Autour de la famille Deny-Basset
p. 317-325
Texte intégral
« J’étais petit, tout petit
J’ai lancé ma ligne à la mer
Soudain les poissons se sont assemblés, j’ai vu la mer
J’ai fait un cerf-volant, orné et chamarré,
Sa queue était couleur d’arc-en-ciel
Soudain je l’ai lancé dans l’air
J’ai vu le ciel. »
Orhan Veli1
1Quand Jean Deny épouse en janvier 1916 Suzanne Basset, fille de René Basset, doyen de la faculté des lettres d’Alger, la notoriété ainsi que la carrière de ce dernier est déjà acquise et consolidée, malgré son échec au Collège de France en 1907, lors de la succession de Barbier de Meynard, leur maître commun. Diplômé d’arabe, de turc et de persan après des études à l’École des langues orientales à Paris, licencié ès lettres, ancien élève de l’École pratique des hautes études, René Basset (1855-1924) est arrivé à l’École des lettres d’Alger en 18802. Il y enseigne l’arabe et le berbère. Fils d’avocat, originaire de Lunéville (Meurthe-et-Moselle), il épouse en 1889 une des filles d’Edmond Jeanmaire, fondateur des usines à gaz de sa ville natale, ce qui l’introduit dans une famille d’industriels et de militaires. De 1882 à 1900, il accomplit de nombreuses missions scientifiques, qui le conduisent en Tunisie, en Tripolitaine, dans la province d’Oran, au Maroc et au Sénégal. René Basset a dirigé l’édition française de l’Encyclopédie de l’Islam, vaste entreprise internationale lancée dans le sillage des congrès des orientalistes et paraissant simultanément en anglais, en allemand et en français3. Devenu doyen de l’École des lettres en 1894 à la mort de l’historien Émile Masqueray4 (1843-1894), il est confirmé en tant que tel quand l’École des lettres devient faculté, par la loi du 30 décembre 1909. Par ses propres travaux qui couvrent aussi bien les domaines arabe, berbère ou éthiopien que les traditions populaires, et par l’influence qu’il a pu exercer (il est parfois qualifié de fondateur d’une école d’Alger), il a pris place au sein de multiples réseaux nationaux ou internationaux du monde universitaire ou intellectuel : ses fonctions de doyen, les volumes d’hommage qu’il dirige ou qui sont consacrés à lui-même comme à ses deux fils Henri et André Basset, son implication dans la vie d’un certain nombre de revues, en portent témoignages5.
2René Basset enseigne pendant quarante ans à la faculté des lettres d’Alger. Cela a des conséquences directes sur son réseau de relations. Tout d’abord, il faut noter que le milieu « orientaliste » lui-même est composite. Le recrutement des étudiants en Algérie est à la fois local et varié. Les études arabes et berbères sont par exemple favorisées à l’École normale de la Bouzaréah qui forme des instituteurs, dont plusieurs deviennent berbérologues ou arabisants6. De même les militaires acquièrent des points de carrière complémentaires par l’obtention des brevets d’arabe et de berbère que décerne la faculté des lettres. Les affectations des uns comme des autres tissent un réseau très dense dont l’efficacité a notamment été démontrée dans le cas de la pénétration culturelle française au Maroc7. Par ailleurs, ces enseignements algérois sont en relation directe avec ceux professés dans les chaires de la province algérienne (Constantine, Oran) ou dans les médersas8. Citons simplement les noms de l’arabisant Alfred Bel (1873-1945) et ceux des deux frères Marçais : l’arabisant William (1872-1956) ayant entraîné dans son sillage son frère Georges (1876-1962), spécialiste notamment d’histoire de l’art musulman9. La faculté d’Alger sert aussi de tremplin vers l’École des langues orientales, à Paris, où sont nommés plusieurs enseignants d’Alger : que l’on songe à l’arabisant Octave Houdas (1840-1916), à l’islamologue Maurice Gaudefroy-Demonbynes (1862-1957), resté toujours très proche de René Basset ou à Henri Massé (1886-1969), élu à la chaire de persan après quelques années d’enseignement à Alger, quatre ans sous les drapeaux et trois ans au Caire10.
