Un cycle johannique méconnu : les vitraux de l’église Sainte-Jeanne-d’Arc de Lunéville
p. 249-264
Texte intégral
1En 1964, le ministre André Malraux dans un célèbre discours parlait « des plus de 20 000 statues » de Jeanne d’Arc, mais il existe au moins autant de vitraux, malheureusement moins connus, car souvent mal répertoriés, voire mal identifiés. Dans la majeure partie des cas, il s’agit d’une scène unique : des « figures » de Jeanne, autrement dit, des sortes de « portraits sur verre » en pied ou en buste, ou des scènes de l’épopée (avec une prédilection pour les Voix, le bûcher et le sacre) ou encore des scènes patriotiques très répandues en Lorraine1. Mais on dénombre aussi quelques ensembles de vitraux qui constituent des cycles. Ils sont fréquemment situés dans des lieux de mémoire du passage de Jeanne d’Arc (Domremy, Vaucouleurs, Orléans, Compiègne ou Beaurevoir…). Pourtant, le cycle le plus original est certainement celui de l’église Sainte-Jeanne-d’Arc de Lunéville (Meurthe-et-Moselle), dans une ville où Jeanne d’Arc n’est jamais venue, située, certes, à proximité de Saint-Nicolas-de-Port et de Nancy, où son passage est historiquement discutable.
2Ce cycle lunévillois, inscrit de même que la totalité de l’église (architecture, mobilier et décor) à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis février 20012, se compose de 26 vitraux, qui représentent la presque totalité des 28 vitraux de l’église d’une impressionnante superficie de 400 mètres carrés3. Avec ces 26 scènes, cette église dépasse numériquement les autres ensembles de vitraux johanniques connus : les 21 de la chapelle Sainte-Jeanne-d’Arc de Paris4, les 11 de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans5, les 9 de Sainte-Jeanne-d’Arc de Beauvevoir, les 8 des églises paroissiales de Domremy, de Menetou-Salon et de Cuiseaux et de la chapelle Notre-Dame des Voûtes de Vaucouleurs, ainsi que les 7 de l’église Saint-Antoine de Compiègne6 (voir annexe). Plus original encore, ces vitraux lunévillois, posés de 1912 à 1947 par les verriers nancéiens Benoît et Janin, forment un ensemble cohérent par la forme, la taille et les scènes représentées, qui repose sur d’intéressantes correspondances, tout en proposant une véritable interprétation de Jeanne d’Arc. Toutefois, ce cycle, à bien des égards exceptionnel, ne peut se comprendre sans un rappel du contexte de sa réalisation.
La première église paroissiale dédiée à Jeanne d’Arc
Le contexte général : après la béatification et avant la canonisation
3Ce contexte est d’abord celui du renouveau du culte de Jeanne d’Arc depuis le XIXe siècle, jalonné par les écrits de Schiller (Die Jungfrau von Orleans), puis de Jules Michelet qui présente Jeanne d’Arc comme l’incarnation du peuple, de même que par la publication par Jules Quicherat des pièces de ses procès, sans oublier les travaux d’érudits allemands dont les recherches récentes ont montré toute l’importance7. L’Église redécouvre également Jeanne d’Arc, notamment grâce à Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, qui prononce son panégyrique en 1855 et en 1869 en évoquant sa sainteté et en demandant l’ouverture d’un procès en béatification. Jeanne devient dès lors un enjeu dans les luttes politico-religieuses de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Deux images se sont constituées, surtout après la guerre de 1870, celle de l’héroïne nationale libératrice de la France exaltée par la Troisième République et celle de la sainte de l’Église. On assiste à une multiplication de ses représentations, en particulier en Lorraine où l’on déplore les provinces perdues de Moselle et d’Alsace ; ses statues sont solennellement inaugurées sur les places publiques et ses vitraux sont installés dans les églises, même avant la béatification d’avril 19098.
4La construction de l’église de Lunéville se situe nettement dans le prolongement de cette béatification. L’église a, en effet, été érigée sous le vocable de la « Bienheureuse Jeanne d’Arc », grâce à un indult du pape Pie x du 1er juillet 1910 : elle revendique fièrement son statut de première église paroissiale dédiée à Jeanne d’Arc, ce que rappellent des lettres pontificales bénissant le curé-bâtisseur et un télégramme envoyé par le cardinal secrétaire d’État le soir de la consécration9. La paroisse a été officiellement érigée le 10 juillet 1910 et le culte est d’abord célébré dans une chapelle provisoire au décor johannique (statues, bannières aux armes de Jeanne d’Arc), tandis que la première pierre de l’église est posée le 17 avril 1911, lundi de Pâques, soit deux ans, presque jour pour jour, après la béatification. La consécration de l’église terminée a lieu le 17 octobre 1912, exactement 18 mois après la pose de la première pierre, en l’année du 500e anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc. Cette église, qui a fêté en 2012 son centenaire, a ainsi été construite rapidement par l’architecte nancéien Jules Criqui et l’entrepreneur lunévillois Henri Masson10, grâce à l’usage du béton armé, employé pour la première fois dans l’art religieux de l’Est de France11 (illustration 3).
5Toutefois, l’architecture destinée à évoquer le Moyen Âge devait surtout servir d’écrin aux vitraux, jugés dès le départ comme prioritaires. Lors de la consécration, seuls deux vitraux sont posés au chœur. Celui de gauche présente sous une forme allégorique la réhabilitation de 1456 : le pape Calixte III brandit un décret de réhabilitation face à une femme agenouillée symbolisant la France et à Isabelle Rommée, mère de Jeanne d’Arc, tandis que l’on aperçoit à l’arrière-plan les trois évêques artisans du procès de nullité et quelques témoins (illustration 4). Le vitrail de droite retrace la béatification de Jeanne d’Arc à Saint-Pierre de Rome (illustration 5). Plus que la cérémonie du dimanche 18 avril 1909, le vitrail montre, lors de l’audience du lundi 19, le pape Pie x passant sur la sedia gestatoria et embrassant le drapeau tricolore, tendu par un groupe de pèlerins du patronage Saint-Aignan d’Orléans. Ce geste, interprété comme une main tendue de l’Église à la République française après la loi de Séparation de l’Église et de l’État de 1905 et les inventaires de 1906, a été salué par la presse de l’époque, tandis que la photographie de la scène a été largement diffusée par le biais de cartes postales. Le vitrail lunévillois s’inspire directement de ce cliché : il reprend l’allure générale de la scène, mais en y ajoutant des visages lorrains qui n’y figuraient pas, notamment les évêques de Nancy (Mgr Turinaz) et de Saint-Dié (Mgr Foucault), ainsi que l’architecte Jules Criqui.
