Délibération, action et démocratie : une perspective pragmatique institutionnaliste
p. 123-140
Texte intégral
1Le pragmatisme est une approche philosophique qui a émergé aux États-Unis à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Son « père fondateur » est C. S. Peirce mais l’auteur le plus connu et le plus influent de ce courant de pensée est J. Dewey, aussi bien par ses écrits que par son action et son influence réformatrice aux États-Unis. Le pragmatisme a exercé une très forte influence sur les sciences sociales aux États-Unis. Sociologie, psychologie sociale, théorie économique… ont tiré des intuitions fructueuses de ce courant de pensée. Au plan de l’analyse économique, les économistes institutionnalistes américains, tels J. R. Commons, ont dans une large mesure tiré les conséquences du pragmatisme, ce qui est révélé en particulier par leur perspective méthodologique et leur conception de l’action humaine. Aujourd’hui le pragmatisme connaît un regain d’intérêt qui n’est plus limité à la seule sphère intellectuelle anglo-saxonne, renouant ainsi avec l’intérêt qu’il avait suscité lors de sa phase d’émergence chez des intellectuels comme Durkheim ou Bergson. Ce regain d’intérêt s’exerce dans tous les domaines des sciences sociales, de l’éthique jusqu’au management des organisations. Il me semble que cela ne correspond pas à une simple mode intellectuelle comme il y en a parfois, mais au fait plus profond que cette philosophie est adaptée aux questions sociales de notre temps, questions que traduit en particulier PEKEA. Le pragmatisme, et en particulier J. Dewey, a insisté sur les questions de la démocratie, de la participation des individus, des processus de délibération… afin de construire une société « raisonnable », ce qui s’oppose en particulier aux visions rationnelles et rationalisatrices de l’ordre social dont le XXe siècle a montré de façon dramatique les dérives.
2J’essaierai ici de présenter les éléments les plus pertinents du pragmatisme pour traiter des problèmes économiques et sociaux qui nous préoccupent ; il ne s’agira pas pour moi d’effectuer une présentation académique exhaustive du pragmatisme, mais plutôt de montrer en quoi cette perspective peut nous aider concrètement à résoudre des problèmes.
3En ce sens, il faut voir que le pragmatisme ne constitue pas un « système » offrant un « prêt à penser » constitué dans lequel il suffirait de puiser des recettes de cuisine applicables immédiatement. Le pragmatisme insiste avant tout sur la méthode, sur la démarche de résolution de problèmes concrets plutôt que sur le résultat lui-même. Ainsi comme le montre la citation mise en exergue, le produit d’une démarche de résolution de problème est la constitution d’une communauté avant d’être un « résultat ». Ce qui importe dans la démocratie, c’est moins le résultat empirique qu’elle produit (la décision), que le lien social, l’empathie, la participation, la communication, la délibération, l’agir commun… qu’elle mobilise. C’est cela que je voudrais mettre en exergue ici.
Les éléments fondamentaux du pragmatisme
4Le pragmatisme, en tant que courant philosophique, s’est avant tout opposé à la conception issue de la philosophie cartésienne, fondée sur des dichotomies indépassables telles la séparation du corps et de l’esprit, la pensée et l’action, le connaissant et le connu, la science pure et la science appliquée… Cette logique fondamentalement dualiste est étrangère au pragmatisme et conduit à une théorie « spectatrice » de la connaissance, l’esprit n’étant que le miroir passif d’un monde existant indépendamment de lui1. En ce sens tout ce que nous avons à faire est découvrir la vérité2 immanente qui existe indépendamment de nous. Pour le pragmatisme il n’y a pas de réalité transcendante coupée de l’expérience vécue des individus ; ainsi ce que nous considérons comme des vérités sont en fait des « assertions garanties », c’est-à-dire ce sur quoi nous sommes d’accords à un moment donné. Cette épistémologie s’est de façon primordiale intéressée à la science et à la vérité scientifique ; la démarche de la science expérimentale étant considérée comme un prototype de ce que Dewey appelle l’enquête3 sociale.
5En économie, la philosophie d’essence cartésienne est associée de façon plus générale à l’épistémologie mécaniste dominante qui considère qu’il faut dévoiler les principes de coordination qui unissent des entités atomistiques que l’on qualifie d’agents, c’est-à-dire exhiber les « lois du marché » ou les « lois de l’économie » qui ne sont que des tautologies comptables ou des prédicats idéologiques… Cette perspective pollue la théorie économique, au moins depuis les physiocrates et la distinction répandue entre « législateurs » (porteurs de lois) et « légisfacteurs » (faiseurs de lois4) ; les économistes devant êtres en ce sens des « porteurs » de lois, c’est-à-dire des découvreurs de lois naturelles… Le désastre intellectuel imputable à l’économie « pure » est issu de cette méthode erronée. La conséquence de cela c’est que « […] dans le monde des difficultés concrètes, là où on a le plus besoin de l’aide d’une méthode intelligente pour élaborer des programmes d’expérimentation que l’intelligence est la plus absente. Dans ce monde du concret et du particulier, les individus régressent au niveau de l’empirisme le plus grossier, de l’opportunisme aveugle, de la connivence avec la force à l’état brut. Les cas particuliers sont solubles dans la théorie » (Dewey 2003a p. 160).
