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    Plan détaillé Texte intégral Questions de terminologie Le centre du pouvoir et ses périphéries : les structures de l’empire romain La circulation de l’information Conclusion Notes de bas de page Auteurs

    Les empires

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    L’empire romain du iiie siècle av. J.-C. au iiie siècle apr. J.-C. : un modèle historiographique à l’épreuve

    Éric Guerber et Frédéric Hurlet

    p. 81-105

    Texte intégral Questions de terminologie Le centre du pouvoir et ses périphéries : les structures de l’empire romain Le centre du pouvoirLes périphériesLes provincesLes gouverneursL’empereur et l’autonomie des cités La circulation de l’information Conclusion Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1L’histoire de la Rome antique se confond avec le destin d’une cité connue pour avoir su créer et faire fonctionner un empire vaste et durable qui fournit toujours un point de référence dans l’histoire des empires et de l’impérialisme. Il fallait consacrer un chapitre à l’empire romain, non sans chercher à prendre à son égard un certain recul parce que l’ouverture de l’histoire aux autres sciences humaines, notamment la sociologie et l’ethnologie, nous a appris à nous méfier des modèles légués par notre culture classique et à les passer au crible. Attentif à la singularité des différentes expériences historiques, l’historien de la Rome antique se doit d’être conscient de la spécificité de son objet d’étude. L’empire romain n’est pas réductible à un idéal-type qui aurait surpassé les empires antérieurs et qu’auraient cherché à reproduire plus ou moins fidèlement de nombreux empires ultérieurs1. Il doit être analysé plutôt comme une forme originale, et réussie, d’organisation politique d’un espace étendu dont les Romains ont cherché à faire accroire qu’il se confondait avec l’oikoumène, le monde habité tel qu’il était alors connu et perçu. C’est le mode de fonctionnement de cette structure qui fera l’objet de cette synthèse. Trois éléments consubstantiels à la notion d’empire seront étudiés. Il y a tout d’abord beaucoup à apprendre de l’enquête terminologique : s’intéresser à la manière dont les Romains qualifiaient leur empire en dit long sur leur mode de perception de l’espace qu’ils contrôlaient et sur la manière dont ils se représentaient leur domination. Le mode de fonctionnement de l’empire romain sera ensuite analysé à partir du modèle théorique que constituent les rapports entre le centre et les périphéries. Les principaux acteurs de l’administration impériale seront identifiés, leurs pouvoirs et leurs fonctions définis aussi précisément que possible. La manière dont ils communiquaient les uns avec les autres fera également l’objet d’une mise au point pour des raisons évidentes. Une des tâches pratiques les plus sensibles auxquelles le pouvoir romain eut à faire face pour assurer une bonne marche des institutions impériales fut de diffuser l’information depuis le centre vers la périphérie et inversement de la faire remonter de la périphérie vers le centre.

    Questions de terminologie

    2Les Romains avaient un nom pour désigner leur emprise sur un territoire dont les contours se dessinèrent au fil des trois derniers siècles av. J.-C. Ils parlaient d’Imperium populi Romani2. Le vocable latin imperium, dont nul n’ignore qu’il donna naissance à notre substantif « empire », renvoyait à l’origine au pouvoir suprême dont étaient investis les rois de Rome, puis les magistrats supérieurs de la République romaine, consuls et préteurs. Par synecdoque, il désigna l’espace sur lequel un tel pouvoir était effectif et considéré comme absolu. L’autre caractéristique de la formule d’Imperium populi Romani est l’association du peuple Romain à la domination exercée par Rome sur les territoires qu’elle avait conquis. Cela signifie que la formation de l’empire romain était conçue comme une entreprise collective qui se solda par le succès d’un peuple amené à se confondre avec le peuple des régions conquises au terme d’une évolution qui culmina avec l’édit de Caracalla de 212 octroyant la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l’empire. La dimension communautaire d’une telle expansion différencie l’empire romain des empires qui étaient gérés comme des royaumes et étaient à ce titre ressentis comme faisant partie du patrimoine d’un monarque et de sa famille. Avant d’être un empire, Rome était une cité-État, une res publica, et ne cessa jamais de l’être3. On ne rappellera jamais assez les conséquences qui découlent du fait historiquement avéré que l’empire romain fut créé et géré par une République avant de passer sous le contrôle d’un prince.

    3La multiplication des conquêtes à partir de la fin du iiie siècle av. J.-C. fit de Rome une république impériale – et impérialiste – dont les réalisations faisaient l’objet d’un débat public au sein du Sénat et du peuple réuni en assemblées (les comices)4. Si chaque citoyen romain retirait des conquêtes des bénéfices matériels (par le biais des lois frumentaires par exemple), il ne faut pas en conclure qu’à la manière de l’Athènes d’époque classique, la République romaine était une démocratie tournée vers la conquête et l’exploitation de territoires. La Rome républicaine ne cessa jamais d’être dominée par une oligarchie de nobles qui se livraient une vive concurrence et dont la compétition était arbitrée par le peuple5. La création par Auguste d’un nouveau régime qu’on qualifie un peu rapidement de régime impérial et qu’il vaut mieux appeler principat ne modifia pas substantiellement la perception que les Romains se faisaient de leur empire. Si la première place revenait désormais à un princeps, l’État romain restait un État de droit dans lequel le Sénat et, dans une moindre mesure, les comices étaient associés au processus de prise de décision et qui continuait à faire de l’empire romain un bien commun appartenant en théorie à tous les Romains. Auguste lui-même soulignait dans ses Res Gestae la permanence de ce principe fondamental en parlant à son tour de l’Imperium populi Romani6. Le prince romain était considéré comme un mandataire qui tenait ses multiples pouvoirs du peuple Romain et était choisi notamment pour son aptitude à guider la destinée que Rome s’était attribuée à la tête de l’oikoumène7. Il pouvait être renversé à tout moment pourvu que l’une ou plusieurs forces en présence de la société romaine (le Sénat, le peuple et/ou l’armée) soi(en)t en mesure de lui trouver un successeur8. En dépit d’une évolution qui renforça les pouvoirs impériaux et fit du prince la source même du droit, l’empire romain resta jusqu’à la fin du iiie siècle, et au-delà, cette « chose publique » qui finit par s’identifier à la figure du prince. Ce n’est pas là le moindre des paradoxes d’une expérience historique qui était si singulière qu’elle se différenciait fortement des empires antérieurs, notamment hellénistiques, et ne fut jamais exactement comparable aux empires postérieurs qui s’en réclamèrent.

    Le centre du pouvoir et ses périphéries : les structures de l’empire romain

    4L’empire romain était une structure pour laquelle les relations entre le centre et la périphérie étaient une condition indispensable à son (bon) fonctionnement9. Il fut toujours administré depuis un centre dont l’existence ne fait aucun doute et dont les Anciens étaient conscients, élaborant de pseudo-modèles géographiques explicatifs pour rendre compte de la domination romaine. Il se fait que d’un point de vue topographique, Rome était située au cœur de l’Italie et que l’Italie elle-même occupait une position centrale dans un bassin méditerranéen qui constituait à l’époque l’essentiel de l’oikoumène. Cette réalité contribua à l’apparition chez de nombreux auteurs d’un topos littéraire qui consistait en un éloge de l’Italie : c’était sa place à mi-chemin entre le midi et le septentrion qui lui assurait un climat tempéré et lui garantissait les meilleures conditions économiques10 ; de là à dire que la position centrale de Rome lui offrait des conditions uniques pour son expansion, c’est un pas qui fut vite franchi par Tite-Live dans le discours qu’il prête à Camille lorsqu’il fallut dissuader les Romains de quitter leur ville détruite par les Gaulois pour s’installer à Véies11. Pour les Anciens, le centre du pouvoir était une réalité autant politique et administrative que géographique. Pour cette raison, l’Italie et Rome furent toujours considérées comme étant à part du reste de l’empire. La péninsule, étendue jusqu’aux Alpes à partir de Jules César, ne fut pas réduite avant la fin du iiie siècle apr. J.-C. en province, au contraire des autres territoires conquis par les Romains ; quant à Rome, elle eut en tant que siège originel de la capitale de l’empire un statut exceptionnel qui en fit toujours un espace entièrement civil (à l’intérieur d’une limite sacrée appelée le pomerium) et le seul lieu où pouvaient se réunir le Sénat romain et les assemblées du peuple, les comices.

    Le centre du pouvoir

    5La localisation de ce qu’il faut considérer comme le centre du pouvoir connut une évolution remarquable. Situé d’emblée et naturellement à Rome au sein de la cité-État qu’elle formait, le cœur du pouvoir romain finit par être assimilé à la figure du prince parce que c’était celui-ci qui représentait le mieux Rome et son empire. A l’époque républicaine, en dépit des prérogatives accordées aux assemblées du peuple, plus formelles que réelles, le Sénat était le centre du pouvoir. Le régime était alors aristocratique, défini par la rude concurrence que se livraient les grandes familles, les gentes, et qui déboucha au terme de plusieurs guerres civiles au cours du ier siècle av. J.-C. sur la victoire de l’une d’entre elles, la gens Iulia, dominée par la figure d’Auguste, fils adoptif de Jules César. Un pouvoir dynastique s’installa durablement à la tête de l’empire et traversa les trois premiers siècles de notre ère au gré de multiples changements de dynastie. Il était dominé par la personne du princeps, le premier des citoyens considéré comme un primus inter pares, et se transmettait dans la pratique au sein de la famille impériale, la domus Augusta (ou Diuina), même si le successeur devait posséder dans la pratique toute une série de qualités appelées vertus impériales (notamment la uirtus militaire proprement dite, la piété, la justice, la clémence). Issus des institutions républicaines, les pouvoirs impériaux combinaient trois éléments qui permettaient au prince d’intervenir dans tous les domaines et dans l’ensemble de l’empire : une composante civile qui reposait sur la puissance tribunicienne et était circonscrite à la Ville de Rome ; une composante militaire sous la forme d’un imperium étendu à l’ensemble de l’empire ; une composante religieuse avec le titre de grand pontife, octroyé à Auguste en 12 av. J.-C. et à tous ses successeurs, qui faisait du prince le prêtre suprême de la religion romaine (i.e. de Rome, le prince ne faisant pas fonction de prêtre dans les autres cités de l’empire)12. Le prince était pour les habitants de l’empire la référence suprême, ce dont témoigne le nombre élevé de statues, de monuments ou d’images de toutes sortes qui lui étaient consacrés. Il était le juge auquel on pouvait avoir recours en dernière instance ; il était l’évergète le plus puissant et le plus riche qui pouvait aider une ou plusieurs cités à se reconstruire après une catastrophe naturelle comme un incendie ou un tremblement de terre13 ; il était l’autorité suprême à laquelle les cités ou les particuliers demandaient des faveurs ou des privilèges par le biais d’ambassades à Rome ou jusqu’à l’endroit où se trouvait le prince. Avec les déplacements de plus en plus fréquents du prince dans son empire et à ses frontières, le centre du pouvoir se déplaça là où se trouvait le pouvoir impérial. Cette évolution se fit ressentir dans le courant du iie siècle (on songe aux voyages d’Hadrien et aux campagnes de Marc Aurèle durant la seconde partie de son règne) et avec les Sévères.

    6Les tâches du prince étaient immenses et constituaient ce qu’on peut appeler un métier de tous les instants14. Il avait à répondre au quotidien à de nombreuses requêtes sans toujours déléguer la prise de décision à son appareil administratif. Il déployait par ailleurs dans d’autres domaines une activité d’autant plus intense que son accessibilité était érigée au rang de principe de gouvernement. Il ne pouvait toutefois administrer seul un aussi vaste empire. Il s’entoura de toute une série d’hommes qui venaient d’horizons et de couches sociales diverses et qui formaient plusieurs cercles concentriques. Le plus proche du prince était constitué de membres de sa dynastie auxquels des missions extraordinaires furent confiées au sein de l’empire. Auguste mit en place une institution originale et efficace en choisissant d’associer à ses pouvoirs civils et (ou) militaires un membre de sa domus (un gendre en la personne d’Agrippa ou des fils adoptifs avec Caius César et Tibère), qui reçut le titre de « collègue du prince » lorsqu’il partageait avec celui-ci la puissance tribunicienne. Ce qu’on a coutume d’appeler, improprement d’ailleurs, la « co-régence » fut une expérience originale qui traversa les trois premiers siècles et dont une des finalités essentielles était de préparer le successeur désigné à ses futures fonctions15. A côté des membres de sa famille, le prince pouvait compter sur un réseau de dépendants qui étaient d’un point de vue social en position subordonnée et qui remplissaient des fonctions subalternes au service de l’administration impériale. Il s’agissait tout d’abord d’esclaves qui appartenaient au prince et qu’on qualifie pour cette raison d’esclaves impériaux. Plus haut dans la hiérarchie, on trouve d’anciens esclaves impériaux qui furent libérés par le prince pour devenir des affranchis et dont un certain nombre restaient au service du prince en tant que clients de ce dernier. Leur proximité physique avec le pouvoir impérial leur valut de remplir au départ, sous les Julio-Claudiens, d’importantes fonctions à la tête de bureaux de la chancellerie impériale (on songe en particulier à Narcisse, Pallas et Calliste, affranchis de Claude, responsables respectivement de la correspondance impériale, des finances et des pétitions adressées au prince). À partir des Flaviens, la direction de tels services administratifs fut confiée à des chevaliers, pratique qui fut amplifiée aux iie et iiie siècles avec la multiplication de bureaux au sein de la chancellerie impériale16. Les personnages qui vivaient dans l’entourage du prince et en étroite interaction avec ce dernier pour des raisons familiales et en fonction des contraintes exercées par l’exercice du pouvoir impérial formaient une structure propre à toute forme de pouvoir monarchique qui porta assez vite le nom d’aula caesaris (attesté pour la première fois sous Claude17). Il faut y voir la version romaine de ce qui est d’ordinaire qualifié de « cour », définie à Rome comme la maison élargie du monarque qui exerce en même temps des fonctions politiques et administratives18.

