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    Plan détaillé Texte intégral Crise et transformations sociales Crise, révolution et émigration Migration et politique Farinet, le « Grand Sultan » et la réorganisation des réseaux Farinet et ses amis Les élites et la dynamique des factions Les radicaux, l’École libre et la libre-pensée Notes de bas de page

    Passions alpines

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre VI. Farinet, les partis et la libre-pensée

    p. 225-241

    Texte intégral Crise et transformations sociales Crise, révolution et émigration Migration et politique Farinet, le « Grand Sultan » et la réorganisation des réseaux Farinet et ses amis Les élites et la dynamique des factions Les radicaux, l’École libre et la libre-pensée Notes de bas de page

    Texte intégral

    Crise et transformations sociales

    1Les historien-ne-s ont beaucoup débattu sur les causes et les modalités de la crise économique qui s’abat sur les sociétés alpines depuis la seconde moitié du XIXe siècle1. Mais il serait réductif d’interpréter toute l’histoire de cette période uniquement dans ces couleurs sombres : en réalité, la population essaie de réagir de plusieurs façons aux difficultés et, parfois, adopte de remarquables innovations, comme notamment l’ouverture au secteur touristique2.

    2Deux événements sont à notre sens très significatifs, dans l’optique d’une vallée de montagne, longtemps considérée comme marginale et arriérée, comme Bagnes : d’un côté, les aventures valaisannes du faux-monnayeur valdôtain Joseph-Samuel Farinet, et les remous locaux qu’elles provoquent ; de l’autre, la création en 1900 d’une école libre, laïque, inspirée par le courant de la libre-pensée qui prend racine dans la commune vers la fin du siècle.

    3Ces deux événements sont assez exceptionnels dans un contexte montagnard : par l’abondante documentation qu’ils ont produite, ils nous permettent d’approfondir les transformations politiques et sociales de l’époque et de nuancer l’idée de « marginalité ».

    4Si différents à première vue, ces deux histoires sont pourtant étroitement liées aux transformations de l’espace que nous avons essayé de décrire dans le chapitre précédent. Farinet, le hors-la-loi qui vient d’Italie, se déplace régulièrement entre Bagnes, Martigny et les communes de la plaine, dans lesquelles se sont implantées de nombreuses familles bagnardes, comme celle de son complice Jean-Joseph Bessard, résidant à Saxon. Il est également en contact avec des individus comme Louis Luisier, Bagnard installé à Martigny, dont les activités touchent Bagnes, Martigny et les communes environnantes. De même, la diffusion de la libre-pensée est tributaire de l’extension de l’horizon spatial : l’un des principaux protagonistes de l’École libre, Maurice Charvoz, a par exemple étudié à Genève, et nombre d’autres libres-penseurs bagnards résident en dehors de la commune.

    5Par ailleurs, la présence de Farinet et la création de l’École libre sont liées à la présence dans la vallée d’une minorité radicale, anticléricale et contestataire très active, et à l’éclatement de conflits sociaux plus profonds. On serait en effet tenté d’interpréter ces deux événements comme les produits du développement d’un mouvement radical s’étant déjà manifesté à l’époque de la Jeune Suisse. Ce serait toutefois une simplification qui sous-estime l’évolution des passions politiques des paysans bagnards.

    6Si les liens de parenté, comme nous l’avons souligné, jouent un rôle décisif dans la constitution des factions, on ne peut pas pour autant affirmer que les choix ou les sympathies politiques des femmes et des hommes soient déterminés de façon mécanique par l’appartenance à un « clan » parental.

    7En réalité, les crises qui secouent les sociétés alpines du XIXe siècle imposent une réorganisation de la vie politique, un réaménagement des stratégies de survie – dans un espace élargi et transformé – et une adaptation aux nouvelles conditions. Les factions en place dans la première moitié du siècle évoluent et se transforment en conséquence. Le but central de ce chapitre sera donc d’observer de quelle façon les fronts politiques évoluent. Le retour sur l’« affaire Farinet » et sur les conflits de la fin du siècle permettront quelques approfondissements intéressants.

    Crise, révolution et émigration

    8À la moitié du XIXe siècle, un double choc affecte les vallées alpines suisses : politique d’une part, en raison de leur incorporation forcée dans un État plus large et plus centralisé, économique d’autre part, suite à leur intégration dans un marché national ou européen.

    9La défaite de la guerre du Sonderbund contre les cantons libéraux et radicaux (1847) impose aux cantons conservateurs, dont le Valais, une constitution et une organisation politique plus centralisée, contre laquelle ils s’étaient battus pendant des décennies. C’est une révolution, puisque la nouvelle majorité libérale-radicale en Suisse permet aux radicaux valaisans de s’installer au pouvoir – bien que de façon temporaire et précaire. Bientôt rattrapé par les conservateurs, le régime radical entamera quelques réformes au niveau cantonal, qui laisseront des traces, notamment au niveau des rapports entre État et Église, ainsi que dans la politique sociale. Ce tournant politique aggrave une situation de conflits internes qui s’était amorcée depuis les années 1830.

    10À la même époque, l’économie alpine connaît l’amélioration des réseaux de transports qui insère plus étroitement le Valais dans un marché européen, sinon mondial. La concurrence accrue signifie le déclin de l’économie traditionnelle – et peu spécialisée – des vallées valaisannes. Les grandes vagues d’émigration vers l’Amérique, ainsi que l’appauvrissement d’une partie sensible de la population en sont les principales conséquences.

    11Comme nous l’avons vu, les estimations d’Arnaud Bringé indiquent qu’environ 2000 ressortissants de Bagnes ont quitté la vallée à la fin du XIXe siècle et que leurs descendants sont nés dans d’autres communes ou à l’étranger (partie II, chap. v). Dans l’Entremont, cela se manifeste par un ralentissement de la croissance démographique autour de 1850, dans le val de Bagnes par une décroissance dès 1860.

    Années

    Bagnes

    Entremont

    1798

    2 831

    7 393

    1811

    3 287

    8 025

    1821

    3 243

    8 041

    1829

    3 710

    8 740

    1837

    3 983

    9 389

    1846

    4 259

    9 669

    1850

    4 278

    9 843

    1860

    4 327

    9 974

    1870

    4 266

    10 040

    1880

    4 257

    9 987

    1888

    4 322

    9 760

    1900

    4 127

    9 399

    Tableau 65. – Population de Bagnes et de l’Entremont, XIXe siècle.
    Source : Recensements de la population.

    12Quelles sont les réactions des populations alpines à ces transformations ? Plusieurs auteurs ont souligné les caractères conservateurs de la société valaisanne pendant le XIXe siècle. Mais l’analyse plus attentive nous montre une pluralité de stratégies différentes, qui vont des velléités de modernisation à la diversification professionnelle, à la résistance plus ou moins active, jusqu’à l’illégalité.

    Migration et politique

    13Avant de nous étendre sur l’évolution de la politique locale et des réseaux sociaux, nous devons nous attarder un moment sur le phénomène migratoire. La plupart des études ont considéré les migrations comme des phénomènes liés à des facteurs économiques, à des logiques professionnelles, familiales, à des traditions locales. Mais peu de chercheurs se sont interrogés sur l’influence de conflits politiques sur les décisions individuelles ou familiales : est-ce que l’adhésion à une certaine idéologie, ou une certaine position à l’intérieur des conflits politiques influence la mobilité des personnes ?

