L’analyse d’un rituel sacrificiel dans le Sarapieion C de Délos
p. 27-38
Texte intégral
1Le Sarapieion C est, à Délos, le siège du culte public de Sarapis depuis le début du iie siècle1. Le culte y est célébré par des prêtres nommés par la cité de Délos, jusqu’en 167, puis par des prêtres athéniens à partir de cette date, lorsque l’île passe sous la domination de la cité d’Athènes. Le sanctuaire a continué d’être fréquenté au moins jusqu’en 69 – date de l’incursion des pirates qui fut fatale au commerce délien et à la prospérité de l’île – mais il est probable que le Sarapieion C ne fut pas complètement abandonné ; simplement le culte, s’il a continué d’y être célébré, n’a plus laissé après cette date de trace épigraphique.
2Ce sanctuaire comporte plusieurs édifices – chapelles ou constructions diverses – formant un complexe qui se déploie sur une terrasse, en partie artificielle, aménagée sur les pentes du mont Cynthe (fig. 1) : au sud, des propylées (A) débouchent sur une vaste esplanade trapézoïdale (longueur : 90 m environ), bordée de portiques sur trois de ses côtés ; en son centre se trouve un petit édifice (C), auquel conduit une allée dallée et ornée de sphinx (allée D). Au nord, le sanctuaire se compose d’une cour, fermée à l’ouest et au sud par un portique coudé ; plusieurs naoi y sont érigés : le temple F (consacré à Sarapis et remontant peut-être au début du iie siècle), la chapelle I (consacrée à Isis et dont la construction se situe vers 150) et la chapelle H (dont l’identification n’est pas assurée, mais qui pourrait être contemporaine de la chapelle I voisine).
3Les vestiges du Sarapieion C sont connus depuis près d’un siècle aujourd’hui – le dégagement du sanctuaire a été achevé par P. Roussel en 19102 –, pourtant les rituels que l’on célébrait dans ce grand sanctuaire demeurent pratiquement ignorés de la bibliographie. Cette discrétion s’explique par la faiblesse de la documentation disponible. Les inscriptions provenant du sanctuaire donnent des informations précises sur des aspects extrêmement divers des cultes isiaques – leur histoire et leur organisation administrative, les attentes des fidèles, l’origine des dévots etc. – mais ne disent presque rien des rituels, en particulier des sacrifices3 ; tout juste ces cérémonies sont-elles ici ou là mentionnées dans les textes sans qu’on puisse faire grand profit de ces données. Les autels découverts dans le sanctuaire – monolithes ou maçonnés pour la plupart – n’ont pas non plus permis d’avancer beaucoup sur cette question : les fouilleurs du début du xxe ne se sont pas préoccupés de recueillir le matériel osseux, peu remarquable, mais seul susceptible pourtant de renseigner directement sur les sacrifices. Ainsi, même si les cultes isiaques jouissent, à Délos, d’une situation documentaire privilégiée, puisqu’aux inscriptions s’ajoutent les vestiges bien conservés de trois sanctuaires – dont le Sarapieion C qui nous intéresse ici – l’étude des actes du culte reste encore à faire.
4Les fouilles effectuées depuis 2001 dans ce dernier sanctuaire nous fournissent l’occasion d’aborder la question des rituels sacrificiels car nous avons mis au jour les vestiges d’un autel creux4 situé au sud de l’esplanade méridionale du Sarapieion C, près de l’édifice C (fig. 1, fig. 2 et fig. 4)5.
L’autel sud : fouille, architecture et restitution
5Dès avant la fouille affleuraient en ce point les crêtes de trois murs de moellons ; ils figuraient sur le plan du sanctuaire dressé par S. Risom6 et R. Vallois en a donné une description qui s’est révélée très largement erronée7. Cette construction contenait une quantité conséquente de cendres, d’ossements et de résidus divers des sacrifices : leur étude fournit la matière d’une analyse du rituel qui était pratiqué dans cet autel ; le contexte religieux permet enfin de proposer une interprétation de sa fonction.