    7Une autre composante de la société romaine dont l’empereur avait besoin était l’armée, sans laquelle il ne pouvait ni prendre le pouvoir, ni s’y maintenir. L’empereur était par essence le chef des armées, l’imperator (général victorieux), titre qui figurait en première place dans la nomenclature du prince, parmi les noms impériaux Imperator Caesar Augustus qu’Auguste porta à partir de 27 av. J.-C. Cet aspect militaire du principat, forgé dans le creuset des guerres civiles, dérivait de la possession par le prince de l’imperium militiae qui certes, de façon théorique, appartenait toujours au peuple Romain, mais dont la délégation à l’empereur était acquise dès son avènement. Le prince portait les insignes militaires, le manteau de pourpre du général en chef (le paludamentum) ainsi que la couronne de lauriers du triomphateur. En retour, l’armée joua un rôle croissant dans l’accession à la pourpre. L’importance décisive du rôle de l’armée dans la désignation du prince fut affirmée de façon spectaculaire lorsque Vespasien prit pour dies imperii le jour de son acclamation par l’armée. Les liens entre l’empereur et l’armée (cohortes prétoriennes ou légions) devaient être solides, car la survie du prince dépendait en dernière analyse de la fidélité des prétoriens (à cet égard, le rôle du préfet du prétoire fut souvent déterminant) ou bien encore de la loyauté des légions dirigées par des sénateurs aspirant parfois à la pourpre19. En ce sens, au-delà du serment de fidélité (sacramentum) prêté par chaque légionnaire à l’empereur régnant, renforcé par le culte impérial particulièrement pratiqué dans les milieux militaires, il y eut toujours une relation politique entre le prince et son armée. Les soldats soutenaient avant tout l’empereur lorsque celui-ci était, en période de crise, un combattant victorieux. Face aux Alamans et aux Hattes, Sévère Alexandre et sa mère Julia Mamaea refusèrent le combat et cherchèrent à négocier le retrait des Germains en leur versant un tribut. Cette attitude fut jugée honteuse et indigne d’un empereur. Les soldats perdirent toute confiance dans leur prince, choisirent un chef sorti du rang, Maximin le Thrace, et exécutèrent Sévère Alexandre, sa mère et ses familiers en février 23520. Cependant, même victorieux, l’empereur restait à la merci d’un complot fomenté par un ou plusieurs de ses généraux. Ainsi Gallien, pourtant vainqueur des Goths et des Hérules, dut faire face en 267 à la révolte de l’un de ses généraux, Aureolus qui s’empara de Milan. Lors du siège de la cité, Gallien fut victime d’un complot organisé par le préfet du prétoire Heraclianus21. Il est cependant fort probable que l’assassinat de Gallien reçut l’assentiment complice de deux de ses plus brillants généraux, Claude et Aurélien22. Entre 2_5 et 282, lorsque l’empire connut des dangers graves et récurrents, dix-sept empereurs se succédèrent dont quatorze moururent assassinés23.

    8Au iiie siècle, la présence des empereurs à la tête de leurs troupes lors des campagnes militaires produisit un raffermissement et un approfondissement des liens entre les habitants des cités à la personne de l’empereur. Ainsi, au fur et à mesure que les empereurs victorieux récupérèrent des territoires et affermirent la sécurité, les populations tendirent à accepter l’idée du « prince providentiel ». Ainsi entre le début 26_ et la fin de l’année 265, Gallien fit une tournée en Illyricum oriental et en Grèce. L’atelier de Siscia émit des monnaies mettant en évidence la Virtus impériale : les revers montraient l’empereur combattant ou encore le prince triomphant tenant une haste et un globe entre deux ennemis vaincus24. Prince combattant et victorieux, il était le personnage presque surhumain qui apportait la paix.

    Les périphéries

    9Le fonctionnement de l’empire ne pouvait être assuré par le centre du pouvoir qu’à la condition de disposer de relais dans des territoires dont certains étaient éloignés de Rome de plusieurs milliers de kilomètres.

    Les provinces

    10À côté des royaumes clients dont la politique étrangère était contrôlée par Rome et qui furent progressivement intégrés dans l’empire, l’unité de base était ce que les Romains appelaient la prouincia, définie comme la sphère de compétences sur laquelle était actif un (pro)magistrat romain. Ce terme désignait à l’origine la mission à accomplir et finit par prendre un sens territorial à la suite d’une évolution mal connue dans le détail et renvoyer à une circonscription administrative de l’empire25. La liste des provinces s’est constituée entre la seconde moitié du iiie siècle av. J.-C. et le iiie siècle apr. J.-C. Il serait fastidieux d’entrer dans le détail des créations successives de provinces dont le nombre finit par atteindre à la fin du iiie siècle apr. J.-C. la cinquantaine (avant la réforme provinciale de Dioclétien, qui multiplia par deux un tel chiffre). Le système provincial, évolutif par nature, resta empirique, obéissant aux contraintes de la politique extérieure romaine. Il y eut donc des périodes d’intenses activités militaires et diplomatiques qui conduisirent à la mise en place de provinces (par exemple avec Pompée, César, Auguste, Claude, Trajan, Septime Sévère) ; d’autres époques ne virent en revanche aucune création provinciale. Il faut ajouter que certains territoires comme les régions situées dans des zones stratégiques comme l’est de l’Euphrate furent réduits en provinces pendant un court laps de temps. Il en résulta un empire centré sur la Méditerranée qui remonta au nord jusqu’au Rhin et au Danube et dont les autres principales limites étaient au sud le Sahara et à l’est l’Euphrate.

    Les gouverneurs

    11Ils étaient placés à la tête de chacune des provinces. Leur statut évolua, la principale réforme étant liée au changement de régime politique avec la transformation de la République romaine en une monarchie. A l’époque républicaine, les gouverneurs étaient tous des sénateurs romains qui avaient en commun d’être des magistrats (principalement des consuls ou des préteurs) ou des promagistrats lorsque leurs pouvoirs de magistrat avaient été prorogés au-delà du terme légal d’une année (ils étaient alors qualifiés soit de proconsul, soit de propréteur). Ils étaient en possession d’un imperium, consulaire ou prétorien, qui représentait le plus haut des pouvoirs romains et constituait aux yeux des provinciaux le principal instrument de la domination romaine.

    12De mandataires du peuple romain sous la République, ils devinrent avec la naissance du régime impérial des représentants du prince au terme d’un processus complexe. À l’issue de la période triumvirale et de la guerre civile entre Octavien et Marc Antoine, le gouvernement provincial fit l’objet d’une réforme qui remonte à une réunion du Sénat datée de janvier 27 av. J.-C. et dont les principales mesures perdurèrent jusqu’à la réforme de Dioclétien au début du ive siècle apr. J.-C.26. Les provinces continuèrent à relever toutes du peuple Romain27, mais elles furent subdivisées en deux catégories : d’une part les provinces publiques, à la tête desquelles se trouvaient des proconsuls choisis parmi les anciens consuls et les anciens préteurs ; d’autre part les provinces impériales, à la tête desquelles se trouvaient au départ des légats d’Auguste propréteur – des délégués du prince nommés et révoqués par ce dernier – choisis parmi les sénateurs, de rang prétorien ou consulaire, précisément selon le nombre de légions stationnées dans la province28. Les premières étaient dites inermes, c’est-à-dire qu’elles n’abritaient pas de légion sur leur sol (exception faite de l’Afrique), la grande majorité des troupes romaines étant stationnées dans les secondes. Strabon décrit ce mécanisme lorsqu’il rappelle qu’« il réserva à lui-même [Auguste] les territoires nécessitant une garnison militaire […], au peuple les autres territoires, qui – étant paisibles et sans armes – peuvent être administrés aisément29 ». Il ne faut toutefois pas établir de distinctions trop nettes entre ces deux types de provinces pour ce qui est de leur gouvernement30. Les différences les plus visibles entre les proconsuls et les gouverneurs des provinces impériales étaient d’ordre formel : mode de désignation (tirage au sort pour les premiers, nomination par le prince pour les seconds), durée de leur gouvernement provincial (un an pour les premiers, à la discrétion du prince pour les seconds), nombre de licteurs qui les entouraient (douze ou six pour les premiers, cinq pour les seconds), tenue vestimentaire (toge pour les premiers, vêtement militaire – le paludamentum – pour les seconds) et définition de leur imperium. Pour le reste, les uns et les autres se comportaient comme des dignitaires dont les fonctions principales étaient de représenter au quotidien l’emprise de Rome dans de nombreux domaines (militaires, judiciaires, financières et édilitaires) et d’être à ce titre au service du prince pour faire office de relais entre les provinces et ce qui faisait fonction de centre du pouvoir. Même si les proconsuls portaient un titre prestigieux qui avait un long passé et qui leur donnait un imperium en théorie indépendant de celui du prince, il ne fait aucun doute qu’ils apparaissaient dans la pratique comme des représentants du prince et que le principe qui guidait leurs relations était celui d’une collaboration31. Le pouvoir impérial s’était gardé le droit d’intervenir dans l’ensemble de l’empire, aussi bien dans les provinces impériales que dans les provinces publiques, en vertu de la supériorité de son imperium sur celui des proconsuls (c’était ce qu’on appelle l’imperium maius) et par le biais d’ordonnances de divers types sur lesquelles nous reviendrons plus en détail dans la troisième partie.

    13Un autre changement durable du gouvernement provincial d’époque impériale est à chercher dans la présence de chevaliers à la tête de plusieurs provinces. Cette remarque ne vaut pas pour les provinces publiques, qui furent toujours administrées par des sénateurs, mais elle s’applique à certaines provinces impériales. Dès 30 av. J.-C., l’Égypte fut gouvernée par un préfet choisi par Octavien parmi les chevaliers ; cette règle ne fut jamais modifiée et cette préfecture devint une des plus importantes fonctions du cursus équestre tel qu’il se mit progressivement en place32. Plus tard, d’autres provinces furent également dirigées par des préfets d’ordre équestre (le plus connu étant Ponce Pilate, placé à la tête de la Judée sous Tibère) ou des procurateurs choisis par les chevaliers (au fil du temps, les provinces procuratoriennes devinrent de plus en plus nombreuses). Au nombre de neuf en janvier 27 av. J.-C., les provinces publiques atteignirent le chiffre de dix en 6 apr. J.-C. À partir de cette date, leur nombre ne changea plus jusqu’à ce que les difficultés militaires du milieu du iiie siècle contribuent à faire passer plusieurs provinces publiques prétoriennes au rang de provinces impériales gouvernées par des préfets équestres nommés par le prince. C’était un des effets de l’édit de Gallien, daté de c. 262, qui interdisait aux sénateurs l’exercice des charges militaires, le tribunat laticlave et surtout la légation de légion33. Pour ce qui est des provinces impériales, leur nombre ne cessa d’augmenter en fonction de la provincialisation des territoires conquis – toute province créée devenait automatiquement une province impériale – pour atteindre le chiffre d’environ quarante.

    L’empereur et l’autonomie des cités

    14À l’échelle de l’Italie et des provinces, les cités furent les interlocuteurs privilégiés des autorités romaines. C’était là un des traits les plus originaux de l’empire romain. L’administration romaine, représentée principalement par les gouverneurs de province, n’avait sous le Haut-Empire ni la volonté, ni la possibilité d’exercer un contrôle rigoureux sur les organisations municipales, dans la mesure où le système régissant la relation entre Rome et ces dernières reposait très largement sur le self-government des cités. Le principe de l’autonomie était toutefois loin d’être absolu. Les curateurs de cités, les correcteurs, l’empereur lui-même et les assemblées provinciales créées en relation directe avec le développement du culte impérial furent amenés à prendre à l’échelle des cités des mesures qui avaient pour effet de renforcer leur liberté ou au contraire de la placer sous surveillance. Il est nécessaire d’examiner les circonstances et les raisons qui justifiaient de telles interventions.