6Pour le pragmatisme la connaissance est issue d’expériences, de problèmes résolus, d’essais, d’erreurs… elle n’est donc jamais séparée de l’action. La connaissance s’inscrit également dans le cadre de processus sociaux de validation. Ce que nous considérons comme des vérités scientifiques sont en fait des énoncés, des relations causales… qui ont été expérimentées, testées et validées par une communauté de sujets connaissant à un moment donné. Ces vérités sont donc « relatives » ou pour être plus exact « conventionnelles ». Ce qui fait l’intérêt, comme référence, de la science pour Dewey, même si elle est parfois idéalisée, est son caractère pratique, délibératif, « communautaire », évaluatif, relatif… ce qui constitue également l’essence du processus démocratique.
7Il faut bien voir d’autre part que cette démarche n’est pas réservée à une élite académique de chercheurs, mais que les individus « ordinaires » apprennent également de leurs expériences. Dans cette démarche, le savant ou l’expert ne peuvent se prévaloir d’aucune supériorité intrinsèque dans la résolution des problèmes.
8La conception pragmatique de la démarche scientifique, et plus généralement de l’action humaine, met l’accent sur sa créativité, ce que les travaux de H. Joas ont récemment mis en exergue. Si on se démarque de la conception de la science comme « découverte » il faut alors comprendre que la démarche scientifique repose sur l’invention d’hypothèses nouvelles qui seront testées, validées ou rejetées. Le processus Abductif mis en évidence par Peirce met l’accent sur cette dimension « poïetique » de la science et de l’action. La « vérité » n’est ainsi pas quelque chose de passivement atteinte, mais la conséquence d’une démarche active, créative, orientée vers un but, de la part d’individus qui font partie de la réalité. Le chercheur ne peut être séparé de la réalité dont il fait l’expérience, en particulier parce que la réalité existe par l’intermédiaire de la perception que l’on en a. Dans un article fondateur « The reflex arc concept in psychology », J. Dewey s’était opposé au behaviorisme mécaniste fondé sur la dichotomie entre le sujet et son environnement et la description du comportement en terme de schéma Stimulus-Réponse. Il avait alors souligné qu’il n’existe pas d’environnement « pur » détaché du sujet, mais que l’environnement est médiatisé par la perception qu’en ont les sujets, perception qui est elle-même déterminée par des facteurs sociaux, culturels, affectifs… Le langage est ainsi révélateur de ce que le pragmatisme dénonce : la séparation entre l’organisme et l’environnement, entre l’économie et la société, entre l’entreprise et la société… suppose que ces distinctions soient réelles et non nominales. Or, comme l’avait souligné Dewey l’organisme et l’environnement ne sont pas séparés, l’un et l’autre se co-déterminent et ne se définissent qu’en relation5 ce qu’il a tenté de capturer à travers le terme de trans-action.
9Le pragmatisme met également en avant une conception particulière de l’individu, du « soi » (self), conception fondamentalement communicationnelle. La conception pragmatique soutient en effet que toute connaissance est irriguée d’aspects interprétatifs fondés dans l’expérience passée et s’enracine dans un « point de vue » ou une « perspective ». Les significations émergent dans ce cadre à partir de l’interaction des individus conscients. Dans le cas de l’ajustement mutuel et de la coordination qui caractérisent les activités coopératives, les individus ont la capacité de prendre les perspectives des autres dans la détermination de leur conduite6. Cette capacité d’empathie ou de sympathie, de prise de rôle, a été mise en évidence par G. H. Mead, ami et collaborateur de J. Dewey et fondateur de la psychologie sociale moderne. Ces interactions communicationnelles permettent le développement de « mondes communs ».
10Ainsi, avoir un « soi » est avoir conscience de faire partie d’un processus social et que les autres font partie également d’un processus social, il n’y a pas ainsi de ligne de démarcation claire entre chaque « soi » au sein d’une totalité sociale. Chaque individu incorpore les autres, les contraintes sociales, les significations partagées, dans son esprit ce qui rend possible la communication et la compréhension mutuelle. G. H. Mead a ainsi développé le concept « d’autrui généralisé » pour traduire ce fait et l’économiste J. R. Commons celui « d’esprit institutionnalisé ». Chaque individu incorpore donc une dimension d’agir conforme du point de vue du groupe ou de la communauté et une dimension créative du fait de l’unicité de son propre point de vue.
