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    Plan détaillé Texte intégral L’écriture de la sexualité : le miroir d’une époque Intégrisme vs érographie Notes de bas de page Auteur

    La scène érotique sous le regard

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Sexe et sexualité dans le roman maghrébin francophone

    Mohamed Ridha Bouguerra

    p. 231-245

    Texte intégral L’écriture de la sexualité : le miroir d’une époque Intégrisme vs érographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Il est singulier d’en venir à montrer que l’activité sexuelle, ravalée d’habitude au niveau de la viande comestible (de la chair), a le même privilège que la poésie.
    Georges Bataille1

    1Moins curieux que cela ne le semble à première vue, la déferlante intégriste qui s’est abattue dans les années 1990 sur l’Algérie a eu une conséquence littéraire inattendue : celle d’amener les romanciers et, davantage encore, les romancières algériennes, si ce n’est à une érographie littéraire essentiellement féminine, du moins à l’écriture du sexe et des rapports sexuels. Certes, le thème de la sexualité n’a jamais été complétement absent du roman maghrébin. Bien au contraire, devrait-on dire, si l’on pense surtout à la génération d’écrivains entrée en littérature juste après les indépendances des pays du Maghreb comme on le verra plus loin. Mais la nouveauté c’est que, durant ces toutes dernières années, des femmes se sont mises, à leur tour, à l’écriture de ce que Victor Segalen appelle « les jeux de l’homme et de la femme ». Nous nous interrogerons donc sur les raisons de ce soudain intérêt des écrivaines pour l’écriture de la sexualité et sur la spécificité de cette pratique tout en insistant sur les différences dans le traitement de cette thématique par les deux dernières générations de romanciers maghrébins francophones.

    2Nous n’abordons, cependant, les pionniers ou auteurs de la première génération de la littérature maghrébine, ceux qui sont venus à l’écriture au tout début des années 1950 que pour noter que, dans le contexte colonial d’alors, leurs préoccupations étaient essentiellement politiques. Aussi, le sexe ne semble pas figurer parmi leurs principales priorités et son évocation comme celle de la place de la femme dans la société ne se départ jamais, chez eux, d’une certaine pudeur. Certes, de-ci de-là, on rencontre une allusion à des liaisons homosexuelles ou au phénomène de la pédérastie, pour ne pas parler de la pédophilie. La promiscuité de la vie de soldat dans une caserne, l’absence alors de la femme dans l’espace public au Maghreb et la frustration sexuelle assez répandue parmi les jeunes dans la société musulmane pourraient servir d’explications à ces notations moralisantes en quelque sorte dans ces fictions que sont Le Sommeil du juste de l’Algérien Mouloud Mammeri ou Le Passé simple du Marocain Driss Chraïbi2.

    3Il y a, bien sûr, Nedjma (1956) et celle que le roman désigne par « la Française », épouse volage d’un notaire marseillais enlevée, tour à tour, par trois de ses amants algériens et conduite dans une grotte par les deux derniers qui se disputaient ses faveurs. Dans ce cadre si symbolique, eurent lieu et un drame, puisque l’un des ravisseurs fut assassiné, et des accouplements qui aboutiront à la naissance de l’héroïne, « Nedjma la réplique de l’insatiable Française3 ». Kateb Yacine fait dire à l’un des pères possibles de Nedjma : « Je me demande ce qui a pu naître des nuits d’antan ; les nuits d’ivresse et de fornication ; les nuits de viol, d’effractions, de corps à corps de ville en ville ; dans les couloirs et sur les terrasses ; aux salons des entremetteuses4… » Seule la défaite de 1830 et la colonisation qui s’ensuivit expliqueraient cette dissipation des fils des vaincus qui, frustrés, humiliés et rongeant leur frein car privés de combat, s’évadèrent dans la débauche comme d’autres firent des paradis artificiels un refuge contre le spleen et les maux de l’existence. Et le romancier de poursuivre ainsi :

    Alors s’allumèrent les feux de l’orgie. Les héritiers des preux se vengeaient dans les bras des demi-mondaines ; ce furent des agapes, des fredaines de vaincus, des tables de jeu […] ; l’Orient asservi devenait le clou des cabarets ; les femmes des notaires traversaient la mer et se donnaient au fond des jardins à vendre5…

    4Pour faire bref, on pourrait avancer que, dans ce roman si poétique et à l’architecture si complexe et étudiée, la sexualité, évoquée d’une manière pourtant si pudique et discrète, remplit une fonction éminemment symbolique. Issue d’une mère venue de la métropole, pour utiliser le langage de l’époque, et d’un père putatif mais descendant d’une ancienne lignée du pays, Nedjma, tant convoitée par la plupart des protagonistes du récit, est, incontestablement, la métaphore de cette Algérie que se disputaient les deux communautés, voisines mais séparées, lancées depuis 1954 dans un meurtrier et dernier combat fratricide.

    L’écriture de la sexualité : le miroir d’une époque

    Les rapports qui régissent notre société sont féodaux ; les femmes n’ont qu’un seul droit : posséder et entre tenir un organe sexuel.
    Rachid Boudjedra6

    5La parenthèse de la colonisation une fois fermée, la construction du nouvel État-Nation exigeait une révolution radicale des mentalités. Des habitudes ancestrales étaient à bannir, des tabous à dénoncer, des interdits à interdire ! La moitié de la société, sa part féminine, était au premier chef visée et concernée par le vent de réformes nécessaires mais très inégalement réalisées dans les trois pays concernés. Tout ce qui touchait au mariage, aux rapports hommes-femmes, à la mixité, au corps devenait matière romanesque afin d’étaler le scandale que constituait la position dominante prise par le père ou le mari dans la famille maghrébine. La sexualité en vint à occuper maintenant une place centrale. Les romanciers mettent au-devant de la scène adolescentes très tôt mariées et légalement violées par de riches vieillards, mères bafouées, maîtresses interchangeables, prostituées offertes à la curiosité insatiable et avide d’un public phallocrate et frustré. Ainsi, une grande partie des œuvres des auteurs de cette période peut être considérée comme un réquisitoire contre une société qui maintient la femme sous tutelle en en faisant une éternelle mineure, exigeant d’elle soumission et réserve. La Répudiation (1969) de l’Algérien Rachid Boudjedra, Harrouda (1973) et Messaouda (1983) des Marocains, respectivement, Tahar Ben Jelloun et Abdelhak Serhane vont nous servir à illustrer la manière dont les romanciers, par esprit anticonformiste et de révolte contre une société machiste, par volonté de secouer des mentalités figées, convoquent le sexe d’une manière à dessein provocatrice et qui a scandalisé par la crudité du langage utilisé et des scènes décrites.

