La correspondance de Rousseau avec la famille Dupin : Jean-Jacques était-il un parasite ?
p. 57-69
Texte intégral
1En 1742, Rousseau, après avoir quitté définitivement les Charmettes, est à Paris. Face à l’échec de ses projets, il ne lui reste rapidement qu’un « court […] intervalle avant d’être forcé de mendier [son] pain ». C’est alors que le Père Castel le tire de sa léthargie en lui assénant qu’« on ne fait rien dans Paris que par les femmes1 ». Il le recommande alors, au début de 1743, auprès de Mme Dupin. Elle est la fille naturelle du grand financier Samuel Bernard, si riche qu’il a prêté des sommes colossales à Louis XIV. On dit qu’il a inspiré à Lesage le personnage de Turcaret. Samuel Bernard a marié sa fille à Claude Dupin que l’on a fait, pour l’occasion, fermier général. Le couple est propriétaire du château de Chenonceau où il passe la belle saison. À Paris, Mme Dupin tient l’un des salons les plus brillants, où le « pauvre Jean-Jacques » a l’impression de faire pâle figure. En entrant dans l’opulente maison, Rousseau échappe donc « au pavé de Paris ». Dans la Correspondance complète, Leigh commente ainsi une lettre un peu rampante de Rousseau au fermier général :
Six ans avant d’atteindre à une célébrité tardive, cet homme de trente ans n’a encore d’autre ambition que de s’attacher à un financier, à qui, même en l’absence de talents, il aspire à se rendre utile. Il faut avouer que même chez Jean-Jacques le parasitisme, ce mal endémique des intellectuels du XVIIIe siècle, eut la vie dure2.
2Leigh, quant à lui, a peut-être ici la dent un peu dure. Disons que Rousseau, plutôt qu’un parasite, est à l’époque simplement l’employé des Dupin. Mme Dupin a divers projets littéraires, dont l’Ouvrage sur les femmes où elle entend défendre la cause féminine. Il lui sert de secrétaire et effectue de nombreuses lectures et recherches en bibliothèque.
3Nous tenterons de montrer, à travers l’examen de la correspondance de Rousseau avec les différents membres de la famille, quel rôle ont joué les Dupin dans sa vie, si ce n’est dans son œuvre. Ce rôle, nous le verrons, n’est pas mineur. La période envisagée est, elle-même, assez conséquente. Dans le cadre d’un contrat, Rousseau reçoit salaire et protection des Dupin. En échange, il leur fournit ses services. Lorsqu’il deviendra un auteur reconnu, il leur réservera la primeur de sa production intellectuelle. Au-delà des échanges d’idées, une relation affective s’instaure avec certains membres de la famille, laquelle sera le « terreau » de relations intellectuelles renforcées.
Les Dupin : des protecteurs
4Précisons brièvement qui sont les six membres de la famille Dupin. Il s’agit de trois couples. Claude Dupin et sa femme, comme nous l’avons dit. Dupin de Francueil (Claude-Louis), le fils du premier mariage de Claude Dupin, et sa femme3 (Suzanne, née Bollioud de Saint-Julien). Enfin, le fils commun de M. et Mme Dupin, Jacques-Armand Dupin de Chenonceaux, et sa femme (Louise-Alexandrine-Julie4, née de Rochechouart). Pas moins de soixante-cinq lettres subsistent de la correspondance de Jean-Jacques avec la maison Dupin. Parmi ces lettres, vingt-deux lettres ou billets sont adressés à Mme Dupin et deux lettres à son mari5. Il est évidemment regrettable que l’on ne dispose pas des réponses de Mme Dupin, dont l’abbé de Saint-Pierre disait, en rapportant les propos de ses propres amis : « vous écrivez, disent-ils, comme madame de Sévigné6 ». Il faut évidemment faire la part de la flatterie dans ce propos, mais de tels éloges ne manquent pas de piquer la curiosité du lecteur.
La protection
5Rousseau trouve donc avec les Dupin des protecteurs. Mérite-t-il la protection du fermier général ? On peut en douter quand on sait qu’à peine entré chez eux, il déclare sa flamme à Mme Dupin. Il écrit ensuite une lettre au mari pour s’excuser et le presser de le garder à son service. Dans cette lettre fameuse du 10 avril 17437, le fermier général apparaît comme « un bienfaiteur ». Jean-Jacques aspire à sa « protection » et à ses « bontés ». Il concède que le fermier général ne l’emploie que « par un principe d’humanité ». De manière classique, le protecteur y est paré de toutes les qualités : « humanité », « bonté », équité, « indulgence ». Il aspire même à l’« affection » des Dupin et souhaite se « faire aimer » (« protection » et « affection », voici deux termes dont nous verrons qu’ils définissent les relations de Rousseau aux Dupin). À Mme Dupin, dans une lettre rédigée la veille, il écrit : « Madame, je connais aujourd’hui qu’on ne peut se dire vraiment malheureux qu’après avoir perdu vos bontés et votre estime8. » Il va même jusqu’à dire que c’est « une triste fatalité » qui l’aurait poussé à la courtiser. Comme le remarque Leigh, c’est le vocabulaire des héros de Prévost, et notamment de Des Grieux, qui affleure lorsque Rousseau tente de se défendre. Jean-Jacques vit sa vie comme un roman. En revanche, c’est l’auteur des Confessions que l’on entend, déjà prompt à confesser ses « fautes » et à chercher dans son lecteur un juge : « Jugez-moi là-dessus », finit-il par écrire à Claude Dupin. La lettre, toute réelle qu’elle est, est déjà à mi-chemin de l’œuvre littéraire, entre œuvres lues et l’œuvre à venir.
