Le « moment 1940 » dans les archives publiques françaises : quels enjeux pour les contemporains ?
p. 27-41
Texte intégral
1En quoi, pour quoi et pour qui les archives ont-elles représenté un enjeu en France en 1940, année de combats, de défaite, d’installation dans l’occupation partielle du territoire ? Les menaces sur les archives ont-elles été anticipées ou ont-elles fait l’objet de réponses circonstancielles, et selon quelles priorités, selon quelle définition même de la notion « d’archives » ? La politique et la politisation des archives, la dialectique entre la collecte – dont font partie en un sens les saisies allemandes – et la protection, entre conservation et destruction, la vie quotidienne des archivistes font l’objet depuis quelques années d’un renouveau d’intérêt1, qui, comme le montre le présent ouvrage, ouvre encore sur de nombreuses discussions et études de cas. L’histoire comparée des archives publiques françaises pendant la Seconde Guerre mondiale est en train de s’écrire, à partir d’« archives des Archives » encore très inégalement collationnées et inventoriées. En ouverture d’un volume qui fait heureusement dialoguer archivistes, bibliothécaires et historiens, cet essai souhaite contribuer à interroger cette année cruciale comme un « moment », marqué par une chronologie événementielle dense et par un sentiment de discontinuité inégalement perçu selon les acteurs.
Protéger les archives : un conflit anticipé
2Au printemps et à l’été 1940, les administrations culturelles françaises étaient préparées à la guerre. Dès 1934-1935, puis de nouveau en 1938, des plans de protection avaient été établis en fonction du double précédent de la Première Guerre mondiale, mais aussi de la guerre d’Espagne qui avait entraîné une prise de conscience des progrès de l’aviation et des dangers des bombardements. Les mesures de défense passive consistèrent en l’évacuation des étages supérieurs des bâtiments, en « l’entassement » de documents dans les caves, voire, comme l’évoqua dans ses souvenirs Marcel Baudot, alors directeur des Archives départementales de l’Eure, dans l’usage des liasses les moins précieuses comme « matelas protecteur » pour le dépôt des archives2. Cette protection était pensée en complément des plans d’évacuation. Ceux-ci suivaient, selon l’expression de Léonce Celier, alors responsable des Archives départementales aux Archives de France, une logique de « bon sens » consistant à éclater les « dépôts-refuges » pour minimiser les risques3. Le repli dans le Sud-Ouest de certains fonds provenant des archives de la Marine d’un côté, des Archives départementales du Haut-Rhin, du Bas-Rhin, des Ardennes et de Moselle de l’autre, répondit ainsi à l’évidence à la conscience stratégique d’un danger aigu de combats terrestres ou aériens, de destruction ou d’occupation sur les côtes atlantiques et dans les régions frontalières du Reich4. Les Archives nationales et les Archives diplomatiques avaient, de leur côté, identifié une vingtaine de châteaux des vallées de la Loire, de l’Yvette et du Cher comme des abris sûrs, réquisitionnés ou proposés par leurs propriétaires.
3La quasi-totalité de ces plans semble avoir été appliquée pendant la Drôle de guerre, au prix d’un travail considérable aboutissant à des déplacements d’archives inédits depuis la création des Archives diplomatiques, militaires et nationales. Les seules Archives nationales évacuèrent des dépôts du Marais, selon les sources, entre 600 et 1 000 tonnes de documents en 150 norias de camions, effectuées en deux fois au mois de septembre 1939. Les collections du Musée de l’histoire de France, fondé en 1867 aux Archives nationales, et les précieux trésors conservés dans « l’Armoire de fer » furent envoyées au cœur même du pays, au Puy et au château d’Alleret en Haute-Loire5. Quant aux archivistes départementaux, ils avaient réparti autant que possible leurs fonds dans les mêmes types de bâtiments privés ou administratifs, susceptibles d’abriter des collections dans des caves ou derrière des murs épais. Les Archives diplomatiques mirent à l’abri la même année les séries de la Correspondance politique antérieures à 1896 dans des caves louées à la Banque de France. Puis, entre la déclaration de guerre et mai 1940, 250 tonnes d’archives, soit 30 000 cartons et 6 000 volumes reliés, furent méthodiquement déménagées depuis le quai d’Orsay dans plusieurs châteaux de Touraine (Rochecotte, Luynes, Langeais, Villandry), ainsi que dans la prison centrale de Fontevrault. Les Archives de la Seine furent mises à l’abri à Nogent-le-Rotrou6. La cartographie de ces évacuations reste à faire, de même que le bilan de la collaboration des Archives de France avec d’autres organismes, qui leur fit accueillir notamment dans le Marais des fonds anciens de la Guerre et des Affaires étrangères, ainsi que, « en urgence », un dépôt de la ville de Compiègne.
Quelle protection pour les « archives en formation » et les archives privées ?
4Le moment des évacuations ouvre à une réflexion sur le sens pris par la protection de ce que l’on nommerait actuellement, en suivant la nomenclature adoptée dans les années 1960, les archives courantes et intermédiaires. Pierre Caron, directeur des Archives de France, avait été depuis son entrée en fonctions en 1937 le défenseur actif du décret obtenu par son prédécesseur en 1936 sur l’obligation de versement et l’interdiction de destruction des papiers publics7. Sa note du 23 août 1939 prescrivait de veiller à sauvegarder les archives municipales mais aussi les « archives administratives en formation » si elles étaient considérées comme « essentielles », citant notamment Justice et Finances. Elles devaient être évacuées après la création d’une commission spéciale, en collaboration avec les préfets. Ses instructions ne semblent pas avoir été appliquées très systématiquement. La formation des archivistes nationaux et départementaux, plus enclins par tradition à considérer comme « archives » véritables et précieuses les documents d’Ancien Régime, en tout cas antérieurs à la guerre de 1914, se conjugua sans doute, en l’occurrence, avec l’absence d’une culture de collaboration entre les Archives de France et des administrations qui n’avaient accepté qu’à contre-cœur le décret tout récent de 1936. A contrario, les Archives diplomatiques et militaires géraient elles-mêmes, sans solution de continuité, des papiers anciens et récents. Elles évacuèrent avec soin les séries contemporaines, leur donnant priorité sur les bibliothèques anciennes, même précieuses, à tel point que le Quai d’Orsay eut besoin de faire revenir une partie des dossiers, de nouveau nécessaires à Paris au début de 1940. Tandis que Pierre Caron tentait de faire reprendre en avril 1940 les versements interrompus par la déclaration de guerre, les autres ministères avaient eux-mêmes évacué les dossiers jugés importants.