3Pour un certain nombre d’enseignants, Alger et l’Algérie peuvent constituer un terrain de recherche privilégié et un tremplin vers des postes plus prestigieux, à la Sorbonne, au Collège de France ou encore au rectorat. C’est le cas du géographe Augustin Bernard (1865-1947) nommé en 1902, après huit années passées à Alger, à une chaire de géographie de la colonisation à la Sorbonne, avec une charge d’enseignement à l’École coloniale. Citons également l’archéologue et historien Stéphane Gsell (1864-1932), qui enseigne à Alger à partir de 1890, jusqu’à son élection au Collège de France en 1912 ; ou encore l’historien Jérôme Carcopino (1881-1970), en poste à la faculté d’Alger de 1912 à 1920. Citons enfin le littéraire Pierre Martino (1880-1953), arrivé en Algérie en 1902 : professeur à la faculté des lettres, il succède à René Basset au décanat avant d’accéder au rectorat de l’université d’Alger11.
4Assurer la fonction décanale pendant près de trente ans a eu d’autres conséquences pour René Basset. On peut en mentionner quatre :
- la connaissance du milieu des fonctionnaires et plus particulièrement des autorités de tutelle : rectorat, services du gouvernement général, autorités civiles et militaires ;
- la fréquentation d’un corps professoral qui est loin d’être exclusivement orientaliste, ni même uniquement focalisé sur les recherches historiques algériennes ;
- le maintien des liens avec des personnalités universitaires ou autres ayant essaimé à partir d’Alger ;
- avec les enseignants d’autres universités.
5En effet, si la faculté des lettres d’Alger est habilitée à faire passer le baccalauréat et assure dans différentes disciplines la préparation des examens de l’enseignement supérieur, elle n’est cependant pas autorisée à délivrer les diplômes supérieurs au baccalauréat. La certification des parcours universitaires algérois est assurée jusqu’à la fin des années 1920 par les facultés de la métropole. On rappellera par exemple les polémiques qui se sont développées à la veille de la guerre de 1914 à propos des diplômes universitaires d’histoire : certains professeurs d’Alger réclamaient de pouvoir participer à la collation des grades12. De même la chaire de « philosophie musulmane et histoire de la philosophie », étroitement spécialisée, fut, à la retraite de son titulaire Léon Gauthier (1862-1949), transformée, par décret du 30 janvier 1932, en une classique « chaire de philosophie », et confiée à un métropolitain, René Poirier13. Alger devient ainsi au fil des années, un carrefour du monde intellectuel et universitaire français et René Basset a su en faire dans le même temps un lieu de référence pour les études arabes et berbères.
6Trois ouvrages collectifs publiés entre 1905 et 1928, témoignent en effet de l’ancrage de la famille Basset dans le champ des études orientalistes. Le premier est un Recueil de mémoires et de textes des professeurs de l’École supérieure des lettres14. Suivant l’exemple donné par l’École des langues orientales de Paris15, René Basset dirige un volume spécifique pour l’offrir aux membres du XIVe congrès des orientalistes réuni à Alger en avril 1905. Ce volume permet de mettre en valeur les savants d’Afrique du Nord16. Le deuxième ensemble est constitué par les deux tomes des Mélanges René Basset, publiés en 1924 et 1926 sous l’égide de l’Institut des hautes études marocaines de Rabat17. Le second tome paraît, comme hommage posthume, quelques mois après la mort de René Basset survenue début janvier 1924. « René Basset aura eu la satisfaction de recevoir le premier volume de ce recueil des mains de ses plus chers et de ses plus anciens disciples », note Évariste Lévi-Provençal18 (1894-1956). Les Mélanges
« montreront à tous que si douloureuse et irréparable soit la perte du savant, celle du maître est plus cruelle encore ; tant il avait su faire aimer et cultiver autour de lui, sous son autorité bienveillante, ce jardin de l’orientalisme français, déjà illustrée par tant de noms glorieux et que lui-même, pendant toute sa carrière fit briller d’un si vif et si durable éclat19 ».