6Ses flatteries auront finalement raison du couple Dupin qui prolongera son contrat.
Le réseau intellectuel
7Outre la protection, c’est un réseau de relations exceptionnel que lui offre le salon de Mme Dupin. Rousseau écrit dans les Confessions :
Elle aimoit à voir tous les gens qui jettoient de l’éclat : les Grands, les gens de lettres, les belles femmes. On ne voyoit chez elle que Ducs, Ambassadeurs, cordons bleus […] M. de Fontenelle, l’Abbé de St. Pierre […] M. de Bernis, M. de Buffon, M. de Voltaire étoient de son cercle et de ses dinés9.
8Bien plus tard, lorsque Rousseau sera réfugié en Suisse, à Môtiers, c’est Mme de Chenonceaux qui lui permettra de garder contact avec certaines figures du temps, comme l’abbé de Mably ou Condillac. Elle servira aussi de protection à Rousseau dans la mesure où elle arrête les importuns qui, par son biais, tenteraient de le joindre, de lui écrire10 ou de lui rendre visite11, jusqu’à risquer d’être évincée elle-même.
La censure
9Cette protection que les Dupin accordent à Rousseau, et cette mise à disposition de leur carnet d’adresses, ne va cependant pas sans contreparties. Lorsque Rousseau devient un écrivain reconnu, les Dupin lisent attentivement ses œuvres et lui demandent parfois quelques modifications, lorsque leurs intérêts ou ceux de leurs proches sont en jeu. Ainsi, Mme de Chenonceaux reproche à Rousseau12 deux notes de bas de page de La Nouvelle Héloïse. Le romancier y critique des connaissances des Dupin. Dans la première, Rousseau s’en prend à Rebel et Francoeur de l’Opéra qui ont continué de donner des représentations du Devin de village contre son avis. Rebel et Francoeur sont des relations que le clan Dupin a à cœur de protéger. Dans la seconde note, Rousseau s’en prend de manière très cryptée à une connaissance des Dupin, le comte de Lastic. Rousseau lui avait écrit en 1755 une lettre d’une ironie mordante, quasiment voltairienne13. Ce dernier avait en effet refusé de rendre à Thérèse un pot de beurre qui lui était destiné et qui était parvenu chez lui par erreur. C’est l’anecdote de « l’homme au beurre », où Rousseau s’est, semble-t-il, laissé guider par les principes du Discours sur l’origine de l’inégalité14. Les deux notes de bas de page seront finalement supprimées.
10Une autre intervention des Dupin auprès de Rousseau les touche de plus près encore. Rousseau, dans la Lettre à d’Alembert, s’en prenait au dramaturge Dancourt qu’il considérait comme propre à « amuser les femmes perdues ». Or Mme Dupin demande que ce passage soit supprimé. Rousseau lui donne satisfaction dans sa lettre du 6 mai 1759. Pourquoi donc ? Car Dancourt n’était autre que le grand-père maternel de Mme Dupin. Rousseau avait visiblement présumé des libertés qu’il pouvait prendre.
11Les Dupin exercent donc une censure sur des points de détail. On remarque cependant que Rousseau, devenu un auteur célèbre, s’embarrasse moins des convenances et écrit ce qu’il pense, quitte à devoir faire machine arrière. La célébrité ne l’empêche cependant pas de rendre encore à ses protecteurs des services et d’entretenir avec eux un commerce littéraire.
Les talents de l’écrivain au service des Dupin
L’envoi des œuvres
12Lorsque Rousseau quitte les Dupin, il a soin de leur faire parvenir chacune de ses œuvres dès leur publication, de sorte qu’ils sont toujours parmi ses premiers lecteurs. C’est le cas de la Lettre à d’Alembert dont il envoie cinq exemplaires chez les Dupin15 : il y a dans cet envoi une sorte de défi, compte tenu de ce qu’il y dit des femmes. Il leur adresse aussi La Nouvelle Héloïse. Dans ce dernier cas, six jours plus tard, il fait encore parvenir un exemplaire de la préface dialoguée du roman à Mme Dupin, Mme de Chenonceaux et M. de Francueil. En effet, leurs noms figurent sur la liste des 28 personnes à qui Coindet doit remettre ce texte16, uniquement réservé aux « gens de lettres ». Cela suffit à dire dans quel degré de considération il tenait les Dupin.
