Résumés des articles
p. 305-310
Texte intégral
1Pour une approche littéraire des cloches et horloges médiévales : réflexions méthodologiques et essai de synthèse
Fabienne Pomel
2Outils de la mesure du temps, cloches et horloges sont à la fois des realia et des mirabilia qui offrent aussi en littérature des outils de scansion des textes, des éléments de caractérisation ou des supports d’action pour les personnages : autant de vecteurs d’une dimension symbolique. Il importe de les replacer concrètement dans un contexte historique et culturel, mais aussi de préciser la démarche méthodologique qui peut-être celle du spécialiste de littérature ou d’iconographie par rapport à celle de l’historien. L’ouverture tente donc d’offrir cadre de réflexion méthodologique en même temps qu’une vision synthétique des idées débattues dans le séminaire, tout en l’enrichissant à l’occasion de cas complémentaires.
3Clochettes des parures et des montures : de la redondance à la senefiance
Jean-Marie Fritz
4Les clochettes ou grelots – qu’il est difficile de distinguer les uns des autres dans un texte littéraire – apparaissent fréquemment sur les harnais des chevaux des Sarrasins dans la chanson de geste et des palefrois des héroïnes dans le roman aux XIIe et XIIIe siècles. Ce détail semble souvent redondant ; il ne fait que rajouter une composante sonore au portrait d’un héros ou d’une héroïne à la puissance ou à la beauté hyperbolique. Mais ces clochettes sont aussi un signe à part entière. Elles peuvent être liées à la sacralité, à la marginalité ou à la féerie ; elles tracent ainsi une limite entre deux univers. De plus, leur tintement n’est pas toujours harmonieux, clair et lumineux, il est également mis en relation avec le monde des ténèbres, comme les clochettes de la maisnie Hellequin. Cette ambivalence acoustique – musique ou bruit, mélodie ou fracas - se vérifierait sur le plan allégorique : les clochettes peuvent être emblèmes d’Orgueil ou d’Humilité, des signes de Coquetterie ou des marques de la Foi.
5En attendant la fin des temps. La sainte, le martyr, l’archange et le dragon sur les cloches médiévales de France
Esther Dehoux
6Si l’on entend plus les cloches qu’on ne les voit, celles-ci n’en sont pas moins le support d’une iconographie et d’une épigraphie singulières. Aux côtés du Christ et de la Vierge indispensables pour un rappel de la perfection salvatrice de l’Incarnation, Barbe, Agathe, Georges et Michel trouvent une place privilégiée. Liés au feu ou à l’animal, le dragon, qui en est le vecteur, images et invocations qui les concernent participent des pratiques apotropaïques liées aux cloches et à leurs sonneries. L’archange et Agathe se distinguent cependant par le rapport étroit qu’ils entretiennent avec le temps divin, sa perception et son accomplissement.
7L’iconographie du coq à la cloche
Rémy Cordonnier
8À partir de trois images d’un coq portant une cloche en sautoir, dans deux exemplaires du Traité des oiseaux d’Hugues de Fouilloy (Paris, BNF, ms. latin 2495, Rome, Biblioteca Casanatens, ms. 444) et dans un Psautier-Hymnaire à l’usage de Saint-Taurin d’Évreux (Troyes, BM, ms. 1031), il s’agit de s’interroger sur les raisons d’une telle association avant d’élargir le propos aux coqs du clocher. Le coq et la cloche sont associés à la scansion du temps liturgique et assurent une fonction chronométrique, tout en renvoyant à la vigilance attendue du chrétien. L’un et l’autre peuvent aussi figurer le prédicateur par la modulation du chant et la fonction d’appel à la vigilance.
9Cloches et clochettes : lexique, croyances et magie
Claude Lecouteux
10Instrument de musique, de communication et de signalisation par ses types de sonnerie, objet liturgique, les cloches ont reçu une place particulière dans la vie quotidienne des hommes d’antan, et même si la littérature du Moyen Âge n’en donne qu’un tout petit aperçu, une étude portant sur la longue durée révèle toute leur importance comme la présente étude espère le montrer à travers une investigation historique, socio-culturelle et anthropologique. C’est en particulier son caractère sacré et magique qui est révélé.
