• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16629 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16629 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires de Rennes
  • ›
  • Histoire
  • ›
  • Passions alpines
  • ›
  • Deuxième partie. Conservateurs, libertin...
  • ›
  • Chapitre VIII. Conclusions : Bagnes, la ...
  • Presses universitaires de Rennes
  • Presses universitaires de Rennes
    Presses universitaires de Rennes
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Les sources et les acteurs Marginalité ou centralité : l’École libre et la libre-pensée Bagnes, la Suisse et l’Europe Modernité et tradition Sexe, identités et démocratie Notes de bas de page

    Passions alpines

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Chapitre VIII. Conclusions : Bagnes, la Suisse et l’Europe de l’Ancien Régime au début du XXe siècle

    p. 267-274

    Texte intégral Les sources et les acteurs Marginalité ou centralité : l’École libre et la libre-pensée Bagnes, la Suisse et l’Europe Modernité et tradition Sexe, identités et démocratie Notes de bas de page

    Texte intégral

    Les sources et les acteurs

    1Au commencement, il y a les sources. Chaque étude historique dépend de celles qui sont disponibles et utilisées, ainsi que de l’usage spécifique que l’on en fait.

    2Cette étude ne fait pas exception : ses résultats sont profondément influencés par les documents utilisés et les outils appliqués à leur exploitation. Nous pensons notamment à la disponibilité d’une grande base de données généalogiques, qui contient aussi une grande quantité de documents historiques et d’informations différentes. Le support informatique permet de proposer des croisements en partie inédits : grâce à cet outil, il devient par exemple possible d’approfondir les liens entre vie sexuelle et conflits politiques, ainsi que d’étudier les comportements de personnes et de groupes parentaux divers. Par ce biais, des phénomènes inattendus deviennent visibles : le fait par exemple que l’émigration n’est pas le résultat d’un destin inéluctable, lié à la détérioration des conditions économiques, mais un choix influencé par de nombreux facteurs familiaux ou individuels, entre autres les convictions idéologiques, religieuses ou politiques des femmes et des hommes.

    3L’exploitation de l’imposante série généalogique permet notamment une lecture différente de sources classiques, comme les récits politiques ou les actes judiciaires : la dimension des rapports de parenté permet de créer d’autres liens entre les informations, en mettant en exergue des réseaux entre les personnes. Dans notre cas et de façon exemplaire, il est question de l’histoire d’une vallée de montagne, qui peut sembler perdue dans un recoin des Alpes suisses ; mais nous sommes convaincus du fait qu’une approche différente des sources modifie les perceptions de l’histoire en général.

    4Cette lecture différente permet d’intégrer de nouvelles dimensions, mais surtout de « nouveaux » acteurs, souvent sous-estimés, notamment dans l’histoire politique : les paysans, les couches populaires en général, et surtout les femmes.

    5La vision de l’organisation politique par le bas, ainsi que la reconstruction de milieux sociopolitiques denses, mettent les femmes au centre de la perspective. Nous savons qu’elles ont un rôle central dans la transmission des idées et des attitudes sociales dans les familles : en ce sens, il est probable qu’elles aient eu une importance cruciale dans le mouvement réformiste du XVIIIe siècle, ainsi que dans la formation d’un courant proto-libéral au début du XIXe siècle. Mais la démonstration de cette hypothèse est – faute de sources explicites – très ardue. L’analyse des réseaux politiques, et notamment le rôle politique des marraines, nous semble corroborer de façon décisive le rôle actif des femmes dans les factions, même si elle ne constitue point une preuve définitive.

    6L’analyse des comportements sexuels – bien que conditionnée par des informations fragmentaires – nous montre que les femmes opèrent visiblement des choix dans leurs relations et influencent ces relations, de façon cohérente avec les attitudes dominantes de leur groupe parental. Nous avons donc une indication ultérieure de leur rôle actif dans la constitution de réseaux sociaux et politiques, souvent caractérisés par des préférences familiales et des attitudes sexuelles similaires. Certes, on ne doit pas imaginer la population féminine comme assujettie à la famille et au groupe. Bien au contraire : les femmes, comme les hommes, se trouvent le plus souvent dans une position ambiguë et conflictuelle, partagées entre un devoir de solidarité parentale et une recherche d’autonomie.