Commerce littéraire
13Le commerce littéraire entre Rousseau et les Dupin ne se borne cependant à l’envoi de ses œuvres publiées. Rousseau, par ses relations, peut être utile aux Dupin. Ainsi, par son entremise, Mme Dupin prend directement contact avec Diderot afin de souscrire aux volumes de l’Encyclopédie17. De même, grâce à lui, Mme de Chenonceaux se fait prêter par Grimm « pour une heure » « le poeme de Voltaire de la religion naturelle18 ». Mme de Chenonceaux poursuit : « puisque je suis en trin de vous demander des graces ditte moy si vous pouriés me faire preter les vers de Voltaire du tremblement de terre19 ». On voit que la relation s’est inversée : ce n’est pas Rousseau qui demande ici des grâces à ses employeurs.
14Outre les œuvres publiées, Mme Dupin s’intéresse aussi aux textes inédits de Rousseau avant même qu’il ne devienne célèbre. Dès 1743, Rousseau lui fait parvenir un manuscrit20 du Mémoire à Monsieur de Mably sur l’éducation de son fils21. Il vient en effet de passer un an à Lyon comme précepteur. Peu après, Mme Dupin lui confie d’ailleurs « pendant huit ou dix jours » son fils22. Plus tard, lorsqu’il se retire à Montmorency, il vient lui lire à la belle saison les œuvres sur lesquelles il travaille. Mme Dupin est curieuse de connaître la production de Rousseau. En effet, elle lui demande compte de La Reine fantasque, dont il ne lui a visiblement jamais parlé23. La « féministe » était sans doute désireuse d’entendre cette œuvre qui n’est pas très tendre avec les femmes. Dans la même lettre, elle tente comme tant d’autres d’attirer Rousseau à Paris, mais en vain.
15Au-delà des envois de livre ou de la lecture de textes inédits, notons encore que Rousseau va même jusqu’à soumettre un texte à la correction des Dupin24. C’est le cas d’un mystérieux mémoire qu’il leur envoie le 19 janvier 1759 avec ces mots : « Je prends donc parti de le livrer tel qu’il est, à vos corrections et à celles de M. Dupin25. » Une lettre rédigée trois ans plus tard prouve d’ailleurs combien il fait cas du jugement de Mme Dupin : suite à des observations de celle-ci sur ses écrits, il lui répond : « Si les personnes que j’ai consultées sur mes ouvrages m’eussent parlé toujours aussi judicieusement que vous, ils en seroient devenus meilleurs26. » Cette remarque précède de deux jours la condamnation de l’Émile et la fuite de Rousseau hors de France. Si les Dupin se font les correcteurs – même très occasionnels de Rousseau –, se pourrait-il qu’ils en soient aussi parfois les commanditaires ?
Les Dupin inspirent-ils ou commandent-ils des œuvres à Rousseau ?
16Remarquons d’abord que les séjours de Rousseau au château de Chenonceau, en 1746 et 1747, sont de nature à alimenter sa créativité. Il y a écrit une comédie comme L’Engagement téméraire, un poème bucolique et élégiaque comme L’Allée de Silvie, qui porte peut-être le souvenir de Mme Dupin.
17Il est des œuvres dont on peut dire sans aucun doute qu’elles sont dues à l’impulsion donnée par cette dernière. C’est le cas du projet de Rousseau de fournir un abrégé des œuvres de l’abbé de Saint-Pierre, mentor et protégé de Mme Dupin. C’est naturellement elle qui eut l’idée de demander à Rousseau, en 1754, de sauver de l’oubli les idées de l’abbé en les rendant plus accessibles au public. « Fort déçu par l’examen de la montagne de papiers27 » que constituaient les manuscrits de l’abbé28, Rousseau n’en tira que les deux ouvrages que l’on sait. La lettre de Rousseau du 6 mai 175929 semble marquer l’arrêt de ce projet : « En rédigeant cet abrégé [sans doute celui du Projet de paix perpétuelle ou de la Polysynodie] je savois que le projet étoit impraticable, et que quand il ne l’auroit pas été par lui-même il le seroit devenu par la forme que je lui ai donnée. » Rousseau conclut cet épisode en se comparant à l’abbé de Saint-Pierre : il dit être « inférieur à lui dans toute autre chose, excepté dans son respect et dans ses sentimens pour » sa protectrice30.
18Il est en revanche une œuvre commandée par Mme Dupin que Rousseau a menée jusqu’à son terme. Il s’agit de l’« Oraison de S. A. S. Mgr le duc d’Orléans », le fils du Régent, un proche de la salonnière. Celle-ci souhaitait que ce fût son propre neveu, l’abbé d’Arty, qui prononçât l’oraison. Il est piquant de remarquer qu’elle avait commandé pour le même abbé un sermon à Voltaire31. Le texte de Rousseau32 ne fut cependant pas prononcé et l’honneur de dire l’oraison échut à un autre.