Le contexte particulier : une église de la frontière, dans un quartier ouvrier
6Mais, outre ce contexte général, l’église s’inscrit dans un contexte plus particulier à Lunéville. Située à 14 kilomètres de la frontière dessinée par le traité de Francfort de 1871, Lunéville est en effet la dernière grande ville et la dernière grande gare avant la Lorraine annexée ; l’église se situe d’ailleurs quai de Strasbourg, en bordure de la voie ferrée menant à Strasbourg annexée. Lunéville est aussi une ville de garnison avec une importante cavalerie (3 000 hommes et 3 000 chevaux), où sont passés tous les hauts gradés de l’armée française, pour lesquels c’était une étape obligée dans une carrière12. D’une manière générale, le culte de Jeanne d’Arc en Lorraine est étroitement lié à la frontière comme l’attestent, notamment, les statues du Ballon d’Alsace, de la butte de Mousson ou de Mars-la-Tour où Mgr Turinaz avait l’habitude d’haranguer les Allemands13. L’église lunévilloise s’inscrit dans cette thématique. Avec son clocher à l’allure de donjon, ses échauguettes, ses archères et sa ceinture de créneaux dessinant un chemin de ronde, elle évoque un château-fort de la fin du Moyen Âge pour suggérer l’époque de Jeanne d’Arc et se présenter comme un lieu de refuge symbolique devant les Allemands. Jeanne d’Arc garde ainsi la frontière et la voie ferrée, face à la très emblématique « ligne bleue des Vosges », que l’on apercevait à l’horizon avant la construction de HLM ans les années 1960 (illustration 3)14.
7Cette thématique est renforcée par la composition sociale du quartier qui s’est développé, presque ex-nihilo, après la guerre de 1870, avec la venue de nombreux Alsaciens et de Mosellans ayant opté pour la France. Ces nouveaux-venus ont permis l’essor démographique (18 000 habitants en 1866 et 25 000 en 1911) et industriel de la ville avec l’installation d’entreprises : la filature Lederlin, la fabrique de voitures, puis de wagons de chemin de fer de Dietrich et les ateliers de jouets (Villard et Weill), de bascules (Boehm) et de chapeaux de paille (Langartner), cohabitant avec les jardins des maraîchers. Ces nouveaux venus furent aussi l’origine d’un développement artistique : l’art nouveau inspira la construction d’une série de villas (avec des vitraux Gruber et un mobilier Majorelle) et parfois d’immeubles collectifs, voire de lotissements de pavillons15.
8Ces Alsaciens et Lorrains se reconnaissaient en Jeanne d’Arc, devenue une figure emblématique de la Lorraine. Jeanne présentait en effet des analogies avec leur propre situation : une « fille du peuple », confrontée à la guerre, vivant sur une frontière, qui avait dû quitter son pays natal et qui combattait les ennemis de la France. Ils se sont ainsi enthousiasmés pour la construction de cette église et ont très largement contribué à son financement. Lorsque l’on examine les registres de comptes, on n’y découvre guère de dons importants (hormis toutefois Charles Cartier-Bresson, homme d’affaires parisien ayant des attaches en Lorraine, mécène de l’École de Nancy et oncle du célèbre photographe), mais une multitude de petites sommes émanant d’habitants du quartier, des petites sommes, qui, additionnées, finirent par donner un ensemble important. Les paroissiens furent également galvanisés par le dynamisme du curé-bâtisseur, l’abbé Émile Gérardin. Né en 1876 à Ménil-Flin en Lunévillois, dans une famille de constructeurs de machines agricoles qui avait des réseaux de clients dans tout l’arrondissement de Lunéville, ce dernier connaissait également bien les milieux ouvriers, puisque, comme jeune vicaire à la cathédrale de Nancy, il avait participé à l’aventure des jardins ouvriers de l’abbé Lemire. Il s’est personnellement investi dans la collecte des sommes nécessaires à la construction de l’église lunévilloise, n’hésitant pas à se déplacer dans toute la Lorraine pour assurer des conférences, accompagné d’un appareil de projection de plaques photographiques en verre, fort moderne pour l’époque, qui illustrait l’avancée du chantier. Il avait lancé une souscription qui permettait à chacun d’apporter symboliquement sa pierre à l’édifice : depuis les petites pierres à 5 francs jusqu’à l’échauguette à 500 francs, en passant par le mâchicoulis à 20 francs. Il avait aussi recours au support offert par les cartes postales, vendues à Lunéville et dans les gares de l’arrondissement, qui étaient un moyen astucieux pour faire connaître au loin la construction de l’église, surtout dans une ville de garnison où les jeunes soldats venus de toute la France écrivaient fréquemment à leur famille. On y voit l’église en construction et, souvent, au premier plan, le curé, tendant son chapeau et demandant : « Une petite pierre pour l’église, s’il vous plaît16. »
Présentation d’ensemble des vitraux
Vitraillistes et donateurs
9Si l’église a été édifiée en 18 mois, les vitraux ont été posés progressivement, en fonction de l’argent disponible, entre 1912 et 1947, avec une interruption pendant la Première Guerre mondiale. Ils sont l’œuvre des verriers nancéiens Benoît et Janin, d’abord associés, puis séparés à l’amiable en 1922, qui ont beaucoup produit en Lorraine dans l’entre-deux-guerres17. En dehors des deux derniers (1937 et 1947), ces vitraux ont été dessinés par un même cartonnier nommé Gilbert de Paris, décédé en 1936, qui fit toute sa carrière au service de l’atelier Janin, après des débuts à Paris et dans le Perche18. À trois exceptions près (un vitrail latéral du chœur et deux des chapelles du fond de l’église), le programme iconographique, élaboré dès l’été 1912 par l’abbé Gérardin, a été suivi : le curé-bâtisseur avait précisément défini le thème et déterminé l’emplacement de chaque vitrail.
