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    Plan détaillé Texte intégral Sexualité, crise et politique Sexe, famille et parenté Sexe et radicalisme à la montagne Intégration et exclusion Conclusions : sexe et politique Notes de bas de page

    Passions alpines

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre IV. Sexe, politique et conflits sociaux au XIXe siècle

    p. 195-207

    Texte intégral Sexualité, crise et politique Sexe, famille et parenté Sexe et radicalisme à la montagne Intégration et exclusion Conclusions : sexe et politique Notes de bas de page

    Texte intégral

    Sexualité, crise et politique

    1Comme nous l’avons vu dans la première partie de ce volume, la vision d’une sexualité bridée par des structures politiques, sociales et culturelles rigides a induit plusieurs éminents chercheurs à proposer des visions simplifiées, parfois presque caricaturales des rapports érotiques de l’époque moderne et du XIXe siècle – surtout au niveau des couches populaires.

    2Cette tendance a également été remarquée dans le domaine de la démographie historique, longtemps influencée par des méthodes quantitatives, qui ont mis au premier plan des relations statistiques entre facteurs structurels et comportements des populations. En Suisse, elle est observable par exemple dans les travaux pionniers de Markus Mattmüller, qui s’est largement inspiré des études anglaises de E. A. Wrigley et Roger Schofield, ainsi que dans d’autres recherches1. Dans cette perspective, les comportements sexuels ont été décrits comme étroitement liés aux conjonctures, aux possibilités de travail, aux crises et catastrophes naturelles ou humaines, dans une relation « structurelle » plutôt mécanique. C’était l’esprit de l’époque et cela ne diminue pas le mérite des études démographiques. Cette approche a été largement reprise dans les études sur la sexualité illicite : l’augmentation des naissances illégitimes depuis le XVIIIe siècle a été le plus souvent interprétée comme un symptôme ou une conséquence d’une situation de crise ou de difficultés socio-économiques. Un exemple significatif est représenté par l’étude, par ailleurs très intéressante, de Eva Sutter, Ein Act des Leichtsinns und der Sünde. Illegitimität im Kanton Zürich : Recht, Moral und Lebensrealität (1800-1860), publiée à Zurich en 1995. Dans les conclusions, l’auteur résume les caractéristiques fondamentales du phénomène analysé :

    « Pendant la première moitié du XIXe siècle, le pourcentage d’enfants venus au monde en dehors du mariage commença à monter de façon remarquable dans toute la Suisse. Malgré les diversités cantonales, on peut indiquer clairement deux phases de développement : la première eut lieu pendant les deux premières décennies du siècle, marquées par la guerre, la faim et la crise économique. La deuxième, encore plus nette, coïncida avec la pauvreté de masse des années 1840-1860.
    Dans le canton de Zurich, les deux cycles de crise se manifestent clairement dans les naissances illégitimes, malgré le fait que pendant la période observée on relève ici – comme dans les autres cantons industriels – des taux d’illégitimité sensiblement plus bas que dans les régions agraires. L’observation selon laquelle les périodes de difficultés économiques et de pénurie matérielle ont eu comme conséquence une montée des naissances illégitimes nous fait supposer l’existence d’un lien structurel entre pauvreté et illégitimité2. »

    3La ligne d’interprétation est assez typique pour la fin du XXe siècle : la poussée de l’illégitimité est appréhendée comme une conséquence d’une paupérisation des couches inférieures. La sexualité illégitime est donc surtout perçue comme un symptôme de détérioration des conditions de vie. À Bagnes toutefois, l’augmentation des relations illicites observables anticipe clairement la profonde crise politique et économique qui débute vers la moitié du siècle et qui va provoquer les premières grandes vagues d’émigration3. Une relation avec des périodes de crise n’est donc pas observable.

    4Nous ne voulons pas suggérer que l’interprétation socio-économique est fausse ; toutefois, elle apparaît unilatérale, dans la mesure où elle ne considère pas les passions des femmes et des hommes du passé. En même temps, ce qui est plus important, cette vision rigide n’a pas permis de comprendre les influences de la vie sexuelle et des passions sur l’histoire générale, sur la politique, sur l’évolution des réseaux sociaux, sur la diversification économique. Et ces influences sont significatives : comme nous l’avons vu dans la première partie, les événements marquants de l’histoire locale et régionale ne sont pas compréhensibles sans considérer les implications sexuelles et émotives.

    5Encore une fois, de nouvelles pistes de recherche s’ouvrent dès qu’on se place dans la perspective des sujets : qui sont les femmes et les hommes ayant des relations illicites ? La possibilité de croiser des informations généalogiques avec des sources d’autres natures permet d’aborder, dans une perspective nouvelle, le rapport entre crise et sexualité d’un côté, entre sexualité, politique et évolution sociale de l’autre.

    Sexe, famille et parenté

    6Au milieu du XIXe siècle, la société catholique valaisanne a perdu en homogénéité. Non seulement la majorité conservatrice est ouvertement attaquée sur le plan politique par une minorité libérale-radicale, mais les Valaisannes et les Valaisans ne sont plus si vertueux du point de vue de la sexualité. Les registres de la paroisse montrent que le nombre d’enfants illégitimes et de conceptions prénuptiales augmente de façon sensible depuis le début du XIXe siècle.

    7Certes, l’illégitimité n’est qu’un indicateur partiel de la conduite sexuelle ; elle ne dit rien sur les comportements des gens mariés ou des personnes âgées, qui – faute de sources – nous échappent presque totalement. Seuls les actes juridiques nous renseignent – plus souvent au XIXe siècle qu’avant – sur des comportements considérés comme scandaleux, notamment ceux concernant les héritages4.