5Le tableau des réactions à la suite de la débâcle des troupes françaises et de l’avancée éclair des troupes allemandes dans le pays en mai-juin 1940 demeure lui aussi fragmentaire. La perte ou la découverte par les Allemands de documents des ministères de l’Intérieur, de la Guerre et de la préfecture de police de Paris, évacués à la hâte en train ou en péniche, disent combien ces administrations n’avaient pas envisagé de défaite aussi rapide. La masse des documents déplacés in extremis révèle que les dossiers d’usage immédiat n’étaient pas seuls concernés. On touche donc par là à la perception de l’enjeu du document comme élément de renseignement, à l’actualité dans les esprits, en cette fin des années 1930, d’une guerre de l’information. La notion de sauvegarde des archives apparaît comme plus présente dans certaines associations et partis préparés à la clandestinité et à la répression, comme le Parti communiste ou les loges maçonniques, que dans les services de police et de contre-espionnage de la République... Car la question de la protection se posa également pour les archives privées. Pierre Caron prescrivit en août 1939 de les prendre en compte autant que possible. Le décret du 17 juin 1938, complété par la circulaire 28 février 1940, donnait un « droit de regard » aux Archives de France sur les ventes et sorties légales du territoire, mais les procédures de dépôts d’archives privées furent interrompues jusqu’en 1941. De fait, les Archives nationales ou départementales acceptèrent les dépôts de ceux qui souhaitaient ainsi se placer sous la protection de l’État. Ce fut le cas de quelques loges maçonniques, ou de la famille Murat qui déposa en novembre 1939 un ensemble de manuscrits de Napoléon et de sa famille, qui furent pour certains pillés au château de Beaumesnil, dans l’Eure, où ils avaient été évacués avec une partie des séries médiévales des Archives nationales8. Mais, à Paris en tout cas, il n’entra pas dans les pratiques ni dans la réflexion de la direction des Archives de protéger les archives privées contemporaines, qu’elles fussent associatives ou personnelles. Toute récente pour les archives seigneuriales et les chartriers, dont les premiers inventaires avaient été réalisés à la fin des années 1920, l’idée de la collecte et de l’intégration aux Archives de France n’avait pas été étendue à des périodes moins anciennes.
Le bilan de la guerre éclair
6Les pertes dues à des combats rapidement interrompus par l’armistice demeurèrent limitées. Les Archives départementales des Ardennes et du Loiret, une partie des fonds historiques de la ville de Blois, de la Marine à Cherbourg et de l’amirauté à Brest furent ravagées par le feu9. Marcel Baudot évoqua une destruction partielle de ses bureaux d’Évreux, suite à une « bombe allemande ». Dans le rapport envoyé à son ministère de tutelle en août 1940, le directeur des Archives de France, Pierre Caron, ne cacha pas toutefois ses « vives inquiétudes » sur la situation dans les Ardennes et en Alsace-Moselle, notamment après la fuite des maires abandonnant les archives municipales aux bombardements et aux cantonnements. Dans le même temps, en effet, le vainqueur installait dans les bâtiments d’archives des logements ou des Kommandanturs – ainsi aux Archives départementales de l’Orne. Les « troupes de passage », selon les termes du compte rendu d’une réunion franco-allemande tenue en janvier 1941, composées de soldats et d’officiers cantonnés dans des résidences qui leurs semblaient prestigieuses, pillèrent ici et là les documents évacués ou demeurés dans les dépôts10. Si l’on excepte l’autodafé spectaculaire et médiatisé de plus de 2 000 cartons d’archives, le 16 mai 1940, dans les jardins du quai d’Orsay, puis, à la mi-juin, l’incinération dans les chaudières du navire La Salle, en partance de Bordeaux, d’une masse analogue de documents évacués, peu de sources mentionnent les destructions perpétrées à la hâte11. L’histoire comparée des incendies d’archives anticipant une défaite imminente, tels qu’ils furent organisés par exemple à Moscou à l’été 1941, reste à faire.
