Chapitre IX. Le retour à l’exclusion des plus pauvres
p. 315-361
Texte intégral
1Quatre mois après Dufourny, Robespierre lui-même est arrêté. Entre-temps, les pouvoirs du Grand Comité avaient été étendus. La Grande Terreur décrétée simplifie encore les procédures judiciaires et les accélère (loi du 22 prairial an II, 10 juin 1794). Robespierre, traité de dictateur notamment par Billaud-Varenne et Collot d’Herbois, tente le 8 thermidor de se justifier, accuse ses adversaires ; le comité de Salut public le fait arrêter le lendemain ainsi que Couthon, Saint-Just et Augustin Robespierre, déclarés complices.
2La période qui suit, celle d’après thermidor, « l’automne de la Révolution1 », porte le poids de la Terreur et s’achemine insidieusement vers la réaction. Dufourny, sorti de prison, nous pouvons suivre cette évolution, racontée par lui-même dans quelques libelles pleins d’énergie et de rage, en vue d’alerter ses concitoyens et de résister à ce courant.
Après le 9 Thermidor : « Faites triompher la démocratie »
Dufourny est mis en liberté
3Dufourny écrit du « gouffre des Carmes » au comité de sûreté générale (le 12 thermidor), son étonnement d’être toujours en prison, alors que « le tyran Robespierre » est mort, et s’empresse de dire que mis en liberté, il retournera « dans les rangs des Républicains », « combattre tous les tyrans ». De sa prison, il signe toujours « L’homme libre2 ». Parallèlement, les Jacobins prennent sa défense. Ils ont chargé Legendre (Cordelier et Jacobin, l’un des principaux acteurs du 10 août) de demander sa libération ainsi que celle de Laveaux3, rédacteur du Journal de la Montagne (jusqu’à ce qu’il soit dénoncé par Hébert4). Un Jacobin invite à hâter la démarche, « vu que ces deux citoyens ont des détails importants à communiquer sur la conspiration de Robespierre, particulièrement Dufourny ». C’était d’ailleurs l’un des arguments de Dufourny dans sa lettre écrite au comité de sûreté générale : il aurait été arrêté par Robespierre parce qu’il avait des choses à dire et fait tant de fois au public et au comité « des révélations libératrices5 » ! Le député Thirion, qui avait contribué à la chute de Robespierre aux Jacobins, rend alors la Société responsable d’avoir laissé celui-ci chasser des membres sans les avoir entendus, et de son autorité personnelle, les avoir emprisonnés. Il demande aux Jacobins qui se sont laissés éblouir « par le clinquant de cette fausse vertu » d’ouvrir les yeux et de considérer comme nulles ces exclusions, dont ont été frappés tous ceux qu’on n’a pas voulu entendre. Un autre Jacobin s’étonne de voir aujourd’hui tant d’ennemis de Robespierre, « lui qui paraissait encore avoir tant d’amis il y a trois jours ». Dufourny est nommé par les Jacobins membre d’une nouvelle commission épuratoire6. Lui-même ainsi que Réal, le premier substitut de Chaumette à la Commune, sorti lui aussi de prison, de retour à la séance des Jacobins du 28 thermidor (15 août), prennent la parole en premier lieu sur « l’affreux régime de la prison ». Dufourny explique comment il a échappé à la guillotine : quelques détenus avaient fait le projet de s’évader et « un geôlier barbare, un exécrable bourreau » établit une liste de 80 conspirateurs. L’administration de police la divisa en deux fournées. Étant placé dans la seconde, Dufourny fut sauvé par la chute de Robespierre7.
4Réal et lui parlent ensuite « sur le grand ordre du jour » : la question du gouvernement. Pour eux, il faudrait maintenir un gouvernement fort avec pour contre-poids « la liberté de la presse ». C’était le schéma proposé par Desmoulins dans le Vieux Cordelier, un moyen de reconquérir l’opinion publique. Si Dufourny dénonce le régime de la grande Terreur, il ne renonce pas pour autant au principe de la Terreur jusqu’à la paix. Les Jacobins décident de rédiger une Adresse aux sociétés affiliées sur le type de gouvernement à envisager. Le gouvernement révolutionnaire peut s’opposer dans son fonctionnement au gouvernement démocratique qu’il doit promouvoir, car il n’est que transitoire8. Il faut « prouver, dit Dufourny, que la liberté dont on parle est conciliable avec le gouvernement révolutionnaire » ; condition nécessaire pour qu’un gouvernement ne soit ni « arbitraire » ni « tyrannique9 ». La Convention ferait mieux de donner une garantie sûre à la liberté de la presse plutôt que d’envisager un projet de décret contre la calomnie, qui établit des moyens de vengeance pour des injures personnelles10. Les Jacobins ne sont pas tous d’accord. Lacombe, député du Tarn et officier militaire, considère ceux qui défendent la liberté de la presse comme des intrigants qui se sont coalisés, et en nomme quatre : Dufourny en premier, qu’il croyait patriote et dont l’attitude le déçoit ; puis Laveaux, Réal et Boissel11, l’auteur du Catéchisme du genre humain et en 1793 des « Entretiens du Père Gérard », qui proposait un gouvernement révolutionnaire fondé sur les sociétés populaires épurées12. Malgré ces oppositions, Babeuf lance le 3 septembre Le journal de la liberté de la presse qui deviendra vite Le Tribun du Peuple pour aussi « tenir en éveil la conscience du peuple souverain13 ».

Figure 28. – Lettre à ses concitoyens.
5Mais alors qu’il est question de faire élire les comités révolutionnaires par les sections, Dufourny s’y oppose : les élections seraient trop hasardeuses. Le gouvernement révolutionnaire est d’autant plus nécessaire que beaucoup de contre-révolutionnaires sortent de prison (« 500 suspects libérés début août, des milliers qui sortent de leur cachette14 »). Il juge la proposition « insidieuse », « liberticide » : « Nous savons combien les hommes qui affectent d’avoir à la bouche les grands mots d’intérêt du peuple ont le désir d’aller petit à petit depuis la nomination des comités révolutionnaires par le peuple jusqu’au renouvellement de la Convention15. » Dufourny, inquiet d’un retour en arrière, trouve une explication physique à ce va et vient dans l’opinion, tout en restant confiant, à condition de rester prudents :
« Peut-être est-ce le propre de la nation française que les révolutions qui s’opèrent dans son sein ne puissent se terminer qu’après beaucoup d’oscillations et de mouvements contraires. Lorsqu’on est tombé dans un excès, on est disposé à remonter aussitôt vers l’excès opposé. C’est à la prudence à diriger notre mobilité. »
6Du temps de Robespierre et de la Terreur, les Jacobins comme la Convention, sous l’emprise de la peur, ont été faibles : « c’est de notre faute » dit-il. Il craint que ceux « encore saisis d’effroi » n’aient pas l’énergie suffisante pour combattre dans les sections la proposition insidieuse qui leur sera présentée16. Réal et lui invitent alors les Jacobins à se réunir le lendemain dans les sections pour y combattre cette Adresse. Quelques jours après cette intervention aux Jacobins, Dufourny est mis en état d’arrestation par le comité de sûreté générale, comme « agitateur public dans les sections, les sociétés populaires, les théâtres et partout où il se fait des rassemblements17 ». Arrêté le jour suivant à six heures du matin, au premier étage de la dépendance d’un bâtiment de l’Arsenal, puis conduit à la maison de la Force18 le lendemain soir, il subit un interrogatoire. L’arrestation de Dufourny annoncée aux Jacobins, ceux-ci cette fois prennent sa défense : « on savait que Dufourny était un vieil ami du peuple, et le système de la Terreur ne veut plus d’amis du peuple ; il ne veut que des patriotes à la mode de Robespierre, des chevaliers de la guillotine. Tels étaient les motifs de l’arrestation de Réal et de Dufourny19 ». Dufourny est alors relâché, il publie coup sur coup deux libelles dans les jours qui suivent, les 16 et 21 septembre 1794.
7Dans le premier, une Lettre à ses concitoyens de quatre pages20, il attaque violemment ce qu’il appelle « le parti de Robespierre », tout en refusant sans ménagement d’être considéré comme un « modéré », et clame sa profession de foi. Lui qui considérait en 1790 Robespierre comme « un des plus zélés patriotes21 », en décembre 1792 encore, comme quelqu’un qui avait « défendu les principes avec méthode, fermeté et sagesse22 », évoque ici le « tyran », et met en garde : si « le tyran a été exterminé […] la tyrannie n’est pas morte », lui-même ayant été arrêté alors qu’il considère avoir l’estime de ses concitoyens comme patriote. Les tyrans « complices » de Robespierre déshonorent le gouvernement révolutionnaire en réduisant les accusés au silence, en voulant entourer la Convention « d’un rempart d’ossements qui élèveraient contre elle le cri d’un peuple démoralisé23 ».
8Il n’est pas tendre non plus vis à vis des « modérés » :
« [Cette] classe d’hommes [qui appesantit la marche de la Révolution], trouvent toujours que les patriotes vont trop loin et trop vite […] gémissant de ce qu’on parle trop haut et surtout qu’on imprime, de ceux que la vue d’un sabre paralyse, que l’odeur de la poudre renverse, que la vue de la guillotine anéantit. »
9« Cette classe » vient « embrasser les vainqueurs », « lorsque les patriotes ont conquis un champ de bataille » mais disparaît quand survient une nouvelle crise révolutionnaire. Il met en avant son action personnelle : élu administrateur du département en 1792, il a « prévu, préparé et servi la révolution du 31 mai », suite à quoi, il a été nommé président du département de Paris24. À ce poste, avec un rôle de surveillance, il estime avoir lutté seul contre les débordements et les abus liés à la loi des suspects et à l’organisation de la Terreur. L’affiche qu’il avait fait publier (Sur les arrestations) atteste de ces intentions. Selon lui, « elle fit trembler les coupables et les modérés, elle prémunit contre beaucoup de forfaits, elle a empêché, entre autres crimes, le massacre dans les prisons ». Il se demande pourquoi il avait été le seul des fonctionnaires publics à oser dénoncer et poursuivre publiquement ceux qui, selon lui, étaient coupables « de conspiration, de malversation ou d’excès […] les Ronsin, les Proli, les Hébert, les Vincent, les Momoro, les Chabot25 ».
10S’adressant à ses concitoyens, il n’hésite pas à prendre fermement position puisqu’il a conservé leur « estime » qu’il justifie par cette profession de foi : il a « dévoué sa vie, ses facultés, tout ce qu’il a et sa réputation même à l’établissement de la République démocratique26 ».
11Quelques jours plus tard, dans un deuxième libelle, rédigé à la Maison des poudres et salpêtres à l’Arsenal, il dénonce « une conspiration contre la liberté de la presse, la Justice et les Jacobins27 », appelle l’opinion publique à le suivre. Il cite un passage de l’acte d’accusation porté contre lui :
12« Le comité de Sûreté générale instruit que dans quelques sections et sociétés populaires de Paris, il s’émet des propositions contre-révolutionnaires, que dans les Théâtres, il se fait aussi des mouvements contre-révolutionnaires ; que la VOIX PUBLIQUE désigne DUFOURNY pour être l’un des AGITATEURS DU PEUPLE, se trouvant partout où il se trouve des rassemblements… » (Majuscules dans le texte.)

Figure 29. – L.-P. Dufourny persécuté de nouveau.
13Il lance « un Monitoire » (une adresse à ceux qui ont connaissance de faits) sur tous ceux que la voix publique désigne comme les chefs de cette conjuration, « contre tous les détracteurs de la Représentation nationale et du gouvernement révolutionnaire fondé sur la justice, et contre tous ceux qui veulent détruire les Sociétés populaires véritablement régénérées28 ». Depuis fructidor, une campagne de presse s’attaquait aux Jacobins et sans-culottes. L’offensive des « modérés » avait entraîné tous les adversaires de l’an II et des Jacobins en particulier, voulant empêcher la démocratie politique et sociale, s’appuyant sur « la jeunesse dorée29 ».
14C’est la même « tactique générale » qui a été conduite contre lui lors de ses deux arrestations qui risque d’être employée « contre chacun d’entre vous », met en garde Dufourny30. Il accuse les journalistes « qui, sous le régime même de la liberté de la presse avaient la lâcheté de se vendre aux différents partis et qui depuis les projets de la faction tyrannique, placés entre la guillotine et l’or, lui sont entièrement vendus31 ». C’est à ce moment-là que Dufourny évoque le fait mentionné plus haut : il en veut surtout au journal de la Montagne, d’avoir omis, dans le récit de son altercation avec Robespierre, le fait que ce dernier niait avoir dîné avec lui et Danton (chez Deforgues) parce que « les conséquences de ce dîner étaient immenses ». Ce journal ne disait pas non plus qu’il avait demandé « en vain la parole », qu’elle lui fut refusée, qu’il fut « bâillonné, garrotté par les gardes du corps, les mouchards, les valets du tyran, aux acclamations d’un peloton de lâches soi-disant Jacobins », oubliant tout ce qu’il avait fait « sous leurs yeux ». Il passait aussi sous silence ce que Dufourny avait dit sur l’armée révolutionnaire, qui dès l’origine devait servir à « l’établissement d’un dictateur, qu’à cet effet, elle devait être suivie de guillotines » et que Dufourny avait eu « en présence de l’état-major une explication chaude à ce sujet, avec Ronsin », etc. Il dénonce un autre journal qui, ayant dénaturé ce que Dufourny avait dit sur Vincent, aurait servi à ce qu’il soit rayé des Cordeliers. Lors de sa deuxième arrestation, « Lacombe a égalé Robespierre » et utilisé la même tactique dans le but de le perdre : le Journal de la Montagne no 130 accusait Dufourny de ne pas avoir vu les conspirations précédentes. Au contraire, dit Dufourny : « Robespierre attendait le succès, se taisait ainsi que ses amis » et le laissait « seul exposé aux poignards de ces co-assassins32 ». Si la tactique a été la même, l’issue a été différente ; lors de la première « après 122 jours de prison et de certitude de la guillotine, c’est Robespierre qui a été exterminé », et Dufourny a été relâché malgré les efforts de Billaud-Varenne qui aurait dit pouvoir citer « des faits » contre lui mais « n’a pu les trouver ». Pour sa seconde arrestation, « la véritable voix publique s’est élevée au bout de quarante heures ». Et Dufourny précise que l’ordre d’arrestation « avait été délibéré, dit-on, fort avant dans la nuit, et en l’absence des membres dont le patriotisme a le plus marqué33 ». Il ne peut donc craindre une « arrestation méritée » : « il ne peut plus m’arriver qu’un assassinat34 », dit-il… Il relève la liste des membres du comité de sûreté générale présents lors de la signature de son acte d’accusation et les noms de ceux qui avaient signé sa mise en liberté : Mathieu, Merlin de Thionville, Colombel, Clauzel, André Dumont, Legendre. Ceci pour en conclure que Bourdon de l’Oise, Bernard de Saintes, Le Sage, Amar, Barreau-Dubarran ne s’étaient pas rétractés depuis l’acte d’arrestation, et étaient donc ses accusateurs.
15Il déclare que les ennemis sont « les continuateurs de Robespierre […] Barère, Collot, Billaud, Vadier, Amar, Vouland, Lacombe et adhérents » qu’il se réserve de nommer « selon les circonstances ». Ce sont les mêmes que ceux dénoncés par Lecointre à la Convention le 12 fructidor (29 août) à deux exceptions près : il ne nomme pas David, son compagnon de route depuis la Commune des Arts qui l’a fait entrer au Jury des Arts ; par contre, il ajoute Lacombe. « Je sens combien cette mesure est faible, dit-il, pour me préserver contre les auteurs du code du 22 prairial (loi de la Grande Terreur), et contre les inventeurs de la déportation verticale. » Deux semaines plus tard, les derniers membres du comité de sûreté générale de l’équipe de l’an II, Amar, Dubarran et Louis, sont évincés35.
16Il joint le récit de son interrogatoire36 qui porte sur son rôle à la Régie des poudres, au club électoral, sur sa présence dans les rassemblements du peuple, sur ses liens avec les anti-Robespierristes. Ses commentaires sur la Régie des poudres sont insuffisants pour comprendre de quoi ils retournent mais laissent sous-entendre combien la gestion de cette entreprise en temps de guerre et de terreur a pu être troublée37. Il conclut que s’il fallait juger l’action de la Régie, ce n’est pas lui seul qui devrait être incarcéré et interrogé mais la Régie entière, et on s’apercevrait combien elle a mérité de la patrie. Dufourny répond au sujet de ses relations avec Lecointre, cet homme qui avait commandé la garde nationale les 5 et 6 octobre 1789, élu à la Législative et à la Convention où il avait dénoncé Robespierre comme un tyran, et depuis le 9 Thermidor, l’un des plus acharnés à dénoncer les « terroristes » vaincus. Lecointre s’étant placé à côté de lui aux Jacobins, et ayant dit qu’il dénoncerait les sept députés, il lui fit observer qu’on l’accuserait d’avoir voulu attaquer les comités de gouvernement. Au sujet du club électoral, il lui paraît « surprenant que le comité ignore seul ce que tous les citoyens savent et que tous les papiers publics ont consigné, qu’il s’était cramponné pour ainsi dire à la tribune des Jacobins » pour « dénoncer le danger que la proposition (d’élections) lancée par la section du Muséum à toutes les sections soit adoptée ». Comment se fait-il que le comité oublie le succès qu’a eu cette démarche, « puisque les sections ont rejeté la proposition » et qu’on l’inculpe pour une action par laquelle il avait « sauvé la chose publique » ? Accusé d’aller dans tous les rassemblements du peuple, Dufourny précise qu’il allait dans toutes les réunions de citoyens « légitimes » et qu’au contraire il avait informé le comité sur des « rassemblements illicites », sans préciser lesquels. Considérant qu’il n’a plus assez d’espace pour énoncer convenablement ses principes sur « les sociétés patriotiques, contre ceux qui s’y opposent et plus encore ces intrigants qui s’y glissent, les obsèdent, les dominent, les égarent », il annonce un autre placard sur ce sujet, projet qui n’a sans doute pas abouti puisqu’on n’en trouve pas la trace38.