    Marginalité ou centralité : l’École libre et la libre-pensée

    7La richesse des analyses permises par la base de données nous impose de dépasser définitivement la vision – en réalité partielle, subjective – de la montagne comme terre de pauvreté et de marginalité : cette vision est subjective dans le sens qu’elle émane des centres, des citadins, qui considèrent leur propre histoire comme la norme, par laquelle sont définis des modernités ou des retards. Il faut donc dépasser enfin la vision étroite proposée par les théories de la modernisation, ou – par contraste – par l’« anthropologie de la marginalité », et aller au-delà de la recherche, auprès des populations montagnardes de formes et de structures originaires, pures, afin de réinsérer les vallées alpines dans l’histoire européenne. Tel est l’un des objectifs de cette recherche.

    8L’École libre et l’histoire de la libre-pensée à Bagnes ne sont que des exemples qui imposent de repenser les rapports entre centre et périphérie. L’École libre représente pour la Suisse une œuvre de pionniers, si l’on pense que le mouvement des « écoles nouvelles » ne démarre vraiment dans la Confédération suisse qu’après 19001. Est-ce un hasard que la remise en cause de l’école traditionnelle s’amorce dans une vallée de montagne ?

    9Naturellement, on peut continuer de voir des innovations similaires comme le reflet d’idées et de courants issus des villes, des centres économiques et culturels : mais c’est une simplification qui nous empêche de saisir la complexité des dynamiques d’innovation politique et sociale dans les campagnes2. L’histoire se nourrit évidemment de ce qui se passe à la montagne et dans les centres urbains : le problème est de définir précisément les rapports complexes et réciproques entre les deux entités. Pour ce faire, il est indispensable de problématiser et probablement de dépasser la dichotomie traditionnelle entre « modernité » et tradition.

    Bagnes, la Suisse et l’Europe

    10Les paysans valaisans du XIXe siècle – on l’a vu – ont souvent été dépeints comme « appartenant à un autre temps », considérés comme arriérés et profondément étrangers aux développements de la modernité ; comme des personnes dont le destin serait déterminé par les récoltes, les prix, le temps plus ou moins clément ou la famine.

    11Nous avons vu toutefois que Bagnes connaît depuis le XVIIe siècle une vie politique très active et complexe, qui se distancie profondément des clichés véhiculés sur les paysans et éleveurs alpins attachés à leurs traditions. Depuis le XVIIIe siècle, la lutte politique se développe autour des questions brûlantes qui agitent l’Europe : le pouvoir féodal, l’influence de l’Église, la liberté de consommation, la culture et l’éducation, l’ouverture économique et sociale, les modes, le commerce. La vie politique locale, les passions et les conflits qui la caractérisent, nous permettent de souligner à quel point la vallée participe aux mouvements et aux nouveautés qui agitent la Suisse et l’Europe occidentale.

    12Le XIXe siècle en val de Bagnes sera en effet marqué par le conflit qui bouleverse la Suisse et une large partie de l’Europe depuis l’époque révolutionnaire : l’opposition entre un courant libéral-radical, réformateur, et une majorité catholique-conservatrice, fidèle à l’idée de tradition et à la conservation de la religion « de nos pères ». C’est l’un des grands conflits qui secouent une large partie du continent : souvenons-nous que la commune est à feu et à sang quatre ans avant l’année symbolique de 1848, lorsque les radicaux suisses infligent une cuisante défaite aux conservateurs.

    13Depuis la fin de l’Ancien Régime, des questions générales telles que le rôle de la religion, les privilèges de l’Église, le rôle social et culturel du clergé sont devenues des enjeux politiques fondamentaux. À Bagnes, comme dans d’autres régions européennes, cette question agite les esprits pendant longtemps : la guerre civile du Sonderbund, en novembre 1847, est aussi une guerre de religion, qui voit s’opposer les cantons urbains protestants et une minorité de cantons catholiques réfractaires à toute réforme interne de la Confédération. Il faut donc considérer d’un œil très attentif les continuités à long terme entre Ancien Régime et époque contemporaine.

