Chapitre II. La quête de liberté
p. 35-54
Texte intégral
L’émeute du 29 août 1745
1En ce jeudi 26 août 1745, Jean-Joseph Claret, abbé de Saint-Maurice, part pour la vallée de Bagnes (Valais), dont il est le seigneur spirituel et temporel. En soi, ce séjour dans la vallée n’a rien d’exceptionnel : l’abbé prévoit de rester quelque temps dans sa maison forte du Châble, le principal village de la commune, afin d’assister à ses assises ordinaires et de superviser certains travaux concernant sa bâtisse, la maison abbatiale. C’est en effet une habitude des abbés de séjourner en villégiature à Bagnes plusieurs fois par année, le plus souvent accompagnés de confrères. Les chanoines reçoivent beaucoup à l’occasion de banquets pendant lesquels on sert du gibier chassé dans la vallée et du vin que l’abbé prend soin de faire venir depuis la plaine.
2Cependant, en été 1745, le séjour des chanoines à la montagne s’annonce moins paisible qu’à l’accoutumée. Le dimanche précédent, l’abbé a fait publier un mandat par lequel il interdit aux individus devenus « nouveaux communiers » de jouir des biens bourgeoisiaux sans son consentement. Les communiers sont les « bourgeois » ou membres de la communauté qui possèdent les droits politiques et de jouissance des biens communaux (alpages, forêts, etc.). Or, la teneur du mandat n’a pas plu à tout le monde. Au début du mois d’août 1745, deux ressortissants de Bagnes, Angelin Besse et Jean Bruchez, ont déjà porté plainte auprès de l’évêque de Sion1.
3Dans la semaine qui suit la première publication du mandat, quatre nouveaux bourgeois se plaignent auprès de l’évêque de Sion et du grand bailli du Valais d’avoir été molestés par d’anciens communiers. Ils demandent donc la permission de réunir les charge-ayants de la commune, afin de confirmer officiellement leurs droits. Malgré ces manœuvres, le 29 août, à la sortie de la messe, le mandat de l’abbé est publié comme à l’accoutumée pour la seconde fois. C’est alors que l’émeute éclate.
4Le matin, les opposants se sont réunis dans la maison communale. Les esprits sont échauffés par les discours et le vin. Après la messe et la publication du mandat – selon les sources de l’abbaye de Saint-Maurice – les agitateurs attisent la colère de la foule. Deux des quatre syndics de la communauté sont attaqués ; l’agression en laisse un sans connaissance ; paniqué, l’autre court se réfugier dans la « maison de l’Abbaye » toute proche. L’abbé croit le mettre en sécurité en l’enfermant dans une chambre au dernier étage2.
5Cependant, cet asile ne réfrène pas la colère de la population qui entre par la force dans la maison de l’abbaye, enfonce des portes, brise des fenêtres et entraîne les chevaux hors de leur écurie. Les émeutiers délogent l’abbé Jean-Joseph Claret de sa maison, l’agressent verbalement et physiquement et le poussent dans son jardin. Là, si l’on croit le récit de l’abbé, la foule le malmène pendant plus de trois heures et le contraint finalement à révoquer son mandat. L’abbé signe deux billets dans lesquels il déclare, d’une part, que la communauté est maintenue dans ses droits et privilèges, et, d’autre part, que les nouveaux communiers prêteront désormais serment au lieutenant en place plutôt qu’à l’abbé3.
6Cependant, le succès des émeutiers ne dure pas. Rentré à Saint-Maurice, l’abbé Claret porte plainte auprès de la Diète valaisanne, l’organe législatif de la république des Sept Dizains. Dès le 3 septembre, la répression commence : le soulèvement va donner lieu à un procès dirigé par François-Joseph Burgener, à la fois grand bailli du Valais et grand châtelain de Bagnes.
7Les villages de la commune sont condamnés à payer les frais du procès, ainsi que les dépenses relatives au voyage et au séjour des assesseurs. Seuls Bruson et quelques particuliers qui ont soutenu l’abbé sont exemptés de cette amende. De plus, les émeutiers reconnus coupables (leur nombre varie selon les sources entre 80 et 120) doivent payer une amende individuelle et venir s’agenouiller devant l’abbé en signe de soumission4. La peine pécuniaire imposée à la communauté s’élève autour des 6 600 florins. L’abbé assure que les émeutiers ont été durement châtiés, alors que le grand bailli parle de « douce punition ».
8Suite au procès, un « nouveau règlement » en onze articles est adopté. Les nouveaux communiers ne seront désormais reçus qu’avec le consentement de l’abbé, conformément à la teneur du mandat du 20 août, et ils devront jurer fidélité à leur seigneur. La bourgeoisie pourra exclure des communiers pour autant qu’elle avance des arguments légaux. Quant au lieutenant en charge, il pourra assister aux réunions du conseil. À première vue, l’émeute s’achève donc par une victoire complète du seigneur. Un conflit sans conséquences, donc ?
9L’approche micro-historique des événements de Bagnes suggère qu’il s’agit en réalité d’une question de méthode et d’échelle d’observation. Si l’on s’en tient uniquement aux récits officiels et aux sources politiques, nous aurons l’impression d’un mouvement improvisé et naïf qui confirmerait l’incapacité politique des paysans de montagne. Plusieurs historiens, à l’instar de Daniel Roche, ont cependant reconnu le fait que « la politique populaire […] met en valeur des capacités de réflexion et d’organisation aussi valables que celle des élites » ; ils pensent néanmoins que celles-ci seraient « plus difficiles à saisir parce qu’inorganisées et indifférenciées5 ».
10L’analyse détaillée des réseaux sociaux qui influencent la mobilisation permet toutefois de mieux saisir les formes d’organisation des groupes populaires, d’en mettre en exergue les objectifs à long terme, les formes cachées d’organisation. Dans notre perspective, la révolte ouverte n’est en effet qu’un élément – particulièrement spectaculaire – d’une lutte politique de longue haleine, pendant laquelle l’opposition au seigneur ne se borne point à réagir aux interventions du pouvoir, mais représente une partie active et organisée du conflit. Cette analyse permettra de mettre en lumière plusieurs aspects surprenants et originaux dans la perspective des études sur les conflits sociaux de l’Ancien Régime6.
Les protagonistes
11Pour comprendre la richesse de la politique locale, il faut d’abord appréhender les personnes, les acteurs. Qui sont les protagonistes du mouvement de 1745 ? Qui en sont les leaders ?
12Comme je l’ai mentionné, nous possédons deux listes des inculpés et des condamnés, compilées par les autorités en collaboration avec l’abbé – qui est naturellement partie prenante – après la révolte. Comment les interpréter ? Sont-elles le reflet fidèle de la participation à l’émeute ou bien l’énumération des hommes que l’abbé a voulu frapper ? Nous ne le savons pas, mais dans les deux cas, nous pouvons supposer qu’elles reflètent assez fidèlement les adversaires les plus redoutés par le seigneur.
13Parmi ces opposants, nous relevons quelques notables qui ne sont pas natifs de Bagnes. L’abbé accuse notamment Pierre Joseph Gay (ou Guex) – un habitant de Martigny, bourg le plus important de la région – d’avoir mené la « populace » à la révolte. Gay aurait été conseillé et soutenu par le notaire Étienne Ganioz, lui aussi un influent bourgeois de Martigny et, depuis 1724, bourgeois de Bagnes7. Ces deux personnages sont soutenus par d’autres « nouveaux communiers » directement concernés par le conflit avec l’abbé : il s’agit par exemple des Ducret, marchands originaires de Sallanches (Savoie), qui entretiennent des contacts réguliers avec Bagnes depuis la fin du XVIIe siècle et jouent un rôle remarquable dans le commerce du bétail de la vallée.