    14Plusieurs indices suggèrent que les émigrants de la période 1840-1900 sont souvent des individus liés aux groupes politiquement actifs, surtout aux radicaux3. On pourrait supposer aussi que les émigrants proviennent surtout de familles avec des comportements sexuels non conformes, et donc discriminées à l’intérieur de la société catholique bagnarde. Mais l’influence du facteur sexuel, comme nous le verrons par la suite, semble moins assurée – ce qui peut paraître surprenant. Il semblerait par contre que les orientations politiques, peut-être unies à une certaine frustration face à une solide majorité conservatrice, encouragent le départ à la recherche de nouvelles opportunités.

    15Pour le XIXe siècle, nous possédons une liste de 279 noms d’émigrants partis de Bagnes, dont la grande majorité – 253 – l’a fait entre 1840 et 1900, durant la période des luttes politiques qui nous intéressent. Nous avons vu plus haut leur destination ; ce qui nous intéresse maintenant, ce sont les raisons du départ, et notamment les liens qu’ils développent avec les groupes politiques.

    16Parmi ces 253 émigrés, plus de la moitié (128) sont liés à des groupes politiquement actifs ; la majorité est proche des Jeunes Suisses ou des radicaux (au moins 109 = 43,1 %). Les résultats :

    Catégorie

    Cas

    Groupes conservateurs

    15

    Groupes liés à la Jeune Suisses

    27

    Noyau radical

    49

    Autres radicaux

    33

    Probablement radicaux

    2

    Cas douteux

    2

    Total liens politiques

    128

    Total individus étudiés

    253

    Tableau 66. – Migrants et liens avec les factions politiques, 1840-1900.

    17La méthode, on le rappellera en passant, est approximative, parce qu’elle se base sur l’analyse de groupes parentaux et de leur liens avec les factions politiques : les liens individuels sont donc induits.

    18Cependant, les chiffres sont d’autant plus significatifs si l’on considère que les radicaux restent pendant tout le siècle une minorité à Bagnes : même à l’époque de leurs plus grands succès, après 1870, ils ne dépassent guère qu’un tiers de l’électorat. La relation entre émigration et orientations politiques devient encore plus claire si nous considérons aussi les partants des premières décennies du XXe siècle, pendant la période qui suit les affrontements autour de l’École libre et la diffusion de la libre-pensée : au moins la moitié des émigrants de cette époque (1901-1930) sont clairement liés aux groupes radicaux, libres-penseurs et socialistes.

    19Il faut préciser à ce propos que plusieurs rejetons de familles radicales passent autour de 1900 dans le camp socialiste, comme Ulrich Gailland, fils d’un notaire radical : le lien entre radicalisme, libre-pensée et développement d’un mouvement socialiste local est évident.

    20La relation entre mobilité et politique l’est aussi : toute prudence gardée, les individus et les familles avec des orientations libérales et radicales sont plus enclines à quitter la commune que les autres. Encore une fois, sans nier l’influence de la pression économique, ce sont les individus qui choisissent de partir ou de rester, sur la base de leurs idées, de leurs convictions, de leurs réseaux. Et ceux qui restent ne demeurent pas pour autant inactifs, mais essaient souvent de saisir de nouvelles opportunités.

    Farinet, le « Grand Sultan » et la réorganisation des réseaux

    21« 21 avril 1880. – Le légendaire Farinet a terminé d’une manière tragique sa vie d’aventures. » C’est par ces mots que « L’Ami du Peuple » du 25 avril 1880 annonce la mort du faux-monnayeur Joseph-Samuel Farinet qui, pendant une décennie, a donné abondamment de fil à retordre à la police valaisanne, mais aussi aux autorités de France et du Royaume d’Italie.

    22Traqué de près par les gendarmes, Farinet s’était réfugié dans les gorges de la Salentse, près de Saillon, où il avait fini par trouver la mort : « Il avait un bras cassé et le crâne fendu, et, détail à noter, un revolver chargé à six coups et dont le canon s’était recourbé dans la chute, pendu à sa ceinture4… » Ainsi se termine l’aventure valaisanne d’un personnage qui, de son vivant déjà, est entré dans la légende et dont les gestes, comme nous l’avons mentionné plus haut, ont été célébrés après sa mort par la littérature et le cinéma5. La documentation extraordinaire que l’affaire Farinet a générée nous permet de jeter un regard sur la vitalité de la vie politique locale pendant la seconde moitié du XIXe siècle6.

    23Originaire de Bosses, dans la vallée d’Aoste (Italie), Farinet fait son apparition en Valais en 1869. Il se fait remarquer pour la première fois à Champsec, dans le val de Bagnes, où il loue une maison à un certain Pierre-Zacharie Corthay – personnage sur lequel nous reviendrons – pour y déposer des affaires7. Depuis cette époque, Farinet court les monts et les vallées, traqué par la police, convoité – paraît-il – par les femmes, redouté par les gens honorables, mais en général protégé et admiré par la population. Comment cette aventure décennale dans l’illégalité a-t-elle été possible ? Quels sont les contacts dont dispose le faux-monnayeur ?

    24Pour donner un visage aux protagonistes de cette histoire, il est nécessaire de s’attarder d’abord sur le personnage de Farinet lui-même et sur son entourage social. Les témoignages directs sont, à vrai dire, très rares ; le plus souvent, nous devons nous fier aux témoignages indirects laissés par les personnes qui l’ont connu et fréquenté. Son aspect physique, d’abord, ne manque pas d’impressionner son entourage : selon les témoignages, Farinet est un beau garçon, grand, blond, le front haut, le regard clair et direct. Pendant plusieurs années, il bat la campagne et la montagne avec une carabine Spencer à l’épaule, un revolver à la ceinture. Sorte d’animal sauvage, il se déplace rapidement – par les chemins et les cols – entre Valais, Italie et Savoie, dormant avec un revolver chargé et des stylets près de son matelas. Il faut souligner l’image de masculinité très marquée incarnée par Farinet, qui suscite l’admiration de son entourage et lui attire beaucoup de sympathies – et probablement quelques jalousies8.

    25Lorsqu’il arrive à Bagnes, il a vingt-trois ans. Malgré sa jeunesse, il possède un charisme évident : il parle bien, sait convaincre, séduire, et parfois faire peur. Selon les témoignages, il aime les pintes, les fêtes, la compagnie, les danses. Il joue du violon et l’argent – on s’en doute – ne lui manque pas. Il s’en sert généreusement, il offre du vin à ses amis, paie volontiers à boire, bref, il a tout ce qu’il faut pour se faire des amis. Et, bien sûr, des amies !

    26En effet, le rapport du faux-monnayeur avec les femmes n’est pas étranger à son succès : nous y reviendrons dans le chapitre suivant. Mais l’aventure de Farinet n’aurait probablement pas été concevable dans un autre contexte ou un autre moment historique. De fait, lorsqu’il arrive à Bagnes, le Valais traverse une nouvelle crise politique et économique profonde.