Liens affectifs avec la maison Dupin
19Le contrat que Rousseau passe avec ses employeurs est, nous l’avons vu, singulier dans la mesure où l’un des mots cardinaux est l’« affection ». Il souhaite « se faire aimer33 ». Nous verrons que ce lien affectif peut se traduire par des relations intellectuelles approfondies.
20L’un des premiers membres avec qui il entre en contact est Francueil. Il semble qu’il y ait une certaine complicité, voire une camaraderie, entre les deux jeunes hommes. Une des cinq lettres que nous conservons de leur correspondance nous informe particulièrement sur les relations entre eux. Lorsque Francueil reçoit la Nouvelle Héloïse, un épisode retient son attention : c’est la scène des Valaisanes qui donne lieu à une plaisanterie :
J’ay bien reconnu mon ancien amy Rousseau dans le portrait qu’il fait des Valaisains ou tout dans cette peinture est delicieux jusqu’aux jeunes filles qui sont derriere et debout pour servir les convives. J’avoue que je les ferois mettre à table mais il faut dire que je suis un peu corrompu et que je vis dans un Siecle ou je lis des romans avec grand plaisir et surtout le votre34.
21Francueil s’est évidemment ému de « l’énorme ampleur de [la] gorge [des Valaisanes] » et de « leur blancheur éblouïssante35 ». Ce ton badin semble avoir été celui que les deux jeunes hommes employaient entre eux.
22Si Francueil, par son âge, a été le complice de Rousseau, c’est Mme de Chenonceaux qui a été le plus proche de lui. Pour Rousseau, il n’existe pas avec elle le rapport hiérarchique qui existe avec les époux Dupin ou même, dans une certaine mesure, avec Francueil. Elle est de dix-huit ans sa cadette et elle a été son élève. Parler de relation affective n’est pas abusif ici, car Rousseau, un peu comme à son habitude, tombe amoureux de son élève36. C’est en 1749 qu’elle se marie avec le fils de Mme Dupin. Rousseau écrit dans les Confessions :
elle n’avoit pas vingt ans. Son teint étoit d’une blancheur éblouissante ; sa taille eut été belle si elle se fut mieux tenue. Ses cheveux, d’un blond cendré et d’une beauté peu commune, me rappeloient ceux de ma pauvre Maman dans son bel âge, et m’agitoient vivement le cœur37.
23Il aura cependant la sagesse, cette fois-ci, de ne pas se déclarer.
24Leur correspondance ne commence visiblement que sept ans plus tard, en 1756, alors que Rousseau est retiré à Montmorency. Ce sont au total pas moins de trente-cinq lettres qui sont conservées, dont une très large majorité de Mme de Chenonceaux, les réponses de Rousseau étant presque toutes perdues. C’est une correspondance très romanesque38. On suit sur douze ans, jusqu’en 1768, les mésaventures familiales de Mme de Chenonceaux. Elle se révèle être une personnalité très attachante. Sa vie se lit en effet comme un roman et son destin, comme celui de Rousseau, suscite l’intérêt et la compassion. On comprend mieux que ces deux-là se soient bien entendus. En revanche, elle ne s’entend pas avec sa belle-mère et s’isole dans son appartement particulier. Elle ne peut pas compter sur le soutien de son mari qui s’endette, se ruine et finit en prison39. Elle sombre alors dans la folie pendant quelques semaines : « elle étoit dans un delire affreux, avec des convulsions ou six hommes ne pouvoient la tenir40 », écrit Rulhière. Au sortir de cette crise, Rousseau est le premier à qui elle écrit, d’une main tremblante. Dans cette lettre émouvante, elle se présente comme « la plus malheureuse du monde ». Voilà qui a sans doute de quoi toucher « le plus malheureux des hommes ». Sa hantise de la mort trouve ici un intéressant écho littéraire : « J’ay fait lire peu à peu des pages de votre Julie à la mort ces jours cy ou je suis en convalesance41. » Nous disions que Rousseau vivait sa vie comme un roman : il en est de même pour elle. Elle s’identifie ici à Julie agonisante et tente de trouver du réconfort dans le roman. Son style se ressent peut-être même de celui de l’héroïne. La réalité semble rattraper la fiction. La lettre semble faire concurrence au roman. C’est un bref mais intéressant exemple de réception du roman, deux ans après sa publication. On observe le même phénomène avec une autre correspondante de Rousseau, Mme de La Tour, née en 1730, comme Mme de Chenonceaux. Rousseau prenait un plaisir évident à entretenir une petite cour de correspondantes42.
