Havoise, Constance et Mathilde, princesses de Normandie et duchesses de Bretagne
p. 145-163
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Index géographique : France
Texte intégral
1Des années 930 jusqu’au milieu du xiie siècle, huit princes gouvernèrent la Bretagne1 et furent reconnus comme contrôlant le ducatus breton ; ils étaient issus des trois plus puissants lignages de ce territoire, les Maisons de rennes, de Nantes et de Cornouaille. La Bretagne, après un moment scandinave douloureux, avait à se reconstruire autant dans les domaines spirituels et humains qu’institutionnels et politiques. Insérée de façon vive, depuis au moins l’époque carolingienne, dans le monde franc, elle ne pouvait rester étrangère aux évolutions, transformations ou permanences politiques sensibles à ses lisières. Ainsi le changement dynastique connu au sein de la Maison royale de France, tout autant que l’affermissement d’un pouvoir ducal en Normandie ou encore les ambitions de lignées nobles voisines eurent de nécessaires incidences au sein de la principauté bretonne.
2Le mariage fut, en ces années, un instrument politique fort, pour les Puissants comme pour les lignages nobles plus humbles. Il marquait un prestige acquis (et qui autorisait l’accaparement d’une femme au sang de qualité), la capacité à s’élever un peu plus dans la hiérarchie des pouvoirs, mais se voulait également symbole de paix car le pacte matrimonial ainsi conclu, aidait à la réconciliation d’anciens rivaux ou ennemis.
3Parmi les huit épouses légitimes connues à cette époque aux ducs de Bretagne, trois princesses normandes, Havoise, Constance et Mathilde2, contribuèrent à modifier les relations entretenues par la Bretagne et la Normandie. Les ducs de Bretagne allèrent, durant ces deux siècles, chercher femme dans trois secteurs toujours identiques : la Normandie, l’Anjou et le Blésois3. Ces choix marquaient probablement que ces unions étaient bien de nature politique : il s’agissait de faire alliance avec des voisinages regardés comme importants ou redoutables. En outre, le lien ainsi noué sanctionnait toujours une relation de force ou/et de sujétion, ou se voulait une façon d’éteindre des conflits à venir, mais pour lequel des deux contractants ?
4Afin donc de saisir les enjeux et jeux de pouvoir ayant cours en ces siècles, dans ce secteur d’Occident, il convient après un bref rappel du contexte politique, de préciser la date de ces trois mariages ainsi que leurs modalités, puis, enfin, de réfléchir sur le pouvoir qui fut celui des duchesses de Bretagne. Furent-elles, en effet, simples épouses de duc ou leur titre leur donna-t-il un pouvoir institutionnel reconnu ?
5Alain Barbe-Torte, qui restaura le pouvoir politique en Bretagne à partir de 936, avait contracté une union durant son exil Outre-Manche. Mais à la différence de la sœur de Thibaud le Tricheur toujours donnée comme uxor du prince breton, Judith n’apparaît jamais qualifiée ainsi, dans les sources contemporaines. Mère de Hoël et Guerech, elle dut, en effet, à la fin des années 940, s’effacer devant l’épouse légitime du duc de Bretagne et ses fils reconnaître les droits de leur demi-frère, Drogon, considéré désormais comme devant succéder à son père à la tête du duché4. Car la Bretagne avait, semble-t-il, adopté de façon précoce et définitive, les consignes édictées par les clercs carolingiens fondant un mariage chrétien. Les actes du cartulaire de Redon, par lequel nous connaissons les nomina des reines de Bretagne, les investirent toujours du titre d’uxor5. Peut-être faut-il envisager que ce fut leur qualité royale qui nécessita une cérémonie particulière, en l’occurrence chrétienne.
6La mort, peu après son père, de Drogon amena une situation politique complexe qui eut des incidences profondes sur l’avenir de la Bretagne. Thibaud le Tricheur se partagea le territoire breton avec le comte d’Anjou, Foulques (désormais beau-père du jeune prince breton) ; une principauté scindée en deux blocs et deux choix d’alliance politique se dessina alors : le nord relevait, dans cette répartition d’autorité, du pouvoir blésois, le sud de celui angevin. Hoël et Guerech intervenant avec vigueur dans cette lutte pour le contrôle de l’ancien royaume. Car cette partition, au profit de pouvoirs extérieurs, ne put qu’alimenter le dur conflit qui opposa, à la fin du xe siècle, les Maisons de Rennes et de Nantes pour la possession du titre ducal breton. Conflit d’autant plus âpre et délicat du point de vue de la légitimité, qu’elles se savaient toutes deux issues des lignées royales bretonnes d’époque carolingienne.
7Conan I, donné en 979 comes Britanniae dans un acte d’Eudes I de Blois et comte de Rennes, épousa au dernier quart du xe siècle, Ermengarde, fille du comte d’Anjou Geoffroi Grisegonnelle. Ce mariage permettait que les enfants à naître apparaissent comme les ultimes descendants des anciens comtes de Nantes, les Ingelgériens repliés en Anjou6. La jeune angevine apportait donc en dot des prétentions juridiques à maîtriser le comté nantais. Était-ce volonté pour Conan de se soustraire à la tutelle blésoise ou désir de voir couler en ses enfants un sang (et donc une légitimité à revendiquer des honores et des territoires) qui permettrait à son héritier de réunifier le territoire qui avait constitué le royaume de Bretagne ?
8Car la présence de Conan à Chartres en 979, auprès d’Eudes sanctionnait que le partage des années 950 était encore prégnant dans la vie politique bretonne. Son fils Geoffroi, au nomen angevin et donc à l’ascendance maternelle proclamée, se tourna lui vers la Normandie pour prendre femme. Il ne faudrait pas conclure trop hâtivement qu’il souhaitait ainsi se soustraire à la puissance blésoise. En ces mêmes années la sœur de Richard II, Mathilde de Normandie, épousa Eudes II de Blois7. L’alliance politique recherchée par le jeune prince breton entrait donc, peut-être, dans un jeu diplomatique plus subtil qu’il n’y paraît a priori.
9Ce fut un « double » mariage — célèbre car très souvent étudié à divers titres — qui fut conclu en cette fin du xe siècle. Vers 996, le duc de Bretagne Geoffroi épousa Havoise, fille de Richard I et sœur du duc Richard II au pouvoir encore fragile. Puis ce dernier prit pour femme Judith de Bretagne, sœur de Geoffroi qui venait de succéder à son père Conan I, disparu en 9928. Les deux jeunes princes, dont l’autorité commençait juste de s’affirmer, liés désormais par des fidélités familiales, voulaient sans doute apaiser les relations souvent belliqueuses entretenues par leurs terres depuis le début du xe siècle. En 1008, Geoffroi, partant en pèlerinage à Rome, laissa à son beau-frère (tuteur naturel car oncle maternel) la garde de ses deux fils, Alain et Eudes. Selon Guillaume de Jumièges, il lui confia également « toute la Bretagne »9. À suivre le chroniqueur normand, le duc de Normandie se trouvait donc en possession du pouvoir en Bretagne, aux côtés de sa sœur, la duchesse Havoise. Geoffroi trouvant la mort lors de ce voyage, la principauté fut alors dans une situation délicate car l’aîné des jeunes princes, Alain était âgé de moins de dix ans. La tutelle de son oncle sur le duché breton, dans les années qui suivirent, nécessitait peut-être une « justification » a posteriori pour le chroniqueur normand. Vers 1013, des troupes bretonnes furent envoyées en renfort à Richard, lors du conflit qui l’opposait à Eudes II de Blois10. La duchesse Havoise et son frère bouleversaient ainsi les fidélités anciennes dues par les Bretons depuis plus d’un demi-siècle.