    27Face aux difficultés croissantes du canton, l’élite politique prône depuis les années 1850 une modernisation rapide de l’infrastructure du canton, afin de rattraper le retard : la ligne du chemin de fer entre Bouveret et Brigue, l’endiguement du Rhône, des mesures de modernisation infrastructurelle sont les piliers de cette politique ambitieuse9. Afin de vivifier l’économie régionale, la Banque cantonale du Valais est fondée en 1856.

    28Animé par ces grandes ambitions, le gouvernement cantonal apparaît toutefois comme la victime d’une contradiction structurelle. Le régime conservateur, qui se met en place après la chute des radicaux en 1857, est de fait tributaire d’un électorat fort traditionnel et du clergé, pour lesquels la « modernisation » représente une menace fondamentale. Le gouvernement d’Alexis Allet (1857-1870) essaye de contourner ces difficultés par une stratégie aventureuse. Elle consiste à ménager les contribuables, en maintenant un taux d’imposition modéré, à financer les infrastructures et à entretenir en même temps la clientèle conservatrice par une politique de distribution de faveurs et de créations d’emplois pour les « amis » politiques.

    29Cette politique ne peut être financée que par la création artificielle d’argent perçu sur les comptes de la Banque cantonale. Allet préside son conseil d’administration et gère la banque comme une caisse de parti. Ce jeu ne peut toutefois durer longtemps : la faillite de la Banque cantonale en 1871, la dénonciation publique des irrégularités de gestion marquent la fin de l’illusion ; le choc balaie le gouvernement Allet et jette son parti conservateur dans le discrédit.

    30C’est dans ce contexte de crise que Joseph-Samuel Farinet entame, avec des complices, la fabrication de fausses pièces de 20 centimes à Martigny. Sur cette toile de fond, l’aventure du faux-monnayeur ne manque pas d’une certaine logique : la fausse monnaie de Farinet ne représente-t-elle pas le pendant de la monnaie virtuelle du gouvernement ? Le magicien de la fausse monnaie n’est-il pas une sorte de reflet spéculaire du grand illusionniste de la finance cantonale, Alexis Allet ? L’organe radical « Le Confédéré » commente à ce propos : « Comment ! – Le Grand Sultan [Alexis Allet] dans notre capitale,/a fait pour des millions de papier monnayé !/Et toi pour quelques sous tu nous fais du scandale10 ! » La population semble approuver, comme les Valaisans de l’époque qui, interpellés par la police, affirment que la monnaie de Farinet n’est pas moins valable que celle du gouvernement11.

    31La force symbolique et sociale de Farinet est étroitement liée à ce contexte de crise politique et financière dans lequel plusieurs groupes et individus essayent d’exploiter le personnage du faux-monnayeur pour se procurer des avantages politiques, économiques ou sociaux. Chacun en proposant sa vision des choses, bref, son Farinet.

    32Farinet devient donc le symptôme et le symbole d’une déchirure à l’intérieur de la société valaisanne, d’un clivage entre la population et la classe politique. Au-delà de la légende, il est évident que Farinet a pu survivre dans le Valais grâce à la protection de la population locale :

    « J’ai l’honneur de vous faire le présent rapport pour vous donner une idée de la population de différentes communes dans le district de Martigny, – écrivait en 1880 le caporal Julien Caillet-Bois, de la gendarmerie valaisanne – population qui protège le célèbre faux-monnayeur Farinet, et vous décliner les communes où la gendarmerie a été narguée, ceux qui le soutiennent, soit pour lui donner des secours, comme logement et boire et manger, et il y a des gens qui le soustraient à la police par leurs cris : « sauvez-vous, la gendarmerie est là12. »

    33On comprend bien la frustration du gendarme, qui dénonce à ses supérieurs les sympathies dont jouit le faux-monnayeur :

    « Ho ! Il ne fait point de mal ; il apporte l’argent au pays ; il y en a déjà pas trop, d’argent. Vous, gendarmes, vous ne couriez pas tant après Allet et Cie dans le temps ; à présent, un brave homme qui nous porte de l’argent au pays, vous lui courez après, un homme qui paie bien, qui est si charitable, qui fait tant du bien à tout le monde. Quand il donne de l’argent aux pauvres, et quand il demande quelque chose, il paie toujours le double ; il ne fait de mal à personne13. »

    34On retrouve dans ce passage les stéréotypes classiques liés au banditisme social14 : Farinet apparaît comme une sorte de Robin des Bois qui pallie aux injustices de la société, qui nargue la police et les riches pour donner aux pauvres. Mais il faut noter l’ambiguïté de la réaction de l’État, ainsi que les stratégies différentes de ses représentants. Il semble bien que les responsables locaux soient restés longtemps inactifs face aux activités des faux-monnayeurs. Le 15 juin 1878, le conseiller d’État E. H. Bioley, chef du département cantonal de justice et police, écrit une lettre plutôt musclée au juge d’instruction du district de l’Entremont, Fidèle Joris, pour le pousser à une action plus énergique face à Farinet et à ses complices. Selon Bioley, il y aurait en effet de « trop nombreux citoyens qui favorisent ou même qui ne font rien pour empêcher une si coupable industrie15 ».

    35En effet, plusieurs officiers et représentants de l’État ont une attitude ambiguë. À Bagnes, le conseiller communal Maurice-Damien Pellouchoud est accusé d’avoir soutenu les faux-monnayeurs. Il sera disculpé par la suite, mais – comme beaucoup de ses concitoyens – il avouera avoir eu connaissance des activités illégales de la famille Corthay, pour laquelle « il faisait les affaires », sans penser à la dénoncer aux autorités. Les Corthay étaient des complices avérés de Farinet.

    36Certes, Pellouchoud n’est pas un grand dignitaire, mais des représentants plus en vue de l’autorité ont également une attitude discutable. Le juge Maurice-Fabien Carron, membre du tribunal de district entre 1873 et 1877 et futur député au Grand Conseil (le parlement cantonal), admet par exemple avoir été informé des activités des faux-monnayeurs dans sa commune (Bagnes). Il affirme avoir essayé de dissuader plusieurs personnes de participer à ces activités, mais il ne se décidera pas à dénoncer les activités criminelles16. Dans un contexte de rapports personnels très denses, la frontière entre loyauté étatique, solidarité personnelle et clientèle, est difficile à établir, ce qui explique en partie l’ambivalence des protagonistes.

    37Même le caporal Caillet-Bois, que Farinet indique comme son principal adversaire, a une attitude parfois surprenante. Selon l’enquête, il aide en 1870 François Frachebourg – un autre complice de Farinet – dans le déchargement d’un envoi de métal pour les fausses monnaies. À cette époque, le gendarme n’est pas au courant de l’utilisation du métal, mais Frachebourg lui a dit qu’il était affecté à la contrebande avec le Royaume d’Italie, ce qui ne décourage pas le représentant de la loi.