10Ces vitraux constituent un véritable cycle qui retrace l’ensemble de la vie de Jeanne d’Arc : il commence dans le transept gauche, pour faire le tour de l’église et se terminer au chœur. Plus encore, les vitraux se répondent de part et d’autre de la nef, du transept et du chœur, et ils sont en correspondance avec les statues de la Vierge à l’Enfant et du Sacré-Cœur des autels en pans coupés de l’entrée du chœur. À l’inverse de la chapelle des sœurs franciscaines missionnaires de Marie de Paris où, à l’exception de la verrière de l’entrée dans Orléans au chœur, ne sont rappelées que les armoiries des villes parcourues par Jeanne d’Arc, chaque vitrail de Lunéville reproduit une grande scène de son épopée, accompagnée au sommet d’un écusson de la ville concernée et de trois phylactères : ils indiquent successivement une phrase de Jeanne extraite du procès de condamnation, mise au style direct et en relation avec le sujet évoqué, puis le titre de la scène et, enfin, le nom des donateurs. Avant 1914, il s’agit d’un seul donateur ou d’une seule donatrice et, après 1918, de donateurs associés, en raison de l’augmentation des prix. Ces donateurs appartiennent, le plus souvent, au cercle des notables de Lunéville et des environs. On relève les noms de Marie Parmentier, la fille de l’ancien maire de la ville, François Parmentier, de l’infirmière-chef de l’hôpital en mémoire de sa fille Jeanne Leroy, décédée à l’âge de 13 ans, quelques mois après sa première communion dans l’église, du vétérinaire de Blâmont, Célestin Mangenot, spécialiste des chevaux, en relation étroite avec les officiers de la cavalerie de Lunéville ou du banquier Traxelle. On découvre également quelques personnalités dans la mouvance de l’École de Nancy, telle la belle-sœur de l’architecte Émile André, l’entrepreneur Henri Masson, proche de Victor Prouvé, les cousins lunévillois de l’ébéniste Louis Majorelle et le juriste nancéien Carré de Malberg19.
11Le cycle se caractérise par des scènes imposantes avec deux verrières du transept de 35 m2 et des personnages de taille humaine sur chaque scène : les cartons de plusieurs de ces vitraux conservés dans les musées de la Meuse ont ainsi permis de constater que Jeanne mesure 1,65 mètre, notamment sur la scène de l’officialité de Toul. Ces vitraux lunévillois se distinguent ainsi de ceux de Menetou-Salon et de Domremy, de plus petite taille. De même, le cycle présente une unité de forme, à la différence de celui de la chapelle Notre-Dame des Voûtes, pourtant dû aux mêmes verriers Benoît et Janin, où l’on distingue quatre types de fenestrages : une grande verrière des Voix ogivale au chœur, le départ de Vaucouleurs en demi-lune au fond de la chapelle, deux grandes lancettes de l’entrée dans Orléans et du sacre et quatre petites scènes des bas-côtés évoquant des épisodes valcolorois. D’allure ogivale pour rester dans la thématique médiévale, ces vitraux lunévillois s’inscrivent pourtant résolument dans l’époque de leur réalisation : le début du XXe siècle. Abandonnant le décor gothique, encore très en vogue vers 1910, chaque scène est accompagnée d’un entourage floral emprunté au répertoire de l’art nouveau finissant, tout en annonçant l’art décor par le motif de la rose qui fait, sur de plus anciens vitraux de 1912-1913, l’une de ses premières apparitions en Lorraine.
Les différents épisodes
12Le cycle s’ouvre par deux scènes champêtres rehaussées de décors floraux « art nouveau ». La première montre Jeanne gardant ses traditionnels moutons et écoutant ses voix près d’un bois, non loin du village de Domremy, visible à l’arrière-plan. Au premier plan apparaissent des chardons et des ombelles, chères à Émile Gallé, tandis que, sur le côté droit, un bouleau n’est pas sans évoquer les estampes japonaises qui ont fortement inspiré les artistes de l’École de Nancy, notamment grâce aux collections de Charles Cartier-Bresson20. La seconde scène reproduit le « départ de Domremy » illustrant le célèbre poème de Charles Péguy, l’Adieu à la Meuse : Jeanne, en partance pour Vaucouleurs, se retourne vers son village de Domremy, bordé par la Meuse, tandis que son cousin Durand Laxart porte son baluchon.
13Les investigations menées en 2003, en vue de la restauration de la grande verrière du transept, endommagée par la tempête de décembre 1999, ont révélé que ces deux vitraux ne se contentaient pas de reprendre les motifs art nouveau, mais qu’ils s’inspiraient aussi de leurs techniques par l’emploi de la gravure à l’acide (au niveau du bleu du ciel ou du miroitement de la Meuse), les superpositions de deux ou trois couches de verre à la manière de Gruber (notamment au niveau du feuillage), le recours à une diversité de verres (11 essences de verre différentes ont été dénombrées dans la verrière des Voix) et l’usage du jaune d’argent pour les couronnes et fleurons des robes des saintes21 (illustrations 6 et 7).