Figure 30. – Sentinelle, prends garde à toi.
17Début novembre, il reprend la plume et publie un autre libelle de 15 pages, cette fois contre le danger d’un retour possible des girondins39. La Convention venait de porter un coup terrible à la Société des Jacobins en interdisant toute correspondance et toute affiliation entre sociétés40, et avait évoqué au mois d’août la réintégration des girondins (les 73 en prison depuis 1793)41. Dufourny s’adresse alors aux citoyens de Paris, « sentinelle de la liberté » « qui veille sans cesse pour conserver l’unité, l’indivisibilité de la République », « objet de toutes les haines », « victime de toutes les conspirations42 ». Ces citoyens de Paris ont marqué l’histoire de la Révolution qui devait aboutir à la constitution démocratique. Ils ont lutté contre des meneurs qui voulaient la faire dévier de cet objectif. Dufourny nomme Lafayette, Dumouriez, Brissot, Roland, la Gironde, le fédéralisme stoppé par la Révolution du 31 mai. Mais, selon lui, l’établissement de la constitution démocratique fut emporté à nouveau par le courant de la dictature (de Robespierre). Cette dictature « qui ne peut s’élever qu’au milieu de la misère, de la peste, des cadavres, de la guerre, des ruines et des tombeaux, et à la faveur de l’anarchie » fut précédée par « les propagateurs de la Vendée » et par les hébertistes43, ces « ogres » se sont « retranchés dans les comités du gouvernement comme dans des citadelles ». Or continue Dufourny « les modérés s’unissent avec les ogres pour paraître de vigoureux révolutionnaires et les ogres avec les modérés pour paraître humains et justes », et veulent rappeler les 73 rebelles « pour sauver leurs têtes ». Il nomme Collot en citant à son propos un vers de La Fontaine : « C’est moi qui mis Guillot berger de ce troupeau. » Guillot, le loup qui se fait passer pour le berger est pris à son propre piège44.
18Pour Dufourny, les 73 cherchent non l’amnistie « mais un triomphe ». Ils veulent « flétrir la gloire du 31 mai », gloire qui revient aux parisiens d’avoir assaini la représentation nationale. S’il y a bien eu des opposants au moment du 31 mai, comme Guzman45, il avait contribué à les écarter. Les 73, selon Dufourny, veulent remplacer la Convention par un « congrès ou un sénat fédéraliste46 ». Accuser les girondins de fédéralisme, pour des historiens comme Mona Ozouf, est un abus de langage. Pour Dufourny, considérer les girondins comme des « fédéralistes », c’est leur reprocher de vouloir dissocier la représentation nationale de la souveraineté du peuple, en mettant l’accent sur la représentation au niveau des départements, pour écarter le rôle joué par les citoyens de Paris dans les sections. Les girondins auraient contribué à la chute du roi pour mieux saisir l’autorité locale des départements47. Sans l’événement du 31 mai qui a provoqué le départ des girondins de l’Assemblée, les députés girondins « auraient souverainisé individuellement les départements » ; « Marseille se révoltant, les Anglais y accourant du port de Gênes […] le Midi se serait détaché du Nord […] les princes coalisés auraient enlevé le fruit de tant de sacrifices […] la Déclaration des droits aurait été déchirée48. » Et si « tout a été étouffé », il répète que « tout peut renaître ». La crainte que ressent Dufourny au sujet de la sortie de prison des girondins s’exprime en des termes effrayants : ceux-ci portent « leurs bubons de fédéralisme et la peste au sein de la Convention », la preuve en est que leurs complices attaquent les Jacobins et à travers eux la République dont il ne craint pas de dire qu’ils en ont été les fondateurs. Ils privent les Jacobins :
« De cette confiance, de cette correspondance, de cette heureuse influence par lesquelles les Jacobins et les sociétés populaires ont véritablement fondé la République sur les principes [mais il ajoute, combatif] : seulement pour un temps49. »
19Il demande aux citoyens de prendre en considération « la grande question de la garantie de la Représentation nationale », soit dans les assemblées de sections, soit dans les sociétés populaires et de bien distinguer « l’inviolabilité de la Convention », « du privilège » pour les représentants « de commettre des crimes » impunis50. Il reste confiant : les citoyens sauront les rejeter et « les sociétés désinfectées se relevant dans la confiance générale, seront plus puissantes pour appuyer les principes démocratiques de la Convention51 ».
20Pour réveiller ce courant, il suggère aux citoyens de demander à la Convention, d’une part, de rappeler qu’elle a unanimement prêté serment de maintenir l’unité et l’indivisibilité et approuvé les grands événements des 31 mai, 2 et 3 juin. D’autre part, de considérer les 73 et tout français qui ont protesté contre ces événements, comme « indignes de toute confiance et fonction », et que tous les ans, le 31 mai soit célébré comme le « plus grand des événements après le 10 août ». Le monument qui y serait consacré serait érigé « dans la partie du jardin national vers le petit bassin du Nord52 », pour marquer la volonté des citoyens de manifester solennellement « leur dévouement au seul gouvernement démocratique et à la seule dictature de la justice et de la loi53 ». Célébrer le 31 mai, c’était célébrer la constitution démocratique, en ces termes écrits en majuscule dans le texte : « Les parisiens l’ont fait (le 31 mai), on les accuse : PERISSENT LEURS CALOMNIATEURS ! HONNEUR AU 31 MAI ! SALUT ET CONFIANCE A LA CONVENTION ! VIVE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE54 ! »
21Mais dix jours après, ces bandes de jeunes gens, de la jeunesse plutôt bourgeoise qui sévissait depuis quelque temps au premier rang de la réaction politique et monarchique, envahissent le club des Jacobins. Le comité de sûreté générale ordonne la fermeture de la Société, « en raison des violences provoquées par son existence55 ». Le 7 novembre, le député Roederer demande la réintégration des 7356 qui sera votée un mois après à la Convention. Ce même jour, paraît un projet d’affiche signé Rafle qui répond à « la grande affiche jaune sur le 31 mai, contenant le plan d’un monument et d’une fête en l’honneur du 31 mai57 » de Dufourny. Il s’agit d’une critique acerbe du 31 mai et de Dufourny qui ose revendiquer cette journée, journée qui aurait ensuite déchaîné la Terreur. Cambon attaque Dufourny qui est « toujours avec la maudite députation de Paris, ne cherche qu’à faire un nouveau 31 mai58 », et l’accuse même d’avoir « fait le 2 septembre ». Le journal de Babeuf (28 frimaire an II, 18 décembre 1794) manifestera de façon virulente sa peur, depuis le retour des Girondins, à cause de la menace qu’ils représentent pour la souveraineté du peuple, garantie par la constitution et la Déclaration des droits, établie grâce au 31 mai.
22Dans ce libelle contre les Girondins, Dufourny, en évoquant, parmi les conspirateurs, les hébertistes, les qualifie nettement de « vandalistes, destructeurs des Arts, des Sciences, des savants, des artistes, des bibliothèques et des monuments ». Ceci explique son rejet des hébertistes. Dufourny ne pouvait les suivre, lui qui est devenu un homme des Lumières, notamment par son intérêt pour les arts et métiers. Il est alors membre de la Commission temporaire des arts, cette instance considérée comme « les yeux du comité d’Instruction publique », qui veille à la préservation du « patrimoine » culturel et scientifique, à en faire l’inventaire et à le mettre à la portée du public dans un souci d’instruction mais aussi pour développer la recherche. Dufourny est l’un des membres chargés du rapport sur l’organisation des représentants de la commission dans les départements, « pour visiter tout ce que la république possède de richesses qui peut servir à la propagation des Lumières ». Il fait aussi partie de la « commission des relations extérieures » chargée d’instruire les nations étrangères, dont les membres nommés par les différentes sections de la Commission sont Lamarck, Dufourny, Buache, Fragonard, Lebrun, David Leroy59. Dufourny est aussi à nouveau en quête d’expériences et de découvertes60. Il apparaît encore à la section de peinture à propos de l’échange d’un des meilleurs tableaux de Lesueur contre quelques autres d’un des premiers maîtres italiens, et de la possibilité d’étendre même cet échange à un plus grand nombre d’œuvres, « s’il est possible avec une utilité réciproque pour les deux nations61 ». Était-ce le résultat d’une coopération avec son frère, très connu dans le monde des arts en Italie, et qui, de plus, annonçait son retour en France ? Dufourny reste préoccupé du tour que prend la Révolution.
Germinal et prairial
23Pour comble de malheur, l’hiver 1795 est plus rigoureux que jamais, quarante-six jours de gel consécutif, suivis d’une crue violente, aggravent la crise. Des queues apparaissent devant les boulangeries dès 3 heures du matin, les arbres des bois de Boulogne et de Vincennes sont abattus comme bois de chauffage, les matières premières manquent, du fait que les rivières sont gelées, les ouvriers sont débauchés… À Paris, où l’on craint des émeutes, la quantité de pain distribuée par le comité civil de section aux porteurs de carte est en principe d’une demi-livre par jour, mais les habitants qui ne reçoivent rien sont nombreux. Les murs des faubourgs et d’une partie du centre de Paris sont couverts d’affiches aux titres évocateurs : Peuple, réveille toi, il est temps, Le tocsin national, L’adresse à la Convention et au peuple. On peut y lire que, sous la Terreur, les prix étaient contrôlés, les marchés approvisionnés62… Ces affiches appellent à la mise en application de la constitution de 93 que Lecointre, le 29 pluviôse, avait demandée à la Convention, mais sa proposition contestée avait abouti à l’établissement d’une commission pour préparer de nouvelles lois organiques63. Les auteurs s’en prennent aux comités et plus encore à ceux qu’ils appellent les « muscadins » dont le luxe et l’arrogance sont considérés comme provocateurs, surtout dans les sections des Quinze-vingts, des Gravilliers et du Muséum. Le terme de muscadin évoqué plus haut est de plus en plus employé en opposition au mot de patriote. Ces jeunes gens avaient lancé une sorte de mode : la mousseline mouchetée de rouille portée autour du cou, le col de velours noir qui évoque la mort du roi et les dix-sept boutons de nacre de leur habit rappelant l’orphelin du temple sont autant de symboles royalistes. Ils sont également munis d’un gourdin plombé qu’ils appellent le « rosse coquin », dont ils se sont servi pour chasser les Jacobins de leur club64.
24Depuis la fermeture du club, le 28 brumaire, les Jacobins ont été accueillis par la Société des défenseurs des Droits de l’homme siégeant à l’hospice des Enfants de la Patrie, section des Quinze-Vingt au faubourg Saint-Antoine. Ils auraient cherché à provoquer une insurrection afin de mobiliser la Convention pour la défense du peuple65. Dufourny publie une brochure, le 3 germinal an III (23 mars 179i5), qui incite les sections à faire pression sur la Convention en faveur de la constitution de 93. K. Tonnesson évoque une possible direction coordonnée par un petit groupe d’hommes qui ont cotisé pour une campagne d’affiches66, ce n’est pas, semble-t-il, le cas de Dufourny. Il publie son texte à l’Imprimerie du Lycée des Arts, qui n’est pas connue pourtant pour être à l’avant-garde des idées révolutionnaires. Il trouve là probablement le soutien de son frère Jean-Baptiste-Pierre, actionnaire du Lycée et très présent comme trésorier67. C’est le seul de ses textes qui soit payant, il est vendu 10 sols.
25Le titre de sa brochure, Allégeance ! Justice ! Vengeance ! Vengeance !! Vengeance !!! Vengeance !!!!, Vengeance !!!!!68 n’est pourtant pas comme il pourrait laisser croire un appel à la vengeance ! Le texte rythmé par de nombreux À bas ! À bas la Vengeance !, veut être au contraire un appel à la démocratie et à la paix. Ces cris-là, ces cris « forcenés » de vengeance sont des cris « barbares », ceux qui retentissent, se multiplient « avec tous les rugissements de la rage », comme se multiplient les points d’exclamation de son titre parce qu’« ils répandent à nouveau la Terreur ». Depuis Thermidor, la soif de vengeance de la Terreur couvait mais débordait et se confondait avec la réaction contre-révolutionnaire, anti-patriote, et selon Dufourny devenait plus importante que la Terreur au nom de la justice pour le salut de la patrie et de la République… Persécuter un patriote, c’est avilir le pauvre qu’il représente, explique Dufourny69. Il sait qu’il est lui-même traqué. La Convention demande la punition des auteurs de la journée du 31 mai et le comité d’Instruction publique examine même la question de le suspendre de sa nomination à la Commission temporaire des Arts70. Dufourny écrit ce discours quelques jours après. Il réclame « le baume de la fraternité et non pas le fiel de la vengeance71 », comme lui, avait pardonné à ceux qui l’avaient attaqué.

Figure 31. – Allégeance ! Justice ! Vengeance !
26Il est conscient de la lassitude des citoyens mais il croit encore à un sursaut de ceux qui sont démocrates et à la force de leur engagement. « Non, vous n’êtes point démoralisez, vous allez le prouver ». C’est la première fois qu’il utilise dans un de ses discours le terme de démocrates, le dernier s’adressait aux « républicains », mais parlait de « République démocratique » dont il se glorifiait d’avoir été l’un des artisans. Il s’adresse ici aux « Démocrates ! Seuls hommes libres ! Seuls Français ! Seuls Républicains72 ! » On se souvient du Cahier du Quatrième Ordre dans lequel Dufourny, à propos de ceux qui appartenaient au dernier des ordres, exclus des assemblées et des élections, posait la question : « pourquoi ne sont-ils pas considérés comme des hommes, comme des Français » ? Inversement en 1795, ce sont les anti-démocrates qu’il ne considère pas comme des hommes libres, comme des Français, puisqu’ils veulent exclure les plus pauvres, détruire la souveraineté du peuple chèrement acquise.
27Dans un premier temps, il demande aux citoyens de faire front contre ceux qui crient vengeance. S’il distingue parmi eux différentes catégories, ce sont tous, à ses yeux, des ennemis de la fraternité (la fraternité avec les plus pauvres) parce qu’ils s’opposent à la constitution démocratique de 1793, et à la Déclaration des droits de l’homme qu’il qualifie cette fois de « bouclier du pauvre73 ».
28D’où viennent ces cris de vengeance ?
- Des royalistes qui donnent de faux espoirs « en vous sollicitant d’arborer la cocarde blanche et de proclamer un Louis XVII », et « osent vous dire qu’il réparerait tous vos maux », ramènerait l’abondance, « comme si un individu avait le dépôt imaginaire d’approvisionnements cachés », comme si cela « ne forcerait pas à la banqueroute ». Ils veulent se venger du 10 août et du 21 janvier, menacent la France de devenir la proie des monarchies étrangères, « l’espoir de nos ennemis extérieurs, s’accroissant avec notre misère, leurs efforts et nos revers74 ».