10Alain III et son frère commencèrent d’exercer le pouvoir ducal vers 1024-102511. Quelques années plus tard, Alain entra en lutte contre son cousin Robert le Magnifique, « à la réputation sulfureuse »12. La concordia fut rétablie grâce à la médiation de leur oncle Robert, archevêque de Rouen, par une entrevue au Mont-Saint-Michel. Jean-François Lemarignier vit dans cette réconciliation un hommage vassalique, entraînant pour Alain une obligation de servitium. Parti en pèlerinage en 1035, le duc de Normandie laissa le jeune Guillaume à la garde du duc de Bretagne. Conscience familiale, confiance lignagère et service vassalique se mêlaient tout à la fois ici.
11Mais revenu aux choix politiques faits de façon ancienne par sa Maison, Alain III épousa Berthe de Blois, fille d’Eudes. Il était, en outre, nécessaire qu’il alla chercher femme dans une ère géographique différente : sa mère était normande, sa grand-mère angevine. Mais la qualité de la noblesse de la jeune fille qu’il convoitait témoigne autant de la place de la principauté bretonne dans le royaume que des ambitions de son prince. Son fils Conan II, disparu en 1066 sans héritier, le pouvoir breton échut à sa sœur Havoise, épouse du comte de Nantes et de Cornouaille Hoël. Leur fils Alain IV, légitime descendant des anciens ducs de Bretagne à la différence de son père qui ne leur était allié que par mariage13, dut attendre la disparition d’Hoël en 1084 pour accéder au titre ducal. Du vivant d’Hoël aucun mariage ne fut conclu : le duc consort craignait-il que son fils n’aille chercher appui auprès d’un beau-père ambitieux afin de faire reconnaître ses justes droits au ducatus ? Épousant Constance de Normandie en 1086, Alain IV put s’allier à une fille de roi, qualité certainement éminente à ses yeux, car soulignée de façon redondante par les sources bretonnes rédigées alors. Ainsi a-t-on le témoignage, même indirect, de l’honneur et la fierté ressentis par le prince breton14. Mais Constance mourut en 109015. Quelques années plus tard, Alain IV se remaria avec Ermengarde, fille du comte d’Anjou Foulques le Réchin. Un prince territorial dont le voisinage était source de grande inquiétude pour la Bretagne et son duc : en 1066, son oncle Conan II avait trouvé la mort en s’opposant aux Angevins. Un fils nommé Conan naquit à la fin de 1095 ou au début de 109616. En 1106, Alain IV était aux côtés d’Henri I Beauclerc (dont il avait un temps épousé l’une des sœurs) à la bataille de Tinchebray, ce soutien militaire témoignait du jeu diplomatique auquel il était contraint à l’égard des deux principautés voisines : la Bretagne jouait sur des alliances (de tous ordres et le mariage en était une composante) successives avec l’Anjou et la Normandie.
12Hubert Guillotel a souligné combien la fin du règne d’Alain IV demeure difficile à appréhender. Car si le premier acte, en qualité de duc de plein titre, de son fils Conan III fut rédigé en 111617, il intervint dès 1113 auprès de son père18. Sa jeunesse, et peut-être la santé chancelante de son père, ne pouvaient que susciter des ambitions voire des convoitises. Ainsi, en mars 1113, lors de l’entrevue de l’Ormeteau-Ferré, aux dires d’Orderic Vital, Alain fut fait « homme du roi des Anglais », Louis VI concéda à Henri I la Bretagne, enfin Conan fut fiancé à Mathilde, fille d’Henri I19. L’avenir de la principauté bretonne était ainsi scellé ou du moins le voulait-on.
13Les informations relatives aux mariages des princes bretons nous sont donc disponibles dans des sources d’origine normande. Guillaume de Jumièges tout comme Orderic Vital permettent d’avoir une compréhension relativement fine des raisons et des circonstances qui amenèrent ces unions. Mais faute de disposer, du côté breton, à la même époque, de chroniqueurs de cette qualité, il faut donc se satisfaire de n’avoir qu’une approche (qui est aussi nécessairement interprétation) « normande » de ces événements.
14Au fil des actes bretons de la pratique, on ne peut que relever de brèves mentions : présence de la duchesse lors d’une donation de son époux ou date de sa mort au monde. Pourtant le(s) rédacteur(s) d’un acte contenu dans le cartulaire de Sainte-Croix de Quimperlé pri(ren)t soin, pour les membres de la famille comtale de Cornouaille, devenus ducs de Bretagne en 1066, d’indiquer le nom de leur père et de leur mère20. L’intérêt porté en Cornouaille, aux xie et xiie siècles, à préciser l’apport féminin des lignages, et probablement la fierté qui en était tirée, est donc ici sensible.
15Guillaume de Jumièges, racontant l’union de Geoffroi et d’Havoise de Normandie, entendit donner au Breton l’initiative du désir de contracter avec le duc Richard amicitia et auxilium21. Après avoir pris conseil de ceux qui l’entouraient (pareille décision ne concernait donc pas l’homme qu’il était mais le Prince, aussi les grands de Bretagne avaient-ils un juste droit de regard à intervenir dans ce qui engageait la principauté) il franchit les « limites » des Bretons et se rendit avec de nombreux milites à la cour de Richard. Le chroniqueur comprenait certainement dans ce « voyage vers » un signe de soumission, du moins de dépendance choisie pour Geoffoi. Les deux princes n’apparaissent pas mis sur un pied d’égalité car la titulature dont chacun est revêtu est riche de sens : Geoffroi est donné comme « comte » Richard comme « duc ». Accueilli avec honneur, et devant le faste déployé par la puissance de Richard, Geoffroi conçoit le projet d’obtenir pour femme la sœur du duc, Havoise. Ce mariage permettant, dans son esprit, que se crée un lien d’amor entre lui et le Normand. Guillaume de Jumièges sous-entend qu’une cérémonie avait eu lieu (post pactas amicitias) qui autorisait Geoffroi à avoir ces espérances. Le chroniqueur ne pouvait donc aller jusqu’à dire que le comte breton « devint l’homme » du duc normand, mais il se plut à le suggérer.
16Regardée et relatée du côté normand, cette concession de femme apparaît virtuellement interprétée comme un cadeau fait à un vassal. Pourtant c’est avec l’assentiment de ses principes (comprenons la noblesse normande de très haut rang) que le duc consentit à la demande faite par le prince breton. Cet accord nécessaire marquait donc bien qu’il s’agissait d’un lien politique, engageant la puissance publique de Normandie, qui était noué et non une simple alliance familiale ou vassalique.
17Havoise fut donc donnée à Geoffroi more christiano22. La volonté du chroniqueur de préciser ce détail laisse penser que tous les mariages n’étaient pas alors conclus en Normandie de cette manière. Et, en effet, l’union (décidée probablement lors de ce séjour breton en terre normande) qui se fit quelques années plus tard entre Richard et la sœur de Geoffroi, ne fut pas qualifiée par Guillaume de Jumièges de la même façon. Richard recevant Judith avec l’honneur qui lui était dû, s’unit à elle more legitimo. Richard n’épousa donc pas la jeune bretonne more danico car prince chrétien il se pliait désormais aux règles fixées depuis le moment carolingien. Suivait-il pour autant ce que respectaient les Bretons ? Le regard porté par les princes normands sur le mariage différait d’avec celui des Bretons : Richard II, comme son père, son grand-père et son arrière grand-père Rollon, était né d’une concubine. En Bretagne, une naissance « légitime » apparaissait être une condition majeure à l’accession au ducatus. La « façon chrétienne » que voulut avoir Geoffroi de s’unir à Havoise suggère d’ailleurs une cérémonie religieuse, ce que pratiquaient peut-être depuis des siècles les princes bretons. Le lieu de rencontre choisi — le Mont — pour remettre Judith à son époux normand permet d’avancer que Geoffroi aurait souhaité qu’il en fût de même pour sa sœur. Ce qui ne se fit pas, le droit ou les pratiques juridiques dont relevait une femme étant donc remis en question voire oublié lors de son mariage, comme si elle dépendait désormais des coutumes connues dans la terre de son époux.