11Cloches, sonnestes et campenelles : la parure de Carnaval
Karin Ueltschi
12Les clochettes sont, avec le masque, l’apanage de Carnaval, de sa figure fondamentalement bi-frons, de son perpétuel jeu avec les contraires et de son goût pour le renversement de tout ordre établi. En particulier, Carnaval peut être défini comme l’expression rituelle du retour des morts : les défunts reviennent à certaines périodes relancer la roue du temps en re-fertilisant l’univers. Les clochettes, objets à la fois dérisoires et sacrés – tout comme leur maître, Carnaval – démasquent ceux qui en sont affublés en indiquant clairement qu’il s’agit de revenants : c’est ce que la présente contribution voudrait examiner en s’appuyant en particulier sur les manifestations de la Mesnie Hellequin telles que la littérature du Moyen Âge nous les a transmises : est mise en œuvre une tension dialectique entre rire, frayeur et sacré qui permet de cerner quelque peu le visage voilé de Carnaval.
13Sons de cloches et autres appels surnaturels dans la littérature médiévale
Marylène Possamaï
14L’article se livre à une exploration des fonctions du son de la cloche dans la littérature médiévale, qui permet de suivre les traces de la valeur symbolique profonde de ce son de cloche : le signum de l’église chrétienne est signe de Dieu, la cloche, est véritablement comprise comme la voix de Dieu, appel surnaturel relayé par les bras des sonneurs pour éveiller les consciences et conduire les fidèles vers les offices religieux, mais aussi véritable instrument de communication entre Dieu et les hommes, qui peut guider ces derniers dans leur cheminement matériel ou spirituel. On comprend que cette capacité sacralise l’objet, qui de plus est baptisé, et considéré comme un être vivant : on lui attribue des vertus miraculeuses, comme celle d’éloigner les démons ou les tempêtes. On comprend aussi pourquoi sa fabrication a pu être confiée aux artisans les plus habiles, comment sa qualité de « voix de Dieu » a pu l’associer à la justesse du son et comment elle a pu devenir un instrument de musique à part entière.
15Cloches, horloges et mesures du temps dans les proverbes et locutions en ancien et en moyen Français
Maria Colombo
16Période d’une grande créativité lexicale et phraséologique, le moyen français a encore enrichi le patrimoine de locutions et proverbes que l’ancien français lui avait légué. Sur la base des dictionnaires et répertoires aujourd’hui à la disposition des chercheurs, on a essayé d’offrir un specimen de cette richesse proverbiale et locutionnelle, centrée non seulement sur les deux mots qui donnent le titre à ce volume (« cloches » et « horloges »), mais en élargissant le corpus à un vaste réseau de termes rapportés à l’expression du temps.
17Cloches, chevauchées et temporalités narratives : la mesure du temps dans le roman en prose du XIIIe siècle
Francis Gingras
18Les historiens, et en particulier Jacques Le Goff, ont montré combien le passage des cloches de l’église à celles des ouvriers avait changé le rapport au temps des hommes du Moyen Âge. Dans la mesure où cette rupture épistémologique est concomitante de l’affirmation d’une nouvelle forme narrative en langue romane, cet article propose de voir si la mesure du temps dans les textes narratifs des XIIe et XIIIe siècles permet de mettre en relation ce tournant de l’histoire de la mesure du temps en Occident et l’histoire des formes narratives médiévales. La comparaison des occurrences des heures canoniques, de l’expression de la durée et des temps grammaticaux dans différents genres (chansons de geste, romans en vers et romans en prose) permet d’abord de tester la pertinence d’une distinction générique dans le rapport au temps. L’étude de procédés de découpage narratif permet ensuite de voir les liens entre la mesure du temps et l’énonciation, mais aussi de dégager deux modes de découpage du temps, suivant qu’il s’agit de romans cycliques ou de romans « autonomes ». Enfin, la lecture d’un passage du Perlesvaus, centré sur l’épisode de l’invention des cloches, permet de voir à l’œuvre la conscience d ¹ un romancier au moment de mettre en récit son rapport au temps.
19Les cloches dans le Perlesvaus, ou le Graal à l’origine du temps
Anne Berthelot
20À la différence de la Quête du saint Graal quelques années plus tard, Perlesvaus : le Haut Livre du Graal essaie de révéler les indicibles secrets du Graal, en se plaçant à l’origine des temps, dans une temporalité décalée où le règne d’Arthur est situé deux ou trois générations après la venue du Christ. Cette modification de la chronologie transforme les aventures des chevaliers errants en une croisade systématique pour implanter le christianisme dans une (Grande-) Bretagne partagée entre les païens et les tenants de l’« Ancienne Loi ». Les uns comme les autres doivent être instruits non seulement dans les vérités théologiques, mais dans les détails les plus terre-à-terre de la liturgie : c’est ainsi que la cloche devient l’une des muances du Graal, une remarquable innovation dans la manière de mesurer le temps chrétiennement et d’ordonner le monde humain hanté par le(s) diable(s) selon les règles divines.