    14L’analyse de la mobilisation politique et des réseaux sociaux nous permet de révéler l’existence de factions organisées et stables depuis le XVIIe siècle, qui sont à la base des oppositions politiques de l’époque révolutionnaire et napoléonienne. Les montagnards ne sont pas de simples spectateurs des transformations de leur époque, mais en sont des acteurs importants : le régime républicain de 1798 est certes clairement influencé par des facteurs extérieurs, mais à Bagnes il s’appuie sur une élite qui s’est formée en résistant contre l’abbé de Saint-Maurice et en partie détachée d’une conception traditionnelle du pouvoir ecclésiastique. La constitution de factions politiques opposées, qui devient visible autour de 1830, ne constitue donc pas une nouveauté.

    15Certes, il n’y a pas de continuité systématique entre le XVIIIe et le XIXe siècle, mais le courant libéral du début des années 1830 peut être considéré comme le développement d’un milieu réformateur qui a pris forme durant les conflits contre l’abbé, et qui a soutenu la République en 1798. En effet : plusieurs figures marquantes du libéralisme bagnard – Frédéric Gard et son fils Louis, Jean-Étienne Morend, Maurice-Eugène Filliez… – sont les descendants directs de familles ayant joué un rôle central contre le pouvoir temporel et religieux de l’abbé de Saint-Maurice, ainsi que sous la République helvétique.

    16Nous ne savons pas si nous pouvons extrapoler ces continuités et supposer un rapport beaucoup plus étroit entre la politique de l’Ancien Régime et l’émergence de mouvements libéraux et radicaux dans le reste de la Suisse, comme dans d’autres régions européennes : toutefois, il est certain que ces continuités ont été trop peu thématisées, car les historien-ne-s ont le plus souvent sous-estimé la complexité de la participation politique avant la Révolution française.

    17Certes, depuis la fin du XVIIIe siècle, les fondements culturels de la vie politique changent. Les thèmes et les problèmes sont désormais de nature différente et concernent l’État, la religion, les rapports entre « ethnies » – ou, pour la Suisse, entre groupes linguistiques –, mais aussi les équilibres nationaux et européens. Tous ces thèmes entrent massivement dans la vie politique montagnarde, en influençant les solidarités politiques, les alliances, les réseaux politiques et sociaux.

    18Une fois les structures traditionnelles de la seigneurie tombées, un problème « ethnique » domine en effet la vie politique valaisanne de la Restauration : la redéfinition difficile des rapports entre Haut et Bas-Valais. C’est autour des revendications pour une véritable égalité politique pour les districts francophones que le libéralisme bas-valaisan – et bagnard – se constitue en grande partie3. De ce point de vue également, la lutte politique valaisanne rejoint les grands thèmes débattus en Europe à cette époque, avec les nombreuses questions liées aux minorités, au droit à l’autodétermination, au nationalisme.

    19Encouragés par la Révolution de juillet en France, les libéraux-radicaux s’imposent par la suite dans une série de cantons suisses. Le radicalisme valaisan – et bagnard – est évidemment influencé par les événements suisses et européens : la Jeune Suisse se fonde – un an seulement après la création à Berne de la Jeune Europe – sur la réception des idées de Giuseppe Mazzini4.

    20Dans cette optique, les radicaux bagnards – comme d’ailleurs leurs adversaires – peuvent difficilement être vus comme des sortes de troglodytes préoccupés uniquement à calmer leur faim ou à soigner leurs vaches.

    21Les premiers conflits profonds, d’ailleurs, concernent en bonne partie des événements extérieurs au Valais, comme le nouveau projet de Constitution fédérale de 1833 et, plus tard, les conflits autour de l’abolition des couvents dans le canton d’Argovie ou encore le retour des Jésuites à Lucerne. Ce sont, dans ce sens, souvent des conflits idéologiques, sans un enjeu local prédominant. Les nouvelles idées qui pénètrent les vallées de montagne prennent, certes, des formes spécifiques, parfois simplifiées, mais elles sont en général assez fidèles au programme des radicaux suisses5.

    22Depuis 1839, la presse politique joue un rôle central dans la diffusion des informations et des idées, dans la définition des sensibilités et des cultures politiques différentes. Bien sûr, les journaux sont édités dans les centres, mais les vallées et les régions périphériques y contribuent activement. Des politiciens et intellectuels bagnards, tels que Maurice Filliez, Étienne Gailland, Maurice Charvoz, Louis Courthion, Camille Besse, Maurice Gabbud, Maurice Troillet et d’autres encore, jouent un rôle important dans la diffusion des idées et exercent une influence notoire sur l’opinion publique valaisanne et hors des frontières cantonales.