18Cette situation permet de saisir, même de façon très fugace, des pratiques juridiques et spirituelles divergentes entre Bretons et Normands à cette époque. Sans doute ne faut-il pas oublier que les Bretons, donnés comme désireux de préserver la romanité encore au vie siècle, adhérèrent de façon forte et définitive, dès Louis le Pieux, aux valeurs carolingiennes. Les Normands, même intégrés avec vigueur au monde neustrien avaient, peut-être, encore conservé certaines habitudes scandinaves ou du moins proto-chrétiennes.
19Mais continuant son récit, Guillaume de Jumièges se plut, en outre, à rappeler qu’à la différence de Geoffroi, le duc Richard n’eut pas à s’enfoncer hors des limites de son pouvoir pour prendre femme. Une rencontre en marche fut, en effet, organisée aux confins des deux principautés et dans un lieu hautement symbolique pour le duc breton puisque son père et prédécesseur, Conan I, y reposait. La mémoire de cette emprise bretonne sur le Mont-Saint-Michel est conservée dans une source issue du monastère, le Pitancier ou Livre des Bienfaiteurs, donc peu suspecte d’erreurs23. Cette mention amena Hubert Guillotel à défendre avec vigueur l’idée que le Mont et la région environnante demeurèrent « bretons » jusqu’en 1008 au moins. Et, en effet, les actes des ducs de Normandie observent un silence total sur le sanctuaire (et ses alentours) jusqu’en 1009, moment où Richard nomma (au mépris de la règle bénédictine) un nouvel abbé24. Cette manifestation de pouvoir princier voulait donc bien sanctionner la mainmise normande sur une abbaye jusqu’alors « étrangère ». Est-il nécessaire de rappeler que le duc Geoffroi avait disparu en 1008 ?
20Sans doute, en outre, faut-il être sensible au fait que Geoffroi, en remettant Judith à son époux en cet endroit, avait voulu que cet acte important pour la Bretagne et son avenir se fit sous la protection de l’Archange — pour qui les princes bretons de cette époque avaient visiblement une particulière dévotion — mais également « en présence » de son père qui reposait là pour l’éternité et qui en choisissant ce lieu pour sépulture avait désiré lui donner une forte charge symbolique pour la puissance bretonne. Les princes bretons ne craignaient pas, semble-t-il, que leur âme et le poids de leur péché ne furent soupesés par celui chargé de cette tâche, comme on le comprenait avec force à cette époque.
21Richard eut donc à venir jusqu’à un lieu convoité afin qu’on lui donnât son épouse. Aux portes du duché de Bretagne, sur une frontière défendue et protégée par saint Michel, mais en Bretagne... Ainsi les deux princesses furent-elles « remises » à leurs époux dans la terre qui les avait vu naître.
22Enfin, il convient de souligner les vertus des deux jeunes filles, aux dires du chroniqueur. Havoise, regardée comme très belle par le corps était très digne d’estime par son caractère25. Judith était elle d’une distinction parfaite par son corps et puissante par l’honnêteté de ses mœurs26. Élégance et beauté du corps devaient donc se conjuguer avec celle de l’âme pour définir, dans l’esprit du clerc, une bonne princesse, apte à accéder au titre ducal aux côtés de son époux.
23Cette description est proche de celle à nous laissée par Orderic Vital à propos de Constance, fille de Guillaume le Conquérant, donnée en mariage au duc de Bretagne, Alain IV27. Après des épisodes militaires ayant opposé la Bretagne et la Normandie, le prudent roi mesurant la valeur guerrière des Bretons, décida que ne pouvant les conquérir par la force, il devait choisir une autre tactique. Il confirma (firmavit) un foedus d’amicitia28 avec Alain Fergent et unit sa fille Constance par mariage (conjugium) à ce dernier. Le narrateur consacra ensuite plusieurs lignes non pas tant à vanter la beauté corporelle de Constance que celle de son âme, en insistant sur son amour des pauvres et des faibles ainsi que son respect des serviteurs de Dieu. Cette description de la princesse était-elle simple convention littéraire destinée à flatter ou réalité ? La longueur de ce paragraphe au sein du récit semble bien exprimer un regret sincère à l’annonce de la mort de Constance. Car, en outre, Orderic déplora grandement l’absence d’héritiers à cette brève union. Cette femme symbole de paix et porteuse de paix eut pu, semble-t-il donner, dans son esprit, aux Bretons un prince de qualité, car conjuguant, sans doute, les vertus paternelles et maternelles : courageux au combat et doux pour les humbles. L’image d’un prince de justice, ici rêvé par Orderic et les hommes de son temps, est esquissée pour un duc breton qui ne fut pas.
24Les Annales contenues dans le cartulaire de Sainte-Croix de Quimperlé précisent que Constance mourut en 109 029. Probablement fut-on particulièrement sensible à sa disparition dans ce sanctuaire, car Constance apparaît pour la première fois assistant son époux lors d’une donation en faveur de l’abbaye de Sainte-Croix, le 1er août 108830. La jeune femme, donnée comme comtesse de Bretagne et fille du roi des Anglais Guillaume, fut admise à la fraternité des religieux alors qu’elle confirmait une donation de domaines concédés par son époux avant leur mariage. Les moines de Quimperlé, dont la Maison avait été fondée par le comte de Cornouaille (grand-père d’Alain IV) avaient coutume de considérer la comtesse de Cornouaille comme leur « mère »31. Sans doute était-ce donc l’occasion de renouveler ce type de liens avec la duchesse de Bretagne dont l’époux continuait d’être comte de Cornouaille. Sa piété, décrite par Orderic, ne pouvait qu’aider à l’existence de relations dépassant le strict cadre politique.
25Les noces avaient été célébrées à Caen ou Bayeux, entre le 14 juillet et le 8 décembre 108632. Le duc de Bretagne, vint donc, selon la coutume déjà soulignée précédemment, chercher la jeune épousée en sa terre. C’était là une époque difficile pour Guillaume le Conquérant, revenu en Normandie à l’automne 1086, il voyait l’exercice de son autorité contestée33. Le mariage conclu avec le prince breton lui permettait d’éteindre, aux frontières occidentales du duché normand, un foyer d’inquiétude et un danger. En outre, il pensait pouvoir s’appuyer sur un gendre dont il reconnaissait, selon Orderic, la valeur militaire et le courage au combat. Ce calcul politique et diplomatique fut donc fait dans une situation d’urgence, peut-être rapidement négocié car Guillaume n’était revenu sur le continent qu’au début de l’automne. À moins que des ambassadeurs bretons ne soient partis OutreManche en discuter préalablement. Dans tous les cas le belliqueux Breton était en situation de force, apte à se faire donner une héritière royale. Mais il n’y avait pas mésalliance : Alain héritier de la Maison de Rennes par sa mère, était un descendant de la lignée royale d’Erispoe, c’est-à-dire une lignée royale bien plus ancienne que celle de Guillaume.
