L’espace du diocèse dans les cartulaires cathédraux (fin xie-début xive siècle)1
p. 367-400
Texte intégral
1Les cartulaires cathédraux se multiplient à partir de la fin du xie siècle, aussi bien au sud qu’au nord de l’ancienne Gaule. Ces codices sont le plus souvent des cartulaires d’églises, œuvre conjointe des évêques et des chapitres, avant que n’apparaissent, à la fin du xiie et au xiiie siècles, des cartulaires distincts, canoniaux ou épiscopaux, rendant compte du processus de séparation des menses désormais achevé à peu près partout. À l’image de tous les secondary-records ou « écrits-collection » du temps, l’objet revendiqué de ces cartulaires est d’abord de conserver le souvenir des possessions de leur commanditaire. Cependant, comme l’historiographie récente s’est attachée à le souligner, une telle entreprise ne peut être réduite à sa dimension archivistique, mais associe collecte documentaire, construction patrimoniale et enjeux mémoriels, en relation étroite avec l’élaboration d’identités institutionnelles singulières liées, en l’occurrence, aux communautés canoniales ou aux entourages épiscopaux2. Il s’agit à la fois d’un travail de recensement des biens et des droits, à travers la copie dans un registre unique des pièces patrimoniales issues du chartrier, et d’un projet idéologique reposant sur le traitement orienté des documents (sélection, valorisation, réécritures, forgeries…) et l’élaboration d’une économie textuelle significative (classement, rubricage, mise en page…). L’ensemble nourrit plus ou moins explicitement un propos sur l’histoire du siège, son statut, mais aussi sur son territoire, le diocèse. À bien des égards, les enjeux sont comparables à ceux des cartulaires monastiques, mieux étudiés, même si les cartulaires cathédraux présentent certaines spécificités, dont les principales sont, d’une part, la dissociation plus ou moins institutionnalisée entre l’évêque et le chapitre, d’autre part, une projection patrimoniale en général plus réduite. Dans ce cadre, l’étude des enjeux spatiaux des cartulaires cathédraux renvoie d’abord aux représentations.
2Mais une telle étude relève aussi de l’ordre de la pratique. Le cartulaire n’est pas un pur objet textuel : il renvoie à des usages multiples qu’il s’agit d’exhumer. Les plus évidents sont d’ordre archivistiques, mais on a pu mettre en lumière des usages judiciaires ou liturgiques. La question doit aussi être posée d’un éventuel usage gestionnaire : la compilation d’un cartulaire peut-elle être liée à une forme de réorganisation seigneuriale des modalités de prélèvement et de redistribution ? On sait que l’essor des chapitres a souvent provoqué une profonde restructuration de la seigneurie cathédrale, dont la division en menses reste l’aspect le plus connu. On sait aussi que les documents de gestion (censiers, comptes divers, proto-pouillés…), rares avant le milieu du xiie siècle, ont souvent été copiés dans les cartulaires à partir du début du xiiie siècle3. D’une manière générale, quelles relations peut-on percevoir entre l’effort de mise en ordre et de mise en forme du patrimoine que représente la compilation d’un cartulaire et les pratiques d’une époque caractérisée par la territorialisation croissante des structures ecclésiastiques (paroisses, doyennés, archidiaconés) ?
3Les cartulaires cathédraux n’ont pas encore reçu l’intérêt qu’ils méritent : les études spécifiques restent rares et nombre d’éditions sont vieillies et problématiques. Cette situation explique que l’on se limitera ici à une approche partielle, fondée sur des cartulaires issus de régions diverses qui, pour une part, ont fait l’objet de recherches récentes approfondies : le Bas Languedoc (Agde et Nîmes), la Provence rhodanienne (Apt, Arles et Avignon), la Gascogne (Dax, Bayonne), l’Anjou (Angers), le Maine (Le Mans), la Basse Normandie (Bayeux)4. Les différences entre ces régions sont nombreuses, en termes politiques et culturels bien sûr, mais aussi en termes de structures ecclésiastiques, à commencer par la taille moyenne des diocèses, modeste dans les régions méditerranéennes, importante voire immense dans les régions occidentales. L’intérêt de la comparaison devrait en sortir renforcé, même si le développement inégal de l’historiographie rend l’exercice difficile. Au-delà de la diversité des solutions adoptées dans chacun des cartulaires un phénomène se dégage en tout cas avec netteté : à partir de la fin du xiie siècle, les enjeux territoriaux semblent revêtir une importance croissante.
Le poids des tratidions : logiques d’autorité, logiques mémorielles et perceptions spatiales héritées (fin xie - début xiiie siècles)
Logiques d’autorité et logiques mémorielles
4Les sièges épiscopaux concentrent une autorité institutionnelle et un prestige symbolique que sont souvent venus renforcer l’élaboration de traditions légendaires apostoliques et la concession ou l’appropriation de certains droits publics. L’essor des communautés canoniales, favorisé par les mouvements de « retour à la vie commune » voire l’adoption de la régularité augustinienne, ne compromet guère cette évolution, les chanoines se présentant comme les premiers dépositaires de l’identité et de l’autorité des sièges. Dans ce contexte, il n’est guère étonnant que l’économie textuelle de nombreux cartulaires cathédraux mette en exergue les actes d’autorité et de prestige octroyés par les souverains et valorise une logique avant tout mémorielle d’exposition du patrimoine. Le phénomène est particulièrement évident dans les régions où les pouvoirs royaux ou princiers sont demeurés vigoureux par delà les aléas des ixe-xie siècles, à l’image du comté d’Anjou ou du duché de Normandie, comme en témoignent les cartulaires d’Angers et de Bayeux.