    6Le premier roman publié par Ben Jelloun et dédié à la mère de l’auteur est, à cet égard, exemplaire si l’on en juge par les premières phrases qui ouvrent le texte :

    Voir un sexe fut la préoccupation de notre enfance. Pas n’importe quel sexe. Pas un sexe innocent et imberbe. Mais celui d’une femme. […]. Celui qui hante nos premiers rêves et nos premières audaces7.

    7Quant à l’ouverture de Messaouda, œuvre dont la mère est encore la dédicataire, elle débute ainsi : « Au commencement étaient les ténèbres. Et au commencement, mes doigts avaient tracé la silhouette d’une femme déchue : Messaouda8. » La narratrice de La Pluie de Boudjedra, hantée par son passé familial, ressasse les souvenirs des blessures narcissiques que les siens lui ont infligées et qui ont scellé son destin. Elle entame la rédaction de son journal par ces phrases :

    Le jour où je fus surprise par ma propre puberté je crus que j’allais certainement mourir. […]. Je compris – confusément – alors que le malheur de la féminité s’était installé en moi9.

    8La confirmation de ce pressentiment lui sera vite apportée par son jeune frère qui, sarcastique, lui jette ces mots qui demeureront longtemps sibyllins à l’intéressée et seront repris comme un leitmotiv dans le récit : « Maintenant ça ne va pas seulement te servir qu’à pisser10. »

    9Ces romans sont, on s’en doute, des récits d’apprentissage et d’abord, d’initiation à la vie sexuelle. Tant dans La Répudiation que dans Harrouda ou Messaouda, il est souvent question du plaisir solitaire que des adolescents cherchent à éprouver à défaut de pouvoir approcher, eux aussi, des femmes. Celles-ci, qu’elles soient des maîtresses du père ou des prostituées un peu demeurées comme c’est le cas dans les deux romans marocains déjà cités, l’hypocrisie sociale les leur interdit alors que les adultes s’autorisent à aller, par jeu, farfouiller dans les jupes de ces dernières. Un peu plus âgés, ces garçons précoces se hâtent de goûter au fruit interdit dans d’innommables bouges avec des créatures qui, la veille, avaient reçu la visite intéressée des géniteurs de leurs nouveaux et jeunes clients. Ceux-ci, en vérité, ne font qu’imiter des adultes qui, dans le privé, jouent aux bons pères de famille et, en ville, cherchent à se faire passer pour d’honnêtes et respectables bourgeois. En étalant les frasques de ces maris volages qui exercent leur dure autorité de pater familias sur leurs enfants, les jeunes auteurs dénoncent l’hypocrisie sociale ambiante et tacitement admise et dont les épouses recluses au foyer font habituellement les frais.

    10Il va de soi que le mariage traditionnel ne sort pas indemne de l’examen auquel les romanciers le soumettent. La différence d’âge entre les époux, l’arrangement de famille conclu sans l’accord de la jeune fille, les conditions dans lesquelles ce viol légal est, généralement, effectué, les conséquences psychologiques durables qui en découlent pour les intéressées, tout cela est minutieusement décrit, d’une manière qu’on a tendance à croire caricaturale alors qu’elle n’est que simplement réaliste ou, si l’on veut, naturaliste. De ce point de vue, Rachid Boudjedra et Tahar Ben Jelloun ont si ouvertement disséqué l’institution matrimoniale, respectivement, dans La Répudiation et Harrouda, qu’ils ont créé, sciemment, le scandale. Dans ces romans personnels que l’on suppose, à bon droit, au moins, d’inspiration autobiographique, les narrateurs ne mettent-ils pas leurs propres mères en scène et ne leur donnent-ils pas la parole comme le fait explicitement l’auteur de Harrouda qui insère dans le récit un « Entretien avec la mère » sur lequel il s’explique longuement dans une importante note finale intitulée « La prise de la parole » où il écrit : « L’entretien avec ma mère n’est pas imaginaire. C’est un texte vécu, une coupe opérée dans mon écoute ; ce qui n’a pas été sans violence ni sans consentir la sanction qui en découle : une première blessure11. » Et, plus loin, l’auteur d’ajouter : « Il fallait dire la parole dans (à) une société qui ne veut pas l’entendre, nie son existence quand il s’agit d’une femme qui ose la prendre12. » Or, la mère nous explique en quoi sa prise de la parole pouvait heurter une société non accoutumée à une pareille audace. L’auteur-narrateur lui fait dire, en effet : « Ma condition de femme ne pouvait être dite. Oser la parole, c’était provoquer le diable et la malédiction. Oser la parole c’était déjà exister, devenir une personne13. » Mais les trois maris successifs auxquels elle a été mariée la voyaient-ils comme une personne, précisément ? Pour les deux premiers vieillards, surtout, qu’elle eut comme époux alors qu’elle était à peine pubère et qui décédèrent de s’être trop essoufflés sur un si jeune corps, était-elle autre chose qu’un vagin offert à leur seule satisfaction ? De son premier mari, elle dit qu’il était « un peu [son] père », qu’il ne l’a jamais embrassée et qu’il lui parlait peu et elle ajoute :

    Il y avait quelque chose entre nous comme une gêne ou une honte. Après tout pourquoi m’aurait-il parlé ? Et qu’aurions-nous échangé ? À ce niveau-là je ne pouvais exister pour lui, dès qu’il se mettait au lit, j’ouvrais mes jambes et j’attendais. Quand il éteignait la lampe, il me prenait les jambes, les déposait sur ses épaules et me pénétrait en silence. […]. Quand il avait fini, il me tournait le dos et entamait son sommeil tranquille dans la satisfaction de son désir, son devoir, le chapelet entre les doigts14.