14Mais les nouveaux communiers ne sont pas seuls dans leur opposition au mandat abbatial, bien au contraire : parmi les inculpés de l’émeute de 1745, nous retrouvons une large partie de l’élite locale, plusieurs riches propriétaires, des notables influents et des détenteurs de charges locales. Parmi eux notamment, le lieutenant de Bagnes Jean-Pierre Magnin – l’un des plus riches contribuables de la commune – qui sera démis de sa fonction au lendemain de la révolte. D’autres personnalités fortunées y jouent un rôle clé : le sautier Étienne Gard de Versegères et le notaire Jean-Pierre Coutaz du Châble8. Plusieurs autres participants à l’émeute ont une position sociale semblable. Beaucoup ont occupé des charges politiques, certains jouissent d’un patrimoine considérable ; souvent, ils possèdent des droits d’alpage ou pratiquent le commerce local. On pourrait donc supposer que, par ces inculpations, l’abbé a voulu frapper l’élite de la commune tout entière.
15Cependant, une analyse plus rapprochée nous montre que plusieurs notables importants sont épargnés par la répression. Par ailleurs, nous retrouvons parmi les émeutiers de nombreuses personnes qui, selon les cadastres de Bagnes de la moitié du siècle, ne possèdent pas un patrimoine important, voire peu de substance9. En fait, la communauté ne présente pas un front uni, solidaire, dans la résistance contre le seigneur : les émeutiers vont se heurter à de fortes oppositions au sein même de la vallée. Les conflits du XVIIIe siècle semblent donc plutôt indiquer l’existence de plusieurs factions antagonistes.
16Au moins deux groupes s’affrontent dans la révolte de 1745. S’il est assez aisé de connaître les émeutiers grâce aux listes dressées à l’issue de l’enquête, il est par contre plus difficile d’identifier leurs adversaires. Parmi ces derniers, nous relevons des traces de plusieurs partisans de l’ordre établi, représenté par l’abbé de Saint-Maurice : avant la révolte, ils s’opposent activement à la jouissance des biens bourgeoisiaux par les nouveaux communiers et, lors de l’émeute, sont en partie attaqués par les opposants à l’abbé. La seule personne mentionnée nommément comme cible des émeutiers est le conseiller Martin Vaudan, de Bruson. En 1741, Vaudan a accédé au poste de syndic ; fort de cette fonction, il défend les intérêts de son village contre le reste de la communauté en s’opposant aux arrêts édictés par cette dernière dans le conflit concernant une forêt. Le village de Bruson semble d’ailleurs le centre des partisans de l’abbé, au point qu’il sera largement épargné par la répression.
17Pendant l’émeute, des élus et deux syndics ont en outre été maltraités par les émeutiers. Parmi ces derniers figure probablement André Terrettaz du Châble. Quant aux autres, leur identification est moins évidente. On peut toutefois supposer que les officiers qui ont été nommés en remplacement des mutins n’ont pas participé à la révolte puisque l’abbé leur témoigne sa confiance. Il s’agit d’Étienne Brief, le nouveau sautier, et de Michel Deléglise, le nouveau lieutenant. En 1747, un second nouveau sautier est en fonction, Gabriel Mabillard. Ce dernier est vraisemblablement un agent de l’abbé. Les témoins de la « Palinodie des Bagnards10 », au nombre de huit11, sont probablement aussi des partisans de l’abbé, puisqu’on retrouve parmi eux le sautier Étienne Brief et le lieutenant Michel Deléglise. Les nouveaux charges-ayants n’appartiennent pas aux couches les plus aisées de la commune : l’abbé semble donc vouloir écarter l’élite locale du pouvoir pour y installer des membres d’autres couches de la société.
18La présence de deux factions distinctes n’est pas surprenante : dans les précédents conflits opposant la commune à l’abbé, les bourgeois n’offraient déjà pas un front uni. La même configuration se présentera à nouveau en 1766, lors de la fondation de la « Grande École » de la commune, lorsque partisans et adversaires de ce nouvel établissement s’affronteront ouvertement. Nous y reviendrons.
19Bien que l’on soit tenté d’analyser les conflits politiques et les réseaux sociaux sous-jacents en attribuant les individus à l’une ou à l’autre faction, la réalité – comme c’est souvent le cas – est bien plus compliquée. Certains personnages, à l’image du puissant curial Jean-Bonaventure Luy, jouent par exemple un rôle ambigu. C’est Luy qui rédige les billets que l’abbé doit signer sous la menace des émeutiers. Le chanoine Charles, archiviste de l’abbaye de Saint-Maurice, l’accuse d’avoir fraternisé avec les émeutiers, arguant que le lieutenant Magnin « s’amusoit avec le curial [Luy] à boire et rire du mauvais traittement que l’on faisoit à Monsieur l’abbé ». Les émeutiers, pourtant, s’en méfient. Ils font vérifier la conformité du billet signé par l’abbé à un lettré. Après l’émeute, Luy sera destitué en tant que curial, mais restera capitaine de l’Entremont, une charge indépendante de l’abbaye de Saint-Maurice. Par la suite, il sera réhabilité dans ses fonctions et, en 1766, il redeviendra un fidèle serviteur de l’abbé.
20La politique locale est certes une question de factions, mais aussi d’opportunisme, de tactique et de flexibilité ; par conséquent, la prudence s’impose dans l’analyse. Pour mener celle-ci à bien, il importe de situer les événements de 1745 dans l’histoire politique locale et de replacer l’émeute dans la longue liste de conflits ayant opposé l’abbaye de Saint-Maurice à une partie de la communauté bagnarde, au moins depuis la fin du XVIIe siècle.
Une tradition conflictuelle
21Entre l’abbaye et la population de Bagnes, plusieurs désaccords surgissent – ou resurgissent – entre la fin du XVIIe et la première moitié du XVIIIe siècle, période qui voit l’émancipation de la communauté. Celle-ci est vraisemblablement favorisée par le fait que, pendant la deuxième moitié du XVIIe siècle, les chanoines de Saint-Maurice n’exercent pas toujours leur droit d’occuper le bénéfice de la cure de Bagnes. Les communiers de Bagnes en profitent pour acquérir des droits très importants et une certaine autonomie : en 1609, l’administration de la justice locale passe définitivement aux mains des officiers bagnards ; les familles locales occupent désormais les charges les plus importantes12. En outre, il s’agit apparemment d’une période d’aisance financière qui permet le rachat d’une partie des dîmes par la communauté. Des sommes importantes sont alors consacrées à la dotation en lieux de culte. Ainsi, plusieurs chapelles sont construites au XVIIe siècle dans les différents villages de la vallée, principalement entre 1620 et 165013. À la fin du siècle cependant, sans doute désireux de mettre un terme à cette période d’affranchissements, les chanoines revendiquent à nouveau le droit d’élire l’un d’eux à la cure de Bagnes.
22Les désaccords entre la communauté et le seigneur de Saint-Maurice portent d’abord sur les provisions des curés et sur des redevances que Bagnes doit verser à l’abbaye.
23Il faut noter encore que dans ces conflits intervient par ailleurs presque systématiquement une tierce partie, à savoir l’évêque de Sion. Sollicité le plus souvent par la communauté, il prend à plusieurs reprises le parti de cette dernière contre l’abbaye. S’il est effectivement le juge compétent lors de conflits entre le seigneur temporel et la communauté, il a tout intérêt à se mêler à ces litiges : son intervention lui permet en effet d’étendre son pouvoir sur les bénéfices contrôlés par l’abbaye et de réduire le pouvoir de celle-ci.
24Ces conflits répétés, qui vont diviser la population pendant des décennies, sont étroitement liés les uns aux autres, et les Bagnards en conservent la mémoire. Quelques mois avant l’émeute de 1745, par exemple, les syndics de Bagnes font rédiger une copie d’un traité signé en 1688 et appelé « Traité de Rome ». De quoi s’agit-il ?