    8Malgré ces limites, les conceptions prénuptiales et l’illégitimité nous indiquent des évolutions sociales importantes, qu’il s’agira d’interpréter à la lumière d’autres informations sur la société et la politique locale.

    9Depuis 1850, les naissances illégitimes augmentent de façon sensible pour atteindre un pic dans les années 1870 ; durant cette même période, le nombre des conceptions prénuptiales connaît une hausse sensible. Les autorités s’en préoccupent d’ailleurs : alors que la question des infanticides mobilise l’intérêt des médecins et des juges, les tribunaux locaux s’occupent de plusieurs cas de mœurs et de lubricité. En 1858, une nouvelle loi est promulguée par le Conseil d’État afin de contrôler, sans succès, l’illégitimité5 !

    10Les chiffres du tableau 48 (page suivante) doivent être considérés avec prudence, puisqu’ils sont l’expression de phénomènes différents. Parfois, la conception prénuptiale est légitimée par le mariage, parfois, cette légitimation est plus tardive, car elle conclut probablement des négociations délicates entre les familles de la mère et du père. Au XIXe siècle, les légitimations diminuent fortement et autour de la moitié du siècle, avant même la promulgation de la nouvelle loi, les pratiques changent. Jusque-là, la majorité des pères reconnaissent les enfants illégitimes et contribuent à leur entretien : depuis l’introduction de la nouvelle constitution fédérale suisse en 1848, le père n’est presque jamais cité et la responsabilité de l’enfant illégitime retombe ainsi sur la mère.

    Années

    Conc. hors mariage (IIRI)

    Conceptions prénuptiales

    Enfants illégitimes

    1780-1789

    19

    15

    4

    1790-1799

    18

    9

    9

    1800-1809

    25

    10

    15

    1810-1819

    32

    20

    12

    1820-1829

    34

    21

    13

    1830-1839

    51

    25

    26

    1840-1849

    35

    22

    13

    1850-1859

    44

    28

    16

    1860-1869

    73

    36

    37

    1870-1879

    85

    45

    40

    1880-1889

    73

    38

    35

    1890-1899

    78

    44

    34

    TOT 1

    742

    433

    309

    Date inconnue

    9

    0

    9

    TOT

    751

    433

    318

    Tableau 48. – Conceptions hors mariages et enfants illégitimes à Bagnes, 1780-1899. Sources : registres paroissiaux. Élaboration statistique : Arnaud Bringé, INED.

    11Il faut rappeler que jusqu’en 1858, les lois sur l’illégitimité restent fondamentalement inchangées : la nouvelle pratique qui s’instaure depuis 1848 résulte plutôt de l’accession au pouvoir d’une nouvelle élite libérale-radicale, qui applique des conceptions différentes face aux problèmes sociaux de la commune. Ces cas devraient donc être analysés plus en détail : dans la perspective d’une interprétation des rapports avec la réalité sociale et politique, nous nous baserons toutefois d’abord sur les « individus issus d’une relation illicite » (iiRI), que nous considérons – sauf dans certains cas isolés – comme les symptômes d’une attitude plus permissive au sein des familles.

    12Généralement, les relations illicites sont le fait de groupes parentaux bien définis. Certains d’entre eux ont des attitudes sexuelles nettement différentes de la majorité. Il s’agit notamment du groupe Bessard 7, avec 14 enfants illégitimes nés au XIXe siècle et globalement 28 conceptions hors mariage ; suit celui des Dumoulin 6, avec 11 naissances illégitimes et 25 conceptions prénuptiales. Puis, les Besson 14 (11 et 19) suivis de près par les Luisier 4 (9 et 23). La concentration des conceptions hors mariage se produit également dans des branches bien délimitées.

    Image

    Tableau 49. – Enfants nés illégitimes, selon les catégories, 1648-1900. Sources : registres paroissiaux. Élaboration statistique : Arnaud Bringé, INED et S. Guzzi-Heeb.

    13Considérons par exemple les Bessard 7 : la plupart des conceptions hors mariage (21) se produisent dans une parentèle restreinte, comprenant des cousins germains (2e degré). Chez les Dumoulin 6, on constate une concentration des comportements illicites dans deux groupes relativement restreints : onze cas concernent les descendants de trois frères (DUM/6-2311, 2323 et 2315) et demeurent à l’intérieur d’un groupe qui, à la fin du XIXe siècle, s’étend jusqu’aux parents du 4e degré ; quinze événements intéressants se concentrent dans la descendance de trois autres frères, DUM/6-3321, 3328 et 332.11, et impliquent des parents jusqu’au 3e degré. Une telle concentration peut être observée dans la plupart des cas. Parmi les Besson, les quinze conceptions hors mariage se concentrent dans la descendance de deux frères, BSO/14-21511 et BSO/14-21514… Quelques chiffres attestent cette concentration : au XIXe siècle, nous comptons 216 branches patrilinéaires dont des enfants sont baptisés. Les vingt-six branches présentant le plus de relations illicites sont responsables de 85,7 % des IIRI de la commune (450 sur 525). Et si nous nous concentrons sur les cinq branches produisant le plus d’enfants illégitimes, nous constatons qu’elles sont responsables de la naissance de presque un tiers des IIRI (165 IIRI sur 525 au XIXe siècle, soit le 31,4 %). Les comportements sexuels sont donc encore transmis à l’intérieur de groupes parentaux bien délimités.