7Enfin, en 1928, paraissaient les deux volumes du Mémorial Henri Basset qui saluent la mémoire du fils aîné (1892-1926) de René Basset, lui aussi spécialiste de l’Afrique du Nord, récemment décédé20.
8La comparaison des participants des trois ensembles révèle les fidèles parmi les fidèles : participent aux trois ouvrages, par ordre alphabétique, l’arabisant Mohammed Ben Cheneb (1869-1929), successeur de René Basset à la chaire de langue et littérature arabes d’Alger, le berbérisant Edmond Destaing (1872-1940), collègue de Jean Deny depuis la création en 1911 de la chaire de berbère à l’École des langues orientales, le diplomate Gabriel Ferrand (1864-1935), et William Marçais21. Citons ensuite ceux dont la signature figure dans deux volumes sur trois : Alfred Bel, Augustin Bernard, Said Boulifa (circa 1865-1931), spécialiste de berbère, l’arabisant Louis Brunot (1882-1965), le linguiste Marcel Cohen (1884-1974), Maurice Gaudefroy-Demonbynes, le philosophe Léon Gauthier, Émile-Félix Gautier, Stéphane Gsell, l’ethnographe berbérologue Émile Laoust (1876-1952), Évariste Lévi-Provençal, Georges Marçais22. Les contributions de membres de la famille apparaissent, après la Première Guerre mondiale : l’ethnologue Henri Basset, le linguiste berbérologue André Basset23 (1895-1956) et le turcologue Jean Deny24 figurent tous les trois au sommaire des Mélanges René Basset offerts à leur père et beau-père ; les deux derniers rendent aussi hommage à leur frère et beau-frère en participant au Mémorial Henri Basset.
9Il est frappant de constater, notamment dans le Mémorial Henri Basset, qu’aux anciens élèves de René Basset (Mohamed Ben Cheneb, Louis Brunot, Edmond Destaing, Gabriel Ferrand, Maurice Gaudefroy-Demonbynes, Émile Laoust, Évariste Lévi-Provençal, Georges Marçais) se joignent aussi les noms prestigieux d’anciens collègues de la faculté d’Alger (Eugène Albertini, Augustin Bernard, Émile-Félix Gautier, Stéphane Gsell, William Marçais, Pierre Martino), qui en la personne de Henri Basset saluent le fils après le père. Parmi les participants aux trois ouvrages, les noms d’Eugène Albertini, d’Augustin Bernard, de Jérôme Carcopino et de Pierre Martino échappent stricto sensu à la qualification d’orientaliste. Figurent aussi des professeurs étrangers renommés : le berbérologue italien Francesco Beguinot25 (1879-1953) et l’arabisant néerlandais Arent Jan Wensinck (1882-1939), co-directeur de l’Encyclopédie de l’Islam à partir du tome 2 (1927). L’absence de tabula gratulatoria ou d’une liste de souscripteurs dans ces volumes d’hommage ne donne cependant qu’une image limitée du réseau de la famille Basset.
10Il est enfin possible de reconstituer le réseau de René Basset à partir des nombreuses revues auxquelles il a participé. Signalons plus particulièrement celles auxquelles René Basset collabore au moment de l’entrée de Jean Deny dans la famille, à la veille de la Première Guerre mondiale26. La première à mentionner est le Journal Asiatique. C’est l’organe de la Société asiatique et il est normal qu’un ancien élève de l’École des langues orientales en soit membre. René Basset y publie dès 1879, année de son admission, et jusqu’en 192127. Il a donc connu quatre présidents : le philologue Adolphe Régnier (1878-1884), Ernest Renan (1884-1892), son maître, le turcologue Charles Barbier de Meynard28 (1892-1908) et enfin l’indianiste Émile Senart (1908-1928). Notons que Jean Deny, de son côté, y est entré, dès 1904, parrainé par Charles Barbier de Meynard et Octave Houdas29. C’est Jean Deny qui, avec René Basset, parraine Henri Basset à la Société asiatique le 12 novembre 1920, puis, avec Gabriel Ferrand, le frère de ce dernier, André Basset, le 10 février 192230.