- De la jeunesse, faisant référence, sans utiliser ce qualificatif, aux muscadins qu’il décrit comme « des jeunes imberbes dans leur pétulante naïveté », (la presse républicaine nie leur maturité) qui osent se regrouper sous le nom de jeunesse française, correspondent avec les journalistes qui les recrutent, « les félicitent avant tout des victoires qu’ils remportent intrépidement sur des comédiens, sur des morts et sur des bustes75 ». Il mentionne plus particulièrement leur meneur « qui ose usurper le titre d’Orateur du peuple », faisant allusion à Fréron dont le journal, après thermidor, changea radicalement et devint l’organe de la réaction. Il était à la tête de ce qui fut appelé « la jeunesse dorée de Fréron76 » qui a joué un rôle important dans la fermeture du club des Jacobins et la destruction des symboles issus de l’an II : « commandos de choc, manipulés par les comités, ils régnaient sur les places publiques, dans les cafés, dans les théâtres77 ». Depuis le début de l’année, l’agitation règne dans les salles de spectacle, où les scènes deviennent des tribunes. On y lit des textes contre les sans-culottes et les muscadins applaudissent. Inversement, une pièce raillant les muscadins, Le concert de la rue Feydeau ou La Folie du jour a fait parler d’elle. « À plusieurs reprises, des jeunes gens bien mis ont interrompu la représentation, avant d’être arrêtés à la sortie par les soldats qui cernaient le théâtre, sur ordre du comité de sûreté générale. » À la suite de cet incident, les théâtres sont fermés pour quelque temps78. Dufourny connaît ces faits, il avait été accusé d’être un agitateur du peuple, notamment dans les théâtres. Il évoque aussi la guerre des bustes et on sait combien les bustes ont compté dans les schémas de représentation des révolutionnaires et de Dufourny. Marat était la cible visée. Si, au faubourg Saint-Antoine, on manifestait en portant son buste, les muscadins par contre brisaient dans Paris les bustes qu’ils trouvaient de lui, voulaient remplacer ses cendres au Panthéon par celles de Charlotte Corday et sont allés sur sa tombe danser « une valse macabre79 ». C’est à ces faits que Dufourny fait allusion quand il évoque les victoires de la jeunesse sur les morts. Les rixes se multipliant, les comités cèdent et le 21 pluviose (9 février) les bustes de Le Pelletier et Marat, les tableaux de David représentant leurs morts furent enlevés de la salle de la Convention, sous les applaudissements de la « jeunesse dorée » massée dans les tribunes80. Dufourny associe aux muscadins « ces femelles impures81 », faisant allusion aux jeunes filles qui agissent « de concert avec eux », ont un comportement égoïste et avide, contraire à la vertu républicaine patriote. Il reproche encore aux « muscadins » de recruter des fils d’émigrés, des hommes échappés de la Vendée82. Et un petit nombre de ces « vauriens » sont parvenus, dit Dufourny, « par intrigue et par hypocrisie » à se glisser dans les sociétés patriotiques, sans même être inscrits et cependant « délibèrent […] affichent, vont à la barre comme si, collectivement ils avaient une existence légale83 ». Ils vont même dans les faubourgs qui leur répondent : « si vous faites le bien, vous n’avez pas besoin de nous caresser, si vous nous craignez, dissolvez-vous84 ». Pour Dufourny, ils « harcèlent le citoyen pauvre » qui a fait la Révolution, répugnent à le considérer comme un égal85. On revenait à la case départ, au « mépris du pauvre » évoqué dans le Cahier du Quatrième Ordre. Comme aux girondins auparavant, Dufourny attribue aux « empoisonneurs de la jeunesse » l’image de pestiférés, inversant la représentation ancestrale du pauvre qui propage la peste86, « véhiculant royalisme et fédéralisme87 ». Ils « formeraient la garde spéciale ou prétorienne de la Convention contre les parisiens si elle allait à Chalons88 ». La loi de police prévoyait que, dans le cas où les révoltés parviendraient à entamer, opprimer ou dissoudre la Convention, les députés se réuniraient à Chalons sur Marne ou tout autre endroit, ce qui donne l’impression que la Convention cherche à fuir Paris89. Cette crainte n’est pas sans rappeler celle provoquée en 93 par les girondins qui avaient envisagé cette possibilité de déplacer la Convention en province. Dufourny appelle tous « les jeunes citoyens » qui se sont laissés séduire à dissoudre ces rassemblements funestes90.
- Ceux qui crient vengeance sont encore ceux qui avilissent les assignats, qui, « par haine de la démocratie » ou par cupidité (c’est le plus grand nombre) échangent d’abord les assignats contre des marchandises et « surtout contre celles de première nécessité, jusqu’aux pommes de terre, ressource précieuse du pauvre affamé ». Ce sont « tous ces prétendus commerçants », « qui ne cherchent qu’à lever un tribut énorme sur les denrées à leur passage des mains du fabricant dans celles du consommateur », « les courtiers innombrables qui établissent des cours fictifs à toutes les marchandises […] décrient les assignats pour en absorber une plus grande partie pour la revente », « prônant la liberté illimitée du commerce », « les agioteurs de la bourse et des portiques du café de Chartres91 [qui] spéculent sur les chances du papier monnaie (la première des marchandises), jouent à la hausse et à la baisse92 ». Après un redressement temporaire dû aux mesures coercitives des « montagnards », le rythme des émissions d’assignats s’était accéléré après thermidor. La réouverture de la Bourse, l’abandon du Maximum (le 4 nivôse an III, 24 décembre 1794) avaient permis la multiplication de certains échanges, mais provoqué la flambée des prix et l’effondrement de l’assignat, qui était resté stable l’année précédente. La Convention poursuit les agioteurs qui trafiquent librement, tant sur les valeurs mobilières que sur les assignats dont le taux varie selon le « marché », et profitent de la désorganisation du monde des affaires93.
29Suivent, dans la liste de ceux qui crient vengeance :
- Les valets diplomatiques ». Sur le plan diplomatique comme sur les autres, les Thermidoriens sont prisonniers de la réaction. Pour Dufourny, « ces valets » sont des diplomates au service de la réaction, ils sèment la discorde pour avilir la Convention et faire le jeu des monarchies européennes.
- Les « bureaucrates », « qui ne doivent leur existence qu’à la difficulté des circonstances et aux besoins de la guerre94 ». Le poids de l’administration n’avait cessé de croître et l’on s’apercevait qu’en organisant la vie politique et administrative, la Révolution était devenue « bureaucratique ». Les nécessités de la guerre ont amplifié le phénomène. Dufourny semble dire que les « bureaucrates » ne sont pas patriotes, mais agissent par intérêt personnel et suivent le mouvement réactionnaire.
- Les ardents fanatiques. » La Convention vient de rétablir la liberté des cultes dans les églises le 21 février, mais Dufourny craint le retour d’une religion officielle, fanatique et cléricale, prônée par ceux « dont le zèle hypocrite égare les bons citoyens qui, sans eux se contenteraient de la liberté absolue des opinions religieuses et du culte ». La religion qu’il revendique est celle d’un « Dieu de la justice, […] de la fraternité, […] de l’égalité95 ».
30Dans une dernière mise en garde, Dufourny dit aux citoyens de se méfier de tous ces réactionnaires dont il vient d’exposer la liste :
« Ils surprennent votre sensibilité dans les assemblées de sections et vont porter en votre nom à la Convention les vœux les plus acharnés contre certains individus, les vœux les plus contradictoires puisqu’en félicitant sur l’abolition de la Terreur, ils ne respirent que la plus implacable vengeance96. »
31Puis, en pleine réaction thermidorienne, Dufourny livre son bilan de la Révolution et donne ses directives :
« Écoutez les ombres de Desmoulins et de Philippeaux, écoutez le génie de Danton, ils vous disent « laissez nos mânes en paix, pourrions-nous être honorés par un peuple comprimé jusque dans sa pensée ? […] faites triompher la démocratie97. »
32La Révolution est cet espoir et ce combat pour la démocratie (et cela signifie : permettre au peuple de dire ce qu’il pense), incarné par Danton, Desmoulins et Philippeaux. Danton, l’homme qui a fait entrer « les passifs » dans son district, compagnon de la première heure aux Cordeliers, ainsi que Desmoulins seraient « déshonorés » si leur serment était trahi. Dufourny met le génie de Danton au-dessus des autres et n’évoque pas Robespierre, qu’il a en son temps admiré pour avoir défendu avec fermeté ces principes et dont il était proche aux Jacobins. Il nomme Philippeaux, marquant ainsi son parti, celui des Indulgents. Et il cite Danton : « mes ennemis auront beau faire, ils n’empêcheront pas que je sois placé au Panthéon de l’histoire ». Il craint par contre un mouvement réactionnaire qui irait jusqu’à « la réhabilitation de Capet et d’Antoinette98 ». Le 8 février, la Convention avait décidé d’interdire les honneurs du Panthéon à tout citoyen dans les dix ans suivant sa mort mais en avait retiré les cendres de Marat99. Dufourny en avertit les citoyens : si seul « le peuple en masse a le dépôt de la vérité, de la raison, de la justice et de la gloire » sur la fidélité de ses amis, « il dépose les clefs du Panthéon à la garde de la représentation nationale » pendant les dix années « sagement exigées par la loi100 ».
33Quant à la révision des événements de la Révolution, elle appartient exclusivement à l’histoire, dit Dufourny, c’est « une chaîne de causes et d’effets » qui pour lui a conduit à la constitution démocratique. Il confie à la postérité la tâche de porter un jugement pour éviter que ses contemporains ne le fassent sans recul et condamnent ainsi précipitamment. Si après ces années de révolution, il reconnaît que « des actes irréguliers, contraires aux lois, contraires même à l’humanité (tels que la guerre, les insurrections) ont été commis », pour lui, ils sont « légitimés par la nécessité de résister à l’oppression ». Il ajoute même :
« Quelques actes ont fait verser le sang et couler les larmes ; mais ils ont fait reculer les tyrans, et […] quelque atroces qu’ils soient, s’ils ont sauvé le peuple, ils sont légitimes101. »
34Sauver le peuple ? Sauver le peuple d’être « comprimé jusque dans sa pensée », vient de dire Dufourny. Quel peuple ? Le peuple souverain, qui se définit finalement en opposition avec ceux qui refusent cette souveraineté à tous et vont bientôt limiter les droits de s’assembler, de s’exprimer, et de voter aux plus pauvres, comme en 1789. Dufourny n’est pas sans crainte sur les conséquences des excès de la Terreur102. Malgré cela, pour lui les événements de la Révolution forment un tout qui globalement a servi l’humanité. Ce serait donc une ingratitude que d’attaquer, que de discuter même un seul de ces événements isolés (il pense sans doute au 31 mai) : « non vous ne fomenterez pas ce nouveau levain de guerre civile […]. Respect à l’histoire, à bas la vengeance103 ».
35Cet exposé de principes que Dufourny a développés en faveur des acquis de la Révolution vise à inviter les citoyens à venir délibérer en sections le décadi suivant, à les décider « à défendre les opprimés » (les républicains démocrates), et à en dresser la liste. En septembre, il leur demandait d’établir une liste de ceux qui conspiraient contre les jacobins, il leur demande cette fois d’établir une liste des citoyens démocrates qui sont dans les prisons (il sait que lui-même a toutes les chances de s’y retrouver puisqu’il est recherché) et de la porter à la Convention sur le champ, après avoir défendu le principe que tout homme ne peut seul s’en prendre à son ennemi et même que ne pourront voter dans les assemblées que ceux qui renoncent à toute vengeance. Il leur demande de prendre conscience dans ces assemblées de ceux qui les ont égarés, cités plus haut104.
36Il considère les conseils d’insurrection comme « perfides ». Il sait sans doute que deux jours avant la publication de ce discours, la Convention vient de voter sur proposition de Sieyès une loi prévoyant la peine de mort ou de déportation pour les auteurs de mouvements séditieux contre la Convention, et que toute insulte envers un représentant serait punie105. L’insurrection par la force, leur dit-il, n’est légitime que quand il n’y a pas d’autre solution contre « l’autorité tyrannique ». « Opposez aux fléaux qui vous entourent le recours à la représentation nationale106. » Comme pour le 31 mai, il prône « la seule insurrection morale, la plus sainte et la plus puissante des insurrections107 ». Il semble craindre une manifestation de force, propose aux assemblées de sections de se rendre paisiblement à la Convention, de faire confiance à la représentation nationale, et présente les revendications des républicains démocrates. Tout cela a-t-il pu avoir un impact sur les manifestants du 12 germinal, comme avant le 31 mai ou avant le 5 septembre 1793, pour faire pression sur la Convention ? Cette fois, cela ne fonctionnera pas. Il croyait pourtant à leur succès : « il suffira que les citoyens manifestent les principes qu’il leur a rappelés, pour que la représentation nationale les reconnaisse ». Il semble même très optimiste sur le résultat : la représentation nationale « digne de sa mission » applaudira les manifestants et donnera à son tour l’exemple en publiant « une Adresse aux républicains français », rendant hommage aux Parisiens qui, après avoir commencé la Révolution le 14 juillet, auraient maintenu la République et encore « prévenu la guerre civile108 ». Et « vous courrez à cette fête, les patriotes vous y attendent », sans doute une allusion aux Crétois de la Convention, les députés « montagnards » restant après le 9 Thermidor, nommés ainsi parce que ne siégeant plus qu’à la « crête de la montagne », tout en haut de l’hémicycle dans la partie gauche. L’enjeu à défendre n’est pas des moindres et il a été cher payé, clame-t-il avec magnificence dans un dernier élan révolutionnaire.
« Vous verrez rayonner l’arche de la Constitution, qui renferme ce dépôt sacré, dont aucun audacieux n’osera changer un seul mot. Songez à vos serments, à celui de toute la France. Souvenez-vous que conforme à la Déclaration des droits, cet acte immortel est le bouclier du pauvre, le prix du sang de vos fils, de vos époux, de ces héros républicains. Songez qu’ils sont les garants de l’union et de l’égalité fraternelle. »
37Les droits de l’homme, en préambule de la constitution, sont le serment de toute la France qui reconnaît l’égalité des hommes en droit et leur garantit la possibilité de s’assembler, de s’exprimer, de délibérer. « Demandez donc que sans délai, ils soient gravés et érigés dans la salle de la Convention. » Ils sont le bouclier du pauvre puisqu’ils sont universels109. L’exclusion des pauvres est alors anticonstitutionnelle et la déclaration un recours. Dufourny veut croire encore au ralliement, et pour montrer encore que le bien être des uns dépend des autres et conditionne « la paix universelle », il utilise cette image de la moisson :
« Ce grand jour, citoyens sera la fête des préliminaires de la paix universelle. Les partis seront vaincus, […] les assignats que la discorde ne cesse de décrier depuis six mois, reprendront le pair, les prix des denrées diminueront car l’accapareur effrayé garnira les marchés et de fête en fête vous gagnerez la moisson110. »
38Le serment et la fête avaient été les points d’attache du peuple avec ceux qui comme Dufourny se disaient leurs représentants : le serment de s’engager à défendre les droits de tous, et la fête qui exprime la joie d’être ensemble et de se reconnaître d’un même peuple. « De fête en fête vous gagnerez la moisson » : il y avait eu entre autres des fêtes à la Bastille, la fête de la chute des barrières de l’octroi, la fête du retour des soldats de Chateauvieux, la fête de la Constitution de 1793, et même en 1794 la fête du malheur… Il croit encore à la fête de la moisson, celle qui apporterait non seulement la subsistance mais permettrait de recueillir les fruits de la Révolution, c’est-à-dire surtout la liberté de pensée. Son plaidoyer, alors qu’il est lui-même menacé, est de redonner espoir aux citoyens et de réveiller les démocrates défenseurs des droits de l’homme pour faire triompher la démocratie par l’union des députés et des citoyens républicains démocrates. Il termine son adresse aux citoyens en vantant la vertu qu’il oppose aux passions pour « abattre la vengeance, la famine, la rage, la guerre civile » et demande « la Constitution de 1793, la paix dans la Convention, la confiance dans la représentation nationale, l’appui aux opprimés, la tendresse pour le pauvre111 ».
39Entre disette et famine, le 7 germinal, 600 femmes de la section des Gravilliers sont rassemblées au corps de garde, décidées à entraîner celles d’autres quartiers112. D. Tonnesson regrette que les sources ne soient pas suffisantes pour faire le tableau des assemblées générales du 10 germinal (que Dufourny par ce texte avait préparées) pour évaluer dans quelle mesure elles ont contribué à la manifestation du 12. On note cependant des assemblées qui invitent à une constitution démocratique fondée sur les droits de l’homme (celles des Quinze-Vingt, de la Fidélité, du Bon Conseil, du Jardin des Plantes, des Thermes, de l’Arsenal qui est celle de Dufourny, des Droits de l’homme, de l’Observatoire et de la Fraternité113…). Ces assemblées ont provoqué la pétition du 11 contre la suppression du maximum, réclamant une municipalité de Paris (réclamations non évoquées par Dufourny), la réouverture des sociétés populaires, la prompte mise en activité de la constitution de 1793, la punition ou la mise en liberté des détenus (réclamées par Dufourny)114. « Nous sommes debout pour soutenir la République et la liberté », ces paroles peuvent être considérées comme le signal de l’insurrection du lendemain. Le 12, des sans-culottes des sections envahissent en masse la Convention. L’ancien commandant du bataillon de la Cité prend la parole au nom des insurgés. C’était eux les hommes du 14 juillet, du 10 août et du 31 mai, dit-il. Ils avaient juré de vivre libres ou mourir, ils voulaient du pain, la libération des patriotes incarcérés et la constitution de 93, et que justice soit faite de l’armée de Fréron et « de ces messieurs à bâton115 ». Pendant ce temps, autour du Palais Royal se rassemblaient les bataillons des sections bourgeoises116. Pichegru, commandant de l’armée du Nord, de passage à Paris, prend la tête des troupes et réprime avec énergie, le 13 germinal (2 avril), les troubles qui se poursuivent au faubourg Saint-Antoine. Les Thermidoriens font décréter la déportation immédiate de Barère, Billaud-Varenne, Collot d’Herbois et Vadier, et l’arrestation de huit autres « montagnards ». Le lendemain, une commission de 7 membres (qui sera ensuite portée à 11) est nommée par la Convention pour revoir la constitution117.