    15– Curateurs des cités et correcteurs

    16Il est avéré que les cités connurent pour un certain nombre d’entre elles des difficultés budgétaires récurrentes, les magistrats et les conseils se révélant incapables d’une gestion financière rigoureuse, qui aurait nécessité des redditions de comptes régulières et une gestion accomplie des biens possédés par la cité (bâtiments, terres etc.). Aussi, à partir du iie siècle, au plus tard sous le règne de Trajan, les empereurs jugèrent nécessaire de nommer des chargés de mission dont les plus courants furent les curateurs de cités nommés curatores rei publicae en Occident ou « logistes », c’est-à-dire « commissaires aux comptes », en Orient. L’institution de la curatelle de cité a connu une diffusion plutôt lente, irrégulière dans l’espace et dans le temps34. En Occident, de Trajan à Gallien, les curateurs sont attestés en grand nombre en Italie (près de 150), puis en Afrique (une trentaine). En Orient35, la curatelle est un phénomène majoritairement attesté dans les provinces d’Asie (une trentaine sur un total d’environ 80), de Pont-Bithynie, de Syrie et d’Achaïe. Leur place dans la hiérarchie sociale était variée, en Occident comme en Orient, ce qui reflétait très justement le statut original de cette fonction qui, selon Fr. Jacques, « était la seule fonction relevant de la nomination impériale qui pût être exercée par tout ‘honnête homme’ quel que fut son rang36 ». Il faut néanmoins souligner le rôle majeur tenu en Occident par les sénateurs, puisqu’on en dénombre 112 dans l’Occident romain (23 sénateurs attestés en Orient grec). Jusqu’à Antonin, le recours aux curateurs paraît avoir été assez exceptionnel en Occident comme en Orient. Quant à sa nomination, elle était toujours faite par le prince, qui seul délivrait un brevet de désignation37.

    17Les curateurs supervisaient l’usage des fonds publics, contrôlaient les biens des cités (locations, aliénation des terrains et des immeubles), veillaient à la reddition de comptes des magistrats sortis de charge et autorisaient ou non les constructions sur le sol public des cités contrôlées. Deux fonctions sont plus spécifiquement attestées en Orient : protéger les fondations testamentaires et contrôler le financement des concours qui rythmaient la vie des cités grecques. En définitive, le curateur ne portait pas fondamentalement atteinte à l’autonomie des cités, car il n’était détenteur ni de l’imperium délégué de l’empereur ni possesseur des droits de contraindre et de juger. Les curatelles étaient souvent brèves, même s’il y eut en Occident et en Orient quelques exceptions38. Exception faite de l’Italie, le nombre de communautés civiques qui reçurent la visite d’un curateur des cités demeura restreint, tandis que la fréquence des curatelles dans la même cité semble avoir été assez faible. En somme, ce n’était pas tant l’autonomie des cités qui était affectée par les missions des curateurs que la propension qui semblait naturelle à bon nombre de notables de gérer les finances publiques avec laxisme, phénomène que les institutions civiques traditionnelles semblaient incapables de contrôler.

    18En plus des curatores rei publicae, d’autres commissaires chargés de missions extraordinaires apparurent à partir du règne de Trajan et qui, nommés exclusivement par l’empereur, furent appelés correcteurs39. À la différence des curateurs de cités, qui n’étaient pas tous issus de l’ordre sénatorial, la totalité des correcteurs (Égypte exclue) étaient des sénateurs qui endossèrent cette charge après la préture ou postérieurement à la gestion des faisceaux consulaires, c’est-à-dire à un moment assez avancé de leur cursus honorum40. Leurs missions étaient variées : certains eurent un ressort étendu à l’ensemble d’une province, d’autres furent correcteurs des cités libres, d’autres enfin cumulèrent une légation en Asie et la fonction de correcteur des Cyclades. À la différence du curateur des cités, le correcteur était un légat impérial possédant l’imperium et les faisceaux41. Le pouvoir extraordinaire des correcteurs était fondé sur la possession lors de leur légation de l’imperium délégué de l’empereur. En outre, l’envoi d’un correcteur dans une province relevant traditionnellement du Sénat pouvait exprimer son rattachement à la prouincia de l’empereur. Ainsi, sous Hadrien, le correcteur de Bithynie C. Iulius Severus fut perçu comme le véritable « gouverneur » de la province42. On sait également que sous Marc Aurèle, les deux frères Quintilius Condianus et Sex. Quintilius (Valerius) Maximus, gouvernèrent l’Hellade, c’est-à-dire la province d’Achaïe43. Enfin, vers 240, Iulius Paulinus dirigea la province d’Achaïe comme hégémôn kai diorthôtès tès Hellados44. En Achaïe et dans le Pont-Bithynie45, ce déplacement provisoire d’une province publique vers la sphère de compétence d’un légat impérial montre que « l’empire est Un » et que le prince occupait le sommet de la pyramide politique et administrative quand il nommait des commissaires impériaux qui endossaient des missions dans les provinces publiques, ou bien encore lorsque ces dernières étaient provisoirement soumises à son imperium.

    19La création de la correctura indique que les empereurs, de Trajan jusqu’au deuxième tiers du iiie siècle, ont pensé que la solution la plus appropriée pour résoudre des problèmes sensibles était de mandater des légats extraordinaires. Apparaissent tout à la fois les limites de l’administration quotidienne fondée sur la très large autonomie accordée aux cités et sur une structure administrative légère, tandis que s’exprime une extension du rôle joué par l’imperium du prince au-delà des limites dessinées lors du règlement de janvier 27 av. J.-C.

    20– Les assemblées provinciales : culte impérial, émergence d’élites suprapoliades et contre-pouvoir face au gouverneur

    21Dans le cadre des relations existant entre l’empereur et les provinces, les assemblées provinciales46 jouèrent à la fois un rôle social (émergence d’élites à l’échelle de la province), religieux (rôle éminent dans le culte impérial)47et politique (fidélité des grands notables locaux envers Rome et les empereurs, constitution d’un contre-pouvoir face au gouverneur). Ces assemblées, nommées concilia en Occident et koina en Orient, ont rendu possible le maintien du sentiment d’appartenir à une communauté provinciale ou infra-provinciale. Elles étaient dotées d’institutions et de cultes fédéraux centrés autour du culte de l’empereur, des empereurs divinisés, associés à Rome divinisée48. Ainsi en Gaule, depuis 12 av. J.-C., la nation gauloise composée environ d’une soixantaine de cités de Lyonnaise, de Belgique, mais également d’Aquitaine dite « celtique » (entre Garonne et Loire) envoyait des délégués à l’autel du Confluent (entre le Rhône et la Saône) à Condate, sur les pentes de la Croix-Rousse, le 1er août. Ces derniers formaient le Conseil des Trois Gaules. Les villes selon leur importance désignaient un nombre variable de délégués au conseil fédéral appelé concilium en Occident et koinoboulion en Orient. En Lycie, comme l’a montré le dossier d’Opramoas de Rhodiapolis, six « premières » cités dominaient le Conseil fédéral49, tandis que dans la province d’Asie, Pergame, Éphèse et Smyrne, les trois « premières » cités de la province, détenaient une position presque hégémonique sur le koinoboulion, comme l’indique Aelius Aristide50. Tout comme en Gaule ou en Lycie, les cités les plus importantes devaient disposer d’un nombre de voix supérieur aux autres. Ces réunions revêtaient un caractère essentiellement religieux, puisque le président de l’assemblée provinciale, élu lors de la session précédente (il pouvait ainsi bénéficier d’une année pour préparer la session suivante), portait le titre de « prêtre » dans les Gaules et en Afrique, de flamine en Bétique et enfin de « grand-prêtre » dans les provinces grecques51. Leur mission essentielle était de célébrer le culte impérial, même s’ils devaient par ailleurs financer sur leurs propres fonds des fêtes qui comportaient souvent des combats de gladiateurs ou des chasses, comme l’atteste une inscription célèbre, le « Marbre de Thorigny52 », qui évoque les dépenses faites par T. Sennius Sollemnis au cours de sa prêtrise en 220. Le rôle sociologique joué par les assemblées provinciales ne fut pas mince dans la mesure où un groupe de notables locaux put émerger à l’échelle de la province, ou du moins à un niveau supra-poliade. C’est pourquoi les inscriptions grecques ne manquent pas de mentionner l’appartenance des élites locales au groupe restreint de ceux qui furent archiéreis ou encore asiarques, pontarques, bithyniarques53, macédoniarques etc., c’est-à-dire chefs des koina d’Asie, du Pont, de Bithynie ou de Macédoine.

    22C’est assurément le rôle politique des koina ou des concilia qu’il nous faut ici souligner. Outre le fait qu’elles signifiaient le ralliement des élites locales à Rome, à l’empereur et à la domus Diuina, les assemblées provinciales servirent de « contre-pouvoir » face à la personne qui incarnait le pouvoir de Rome dans les provinces, c’est-à-dire le gouverneur, qu’il fût proconsul ou légat impérial. En effet, ces assemblées étaient appelées à formuler une opinion sur l’administration des gouverneurs soit sous la forme d’une motion de félicitations, soit sous celle d’un blâme, lequel pouvait le cas échéant déboucher sur une accusation54. Du reste, nombre de gouverneurs d’Asie et de Bithynie furent de la sorte poursuivis en justice55. Mais c’est à nos yeux un passage des Annales de Tacite qui montre l’exaspération des sénateurs face au pouvoir des notables des koina jugé exhorbitant56. En effet, le Crétois Claudius Timarchus avait blessé le Sénat affirmant qu’il était en son pouvoir de faire décerner ou non des remerciements officiels aux proconsuls qui gouvernaient la Crète. Cette attitude qui montrait l’arrogance des provinciaux fut fustigée par le sénateur Paetus Thrasea, qui obtint en plus du banissement de Timarchus l’interdiction que le Sénat vote des remerciements à des propréteurs ou à des proconsuls. Il y eut, à n’en point douter, une profonde irritation des patres vis-à-vis des notables qui, par leur influence, étaient capables de faire décerner des remerciements officiels aux promagistrats qui gouvernaient les provinces. Cependant, dans le discours recomposé par Tacite, Paetus Thrasea ne conteste pas le principe des procès en concussion et admet que ceux-ci ont constitué un frein à l’avidité des gouverneurs. Les koina faisaient partie du dispositif de communication qui reliait l’empereur à ses sujets. Ainsi, à propos de l’immunité accordée aux médecins et aux professeurs de rhétorique, Antonin le Pieux choisit le koinon d’Asie pour interlocuteur57.

    23– L’empereur, dispensateur de privilèges, de titres et de bienfaits

    24On peut cerner la relation qui existe entre l’empereur et les cités en examinant la manière dont le prince accordait à ces dernières des privilèges et des titres. En Orient grec, les empereurs et le Sénat octroyèrent à certaines cités des privilèges et des titres honorifiques qui rehaussaient leur rang et leur prestige dans le cadre d’une lutte pluri-séculaire dont l’enjeu était la primauté (prôtéia). Certains privilèges modifiaient le statut juridique de la cité. Ainsi le privilège de liberté, accordé le plus souvent à l’époque tardo-républicaine58, possédait une valeur intrinsèque, puisque la cité libre était retranchée de la province (elle était exclue de la formula prouinciae, c’est-à-dire du règlement provincial59, qui comportait notamment la liste des cités pérégrines incluses dans la province et soumises au tribut). En effet, des dossiers épigraphiques comme celui d’Aphrodisias de Carie60 (Asie) montrent que la liberté constituait un privilège très concret dont les citoyens tiraient de très grands avantages : libérés du tribut et de toutes les charges dues aux autorités romaines (liturgies), ceux-ci jouissaient de leurs lois ancestrales et pouvaient créer de nouvelles lois. Dans le domaine de la justice, nous pouvons penser, à la lumière du dossier d’Aphrodisias, que si le demandeur et le défenseur étaient citoyens de naissance d’une cité libre, le procès avait lieu dans le cadre de la juridiction poliade61. Ces privilèges ne cessèrent pas après l’édit de Caracalla de 212, puisque sous Gordien III, en 2__, un citoyen d’Aphrodisias fut libre de se tourner devant le tribunal de son choix pour une affaire importante, le jugement en première instance devant être porté devant le préfet de la Ville62.

    25Un autre privilège majeur fut l’octroi par l’empereur du statut de colonie honoraire. Son obtention modifiait lui aussi le statut des citoyens de la cité récipiendaire qui obtenaient « en bloc » la ciuitas romana. Il connut un grand succès tant en Occident qu’en Orient (à partir du règne de Septime Sévère)63. Ici encore, le rôle de l’empereur était décisif, car c’était lui qui octroyait le privilège. Évoquant l’obtention par sa patrie, la cité de Tyr, du titre de colonie dotée de surcroît du droit italique, Ulpien écrivit : « Car c’est pour sa loyauté éminemment remarquable envers le peuple Romain et l’empire romain que le divin Sévère et l’empereur sous lequel nous vivons lui ont accordé le ius Italicum64. » Postérieurement au règne des Antonins, le privilège de liberté ne fut conservé dans les textes qu’en tant que privilège à renouveler et à conserver. Dans la lutte qui opposait les cités grecques pour la primauté, il sembla relayé par l’octroi et l’utilisation de nouveaux titres comme ceux de cité néocore65 et de métropole. Le titre de néocore était accordé à une cité abritant un sanctuaire provincial du culte impérial66. Il était particulièrement prisé par les cités dans la mesure où son itération (une cité comme Smyrne pouvait obtenir jusqu’à trois néocories67 !) permettait de cumuler les néocories et donc de se différencier des autres grandes cités détentrices d’un nombre moins élevé de sanctuaires provinciaux dédiés au culte impérial. La requête du titre de cité néocore devait être présentée le plus souvent (mais pas toujours) par le koinon, tandis que le Sénat donnait son accord ainsi qu’en témoignent les inscriptions et les monnaies68. Il semble toutefois que l’empereur orientait la réponse du Sénat : ainsi une inscription de Smyrne69, qui donnait la liste des dons et des privilèges consentis par Hadrien grâce à l’entremise du rhéteur Antonius Polémon, indiquait : « […] et tout ce que nous avons obtenu de notre seigneur Hadrien César par l’entremise d’Antonius Polémon : une deuxième décision du Sénat, en vertu de laquelle nous avons été néocore pour la deuxième fois, un concours sacré […]. » Ici, la demande pour l’obtention de ces gratifications provenait d’un particulier proche de l’empereur (et non du koinon), tandis que le Sénat donna de façon formelle son aval à une décision prise au préalable par Hadrien. Le véritable bienfaiteur – et décideur – était l’empereur.