7Les bilans de la « guerre éclair » proposés pendant le conflit ou juste après sa fin varient de manière significative selon leurs auteurs. En août 1940, Pierre Caron décrivit une administration des Archives de France qui avait su rester ferme malgré quelques « défaillances » et « fléchissements » à l’arrivée des Allemands. Il ne prévoyait aucune sanction envers les personnels « pusillanimes ». En 1944, Georg Schnath, chef du « groupe Archives » de l’administration militaire en zone occupée, décrivit au contraire la « confusion créée par le fol exode », le « désordre des communications », les abandons de poste par les responsables français, pour mieux mettre en valeur son rôle : « c’est seulement grâce à la discipline et à la conscience culturelle de l’armée allemande que, quelques regrettables exceptions mises à part (pillage du dépôt des Archives nationales au château de Beaumesnil dans l’Eure), des pertes irréparables de précieuses archives ne se sont pas produites avant et après l’Occupation ». Il reconnaissait un peu plus loin quelques « prises de guerre », restituées ultérieurement, dans les archives historiques de l’administration fiscale de Lille et de la caisse d’épargne de Verdun12. En 1946, Charles Samaran, qui avait succédé à Pierre Caron en avril 1941, affirma que « le directeur et son personnel attendirent les Allemands de pied ferme » et « surent faire respecter par leur seule présence notre trésor historique national ». Il minimisa les pertes dans ce premier rapport auprès du Conseil supérieur des archives. Les Archives de France, écrivit-il, « ont échappé à peu près complètement aux convoitises de l’ennemi et elles ont payé un tribut relativement modéré aux engins de destruction ». La même année, la Commission américaine pour la protection et le sauvetage des biens culturels, qui comptait parmi ses membres le directeur des National Archives, Solon J. Buck, estima au contraire que les Allemands avaient été « peu disciplinés » dans le respect des biens culturels dans les premiers mois de l’Occupation. En 1951, un bilan confidentiel sur la protection des archives en temps de guerre qualifia de véritable « miracle » les faibles pertes, étant donnée la coupure complète entre la DAF et ses services, laissant les archives « à la merci des troupes allemandes13 ». Ces bilans, qui dépendent tant de l’information de leurs auteurs que d’une logique politique circonstancielle, seraient à comparer avec les rapports des Archives militaires et diplomatiques. Si les avis divergeaient sur les raisons des faibles pertes subies par les Archives françaises, il est intéressant de souligner qu’aucun d’entre eux n’invoquait la convention de La Haye qui, à la suite de la conférence de la Paix de 1907, interdisait aux belligérants « toute saisie, destruction ou dégradation intentionnelle de monuments historiques, d’œuvres d’art et de science ». Le droit international était à l’évidence moins présent dans les esprits que de nos jours, ce qui ne signifie pas, comme nous le verrons, qu’il était ignoré. Ces rapports ont également pour intérêt de souligner l’apparition de nouveaux protagonistes en la personne des archivistes allemands, « protecteurs » des biens culturels de la France occupée.
Archivistes français et archivistes allemands dans les premiers mois de l’Occupation : un dialogue entre collègues ?
8L’histoire des archivistes, fonctionnaires dans le régime de Vichy et en zone occupée, n’a pas fait l’objet des synthèses consacrées aux bibliothécaires ou aux universitaires14. En ce qui concerne le réseau des Archives de France, il s’agissait d’abord de gérer les conséquences immédiates de la guerre perdue : personnels prisonniers ou manquants, locaux réquisitionnés pour d’autres fonctions, comme le service des cartes d’alimentation et du charbon aux Archives départementales de l’Eure. À Paris, le Centre de placement des travailleurs intellectuels fonctionna de novembre 1939 à novembre 1940, suivi par le Centre national d’information sur les prisonniers de guerre, dont la centaine d’employés envahit les salles de classement et de consultation du palais des Archives de juillet 1940 à octobre 194115. L’installation d’un gouvernement autoritaire à Vichy, la signature de la convention d’armistice et l’entrée en contact avec les occupants allemands dans la capitale dès juin 1940 et dans tout le pays firent dans le même temps sortir les archivistes d’une gestion attendue de la guerre et suscita chez ces fonctionnaires républicains une gamme d’attitudes plus personnelles que collectives, face à des situations vécues comme totalement nouvelles. Si le précédent des destructions et des pillages de 1914-1918 avait été bien pris en compte dans la réflexion sur la protection des bâtiments et des documents, la politique du IIe Reich dans le Nord et la Lorraine française occupés ne semble en effet pas avoir fait l’objet d’un retour d’expérience analogue. Certains archivistes avaient pourtant, au lendemain immédiat de la Grande Guerre, fait le bilan des missions systématiques d’inventaires d’archives mais aussi du déplacement de documents, manuscrits et incunables vers Bruxelles ou Berlin, justifié du point de vue allemand par la « protection » et « l’intérêt de la science, de la civilisation, de l’administration16 ». Ce précédent, qui faisait donc partie d’une expérience professionnelle récente, ne sembla pas avoir été évoqué ouvertement, alors que des termes identiques à ceux de 1914-1918 étaient utilisés par la politique de « protection culturelle » avancée en 1940 en direction des archives comme des musées et des bibliothèques.
9Cette tâche fut s’abord confiée au Dr Plassman, attaché à l’ambassade d’Allemagne, qui entra en contact avec le directeur des Archives de France, Pierre Caron, dès la deuxième quinzaine de juin 1940. Au mois d’août s’installa à l’Hôtel de Rohan l’Archivschutz ou groupe Archivwesen. Ce bureau V13 de la section administrative de l’administration militaire en France, le MBH basé à l’hôtel Majestic, avait été créé le 17 juillet 1940. Il était dirigé par l’ancien directeur des Archives de Hanovre, Georg Schnath, sous la tutelle à Berlin du directeur des Archives du Reich, le Dr Zippel17. La petite équipe d’archivistes, historiens, photographes et secrétaires dirigée par Schnath prit ses quartiers dans les locaux du Minutier des notaires et se consacra, dans les premiers mois de 1940, à des missions d’inspection et au retour des archives évacuées. Si l’ambition de Schnath, spécialiste de la Grande-Bretagne, était d’occuper les mêmes fonctions à Londres dès la chute de l’Angleterre, il était néanmoins francophone. La « collaboration correcte et sans heurts » dont il proposa le bilan en 1944 se basait sur une culture professionnelle partagée davantage que sur des relations concrètes entre les professionnels de part et d’autre du Rhin, qui semblent avoir été rares dans l’entre-deux-guerres, tant l’histoire des relations franco-allemandes était devenue un enjeu politique dès 1870, et plus encore avec les polémiques sur les « origines de la guerre » en 1918. L’accès des historiens étrangers aux archives françaises, notamment diplomatiques, restait limité aux documents antérieurs à 1849 et soumis pour toute une série de fonds à des autorisations particulièrement restrictives envers les Allemands18.