11Les communautés sont créées par l’intermédiaire des processus d’ajustements mutuels, d’accommodation entre les individus et l’autrui généralisé. Le croisement des perspectives, les processus d’ajustements mutuels créatifs sont au cœur de la dynamique sociale et c’est largement ce qui sous tend l’insistance des pragmatistes sur la démocratie puisqu’elle incarne, certes de façon imparfaite, cette conception de l’action humaine. Elle s’enracine dans les dimensions pratiques et quotidiennes de l’action humaine orientée vers la résolution de problèmes, au sein d’activités et de processus coopératifs, qui sont de nature « expérimentale » (essais, erreurs, ajustements, révisions…), subissent le test de la mise en œuvre effective (workability), des perspectives critiques… Le pragmatisme ne reconnaît pas en ce sens l’appel à des critères d’ordre supérieur dans les processus de reconstruction sociale (l’impératif catégorique de Kant). La démocratie représente l’aspect politique du processus plus général caractérisant l’expérience humaine : la rencontre de situations problématiques qui sont toujours à la fois uniques et partagées, la mise en place d’un processus « scientifique » d’enquête amenant à la résolution de la situation problématique qui n’est jamais définitive mais provisoire et contextuelle. Un exemple illustratif de ce que les pragmatistes entendent par ce processus serait peut-être la production de règles de droits (ou plus généralement de règles collectives). Les règles émergent sur la base de la résolution de problèmes pratiques, apportent une solution à ce problème, mais cette solution n’est que provisoire et sera sujette à évolution constante via en particulier des processus interprétatifs permanents, des croisements de perspectives, ce que traduit la jurisprudence par exemple. Les aspects uniques et partagés, conformes et créatifs des processus sociaux se combinent sans cesse. En ce sens le pragmatisme ne professe pas d’état idéal ou de fin ultime, ce sont les processus eux-mêmes qui l’intéressent.
Délibération, action et démocratie
12Dans une large mesure la philosophie politique occidentale repose sur les conceptions dualistes que nous avons évoquées plus haut. Le problème constitutif originel repose en effet dans la question de savoir comment des individus conçus comme des monades égoïstes, asociales, peuvent constituer un ordre social viable. Cela renvoie pour schématiser à la solution Hobbesienne (le Léviathan) ou à la solution Lockéenne (le contrat « utilitariste »). Selon Dewey le problème est mal posé7 et largement artificiel puisqu’il s’enracine dans une perspective dualiste erronée. La question pour Dewey est plutôt de savoir comment des individus engagés dans des processus d’action collective résolvent les situations problématiques résultant de leurs interactions. Les individus qu’il considère n’étant pas a-sociaux mais au contraire socialisés8. Dans « The public and its problems », récemment traduit en français, Dewey traite de la façon dont les individus régulent les conséquences indirectes de leurs interactions (Knight et Johnson 1999) et il donne la définition du public comme « consistant en tout ceux qui sont affectés par les conséquences indirectes des transactions d’une façon telle qu’il apparaît nécessaire de prendre en compte ces conséquences de façon systématique9 » (Knight et Johnson p. 568). Une illustration de cette perspective serait par exemple la notion largement débattue de responsabilité sociale des entreprises ou les perspectives en terme de « parties prenantes », qui mettent en évidence qu’au-delà des conséquences directes de l’action (la production de biens par exemple), les décisions et actions des entreprises ont des conséquences sociales indirectes qui « posent problème ». Le politique, le gouvernement, l’État, apparaissent alors comme des moyens de réguler les conséquences indirectes des interactions sociales. Cette relation n’est pas univoque, le public générant l’État ou le gouvernement, en effet en retour l’État aide le public à articuler ses intérêts et donc à lui donner une forme. Il n’apparaît donc pas comme un idéal indépassable mais comme un moyen de résoudre les problèmes, de promouvoir l’émergence d’un « nous10 ».
13Il faut voir que pour le pragmatisme, la démocratie apparaît comme fondamentale parce qu’elle est co-extensive de sa conception philosophique, sociale et politique, elle représente moins une forme politique particulière qu’une méthode de résolution de problèmes. La démocratie permet en effet la mise en œuvre effective dans l’ordre politique (celui du « public ») de la procédure générale d’enquête mise en avant par Dewey. L’enquête est en effet conçue comme la meilleure façon de lever un doute, de résoudre un problème, et de justifier la croyance face à des contingences non anticipées. De plus les résultats de l’enquête sont scientifiques dans la mesure où ils sont le produit de méthodes ou de procédures appropriées. Enfin, il faut voir que l’enquête sociale n’est pas assimilée aux procédures des sciences naturelles, Dewey dénonçait ainsi l’imitation passive des techniques des sciences physiques. Ce que présuppose l’enquête sociale, plus que l’impartialité, est la communication extensive et libre des résultats. Ici encore cela renvoie concrètement aux revendications de transparence et de participation qui émergent de la part de citoyens vis-à-vis de processus politiques dont ils sont « parties prenantes ». Pour Dewey la connaissance est en effet autant communication que compréhension (Dewey 2003b p. 175). Cela implique pour la science sociale de « […] disposer de conceptions utilisées comme des outils d’enquête maîtrisés, des conceptions mises à l’épreuve, rectifiées et susceptibles de mûrir dans l’usage réel » (Ibid. p. 170). En cela c’est un programme de travail exigeant qui nous attend et qui impose en particulier de lever les frontières disciplinaires qui témoignent du retard des sciences sociales (Ibid. p. 172).