5Le cartulaire de la cathédrale Saint-Maurice d’Angers, disparu à la Révolution, a été reconstitué et édité par le chanoine Urseau sur la base de nombreuses copies modernes5. Il contenait 241 actes dont 230 ont été retrouvés, 60 n’étant toutefois connus que par des traductions, des analyses ou des extraits. Il s’agit d’un cartulaire concernant l’Église d’Angers dans son ensemble, évêque et chapitre confondus. En effet, si les chanoines semblent avoir disposé de certains biens propres dès la fin du ixe siècle, le processus de séparation des menses demeure très limité avant la fin du xie siècle et ne devient définitif qu’en 1125. Ce n’est qu’à partir des années 1090 que la pratique de la vie commune est véritablement attestée et que l’évêque renonce à tous les droits qu’il levait sur les terres et biens du chapitre. À l’exception de certains biens attribués à quelques dignitaires, la mense capitulaire semble gérée par le doyen : cette mense demeure en indivision, les revenus étant répartis en portions quotidiennes. Certains biens commencent à être offerts à des prébendes particulières à partir de 1125, mais ce n’est qu’à la suite des réformes de 1204 et 1209 que la mense canoniale est divisée en trente prébendes particulières attribuées chacune à un chanoine6.
6Selon le chanoine Urseau, qui se fonde sur la date du dernier acte copié, le cartulaire aurait été rédigé peu après 1162, c’est-à-dire sous l’épiscopat de Geoffroi IV (1162-1177). Cependant, le très faible nombre d’actes passés sous les épiscopats de Normand (1149-1153), Mathieu (1156-1162) et Geoffroi IV (respectivement 0, 3 et 2), qui contraste avec la masse d’une centaine d’actes attribuables à l’épiscopat d’Ulger (1125-1148), plaide plutôt, me semble-t-il, en faveur d’une compilation ordonnée par Ulger à la fin de son épiscopat, dans les années 1140, ou par son successeur Normand – les quelques actes postérieurs pouvant être le fruit de rajouts, malheureusement impossibles à discerner en l’état actuel des sources. Compte tenu de l’importance de l’action réformatrice d’Ulger le fait n’aurait en tout cas rien d’étonnant7.
7Le cartulaire s’ouvre par une abondante série de privilèges et de diplômes émanant des souverains (carolingiens et robertiens) mais aussi d’Alain le Grand de Bretagne, quelques actes des évêques les plus anciens, un petit dossier concernant l’ancienne abbaye épiscopale Saint-Jean-Baptiste-et-Saint-Lézin, enfin quelques fragments annalistiques liés aux raids normands, l’ensemble formant une sorte de dossier d’ouverture (les actes 1 à 40). Dans ce dossier, les actes sont classés chronologiquement par souverain, puis par évêque, et le système de rubricage insiste sur cette succession, en précisant à chaque fois sous quel évêque fut dressé l’acte (…sub episcopo X ou Y). L’effet de lecture produit par le début du cartulaire valorise donc la figure de l’évêque sur le plan institutionnel – sa domination sur le groupe des chanoines ressort avec netteté – et privilégie une perception historique de la construction du patrimoine cathédral.
8Ensuite, vient le corpus des actes patrimoniaux (les actes 41 à 241). Ceux-ci sont pour l’essentiel classés par épiscopat, de l’époque d’Hubert (1006-1047) à celle d’Ulger (1125-1148). Toutefois, à partir de la fin du xie siècle, avec le gonflement considérable du nombre des actes, apparaissent plusieurs petites séries perturbant l’ordre de succession des évêques. Ces exceptions, peu nombreuses, résultent pour une part d’erreurs d’identification dues au(x) copiste(s) du milieu du xiie siècle (entre les deux évêques Geoffroi I et II qui se succèdent en 10811093 et 1093-1100 par exemple). Mais la plupart s’expliquent par l’essor des pièces concernant le seul chapitre, parfois rassemblées en dossiers patrimoniaux sans tenir compte des différents épiscopats : ainsi pour Chalonne dans les actes 148 à 151. Ces petits dossiers, qui découlent de la séparation du patrimoine cathédral entre l’évêque et le chapitre, semblent témoigner de l’émergence d’une logique nouvelle, plus territoriale, dans l’ordonnancement des actes les plus récents.