10Pierre Caron, Charles Samaran et Georges Bourgin minimisèrent pendant l’Occupation, et davantage encore par la suite, la présence de l’Archivschutz, présentée dans le rapport officiel de juillet 1941, où l’on insistait sur son rôle de « contrôle », comme une « gêne légère » ; elle fut complètement omise du rapport de 194219. L’évolution du contexte intérieur et international, l’entremêlement des enjeux administratifs et politiques avec les relations personnelles dans le départ de Pierre Caron en retraite, puis la brève suspension de Charles Samaran, remplacé le 16 août 1944 par Georges Bourgin avant d’être réintégré le 20 octobre de la même année, rendent difficile la lecture des notes et rapports revenant a posteriori sur l’année 1940. Il reste encore difficile d’évaluer les relations des directeurs des Archives nationales et départementales, tant avec les occupants allemands qu’avec le premier secrétaire d’État à l’Instruction publique de Vichy. Jérôme Carcopino, vieil ami de Samaran, avait fait entrer dans son cabinet plusieurs anciens élèves de l’École des chartes20.
11Il reste certain qu’en cet été 1940, la mission Schnath ne présenta à ses interlocuteurs français qu’une partie de ses objectifs, en l’occurrence la « protection culturelle », pour laquelle le vainqueur assurait les Archives de France de son « concours dévoué ». Dès le 9 juillet 1940, Georges Bourgin, alors à la section moderne des Archives nationales, et le Dr Plassman récolèrent les pertes au château de Beaumesnil, mission d’inspection qui fut suivie d’une dizaine d’autres la même année. C’est dans cette logique de « mise en sûreté » que fut présentée l’exigence du rapatriement à Paris de la plupart des fonds évacués se trouvant en zone Nord, ce qui fut rapidement effectué. Le cas des Archives départementales de Moselle et du Bas-Rhin était particulier, puisque leur « réintégration » fut accompagnée du remplacement des directeurs, « expulsés », tandis que le Nord et le Pas-de-Calais passaient sous le contrôle du commandement militaire de Bruxelles. Les Archives du Haut-Rhin demeuraient en zone libre avec leur gardien, mais étaient exigées par Schnath. Une « mission allemande d’archives » prit le contrôle des dépôts de Meurthe-et-Moselle, des Vosges, du Doubs et de Haute-Saône. On se situait là dans une application très discutable du droit international selon lequel, depuis le Moyen Âge, « les archives suivent le sort des territoires ». Aucun traité de paix n’avait en effet été signé pour entériner ce transfert de souveraineté et partager les séries administratives et historiques, comme cela avait été fait en 1870 et 1918, et la convention d’armistice ne réglait pas la question21.
12Les tensions qui n’étaient qu’en germe aux Archives nationales éclatèrent immédiatement aux Archives diplomatiques et militaires, où la mission de « protection » avait été dans les faits précédée, et non suivie, par des saisies massives de documents. Georg Schnath rappela en effet dans son rapport de 1944 que son ressort comprenait 46 dépôts d’archives de l’État et 150 dépôts d’archives municipales. L’archiviste de Hanovre n’était responsable ni du ministère des Affaires étrangères (bien qu’il ait assisté à plusieurs réunions au quai d’Orsay en 1940-41), ni des Colonies, ni des ministères de la Guerre, de l’Air ou de la Marine. Le processus fut dans ces ministères en apparence analogue, avec l’installation de la Commission des archives diplomatiques (Archivkommission des Auswärtiges Amt) arrivée au quai d’Orsay à l’automne 1940, des Archives militaires du Reich (Heeresarchiv) au ministère de la Guerre, de commissions spéciales d’archivistes envoyées par la Kriegsmarine, par l’Aviation ou le ministère des Colonies du Reich22.
13Mais l’exemple des archives diplomatiques et militaires pose de fait la question de la mise en œuvre de politiques concurrentes dans le temps court de l’été et de l’automne 1940. Le point de vue des archivistes français doit être replacé dans le contexte général des pillages culturels, « inextricable chaos de campagnes et d’organisations, de compétences et de protestations, de spécialistes et d’idéologues comme il y en eut peu, même dans l’histoire du IIIe Reich23 ». Après l’armistice, les Archives nationales identifièrent rapidement leurs interlocuteurs allemands en zone occupée et ne durent gérer « que » les relations avec Vichy, les préfets, les commissions d’armistice et les autorités d’occupation. En revanche, le directeur des Archives diplomatiques Louis de Robien et son adjoint Georges Girard, comme les directeurs des ministères encore présents dans la capitale, durent réagir, dès la première quinzaine de juin 1940, aux saisies du commando du baron Eberhard von Künsberg, placé par le ministre des Affaires étrangères du Reich, Joachim von Ribbentrop, à la tête de la mission chargée de « mettre en sécurité et d’étudier les archives et documents officiels étrangers découverts lors de l’offensive allemande à l’Ouest24 ». Bien pourvus en moyens motorisés et opérant sous l’uniforme de la police militaire, ces hommes saisirent des archives militaires et consulaires dès le 30 mai 1940 à Lille, Boulogne et Calais avant d’entrer au quai d’Orsay au matin du 14 juin 1940, puis de visiter la Présidence du Conseil, les deux Chambres, les ministères. Au même moment, Otto Abetz prenait ses quartiers dans les locaux de l’ambassade d’Allemagne, rue de Lille, et désignait son adjoint Karl Epting pour « superviser » les missions aux Archives diplomatiques, demandant en urgence l’envoi d’experts. Décisions et rivalités personnelles se combinent là encore avec la politique de collaboration pour rendre compte des événements qui conduisirent les Allemands à identifier, faire rentrer à Paris puis envoyer très rapidement à Berlin, entre juillet et octobre 1940, des centaines de cartons, dont, par avion spécial, l’original du traité de Versailles25. Quant au processus de saisies dans les autres ministères, il demeure moins connu. Charles Braibant, futur successeur de Charles Samaran et alors archiviste de la Marine, publia son journal jusqu’en décembre 1939, puis de décembre 1942 à août 1944. Il y mentionne des rapports de « courtoisie un peu distante » avec les amiraux allemands, et une activité soutenue d’« expertises » dans les dépôts d’archives et les châteaux « refuges » où cantonnaient désormais les soldats vainqueurs26.