26Enfin, soulignons le désir montré à Quimperlé de rappeler la qualité de « fille de roi » de Constance mais de « roi des Anglais ». Guillaume n’était donc pas considéré, en Cornouaille, comme un « normand » ni comme un duc. Si un titre prestigieux ne pouvait qu’être préféré quand il s’agissait de définir l’origine de la jeune duchesse de Bretagne, il convient d’être sensible au fait que la principauté normande (avec laquelle la Bretagne avait déjà entretenu des relations conflictuelles) fut ici « oubliée » et cela délibérément.
27Orderic continuant son récit, précisa que Constance disparue, Alain Fergent prit pour épouse la fille du comte d’Anjou et eut un fils, Conan, récemment marié (conjuxit in matrimonio) à une fille du roi des Anglais, Henri, afin qu’ils soient liés par la paix. Les raisons diplomatiques et militaires de l’union matrimoniale entre les deux principautés furent donc à nouveau définies avec clarté.
28Ce fut, en effet, en mars 1113, lors de l’entrevue de l’Ormeteau-Ferré, qui réunit Louis VI et Henri I Beauclerc, que furent conclues les fiançailles de Mathilde, fille naturelle d’Henri I, et de Conan III, héritier du duché breton34. En outre, Louis VI « concéda toute la Bretagne » à Henri I et Alain Fergent, princeps des Bretons, devint « homme du roi des Anglais »35comme nous l’avons indiqué précédemment. À lire ces lignes, la Bretagne apparaissait donc être une proie facile pour les deux rois qui en disposaient à leur guise36.
29Comment comprendre ce qui se déroula alors, sinon comme l’exercice légitime du pouvoir royal (le Capétien puis le Plantagenêt à qui ce dernier cédait ses droits) sur un territoire dont il avait capacité à investir de son titre le représentant de la puissance publique, son « prince », le duc ? Les brèves lignes consacrées par Orderic à cet événement suggèrent que ce fut ce « transfert », opéré par Louis VI, qui provoqua l’entrée d’Alain IV dans la fidélité du roi plantagenêt, celui-ci étant désormais celui qui l’investissait de son autorité sur cette portion de royaume qu’était la Bretagne. Cela signifiant qu’à cette date Alain IV était bien le titulaire du titre ducal breton, même si les fiançailles conclues pour son héritier, devaient sceller l’avenir du duché jusqu’alors sous tutelle capétienne.
30L’état probable de santé du prince breton ne put qu’aider à cette négociation entre les deux rois qui concrétisait des velléités anciennes du côté normand. Mais ce qu’accepta le duc de Bretagne nous renseigne également sur ce qu’il comprenait comme relevant de son autorité et de celle du roi sur sa terre. Le batailleur qu’était Alain Fergent acceptant l’autorité royale capétienne, se vit dépendre désormais, selon le bon vouloir de cette dernière, de celui qu’il avait soutenu lors de la bataille de Tinchebray quelques années auparavant, un homme à qui l’avaient attaché, sans doute, d’autres liens puisqu’il avait été son beau-frère.
31Les choix politiques qui avaient été les siens auparavant, comme son mariage avec Constance, aidèrent certainement à ce qu’il acceptât cette situation, en était-il de même pour l’entourage ducal et toute la noblesse du duché ? Les événements postérieurs permettent d’en douter. Mais nul doute que du côté normand on ait brûlé, à partir de ce moment, de voir le jeune Conan accéder au pouvoir.
32Car il faut probablement envisager que l’accord conclu, au profit du roi Henri, a contribué à hâter l’effacement politique d’Alain dans les années suivantes. Ce fut bien, en effet, à partir de 1113 que Conan apparut associé au pouvoir de son père. Né à la fin de 1095-début 1096, il était encore un jeune homme (jugé, peut-être, plus malléable que son père dont on savait en Normandie le goût pour l’affrontement physique) mais qui avait l’âge requis pour accéder au principat.
33Ce mariage à venir amena à ce que Conan fut associé, désormais de façon officielle, à l’exercice de l’autorité ducale, partagée avec son père. Et plutôt que de « pouvoir associé37 », il conviendrait peut-être de suggérer un pouvoir partagé qui faisait que Conan détenait un pouvoir réel aux côtés de son père, les décisions relatives à l’exercice de l’autorité publique en Bretagne nécessitant son ferme accord. L’effacement définitif d’Alain IV étant « attendu » (et vivement souhaité...) par la puissance normande et royale. Dès lors l’omniprésence, tout au long du long principat de Conan III (il mourut en 1148), de l’énergique princesse d’origine angevine, qu’était la duchesse Ermengarde, devrait être réinterprétée au regard de cette tutelle revendiquée à partir de 1113.
34Les Normands tentaient à ce moment d’instaurer une nouvelle réalité politique à l’ouest du royaume de France. Le processus suivi n’étant pas sans rappeler la manière d’agir qui fut celle d’Henri II, aux années 1160, quand il voulut évincer du titre ducal, l’arrière petit-fils d’Alain, le duc Conan IV, pressé par le roi de se confiner dans ses terres de Penthièvre, une fois les fiançailles de l’héritière du duché breton — Constance — conclues avec l’un de ses fils, Geoffroi.
35Fiancée en 1113, quand Mathilde devint-elle uxor de Conan ? Le premier acte de la pratique qui la voit intervenir auprès de son époux est une donation en faveur de l’église de la Toussaint d’Angers, datée du 9 octobre 1118 et effectuée à Nantes38. Elle est notée comme uxor du comte, après les mentions du comte Conan, du prieur Rouaud, et de la comtesse Ermengarde. Il s’agit très probablement de sa première intervention en qualité d’épouse car elle est absente d’un autre acte, rédigé la même année, auquel s’associèrent la sœur et la mère de Conan, elle eut dû donc figurer dans cette énumération de la composante féminine du lignage ducal39. Son mariage eut probablement lieu dans le courant de l’année 1118, avant le début du mois d’octobre.
36Mais à lire les chartes bretonnes, il apparaît que les princesses de Bretagne, par le sang ou le mariage, jouirent de droits institutionnels, aux côtés de leur père, époux ou frère, détenteurs du ducatus40. Droits qui faisaient qu’elles furent associées à certaines prises de décision. Ce pouvoir « partagé », en des domaines précis, au plan familial ou institutionnel, mérite donc d’être précisé au temps des trois princesses normandes.
37Havoise est présentée, de façon traditionnelle41, comme ayant exercé le pouvoir après la disparition de son époux en 1008, Geoffroi ayant laissé le duché indivis entre ses deux fils Alain et Eudes. Adèle, future abbesse de Saint-Georges de Rennes, était l’aînée des enfants nés de cette union contractée vers 99642. Alain était né entre 998 et 1007. Accédant réellement au pouvoir ducal vers 1025, sa naissance dut se situer aux premières années de l’an Mil. En 1008, il avait donc moins de dix ans. Sa mère exerça ainsi légitimement le pouvoir jusqu’à son investiture politique officielle et même au delà. Car sur les trente-deux actes où intervient Alain, certains rédigés avant le 21 février 1034 (date de la disparition d’Havoise), quatorze mentionnent sa mère, la duchesse Havoise. Elle y est souscriptrice ou donatrice et donnée comme comitissa.