    38Ces exemples mettent en lumière la relativité des loyautés et des fronts politiques, la recherche par les acteurs politiques et sociaux de nouvelles stratégies afin de défendre leur position sociale et économique. La perte de crédibilité du gouvernement encourage des activités à la limite ou en dehors de la légalité pour se procurer des avantages. Cela influe sur la dynamique politique et entraîne une certaine réorganisation des groupements, ainsi que des réseaux sociaux.

    39Le cas mentionné du conseiller communal Maurice-Damien Pellouchoud est intéressant à cet égard : ce dernier conseille des complices de Farinet dans les questions financières. Mais il est en même temps le secrétaire de Narcisse Troillet, banquier et leader conservateur de Bagnes et futur député au Grand Conseil valaisan. Il n’hésite pas à attribuer l’accusation à sa charge à la rivalité politique avec Camille Besse, juge du tribunal de l’Entremont, radical, et donc adversaire politique des Troillet. On le voit, l’affaire Farinet remue violemment la vie politique locale.

    Farinet et ses amis

    40Farinet ne demeure pas étranger aux divisions politiques locales ; au contraire, son aventure bagnarde profite des ressentiments d’une partie de la population, et il les exploite habilement. On sait que l’aire d’action du faux-monnayeur en Valais couvre les communes « frondeuses » du district de Martigny, qui abritent d’importants groupes radicaux – Martigny-Bourg, Saxon, Saillon, Fully. Le val de Bagnes, à cette époque, est solidement dans les mains des « rétrogrades », mais la présence d’une minorité radicale très active offre un terrain favorable aux activités de Farinet.

    41Plusieurs personnes en contact avec le valdôtain sont en effet des radicaux ou proches de ce milieu. Une figure clé de l’aventure du faux-monnayeur est celle de Louis Luisier, originaire de Lourtier (Bagnes) mais domicilié à Martigny. Luisier est fabricant et marchand de fourneaux en pierre ollaire, comme son père – qui avait été conseiller communal après la prise de pouvoir des radicaux en Valais, en 1848. Plusieurs personnes impliquées dans les enquêtes sur la fabrication de fausse monnaie sont des parents, des collègues ou des connaissances de Luisier, et souvent ils manifestent des sympathies radicales.

    42C’est le cas des frères Bessard de Villette, dont l’un – Justinien – est le beau-frère de Luisier. En 1878, un autre frère Bessard, Séraphin, vend une carabine Spencer à Farinet ; en 1869, c’est Justinien qui aurait jeté la machine à fabriquer la monnaie de Farinet dans les eaux du Rhône, en éliminant les preuves à la charge de son beau-frère Luisier.

    43Plusieurs parents de Luisier et des Bessard sont également des radicaux, comme Hercule Fellay, impliqué lui aussi dans plusieurs actions des radicaux. Quand il se trouve à Saillon, Farinet a sa base auprès d’un cousin des Bessard de Bagnes, Jean-Joseph Bessard, chez qui le faux-monnayeur échappe de peu à une incursion des gendarmes. Mais il y a d’autres « amis » et complices de Farinet qui peuvent être affiliés au milieu radical : Étienne-Samuel Bruchez, soupçonné d’avoir mis en circulation la monnaie de Farinet à Bagnes, a figuré sur les listes de la Jeune Suisse en 1844 ; les frères Vaudan et Louis Dumoulin, complices ou « amis » de Farinet, appartiennent à des groupes parentaux dont sont issus plusieurs radicaux.

    44Farinet lui-même a-t-il des convictions radicales ? A-t-il des sympathies politiques qui puissent expliquer les complicités dont il jouissait ? Ce n’est pas improbable, même si nous ne connaissons pas en détail les idées du faux-monnayeur17. Les collaborateurs de Farinet, toutefois, ne sont pas tous dans le même camp.

    45Son premier contact connu en Valais, Pierre-Zacharie Corthay, était un militant conservateur. Lorsqu’il l’a rencontré à Champsec, en 1869, le faux-monnayeur ne savait vraisemblablement pas que celui-ci avait été quelques mois auparavant le protagoniste conservateur de l’affrontement de Champsec contre les radicaux18. Farinet se brouillera par la suite avec les Corthay, mais il restera en contact étroit avec des activistes de la même faction. Plusieurs complices et « amis » de la première heure sont des conservateurs déclarés ou appartiennent aux réseaux des notables conservateurs.

    46Ignace Corthay et sa femme baignent comme Pierre-Zacharie dans ces mêmes milieux. Ils appartiennent au réseau des frères Troillet, les leaders conservateurs de la vallée. Comme nous l’avons vu, le secrétaire de Narcisse Troillet, Maurice-Damien Pellouchoud « faisait les affaires » de la famille Corthay19 : en effet, grâce à leur pouvoir financier et social, les frères Troillet ont mis en place un nouveau système clientéliste conservateur, auquel sont rattachés les Corthay et vraisemblablement plusieurs autres individus.

    47Si Farinet est couvert surtout par des milieux radicaux populaires, comment expliquer ses rapports avec les conservateurs locaux ? Le facteur décisif est vraisemblablement une certaine affinité au niveau des attitudes morales et sexuelles : comme nous le verrons dans le chapitre suivant, les conservateurs avec lesquels il est en contact partagent avec lui, malgré l’orientation idéologique, un milieu familial laxiste quant à la morale sexuelle. En ce sens, les conservateurs tels que Pierre-Zacharie Corthay partagent des caractères importants avec les radicaux que le faux-monnayeur fréquentera par la suite.

    48Considérons le cas de la famille d’Anne-Marie Cretton, la maîtresse de Farinet : bien que son père Étienne-Joseph Cretton ait été l’un des protagonistes de la Vieille Suisse pendant les années 1840, son frère est né d’une relation adultérine, et le fils de ce dernier est aussi un enfant illégitime. Anne-Marie Cretton provient donc d’un milieu familial indiscipliné semblable à celui des Corthay. Une tradition familiale « défavorable », caractérisée par une certaine marginalité sociale et des comportements jugés scandaleux par les contemporains, pousse ces hommes et ces femmes dans les milieux des militants politiques prêts à passer aux voies de fait. Ce phénomène se produit surtout du côté radical, mais parfois aussi du côté conservateur.

    Les élites et la dynamique des factions

    49L’affaire Farinet fait donc apparaître une réalité politique complexe : l’unité des « clans » politiques est fragile, et les choix individuels, les changements de stratégie jouent un rôle fondamental.

    50Depuis toujours, les grandes familles de la vallée ne sont pas unies du point de vue politique : les Gard, les Jacquemin, les Troillet, dont nous avons déjà parlé, représentent des exemples significatifs.

    51La famille Jacquemin reste profondément partagée pendant tout le XIXe siècle : si le notaire Pierre-Joseph Jacquemin est encore une référence centrale pour les conservateurs de l’Entremont, les descendants de son frère Maurice-Dominique continuent de cultiver leurs sympathies radicales et contribueront en 1900 à la fondation de l’École libre. Si bien que les coopérations du vieux notaire se tourneront de plus en plus vers son beau-fils, Joseph-Macchabée Vaudan, un autre conservateur.