9Au final, l’économie du cartulaire d’Angers reste toutefois dominée par une logique mémorielle visant à souligner l’ancienneté de la puissance du siège, notamment son enracinement carolingien, et le rôle des évêques successifs dans l’accumulation patrimoniale. Dans ce cadre, la seule manière de se repérer spatialement dans l’ensemble des actes réside dans le recours aux rubriques. Celles-ci sont en effet souvent précises, associant des éléments sur la nature du document, l’identité du disposant, les biens concernés et leur localisation par une dénomination topographique. Cette localisation résiste d’ailleurs toujours à l’éventuel raccourcissement de la rubrique, sauf lorsqu’une série d’actes concernant le même bien se trouve de facto introduite par son premier acte, le seul à disposer d’une rubrique complète. Il s’agit là d’un rubriquage de type mnémotechnique identique à celui décrit par Pierre Chastang pour le cartulaire monastique de Gellone8. Les utilisateurs du cartulaire, familiers à la fois de leur patrimoine et de leurs archives, dotés d’une expérience et de techniques de mémorisation efficaces, se satisfaisaient de l’évocation suggestive que constituaient les rubriques pour retrouver rapidement, à travers les séquences temporelles du codex, les actes qui les intéressaient.
10Le cartulaire de la cathédrale de Bayeux est un manuscrit composite rassemblant un total de 595 actes9. Les sept premiers cahiers, rédigés d’une seule traite par un même scribe au tout début du xiiie siècle (actes 1 à 214, tous antérieurs à 1205), obéissent à un plan d’ensemble. En revanche, la suite du manuscrit, œuvre de plusieurs mains entre le milieu et la fin du xiiie siècle, est moins soignée et beaucoup plus confuse (actes 215 à 595). Le cartulaire contient des actes qui concernent aussi bien l’évêque que le chapitre, certains dignitaires ou même de simples chanoines. Leur analyse laisse percevoir l’existence d’ensembles domaniaux distincts (fiefs de l’évêque, dotation du doyen, prébendes canoniales…) et certaines donations sont même adressées de manière spécifique au chapitre (ad opus canonicorum), qui semble disposer d’une mense propre, possédée en commun, et peut-être de quelques prébendes particulières, dès la fin du xie siècle10. Mais rien de tout cela ne se reflète dans la structure du cartulaire dont les actes brassent l’ensemble du patrimoine cathédral : en dépit de sa date tardive, le cartulaire de Bayeux est encore un cartulaire d’Église, comme celui d’Angers. La première rédaction, au tout début de l’épiscopat de Robert des Ablèges (1206-1231), s’explique d’ailleurs vraisemblablement d’abord par le contexte politique, qui voit la Normandie passer sous l’autorité directe du roi de France. Les recompositions patrimoniales sont alors nombreuses et douloureuses, en particulier dans l’aristocratie laïque. L’évêque et le chapitre de Bayeux ont du trouver nécessaire de disposer, face au nouveau roi et à ses représentants, d’un solide inventaire de leurs biens et de leurs droits, plusieurs fois sérieusement écornés par les princes précédents (Robert Courteheuse, Henri Ier, Henri II).
11L’économie interne de ce premier cartulaire se laisse aisément déchiffrer. Elle répartit les actes en trois grandes sections : les actes émanant des souverains, les ducs et rois anglo-normands (fol. 1-10v°, actes 1 à 41) ; les donations et actes divers émanant des évêques et des seigneurs laïques, parfois aussi des souverains lorsqu’il s’agit de la constitution de prébendes particulières (fol. 10v°-40v°,actes 42 à 153) ; les bulles pontificales (fol. 41-56v°, actes 154 à 214). À l’intérieur de chacune de ces sections, on discerne parfois certains sous-classements. La première section semble à première vue suivre l’ordre de succession des ducs (Guillaume, Robert Courteheuse, Henri Ier, Henri II), mais un examen plus soigneux montre qu’en réalité les documents sont regroupés autour de deux moments apparemment considérés, au début du xiiie siècle, comme les temps fondateurs du patrimoine cathédral : l’épiscopat d’Odon de Conteville (1050-1097), le demi-frère de Guillaume le Conquérant, et celui de Philippe d’Harcourt(1142-1163), ancien chancelier du roi Étienne. Le manuscrit s’ouvre notamment par une série de cinq chartes en faveur de l’évêque Odon ou émanant de lui, parmi lesquelles figure la confirmation ducale de la fondation du monastère épiscopal de Saint-Vigor (acte 6), pourtant ensuite devenu un prieuré de l’abbaye Saint-Bénigne de Dijon et sorti du patrimoine épiscopal11. Cette logique explique la curieuse relégation du premier inventaire du patrimoine cathédral, dû à l’évêque Hugues vers 1035/37, un document pourtant exceptionnel par son ancienneté et sa précision, au sein des actes, confirmations et enquêtes domaniales de l’époque d’Henri II (acte 21)12. Il explique de même que la plupart des actes d’Henri Ier et Geoffroi Plantagenêt ont été mêlés à ceux d’Henri II qui en donnent confirmation et n’aient pas été insérés, selon l’ordre chronologique, entre l’époque d’Odon et celle de Philippe d’Harcourt. Le compilateur du début du xiiie siècle cherche bien à valoriser la mémoire de ces deux prélats, aux dépens des autres. La seconde section, qui ne rassemble que des actes des années 1140-1205, ne laisse pas vraiment entrevoir d’ordre particulier. On y trouve pêle mêle des actes émanant de l’évêque, des dignitaires du chapitre, de laïcs, d’établissements monastiques… Ces documents concernent la cathédrale en général (droits divers, confrérie, chantrerie, conflits…), le seul chapitre (donations, services liturgiques…) ou certains chanoines (constitution et augmentation de prébendes). Plusieurs petites séries obéissent parfois à une logique topographique, regroupant un ensemble d’actes concernant une même donation ou quelques biens rattachés à une même prébende : Thaon (actes 95 à 97), Hérils et Sommervieu (actes 100 à 106), Amayésur-Orne (actes 122 à 126), Arry et Locheur (actes 127 à 132)… Cependant, il est fréquent de trouver d’autres actes concernant ces mêmes lieux ailleurs dans le cartulaire (ainsi pour Thaon les actes 55, 133 et 134). Les prébendes, souvent évoquées dans les actes eux-mêmes, ne constituent d’ailleurs jamais un mode de classement des actes. Il faut dire que l’examen des documents montre qu’elles ne forment pas des blocs seigneuriaux pérennes, attachés à un lieu, mais des assemblages temporaires, détenus personnellement par un chanoine13, recomposables et modifiables par ajout ou par retrait de tel ou tel bien ou droit14. La troisième section, enfin, obéit à un classement typologique : les grands privilèges en faveur du siège de Bayeux précèdent les actes plus spécifiques (droits sur les églises, les abbayes, les clercs, relations entre les dignitaires et les chanoines…), puis les confirmations de donations au bénéfice du chapitre.