14Pour Mead et Dewey, les résultats de l’enquête sociale sont conçus de façon « expérimentale », comme des hypothèses révisables à la lumière de l’expérience sociale et de la délibération politique, comme le soulignent Knight et Johnson cela possède de fortes implications démocratiques : l’expérimentation sociale implique que ceux qui sont concernés aient accès aux processus de décision. Il faut voir que chez Dewey l’enquête sociale constitue un moyen d’améliorer les processus démocratiques, de ne pas les faire reposer sur la simple opinion, mais en retour l’enquête elle-même présuppose une délibération sur les buts de l’action.
15Les pragmatistes reconnaissent également que les résultats de l’enquête sociale ne peuvent être appliqués mécaniquement aux problèmes sociaux et politiques, nous ne sommes pas dans le cadre d’une ingénierie sociale. Cela implique que les résultats de l’enquête puissent entrer dans la délibération sociale et politique plutôt que d’être appliqués aux problèmes. Qu’est ce que cela signifie plus précisément ? Pour Knight et Johnson (1999 p. 575), cela fait peser deux contraintes sur l’enquête sociale :
- la première contrainte est que les résultats de l’enquête sociale ne justifient jamais parfaitement et de façon non ambiguë telle politique ou mesure spécifique. Il y a toujours ambiguïté, incertitude… Ils requièrent toujours interprétation et discussion, un désaccord est donc toujours possible ;
- la seconde contrainte est que la compréhension améliorée des pratiques et des institutions peut affecter de façon réflexive la façon dont les agents sociaux et politiques participent à ces pratiques et à ces institutions. L’enquête sociale peut donc altérer les modes de fonctionnement sociaux. Ici encore il n’y a pas de dualisme, mettre en place un processus d’enquête sociale n’est pas neutre et interagit avec la situation problématique de telle façon qu’à l’issue de la procédure les deux soient modifiés.
16Un point important également souligné par Dewey concerne les conflits d’intérêts. En effet les individus n’ont pas que des intérêts « publics » mais également des intérêts privés en tant que contribuable, membre d’une famille, d’un groupe d’intérêt… Cette multiplicité de rôles et de perspectives génère forcément des conflits. Que l’on pense par exemple à des décisions publiques comme l’implantation de station d’épuration que tous approuvent en tant que citoyens mais que certains réprouvent en tant que riverains, l’un et l’autre pouvant être les mêmes ! Dans ce cas, selon Dewey il y a, pour simplifier deux stratégies politiques pour dépasser ces conflits :
- mettre sur pieds des remèdes technocratiques tendant construire des arrangements institutionnels a-politiques afin de réconcilier, par l’objectivation ou plus exactement la réification, intérêt public et intérêts privés. Il s’agit en quelque sorte de changer de référentiel, de passer de dimensions politiques, sociales… à des dimensions techniques, par exemple cadastrales, financières ;
- mettre sur pieds des institutions et procédures qui reconnaissent le caractère inévitable des conflits et la contingence des décisions politiques et qui mettent l’accent sur les processus de délibération et de communication publics en tant que moyen de se confronter aux conflits.
17Il est évident que le pragmatisme privilégie la deuxième optique. La communication étant centrale dans le pragmatisme, le seul mode de solution possible, comme l’affirme Dewey (2003b p. 161), est « […] le perfectionnement des moyens et des modes de communiquer les significations, de sorte qu’un intérêt véritablement partagé pour les conséquences des activités interdépendantes puisse donner forme au désir et à l’effort et, de cette façon, diriger l’action ». Cela est de plus renforcé par ce qui a été dit plus haut du processus d’enquête sociale. La solution technocratique s’inscrit en effet dans la perspective d’une décision reposant sur une relation moyens-fin bien spécifiée et non ambiguë. Or, ce que le pragmatisme a mis en évidence bien avant H. Simon, est le fait que le processus d’enquête modifie l’objet même de l’enquête et donc de la décision. Le résultat est une transformation de la situation sociale problématique et non simplement du problème initial. Prenons un exemple simple : le cas d’un problème de traitement des déchets pour une commune voyant son aire de stockage saturée et envisageant la mise en œuvre d’une nouvelle décharge. Une telle mise en œuvre renvoie au conflit évoqué plus haut et au fameux « pas en face de chez moi » ! Une procédure pragmatique de résolution de problème impliquerait les citoyens affectés par le problème posé (la saturation de la décharge) et pourrait déboucher sur la reformulation du problème ; par exemple le véritable problème concerne-t-il la décharge (et est donc réductible à un simple problème technique d’espace ou de volume de stockage) ou concerne-t-il les déchets, ce qui renvoie à d’autres dimensions ? Par exemple, le processus de délibération pourrait déboucher sur une prise de conscience par les citoyens de leur mode de production de déchets, donc de leurs modes de consommation, et sur des solutions individuelles et collectives pour résorber la quantité de déchets (distribution de composteurs, réduction des emballages, filières de recyclage…) ; cela ne rendrait pas forcément caduque l’extension de la décharge mais pourrait au moins en limiter l’impact et le rendre plus acceptable. Les solutions alternatives pourraient être expérimentées, discutées évaluées… de façon participative. Les intérêts et revendications individuels peuvent être dévoilés, pris en compte et considérés de points de vue différents que le trop vague « intérêt général » qui n’est souvent qu’une abstraction technocratique ou un dispositif de justification commode.