14Si le commando Künsberg opéra sous la contrainte, et le plus souvent en l’absence des responsables, les rapports et journaux contemporains comme les documents d’après-guerre, dont la perspective est évidemment différente, posent ainsi la question des relations établies entre archivistes allemands et français pendant les premiers mois de l’Occupation. Tant Caron, Samaran et Bourgin que Braibant les définirent comme « corrects », selon un terme de la propagande allemande intériorisé par les Français occupés. Ils rejoignaient ainsi le tableau d’ensemble proposé par Jean Laran à la commission d’épuration de la Bibliothèque nationale : « bibliothécaires, archivistes ou conservateurs de musées en uniformes de la Wehrmacht, que l’Allemagne nous avait envoyés à la fois pour nous protéger et pour nous surveiller », ces « confrères très obligeants et très courtois, d’esprit européen au bon sens du mot et à qui on avait rarement recours en vain dans les difficultés avec les véritables militaires et les policiers27 ».
15Il n’est pas aisé de comprendre ce qu’ils perçurent des positions de leurs interlocuteurs par rapport au projet nazi. Celles-ci n’étaient d’ailleurs pas homologues, entre des archivistes militaires comme le baron Otto von Waldenfels, aristocrate monarchiste, et Georg Schnath, membre de longue date du NSDAP et qui dissimula, semble-t-il, son adhésion au nazisme pendant son séjour en France. En 1946, Charles Samaran décrivit ainsi les membres de l’Archivschutz : « Cette commission de contrôle, composée d’archivistes de métier, civils militarisés mais plus ou moins inféodés au nazisme, était aux ordre des organismes raciaux et politiques du IIIe Reich. » Il affirma en l’adressant au ministre n’avoir pleinement découvert leur programme, « masque derrière le paravent d’une activité scientifique », qu’en lisant leur rapport final28. Le « moment 1940 » fut celui d’une prise de conscience des missions des archivistes allemands, qui se caractérisa par la perception – d’acuité et de temporalité très inégales – d’un projet dépassant largement la simple « protection », porté par les organismes mis en place après les pillages de guerre et l’irruption des commandos prédateurs.
Les archives « utiles à l’ennemi » : renseignement, histoire, idéologie
16Il apparut très vite que si les missions allemandes faisaient revenir les fonds évacués à Paris, c’était pour y travailler librement, de même d’ailleurs que dans les dépôts départementaux. La situation des Archives nationales, toujours dirigées et gérées par des fonctionnaires français, était différente de celle des ministères passés entièrement aux mains des occupants. Leurs revendications ne purent être discutées que par Pierre Caron et Charles Samaran, qui affirmèrent toujours avoir conservé le contrôle de l’accès dans les dépôts des Archives de France, faisant des Allemands des lecteurs presque comme les autres29. Georges Girard dut accepter, au contraire, non seulement l’usage des dossiers par les Allemands, mais encore l’interdiction faite aux Français de les consulter. Dans son rapport fait à Vichy d’une réunion tenue fin octobre 1940, l’archiviste du quai d’Orsay invoqua en vain « l’honneur professionnel » de ses collègues, qui lui opposèrent la nécessité « d’étudier dans le passé les malentendus franco-allemands pour en tirer les conclusions utiles », et ce sans réciprocité des Français qui avaient eu « des décades et des décades pour fouiller ces documents qu’eux, ils ignoraient30 ». Charles Braibant témoigna lui aussi en 1944 de sa totale dépendance envers les amiraux-historiens occupants : « Disposant à son gré de toutes mes archives, il n’en n’a pas enlevé une seule pièce. Je ne puis l’oublier31. »
17Pourquoi les missions allemandes, qui se faisaient ostensiblement un point d’honneur de ne rien emporter, voulaient-elles travailler dans les fonds, et pour exploiter quelles archives ? Était-ce uniquement pour des recherches historiques ? Comment présentèrent-elles aux Français la mission « d’ouvrir et mettre en valeur les archives françaises pour la science, l’administration et la politique allemandes », rappelée par Georg Schnath dans son rapport de 1944 ? Il semble que le premier réflexe des Français, au vu des saisies massives de l’été 1940, ait été de songer aux documents immédiatement opérationnels, utiles au renseignement. La convention de La Haye concédait aux occupants le droit de saisir les biens d’État « utiles à la conduite de la guerre » et, comme le rappela Georges Girard dans son rapport de 1940, la discussion s’engagea au sujet de son application aux archives. Les archivistes français ne contestèrent pas le principe de la consultation ou même de la saisie des archives courantes « de travail », qui étaient précisément celles qu’ils avaient tentées de brûler in extremis au printemps 1940. La transmission des documents allait ensuite se faire en fonction des situations locales. Pierre Caron et Charles Samaran évoquèrent très vite comme une priorité la récupération des papiers « laissées à l’abandon » par les armées lors des brefs combats du printemps 1940. Leurs efforts aboutirent à leur classement partiel aux Invalides et à la convention franco-allemande de novembre 1942, qui entérinait la « protection » des archives militaires par la direction des Archives de France32.