12Le cartulaire de Bayeux combine donc logique d’autorité et logique mémorielle. La première transparaît derrière le regroupement des actes souverains et des actes pontificaux en sections spécifiques, l’effet de lecture privilégiant les souverains, ce qui ne saurait étonner dans l’espace anglo-normand. La seconde repose sur la mise en valeur par le début du cartulaire, certes de manière moins explicite, des moments considérés comme fondateurs pour la constitution du patrimoine cathédral, les épiscopats d’Odon et Philippe, un choix qui marginalise de fait l’œuvre pionnière de l’évêque Hugues dans les années 1030 ou la reconstitution patrimoniale liée à la grande enquête ordonnée par le roi Henri Ier en 1133. Nulle logique spatiale ne se dessine, les différentes pièces concernant un même territoire se trouvant dispersées à travers tout le cartulaire, même lorsqu’il s’agit d’un domaine épiscopal important, soigneusement délimité et décrit dès la première moitié du xiie siècle, comme la « banlieue » de Cambremer, une enclave située en plein diocèse de Lisieux15. Ainsi, comme dans le cartulaire d’Angers, la seule façon de se repérer spatialement dans le cartulaire de Bayeux et de retrouver les actes concernant un même lieu reste de recourir aux techniques de mémorisation. Le manuscrit ne dispose pas de rubriques, mais ses marges sont remplies d’annotations diverses, malheureusement négligées par l’éditeur et dont seules quelques-unes remontent à la rédaction primitive. Il s’agit le plus souvent d’indications sommaires sur le contenu de la charte et notamment des noms de personnes et de lieux. Ces notes marginales témoignent à la fois de l’indifférence du cartulariste à l’égard de ces données lors de la composition de son œuvre et de la nécessité dans laquelle lui et ses successeurs se sont malgré tout trouvés de disposer d’une aide, en particulier topographique, pour faciliter sa consultation.
13Comme le montre les exemples d’Angers, relativement étendu, et de Bayeux, plutôt modeste, la combinaison des logiques d’autorité et de mémoire ne dépend pas de la taille relative des diocèses. De fait, elle gouverne l’économie interne de très nombreux cartulaires cathédraux des xiie et xiiie siècles. On la retrouve, par exemple, dans le cartulaire du chapitre de Langres, compilé vers 1231-1232 sous la direction du doyen Gui d’Époisse, récemment réédité16.
Les premiers classements topographiques
14Dans les deux plus anciens cartulaires cathédraux méridionaux, à Arles à la fin du xie siècle et à Nîmes au début du xiie siècle, le classement des actes s’appuie sur des référents spatiaux traditionnels, à la fois préexistants et exogènes à la construction patrimoniale dont chaque cartulaire vise à rendre compte.
15Le premier cartulaire d’Arles, compilé sous l’archevêque Aicard peu après 1093, est un cartulaire d’Église, comme Angers et Bayeux, comprenant 126 actes17. Il s’ouvre par un très bref dossier composé de trois diplômes carolingiens et bosonide. Dans le corpus patrimonial qui suit, les documents se répartissent, à cinq exceptions près, en deux ensembles délimités par le cours du Grand Rhône et de la Durance. Jusqu’à l’acte 45 nous trouvons les possessions situées à l’ouest du Rhône et au nord de la Durance, de l’acte 46 à l’acte 124 les possessions situées à Arles même, dans les environs de la cité, à l’est du Rhône et au nord de la Durance. Au sein de chacun de ces deux ensembles aucun sous-regroupement ne se dégage vraiment, même si dans le premier on glisse progressivement du nord (comtés de Vaison, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Uzès, Nîmes) vers le sud (Argence, Camargue), avant une courte série d’actes mélangés, et dans le second, de la cité d’Arles vers le Trébon, la Crau, la région de Salon et le pourtour de l’étang de Berre, avant une nouvelle petite série d’actes mélangés. On le voit, les possessions du siège d’Arles s’étendent bien au-delà du diocèse arlésien tel que nous le connaissons au xiiie siècle, et débordent même hors de la province. Curieusement, les droits dans la ville d’Arles et son territoire n’ouvrent pas le corpus patrimonial, mais figurent au beau milieu du cartulaire. C’est que le cartulaire cherche d’abord à souligner, en cohérence avec les trois diplômes d’ouverture, l’étendue des prérogatives de l’archevêque qui, depuis l’époque carolingienne, contrôle de nombreuses abbatia situées et possessionées hors de son diocèse. Le système des rubriques apparaît complémentaire de ce classement. La quasi-totalité d’entre elles sont des noms de lieu. Ces lieux ne sont qu’exceptionnellement qualifiés (on ne rencontre qu’une fois comitatus, pour Uzès, et une fois territorium, pour Vaison), mais ils correspondent bien à la hiérarchisation post-carolingienne en comté (Arles, Avignon, Nîmes, Uzès, Vaison, Saint-Paul-Trois-Châteaux), ager (ager rubianum, ager triphontium, ager de argentia) et villa (villa Barcianica, villa galzignano, villa Marignana…). La répartition topographique du patrimoine cathédral arlésien est donc perçue à travers l’emboîtement de deux types de repères spatiaux : le réseau hydrographique d’une part, les grands cadres territoriaux carolingiens et précastraux d’autre part.