Le Traité de Rome (1688)
25À la suite de la défection du curé François Duret en 1687, des députés de Bagnes, soutenus par la Diète et par l’évêque, prétendent présenter un nouveau curé. Or, l’abbaye s’y oppose et revendique de son côté le droit à nommer un chanoine régulier, issu de ses rangs, pour gouverner cette cure. L’affaire va jusqu’à la cour de Rome, où un accord est conclu, sur un compromis : l’abbé accepte que la communauté présente trois prêtres séculiers à condition de choisir le curé parmi les trois candidats ; en contrepartie, ses sujets sont tenus de verser annuellement à l’abbé quinze pistoles d’Espagne et trois livres de cire blanche14. La communauté va aussitôt user de son droit en plaçant le Bagnard Jean-Baptiste Mabillard, prêtre séculier, à la cure.
26Cependant, ce droit de présentation ne semble pas revêtir une importance primordiale, car la communauté y renonce assez rapidement. Durant tout le XVIIIe siècle, les curés seront en effet des chanoines réguliers issus de l’abbaye et aucun ne sera originaire de la vallée. Cette renonciation au droit de présentation est probablement le signe d’un manque d’unité au sein de la communauté et du conseil pour imposer le candidat de leur choix.
Le second vicariat (1692)
27Quatre ans après l’accord de Rome, la volonté d’autonomie de la commune se manifeste à nouveau, mais par des voies différentes. En 1692, la bourgeoisie, associée au révérend Jean-François Pellissier, résident à Martigny mais originaire de Bagnes, crée un second vicariat15.
28Cette fondation sera une nouvelle source de désaccords entre la communauté et l’abbé, les deux parties prétendant aux droits de collation et de gestion de ce bénéfice. L’élément qui déclenche le conflit est la clause qui confère au curé – à nouveau un chanoine de Saint-Maurice – le choix du vicaire. La fondation de ce second vicariat n’est achevée qu’en 1709, car la communauté est réticente à payer les 18 pistoles d’Espagne dues et à assumer l’entretien du fonds. Un accord précaire est alors trouvé : le capital investi dans cette fondation reste la propriété de la communauté et lorsque les curés n’entretiennent pas le vicaire, les syndics peuvent retenir les cens du capital. Mais cet accord ne met pas fin aux querelles.
L’émancipation du vicaire Pierre Corthay (1721-1722)
29Ce second vicariat sera l’objet d’un nouveau conflit vers 1721-1722. Le vicaire de l’époque, Pierre Corthay, s’était séparé du curé Charles-François Gibsten, prétendant avoir le droit de résider sous son propre toit. Gibsten, qui craint alors qu’on érige le second vicariat en bénéfice séparé de la cure, s’oppose à ces démarches. Encore une fois, une partie de la population s’insurge contre le curé : selon le chanoine Charles, « le plus grand nombre de la populace des huit quarts prenait chaudement le parti de Monsieur Corthay16 ». À la tête de cette faction, le capitaine Jean-Pierre Bruchez, fils du notaire François qui cautionna la fondation de ce vicariat, soutient ouvertement le vicaire dans sa démarche. L’affaire tourne à l’émeute : « les syndics, jurés, officiers de l’abbé et quelques-uns des plus sensés de la paroisse », qui tenaient pour le curé, furent insultés et même maltraités, et obligés de se cacher le jour des Cendres 1721 et le 15 août 1722. La chose fut portée devant l’évêque Supersaxo, à Sion, qui favorisa ouvertement Monsieur Corthay, en le dispensant sous divers prétextes de retourner à la cure17.
Les redevances annuelles
30Les diverses redevances que les sujets doivent au seigneur représentent un autre motif de tension. En 1660, Bagnes doit verser 49 sacs de grains à l’abbaye, ainsi que 96 moutons et brebis. Or, à partir de 1665, la communauté exige une baisse des redevances en grain. En 1718, Bagnes ne doit déjà plus que 44 sacs de grains, mais la réduction n’est officiellement obtenue qu’à l’occasion de la reconnaissance générale de 1735. Cette victoire de la bourgeoisie est peut-être due à un subterfuge, car le document qui aurait permis de calculer précisément le montant de cette redevance a mystérieusement disparu des archives. Il existe d’autres mentions, malheureusement peu précises, d’un conflit assez grave remontant à 1733 et probablement lié à la nouvelle fixation des redevances dans le cadre de la reconnaissance générale18.
31Les redevances en grains et en ovins ne sont pas les seules que la communauté doit aux chanoines. Suite à la fondation toujours inachevée du second vicariat, en 1708-1709, ressurgit l’affaire de la prémice, un vieux conflit qui remonte au moins à 1559. Les paroissiens refusent en effet de s’acquitter de la quartane d’orge que chaque feu doit au curé. La communauté réclame alors l’arbitrage de l’évêque, qui prend fait et cause pour les Bagnards. Dans le projet d’arrangement rédigé en 1708, mais réfuté par les deux parties, la communauté est exemptée de la quartane d’orge, mais devra en contrepartie payer un gros de prémice par feu.
32Un autre conflit concerne la chapelle de Notre-Dame-de-la-Compassion, fondée en 1292, qui bénéficie d’un important capital. Malgré les tentatives de la communauté de s’emparer de ce dernier, cette chapelle reste au bénéfice de l’abbé de Saint-Maurice, ce qui entretient régulièrement le mécontentement des Bagnards. Il faut préciser que le bénéfice est alimenté en partie par une dîme payée par plusieurs notables influents de la vallée : des notables que nous retrouvons sur les listes des inculpés de l’émeute de 1745.
Consommation et nouvelles modes
33Les questions économiques ne sont pas seules à provoquer le mécontentement des communiers de Bagnes. En effet, depuis les années 1730, l’abbé intervient activement dans la vie privée des sujets avec des mandats qui ont le don d’irriter la population. En 1737, par exemple, il interdit l’entrée dans la vallée de l’eau-de-vie et des liqueurs, prétextant qu’elles sont nuisibles à la santé ; il prohibe également la vente ou le port des mouchoirs de soie, de l’indienne et des dentelles étrangères – articles qui connaissent une popularité croissante parmi les élites européennes. Ces interdictions débouchent sur des mesures concrètes : en 1738, les officiers de la cour de Bagnes perquisitionnent dans les boutiques de Maurice Ducrey, André Deléglise et Michel May et y trouvent de la dentelle. Est-il surprenant que Deléglise et May figurent parmi les émeutiers de 1745 ? Ces mesures sont en tout cas ressenties comme des intrusions inacceptables dans la vie locale. En 1740, de nouveaux troubles sont évoqués dans une lettre du nonce apostolique de Lucerne suite à la demande des Bagnards de pouvoir vendre des mouchoirs, de la dentelle, de la soie indienne et de la mousseline les jours de foire19. Le permis est finalement accordé, mais la vente d’eau-de-vie et de tabac reste interdite.
34Apparemment, les interventions d’un abbé rigoriste, préoccupé de rétablir les droits et privilèges de sa maison, se heurtaient aux intérêts d’une élite locale désireuse de profiter des nouvelles occasions d’achat et de consommation offertes par les modes, liées à l’expansion générale du marché et des échanges et, localement, aux foires. Les Bagnards ne sont d’ailleurs pas les seuls concernés : en 1741, Claret publie un mandat contre le port d’un nouveau modèle de jupon par les femmes de Vérossaz, petit village près de Saint-Maurice20.
35Bien entendu, ces mesures rendent l’abbé impopulaire. À cette époque, du reste, l’abbaye n’est pas en difficulté seulement à Bagnes, mais également dans d’autres paroisses qui sont sous sa juridiction : à Troistorrents à cause des alpages, à Salvan en raison de la cure et à Massongex où le curé, comme à Bagnes, refuse de porter l’habit des chanoines réguliers. Les conflits sont particulièrement graves à Monthey, où l’abbaye, après douze ans de procès (1752-1764), perd les bénéfices de la paroisse pour n’en conserver que le patronat.