6L’autel découvert sur la terrasse méridionale du Sarapieion C est une construction de plan carré (fig. 2 et fig. 3), limitée par quatre murets de soutènement. Elle mesure dans le sens est-ouest, 1,47 m et, dans le sens nord-sud, 1,43 m (dimensions intérieures). Son mur ouest est très mal conservé – seuls deux moellons en subsistent – et son angle nord-ouest est aujourd’hui largement ouvert : on peut supposer que la ruine des murs périphériques en est la cause ou admettre, nous y reviendrons, qu’il existait une entrée dans cet angle. Le foyer lui-même forme une fosse, enfoncée dans le sol : le fond en est constitué d’un remblai qui comble les anfractuosités du granite. Toutefois le rocher est demeuré irrégulier et sa surface affleure par endroits ; il devait être visible au moment où l’autel était en usage, notamment du côté sud. Ce foyer était enfoncé dans le sol de la terrasse car les murs de soutènement retenaient vers l’extérieur des remblais, qui permettent de déterminer les niveaux de circulation dans ce secteur du Sarapieion C. Le niveau du sol était plus élevé à l’est qu’à l’ouest de l’autel. La hauteur de ces murs périphériques demeure inconnue, de même que l’apparence de leur éventuel couronnement.
7La fosse de l’autel était remplie de couches cendreuses, retenues par les murs périphériques. Elles étaient épaisses, dans la partie orientale de l’autel, de 40 cm environ mais beaucoup plus minces dans sa partie ouest ; elles outrepassaient de plus sa limite occidentale, puisque nous avons recueilli du matériel calciné jusqu’à 1,90 m à l’ouest de son mur occidental : les cendres se sont répandues, après l’abandon et la destruction partielle de l’autel, dans le sens de la pente, soit d’est en ouest. Il faut donc se figurer qu’un cône de cendres relativement élevé – sa hauteur est naturellement impossible à préciser – occupait l’espace intérieur de l’autel.
8La céramique contenue dans les remblais sur lesquels sont établis les murs de l’autel fournit un terminus post quem pour sa construction : le matériel indique qu’elle n’est pas antérieure au dernier tiers du iie siècle, voire au début du ier siècle. L’autel sud est donc contemporain de l’allée de sphinx, de l’édifice C, et des aménagements de soutènement de l’esplanade méridionale du Sarapieion. D’après les inscriptions en effet, l’allée D date du début du ier siècle8 ; divers sondages effectués entre 2001 et 2004 ont permis d’établir la chronologie des murs de terrasse ouest et sud, des propylées A et de l’édifice C9.
9On peut rapprocher l’architecture peu commune de cet autel de celle de deux autres constructions du Sarapieion C : la première est l’autel G de la cour nord du sanctuaire (fig. 1). Fouillée anciennement10, elle fait face au temple de Sarapis (temple F)11. P. Roussel la décrit comme le soubassement d’un autel construit, d’un bomos ; toutefois, ces vestiges conviennent plutôt pour un autel creux, une eschara, car ses murs périphériques sont à double parement : le parement externe est composé de carreaux de marbre dont la surface est assez soigneusement piquetée ; le parement interne est formé de petites calles de gneiss assez régulières. La deuxième construction comparable à l’autel sud a été dégagée en 2004 : elle se situe au sud du Sarapieion également, mais elle appartient à une phase d’occupation de l’esplanade antérieure à celle dont les vestiges subsistent aujourd’hui (l’édifice a été détruit peut-être lors de la construction de l’allée D). Il est assuré qu’il s’agit d’un autel, car nous y avons trouvé des cendres contenant des ossements animaux12.
10Les similitudes entre ces autels sont remarquables, si l’on excepte l’apparence plus ou moins soignée de leur architecture : l’appareil de marbre des murs de l’autel G contraste en effet avec les murs de moellons mal construits des deux autres. Tous trois se présentent comme des fosses peu profondes, limitées par des murs périphériques formant soutènement. Leurs dimensions sont modestes13 et leur fond est dépourvu de revêtement : dans le fond de l’autel fouillé en 2004, comme dans celui de l’autel sud, le rocher affleure, créant une surface irrégulière (on ne peut juger de la situation de l’autel nord qui a été fouillé à date ancienne et dont le sol est aujourd’hui bétonné). Mais surtout, ces constructions présentent une ouverture située à proximité d’un des angles (à l’angle nord-ouest pour l’autel fouillé en 2004 et à l’angle nord-est pour l’autel de la cour nord) et cette récurrence oblige à tenir l’ouverture de l’angle nord-ouest de l’autel sud pour une véritable entrée, plutôt que d’y voir le résultat d’une destruction partielle de l’édifice.