40Une dizaine de jours après l’émeute, Dufourny est dénoncé par deux hommes, électeurs avec lui, Harger et Guichard, qui l’ont reconnu dans un groupe à la porte Saint-Martin. Sachant qu’il était recherché comme l’un des principaux acteurs de la journée du 31 mai, ils s’étaient rendus au comité de surveillance du 6e arrondissement de la section des Gravilliers pour y faire leur déclaration datée du 23 germinal an III (12 avril 1795), destinée au comité de sûreté générale. Ils déclarent que la veille, « sur les 9 heures 1/4 du soir », un petit groupe de 5 ou 6 personnes dont Dufourny s’est détaché d’un groupe d’une trentaine personnes qui se plaignait des différences de prix et de sortes de pain. Dufourny aurait dit :
« Citoyens, voilà où nous a conduit la suppression des sociétés populaires, je suis connu, j’ai pignon sur rue, j’ai été président du département de Paris et membre des jacobins mais bon jacobin, vous pouvez me croire. D’ailleurs, il a été plusieurs fois question de moi, à la Convention. »
41La Prusse avait signé la paix avec la France quelques jours avant et Dufourny aurait dit aussi : « que la disette n’avait pour but que de forcer le peuple à demander la paix à quelque condition que ce soit », mettant en garde contre le danger de négociations secrètes entre le gouvernement thermidorien et les souverains de la coalition118. Dufourny aurait aussi répondu à un citoyen qui disait « que le peuple était las des différents gouvernements qu’il avait éprouvés » : « si tous les bons jacobins s’étaient bien entendus, ils seraient tous triomphants mais les députés jacobins étaient tous des lâches exceptés ceux en arrestation », et que « ce qui avait perdu les jacobins, c’est d’avoir accepté des places119 ». Le comité de surveillance estime que cette déclaration « montre comment un citoyen, ancien membre du département entraîne le peuple aux désordres et à la contre révolution120 ». Détenu à la prison des Orties trois jours après (le 26 germinal), il comparaît le 28 devant le comité de sûreté général. D’après sa déposition, Dufourny habite toujours à l’Arsenal, maison des Poudres. Il répond, à la question, « s’il s’est trouvé dans quelque groupe ou rassemblement qui ont eu lieu le 22 germinal Carré et porte Saint Martin », qu’il s’y était trouvé, mais huit jours avant (c’est-à-dire juste après les émeutes) et voyant un rassemblement assez considérable, « en bon citoyen, il s’était approché pour connaître s’il y avait des malintentionnés qui cherchassent à corrompre l’esprit public », mais n’avait « reconnu que de bonnes dispositions, n’avait entendu que des gémissements et qu’il avait observé comme c’est son usage le silence le plus absolu121 ». Dufourny face au comité donne sa version de cette rencontre avec les deux électeurs. Il n’hésite pas à dire qu’il aurait beaucoup de choses à rajouter contre l’animosité avec laquelle on cherchait à remettre en cause les événements passés et particulièrement celui du 31 mai, et qu’il venait « de faire imprimer un ouvrage contre la vengeance, contre les conseils d’insurrection, que, lui-même persécuté solennellement en diverses circonstances, y donnait l’exemple d’oubli de tous ressentiments ». Il leur a donné un exemplaire à mettre au procès-verbal. Et il fait observer au comité que s’il a sévi contre « des patriotes bien connus pour être irréprochables », cela n’ébranlait pas « la profonde affection des patriotes pour la chose publique » et qu’il y avait danger d’y nuire « en continuant de sévir contre ceux qui ne cessent de recommander de vive voix et par écrit la confiance dans la représentation nationale122 ». Il explique que les Jacobins dont il a parlé sont ceux qui, comme lui, se sont opposés à la rentrée de Collot et Billaud, de Barrère, auquel il a fait ôter la carte deux fois, d’ailleurs « tous les bons députés qui allaient aux Jacobins depuis le 9 Thermidor, comme lui », s’étaient finalement retirés de la Société « voyant que le bien était impossible et que par une affiche, il avait invité les bons Jacobins à ne pas souffrir que les hommes de sang se retranchassent dans une société comme dans une place forte123 ». Le représentant Gauthier conclut de cet interrogatoire que Dufourny avait dû aller deux fois à cet endroit, ce qui aggrave son cas. Mais quatre jours après, il est libéré (3 floréal an III, 22 avril 1795)124. L’original ayant été remis « au citoyen Legendre député », on peut supposer que Dufourny doit sa libération à ce dernier, un des Cordeliers de la première heure, très populaire dans les faubourgs, exclu comme Dufourny des Cordeliers pour avoir critiqué Hébert, Jacobin lui aussi.
42Depuis la fin de ventôse, les rapports de police notent des attroupements dans un quartier ou un autre, les faubourgs et les alentours de l’Arsenal sont particulièrement surveillés. Dufourny va donc dans ces quartiers, et on apprend dans sa déposition qu’il y a distribué son dernier discours imprimé Allégeance, Vengeance125… Les quartiers de la porte Saint Denis et Saint Martin en l’an IV comme en l’an V seront désignés par Babeuf comme point de ralliement, les ouvriers s’y trouvant en grand nombre126. Peu après cet interrogatoire, les sans-culottes envahissent à nouveau la Convention.
43Le pamphlet Insurrection du peuple pour en obtenir du Pain et reconquérir ses Droits, probablement rédigé par les meneurs incarcérés au Plessis (Magnier, Varlet, Babeuf…) appelait à une manifestation de masse127. On retrouve dans le journal Le Démocrite de Magnier la même confiance que celle de Dufourny : « Quand tout sera fini, quelque fidèle crétois paraîtra à la Tribune en bonnet rouge et remerciera les citoyens de Paris qui auront sauvé la République. » Pour Dufourny, comme pour Magnier, souligne S. Luzzato, le mouvement des sections parisiennes est vu comme une « fête de la souveraineté populaire », légitimé pour défaire le front réactionnaire et obtenir la victoire de la démocratie128. La situation de famine ne cessant de s’aggraver, le 12 germinal va se répéter de façon plus violente. Le premier prairial, le tocsin est sonné. Les sans-culottes pénètrent dans la Convention. Ils portent une cocarde où sont inscrits les mots d’ordre de ralliement : « Du pain ou la mort, la constitution de 1793129. » Ils assassinent le député Féraud (qu’ils prennent pour Fréron). Dans un premier temps, les députés montagnards font voter des décrets favorables aux insurgés : libération des patriotes incarcérés, nomination d’une commission provisoire pour remplacer le comité de sûreté générale130. Mais la force armée des sections modérées chasse la foule de la salle.
44Ce n’est pas la fête annoncée, ce n’est pas le grand jour préliminaire à la paix universelle attendue par Dufourny. La Convention vote l’arrestation des députés compromis dans l’émeute, « les crétois » qui ont tenté de prendre le pouvoir. Trente mille hommes de troupe appuyés par cinq mille gardes et trois mille muscadins écrasent les dix mille insurgés131. La garde avait été mobilisée « par avertissements personnels » aux « bons citoyens », c’est-à-dire, à ceux « qui avaient une fortune à conserver » (sic). « Si nous n’avions pas élagué la canaille, nous étions perdus » écrira plus tard le conventionnel Rovère à Goupilleau132. Après trois jours d’insurrection, 149 manifestants sont arrêtés, 36 condamnés à mort, 12 à la déportation, 7 aux fers. Les ateliers de filature, les seuls ateliers de secours qui survivaient, sont fermés le 29 prairial an III, par un décret qui condamne « la médiocre qualité de leur production » et la « charge onéreuse » qu’ils imposent à l’État. Un rapport les accuse de favoriser « l’improbité, la paresse, la débauche » ainsi que leur « esprit d’insurrection133 ».
45On pouvait voir au coin des rues des hommes, des femmes et des enfants tomber littéralement de faim, disent les rapports de police qui font état aussi de suicides et du désespoir des insurgés. On constate, dans les dépositions des manifestants, la préoccupation du pain « mais pas au prix de la liberté », le sentiment d’avoir compté, pour Robespierre, pour les Jacobins, dans les sociétés populaires. Pourtant la famine est là : comment l’expliquer ? L’assignat, l’arrêt du maximum, le manque de fermeté à l’égard des accapareurs ? « Où sont nos moissons ? Pourquoi les assignats sont-ils toujours plus avilis134 ? » Cet homme de la section des Quinze-Vingts reprend les expressions de Dufourny « avilissement des assignats », image de la « moisson ». Une semaine après cette insurrection, un mois après sa dernière arrestation, Dufourny est de nouveau arrêté, pour la quatrième fois.
Dufourny en prison quand la constitution de 1795 est votée
46Le 8 prairial an III (27 mai 1795), le comité d’Instruction publique de la Convention demande que le citoyen Dufourny soit exclu de la Commission temporaire des Arts. Le jour même, le comité de sûreté générale demande son arrestation. Le lendemain, la commission de police écrit aux membres du comité pour s’empresser de les informer qu’elle ne l’avait pas trouvé à son domicile, où il n’était pas rentré la nuit précédente, mais qu’il avait été incarcéré par ordre du comité civil de la section135. Ce qui est faux. Les membres de la commission, le 14 prairial, rectifient l’erreur : des scellés ont été apposés dans son domicile mais l’on est toujours à sa recherche136. Le comité civil de la section avait-il cherché à le protéger ? Dufourny n’est retrouvé que le 14 Messidor an III (le 2 juillet, soit plus d’un mois après le décret d’arrestation) à 5 heures du matin137. Dufourny avait profité ou prétexté de sa mission de la Commission des Arts au château d’Ecouen pour séjourner à Villiers-le Bel (dans la maison de sa famille) et donner aussi des raisons de santé pour justifier un séjour à la campagne. Il est retrouvé par Le Sueur (membre de la Commission temporaire des arts, comme Dufourny) qui requit les officiers municipaux de Villiers-le-Bel de le rejoindre dans cette maison pour l’arrêter138. Le Sueur le ramène à Paris à la prison du Plessis. Cette fois, il ne sera libéré que quatre mois plus tard, le 28 vendémiaire an IV (20 octobre 1795)139 grâce au décret de la Convention du 21 vendémiaire qui arrête les poursuites contre les montagnards. Dufourny est donc à Villiers-le Bel quand est discutée la constitution de 1795.
47Le 5 messidor an III (23 juin 1795), Boissy d’Anglas lit son rapport à la Convention sur le projet de nouvelle constitution. Il remet en cause l’égalité en ces termes : « L’égalité absolue est une chimère, l’homme sans propriété a besoin d’un effort constant de vertu pour s’intéresser à l’ordre qui ne lui conserve rien140. » Une telle déclaration enferme le pauvre dans un cercle vicieux, dans la fatalité de son état, considéré comme dans l’ordre des choses que l’on ne peut changer, tout en reconnaissant l’effort nécessaire dont il doit faire preuve face à une telle fatalité. Le rapport est discuté en Juillet à la Convention, et Thomas Paine, (Danton et Robespierre disparus), est le seul à défendre le principe du suffrage universel (masculin). Y. Bosc a étudié la constitution de 1795 en mettant en regard l’argumentation de Boissy d’Anglas et celle de Paine, débat trop ignoré jusqu’alors, a-t-il pu constater141. Pour Paine, comme pour Dufourny, la citoyenneté est une qualité inhérente à l’homme, un droit naturel et « la situation du plus pauvre est la norme à partir de laquelle Paine conçoit un ordre social142 ». L’ordre social ne peut reposer sur la propriété matérielle, ce qui crée le désordre, mais sur la propriété de soi et la représentation de soi, sur le principe d’égalité, alors que pour Boissy d’Anglas, la constitution de 1793 est l’organisation de l’anarchie puisque le peuple est « constamment délibérant ». Il faut canaliser « l’enthousiasme populaire et l’électrisation » qui n’ont pas été maîtrisés143.
48Le projet de constitution est discuté en août dans les sections, ce qui provoque des affrontements encore plus fréquents entre muscadins et sans-culottes. Les sections ont beaucoup changé depuis Thermidor, comme l’avait signalé Dufourny : elles sont réinvesties par ceux qui, précisément, refusaient la constitution de 1793. La constitution de l’an III est votée dès le 6 septembre par les sections, avec beaucoup d’abstentions. « Il semble que les propriétaires seuls composent la société. Les autres ne sont que les non propriétaires qui, rangés dans la classe des citoyens surnuméraires, attendent le moment qui leur permettra d’acquérir une propriété144 », relate un article de la Gazette de France145.
« Tout homme né et résidant en France, qui, âgé de vingt et un ans accomplis, s’est fait inscrire sur le registre civique de son canton, qui a demeuré depuis pendant une année sur le territoire de la République, et qui paie une contribution directe, foncière ou personnelle, est citoyen français » (Article 8).
« Sont citoyens, sans aucune condition de contribution, les Français qui auront fait une ou plusieurs campagnes pour l’établissement de la République » (article 9).
49Les domestiques en sont exclus. Deux conditions de plus seraient exigées, à compter de l’an XII : nul ne pourrait être inscrit sur le registre civique sans faire la preuve de savoir lire et écrire et « d’exercer une profession mécanique ». « Les opérations manuelles de l’agriculture appartiennent aux professions mécaniques146. » Les électeurs devaient être âgés de 25 ans et propriétaires d’un revenu égal à la valeur de deux cents journées de travail. Le corps électoral et la proportion des élus étaient moins grande. Le régime censitaire allait s’imposer. Boissy d’Anglas le justifie :
« Nous devons être gouvernés par les meilleurs, les meilleurs sont les plus instruits et les plus intéressés au maintien des lois. Or, à bien peu d’exception près, vous ne trouverez de pareils hommes que parmi ceux qui, possédant une propriété, sont attachés au pays qui la contient, aux lois qui la protègent et qui doivent à cette propriété et à l’aisance qu’elle donne l’éducation qui les a rendus propres à discuter avec sagacité et justesse les avantages et les inconvénients des lois fixant le sort de la patrie […] Un pays gouverné par les propriétaires dans l’ordre social ; celui où les non propriétaires gouvernent est dans l’état de nature147. »
50Les lois seraient donc faites pour défendre les propriétés qui ont permis à ceux qui en jouissent de recevoir une éducation. Les non propriétaires sont ici considérés comme des sauvages restés à l’état de nature. Ils n’ont pas le droit de donner leur opinion tant qu’ils ne sont pas instruits. C’est la fin de la conception montagnarde des « droits naturels ». La constitution de 1795 ne reconnaît que les droits de l’homme en société, ce qui revient à « affirmer l’autonomie du politique et de l’éthique148 ». La Déclaration des droits s’accompagne d’une déclaration des devoirs et ne reconnaît que les droits de l’homme en société. La constitution est adoptée le 5 fructidor an III (22 août 1795) et proclamée le 1er vendémiaire an III (23 septembre). L’article 1 des constitutions de 1789 et 1793 : « les hommes naissent libres et égaux en droits » est supprimé. Et il est déclaré dans l’article 37 : « les assemblées électorales ne peuvent s’occuper d’aucun objet étranger aux élections dont elles sont chargées, ne peuvent envoyer ni recevoir aucune adresse, aucune pétition, aucune députation149 ». En 1790, Dufourny avait refusé cette conception de la citoyenneté limitée à « élire et payer ».
51Quand Dufourny sort de prison, les assemblées de section viennent d’être supprimées (le 17 vendémiaire, 9 octobre 1795). Avec elles disparaissent sûrement, dans l’esprit de Dufourny, cinq années d’apprentissage de la vie politique, de combat pour la démocratie dans ces assemblées de quartier (district ou section), premier niveau de l’échelle de représentation. La Révolution n’aurait pas existé sans ces assemblées. Les plus pauvres en avaient été exclus. Certains se sont rassemblés en sociétés populaires qui, avec les Jacobins, ont formé un réseau qui aboutit au 10 août et à la possibilité de participer aux assemblées de sections. Certains se sont exprimés, mais dans une situation de conflit exacerbé. Ils ont eu des porte-parole et des meneurs, par moment unis, par moments en désaccord. Parmi les moins connus, Dufourny, qui, l’exclusion des plus pauvres étant réaffirmée, a encore un sursaut d’énergie début 1796 pour lancer un nouvel appel à la démocratie. Il confirme ainsi l’existence, à ce moment-là, du courant des « républicains démocrates ». Ce qualificatif qu’ils se donnent eux-mêmes, est repris par A. Aulard, et à sa suite, par P. Serna, C. Peyrard, de préférence à celui employé par une certaine historiographie de « néo-jacobinisme centralisateur150 ».
Derniers appels à la démocratie
« La fête des républicains, la fête de l’égalité »
52La Convention avait décrété que le 21 janvier, « jour de la juste punition du dernier roi des Français serait fête nationale151 ». La veille de la fête, le 20 janvier 1796, Dufourny, plein d’amertume face à la réaction, veut encore réveiller l’énergie des républicains dans un écrit intitulé Il n’est plus de fête des Rois, voici le jour de la justice des peuples, voici le grand jour de l’égalité, LA FETE DES REPUBLICAINS, Criez donc parisiens, criez : exécration au royalisme ! Exécration au fanatisme ! Vive l’Égalité ! Vive la République !

Figure 32. – Il n’est plus de fête des Rois.