    23L’an 1844 marque pour le Valais une sorte d’anticipation de ce que fut 1848 en Europe : les radicaux passent à l’action, mais échouent face à l’organisation militaire des conservateurs du Haut-Valais. Encore une fois, ils participent à un combat de portée nationale. C’est la pression exercée par les radicaux qui va pousser une partie des cantons suisses à prendre position face à l’alliance séparée (Sonderbund) des cantons catholiques-conservateurs et qui impose à la Suisse, par la guerre, une nouvelle constitution libérale6. L’action et les revendications des montagnards s’insèrent dans un courant qui anticipe en partie les événements européens.

    Modernité et tradition

    24C’est à cette époque de bouleversements politiques que Bagnes – comme une grande partie de l’arc alpin – connaît un processus de marginalisation économique. Alors que l’industrialisation et l’urbanisation progressent rapidement sur le Plateau suisse, les vallées alpines peinent à faire face à l’intégration des marchés et à la concurrence de nouveaux producteurs. Depuis la moitié du siècle, la population stagne ou diminue ; commencent alors les premières grandes vagues d’émigration outre-mer. En ce sens, on assiste à un clivage croissant entre centres industriels et régions de montagne.

    25Mais cette crise économique ne signifie pas une marginalisation politique et sociale, dans le sens d’un isolement ou d’un « retard » ontologique par rapport aux centres. C’est une marginalisation partielle, qui ne met pas un terme aux rapports intenses et complexes avec le reste de l’Europe.

    26Malgré les difficultés économiques, la montagne continue à participer pleinement à la vie européenne. Elle participe aux luttes politiques et au « Kulturkampf », à la diffusion de nouvelles idées, comme la libre-pensée et le socialisme, à l’évolution des comportements et de la morale sexuelle, au développement du tourisme – bien que dans des conditions spécifiques.

    27Il faut toutefois être conscient des limites de cette analyse : contre une tradition historiographique consolidée, nous avons essayé de remettre en question l’idée de marginalité de la montagne en évoquant des éléments qui suggèrent une supposée « modernité » inattendue de la région bagnarde. Mais par là, on risque de tomber dans la même hiérarchisation subjective de l’histoire : cette « modernité » si prisée est en réalité toujours subjective, relative et variable. En effet, l’histoire du Valais et de la Suisse contemporaine est faite de réformes, mais aussi de résistances, d’équilibres précaires, de retours « en arrière » – souvent au nom de la démocratie et du fédéralisme. En ce sens, les conservateurs ont contribué à la création de la Suisse contemporaine autant que les réformateurs, les progressistes, les porteurs d’idées apparemment « modernes ». De ce point de vue, les catégories « traditionnel » et « moderne » se révèlent discutables et devraient en réalité être abandonnées pour des concepts plus précis et moins chargés de jugements de valeur.

    Sexe, identités et démocratie

    28Les résultats présentés dans cette recherche ne concernent donc pas des conditions spécifiques d’une vallée marginale et isolée, mais une région rurale comme beaucoup d’autres, qui participe à sa façon aux luttes politiques et sociales du XIXe siècle. Certes, les mécanismes observés ne peuvent pas être généralisés tels quels au reste de l’Europe rurale : néanmoins, ils nous ouvrent de nouvelles pistes pour interpréter les conflits plus généraux.

    29Pour comprendre la virulence du grand conflit entre conservateurs et libéraux-radicaux, il ne suffit plus d’analyser les mécanismes de mobilisation et les dynamiques de constitution de factions opposées : il faut considérer également le rôle des identités culturelles, sociales et sexuelles différentes et la formation de « milieux » sociopolitiques opposés.

    30En simplifiant légèrement, on peut affirmer que les oppositions les plus féroces se constituent autour de problèmes ne concernant pas directement la réalité locale, mais qui ont un contenu symbolique très marqué, permettant par conséquent d’affirmer ou de défendre des identités diverses. Les questions des couvents de l’Argovie, à la base de la scission entre radicaux et modérés, ou de la nouvelle constitution fédérale, sont assez typiques.