38Pourtant Alain avait épousé en 1029, Berthe fille d’Eudes II de Blois. La lignée prestigieuse de cette dernière aurait dû lui assurer un rang éminent dans les actes de son époux auxquels pourtant elle ne fut pas associée43. Elle apparaît, en effet, mentionnée pour la première fois dans un acte dont Havoise est absente44 puis à partir de 1040, entre autres lors d’une donation à Saint-Georges de Rennes alors qu’elle vient d’apprendre la mort de son époux à Vimoutiers45. Elle s’intitule, dans ce texte hautement solennel, en raison des circonstances dramatiques qui le justifient, comitissa tocius Britanniae, un titre que n’avait jamais porté Havoise. Aussi son « effacement » jusqu’à la disparition de cette dernière suggère que la duchesse douairière jouissait d’un prestige supérieur, conféré non par la qualité de sa noblesse et donc de son sang mais par la « fonction » qui était sienne, épouse et mère du titulaire du ducatus.
39En outre, son origine normande fit que, jusqu’à l’affirmation du pouvoir d’Alain, la présence de conseillers venus avec elle en Bretagne fut, sans doute, importante à la cour qui était sienne désormais. Dans quelle mesure, le duc de Normandie n’intervint-il même pas directement dans les affaires bretonnes ? Songeons à la mainmise immédiate sur le Mont ou aux contingents bretons envoyés à Richard. Mais, agissant ainsi, Havoise ne faisait qu’exercer son juste droit à l’exercice du pouvoir ducal au lieu et place de son fils qui était à demi-normand et donc également soumis à des solidarités familiales. Soulignons toutefois que l’emprise sur le Mont dès 1009 (soit quelques mois après que Geoffroi eut trouvé la mort) montre un duc de Normandie avide que sa sœur lui laissât « le champ libre ». Le prince normand se plut, peut-être, à rêver que les deux principautés n’en fissent plus qu’une seule... Ce qui fut, d’une certaine manière, réalisé, par les accords de l’Ormeteau-Ferré, un siècle plus tard.
40Mais, comme l’a montré Hubert Guillotel, Alain III se révéla être un grand prince. « Ses actes affirment un renouveau du pouvoir ducal dans sa principauté46. » La place occupée par sa mère, dans la vie politique bretonne, avant et après 1025, ne peut donc être regardée et comprise que comme le témoignage d’un droit institutionnel (et donc légitime) de la duchesse de Bretagne et non simple ambition d’une princesse normande.
41Le rang reconnu à la duchesse de Bretagne est sensible dans un acte où Alain III concédait à l’abbaye Saint-Georges de Rennes, l’usage du bois vif et mort dans « leurs forestae », Alain y était qualifié de princeps et dux Britanniae, Havoise de comitissa47. Le terme de foresta doit être compris dans son sens institutionnel, comme périmètre où s’exerce la puissance publique et cela de façon exclusive, car d’autres actes ducaux contemporains usent du terme de silva48. Saint-Georges se vit également confier, la moitié de l’île d’Arz, dans le golfe du Morbihan, avec tout le droit (jus) et toutes les coutumes (consuetudines) appartenant au comte et à la comtesse49. Les rivages et les îles bretonnes étaient à cette époque sous contrôle exclusif de la puissance publique bretonne et de ses représentants50. Or cette cession de droits se fit en présence de la « mère du comte » et de son frère le comte Eudes, soit tous ceux qui étaient regardés comme détenant un droit de regard sur ce qui était ainsi cédé au monastère.
42De tels documents amènent donc à considérer que tous les membres de la dynastie ducale (hommes et femmes) « partageaient » la puissance publique dont était investi l’un des leurs, le chef du lignage, mais que ce dernier avait besoin de leur accord pour pouvoir concéder (et non donner) une parcelle de l’autorité publique dont il avait la gestion. Ainsi en fut-il de même, en 1118, lors de la reconnaissance à l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé de ses droits légitimes sur l’île de Belle-île que Conan lui restituait au détriment de Saint-Sauveur de Redon51. Dans ce dernier cas, il apparaît qu’il y avait nécessité d’associer sa sœur (fille du duc précédent) et sa mère (car duchesse en titre) à cette manifestation du pouvoir princier.
43Cette intervention légitime des princesses de Bretagne est de même sensible lors des rares mentions du bref principat de Constance au xie siècle. En présence de son dominus et maritus, et devant la cour des primates de ce dernier, elle confirma le 1er août 1088 des domaines cédés à Quimperlé, avant leur desponsatio, par son époux52. Il s’agissait de biens situés au bord du golfe d’Etel, en Plouhinec (Morbihan), une tribu et sept villae. Le caractère côtier de ces possessions suggère un statut public de ce secteur. Ce que confirme le titre donné à l’acte « De concessione » qui doit être rapproché du qualificatif de possessio donné à ce qui fut ici abandonné par le duc et son épouse53. Car peu avant sa disparition, en 1146, le duc Conan III confirma la concession de plusieurs possessiones, dans toute la Bretagne, par ses prédécesseurs : l’île de Belle-île y était notée comme les biens concédés en Plouhinec54. Le duc entendait par cet acte réaffirmer son droit éminent sur ces territoires concédés à l’abbaye de Quimperlé, de façon successive et donc à titre temporaire, par plusieurs de ses prédécesseurs, duc de Bretagne ou comte de Cornouaille.
44Pour que la mémoire soit conservée de sa libéralité, et afin également que l’investiture en soit pleinière pour les moines de Sainte-Croix, la duchesse donna une coupe en marbre qui était sienne. Il faut comprendre, dans la rédaction de cet acte ainsi que dans la cérémonie qui suivit, une nécessité juridique pour les moines : ceux-ci gestionnaires de biens publics, à eux confiés par le prince, devaient un accord renouvelé de celle qui « partageait » désormais le ducatus à ses côtés. D’où l’organisation de cette rencontre afin que nul ne conteste qu’ils étaient de légitimes possessores.
45En ces temps d’affermissement du pouvoir féodal, se pose la question, naturellement, des redevances dues au prince pour ces territoires par les moines. Une question qui ne peut que demeurer sans réponse. Mais, même dans le cas où cet abandon d’Alain IV signifiait une perte de revenus pour le trésor ducal, l’accord nécessaire de la jeune princesse témoigne de la force du droit et des institutions en Bretagne : les moines de Quimperlé avaient une conscience aigue des obligations qui étaient leurs. De même en 1146, les « services administratifs » de Conan III avaient la trace de cet acte initial (rédigé une cinquantaine d’années auparavant dans un des sanctuaires du duché) et le prince une revendication intacte à maîtriser ces secteurs, fusse pour les « concéder » de nouveau.
46Se pose une autre question : pourquoi cet acte ne fut-il pas rédigé peu après le mariage de Constance et d’Alain, soit à la fin de l’année 1086 ? En 1088, une nouvelle situation institutionnelle était peut-être attendue (ou était survenue très récemment ?) qui donnait de nouveaux droits à Constance : la naissance d’un héritier mâle pouvait justifier pareille précaution juridique pour Quimperlé. Le long développement d’Orderic Vital sur le duc breton qui eut dû naître de cette femme, qu’il jugeait remarquable, pourrait ici prendre un sens. La Bretagne eut peut-être, très brièvement, un petit prince, porteur de paix pour les deux principautés et dont on pleura d’autant plus la disparition trop précoce.
47Si Constance n’eût pas à côtoyer une duchesse douairière omniprésente comme avait pu l’être Havoise auprès de Berthe, il n’en fut pas de même pour la princesse Mathilde. Cette dernière dut, en effet, « cohabiter » avec la duchesse Ermengarde, seconde épouse d’Alain IV. Arrivée dans le duché aux années 1090, cette dernière y exerça rapidement une influence importante, en témoigne la venue de Marbode à Rennes ou de Baudri de Bourgueil à Dol. Lors du départ à la croisade de son époux (1096-1101) elle « gouverna vraisemblablement le duché », d’autant plus légitimement, probablement, qu’à cette époque elle avait donné un fils et héritier à Alain IV.
