ne s’agissait pas encore d’une problématique faisant l’objet d’une polémique sociale et politique médiatisée comme c’est le cas depuis 2009-2010 avec la révision des lois de bioéthiques. De plus, peu d’extrapolations à des couples de femmes sont faites. La question de la procréation médicalement assistée (avec don de sperme) n’est pas évoquée.

    6 Pour le contexte du mariage de Bègles, voir le chapitre précédent au point Le monde et la France en 2004 : les événements.

    7 Pour le contexte médiatique, voir le chapitre précédent au point Les prises de positions relatives au mariage de Bègles.

    8 Dans cette classe, sont évoqués des hommes politiques autres que Noël Mamère qui sont Delanoë, Jospin, Hollande ou encore Lang, ainsi que Chirac mais généralement pour le défendre des attaques de la gauche ou de Noël Mamère.

    9 Qui peut être répété un nombre indéfini de fois par l’application de la même règle (Le Petit Robert).

    10 Des jeux de mots usant d’autres insultes sont également produits pour d’autres hommes politiques. Et quelques jeux de mot avec « con » dont un récurrent avec Daniel Cohn-Bendit.

    11 Accompagné d’une légende de type « pour après la cérémonie ».

    12 L’extrapolation aux femmes, de la situation du mariage entre deux hommes à Bègles, ne se trouve pratiquement que dans cette classe du discours religieux, du fait probablement que les textes religieux cités par les scripteurs évoquent les femmes.

    13 L’autre interprétation dont les scripteurs n’usent pas comme argument dans ces courriers, pose que les habitants de Sodome auraient été punis du fait de leur manque d’hospitalité (Boswell, 1985).

    14 La dimension sexuelle étant plutôt l’apanage de l’homme, la femme n’a pas de sexualité sans homme, c’est-à-dire sans pénis, l’idée développée par Chauvin concernant la honte nous semble plus correspondre aux hommes homosexuels. C’est pourquoi, le féminin n’apparaît pas dans notre texte dans « homosexuels ». Cela ne signifie pas que nous pensons que les femmes homosexuelles ne ressentent pas de honte, mais plutôt que celle-ci s’élabore différemment.

    15 Le terme doit bien sûr être situé dans un contexte historique. Il est postérieur aux émeutes de Stonewall (USA) en juin 1969 (Busscher de, 2003) et a été élaboré au travers d’une utilisation intense dans cette période d’émancipation de l’homosexualité, en réaction notamment au sentiment de la jeune génération des années 1970 d’une trop grande invisibilité des plus anciens (Mangeot, 2003, 2004).

    Auteurs

    • Estelle Masson
      Maître de conférences en psychologie sociale, Centre de Recherches en Psychologie, Cognition et Communication (CRPCC – EA 1285), université de Bretagne occidentale, université européenne de Bretagne, Brest
    • Christèle Fraïssé
      Maître de conférences en psychologie sociale, Centre de Recherches en Psychologie, Cognition et Communication (CRPCC – EA 1285), université de Bretagne occidentale, université européenne de Bretagne, Brest
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    1 Nous ne traiterons ni des coupures de presse, ni des mémoires, ou documents parfois longs joints aux lettres.

    2 Saadi Lahlou (1998), le premier, dans Penser manger, a mis en évidence son efficace pour saisir les représentations de manger aussi bien dans les réponses à des questions ouvertes que dans un dictionnaire comme le Grand Robert. Pour une présentation plus exhaustive de l’intérêt de cet outil dans les recherches sur les représentations sociales voir : Kalampalikis (2003).

    3 Bien que le sexe ne constitue pas une variable significative dans les courriers comme cela a été montré dans le chapitre précédent, nous avons choisi de le préciser comme une information usuelle dans les interactions quotidiennes.

    4 L’extrait qui suit illustre parfaitement ce type d’attitude : « Quoi qu’on en pense, [l’homosexualité est] une anomalie de la nature qu’il faut certes admettre et respecter, sans pour autant jeter la confusion dans l’institution mariage qui doit rester ce qu’elle a toujours été. Les homos n’ont pas besoin de ce label pour s’aimer et vivre ensemble. S’il faut améliorer le statut du Pacs, améliorons-le. » (793, homme, défavorable, non anonyme).

    5 Dans les courriers, le couple homosexuel de référence est un couple d’hommes. Toutefois, la question des mères porteuses n’est pas développée dans ces courriers, sans doute du fait qu’en 2004 il ne s’agissait pas encore d’une problématique faisant l’objet d’une polémique sociale et politique médiatisée comme c’est le cas depuis 2009-2010 avec la révision des lois de bioéthiques. De plus, peu d’extrapolations à des couples de femmes sont faites. La question de la procréation médicalement assistée (avec don de sperme) n’est pas évoquée.