25Ainsi, Mme de Chenonceaux écrit souvent qu’elle aimerait que son ami Rousseau soit auprès d’elle. Malgré la distance, elle se félicite d’une « liaison aussi suivie et aussi intime43 ». Elle ressent cependant de la culpabilité à l’égard du philosophe. Elle se sent responsable de l’exil de Rousseau à la suite de la condamnation de l’Émile. N’est-ce pas à son initiative qu’il a entrepris d’écrire son traité pédagogique44 ? Lorsqu’elle reçoit les Lettres écrites de la montagne, elle dit sa surprise à l’éloge qu’il fait d’elle. Rousseau écrit en effet :
Il est vrai que j’ai entrepris mon livre [ Émile] à la sollicitation d’une mere ; mais cette mere, toute jeune et tout aimable qu’elle est, a de la philosophie et connoit le cœur humain ; elle est par la figure un ornement de son sexe, et par le genie une exception45.
26Un tel éloge amène naturellement à s’interroger sur la lecture que Mme de Chenonceaux fait de l’œuvre du philosophe. Remarquons qu’elle fait connaître son avis à Rousseau dans de nombreux domaines, que ce soit la politique, la cause féminine ou bien encore la religion. Elle se permet de donner des avis assez tranchés à son ami, alors retiré à Môtiers, sur la manière de conduire son œuvre :
J’ay lu votre Contrac social, si vs aviés été icy lors qu’il a paru, vous auriés été lapidé. J’ay bien regretté que vs n’ayés pas suivie votre gr ouvrage de politique [les Institutions politiques], c’ettoit un sujet digne de vous et qui petetre ne vs auroit pas plus donné de peine que vos paperasses de l’abé de St Pierre46.
27Son aversion pour Mme Dupin qui a incité Rousseau à prendre en charge l’œuvre de l’abbé rejaillit ici. Avouons toutefois qu’elle ne manque pas de franchise et peut-être de lucidité. En matière politique, elle tombe entièrement d’accord avec Rousseau : « J’embrasserais bien volontié tous vos principes de politique et de Societé, j’en aime et révere toutes les idées. » Voilà qui n’est pas naturel à une personne issue d’une grande famille aristocratique. On peut apprécier ici sa liberté de pensée. Le système de Rousseau la blesse cependant en un point : « il n’y a que vos opinions sur les femmes que je ne vous pardonne pas et sur les quels vous m’avés vu en fureur dans vos ouvrages47 ». Elle regrette même qu’il n’ait pas publié le débat qui les opposait à ce sujet48. À coup sûr, dans ce cas, elle a été fortement influencée par les idées de sa belle-mère, malgré leurs mauvaises relations. Il y a fort à parier que cette dernière ait été elle aussi saisie par la fureur quand on songe que Jean-Jacques a servi de manœuvre pendant des années dans le chantier de l’Ouvrage sur les femmes.
28Si Mme de Chenonceaux n’a pas obtenu gain de cause sur la question féminine, elle garde toute sa liberté de parole en matière religieuse. Elle dit aimer la « lettre à l’archevêque », mais est en colère à cause de la fin. Elle a lu la Profession de foi du Vicaire savoyard et vient de finir Les Lettres écrites de la montagne et ajoute : « Je veux vs dire un mot de la religion de votre livre49. » Elle espère que son ami ne croit pas en la thèse de la révélation divine. Elle ose croire qu’il avance cette thèse « pour ne pas scandalise[r]. » Cependant, elle n’en est pas sûre. Elle lui fait donc valoir qu’il n’y a pas de « révélation au-dessus de la nature ». Pour elle, il n’y a pas de prophètes mais seulement des « genies » ou des « Sages ». Elle se range donc clairement parmi « ceux de la religion naturelle ».
29À ce titre, elle tente de mettre Rousseau face à ce qui lui paraît être ses contradictions. Elle lui demande ainsi comment la révélation divine pourrait dévoiler des vérités inaccessibles à la raison alors qu’il fonde cette même révélation divine sur la raison et la conscience50. De même, elle rejette l’argument rousseauiste selon lequel la révélation a été « alterée ou mal entendue ». À cet égard, elle revient sur le medium de cette révélation : elle ne fait pas de distinction entre « les instructions de JC et les paroles des apôtres51 ». Les secondes n’ont pas altéré les premières. Pour elle, s’il y avait révélation, Dieu aurait veillé à ce qu’elle soit intelligible par toutes les générations et dans tous les pays. De même, elle ne privilégie ni les Églises réformées ni l’Église catholique, car les unes comme l’autre reconnaissent « l’ecriture comme loy comune » et l’impose comme objet de foi, ce qu’elle refuse. Elle termine cependant ses remontrances par une marque d’humilité face au philosophe : « Si je ne vs ai pas entendu [,] pardonés moy [,] mais voila come tout cela s’est arangé dans ma tête [,] et si vs pensés encore a se sujet [,] je desire fort que vs m’y fassiés voir plus clair52. » Leigh commente très justement ce passage en écrivant : « après mme de Chenonceaux féministe, voici mme de Chenonceaux libre-penseur. On voit ce que Jean-Jacques voulait dire en affirmant « qu’elle avait “de la philosophie53” ».