18En ce sens comme le soulignait Dewey, le problème du public est celui de l’amélioration des conditions et des méthodes de débat, de discussion et de persuasion (Knight et Johnson 1999 p. 583). Il faut voir ici encore que la pollution inconsciente des modes de pensée par le mode de raisonnement mécaniste, dénoncé par le pragmatisme, est particulièrement prégnante. L’une des idées fondamentale du mécanisme est la conservation qui repose sur l’idée que l’énergie, le mouvement, la richesse… sont des stocks fixes qui ne font que se répartir. Un des corollaires de cette idée, est qu’il y a toujours fatalement des gagnants et des perdants ; s’il y a conflit autour de la répartition, le conflit ne peut être résolu que par la défaite des uns au profit des autres. Ici encore le pragmatisme prend le contre-pieds de cette logique, rien n’oblige à ce que les uns perdent et les autres gagnent (même si c’est évidemment possible), la créativité, l’invention… peuvent transformer les choses. En économie, champ où cette logique fatale est particulièrement à l’aise, T. Veblen, avait bien souligné que le point logique d’aboutissement de l’approche que l’on qualifie aujourd’hui de néo-classique, ne pourrait être qu’une reformulation du principe de conservation de l’énergie (par exemple le fameux optimum de Pareto).
Une perspective transactionnelle
19Dans « The knowing and the known » J. Dewey et A. Bentley ont développé une approche qualifiée de transactionnelle qui s’oppose aux systèmes philosophiques antérieurs et prend en compte un certain nombre des éléments développés précédemment, en particulier en ce qui concerne l’action humaine. Cette approche transactionnelle, essentiellement d’ordre épistémologique possède ses contreparties dans le domaine social.
20En effet, la perspective transactionnelle met l’accent sur l’émergence de « mondes communs » ou encore « de mondes de connaissances partagées » (shared worlds of knowledge) (Woodward 2002). Il s’agit de mondes communicationnels communs au sein desquels les individus peuvent se comprendre, ce qui est essentiel dans le cadre de tout processus participatif de délibération et de décision. Dewey et Bentley ont ainsi souligné l’importance des processus d’attribution de noms (naming) à une situation problématique qui doit d’abord être identifiée et nommée par les acteurs eux-mêmes. Il y a ainsi une constante interaction (ou plus exactement une transaction) entre le nommant et le nommé. Cela signifie que les agents agissent au sein de situations qui doivent être avant tout « définies » et surtout définies de façon conjointe et commune. En effet dans le cadre du pragmatisme une situation n’existe pas en dehors des acteurs, une situation doit donc être définie. Ensuite, compte tenu de vécus différents, de perceptions différentes… les acteurs ne définissent pas une situation de façon identique ; un des enjeux de tout processus démocratique et délibératif est de parvenir à une définition commune de la situation, à créer un monde commun, sans lequel la compréhension mutuelle est impossible11. Ce faisant, comme nous l’avions souligné plus haut, ce processus d’attribution de noms, de définition de situations, est un processus créatif (ce que Joas à appelé la créativité située). Il ne s’agit pas en effet de converger vers une définition pré-existante qu’il s’agirait d’exhiber et dévoiler, mais bien de définir et redéfinir au sens propre une situation. L’interaction continuelle du nommé et du nommant impose une redéfinition créative continuelle des situations et donc des démarches de résolution de problèmes. Le processus démocratique chez Dewey est donc intrinsèque à la perspective transactionnelle. Ce sont avant tout les acteurs concernés qui définissent une situation comme problématique et mettent en place une démarche de résolution de problème qui implique avant tout qu’ils mettent au jour les définitions qu’ils donnent de cette situation. Ce faisant il s’agit de révéler, par la participation créative des parties prenantes, des audiences, des organisations… impliquées, un « horizon transactionnel des possibles » (Woodward 2002 p. 266) au sein duquel la libération des capacités d’actions pourra prendre place. C’est ce qu’écrivait sous une autre forme H. Joas (1999 p. 143) : « Chaque situation présente, aux yeux des pragmatistes, un horizon de possibilités pratiques, et c’est cet horizon qui, dans les moments de crise, doit être redéployé. Des hypothèses sont avancées ; nous jetons de nouvelles passerelles entre nos propres impulsions et les données extérieures. Toutes ces passerelles ne sont pas solides. Mais si nous parvenons à en établir une, alors nous avons concrètement enrichi notre capacité d’action. Celle-ci modifie jusqu’aux fins que s’assigne le sujet agissant. […] Ainsi ancrée dans l’action, la créativité apparaît […] comme une ouverture à de nouvelles façons d’agir. » (nous soulignons.)