La fondation de la Grande École
36Examinons, pour clore ce tour d’horizon, un dernier conflit qui a lieu à Bagnes dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, avant la fin de la seigneurie de Saint-Maurice en 1798, et sur lequel nous sommes très bien informés.
37En 1764, le père capucin Héliodore Bourgoz (1720-1804), de Bruson, souhaite fonder une école pour les garçons de la vallée. Dans un premier temps, le Conseil de la commune approuve ce projet à l’unanimité. Cependant, le financement ne s’avère pas si simple et le père Bourgoz se heurte au silence des autorités communales qui semblent vouloir se rétracter.
38Si le père Bourgoz peut compter sur le soutien de son ami, le curial Pierre Gard, et surtout sur François-Frédéric Ambuel, évêque de Sion (1760-1780), il rencontre l’opposition de l’abbé de Saint-Maurice, Jean-Georges Schiner (1764-1794), ainsi que des « messieurs de Saint-Maurice » qui craignent pour la fréquentation du collège de l’abbaye. L’abbé pour sa part considère qu’il s’agit là d’une atteinte à ses prérogatives, car, selon l’intention des promoteurs, le régent de l’école doit expressément être prêtre séculier, originaire de Bagnes et choisi par l’évêque21.
39En 1765, un mandat abbatial invite la population des villages à se prononcer pour ou contre la création de cette école. Le résultat est cinglant : 288 oppositions contre seulement 16 approbations. Les villages les plus fortement opposés sont Lourtier (54 voix) et Bruson (40 voix) qui refusent de payer les 30 écus exigés par l’évêque auprès de chaque quart de la vallée pour financer cette fondation.
40Cependant, l’autorité épiscopale aura raison des réticences et l’école ouvrira en automne 1766. Le premier régent sera Pierre-Joseph Gard (1766-1786), prêtre séculier, qui a donné 120 écus pour la fondation de l’école : il est le neveu du curial Gard. Parmi les plus importants bienfaiteurs de l’école se trouve également Jean-André Besse (1725-1805), prêtre séculier, fils cadet d’Angelin Besse, un émeutier de 1745. Rappelons enfin que le père Bourgoz est lui-même le frère de deux émeutiers.
Acteurs, familles, factions
41L’émeute de 1745 n’est donc qu’un épisode dans une longue série de différends qui opposent une partie de la commune à son seigneur. Si celui de 1745 se révèle le mieux documenté grâce aux récits conservés et aux listes des inculpés, les autres cas ne sont pas moins importants. À Bagnes, ces conflits ont parfois tourné à l’émeute, voire à la révolte populaire ; dans les autres communes, de tels différends sont en partie portés devant les tribunaux, en particulier devant l’évêque de Sion. Ils sont en tout cas l’expression d’une dynamique politique remarquable qui voit non seulement les notables et les riches propriétaires s’illustrer dans le rôle de protagonistes, mais à laquelle participe activement « la populace » – comme le relèvent un peu hautainement les chanoines –, soit un groupe plus vaste de paysans, éleveurs, artisans, commerçants, qui souvent occupent des charges locales et exercent une certaine influence sociale. Grâce aux registres des tailles – ou « maxes » de Bagnes – et aux registres du notaire Jean-Bonaventure Luy, nous sommes heureusement en mesure d’identifier et de reconstruire la situation sociale et les réseaux sociaux de la majorité de ces personnages.
42Comme nous l’avons vu, les solidarités de classe jouent un rôle évident dans le mouvement de 1745 : parmi les émeutiers, nous ne retrouvons pas uniquement de grands notables de la vallée, mais aussi les plus riches contribuables. Il s’agit notamment des personnages déjà cités, comme le lieutenant Jean-Pierre Magnin : un homme issu d’une famille populaire de Verbier, village de montagne, mais qui grâce à l’aisance de sa famille s’est installé au pouvoir. Propriétaire comme son frère de belles terres, d’alpages, de troupeaux de vaches et d’ovins, il atteindra l’âge vénérable de 90 ans. Le sautier Étienne Gard est un autre émeutier très influent : celui qui fait figure de plus riche contribuable de la commune à la moitié du XVIIIe siècle appartient à une famille étendue comprenant plusieurs grands éleveurs, bouchers et commerçants de bétail avec la vallée d’Aoste.
43Ce sont d’ailleurs les bouchers de cette famille qui sont chargés de fournir la viande à l’abbé et aux chanoines de Saint-Maurice lorsqu’ils résident à Bagnes. Grâce à leur expérience et au savoir-faire commercial qu’ils se transmettent à l’intérieur du groupe parental, ils occupent une place d’autant plus stratégique dans la vallée que l’élevage y est une ressource économique essentielle. Par leur rôle clé dans les importations et les échanges, ils constituent aussi un relais important avec le monde extérieur.
44Parmi les autres notables influents impliqués dans l’émeute se trouvent le notaire et juré Jean-Pierre Coutaz, issu d’une famille d’origine étrangère à la commune, ainsi qu’Étienne Ganioz et sa femme Anne-Barbe Bruchez, qui paient ensemble près de 600 florins de taxe. D’autres opposants sont lourdement taxés eux aussi, tels que Jean-Nicolas Rege (342 florins de taille), Jean-François Bruchez (242 florins) ou le notaire Jacques-Maurice Bourgoz (124 florins).
45De plus, plusieurs émeutiers sont propriétaires d’alpages : membres d’une classe plutôt aisée, ils disposent d’un certain capital et sont intéressés par le commerce lucratif des produits de l’élevage22. C’est notamment le cas des Gard dont nous venons de parler. On discerne donc, en toile de fond, un conflit social entre la classe aisée, qui encourage une certaine ouverture de la commune et soutient l’accueil de nouveaux communiers, et d’autres couches de la population, qui lui préfèrent la politique de défense des privilèges communautaires représentée par l’abbé.
46Toutefois, les solidarités de classe n’étant pas systématiques, elles n’expliquent pas la dynamique du conflit : plusieurs grands contribuables, tels que Jean-François Gabbud de Lourtier (658 florins de taille), Félix Dumoulin du Châble (416 florins), Paul et Valentin Maret23 (299 florins) ne figurent pas parmi les opposants à l’abbé. De plus, nous retrouvons parmi les inculpés de nombreux paysans, éleveurs, artisans (maîtres), meuniers, tailleurs – soit des représentants de la branche manuelle. Si l’on tient compte du patrimoine imposable, il faut même reconnaître que la majorité des émeutiers ne font pas partie des classes privilégiées. Parmi 103 émeutiers pour lesquels nous possédons des données fiables sur le patrimoine, 73 ne peuvent être considérés comme de riches propriétaires, car ils paient moins de 100 florins ; 40 appartiennent même aux couches inférieures (moins de 50 florins)24.
47Par conséquent, les deux factions opposées étant socialement hétérogènes, le conflit de 1745 n’apparaît pas comme un conflit de classe. La population des travailleurs manuels – paysans et artisans – qui participe activement au combat, n’est par ailleurs pas unie politiquement.
48Cependant, malgré toutes les réserves exprimées, l’opposition d’une partie importante de l’élite aux interventions de l’abbé est indiscutable. Quelles en sont les raisons ?
L’émergence d’une nouvelle élite
49Au XVIIIe siècle, la commercialisation de l’économie bagnarde apparaît limitée : le Valais ne participe en effet que dans une faible mesure à l’exportation de bétail vers l’Italie ; quant au Grand Saint-Bernard, il a perdu de son importance pour ces échanges25. Cependant, cette période porte en germe quelque changement. La création des foires de Bagnes en 1724 encourage un certain trafic de bétail et de fromage vers l’Italie par le passage de Charmotane, au fond de la vallée. Plusieurs documents attestent l’importance croissante de ces trafics26, qui ne vont pas sans provoquer de longs conflits avec Sembrancher, soucieux de sauvegarder ses nombreux privilèges relatifs aux foires et au transport des marchandises. Il est intéressant de relever que les protagonistes de ce commerce, dont les sources divulguent les noms, sont des bouchers et commerçants liés par parenté aux émeutiers influents de 1745, comme par exemple les Gard de Versegères ou les Bourgoz de Bruson.