14Le cycle se poursuit par des scènes retraçant des épisodes lorrains rarement représentés : le procès pour rupture de fiançailles devant l’officialité de Toul (illustration 8), l’entrevue avec le duc de Lorraine Charles ii à Nancy et le pèlerinage à Saint-Nicolas-de-Port22. Jeanne répond ainsi avec fermeté aux juges de l’officialité, malgré la présence de ses parents et du « fiancé », puis, accompagnée de son cousin Durand Laxart, rencontre le duc de Lorraine Charles ii à Nancy et, enfin, arrive en vue des tours de la basilique de pèlerinage de Saint-Nicolas-de-Port. Si l’authenticité historique de ces deux derniers épisodes est aujourd’hui discutée, on ne la mettait pas guère en doute au début XXe siècle : Nancy et Saint-Nicolas-de-Port ont, au XIXe siècle, entretenu fidèlement la mémoire johannique23. Le parcours se poursuit par départ de Vaucouleurs, adapté du tableau de Scherrer. Après l’entrevue de Chinon au cours de laquelle Jeanne reconnaît Charles vii comme « vrai héritier de France et fils de roi », le cycle conduit à Orléans pour la bataille des Tourelles, inspirée du tableau de Lenepveu au Panthéon, et de l’entrée victorieuse dans la ville, reprise, avec des adaptations, de la toile de Scherrer conservée au musée des Beaux-Arts d’Orléans : toutefois, cette toile montrant la première entrée de Jeanne dans Orléans, de nuit le 29 avril, est, à Lunéville, inversée comme dans un miroir et réinterprété comme l’entrée victorieuse du 8 mai. Le sacre est une œuvre originale (qui avait d’ailleurs été présentée à Paris en 1913 lors d’une exposition), de même que le miracle de Lagny, assez rarement figuré. Le cycle continue par la capture de Compiègne, qui reprend le tableau de Lenepveu au Panthéon, en y ajoutant en décor d’arrière-plan, les murailles de Compiègne, tandis que la dernière communion de Jeanne dans sa prison de Rouen (illustration 9) s’inspire, en plus resserré, du tableau de Michel conservé au musée de Rouen. Le bûcher occupe la grande verrière du transept, face à celles des Voix, et montre les Rouennais au premier plan, puis les autorités sous un dais, de nombreux soldats à pied et à cheval et des frères mendiants assistant Jeanne de leurs prières, le tout dans une composition sombre d’où la seule tache de lumière est la suppliciée, attachée au bûcher auquel le bourreau vient de mettre le feu. La montée au ciel, dernier vitrail posé en 1947, se caractérise par des traits stylisés et des couleurs plus vives, en opposant les tons froids des épisodes de sa vie que Jeanne voit défiler en mourant et les tons chauds de la vie éternelle qui l’attend. Jeanne semble être aspirée vers le ciel, où elle est accueillie par saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite. Ce vitrail, suivi par ceux de la réhabilitation et béatification, posés dès octobre 1912, est prolongé au chœur par la communion des soldats, qui remplace la canonisation initialement prévue et correspond à un choix pastoral du curé en fonction en 1937, lequel souhaitait insister sur l’Eucharistie : au milieu du campement dressé aux portes d’une ville, Jeanne, agenouillée, s’apprête à recevoir la communion entourée par ses soldats, La Hire, Xaintrailles, Dunois et, surtout, le duc d’Alençon, aisément reconnaissable à ses armoiries. Enfin, deux vitraux des chapelles de l’entrée de l’église terminent le cycle : les saintes protectrices de la France (Jeanne à cheval est entourée des grandes saintes de l’histoire de France, depuis sainte Blandine, sainte Geneviève et sainte Clotilde, jusqu’à sainte Thérèse de Lisieux, en passant par sainte Germaine de Pibrac, sainte Odile ou sainte Marguerite-Marie) dans celles des fonts baptismaux et Jeanne protégeant les poilus de 1914 dans celle érigée à la mémoire des défunts des deux guerres mondiales. Ce dernier vitrail montre Jeanne et le Sacré-Cœur dans le ciel veillant sur les soldats qui, du milieu des tranchées, montent à l’assaut aux portes de Lunéville, tandis que surgit entre ciel et terre un aumônier de guerre, le père Umbricht, ancien professeur à Lunéville, devenu localement un des héros de la Première Guerre mondiale. Cette scène constitue le prototype d’une série de vitraux commémoratifs de la Grande Guerre en Lorraine. Réalisé en 1925, elle a été copiée à de nombreuses reprises dans les Vosges et dans la Meuse, notamment dans l’église Saint-Nicolas de Neufchâteau (Vosges) et dans celle de Mangiennes (Meuse)24.
La spécificité des vitraux lunévillois
Un condensé des différents aspects du culte de Jeanne d’Arc
15À l’inverse de Vaucouleurs et de Beauveroir qui retracent surtout des épisodes locaux25, le cycle lunévillois comme ceux d’Orléans, de Menetou-Salon, de Cuiseaux et de Domremy rappelle l’ensemble de la vie terrestre de Jeanne de Domremy à Rouen, mais avec davantage de scènes. Toutefois le cycle ne s’arrête pas à l’épopée, il se poursuit par la vie posthume de Jeanne et sa montée dans la gloire, tout en abordant aussi deux aspects de son culte : le patriotisme et l’image des femmes. Il s’agit ainsi d’un véritable condensé de l’iconographie et du culte de Jeanne d’Arc.
16Outre les thèmes abordés, ces vitraux frappent par la diversité des scènes représentées (de campagne, de villes, de cour, de combat, d’intérieur d’église, de prison), la richesse de leur palette de couleurs qui varient en fonction de l’intensité de la lumière et des heures de la journée, la qualité du dessin, notamment au niveau des mains et des visages toujours très expressifs, et le souci d’un certain historicisme dans les décors et les vêtements, reposant sur une documentation solide pour l’époque – l’abbé Gérardin avait longuement étudié les pièces de procès de condamnation et en nullité et consulté une abondante bibliographie johannique. Féru d’histoire du Moyen Âge, il passait son temps libre à visiter des châteaux-forts, ce dont témoignent de nombreuses photographies. Des fragments de correspondances conservées dans ses archives prouvent qu’il n’hésitait pas à écrire à des historiens et à des conservateurs de musées pour leur demander conseil. Les vitraux de Lunéville constituent donc un ensemble particulièrement soigné qui atteste d’une recherche approfondie, d’une démarche d’envergure et d’un véritable projet pédagogique, destiné à faire de ce cycle le support d’une catéchèse par l’image. Lors de la consécration le 17 octobre 1912, Mgr Foucault, évêque de Saint-Dié avait d’ailleurs précisé que « cette église dont les futurs vitraux rappelleront la vie de Jeanne sera pour tous une précieuse école26 ».