30Il est temps de conclure sur les relations de Rousseau avec la famille Dupin. Pour cela, il reste à considérer ce à quoi on est rarement attentif dans une lettre : l’adresse. C’est dans la rue Plâtrière54 – la rue des Dupin – que Rousseau a le plus vécu à Paris. C’est là qu’il est retourné en 1770, après huit années d’errance, et qu’il a vécu jusqu’à son départ à Ermenonville : il y avait, dit-il, ses habitudes55. Rousseau ne mentait donc pas lorsqu’il écrivait qu’il resterait fidèle aux Dupin jusqu’à la fin de sa vie.
31Leur relation s’est donc maintenue trente-trois ans, de 1743 à 1776. En outre, Rousseau, neuf ans après avoir quitté le service de Mme Dupin, lui écrit en 1760 : « je ne cesse point de me regarder comme étant de vôtre maison56 […]57 ». Plus encore, on se rend compte qu’il avait l’intention de reprendre du service auprès d’elle, une fois abandonné la carrière des lettres, après la publication de l’Émile. Voici ce qu’il lui écrit, quatre mois plus tard, de la vie qu’il imagine mener dès lors : « je bornerai mes occupations à copier les écrits d’autrui, et ma gloire à écrire sous vôtre dictée58 ». Celui qui avait fait de son indépendance son bien le plus précieux s’apprêtait donc à rentrer à Paris, ville pourtant honnie, et à redevenir l’employé de la famille d’un fermier général. Les circonstances en décidèrent autrement. Voilà qui permet au moins de ressaisir Rousseau dans le mouvement de sa vie et dans sa vérité du moment.
32Il reste à envisager les réactions de Mme Dupin après la mort de Rousseau. Lors de la publication des Confessions et des Rêveries, en 1782, elle classe ces œuvres parmi les « productions licencieuses et hasardées ». Elle écrit que « Rousseau montre toujours le grand talent d’écrire de l’auteur, mais il donne […] de la pitié sur l’état où il faut être pour écrire de telles choses59 […] ».
33C’est sur une autre image cependant que nous souhaiterions rester : celle d’un échange de cadeaux. Mme Dupin fit un jour parvenir à Rousseau une grenade d’Italie. En échange il lui envoya un melon d’Espagne, que lui avait offert le Duc d’Albe. Ce fruit, fait pour être partagé, était un cadeau tout indiqué pour une famille. À la réflexion aussi, la grenade était faite pour être partagée. Rousseau termine la lettre qui accompagne son présent de la manière suivante : « Je vous prie de vouloir bien me faire garde[r] un peu de la graine ». Voulait-il semer ces graines ? On verra en tous cas dans cet échange de présents le symbole des échanges qui lièrent les Dupin à Rousseau. Les Dupin permirent, à leur façon, à son œuvre de fructifier.
Notes de bas de page
1 OC, I, 282-292.
2 CC, I, 53, à Claude Dupin, 10 avril 1743, (notes explicatives de R. A. Leigh), 187.
3 C’est à elle que Rousseau adresse la lettre où il confesse l’abandon de ses enfants. Nous ne ferons pas référence à cette lettre, bien connue, dans cette étude.
4 R. A. Leigh prête différents prénoms à Mme de Chenonceaux : « Marie-Alexandrine-Sophie » (CC, XV, 2553, de Marie-Alex. -Sophie de Chenonceaux, 20 mars [1763], 305) ou « Louise Alexandrine-Julie » (CC, XXIII, 4013, de Louise-Alex. -Julie Dupin de Chenonceaux, [commencé vers le 10, terminé vers le 11 février 1765], 350). Il s’agit pourtant de la même personne. Nous nous en tenons au prénom retenu par B. Gagnebin et M. Raymond, Pléiade, t. I, p. 1432 (note 1 de la p. 359).
5 Parmi les missives envoyées par Rousseau à Mme Dupin nous ne comptons pas le billet d’amour considéré comme authentique par Jean-Pierre Le Bouler et contesté par R. A. Leigh. Il faut ajouter à cette correspondance des pièces annexes : une lettre du marquis de Girardin à Mme Dupin pour annoncer la mort de Rousseau et la réponse de celle-ci (CC, XLI, 7200, de René-Louis, marquis de Girardin à Louise-Marie-Madeleine Dupin, 18 juillet 1778, 34-35 & CC, XLI, 7205, de Louise-Marie-Madeleine Dupin à Girardin, 21 juillet 1778, 47-49). Leur correspondance s’étend donc du 9 avril 1743 à avril-mai 1776 (CC, XL, 7079, à Louise-Marie-Madeleine Dupin, [avrilmai 1776], 52-57). Ajoutons aussi une lettre de Mme Dupin à la margrave de Baden-Durlach de 1782 (soit quatre ans après la mort de Rousseau) où elle donne son jugement sur les Confessions et les Rêveries dont la deuxième édition venait de paraître (CC, XLV, 7811, de Louise-Marie-Madeleine Dupin à Caroline-Louise de Hesse-Darmstadt, margrave de Baden-Durlach, [fin] Avril 1782, 80-83) : voir infra à ce sujet.