50Il est difficile de dire dans quelle mesure cette aisance relative est partagée par la population de la vallée : les sources qui nous renseignent sur l’évolution économique du XVIIIe siècle sont extrêmement rares – avant 1798, nous n’avons pas de chiffres fiables sur l’évolution démographique – et leur interprétation se révèle problématique. Tenons-nous en donc à quelques indices généraux !
51La seconde moitié du XVIIe siècle apparaît comme une époque de prospérité, pendant laquelle les mariages sont fréquents et les enfants plus nombreux. C’est à cette époque d’ailleurs que la commune rachète de nombreuses dîmes et d’autres droits féodaux. C’est alors aussi, comme nous l’avons déjà mentionné, que la commune et les villages de la vallée, profitant d’une conjoncture favorable pour s’affranchir, créent une infrastructure sociale et culturelle : l’époque est en effet marquée par les fondations de nombreuses chapelles et écoles de village. Les rachats se poursuivront au XVIIIe siècle, mais à un rythme inférieur, tandis que les fondations s’estompent, au moins jusqu’à la seconde moitié du XVIIIe siècle.
52En général, la première moitié du XVIIIe siècle apparaît par contre comme une période difficile. Par rapport à la fin du XVIIe siècle, le nombre des mariages fléchit nettement jusqu’à la fin des années 20. Femmes et hommes, d’ailleurs, se marient plus tard : l’âge au mariage, atteint un sommet pendant les années 1740-1749 (30-38 ans) et ne fléchira de façon sensible que durant la seconde moitié du siècle (de 28,3 à 26 ans en moyenne pour les femmes, de 31 à 29,2 pour les hommes).
53La courbe des naissances montre des fluctuations très marquées. Le creux est atteint pendant les années 1720 avec 60,2 baptêmes par an, contre une moyenne de 93,2 dans la période dorée 1680-1699, ce qui représente une diminution de plus d’un tiers.
54Cependant, si les années 1720 – marqués par les conflits autour du vicaire Corthay – semblent représenter la période la plus sombre, l’horizon semble s’éclaircir quelque peu après 1730.
55À cette époque, le nombre des mariages remonte de façon sensible, demeurant élevé jusqu’à la période critique des années 1770. Par conséquent, le nombre des naissances recommence à augmenter également et cette croissance continuera pendant plusieurs décennies.

Figure 1. – Baptêmes et mariages à Bagnes.
Élaboration : A. Bringé, INED.
56Si l’âge au mariage, quant à lui, reste élevé jusqu’en 1750, ce n’est que pour tomber de façon d’autant plus sensible après cette date.
57De ce point de vue, l’émeute de 1745 semble s’inscrire dans une période de reprise partielle après une crise profonde : une reprise favorable aux élites de la vallée, mais dont les effets sur le reste de la population sont encore limités.
58D’autres indicateurs confirment cette impression, dont la prise en considération éclaire d’un jour nouveau les rapports entre la communauté et l’abbé de Saint-Maurice. Depuis les années trente du XVIIIe siècle, nous observons les signes d’une relative prospérité dans la vallée ; des cotonnades et des indiennes, produits de consommation fort populaires à l’époque, apparaissent sur les marchés ; les échanges sont encouragés par les nouvelles foires locales, qui viennent s’ajouter aux foires traditionnelles de Sembrancher.
59Un signe de l’intérêt porté à l’élevage local est l’évolution du prix de l’amodiation de l’alpage de Charmotane, appartenant à la commune, qui est baillé pour une période de six ans à de riches éleveurs locaux. Le prix passe de 700 florins en 1712 à 675 en 1725, puis remonte rapidement à 770 en 1733, à 850 en 1738 et à 1 112 avant la révolte, en 1743. En 1793, le prix de l’amodiation atteint 1 305 florins (index 182.8 si 1707 = 100).
60C’est à cette période qu’une élite locale s’enrichit, de même qu’elle s’affirme politiquement et socialement : ce sont des notaires, bien sûr, mais aussi de grands propriétaires, des éleveurs, des charcutiers, des mercenaires… Parfois, ces notables locaux s’allient avec de puissantes familles de la plaine : c’est le cas des Bruchez, liés comme nous l’avons vu aux Ganioz, grande dynastie bourgeoise de Martigny, ou aux Gay. L’on voit aussi des notaires s’établir en dehors de la vallée ou avoir une activité d’envergure régionale : c’est le cas de Jacques-François Bourgoz ou d’Étienne Gard27. D’autres, comme Félix Dumoulin, sont des officiers au service étranger, en France ou en Espagne : malgré cela, ils gardent un enracinement profond et conservent une influence locale, grâce à de nombreux parrainages par exemple, ou par le biais du réseau de relations de leurs épouses, qui sont souvent choisies comme marraines. Leur regard portant au-delà des frontières, ils aspirent à une certaine ouverture des esprits et à une certaine culture pour leurs enfants ; vers la fin du siècle, ils font faire leur portrait, aux côtés de leur épouse, par le peintre local, Félix Corthay. La haute société se dispute en effet ce portraitiste, un ancien mercenaire qui s’est initié à la peinture lors de son séjour en Espagne, en fréquentant les cours de l’académie catalane de Barcelone28. Cette classe aisée, intéressée par la formation, sensible aux nouvelles modes provenant de l’extérieur, inquiète le seigneur. Depuis le XVIIe siècle, ce sont ces notables qui soutiennent financièrement les écoles de village ; en 1765-1766, afin de pouvoir donner à leurs enfants une meilleure éducation, ils financeront la Grande École. Cette élite s’accommode par conséquent mal du pouvoir encombrant de l’abbé de Saint-Maurice : sa politique est jugée arrogante par des sujets tenus à la stricte obéissance, et son comportement rétrograde sur la question des modes et de la consommation. La polarisation s’aggrave pendant les années trente, lorsque le seigneur tente de faire confirmer ses droits locaux par une nouvelle reconnaissance des fiefs, et surtout par les interventions de 1737-1739 contre la liberté de commerce, notamment celle portant sur les nouveaux articles de consommation : cotonnades, soieries, indiennes, tabac, qui répondent aux exigences de représentation et de distinction d’une classe sociale prospère.
Un programme novateur
61C’est dans ce contexte de reprise, après une crise profonde, que nous devons interpréter les conflits de 1745 et de 1766. Bien que la nouvelle élite locale n’ait pas un programme bien clair, ni même une unité d’action, la prise en considération des principaux points de conflit tout au long du XVIIIe siècle nous conduit néanmoins à constater qu’une organisation se précise : une faction opposée à l’abbé, avec des revendications cohérentes et soutenue de l’extérieur par l’évêque de Sion. Cette faction ne se borne pas à réagir face aux intrusions de l’abbé, mais elle est animée par un programme politique et économique conséquent. Les éléments centraux de ce programme sont :
- La lutte pour une certaine autonomie face au seigneur spirituel et contre les pouvoirs extérieurs : la communauté ne s’oppose pas uniquement aux droits de l’abbé, mais rachète en même temps plusieurs droits de nobles de la région, notamment des droits de dîme.
- La lutte pour la création de structures spirituelles et culturelles indépendantes de l’abbaye de Saint-Maurice (chapelles, écoles de village, second vicariat, Grande École…), qui soient accessibles aux clercs et aux jeunes de la commune.
- La lutte pour l’ouverture de la commune et pour la possibilité d’accueillir de nouveaux communiers, sans le contrôle du seigneur.