48Pour la période qui s’étend de 1116 (année où Conan fut seul en charge du ducatus) à 1148 (date de la mort du duc) Ermengarde intervint dans dix-huit actes, la princesse Mathilde dans cinq. Si elles apparaissent parfois toutes deux présentes, Ermengarde est donnée comme comitissa et Mathilde comme uxor comitis55. Il est indéniable qu’Ermengarde conserva son titre ducal au moins jusqu’à la disparition de son fils56.
49Mais ce titre « conjoint » ne signifiait pas pour autant que Mathilde ne se voyait pas reconnaître de droits relevant de sa qualité d’« épouse du duc ». Car en 1128-1138, dans une donation faite à l’ordre du Temple, la comtesse Mathilde abandonna tout ce qu’elle avait près des biens cédés par son époux « tout ce que le comte permettait que le don de la comtesse ne soit pas dans la dépendance de la foresta comitis57 ». Le droit de regard sur la foresta semble donc être ici mutuel, car Mathilde l’abandonnait avec l’autorisation de son époux. Elle avait donc capacité à le faire même si le droit du prince demeurait présent et nécessitait que ce dernier ait manifesté son accord préalable.
50Mathilde paraît être celle des trois princesses, ici étudiées, la moins présente au plan institutionnel dans son duché. La raison de cet effacement est probablement à rechercher dans le poids personnel et politique de la duchesse Ermengarde. Échangeant une correspondance avec de grandes figures intellectuelles et spirituelles de son temps, la princesse angevine révélait certainement une personnalité de qualité, qui aidait à ce qu’elle occupât une place d’importance dans sa terre bretonne. Les velléités d’Henri I, sensibles à partir de 1113, d’exercer un contrôle sur la Bretagne ne purent qu’affermir sa volonté de tutelle vigilante sur le duc de Bretagne, son fils ; un dialogue empreint de conseils qu’elle entretint avec le prince jusqu’à ce qu’il décéda en 1148. Représentante de la maison d’Anjou (dont les prétentions à maîtriser la Bretagne remontaient au milieu du xe siècle au moins) comment pouvait-elle ressentir la tutelle normande et qui plus est royale qui se dessinait ? Mais la mort de son fils et la terrible crise successorale qu’elle ouvrit l’incitèrent à suivre enfin son désir de se consacrer à une vie contemplative car elle prit, peu après, l’habit dans l’église de Saint-Anne de Jérusalem, où elle mourut après 115758.
51Sans doute, ne pouvait-elle supporter de voir son petit-fils Hoël et sa sœur Berthe s’entredéchirer pour la détention du titre ducal, car cette lutte fratricide amenait pour son duché une désorganisation institutionnelle et politique qui ouvrait la porte à toutes les ambitions, pour certaines étrangères à la Bretagne. L’habile politique qu’elle avait été et le goût qu’elle avait montré pour cela (n’avait-elle pas administré le duché en l’absence de son époux ?) lui avait, peut-être, fait saisir la gravité des enjeux. En outre, l’héritière angevine qu’elle était, disposait de bien des clés pour deviner les projets d’Henri II. Tout cela aida à sa volonté à se soustraire du monde et à aller vers ce qu’elle considérait désormais comme essentiel.
52Mais une question demeure posée. Après la disparition de Conan III, que devint la duchesse Mathilde ? Fort curieusement elle ne fut jamais plus jamais mentionnée dans les sources bretonnes, pas même pour noter la date de sa mort. En outre, elle ne sembla pas intervenir afin d’apaiser le conflit existant entre ses enfants, comme si elle s’effaçait devant l’héritière légitime du titre ducal, sa fille Berthe. Ne faudrait-il donc pas envisager que, durant ces événements, Mathilde quitta le duché ? Sans doute rejoignit-elle la cour « normande », en l’occurrence celle d’Henri II. Au détour d’un acte de donation de ce dernier, la présence d’une femme dénommée Mathilde devrait inciter à reconnaître la duchesse de Bretagne, partie loin de sa terre.
53Il est coutumier de regarder les relations entretenues au Moyen Âge par les Normands et les Bretons comme empreintes de rivalité voire d’animosité. Cette brève étude aura voulu montrer qu’en un peu plus d’un siècle (vers 996-1113) quatre mariages princiers furent pourtant conclus entre les deux principautés. Ces unions voulaient apaiser le présent mais engageaient nécessairement l’avenir car elles créaient des solidarités familiales et politiques. Les chroniqueurs du temps afin de bien faire saisir les relations désormais souhaitées entre les milieux ducaux parlèrent d’ailleurs de désir d’amicitia voire d’amor.
54À l’aube de l’an Mil, deux jeunes princes au pouvoir encore peu affermi (Geoffroi et Richard) se lièrent par le don de leurs sœurs respectives : il s’agissait pour eux de chercher un soutien, désormais familial, face à l’ambition de leurs noblesses et aux inquiétudes du temps. La garde mutuelle de leurs héritiers marqua peu après la confiance entretenue et ressentie par les deux lignages.
55Mais l’accession au titre royal du prince de Normandie Henri I fit ressurgir avec force des prétentions normandes à dominer la Bretagne, sensibles dès le principat de Guillaume Longue Épée. Dans cette perspective, les accords conclus en 1113 à l’Ormeteau-Ferré doivent être regardés comme un tournant politique pour les deux duchés car un autre roi, un peu plus tard, Henri II Plantagenêt, développera des ambitions similaires à l’égard de la principauté bretonne et usera d’armes identiques : l’appropriation par l’alliance matrimoniale de l’héritier(ère) du ducatus breton et la mise sous tutelle du titulaire du pouvoir en titre.
56Outre cette approche politique, considérer la venue des trois princesses normandes en Bretagne, permet également d’appréhender le rôle des duchesses de Bretagne dans la principauté devenue leur. En effet, loin d’être de simples épouses de duc, elles apparaissent avoir été dotées d’un pouvoir institutionnel réel car légitime. Il sera nécessaire de continuer l’enquête ici rapidement esquissée.
57Enfin, Pierre Bouet en introduction aux journées de réflexion à l’origine de ce volume, a fort justement fait remarquer que les hommes des époques ici étudiées, ne s’inscrivaient pas dans un sentiment étroit d’appartenance à un territoire mais privilégiaient, ou du moins considéraient comme importants voire majeurs, les liens existant entre les hommes. Solidarités familiales (biologiques ou non) et conscience vassalique étaient au cœur de la société qui était leur. Aussi nul doute que les ducs de Bretagne n’aient été fiers de se savoir époux ou fils d’une princesse normande, situation lignagère qui faisait que hors des « limites » des Bretons, ils se comprenaient liés par des relations familiales, culturelles ou politiques fortes. Car les ducs de Bretagne furent aussi des « normands » par le sang qui coulait dans leurs veines.