    26Parmi les autres titres ardemment recherchés par les cités de l’Orient romain sous le Haut-Empire figurait celui, fort ancien, de « métropole ». Il donnait à la cité récipiendaire un « rang » ou une « dignité » qui la plaçait parmi les capitales religieuses de la province ou de l’éthnos (dans le cas des métropoles régionales)70. En outre, les métropoles recueillaient sous forme de contributions (suntéléiai), l’argent nécessaire aux frais des grandes-prêtrises du culte impérial et des directions des panégyries (fêtes religieuses), comme le montre la lettre de Valérien et Gallien à Philadelphie en 25571. À l’instar du titre de « néocore », le rang de « métropole » était octroyé par Rome. L’empereur joua un rôle majeur dans l’attribution de cette gratification, ce dont témoigne notamment une inscription de Béroia, l’actuelle Verria (Macédoine), honorant un grand-prêtre à vie des Augustes et agonothète du koinon de Macédoine, Q. Popillius Python, qui demanda à l’empereur Nerva que sa cité fut « la seule à posséder la néocorie des Augustes et le rang de métropole72 ». Ainsi, bien que la Macédoine fût une province publique, Q. Popillius Python eut pour interlocuteur l’empereur Nerva.

    27Dans une civilisation où les concours et les fêtes qui les accompagnaient jouaient un rôle majeur dans les cités d’époque impériale, la permission de créer un concours sacré était perçue comme un bienfait majeur73. Certains règnes marquent un net accroissement des concours comme celui d’Auguste et des Julio-Claudiens, mais aussi celui d’Hadrien, de Commode et des Sévères. En outre, le livre X de la Correspondance de Pline le Jeune74 prouve que seul l’empereur détenait le pouvoir de transformer un concours de rang mineur en un concours isélastique et de le placer ainsi à un degré supérieur de la hiérarchie agonistique. Parallèlement, les nouveaux concours sacrés étaient liés au culte impérial, notamment lorsqu’une cité obtenait une néocorie ou accédait à la dignité de métropole. Par ces bienfaits, l’empereur contrôlait l’attribution des concours qui parfois portaient son nom (Hadrianéia, Sévéréia, Valérianéia, Galliénéia etc.). La conjoncture politique et militaire accentua la présence des empereurs dans les Balkans, en Asie, en Anatolie ou en Syrie et joua assurément un rôle dans la multiplication des concours sacrés observée entre 180 et 27575.

    La circulation de l’information

    28Le tableau qui vient d’être présenté est par définition statique et n’est pas suffisant pour rendre compte de la manière dont l’empire romain fonctionnait. Il faut également étudier le mode de communication qui s’était inévitablement établi entre le centre et les périphéries. La gestion d’un empire aussi étendu représentait en effet une tâche de grande ampleur qui reposait sur des échanges de toutes sortes entre les différents acteurs (pouvoir central, dominé à l’époque républicaine par le Sénat et à l’époque impériale par le prince, administration romaine en fonction dans les provinces, communautés provinciales, simples particuliers). Ce n’étaient pas seulement les hommes qui circulaient dans l’empire romain, notamment les gouverneurs, les soldats, le personnel administratif et les ambassadeurs des cités. Les messages affluaient également de toutes parts, depuis le centre vers la périphérie ou inversement. À l’instar de tout organisme, l’empire romain ne pouvait survivre sans que l’information ne circule en son sein en un flux continu et ne parvienne effectivement à ceux auxquels elle était destinée. Dans ces conditions, la manière dont il a su recevoir l’information, l’absorber et lui répondre devient un problème historique central76. Si la longue durée de l’empire romain laisse entendre qu’il s’acquitta de cette tâche permanente avec succès, il ne faut pas oublier que la circulation de l’information représentait dans l’Antiquité une tâche complexe pour des raisons structurelles. Conjuguée au faible développement technique de cette époque, la lenteur des moyens de communication limitait l’efficacité de l’appareil administratif et nous interdit d’assimiler les empires antiques à des États bureaucratiques modernes. Il fallait ainsi une ou plusieurs semaines à un message envoyé depuis Rome pour parvenir par exemple en Asie Mineure ou au Proche-Orient, sans compter que le messager n’était jamais à l’abri d’un naufrage lorsqu’il lui fallait emprunter le moyen de transport le plus courant qu’était le bateau pour rallier l’un ou l’autre port de la Méditerranée. Les historiens ont pu parler d’administration « rudimentaire » eu égard aux contraintes matérielles77, mais celles-ci n’empêchèrent pas l’information de circuler à son propre rythme. La question est de déterminer les supports et les modalités de la communication qui s’était s’établie entre le centre et la périphérie ainsi qu’entre les pôles mêmes de l’appareil administratif.

    29Le poids de la correspondance doit être d’emblée souligné. Un des meilleurs spécialistes du fonctionnement de l’empire romain, F. Millar, parle d’un « gouvernement par correspondance » (cf. supra, n. 76). De ce point de vue, il existe une réelle continuité entre la fin de la République et le Haut-Empire. L’écrit est resté le principal support par lequel les gouvernants communiquaient entre eux et avec les gouvernés. Une telle pratique constitue un avantage pour les historiens, puisqu’elle contribua à la conservation de documents administratifs. Cette réalité ne signifie pas qu’une telle documentation était destinée à être gravée sur la pierre ou le bronze pour durer. Le support était d’ordinaire un matériau non durable comme le papyrus dans les cas les plus fréquents ou le bois pour les décisions à afficher afin de les faire connaître du plus grand nombre78. Loin d’être une obligation, la publication de l’une ou l’autre pièce de la correspondance officielle sous la forme durable de l’inscription représentait l’exception plus que la règle. Elle doit être analysée comme un moyen d’auto-représentation de la communauté ou du(es) particulier(s) à l’égard de laquelle ou du(es)quel(s) la décision prise par le pouvoir central était favorable79. Dans quelques cas spécifiques sur lesquels nous reviendrons, l’État romain pouvait diffuser en dehors de Rome le contenu de décisions et faire en sorte que celles-ci soient gravées et placées dans un lieu public fréquenté (le forum le plus souvent). Aux documents épigraphiques s’ajoutent les sources juridiques qu’il faut chercher dans la compilation justinienne, le Digeste avant tout, pour ce qui concerne le Haut-Empire (iie-iiie siècles apr. J.-C.).

    30Il existe à ce jour toute une série de documents officiels provenant de la chancellerie ou adressée à celle-ci qui nous éclairent sur la circulation de l’information au sein de l’empire romain et ses modalités. Il s’agit de différents types d’ordonnances dont l’origine remonte pour une grande majorité à l’époque républicaine et qui s’adaptèrent à la présence à la tête de l’État d’un princeps. Le contenu des lois et des sénatus-consultes – votés respectivement par le peuple et le Sénat – était diffusé en dehors de Rome à l’époque républicaine lorsqu’ils concernaient l’Italie et les provinces ; ils pouvaient être gravés sur une inscription, comme le montre l’exemple du Senatus consultum de Bachanalibus mis au jour à Tiriolo en Calabre, dans l’ancien ager Teuranus80. Les décisions législatives adoptées par ces assemblées étaient contraignantes pour ce qui est des lois et incitatives pour les sénatus-consultes à un point tel que les recommandations exprimées par les sénateurs sous la forme d’avis étaient considérées dans la pratique comme des ordres. L’avènement d’une monarchie impériale, si elle ne mit pas fin aux comices et aux réunions du Sénat, transforma progressivement le sens qu’il faut donner aux mesures prises par ces assemblées. Le peuple se réunit de moins en moins souvent, tandis que le Sénat cessa d’être le centre du pouvoir. Il demeure qu’ils continuèrent à faire connaître leurs décisions aux Italiens et aux provinciaux lorsque le pouvoir impérial le jugeait nécessaire. Dès l’époque républicaine, les responsables de l’exécutif qu’étaient les magistrats étaient amenés à prendre des ordonnances qui pouvaient prendre plusieurs formes d’un point de vue juridique et qui furent reprises par le prince à l’époque impériale sous la forme de ce qu’on appelle les constitutions. Il faut mentionner les édits, prescriptions d’ordre général qui étaient pris à l’époque impériale par le prince avec la particularité d’être applicables le cas échéant à l’ensemble de l’empire. L’exemple des édits de Cyrène atteste qu’Auguste fit connaître aux habitants de cette cité le contenu de décisions qui les concernaient et qu’ils firent graver81. A l’époque impériale se multiplièrent les rescrits, qui étaient des réponses écrites à des questions écrites et prenaient la forme technique de lettre lorsque le prince répondait à une autre lettre ou de souscription lorsqu’il répondait à un libellus (= pétition). Cette catégorie des constitutions impériales est celle qui est le plus souvent attestée dans notre documentation82. Cette importance quantitative reflète en partie la structure d’un empire dans lequel le pouvoir impérial jouait un rôle plus passif ou réactif qu’actif en consacrant une grande partie de ses actifs à répondre aux sollicitations qui lui étaient adressées depuis toutes les parties de l’empire83. Mais nous n’avons là qu’une partie de l’explication et il faut y ajouter la tendance naturelle des sources à enregistrer les rescrits parce qu’il s’agissait d’actes juridiques qui avaient une portée concrète pour les provinciaux84. De ce point de vue, il ne faut pas négliger des règlements administratifs à usage interne sous le prétexte qu’ils sont à ce jour peu nombreux. Ils nous sont parvenus en moins grand nombre que les rescrits parce qu’ils faisaient partie d’une routine administrative que les compilations juridiques et les inscriptions ne jugèrent pas utile d’enregistrer, mais il ne fait aucun doute qu’à toutes les époques, une partie non négligeable de l’information diffusée depuis Rome reposait sur des actes normatifs que l’État romain fut amené à faire appliquer. Cette mise au point nous conduit à valoriser une troisième catégorie de constitution impériale qui regroupe les instructions de caractère administratif et qu’on appelait techniquement des mandats. Le droit d’adresser de telles instructions aux gouverneurs de province était sous la République du ressort du Sénat et finit par être monopolisé par le pouvoir impérial, au terme d’une évolution dont nous ne connaissons pas le détail85. Adaptés au début de l’époque impériale aux situations spécifiques, les mandats devinrent tralatices. C’était là un instrument du contrôle exercé par le pouvoir impérial sur les provinces où il ne pouvait être physiquement présent et un fondement de son droit à intervenir à tout moment dans n’importe quelle région de l’empire.

    31L’État romain avait à disposition tout un arsenal juridique et législatif qui lui permettait de faire appliquer ses décisions dans les provinces ou de répondre aux sollicitations des provinciaux. Il reste à s’interroger sur les modalités de leur diffusion. La publication au xxe siècle de plusieurs tables de bronze retranscrivant une partie des honneurs funéraires accordés à Germanicus permet de mieux comprendre comment circulait l’information officielle. On savait depuis longtemps par le témoignage de Tacite que celui qui était le fils adoptif de Tibère était mort en Syrie en octobre 19 apr. J.-C. et que la nouvelle de son décès avait suscité un émoi considérable à Rome. Le Sénat avait voté rapidement, en décembre, un sénatus-consulte qui lui accordait une série d’honneurs funéraires86. La découverte dans les années 50 à Héba, en Toscane, d’un fragment en bronze d’une loi relative à de tels honneurs (la Tabula Hebana) venait apporter de nombreuses informations complémentaires dont il faut extraire dans le cadre de notre étude le renseignement suivant : le sénatus-consulte mentionné par Tacite fut ratifié par une loi dont le contenu fut porté à la connaissance des habitants d’une cité d’Italie. La découverte dans les années 80 à Siarum, dans la province romaine de Bétique, de plusieurs fragments de bronze sur lesquels étaient gravées des parties de la même loi et du même sénatus-consulte est venue fournir des informations inédites sur les modalités de la diffusion d’une décision prise par le Sénat et le peuple Romain87. Ce qu’on appelle la Tabula Siarensis précise qu’en matière de diffusion des décisions prises à Rome, les cités d’Italie et les colonies romaines provinciales avaient le devoir de s’informer par le biais de leurs magistrats et de leurs légats présents à Rome qui recopiaient le texte du SC reproduit en bas de l’édit des consuls pour en transmettre une copie dans leur cité ; quant aux autres types de cités localisées dans les provinces (mis à part le cas problématique des municipes de droit romain situés dans les provinces), elles attendaient que le gouverneur les mît au courant de ce qui avait été décidé à Rome et les poussât à afficher à leur tour ce SC88. Il fallait donc établir une distinction selon l’aire de diffusion du message délivré par le régime impérial : l’affichage du sénatus-consulte était obligatoire dans les cités d’Italie et les colonies romaines situées dans les provinces ; il était recommandé pour les autres cités des provinces et passait par une intervention du gouverneur auquel le Sénat adressait un conseil pressant et dont l’action dans la diffusion des informations depuis Rome était primordiale. Pour en finir avec cette présentation nécessairement succincte des modalités de diffusion de l’information, il faut retenir que depuis Auguste, l’État romain disposait d’un service officiel qui assurait la transmission des informations et que l’on désigne sous le nom de poste impériale (vehiculatio, devenue cursus publicus)89. Il avait pour objet de faire parvenir dans toute partie de l’Empire des décisions officielles (édits, rescrits…) ou tout type d’information et de convoyer des hommes en mission pourvus d’une autorisation officielle. La principale différence avec notre service postal actuel était qu’il était réservé durant l’Antiquité romaine à la transmission des informations émanant de l’État romain – et non de particuliers. Le cursus publicus était une branche de l’administration impériale dont le personnage le plus connu était le praefectus vehiculorum (un chevalier, dont on ignore malgré tout les fonctions précises). Il reposait dans la pratique sur l’envoi de messagers (tabellarii) et l’existence à intervalle régulier de stations-relais abritant des moyens de locomotion (mules, chevaux, véhicules légers, chariots…) et un personnel local90.