    14Par simplicité, nous n’avons considéré jusqu’ici que des groupes parentaux patrilinéaires – bien reconnaissables dans les généalogies de Bagnes6 : mais on voit sans difficulté que des groupes développant des comportements moins traditionnels s’allient souvent entre eux. Au XIXe siècle, on recense à Bagnes plusieurs « scandales » et cas de « lubricité » : des filles non mariées ont des rapports avec plusieurs hommes, parfois des parents proches. Une de ces femmes, Lucie Oillet a même été accusée d’avoir entretenu un rapport incestueux avec son oncle et d’être une fille publique7. Elle aura plusieurs enfants hors mariage.

    15Le procès de Lucie Oillet révèle de nombreux contacts avec des familles populaires aux comportements sexuels similaires : son oncle – et amant – est marié avec Anne-Marie Luisier, elle aussi issue d’un groupe avec beaucoup d’illégitimes. En 1850, Lucie Oillet accuse Cyprien Morend d’être le père d’un de ses enfants : Morend provient d’un milieu similaire. De plus, sa sœur est la femme de Louis Dumoulin, qui appartient à un autre groupe qui a produit beaucoup d’IIRI.

    16De tels scandales voient l’implication du groupe Cretton 2. Anne-Marie Cretton est dans les années 1870 la maîtresse du faux-monnayeur Farinet. Une autre femme du groupe est jugée pour avoir mis au monde plusieurs enfants illégitimes. Ce groupe est aussi allié à d’autres qui développent des comportements similaires, comme les Dumoulin 6 et les Oillet dont nous venons de parler.

    17En général, les groupes avec une morale sexuelle permissive tendent à s’allier entre eux, comme ils le faisaient déjà au siècle précédent. Si on considère les conjoints des Bessard ayant des enfants conçus hors mariage, on remarque qu’ils proviennent surtout de groupes manifestant des comportements moins stricts, comme les Fellay 8 et 37, les Morend 10, les Besse 30, les Bruchez 31, les Luisier 8, etc.

    18Concernant le tableau 50, la corrélation saute aux yeux : les femmes et les hommes qui ont développé des relations illicites s’allient à des partenaires provenant de groupes semblables.

    Catégorie

    Nombre de relations

    %

    Alliances considérées

    49

    100

    Alliances précédées par une relation illicite (ARI)

    17

    34,7

    Alliances avec un groupe « top 25 » *

    14

    28,6

    ARI avec un groupe « top 25 »

    9

    18,4

    ARI avec un groupe « top 25 » en % des ARI

    9 sur 14

    64,3 %

    Tableau 50. – Relations illicites, alliances et réseaux sexuels dans le groupe Bessard 7, 1833-1900.
    * « top 25 » : le conjoint appartient à l’un des 25 groupes avec le plus grand nombre d’IIRI au XIXe siècle.

    19Comme nous l’avons vu pour le XVIIIe siècle, le concept de « bastardy-prone sub-society » est toutefois à nuancer. Les groupes aux comportements sexuels hétérodoxes ne forment pas une « sub-society » isolée et marginalisée du reste de la communauté : au contraire, nous avons l’impression que ces groupes sont bien intégrés, surtout pendant la première moitié du XIXe siècle, souvent grâce aux relations politiques privilégiées et aux solidarités à l’intérieur du même milieu politique. Si une tendance à la formation de sous-réseaux homogènes peut être observée, elle se base plutôt sur des idées politiques partagées que sur des comportements sexuels.

    20Cette observation est confirmée par l’étude de la parenté spirituelle : les parrains et marraines du groupe Bessard 7, ou d’un groupe similaire comme les Michellod 5, appartiennent souvent à la faction d’opposition, mais ils ne sont pas nécessairement issus de familles comptant beaucoup d’IIRI. Le parrainage et les solidarités politiques servent d’instrument pour garantir l’insertion dans la société locale.

    21Du point de vue socio-économique, les IIRI proviennent le plus souvent d’un milieu populaire. Ils ne sont pas toujours pauvres pour autant : les frères Bessard, par exemple, sont des artisans qui possèdent une boulangerie, un moulin et d’autres biens immobiliers. L’entretien des enfants illégitimes est d’ailleurs réglé par des contrats à l’intérieur du groupe8.

    22D’un autre point de vue, toutes les familles populaires, voire pauvres, n’ont pas des comportements sexuels particuliers. Considérons une liste de pauvres de la commune, compilée par les autorités locales en 1864 : on y trouve de nombreux individus provenant de groupes avec une discipline sexuelle restrictive, comme les Ferrez, les Masson, les May, les Rebord, les Rossoz9… Ce n’est donc pas uniquement un problème de couche sociale : à l’intérieur de groupes tout à fait semblables, nous observons des comportements sexuels très différents.

    23Ces comportements sont en partie des attitudes inconscientes, liées aux valeurs familiales héritées. Mais la plupart des individus cités ont des idées assez précises sur la religion et la morale sexuelle : beaucoup d’entre eux sont en effet des radicaux, ou proviennent de familles qui comptent des libéraux ou des radicaux dans leurs rangs.

    Sexe et radicalisme à la montagne

    24À Bagnes, les groupes parentaux qui manifestent le plus grand nombre de comportements proscrits par la morale catholique sont majoritairement des groupes clairement radicaux ou qui comptent plusieurs de leurs membres dans le milieu libéral-radical10.