58Cette conscience vigoureuse de la familia de Bretagne est perceptible grâce à l’usage dans la maison ducale des nomina apportés par les jeunes normandes. Ainsi Alain III donna à sa fille, le nom de sa mère, Havoise, il eut pu lui donner un patronyme blésois. La disparition précoce de son frère aîné Conan II en 1066 fit d’elle l’héritière du duché breton. Plus tard, Berthe, fille aînée de Conan III et donc promise à lui succéder, dota sa fille (née de son union avec le comte Alain le Noir) du nom de Constance, la première épouse de son grand-père Alain IV. Sa mère Mathilde de Normandie permettait la résurgence en terre bretonne de ce nomen mais ne voulait-on pas également préserver le souvenir d’une pieuse et belle princesse louée par Orderic Vital et donnée désormais en modèle à la petite fille qui venait de naître ? Enfin, le fils de Berthe, Conan IV, appela également sa fille Constance (elle épousa le plantagenêt Geoffroi), et cette dernière choisit de dénommer l’une de ses filles Mathilde, du nom de son arrière-grand-mère. Le choix d’un patronyme princier ou noble était empreint à cette époque de symbole et avait toujours une grande intensité politique. Les noms des princesses bretonnes des xiiie et xive siècles s’éloignèrent de ces modèles initiaux car les priorités politiques étaient devenues autres. Aussi convient-il d’être sensibles à ces variations onomastiques car les princes bretons ici étudiés, et leurs épouses associées au pouvoir ducal de plein droit, témoignent pour nous, au travers des siècles, du regard qui fut leur sur la Normandie et ses ducs, leurs parents.
Annexe
59Ducs de Bretagne (Maisons de Rennes et de Cornouaille)

Notes de bas de page
1 Alain Barbe-Torte (936-952), Conan I (+ 992), Geoffroi (992-1008), Alain III (1008-1040), Conan II (1040-1066), Hoël (1066-1084), Alain IV (1084-1116 ?), Conan III (1113-6-1148). Nous écarterons Eudes de Penthièvre qui assura le pouvoir ducal durant la minorité de son neveu Conan II mais qui dès 1047, vit son autorité contestée par la noblesse de Bretagne qui soutenait les prétentions de son prince légitime, Conan. Pour la Maison de Penthièvre, puissante branche cadette de la Maison de Rennes, nous renvoyons à la récente étude de Stéphane Morin, élève d’Hubert Guillotel, Recherche sur le pouvoir des Comtes de Bretagne aux xie-xiiie siècles ou la principauté des Eudonides (1008-1214), thèse pour le doctorat en Droit, Rennes I, 2004.
2 X, sœur de Thibaud le Tricheur ; Ermengarde, fille de Geoffroi Grisegonelle ; Havoise, fille de Richard I ; le Berthe, fille d’Eudes II de Blois ; Constance, fille de Guillaume le Conquérant ; Ermengarde, fille de Foulques le Réchin ; Mathilde, fille de Henri I Beauclerc. Conan ii était resté célibataire avant sa mort en 1066.
3 Ces deux dernières principautés donnèrent chacune deux princesses à la Bretagne.
4 La Chronique de Nantes, publ. par Merlet R., Paris, 1896, p. 105 et 113.
5 Marmorhec, Wembrit, Aourken, qui furent respectivement épouses d’Erispoe, Salomon et Alain le Grand.
6 Guillotel H., les Actes des ducs de Bretagne (944-1148), thèse pour le doctorat en Droit, université de Paris II, 1973, 2 vol. dact., pour paraître en 2008, p. xxxi.
7 Bauduin P., la première Normandie (xe-xie siècles), Caen PUC, 2004, p. 182.
8 Cette double alliance dut être conclue de façon simultanée, les quelques années qui séparent les deux cérémonies, suggèrent qu’il fallut attendre que les futurs mariés atteignent l’âge requis.
9 Guillaume de Jumièges, Gesta Normannorum ducum, Marx J. (éd.), Rouen-Paris, 1914 ; Van Houts E.M.C., The Gesta Normannorum ducum of William of Jumièges, Orderic Vitalis and Robert of Torigni, 2 vol., Oxford, Clarendon Press, 1992-1995, XIII, Goiffredus comes[...] totam Britanniam cum duobus filiis [...] reliquit, sub ducis Ricardi advocatu.
10 Guillaume de Jumièges, op. cit., livre V, chap. X.
11 Morin S., Recherche sur le pouvoir..., op. cit.
12 Neveux F., La Normandie des ducs aux rois, xe-xiie siècles, Évreux, OF Université, 1998, p. 84.
13 Guillotel H., Les Actes..., op. cit., p. xxxix.
14 Par exemple, Cartulaire de l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, publ. par Berthou de P. et Maître L., 2e éd., Paris-Rennes, s. d., p. 105, MLXXXVII, Alanus Hoelis consulus filius duxit uxorem Constantiam, Guilhelmi regis anglorum filiam.
15 Son décès fut noté dans les Annales de l’abbaye Sainte-Croix de Quimperlé : op. cit., p. 105, MXC, Constantia comitissa, filia regis Anglorum, vitam finit.
16 Le mariage eut lieu entre 1090 et 1095, cf. Guillotel H., Les Actes..., op. cit., p. xli et note 104. Conan naquit au plus tard le 2 février 1096.
17 Guillotel H., Les Actes..., op. cit., p. xli, « puis Alain IV disparut mystérieusement de la scène, il ne semble que s’être survécu physiquement » et acte n° 122, p. 383-386.
18 Ibidem, p. 363, « c’est donc au cours de ces trois années 1113-1116, qu’Alain IV abandonna le pouvoir ». Le 31 mars 1115, un privilège de l’évêque de Nantes en faveur de Marmoutier indiquait :...regnantibus Alano et Conano ejus filio in Britannia, ibid., p. 378.
19 Ecclesiasticae Historiae, libri XIII..., Le Prévost A. et Delisle L. (éd.), Société de l’histoire de France, 5 vol., Paris, 1838-1855 ; The ecclesiastical history of Orderic Vitalis, Chibnall M. (éd.), Oxford medieval texts, 6 vol., Oxford, 1969-1980, t. 2, XI, 45. Tunc Ludovicus Henrico Belismum et Cenomanensium comitatum, totamque concessit Britanniam. Fergannus etenim Britonum princeps, homo regis Anglorum jam factus fuerat. Rex autem Conano, filio ejus, filiam suam spoponderat.
20 Op. cit., n° V, p. 89-91. Le comte de Cornouaille, Alain Canhiart est donné comme fondateur de l’abbaye. Puis, d’Hoël, son fils, à Conan iii, son arrière-petit-fils, on entendit préciser leur ascendance maternelle et paternelle. Faute d’informations ( ?) cette énumération est interrompue pour Geoffroi Plantagenêt et son fils Arthur, pourtant dernier et lointain descendant d’Alain Canhiart.
21 Op. cit., éd. J. Marx, livre V, chap. v, p. 88.
22 Le terme utilisé est digne d’intérêt : dux tradidit. il faut, sans doute, le rapprocher de celui de traditio, cérémonie où l’on voyait au haut Moyen Âge, la jeune fille conduite par son père jusqu’à la maison de son époux, moment qui s’accompagnait de festivités par ailleurs indiquées par le chroniqueur, cf. Le Jan R., Famille et parenté dans le monde franc (viie-xe siècle), essai d’anthropologie sociale, Paris, Publications de la Sorbonne, 1995, p. 265-266.
23 Rabate-Vesval A., Le Mont-Saint-Michel, ses dépendances et la vie sociale dans les régions frontières de la Normandie, du Maine et de la Bretagne, thèse de doctorat nouveau régime, dact., Paris IV-Sorbonne, 1994, Anne Rabate, élève comme nous-même de Jean-François Lemarignier et Hubert Guillotel, y indique p. 52, note 54, que cette mention figure dans le ms 215 de la bibliothèque municipale d’Avranches.
24 Fauroux M., Recueil des Actes des ducs de Normandie (911-1066), Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. 36, Caen, 1961, acte n° 12, p. 85-86. En remplacement de Mainard, également abbé de Saint-Sauveur de Redon.