11L’organisation de l’autel sud conduit à le rapprocher également d’une série d’autels déliens, dont l’aménagement paraît de prime abord différent : ils sont en effet de plan circulaire et leur enceinte est constituée d’orthostates de marbre soigneusement appareillés ; certains de ces « autels puits » sont pourvus d’une entrée. C’est notamment le cas de l’autel consacré par la famille athénienne des Pyrrhakidès à leur ancêtre mythique, Tritopatôr14. Il est daté des environs de 400. Son diamètre extérieur est de 2,20 m et son enceinte s’élève à 1,10 m de haut. L’entrée étroite (0,60 m de large) ouvre vers le nord-ouest. Le rapprochement des autels du Sarapieion C avec ces « autels puits » fournit peut-être un parallèle pour évaluer la hauteur de leur enceinte périphérique que la nécessité de protéger le foyer du vent délien invitait à supposer relativement élevée ; de même que la présence d’une entrée qui serait superflue si les murs de la construction étaient bas. La comparaison avec l’autel dédié par la famille des Pyrrhakidès rend plausible la reconstitution d’un mur d’enceinte haut d’environ 1 m pour les autels du Sarapieion C, mais qui serait maçonné et stuqué plutôt que faite d’orthostates.
12Ainsi, quoique d’apparence singulière, l’autel sud s’inscrit dans une série de constructions clairement identifiables dans le Sarapieion C et qui ont la même destination que lui. La récurrence de ce type d’autel – une eschara, un foyer, posé à même le sol et défendu par des murs périphériques – est, de soi, un fait remarquable et qui n’avait pas été signalé par les précédents fouilleurs du sanctuaire. Toutefois, le principal intérêt de la fouille de l’autel sud du Sarapieion C réside dans la découverte des résidus sacrificiels qui informent sur les cérémonies qui s’y déroulaient, palliant ainsi, dans une certaine mesure, la discrétion des textes sur ces questions.
Les sacrifices
13Dans la fosse de l’autel se trouvaient des ossements calcinés et des résidus végétaux, mêlés aux couches de cendres du foyer. Les os étaient réduits pour la plupart à de minuscules esquilles (ils avaient éclaté sous l’effet de la chaleur), mais ils correspondaient, pour plus de 90 % d’entre eux, à des restes de volailles15 ; l’étude a mis en évidence également quelques restes de mammifères (moutons, porcs ou chèvres) très faiblement représentés. Les végétaux étaient plus divers mais l’étude carpologique n’est pas achevée, en sorte qu’il est difficile de dresser une liste exhaustive des espèces. Les résidus de fruits étaient nombreux, ainsi que ceux d’une préparation à base de céréales (pain ou galette)16.
14Les cendres du foyer contenaient également deux autres séries d’objets : environ quatre-vingt monnaies17 – la plupart des piécettes de bronze sans grande valeur – et une soixantaine de pastilles de terre portant l’empreinte d’un sceau au droit et la trace du papyrus contre lequel elles étaient appliquées au revers. Empreintes de sceaux et monnaies étaient réparties dans l’autel, sans qu’on puisse relever de concentration particulière en un point précis du foyer, ce qui indique que ce matériel n’a pas été jeté au feu en une fois, mais y a été au contraire progressivement déposé. Si les monnaies sont parfois associées aux sacrifices – ainsi dans un autel de Némée18 –, les sceaux constituent un matériel inédit dans ce contexte et, partant, d’interprétation délicate. On peut postuler qu’il n’existe pas de relation particulière entre les documents scellés et les sacrifices ; ainsi des archives scellées mises au rebut par exemple auraient pu servir de combustible ce qui justifierait que les sceaux aient été retrouvés dans le foyer19 – ; on peut admettre au contraire qu’ils étaient associés aux cérémonies sacrificielles ; dès lors, diverses explications peuvent être envisagées dont aucune pourtant ne peut être démontrée, faute de parallèle à la trouvaille du Sarapieion C.