16Le cartulaire de Nîmes a fait l’objet d’une étude approfondie de la part de Pierre Chastang18. Réalisé vers 1117-1130, il s’agit, comme son titre l’indique, d’un cartulaire du chapitre (Liber de honore canonicorum). Il est le fruit de l’adoption de la vie commune par les chanoines à la fin du xie siècle et du processus de séparation des menses épiscopale et canoniale, dont rendent compte plusieurs bulles de confirmation pontificales. Les deux premiers cahiers du cartulaire sont perdus, sans que l’on sache ce qu’ils contenaient (dossier d’ouverture, tables…), mais l’ensemble du corpus patrimonial nous est parvenu. Il se décompose en deux parties, chacune introduite par un titre : la première concerne les biens dans la cité de Nîmes et ses proches environs (incipit liber de honore canonicorum), la seconde rassemble les biens des villae du comté et parfois de comtés voisins (incipit de honore canonicorum qui extra civitatem continentur). À l’intérieur de ces deux parties, aucun véritable classement n’est perceptible. Des biens situés dans un même périmètre sont même souvent dispersés au fil du cartulaire. Selon l’hypothèse de Pierre Chastang, ce relatif désordre serait en grande partie dû à la notable proportion d’actes anciens, antérieurs à l’an mil, dont la localisation n’était plus guère perceptible par des hommes du xiie siècle en raison des profondes mutations des structures de peuplement dues à l’incastellamento. Dans le cartulaire de Nîmes, le modeste effort de classement topographique repose donc entièrement sur la vieille opposition entre la cité et son territoire.
17Dans chacun de ces deux cartulaires, l’ordonnancement des documents apparaît donc en partie gouverné par des logiques spatiales, si modestes soient-elles. L’utilisation du réseau hydrographique semble à la fois la plus évidente et la plus étonnante. La plus évidente car fleuves et rivières, comme sommets et lignes de crête, servent fréquemment de repères, voire de frontières, dans les processus de délimitation domaniaux ou politiques19. La plus étonnante car même si Arles est une cité fluviale et si son archevêque tire une bonne part de ses richesses des revenus liés au fleuve, on ne comprend guère pourquoi Rhône et Durance viennent séparer la répartition spatiale du patrimoine arlésien. Les abbatia épiscopales, comme leurs dépendances, se rencontrent de part et d’autre du Rhône et de la Durance. Les différents diocèses rhodaniens s’étendent eux-mêmes souvent de part et d’autres des fleuves, à commencer par le diocèse d’Arles depuis l’appropriation dans l’Antiquité tardive du castrum ugernium et de la future terre d’Argence, sur la rive droite du Rhône20.
18L’opposition entre la cité et son territoire, comme le recours aux circonscriptions carolingiennes et post-carolingiennes, relèvent quant à elles de représentations héritées, qui n’entretiennent plus que des rapports ténus avec les réalités territoriales du moment où sont compilés les cartulaires, au tournant des xie-xiie siècles. À l’image de ce qui a pu être constaté pour les cartulaires des abbayes d’Aniane et de Gellone, l’utilisation implicite de l’emboîtement comitatus/vicaria ou ager/villa pour situer les biens dans les rubriques du cartulaire arlésien s’explique certainement par l’attachement du scribe aux formulaires traditionnels. Mais cet attachement s’est trouvé renforcé par le souci de souligner l’implantation de l’archevêque dans toute une série de comtés/diocèses voisins, bien au-delà du diocèse d’Arles : alors que dans les faits l’archevêque Aicard, condamné par la papauté réformatrice, menacé par les différents pouvoirs comtaux (comte de Provence, comte de Saint-Gilles) et fragilisé par la volonté d’indépendance des établissements monastiques, n’exerce plus sur les abbatia concédées par les souverains carolingiens et bosonides qu’un pouvoir résiduel, parfois même virtuel, l’économie du cartulaire entretient l’illusion de la perpétuation d’une gloire défunte21. La logique spatiale désuète du corpus rejoint alors la logique mémorielle du dossier d’ouverture, tout entier occupé par les diplômes carolingiens et bosonides.