    11Le second mari qui, après la disparition du premier, lui succéda dans la vie de l’adolescente, était, lui aussi, un vieillard tout de vertu et de piété vêtu. Qu’on en juge d’après le souvenir qu’en garde la mère du narrateur :

    Il priait souvent sur mon corps. Je n’ai jamais vu son sexe. Tout se passait dans l’obscurité. J’entendais psalmodier quelques phrases […]. « Louange à Dieu Le Très Haut qui m’a donné cette enfant pour champ à cultiver. Belle et pure. Un trésor d’obéissance et de soumission. Puisse cette enfant me donner un héritier […]. Au nom de Dieu Le miséricordieux, Le Tout-Puissant, je pose ma verge entre les jambes de cette enfant sainte15… »

    12Il est évident que Tahar Ben Jelloun met particulièrement l’accent sur la misère sexuelle, d’abord, à laquelle la jeune femme se trouvait condamnée de par la fonction de simple reproductrice à laquelle elle était réduite mais aussi en raison de l’énorme différence d’âge entre elle et ses deux époux. Celle qui se remémore ici sa vie passée ne pouvait que constater que sa « jeunesse se consumait dans les rides d’un homme, un étranger16 ». Aussi, était-elle habitée par la peur, la honte et se sentait-elle dépréciée après la mort de son premier époux car, selon la société et les valeurs qui y avaient alors cours, « elle n’avait, selon elle, plus rien de neuf à offrir à un homme17 ! » Longtemps, l’esprit obsédé par les cadavres des deux vieillards, elle en peupla ses nuits qui furent alors hantées de cauchemars où elle se voyait continuellement en train de prendre sa revanche sur ces mâles qui, tout à leur satisfaction égoïste, l’avaient si peu considérée. La démence n’était pas loin, se souvient-elle. Elle en fut sauvée grâce à la semence qu’ils laissèrent en elle, chacun d’eux à son tour, avant de rejoindre Le Très Haut, et elle fut ainsi chargée de deux enfants avant de trouver : « un avenir-de-seconde-main » avec le troisième conjoint, le père de l’auteur-narrateur. Il se dégage aussi du récit l’idée que ces deux pieux maris ne pouvaient aucunement soupçonner qu’ils avaient affaire avec leur si jeune épouse à une personne qui avait elle aussi des droits et envers qui ils avaient d’autres devoirs que celui de la pénétrer en silence chaque soir ! Aucun partage, aucune communion, aucune communication ne pouvait exister à leurs yeux avec celle qui avait seulement à partager leur lit et à les servir comme une domestique. Comme elle le dit elle-même, elle n’avait qu’une vague idée du monde extérieur dans lequel ses hommes se mouvaient et elle n’y occupait aucune place. Aussi, faisant le bilan de sa vie après deux mariages calamiteux et quelques années d’une solitude à deux au cours desquelles son adolescence lui fut volée, elle note qu’elle « n’avai[t] pas encore vu la mer ni un champ d’épis verts. » Et elle ajoute : « En dehors de Fass [Fès], je ne pouvais soupçonner l’existence d’un autre monde18. » Bref, à travers les rapports sexuels que sa mère a subis, le narrateur, au croisement de la psychologie et de la sociologie, jette une lumière crue sur toute une société et une époque et désigne par là la place peu enviable qui y était dévolue à la femme.

    13La même constatation s’impose à la lecture de Messaouda d’Abdelhak Serhane. Publié dix ans après Harrouda qui lui servit indubitablement de modèle, le récit de Serhane est, lui aussi, un roman d’inspiration autobiographique : le narrateur ne porte-t-il pas le même prénom que l’auteur ? Ici, aussi, Mi, la mère raconte à son fils par le menu le destin qui, de par la volonté de son époux, « l’avait réduite à une caricature de femme19 ». Les mêmes scènes se retrouvent d’un roman à l’autre comme celles de l’arrangement entre adultes du mariage d’une adolescente, du même viol forcé la nuit de noces, des mêmes pénétrations non désirées et régulières. Ces dernières se répètent à l’identique chez les deux romanciers. Ainsi, Serhane écrit par exemple :

    De retour à la maison, mon père faisait une dernière prière, égrenait hâtivement son chapelet, se déshabillait, éteignait la lumière et pénétrait Mi dans un silence lugubre. Mi avait le devoir de se taire et de subir la pénétration. Comme toutes les femmes, elle n’avait pas le droit à la jouissance sexuelle. Mi était une femme chaste et vertueuse, non une prostituée. Elle était l’abreuvoir où le père se soulageait quand il ne pouvait se rendre dans les bordels pour y satisfaire ses fantaisies20.

    14Circonstances aggravantes dans Messaouda en raison de la promiscuité imposée par l’habitat traditionnel marocain et par le dénuement matériel, les enfants qui partageaient la chambre des parents assistaient impuissants et révoltés à ces copulations. Le narrateur se souvient de ses réveils nocturnes où, ses yeux s’habituant au noir, il « arrivait à distinguer le corps de [sa] mère bouger au fond du lit ». Et, il poursuit ainsi :

    Si je pouvais devenir sourd pour ne plus entendre le halètement de mon père ! Ah, si je pouvais ! Mes frères et sœurs, n’entendaient-ils rien ? Pourquoi ne se réveillaient-ils pas pour que nous nous révoltions ensemble contre ces mouvements qui m’empêchaient de dormir ? Pourquoi j’étais seul à supporter cette déchirure ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi21 ?