18Le fait que la guerre de 1914-1918 constituait un enjeu fondamental pour le IIIe Reich s’imposa aussi comme une évidence pour les Français, rompus aux joutes mémorielles et historiques avec leurs voisins sur ce passé tout récent. Ils en prirent acte, tout en en contestant le bien-fondé juridique. C’est sans doute dès 1940 que furent, selon les termes de Charles Samaran qui ignorait apparemment, en 1946, la perte du traité de Versailles, « dissimulés dans diverses parties de nos dépôts et de notre bibliothèque, non seulement de nombreux trophées allemands ramenés de Strasbourg par les Français en 1918, mais aussi tout ce qui avait pu être distrait des documents concernant l’occupation de la Rhénanie après l’autre guerre et les suites de cette occupation ». Une version souvent reprise par les Archives nationales, qui ne concorde pas entièrement avec un rapport du Quai d’Orsay mentionnant que ces fonds versés dans les années 1930 avaient été « trouvés et utilisés par les Allemands33 ». Le symbole nationaliste se conjuguait clairement avec l’éventuel intérêt stratégique. La notion de « trophée », conduisant par exemple à la rafle au musée de l’Armée de plus de 2 000 pièces, canons et drapeaux pris par Napoléon en Prusse, était comprise, sinon justifiée.
19En revanche, il semble que les projets de saisies d’archives historiques aient été compris bien après l’année 1940. Il est vrai que les ordres donnés directement par Hitler et Goebbels demeurèrent secrets. Il s’agissait, selon les termes du rapport de Schnath repris presque à l’identique dans les instructions aux archivistes militaires, de « procéder à l’identification et à la saisie des documents qui avaient été détournés d’Archives allemandes » et de « préparer les revendications d’ordre archivistique que l’Allemagne aurait à adresser à la France, en particulier le retour des trésors d’Archives allemands volés à des époques antérieures et qui n’avaient pas pu être recouvrés lors des traités de paix en 1814-1815 et 1871 ». « Cette tâche, masquée par le travail d’inventaire, fut conduite à l’insu des Français qui, jusqu’à aujourd’hui, ne se rendent pas très bien compte si et dans quelle mesure des revendications d’archives émanant des Allemands doivent se manifester », écrivit l’archiviste de Hanovre au printemps 1944. Compenser les « vols » liés aux guerres franco-allemandes depuis Louis XIV et Napoléon, mais aussi appliquer extensivement le principe de provenance au contenu culturel pour revendiquer tous les documents identifiés comme « germaniques », n’entrait pas dans l’horizon professionnel et politique des archivistes français. La lucidité de Madeleine Thomas, archiviste paléographe responsable de la bibliothèque du Quai d’Orsay, fut exceptionnelle, lorsqu’elle avertit sa hiérarchie après les visites de diplomates, d’archivistes et d’historiens allemands en septembre 1940 :
« Il y a tout lieu de craindre que tous les volumes qui se rattachent de près ou de loin à l’histoire du Grand Reich allemand nous soient enlevés... Il y aura à défendre pied à pied notre point de vue34. »
20On touche par là à la relation entre les archives et la nation, construite dans toute l’Europe au XIXe siècle, mais à laquelle Hitler avait donné le sens particulier de sa conception impériale et raciale de l’espace culturel allemand35. L’enquête diligentée par Goebbels, et qui devait aboutir à terme à des saisies massives, concernait en effet non seulement les œuvres d’art, les livres et les archives, mais également la documentation archéologique destinée à prouver l’aryanité des régions revendiquées.
21Ce dernier élément amène enfin à évoquer le point aveugle dans la perception française des politiques d’occupation que constitue la saisie d’archives privées des « ennemis du régime ». Non que les perquisitions chez les personnalités, associations et partis juifs, francs-maçons, communistes ou socialistes aient été ignorées, même si personne ne pouvait avoir en 1940 de point de vue sur leur ampleur et leur caractère systématique. Mais, dans la logique des années et des mois précédents, nulle politique de sauvegarde ou de protestation ne vint à l’esprit des responsables des Archives de France ni des services d’archives des ministères, du moins au niveau national, même lorsqu’il s’agissait de collections anciennes. Les fonctionnaires français de la zone Nord ne se sentirent pas concernés par la Gestapo ou les services d’Alfred Rosenberg, l’idéologue du parti nazi, qui avaient pourtant été concurrents dès juin 1940 du commando Künsberg dans la saisie d’archives publiques « sensibles ». Ils ne faisaient pas partie des interlocuteurs des archivistes. C’est en quelque sorte malgré elles que les Archives nationales furent concernées à la fin de l’année 1940 par la constitution d’archives politiques privées de l’entre-deux-guerres, lorsque le maréchal Pétain confia à la Bibliothèque nationale, en novembre 1940, le soin de créer un organisme, future « Bibliothèque d’histoire de la France contemporaine », pour collecter les papiers des organisations dissoutes (communistes et franc-maçonnes), et des personnalités privées de leur nationalité36. Entraînant une rivalité entre Archives nationales et Bibliothèque nationale pour la récupération de ces archives, cet épisode interroge en retour sur l’abandon massif de documents administratifs et politiques en mai-juin 1940. Outre le choc de la défaite, outre l’absence d’une sensibilité aux archives contemporaines et privées, cette collecte tardive et sur ordre de Vichy ne met-elle pas également en jeu le consentement à la chute de la IIIe République et à l’élimination politique de ses élites ?
22Bien des questions demeurent ainsi ouvertes par l’étude de ce moment 1940. La question des archives fut alors abordée sous deux angles principaux : la protection physique du patrimoine culturel contre les combats, puis l’interprétation de la convention de La Haye et du droit international des archives en régime d’occupation. L’intérêt des divers organismes allemands pour les dossiers présentant à leurs yeux une valeur stratégique, historique ou idéologique fut beaucoup plus inégalement compris. L’année 1940 marqua l’entrée dans une situation d’occupation subie et acceptée de facto, entraînant une série de négociations, d’accommodements, de conflits ouverts ou feutrés qui allaient se déployer jusqu’en 1944, mettant en jeu les archives elles-mêmes – collecte, consultations, réintégrations et déplacements vers l’Allemagne –, les personnels – prisonniers, requis du STO, Juifs, résistants – et les relations entre les dirigeants des services d’archives, leur tutelle à Vichy, les autorités et les missions d’archives allemandes. L’analyse de chaque moment et de chaque situation éclaire non seulement l’histoire de la France occupée, la « Drôle de guerre », la chute d’un régime, les réactions face à des politiques nazies non anticipées par les Français et qui ne leur étaient pas immédiatement compréhensibles, mais aussi l’histoire de la définition même des archives et de leur valeur dans l’esprit des acteurs contemporains.