19De même, la mise en exergue de la cité dans le cartulaire nîmois renvoie plus à une longue tradition idéologique qu’à la juste mesure du rayonnement de la cité sur son territoire ou à l’importance des droits urbains contrôlés par le chapitre. Les recherches de Laurent Schneider sur les structures territoriales de la civitas de Nîmes à travers un long haut Moyen Âge révèlent à quel point la polarisation supposée du territoire par la cité se trouve démentie par la réalité sociale et politique, peut-être dès les vie-viiie siècles, en tout cas depuis le xe siècle, du fait de la multiplication des pôles concurrents, vieux oppida, castra majeurs ou nouveaux centres comtaux (Substantion, Saint-Gilles)22. La valorisation symbolique de la cité dans l’économie textuelle des cartulaires, qui donne à voir l’image d’un diocèse ordonné et hiérarchisé, dominé par sa cité-mère, perdure toutefois longtemps. On la retrouve dans le premier cartulaire du chapitre d’Agde vers 11951200 et au Mans peu après 1236, alors même que ces cartulaires se distinguent par des pratiques originales et nouvelles de classement topographique.
Une nouvelle perception du diocèse (fin xiie-xive siècles)
Décrire le patrimoine : de nouveaux classements topographiques
20À partir de la fin du xiie siècle, plusieurs cartulaires rendent compte de l’apparition de nouveaux modes de classement topographiques. Tous sont l’œuvre de chapitres et concernent de manière privilégiée ou exclusive la mense canoniale.
21Le premier cartulaire du chapitre d’Agde, lui aussi étudié avec précision par Pierre Chastang, présente un premier cas de figure reposant sur la succession de dossiers structurés autour de pôles ecclésiaux, le plus souvent des églises paroissiales23. Les chanoines d’Agde ont acquis l’autonomie de gestion de leur mense dès 1122. Ils pratiquent alors la vie commune et la création de douze prébendes, en 1173, ne vient apparemment pas la remettre en cause. Leur cartulaire est compilé vers 1195-1200. Il s’ouvre par un dossier d’actes d’autorités récents, pontificaux, reconnaissant l’autonomie du chapitre par rapport à l’évêque (bulle d’Adrien IV de 1156 et lettre d’Alexandre II de 1160/1178). Ensuite, une première série d’actes porte sur la cité et ses environs immédiats (actes 20 à 129), tandis qu’une deuxième série concerne le reste du diocèse (actes 130 à 309). Dans cette dernière partie, les actes sont répartis en neuf dossiers correspondant chacun à un territorium castri, espace qui se donne comme le territoire dominé par un village castral : à la différence de Nîmes, l’impact de l’incastellamento sur les paysages est donc ici pris en compte, ce qui s’explique aisément au regard de la période de rédaction, l’extrême fin du xiie siècle, qui voit l’aboutissement du processus de congregatio hominum dans la région. L’ordre de succession des dossiers « suit un cheminement qui part du nord du diocèse pour descendre vers Agde, le long de la vallée de l’Hérault, avant de s’intéresser aux localités des bords de l’étang de Thau24 ». Mais ces dossiers castraux sont aussi des dossiers ecclésiaux car les nouveaux villages ont bien souvent polarisé la fonction paroissiale25. Or l’ordre de succession des actes à l’intérieur de chaque dossier privilégie toujours, à deux exceptions près, les actes de « restitution » de l’église, des dîmes ou de divers droits ecclésiastiques (sépulture, oblations…) effectués par des laïcs en faveur du chapitre. Comme l’écrit Pierre Chastang, il y a donc « emboîtement de deux logiques, castrale et grégorienne », mais c’est « à partir des églises de villa ou de castrum qu’ils possèdent que les chanoines d’Agde organisent la description livresque de leur patrimoine »26.
22Le cartulaire du chapitre du Mans présente une deuxième sorte de classement topographique. Les chanoines du Mans disposent d’une mense propre depuis le début du xie siècle, sans pour autant adopter la vie commune. Ils n’en obtiennent toutefois l’administration autonome, en même temps que le libre choix des titulaires de la fonction d’archidiacre, que sous l’épiscopat d’Hildebert de Lavardin (1096-1125). En 1197, sous l’épiscopat d’Hamelin (1190-1214), la mense canoniale est divisée en quarante trois prébendes individuelles. Confirmée en 1200 par l’archevêque de Tours, le légat Octavien et le pape Innocent III, l’immunité complète vis-à-vis de l’évêque implique en outre l’autorité absolue, au temporel comme au spirituel, sur quarante églises paroissiales du diocèse27. C’est dans ce contexte que le chapitre entreprend la composition de son cartulaire. Le manuscrit aujourd’hui connu sous le titre de Liber albus capituli regroupe en fait deux compilations successives, très différentes l’une de l’autre, même si toutes deux concernent le seul chapitre28.