    15Que, par la suite, le narrateur nourrisse envers son père une haine tenace, sa vie durant, ne devrait pas nous étonner outre mesure. Il aura, par contre, sympathie et admiration pour sa mère qui finit par être répudiée et élever seule ses enfants. « Je revois avec une certaine mélancolie, écrit Abdelhak Serhane, le combat de cette femme contre une vie en cul-de-sac, sans lumière. Son obstination démesurée était le refus de notre autodestruction. Et pour cela, elle était une femme extraordinaire22. »

    16Les sentiments qui s’expriment ici ont été aussi ceux que le narrateur dans La Répudiation, qui s’appelle Rachid comme le romancier Rachid Boudjedra, a manifestés envers ses parents et il ne serait pas trop exagéré d’affirmer qu’ils ont nourri le projet romanesque de l’auteur. Ainsi, au cours d’une rencontre-débat avec des étudiants organisée par l’Université de Mostghanem en 2005, Rachid Boudjedra a eu l’occasion de préciser à propos de son traumatisme d’enfance que celui-ci a pour origine la polygamie et, il ajoute : « J’étais le dernier fils de la première femme et l’enfant d’un homme qui a quatre femmes, trente-six enfants et surtout une mère humiliée et un père cruel. Si j’étais guéri de ce traumatisme, souligne-t-il, je m’arrêterais d’écrire23. » Aussi, le narrateur de La Répudiation voue-t-il une haine implacable à son tyran de géniteur qu’il accuse d’avoir saccagé son enfance le jour où il décréta la répudiation de sa femme tout en la maintenant juridiquement sous sa tutelle et, dans la foulée, annonça son mariage prochain avec une fille à peine nubile. Rachid n’en a pas moins, dans le roman, des sentiments ambivalents pour sa mère qu’il déclare haïr aussi – mais, dans ce cas, ne devrait-on pas rappeler qu’il n’y pas d’amour véritable sans un peu de haine ? En réalité, si la résignation, voire la soumission de sa mère à la décision irrévocable de son mari le révoltait tant, c’est en raison de tout l’amour qu’il gardait pour celle-ci, âgée seulement de trente ans lors de sa répudiation, mais dont le destin venait définitivement d’être scellé :

    Aucune révolte ! Aucune réflexion ! Le barricadement était nécessaire, inévitable, et durerait le restant de sa vie. […]. Trente ans. Elle allait en finir avec sa vie de femme visitée conjugalement et dignement par le mâle effréné qui contentait aussi deux ou trois maîtresses, […]. Solitude, ma mère ! Fermeture ! Pire qu’une huître : un vagin inculte. À trente ans, la vie allait s’arrêter24.

    17Découvrir à dix ans, comme ce fut le cas pour le narrateur de La Répudiation, ce que Maupassant, dans « Garçon, un bock », appelle « la face cachée des choses », c’est être violemment précipité dans le monde des adultes et en connaître, très tôt, les injustices, les lâchetés et les turpitudes. C’est peu dire que ce genre de révélations ne prédispose guère à voir la vie en rose. Le malheureux infortuné qui a fait l’expérience d’entrer avant son heure dans les secrets de la vie est, plutôt, guetté par le sadisme, le masochisme, voire la démence. Ainsi, dans La Répudiation, Zahir, le frère aîné du narrateur, sombre-t-il, à la suite de la répudiation de sa mère, dans la débauche, l’alcool et le kif avant de déserter le toit paternel et de mourir en terre étrangère. Yasmina, sa sœur cadette, finit, elle, par décéder à l’âge de vingt et un ans après avoir eu un mariage désastreux, s’être refusée, probablement, à son mari durant deux mois et connut l’hôpital psychiatrique et ses séances d’électrochoc25. Quant au narrateur lui-même, ses « vociférations » à travers lesquelles il tente de raconter à Céline, son amante, « les péripéties ridicules d’une famille bourgeoise restée clouée aux mots coraniques d’une enfance chavirée26 », d’où nous parviennent-elles ces « vociférations » sinon d’un asile d’aliénés où l’on tente de soigner ses propensions au délire ainsi que ses instincts suicidaires ? Encore enfant au moment du remariage de son père, Rachid devint, en effet, anorexique et se mit à ressasser des rêves érotiques où il se voyait déjà en train, dit-il, de « fourrager sans désemparer » dans les « vagins des vierges ». Et, il poursuit ainsi : « J’en profitais pour haïr ma mère et, par une sorte de dérision, avilir toutes les femmes qui me passaient entre les mains27. » Plus tard, évoquant le souvenir de ses premières et si peu jouissives, pour ne pas dire douloureuses, masturbations, ne nous apprend-il pas, selon ses mots, qu’il avait alors « érigé l’érection en système verrouillé d’auto-mutilation, à tel point que, ajoute-t-il, dans ma rage de confondre les choses, j’associais à ma douleur physique, […], la coupure définitive avec le père28 ».

    18Rupture encore avec les mâles dans leur ensemble pour leur préférer les femmes chez la narratrice de La Pluie, spécialiste en chirurgie de l’appareil génital, confrontée à longueur de journées, selon le sexe du patient, à des cancers de l’utérus ou de la prostate. Ne fait-elle pas remonter sa vocation de médecin « et certainement, écrit Boudjedra, [sa] phobie des hommes », à ce jour où, devenue pubère, elle fut giflée par son frère, cadet pourtant, à qui elle venait de candidement demander s’il lui arrivait, à lui également, d’avoir, comme elle, des urines colorées de sang ? Aussi, parlant de ses patients atteints de la prostate, elle dit :

    Chaque fois que j’auscultais l’un d’entre eux. Que je mettais la main dans cette barbaque sexuelle dégoûtante. Purulente. Nauséabonde. Je méprisais profondément toute cette théâtralité inventée de toutes pièces par les hommes pour se cacher leur propre peur. Elle adopte alors une attitude ironique et sadique face à ceux qui n’arrivaient pas à cacher leur angoisse et le leur reprochait-elle en disant avec un brin de méchanceté : « Vous n’allez pas me dire que vous avez peur ! Un homme ça n’a jamais peur n’est-ce pas29 ? »

    19La narratrice de La Pluie ne poursuit-elle pas ici, pour le compte de l’auteur devrait-on dire, cette lutte engagée par celui-ci contre les tabous, ceux, principalement, liés au sexe, à la religion et à la politique ?