- La lutte pour la liberté de commerce et de consommation : liberté d’acheter les nouveaux produits de consommation en vogue, comme cotonnade, dentelle, vêtement, ainsi qu’eau-de-vie et tabac, et de suivre les modes citadines sur lesquelles l’abbé veille d’un œil critique.
62Il est nécessaire de s’attarder sur ces derniers points, puisque les traces de programmes politiques novateurs chez les es populations alpines n’ont que rarement été considérés dans la recherche sur les révoltes rurales. La pression exercée par les élites dans le but d’ouvrir la commune aux étrangers et de leur accorder les droits de jouissance sur les ressources locales est en effet surprenante : elle s’explique vraisemblablement par la volonté de développer l’économie locale en permettant d’exploiter librement alpages et forêts.
63En fait, l’accueil des étrangers est lié aux problèmes posés par l’élevage dans un milieu montagnard, notamment par l’équilibre précaire entre l’entretien du bétail en été et en hiver. Dans les Alpes, grâce à l’existence d’alpages étendus, les possibilités d’estivage sont bien supérieures à celles d’hivernage. Pour pallier ce déséquilibre structurel, plusieurs alternatives sont envisageables : la plus simple, très pratiquée à l’époque moderne, est d’abattre les têtes excédantes avant l’hiver pour vendre la viande sur le marché. Mais cette option n’est pas la plus rentable, car la fréquence de l’abattage en automne fait chuter les prix et les revenus s’amenuisent considérablement. Une exploitation idéale consisterait plutôt à rendre possibles des échanges avec l’extérieur. Pour pouvoir développer l’élevage durant une période où l’évolution des prix est très favorable, il s’avère nécessaire de forcer les échanges, par exemple en permettant l’afflux de bétail extérieur pendant l’été et en exportant le bétail excédant en automne, afin de l’hiverner en plaine.
64Cette solution est vraisemblablement envisagée dans le cas du val de Bagnes : la participation de bourgeois de Martigny – qui ont des intérêts dans l’élevage et l’exploitation des alpages29 – à l’émeute semble indiquer que cet aspect économique, lié aux ressources locales, est un facteur non négligeable.
65Durant cette période où la conjoncture tend vers le haut, avec une augmentation sensible des prix des produits de l’élevage, la part que prennent Ganioz et Gay dans l’émeute devient de cette façon plus compréhensible : en devenant communiers, la famille Ganioz, qui était déjà en possession d’alpages et de bêtes, pouvait mener paître son propre bétail (ou les bêtes qui lui avaient été confiées), en val de Bagnes. La politique des Gay et des Ganioz, visant l’acquisition de plusieurs bourgeoisies de la région pourrait s’inscrire dans cette stratégie ; elle est une solution idéale pour pratiquer l’élevage de façon flexible sur le territoire de plusieurs communes. La présence parmi les nouveaux communiers de marchands savoyards confirme cette piste d’interprétation.
66On ne s’étonnera guère dès lors que les bouchers – tels que les Gard et les Bourgoz – et leurs parents aient eux aussi joué un rôle très actif dans la révolte : ce groupe, qui occupait une position stratégique dans le commerce de bétail, aurait profité directement de l’ouverture.
67L’autre enjeu important au XVIIIe siècle est le commerce du bois ; il est en effet convoité par les villes, les bourgs et par une population qui va croissant. L’accès aux riches forêts communales et la commercialisation du bois était donc une autre motivation importante pour s’émanciper du contrôle abbatial sur les biens bourgeoisiaux.
68Cette volonté d’ouverture n’est pas propre à la région de Bagnes. Quelle que soit la spécialité ou la spécialisation régionale, son essor économique est tributaire d’une certaine ouverture des corporations et de l’intensification des échanges : en Suisse, c’est le cas en Gruyère ou à Glaris – Werdenberg30. Dans le Beaufortain, à la même époque, la spécialisation de l’économie sur l’exportation de fromage pousse les notables à remettre en question les normes des corporations locales et à revendiquer une location ou une privatisation des communaux : dans plusieurs régions alpines, les pressions pour réformer les structures traditionnelles sont désormais sensibles31.
69En même temps, ces évolutions nécessitent un assouplissement de la présence seigneuriale. De ce point de vue, les alliances avec de riches bourgeois valaisans permettent aussi de contrecarrer le pouvoir politique et social de l’abbé de Saint-Maurice. Les mandats de ce dernier, mentionnés plus haut32, nous rendent attentifs à un conflit culturel entre une élite aisée et ouverte aux nouvelles modes, aux nouveaux modèles de consommation, et un seigneur qui entend maintenir son contrôle sur les mœurs de ses sujets33. De ce point de vue, l’émeute de 1745, loin d’être un mouvement purement autonomiste, peut être considérée comme un mouvement authentiquement réformateur.
70Le sens de la réforme est en même temps de forcer l’élevage au détriment de l’agriculture de subsistance et de promouvoir un développement commercial de la vallée. Cependant, cette attaque des structures traditionnelles devait être ressentie comme une menace pour les couches inférieures : les structures corporatives représentent en effet la garantie d’une certaine stabilité et d’une certaine distribution équitable des ressources. La politique conservatrice de l’abbaye de Saint-Maurice, visant aussi à maintenir les redevances traditionnelles en céréales, défend l’équilibre d’autoconsommation de la vallée et protège les éléments menacés dans une perspective paternaliste34.
Conclusion : révolte, factions, programmes politiques
71Longtemps, les historien-ne-s ont souligné le caractère réactif, fondamentalement conservateur des révoltes rurales35. Durant ces dernières décennies, de nouvelles approches ont permis de démontrer que les mouvements de révolte formulent souvent des revendications novatrices, voire révolutionnaires36. Toutefois, dans l’analyse de la dynamique des mouvements, les émeutes ou révoltes populaires apparaissent encore essentiellement comme des réactions face à des interventions des pouvoirs supérieurs ou des mouvements autonomistes37.
72Dans notre perspective, par contre, la révolte ouverte n’est qu’un élément d’une lutte politique de longue haleine, pendant laquelle l’opposition au seigneur ne se borne point à réagir aux interventions du pouvoir, mais représente une partie active et organisée du conflit38.
73L’émeute était soutenue par une partie de la population afin de promouvoir un certain développement économique, social et culturel de la vallée. Le projet sous-jacent ne se réduisait donc pas à une simple opposition aux interventions des pouvoirs extérieurs, mais prônait une ouverture des corporations locales, une transformation des structures économiques, politiques et culturelles de la vallée. Les émeutiers du Châble en 1745 étaient décidément des « rebelles-novateurs ».
74Comme nous le verrons dans les pages suivantes, le conflit n’est pas le produit de regroupements plus ou moins spontanés, mais il est organisé par des factions politiques relativement stables, avec des éléments de programmes politiques divergents. Des sortes de partis politiques dans une vallée de montagne au XVIIIe siècle ? Il nous faut maintenant approfondir la structure et la continuité des factions de l’époque pour mieux comprendre les enjeux des conflits politiques et sociaux.
Notes de bas de page
1 Archives de la commune de Bagnes (ACBg), P489 (1745, 3 août). On retrouvera Angelin Besse sur la liste des émeutiers.
2 Archives de l’abbaye de Saint-Maurice (AASM), DIV 13/0/3, p. 22-26.
3 AASM T11/18/3 et AASM T 11/18/4.
4 Dans l’acte de reddition des émeutiers (Bagniensium Pallinodiae Cantus), l’abbé réaffirme son statut de seigneur des alpages et des forêts. L’acte contient, entre autres, une liste des inculpés : AASM 11/1/20-1 et AASM CART XI-45 pour la seconde liste d’émeutiers.