6 Gaston de Villeneuve-Guibert, Le Portefeuille de madame Dupin, dame de Chenonceau, Paris, Calmann-Lévy, 1884, p. 181 (réédition chez Elibron Classics, 2006).
7 CC, I, 53, à Claude Dupin, 10 avril 1743, (notes explicatives de R. A. Leigh), 185-187.
8 CC, I, 52, à Louise-Marie-Madeleine Dupin, 9 avril 1743, 182-184.
9 Op. cit., t. I, p. 292.
10 CC, XXVI, 4541, Mme de Courcelles à Mme de Chenonceaux, [22 juillet 1765], 112-114.
11 CC, IX, 1592, de Marie-Alexandrine-Sophie Dupin de Chenonceaux, [vers le 16 décembre 1761], 328-330.
12 CC, VII, 1198, de Marie-Alexandrine-Sophie Dupin de Chenonceaux [vers le 20 décembre 1760], 358-360.
13 CC, III, 349, à François, comte de Lastic, le 20 décembre 1754 [lire 1755], 231-232 & CC, III, 350, à Anne de Castera de la Rivière, marquise de Menars, le 20 décembre 1754 [lire 1755], 233.
14 Rousseau écrit au comte : « J’ai tâché de consoler la bonne femme affligée, en lui expliquant les régles du grand monde et de la grande éducation, je lui ai prouvé que ce ne seroit pas la peine d’avoir des Gens, s’ils ne servoient pas à chasser le pauvre quand il vient réclamer son bien ; et en lui montrant combien justice et humanité sont des mots roturiers, je lui ai fait comprendre à la fin qu’elle est trop honorée qu’un Comte ait mangé son beurre. Elle me charge donc, Monsieur, de vous témoigner sa reconnaissance de l’honneur que vous lui avez fait, son regret de l’importunité qu’elle vous a causée, et le desir qu’elle auroit que son beurre vous eut paru bon. Que si par hazard il vous en a coûté quelque chose pour le port du pacquet à elle adressé, elle offre de vous le rembourser comme il est juste » (CC, III, 349, à François, comte de Lastic, le 20 décembre 1754 [lire 1755], 231).
15 CC, V, 702, à François Coindet, [8 octobre 1758], 166 : « Il est convenu, mon cher, que Melle le Vasseur qui va à Paris trouvera chez Lepine les 5 ex : pour la maison Dupin. »
16 CC, VIII, 1268, à François Coindet, 9 [février 1761], 67-69. Parmi les autres destinataires du texte on trouve D’Alembert, Clairaut, Mairan, Duclos, Mme de Créqui…
17 CC, II, 206, Louise-Marie-Madeleine Dupin, [novembre-décembre 1753 ?], 238-239.
18 Il possédait une version ancienne du poème composé en 1752 et publié en 1755.
19 Elle croit ne pas avoir vu les vrais jusque-là (CC, III, 371, Louise-Alexandrine-Julie Dupin de Chenonceaux, [14 ou 15 janvier 1756 ?], 264-265).
20 Il figure en pièce jointe à la lettre où il se repend de la déclaration d’amour qu’il lui a faite (CC, I, 52, à Louise-Marie-Madeleine Dupin, 9 avril 1743, 182-184).
21 Il s’agit d’une version primitive du Projet pour l’éducation de M. de Saint-Marie. Le manuscrit figurait parmi les papiers de Mme Dupin et son descendant, Villeneuve-Guibert, le publia en 1884 (op. cit.).
22 Confessions, t. I, p. 293.
23 Voici la réponse de Rousseau : « Je ne sais comment vous avez ouï parler de la Reine Fantasque ; c’est une folie de cinq ou six pages, qui bien qu’écrite dans un moment de gaieté ou d’extravagance, n’a pas même la mérite d’être plaisante, et qui en vérité ne peut-être lue par une personne de bon sens. Voilà pourquoi je ne vous en avois point parlé » (CC, VI, 768, à Louise-Marie-Madeleine Dupin, 25 janvier 1759, 16).