15L’étude des ossements permet de caractériser les sacrifices qui étaient pratiqués dans l’autel sud comme des rituels holocaustiques : en effet, les os des volailles brûlés ne portent aucune trace de découpe et toutes les parties de l’animal sont représentées, deux indices qui montrent que la chair des animaux n’était pas consommée. Toutefois, pour les fragments osseux appartenant à des espèces de mammifères – en proportion réduite on l’a vu – la pratique était différente : cette fois-ci ce sont des quartiers de viande qui ont été déposés sur l’autel, et non l’animal entier. Pour rendre compte de cette différence de traitement selon l’espèce sacrifiée, on pourrait invoquer, par exemple, le prix élevé des mammifères – comparé à celui d’une volaille – qui justifierait qu’on évite l’holocauste dans ce cas20 ; mais aussi, plus simplement, la dimension réduite du foyer sacrificiel implique peut-être qu’on découpe les animaux qui seraient trop volumineux pour y être consumés.
Le culte
16Même s’il est parfois difficile de distinguer dans l’autel sud entre le matériel provenant des sacrifices et les objets tombés fortuitement dans le feu ou destinés à l’alimenter, les données sont suffisamment abondantes pour tenter de préciser la fonction du rituel qui y était accompli et la nature des divinités à qui il s’adressait. En effet, si l’autel sud demeure anonyme – aucune inscription n’a été trouvée qui en préciserait le destinataire –, on peut admettre qu’il recevait des sacrifices adressés aux dieux principaux du sanctuaire, Sarapis, Isis, Anubis et Harpocrate, dont les noms sont associés dans la majeure partie des dédicaces21. S’ajoute à cette triade principale une très longue liste de divinités diverses qui sont qualifiées parfois de dieux ἐντεµένoι (« qui partagent le même sanctuaire »), σήννάoι et/ou σύµβωµoι (« qui partagent les mêmes autels22 ») : certaines sont grecques, d’autres orientales, et toutes prennent part sans doute aux sacrifices qui se déroulaient dans le sanctuaire23. Pourtant on peut peut-être préciser davantage, non pas sans doute le nom, mais les qualités au moins des dieux auxquels étaient destinés ces sacrifices, en considérant d’abord le contexte religieux et la topographie de la terrasse méridionale et en comparant ensuite les pratiques sacrificielles qui avaient cours dans le sanctuaire de Sarapis avec celles qui sont attestées dans d’autres sanctuaires.
17Plusieurs indices invitent à considérer les sacrifices pratiqués dans l’autel sud comme faisant partie d’un rituel médical. D’une manière générale en effet Sarapis et les dieux de son cercle étaient investis à Délos de pouvoirs de guérison dont témoignent les documents épigraphiques. Ainsi, dans le Sarapieion C une dédicace mentionne les ἰατρεῖα qui sont les honoraires de cure24 ; il en est également question dans les inventaires du Sarapieion C25 ; la présence, parmi les desservants du Sarapieion C, d’un oneirocrite, un « interprète des songes », pourrait également témoigner de cette capacité médicale des dieux26 : on sait que Sarapis ne dédaignait pas de promulguer des avis, médicaux notamment, en envoyant à ses fidèles des rêves prophétiques ; c’est le sens des formules κατὰ πρóσταγµα27 ou καθ’ ὅραµα28 qui figurent dans plusieurs dédicaces des Sarapieia déliens. Parmi les offrandes enregistrées dans les inventaires du Sarapieion C figurent des yeux votifs, sans doute liés à la guérison des ophtalmies pour lesquelles Sarapis était notoirement réputé29. Enfin, les divinités isiaques – Isis et Sarapis en particulier – sont souvent assimilées aux divinités médicales grecques, Hygie et Asclépios : dans le Sarapieion C, une dédicace est faite à Isis-Hygie30 ; Asclépios reçoit également des dédicaces personnelles dans ce sanctuaire31. On pratiquait incontestablement la médecine dans le Sarapieion C.
18On peut de plus montrer que l’autel sud est topographiquement associé à des lieux où les fidèles du Sarapieion vénéraient des divinités médicales (fig. 1, fig. 4 et fig. 5). Cet autel est voisin de l’édifice C, qui abrite un puits carré de 4,40 m de côté et s’identifie à l’hydreion des inscriptions du début du ier siècle (fig. 2)32. Temple d’un genre particulier, l’hydreion est consacré à une divinité hydrique, Hydreios, incarnée dans l’eau de son réservoir. Cette divinité n’apparaît que dans le Sarapieion C de Délos33 où elle est investie de pouvoirs salvateurs et médicaux. Hydreios en effet est invoqué à deux reprises comme épèkoos34 : il « écoute les prières » des fidèles, comme le font, en général, les dieux sauveurs. De plus, le rôle vivifiant et curatif de l’eau est bien attesté, tant dans le monde égyptien que dans le monde grec, et le pouvoir guérisseur du dieu doit opérer par le truchement de l’eau contenue dans l’hydreion35.