23Une première partie (fol. 21 à 68) date de peu après 1236. Elle s’ouvre par une vingtaine de diplômes, chartes et lettres émanant des souverains et princes anglo-normand (Guillaume le Conquérant, Geoffroi Plantagenêt, Henri II) et capétien (Philippe Auguste, Louis IX) ou de leurs représentants dans le Maine. Ce dossier d’ouverture concerne par ailleurs la cité du Mans, ses proches environs (en particulier La Quinte) et les possessions parmi les plus anciennes du siège du Mans, dans la haute vallée de la Sarthe jusqu’au Passais. L’examen de la suite du cartulaire ne laisse pas entrevoir de véritable plan. Il existe bien quelques petits dossiers topographiques : les quinze documents suivants le dossier d’ouverture portent sur les possessions orientales, dans la haute vallée de Huisne ; on retrouve plus loin deux petits dossiers occidentaux, centrés sur Asnières et Mayenne, puis un dossier méridional, autour de Belin, Outillé et Moncé. Mais d’autres documents s’intercalent entre ces dossiers et ceux-ci ne regroupent jamais toutes les pièces concernant ces lieux. Un autre classement, typologique, semble avoir peu à peu pris la place de ces premiers regroupements topographiques assez hasardeux. On distingue en effet nettement des séries d’actes au sujet des dîmes29 (actes 32 à 35, 57 à 84), une autre concernant les églises (actes 108 à 189), deux autres à propos des règlementations et statuts du chapitre (actes 85 à 107 puis 191 à 230). Cette relative confusion dans le classement des actes explique qu’une table ait été dressée, reprenant les rubriques des actes en les numérotant. Dans le cartulaire, ces rubriques sont soignées et toujours écrites à l’encre rouge ; dans la marge droite, un chiffre romain a été porté à leur côté. Lorsqu’il s’agit d’actes rapportant des éléments du patrimoine cathédral, et à l’exception des rentes liées aux anniversaires, elles associent toujours une localisation topographique à une brève évocation de la nature du document. Table et rubriques suffisent donc pour se repérer dans la masse documentaire et retrouver les actes dispersés se rapportant à un même lieu.
24La situation change du tout au tout avec la reprise du cartulaire dans les années 1288-1289 (fol. 69 à 223) et la réalisation d’une deuxième table renvoyant à l’ensemble des actes des deux rédactions successives. La volonté de réaliser un classement topographique de tous les actes est alors très nette. Deux grandes parties peuvent être distinguées : la première rassemble les actes au sujet du Mans et ses environs immédiats (la cité, le bourg Saint-Vincent, les faubourgs, La Quinte), la seconde le reste du diocèse, elle-même subdivisée en dossiers topographiques classés par archidiaconés. L’organisation de cette seconde partie est particulièrement soignée : outre les rubriques résumant chaque acte, on y trouve des titres de parties reprenant la division du diocèse du Mans en six archidiaconés territoriaux établie par l’évêque Maurice (1216-1231) en 1230 (doc. 1). Cette architecture est reprise par la nouvelle table générale qui rassemble les rubriques de tous les actes du manuscrit et réintègre donc ceux de la première rédaction dans la représentation territoriale du diocèse promue par la deuxième. Cette table se présente comme le véritable plan idéal du cartulaire dans son ensemble. Elle donne en même temps à lire l’image d’un diocèse polarisé par la cité-mère et subdivisé en grandes circonscriptions ecclésiastiques, en l’occurrence les archidiaconés (fig. 1) : on glisse de la cité vers les faubourgs, puis dans l’archidiaconé du Mans, enfin dans les autres archidiaconés. À la fin du xiiie siècle, le patrimoine du chapitre cathédral et les actes qui en rendent compte sont donc redistribués à l’intérieur du cadre de la géographie « administrative » ecclésiastique mise en place en 1230, à l’initiative d’un évêque réformateur.
Fig. 1 : Économie du cartulaire du chapitre cathédral du Mans (vers 1288-1289)

Au-delà du patrimoine : définir le diocèse
25Sans adopter de nouvelles modalités de classement des actes et indépendamment de la recension du patrimoine cathédral, qui demeure leur premier objectif, certains cartulaires se soucient aussi désormais de l’espace diocésain dans son ensemble. Par l’intermédiaire de documents de toutes sortes – notices narratives, bulle de confirmation pontificale, décrets épiscopaux, listes et inventaires… – ils envisagent la question des limites ou des composantes territoriales du diocèse et évoquent même parfois son organisation interne. Deux cartulaires récemment édités, les cartulaires de Dax et Bayonne, dans la province d’Auch, permettent de prendre la mesure d’une telle évolution.
26Le cartulaire de l’église Sainte-Marie de Dax, compilé à la fin du xiie siècle sous l’épiscopat de Guillaume-Bertrand (1168-1203), concerne à la fois l’évêque et le chapitre de Dax30. Il obéit à un classement typologique : après un assez long dossier d’ouverture, viennent la collection des actes de donation, quelques règlements ou récits de conflits, et enfin une série d’actes sur la gestion et le gouvernement du diocèse. Dans ces deux dernières séries figurent quatre documents se rapportant à l’espace du diocèse. Ils témoignent du souci du cartulariste dacquois de ne pas rassembler seulement les documents concernant les biens et droits de la cathédrale, mais d’évoquer aussi les limites du diocèse et son organisation territoriale (fig. 2).