    25La branche Bessard 7, par exemple – avec quatorze enfants illégitimes et vingt-huit conceptions hors mariage – et la branche Dumoulin 6 (11 et 25), figurent en tête de notre classement : elles appartiennent toutes deux au noyau radical11. Nous retrouvons ensuite les Besson 14 (11 et 19), dont au moins un représentant – Jérémie – figure en 1844 parmi les radicaux de la Jeune Suisse.

    26Plusieurs autres groupes produisant beaucoup d’enfants illégitimes sont sans doute liés à cette même faction : les Oillet 3, les Fellay 8, les Morend 10, les Fellay 34, les Carron 9, les Besse 30, les Alter 5, les Besson 3, les Michaud 14, etc. D’autres parents illégitimes appartiennent à des groupes qui comptent dans leurs rangs plusieurs radicaux, mais aussi des conservateurs, comme les Corthay 5 et les Vaudan 10. Dans ces cas, le groupe familial et son lieu de résidence jouent un rôle important : les éléments radicaux résident plutôt dans les villages du bas de la vallée – là où les minorités radicales sont plus nombreuses – et ont plusieurs enfants illégitimes12.

    27Parmi les vingt-six groupes qui produisent le nombre le plus élevé d’enfants illégitimes (87,3 % du total au XIXe siècle), dix-neuf sont des groupes clairement radicaux et deux autres branches comptent de nombreux radicaux dans leurs rangs. Cela ne signifie pas uniquement que les activistes de cette faction appartiennent aux branches d’où proviennent les enfants illégitimes, mais qu’en général ils leur sont très proches du point de vue de la parenté. Ces dix-neuf branches radicales mettent au monde le 63,6 % de tous les IIRI de Bagnes au XIXe siècle. Et si l’on isole les dix branches qui appartiennent au noyau de la faction radicale pendant la période 1840-1900, on observe qu’elles sont responsables de la naissance de 38,7 % des IIRI de la vallée (avec 4,3 % des baptêmes)13.

    28Les radicaux ne sont cependant pas les seuls à manifester des attitudes moins contrôlées dans le domaine sexuel. Curieusement, on retrouve de nombreux enfants illégitimes dans la parenté de quelques leaders conservateurs : celle de Jean-Joseph Alter (dont la fille est toutefois mariée à un radical), de Maurice-Chrisostome Besson, ou d’Étienne(-Joseph) Cretton. Ce dernier appartient à un groupe quelque peu atypique, rangé du côté conservateur mais avec plusieurs liens avec le milieu libéral du Châble. Ces militants sont très actifs vers la moitié du siècle, mais – d’après nos informations – n’appartiennent pas à une dynastie politique clairement conservatrice.

    29En général, les groupes conservateurs ont une discipline sexuelle plus rigide. Considérons les leaders conservateurs des années 1840, et notamment les hommes appartenant à l’association conservatrice « La Vieille Suisse ». Les Jacquemin 1 n’ont que trois conceptions prénuptiales pendant tout le XIXe siècle et aucun enfant illégitime, tout comme les Carron 7 ; les Courthion 3 n’ont que deux conceptions prénuptiales et deux illégitimes, mais ces derniers tardivement – dès 1886 ; les Michellod 20 du Sappey n’ont qu’une seule conception prénuptiale.

    30Les chiffres révèlent donc un comportement sexuel très différent de celui des groupes radicaux14. Certes, il faut considérer le facteur social : mais même des groupes conservateurs populaires, comme celui de Louis Deurin, ont une discipline sexuelle plus restrictive.

    31Historiquement, il y a une différence importante entre les « libertins » de droite et de gauche : les grandes familles radicales de ce milieu, comme les Bessard 7, les Dumoulin 6 et les Besse 30, développent des comportements originaux surtout après l’époque de la polarisation politique, les années 1830 et 184015. Leur relative liberté sexuelle se manifeste en même temps que des prises de position radicales. Alors que les familles conservatrices du même milieu social, tels les Cretton 2, les Corthay 5 et les Vaudan 10, ont développé de tels comportements bien avant cette époque, au moins depuis le XVIIIe siècle. Cela montre qu’il s’agit de deux phénomènes sensiblement différents.

    32Pour le groupe radical, la lutte contre la morale catholique s’inscrit directement dans une opposition aux ingérences du clergé dans la vie privée et à l’enseignement donné dans les écoles de la vallée. Pour le clan conservateur, la genèse des comportements sexuels déviants est indépendante de l’idéologie : ils semblent liés à une certaine décadence ou marginalisation sociale – comme dans le cas de Jean-Joseph Alter. De plus, l’engagement politique de certains militants conservateurs est plutôt un fait individuel que le résultat d’une loyauté familiale.

    Intégration et exclusion

    33L’avènement du radicalisme dans la vallée semble donc entraîner une certaine tolérance sexuelle. Cette dernière s’applique-t-elle aussi aux enfants nés de relations illicites ? Que pouvons-nous dire de l’intégration sociale des enfants illégitimes ou légitimés après leur naissance ?

    34Nous savons que dans la plaine du Rhône l’intégration sociale des enfants illégitimes augmente au XIXe siècle : les enfants sans père légitime avaient des chances de survie clairement inférieures à la moyenne au XVIIIe siècle ; toutefois l’espérance de vie des illégitimes augmente de façon significative après 180016. Au XIXe siècle, cette évolution s’accompagne d’une nouvelle législation qui permet aux « bâtards » d’hériter de leur mère : il semble donc qu’ils soient mieux intégrés dans la société.