19Hydreios est aussi associé à Sarapis, Isis, Anubis et Harpocrate dans la dédicace de l’allée D36. Cette voie dallée, qui conduit à l’hydreion – et permet d’accéder à l’autel sud puisqu’une porte latérale y était ménagée vers son extrémité sud (fig. 1) –, est bordée de bases supportant des statuettes de sphinx alternant avec des massifs maçonnés de forme carrée que P. Roussel considérait comme des autels37. Il proposait de leur rapporter quatre plaques, mal dégrossies à l’arrière, portant des dédicaces en l’honneur de Déméter et Koré38, d’Asclépios et Hygie39, d’Héraclès apallaxikakos40 et de Sarapis de Canope41. Ces textes ont été retrouvés dans le secteur sud du Sarapieion, non loin de l’édifice C, l’hydreion. Hormis Déméter et Koré, les dieux dont les noms figuraient dans l’allée de sphinx42 sont dotés de pouvoirs de guérison ou de protection : le sanctuaire de Sarapis à Canope était célèbre pour ses cures43 ; Asclépios et Hygie sont bien connus ; l’épiclèse apallaxikakos que porte Héraclès dans cette dédicace manifeste son pouvoir protecteur44. Le lien entre l’hydreion et les cures accomplies dans le Sarapieion C me paraît donc confirmé par ces dédicaces.
20L’autel sud est donc topographiquement solidaire – et contemporain – de ces constructions dévolues à l’exercice de la médecine ou célébrant des divinités médicales. Cette association spatiale est sans doute le signe d’un lien fonctionnel entre l’autel et les cures qui étaient pratiquées dans le Sarapieion. En effet, tant la nature des victimes immolées dans l’autel – des coqs et des poules, mais aussi des galettes et des offrandes végétales – que le type de sacrifice accompli – l’holocauste des victimes – trouvent des parallèles dans le culte d’Asclépios notamment45. Le faible coût des victimes sacrifiées, la pratique de l’holocauste, le voisinage de divinités médicales, tous ces éléments plaident donc en faveur d’une interprétation « médicale » du rituel sacrificiel qui était accomplis dans l’autel sud du Sarapieion C : l’animal est offert en action de grâce par le fidèle reconnaissant envers le dieu qui l’a guéri, ou pour solliciter une cure.
Figure 1 : Plan restitué du Sarapieion C, par F. F. Muller.

Figure 2 : Plan détaillé du secteur de l’édifice C, par F. F. Muller.

Figure 3 : Vue de l’autel sud à la fin du dégagement (photo H. Siard, EFA).

Figure 4 : Reconstitution graphique de la terrasse méridionale du Sarapieion C, vue du nord, par F.F. Muller et F. Siard.

Figure 5 : Reconstitution graphique de la terrasse méridionale du Sarapieion C, vue du sud, par F. F. Muller et F. Siard.

Figure 6 : Deux sceaux de l’autel : vue du revers ; vue de la face
(Photographie Ph. Collet, EFA).

Notes de bas de page
1 Ce texte a bénéficié des remarques qui m’ont été faites lors de sa présentation orale à Lampeter ; je tiens à remercier tout particulièrement V. Mehl et P. Brulé. P.-Y. Balut m’a fait l’amitié de relire cet article. Les dates, sauf précision contraire, s’entendent avant notre ère.
Voir ID 447, 4 pour la première mention, vers 180, d’un Sarapieion dans un texte officiel de Délos.
2 Les premières fouilles sur ce que l’on appelait à l’époque « la terrasse des Dieux étrangers » ont eu lieu dès 1881 et ont été conduites par Am. Hauvette-Besnault (« Fouilles de Délos. Le temple des dieux étrangers », BCH, 6, 1882, p. 295-305) ; mais leur achèvement est dû à P. Roussel. Voir CRAI, 1910, p. 289-300 pour un compte rendu de ces travaux.