    31C’est à ce niveau-là que l’analyse des comportements sexuels, ainsi que celle des réseaux sociaux, nous semble fondamentale : les différentes factions politiques sont largement – sinon complètement – enracinées dans des « milieux » spécifiques, avec leurs propres valeurs, leurs attitudes, et avec des rapports privilégiés à l’intérieur. Dans cette perspective, les idées politiques interagissent profondément dans les questions vitales pour les individus : l’amour, le choix des partenaires, l’honneur, la continuité des dynasties, la religion et l’Église, le choix des parrains et des marraines, l’école, la mort… Cela veut dire que dans l’interprétation des conflits du XIXe siècle, il faut tenir largement compte des facteurs identitaires et symboliques.

    32Le rapport entre sexualité, politique et constitution de milieux sociaux spécifiques se présente certainement de façon inégale dans des sociétés différentes7. Le fait important, d’un point de vue méthodologique, est de prendre en compte ces facteurs, dans le but de comprendre le processus de diversification de la société et de différenciation des identités sociales.

    33Dans le cas de Bagnes, les comportements sexuels, le rôle des enfants illégitimes, les attitudes face à la reproduction, à la contraception… sont des facteurs qui influencent clairement les conflits politiques, les luttes religieuses, les conflits autour de l’école et de l’éducation… Ils sont liés à des événements qui agitent les sociétés locales – comme l’affaire Farinet et ses conséquences – à la formation de nouveaux groupes professionnels, aux attitudes face au tourisme… Bref, les conceptions de la sexualité et les pratiques qui lui sont liées sont des facteurs essentiels d’évolution d’une société, et dans notre cas spécifique, de sa démocratisation et de son ouverture.

    34Les observations remettent en tout cas en question une série d’interprétations générales, fondées surtout sur des sources culturelles, qui ont fait un lien entre discipline sexuelle, répression, sublimation et progrès de la « civilisation » ou de la « modernisation ». Il est temps de reconsidérer attentivement ces généralisations en utilisant des documents et des outils différents.

    Notes de bas de page

    1 Les premières écoles nouvelles de Suisse furent créées lorsqu’on se rendit compte, au début du XXe siècle, que le renouveau pédagogique ne touchait guère les écoles publiques. En 1899, Huldreich Looser transforma l › école privée de Grünau près de Berne (datant de 1867) en école nouvelle. En 1902, Werner Zuberbühler et Wilhelm Frei fondèrent l’école nouvelle du château de Glarisegg (comm. Steckborn). Suivirent celle du château de Kefikon à Islikon (1906), par August Bach, celle du domaine d’Oberkirch à Kaltbrunn par Hermann Tobler (1907) et l’école nouvelle de la Suisse romande à Chailly (comm. Lausanne) par Edouard Vittoz. Un an plus tard, Ernest Schwarz-Buys ouvrait La Châtaigneraie à Coppet (H.-Ulrich Grunder, dhs).

    2 De nos jours, le parti qui domine largement la vie politique suisse – l’Union démocratique du centre (UDC) – est un parti de droite avec historiquement une forte composante agraire qui reçoit le soutien de larges groupes ruraux. Voir ce phénomène simplement comme un retour au passé ou comme une réaction à une modernisation prônée par les centres est évidemment une vision simpliste et dangereuse, dans la mesure où elle détourne l’attention du potentiel novateur de cette formation.

    3 Comme nous l’avons vu, le problème des rapports entre germanophones et francophones en Valais sera un problème qui influencera de façon profonde la formation d’un courant libéral et radical. Gérald Arlettaz, Les tendances libérales en Valais 1825-39, Fribourg, Université de Fribourg, 1971.

    4 Andrea Weibel, « Jeune Europe », in Dictionnaire historique de la Suisse, version en ligne (16 décembre 2010) ; cf. Hans Gustav Keller, Das Junge Europa 1834-1836, Zurich, Max Niehans Verlag, 1938 ; Franco Della Perruta, Mazzini e la Giovine Europa, Milano, Feltrinelli, 1962.

    5 Voir Albert Tanner, « Radicalisme », in DHS (16 décembre 2010) ; cf. idem, « Das Recht auf Revolution. Radikalismus – Antijesuiitismus – Nationalismus », in Thomas Hildbrand, Albert Tanner (ed.), Im Zeichen der Revolution. Der Weg zum schweizerischen Bundesstaat 1798-1848, Zürich, Chronos-Verlag 1997. Par rapport aux radicaux de la Suisse allemande, les Valaisans étaient moins attachés à l’idée nationale et plus concentrés sur l’anticléricalisme, la lutte contre les pouvoirs social et politique de l’Église.