5 Daniel Roche, La France des Lumières, Paris, Fayard, 1993, p. 302 ; cf. R. Dupuis, La politique du peuple, op. cit., p. 77-85. Les positions sont souvent ambiguës : dans leur critique aux tendances élitistes de l’historiographie coloniale, les représentants des « subaltern studies » ont mis en exergue le rôle politique actif des classes populaires, mais ils hésitent à reconnaître à celle-ci une « maturité » politique : voir par exemple Ranajit Guha, « On Some Aspects of the Historiography of Colonial India », in R. Guha, G. C. Spivak, Selected Subaltern Studies, New York, Oxford, Oxford Univ. Press 1988, p. 37-44, notamment p. 42.
6 Pour la Suisse voir Pierre Felder, « Ansätze zu einer Typologie der politischen Unruhen im schweizerischen Ancien Régime 1712-1798 », in Revue suisse d’histoire 26, 1976, P ; 324-389 ; Andreas Suter, Der schweizerische Bauernkrieg von 1653 : Politische Sozialgeschichte – Sozialgeschichte eines politischen Ereignisses, Tübingen L., Biblioteca academica Verlag, 1997 ; André Holenstein, « Der Bauernkrieg von 1653. Ursachen, Verlauf und Folgen einer gescheiterten Revolution », in Jonas Römer (ed.), Bauern, Untertanen und Rebellen. Eine Kulturgeschichte des schweizerischen Bauernkrieges von 1653, Zürich, Orell-Füssli, 2004, p. 28-85 ; Andreas Würgler, Unruhen und Öffentlichkeit. Städtische und ländliche Protestbewegungen im 18. Jahrhundert, Tübingen, Biblioteca academica Verlag, 1995. En général : Roland Mousnier, Fureurs paysannes : les paysans dans les révoltes du XVIIe siècle (France, Russie, Chine), Paris, Calmann-Lévy, 1967 ; Yves-Marie Bercé, Révoltes et révolutions dans l’Europe moderne (XVIe-XVIIIe siècles), Paris, PUF, 1980 ; Roger Dupuyet al., Les paysans et la politique, Rennes, Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 1982 ; F. Bluche, S. Rials (éd.), Les révolutions françaises : les phénomènes révolutionnaires en France du Moyen Âge à nos jours, Paris, Fayard, 1989. Plus récemment : Jean Nicolas, La rébellion française : mouvements populaires et conscience sociale 1661-1789, Paris, Le Seuil, 2002 ; Marcel Dorigny, Révoltes et révolutions en Europe et aux Amériques (1773-1802), Paris, Bélin, 2004 ; Andy Wood, Riot, rebellion and popular politics in early modern England, Basingstoke, Palgrave, 2002 ; Roger Dupuy, La politique du peuple. Racines, permanences et ambigüités du populisme, Paris, Albin Michel 2002. Cf. pour une nouvelle approche comparative Samuel K. Cohn Jr, Lust for Liberty. The Politics of Social Revolt in Medieval Europe, 1200-1425. Italy, France and Flanders, Cambridge (Mass.), London, Harvard University Press 2006.
7 L’abbé Claret accuse Gay et Ganioz dans ses livres de compte : AASM, CPT 400/0/7, p. 151r et CPT 400/0/9, fol. 45v. Établie à Martigny, la famille Gay est originaire d’Orsières, à une dizaine de kilomètres de Bagnes. Depuis la seconde moitié du XVIIe siècle, elle acquiert la bourgeoisie dans plusieurs communes. Pierre Joseph paye 500 florins pour « passer communier » à Bagnes en 1739. Les frères Ganioz sont issus d’une influente famille de Martigny. Leur mère et la femme d’Étienne sont originaires de Bagnes. Huit ans après son mariage, Étienne Ganioz acquiert son droit de bourgeoisie à Bagnes pour 900 florins. À partir de cette date, soit lui, soit son frère réalisent de nombreuses interventions en faveur de la communauté : les syndics de Bagnes feront appel à Jean-Joseph Ganioz lors du procès qui suivit la révolte.
8 ACBg P1064/2 ou 4 et AASM CPT 200/8/7, p. 1, et AASM CPT 200/8/8. Étienne Gard (1678-1758), conseiller de la commune l’année de l’émeute, s’est particulièrement engagé dans ce conflit, puisque lui-même, ainsi que ses fils, font partie des mutins. En 1747, il reconnaît une fortune foncière de 868 florins. Une somme considérable puisque, sur environ 1 600 contribuables, seuls sept sont imposés pour un total supérieur à 400 florins. Étienne est issu d’une famille de bouchers fortement impliqués dans le commerce de bétail à l’intérieur du Valais et avec l’Italie. Jean-Pierre Coutaz (1699-1772), notaire, a été syndic du Châble dès 1734 et il est conseiller l’année de l’émeute. En 1746, sa fortune immobilière est taxée à hauteur de 416 florins. Il s’agit du septième plus riche contribuable de la vallée.
9 Voir les registres des tailles ou « maxes » de Bagnes dans ACBg, L70-L82.
10 L’acte de reddition des émeutiers, dans lequel l’abbé réaffirme fermement son statut de seigneur des alpages et des forêts porte le titre évocateur de « Chant de palinodie des Bagnards » (Bagniensium Pallinodiae Cantus).
11 Il s’agit de Jean-André Dumoulin, Jean-François Brouchoud, Christophe Farquet, François Cretton, Bernard Pellaud et de Jean-François Nicollier, de Villette. On sait peu de chose sur ces individus, sauf qu’ils n’apparaissent pas sur les listes des émeutiers et qu’ils n’appartiennent pas à la classe des plus riches propriétaires.
12 Françoy Raynauld, Formation et évolution d’une élite dans une vallée alpestre. Le cas de Bagnes en Valais, mémoire présenté à la faculté des études supérieures en vue de l’obtention de la maîtrise ès sciences, 1976, p. 310.
13 Idem, p. 176-177 ; Constant Rust (abbé), « La vallée de Bagnes et ses vieilles chapelles », dans Annales valaisannes, no 3, 1945, p. 421-452.
14 AASM T73/2/6. Un point de ce traité concerne la chapelle fondée dans l ‘ église de Bagnes sous le titre de Notre-Dame-de-la-Compassion. Nous y reviendrons.
15 Parmi les témoins de cette fondation se trouvent les notaires François et Jean-François Bruchez, père et fils. François Bruchez, qui est lieutenant en 1677 et procureur fiscal de l’abbaye entre 1670 et 1679, est le grand-père de l’épouse d’Étienne Ganioz, l’un des protagonistes de la révolte de 1745.
16 AASM T74/1.
17 Analyse du chanoine Charles dans AASM T74/1.
18 AASM PD-CART XIX-019, 29 février 1740 : l’abbaye envoie à un membre de la Rote une information dressée pour l’état du Valais déjà en 1733, mentionnant les « vexations que ces messieurs font à cette abbaye… » et la « contrepartie si rebelle aux lois de l’église… ».
19 AASM, CART I-053 et AASM, CART LXXIII-066.
20 AASM CART-XVIII-038.
21 Maurice Charvoz, « Notes et documents sur l’histoire du collège de Bagnes », in Annales valaisannes, XXI, no 1-2, janvier-juin 1947, p. 169-258, p. 191 et suiv.
22 Nous avons analysé ce rapport de plus près pour plusieurs villages. À Montagnier, par exemple, presque tous les émeutiers identifiés – 9 sur 10 – figurent dans les cadastres parmi les possesseurs d’alpages : Cf. Hélène Viallet, Les alpages et la vie d‘une communauté montagnarde : Beaufort du Moyen Âge au XVIIIe siècle, Annecy, Académie salésienne, 1993, p. 118-119.
23 Valentin Maret figure toutefois parmi les fondateurs de la Grande École en 1766 : voir Maurice Charvoz, « Notes et documents sur l’histoire du collège de Bagnes », op. cit., p. 225-226.