    35Pour Bagnes, les données relatives à l’espérance de vie sont lacunaires, étant donné que dans 46 % des naissances illégitimes, seule figure la date du baptême. Ce pourcentage diminue au début du XIXe siècle, mais quelle en est la raison ? Est-ce une amélioration des conditions de vie ou simplement le résultat d’une information plus riche ?

    Image

    Tableau 51a. – Informations biographiques sur les enfants illégitimes, 1650-1900.

    36En pourcentage :

    Image

    Tableau 51b. – Informations biographiques sur les enfants illégitimes, 1650-1900, pourcentages.

    37Nous pouvons supposer qu’une évolution substantielle a eu lieu entre le XVIIIe et le XIXe siècle : le pourcentage de ceux qui ont certainement survécu après les dix premières années de vie augmente de façon significative : de 24 % (1750-1799) à plus de 58 % (1800-1849). Après quoi, les données redeviennent plus incertaines, puisque nous ne pouvons plus suivre les biographies des enfants nés après 1850 et dont le décès est survenu après 1900 car ils n’apparaissent pas dans le travail généalogique.

    38L’élément le plus fiable pour évaluer l’intégration sociale des enfants illégitimes est à notre sens la fréquence des mariages : si les illégitimes se marient et fondent une famille, cela est un indice fort de leur intégration dans la communauté. Or, l’évolution relative n’est pas facile à interpréter : la nuptialité des illégitimes augmente sensiblement au début du XIXe siècle, mais ce n’est pas un phénomène nouveau. Leur nuptialité était déjà élevée pendant la première moitié du XVIIIe siècle. Cela pourrait être une conséquence indirecte d’une période économique favorable avant 1710, mais nous ne le savons pas avec certitude.

    39Ce qui est plus sûr, c’est qu’entre 1800 et 1850 plus d’un tiers des illégitimes (au moins 35 %, 39 % même, si on prend en compte aussi cinq mariages dont nous ne connaissons pas la date exacte, mais qui probablement ont eu lieu durant cette période) fondent une famille, dans la majorité des cas (25 sur 30) avec un conjoint de la commune. 23 % vivent en célibataire dans la commune, tandis que seuls 41,5 % sont certainement morts avant l’âge adulte ou n’ont laissé aucune trace après leur baptême, ce qui est peu par rapport aux autres époques considérées. De plus, plusieurs mères illégitimes se marient, malgré le fait qu’elles sont en charge d’un enfant conçu avec un autre homme17.

    40Durant la première moitié du siècle, l’époque de la formation d’un courant libéral-radical, on assiste donc à une relative tolérance et à une intégration des enfants illégitimes et de leurs mères18. Vers la moitié du siècle, à l’époque des crises économique et politique, la situation par contre se détériore. La pratique administrative se durcit face aux pauvres et aux mères illégitimes, et la recherche en paternité devient l’exception. La charge de l’enfant illégitime étant attribuée uniquement à la mère, une partie d’entre eux est marginalisée et s’en trouve appauvrie, parfois même privée des droits de bourgeoisie parce qu’elle ne possède plus aucun patrimoine. Nous observons que plusieurs enfants apparaissent désormais dans la liste des « heimatlos ». Nous ne savons pas quelle est la nuptialité de ces personnes, parce qu’une partie des mariages conclus au XIXe siècle nous échappe : l’impression est toutefois que cette nuptialité décline, et que ceux qui se marient le font le plus souvent en dehors de la vallée.

    41Le rapport entre sexualité et politique, voire entre sexualité et radicalisme, n’est donc pas sans contradictions : si la tendance des familles du groupe radical aux relations illicites est indiscutable, c’est aussi ce courant idéologique qui contribue à détériorer le cadre juridique pour les enfants illégitimes. Pour l’élite radicale, qui en partie s’installe dans des positions de pouvoir pendant la deuxième moitié du siècle, les conceptions catholiques d’assistance et de charité sont à réformer, et par conséquent un vent plus froid souffle désormais pour les pauvres et les groupes marginaux19. Les victimes en sont les familles les plus démunies et une partie des groupes avec des comportements sexuels particuliers, qui doivent se débrouiller seuls ou en recourant à leurs parents, sans pouvoir espérer une aide de la communauté. Vers la fin du siècle, l’illégitimité devient plus qu’avant un phénomène concernant les groupes populaires et en partie marginaux. À l’époque du faux-monnayeur Farinet, dans les années 1870, on pourra observer un nouveau conflit entre un milieu de notables radicaux et les éléments populaires de la même faction, sexuellement plus indisciplinés : les comportements sociaux différents ouvrent donc de nouveaux fronts à l’intérieur même des factions politiques.

    Conclusions : sexe et politique

    42Le lien entre sexe et politique occupe presque quotidiennement les journaux. De nouvelles approches ont essayé d’approfondir cette relation : deux études récentes ont mis les apparences physiques de plusieurs politicien-ne-s français et suisses en relation directe avec leur succès politique ; on peut supposer que l’attrait sexuel y est dans une mesure essentielle20. Mais la nature de ce lien reste difficile à conceptualiser : si de nombreuses recherches ont établi une relation entre idéologies et conceptions de la sexualité, l’interprétation des orientations individuelles reste – à notre connaissance – peu étudiée.

    43L’interprétation des comportements sexuels et la comparaison avec nos données sur les factions politiques, nous ont permis d’indiquer quelques pistes de recherches intéressantes. Comme nous le verrons plus en détail dans les chapitres suivants, les transformations dans la vie sexuelle recomposent des réseaux sociaux et des milieux spécifiques, elles influencent la réorganisation des factions locales et tissent la toile de fond des événements politiques des années 1870-1900.