21Ainsi, dans la perspective transactionnelle cette « conversation » avec la situation menée par les individus impliqués est foncièrement intégrative et conduit à développer un « nous », un monde commun de significations partagées. C’est en ce sens que pour le pragmatisme, la démarche compte autant que le résultat (en terme de décision par exemple) qu’elle produit. Les individus sont ainsi intrinsèquement acteurs de la société. Cette perspective explique également pourquoi la posture pragmatique refuse la logique de mise en œuvre de programmes « tout faits », décidés d’« en haut » pour résoudre des problèmes sociaux. Le pragmatisme au contraire soutient le fait qu’au lieu de programmes il faut plutôt parler d’hypothèses de travail en révision constantes (Tracy et Tracy 2000), en particulier du fait des processus de définition et redéfinition des situations que nous venons d’évoquer. Ainsi le pragmatisme social de Dewey implique, par exemple que les politiques sociales, qui constituent une préoccupation pour PEKEA, soient :
- structurelles
- flexibles
- évaluables
22L’aspect structurel se réfère à la considération de programmes traitant de besoins sociaux non satisfaits et de possibilités sociales non réalisées. Le caractère flexible apparaît comme critique pour Dewey, en effet toutes les mesures de nature politique doivent pouvoir être expérimentées pour être testées. Cela implique un processus constant de révision des hypothèses et des programmes. Enfin, le pragmatisme met l’accent sur la définition coopérative des objectifs poursuivis et sur l’évaluation des résultats obtenus sur la base d’un dialogue ouvert et le libre échange d’idées qui permet de générer des suggestions plutôt que des jugements (Tracy et Tracy 2000 p. 6). On sait en effet qu’aujourd’hui ce type de démarche est souvent revendiqué dans le cadre de politiques publiques. Il faut voir cependant que très souvent au-delà des mots, la réalité ne correspond pas à ce qu’implique le pragmatisme qui s’enracine dans une conception cohérente de l’action humaine. Par exemple l’évaluation, tellement à la mode, apparaît le plus souvent comme une procédure bureaucratique, décidée de façon centralisée, reposant sur la production d’indicateurs largement définis en dehors des acteurs eux-mêmes, s’insérant plus dans des dispositifs de justification et de jugement, que dans une perspective de résolution de problèmes (par exemple réduire l’évaluation d’universités à des indicateurs tels des « taux de réussite »). L’évaluation au sens de Dewey est plus exigeante et plus démocratique, elle doit d’abord être le fait des acteurs eux-mêmes, de leurs « définitions de la situation », des buts coopérativement fixés qu’ils poursuivent… En ce sens, ici encore, dans l’évaluation c’est la démarche et ce qu’elle produit entre les acteurs, qui compte autant sinon plus, que le résultat.
23Dans ce cadre, le « méliorisme » apparaît comme une conviction centrale dans le pragmatisme, ce qui s’oppose au pessimisme et au scepticisme qui caractérise souvent la modernité. La pensée libérale repose en effet largement sur une conception pessimiste de la nature humaine et fait donc reposer le progrès, s’il y a lieu, sur des mécanismes impersonnels tels le marché. Le pragmatisme ne partage pas ce point de vue et postule que les conditions sociales peuvent être améliorées par l’intermédiaire de processus coopératifs et participatifs en particulier au niveau local ou communautaire12. Pour Dewey, (2003a p. 150) « le méliorisme consiste à croire que les conditions spécifiques qui existent à un moment donné peuvent toujours être améliorées ».
24Pour Dewey, le méliorisme encourage l’action réfléchie, ce que ne peuvent ni le scepticisme ni le pessimisme, et permet de développer la confiance et l’espoir sans tomber dans un optimisme passif. Pour Dewey le progrès n’est pas inéluctable, c’est aux individus d’orienter collectivement les processus sociaux vers un futur commun meilleur ; ce qui est aussi la perspective qui anime PEKEA.
25La reconstruction sociale repose sur la démarche d’enquête que nous avons évoquée plus haut, méthode expérimentale, rigoureuse, symétrique dans le domaine social de l’enquête scientifique. Dewey condamnait ainsi les politiques sociales conçues pour traiter des problèmes de l’instant comme relevant « d’idées improvisées pour l’occasion ». Le « discours de la réforme » constitue ainsi un abus de langage car n’ayant bien souvent aucun but social collectivement déterminé, n’étant pas fondé sur une démarche intégrative et participative et n’ayant que des objectifs de court terme. Pour Dewey il s’agit au contraire de « re-former », au sens littéral, le cadre institutionnel, de redéfinir la situation sociale. Pour Dewey aucun programme et aucune politique ne pourra s’adapter à toute situation. Tout programme doit être intrinsèquement interactif, révisable du fait des expérimentations continuelles, adaptables pour, et par, les acteurs locaux… Il ne peut y avoir en ce sens de règle générale ou de formule pour les politiques qui sont constamment soumises à expérimentation et révision. Pour Dewey : « […] les politiques et propositions pour l’action sociale doivent être traitées comme des hypothèses de travail, et non comme des programmes auxquels il faut adhérer de façon rigide. Elles sont expérimentales dans le sens où elles seront, de façon participative, sujettes à des observations constantes et rigoureuses des conséquences qu’elles génèrent quand elles sont mises en œuvre, et sujettes également à des révisions rapides et flexibles à la lumière des conséquences observées » (Dewey cité par Tracy et Tracy 2000 p. 8). Il y a ainsi une différence de fonds entre une société planifiée et une société engagée dans des processus de planifications constants13.