11Une place à part doit être faite à la Revue africaine, organe de la Société historique algérienne, dont le siège est à Alger : René Basset y participe, par intermittence depuis 1905, bien qu’il soit membre de la société depuis 1883. Le recrutement de cette société savante est principalement (mais pas uniquement) local. La liste des membres honoraires comme des membres titulaires comporte de nombreux noms métropolitains31. Il était en effet fréquent de rester membre de cette société même après avoir quitté l’Afrique du Nord, comme, par exemple, le sociologue Edmond Doutté32 (1867-1926), Stéphane Gsell, Jérôme Carcopino ou Sébastien Charléty (1867-1945). Jean Deny y apparaît comme membre dès 1922, quelques années après son mariage, et après avoir publié deux articles dans la revue33, un an avant qu’Henri Basset ne soit lui-même élu au bureau de la société, en 1923.
12René Basset participe aussi à la Revue de l’histoire des religions entre 1896 et 1921, essentiellement par des comptes rendus. Cette revue est dirigée par Jean Réville (1854-1908) jusqu’à sa mort en 190834. Docteur en théologie, Réville a été le premier directeur d’études de la section des sciences religieuses de l’École pratique des hautes études, autre instance universitaire importante, et a été assisté dès la création de la revue, en 1888, de Léon Marillier35 (1842-1901), dont on retrouve le nom dans la bibliographie de René Basset. En 1908, c’est l’archéologue René Dussaud (1868-1958), conservateur au musée du Louvre, qui succède à Jean Réville. Nous savons que René Dussaud a entrepris avec Frédéric Macler (1869-1938) des expéditions scientifiques en Syrie36. Or c’est René Basset qui, en sa qualité de folkloriste, préface le volume consacré aux contes arméniens collectés par Macler37. Et c’est Macler qui, quelques années plus tard, donne un compte-rendu des Mélanges africains et orientaux de René Basset dans la Revue de l’histoire des religions, en 191738. Notons que d’autres noms plus ou moins liés à l’École des langues et à l’École pratique des hautes études figurent parmi les auteurs de la revue : Israël Lévi (1856-1939), l’historien de l’Inde et du bouddhisme Sylvain Lévi (1863-1935), le linguiste Antoine Meillet (1866-1936), le slavisant Louis Léger39 (1843-1923).
13René Basset publie régulièrement, entre 1905 et 1917, des comptes rendus dans une revue plus généraliste, la Revue critique d’histoire et de littérature, qui est dirigée par l’historien Arthur Chuquet (1853-1925), sans avoir a priori de comité de rédaction. Jean Deny y est, de son côté, introduit, près de dix ans avant son mariage, et y publie le tout premier titre de sa bibliographie.
14La collaboration sans doute la plus importante de René Basset avec les revues est celle qu’il entretient avec la Revue des traditions populaires40. René Basset y publie tous les ans, à l’exception des années 1915 et 1916, dès la première année de la revue et jusqu’à sa disparition fin 1919. La revue fondée en 1886 ne survit en effet pas longtemps en tant que telle à la disparition du folkloriste Paul Sébillot (1843-1918). Notons que la revue entretient, sans que cela apparaisse explicitement, des liens forts avec l’École des langues orientales41. À partir de 1920, la Revue des traditions populaires cède la place à la Revue d’ethnographie et des traditions populaires, organe de la Société française d’ethnographie : « Pour faire face à des nécessités budgétaires, la Société des traditions populaires s’est réunie à l’Institut d’ethnographie pour former la Société française d’ethnographie42 » dont le siège social, comme précédemment, est situé 2 rue de Lille et dont le président est l’historien Henri Cordier (1849-1925), administrateur adjoint de l’École des langues orientales de 1916 à 192543. René Basset en est vice-président, avec le folkloriste Arnold van Gennep44 (1873-1957). La liste des membres du conseil de la Société française d’ethnographie mentionne également Jean Deny pour l’année 1922, au côté des figures suivantes : le poète et auteur dramatique Émile Blémont (1839-1927), le prince Roland Bonaparte (1858-1924), Paul Boyer (1864-1949), Marcel Cohen, Henri Cordier, Maurice Delafosse (1870-1926), Edmond Destaing, Maurice Gaudefroy-Demonbynes, Clément Huart (1854-1926), le sociologue Henri Hubert (1872-1927) ou encore Paul Rivet (1876-1958), médecin et ethnologue45.