    Conclusion

    32En rédigeant ses Res Gestae, et plus particulièrement ce que Suétone appelle l’Index rerum gestarum91, Auguste voulut donner à l’imperium populi Romani, défini comme territoire du peuple romain sur lequel le populus Romanus avait assis sa domination, un triple achèvement92 : spatial (par l’affirmation de la fin de la conquête de l’oikoumène), temporel (son règne en clôturant la période des guerres civiles ouvrait sur un nouvel Âge d’Or), politique, puisqu’il avait fondé un nouveau régime, le principat, tandis que Virgile fixait une mission éternelle au Romain, celle de régir les peuples sous son imperium93. Les auteurs de la République et du Principat créèrent une historiographie qui, à son tour, influença la vision des Modernes en les incitant à faire de l’empire romain le creuset et surtout le modèle (ou idéal-type) à l’aune duquel les autres empires devaient être comparés. Cette influence s’est estompée, dans la mesure où l’historien de Rome connaît la spécificité de son objet d’étude, conscient par ailleurs que l’empire romain fut le seul dans l’Histoire où le nom des citoyens d’une ville soit devenu celui des habitants de son empire, ce qui témoigne de la réussite d’une « intégration », pour reprendre le mot de Fr. Jacques, très originale des descendants libres des peuples vaincus qui, après 212, appartinrent tous et simultanément à deux patries, leur « petite patrie », et la patrie universelle, la ciuitas romana. Sur un plan plus général, l’empire romain fascina, car il prétendit dominer l’oikoumène. En d’autres termes, l’État romain se présenta comme un État « mondial » et constitua à ce titre un modèle tant pour Byzance à l’époque de Justinien que pour d’autres monarques, États ou peuples : les Francs sous Charlemagne, les Germains à l’époque d’Othon, les sujets des Habsbourg à l’époque de Charles Quint, les Français sous le règne de Louis XIV et sous le premier empire. Et ce n’est qu’en 1806 que fut supprimé par Napoléon Ier le dernier État qui se voulait l’avatar d’un empire romain, à savoir le Saint empire romain germanique des Habsbourg. Le besoin éprouvé par des États si différents de se référer au modèle impérial romain atteste non seulement de l’existence de racines culturelles communes, mais aussi d’une recomposition idéalisée de leur histoire et de leur identité.

    Les provinces de l’Empire romain à la fin du ier siècle apr. J.-C.

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    Notes de bas de page

    1 Sur la définition du concept d’idéal-type, Weber M., Gesammelte Aufsätze zur Wissenschaftslehre, 5e éd., Tübingen, 1982, p. 191. L’idée selon laquelle l’empire romain représente un modèle se trouve toujours exprimée dans l’ouvrage édité en 1997 sous la direction de Jean Tulard, qui consacre à l’empire romain un premier chapitre au titre révélateur (Martin J.-P., « Le modèle romain », Tulard J. (dir.), Les empires occidentaux de Rome à Berlin, Paris, 1997, p. 15-106). Tel n’est pas le point de vue défendu dans ce livre.

    2 Cf., e.g., Cic., 2Verr., 1, 55 ; 3, 13 ; 5, 8 ; Dom., 71 ; Sest., 67 ; Font., 35 ; Fam., XII, 15, 2 ; Sall., Lettres à César, II, 4, 3 ; Liv., XXXVIII, 11, 2 ; Cés., BG, I, 45, 3 ; Plin., NH, VII, 98 ; Iuventius Celsus, dans Digeste, XLIII, 8, 3 ; CIL, III, 75. On prendra également en considération les nombreux passages des Res Gestae cités infra, n. 6.

    3 Cf. Nicolet Cl., « L’empire romain : espace, temps et politique », Ktèma, 8, 1983, p. 169-170.

    4 Sur l’idée que Rome est restée une cité dans laquelle les décisions devaient être publiquement débattues avant d’être prises, cf. Nicolet Cl., « L’“impérialisme” romain », Nicolet Cl. (dir.), Rome et la conquête du monde méditerranéen, t. II, Paris, 19892, p. 894-899.

    5 Sur la nature du régime politique à Rome à l’époque républicaine, les analyses de F. Millar sur les aspects démocratiques d’un système qui reposait sur la consultation et l’accord des assemblées populaires, les comices, ont été récemment battues en brèche. Il faut plutôt penser que la participation active du peuple Romain ne servait qu’à renforcer l’assise consensuelle d’un régime foncièrement oligarchique (cf. en dernier lieu Hölkeskamp K.-J., Rekonstruktionen einer Republik. Die politische Kultur des antiken Roms und die Forschung der letzten Jahrzente, Munich, 2004).

    6 Cf. les premières lignes des Res Gestae Diui Augusti : Rerum gestarum Diui Augusti, quibus orbem terra[rum] imperio populi Rom[a]ni subiecit… ; cf. aussi Res Gestae, 13, 1 ; 26, 1 et 27, 1.

    7 Cf. Veyne P., L’Empire gréco-romain, Paris, 2005, p. 15-78.

    8 Sur l’usurpation comme mode naturel de transmission du pouvoir impérial, cf. Flaig E., Den Kaiser herausfordern. Die Usurpation im römischen Reich, Francfort-New York, 1992.

    9 Sur la notion de « centre-périphérie » et la question de son application à l’histoire ancienne, cf. Hermon E., « Formes de domination et formes d’administration provinciale dans l’Empire romain républicain », Hermon E. (dir.), Pouvoir et imperium (IIIe av. J.-c.-Ier apr. J.-c.), Naples, 1996, p. 26-27 qui rappelle ce que ce modèle sociologique doit aux réflexions théoriques de certains archéologues. Sur le thème de Roma caput mundi, Nicolet, L’inventaire du monde. Géographie et politique aux origines de l’Empire romain, Paris, 1988, p. 7-8 et surtout p. 201-223.

    10 Sur l’éloge de l’Italie, cf. Virg., Géorg., 2, 136-176 ; D.H., I, 36 ; Strab., VI, 4, 1 ; Plin., N.H., III, 5 et XXXVII, 201-202 ; Varr., R.R., I, 2, 3-10.

    11 Liv., V, 54, 3-5.

    12 Sur la définition du pouvoir impérial à sa naissance, cf. Ferrary J.-L., « À propos des pouvoirs d’Auguste », CCG, 12, 2001, p. 101-154.

    13 On sait par exemple qu’Antonin finança en partie la reconstruction de Carthage détruite par un incendie à la fin des années 140 apr. J.-C. (H. A., Vie d’Antonin, 9, 2).

    14 Sur le « métier » d’empereur, cf. Millar F., The Emperor in the Roman World, Londres, 1977.

    15 Sur la « co-régence » à l’époque julio-claudienne, cf. Hurlet Fr., Les collègues du prince sous Auguste et Tibère, Rome, 1997.

    16 Sur cette question, les recherches prosopographiques de H.-G. Pflaum constituent toujours une référence bibliographique indispensable (Les carrières procuratoriennes équestres sous le Haut-Empire romain, Paris, I-III, 1960 ; Suppl., IV, 1982).

    17 Cf. Sén., Ira, II, 33, 2.

    18 Sur la notion de cour, cf. Wallace-Hadrill A., « The Imperial Court », Bowman A. K., Champlin E. et Lintott A. (dir.), CAH, X, 2e éd., Cambridge, 1996, p. 283-308 et Winterling A., Aula Caesaris. Studien zur Institutionalisierung des römischen Kaiserhofes in der Zeit von Augustus bis Commodus (31 v. Chr.-192 n. Chr.), Munich, 1999 ; Hurlet Fr., « Le centre du pouvoir : Rome et la cour impériale aux deux premiers siècles de notre ère », Belayche N. (dir.), Rome, les Césars et la Ville aux deux premiers siècles de notre ère. Études d’histoire politique, sociale et religieuse, Rennes, 2001, p. 159-183.

    19 La crise de 193-197 qui oppose Septime Sévère à Pescennius Niger et à Clodius Albinus et sa résolution par l’exécution de Niger (fin avril 194) défait auparavant à la bataille d’Issos en mars 194, d’une part, et par la mort d’Albinus en février 197 lors de la bataille de Lyon d’autre part, sont symptomatiques du rôle éminent joué par les légions. L’empereur devait craindre également d’éventuelles mutineries. Ainsi, ce fut le soulèvement de la Legio IIIa Gallica qui mit fin au règne de Macrin en juin 218, ce dernier ayant manifesté le souhait de revenir sur les augmentations de soldes pourtant promises par Caracalla.

    20 Hér., VI, 8, 3-5.

    21 Zos., Histoire Nouvelle, I, 39-41.

    22 Aur. Vict., Césars, 33, 21.

    23 Il faudrait ajouter en outre l’existence d’une quarantaine « d’usurpateurs », prétendants à la pourpre qui échouèrent dans leur tentative et qui furent mis à mort.

    24 RIC V, 1, 590.

    25 Pour une définition de la prouincia, cf. Hurlet, Collègues du prince op. cit., p. 257-261.

    26 Sur la réforme provinciale de 27 av. J.-C., cf. en particulier Dion, LIII, 12-15.

    27 Cf. Millar F., « Senatorial Provinces. An Institutionalized Ghost », AncW, 20, 1989, p. 93-97 [= Rome, the Greek World, and the East, Vol. 1, éd. par H. M. Cotton et G. M. Rogers, Chapell-Hill, Londres, 2002, p. 313-320].

    28 La règle voulait que les provinces impériales dotées d’une seule légion soient gouvernées par un ancien préteur – qui commandait ainsi à la fois la province et la légion –, tandis que les provinces dotées d’au moins deux légions étaient dirigées par un ancien consul.

    29 Strab., XVII, 3, 25 ; cf. aussi Dion, LIII, 12, 1-3. Depuis Caligula, la seule légion qui dépendait d’un proconsul, en l’espèce le proconsul d’Afrique, devient subordonnée à l’empereur.

    30 Cf. Millar F., « The Emperor, the Senate and the Provinces », JRS, 56, 1966, p. 156-166 [= Rome, the Greek World, and the East, Vol. 1, p. 271-291].

    31 Cf. Hurlet Fr., Le proconsul et le prince d’Auguste à Dioclétien, Bordeaux, 2006.

    32 En Égypte stationnaient selon les moments une ou deux légions commandées par des préfets équestres dépendant du préfet d’Égypte.

    33 Aur. Vict., Césars, 33, 31-34 ; 37, 5-7.

    34 Cf. Jacques Fr., Les curateurs des cités dans l’Occident romain de Trajan à Gallien, Paris, 1983 ; Id., Le privilège de liberté. Politique impériale et autonomie municipale dans les cités de l’Occident romain, Rome, 1984, p. 3-320 ; Id., dans Jacques Fr. & Scheid J., Rome et l’intégration de l’Empire 44 av. J.-c.-260 apr. J.-c., t. I, Paris, 1990, p. 266-269. Sur la curatelle de cité en Orient, Guerber E., Liberté grecque et intégration dans l’Empire romain. Recherches sur les cités libres et l’autonomie des poleis de la partie hellénophone de l’Empire romain d’Octave Auguste à Gallien, accepté pour publication dans la CEFR.

    35 Par commodité, seules les cités pérégrines sont ici envisagées. Bien entendu, des curateurs opéraient également dans les colonies romaines d’Orient.

    36 Jacques Fr., Rome et l’intégration de l’Empire, op. cit., p. 267.

    37 Pour l’Occident, cf. Jacques Fr., Curateurs des cités, op. cit., p. 426. Pour l’Orient, une inscription de Thessalonique indique que T. Aelius Macedo fut logiste « par mandat divin de la cité d’Apollonia près du golfe ionien » (IG X 2, 181, l. 12-14).

    38 La durée de la curatelle de Curiatus Cosianus à Caere (Étrurie) dure de nombreux mois et le curateur semble lointain (il s’absente ainsi pendant six mois) ; voir Jacques Fr., Privilège de liberté, op. cit., p. 346. En Orient, un logiste, le philosophe M. Aurelius Olympiadoros, fut nommé à Trézène pour une durée de dix ans (IG IV 796).

    39 Sur l’origine géographique et sociale des correcteurs, leur cursus honorum et l’examen de leurs prérogatives, voir Guerber E., « Les correctores dans la partie hellénophone de l’Empire romain du règne de Trajan à l’avènement de Dioclétien : Étude prosopographique », Anatolia Antiqua, 5, 1997, p. 211-248.