25 Guillaume de Jumièges, op. cit.,...haec puella corpore valde decora, morum honestate gratissima.
26 Ibidem,...nomine Judith, corpora admodum elegantem omnique morum honestate pollentem.
27 Orderic Vital, op. cit., IV, p. 352-353, édition M. Chibnall.
28 L’auteur faisait-il référence aux actes d’amicitia, notés par Guillaume de Jumièges, entre Geoffroi et Richard ?
29 Cf. supra note 15.
30 Cartulaire de... Quimperlé, op. cit., acte n° CXI, p. 268-269 et Guillotel H., Les Actes..., op. cit., n° 95, p. 300-301.
31 Ibidem, n°LX, p. 147-148,...et concessit uxor ejusdem consulis, religiosa domina et mater nostra Judith comitissa.
32 Guillotel H., Les Actes..., op. cit., p. 287-288. On ne peut suivre Orderic Vital lorsqu’il avance quinze années de vie commune entre Alain et Constance, les actes de la pratique démentent cette chronologie ; en revanche Constance mourut durant la cinquième année de leur union si elle disparut à l’extrème fin de 1090. Le témoignage d’Orderic apparaît bien plus fiable que celui de l’historien breton de la fin du Moyen Âge, Pierre le Baud, qui faisait se dérouler leurs noces à Rennes c’était là pour le Breton volonté de montrer un duc normand en position de faiblesse car contraint de se déplacer. Mais le chroniqueur normand avance successivement deux lieux différents, Caen au livre IV op. cit., p. 352 et Bayeux, au livre V ibidem, p. 114-115.
33 Neveux F., op. cit., p. 437-438.
34 Orderic Vital, op. cit., livre XI,...rex autem Conano, filio ejus, filiam suam spoponderat.
35 Ibidem, cf. supra note 19.
36 Sur la portée et le sens de ces événements, cf. aussi ce qu’en pensait Lemarignier J.-F., Recherches sur l’hommage en marche et les frontières féodales ( Travaux et memoires de l’Université de Lille), Lille, 1945, p. 121.
37 Ce qu’avait déjà compris Hubert Guillotel, cf. supra note 18.
38 Guillotel H., Les Actes..., op. cit., n° 124, p. 390-392.
39 il s’agit d’un acte important au plan institutionnel, car on y voit des droits cédés à un sanctuaire sur le littoral breton. Or les rivages sont à cette époque sous contrôle de la puissance publique, soit le duc, cf. Quaghebeur J., « Puissance publique, puissances privées sur les côtes du comté de Vannes (ixe-xiie siècles) », Pouvoirs et littoraux du xve au xxe siècle, Le Bouëdec G. et Chappe F. (dir.), Rennes, PUR, 1999, p. 11-28 ; Cartulaire de... Quimperlé, op. cit., n° CXXXV p. 300-301 et Guillotel H., Les Actes..., op. cit., n° 126, p. 395-397. L’absence de la duchesse paraîtrait donc étonnante car son accord était nécessaire.
40 La situation de l’épouse noble de haut rang, dont le mari est en charge d’un honor, a été étudiée par Karl-Ferdinand Werner, entre autres dans : « Les femmes, le pouvoir et la transmission du pouvoir », La femme au Moyen Age, Maubeuge, 1990, p. 365-379. Il s’agit d’un héritage carolingien, voire plus ancien. Peu avant 1050, la comtesse de Cornouaille, mère du duc Hoël, avait été chargée par son époux d’une mission auprès du pape réformateur Léon IX qu’elle alla voir à Verceil, tel un missus car elle était accompagnée de son beau-frère Orscand, évêque de Cornouaille, cf. Quaghebeur J., « Judith de Nantes, très pieuse, très noble, très sage comtesse de Cornouaille », Corona Monastica, Mélanges offerts au père Marc Simon, Merdrignac B. et Lemoine L. (dir.), PUR, 2004, p. 325-333, p. 331-332.
41 À la suite des travaux rédigés au xixe siècle, cf. La Borderie A. Le Moyne de, Histoire de Bretagne, Rennes-Paris, 1898-1914, 6 vol., t. III, p. 6.
42 L’abbaye fut fondée vers 1030-1032, si l’on attendit qu’Adèle atteignit l’âge canonique pour lui confier ce nouveau sanctuaire, elle était née aux proches abords de l’an Mil.
43 Ou il faudrait, dans certains cas, légèrement modifier les dates données par Hubert Guillotel, et envisager 1024-1029 au lieu de 1024-1034. Mais elle apparaît malgré tout absente lors d’un acte en faveur du Mont-Saint-Michel, où le duc Alain restituait des biens cédés par son père le comte Geoffroi et sa mère la comtesse Havoise, acte daté de 1032, Guillotel H., Les Actes..., op. cit., n° 22, p. 85-88 ou lors de la rédaction de l’acte n° 18, p. 66-73, ibidem, rédigé le 5 avril 1030, toujours en faveur du Mont. Dans les deux cas, la comtesse Havoise était présente.
44 Ibid., n° 43, p. 156-158, 1034, après le 21 février 1040, avant le 1er octobre.
45 Ibid., n° 45, p. 163-168, la donation fut faite le lendemain du jour où lui était parvenue la nouvelle.
46 Ibid., p. xxxiii.
47 Ibid., n° 33, 1024-1034, avant le 21 février, p. 125-126.
48 Ibid., n° 19, 1008-1031, avant le 1er février, p. 74-77, p. 76, Alain III y autorisait les moines de Marmoutier à défricher autant de parties de la silva qu’ils le voudraient.
49 Ibid., n° 31, 1024-1034, avant le 21 février, p. 121-122.
50 Cf. supra note 39.
51 Cartulaire de... Quimperlé, op. cit., acte n° CXXXV p. 300-301 et Guillotel H., Les Actes..., op. cit., n° 126, p. 395-397.
52 Cf. supra note 30.
53 Cf. Quaghebeur J., « Possessio et villa à Sainte-Croix de Quimperlé au xie siècle », l’abbaye sainte-Croix de Quimperlé des origines à la Révolution, Tanguy B. (dir.), s. l., 1999, p. 35-83, p. 71-72.
54 Cartulaire de... Quimperlé, op. cit., p. 305 et Guillotel H., Les Actes..., op. cit., n° 155, p. 480-482, c’est-à-dire l’île de Saint-Cado et ses dépendances.
55 Ibidem, n° 124, p. 390-392, 9 octobre 1118.
56 Ibid., n° 133, p. 417-419, 1128, sur les conseils de sa mère, la comtesse Ermengarde, Conan III confirme et concède toutes les aumônes de ses prédécesseurs à Saint-Melaine de Rennes, parmi les témoins de la libéralité ducale, Ermengardis mater mea et uxor Mathildis. Dans cet acte, le comte confirmait la mise à l’abri des interventions de ses forestarii de tous les biens de l’abbaye qui étaient situés dans les forestae. L’intervention d’Ermengarde et de Mathilde fut peut-être justifiée par cette clause, mais cela fut fait à l’initiative d’Ermengarde ; cf. également, n° 148, p. 460-461, 1139, « à la prière et sur le conseil de ma mère, la comtesse Ermengarde » où Conan confirme des donations à Saint-Melaine, n° 156, p. 483-484, « sur les conseils de ma mère, la comtesse Ermengarde », donation à Saint-Florent de Saumur, etc.
57 Ibid., n° 146, p. 454-455.
58 Ibid., n° 141, p. 441-444.
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Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)
Johan Vincent
2008
L'individu dans la famille à Rome au ive siècle
D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan
Dominique Lhuillier-Martinetti
2008
L'éveil politique de la Savoie
Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)
Sylvain Milbach
2008
L'évangélisation des Indiens du Mexique
Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)
Éric Roulet
2008
Les miroirs du silence
L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934
Patrick Bourgalais
2008