    20Nulle part dans l’œuvre de Boudjedra cette volonté affirmée de mettre à nu l’hypocrisie sociale qui revêt le masque de la piété ou de l’intérêt public n’est aussi manifeste que dans La Répudiation. Le romancier évoque ainsi les attouchements d’un maître d’école coranique sur ses bien jeunes élèves tout en observant que « les parents, généralement au courant de telles pratiques, écrit-il, ferment les yeux pour ne pas mettre en accusation un homme qui porte en son sein la parole de Dieu30 ». Et le narrateur de se souvenir de sa surprise et de son grand effroi quand, tout enfant encore, un voisin tenta de le violer le jour de la fête religieuse du sacrifice du mouton. Révolté encore par ce saccage de l’enfance, il se décrit :

    enfant pourchassé par la véhémence des grandes personnes, […], miné par le silence qu’il faudra observer pour ne pas déranger les certitudes d’une société ancrée dans ses mythes de pureté et d’abstinence. Il se demande, enfin : « Comment dénoncer l’ignoble personnage que tout le monde a vu, le matin même, en train d’égrener son chapelet et de sacrifier son mouton31 ? »

    Intégrisme vs érographie

    21Or, si Rachid Boudjedra avait osé s’attaquer, à juste titre, à la fin des années soixante déjà, à quelques spécimens de Tartuffes qui cachaient leurs vices sous le voile de la religion, comme la tâche a dû paraître plus urgente et nécessaire encore aux romancières qui, impuissantes, assistaient, durant les années 1990, à l’agressif et liberticide investissement par le religieux des espaces, tant publics que privés ! Elles s’étaient senties, sans doute, visées par cette occultation de la moitié de la société et s’étaient considérées comme des victimes potentielles de ces interdictions qui frappaient surtout le corps ; victimes de ces hypocrites qui décrétaient à longueur d’années des « Cachez-moi cette mèche de cheveux que je ne saurais voir ». Alors, elles se mirent à pratiquer ce que l’on a désigné par l’écriture d’urgence afin de témoigner contre la barbarie renaissante et la déferlante intégriste. Elles décidèrent aussi d’exhiber haut et fort ce que les intégristes de toutes obédiences se sont évertués, à travers les siècles et à toutes les époques, le plus à cacher comme source de tous les péchés, c’est-à-dire, la chair, l’amour, libre de préférence, bref la femme dans toute sa splendeur. Refusant le retour au Moyen Âge, célébrant en quelque sorte a contrario une nouvelle Renaissance, elles ôtèrent les voiles qui font de la fille d’Ève une momie emmaillotée et enfouie sous de multiples couches de bandelettes. Faire la nique aux barbus, au sens gallo-romain de cette expression s’entend, devint le mot d’ordre que la gent littéraire féminine, de la doyenne des lettres maghrébines à sa consœur la plus jeune, mit en pratique. Quelques titres parmi lesquels Les Nuits de Strasbourg d’Assia Djebar, Mes hommes de Melika Mokeddem et La Vie sexuelle d’un islamiste à Paris de Leïla Marouane peuvent nous servir ici d’exemples.

    22Comme La Transe des insoumis qui l’a précédé, Mes hommes (2005) est un récit autobiographique et non romanesque. Le premier de ces deux textes retrace l’itinéraire qui a conduit une fille du sud de l’Algérie à devenir néphrologue et écrivain ainsi que les luttes que l’auteur a eu à engager et les divers obstacles à affronter afin de se réaliser. Dans le second ouvrage, Melika Mokeddem, reprenant le titre d’une chanson de Barbara, se souvient des hommes qui, à un moment ou à un autre, sont entrés dans sa vie. Son père d’abord, « son premier homme » et « la première absence » qui n’a jamais su manifester son affection à l’aînée de ses enfants. Les rebuffades dont il a toujours fait montre envers celle-ci sont rappelées en tête de l’ouvrage comme pour justifier la continuelle recherche de l’amour auprès d’autres hommes, conséquence de la permanente poursuite d’un « rêve d’amour ignoré, bafoué ou altéré ». Ce sont ainsi les diverses liaisons de l’auteur qui sont ensuite passées en revue, sans fausse honte ni hypocrisie, qu’il s’agisse d’une simple passade ou d’une relation étalée sur plusieurs années. Toutes, « elles illustrent [sa] liberté d’être au monde » alors que cette liberté relève pour son père « de la honte, du péché, de la luxure », écrit-elle. Rejetant le conformisme petit-bourgeois ainsi que les menaces intégristes, l’autobiographe se présente donc comme une femme libre, disposant sans tabous et librement de son corps et pour qui la sexualité est un moyen d’exprimer sa liberté et « le refus de l’oppression, de la médiocrité et de la résignation32 ». Aussi proclame-t-elle avoir fait, à l’instar de beaucoup de femmes et avec elles, « du droit à l’égalité, à la liberté, à l’amour, au choix de notre sexualité, dit-elle, notre seule religion33 ». Les héroïnes de Mokeddem sont, on s’en doute bien, à l’image de leur auteur : des femmes libres de leurs mouvements, des battantes comme Sultana, dans L’Interdite, en rébellion constante contre une société où les hommes prétendent continuer à imposer encore seuls leur loi. Elles sont ainsi à l’opposé du modèle que leurs mères leur ont proposé, celui de recluses soumises au bon vouloir du maître des lieux. Elles considèrent que leur principal adversaire est le fanatique religieux qui s’arroge tous les droits sur la femme au point d’en faire, au besoin, une esclave sexuelle comme cela fut le cas en Algérie dans les dernières années troubles que vient de connaître le pays.