L’image de Jeanne
La Lorraine
17Ces vitraux mettent l’accent mis sur les scènes lorraines (6 sur 26) qui sont les plus belles du cycle. On a volontairement fait figurer des bâtiments significatifs (la maison natale de Jeanne d’Arc et l’église paroissiale de Domremy, les tours et le cloître de la cathédrale de Toul, la tour de l’horloge et l’intérieur de la Porterie du Palais ducal de Nancy, la façade de la basilique de Saint-Nicolas-de-Port)27, ainsi que des emblèmes lorrains (chardons), en lien avec deux des conseillers historiques de l’abbé Gérardin. Le premier était l’abbé Gustave Clanché, chanoine de la cathédrale de Nancy, professeur d’histoire, dont les publications et les éditions de sources sur le patrimoine toulois font encore autorité ; c’est lui qui a veillé sur la sauvegarde de la mémoire de Jeanne d’Arc à Toul28. Le second, Émile Badel, surnommé « le barde lorrain », est à l’origine de l’apposition de monuments commémoratifs du passage de Jeanne à Saint-Nicolas-de-Port29. Cet ancrage lorrain est renforcé par le choix de motifs empruntés à l’art nouveau de l’École de Nancy qui, face à Metz annexée, se voulait l’expression d’une résistance culturelle, intellectuelle et artistique. L’église illustre, en fait, le lotharingisme, ce « patriotisme lorrain » comme l’a défini Pierre Barral, qui apparaît dès 1830, s’accentue après 1870 et trouve son apogée au début du XXe siècle, mettant l’accent non pas sur une Lorraine indépendante, mais sur une Lorraine unie à la France30, dont Jeanne, elle-même, devient le symbole. Il est frappant que dans les correspondances de l’église, on mette en parallèle la basilique de Saint-Nicolas-de-Port (sanctuaire lorrain) et la cathédrale de Reims (sanctuaire français), tandis que les deux vitraux du chœur encadrant Jeanne dans sa niche présentent deux symboles de la France : l’allégorie de la monarchie française remerciant le pape lors de la réhabilitation et le drapeau tricolore de la République sur le vitrail de la béatification.
La fille du peuple
18Assez traditionnels à certains égards, ces vitraux s’éloignent pourtant de la vision classique de Jeanne. Ils écartent la fillette soumise ou la guerrière en armure pour montrer une jeune femme pleine de vie, au fort tempérament qui refuse le fiancé choisi par ses parents, s’oppose aux juges de l’officialité de Toul et fait des reproches au duc de Lorraine ; le phylactère accompagnant cette dernière scène renforce ces reproches : « On ne saurait trop purifier sa conscience. » Le vitrail des saintes protectrices de la France correspond également à la pastorale menée dans les années 1925-1930 dans la paroisse lunévilloise, présentant Jeanne d’Arc comme un modèle de femme active, notamment au sein de groupes d’action catholique qui encourageaient l’éducation des jeunes filles, le travail des femmes et leur engagement dans les partis politiques et les syndicats. De même, Jeanne liée à son village des bords de Meuse est montrée très souvent en milieu urbain, ce qui la rapproche du quartier ouvrier de l’église, pour lequel les curés successifs ont développé le culte de saint Joseph et n’ont pas hésité à s’engager lors de plans sociaux et lors de grèves.
La sainte
19Mais, destiné à une église, le parcours des vitraux entend d’abord montrer un modèle de sainteté. Il insiste peu sur les scènes de guerre (2 vitraux sur 26, voire 3 en ajoutant celui de Jeanne et des Poilus de 1914). Le vitrail du départ de Vaucouleurs, posé en juin 1914, est à cet égard significatif. Il s’inspire nettement du tableau de Scherrer conservé à l’hôtel de ville de Vaucouleurs : Jeanne s’apprête à quitter Vaucouleurs par la Porte de France en compagnie de son escorte ; Robert de Baudricourt lui remet solennellement son épée, en présence des habitants et de son épouse et de ses enfants. Le premier carton du vitrail lunévillois, aujourd’hui présenté au musée de Vaucouleurs, suit exactement le modèle, mais le vitrail réalisé présente de notables différences : Baudricourt remettant l’épée a disparu, tandis que le cartonnier a ajouté un vol de colombes et des femmes en prières, afin de montrer que Jeanne mène un combat qui est aussi spirituel et que son objectif est avant tout de ramener la paix. Cette vision est plutôt surprenante dans le contexte du printemps 1914, surtout dans une ville de garnison proche de la frontière et dans un diocèse dont l’évêque est connu pour son patriotisme. Mais elle correspond bien à l’esprit du curé-bâtisseur qui, avant 1914, est plutôt pacifiste et attaché à une résistance spirituelle et intellectuelle, même s’il fera courageusement son devoir lors de la Première Guerre mondiale (il recevra d’ailleurs neuf citations à l’ordre de l’armée).
20Jeanne est surtout présentée sur ses vitraux lunévillois comme un modèle de foi, une sainte qui place toute sa confiance en Dieu (« Si des ennemis sont sur mon chemin, Dieu y est aussi », lit-on sur le phylactère de l’officialité, illustration 8), totalement disponible à sa mission (« Dieu premier servi »), puisant sa force dans la prière et les sacrements (« Lorsqu’elle voyait le corps du Christ, elle versait d’abondantes larmes » : cette citation extraite du témoignage du duc d’Alençon lors du procès de nullité est reprise dans le vitrail de la communion des soldats). Le thème de la communion représenté sur ce vitrail, comme sur celui de la prison de Rouen (illustration 9), correspond aux directives du pape Pie x (qui insistait sur la communion fréquente), ainsi qu’aux choix pastoraux des curés de l’église.
21Le cycle rappelle que la vie de Jeanne est guidée par les modèles de Jésus et de Marie dont les statues à l’entrée du chœur sont, on l’a dit, en correspondance avec les vitraux de l’église et, plus particulièrement, avec les grandes verrières du transept. Se crée ainsi une analogie entre la statue de la Vierge à l’Enfant et l’épisode des Voix, proche d’une scène d’Annonciation (un personnage céleste qui s’adresse à une vierge pour lui confier une mission), tandis que le Sacré-Cœur voisine avec le bûcher, mettant l’accent sur l’aspect sacrificiel de la mission de Jeanne. Celle-ci, comme Jésus, donne sa vie et, comme a pu l’écrire saint Paul (Colossiens, I, 24), « achève dans sa chair ce qui manque aux souffrances du Christ ».