26La reconstruction sociale repose également sur la collaboration, la coopération qui implique le respect mutuel, la tolérance mutuelle, la mise en commun d’expériences, le don et le contre don. La réussite d’une communauté repose ainsi en grande partie sur le processus de travail en commun. Dewey était en ce sens un fervent partisan des efforts de résolution de problèmes d’un public engagé et bien informé. L’éducation jouait un rôle important en ce sens. L’action partagée pouvait alors donner naissance à une communauté plus profonde. Il faut bien voir que pour Dewey, les individus et les communautés marginalisées devaient devenir parties prenantes des processus politiques les concernant et ne plus simplement être traités comme des sujets passifs ou des « clients ».
27En ce sens la démocratie chez Dewey amène à la constitution d’un environnement communicationnel commun pour paraphraser les termes du sociologue A. Schütz, les modes d’interaction et de communication apparaissant comme des enjeux centraux. Ainsi pour Dewey, la démocratie commence à la maison, la maison étant dans un voisinage14… La démocratie est avant tout une démocratie locale.
28La conception pragmatique impose donc une révision de bien des idées que l’on considère comme acquises. La plus prégnante est sans doute l’esprit de système qui fait privilégier le général sur le particulier, le global sur le local. Or, pour Dewey, bien souvent les grandes théories sociales, philosophiques ou politiques sont démunies « Quand nous sommes aux prises avec les petites énigmes de la vie quotidienne », que « ce que nous avons besoin de savoir » est « où nous allons » et que « tout ce que nous avons à nous mettre sous la dent, ce sont des dissertations sur la famille et des slogans sur le caractère sacré de la personne individuelle » (Dewey 2003a p. 158). Cela conduit comme nous l’avions souligné à produire des dispositifs de justification : « En déplaçant le questionnement des situations concrètes vers des problèmes de définitions et de déductions conceptuelles, on produit un dispositif de justification intellectuelle de l’ordre établi15 […]. » (Ibid.)
Conclusion
29Le pragmatisme fournit, me semble t-il, une perspective utile au développement d’une science sociale orientée vers la résolution des problèmes concrets auxquels nous faisons face. En mettant l’accent sur la méthode elle nous préserve de l’esprit de système et des pétitions de principe idéologiques auxquels la science sociale se confine trop souvent. Mettre l’accent sur la méthode montre également que la démocratie n’est pas réductible à un ensemble de technologies sociales, tels les mécanismes de vote ou de consultation, les constitutions, mais qu’elle est un processus dont le produit principal est la création de communautés. Dewey avait cependant bien perçu la difficulté majeure de notre temps. En effet si l’on conçoit le public comme résultant des effets indirects de l’action, ceux-ci sont aujourd’hui, du fait de la complexité du monde, de plus en plus difficiles à percevoir. En ce sens « Tant que la Grande Société ne sera pas convertie en une Grande Communauté, le public restera éclipsé. Seule la communication peut créer une grande communauté. Notre Babel n’est pas de langues mais de signes et de symboles ; sans ceux-ci une expérience partagée est impossible. » (Dewey 2003b p. 151.) En ce sens l’un des rôles de l’enquête sociale, un des rôles qui nous est donc dévolu, est de perfectionner les méthodes et les processus par lesquels l’enquête est menée. Cependant, ce perfectionnement ne peut se faire de façon isolée mais uniquement par la participation et le dialogue afin de constituer une « communauté d’enquêteurs », en ce sens la démocratie n’est pas séparée de l’action et de la recherche, comme le disait Dewey (1939) : « […] pour cesser de penser la démocratie comme quelque chose d’extérieur, il nous faut absolument comprendre en théorie et en pratique, qu’elle est pour chacun une manière personnelle de vivre, qu’elle signifie avoir et manifester constamment certaines attitudes qui forment le caractère individuel et qui déterminent le désir et les fins dans toutes les relations de l’existence ». La démocratie implique la foi dans le rôle que jouent la consultation, la délibération, la discussion, la persuasion, l’échange d’arguments et donc in fine la communication, pour créer des liens entre les hommes, une véritable réciprocité communicationnelle. Cela implique, comme nous l’avons déjà dit, que la démocratie commence à la maison. On sent bien aujourd’hui confusément à travers les mouvements sociaux cette nécessité de se retourner vers des communautés de proximité, intellectuelles autant que spatiales, pour faire face aux conséquences de l’interdépendance. Les mouvements alter-mondialistes, écologistes, humanitaires… et peut-être même les résultats du référendum sur la constitution européenne me semblent des symptômes de « publics » qui se cherchent. En ce sens le rôle de l’enquête sociale est de « procurer au public des données qui lui permettent de définir ses intérêts et qui permettent ensuite aux décideurs ou aux conseillers de la décision d’évaluer correctement les situations sociales problématiques » (Zask 2004 p. 160).