    23Aïssa Khelladi, par exemple, a trouvé là le sujet de son roman Rose d’abîme, mais les situations racontées sont, hélas, trop vraisemblables pour être simplement de pure invention. Le récit dépeint d’une manière on ne peut plus réaliste, l’abîme qui s’ouvre sous les pieds de la jeune Warda, rose en arabe, le jour où elle est enlevée par un chef intégriste alors qu’elle se préparait à un championnat d’athlétisme – image de l’Algérie dont l’élan dans la course pour le progrès s’est trouvé brisé net par la guerre civile des années 1990 sans doute. Commence alors le long calvaire de la jeune fille dont une fetwa, ou décret, fait l’épouse, dans le maquis, de tous les combattants contre le pouvoir. Après avoir longtemps servi à assouvir les fantasmes sexuels de ses nombreux geôliers, Warda finit par leur échapper, mais elle ne sort pas indemne de l’épreuve subie et y laisse, au contraire, et ses yeux et son esprit, autant dire qu’elle est touchée tant au moral qu’au physique34.

    24C’est là aussi l’argument de départ développé dans Le Châtiment des hypocrites par Leïla Marouane dont le dernier roman publié en 2008 porte le titre bien significatif de La Vie sexuelle d’un islamiste à Paris où il est question des fantasmes érotiques et à moitié oniriques d’un homme encore puceau la trentaine bien révolue car demeuré sous la domination de sa mère. Dans Le Châtiment des hypocrites, au lieu de s’étendre, comme Aïssa Khelladi, sur les viols et tortures sexuelles subis par l’héroïne, la romancière préfère détailler les conséquences psychologiques qui en ont découlé pour le personnage. Mlle Kosra, sage-femme de son état, une fois sa liberté miraculeusement recouvrée après avoir passé plusieurs mois entre les mains des barbus dans les montagnes, devint, en effet, une prédatrice qui, la nuit venue, racole sur les trottoirs d’Alger, à seule fin d’endormir ses clients et de les mutiler ensuite, en leur ôtant, une partie au moins, des attributs de leur virilité35 !

    25Il y a là une vengeance symbolique de la part d’une nouvelle génération de femmes qui ne voit aucunement un signe de supériorité dans « le bout de chair fripée qui pend au bout du ventre » des représentants du sexe fort, pour nous exprimer ici comme Malika Mokeddem. Finie maintenant la soumission exigée jusqu’ici des mères et aïeules. Les romancières nous présentent, au contraire, des héroïnes qui occupent leur place, toute leur place dans la société. Loin de baisser les yeux, elles affrontent aujourd’hui leurs agresseurs et les acculent à prendre la fuite. L’auteur de Mes Hommes, médecin de profession écrit, précisément, dans ce sens :

    À dix, onze ans, il n’y a rien que je ne sache des états et des tailles des sexes des garçons. J’en ai souvent vu en érection en me rendant à l’école primaire. Des adolescents se déboutonnent sur mon passage, exhibant leur organe. Avec le geste idoine. Je ne baisse pas les yeux. Je les fixe. Je n’en rate rien. Désarçonnés, ils rabattent leur pantalon, poings serrés sur le sexe. Et, plus loin, elle ajoute : Il suffit de faire face. Ils en sont effarés. Ils battent en retraite. Ils ont honte de leur reculade36.

    26Dans Les Nuits de Strasbourg, Assia Djebar va plus loin encore dans la provocation prétendraient les barbus, dans l’affirmation de la liberté de la femme avanceraient plus justement d’autres. Elle donne la parole à une jeune algérienne de trente ans qui vient de quitter son pays et son mari pour retrouver dans la capitale de l’Alsace un Français qu’elle a connu par hasard à Paris. La jeune femme nous rapporte par le menu ses ébats au cours de neuf nuits passées avec son amant. Jamais le roman maghrébin n’a versé dans la sensualité comme le fait Assia Djebar dans ce récit qui affiche une innocente impudeur, pourrait-on avancer dans un oxymoron. La dimension incontestablement érotique et même la « préciosité sensuelle37 » de certaines descriptions de scènes d’accouplement, sont, en effet, tempérées par le naturel de l’amante dans sa recherche de la jouissance sexuelle. Celle qui, adolescente, fut plutôt, selon elle, puritaine, exhibe aujourd’hui sans apprêt et sans fausse pudeur sa nudité aux yeux de l’amant. Celle qui, quelques années auparavant, aurait détourné, dit-elle en substance, les yeux des amoureux émerveillés d’eux-mêmes sur les bancs publics à Paris est, maintenant, plutôt réjouie par ce spectacle inaccoutumé de l’autre côté de la Méditerranée. C’est que la narratrice, dans le contexte de l’Algérie secouée par les violences intégristes, est, en quelque sorte une ressuscitée qui, taraudée par la culpabilité, cherche à s’expliquer son départ précipité de son pays par une sorte d’instinct de conservation :

    Plus je me sens ainsi passagère dans une ville d’Europe, plus je reconnais l’élan violent qui m’a saisie, il y a plus d’un an : quitter ma terre de soleil, […], partir d’un coup à trente ans, cela me paraissait jaillir d’une tombe !… D’une tombe ouverte au ciel certes, d’une tombe quand même !

    27Et, elle ajoute dans un soupir :

    Oh Dieu, l’ivresse de déambuler, de goûter l’errance, plongée dans une telle intensité ! Jamais, pourvu que je marche, je ne cesserai de me sentir légère.

    28Sentiment identique de liberté ressenti à Paris et exprimé par l’autobiographe de Mes hommes qui, évoquant son amour du moment, écrit :

    Nous repartons à travers Paris la main dans la main. C’est magique de se balader la main dans la main dans une ville. Je n’ai jamais fait ça. La main dans la main avec ce corps baraqué qui m’étreint, m’embrasse tous les vingt pas. En pleine rue, dans la lumière, devant tout le monde : Paris est à moi !

    29Ou encore :

    Je marche dans les rues de Paris. […]. Je me saoule de liberté. Cependant, je ne peux m’empêcher de faire des comparaisons avec l’Algérie. La colère fond sur moi à la pensée des gâchis du pays38.