Notes de bas de page
1 Voir notamment Paulette Enjalran, Les archives du Ministère des relations extérieures depuis les origines, vol. 1, Histoire, Paris, Éditions du ministère des Affaires étrangères, 1984 ; Françoise Hildesheimer, « Une politique pour les archives, 1880-1940 ? », dans Marc Olivier Baruch et Vincent Duclert (dir.), Serviteurs de l’État, Paris, La Découverte, 2000 ; Lucie Favier, La mémoire de l’État. Histoire des Archives nationales, Paris, Fayard, 2004. Voir aussi les contributions respectives de Bruno Galland et Sophie Cœuré sur les Archives nationales et de Vincent Laniol sur les Archives diplomatiques dans Vincent Laniol et Alexandre Sumpf (dir.), Saisies, spoliations d’archives et de bibliothèques et logiques de restitution au XXe siècle, Actes du colloque de Strasbourg, 22-23 octobre 2010, Rennes, PUR, 2012. Je me permets de renvoyer à mon ouvrage La mémoire spoliée. Les archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique (de 1940 à nos jours), Paris, Payot, 2007, éd. revue et actualisée, 2013. Tous mes remerciements à Christian Oppetit et Yann Potin aux Archives nationales et aux archivistes de la bibliothèque de l’Institut de France pour leur aide dans mes recherches récentes.
2 Marcel Baudot, « Notations autobiographiques. Réflexions au soir de ma vie », Cahiers Léopold Delisle, t. XLI, 1992. Bibliothèque de l’Institut de France, Fonds Samaran, Ms 7489 (1), Commission supérieure des Archives, dossier mesures de protection 1939 et 1944.
3 Léonce Celier, « Les archives de France de 1940 à 1950 », Archives, bibliothèques, collections, documentation (ABCD), no 1, mai-juin 1951, p. 11-14.
4 Voir infra la contribution d’Alain Morgat sur Rochefort. Fonds Samaran, Ms 7486, chemise « archives du Haut-Rhin », et AN, AB XXXV, carton 262, 23 août 1939, « note sur la protection des archives contre les dangers résultant de l’état de guerre ».
5 Fonds Samaran, Ms 7488, p. 43-49, Pierre Caron, « Rapport sur le fonctionnement de l’Administration des Archives de France depuis le 8 juin dernier », 7 août 1940, adressé au ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts.
6 Christine Levisse-Touzé (dir.), Paris 1944. Les enjeux de la Libération, actes du colloque du 2-4 février 1994, Paris, Albin Michel, 1994, notamment « Archives de Paris », par Jean-Marie Jenn.
7 Voir notamment Pierre Caron, « Quatre ans de direction des Archives de France », Archives, bibliothèques, collections, documentation (ABCD), no 1, mai-juin 1951, p. 5-10.
8 AN, AB XXXV, carton 19 (ancienne numérotation), note « papiers Murat ».
9 Cf. infra la communication d’Alain Morgat.
10 AAE, série Service des archives, carton 68, « Prise, utilisation abusive et enlèvement d’archives par les Allemands » ; Georges Bourgin, « Note sur les archives françaises de 1936 à 1941 », Revue historique, vol. CXCIII, avril-juin 1942.
11 Voir La mémoire spoliée, op. cit., chap. 1, et les travaux de Vincent Laniol sur les archives diplomatiques.
12 Fonds Samaran, rapport Caron août 1941, op. cit., rapport sur « Les résultats de l’activité du groupe Archivwesen de l’Administration militaire en France, 1940-1944 », sans date, « confidentiel », photographie et traduction française dans AN, F 17 17977, original et traduction dans Fonds Samaran, Ms 7487, p. 42-60, publié dans Notes documentaires et études du ministère de l’Information, « Ordre nouveau » et collaboration, VII, 27 juin 1945, no 85.
13 Fonds Samaran, Ms 7489 (1), p. 118-134, Rapport présenté à la commission supérieure des Archives, 31 janvier 1946. AN, AB XXXV, 262, dossier sur la protection des Archives nationales en temps de guerre retrouvé dans les archives sur le service technique, 12 février 1951 (« secret »).
14 Voir Serviteurs de l’État, op. cit., pour une réflexion comparée sur les fonctionnaires. Voir également Claude Singer, Vichy, l’Université et les juifs, Paris, Les Belles Lettres, 1992 ; Stéphanie Corcy-Debray, Jérôme Carcopino, un historien à Vichy, Paris, Éditions L’Harmattan, 2001 ; Martine Poulain, Livres pillés, lectures surveillées. Les bibliothèques françaises sous l’Occupation, Paris, Gallimard, 2008 et infra, la contribution de Violaine Challéat-Fonck sur les Archives de Vaucluse.
15 Fonds Samaran, passim, et Charles Samaran, nécrologie de Pierre Caron, Bibliothèque de l’École des chartes, no 111, 1953, p. 321-329.
16 Philippe Lauer, « Les archives de la Lorraine pendant la guerre », Bibliothèque de l’École des chartes, no 79, 1918, p. 253-258.
17 Voir les travaux de Wolfang Stein, et notamment sa contribution à Saisies, spoliations d’archives et de bibliothèques, op. cit.