    52L’un des complices les plus proches de Farinet à Bagnes, Maurice-Eugène Maret, des Places, est issu d’une branche avec des sympathies radicales – son frère a probablement milité dans la Jeune Suisse ; il épouse toutefois Anne-Marie Cretton, fille d’un des leaders conservateurs de la Vieille Suisse, tandis qu’un autre frère se marie avec Marie-Virginie Cretton, une cousine d’Anne-Marie, également issue d’un groupe conservateur – qui ne semble toutefois plus jouer un rôle actif dans la seconde moitié du siècle.

    53De leur côté, les Troillet, originaires de Lourtier, n’ont pas toujours été des fervents conservateurs : François-Joseph, notaire, avait bien milité dans la Vieille Suisse, mais son frère Benjamin, charpentier, figure dans les listes de la Jeune Suisse en 1844, comme de nombreux autres membres du même groupe parental20. Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, les Troillet connaissent une rapide ascension sociale, probablement grâce au notariat et au prêt d’argent : Sigéric Troillet est notaire, son frère Narcisse est titulaire d’une caisse d’épargne à Martigny21. Mais bien qu’issus d’une famille radicale, les frères Narcisse et Sigéric sont depuis les années 1870 des conservateurs : le fils de Narcisse, Maurice Troillet, deviendra d’ailleurs la figure centrale de la politique valaisanne pendant la première moitié du XXe siècle – toujours du côté conservateur22.

    54Il va sans dire que cette évolution ne plaît pas à tout le monde, même pas à tous les conservateurs, notamment parce que les vieux leaders de la faction – tels que le notaire Pierre-Joseph Jacquemin ou le notaire Pittier – se retrouvent quelque peu marginalisés. De ce point de vue, il n’est donc pas surprenant que Jacquemin soit impliqué dans un long procès contre Narcisse et Sigéric Troillet, qui l’ont remplacé comme figure de proue, dans les années 1875-187623. Désormais, la classe dirigeante est composée d’éléments nouveaux : parmi eux figurent aussi des commerçants comme Jean-Joseph Fellay, qui avait été radical à l’époque de la Jeune Suisse, ou François-Zacharie Gard, propriétaire libéral de la fabrique de draps de Montagnier, ainsi que le juge Courthion, de famille conservatrice proche du notaire Jacquemin. Avec d’autres marchands et notables, ils font désormais partie d’une élite locale politiquement composite24. L’affirmation de cette élite aura des conséquences sur les autres notables de la vallée, qui devront se repositionner par rapport aux nouvelles hiérarchies : les conflits autour de Farinet donnent l’occasion aux adversaires des Troillet de passer à l’action.

    55Dans cette perspective, l’affaire Farinet peut elle être lue comme une lutte pour se repositionner dans des réseaux sociaux et politiques transformés après la crise de la fin des années 1860 et après l’émergence des frères Troillet.

    56L’affaire Farinet peut être interprétée en partie comme une manœuvre politique contre les Troillet : c’est un radical, Camille Besse, vice-juge, rapporteur du tribunal de l’Entremont, qui donne le coup de feu à la procédure judiciaire25. C’est lui qui porte en même temps une attaque frontale aux Troillet et à leurs alliés, soutenue par la presse radicale. Au travers de deux articles dans « Le Confédéré », Besse accuse indirectement les Troillet et d’autres notables locaux d’avoir été impliqués dans le faux-monnayage26. Les attaques ne se bornent du reste pas aux articles de presse : pendant le procès, deux témoins déclarent avoir reçu de la fausse monnaie de la part du conservateur Narcisse Troillet, titulaire du comptoir d’escompte. L’attaque principale est néanmoins portée, comme nous l’avons vu, contre Maurice-Damien Pellouchoud, conseiller conservateur et secrétaire de la banque des Troillet. Le faux-monnayeur sert donc de prétexte pour attaquer le prestige des notables conservateurs. Les Troillet et les autres notables attaqués par « Le Confédéré » ne restent toutefois pas inactifs, et dénoncent de leur côté l’organe radical pour diffamation.

    57La situation a passablement évolué depuis l’époque de la Jeune Suisse : l’affrontement n’est pas simplement entre radicaux et conservateurs, mais entre Camille Besse – un notable radical issu de l’ancienne élite –, avec ses alliés et la nouvelle classe dirigeante de la commune. Ce conflit ne suit plus fidèlement la logique des factions : les nouveaux adversaires des Troillet, comme Ignace Corthay et sa femme, ne sont pas tous suspects de radicalisme. On perçoit plutôt une division à l’intérieur des deux factions entre « vieilles » familles, souvent en difficulté économique, et une nouvelle élite aisée et moins partisane, qui influence grâce à l’argent une vaste clientèle.

    58La conjoncture politique des années 1880 n’est pas sans influence sur ces nouveaux clivages : grâce aux difficultés des adversaires après la chute d’Alexis Allet, les radicaux ont connu depuis 1868 un certain succès dans les élections locales, ce qui encourage plusieurs notables et propriétaires ambitieux à se rallier à cette faction ; c’est souvent une occasion de se profiler contre l’hégémonie des chefs de file conservateurs.

    59La période mouvementée qui coïncide avec l’affaire Farinet ouvre la possibilité de nouvelles alliances, ce que l’on peut observer dans d’autres communes valaisannes : à Saillon, la mort de Farinet dans les gorges près du village soulève également des oppositions politiques nouvelles. Quelques conseillers et officiers de la commune, qualifiés par la presse radicale comme honorables et influents, accusent le syndic et le notaire du lieu d’avoir agi à l’encontre des sentiments et des intérêts de la population en soutenant les gendarmes sur les traces de Farinet. Peu après, les autorités se préoccupent de réprimer la rumeur diffusée parmi la population, et considérée comme dangereuse pour l’ordre public, selon laquelle Farinet serait mort d’une balle tirée par les gendarmes, tandis que, selon la version officielle, le faux-monnayeur est mort à la suite d’une chute dans les gorges. Là aussi, apparemment, les radicaux tentent de se saisir de l’affaire pour mener une attaque contre les autorités conservatrices27.

    Les radicaux, l’École libre et la libre-pensée

    60Depuis l’époque de Farinet, les partis s’organisent de façon plus conséquente ; pendant les années 1890, ils se dotent de fanfares qui soulignent de façon claire une identité et une culture politique. En 1892 est fondée la fanfare radicale « L’avenir », et un an plus tard les conservateurs répliquent avec leur « Concordia ». Mais c’est quelques années plus tard, vers la fin du siècle, que les conflits s’aiguisent à nouveau.

    61En 1900, un groupe de dissidents, mécontents de l’enseignement clérical dispensé à la Grande École du Châble, fonde à Villette une école libre, laïque et inspirée par le courant de la libre-pensée. Nous sommes passablement renseignés sur cet événement grâce au mémoire de Sandra Deslarzes-May, publié en 199828, même si beaucoup de détails restent obscurs, notamment les noms des premiers élèves de l’école, respectivement de leurs parents.