    6 Pour le contexte du mariage de Bègles, voir le chapitre précédent au point Le monde et la France en 2004 : les événements.

    7 Pour le contexte médiatique, voir le chapitre précédent au point Les prises de positions relatives au mariage de Bègles.

    8 Dans cette classe, sont évoqués des hommes politiques autres que Noël Mamère qui sont Delanoë, Jospin, Hollande ou encore Lang, ainsi que Chirac mais généralement pour le défendre des attaques de la gauche ou de Noël Mamère.

    9 Qui peut être répété un nombre indéfini de fois par l’application de la même règle (Le Petit Robert).

    10 Des jeux de mots usant d’autres insultes sont également produits pour d’autres hommes politiques. Et quelques jeux de mot avec « con » dont un récurrent avec Daniel Cohn-Bendit.

    11 Accompagné d’une légende de type « pour après la cérémonie ».

    12 L’extrapolation aux femmes, de la situation du mariage entre deux hommes à Bègles, ne se trouve pratiquement que dans cette classe du discours religieux, du fait probablement que les textes religieux cités par les scripteurs évoquent les femmes.

    13 L’autre interprétation dont les scripteurs n’usent pas comme argument dans ces courriers, pose que les habitants de Sodome auraient été punis du fait de leur manque d’hospitalité (Boswell, 1985).

    14 La dimension sexuelle étant plutôt l’apanage de l’homme, la femme n’a pas de sexualité sans homme, c’est-à-dire sans pénis, l’idée développée par Chauvin concernant la honte nous semble plus correspondre aux hommes homosexuels. C’est pourquoi, le féminin n’apparaît pas dans notre texte dans « homosexuels ». Cela ne signifie pas que nous pensons que les femmes homosexuelles ne ressentent pas de honte, mais plutôt que celle-ci s’élabore différemment.

    15 Le terme doit bien sûr être situé dans un contexte historique. Il est postérieur aux émeutes de Stonewall (USA) en juin 1969 (Busscher de, 2003) et a été élaboré au travers d’une utilisation intense dans cette période d’émancipation de l’homosexualité, en réaction notamment au sentiment de la jeune génération des années 1970 d’une trop grande invisibilité des plus anciens (Mangeot, 2003, 2004).

    L’homophobie

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    L’homophobie

    Ce livre est cité par

    • Dargentas, Magdalini. Fraïssé, Christèle. (2011) Contribution à l'étude psychosociale du religieux : analyse des contenus associés au mariage homosexuel et à la crémation. Bulletin de psychologie, Numéro 512. DOI: 10.3917/bupsy.512.0133

    Ce chapitre est cité par

    • Dargentas, Magdalini. Fraïssé, Christèle. (2011) Contribution à l'étude psychosociale du religieux : analyse des contenus associés au mariage homosexuel et à la crémation. Bulletin de psychologie, Numéro 512. DOI: 10.3917/bupsy.512.0133
    • Fraïsséc, Christèle. (2012) La famille homoparentale, une représentation sociale émergente. Bulletin de psychologie, Numéro 520. DOI: 10.3917/bupsy.520.0337
    • Lavrilloux, Mathilde. Masson, Estelle. (2018) Le régime : une affaire de femme et non d’homme ? Influence des représentations sociales sur la description et la nomination des pratiques de contrôle alimentaire. Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, Numéro 117-118. DOI: 10.3917/cips.117.0071
    • (2013) Les peurs collectives. DOI: 10.3917/eres.delou.2013.01.0191
    • Fraïssé, Christèle. (2019) Vers une exploration des représentations sociales des familles homoparentales et hétéroparentales. Revue québécoise de psychologie, 40. DOI: 10.7202/1064925ar

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    Masson, E., & Fraïssé, C. (2011). Des « lieux » de l’homophobie : transgression des lois naturelles, transgression des lois sociales. In C. Fraïssé (éd.), L’homophobie. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.60977
    Masson, Estelle, et Christèle Fraïssé. « Des “lieux” de l’homophobie : transgression des lois naturelles, transgression des lois sociales ». In L’homophobie, édité par Christèle Fraïssé. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2011. doi:10.4000/books.pur.60977.
    Masson, Estelle, et Christèle Fraïssé. « Des “lieux” de l’homophobie : transgression des lois naturelles, transgression des lois sociales ». L’homophobie, édité par Christèle Fraïssé, Presses universitaires de Rennes, 2011, https://doi.org/10.4000/books.pur.60977.

    Référence numérique du livre

    Format

    Fraïssé, C. (éd.). (2011). L’homophobie. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.60896
    Fraïssé, Christèle, éd. L’homophobie. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2011. doi:10.4000/books.pur.60896.
    Fraïssé, Christèle, éditeur. L’homophobie. Presses universitaires de Rennes, 2011, https://doi.org/10.4000/books.pur.60896.
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