    40 À l’exception de P. Pactumeius Clemens, legatus divi Hadriani Athenis, Thespiis, Plataeis item in Thessalia (CIL VII 7059 = D. 1067) vers 124/5, antérieurement à sa préture.

    41 Comme l’écrivait Pline le Jeune à son ami Maximus nommé par l’empereur Trajan correcteur des cités libres d’Achaïe : « An contemnitur qui imperium, qui fasces habet… »(Ep., 8, 24, 6). De même, C. Iulius Severus fut envoyé en Bithynie à l’époque d’Hadrien comme correcteur et curator détenteur des cinq faisceaux, à l’instar de tout légat d’Auguste propréteur détenteur d’un pouvoir délégué (CIG 4033 = IGR III, 174).

    42 Dion, LXIX, 14, 4.

    43 Epigraphical Museum 13366, § 3, 1 ; § 6, 1 ; § 11, 1 ; Philostrate, VS, 2, 1, 10.

    44 AE, 1913, 244 où il est rappelé que Iulius Paulinus supervisa la reconstruction décidée par l’empereur d’un pont vétuste et endommagé.

    45 Nous songeons ici à la mission extraordinaire de Pline le Jeune en Pont-Bithynie, puis à la légation de son successeur C. Iulius […] Cornelius Tertullus.

    46 Deininger J., Die Provinziallandtage der römischer Kaiserzeit von Augustus bis zum Ende des dritten Jahrhunderts n. c., Munich, 1965.

    47 Price S. F. R., Rituals and Power. The Roman Imperial Cult in Asia Minor, Cambridge, 1985.

    48 Mellor R., ΘEA PΩMH. The Worship of the Goddess Roma in the Greek World, Göttingen, 1975.

    49 Balland A. Inscriptions d’époque impériale du Lètôon, Paris, 1981, p. 176-177.

    50 Ael. Ar., 23, 33 (167 apr. J.-C.). Le rhéteur ajoute qu’elles sont « comme les stratèges du koinon ».

    51 Si la plupart des grands-prêtres provinciaux étaient nommés pour une année, l’archiéreus d’Achaïe faisait exception dans la mesure où il était nommé à vie (B. Puech, op. cit., p. 15-33).

    52 CIL XIII, 3162. Pflaum H.-G., Le marbre de Thorigny, Paris, 1938.

    53 Campanile M. D. « Il koinon di Bitinia. BEIΘΥNIAPXAI E APXONTEΣ TOΥ KOINOΥ TΩN EN BEIΘΥNIAI EΔΔHNΩN », SCO, 43, 1993, p. 333-357. Sur les asiarques et les grands-prêtres d’Asie, Campanile M. D., Sacerdoti del koinon d’Asia (i sec. A.c.-III sec. D.C.). Contributo allo studio della romanizzazione delle élites provinciali nell‘ Oriente greco, Pise, 1994.

    54 La procédure d’une traduction en justice devant le Sénat est relatée dans la Correspondance de Pline le Jeune pour l’époque de Domitien et de Trajan.

    55 Cf. Brunt P. A., « Charges of Provincial Maladministration under the Early Principate », Historia, 10, 1961, p. 189-227.

    56 Tac., Ann., XV, 20-22 (sous Néron). Le discours de Paetus Thrasea fut assurément bien accueilli par les sénateurs, puisque selon Tacite « une approbation générale accueillit cet avis ».

    57 Modestin, Dig., XXVII, 1, 6, 2 et 7.

    58 L’éleuthéria ne fut plus accordée à une cité après le règne d’Antonin le Pieux. L’empereur éleva le bourg de Pallantion d’Arcadie au rang de cité doté de la liberté et de l’exemption du tribut (Paus., VIII, 33, 1-2).

    59 « La formula d’une province était à coup sûr un dossier descriptif, un catalogue », comme l’a écrit Nicolet Cl., Censeurs et publicains. Économie et fiscalité dans la Rome antique, Paris, 2000, p. 262.

    60 Reynolds J., Aphrodisias and Rome, Londres, 1982 ; Reynolds J., « New letters from Hadrian to Aphrodisias », JRA, 13, 2000, p. 5-20.

    61 Reynolds J., art. cit., p.9.

    62 Reynolds J., op. cit., doc. 22, p. 136.

    63 L’exemple africain a été étudié sur la longue durée par Gascou J. (La politique municipale de l’Empire romain en Afrique proconsulaire de Trajan à Septime Sévère, Rome, 1972 ; « I. La politique municipale de Rome en Afrique du Nord d’Auguste au iiie siècle », ANRW II, 10, 2, 1982, II, « Après la mort de Septime Sévère », ibid.). Sur les colonies du monde hellénophone, Sartre M., « Les colonies romaines dans le monde grec. Essai de synthèse », Electrum, 5, 2001, p. 111-152.

    64 Ulp., Dig., L, 15, 1, 3. Le ius Italicum assimilait le territoire de la cité à une portion du territoire italique.

    65 Sur les cités néocores, l’ouvrage le plus à jour est celui de Burrell B., Neokoroi. Greek Cities and Roman Emperors, Brill-Leiden-Boston, 2003. Sur la compétition entre les cités d’Asie et de Bithynie, cf. Heller A., « Les bêtises des Grecs ». Conflits et rivalités entre cités d’Asie et de Bithynie à l’époque romaine (129 a.C.-235 p. C.), Bordeaux, 2006.

    66 Une cité pouvait également être néocore d’un grand dieu : ainsi Éphèse est sous Caracalla deux fois néocore (des Augustes) et néocore d’Artémis (IvEph., 212 ; IvEph., 3001 ; IvEph., 740).

    67 Smyrne est trois fois néocore des Augustes sous Caracalla (BMC 403-417 ; SNGCop 1389 ; SNGvA 2220-1).

    68 Burrell, Neokoroi, op. cit., p. 343-371.

    69 Ik23, 1, 697, l. 33-38.

    70 Sur cette question, nous disposons désormais de l’important article de Puech B. (« Des cités-mères aux métropoles », L’hellénisme d’époque romaine. Nouveaux documents, nouvelles approches (Ier s. a. c.-IIIe s. p. c.). Actes du colloque international à la mémoire de Louis Robert, paris, 7-8 juillet 2000, Follet S. (dir.), Paris, 2004, p. 357-404).

    71 Oliver J. H., Greek constitutions of Early Roman Emperors, Philadelphie, 1989, p. 553-556.

    72 SEG XVII, 315, l. 5-8. Le titre de métropole est toujours attesté pour Béroia en 271 (AE, 1971, 331).

    73 Tous les concours consacrés à une divinité n’étaient pas pour autant considérés comme des « concours sacrés » à l’époque impériale. Il faut compter parmi ceux-ci les concours de la période classique, c’est-à-dire les quatre grands concours sacrés panhelléniques d’Olympie, de Delphes, de l’Isthme et de Némée, les concours « égaux » en dignité aux concours précités (concours « isopithyques », « isolympiques » etc.). S’ajoutent les concours des Aktia, des Capêtolia, les Héraia d’Argos, et si l’on suit J.-L. Ferrary « peut-être même les Sebasta de Naples » (« Rome, Athènes et le philhellénisme dans l’empire romain, d’Auguste aux Antonins », Accad. Lincei. Atti dei convegni Lincei 125, 1996, p. 195). Aux Sébasta de Naples, il faudrait ajouter sans doute les Eusèbeia de Pouzzoles, fondés en 138 par Antonin le Pieux afin d’honorer la mémoire d’Hadrien, son père adoptif (l’ensemble de ces concours formant la période « élargie »). S’ajoutent enfin les gratifications (par exemple une élévation du statut du concours) et les créations impériales.

    74 Plin., Ep., X, 118.

    75 Après cette date, les frappes monétaires sont moins nombreuses et la raréfaction des monnaies agonistiques nous prive d’une source majeure, de sorte que l’histoire du développement des concours est difficile à établir.

    76 Millar F., « Trajan : Government by Correspondence », González A. (dir.), Trajano emperador de Roma, Rome, 2000, 363-388 [= Rome, the Greek World, and the East, vol. 2, éd. par H. M. Cotton & G. M. Rogers, Chapel Hill – Londres, 2004, p. 23-46].

    77 Cf. dans ce sens Haensch R., Capita provinciarum. Statthaltersitze und Provinzialverwaltung in der römischen Kaiserzeit, Mayence, 1997, p. 389 et Eck W., « Zur Einleitung. Römische Provinzialadministration und die Erkenntnis-möglichkeiten der epigraphischen Überlieferung », Eck W. (dir.), Lokale Autonomie und römische Ordnungsmacht in den kaiserzeitlichen Provinzen vom bis 3. Jahrhundert, Munich, 1999, p. 4-5.

    78 Sur les inscriptions en bois, cf. Eck W., « Inscriften auf Holz. Ein unterschätztes Phänomen der epigraphischen Kultur Roms », Kneissl P. & Losemann V. (dir.), Imperium Romanum : Studien zu Geschichte und Rezeption. Festschrift für Karl Christ zum 75. Geburtstag, Stuttgart, 1998, p. 203-217.

    79 Cf. Eck W., « Documenti amministrativi : pubblicazione e mezzo di autorappresentazione », Paci G. (dir.), Epigrafia romana in area adriatica. IXe rencontre franco-italienne sur l’épigraphie du monde romain, Macerata, 1998, p. 343-366 [= Eck W., Die Verwaltung des römischen Reiches in der hohen Kaiserzeit. Ausgewählte und erweiterte Beiträge, t. II, Bâle, 1998, p. 359-381].

    80 CIL, I2, 581 = ILS, 18 = ILLRP, 511.

    81 Cf. De Visscher F., Les édits d’Auguste découverts à Cyrène, Louvain, 1940.

    82 J.-P. Coriat donne une idée de l’importance quantitative des rescrits dans les sources juridiques en dénombrant pour l’époque sévérienne 1182 rescrits sur les 1359 décisions législatives répertoriées pour l’époque sévérienne (Le prince législateur. La technique législative des Sévères et les méthodes de création du droit impérial à la fin du principat, Rome, 1997).

    83 C’est la thèse principale de F. Millar, qui a élaboré dans son ouvrage sur l’empereur romain le modèle de la pétition/réponse, toujours suivi à ce jour et dans les grandes lignes par un grand nombre d’historiens, en signalant qu’en matière administrative, l’empereur romain réagissait aux sollicitations plus qu’il ne prenait d’initiative.

    84 Cf. Burton G.P., « The Roman Imperial State (A.D. 14-235) : Evidence and Reality », Chiron, 32, 2002, p. 239-280 (en particulier p. 253-254 et 266-267).

    85 Sur cette question, cf. mes remarques dans Le proconsul et le prince, op. cit., p. 223-232.

    86 Tac., Ann., II, 82-83.

    87 Cf. M. H. Crawford éd., Roman Statutes, Londres, 1996, I, n° 37-38, 507-543.

    88 Frg. IIb, l. 21-27. Cf. à ce sujet Hurlet Fr., « Les modalités de la diffusion et de la réception de l’image et de l’idéologie impériale sous le Haut-Empire en Occident », Navarro Caballero M. et Roddaz J.-M. (dir.), La transmission de l’idéologie impériale dans l’Occident romain, Bordeaux, 2006, p. 49-68 et Nelis-Clément J., « Le gouverneur et la circulation de l’information dans les provinces romaines sous le Haut-Empire », Capdetrey L. et Nelis-Clément J. (dir.), La circulation de l’information dans les États antiques, Bordeaux, 2006, p. 141-160, en particulier p. 145-148 pour une analyse du fragment de la Tabula Siarensis.

    89 Cursus publicus n’est attesté qu’à partir du ive siècle apr. J.-C., mais la réalité à laquelle il renvoie a été mise en place par Auguste. Sur la création de ce service de la poste impériale, le texte essentiel est Suét., Aug., 49, 5.

    90 Pour en savoir plus sur le cursus publicus, cf. la synthèse de Kolb A., « Transport and Communication in the Roman State : the cursus publicus », Adams C. et Laurence R. (dir.), Travel and Geography in the Roman Empire, Londres, 2001, p. 95-105.

    91 Aug., 101.

    92 Nicolet, L’inventaire du Monde, op. cit., p. 28.

    93 Virg., Én., VI, 851 : Tu regere imperio populos, Romane, memento.

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    • Éric Guerber
    • Frédéric Hurlet
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    L’aristocratie augustéenne et la Res publica restituta

    Frédéric Hurlet

    Introduction. Res publica restituta. Le pouvoir et ses représentations à Rome sous le principat d’Auguste

    Frédéric Hurlet et Bernard Mineo

    Introduction. Gouverner l’Empire : les modalités de l’emprise de Rome sur l’Occident

    Frédéric Hurlet

    Recherches sur la profectio de la dictature de Sylla à la lex Pompeia (82-52). Le cas des gouverneurs de rang prétorien

    Frédéric Hurlet

    Préface

    Frédéric Hurlet

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    Introduction

    Frédéric Hurlet

    Préface

    Éric Guerber

    Conclusion. Apports et limites d’une approche diachronique

    Éric Guerber et Gérard Le Bouëdec

    « Villes amirales », « capitaineries maritimes » ou cités portuaires au service de Rome ? Les cités navarques de Syrie, de Cilicie et de Pamphylie à l’époque du Haut-Empire romain

    Éric Guerber

    Introduction

    Éric Guerber

    Résister au contrôle impérial : un curateur face à des notables d’Éphèse sous le Haut-Empire

    Éric Guerber

    (Re)fondation(s) de la Carthage romaine

    La levée de la consecratio de Scipion Émilien (146-12 av. J.-C.)