53On se rappelle qu’il avait, en 1791, utilisé le jour de la fête des Rois et le symbole du gâteau pour représenter la constitution qui accorderait une part pour le pauvre. Pour lui, c’est une erreur que le « zèle révolutionnaire […] alarmé de la prétendue puissance du mot (roi) » ait aboli cette fête des rois. C’était, au contraire, la fête de la dérision des rois, de l’égalité comme lors des Saturnales pour les Romains qui servaient alors leurs esclaves152. C’était un jour de rencontre et de partage avec le pauvre qui recevait l’hospitalité, l’occasion de :
« Repas de l’égalité, de banquet fraternel et surtout le jour d’une bonne action envers l’infortuné, quand le riche écoutait une fois l’an la voix de la nature, le cri de la fraternité qui doit lui dire sans cesse : pourrais-tu te réjouir, te rouler dans l’abondance, te gorger du superflu, pendant que ton frère manquant de tout, expire de douleur, de faim et de froid153 ? »
54Pour marquer la fête républicaine du 21 janvier, un décret avait prévu d’ériger un monument qui montrerait les méfaits du royalisme. Dufourny propose que « la démocratie universelle des Arts », en référence au Jury des arts et à la Société républicaine des arts, organise un « concours solennel » d’artistes qui ne soient plus « des décorateurs chargés d’orner des palais » mais « des professeurs de la morale républicaine, chargés de cette instruction publique que l’âme peut recevoir par la vue154 ». Les Thermidoriens, et plus encore le Directoire, affirment leur position en faveur de la République par cette fête, mais en renient la démocratie, d’où l’insistance de Dufourny à parler de « démocratie » universelle des arts et pas seulement de « Société républicaine des arts ». Il demande aux citoyens d’ouvrir une souscription, lui-même y consacrerait « la quittance de ce qu’il avait versé pour l’emprunt forcé ». L’emplacement de ce monument avait été choisi « au lieu même du signal de la Saint Barthélemy par le monstre Charles IX155 », lieu qui symboliserait et consacrerait « la liberté absolue des opinions religieuses » et en même temps les crimes de la royauté. Et Dufourny donne son opinion sur la liberté religieuse pour laquelle il dit être « plein de respect » et ajoute : « Si le vrai républicain ne veut pas qu’elle (la religion) soit tyrannisée, il veille surtout à ce qu’elle ne tyrannise pas, à ce que le manteau d’aucune religion ne serve l’hypocrisie des ambitieux et n’opprime le faible que toute religion doit défendre156. »
55Mais « que servirait d’avoir détruit les oppresseurs si on ne relevait les opprimés157 » ?
56Il reproche à l’opinion publique et patriote de s’être endormie comme « en léthargie », et d’avoir laissé se développer la réaction. En vain, répète-t-il, « je vous avais mis en garde ». La République est menacée par « un gouvernement réactionnaire qui a répandu la terreur », depuis dix-huit mois, précise Dufourny, donc depuis le 9 Thermidor ; c’est ce qu’on a appelé la terreur blanche, celle qui, pour lui, avait « mis dans les fers les fondateurs de la République ». Il évoque certes la Terreur d’avant Thermidor, mais en ces termes : « ce zèle révolutionnaire qui quelquefois a détruit ce qu’il ne fallait qu’épurer ». Il ajoute à la liste des réactionnaires qui répandent la Terreur : « les compagnies de Jésus », issues de cette compagnie secrète à Lyon, la compagnie de Jéhu ou de Jésus qui, comme la compagnie du Soleil à Marseille, rendaient publique la liste des citoyens dits « républicains » pour les exterminer ou les faire exterminer en employant des mercenaires158. Et, quelques mois après les journées de Germinal et de Prairial, il accuse la réaction qui réprima durement les insurrections, d’avoir tendu un piège aux sans-culottes, alors que dans sa brochure du 1er germinal an II, il leur avait déconseillé l’insurrection. « En vain », dit-il.
57« Vous vous êtes réveillés au 13 vendémiaire », écrit Dufourny aux citoyens. Les Conventionnels, craignant la victoire des royalistes aux élections, avaient imposé aux électeurs le maintien des deux tiers des conventionnels. Le noyau royaliste des sections159, voulant contraindre par la force la Convention à renoncer à cette limitation, se met en état d’insurrection. Mais les sans-culottes ne les rejoignent pas et tentent plutôt de s’associer avec la Convention pour la défense de la République contre ceux qu’ils qualifient de royalistes et de marchands. On trouve dans les rapports de police plusieurs observations en ce sens160. Dans une lettre du 16 vendémiaire envoyée à Leclerc de Flécheray à Laval, J.B.P. Dufourny, frère aîné de Louis-Pierre, écrit :
« La secousse du 13 a été forte, j’espère et je crois que les pertes ont été exagérées de part et d’autre. Elles le seront toujours beaucoup trop. Les mesures répressives vont sans doute être rigoureuses et tout nous éloigne d’un gouvernement calme dont nous avons si grand besoin. Il ne faut pas cependant désespérer de la Patrie, le manque de courage comblerait nos malheurs161. »
58Les manifestants étaient nombreux : 25 000 sectionnaires armés. Ils sont réprimés entre autres par le général Bonaparte, mais sont traités avec plus d’indulgence que ceux de prairial162. Louis-Pierre Dufourny félicite les sans-culottes de ne pas avoir soutenu les royalistes. Que demande-t-il ? la construction d’un monument, l’organisation d’une fête qui soit pour un jour la fête de l’égalité, un jour de banquets fraternels qui réuniraient pauvres et riches où le riche comblerait le pauvre de ce qu’il lui doit, son superflu, son hospitalité. En l’an II, des banquets fraternels étaient organisés par les sections, des tables dressées dans les rues pour partager un repas modeste et fêter un événement heureux de la Révolution. Ces banquets furent un moment détournés de leur objectif premier par des « modérés » et dénoncés comme « prétendument fraternels » par Robespierre notamment le 1er thermidor an II163. Dufourny veut dire plus que le partage d’un repas quand il demande l’égalité, comme dans sa brochure de 1790, Le Gâteau des Rois, dans laquelle le gâteau représentait la constitution dont il rêvait (dite « fraternelle », c’est-à-dire sans exclure les plus pauvres des droits politiques). Il n’évoque plus cette fois la constitution (celle de 1793, dite alors « démocratique »), mais elle est en filigrane. C’est en fait une ruse du club du Panthéon auquel il doit appartenir. Le club a décidé d’accompagner le Directoire pour l’anniversaire de la mort de Louis XVI, pour le protéger d’éventuelles menaces royalistes, ce que fait Dufourny tout en prônant l’égalité.
59Ce libelle de Dufourny est indiqué comme étant publié par Lebois, rue et maison ci-devant Sorbonne, n ° 382, section Châlier quartier Jacques, l’imprimerie de L’Ami du Peuple. Or Lebois, qui était membre des Cordeliers, est parmi ceux qui sont à l’origine du club du Panthéon. Avec d’autres membres de sa section, dès décembre 1789, il avait eu l’intention claire de donner une voix aux citoyens passifs avec des arguments similaires à ceux de Dufourny « pour nourrir cette amitié fraternelle qui fait la véritable force d’un État164 ». En ce mois de janvier 1796, les organes politiques tel que les sections, étant interdits, les réunions dans les clubs ou cafés réactivent la sociabilité politique. Après l’amnistie des montagnards en octobre 1795, les Jacobins sortis des prisons, comme Dufourny, et les autres démocrates, cherchant à endiguer le flot de la réaction, se sont regroupés pour fonder une société patriotique, le club du Panthéon, qui siège dans l’ex-couvent Sainte Geneviève. Leur programme consiste alors à rassembler les Républicains sans troubler l’ordre public, sous couvert de la constitution de 1795. Ce club est donc autorisé par le Directoire. Il eut beaucoup de succès : 2000 membres rassemblés en quelques mois, réunis sous le sceau du secret pour en appeler cependant à une remise en cause du gouvernement. Comme le souligne P. Serna, « tenter d’écrire ce secret n’est pas simple », les hommes qui en font partie sont généralement prudents et pourtant, les sortir de l’oubli de l’historiographie est important pour l’histoire de la démocratie165. Un peu plus tard, une minorité se détache du groupe, dont l’idéal dépasse celui des Jacobins, avec Babeuf et ses amis Buonarroti et Darthé surnommés « les Égaux », dont les idées sont exposées dans le Manifeste des Égaux (publié le 26 janvier 1796). Mis en arrestation tout de suite, Babeuf réussit à échapper à la police. Le directoire ne tolère pas que le club du Panthéon ait laissé ce dernier intervenir en son sein et ordonne sa fermeture, le 28 février (9 ventôse) par Bonaparte166. Dufourny est-il alors babouviste ? Il se situe, en réalité, dans la mouvance des articles du Journal des Hommes libres et de l’Orateur plébéien avec Antonelle, dans la défense de l’égalité civile et politique plutôt que dans la défense d’une société sans propriété (avec communauté des biens) comme celle du Tribun du Peuple. Comme l’a montré C. Mazauric, si Babeuf, ayant lui-même connu la pauvreté, « nous paraît aujourd’hui encore si moderne malgré l’archaïsme de pans entiers de sa pensée économique, c’est en raison de l’exigence morale qu’il a inlassablement produite jusqu’à en mourir ». Il s’agit pour lui de « refuser la fatalité de la misère pour fonder l’unité de la communauté régénérée des hommes sur le seul sentiment qui la puisse rendre heureuse : la fraternité167 ». On retrouve là le combat de Dufourny.
60À ce moment-là de l’histoire de la Révolution, si divergence il y a entre eux, les républicains démocrates sont pour le ralliement autour de la démocratie, c’est-à-dire le retour du peuple souverain. Après l’échec de l’insurrection pacifique, ils n’ont plus d’autres choix que la voie de la conspiration, « voie incommode », comme le fait remarquer S. Luzzato, non seulement parce que les institutions l’interdisent, mais aussi parce qu’ils ont appris avec Rousseau, « la religion de la transparence »168. En première page de son texte de janvier, Dufourny écrit :
« Patriotes ! Aidez, surveillez l’exécution des lois, soudain l’abondance reparaîtra. Et nos fidèles armées reprenant confiance, rendues à l’enthousiasme et ne combattant que pour l’égalité, arracheront, par une dernière victoire, une paix juste et perpétuelle169. »
61Dufourny estime donc que le combat n’est pas fini. Il a confiance dans les Parisiens : « déjà vous faites retentir les hymnes nationaux et les chants civiques170 ». La Marseillaise, ce chant qui avait entraîné les soldats de l’an II, ne plaisait pas à certains qui entonnaient un chant réactionnaire, et parfois en venaient aux mains. Le 14 juillet 1795, un conventionnel avait proposé de trancher et que la Marseillaise devienne hymne national171. Cette fois, Dufourny veut entraîner les citoyens dans une nouvelle bataille, « vous allez confondre à l’instant tous les ennemis de la liberté par l’éclat du vœu que je vous propose172 ». Il n’a pu entraîner les citoyens dans cette dernière bataille.
Projet de proclamations à faire dans toute l’Italie173
62Dans un dernier libelle publié le 28 floréal an IV (17 mai 1796), on comprend que Dufourny est atteint de phtisie (tuberculose). Depuis longtemps ? Il « lutte », dit-il, « depuis de longues années contre l’oppression de l’asthme le plus violent ». Rappelons qu’en mars 1794, d’après un rapport de police, il avait des quintes de toux qui le prenaient de temps en temps, et qu’en juillet 1795, arrêté à Villiers-le-Bel, il dit s’y être retiré à cause de sa santé. La maladie s’est enflammée, explique-t-il dans ce texte, avec des douleurs à l’estomac, à la poitrine, la perte de la vue, finalement au point d’être au plus mal, à la veille de la mort depuis plus d’un mois, sans doute sous l’effet de la fatigue, de la rigueur de l’hiver et du stress de ces années de révolution.

Figure 33. – Projet de proclamations à faire dans toute l’Italie.
63Quelques jours avant la publication de ce libelle, le 10 mai, Babeuf avait été arrêté, et à partir des papiers trouvés chez lui, Carnot a lancé 245 mandats d’arrêt dans toute la France, qui visent la mouvance babouviste, mais aussi plus largement des républicains étrangers au complot. Dufourny n’en fait pas partie. Il a encore trouvé de l’énergie pour un autre combat. Il a appris qu’il était question de spolier des chefs d’œuvres des arts et des sciences en Italie, « comme il a été fait dans la Belgique174 ». Alors que se prépare la campagne d’Italie dont Bonaparte prend le commandement le 27 mars, il a proposé au gouvernement un moyen de plus « de favoriser les succès des armées républicaines » en Italie, d’abord « en audience publique, donné à l’un des membres du directoire », puis dans une note remise au directoire le 1er germinal (21 mars) qu’il joint175. Ce même jour, Buonarotti, dix jours avant l’organisation de la conspiration des égaux, a adressé au ministre des relations extérieures « un mémoire sur l’aide que pouvait apporter les patriotes italiens à l’armée française en échange d’un appui de la France pour fonder la République176 ». Dans sa note Dufourny demande au Directoire de prendre un arrêté pour « rassurer les italiens » sur notre ambition d’agir « plutôt en libérateurs » qu’en conquérants, qu’ils se sentent sécurisés sur « leurs trois cultes dominants » : « celui qu’ils rendent à Dieu », en respectant « la liberté des opinions religieuses », puis en respectant « les droits et la vertu des femmes177 », et enfin en respectant les propriétés et les chefs d’œuvres des Arts et des Sciences. Il agit au nom de la République universelle des sciences et des arts à laquelle il appartient par ses recherches et découvertes et pour lesquelles « il s’est senti cosmopolite ». Il pourra en faciliter l’exécution, « avec ce “zèle” qu’il a mis dans toute la Révolution à la conservation des Sciences et des Arts en France, et à la formation du Muséum ». Il a attendu une réponse ou que lui soit proposé « une conférence avec le général Bonaparte » qu’il avait sollicité avant son départ pour la campagne d’Italie mais « le général est parti », « tout Germinal s’est écoulé ». « C’est deux jours après la nouvelle officielle des victoires d’Italie » qu’il a reçu une réponse du ministre de l’intérieur qu’il joint à son texte178. Il proteste dans ce libelle au sujet de cette réponse qu’il trouve très ambiguë. Le ministre impute à Dufourny une intention contraire à ce qui était la sienne, celle d’avoir proposé l’envoi d’un commissaire « pour recueillir […] les trésors de la République universelle des Arts, en Italie », c’est-à-dire un commissaire « spoliateur », pour des « agioteurs » commente Dufourny. Le 25 floréal (14 mai), le directoire avait invité « à rechercher, à recueillir et à faire transporter à Paris les objets les plus précieux », d’où sa vive réaction dans ce Projet de proclamations à faire dans toute l’Italie, publié trois jours après. Le directoire désignera une commission de sept membres, qui comprendra notamment Berthollet, Monge179…
64La fin de ce libelle montre qu’il n’a pas perdu son ardeur révolutionnaire, alors que l’ère napoléonienne de conquêtes s’annonce, il met en garde et rêve pour l’Italie ce qui n’a pas été achevé en France, en s’adressant aux italiens :
« Proclamez le principe de l’égalité, comme base unique de toutes société ! […] les malheurs des hommes viennent de ce que le puissant écrase le faible, de ce que le riche exténue le pauvre, de ce qu’enfin cette perverse minorité a toujours fait les lois180. »
65Il ne craint pas de prôner encore l’égalité alors que le 27 germinal (27 avril) le Directoire a mis en place de nouvelles mesures répressives contre tous ceux qui attaqueront la constitution de l’an III ou réclameront la loi agraire (seront punis par la déportation ou la mort) et que la police vient de mettre fin à la conspiration des Égaux181 :
« Fondez la liberté sur l’instruction publique, la liberté infinie de la pensée, sur l’inviolabilité de la presse, sur la liberté religieuse, sur les mœurs et le travail. Allez et souvenez vous que les peuples sont les seuls souverains, et que vous êtes ses mandataires. »
66Pour cela il exhorte les italiens à se hâter « de couler ces tables de bronze sur lesquelles doivent être burinés les Droits de l’homme » aussitôt que leurs « sages » les auront déclarés, à manifester leur civisme, à se présenter avec l’acte de leur indépendance et que « bondissant d’allégresse, vos jeunes gens entourent de leurs danses cette marche triomphale ». La mission de Dufourny est accomplie, dit-il, puisque dans ce dernier libelle, il a réclamé que « les droits des peuples » soient respectés. Il laisse l’Histoire se prononcer sur les « spoliateurs » et signe encore l’Homme libre, « je cessais d’être l’homme libre, si je ne coopérais pas à leur (les hommes) liberté ». Et il termine son texte par ces mots : « Indépendance ! Égalité ! Tolérance ! Moeurs, Instruction, Travail ! Il n’est d’homme libre que l’homme juste ! L’infortuné est plus qu’un homme182 ! » répète-t-il encore, signifiant que les infortunés soumettent le citoyen à la défense et à la protection de la nature humaine en tout lieu, en tout temps.
Décès de Dufourny : quel héritage
67Dufourny décède chez lui un mois après ce dernier libelle, le 24 prairial an IV (12 juin 1796). Le 23 messidor an IV (12 juillet 1796) est établi son inventaire après décès183 à la requête de ses trois frères et sœur, Jean-Baptiste-Pierre, Léon et Anne-Sophie, « héritiers chacun pour un tiers » des « biens dépendant d’une maison située rue du Petit Musc, section de l’Arsenal184 ». Dufourny n’habitait plus la maison des poudres mais est resté dans le même quartier. Ses biens consistent en très peu de meubles et des vêtements185 mais comportent des objets qui font apparaître l’ingénieur artiste, assoiffé d’expériences, occupé de nivellement, amateur des arts et des sciences, de bateaux et de géographie186, chimiste, inventeur, sculpteur, collectionneur187. Les objets disent aussi les temps révolus : « une épée » héritage de famille188 ? Les temps nouveaux (des certificats de résidence, billets de garde, cartes de citoyens), les temps troublés (une paire de pistolets et des dettes passagères réglées)189. Parmi les livres, 400 volumes dont La chimie de Fourcroy, « L’art de convertir le fer en acier », un gros paquet de vieilles estampes, mais aussi des almanachs royaux. Outre le livre de Court de Gebelin déjà mentionné190, les ouvrages d’auteurs plus anciens comme Fénelon, qui combattait l’absolutisme, ou La Bruyère, l’auteur et moraliste des Caractères qui exprimait la revanche du talent et de l’esprit sur la naissance et la fortune, et un ouvrage de Théophraste qui avait inspiré La Bruyère. Et pour la période de la Révolution, toute la série du Moniteur de la Première République au Directoire, depuis le 22 septembre 1792 jusqu’au 18 juin 1796, un très gros paquet de vieux papiers imprimés, un autre paquet de papiers imprimés relatifs à la Révolution (non détaillés). Il ne meurt pas pauvre191.