18 Keith Wilson (dir.), Forging the Collective Memory. Government and International Historians through Two World Wars, Oxford, Berghahn Boooks, 1996, et notamment Keith Hamilton, « The Historical Diplomacy of the Third Republic ».
19 Fonds Samaran, Ms 7488, p. 50-58, rapport de Ch. Samaran à M. le secrétaire d’État à l’Éducation nationale et à la Jeunesse, 16 juillet 1941. Voir également Georges Bourgin, « Note sur les archives françaises de 1936 à 1941 », Revue historique, vol. CXCIII, avril-juin 1942.
20 Voir notamment les contradictions entre le tableau proposé en défense par Charles Samaran lors de sa suspension (fonds Samaran, MS 7486, « Ma suspension ») et les souvenirs de Georg Schnath dans Inventar von Quellen zur deutschen Geschichte in Pariser Archiven und Bibliotheken, bearbeitet von einer Arbeitsgruppe unter Leitung von Georg Schnath, hg. von Wolfgang Hans Stein, Coblence 1986 ; cf. sur ce point la contribution de Wolgang Stein au colloque de Strasbourg, op. cit.
21 Fonds Samaran, Ms 7486, p. 27-30, chemise « Archives du Haut-Rhin » et rapport août 1941, op. cit.
22 Voir infra l’article de Wolfgang Stein.
23 Eberhard Jäckel, La France dans l’Europe de Hitler, Paris, Fayard, 1968 (Stuttgart, 1966). Pour un point récent sur les organismes spoliateurs, se référer à Patricia Kennedy Grimsted, F. J. Hoogewoud et Eric Ketelaar, Returned from Russia. Nazi Archival Plunder in Western Europe and Recent Restitution Issues, Londres, Institute of Art and Law, 2008.
24 Voir la traduction des documents de Künsberg envoyés de Berlin en 1947 et le rapport de synthèse dans AN, 3 W 357 et AAE, série Service des archives, carton 66. Sur le commando Künsberg, cf. Anja Heuss, Kunst- und Kulturgutraub. Eine vergleichende Studie zur Besatzungspolitik der Nationalsozialisten in Frankreich und der Sowjetunion, Heidelberg, C. Winter Universitätsverlag, 2000, chap. 9.
25 Barbara Lambauer, Otto Abetz et les Français ou l’envers de la Collaboration, Fayard, 2001 ; Sophie Cœuré, La mémoire spoliée, op. cit., et Vincent Laniol, « Des archives emblématiques dans la guerre : le destin “secret” des originaux des traités de Versailles et de Saint-Germain pendant la Seconde Guerre mondiale », Guerres mondiales et conflits contemporains, no 229, janvier-mars 2008, p. 21-42, ainsi que sa contribution au colloque de Strasbourg, op. cit.
26 Charles Braibant, Lumière bleue, journal de guerre (24 août-14 décembre 1939), Paris, Fayard, 1940, et La guerre à Paris (8 novembre 1942-27 août 1944), Paris, Correa, 1945.
27 Jean Laran, « Rapport à la commission nationale d’épuration des bibliothèques et archives sur M. Bernard Faÿ », 5 décembre 1944, publié en annexe du Journal de Gueydan de Roussel, un agent de la Bibliothèque nationale et de la Gestapo, éd. par Lucien Sabbah, Paris, Klincksieck, 2000.
28 Fonds Samaran, Ms 7487, p. 9, projet de lettre au ministre.
29 Rapports, passim et Charles Samaran, nécrologie de Pierre Caron, art. cit. Pour une version opposant le « laxisme » de Pierre Caron à la rigueur de son successeur, Robert-Henri Bautier, voir la « Notice sur la vie et l’œuvre de Charles Samaran », Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, no 4, 1983, p. 481-504.
30 AAE, série Service des archives, carton 66, « Retour des archives au Département. Impressions rapportées par M. Girard, Vichy, le 6 novembre 1940 ».
31 Charles Braibant, La guerre à Paris, op. cit., 27 mai 1944.
32 Pierre Caron, « Quatre ans de direction des Archives de France », Archives, bibliothèques, collections, documentation (ABCD), no 3, septembre-octobre 1951, p. 66-67 et Fonds Samaran, Ms 7488, rapport de juillet 1941, op. cit., et p. 73-84, rapport 10 février 1942.
33 Charles Samaran, rapport à la commission supérieure des Archives, 1946, op. cit. ; AAE, série Service des Archives, carton 66, rapport de J. Couprie, mars 1941.
34 Ibid., rapport de Madeleine Girard, septembre 1940.
35 Bruno Delmas et Christine Nougaret (dir.), Archives et nations dans l’Europe du XIXe siècle, Paris, École des chartes, 2004. Sur les projets allemands, voir les travaux de Wolgang Stein, op. cit. Pour une perspective de longue durée, Bénédicte Savoy, Patrimoine annexé. Les biens culturels saisis par la France en Allemagne autour de 1800, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2003.
36 Martine Poulain, op. cit.
Auteur
-
Sophie Cœuré
Professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Diderot Paris 7. Elle travaille sur les représentations de la Russie et de l’URSS en Occident aux XIXe et XXe siècles, le communisme international, la diplomatie culturelle, l’histoire des archives. Ses derniers ouvrages parus sont La mémoire spoliée. Les archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique de 1940 à nos jours, Payot, 2007 et 2013 ; Frontières du communisme. Mythologies et réalités de la division de l’Europe de la révolution d’Octobre au mur de Berlin, La Découverte, 2007 (dirigé avec Sabine Dullin) ; Les archives, La Découverte, 2011 (avec Vincent Duclert) ; « Cousu de fil rouge ». Voyages des intellectuels français en Union soviétique. 150 documents inédits des archives russes, CNRS Éditions, 2012 (dirigé avec Rachel Mazuy).
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