22Mais Jeanne cherche aussi à mener les hommes à la suite. Sur les vitraux, elle n’est jamais seule. Dans les premiers épisodes, elle est accompagnée par Durand Laxart qui représente le « Lorrain type », puis par des soldats, des membres de la cour (entrevue de Chinon, sacre de Reims), des femmes en prières (Vaucouleurs, Lagny), des hommes d’Église (dernière communion et bûcher de Rouen) ou une foule (l’entrée dans Orléans, le bûcher de Rouen) : c’est tout un peuple en marche qui l’accompagne. Ce n’est pas un hasard si le cycle commence par le vitrail des Voix montrant Jeanne en classique bergère pour s’achever par celui de la communion des soldats où Jeanne incite ceux-ci à fréquenter les sacrements. Jeanne devient ainsi une bergère au sens symbolique, celle qui guide les hommes vers Dieu. Elle propose ainsi un modèle de sainteté accessible et adaptable à toute époque ; cet aspect est renforcé par le fait que les traits de nombreux personnages sont empruntés à des hommes et femmes ayant contribué à la construction de l’église. L’abbé Gérardin a ainsi donné son visage au prêtre de Lagny, qui baptise l’enfant revenu à la vie qui, lui, s’inspire du premier bébé baptisé dans l’église de Lunéville, André Smouts, fils d’un couple de maraîchers du quartier et généreux bienfaiteurs de la nouvelle paroisse31 (illustration 10).
23De même, on reconnaît Madame André de Conigliano sous les traits de saint Michel, Monsieur et Madame Majorelle en parents de Jeanne d’Arc, l’entrepreneur Henri Masson en soldat de l’escorte de Vaucouleurs et des officiers des 17e et 18e chasseurs de Lunéville dans la garde de Compiègne… Le curé-bâtisseur et les vitraillistes entendaient monter que le message de Jeanne, qui s’adressait aux hommes du XVe siècle, concernait aussi ceux du XXe siècle, comme il peut concerner ceux d’aujourd’hui.
Conclusion
24Cet exceptionnel ensemble de vitraux offre un parcours très complet de la vie de Jeanne, bienheureuse, puis sainte, mais en mettant l’accent sur les épisodes lorrains, sans oublier sa reconnaissance posthume et les principales facettes de son culte. Il constitue ainsi l’un des plus importants cycles iconographiques sur Jeanne d’Arc. Il propose également une image renouvelée de cette dernière, une image d’une sainteté imitable, adaptée au monde moderne, urbaine et populaire, ainsi qu’un modèle de femme active, engagée dans la société.
25Le cycle, bien connu localement, n’a guère été présenté hors de Lunéville durant près de 80 ans. Mais, depuis une quinzaine d’années, la redécouverte de l’École de Nancy, l’inscription de l’église à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques et la mobilisation qui a suivi la tempête de 1999 (qui avait endommagé la verrière des Voix, restaurée en 2004) ont contribué à le faire découvrir à un plus large public.
26Quant au quartier organisé autour de l’église, il a conservé sa singularité. Après les difficultés inhérentes aux anciennes industries, il se transforme aujourd’hui pour devenir un pôle d’activités et de PME dynamiques. Les habitants demeurent particulièrement attachés à Sainte-Jeanne-d’Arc qu’ils considèrent comme une part de leur héritage familial ; ils ont fêté dans la joie son centenaire, jalonné par toute une série de manifestations qui se sont échelonnées entre mai 2011 et octobre 2012. La fréquentation de l’église, restée plus importante que dans le reste de la ville, s’explique certainement par une forte implication des prêtres dans les milieux ouvriers, par une pastorale efficace auprès des enfants et de jeunes et de nombreuses activités paroissiales (colonies de vacances, cinéma, chorales, soutien scolaire…). Elle témoigne ainsi d’un relatif succès de la pastorale menée sur le modèle de Jeanne d’Arc.
Annexe
Annexe. Les différents ensembles de vitraux johanniques
|
Lieu |
Nombre de vitraux johanniques |
Noms des verriers et date de pose |
Les scènes représentées |
|
Lunéville (54), église Sainte-Jeanne-d’Arc |
26 |
Benoît et Janin, 1912-1947 |
Les Voix, sainte Catherine d’Alexandrie, sainte Marguerite d’Antioche, saint Michel, saint Gabriel, Notre-Dame de Bermont, sainte Catherine de Fierbois, les adieux à Domremy, l’officialité de Toul, l’entrevue avec le duc Charles ii, le pèlerinage à Saint-Nicolas-de-Port, le départ de Vaucouleurs, l’entrevue avec Charles vii à Chinon, la bataille des Tourelles, l’entrée dans Orléans, le sacre de Reims, le miracle de Lagny, la capture de Compiègne, la dernière communion en prison, le bûcher de Rouen, la montée au ciel, la réhabilitation, la béatification, la communion des soldats, Jeanne et les saintes de France, Jeanne protège les Poilus de 1914. |
|
Paris (75), 14e arrondissement, chapelle Sainte-Jeanne-d’Arc des sœurs franciscaines missionnaires de Marie |
21 |
Verrier non connu, 1913 |
La délivrance d’Orléans, saint Michel, sainte Catherine d’Alexandrie, sainte Marguerite d’Antioche, Notre-Dame de Bermont ; dans la partie supérieure des vitraux laissés en grisaille, armoiries des villes johanniques (Chinon, Poitiers, Jargeau, Beaugency, Troyes, Paris, Soissons, Compiègne, Vaucouleurs, Patay, Orléans, Rouen, Reims, Moulins, Bourges, Châtellerault, Coulommiers, Tours, Loches, Blois, Auxerre). |
|
Orléans (45), cathédrale Sainte-Croix |
11 |
Galland-Gibelin, 1894 Et un vitrail ajouté en 2001 |
Les Voix, le départ de Vaucouleurs, l’entrevue avec Charles vii à Chinon, l’entrée dans Orléans, la bataille des Tourelles, l’action de grâce dans la cathédrale d’Orléans, le sacre de Reims, la capture de Compiègne, la prison, le bûcher et Jeanne à cheval. |