    Frédéric Hurlet

    L’aristocratie augustéenne et la Res publica restituta

    Frédéric Hurlet

    Introduction. Res publica restituta. Le pouvoir et ses représentations à Rome sous le principat d’Auguste

    Frédéric Hurlet et Bernard Mineo

    Introduction. Gouverner l’Empire : les modalités de l’emprise de Rome sur l’Occident

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    Recherches sur la profectio de la dictature de Sylla à la lex Pompeia (82-52). Le cas des gouverneurs de rang prétorien

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    1 Sur la définition du concept d’idéal-type, Weber M., Gesammelte Aufsätze zur Wissenschaftslehre, 5e éd., Tübingen, 1982, p. 191. L’idée selon laquelle l’empire romain représente un modèle se trouve toujours exprimée dans l’ouvrage édité en 1997 sous la direction de Jean Tulard, qui consacre à l’empire romain un premier chapitre au titre révélateur (Martin J.-P., « Le modèle romain », Tulard J. (dir.), Les empires occidentaux de Rome à Berlin, Paris, 1997, p. 15-106). Tel n’est pas le point de vue défendu dans ce livre.

    2 Cf., e.g., Cic., 2Verr., 1, 55 ; 3, 13 ; 5, 8 ; Dom., 71 ; Sest., 67 ; Font., 35 ; Fam., XII, 15, 2 ; Sall., Lettres à César, II, 4, 3 ; Liv., XXXVIII, 11, 2 ; Cés., BG, I, 45, 3 ; Plin., NH, VII, 98 ; Iuventius Celsus, dans Digeste, XLIII, 8, 3 ; CIL, III, 75. On prendra également en considération les nombreux passages des Res Gestae cités infra, n. 6.

    3 Cf. Nicolet Cl., « L’empire romain : espace, temps et politique », Ktèma, 8, 1983, p. 169-170.

    4 Sur l’idée que Rome est restée une cité dans laquelle les décisions devaient être publiquement débattues avant d’être prises, cf. Nicolet Cl., « L’“impérialisme” romain », Nicolet Cl. (dir.), Rome et la conquête du monde méditerranéen, t. II, Paris, 19892, p. 894-899.

    5 Sur la nature du régime politique à Rome à l’époque républicaine, les analyses de F. Millar sur les aspects démocratiques d’un système qui reposait sur la consultation et l’accord des assemblées populaires, les comices, ont été récemment battues en brèche. Il faut plutôt penser que la participation active du peuple Romain ne servait qu’à renforcer l’assise consensuelle d’un régime foncièrement oligarchique (cf. en dernier lieu Hölkeskamp K.-J., Rekonstruktionen einer Republik. Die politische Kultur des antiken Roms und die Forschung der letzten Jahrzente, Munich, 2004).

    6 Cf. les premières lignes des Res Gestae Diui Augusti : Rerum gestarum Diui Augusti, quibus orbem terra[rum] imperio populi Rom[a]ni subiecit… ; cf. aussi Res Gestae, 13, 1 ; 26, 1 et 27, 1.

    7 Cf. Veyne P., L’Empire gréco-romain, Paris, 2005, p. 15-78.

    8 Sur l’usurpation comme mode naturel de transmission du pouvoir impérial, cf. Flaig E., Den Kaiser herausfordern. Die Usurpation im römischen Reich, Francfort-New York, 1992.

    9 Sur la notion de « centre-périphérie » et la question de son application à l’histoire ancienne, cf. Hermon E., « Formes de domination et formes d’administration provinciale dans l’Empire romain républicain », Hermon E. (dir.), Pouvoir et imperium (IIIe av. J.-c.-Ier apr. J.-c.), Naples, 1996, p. 26-27 qui rappelle ce que ce modèle sociologique doit aux réflexions théoriques de certains archéologues. Sur le thème de Roma caput mundi, Nicolet, L’inventaire du monde. Géographie et politique aux origines de l’Empire romain, Paris, 1988, p. 7-8 et surtout p. 201-223.

    10 Sur l’éloge de l’Italie, cf. Virg., Géorg., 2, 136-176 ; D.H., I, 36 ; Strab., VI, 4, 1 ; Plin., N.H., III, 5 et XXXVII, 201-202 ; Varr., R.R., I, 2, 3-10.

    11 Liv., V, 54, 3-5.

    12 Sur la définition du pouvoir impérial à sa naissance, cf. Ferrary J.-L., « À propos des pouvoirs d’Auguste », CCG, 12, 2001, p. 101-154.

    13 On sait par exemple qu’Antonin finança en partie la reconstruction de Carthage détruite par un incendie à la fin des années 140 apr. J.-C. (H. A., Vie d’Antonin, 9, 2).

    14 Sur le « métier » d’empereur, cf. Millar F., The Emperor in the Roman World, Londres, 1977.

    15 Sur la « co-régence » à l’époque julio-claudienne, cf. Hurlet Fr., Les collègues du prince sous Auguste et Tibère, Rome, 1997.

    16 Sur cette question, les recherches prosopographiques de H.-G. Pflaum constituent toujours une référence bibliographique indispensable (Les carrières procuratoriennes équestres sous le Haut-Empire romain, Paris, I-III, 1960 ; Suppl., IV, 1982).

    17 Cf. Sén., Ira, II, 33, 2.

    18 Sur la notion de cour, cf. Wallace-Hadrill A., « The Imperial Court », Bowman A. K., Champlin E. et Lintott A. (dir.), CAH, X, 2e éd., Cambridge, 1996, p. 283-308 et Winterling A., Aula Caesaris. Studien zur Institutionalisierung des römischen Kaiserhofes in der Zeit von Augustus bis Commodus (31 v. Chr.-192 n. Chr.), Munich, 1999 ; Hurlet Fr., « Le centre du pouvoir : Rome et la cour impériale aux deux premiers siècles de notre ère », Belayche N. (dir.), Rome, les Césars et la Ville aux deux premiers siècles de notre ère. Études d’histoire politique, sociale et religieuse, Rennes, 2001, p. 159-183.

    19 La crise de 193-197 qui oppose Septime Sévère à Pescennius Niger et à Clodius Albinus et sa résolution par l’exécution de Niger (fin avril 194) défait auparavant à la bataille d’Issos en mars 194, d’une part, et par la mort d’Albinus en février 197 lors de la bataille de Lyon d’autre part, sont symptomatiques du rôle éminent joué par les légions. L’empereur devait craindre également d’éventuelles mutineries. Ainsi, ce fut le soulèvement de la Legio IIIa Gallica qui mit fin au règne de Macrin en juin 218, ce dernier ayant manifesté le souhait de revenir sur les augmentations de soldes pourtant promises par Caracalla.

    20 Hér., VI, 8, 3-5.

    21 Zos., Histoire Nouvelle, I, 39-41.

    22 Aur. Vict., Césars, 33, 21.

    23 Il faudrait ajouter en outre l’existence d’une quarantaine « d’usurpateurs », prétendants à la pourpre qui échouèrent dans leur tentative et qui furent mis à mort.

    24 RIC V, 1, 590.

    25 Pour une définition de la prouincia, cf. Hurlet, Collègues du prince op. cit., p. 257-261.

    26 Sur la réforme provinciale de 27 av. J.-C., cf. en particulier Dion, LIII, 12-15.

    27 Cf. Millar F., « Senatorial Provinces. An Institutionalized Ghost », AncW, 20, 1989, p. 93-97 [= Rome, the Greek World, and the East, Vol. 1, éd. par H. M. Cotton et G. M. Rogers, Chapell-Hill, Londres, 2002, p. 313-320].

    28 La règle voulait que les provinces impériales dotées d’une seule légion soient gouvernées par un ancien préteur – qui commandait ainsi à la fois la province et la légion –, tandis que les provinces dotées d’au moins deux légions étaient dirigées par un ancien consul.

    29 Strab., XVII, 3, 25 ; cf. aussi Dion, LIII, 12, 1-3. Depuis Caligula, la seule légion qui dépendait d’un proconsul, en l’espèce le proconsul d’Afrique, devient subordonnée à l’empereur.

    30 Cf. Millar F., « The Emperor, the Senate and the Provinces », JRS, 56, 1966, p. 156-166 [= Rome, the Greek World, and the East, Vol. 1, p. 271-291].

    31 Cf. Hurlet Fr., Le proconsul et le prince d’Auguste à Dioclétien, Bordeaux, 2006.

    32 En Égypte stationnaient selon les moments une ou deux légions commandées par des préfets équestres dépendant du préfet d’Égypte.

    33 Aur. Vict., Césars, 33, 31-34 ; 37, 5-7.

    34 Cf. Jacques Fr., Les curateurs des cités dans l’Occident romain de Trajan à Gallien, Paris, 1983 ; Id., Le privilège de liberté. Politique impériale et autonomie municipale dans les cités de l’Occident romain, Rome, 1984, p. 3-320 ; Id., dans Jacques Fr. & Scheid J., Rome et l’intégration de l’Empire 44 av. J.-c.-260 apr. J.-c., t. I, Paris, 1990, p. 266-269. Sur la curatelle de cité en Orient, Guerber E., Liberté grecque et intégration dans l’Empire romain. Recherches sur les cités libres et l’autonomie des poleis de la partie hellénophone de l’Empire romain d’Octave Auguste à Gallien, accepté pour publication dans la CEFR.

    35 Par commodité, seules les cités pérégrines sont ici envisagées. Bien entendu, des curateurs opéraient également dans les colonies romaines d’Orient.

    36 Jacques Fr., Rome et l’intégration de l’Empire, op. cit., p. 267.

    37 Pour l’Occident, cf. Jacques Fr., Curateurs des cités, op. cit., p. 426. Pour l’Orient, une inscription de Thessalonique indique que T. Aelius Macedo fut logiste « par mandat divin de la cité d’Apollonia près du golfe ionien » (IG X 2, 181, l. 12-14).

    38 La durée de la curatelle de Curiatus Cosianus à Caere (Étrurie) dure de nombreux mois et le curateur semble lointain (il s’absente ainsi pendant six mois) ; voir Jacques Fr., Privilège de liberté, op. cit., p. 346. En Orient, un logiste, le philosophe M. Aurelius Olympiadoros, fut nommé à Trézène pour une durée de dix ans (IG IV 796).

    39 Sur l’origine géographique et sociale des correcteurs, leur cursus honorum et l’examen de leurs prérogatives, voir Guerber E., « Les correctores dans la partie hellénophone de l’Empire romain du règne de Trajan à l’avènement de Dioclétien : Étude prosopographique », Anatolia Antiqua, 5, 1997, p. 211-248.

    40 À l’exception de P. Pactumeius Clemens, legatus divi Hadriani Athenis, Thespiis, Plataeis item in Thessalia (CIL VII 7059 = D. 1067) vers 124/5, antérieurement à sa préture.

    41 Comme l’écrivait Pline le Jeune à son ami Maximus nommé par l’empereur Trajan correcteur des cités libres d’Achaïe : « An contemnitur qui imperium, qui fasces habet… »(Ep., 8, 24, 6). De même, C. Iulius Severus fut envoyé en Bithynie à l’époque d’Hadrien comme correcteur et curator détenteur des cinq faisceaux, à l’instar de tout légat d’Auguste propréteur détenteur d’un pouvoir délégué (CIG 4033 = IGR III, 174).

    42 Dion, LXIX, 14, 4.

    43 Epigraphical Museum 13366, § 3, 1 ; § 6, 1 ; § 11, 1 ; Philostrate, VS, 2, 1, 10.

    44 AE, 1913, 244 où il est rappelé que Iulius Paulinus supervisa la reconstruction décidée par l’empereur d’un pont vétuste et endommagé.

    45 Nous songeons ici à la mission extraordinaire de Pline le Jeune en Pont-Bithynie, puis à la légation de son successeur C. Iulius […] Cornelius Tertullus.

    46 Deininger J., Die Provinziallandtage der römischer Kaiserzeit von Augustus bis zum Ende des dritten Jahrhunderts n. c., Munich, 1965.

    47 Price S. F. R., Rituals and Power. The Roman Imperial Cult in Asia Minor, Cambridge, 1985.

    48 Mellor R., ΘEA PΩMH. The Worship of the Goddess Roma in the Greek World, Göttingen, 1975.

    49 Balland A. Inscriptions d’époque impériale du Lètôon, Paris, 1981, p. 176-177.

    50 Ael. Ar., 23, 33 (167 apr. J.-C.). Le rhéteur ajoute qu’elles sont « comme les stratèges du koinon ».

    51 Si la plupart des grands-prêtres provinciaux étaient nommés pour une année, l’archiéreus d’Achaïe faisait exception dans la mesure où il était nommé à vie (B. Puech, op. cit., p. 15-33).