    44En ce sens, le regard micro-historique permet d’intégrer des variables trop souvent négligées dans l’analyse sociale et politique. L’attitude par rapport à la morale catholique, à l’autre sexe, et la transmission de valeurs sociales, morales dans les groupes parentaux, deviennent des variables significatives et influentes. En d’autres termes : les conflits politiques, à plusieurs reprises violents, qui agitent la société valaisanne – comme le reste de l’Europe – au XIXe siècle, ne sont pas dus uniquement à des idées politiques différentes, mais en partie aussi à des attitudes divergentes envers la famille, la sexualité, la religion et l’autre sexe. Les attitudes sexuelles apparaissent alors comme un élément central dans la formation de milieux sociopolitiques différents21.

    45Nous ne savons pas dans quelle mesure cette analyse peut être généralisée aux oppositions entre conservateurs et libéraux-radicaux dans l’Europe du XIXe siècle22. Ce qui émerge du croisement de données généalogiques et politiques, c’est assurément que la polarisation politique du XIXe siècle repose aussi sur des attitudes reçues et de puissants facteurs émotionnels. La composante sexuelle et l’élément de différentes esthétiques de classe et de milieu doivent donc être considérés attentivement.

    Notes de bas de page

    1 Markus Mattmüller, Bevölkerungsgeschichte der Schweiz, T. 1, Die Frühe Neuzeit, Basel, 1987 ; cf. par exemple E. Anthony Wrigley et Roger S. Schofield, The Population History of England 1541-1871 : a reconstruction, London, Edward Arnold, 1981. Christian Pfister, Bevölkerungsgeschichte und historische Demographie, 1500-1800, München, R. Oldenbourg, 1994.

    2 Eva Sutter, Ein Act des Leichtsinns und der Sünde : Illegitimität im Kanton Zürich : Recht, Moral und Lebensrealität (1800-1860), Zurich, Chronos-Verlag, 1995, p. 303 (trad. S. Guzzi-Heeb).

    3 Il est vrai qu’en Valais la pauvreté devient un objet de préoccupation croissante pendant la première moitié du XIXe siècle, mais l’augmentation des naissances illégitimes est une tendance de longue durée : un rapport avec l’augmentation de la pauvreté n’est pas une explication suffisante. Voir Daniel Salamin, Pauvreté et assistance en Valais au XIXe siècle. Le cas de la commune de Bagnes, mémoire de licence, université de Genève, 1976.

    4 En décembre 1842, par exemple, Pierre-Antoine Roserens, domestique chez feue Anne-Christine Droz et son mari, est accusé d’avoir eu pendant une période prolongée une relation sexuelle avec sa patronne. L’affaire est dévoilée uniquement parce que Roserens est institué héritier dans le testament de Droz, ce qui est naturellement contesté par le mari et par les autres héritiers (ACBg, J107, 17.12.1842 ; 5.02.184). L’affaire suggère que les personnes mariées pouvaient avoir de nombreuses occasions de rapports sexuels cachés, si ceux-ci n’avaient pas de conséquences « scandaleuses » pour la communauté.

    5 Recueil des lois, décrets et arrêtés du canton du Valais dès 1857 à 1865, t. X, Sion, 1865, p. 127-128 ; cf. Marie-France Vouilloz Burnier, « Le rapport médico-légal dans les cas d’infanticide en Valais au XIXe siècle », in Gesnerus 56, 1999, p. 69-95.

    6 Casanovaet al., Familles de Bagnes, op. cit.

    7 Archives du tribunal d’Entremont, 5075 A1, 29 avril 1862.

    8 Voir par exemple le contrat d’entretien entre Étienne-Joseph Bessard et son neveu François-Joseph à propos du fils naturel de Catherine Bessard, sœur d’Étienne, 6 mai 1850 : arch. du CREPA, fonds M.-Thérèse Formaz, n. 165.

    9 ACBg, P1091/1/2.

    10 Comme nous l’avons vu, nous disposons de plusieurs sources qui nous informent sur les orientations politiques de nombreux individus : il s’agit de pétitions, de listes compilées par les autorités au lendemain des affrontements entre radicaux et conservateurs de 1844, de documents judiciaires, etc. (cf. partie II, chap. i). Pour une analyse des logiques parentales dans la mobilisation politique, voir Sandro Guzzi-Heeb, « Politique et réseaux. Logiques de la mobilisation politique populaire dans une vallée alpine 1839-1900 », in Revue d’histoire du XIXe siècle 36, 2008/1, p. 119-131.

    11 Ce n’est pas un hasard : dans la branche radicale de la famille Dumoulin, nous avons onze illégitimes entre 1830 et 1890 (mais surtout 1860-1890), tandis qu’il n’y en a qu’une dans toutes les autres branches.

    12 Sur la composition des partis et l’influence des rapports familiaux, voir Sandro Guzzi-Heeb, Politique et réseaux, op. cit.

    13 Ces chiffres sont encore partiels, puisqu’on devrait considérer aussi de grandes branches telles que les Corthay 5 ou les Vaudan 10, dont sont issus soit des radicaux, soit des conservateurs. Ce sont les Corthay des villages du bas de la vallée qui sympathisent avec les radicaux, et qui ont un nombre remarquable de IIRI.