    6 Tanner, « Das Recht auf Revolution… », op. cit.

    7 Le rapport que nous avons décrit entre radicaux bagnards et sexualité illicite ne se présente pas de la même façon dans d’autres groupes sociaux – les artisans genevois ou les habitants des villages protestants du canton de Vaud, par exemple, ou les émigrants tessinois. Voir Alfred Perrenoud, « Malthusianisme et protestantisme : “un modèle démographique wébérien” », in Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 29, n. 4, 1974, p. 975-988 ; Aline Johner, Entre société et famille : la sexualité avant et hors mariage dans la paroisse de Montreux de 1700 à 1803, Lausanne, université de Lausanne, mémoire de maîtrise ès lettres, 2012 ; Virgilio Gilardoni, « Materiali etnoantropologici della Lombardia prealpina. Creature, trovatelli, venturini in un mazzo di schede del Museo dell’arte e delle tradizioni popolari », in Archivio Storico Ticinese 80 (anno 20) 1979, p. 271-332.

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    Paysans des Alpes

    Paysans des Alpes

    Les communautés montagnardes au Moyen Âge

    Nicolas Carrier et Fabrice Mouthon

    2010

    Pérégrin d’Opole

    Pérégrin d’Opole

    Un prédicateur dominicain à l'apogée de la chrétienté médiévale

    Hervé Martin

    2008

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Samuel Gicquel

    2008

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)

    Pierre Jambard

    2008

    Ouvriers bretons

    Ouvriers bretons

    Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968

    Vincent Porhel

    2008

    L'intrusion balnéaire

    L'intrusion balnéaire

    Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)

    Johan Vincent

    2008

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan

    Dominique Lhuillier-Martinetti

    2008

    L'éveil politique de la Savoie

    L'éveil politique de la Savoie

    Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)

    Sylvain Milbach

    2008

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)

    Éric Roulet

    2008

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    Présence, attitudes, perceptions

    Laurence Moal

    2008

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Le glaive à deux tranchants

    Bernard Merdrignac

    2008

    Les miroirs du silence

    Les miroirs du silence

    L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934

    Patrick Bourgalais

    2008

    Voir plus de livres
    1 / 12
    Paysans des Alpes

    Paysans des Alpes

    Les communautés montagnardes au Moyen Âge

    Nicolas Carrier et Fabrice Mouthon

    2010

    Pérégrin d’Opole

    Pérégrin d’Opole

    Un prédicateur dominicain à l'apogée de la chrétienté médiévale

    Hervé Martin

    2008

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Samuel Gicquel

    2008

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)

    Pierre Jambard

    2008

    Ouvriers bretons

    Ouvriers bretons

    Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968

    Vincent Porhel

    2008

    L'intrusion balnéaire

    L'intrusion balnéaire

    Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)

    Johan Vincent

    2008

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan

    Dominique Lhuillier-Martinetti

    2008

    L'éveil politique de la Savoie

    L'éveil politique de la Savoie

    Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)

    Sylvain Milbach

    2008

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)

    Éric Roulet

    2008

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    Présence, attitudes, perceptions

    Laurence Moal

    2008

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Le glaive à deux tranchants

    Bernard Merdrignac

    2008

    Les miroirs du silence

    Les miroirs du silence

    L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934

    Patrick Bourgalais

    2008

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires de Rennes
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    • lcdpu.fr
    ePub / PDF

    1 Les premières écoles nouvelles de Suisse furent créées lorsqu’on se rendit compte, au début du XXe siècle, que le renouveau pédagogique ne touchait guère les écoles publiques. En 1899, Huldreich Looser transforma l › école privée de Grünau près de Berne (datant de 1867) en école nouvelle. En 1902, Werner Zuberbühler et Wilhelm Frei fondèrent l’école nouvelle du château de Glarisegg (comm. Steckborn). Suivirent celle du château de Kefikon à Islikon (1906), par August Bach, celle du domaine d’Oberkirch à Kaltbrunn par Hermann Tobler (1907) et l’école nouvelle de la Suisse romande à Chailly (comm. Lausanne) par Edouard Vittoz. Un an plus tard, Ernest Schwarz-Buys ouvrait La Châtaigneraie à Coppet (H.-Ulrich Grunder, dhs).