|
Beaurevoir (02), église Sainte-Jeanne-d’Arc |
9 |
Höner-Janin (1931) et Gross (1954) |
L’arrivée de Jeanne au château de Beaurevoir, les échevins de Tournai mis en présence de Jeanne, Jeanne d’Arc protégée par les « trois Jeanne » (Jeanne de Luxembourg, Jeanne de Béthune, Jeanne de Bar), Jeanne méditant un plan d’évasion, la chute au pied des remparts, Jeanne en prières, Jeanne en présence de Jean de Luxembourg et de sa tante, Pierre Cauchon négociant avec Jean de Luxembourg la remise de Jeanne d’Arc et le départ pour Arras. |
|
Domremy (88), église Saint-Remi |
8 |
Pierre Gaudin, 1953 |
Jeanne écoutant la voix de saint Michel, Jeanne en prières à Notre-Dame de Bermont, l’entrevue avec Robert de Baudricourt, l’arrivée devant Charles VII à Chinon, l’entrée dans Orléans, le sacre, la prison de Rouen et le bûcher. |
|
Vaucouleurs (55), chapelle Notre-Dame des Voûtes |
8 |
Benoît et Janin, 1930-1931 |
Les Voix recommandant à Jeanne d’aller « à Vaucouleurs », l’entrevue avec Robert de Baudricourt, la séance d’exorcisme chez les Le Royer, le faux départ à Saint-Nicolas de Septfons, Jeanne en prières devant la statue de Notre-Dame des Voûtes, le départ de Vaucouleurs, l’entrée dans Orléans, le sacre de Reims. |
|
Cuiseaux (71), église paroissiale |
8 |
J. Bessac, premier tiers du XXe siècle |
Les Voix, l’entrevue de Chinon, le pont de Meung, la blessure devant Paris, le siège d’Orléans, le sacre de Reims, le procès et le bûcher. |
|
Menetou-Salon (18), église Saint-Pierre |
8 |
Verrier non identifié, fin du XIXe siècle |
Jeanne écoutant saint Michel, l’entrevue avec Robert de Baudricourt, l’entrevue avec Charles VII à Chinon, la délivrance d’Orléans, Jeanne acclamée par le peuple, le sacre de Reims, la prison de Rouen et le bûcher. |
|
Compiègne (60), église Saint-Antoine |
7 |
C. Daumont-Fournel, E. Daumont-Fournel, 1909 à 1929 |
Les voix, la bataille des Tourelles, le sacre de Reims, l’entrée de Jeanne et de Charles vii à Compiègne au retour du sacre, l’arrivée de Jeanne au secours des habitants de Compiègne, Jeanne franchit le pont de Compiègne la veille de sa capture, Jeanne faite prisonnière. |
Notes de bas de page
1 À titre d’exemple, dans les quatre départements lorrains, sur les 170 vitraux dénombrés (en dehors des cycles de Domremy, de Vaucouleurs et de Lunéville), 66 sont des portraits, 75 des scènes de l’épopée (dont 39 scènes des Voix, 11 du bûcher, 10 de la délivrance d’Orléans) et 28 scènes patriotiques : Cf. C. Guyon, « Jeanne d’Arc, une sainte de vitrail en Lorraine », Journée d’études du comité d’histoire régionale de Lorraine à Domremy, 12 octobre 2012. Sur les vitraux johanniques d’inspiration patriotique, voir Le vitrail commémoratif de la Grande guerre en Meuse, Monuments de lumière, catalogue de l’exposition du conseil général de la Meuse, Bar-le-Duc, conseil général de la Meuse, 1998, et Une sainte des tranchées : Jeanne d’Arc durant la Grande Guerre, catalogue de l’exposition organisée à Domremy-la-Pucelle du 1er juin au 30 septembre 2008, Épinal, conseil général des Vosges, 2008.
2 Toutes les statues et les autels sont en relation avec le thème johannique, de même que la partie arrière de l’autel principal qui reprend le thème du château-fort, la chaire gardée par des soldats en armure, les écussons qui tiennent lieu de croix de consécration, le meuble de sacristie crénelé, le grand tapis de chœur aux armes des villes johanniques, les chasubles aux fleurs de lys, le calice offert par le pape Pie X…
3 Les deux scènes non johanniques concernent la vie du Christ (baptême et crucifixion).
4 Cette chapelle des Sœurs franciscaines missionnaires de Marie a été construite entre juillet 1911 et septembre 1913. 21 vitraux des 23 vitraux de l’église sont en grisaille et comportent des armoiries johanniques ou les « figures » de saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite, seule une scène de l’épopée, celle de la délivrance d’Orléans, est représentée au chœur : H. Cabezas, Le culte de Jeanne d’Arc dans les églises de Paris, thèse de doctorat de l’université de Paris IV, 1992, p. 94, 117-118 et 154 ; M. Callias Bey, « Les édifices parisiens et leurs verrières : églises et chapelles catholiques », Situ, revue des patrimoines, 11, 2009, p. 25 et 50, et G. Brunel, M.-L. Deschamps-Bourgeon et Y. Cagneux, Dictionnaire des églises de Paris, Hervas, 2000, p. 263.
5 Il s’agit de 10 vitraux posés dans la nef en 1894 par les verriers Galland-Gibelin : Les souvenirs de Jeanne d’Arc à la cathédrale d’Orléans. Les verrières, l’inscription commémorative, les bannières et les cloches, Orléans, 1898, p. 11-17. En 2001 a été ajouté, dans le transept gauche, un vitrail de Jeanne à cheval dessiné par Pierre Carr.
6 Pour Cuiseaux et Compiègne, voir C. Bouchon, « les verrières de Jeanne d’Arc, exaltation d’un culte à la fin du XIXe siècle », Annales de Bretagne, t. 93, 1986, p. 440.
7 G. Krumeich, « Jeanne vue d’Allemagne », P. Martin (dir.), Jeanne d’Arc, les métamorphoses d’une héroïne, Nancy, Place Stanislas, 2009, p. 78-80.
8 M. Lagny, Culte et images de Jeanne d’Arc en Lorraine (1870-1920), thèse de doctorat de l’université de Nancy, 1973, p. 85-121. 25 vitraux johanniques ont été posés en Lorraine entre 1869 et 1908, donc avant la béatification du 18 avril 1909 : C. Guyon, « Jeanne d’Arc, une sainte de vitrail en Lorraine », op. cit.
9 L’indult était nécessaire car le droit canon ne permettait pas, normalement, de dédier une église à un bienheureux ou une bienheureuse, il fallait un saint ou une sainte.