    62Le livre de Sandra Deslarzes mentionne tout de même quelques noms des protagonistes de cette aventure, en commençant par celui de Maurice Charvoz, écrivain, libre-penseur, lié à la franc-maçonnerie et au mouvement radical de Bagnes, devenu commerçant après avoir dû interrompre ses études de médecine à Genève. À ses côtés, l’instituteur Alphonse Michaud, issu d’une famille proche du noyau radical bagnard et influencé par les idées de Charvoz. Dans le récit des premières années de l’École libre, quelques noms de copains de route des libres-penseurs apparaissent, tel celui d’Adrien Oreiller, issu d’une famille d’artisans.

    63Mais quelques autres documents permettent de nous faire une idée plus précise des groupes et des familles qui soutiennent l’École libre : en 1897, une pétition contestant l’enseignement clérical du chanoine Stockalper, recteur de la Grande École, est adressée au conseil communal. Elle est signée par 86 personnes, dont une septantaine ont pu être identifiées de façon sûre29.

    64De plus, Sandra Deslarzes a publié les noms des élèves de l’école de 1917 : c’est un peu tard par rapport à la période qui nous intéresse, mais si on la confronte aux documents précédents, cette liste nous permet de vérifier les continuités concernant les familles qui soutiennent l’école. Avant d’analyser les débuts de l’École libre, il faut préciser qu’elle s’insère dans un mouvement plus vaste de contestation contre la religiosité traditionnelle, énergiquement représentée à Bagnes par le curé Xavier de Cocatrix. Fort en gueule, n’hésitant pas à propager ses idées politiques en chaire, Cocatrix était déjà entré en conflit avec de nombreux particuliers et est rappelé à l’ordre par le conseil communal lorsqu’il refuse de sonner les cloches à l’occasion de l’enterrement civil d’Auguste Filliez – membre de la dynastie radicale du Châble.

    65En effet, plusieurs enterrements civils ont désormais lieu dans la paroisse ; mais qui plus est, lors des recensements, de nombreux individus se proclament désormais sans confession. Malheureusement, nous ne possédons pas les noms de ces individus ; nous savons toutefois que leur nombre augmente rapidement. Ils sont 19 en 1888, 164 en 1900 et 349 en 1910. C’est une donnée très significative dans le contexte valaisan : en 1900, 74,9 % de tous les Valaisans sans confession résident à Bagnes30. Il s’agit d’une évolution intéressante pour une vallée de montagne à l’orée du XXe siècle : quelles sont les parties en jeu ?

    66Nous relevons d’abord la continuité du mouvement de l’École libre avec les agitations radicales précédentes : nous y retrouvons plusieurs familles du noyau radical, comme les Bessard 7, les Dumoulin 6, les Michaud 14, les Oreiller 1, les Deslarzes 7… Mais il y a également des nouveautés : Maurice Charvoz, le protagoniste du mouvement, n’appartient pas à une branche du noyau radical. C’est par sa femme, Louise-Esther Pache, qu’il est lié à ce milieu : Louise est la fille de Joachim Pache, beau-frère du leader radical Maurice-Eugène Filliez et personnage central du mouvement radical bagnard depuis les années 1840. Nous pouvons essayer de formaliser la composition de la faction radicale de l’époque par le tableau 67 (page suivante).

    67Il faut rappeler que ce tableau n’est pas exhaustif, puisqu’il se fonde, surtout pour la seconde partie du XIXe siècle, sur des sources partielles. Selon nos informations, cependant, une vingtaine de branches du noyau radical entre 1850 et 1920 sont nouvelles dans ce milieu politique ; pour trois branches (May 7, Fellay 44 et Fusay 8, non considérées dans le tableau 67), nous relevons une augmentation remarquable de l’activité politique – visible – du côté radical, alors que pour vingt-six branches nous observons une continuité sans discussion. Nous avons enfin des banches très actives sur ce front avant 1850, qui deviennent conservatrices après cette date, comme les Troillet 5, ou qui « disparaissent » politiquement, comme les Morend 10, les Brouchoud 5 et les Michaud 8.

    A. Continuité dans le noyau de la faction radicale (plus de 3 mentions* au XIXe siècle, dans l’ordre correspondant au nombre de mentions) :
    Bessard 7, Filliez 4, Dumoulin 6, Fellay 8, Michaud 14, Pache 3, Boven 1, Collombin 2, Perraudin 4, Oreiller 1, Guigoz 7, Jacquemin 1, Fellay37, Rey 1, Carron 9, Maret 39, Gard 1, Michellod 5, Besse 30, Besse 3, Fellay 34, Gard 7, Bruchez 28, Nicollier 16, Delamorclaz 1, Fellay 27.

    B. Nouvelles branches radicales (plus d’une mention après 1850) :
    Maret 49-33, Deslarzes 7, Vaudan 10-3, Besson 3, Charvoz 1, Gailland 10, May 4, Vaudan 10-2, Besse 43, Terrettaz 7, May 3, Michellod 10, Pellissier 20, Bruchez 42.

    C. Branches « disparues » de la faction radicale (plus de deux mentions avant 1850, aucune après cette date) :
    Brochoud 5, Morend 10, Troillet 5, Michaud 8, Maret 47, Bruchez 20, Oillet 3, Trollet 7, Bruchez 31, Baud 1, Oillet 4, Boven 7, Farquet 1, Pellouchoud 1, Rossier 2, Besson 14, Charvoz 7, Filliez 5, Massard 2.

    Tableau 67. – Évolution de la composition de la faction radicale à Bagnes, 1850-1917, par branche.
    * Comme dans les autres tableaux, nous avons considéré les conjoints également, mais en les comptabilisant de 0,5 mention directe d’activistes politiques.

    68Des évolutions tout à fait sensibles, donc ! Il est cependant intéressant de noter que Charvoz et les autres protagonistes de la fondation de l’École libre, sans être des parents proches, font partie d’un même milieu social soudé par de nombreuses alliances. La tante de Maurice Charvoz est par exemple la belle-sœur d’Adrien Oreiller ; Auguste Filliez, qui se fait enterrer civilement, est lié à la femme de Charvoz, ainsi que Justin Deslarzes, pintier, autre fondateur de l’École libre. Par sa grand-mère, Charvoz est même lié par parenté à Alphonse Michaud, le premier instituteur de l’École libre. De ce point de vue, le milieu social de Charvoz apparaît encore une fois comme un réseau assez cohérent, qui peut être interprété comme le développement du milieu social et politique autour de la famille Filliez, que nous avons analysée en détail dans le chapitre iii. Cette observation révèle la continuité d’une « culture » radicale spécifique, ancrée dans des branches et des familles précises, mais elle doit aussi tenir compte de l’évolution des milieux politiques.

    69En partie, les descendants de familles radicales et anticléricales, comme Ulrich Gailland, fils du notaire radical, glissent autour des 1900 vers des positions socialistes. Plusieurs socialistes bagnards du début du XXe siècle sont issus de familles radicales, probablement influencées par le courant libre-penseur : Joseph-Théophile Bircher, Louis-Albert Besse, François-Camille et Frédéric-Auguste Deléglise, Louis Deslarzes, Léon-Joseph Delamorclaz, Marcel et Maurice-Gustave Filliez, Joseph-Adrien Gard et Arthur Maret ne représentent que quelques exemples qui illustrent cette continuité31.