    14 De plus, comme nous le verrons par la suite, les familles du noyau conservateur n’adoptent pas de mesures contraceptives au XIXe siècle ou les adoptent plus tard que les autres. Cf. partie II, chap. vii.

    15 Comme toujours, des exceptions peuvent être observées : le groupe Besson 14, par exemple, avait mis au monde plusieurs illégitimes au XVIIIe siècle déjà.

    16 S. Guzzi-Heeb, Donne, uomini, parentela…, op. cit., p. 239-241.

    17 Voir par exemple le cas de Marie-Angélique Carron dans Myriam Evéquoz-Dayen, « L’honneur menacée de Marie-Angélique Carron », in M.-France Vouilloz Burnier et Barbara Guntern Anthamatten (éd.), Valaisannes d’hier et d’aujourd’hui : la longue marche vers l’égalité. Gleichstellung ? Ein langer Weg… : Walliserinnen gestern und heute, Sierre-Visp, Monographic, Rotten Verlag, 2003, p. 31-36.

    18 La famille radicale de Louis Morend peut être citée comme exemple d’une relative intégration locale. Enfant illégitime, Morend est inscrit comme non communier en 1846. Il figure sur la liste de ceux qui ont pris les armes durant les journées des 20 et 21 mai 1844. Qualifié de vice-président de la Jeune Suisse, il figure sur la liste des membres qui renoncent à cette société. Sa mère naturelle, Louise Bruchez (BRU/3-28721), se marie avec Jean-Pierre Thomas, originaire de Saxon, et le couple vit au Châble. En 1849, toutefois, Morend émigre avec sa famille aux États-Unis où il s’établit comme propriétaire laboureur.

    19 Salamin, Pauvreté et assistance en Valais, op. cit. ; Gérald Berthoud, Anthropologie de la marginalité : Bagnes au 19e s., in Cahiers de l’Alliance culturelle romande, 23, 1977, p. 80-86

    20 John Antonakis et Olaf Dalgas, Predicting Elections : Child’s Play !, in Science 27, février 2009, p. 1183. Cf. Georg Lutz, The Electoral Success of Beauties and Beasts, FORS Working Papers Series, Paper 2009-2, Lausanne, FORS 2009 [http://www2.unil.ch/fors/IMG/pdf/FORS_WPS_2009-02_Lutz-3.pdf], consulté le 17 novembre 2009.

    21 Sandro Guzzi-Heeb, Kinship, Ritual Kinship and Political Milieus in an alpine Valley in 19th century, in The History of the Family 14, 2009/1, p. 107-123.

    22 Les données plus fragmentaires relatives à la communauté de Vouvry, dans la plaine du Rhône, semblent en tout cas indiquer que Bagnes n’était pas un cas particulier : des liens similaires sont observables entre milieu libéral-radical et comportements sexuels. Sur Vouvry, cf. S. Guzzi-Heeb, Von der Familien-zur Verwandtschaftsgeschichte : der mikro-historische Blick. Geschichten von Verwandten im Walliser Dorf Vouvry zwischen 1750 und 1850, in Historical Social Research, 2005, p. 107-129.

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    1 Markus Mattmüller, Bevölkerungsgeschichte der Schweiz, T. 1, Die Frühe Neuzeit, Basel, 1987 ; cf. par exemple E. Anthony Wrigley et Roger S. Schofield, The Population History of England 1541-1871 : a reconstruction, London, Edward Arnold, 1981. Christian Pfister, Bevölkerungsgeschichte und historische Demographie, 1500-1800, München, R. Oldenbourg, 1994.

    2 Eva Sutter, Ein Act des Leichtsinns und der Sünde : Illegitimität im Kanton Zürich : Recht, Moral und Lebensrealität (1800-1860), Zurich, Chronos-Verlag, 1995, p. 303 (trad. S. Guzzi-Heeb).

    3 Il est vrai qu’en Valais la pauvreté devient un objet de préoccupation croissante pendant la première moitié du XIXe siècle, mais l’augmentation des naissances illégitimes est une tendance de longue durée : un rapport avec l’augmentation de la pauvreté n’est pas une explication suffisante. Voir Daniel Salamin, Pauvreté et assistance en Valais au XIXe siècle. Le cas de la commune de Bagnes, mémoire de licence, université de Genève, 1976.

    4 En décembre 1842, par exemple, Pierre-Antoine Roserens, domestique chez feue Anne-Christine Droz et son mari, est accusé d’avoir eu pendant une période prolongée une relation sexuelle avec sa patronne. L’affaire est dévoilée uniquement parce que Roserens est institué héritier dans le testament de Droz, ce qui est naturellement contesté par le mari et par les autres héritiers (ACBg, J107, 17.12.1842 ; 5.02.184). L’affaire suggère que les personnes mariées pouvaient avoir de nombreuses occasions de rapports sexuels cachés, si ceux-ci n’avaient pas de conséquences « scandaleuses » pour la communauté.

    5 Recueil des lois, décrets et arrêtés du canton du Valais dès 1857 à 1865, t. X, Sion, 1865, p. 127-128 ; cf. Marie-France Vouilloz Burnier, « Le rapport médico-légal dans les cas d’infanticide en Valais au XIXe siècle », in Gesnerus 56, 1999, p. 69-95.

    6 Casanovaet al., Familles de Bagnes, op. cit.

    7 Archives du tribunal d’Entremont, 5075 A1, 29 avril 1862.

    8 Voir par exemple le contrat d’entretien entre Étienne-Joseph Bessard et son neveu François-Joseph à propos du fils naturel de Catherine Bessard, sœur d’Étienne, 6 mai 1850 : arch. du CREPA, fonds M.-Thérèse Formaz, n. 165.