21Artus de Bretagne aux XIVe et XVe siècle : du rythme solaire à l’horloge faée. Le temps des clercs et celui des chevaliers
Christine Ferlampin-Acher
22Si dans la version du XIVe siècle conservée par le manuscrit BnF fr 761 la conjointure s’organise autour d’un héros restaurateur des rythmes solaires, l’épisode de l’horloge fée, au XVe siècle, correspond à une représentation du temps complètement différente. Inspirée par les horloges contemporaines, cette merveille exprime l’inquiétude du clerc face à la technique. À travers l’étude de l’intertextualité, des représentations concrètes et des pratiques poétiques dans leur évolution du XIVe au XVe siècle, il apparaît que l’horloge d’Artus de Bretagne s’inscrit dans le débat, ancien, qui oppose les clercs et les chevaliers et témoignent de l’inquiétude que suscitent le métal et la forge.
23Horloge et ruse dans le Roman de Jehan de Saintré
Corinne Denoyelle
24Le Roman de Jehan de Saintré s’inscrit dans une riche intertextualité qui utilise la littérature arthurienne toute entière comme un signe de la courtoisie. Or la conception du signe à l’intérieur du récit est duelle, et oppose d’une part les personnages qui, comme le chevalier Jehan de Saintré, croient au fonctionnement symbolique du signe, où celui-ci, pour reprendre les définitions de Jean Scheidegger et Julia Kristeva, est appuyé par une garantie extérieure ; d’autre part les personnages qui, comme la dame des Belles Cousines et l’abbé, son amant, savent que le signe a un fonctionnement sémiotique, seulement défini par l’usage flottant du langage. Utilisée par l’abbé de manière rusée pour effacer les repères temporels, l’horloge est ainsi emblématique d’un usage orienté du signe : loin d’avoir la valeur d’une référence absolue, elle devient aussi aléatoire et arbitraire que les appétits des personnages pervertis qui l’utilisent. L’opposition de ces deux systèmes de signes structure le roman avant que la fin ne révèle que même la vie de ce parangon de vertu qu’était le chevalier, n’est aussi qu’un signe dans un monde de littérature.
25Sens et enjeux d’une nouvelle métaphore : L’Horloge amoureus de Froissart
26Michèle Gally
27Ce dit de Froissart prend place dans une histoire des métaphores matricielles du discours amoureux médiéval. Froissart entend renouveler ces images en s’emparant d’une invention technique récente : l’horloge. Entre lyrisme et didactique, son texte s’inscrit d’entrée de jeu dans une subjectivité poétique en établissant une similitude entre « je » et l’horloge. Il se poursuit en entrelaçant habilement termes poético-érotiques et termes d’horlogerie, proposant une poétisation des termes techniques en les attirant dans le champ de la lyrique. Le dit, à la fois art d’aimer et offrande lyrique à la dame, combine l’ancien et le nouveau lyrisme, la célébration musicale de la dame et le souci du temps. Enfin, l’horloge, par son mouvement qui ne s’interrompt pas, renvoie au travail poétique à la fois répétition, renouvellement et maîtrise, où se nouent l’expérience de la mémoire et celle du temps. In fine, l’écrit qui en résulte transcende la mort, comme l’horloge qui en mesurant le temps le projette aussi dans un avenir indéfini.
28Cloches et horloges à Rouen, Jacques le Lieur et le puy
Denis Hüe
29Entre le Parlement, la cathédrale et l’église des Carmes, Jacques le Lieur a travaillé pour la cité, écrit pour le Puy ou commandé des vitraux ; la cloche et l’horloge y figurent, articulant le temps de la ville et le temps de l’église, le temps de la prière et celui du quotidien ; si l’horloge marque une sorte d’idéal parfait et inaccessible pour de nombreuses raisons, la voix de la cloche peut scander la vie des humains et les rappeler à l’émerveillement de leur Salut. La cloche entretient un lien privilégié avec Marie et l’Incarnation, tandis que l’horloge articule les temps astrologique et céleste et représente la tempérance ou la régulation nécessaires au salut.
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Comparer l’étranger
Enjeux du comparatisme en littérature
Émilienne Baneth-Nouailhetas et Claire Joubert (dir.)
2007
Lignes et lignages dans la littérature arthurienne
Christine Ferlampin-Acher et Denis Hüe (dir.)
2007