24 ACBg, L80-85. Il faut avouer que l’interprétation des « maxes », ou registres des tailles, n’est pas toujours simple : souvent il est difficile de comprendre pourquoi certaines personnes y apparaissent et d’autres pas, ou pourquoi deux frères sont taxés de façon radicalement différente. Mais si nous ne considérons pas que les individus, mais aussi leur groupe parental, nous devrions obtenir des indications significatives sur les patrimoines des familles.
25 Alain Dubois, « L’exportation du bétail suisse vers l‘Italie du XVIe au XVIIIe siècle », in Ekkehard Westermann (ed.), Internationaler Ochsenhandel : (1350-1750) : Akten des 7th International Economic History Congress, Edinburgh 1978, Stuttgart, Klett-Cotta, 1979, p. 11-38. Il y avait vraisemblablement un certain commerce d’exportation, mais l’impact sur l’économie locale semble avoir été faible : la viande valaisanne n’était pas vendue sur le marché genevois, qui pourtant s’approvisionnait dans des régions plus éloignées. Anne-Marie Piuz, « Le marché de bétail et la consommation de la viande à Genève au XVIIIe siècle », in Revue suisse d’histoire 25, 1975, p. 37-70.
26 ACBg, par ex. Pg 273 (1724) ; P 439 (1729) ; P 467 (22 juillet 1737) ; P467/19 et 20 (1738)… Au XVIIIe siècle, une certaine commercialisation dans la plaine du Valais occidental peut être relevée. André Leuzinger, Denen Bösen zum heilsamen Schröcken…, Ländliche Unruhen und Entwicklungshemmnisse in der Unterwalliser Vogtei Monthey im ausgehenden 18. Jahrhundert, Zürich, Chronos, 1983 ; Sandro Guzzi-Heeb, Donne, uomini, parentela. Casati alpini nell’Europa pre-industriale (1650-1850), Turin, Rosenberg & Sellier, 2007, p. 230-237.
27 À la fin du XVIIe siècle Jacques-François Bourgoz de Bagnes – lié à un groupe d’émeutiers de 1745 – est actif en tant que notaire dans plusieurs communes de la plaine. Voir par exemple AEV AC Bramois, D 50 (livre de grosses de reconnaissances en faveur de la Confrérie du Saint-Esprit de la paroisse de Bramois reçues par les notaires Jean-Pierre de Riedmatten, de Saint-Pierre-de-Clages, Jacques-François Bougaut, de Bagnes…, 14 mars 1660-15 janvier 1840) ; ACBg, P343, 1688, 18 mai, Sion Créance de la somme de 200 doublets d’Espagne en faveur de noble Jean de Monthey, notaire : Jacques-François Bougaut ; papier, 2 folios, 35 x 24,2 cm, texte latin. Étienne Gard, lui aussi lié aux protagonistes de l’émeute, épouse une Bruchez 10 et s’établit au Châble.
28 Jean-Michel Gard (éd.), Felix Cortey : 1760-1835 : peintre valaisan… (catalogue d’exposition), Bagnes, commune de Bagnes, Centre de recherches historiques de Bagnes, 1979.
29 Roland Farquet, « Les Ganioz, une famille patricienne à l’origine du Manoir de Martigny », in Jean-Michel Gard (dir.), Le Manoir de la ville de Martigny, Martigny, manoir de la ville de Martigny, 2001, p. 16-51.
30 Nicolas Morard, « L’élevage dans les Préalpes fribourgeoises : des ovins aux bovins (1350-1550) », in A. A. V. V., L’élevage et la vie pastorale dans les montagnes de l’Europe au Moyen Âge et à l’Époque moderne, Clermont-Ferrand, Institut d’études du Massif central, 1984, p. 15-24 ; Dieter Schindler, « Werdenberg als Glarner Landvogtei. Untertanen, ländliche Oberschicht und “fremde” Herren », St. Galler Kultur und Geschichte 15, 1996, p. 137-345, notamment p. 279-289 ; Ulrich Pfister, « Regionale Spezialisierung und Handelsinfrastruktur im Alpenraum, 15.-18. Jahrhundert », in idem (ed.), Regional development and commercial infrastructure in the Alps. Fifteenth to eighteenth centuries (Itinera 24), Bâle, Schwabe, 2002, p. 153-178. Les contacts avec les élites régionales et suprarégionales ont une importance cruciale pour les riches entrepreneurs alpins. Ulrich Pfister a montré le rôle de l’information dans les processus de spécialisation : cette information dépend des réseaux disponibles, qui permettent de se créer des alliés et d’être renseignés sur les évolutions des marchés. Ibidem, p. 160.
31 Viallet, Les alpages et la vie d ‘ une communauté montagnarde…, op. cit., notamment p. 67-75.
32 A. A. S. M., Tiroirs Charles, T11/2/9, mandats de police à Bagnes, 1737.
33 Sur la circulation des biens et le réseau des foires et des marchés : Anne Radeff, Du café dans le chaudron. Économie globale d’Ancien Régime (Suisse occidentale, Franche-Comté, Savoie), Lausanne, Soc. d’hist. de la Suisse romande, 1996.
34 Cf. un conflit semblable en Léventine : Fabrizio Viscontini, « Uno sguardo attorno ai fatti di Faido del 1755 : alcuni aspetti poco esplorati di una protesta di antico regime », in Mario Fransioli, F. Viscontini (a cura di), La rivolta leventinese. Rivolta, protesta o pretesto ?, Locarno, Dadò, 2006, p. 85-194, notamment p. 98-99.
35 Pour la Suisse voir Pierre Felder, « Ansätze zu einer Typologie der politischen Unruhen im schweizerischen Ancien Régime 1712-1798 », in Revue suisse d’histoire 26, 1976, p. 324-389 ; Roland Mousnier, Fureurs paysannes : les paysans dans les révoltes du XVIIesiècle (France, Russie, Chine), Paris, Calmann-Lévy, 1967 ; Yves-Marie Bercé, Signification politique des révoltes populaires du XVIIe siècle, in F. Bluche, S. Rials (éd.), Les révolutions françaises : les phénomènes révolutionnaires en France du Moyen Âge à nos jours, Paris, Fayard, 1989, p. 151-165, notamment p. 163-165 ; Yves-Marie Bercé, Révoltes et révolutions dans l’Europe moderne (XVIe-XVIIIe siècles), Paris, PUF, 1980, p. 172-173.
36 En Suisse voir Andreas Suter, Der schweizerische Bauernkrieg, op. cit. ; André Holenstein, « Der Bauernkrieg von 1653 », op. cit. ; Andreas Würgler, Unruhen und Öffentlichkeit, op. cit.
37 Jean Nicolas, La rébellion française, op. cit. ; Andy Wood, Riot, rebellion and popular politics, op. cit. ; Marcel Dorigny, Révoltes et révolutions en Europe et aux Amériques, op. cit., p. 10-11 ; cf. récemment Jean-Louis Ménard, La révolte des Nu-pieds en Normandie au XVIIe siècle, Paris, Éditions Dittmar, 2005, notamment p. 119 ; José Cubero, Une révolte antifiscale au XVIIe siècle. Audijos soulève la Guascogne, Paris, Imago, 2001. Pour une approche différente voir récemment Samuel K. Cohn Jr, Lust for Liberty, op. cit.
38 Sandro Guzzi-Heeb, « Ribelli innovativi. Conflitti sociali nella Confederazione elvetica (XVII-XVIII secolo) », Studi storici 48, 2/2007, p. 383-408.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Un constructeur de la France du xxe siècle
La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)
Pierre Jambard
2008
Ouvriers bretons
Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968
Vincent Porhel
2008
L'intrusion balnéaire
Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)
Johan Vincent
2008
L'individu dans la famille à Rome au ive siècle
D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan
Dominique Lhuillier-Martinetti
2008
L'éveil politique de la Savoie
Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)
Sylvain Milbach
2008
L'évangélisation des Indiens du Mexique
Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)
Éric Roulet
2008
Les miroirs du silence
L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934
Patrick Bourgalais
2008