10 Peut-être avait-on voulu éviter les difficultés rencontrées dans la construction de la basilique du Bois-Chenu et du Monument national de Vaucouleurs dont les chantiers furent interrompus durant plusieurs années : cf. B. Mugnier, La basilique Jeanne d’Arc de Domremy-la Pucelle, Ahuy, 2012, p. 33-34, et M. Rochette, « L’œuvre du monument national de Jeanne d’Arc à Vaucouleurs et Mgr Pagis, évêque de Verdun », Le Pays lorrain, juin 2012, p. 45-48.
11 Le béton armé était largement utilisé dans l’art civil (théâtre et château d’eau de Lunéville, différents bâtiments de Nancy…), mais ne l’avait pas encore été dans le domaine religieux. En réalité, les murs de l’église sont en pierre, mais la structure est en béton armé, de même que la ceinture de créneaux : H. Bas, « Église Bienheureuse-Jeanne-d’Arc de Lunéville », Le béton armé, août 1913, p. 119-120.
12 F. Bourcy, « L’armée à Lunéville à la Belle-Epoque », C. Guyon (dir.), Lunéville, de la ville et de son château, XIVe-XXe siècles, Nancy, Gérard Louis, 2008, p. 139-149.
13 La statue de Mousson a été offerte par la duchesse d’Uzès en 1895 : G. Giuliato, « Jeanne d’Arc à Mousson », Le Pays lorrain, octobre 2012, p. 270-271. Elle avait été peinte en dorée pour être vue de loin.
14 La thématique du château-fort se retrouve à Mousson (G. Giuliato, loc. cit.) et dans le projet de Monument national de Vaucouleurs (M. Rochette, op. cit., p. 46-47).
15 F. Roth, « Lunéville, une ville industrielle », Lunéville, de la ville et de son château, op. cit., p. 160-171, et C. Guyon, « L’église de la Bienheureuse Jeanne d’Arc de Lunéville », Jeanne d’Arc, les métamorphoses d’une héroïne, op. cit., p. 115-116.
16 C. Guyon, Jeanne d’Arc en son église, Sainte-Jeanne d’Arc de Lunéville, son histoire, son architecture, ses vitraux Art nouveau, Nancy, Gérard Louis, 2011, p. 12-16.
17 C. Jajoux, Étude du fonds Höner-Janin-Benoît déposé à l’Inventaire général de Lorraine, mémoire de maîtrise d’histoire de l’art, université de Nancy 2, 1987, passim ; V. Brochard, Le vitrail à Nancy des années 20 à nos jours, mémoire de maîtrise d’histoire de l’art, université de Nancy 2, 2000, p. 33-35 et 45-4, et V. Péché, « Production d’un atelier nancéien de l’Entre-deux-guerres : Georges Janin », Le vitrail commémoratif de la Grande guerre en Meuse, op. cit., p. 31-35.
18 Gilbert a d’abord travaillé dans le Perche, notamment à l’église de Saint-Jean-Pierre-Fixte où il dessina le carton d’un vitrail de saint Jean-Baptiste qui présente des similitudes avec celui du baptême du Christ à Sainte-Jeanne d’Arc de Lunéville : F. Guillon, « Église de Saint-Jean-Pierre-Fixte », Archives du diocèse de Chartres, t. IV, 2e série, 1900, p. 1 et 4.
19 C. Guyon, Jeanne d’Arc en son église, op. cit., p. 50, 64, 66, 70, 72, 78, 80, 86.
20 Cf. l’exposition du musée des Beaux-Arts de Nancy en 2011 : « Un goût d’Extrême-Orient ».
21 C. Guyon, « La restauration des vitraux de l’église Sainte-Jeanne-d’Arc de Lunéville », Le Pays lorrain, décembre 2006, p. 340-343.
22 On ne connaît en Lorraine qu’un vitrail du pèlerinage à Saint-Nicolas-de-Port à l’église de Xeuilley (54), un carton d’un autre vitrail, aujourd’hui disparu à Épinal (conservé au musée de Vaucouleurs) et une peinture murale à l’arrière d’un autel dans l’église de Neuves-Maisons (54). Les autres scènes lorraines (Nancy et Toul) n’ont pas d’équivalent : ces vitraux lunévillois sont donc uniques.
23 Seuls quelques auteurs comme Léon Mougenot (Jeanne d’Arc à Nancy et la chronique de Lorraine, Nancy, Berger Levrault, 1890) ont, dès la fin du XIXe siècle, fait part de remarques critiques à propos du passage de Jeanne à Saint-Nicolas-de-Port et à Nancy, mais ils restent alors minoritaires : cf. C. Guyon, « La mémoire des lieux de passage de Jeanne d’Arc en Lorraine », Le Pays lorrain, octobre 2012, p. 277.
24 Le vitrail commémoratif de la Grande guerre en Meuse, op. cit., p. 130-131, et Une sainte des tranchées, op. cit., p. 132.
25 Sur Vaucouleurs, cf. C. Guyon, « Vaucouleurs, la cité qui arma Jeanne d’Arc », Jeanne d’Arc et la guerre de Cent Ans, no 3, novembre 2012, p. 80.
26 C. Guyon, Jeanne d’Arc en son église, op. cit., p. 41.
27 Certes, les bâtiments représentés sont postérieurs à ceux de l’époque de Jeanne d’Arc, mais il s’agit là d’un parti-pris et d’un choix réfléchi de la part du curé-bâtisseur qui voulait que chacun puisse aisément reconnaître les lieux évoqués et qui partait du constat qu’on ne savait guère à quoi ressemblaient ces bâtiments du début du XVe siècle : C. Guyon, Jeanne d’Arc en son église, op. cit., p. 44.
28 Id., « La mémoire », op. cit., p. 277.
29 En 1893, Émile Badel a placé sur le nouveau reliquaire de la phalange de saint Nicolas « une image en relief de Jeanne de Domremy » et a été, trois ans plus tard à l’initiative de l’érection d’une statue de Jeanne d’Arc, place de la République face à l’hôtel de ville, ensuite déplacée dans le square Jeanne d’Arc : loc. cit.
30 P. Barral, L’esprit lorrain, Nancy, Presses universitaires de Nancy, p. 61-68 et 96-103.
31 L’enfant sur le vitrail reprend nettement la photographie du baptême du jeune André Smouts conservée dans sa famille.
Auteur
-
Catherine Guyon
Maître de conférences à l’université de Lorraine
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