    9 ACBg, P1091/1/2.

    10 Comme nous l’avons vu, nous disposons de plusieurs sources qui nous informent sur les orientations politiques de nombreux individus : il s’agit de pétitions, de listes compilées par les autorités au lendemain des affrontements entre radicaux et conservateurs de 1844, de documents judiciaires, etc. (cf. partie II, chap. i). Pour une analyse des logiques parentales dans la mobilisation politique, voir Sandro Guzzi-Heeb, « Politique et réseaux. Logiques de la mobilisation politique populaire dans une vallée alpine 1839-1900 », in Revue d’histoire du XIXe siècle 36, 2008/1, p. 119-131.

    11 Ce n’est pas un hasard : dans la branche radicale de la famille Dumoulin, nous avons onze illégitimes entre 1830 et 1890 (mais surtout 1860-1890), tandis qu’il n’y en a qu’une dans toutes les autres branches.

    12 Sur la composition des partis et l’influence des rapports familiaux, voir Sandro Guzzi-Heeb, Politique et réseaux, op. cit.

    13 Ces chiffres sont encore partiels, puisqu’on devrait considérer aussi de grandes branches telles que les Corthay 5 ou les Vaudan 10, dont sont issus soit des radicaux, soit des conservateurs. Ce sont les Corthay des villages du bas de la vallée qui sympathisent avec les radicaux, et qui ont un nombre remarquable de IIRI.

    14 De plus, comme nous le verrons par la suite, les familles du noyau conservateur n’adoptent pas de mesures contraceptives au XIXe siècle ou les adoptent plus tard que les autres. Cf. partie II, chap. vii.

    15 Comme toujours, des exceptions peuvent être observées : le groupe Besson 14, par exemple, avait mis au monde plusieurs illégitimes au XVIIIe siècle déjà.

    16 S. Guzzi-Heeb, Donne, uomini, parentela…, op. cit., p. 239-241.

    17 Voir par exemple le cas de Marie-Angélique Carron dans Myriam Evéquoz-Dayen, « L’honneur menacée de Marie-Angélique Carron », in M.-France Vouilloz Burnier et Barbara Guntern Anthamatten (éd.), Valaisannes d’hier et d’aujourd’hui : la longue marche vers l’égalité. Gleichstellung ? Ein langer Weg… : Walliserinnen gestern und heute, Sierre-Visp, Monographic, Rotten Verlag, 2003, p. 31-36.

    18 La famille radicale de Louis Morend peut être citée comme exemple d’une relative intégration locale. Enfant illégitime, Morend est inscrit comme non communier en 1846. Il figure sur la liste de ceux qui ont pris les armes durant les journées des 20 et 21 mai 1844. Qualifié de vice-président de la Jeune Suisse, il figure sur la liste des membres qui renoncent à cette société. Sa mère naturelle, Louise Bruchez (BRU/3-28721), se marie avec Jean-Pierre Thomas, originaire de Saxon, et le couple vit au Châble. En 1849, toutefois, Morend émigre avec sa famille aux États-Unis où il s’établit comme propriétaire laboureur.

    19 Salamin, Pauvreté et assistance en Valais, op. cit. ; Gérald Berthoud, Anthropologie de la marginalité : Bagnes au 19e s., in Cahiers de l’Alliance culturelle romande, 23, 1977, p. 80-86

    20 John Antonakis et Olaf Dalgas, Predicting Elections : Child’s Play !, in Science 27, février 2009, p. 1183. Cf. Georg Lutz, The Electoral Success of Beauties and Beasts, FORS Working Papers Series, Paper 2009-2, Lausanne, FORS 2009 [http://www2.unil.ch/fors/IMG/pdf/FORS_WPS_2009-02_Lutz-3.pdf], consulté le 17 novembre 2009.

    21 Sandro Guzzi-Heeb, Kinship, Ritual Kinship and Political Milieus in an alpine Valley in 19th century, in The History of the Family 14, 2009/1, p. 107-123.

    22 Les données plus fragmentaires relatives à la communauté de Vouvry, dans la plaine du Rhône, semblent en tout cas indiquer que Bagnes n’était pas un cas particulier : des liens similaires sont observables entre milieu libéral-radical et comportements sexuels. Sur Vouvry, cf. S. Guzzi-Heeb, Von der Familien-zur Verwandtschaftsgeschichte : der mikro-historische Blick. Geschichten von Verwandten im Walliser Dorf Vouvry zwischen 1750 und 1850, in Historical Social Research, 2005, p. 107-129.

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    Guzzi-Heeb, S. (2014). Chapitre IV. Sexe, politique et conflits sociaux au XIXe siècle. In Passions alpines. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.51072
    Guzzi-Heeb, Sandro. « Chapitre IV. Sexe, politique et conflits sociaux au XIXe siècle ». In Passions alpines. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2014. doi:10.4000/books.pur.51072.
    Guzzi-Heeb, Sandro. « Chapitre IV. Sexe, politique et conflits sociaux au XIXe siècle ». Passions alpines, Presses universitaires de Rennes, 2014, https://doi.org/10.4000/books.pur.51072.

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    Guzzi-Heeb, S. (2014). Passions alpines. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.51055
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    Guzzi-Heeb, Sandro. Passions alpines. Presses universitaires de Rennes, 2014, https://doi.org/10.4000/books.pur.51055.
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