Figure 34. – Les habitations de Dufourny.
68Les traces que nous avons des deux frères de Dufourny, à ce moment de l’histoire, disent ce que la Révolution a accompli à travers eux. Les comités de bienfaisance des sections issus des compagnies de charité des paroisses avaient disparu en même temps que les sections, mais restait le bureau général de bienfaisance du canton, ancêtre de nos bureaux d’aide sociale puis centres communaux d’aide sociale. J.B.P Dufourny est président du Bureau général de bienfaisance de Paris192, fonction qui témoigne d’une volonté de secourir et d’instruire mais sans accorder les droits politiques. Léon est membre de l’Institut, l’un des fondateurs du Louvre. Louis-Pierre est décédé sans enfant à qui transmettre l’héritage familial non seulement matériel, mais moral193. Ses écrits publiés, ses interventions dans différentes assemblées, nous laissent en revanche un héritage certain.
69Cette dernière partie de la vie de Dufourny, de la constitution de 1791 à celle de 1795 en passant par celle de 1793, a été celle d’une volonté forte et d’une grande énergie déployée pour que la Révolution soit terminée quand la dignité de l’homme serait reconnue, celle de l’indispensable accès des plus pauvres à la citoyenneté. La constitution de 1793 dite « démocratique » a représenté un immense espoir. Pourtant la mission qu’il s’était donnée se termine par un échec. Le suffrage censitaire, comme il est d’usage d’appeler le système qui exclut les plus pauvres des droits politiques, est rétabli pour longtemps. Mais les droits politiques mis en place au moment de la Révolution, revendiqués par les « démocrates », représentaient pour les citoyens bien plus que la possibilité de donner son suffrage au moment des élections. Rêve impossible ? On ne peut refaire l’histoire. Mais la confrontation avec la pensée et l’action de Dufourny située dans le contexte de cette période, avec le recul du temps, permet de saisir des avancées ou des blocages qui ont conduit ou non à l’accès des plus pauvres à la citoyenneté, et donne à réfléchir à ce que recouvre ce terme.
70Quel héritage moral nous a laissé Dufourny ? Nous savons peu de choses sur l’homme Dufourny. Nous n’avons même pas son portrait (physique). Quant à sa personnalité ? Ferme de caractère d’après son père, entêté même, selon sa mère et son frère, qualité qu’il reconnaît lui-même comme pouvant lui être utile dans son choix de défendre le droit des plus pauvres. Froid et sans chaleur pour Marat début 1791. Austère peut-être, mais artiste, musicien, ingénieux. Ambitieux sans doute pour lui-même, pour son pays, homme de conviction, sensible au sort des infortunés. Marat ne s’y trompera pas. Mais aussi acteur dans la Révolution. Les Jacobins le félicitent pour son zèle et « la manière distinguée » avec laquelle il a joué son rôle de président le 17 juillet 1791, pour ce qu’il a fait pour « la Révolution » pour la « liberté », « défenseur des Infortunés194 », reconnu pour son « patriotisme195 ». Nous n’avons ni correspondance de lui, ni images pour le saisir que ce soit dans sa vie sentimentale, ses relations avec ses frères et sa sœur pendant la révolution, ou dans ses nombreux réseaux d’appartenance comme avec ceux qu’ils voulaient défendre dans les quartiers, les faubourgs, les théâtres… Des mystères et des zones d’ombre subsistent.
71Par contre, nous pouvons suivre l’enjeu politique de sa vie et une relative intériorité de sa pensée. Il a voué sa vie à la démocratie, dit-il. En pleine réaction thermidorienne, il demande encore aux citoyens de décider en assemblées générales, d’aller à la Convention faire « triompher la démocratie ». La Révolution est pour lui cet espoir et ce combat pour la démocratie, fondée sur les droits de l’homme. Son parcours fait ressurgir combien la Révolution française est la Révolution des droits de l’homme. Mais aussi, en suivant le propos de Marcel Gauchet, combien elle nous a légué aussi ses contradictions196. L’héritage moral de Dufourny n’est-il pas de dénoncer ces contradictions ? La plus importante, n’est-elle pas celle de l’exclusion des plus pauvres de ces droits, dénoncée par Dufourny dès le 25 avril 1789 ? Ce mouvement de balancier, exclusion des pauvres inscrite dans la constitution, vaincue puis rétablie, fait apparaître d’autres ambiguïtés, comme celle entre démocratie dite « représentative » et démocratie dite « directe », celle de l’émergence de la figure emblématique du sans-culotte, celle de la mise en place du gouvernement révolutionnaire et de la Terreur que nous pouvons percevoir à travers Dufourny…
72Deux conceptions de la citoyenneté se sont opposées, celle du citoyen propriétaire, seul capable de s’intéresser et de faire partie de la société politique. Celle d’une citoyenneté pour tous (à l’exception des femmes), qui est celle de Dufourny et des démocrates. Dufourny veut montrer que « celui qui contribue le plus » n’est pas forcément « meilleur citoyen », que les propriétaires ne sont pas forcément « les plus aptes à gouverner parce qu’ils sont les plus instruits » (comme le répète Boissy d’Anglas197), s’il leur manque la connaissance de ce que vivent et pensent les « Infortunés ». Et il en mesure les conséquences. Ne pas inclure les plus pauvres dans le processus, c’est courir aussi le risque de lois trop dures pour les pauvres, comme les lois contre la mendicité ou la loi martiale, alors que les lois doivent protéger les faibles. C’est courir le risque d’établir une société contre nature, sur de mauvaises bases. Leur participation à la vie politique est indispensable et prioritaire pour bâtir une société plus juste et plus humaine, libérée du « fléau de la misère ». Autre point qui en découle, être sensible au sort des infortunés est un droit naturel, on ne peut accepter que le gouvernement dépouille les citoyens de ce droit198. Pour cela, il faut se rencontrer, se connaître, se secourir. Tout au long de la Révolution, il reste fidèle à cette volonté de défendre les « Infortunés » dans leurs droits politiques, mais les moyens pour y arriver évoluent en fonction des événements révolutionnaires provoqués en partie aussi en réaction à cette exclusion. Jusqu’au 10 août 1792, il espère toujours que cette opposition entre les riches qui ont des droits et les pauvres qui en sont exclus cessera, que la « fraternité » à l’égard des plus pauvres l’emportera et propose des palliatifs. Il est aussi encore l’un des rares à la défendre après Thermidor. Il est aussi le défenseur d’une déclaration des droits des nations et des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes.
73Les raisons invoquées pour exclure les moins fortunés se répètent et s’amplifient, depuis les physiocrates, puis par Sieyès le théoricien de la représentation politique en 1789, par les constituants en 1789-1790 (dans les débats autour de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, au moment de la loi sur les municipalités), en passant par Le Chapelier dans son discours sur la fermeture des sociétés populaires en septembre 1791, par Barnave, rapporteur de la constitution de 1791, par certains Conventionnels dans les débats autour des Droits de l’homme en 1793, jusqu’à Boissy d’Anglas rapporteur de la constitution de 1795. Regard qui révèle le décalage entre l’identité des pauvres (qui ils sont réellement) et la façon dont ils sont représentés par ces personnages clefs, qui engendre leur exclusion du droit à la citoyenneté « active ». Leur humanité d’être pensants est niée, s’indigne Dufourny. Les difficultés de conditions de vie et de travail des plus pauvres, leur manque de temps pour s’instruire, le risque de se laisser corrompre, de se retrouver un moment sans travail, de rompre avec l’ordre social existant qui ne leur garantit aucun bien être, leur corps souffrant à cause de ces conditions de vie sont des raisons de les exclure. Elles sont considérées paradoxalement dans l’ordre des choses, tout comme le désordre. Pour Dufourny, au contraire, elles révèlent la nécessité de leur accorder les droits prioritairement. Et cette portion de la nation considérée comme « sans moralité » (Sieyès) est, pour Dufourny, « la plus intéressée au meilleur ordre moral199 ». Une analyse critique de ces regards montre, entre autre, la précarité du logement, du travail… Pour Dufourny, le droit de penser, de s’assembler sont des droits naturels inhérents à la nature humaine, le pauvre n’est pas un être d’instinct comme le sous-entend encore Boissy d’Anglas, mais comme tous les autres hommes, un être pensant. Lui, un homme de son temps dit des Lumières, assoiffé de connaissances, qui a pu accéder au savoir, reconnaît d’autres savoirs, d’autres lumières, notamment pour ceux qui mènent « une vie modeste ». Cette vie n’empêche pas, ce qu’il appelle d’un terme fort, « la méditation », c’est-à-dire une réflexion profonde qui pourrait aider « à la régénération » de la société politique et à « la protection des Infortunés200 ».
74Hannah Arendt reproche aux révolutionnaires français d’avoir considéré le peuple comme une masse de malheureux qu’ils ont transformé en « enragés201 » et non en citoyens. Peut-on reprocher aux hommes de la Révolution, comme Dufourny, d’avoir cherché à développer un climat d’attention aux malheureux et une pédagogie de la solidarité, d’avoir contribué à cet « humanisme révolutionnaire » quand la société se transforme à l’écoute de « l’humanité souffrante202 » ? Mais il ne se demandait « pas seulement pourquoi ils sont malheureux » mais pourquoi ils n’étaient pas « considérés comme des hommes », des citoyens engagés dans une communauté de destin comme les autres et pour laquelle ils ont une contribution à apporter. Pour lui, « les maux des nations ne viennent que de ce qu’elles ont abandonné leur souveraineté à certaines classes203 », y compris la question de la faim.
75De cette contradiction a découlé une autre ambiguïté, dénoncée par Dufourny, celle du lien entre les représentants et les citoyens.
76Les écrits de Dufourny aident à percevoir comment l’exercice de la citoyenneté a été vécu intensément. Les citoyens prennent part à l’évolution de la paroisse vers la Commune, divisée en districts puis en sections, en ce qui concerne la laïcisation des tâches administratives, mais aussi toute l’organisation de la vie de quartier, la surveillance, la police, la justice, le secours aux pauvres et notamment « les ateliers publics », examinent les lois, font des propositions, élisent les électeurs. Dufourny met en avant le principe délibératif sur lequel repose l’exercice de la vie politique. Il implique un processus de confrontation des opinions, des savoirs de tous et une échelle de représentation : du district à la Commune, de la Commune à l’Assemblée nationale. Ces assemblées de citoyens, véritables « écoles de civisme », devaient accueillir les « passifs » en leur sein, sinon elles n’avaient aucune légitimité. Ce régime d’assemblées devait permettre aux citoyens de développer une « mutuelle reconnaissance », d’établir cette « fraternité entre les citoyens des diverses classes », aux élus de se former. Dufourny s’évertue à défendre ces assemblées alors qu’elles sont menacées, parce que, pour lui, ce premier échelon de la vie politique, à proximité des citoyens est indispensable. « Aucune loi juste ne peut vous arracher le droit de vous assembler, de conférer ensemble, de vous instruire réciproquement, de délibérer, de réclamer, de vous entre secourir contre tout événement et contre tout fléau, soit physique, soit politique204. » C’est sa définition de la citoyenneté. Les représentants ont essayé d’imposer un régime représentatif, en réduisant le pouvoir des districts aux seules élections. Pour Dufourny, c’est courir le risque que l’ambition électorale prime. Faute d’être entendu, Dufourny fonde avec d’autres, le club des Droits de l’homme, demande aux citoyens de surveiller les représentants, de dénoncer les abus, les violations des Droits de l’homme.
77Les sociétés populaires, fraternelles, ou associations professionnelles qu’il a appelé de ses voeux, ont permis d’exprimer cette soif de participation à la vie politique, une parole collective de revendications de salaires, de protection en cas de maladie, de secours mutuel… Les constituants les accusent de se substituer à la représentation nationale, alors qu’ils ne représentent pas les plus pauvres, exclus des droits politiques, rappelle Dufourny qui leur reproche de ne pas avoir défini le concept de représentation. L’espoir déçu, l’exclusion entérinée dans la constitution de 1791, cette fraternité est devenue plus combattive. Plus encore que la journée qui marque la chute de la royauté, le 10 août 1792 est celle de l’avènement de la démocratie « une seconde révolution » gagnée par les sans-culottes parisiens et les fédérés des départements205. Il faut ensuite la préserver contre ceux qui la menacent et l’établir dans une nouvelle constitution sans exclusion.
78Aux yeux de Dufourny, en novembre 1794, ce sont donc des instances parallèles à la représentation nationale et en réseaux, les Jacobins et les Sociétés populaires, qui ont finalement établies la République fondée sur les droits de tous. On mesure aussi, à travers Dufourny, combien le rôle des sections de Paris devient alors prédominant du fait de la proximité de l’Assemblée nationale et du délai de communication avec la province, malgré les efforts du club des Jacobins pour correspondre avec les sociétés de province. Les sections de Paris, sont comme des sentinelles, veillant à ce que le peuple soit entendu. Paris est devenu « le grand champ d’expérimentations, lieu de rodage du rapport entre les élites et les masses populaires206 ». C’est aussi une raison pour laquelle Dufourny est en opposition avec les Girondins.
79Suivre Dufourny, c’est aussi cheminer de l’ordre des infortunés à l’émergence de la figure emblématique du « sans-culotte ». En avril 1789, pour lui, les « Infortunés », le Quatrième Ordre, ont en commun leur pauvreté, leur misère, cause de leur exclusion, avec sans doute parmi eux de grandes différences. L’argumentation de Dufourny joue a fortiori encore davantage pour les plus pauvres, « la dernière classe », y compris « la prétendue canaille ». Les ordres ont été abolis, mais la barrière des préjugés a engendré la division entre les citoyens « actifs » et « passifs ». Dufourny estime qu’avoir détruit les ordres et créer « l’aristocratie des riches », c’est recréer des ordres et « dire à la classe indigente ce que la noblesse et le clergé avaient la tyrannie d’opposer aux réclamations du Tiers207 ». Ceux qui ont défendu le peuple exclu au club électoral, par exemple, se sont fait traiter de « factieux », de « sans-culotte », terme apparu à l’Assemblée nationale pour désigner tous ceux que, eux, appellent « les patriotes208 ». Ce qualificatif péjoratif, devenu un titre de fierté après le 10 août, va être assimilé à ceux qui sont présents et actifs dans les sections désormais ouvertes aux passifs. « Les lieux et les milieux sectionnaires sont des zones de brassage et d’échange » constate Haim Burstein209. « C’est une page magnifique de l’engagement politique210. » Les plus pauvres d’entre eux ont-ils été des « sans-culottes » très présents aux assemblées de sections ? Il est difficile de le savoir, d’autant que tous les citoyens pouvaient participer à ces assemblées, et que ceux qui les ont défendus leur sont associés. On peut comprendre que ce n’était pas facile pour les plus « nécessiteux » et il a été envisagé de les payer 40 sous pour y assister. La constitution de 1793 impose une condition de domicile, qui exclue donc ceux, alors sans domicile.
80Dans son Cahier du Quatrième Ordre, Dufourny fait preuve d’une attention réfléchie aux plus pauvres, il ne prétend pas tout connaître de la misère et des réponses à y apporter, suffisamment tout de même pour ne pas douter de la nécessité de les admettre dans les assemblées. En mesure-t-il pour autant vraiment toutes les difficultés ? Pour résoudre notamment les questions de travail, il conçoit une forme de représentation professionnelle, de syndicat avant l’heure. Il propose de confronter d’un côté les ouvriers et de l’autre les fabricants (les employeurs) et de délibérer ensuite en assemblées générales, pensant que la rencontre susciterait l’imagination, la volonté de créer des emplois appropriés aux besoins, dignes et utiles, mais cette dernière étape n’a pas été franchie. Il a essayé de convaincre les citoyens des sections, l’opinion publique et de rassembler par la fête et le serment, de préparer la paix par la démocratisation de l’Instruction publique et des Arts et métiers. En réalité, après le 10 août 1792, les assemblées ouvertes aux « passifs » sont à certains moments désertées par ceux qui ont le statut d’électeurs, ou de députés, à d’autres moments, ceux-ci viennent en force pour être influents. Un certain chemin a-t-il été parcouru ? Le 10 août 1793, célèbre la nouvelle constitution dite « fraternelle » par Dufourny. Les députés sont entourés par les sociétés populaires, les citoyens de différentes classes participent à la fête. Mais, parallèlement, Dufourny, en tant que président du département de Paris, fait inscrire sur les murs de Paris, ces mots : « unité et indivisibilité de la République, la fraternité ou la mort ». Ceux qui, comme Dufourny, revendiquaient la fraternité à l’égard des exclus, excluent à leur tour ceux qui refusent cette fraternité.