3 P. Roussel, Les cultes égyptiens à Délos, Annales de l’Est, Paris-Nancy, 1915-1916 (désormais abrégé CE), a publié les inscriptions provenant des sanctuaires isiaques de l’île ; aux p. 285-286, il recense les données fournies par les inscriptions et les fouilles anciennes sur les rituels sacrificiels.
4 Cette appellation est la plus couramment employée dans la bibliographie pour ce type d’autel, voir par exemple M.-C. Hellmann, L’architecture grecque. 2. Architecture religieuse et funéraire, Paris, 2006, p. 128-130.
5 Sur la fouille de l’autel voir H. Siard, « Travaux de l’École française d’Athènes en 2001 ; le Sarapieion C », BCH, 126, 2002, p. 542-543 et H. Siard, « Travaux de l’École française d’Athènes en 2002 ; le Sarapieion C », BCH, 127, 2003, p. 505-509.
6 Le plan de S. Risom est publié dans l’ouvrage de P. Roussel, CE, pl. III. La construction représentée paraît une manière d’exèdre ou encore un autel à table en pi.
7 R. Vallois, L’architecture hellénique et hellénistique à Délos, BEFAR 157, 1966, p. 90-91. Il ne se prononce pas très clairement sur l’affectation de cette construction.
8 La dédicace de l’allée D (ID 2088 et le doublet ID 2089) est datée des environs de 90.
9 Voir H. Siard, art. cit., BCH, 126, 2002, p. 537-545 ; art. cit., BCH, 127, 2003, p. 504-515 et « Travaux de l’École française d’Athènes en 2004 ; le Sarapieion C », BCH, 129/2, 2005 – à paraître.
10 Cet autel figure sur le plan publié par A. Hauvette-Besnault, art. cit., BCH, 6, 1882, pl. XI.
11 CE, p. 56 et n. 1.
12 H. Siard, art. cit., BCH 129/2 (2005) – à paraître.
13 L’autel fouillé en 2004 mesure 1,60 m sur 3 m ; l’autel de la cour nord 2,20 sur 1,60 m.
14 Sur cette construction, voir en dernier lieu M.-C. Hellmann, op. cit., p. 129 et fig. 238 [p. 179]. L’appellation d’« autel puits » est celle que propose C. Yavis, Greek Altars, Saint-Louis, 1949, p. 200-201 ; c’est lui qui en donne la description la plus complète.
15 Les ossements ont été étudiés par M. Le Guilloux qui m’a permis de publier des extraits de son rapport dans H. Siard, art. cit., BCH, 127, 2003, p. 507-508.
16 Ph. Marinval, qui a trié ces macro-restes, m’a remis un rapport préliminaire sur leur nature, voir, H. Siard, art. cit., BCH, 127, 2003, p. 509.
17 Ce nombre reste approximatif, car les monnaies sont dans un très mauvais état de conservation : elles ont souvent fondu partiellement et se sont agglomérées, au point qu’on ne peut les désolidariser pour les compter. De plus, des têtes de clou en bronze fondues ont pu être prises pour des monnaies : il est presque impossible de les distinguer.
18 S.G. Miller, « Excavation at Nemea, 1980 », Hesperia, 51, 1981, p. 60 sqq.
19 Cette hypothèse m’avait été suggérée par P. Ballet lors d’une discussion à l’occasion de la présentation de la fouille de cet autel devant les membres de la Société Française d’Archéologie Classique, en 2003.
20 Voir L. Bruit Zaidman, « Offrandes et nourritures : repas des dieux et repas des hommes en Grèce ancienne », S. Georgoudi et alii, La cuisine et l’autel. Les sacrifices en questions dans les sociétés de la Méditerranée ancienne, Bibliothèque de l’École des Hautes Études. Sciences religieuses, 124, Turnhout, 2006, p. 43, qui évoque quelques stratégies d’économie dans le sacrifice.
21 Par exemple ID 2146 les exemples sont très nombreux et il n’est pas nécessaire de les citer tous ici. À ces trois divinités s’ajoute régulièrement Harpocrate à partir du milieu du iie siècle.