    2 De nos jours, le parti qui domine largement la vie politique suisse – l’Union démocratique du centre (UDC) – est un parti de droite avec historiquement une forte composante agraire qui reçoit le soutien de larges groupes ruraux. Voir ce phénomène simplement comme un retour au passé ou comme une réaction à une modernisation prônée par les centres est évidemment une vision simpliste et dangereuse, dans la mesure où elle détourne l’attention du potentiel novateur de cette formation.

    3 Comme nous l’avons vu, le problème des rapports entre germanophones et francophones en Valais sera un problème qui influencera de façon profonde la formation d’un courant libéral et radical. Gérald Arlettaz, Les tendances libérales en Valais 1825-39, Fribourg, Université de Fribourg, 1971.

    4 Andrea Weibel, « Jeune Europe », in Dictionnaire historique de la Suisse, version en ligne (16 décembre 2010) ; cf. Hans Gustav Keller, Das Junge Europa 1834-1836, Zurich, Max Niehans Verlag, 1938 ; Franco Della Perruta, Mazzini e la Giovine Europa, Milano, Feltrinelli, 1962.

    5 Voir Albert Tanner, « Radicalisme », in DHS (16 décembre 2010) ; cf. idem, « Das Recht auf Revolution. Radikalismus – Antijesuiitismus – Nationalismus », in Thomas Hildbrand, Albert Tanner (ed.), Im Zeichen der Revolution. Der Weg zum schweizerischen Bundesstaat 1798-1848, Zürich, Chronos-Verlag 1997. Par rapport aux radicaux de la Suisse allemande, les Valaisans étaient moins attachés à l’idée nationale et plus concentrés sur l’anticléricalisme, la lutte contre les pouvoirs social et politique de l’Église.

    6 Tanner, « Das Recht auf Revolution… », op. cit.

    7 Le rapport que nous avons décrit entre radicaux bagnards et sexualité illicite ne se présente pas de la même façon dans d’autres groupes sociaux – les artisans genevois ou les habitants des villages protestants du canton de Vaud, par exemple, ou les émigrants tessinois. Voir Alfred Perrenoud, « Malthusianisme et protestantisme : “un modèle démographique wébérien” », in Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 29, n. 4, 1974, p. 975-988 ; Aline Johner, Entre société et famille : la sexualité avant et hors mariage dans la paroisse de Montreux de 1700 à 1803, Lausanne, université de Lausanne, mémoire de maîtrise ès lettres, 2012 ; Virgilio Gilardoni, « Materiali etnoantropologici della Lombardia prealpina. Creature, trovatelli, venturini in un mazzo di schede del Museo dell’arte e delle tradizioni popolari », in Archivio Storico Ticinese 80 (anno 20) 1979, p. 271-332.

    Passions alpines

    X Facebook Email

    Passions alpines

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    Passions alpines

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Guzzi-Heeb, S. (2014). Chapitre VIII. Conclusions : Bagnes, la Suisse et l’Europe de l’Ancien Régime au début du XXe siècle. In Passions alpines. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.51076
    Guzzi-Heeb, Sandro. « Chapitre VIII. Conclusions : Bagnes, la Suisse et l’Europe de l’Ancien Régime au début du XXe siècle ». In Passions alpines. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2014. doi:10.4000/books.pur.51076.
    Guzzi-Heeb, Sandro. « Chapitre VIII. Conclusions : Bagnes, la Suisse et l’Europe de l’Ancien Régime au début du XXe siècle ». Passions alpines, Presses universitaires de Rennes, 2014, https://doi.org/10.4000/books.pur.51076.

    Référence numérique du livre

    Format

    Guzzi-Heeb, S. (2014). Passions alpines. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.51055
    Guzzi-Heeb, Sandro. Passions alpines. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2014. doi:10.4000/books.pur.51055.
    Guzzi-Heeb, Sandro. Passions alpines. Presses universitaires de Rennes, 2014, https://doi.org/10.4000/books.pur.51055.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires de Rennes

    Presses universitaires de Rennes

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Flux RSS

    URL : http://www.pur-editions.fr

    Email : pur@univ-rennes2.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement