Les négociations diplomatiques
p. 223-231
Texte intégral
1Tout le monde pensait au départ que la guerre serait courte et qu’après une rapide passe d’armes on se retrouverait devant le tapis vert pour redessiner l’Europe. Mais les plans d’offensive de part et d’autre échouent en quelques semaines. Rapidement, des fronts continus et à peu près fixes s’établissent à l’est comme à l’ouest. C’est le blocage stratégique, et la guerre se révèle bien plus longue que prévu.
2Sur le plan diplomatique, cela entraîne la nécessité de gagner de nouveaux alliés afin de tenter de sortir de l’impasse stratégique, et aussi de disposer favorablement les neutres, en particulier les États-Unis, source essentielle de crédits, de matières premières et d’équipements. Mais le plus urgent est de constituer une véritable alliance entre la France, la Grande-Bretagne et la Russie, qui n’existe pas jusque-là : c’est chose faite par l’accord de Londres du 5 septembre 1914, par lequel les trois pays s’engagent à ne pas conclure de paix séparée et à se concerter pour leurs conditions de paix le moment venu.
3Les diplomaties alliées s’ingénient ensuite à gagner à leur cause l’Italie, le dernier grand pays européen non engagé. Les clauses, secrètes, du traité de Londres du 26 avril 1915 promettent beaucoup à Rome : cela se révèle indispensable pour détourner les Italiens de suivre Berlin. L’Italie doit recevoir le Trentin, Trieste, une bonne partie de la Dalmatie, une partie de la Turquie. L’inconvénient de cette diplomatie secrète est que l’on promet à l’Italie certains territoires revendiqués par les Serbes. Or, ceux-ci continuent à se battre contre les Autrichiens et les Allemands, dans des conditions fort difficiles. Aux yeux de Paris, il est indispensable qu’ils ne capitulent pas, car, outre les considérations stratégiques, la cause serbe est, avec la Belgique, l’un des meilleurs arguments de la propagande alliée. Pour maintenir les Serbes dans le conflit, Paris leur promet donc au printemps 1915 une partie des territoires bordant l’Adriatique réservés à l’Italie par le traité de Londres, ce qui pose par la suite bien des problèmes.
4De plus, les promesses faites à la Serbie compliquent un autre jeu très important, en direction de la Bulgarie. Outre son potentiel militaire, la Bulgarie occupe une position stratégique essentielle, entre la Serbie, la Roumanie et la Grèce, coupant également la communication directe entre les Empires centraux et leur allié turc. Mais, malgré la promesse d’une partie de la Macédoine, qui appartient aux Serbes depuis 1913 et à laquelle ils n’ont nulle intention de renoncer, rien n’y fait et, en octobre 1915, la Bulgarie rejoint les puissances centrales.
5Cela entraîne une situation très confuse avec la Grèce, désormais à portée des puissances centrales : après l’échec du débarquement à Gallipoli en avril-août 1915, les troupes franco-britanniques débarquent à Salonique pour essayer de compenser l’entrée de la Bulgarie en guerre et constituer un front dans les Balkans. Voulant rester neutre, le roi Constantin de Grèce refuse son accord. Les Alliés suscitent alors un gouvernement grec rival, celui de Vénizelos, au prix d’une guerre civile larvée et de très graves incidents et de très fortes tensions entre Paris et Londres, beaucoup plus prudente dans cette affaire.
6Dans ce domaine, le dernier succès de la politique française est dû à Briand, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères depuis octobre 1915, arrivé au pouvoir à la suite justement du choc politique provoqué à Paris par l’entrée de la Bulgarie dans le conflit du côté austro-allemand. Il mène la guerre beaucoup plus vigoureusement que son prédécesseur Viviani ; en particulier, il obtient l’entrée en guerre de la Roumanie du côté allié le 27 août 1916. Cette décision aboutit toutefois à un désastre sur le plan militaire. Pour obtenir la participation roumaine, on a de plus promis à Bucarest la Transylvanie, là aussi sans s’interroger sur les vœux des populations. Cette diplomatie somme toute très traditionnelle, caricature de l’équilibre européen classique, n’a en définitive remporté que des succès mitigés.
Une paix négociée pour un nouvel équilibre européen ?
7Avant l’été 1917, aucun dirigeant français n’est prêt à envisager une paix de compromis. On développe plutôt, en accord avec les Russes, des buts de guerre ambitieux : retour de l’Alsace-Lorraine, éventuellement agrandie d’une partie de la Sarre, mais aussi, sous une forme ou une autre, contrôle de la rive gauche du Rhin et du Luxembourg, remise en cause de l’unité allemande et rapprochement étroit avec la Belgique et l’Italie, partage du Moyen-Orient avec la Grande-Bretagne (accords Sykes-Picot de 1916). Sur les plans stratégique et économique, la réalisation de ces objectifs ambitieux aurait permis à la France de contrôler l’Europe occidentale continentale. Les premières tentatives de paix (offre de négociation austro-allemande du 12 décembre 1916, proposition de médiation faite par le président Wilson le 19 décembre, offre du nouvel empereur d’Autriche Charles en mars 1917) sont repoussées par Paris.
8Néanmoins, la révolution russe de février 1917, l’échec de l’offensive Nivelle en avril, les graves mutineries qui s’ensuivent, l’échec de la dernière offensive russe en juillet, l’épuisement du pays et l’inquiétude du monde politique, le fait que sans doute un tiers des parlementaires auraient préféré une paix négociée avec l’Allemagne à une perspective de victoire totale mais problématique (et qui à leurs yeux aurait conduit la France à tomber dans la dépendance de la Grande-Bretagne) conduisent certains dirigeants à explorer la voie d’une paix négociée. Par des intermédiaires belges, Briand, comme président du Conseil jusqu’en mars 1917 puis comme simple parlementaire, a divers contacts avec des personnages allemands très importants, dont Lancken, chef de l’administration allemande en Belgique occupée et proche de l’empereur Guillaume II, qu’il envisage même de rencontrer en Suisse fin septembre 1917. Paul Painlevé, ministre de la Guerre de mars à septembre puis président du Conseil de septembre à novembre 1917, a également des contacts avec Vienne mais aussi Berlin. On sait que ces contacts sont pris très au sérieux par les deux capitales, qui déclenchent en réaction une « offensive de paix » au début septembre 1917.
9On ne peut entrer dans le détail de ces contacts secrets fort complexes. Résumons l’essentiel. On est disposé à promettre à Vienne la survie de l’Autriche-Hongrie, à condition qu’elle se transforme en une confédération faisant toute leur place aux populations slaves de l’Empire et échappant donc à l’influence de Berlin. Soit Vienne conclut une paix séparée, ce qui forcerait le Reich, isolé, à négocier, soit Vienne s’entremet pour une négociation générale. Les grandes lignes de celle-ci sont explorées entre les émissaires allemands et leurs interlocuteurs français : la Belgique et le Nord de la France seraient évacuées ; même la question alsacienne-lorraine pourrait trouver une solution, sous la forme d’un statut particulier avec la possibilité d’une souveraineté franco-allemande partagée, ou avec la perspective d’un plébiscite dans un certain délai. En échange, la France garantirait à l’Allemagne l’accès au minerai de fer lorrain, renoncerait à constituer avec la Grande-Bretagne un bloc économique anti-allemand, céderait au Reich des colonies. Il y a en France des forces non négligeables, quoique sans doute minoritaires, prêtes à accepter de telles conditions : les milieux économiques qui ne souhaitent pas rompre avec l’Allemagne, ceux qui se méfient de l’Angleterre, ceux qui craignent que la poursuite de la guerre ne conduise l’Europe à une révolution généralisée, ainsi que ceux qui estiment que l’essentiel serait la transformation démocratique de l’Allemagne, que la guerre à leurs yeux ne peut que hâter.
10Mais les adversaires de ces négociations estiment que Briand et Painlevé sont tombés dans un piège. À Londres, les ministres conservateurs du gouvernement de coalition dirigé par Lloyd George (le Premier ministre lui-même est tenté) se mettent d’accord avec Poincaré et les collègues de Painlevé, dont le ministre des Affaires étrangères Ribot : on interdit à Briand de se rendre en Suisse et on fait échouer toutes ces tractations. On pense en effet, non pas qu’elles ne sont pas sérieuses, mais que si on négocie avec l’Allemagne à l’ouest, avec l’arrière-pensée, fréquente à l’époque, de la laisser ensuite se dédommager aux dépens de la Russie, le Reich, considérablement renforcé, repartira en guerre contre les Alliés quelques années plus tard.
11Après l’échec des tentatives de Briand et Painlevé, le seul moment où on peut envisager une paix négociée est passé : la révolution russe d’octobre libère l’Allemagne du poids du front oriental et relance ses ambitions. Quant aux Alliés occidentaux, l’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917, puis leur influence croissante dès 1918, conduisent à des conceptions tout à fait différentes : il ne sera plus question de restaurer le système européen en le rééquilibrant, ce qui était au fond l’ambition de Briand et de Painlevé, mais de le transformer de fond en comble.
Clemenceau, la guerre du droit et l’entente avec les Anglo-Saxons, avec le maintien malgré tout des objectifs français
12Le 17 novembre 1917, Georges Clemenceau remplace Painlevé à la présidence du Conseil. Il met fin à toutes les négociations secrètes. Radical-socialiste, ayant vécu aux États-Unis, parlant anglais, Clemenceau ne fait pas reposer sa politique sur la recherche d’une adaptation de l’équilibre européen traditionnel mais sur l’entente primordiale et prioritaire des trois grandes démocraties occidentales. La guerre est décidément celle du droit, la victoire sera celle de la démocratie. Toute la conduite de la guerre menée par Clemenceau repose sur une entente étroite, intime, avec Londres et Washington.
13Cela dit, Clemenceau n’abandonne pas les objectifs français envisagés depuis le début de la guerre, y compris celui d’une expansion économique de la France en Europe à la faveur du conflit. Il est bien sûr décidé à récupérer l’Alsace-Lorraine, mais avec la frontière de 1790, donc avec la plus grande partie de la Sarre, et il veut lui aussi des « garanties » en Rhénanie (au moins la neutralisation de la rive gauche du Rhin). Il est même prêt à aller plus loin : le 16 février 1919, il déclare à la commission des Affaires étrangères du Sénat que la Rhénanie sera constituée en État autonome, occupé, rattaché à la France par une union douanière : « En fait, on occupera jusqu’à ce que le pays soit disposé à se réunir à la France. » Quant au Luxembourg, il est très désireux de le réunir d’une façon ou d’une autre à la France. En ce qui concerne l’unité allemande, il est beaucoup plus prudent que ses prédécesseurs et nombre de publicistes, car il croit que cette unité est désormais irréversible. Mais il est tout à fait prêt à encourager discrètement telle ou telle partie de l’Allemagne à prendre ses distances par rapport à Berlin, si ses habitants en marquent clairement le désir. Ajoutons que ces objectifs sont largement partagés par le monde politique, économique et administratif.
14Certes, Clemenceau est convaincu que la démocratie et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes sont les seules garanties réelles de la paix à long terme. Certes, tout ne lui convient pas dans les Quatorze points proclamés par Wilson le 8 janvier 1918, mais il a compris que ceux-ci n’excluent pas des considérations stratégiques qui pourraient, le moment venu, justifier un retour à la frontière du Rhin.
La question des nationalités
15Les milieux politiques, militaires et administratifs français sont divisés sur la question des nationalités ; considérée globalement, la politique française est plus prudente et même plus conservatrice qu’on ne le croit souvent. En effet, les dirigeants français déterminent leur politique en Europe centrale et orientale non pas tant en fonction du principe des nationalités qu’en fonction des intérêts géopolitiques de la France tels qu’ils les perçoivent. C’est ainsi en particulier qu’il n’est pas question avant la révolution de février 1917 de soutenir l’indépendance des peuples soumis à l’allié russe, pas même de la Pologne. Et même après la révolution d’octobre, la majorité des responsables français espèrent toujours pouvoir aider à la reconstitution d’une Russie certes démocratique, mais unitaire, ou tout au plus fédérale, qui reprendra son rôle de contrepoids géostratégique face à l’Allemagne. Ils ne veulent pas risquer de compromettre ce processus en soutenant l’indépendance de la Pologne, voire de l’Ukraine et des Pays baltes.
16Cependant, à partir de l’automne 1917, certains diplomates s’écartent de la priorité russe et développent une théorie différente, celle des « quatre piliers » : pour contenir l’Allemagne à l’Est, après l’effondrement de l’allié russe, on s’appuiera sur la Pologne reconstituée, sur une Tchécoslovaquie créée de toutes pièces dans les limites historiques de la Bohème et de la Slovaquie, sur une Yougoslavie réalisant les aspirations unitaires des Serbes et des Slaves du Sud de l’Autriche-Hongrie, et sur une Roumanie considérablement agrandie. Mais cette conception « réaliste » est loin de respecter totalement le principe des nationalités, car tous les nouveaux États envisagés comportent de nombreuses et importantes minorités, et elle vise essentiellement à établir des contrepoids face à l’Allemagne. Mais même cette conception, au fond plus soucieuse de géopolitique que de promotion du droit des peuples à décider d’eux-mêmes, n’est que progressivement et difficilement admise par Clemenceau, au printemps 1918 seulement, sous la pression de Wilson et des partisans des nationalités à la Chambre.
17En ce qui concerne l’Autriche-Hongrie, les dirigeants français, y compris Clemenceau, encore en octobre et novembre 1918, ne sont pas du tout certains que sa destruction soit dans l’intérêt français bien compris : la partie allemande de la Double Monarchie ne viendrait-elle pas alors renforcer le Reich ? On essaie donc jusqu’au dernier moment de maintenir ensemble au moins la Hongrie et l’Autriche.
Les armistices
18Le 29 septembre 1918, la Bulgarie signe un armistice. Berlin décide alors, le 5 octobre, d’entamer des négociations. Le 31 octobre, l’armistice de Moudros met fin à la guerre avec la Turquie et les Alliés occupent les Détroits. En fait, la situation est loin d’être totalement satisfaisante pour la France : les Britanniques et les Américains jouent en effet depuis l’automne 1917 un rôle croissant dans le conflit. La France, malgré son incontestable victoire, a relativement moins de poids qu’au début du conflit. C’est ainsi que Wilson s’impose comme négociateur de l’armistice avec le Reich et s’érige en arbitre tout au long du mois d’octobre : il oblige certes le Reich à un armistice beaucoup plus dur qu’on ne l’a pensé à Berlin, mais il en profite aussi pour forcer les Alliés à reconnaître les Quatorze points comme la base de la paix future. Cela pose d’emblée bien des problèmes à la diplomatie française : il ne sera pas possible de remettre en cause directement dans le traité de paix la structure du Reich et d’affaiblir son unité.
19Sur ces bases, on conclut l’armistice à Rethondes, le 11 novembre. Il est renouvelable chaque mois, comme moyen de pression sur l’Allemagne, qui doit en outre évacuer non seulement les régions envahies mais aussi l’Alsace-Lorraine et la rive gauche du Rhin. Un équilibre européen radicalement nouveau s’établit, que les Anglais pensent bien gérer selon leurs conceptions, la France étant certes victorieuse, mais affaiblie. En effet, celle-ci récupère l’Alsace-Lorraine et entre en Rhénanie, mais tout le reste de ses objectifs reste suspendu au futur traité de paix. Malgré sa force militaire considérable en 1918, malgré sa présence physique sur le Rhin, la France est hors d’état d’imposer sa volonté aux Anglais et aux Américains : elle va devoir négocier, et souvent ruser, pour maintenir ouvertes le plus grand nombre d’options possibles.
20Georges-Henri Soutou
***
Les archives
21Les sources principales conservées aux Archives du ministère des Affaires étrangères sont réparties dans deux séries formées d’archives de la direction des affaires politiques du Quai d’Orsay1. La série « A - Guerre 1914-1918 » (fonds coté 1CPCOM) comporte des dossiers relatifs à la plupart des pays et qui permettent de documenter les tractations visant à rallier telle ou telle puissance à la cause ou aux intérêts de l’Entente. On y trouve également des archives sur les relations avec les représentants des nationalités de l’Empire austro-hongrois, sur les conférences interalliées et sur les négociations relatives au commerce, aux approvisionnements et aux questions financières. La série « A - Paix 1914-1920 » (fonds coté 4CPCOM) est une source majeure sur la définition des buts de guerre et des conditions de paix de chaque pays – qu’il soit ou non belligérant – et sur toutes les tentatives de négociation et de paix séparée de 1914 à novembre 1918. Il faut encore consulter la Correspondance politique et commerciale dite « Nouvelle série », celle-ci ne prenant fin qu’en 1918, et les différentes séries de la Correspondance politique et commerciale pour les années 1918-1940 (« Z - Europe 1918-1940 », « B - Amérique 1918-1940 », etc.). Hormis pour les pays avec lesquels les relations diplomatiques ont été rompues, les archives de l’administration centrale trouvent leur pendant dans les archives des postes diplomatiques et consulaires conservées au Centre des archives diplomatiques de Nantes, où les fonds Londres et Washington sont particulièrement riches.
22Au Service historique de la Défense (SHD), les archives du Comité de guerre (sous-série GR, 3 N), du Conseil supérieur de Guerre (GR, 4 N) et du cabinet du ministre (GR, 5 N), les fonds particuliers Poincaré, Buat, Gallieni et surtout Clemenceau (GR, 6 N), constituent une source essentielle. Les archives du 2e bureau de l’État-Major de l’Armée (GR, 7 N) sont riches de l’abondante correspondance des attachés militaires français et des dossiers de la section d’Afrique, dont l’activité s’étend, au cours de la guerre, aux Proche et Moyen-Orient et aux Balkans. Les fonds Foch (GR, 1 K 129) et Joffre (GR, 14 N) méritent également d’être consultés. Les archives du Grand Quartier général (en particulier GR, 16 N 1198-1379 et 2892-3278), celles relatives aux missions militaires françaises près les armées alliées (GR, 17 N), aux grandes unités françaises d’Orient et au commandement des armées alliées en Orient (GR, 20 N) comportent toutes leur lot de dossiers relatifs aux relations et négociations diplomatiques.
23Les archives versées par l’administration doivent être complétées par les papiers des ministres des Affaires étrangères, conservés, sauf mention contraire, aux Archives du ministère des Affaires étrangères : papiers de Théophile Delcassé (ministre d’août 1914 à octobre 1915, fonds 211PAAP), Aristide Briand (octobre 1915-mars 1917, 335PAAP), Alexandre Ribot, (mars-octobre 1917, Archives nationales, 563 AP), Stephen Pichon (novembre 1917-1920, 141PAAP), à compléter par la correspondance de Pichon conservée à la bibliothèque de l’Institut (Ms 4395-4398). Tout aussi essentiels sont les papiers de Raymond Poincaré conservés à la Bibliothèque nationale de France (n.a.f., 15992-16063). Parmi les papiers conservés aux Archives du ministère des Affaires étrangères, on peut également citer ceux de Camille Barrère, ambassadeur de France à Rome (8PAAP), Léon Bourgeois, plusieurs fois ministre et membre du Comité de guerre (29PAAP), Jules Cambon, secrétaire général du Quai d’Orsay de 1915 à 1920 (43PAAP), Paul Cambon, ambassadeur à Londres (42PAAP), Jean Doulcet, premier secrétaire de l’ambassade de France à Saint-Pétersbourg de 1912 à 1918 (240PAAP), Jean Gout, chargé en 1916 pour le Quai d’Orsay de la direction des services du Blocus (196PAAP), Pierre de Margerie, directeur politique du ministère des Affaires étrangères de janvier 1914 à 1919 (113PAAP), Maurice Paléologue, ambassadeur à Saint-Pétersbourg de janvier 1914 à 1917 (133PAAP), Jacques Seydoux, chef du service de la guerre économique (261PAAP). Aux Archives nationales peuvent notamment être consultés les papiers d’Alexandre Millerand (470 AP) et de Paul Painlevé (313 AP), respectivement ministres de la Guerre d’août 1914 à octobre 1915 et de mars à novembre 1917, ceux du maréchal Foch (414 AP) et de Louis de Robien, attaché à l’ambassade de France à Saint-Pétersbourg de 1914 à 1918 (427 AP).
24Sur les négociations interalliées et l’étude des conditions de paix en matière économique peuvent notamment être consultés, outre les fonds déjà cités :
- aux Archives du ministère des Affaires étrangères, les fonds de la direction, du sous-secrétariat d’État puis ministère du Blocus, celles du commissariat général des affaires de guerre franco-américaines (fonds 157QO et 158QO), les papiers d’André Tardieu (166PAAP), en particulier pour la mission de Tardieu aux États-Unis, les papiers d’Aimé-Joseph de Fleuriau (72PAAP) et ceux d’Albert Lebrun, ministre du Blocus et des Régions libérées (104PAAP) ;
- aux Archives nationales, la sous-série F/12 (Commerce et industrie) ;
- au SHD, les fonds du Conseil interallié de l’armement et des munitions (GR, 10 N 130-161) et du commissariat général des affaires de guerre franco-américaines (GR, 13 N 1-130) ;
- aux archives du ministère des Finances, quelques articles de la sous-série F/30 (administration centrale du ministère des Finances) ;
- les circonstances conduisent, enfin, à la négociation d’accords sur des sujets techniques tels que le traitement et le rapatriement de prisonniers de guerre et de civils internés, sujet sur lequel peut notamment être mentionné le fonds 428QO, principalement relatif aux internés civils français et étrangers, conservé aux Archives du ministère des Affaires étrangères.
25Ces sources françaises, que viennent compléter les récits, mémoires et correspondances imprimés émanant notamment de Paul Cambon, François Charles-Roux, Denys Cochin, Abel Ferry, Joseph Joffre, Jules Laroche, Joseph Noulens, Paul Painlevé, Raymond Poincaré et Alexandre Ribot, doivent naturellement être confrontées aux sources étrangères.
26Grégoire Eldin
Bibliographie
BIBLIOGRAPHIE
Andrew Christopher, Kanya-Forstner Alexander, France Overseas. The Great War and the Climax of French Imperial Expansion, Londres, Thames and Hudson, 1981.
Le Moal Frédéric, La France et l’Italie dans les Balkans 1914-1919. Le contentieux adriatique, Paris, L’Harmattan, 2006.
Renouvin Pierre, L’armistice de Rethondes, Paris, Gallimard, 1968.
Soutou Georges-Henri (dir.), Recherches sur la France et le problème des Nationalités pendant la première guerre mondiale, Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 1995.
Soutou Georges-Henri, « La France et les Marches de l’Est, 1914-1919 », Revue historique, octobre-décembre 1978, p. 342-388.
Soutou Georges-Henri, L’or et le sang. Les buts de guerre économiques de la première guerre mondiale, Paris, Fayard, 1989.
Stevenson David, French War Aims Against Germany 1914-1919, Oxford, Clarendon Press, 1982.
Notes de bas de page
1 L’édition, dans la collection des Documents diplomatiques français, des documents les plus représentatifs d’août 1914 à novembre 1918 est actuellement en cours.
Auteurs
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Georges-Henri Soutou
Membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, Georges-Henri Soutou est professeur émérite à l’université Paris-Sorbonne (Paris IV). Il travaille sur les relations internationales au XXe siècle, en particulier sur la première guerre mondiale, les rapports franco-allemands et les relations Est-Ouest après 1945. Il a notamment publié L’Or et le Sang. Les buts de guerre économiques de la première guerre mondiale (Fayard, 1989) ; L’Alliance incertaine. Les rapports politico-stratégiques franco-allemands, 1954-1996 (Fayard, 1996) ; La guerre de Cinquante Ans. Les relations Est-Ouest 1943-1990 (Fayard, 2001) ; L’Europe de 1815 à nos jours (Presses universitaires de France, 2007) ; La Guerre froide (Pluriel, 2011). Il a publié en 2011 les souvenirs de son père : Jean-Marie Soutou, Un diplomate engagé. Mémoires 1939-1979 (Éditions de Fallois, 2011).
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Grégoire Eldin
Archiviste paléographe, Grégoire Eldin est conservateur en chef du patrimoine aux Archives du ministère des Affaires étrangères, au Quai d’Orsay depuis 1995 et, depuis 2009, à La Courneuve. Commissaire, en 2009, d’une exposition consacrée au rôle de la France dans la naissance de la Tchécoslovaquie de 1914 à 1925, il est aujourd’hui notamment responsable des archives de la direction d’Asie et d’Océanie.
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