81Pour Soboul, les « sans-culottes » ne pouvaient se sentir une conscience de classe mais ils se reconnaissaient pourtant selon certains critères d’appartenance : travail manuel, vêtement, manque d’instruction, vivaient pour la plupart dans les greniers, les hôtels garnis, ou les faubourgs, étaient souvent illettrés, allaient toujours à pied, connaissaient l’angoisse du pain quotidien211. Et l’historien a montré leur intérêt en l’an II pour les assemblées de section, exprimant leur soif de reconnaissance, d’instruction, leurs préoccupations en terme de logement, de travail, de subsistances… Dufourny comme d’autres, parle de la dernière classe, la classe des « Infortunés », les classes pouvant représenter différents échelons de contribuables selon leurs possibilités de payer plus ou moins d’impôts. Pour E. P Thompson, deux siècles plus tard :
« On peut parler de conscience de classe lorsque des hommes, à la suite d’expériences communes [qu’ils partagent ou qui appartiennent à leur héritage] perçoivent et articulent leurs intérêts en commun et par opposition à d’autres hommes dont les intérêts diffèrent des leurs [principalement en viennent à être en opposition avec leurs dirigeants et leurs employeurs]212. »
82On peut penser que la Révolution française a pu faire partie de la maturation dans la longue durée de la classe ouvrière, comme le pense E.P. Thompson213, et inscrire dans la mémoire de certains ce sentiment commun de droits à conquérir, celui d’abord d’être entendus et reconnus, même si la classe ouvrière n’avait pas alors la relative homogénéité de la période de la révolution industrielle. Les historiens notamment socialistes ou marxistes ont analysé la question sociale en termes de recherche d’autonomie de classe ouvrière et de lutte des classes. Suivre Dufourny montre le rôle des démocrates « bourgeois » ou même « nobles » comme Antonelle, pour justement leur permettre d’accéder à cette autonomie et l’importance de la Déclaration des droits de l’homme comme « nouveau Pacte social » pour la légitimer. La citoyenneté que défend Dufourny suppose toute « une éducation nationale » à l’écoute des « infortunés » et une « mutuelle reconnaissance » entre les citoyens. Mais finalement, l’histoire ne retient-elle pas, comme l’exprime Maxime Le Roy, que depuis 1793, « deux classes s’affrontent et se haïssent même, qui s’appellent riches et pauvres dans le langage du temps », qui s’appelleront plus tard, bourgeois et prolétaires214.
83Dufourny nous conduit aussi à la prise de mesures autoritaires et à la Terreur, paradoxalement, pour défendre la démocratie. Cette période serait-elle pour autant la preuve historique qui justifierait la condamnation de « la vision volontariste et éthique » du jacobinisme215, le fait que la terreur est inévitable quand une révolution éclate dans un pays où les masses sont misérables, que cela conduit au totalitarisme216 ? Dufourny lui-même, à cause des actes « révoltants » qui ont eu lieu, a craint que l’on remette en cause ce qu’a signifié la révolution pour lui. S’accoutumer à ce rapport de la Révolution à la violence, le cautionner ou le nier ou le rejeter fausseraient l’analyse217. Alors, « comment Dufourny, cet avocat de l’harmonie sociale, de la paix universelle est-il devenu un défenseur de la Terreur et dans quelle mesure sa vision “morale” est-elle caractéristique de cette période » demande Harvey Chisick ?
84Inspirer la terreur, au sens de provoquer une grande peur, s’imposer face au pouvoir pour obtenir un changement radical, n’est-ce-pas paradoxalement la seule manifestation reconnue au peuple, attendue mais redoutée et non le droit à la parole ? On attend et on craint que le peuple manifeste et impose un prix du pain par exemple. Cette représentation reste ancrée dans les esprits218. Que nous dit Dufourny ? Entendre la parole des « Infortunés » est un moyen d’éviter la terreur, ne pas l’entendre peut y conduire. On peut retracer cette vision « morale » : pour Dufourny elle repose sur la défense des faibles et des « infortunés ». En avril 1789, il dit qu’il ne consignera dans la Correspondance « aucune personnalité, aucune pièce dictée par la passion, l’esprit de parti ou la haine219 ». Mais, c’est de « guerre contre les pauvres » dont il parle, quant à l’automne 1789, la loi martiale est proclamée et de « loi du riche contre le pauvre » à propos de leur exclusion des droits politiques220. Il proteste contre cette atteinte à la loi morale ; il ne faut pas se tromper d’ennemis, entre les pauvres et la misère qui les assaille. Il propose alors « une alliance indissoluble » avec cette population, sinon ce sera « la guerre civile221 ».
85Pour lui, la fête du 14 juillet, devenue aujourd’hui notre fête nationale doit être autre chose que la commémoration de la prise de la Bastille ou celle de la fête de la fédération puisque que le peuple vainqueur de la Bastille ne faisait pas partie de la nation. À la veille du 14 juillet 1792, il s’adresse en tant qu’« homme libre aux hommes dignes de l’être » et demande que la fête soit l’occasion de prêter serment sur les Droits de l’homme, c’est-à-dire des droits pour tous, un « traité de paix universelle » entre les Nations, qui serait renouvelé chaque année. C’est un non-sens, dit-il, de parler de « croisade pour faire adopter par la terreur des principes pacifiques ». Mais s’il pense encore rallier autour de ces principes, ceux qui les refusent seraient considérés comme des « ennemis des droits de l’homme222 ». Il signe les textes qu’il écrira jusqu’à sa mort « L’homme libre ». La liberté est la possibilité pour les citoyens, par l’intermédiaire des représentants du peuple, de s’exprimer, de délibérer, de former la volonté générale en vue d’organiser une vie plus juste et meilleure pour tous.
86La constitution de 1793 dite fraternelle ou démocratique par Dufourny s’est imposée après la chute des Girondins, mais l’opposition entre les propriétaires et les citoyens sans réserve s’est radicalisée. Suivre Dufourny, c’est le voir jouer un rôle de meneur pour permettre au peuple d’exprimer ses revendications en termes de défense des Droits de l’homme et du citoyen, c’est aussi voir cette rage montée, son vocabulaire se charger de haine et de ressentiment, de mise en garde contre les ennemis de la fraternité, la dénonciation devenir un acte citoyen. Pour lui, la résistance à l’oppression ne devait pas durer. Les critères de citoyenneté ont changé, le « bon citoyen » n’est plus le propriétaire, « le citoyen pur » c’est celui qui défend le pauvre dans ses droits. En 1795, il justifie des actes « qui ont fait couler le sang et les larmes », s’ils ont sauvé le peuple223, c’est-à-dire si le peuple a gagné le droit de s’exprimer.
87Dufourny se considère comme victime de ce qu’il nomme « la dictature de Robespierre », et après Thermidor, souligne que la misère, la guerre peuvent faire le lit de la dictature224. Alors qu’il demandait aux jeunes diplômés de l’Université en août 1793 d’avoir de la considération pour les enfants de « sans culottes », la jeunesse « dorée » est mobilisée contre les Jacobins, c’est-à-dire pour lui, contre le « citoyen pauvre ». L’exclusion des pauvres des droits politiques est rétablie, ce qui laisse aux autres le soin de décider de leur sort. Boissy d’Anglas, rapporteur de la constitution de 1795, oppose un pays gouverné par les propriétaires » « dans l’ordre social » et celui gouverné par les non propriétaires, « dans l’état de nature ». Pour Dufourny, il n’était pas question que les uns ou les autres gouvernent en tant que tels, mais que les uns et les autres échangent, « s’instruisent réciproquement », confrontent leurs savoirs, leurs repères, leurs besoins et leurs aspirations. À l’opposé, Dufourny ne pouvait non plus être en accord avec les hébertistes qui niaient en bloc le savoir des hommes des Lumières.
88Ces contradictions et ambiguïtés de la Révolution des droits de l’homme, à l’analyse, ne peuvent-elles pas être « fécondes », comme le soulignait M. Gauchet et nous aider ainsi à « redécouvrir le sens fondateur de notre démocratie », l’accès de tous aux droits de tous ?
Notes de bas de page
1 B. Baczko, in préface de Sergio Luzzato, « L’automne de la Révolution », Éd. Champion, Paris, 2001.
2 AN, F7 4686 : Mandat d’arrêt du Comité de Sûreté générale du 12 thermidor an IV : lettre de L.-P. Dufourny, du gouffre des Carmes.
3 Le moniteur, op. cit., tome 21, 13-16 thermidor, an II.
4 Dictionnaire historique de la Révolution française., op. cit., « Laveaux », p. 652.
5 AN, F7 4686, op. cit.
6 Le 21 thermidor (8 août), mais le 26, un membre rappelle encore que Dufourny, « connu par son républicanisme » et Laveaux, pour son journal sont encore en état d’arrestation. Des commissaires sont nommés pour demander immédiatement leur mise en liberté au comité de salut public. Cf. A. Aulard, op. cit., 21 et 26 thermidor 1794.
7 Il dénonce des prisonniers qui auraient comploté contre lui, nomme Boucher d’Argis, pourtant fondateur de l’association de bienfaisance judiciaire en 1787, soucieux de la défense des Infortunés. Ancien conseiller au Châtelet, reprochait-il au vieux Cordelier Dufourny son action contre le Châtelet en 1790 ? Dufourny nomme encore un certain abbé Debruges. On apprend que Destournelles (ministre des contributions et membre comme Dufourny de la Société républicaine des arts, dont il était rédacteur du journal) était emprisonné avec lui. A. Aulard, op. cit., 21 et 26 thermidor 1794.
8 Ibid., 20 août 1794, 3 fructidor an II.
9 A. Aulard, op. cit., 18 août 1794, 1 fructidor an II.
10 Ibid., 23 août 1794.
11 Ibid, 5 septembre 1794, 19 fructidor an II.
12 Dictionnaire historique de la Révolution française, op. cit., rubrique « Boissel ».
13 Ibid., rubrique « Babeuf ».
14 Chronique de la Révolution, août 1794.
15 A. Aulard, op. cit., 5 septembre 1794, 19 fructidor an II.
16 Ibid., 26 août 1794, 9 fructidor an II.
17 Le 21 fructidor (7 septembre) : AN, F7 4686.
18 Ibid., F7/4686.
19 A. Aulard, op. cit., 9 septembre 1794, 23 Fructidor an II.
20 L.-P. Dufourny, L.-P. Dufourny à ses concitoyens, le 30 fructidor, l’an 2 de la République, une et indivisible… Lb 40 1289, imp de Ballard, 10 p. (4 p., et reprise de son texte de 1793).
21 Dans son texte sur Avignon, voir chapitre 6.
22 A. Aulard, op. cit., 23 décembre 1792.
23 L.-P. Dufourny, L. P Dufourny à ses concitoyens, op. cit., p. 1-2.
24 Ibid., p. 3
25 Ibid., p. 4.
26 Ibid., p. 2-3.
27 L.-P. Dufourny, Persécuté de nouveau. Opinion publique, venge toi ! égalité, liberté, action révolutionnaire, justice, sévérité vélocité, le 5e des jours complémentaires de l’an 2 de la liberté : 21 septembre 1794, 12 pages, imprimerie de Ballard, rue des Mathurins, Lb 41/1502 BHVP 109 461.
28 Ibid., p. 2-3.
29 A. Soboul, La révolution française, op. cit., p. 392.
30 L.-P. Dufourny, Persecuté…, op. cit., p. 3.
31 Ibid.
32 Ibid.
33 Ibid.
34 Ibid., p. 10.
35 Chronique de la Révolution, 15 vendémiaire an III (6 octobre 1794).
36 L.-P. Dufourny, Persécuté…, op. cit., p. 6-9.
37 Dufourny parle de manœuvres « les plus viles » pour freiner la production, présente Hassenfratz comme un « intrigant qui menaçait de la guillotine », Robespierre, Collot, et Barère qui auraient voulu lui enlever la place, place dont il avait offert pourtant de démissionner par une affiche. Pour sa défense, il rappelle son rôle comme instructeur pour la fabrication du salpêtre et le fait qu’il se soit rendu à la Convention avec 1200 patriotes, élèves des districts. Il dit encore s’être opposé à la fabrication de la poudre dans les maisons de citoyens, mais aussi dans un seul atelier, ce qui était « insensé » et criminel et aurait causé le désastre de l’explosion qui a eu lieu à Grenelle. L’événement n’était pas un simple incident ! Trois semaines avant la publication de ce texte, le magasin du Château de Grenelle avait explosé, les maisons du quartier avaient été ébranlées, les ponts lézardés et surtout les sauveteurs avaient retiré des décombres des centaines de victimes. Pour Dufourny, cette catastrophe était prévisible, ce n’était pas l’œuvre d’un complot mais le fait d’avoir concentré la fabrication de la poudre dans ce seul atelier : « Deux mille ouvriers y travaillaient dans une atmosphère surchauffée, sans aucune mesure de protection ! »
38 L.-P. Dufourny, Persécuté…, op. cit., p. 11.
39 L.-P. Dufourny, Sentinelle, prends garde à toi ! sentinelle de la liberté, toi qui veilles sans cesse pour conserver l’unité, l’indivisibilité de la République contre les fédéralistes, les Girondins pour élever dans le Palais royal un monument commémoratif, 10 Brumaire an III, 1er novembre 1794, imp. Ballard in-4°, 15 p., Lb 41 4136, BHVP 109460.
40 Chronique de la Révolution, 16 octobre 1794 (25 vendémiaire an III).
41 Le moniteur, op. cit., 21 août 1794.
42 L.-P. Dufourny, Sentinelle…, op. cit., p. 1.
43 Ibid., p. 2.
44 Ibid., p. 12.
45 Membre des Jacobins, souvent dénoncé pour ses origines étrangères (espagnol) et ses prétentions nobiliaires, sa richesse obscure, arrêté en juin et août 93, soutenu par les hébertistes, libéré, puis dénoncé par Saint-Just, le 1er avril 1794, associé à la conspiration de l’étranger « trouble diversion politique des dantonistes destinée à dissimuler l’affaire de la Compagnie des Indes » ? Dictionnaire historique de la Révolution, op. cit.
46 L.-P. Dufourny, Sentinelle…, op. cit., p. 1-2.
47 Ibid, p. 6.
48 Ibid, p. 8.
49 Ibid, p. 12.
50 Ibid, p. 10.
51 Ibid, p. 12.
52 Ibid, p. 15.
53 Ibid, p. 4.
54 Ibid, p. 5.
55 Chronique de la Révolution, op. cit., 12 novembre 1794 (22 Brumaire an III).
56 Ibid., 7 novembre 1794 (7 vendémiaire an III).
57 Rafle, 18 frimaire an III (8 décembre 1794), Réponse à la grande affiche jaune de Dufourny sur le 31 mai. De l’imprimerie de la Vérité, rue du puits in-8°, 18 p., signé. Le titre p. 1 porte : « projet d’affiche proposé à L. P. Dufourny pour servir de suite à sa grande affiche jaune, contenant le plan d’un monument et d’une fête en l’honneur du 31 mai », Lb 41/11502, autre exemplaire cote Lb 41/4170.
58 Le moniteur, tome XXII, p. 507, 25 brumaire an III, 15 novembre 1794, Convention nationale.
59 A. Tuetey, Documents inédits de l’histoire de France. Procès-verbaux de la Commission temporaire des arts, 20 décembre 1794, tome II, p. 653.
60 Dufourny fait entre autres des observations sur le château d’Écouen. À cette occasion, il accuse Collot d’Herbois d’incitation au vandalisme et dénonce les visées intéressées « des dévastateurs » qui ont vendu des pièces importantes. Il propose à la Commission diverses mesures tendant à assurer la conservation du château. Il est invité à prendre des renseignements sur les auteurs de la dégradation. Ibid., 13 octobre 1794, 6 vendémiaire an III. Les sections de sculpture, d’architecture le chargent avec deux autres de faire « un rapport sur toutes les opérations et les changements exécutés dans les domaines nationaux, les travaux qui ont été plus lucratifs pour les architectes et entrepreneurs que nécessaires ou utiles à la République » ; ibid., 13 février 1795, p. 109. Il fait aussi part de ses propres recherches, présente un projet de « moulage des monuments rares qui appartiennent à des particuliers » ; ibid., le 20 novembre 1794, p. 573 ; il présente deux violons auxquels la section de musique de la Commission est « invitée à donner beaucoup d’attention », à cause du procédé qu’il avait employé avec deux moules de bronze ; ibid., 15 décembre 1794, tome 1, p. 649 ; il soumet ses réflexions « sur le magnétisme métallique, demande un local pour ses expériences et le droit de prendre dans les dépôts, le métal et les instruments nécessaires » ; Lakanal est nommé commissaire pour étudier cette proposition, ibid., le 8 frimaire an III.
61 Ibid., 14 mai 1795, p. 248.
62 Chronique de la Révolution, op. cit., mars 1795.
63 K. Tonnesson, La défaite des sans-culottes, mouvement populaire et réaction bourgeoise en l’an III, p. 160.
64 Chronique de la Révolution, op. cit., août 1794.
65 K Tonnesson, op. cit., p. 139.
66 Ibid., p. 155.
67 Chapitre 1, MS BHVP 807/809.
68 L.-P. Dufourny, Allégeance ! Justice ! Vengeance ! Vengeance !! Vengeance !!! Vengeance !!!! Vengeance !!!!!, imp. du Lycée des Arts, passage Honoré, in-8°, 22 p., 3 germinal an III (23 mars 1795), 8 Lb 41 1700 BHVP 967614.