15René Basset s’est enfin construit une forte assise internationale. Participant régulièrement aux congrès des orientalistes, il est même l’initiateur et la cheville ouvrière du XIVe congrès des Orientalistes réuni à Alger en avril 1905, premier congrès tenu hors du continent européen ; Barbier de Meynard porte lors du banquet qui clôture le congrès un toast à son ancien élève qui vient d’acquérir par cette manifestation de nouveaux titres à la gratitude et à l’affection du milieu orientaliste46. On l’a dit, René Basset est aussi directeur de l’Encyclopédie de l’Islam, codirigée, pour le tome I, avec Martijn Theodoor Houtsma (1851-1943) et Thomas Walter Arnold (1864-1930), vaste entreprise scientifique faisant appel aux meilleurs orientalistes dans tous les pays. Le premier tome est publié en 1913 ; le deuxième devait être suffisamment avancé avant la guerre mais ne paraît qu’en 1927. Le nom de Jean Deny n’apparaîtra curieusement pour la première fois qu’après la disparition de René et de Henri Basset (qui avait succédé à son père à la direction française), dans le tome 4, paru en 1934. Précédemment les articles sur la Turquie sont souvent signés par Clément Huart ou Franz Babinger (1891-1967). Notons que la qualité scientifique des contributions consacrées à la Turquie comme l’évolution politique du pays rendaient nécessaires des mises à jour régulières, aux dires même des milieux turcs, comme en témoigne un article d’Albert Gabriel paru en 1948 à propos du projet de traduction en turc de l’Encyclopédie de l’Islam : « Nombre d’articles relatifs à la Turquie, d’une faiblesse et d’une insuffisance notoires, étaient déjà périmés le jour même où ils furent écrits47. »
16Enfin, René Basset est depuis 1898 correspondant de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, à défaut d’en être membre car ne résidant pas en métropole, et comme pour un certain nombre de revues citées ci-dessus, il introduit dans ce milieu son fils Henri qui publie sous l’égide de l’académie certains de ses premiers travaux. René Basset est aussi correspondant étranger de l’académie de Lincei, de l’Académie royale d’histoire de Madrid, et de l’Académie des sciences de Lisbonne pour ne citer que les académies (et non les sociétés savantes48 ou les décorations étrangères qui lui ont été décernées).
17Quand Jean Deny entre dans sa famille, la carrière de René Basset est à un tournant : il a la soixantaine et c’est le moment où la nouvelle génération, au terme d’études rigoureuses, commence à prendre le relais. Henri Basset entre en 1913 à l’École normale supérieure, après des études de lettres à Alger, validées par la faculté des lettres de Nancy. Blessé au début de la guerre, il est affecté, en 1916 à la Mission scientifique du Maroc, qui deviendra en 1920 l’Institut des hautes études marocaines. André Basset, de son côté, se forme au côté de maîtres tels qu’Antoine Meillet à l’École pratique des hautes études ou que Jules Vendryes à la Sorbonne. Les deux frères se retrouvent au Maroc à partir de 1922 et Jean Deny devient ainsi pendant presque vingt ans le pôle parisien de la famille, restant seul en poste dans la capitale, jusqu’à la nomination en 1941 d’André Basset à la chaire de berbère de l’École des langues orientales, école dont Jean Deny est devenu administrateur en 1938.
Notes de bas de page
1 Veli O., J’écoute Istanbul, traduit par M. E. Tatarağasi et G. Pfister, Paris, Arfuyen, 1990, p. 47.
2 Ferrand G., « René Basset (1855-1924) », Journal Asiatique (JA), CCIV, 1924, p. 137-141 ; Bel A., « René Basset », Revue africaine, 318, 1924, p. 12-19.