Bibliographie
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Notes de bas de page
1 Pour Dewey : « Notre modèle de savoir suppose un spectateur qui regarde une image achevée plutôt qu’un artiste aux prises avec la production de ce tableau. » (2003b a. 114.)
2 « […] vrai signifie “vérifié “et rien d’autre. Généraliser ce principe revient à mettre les hommes devant leurs responsabilités pour les contraindre à renoncer à leurs dogmes politiques et moraux ; c’est aussi les obliger à soumettre à l’épreuve de l’avenir les préjugés auxquels ils tiennent le plus. » (Dewey 2003a p. 138.)
3 Dewey (1993 p. 169) donnait la définition suivante : « L’enquête est la transformation contrôlée ou dirigée d’une situation indéterminée en une situation qui est si déterminée en ses distinctions et relations constitutives qu’elle convertit les éléments de la situation originelle en un tout unifiée. »
4 Il faudrait en fait faire remonter à Aristote cette perspective. Voir à ce propos la discussion de Dewey sur les lois naturelles dans « Le public et ses problèmes » (Dewey 2003b p. 115). Voir également : S. Trifilo, « La justice dans la tradition du droit naturel classique – Pertinence d’une définition d’ordre éthique », Documents de Recherche du CAE, p. 15.
5 Dans un article très intéressant R. A. Bucholz et S. B. Rosenthal (1998) ont ainsi souligné l’influence de cette dichotomie dans le cadre de la distinction entre économie (business) et société autour de questions mettant en jeu l’entreprise : approche en terme de Stakeholders, de responsabilité sociale de l’entreprise…
6 Nous nous inspirons de la présentation synthétique de Bucholz et Rosenthal (1998), nous avons développés ces aspects de façon plus approfondie dans plusieurs articles.
7 « La théorie contractualiste de l’origine de l’État est fausse et son erreur est facile à démontrer tant philosophiquement qu’historiquement. Cette théorie a néanmoins été très répandue et elle a exercé une influence considérable. » (Dewey 2003a p. 65.)
8 Pour le pragmatisme la communication apparaît essentielle dans le processus de socialisation, ce qui est indiqué par l’origine identique des termes communication, commun, communauté, communiquer… Ainsi face à l’individu en soi considéré par l’individualisme Dewey souligne, parlant de l’enfant, que « Les choses ne lui arrivent pas dans un état de nudité originelle, mais habillées de langage et cette enveloppe communicationnelle fait de lui le membre d’une communauté de croyances. » (Dewey 2003a p. 96 – nous soulignons.)
9 Pour Dewey : « […] ceux qui sont indirectement et sérieusement affectés en bien ou en mal forment un groupe suffisamment distinctif pour requérir une reconnaissance et un nom. Le nom sélectionné est le public » (Dewey 2003b p. 76).
10 « […] l’organisation n’est jamais une fin en soi : c’est un moyen de promouvoir le lien social pour multiplier les points de contacts effectifs entre les personnes en orientant leurs interactions pour les rendre les plus fécondes possibles » (Dewey 2003a p. 169).
11 Voir à ce propos l’anakyse de Mei-Fang Fan (2004), mobilisant le pragmatisme, pour analyser un problème de traitement des déchets nucléaires à Taiwan, en particulier en ce qui concerne les perceptions différenciées des Taïwanais et des habitants de l’île concernée, les Yamis.
12 Le terme communautaire a introduit certains biais dans la considération du pragmatisme, celui-ci ayant été pris comme une justification du « communautarisme ». Il ne s’agit pas dans la perspective pragmatique de communauté au sens « ethnique », « religieux » ou de groupes sociaux particuliers ; il s’agit de communauté au sens d’un ensemble d’individus développant le sentiment d’un « nous », d’un monde partagé et cela autour de la perspective d’une démarche de résolution de problème. Il s’agit plus d’une communauté nominale, unie par un « environnement communicationnel commun » que d’une communauté « réelle » au sens où peut l’être une communauté religieuse. Une communauté est toujours définie par rapport à une situation et dans une situation.
13 Il faut voir en ce sens que les dictats de l’économisme fondés sur l’invocation de la concurrence « pure et parfaite » correspondent à un ordre planifié, puisque de façon centrale il s’agit d’imposer une concurrence qui n’existe pas ou n’est que partielle.
14 « La démocratie doit commencer à la maison, et sa maison est la communauté de voisins » (Dewey 2003b p. 202).
15 Dewey ajoutait également : « Le philosophe social qui vit dans un monde peuplé de ses propres concepts “résout “les problèmes en montrant le rapport des idées entre elles au lieu d’aider les hommes à résoudre des problèmes dans le concret en leur fournissant des hypothèses à réaliser et à mettre à l’épreuve dans les projets de réforme. »
Auteur
-
Michel Renault
Économie Politique, Rennes
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