    30La sexualité écrite par des femmes s’avère, finalement, avoir partie intimement liée avec la liberté. Nouvelles Antigone, les romancières algériennes, ont été amenées à célébrer donc le corps de la femme et l’amour libre non seulement pour manifester leur désir de liberté mais aussi afin de narguer l’étouffoir intégriste, la sérieuse menace du pesant couvercle qui a failli écraser l’Algérie au cours de la dernière décennie. Assia Djebar, entre autres, rend compte de cette résistance face à la violence aveugle dans les nouvelles de Oran, langue morte dont la rédaction a interféré avec celle de Les Nuits de Strasbourg et qu’elle a même interrompue quelque temps, l’auteur cédant à l’urgence de témoigner dans ces nouvelles pour les femmes algériennes, premières cibles de la folie meurtrière qui a déferlé sur le pays. Aussi l’écrivaine présente-t-elle son recueil de nouvelles comme le « récit des femmes de la nuit algérienne, “les nouvelles femmes d’Alger” d’aujourd’hui39 » qui, bien qu’en butte aux menaces des barbus, n’en continuent pas moins avec ténacité leur tâche, quitte à le payer de leur vie. À l’instar de cette jeune femme professeur de français qui fut égorgée, dans sa classe, devant ses élèves, pour avoir étudié avec eux un passage d’une œuvre jugée, par les nouveaux et autoproclamés émirs, licencieuse entre toutes, Les Mille et une nuits ! Les derniers mots du professeur martyr, tels que rapportés par l’auteur, ne témoignent-ils pas du drame algérien : « La nuit, c’est chacun de nos jours, mille et un jours, ici, chez nous, à40… »

    31L’érographie est ainsi le refus de cette nuit précisément.

    Notes de bas de page

    1 Bataille Georges, L’Érotisme, Paris, Éditions de Minuit, 1957, Union Générale d’Édition, coll. « 10-18 », 1965, p. 170.

    2 Rachid Boudjedra apportera une explication économique au phénomène de la pédophilie quand il écrit dans La Répudiation : « […], c’est la pauvreté qui incite le “taleb” à l’homosexualité, car dans notre ville il faut avoir beaucoup d’argent pour se marier. Les femmes se vendent sur la place publique, enchaînées aux vaches, et les bordels sont inaccessibles aux petites bourses ! » (Folio, p. 95.)

    3 Kateb Yacine, Nedjma, Paris, Le Seuil, 1956, p. 103.

    4 Op. cit., p. 98.

    5 Ibid., p. 103.

    6 Boudjedra Rachid, La Répudiation, Paris, Denoël, 1969, Folio, 1981, p. 93.

    7 Ben Jelloun Tahar, Harrouda, éd. cit., p. 13.

    8 Serhane Abdelhak, Messaouda, Paris, Le Seuil, 1983, Tunis, Cérès éd. 1997, p. 9.

    9 Boudjedra Rachid, La Pluie, Paris, Denoël, 1987, (1985), p. 9.

    10 Ibid., p. 14.

    11 Ben Jelloun Tahar, Harrouda, op. cit., p. 185.

    12 Ibid.

    13 Ibid., p. 71.

    14 Ibid.

    15 Ibid., p. 79.

    16 Ibid., p. 72.

    17 Ibid., p. 74.

    18 Ibid., p. 82.

    19 Serhane Abdelhak, Messaouda, op. cit., p. 75.

    20 Ibid., p. 20.

    21 Ibid., p. 86. Melika Mokeddem rapporte une expérience identique dans son premier roman, Les Hommes qui marchent (1990) sur laquelle elle revient de nouveau dans Mes Hommes où elle écrit : « J’ai surpris mon père ahanant sur ma mère, la nuit, lors de mes insomnies. La première fois, j’ai crié : “Pourquoi tu la frappes ? !” Après, j’ai su. […]. Plus tard, dans mes fictions d’amour j’adopterai toutes les positions imaginables plutôt que celle de l’allongée, “frappée”. » Grasset, 2005, éd. du LP, 2007, p. 22.

    22 Serhane Abdelhak, Messaouda, éd. cit., p. 201. Voir aussi p. 151.

    23 La Nouvelle République, 6 janvier 2005.

    24 Boudjedra Rachid, La Répudiation, op. cit., p. 37.

    25 On peut appliquer à cette jeune sœur ce que dit le narrateur quand il évoque la nuit de noces de sa marâtre tout juste adolescente : « L’éducation sexuelle de la gamine tournait au cauchemar. » La Répudiation, p. 71.

    26 Ibid., p. 136.

    27 Ibid., p. 65.

    28 Ibid., p. 44.

    29 Boudjedra Rachid, La Pluie, op. cit., p. 145.

    30 Boudjedra Rachid, La Répudiation, op. cit., p. 210.

    31 Ibid., p. 94.

    32 Ibid., p. 19.

    33 Ibid.

    34 Khelladi Aïssa, Rose d’abîme, Paris, Le Seuil, 1998. Voir aussi « Rosées de sang » dans Dib Mohammed, Comme un bruit d’abeilles, Paris, Albin Michel, 2001.

    35 Marouane Leïla, Le Châtiment des hypocrites, Paris, Le Seuil, 2001.

    36 Mokeddem Malika, Mes Hommes, éd. cit., p. 21 et 22.

    37 Djebar Assia, Les Nuits de Strasbourg, Arles, Actes Sud, 1997, p. 84. Voir aussi à l’épisode de la liaison de Nadjia et Bekrane in La Disparition de la langue française, Paris, Albin Michel, 2003.