    70Encore une fois, les attitudes et les comportements sexuels non-conformistes jouent un rôle pour l’identité de ce milieu : Ulrich Gailland a vécu plusieurs années en concubinage avec une femme. D’autres groupes de ce milieu se caractérisent, comme leurs prédécesseurs au milieu du siècle, par une tendance aux relations illicites. Le moment est donc venu de se repencher plus en détail sur les attitudes sexuelles et leurs conséquences politiques.

    Notes de bas de page

    1 Voir par exemple P. Guichonnet, E. Lichtenberger, B. Prost-Vandenbroucke, De l’autarcie à la dépendance, in Paul Guichonnet (dir.), Histoire et civilisation des Alpes, Toulouse-Lausanne, 1980, p. 249-282 ; cf. récemment Luigi Lorenzetti, Destini periferici. Modernizzazione, risorse e mercati in Ticino, Valtellina e Vallese, 1850-1930, Udine, Forum, 2010 (Studies on alpine History, vol. 7).

    2 Voir Marthe Carron et al., Éveil du tourisme dans le Val de Bagnes, Bagnes, 1983 ; cf. par exemple Thomas Antonietti, Bauern, Bergführer, Hoteliers : Fremdenverkehr und Bauernkultur : Zermatt und Aletsch 1850-1950, Baden, Hier + Jetzt Verlag für Kultur und Geschichte, 2000.

    3 Ainsi, dans certains groupes radicaux, comme celui des Morend 10, plusieurs familles émigrent dès les années 1840, entre autres le vice-président de la Jeune Suisse, Louis Morend.

    4 L’Ami du Peuple, 25 avril 1880, cité dans : Danielle Allet-Zwyssig, « L’affaire Farinet dans la presse valaisanne contemporaine (1870-1881) », in Annales valaisannes, 2e série, 55 (1980), p. 3-83, cit. p. 65-66.

    5 Voir en particulier le roman de Ch.-Ferdinand Ramuz, Farinet ou de la fausse monnaie, Paris, 1931 ; Farinet a été, plus récemment, idéalisé par la propagande touristique et par des associations d’admirateurs ; cf. la synthèse d’Alain Bagnoud, Saint Farinet, postf. de Gabriel Bender, Vevey, Éd. de l’Aire, 2005.

    6 La source principale d’information sur les activités de Farinet en Valais se trouve dans les actes des procès, publiés par André Donnet (éd.), Farinet devant la justice valaisanne (1869-1880) : dossiers de procédure pénale, 2 vol., Lausanne, 1980 ; cf. Willi Wottreng, Farinet : die phantastische Lebensgeschichte des Schweizer Geldfälschers, der grösser tot war als lebendig, Zürich, Orell-Füssli, 2008 ; Allet-Zwyssig, L’affaire Farinet…, op. cit.

    7 André Donnet (éd.), Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., p. 24.

    8 D. Allet-Zwissig, « L’affaire Farinet dans la presse valaisanne… », op. cit., p. 19-20 ; cf. Gabriel Bender, « Devenir messie », in Alain Bagnoud, Saint Farinet, op. cit., p. 75-91.

    9 Le Conseil d’État dominé par A. Allet abolit en 1859 les décrets de sécularisation de 1848, fait progresser la voie ferrée (jusqu’à Martigny en 1859, Sion en 1860, Sierre en 1868), encourage la construction de routes (route de la Furka de 1864 à 1866) et s’engage dans la première correction du Rhône (1863-1876). A. Fibicher, « Allet, Alexis », in Dictionnaire Historique de la Suisse, version en ligne, 16 novembre 2010.

    10 Le Confédéré, 30 avril 1880, cité dans Allet-Zwyssig, « L’affaire Farinet dans la presse… », op. cit., p. 68.

    11 Rapport du caporal Caillet-Bois, in A. Donnet, Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., p. 506-507.

    12 A. Donnet, Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., p. 506-507.

    13 Ibidem.

    14 Eric J. Hobsbawm, Primitive Rebels, Manchester, 1963 ; cf. Paul Hugger, Sozialrebellen und Rechtsbrecher in der Schweiz : eine historisch-volkskundliche Studie, Zürich, 1976.

    15 A. Donnet, Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., p. 398.

    16 A. Donnet, Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., p. 224.

    17 Voir notamment les lettres écrites par le faux-monnayeur aux autorités et à son frère utérin dans Donnet, Farinet, p. 116-122 et p. 402-406.

    18 Instruction du juge L. Gros concernant l’assassinat de Louis Deurin, décembre 1868 : Archives du CREPA, Sembrancher, fonds Stéphane Michellod, Orsières (affaire Deurin, 1868).

    19 Est-ce un hasard que Pellouchoud provenait aussi d’une famille avec plusieurs enfants illégitimes ?

    20 Une série de liens d’alliance unissent d’ailleurs la famille Troillet à d’autres notables radicaux : Narcisse Troillet, fils de Pierre-Maurice, a épousé Célestine Filliez, la fille du chef libéral de 1844, tandis que son frère Sigéric se marie avec la fille de Louis Gard, autre Jeune Suisse. Pour le reste, le groupe semble se diviser en branches, avec des couleurs politiques différentes : les radicaux appartiennent aux branches 5-23 et 5-35, parmi lesquelles nous pouvons reconnaître des solidarités politiques jusqu’au 3e.

    21 François-Narcisse Troillet (1850-1898), banquier, procureur, vice-président de Bagnes 1897-1898, député 1889-1898, juge de commune 1887-1898. Encore procureur stagiaire, il tient à Bagnes un « très modeste comptoir d’escompte, le seul qui existe dans cette localité ». Son nécrologe souligne son engagement politique, conservateur et catholique : « Membre militant de cette belle et noble cause, qui est celle de Dieu, de l’Église et de la patrie. » Pierre-Sigéric-Camille Troillet (1838-1909), instituteur, notaire dès 1867, avocat, président de Bagnes 1869-1870, vice-président 1871-1874, conseiller 1876, préfet du district d’Entremont 1869-1887, député 1870-1909, président du Grand Conseil 1899-1901 : voir Casanova et al., Familles de Bagnes…, op. cit., vol. 5.

    22 André Guex, Le demi-siècle de Maurice Troillet : essai sur l’aventure d’une génération, 3 vol., Lausanne, Diff. Payot (Martigny, Impr. Pillet), 1971.

    23 Archives du CREPA, Sembrancher, fonds Formaz, M.-Thérèse, p. 294-315.

    24 D. Allet-Zwyssig, « L’affaire Farinet dans la presse… », op. cit., p. 26-27 et p. 40-44.

    25 C’est le cas également de Maurice-Fabien Carron, juge, qui – après quelques hésitations – collabore au progrès de l’enquête, et d’autres avocats impliqués dans la procédure. A. Donnet, Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., en particulier p. 224.