3 Gaboriau M., « Encyclopédie de l’Islam », Pouillon F. (dir.), Dictionnaire des orientalistes de langue française (DOLF), Paris, IISMM-Karthala, 2008 ; Basset G., « Encyclopédie de l’islam », Verdes-Leroux J. (dir.), L’Algérie et la France (AF), Paris, Robert Laffont, 2009.
4 Lefébure C., « Masqueray Charlemagne Émile », DOLF ; Basset G., « Masqueray, Émile », AF.
5 Neveu direct de Jean Deny, petit-fils de René Basset, l’auteur de cette contribution a cherché à croiser sans volonté hagiographique des souvenirs, voire des légendes familiales avec des études historiques, s’intéressant plus particulièrement à la vie intellectuelle et culturelle en Algérie à partir de 1880.
6 Dupuy A., Bouzaréa, histoire illustrée des écoles normales d’instituteurs d’Alger-Bouzaréa, Alger, Fontana, s. d. [1937].
7 Cf. par exemple les missions de savants comme Alfred Bel et Edmond Doutté, la présence à Rabat de l’École supérieure de langue arabe et de dialectes berbères transformée en Institut des hautes études marocaines le 11 février 1920.
8 Messaoudi A., « Enseignement de l’arabe », AF ; Cour A., « Sur les chaires de langue arabe d’Alger, de Constantine et d’Oran (1832-1879) », Revue africaine, 65, 1924, p. 20-65.
9 Marçais G., « Alfred Bel (1873-1945) », Revue africaine, 89, 1945, suivi de la bibliographie d’Alfred Bel par Janier É., p. 103-116 ; Messaoudi A., « Bel Alfred, DOLF ; Basset G., « Bel, Alfred », AF ; id., « Marçais Georges », DOLF ; id., « Marçais William », DOLF ; Basset G., « Marçais, Georges », AF ; id., « Marçais, William », AF.
10 Messaoudi A., « Houdas Octave », DOLF, ; id., « Gaudefroy-Demonbynes Maurice », DOLF ; Richard F., « Massé Henri », DOLF. Originaire de Lunéville, comme la famille Basset, c’est lui qui, au décès de René Basset, établit la bibliographie (non signée) du maître. Collectif, Mélanges René Basset, II, Paris, Leroux, 1925, p. 465-503.
11 Nordman D., « Bernard Joseph Augustin », DOLF ; Basset G., « Bernard, Augustin », AF ; Gutron C., « Gsell Stéphane », DOLF ; Basset G., « Gsell, Stéphane », AF ; Gutron C., « Carcopino Jérôme », DOLF ; Larzul S., « Martino Pierre », DOLF ; Basset G., « Martino, Pierre », AF.
12 L’article 3 du décret du 22 février 1910 précisait que la faculté des lettres ne ferait pas subir les épreuves de licence en philosophie, histoire et géographie, et langues classiques. Martino P., Yver G., « La licence à la faculté des lettres d’Alger », Annales de l’université d’Algérie, 2, 1912, p. 215. Tout en précisant que la faculté des lettres ne réclame pas la licence en philosophie, les auteurs s’insurgent contre cette situation qui entrave son développement.
13 Basset G., « Poirier René », Guérin J. (dir.), Dictionnaire Camus, Paris, Robert Laffont, 2009, p. 695 sq.
14 Recueil de mémoires et de textes, publié en l’honneur du XIVe congrès des Orientalistes par les professeurs de l’École supérieure des lettres et des médersas, Alger, Imprimerie Orientale Pierre Fontana, 1905.
15 Mélanges orientaux, Paris, Ernest Leroux, 1883 ; Nouveaux mélanges orientaux, Paris, Ernest Leroux, 1886 ; Recueil de textes et de traductions, Paris, Imprimerie Nationale, 1889.
16 Basset G., « Congrès des orientalistes à Alger (1905) », AF.
17 Et non dans la collection de l’École des lettres d’Alger, qui de son côté pourrait faire l’objet d’une étude spécifique. Mélanges René Basset, op. cit.
18 Arabisant et historien de l’Islam d’Occident, ancien élève de René Basset et de Jérôme Carcopino juste avant la guerre de 1914. Martinez-Gros G., « Lévi-Provençal Évariste », DOLF ; Basset G., « Lévi-Provençal, Évariste », AF.
19 Lévi-Provençal É., « René Basset (1855-1924) », Hespéris, IV, 1924, p. 6.
20 Gravement blessé le 6 octobre 1914, Henri Basset ne se remit jamais totalement de sa blessure. Terrasse H., « Basset Henri », Association amicale de secours des anciens élèves de l’École normale supérieure, Paris, Rue d’Ulm, 1928, p. 63-69 ; Lefébure C., « Basset Henri », DOLF ; Basset G., « Basset, Henri », AF.
21 Messaoudi A., « Ben Cheneb Mohamed », DOLF, p. 79-80 ; Basset G., « Ben Cheneb, Mohamed », AF. Ben Cheneb soutient ses thèses à Alger en 1922. Notons que sa thèse complémentaire est consacrée aux Mots turcs et persans conservés dans le parler algérien, Alger, Carbonel, 1922 ; Lefébure C., « Destaing Léon Edmond », DOLF ; Messaoudi A., Savants, conseillers, médiateurs…, op. cit., p. 580.
22 Mellès M., « Boulifa Si Amar u Saïd » ; Messaoudi A., « Brunot Louis » ; Lefébure C., « Cohen Marcel » ; Lefébure C., « Laoust Émile Henri », DOLF.
23 Galand L., « André Basset (1895-1956) », Orbis, V, 2, 1956, p. 570-574 ; Pellat C., « André Basset (1895-1956) », Hommes et destins (dictionnaire biographique d’outre-mer), Paris, Académie des sciences d’outre-mer, travaux et mémoires, Nouvelle série, 5, 1977, p. 41-42 ; Lefébure C., « Basset André Laurent Georges », DOLF.
24 Celui-ci figurera beaucoup plus tard, en 1950, parmi les auteurs des Mélanges William Marçais, comme son beau-frère, et en 1956 dans les Mélanges Louis Massignon. Louis Massignon, qui avait participé au congrès des orientalistes d’Alger, en 1905, fournit une contribution dans les Mélanges René Basset et dans le Mémorial Henri Basset.
25 Panetta E., « F. Beguinot (1879-1953) », Oriente Moderno, 12, 1953, p. 523-527.
26 Rappelons cependant que René Basset a participé à la Revue historique de 1904 à 1908 et que, dès 1904, Gabriel Monod y saluait « l’activité des plus remarquables » de l’École des lettres d’Alger et le travail de « l’éminent doyen de l’École supérieure dont nous n’avons pas à louer ici les mérites comme philologue, historien et folkloriste, car ils sont connus dans tout le monde savant ». Monod G., « Bulletin historique. France », Revue historique, 84, 1904, p. 313.
27 Séance du 11 juillet 1879 (parrains : Charles Simon Clermont-Ganneau et Stéphane Guyard), JA, 7e série, XIV, 1879, p. 262.
28 Hitzel F., « Barbier de Meynard Charles-Adrien-Casimir », DOLF.
29 Séance du 16 juin 1904, JA, 10e série, IV, 1904, p. 7.
30 Séances du 12 novembre 1920 et du 10 février 1922 : JA, 11e série, XVI, p. 353 ; id., 11e série, XIX, p. 124.
31 Cf. la liste des membres de la société : Revue africaine, 67, 1926, p. 5-9.
32 Messaoudi A., « Doutté Edmond », DOLF ; Basset G., « Doutté, Edmond » (AF). Doutté, dont l’ouvrage principal, Magie et religion dans l’Afrique du Nord (Alger, Adolphe Jourdan, 1909), est dédié à René Basset, publie dans L’Année sociologique, assurant le pont entre l’École d’Alger et le milieu sociologique. Dans la notice nécrologique qu’il consacre à Doutté, Marcel Mauss fait de René Basset un « maitre éminent » : Mauss M., « Edmond Doutté », L’Année sociologique, Nouvelle série, II, 1924-1925, p. 6.
33 Deny J., « Les registres de soldes des janissaires conservés à la Bibliothèque nationale d’Alger », Revue africaine, 302-303, 1920, p. 19-46 ; 304-305, 1920, p. 212-260 ; id., « À propos du fonds arabe-turc des archives du gouvernement d’Algérie », Revue africaine, 308-309, 1921, p. 375-378.
34 Alphandéry P., « Jean Réville », Revue de l’histoire des religions, LVII, 3, 1908, p. 269-282 ; Faye E., « L’œuvre historique et scientifique de M. Jean Réville », Revue de l’histoire des religions, LVII, 3, 1908, p. 283-292.
35 Le Maléfan P., « Léon Marillier, figure de la psychologie naissante (1862-1901) », Bulletin de psychologie, 58 (2), 476, 2005, p. 267-280.
36 Dhorme É., « René Dussaud », Revue de l’histoire des religions, 153, 1958, p. 149 ; Tahan L. G., « Dussaud René », DOLF, p. 339 ; s. n., « Macler, Frédéric », Langues’O, 1795-1995 : deux siècles d’histoire de l’École des langues orientales, Labrousse P. (dir.), Paris, Hervas, 1995, p. 123 sq.
37 Macler F., Contes et légendes de l’Arménie, Paris, E. Leroux, 1905.
38 Cf. la bibliographie des travaux scientifiques de René Basset, remise à jour par Guy Basset. Basset R., Chraïbi A. (dir.), Mille et un contes, récits et légendes arabes, II, Paris, José Corti, 2005, p. 621-665.
39 Lardinois R., « Lévi Sylvain », DOLF ; Montaut A. « Meillet Antoine », DOLF ; s. n., « Léger Louis », Labrousse P. (dir.), op. cit., p. 129-130.
40 Basset G., « Du folklore partagé : les relations Paul Sébillot-René Basset et l’aventure de la Revue des traditions populaires », Postic F. (dir.), Paul Sébillot. Un républicain promoteur des traditions populaires, colloque de Fougères, 9-11 octobre 2008, Brest, CRBC, 2011, p. 131-150.
41 Par exemple, Deny J., « Traditions populaires turques de Salonique et de Florina », Revue des traditions populaires, XXXIV, 7, supp. 1919, p. 19-46.
42 S. n., « Avis », Revue d’ethnographie et des traditions populaires, 1, 1920.
43 Beillevaire P., « Cordier Henri », DOLF.
44 Sibeud E., « Van Gennep Arnold », DOLF.
45 Id., « Delafosse Maurice », DOLF ; Chaqueri C., « Huart Marie Clément », DOLF ; Lantier R., « Chronique. France. Henri Hubert », Revue historique, 156, 1927, p. 441 ; Laurière C., Paul Rivet : le savant et le politique, Paris, Muséum national d’histoire naturelle, 2008.
46 Actes du XIVe congrès international des orientalistes, Alger 1905, Paris, E. Leroux, 1906, p. 103 ; Basset G., « Congrès des orientalistes à Alger (1905) », AF.
47 Gabriel A., « La traduction turque de l’Encyclopédie de l’Islam (Islam Ansiklopedisi) », JA, CCXXXVI, 1948, p. 115. Par exemple, l’article « Konya » est signé Clément Huart (EI, t. II), celui consacré à « Köprülü famille » est signé Franz Babinger dans le même tome. Quant à Jean Deny, il rédige dans le tome IV les articles « Sadr a’zam », « Sandjak », « Shaikki », « Shaikhzade », « Shinasi », « Timar », « Tughra », « Tulumbadji », « Ushhakizade », « Walide Sultan », « Yildiz K’oshkü » ; et il donne deux articles au Supplément : « Ankara » et « Bab-i Ali ».
48 Il faudrait évoquer aussi la Société de linguistique de Paris dont René Basset est membre depuis le 2 juin 1888. Jean Deny y est admis le 20 mars 1909. André Basset y est élu le 3 décembre 1921. Les deux beaux-frères présideront cette société, le premier en 1920, le second en 1947.
Auteur
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Guy Basset
Professeur de philosophie
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