22 Par exemple IG XI 4, 1239, IG XI 4, 1257, ID 2119, ID 2146.
23 Pour un aperçu du panthéon du Sarapieion C, voir P. Roussel, CE, p. 279.
24 ID 2120. Pour le sens de ce terme, voir P. Roussel, CE, p. 95.
25 ID 1417, A, II, 119 par exemple.
26 L’oneirocrite figure régulièrement dans les inscriptions du Sarapieion C : ID 2071, ID 2120 ; ID 2105 (et le doublet ID 2106) ; ID 2151 ; le titre est attesté une fois au féminin : ID 2619, b, 10.
27 ID 2059 par exemple.
28 ID 2114 et ID 2115.
29 Voir ID 1417, B, I, 46 et 50 par exemple.
30 ID 2060.
31 Par exemple ID 2384.
32 ID 2617, ID 2618, ID 2619 et ID 2620 : ces textes sont quatre listes de souscripteurs qui s’associent pour la réparation de l’hydreion et d’un autre édifice (ou partie d’édifice ?) non identifiée. Les formulaires sont très mutilés, mais la restitution du terme hydreion est assurée. Voir P. Roussel, CE, p. 181-186.
33 Sur ce culte, l’architecture et l’identification de l’hydreion, voir H. Siard, « L’hydreion du Sarapieion C de Délos : la divinisation de l’eau dans un sanctuaire isiaque », L. Bricault, M. J. Versluys et P. G. P. Meyboom (éd.), Nile into Tiber. Egypt in the Roman World, 200 BC-400 AD, actes du troisième colloque international d’études isiaques, Leyde, 11-14 mai 2005, Leyde-Boston, 2007, p. 417-447. Dédicaces mentionnant Hydreios : ID 2087 (et le doublet ID 2088), ID 2155 et ID 2160 (où le nom du dieu est restitué, voir P. Roussel, CE, p. 179).
34 ID 2155 et ID 2160.
35 Voir R. Ginouvès et alii (éd.), L’eau, la santé, la maladie, BCH suppl. 28, 1994, pour la valeur de l’eau dans le monde grec et dans le monde égyptien. L’association de l’eau aux pratiques curatives est très largement attestée, voir par exemple A. Verbanck-Piérard, « Les héros guérisseurs sont des dieux comme les autres », V. Pirenne-Delforge et E. Suarez de la Torre (éd.), Héros et héroïnes dans les mythes et les cultes grecs, actes du colloque organisé à l’Université de Valladolid, du 26 au 29 mai 1999, Kernos, suppl. 10, 2000, p. 300 et p. 323. M.-C. Hellmann, op. cit., p. 261 rappelle également cette association.
36 ID 2087 et ID 2088.
37 CE, p. 53 ; la dédicace de l’allée D, ID 2087 (et ID 2088), mentionne également les autels.
38 ID 2475.
39 ID 2386.
40 ID 2479.
41 ID 2176.
42 Si l’on admet que chaque autel était consacré à une divinité – ou à un couple – spécifique, il nous manque beaucoup de dédicaces, puisqu’on peut restituer dans l’allée D quatorze autels maçonnés. Ces remarques ne concernent que les textes qui nous sont parvenus.
43 Sarapis de Canope reçoit plusieurs dédicaces dans le Sarapieion C : outre ID 2176 déjà mentionnée, ID 2129 et ID 2081 (où le nom est restitué dans une couronne à la suite de la dédicace). Sur le sanctuaire de Sarapis à Canope, voir A. Bernand, Le Delta égyptien d’après les textes grecs, vol. 1, Le Caire, 1970, p. 158-327 et, sur le Sarapieion en particulier, p. 276-277.
44 Cette épiclèse est équivalente à celle d’alexikakos qui est plus répandue. Sur le sens de cette dernière, voir A. Verbanck-Piérard, art. cit., p. 292.
45 Sur les sacrifices adressés à Asclépios, voir ThesCRA, sv. « sacrifices », p. 76. Voir également, pour les sacrifices à des divinités médicales, A. Verbanck-Piérard, art. cit., p. 280-332.
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L'intrusion balnéaire
Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)
Johan Vincent
2008
L'individu dans la famille à Rome au ive siècle
D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan
Dominique Lhuillier-Martinetti
2008
L'éveil politique de la Savoie
Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)
Sylvain Milbach
2008
L'évangélisation des Indiens du Mexique
Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)
Éric Roulet
2008
Les miroirs du silence
L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934
Patrick Bourgalais
2008