    38 Mokeddem Malika, Mes hommes, éd. cit., p. 71 et 79.

    39 Djebar Assia, Oran, langue morte, Arles, Actes Sud, coll. « Babel », 1997, p. 367.

    40 Ibid., p. 213.

    Auteur

    • Mohamed Ridha Bouguerra
      Mohamed Ridha Bouguerra est professeur de littérature française à l’université de Carthage, en Tunisie. Il a reçu le titre de docteur Honoris Causa de l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand. Il a été plusieurs fois professeur invité à Clermont-Ferrand, à Angers et à la Faculté des Lettres d’ Aix-en-Provence.
      Ses travaux portent essentiellement sur les rapports entre la littérature et la peinture ainsi que sur l’œuvre de Proust à laquelle il a consacré de nombreux articles et une étude : Éléments d’esthétique proustienne. L’Art et la création artistique dans la Recherche. Publications de la Faculté des Lettres de La Manouba, 1998.
      Dernières publications : Histoire de la littérature du Maghreb. Littérature francophone, Paris, éditions Ellipses, coll. « Littératures du monde », 2010, (en collaboration avec Sabiha Bouguerra) et Le Temps dans le roman du XXesiècle. Textes réunis et présentés par M.-R. Bouguerra. Presses universitaires de Rennes, coll. Interférences, 2010. Avec une contribution de l’auteur : « La dimension psychologique du temps ou le passé “rendu sensible au cœur” dans Albertine disparue de Marcel Proust ».
      En préparation deux ouvrages : Études littéraires. Recueil d’articles scientifiques déjà publiés à l’étranger et Main basse sur la Révolution. Chroniques des aléas de la transition démocratique en Tunisie. Recueil d’articles parus en 2011 et 2012.
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    1 Bataille Georges, L’Érotisme, Paris, Éditions de Minuit, 1957, Union Générale d’Édition, coll. « 10-18 », 1965, p. 170.

    2 Rachid Boudjedra apportera une explication économique au phénomène de la pédophilie quand il écrit dans La Répudiation : « […], c’est la pauvreté qui incite le “taleb” à l’homosexualité, car dans notre ville il faut avoir beaucoup d’argent pour se marier. Les femmes se vendent sur la place publique, enchaînées aux vaches, et les bordels sont inaccessibles aux petites bourses ! » (Folio, p. 95.)

    3 Kateb Yacine, Nedjma, Paris, Le Seuil, 1956, p. 103.

    4 Op. cit., p. 98.

    5 Ibid., p. 103.

    6 Boudjedra Rachid, La Répudiation, Paris, Denoël, 1969, Folio, 1981, p. 93.

    7 Ben Jelloun Tahar, Harrouda, éd. cit., p. 13.

    8 Serhane Abdelhak, Messaouda, Paris, Le Seuil, 1983, Tunis, Cérès éd. 1997, p. 9.

    9 Boudjedra Rachid, La Pluie, Paris, Denoël, 1987, (1985), p. 9.

    10 Ibid., p. 14.

    11 Ben Jelloun Tahar, Harrouda, op. cit., p. 185.

    12 Ibid.

    13 Ibid., p. 71.

    14 Ibid.

    15 Ibid., p. 79.

    16 Ibid., p. 72.

    17 Ibid., p. 74.

    18 Ibid., p. 82.

    19 Serhane Abdelhak, Messaouda, op. cit., p. 75.

    20 Ibid., p. 20.

    21 Ibid., p. 86. Melika Mokeddem rapporte une expérience identique dans son premier roman, Les Hommes qui marchent (1990) sur laquelle elle revient de nouveau dans Mes Hommes où elle écrit : « J’ai surpris mon père ahanant sur ma mère, la nuit, lors de mes insomnies. La première fois, j’ai crié : “Pourquoi tu la frappes ? !” Après, j’ai su. […]. Plus tard, dans mes fictions d’amour j’adopterai toutes les positions imaginables plutôt que celle de l’allongée, “frappée”. » Grasset, 2005, éd. du LP, 2007, p. 22.

    22 Serhane Abdelhak, Messaouda, éd. cit., p. 201. Voir aussi p. 151.

    23 La Nouvelle République, 6 janvier 2005.

    24 Boudjedra Rachid, La Répudiation, op. cit., p. 37.

    25 On peut appliquer à cette jeune sœur ce que dit le narrateur quand il évoque la nuit de noces de sa marâtre tout juste adolescente : « L’éducation sexuelle de la gamine tournait au cauchemar. » La Répudiation, p. 71.

    26 Ibid., p. 136.

    27 Ibid., p. 65.

    28 Ibid., p. 44.

    29 Boudjedra Rachid, La Pluie, op. cit., p. 145.

    30 Boudjedra Rachid, La Répudiation, op. cit., p. 210.

    31 Ibid., p. 94.

    32 Ibid., p. 19.

    33 Ibid.

    34 Khelladi Aïssa, Rose d’abîme, Paris, Le Seuil, 1998. Voir aussi « Rosées de sang » dans Dib Mohammed, Comme un bruit d’abeilles, Paris, Albin Michel, 2001.

    35 Marouane Leïla, Le Châtiment des hypocrites, Paris, Le Seuil, 2001.

    36 Mokeddem Malika, Mes Hommes, éd. cit., p. 21 et 22.

    37 Djebar Assia, Les Nuits de Strasbourg, Arles, Actes Sud, 1997, p. 84. Voir aussi à l’épisode de la liaison de Nadjia et Bekrane in La Disparition de la langue française, Paris, Albin Michel, 2003.

    38 Mokeddem Malika, Mes hommes, éd. cit., p. 71 et 79.

    39 Djebar Assia, Oran, langue morte, Arles, Actes Sud, coll. « Babel », 1997, p. 367.

    40 Ibid., p. 213.

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    Bouguerra, M. R. (2014). Sexe et sexualité dans le roman maghrébin francophone. In F. Nicol & L. Perrigault (éds.), La scène érotique sous le regard. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.52984
    Bouguerra, Mohamed Ridha. « Sexe et sexualité dans le roman maghrébin francophone ». In La scène érotique sous le regard, édité par Francoise Nicol et Laurence Perrigault. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2014. doi:10.4000/books.pur.52984.
    Bouguerra, Mohamed Ridha. « Sexe et sexualité dans le roman maghrébin francophone ». La scène érotique sous le regard, édité par Francoise Nicol et Laurence Perrigault, Presses universitaires de Rennes, 2014, https://doi.org/10.4000/books.pur.52984.

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    Nicol, F., & Perrigault, L. (éds.). (2014). La scène érotique sous le regard. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.52952
    Nicol, Francoise, et Laurence Perrigault, éd. La scène érotique sous le regard. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2014. doi:10.4000/books.pur.52952.
    Nicol, Francoise, et Laurence Perrigault, éditeurs. La scène érotique sous le regard. Presses universitaires de Rennes, 2014, https://doi.org/10.4000/books.pur.52952.
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