24 Voltaire en fait autant lorsqu’il soumet par exemple à Mme Dupin le canevas d’Alzire.
25 CC, VI, 766, à Louise-Marie-Madeleine Dupin, 19 janvier 1759, 13.
26 CC, XI, 1838, à Louise-Marie-Madeleine Dupin, 7 juin 1762, 39.
27 CC, III, 399, du marquis Jean-François de Saint-Lambert, 26 mars [1756], 307, note explicative c.
28 Remis par le neveu de l’écrivain, le comte de Saint-Pierre, par l’entremise de Saint-Lambert.
29 CC, VI, 809, à Louise-Marie-Madeleine Dupin, 6 mai 1759, 90-91.
30 CC, VI, 770, à Louise-Marie-Madeleine Dupin, 30 [janvier 1759 ?], 20.
31 C’est le panégyrique de Saint-Louis, prononcé dans la chapelle du Louvre, en présence des membres de l’Académie française, le 25 août 1749. Voltaire refit entièrement le texte composé par l’abbé. Voir Villeneuve-Guibert, op. cit., p. 321-323.
32 OC, II, 1273.
33 CC, I, 53, à Claude Dupin, 10 avril 1743, (notes explicatives de R. A. Leigh), 186.
34 CC, VIII, 1256, de Claude Dupin, [3 Février 1761], 53.
35 OC, II, 82.
36 Ibid., t. I, p. 359.
37 Ibid., p. 359.
38 On peut regretter certaines longueurs dans ses lettres mais elle ne prétend pas faire œuvre littéraire. Quant à son orthographe fantaisiste, elle est assez largement celle de nombre de ses contemporains.
39 Ses sinistres aventures le conduiront même plus tard à la mort.
40 CC, XV, de Rulhière, 20 février 1763, 223.
41 CC, XV, de Mme de Chenonceaux, 20 mars [1763], 306.
42 Voir la préface de Georges May dans Jean-Jacques Rousseau-Mme de Le Tour – Correspondance, Arles, Actes Sud (Babel), 1998, p. 7-8, 22 et 24.
43 CC, XXX, 5261, de Mme de Chenonceaux, 4 juillet [1766], 10. Rousseau est alors en Angleterre.
44 CC, XIV, 2389, de Marie-Alexandrine-Sophie Dupin de Chenonceaux, [décembre 1762], 201-204 & CC, XI, 1920, de Marie-Alexandrine-Sophie Dupin de Chenonceaux, [vers le 28 juin 1762], 163-164. (« Comment avés vous pu risqué un livre si hardi ? »)
45 OC, III, 783.
46 CC, XIV, 2389, de Marie-Alexandrine-Sophie Dupin de Chenonceaux, [décembre 1762], 202-203.
47 CC, XXII, 3635, de Marie-Alexandrine-Sophie Dupin de Chenonceaux, [vers le 10 ? novembre 1764], 38.
48 CC, XXII, 3649, de Marie-Alexandrine-Sophie Dupin de Chenonceaux, [vers le 15 novembre 1764], 60-62.
49 CC, XXIII, 4013, de Mme de Chenonceaux, [vers le 10 et 11 février 1765], 351.
50 Mme de Chenonceaux écrit : « vs donné Come principe qu’il n’est rien de nesesaire ds cette revelation sinon les idées que la raison et la Conscience ns persuadent sur notre auteur et nos devoirs et que vs n’en reconnoissés pas d’autres ». Elle s’appuie notamment sur la Profession du Vicaire savoyard : « come vs le ditte dans le Savoyard ».
51 Ibidem, 352.
52 Ibidem.
53 CC, XXIII, 4013, de Mme de Chenonceaux, [vers le 10 et 11 février 1765], 354-355, note c. R. A. Leigh cite ici les Lettres écrites de la montagne : OC, III, 783.
54 Harumi Yamaki-Jamin, « La rue Jean-Jacques Rousseau », Études Jean-Jacques Rousseau, no 12, 2000-2001, p. 245-248.
55 C’est ce qu’il confia à Bernardin de Saint-Pierre.
56 CC, VII, 1080, à Louise-Marie-Madeleine Dupin, 12 Août 1760, 209.
57 Il écrit même plus précisément : « Vous voyez, Madame que quoique depuis longtemps vous ayez eu la cruauté de ne pas me dicter seulement une pauvre petite lettre, je ne cesse point de me regarder comme étant de vôtre maison ». À l’en croire, il semblerait donc que ce soit Mme Dupin qui se passe de ses services alors que c’est lui qui a rompu le contrat.
58 CC, VII, 1192, à Louise-Marie-Madeleine Dupin, 11 décembre 1760, 352. Rousseau, comme en 1743, est toujours en position de coupable : il demande « grâce » et cherche à se faire pardonner (tout en demandant « justice » comme s’il était floué). Il faut dire que ce qu’il allait dire des femmes, en 1762 dans le Livre V de l’Émile, aurait de quoi lui causer du tort auprès de Mme Dupin.
59 CC, XLV, 7811, Louise-Marie-Madeleine Dupin à la margrave de Baden-Durlach, [fin] avril 1782, 83.
Auteur
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Frédéric Marty
Professeur agrégé et doctorant, université de Toulouse
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