    52 CIL XIII, 3162. Pflaum H.-G., Le marbre de Thorigny, Paris, 1938.

    53 Campanile M. D. « Il koinon di Bitinia. BEIΘΥNIAPXAI E APXONTEΣ TOΥ KOINOΥ TΩN EN BEIΘΥNIAI EΔΔHNΩN », SCO, 43, 1993, p. 333-357. Sur les asiarques et les grands-prêtres d’Asie, Campanile M. D., Sacerdoti del koinon d’Asia (i sec. A.c.-III sec. D.C.). Contributo allo studio della romanizzazione delle élites provinciali nell‘ Oriente greco, Pise, 1994.

    54 La procédure d’une traduction en justice devant le Sénat est relatée dans la Correspondance de Pline le Jeune pour l’époque de Domitien et de Trajan.

    55 Cf. Brunt P. A., « Charges of Provincial Maladministration under the Early Principate », Historia, 10, 1961, p. 189-227.

    56 Tac., Ann., XV, 20-22 (sous Néron). Le discours de Paetus Thrasea fut assurément bien accueilli par les sénateurs, puisque selon Tacite « une approbation générale accueillit cet avis ».

    57 Modestin, Dig., XXVII, 1, 6, 2 et 7.

    58 L’éleuthéria ne fut plus accordée à une cité après le règne d’Antonin le Pieux. L’empereur éleva le bourg de Pallantion d’Arcadie au rang de cité doté de la liberté et de l’exemption du tribut (Paus., VIII, 33, 1-2).

    59 « La formula d’une province était à coup sûr un dossier descriptif, un catalogue », comme l’a écrit Nicolet Cl., Censeurs et publicains. Économie et fiscalité dans la Rome antique, Paris, 2000, p. 262.

    60 Reynolds J., Aphrodisias and Rome, Londres, 1982 ; Reynolds J., « New letters from Hadrian to Aphrodisias », JRA, 13, 2000, p. 5-20.

    61 Reynolds J., art. cit., p.9.

    62 Reynolds J., op. cit., doc. 22, p. 136.

    63 L’exemple africain a été étudié sur la longue durée par Gascou J. (La politique municipale de l’Empire romain en Afrique proconsulaire de Trajan à Septime Sévère, Rome, 1972 ; « I. La politique municipale de Rome en Afrique du Nord d’Auguste au iiie siècle », ANRW II, 10, 2, 1982, II, « Après la mort de Septime Sévère », ibid.). Sur les colonies du monde hellénophone, Sartre M., « Les colonies romaines dans le monde grec. Essai de synthèse », Electrum, 5, 2001, p. 111-152.

    64 Ulp., Dig., L, 15, 1, 3. Le ius Italicum assimilait le territoire de la cité à une portion du territoire italique.

    65 Sur les cités néocores, l’ouvrage le plus à jour est celui de Burrell B., Neokoroi. Greek Cities and Roman Emperors, Brill-Leiden-Boston, 2003. Sur la compétition entre les cités d’Asie et de Bithynie, cf. Heller A., « Les bêtises des Grecs ». Conflits et rivalités entre cités d’Asie et de Bithynie à l’époque romaine (129 a.C.-235 p. C.), Bordeaux, 2006.

    66 Une cité pouvait également être néocore d’un grand dieu : ainsi Éphèse est sous Caracalla deux fois néocore (des Augustes) et néocore d’Artémis (IvEph., 212 ; IvEph., 3001 ; IvEph., 740).

    67 Smyrne est trois fois néocore des Augustes sous Caracalla (BMC 403-417 ; SNGCop 1389 ; SNGvA 2220-1).

    68 Burrell, Neokoroi, op. cit., p. 343-371.

    69 Ik23, 1, 697, l. 33-38.

    70 Sur cette question, nous disposons désormais de l’important article de Puech B. (« Des cités-mères aux métropoles », L’hellénisme d’époque romaine. Nouveaux documents, nouvelles approches (Ier s. a. c.-IIIe s. p. c.). Actes du colloque international à la mémoire de Louis Robert, paris, 7-8 juillet 2000, Follet S. (dir.), Paris, 2004, p. 357-404).

    71 Oliver J. H., Greek constitutions of Early Roman Emperors, Philadelphie, 1989, p. 553-556.

    72 SEG XVII, 315, l. 5-8. Le titre de métropole est toujours attesté pour Béroia en 271 (AE, 1971, 331).

    73 Tous les concours consacrés à une divinité n’étaient pas pour autant considérés comme des « concours sacrés » à l’époque impériale. Il faut compter parmi ceux-ci les concours de la période classique, c’est-à-dire les quatre grands concours sacrés panhelléniques d’Olympie, de Delphes, de l’Isthme et de Némée, les concours « égaux » en dignité aux concours précités (concours « isopithyques », « isolympiques » etc.). S’ajoutent les concours des Aktia, des Capêtolia, les Héraia d’Argos, et si l’on suit J.-L. Ferrary « peut-être même les Sebasta de Naples » (« Rome, Athènes et le philhellénisme dans l’empire romain, d’Auguste aux Antonins », Accad. Lincei. Atti dei convegni Lincei 125, 1996, p. 195). Aux Sébasta de Naples, il faudrait ajouter sans doute les Eusèbeia de Pouzzoles, fondés en 138 par Antonin le Pieux afin d’honorer la mémoire d’Hadrien, son père adoptif (l’ensemble de ces concours formant la période « élargie »). S’ajoutent enfin les gratifications (par exemple une élévation du statut du concours) et les créations impériales.

    74 Plin., Ep., X, 118.

    75 Après cette date, les frappes monétaires sont moins nombreuses et la raréfaction des monnaies agonistiques nous prive d’une source majeure, de sorte que l’histoire du développement des concours est difficile à établir.

    76 Millar F., « Trajan : Government by Correspondence », González A. (dir.), Trajano emperador de Roma, Rome, 2000, 363-388 [= Rome, the Greek World, and the East, vol. 2, éd. par H. M. Cotton & G. M. Rogers, Chapel Hill – Londres, 2004, p. 23-46].

    77 Cf. dans ce sens Haensch R., Capita provinciarum. Statthaltersitze und Provinzialverwaltung in der römischen Kaiserzeit, Mayence, 1997, p. 389 et Eck W., « Zur Einleitung. Römische Provinzialadministration und die Erkenntnis-möglichkeiten der epigraphischen Überlieferung », Eck W. (dir.), Lokale Autonomie und römische Ordnungsmacht in den kaiserzeitlichen Provinzen vom bis 3. Jahrhundert, Munich, 1999, p. 4-5.

    78 Sur les inscriptions en bois, cf. Eck W., « Inscriften auf Holz. Ein unterschätztes Phänomen der epigraphischen Kultur Roms », Kneissl P. & Losemann V. (dir.), Imperium Romanum : Studien zu Geschichte und Rezeption. Festschrift für Karl Christ zum 75. Geburtstag, Stuttgart, 1998, p. 203-217.

    79 Cf. Eck W., « Documenti amministrativi : pubblicazione e mezzo di autorappresentazione », Paci G. (dir.), Epigrafia romana in area adriatica. IXe rencontre franco-italienne sur l’épigraphie du monde romain, Macerata, 1998, p. 343-366 [= Eck W., Die Verwaltung des römischen Reiches in der hohen Kaiserzeit. Ausgewählte und erweiterte Beiträge, t. II, Bâle, 1998, p. 359-381].

    80 CIL, I2, 581 = ILS, 18 = ILLRP, 511.

    81 Cf. De Visscher F., Les édits d’Auguste découverts à Cyrène, Louvain, 1940.

    82 J.-P. Coriat donne une idée de l’importance quantitative des rescrits dans les sources juridiques en dénombrant pour l’époque sévérienne 1182 rescrits sur les 1359 décisions législatives répertoriées pour l’époque sévérienne (Le prince législateur. La technique législative des Sévères et les méthodes de création du droit impérial à la fin du principat, Rome, 1997).

    83 C’est la thèse principale de F. Millar, qui a élaboré dans son ouvrage sur l’empereur romain le modèle de la pétition/réponse, toujours suivi à ce jour et dans les grandes lignes par un grand nombre d’historiens, en signalant qu’en matière administrative, l’empereur romain réagissait aux sollicitations plus qu’il ne prenait d’initiative.

    84 Cf. Burton G.P., « The Roman Imperial State (A.D. 14-235) : Evidence and Reality », Chiron, 32, 2002, p. 239-280 (en particulier p. 253-254 et 266-267).

    85 Sur cette question, cf. mes remarques dans Le proconsul et le prince, op. cit., p. 223-232.

    86 Tac., Ann., II, 82-83.

    87 Cf. M. H. Crawford éd., Roman Statutes, Londres, 1996, I, n° 37-38, 507-543.

    88 Frg. IIb, l. 21-27. Cf. à ce sujet Hurlet Fr., « Les modalités de la diffusion et de la réception de l’image et de l’idéologie impériale sous le Haut-Empire en Occident », Navarro Caballero M. et Roddaz J.-M. (dir.), La transmission de l’idéologie impériale dans l’Occident romain, Bordeaux, 2006, p. 49-68 et Nelis-Clément J., « Le gouverneur et la circulation de l’information dans les provinces romaines sous le Haut-Empire », Capdetrey L. et Nelis-Clément J. (dir.), La circulation de l’information dans les États antiques, Bordeaux, 2006, p. 141-160, en particulier p. 145-148 pour une analyse du fragment de la Tabula Siarensis.

    89 Cursus publicus n’est attesté qu’à partir du ive siècle apr. J.-C., mais la réalité à laquelle il renvoie a été mise en place par Auguste. Sur la création de ce service de la poste impériale, le texte essentiel est Suét., Aug., 49, 5.

    90 Pour en savoir plus sur le cursus publicus, cf. la synthèse de Kolb A., « Transport and Communication in the Roman State : the cursus publicus », Adams C. et Laurence R. (dir.), Travel and Geography in the Roman Empire, Londres, 2001, p. 95-105.

    91 Aug., 101.

    92 Nicolet, L’inventaire du Monde, op. cit., p. 28.

    93 Virg., Én., VI, 851 : Tu regere imperio populos, Romane, memento.

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    • L'impérialisme athénien vu des Cyclades (478-338 a.C.). DOI: 10.70675/4a462397z83efz4d5cz8226z874d9e05abc5
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    • Les Cyclades sous l'Empire Romain (Ier s. av. J.-C. - IIIe s. ap. J.-C.) : formes et limites d'une renaissance économique et sociale.. DOI: 10.70675/a802cd55zbfe5z4813z9575z8614e3313a31
    • La soutenabilité des économies insulaires coloniales et postcoloniales : le cas de l’île de La Réunion. DOI: 10.70675/328ec581zdfbaz4badz99b4z38419dacc337
    • La croisée des Empires : Monnaie et formes de pouvoir en Lydie aux époques hellénistique et impériale : (336 avant J.C. - 268 de notre ère). DOI: 10.70675/c91adc3fz9f53z4818z8b6bza93abb5762c6

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    • Hurlet, Frédéric. (2009) Rome et l’Occident. DOI: 10.4000/books.pur.124509
    • (2019) L'Empire romain d'Auguste à Domitien. DOI: 10.3917/arco.nsart.2019.01.0271
    • Hurlet, Frédéric. (2011) (Re) penser l'Empire romain. Le défi de la comparaison historique. Dialogues d'histoire ancienne, S5. DOI: 10.3917/dha.hs05.0107
    • Hoët-Van Cauwenberghe, Christine. (2011) Empire romain et hellénisme : bilan historiographique. Dialogues d'histoire ancienne, S5. DOI: 10.3917/dha.hs05.0141
    • Bang, Peter Fibiger. (2013) The Oxford Handbook of the State in the Ancient Near East and Mediterranean. DOI: 10.1093/oxfordhb/9780195188318.013.0016
    • Les Cyclades sous l'Empire Romain (Ier s. av. J.-C. - IIIe s. ap. J.-C.) : formes et limites d'une renaissance économique et sociale.. DOI: 10.70675/a802cd55zbfe5z4813z9575z8614e3313a31
    • La croisée des Empires : Monnaie et formes de pouvoir en Lydie aux époques hellénistique et impériale : (336 avant J.C. - 268 de notre ère). DOI: 10.70675/c91adc3fz9f53z4818z8b6bza93abb5762c6

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    Guerber, Éric, & Hurlet, F. (2008). L’empire romain du iiie siècle av. J.-C. au iiie siècle apr. J.-C. : un modèle historiographique à l’épreuve. In F. Hurlet (éd.), Les empires. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.4708
    Guerber, Éric, et Frédéric Hurlet. « L’empire romain du iiie siècle av. J.-C. au iiie siècle apr. J.-C. : un modèle historiographique à l’épreuve ». In Les empires, édité par Frédéric Hurlet. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2008. doi:10.4000/books.pur.4708.
    Guerber, Éric, et Frédéric Hurlet. « L’empire romain du iiie siècle av. J.-C. au iiie siècle apr. J.-C. : un modèle historiographique à l’épreuve ». Les empires, édité par Frédéric Hurlet, Presses universitaires de Rennes, 2008, https://doi.org/10.4000/books.pur.4708.

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    Hurlet, F. (éd.). (2008). Les empires. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.4697
    Hurlet, Frédéric, éd. Les empires. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2008. doi:10.4000/books.pur.4697.
    Hurlet, Frédéric, éditeur. Les empires. Presses universitaires de Rennes, 2008, https://doi.org/10.4000/books.pur.4697.
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