69 Ibid., p. 2.
70 Dans sa séance du 16 mars, le comité d’Instruction publique avait chargé les citoyens Daunou, Villar et Thibaudeau d’examiner la question de savoir s’il serait demandé à la Convention de suspendre la nomination des citoyens Dufourny et Hassenfratz comme membres de la Commission temporaire des arts, Dufourny, parce qu’il avait été un de ceux qui préparèrent à l’Évêché le mouvement du 31 mai et Hassenfratz parce qu’il avait lu, le 1er juin à la barre de la Convention la pétition de la Commune de Paris demandant la mise en accusation de 27 girondins. Procès verbaux du Comité d’instruction publique, tome V, p. 608, 16 mars 1795, 26 ventôse an III.
71 L.-P. Dufourny, Allégeance !…., op. cit., p. 18.
72 Ibid., p. 2.
73 Ibid., p. 21.
74 Ibid., p. 4.
75 Ibid., p. 5.
76 J. Tulard, op.cit., « Fréron ».
77 B. Baczko, « Les Thermidoriens », Dictionnaire de la Révolution française, op. cit., p. 447.
78 Chronique de la Révolution ; 27 février 1795.
79 Ibid., 8 février 1795.
80 A. Soboul, La Révolution française, op. cit., p. 396.
81 L.-P. Dufourny, Allégeance…, op. cit., p. 7.
82 Ibid, p. 5.
83 Ibid, p. 6.
84 Ibid, p. 6.
85 Ibid, p. 5.
86 Cf. Le Trosne, cité chapitre 1.
87 Ibid., p. 5.
88 Ibid., p. 6.
89 K. Tonnesson, op. cit., p. 171.
90 L.-P. Dufourny, Allégeance…, op. cit., p. 7.
91 Le café de Chartres est aussi le lieu de rendez-vous des muscadins.
92 L.-P. Dufourny, Allégeance…, op. cit., p. 8-9.
93 H.-P. Boulard, op. cit.
94 L.-P. Dufourny, Allégeance…, op. cit., p. 10.
95 Ibid., p. 11.
96 Ibid., p. 16.
97 L.-P. Dufourny, Allégeance…, op. cit., p. 12, 14.
98 Ibid., p. 12.
99 Chronique de la Révolution, op. cit., 8 février 1795.
100 L.-P. Dufourny, Allégeance…, op. cit., p. 13.
101 Ibid., p. 14-15.
102 Ibid, p. 15.
103 Ibid, p. 16.
104 Ibid, p. 19.
105 K. Tonnesson, op. cit., p. 164.
106 L.-P. Dufourny, Allégeance…, op. cit., p. 2.
107 Ibid.
108 Ibid, p. 18.
109 Ibid, p. 21.
110 Ibid.
111 L.-P. Dufourny, Allégeance…, op. cit., p. 22.
112 K. Tonnesson, op. cit., p. 172.
113 Ibid., p. 181.
114 Ibid., p. 185.
115 Ibid.
116 F. Brunel, Dictionnaire historique de la Révolution française, op. cit., rubrique « germinal an III », p. 501.
117 Chronique de la Révolution, op. cit., 3 avril 1795 (14 germinal an III).
118 S. Luzzato, op. cit., p. 204.
119 AN, F7/4686.
120 Ibid.
121 Ibid.
122 AN, F7/4686.
123 « Lecture faite, y a persisté et a demandé copie tant de la dénonciation que du présent procès verbal ; “a signé” l’Homme libre. » Ibid.
124 Acte signé par les représentants du peuple Momayou, Courtois, Gauthier, Matthieu, Thibaudeau, Clauzel, Bourguignon. AN, F7/4686.
125 AN, F7/4686.
126 K. Tonnesson, op. cit., p. 40.
127 R. Monnier, Dictionnaire historique de la Révolution française, op. cit., rubrique « prairial an III », p. 856.
128 S. Luzzato, op. cit., p. 202.
129 Chronique de la Révolution, op. cit., prairial an III.
130 R. Monnier, op. cit.
131 L. Willette, Les Enragés, Paris, Syros, 1989, p. 305.
132 K. Tonnesson, op. cit., p. 309.
133 A. Soboul, « Problèmes de travail en l’an II », AHRF 1956, p. 252-254.
134 J.-P. Bertaud, op. cit., p. 242-243.
135 F7 4686.
136 Ibid.
137 Ibid.
138 Après avoir fait lecture de l’ordre au citoyen Dufourny trouvé dans une chambre au premier étage donnant d’un côté sur la rue et de l’autre sur la basse-cour, les citoyens de Villiers-le-Bel lui ont demandé « la représentation de ses papiers et après en avoir fait la recherche », n’en ont trouvé aucun, « sinon différents papiers concernant le comité d’Instruction publique et le traité de paix général, lesquels papiers sont restés à sa disposition ». AN, F7/4686.
139 Acte de mise en liberté signé par Barrar, Collombel de la Meurthe, Borden, Alex Isabeau, Hardy Kevelegan, Gauthier, Calm, PM Delaunay. AN, F7/4686.
140 Les grands discours parlementaires…, op. cit., p. 255.
141 Y. Bosc, Le conflit des libertés. Thomas Paine et le débat sur la Déclaration et la Constitution de l’an III. Thèse soutenue le 18 mars 2000 à Aix-en-Provence, sous la direction de J. Guilhaumou.
142 Y. Bosc, « Le conflit des libertés. Thomas Paine et le débat sur la Déclaration et la Constitution de l’an III », in AHRF, no 327, 2002, p. 99-105.
143 Ibid.
144 G. Rude, « Les sans-culottes parisiens et les journées de vendémiaire an IV (4 au 6 octobre 1795) », AHRF 1959 no 30-31, p. 332.
145 Ibid.
146 Voter et élire…, op. cit., p. 248-249.
147 Les grands discours parlementaires, op. cit., p. 256.
148 F. Gauthier, op. cit, p. 100.
149 Voter et élire…, op. cit., p. 251.
150 B. Gainot, AHRF, no 308, p. 193, « Être républicain et démocrate entre Thermidor et Vendémiaire ».
151 Chronique de la Révolution, 10 janvier 1795.
152 L.-P. Dufourny, Il n’est plus de fête des Rois, voici le jour de la justice des peuples, voici le grand jour de l’égalité, LA FETE DES REPUBLICAINS, Criez donc parisiens, criez : exécration au royalisme ! Exécration au fanatisme ! Vive l’Égalité ! Vive la République !, Paris, le 30 nivôse (20 janvier, v. s.) l’an IVe. De l’imprimerie de l’Ami du peuple (R. F. Lebois), rue et maison ci-devant Sorbonne, n. 382, section Chalier, quartier Jacques, p. 6.
153 Ibid.
154 Ibid., p. 7.
155 Un poteau (« le gibet des rois ») avait déjà été placé provisoirement à l’endroit où Charles IX aurait fait tirer sur les parisiens « sur la quai de l’Infante, au-dessous de la galerie d’Apollon » (du Louvre) mais Dufourny signale que c’était une erreur et en donnait l’emplacement réel avec toute une justification. « C’est sur l’esplanade du vieux Louvre que doit être placé le gibet royal, le signal de la Saint-Barthélemy. » En septembre 1794, Dufourny avait déjà été chargé par la Commission des arts « de rédiger par écrit ses vues sur un monument patibulaire à élever à l’endroit d’où Charles IX tirait sur le peuple ». Documents inédits de l’histoire de France. Procès-verbaux de la Commission temporaire des arts. A. Tuetey, 6 septembre 1794, p. 392.
156 L.-P. Dufourny, Il n’est plus de fête des Rois…, op. cit., p. 5.
157 Ibid.
158 Chronique de la Révolution, op. cit., mai 1795.
159 La section Lepelletier centre des financiers, la section de la Butte des Moulins, la section du Théâtre Français, l’ancien district des Cordeliers qui avait perdu ses chefs et quatre autres.
160 G. Rude, op. cit., p. 332.
161 F. Dornic, op. cit. Les combats avaient fait entre 200 et 300 morts de chaque côté.
162 Beaucoup s’enfuient et seront amnistiés un an plus tard par suite de l’amnistie générale. G. Rude, op. cit., p. 332.
163 A. Soboul, Les sans-culottes parisiens…, op. cit., p. 980-985.
164 Voir chapitre IV.
165 P. Serna, Antonelle, Aristocrate révolutionnaire, 1747-1817, Paris, Éd du Félin, 1997, p. 243.
166 Chronique de la Révolution, op. cit., 16 novembre 1795, ouverture du club du Panthéon, 28 février 1796, fermeture du club.
167 C. Mazauric, « Babeuf et la pauvreté », in Démocratie et pauvreté, op. cit., p. 97.
168 S. Luzzato, op. cit., p. 20.
169 L.-P. Dufourny, Il n’est plus de fête des Rois…, op. cit., p. 1.
170 Ibid., p. 3.
171 Chronique de la Révolution, 14 juillet 1795.
172 L.-P. Dufourny, Il n’est plus de fête des Rois…, op. cit., p. 3.
173 L.-P. Dufourny, Projet de proclamations à faire dans toute l’Italie, en présence des armées libératrices ; par un commissaire minerval ; au nom de la République française ; au nom des hommes libres et philanthropes, au nom de la République universelle et démocratique des Sciences et des Arts. Paris (1796), British Library, in-8° ; F 649 (7). Ce texte n’est pas répertorié en France.
174 Ibid., p. 4.
175 Ibid., p. 5.
176 Chronique de la Révolution, op. cit., 21 mars (1er germinal) 1796.
177 L.-P. Dufourny, Projet de proclamations…, op. cit., p. 6-8.
178 Ibid., p. 9-10.
179 Chronique de la Révolution, op. cit., 14 mai 1796, p. 526.
180 L.-P. Dufourny, Projet de proclamations…, op. cit., p. 22-23.
181 Chronique de la Révolution, op. cit., 16 avril 1796.
182 L.-P. Dufourny, Projet de proclamations…, op. cit., p. 24.
183 AN, MC, Et/XXIV/956.
184 Appartenant au citoyen d’Ardel. Ibid.
185 Trois chapeaux, un habit de drap brun, une paire de souliers, deux paires de bas, une veste et une culotte noire, quatre chemises, 12 cols, 4 gilets de futaine, 4 paires de bas de coton, 2 caleçons, 4 mouchoirs, 1 paire de boucles de cuivre. Ibid.
186 Un modèle de vaisseau de 74 canons, 12 planches de bateau, 54 cartes de géographie, un plan de Paris de Lobe Gayrille. Ibid.
187 On y trouve ainsi des pièces de pharmacie, un établi, des outils de sculpteur, d’arpenteur, 3 soufflets de forge, six ballons en mauvais état, du charbon de terre, beaucoup de morceaux de fer blanc, tuyaux, tôles. cristal de roche, boules de marbre, 80 pièces d’histoire naturelle en cailloux, bois, coquilles, figures de plâtre, modèle de cire, 3 niveaux, 2 microscopes, 300 bocaux remplis en partie d’eau forte, de mercure et autres… Il est plus surprenant de trouver aussi des pièces d’horlogerie et d’imprimerie (100 paquets de peau molle et assortiment de lettres de composition, des caractères en cuivre). Ibid.
188 on en trouve trois dans l’inventaire de son frère Antoine Prosper, décédé le 30 août 1778.
189 AN, MC, Et/XXIV/956.
190 Cf. chapitre 1.
191 Dans un acte aux archives de Paris, provenant de la Régie nationale de l’enregistrement des domaines pour sa succession, son frère aîné Jean-Baptiste-Pierre, demeurant cloître Saint-Germain-l’Auxerrois no 28, déclare, tant en son nom qu’en celui de ses frères et sœur, qu’« ils ont recueilli à titre d’héritiers bénéficiaires la propriété du quart d’une inscription sur le grand livre montant à 680 livres de rentes perpétuelles qui donnent au denier 20 un capital de 13 600 livres. La propriété de plusieurs parties de rentes sur le gouvernement montant à 228 livres 17 sols qui au denier 20 donne un capital de 4577 livres »… (Pour rétablir les finances, Cambon avait fait remplacer le 24 août 1793, toutes les créances de l’État de toute origine par des rentes inscrites sur « un grand livre de la dette publique ».)
192 Nous le savons par quatre actes notariés, cf., ANMC ET/XXI/636. Ces actes sont des baux de loyer pour des logements destinés à des instituteurs ou institutrices du canton, pour se loger (le loyer était à leur charge) et établir leur classe. La tradition continue donc. Jean-Baptiste-Pierre, toujours marchand et entrepreneur dans les forges comme son père, qui avait été marguillier en 1784, comme son père, devient président du Bureau général de bienfaisance de Paris, composé de cinq membres nommés au scrutin, établi par l’arrêté du directoire exécutif du 16 floréal an IV. Une mission nouvelle leur est confiée depuis la loi Daunou du 3 brumaire an IV : le logement des instituteurs, mais l’école n’était ni obligatoire ni gratuite.
193 Ses biens ont été transmis à ses frères et sœur, et à la mort de ceux-ci au seul descendant, Augustin-Louis-Pierre, fils de son frère aîné. Les biens de ce dernier, décédé en 1823, sont transmis à son oncle maternel René-Augustin Marignier : une lettre de ce dernier explique sa façon de procéder relativement à l’héritage de la famille Dufourny. Nous notons qu’en 1828, Marignier qui a été proche de la famille par son neveu, n’exprime aucune considération pour Louis-Pierre Dufourny et pour son rôle dans la Révolution. Ont été gardés des papiers le concernant, d’avant la Révolution, ou de la Terreur, les autres papiers ont peut-être été réclamés par telle ou telle autorité, mais Marignier ne paraît pas le regretter. Cf. AN, 138 AP 212.
194 Notamment pour ceux qui l’ont élu administrateur du département de Paris.
195 Pour Isnard (18 déc. 1791), Pétion (août 1791), Thuriot, (4-5 novembre 1793), Le journal des Hommes libres de tous les pays, Journal des Jacobins du 16 mai 1793, Collot d’Herbois (1794).
196 M. Gauchet, La Révolution des droits de l’homme, 1989, Introduction XXV
197 Boissy D’Anglas, op. cit., cf. supra chapitre IX.
198 L.-P. Dufourny de Villiers, Invitation à former des comités fraternels…, op. cit., p. 26.
199 L.-P. Dufourny, Cahiers…, op. cit., p. 23.
200 L.-P. Dufourny, Adresse…, op. cit., p. 37.
201 Ibid., p. 165.
202 J. Guillaumou, op. cit., p. 43.
203 L.-P. Dufourny, Opinion publique…, op. cit., p. 5, cf. supra chapitre VIII.
204 L.-P. Dufourny, Invitation à former des Comités fraternels…, op. cit., p. 33, cf. supra chapitre IV.
205 R. Monnier, Dictionnaire historique de la Révolution française, op. cit., rubrique « le dix-août ».
206 H. Burstein, L’invention du sans-culotte. Regard sur le Paris révolutionnaire, Éd. Odile Jacob, Paris, 2005, p. 36, p. 205.
207 L.-P. Dufourny, Adresse…, op. cit., p. 43, cf. supra chapitre V.
208 Dans une adresse du club de l’Évêché d’octobre 1791, au moment de la scission au club électoral, les membres du club de l’Évêché font ce reproche à ceux qui ont quitté l’assemblée pour former le club de la Sainte-Chapelle. Ibid., p. 101-102.
209 H. Burstein, L’invention…, op. cit., p. 13.
210 Ibid., p. 17.
211 A. Soboul, Les sans-culottes parisiens en l’an II, op. cit., p. 53.
212 E.P. Thompson, La formation de la classe ouvrière anglaise, Gallimard-Le Seuil, Paris, 1988 (1re éd. originale : Londres, 1963), préface p. 11-15.
213 Ibid., p. 25.
214 M. Leroy, Histoire des idées sociales en France, de Montesquieu à Robespierre, Paris, Gallimard, 1946, p. 63, cité par P. Sassier, op. cit., p. 133.
215 L. Ferry et A. Renault, Philosophie politique : des droits de l’homme à l’idée républicaine, Paris, 1985, cité par J.-P. Gross, op. cit., p. 6.
216 H. Arendt, op. cit., p. 161.
217 J.-C. Martin, Violence et Révolution, essai sur la naissance d’un mythe national, Le Seuil, UH, 2006. introduction.
218 « Que les indigents se contentent d’avoir inspiré un moment la terreur à la classe opulente, ils deviendront propriétaire un jour » (et donc citoyens actifs), peut-on lire dans un article des Révolutions de Paris de 1791, Adresse de la Société des Indigents…, op. cit., cf. supra chapitre VI.
219 L.-P. Dufourny, Cahier du Quatrième Ordre…, op. cit., cf. supra chapitre II.
220 L.-P. Dufourny, Adresse…, op. cit., p. 34, cf. supra chapitre 5.
221 L.-P. Dufourny, Invitation à former des Comités fraternels…, op. cit., cf. supra chapitre 4.
222 L.-P. Dufourny, L’homme libre…, op. cit., cf. supra chapitre VII.
223 L.-P. Dufourny, Allégeance, vengeance…, op. cit., cf. supra chapitre IX.
224 L.-P. Dufourny, Sentinelle…, op. cit., p. 2, cf. supra chapitre IX.
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