    26 D. Allet-Zwyssig, « L’affaire Farinet dans la presse… », op. cit.

    27 A. Donnet, Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., p. 538-545.

    28 Sandra Deslarzes-May, L’école libre de Bagnes 1900-1943, Lausanne, 1998.

    29 Pétition sans date dans : ACBg/574/1.

    30 S. Deslarzes-May, L’école libre de Bagnes…, op. cit., p. 137-140.

    31 Voir les notices biographiques relatives dans Casanova et al., Familles de Bagnes…, op. cit.

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    1 Voir par exemple P. Guichonnet, E. Lichtenberger, B. Prost-Vandenbroucke, De l’autarcie à la dépendance, in Paul Guichonnet (dir.), Histoire et civilisation des Alpes, Toulouse-Lausanne, 1980, p. 249-282 ; cf. récemment Luigi Lorenzetti, Destini periferici. Modernizzazione, risorse e mercati in Ticino, Valtellina e Vallese, 1850-1930, Udine, Forum, 2010 (Studies on alpine History, vol. 7).

    2 Voir Marthe Carron et al., Éveil du tourisme dans le Val de Bagnes, Bagnes, 1983 ; cf. par exemple Thomas Antonietti, Bauern, Bergführer, Hoteliers : Fremdenverkehr und Bauernkultur : Zermatt und Aletsch 1850-1950, Baden, Hier + Jetzt Verlag für Kultur und Geschichte, 2000.

    3 Ainsi, dans certains groupes radicaux, comme celui des Morend 10, plusieurs familles émigrent dès les années 1840, entre autres le vice-président de la Jeune Suisse, Louis Morend.

    4 L’Ami du Peuple, 25 avril 1880, cité dans : Danielle Allet-Zwyssig, « L’affaire Farinet dans la presse valaisanne contemporaine (1870-1881) », in Annales valaisannes, 2e série, 55 (1980), p. 3-83, cit. p. 65-66.

    5 Voir en particulier le roman de Ch.-Ferdinand Ramuz, Farinet ou de la fausse monnaie, Paris, 1931 ; Farinet a été, plus récemment, idéalisé par la propagande touristique et par des associations d’admirateurs ; cf. la synthèse d’Alain Bagnoud, Saint Farinet, postf. de Gabriel Bender, Vevey, Éd. de l’Aire, 2005.

    6 La source principale d’information sur les activités de Farinet en Valais se trouve dans les actes des procès, publiés par André Donnet (éd.), Farinet devant la justice valaisanne (1869-1880) : dossiers de procédure pénale, 2 vol., Lausanne, 1980 ; cf. Willi Wottreng, Farinet : die phantastische Lebensgeschichte des Schweizer Geldfälschers, der grösser tot war als lebendig, Zürich, Orell-Füssli, 2008 ; Allet-Zwyssig, L’affaire Farinet…, op. cit.

    7 André Donnet (éd.), Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., p. 24.

    8 D. Allet-Zwissig, « L’affaire Farinet dans la presse valaisanne… », op. cit., p. 19-20 ; cf. Gabriel Bender, « Devenir messie », in Alain Bagnoud, Saint Farinet, op. cit., p. 75-91.

    9 Le Conseil d’État dominé par A. Allet abolit en 1859 les décrets de sécularisation de 1848, fait progresser la voie ferrée (jusqu’à Martigny en 1859, Sion en 1860, Sierre en 1868), encourage la construction de routes (route de la Furka de 1864 à 1866) et s’engage dans la première correction du Rhône (1863-1876). A. Fibicher, « Allet, Alexis », in Dictionnaire Historique de la Suisse, version en ligne, 16 novembre 2010.

    10 Le Confédéré, 30 avril 1880, cité dans Allet-Zwyssig, « L’affaire Farinet dans la presse… », op. cit., p. 68.

    11 Rapport du caporal Caillet-Bois, in A. Donnet, Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., p. 506-507.

    12 A. Donnet, Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., p. 506-507.

    13 Ibidem.

    14 Eric J. Hobsbawm, Primitive Rebels, Manchester, 1963 ; cf. Paul Hugger, Sozialrebellen und Rechtsbrecher in der Schweiz : eine historisch-volkskundliche Studie, Zürich, 1976.

    15 A. Donnet, Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., p. 398.

    16 A. Donnet, Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., p. 224.

    17 Voir notamment les lettres écrites par le faux-monnayeur aux autorités et à son frère utérin dans Donnet, Farinet, p. 116-122 et p. 402-406.

    18 Instruction du juge L. Gros concernant l’assassinat de Louis Deurin, décembre 1868 : Archives du CREPA, Sembrancher, fonds Stéphane Michellod, Orsières (affaire Deurin, 1868).

    19 Est-ce un hasard que Pellouchoud provenait aussi d’une famille avec plusieurs enfants illégitimes ?

    20 Une série de liens d’alliance unissent d’ailleurs la famille Troillet à d’autres notables radicaux : Narcisse Troillet, fils de Pierre-Maurice, a épousé Célestine Filliez, la fille du chef libéral de 1844, tandis que son frère Sigéric se marie avec la fille de Louis Gard, autre Jeune Suisse. Pour le reste, le groupe semble se diviser en branches, avec des couleurs politiques différentes : les radicaux appartiennent aux branches 5-23 et 5-35, parmi lesquelles nous pouvons reconnaître des solidarités politiques jusqu’au 3e.

    21 François-Narcisse Troillet (1850-1898), banquier, procureur, vice-président de Bagnes 1897-1898, député 1889-1898, juge de commune 1887-1898. Encore procureur stagiaire, il tient à Bagnes un « très modeste comptoir d’escompte, le seul qui existe dans cette localité ». Son nécrologe souligne son engagement politique, conservateur et catholique : « Membre militant de cette belle et noble cause, qui est celle de Dieu, de l’Église et de la patrie. » Pierre-Sigéric-Camille Troillet (1838-1909), instituteur, notaire dès 1867, avocat, président de Bagnes 1869-1870, vice-président 1871-1874, conseiller 1876, préfet du district d’Entremont 1869-1887, député 1870-1909, président du Grand Conseil 1899-1901 : voir Casanova et al., Familles de Bagnes…, op. cit., vol. 5.

    22 André Guex, Le demi-siècle de Maurice Troillet : essai sur l’aventure d’une génération, 3 vol., Lausanne, Diff. Payot (Martigny, Impr. Pillet), 1971.

    23 Archives du CREPA, Sembrancher, fonds Formaz, M.-Thérèse, p. 294-315.

    24 D. Allet-Zwyssig, « L’affaire Farinet dans la presse… », op. cit., p. 26-27 et p. 40-44.

    25 C’est le cas également de Maurice-Fabien Carron, juge, qui – après quelques hésitations – collabore au progrès de l’enquête, et d’autres avocats impliqués dans la procédure. A. Donnet, Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., en particulier p. 224.

    26 D. Allet-Zwyssig, « L’affaire Farinet dans la presse… », op. cit.

    27 A. Donnet, Farinet devant la justice valaisanne…, op. cit., p. 538-545.

    28 Sandra Deslarzes-May, L’école libre de Bagnes 1900-1943, Lausanne, 1998.

    29 Pétition sans date dans : ACBg/574/1.

    30 S. Deslarzes-May, L’école libre de Bagnes…, op. cit., p. 137-140.

    31 Voir les notices biographiques relatives dans Casanova et al., Familles de Bagnes…, op. cit.

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