27L’emprise territoriale du diocèse est précisée pour certaines zones disputées grâce à la copie d’une longue notice narrative de la première moitié du xiie siècle. Elle ressort aussi, de manière plus systématique, de la copie d’une très longue liste des églises du diocèse (nomina ecclesiarum hujus episcopatus), dont on a pu établir le caractère quasi-exhaustif31. Par ailleurs, plusieurs actes du cartulaire donnent à voir la structure territoriale interne du diocèse. Le premier est le décret épiscopal de 1098-1117 subdivisant le diocèse en quatre archidiaconés (texte 2). Certes, il s’agit surtout d’une division destinée à répartir équitablement les ressources de la mense canoniale32, mais l’ajout d’un acte de 1227 au début du manuscrit, vient attester de l’évolution de ces archidiaconés en véritables unités administratives33. De son côté, la liste des églises du diocèse suggère aussi, pour qui sait la lire, l’existence une autre forme d’organisation territoriale interne. Jean-Bernard Marquette a en effet montré que sa configuration renvoyait à l’existence de vingt-et-un itinéraires de visites, assez largement appuyés sur la topographie locale, en particulier le système de vallées et le réseau hydrographique34. Le cartulaire de Dax apparaît ainsi comme un instrument utile aussi bien au gouvernement pastoral du diocèse qu’à la gestion de la double seigneurie épiscopale et canoniale.
Fig. 2 : Actes du cartulaire de l’église cathédrale de Dax concernant le territoire du diocèse.

28Le cartulaire de Bayonne, compilé au milieu du xive siècle, est un cartulaire du chapitre seulement35. Son classement, chronologique, ne présente aucune originalité. Il débute par un bref dossier d’ouverture composé de trois documents, dont l’un est faux et un autre suspect. Le seul document sincère est un acte de 1057-1059 de Raimon dit le Jeune, évêque de Bazas, par lequel celui-ci rappelle qu’il a été chargé par l’archevêque d’Auch Austinde de restaurer l’évêché de Labourd et qu’il a pour cela bénéficié de l’abandon par le vicomte de Labourd de la plupart de ses droits sur l’église majeure de la ville et plusieurs biens ecclésiastiques. Cet acte, ainsi que le double épiscopat de Raimon, s’inscrivent donc dans le cadre de la création du siège de Labourd (alias Bayonne), dans les années 1050, dans le contexte de désagrégation du « grand évêché de Gascogne »36.
29Le plus intéressant pour nous est le premier acte du cartulaire. Il s’agit d’une fausse charte attribué à Arsius, prétendu évêque de Labourd dans les années 980-983, dans laquelle sont précisées les limites du diocèse37. Les origines du diocèse de Labourd se voient ainsi repoussées dans le temps d’une soixantaine d’années. Arsius déclare agir par souci de fournir à ses successeurs, évêques et archidiacres (une fonction qui n’est pas attestée dans la région avant la fin du xie), les moyens de résister à d’éventuelles contestations. L’analyse paléographique du pseudo-original conservé par ailleurs montre qu’il s’agit d’une forgerie de la fin du xie siècle, sans doute en partie suscitée par les conflits territoriaux opposant alors les évêchés de Dax, Oloron et Bazas38. Le deuxième acte du cartulaire est une bulle de Pascal II datée du 9 avril 1106, par laquelle le pape, à la demande de l’évêque Bernard (v.1080-v.1118), confirme les limites du diocèse de Labourd en reprenant partiellement le texte de la fausse charte d’Arsius39. La sincérité de cette bulle fait elle-même l’objet de discussion, mais pour notre propos, peu importe. Comme la fausse charte d’Arsius, cette bulle – qu’elle soit sincère, forgée ou interpolée –, apparaît comme le reflet des nouveaux enjeux territoriaux de la fin du xie et du début du xiie siècle. Cependant, le plus important est que sa copie, au milieu du xive siècle, en tête du liber aureus, révèle quelle importance lui était alors attribuée par le chapitre. Pour celui-ci, il fallait à l’évidence que le codex rassemblant les archives capitulaires s’ouvre par le rappel des limites du territoire diocésain et que ces limites soient fondées par des documents les plus anciens possibles. Ainsi s’explique le fait que la bulle de Célestin III datée de 1194, qui reprend la description des limites diocésaines et confirme la bulle de Pascal II, et dont la sincérité ne fait aucun doute, soit reléguée au milieu du cartulaire (fol. 31v°-34)40.
30La définition des limites diocésaines présente un autre intérêt. L’acte faux attribué à l’évêque Arsius, probablement élaboré à la fin du xie siècle donc, repris tel quel par la bulle de Pascal II, décrit le territoire de l’évêché en énumérant les vallées qui le composent. Celles-ci sont parfois délimités par des cours d’eau, des croix ou des églises41. La bulle de Célestin III, en revanche, un siècle plus tard, décrit le même territoire en rayonnant du chef-lieu de cité (Bayonne) vers la périphérie et en énumérant des lieux sacrés (les principales églises des principaux lieux-dits), les hôpitaux (dans, puis hors de Bayonne) et enfin seulement les vallées42. Si elles se complètent sur le plan de l’autorité, les différentes pièces copiées dans le liber traduisent donc aussi une évolution de la conception de la géographie diocésaine et l’avènement d’une représentation proprement ecclésiale du diocèse.
31Une telle évolution n’est pas sans rappeler le cas bien connu du Latium, où les pancartes pontificales abandonnent, à partir du milieu du xiie siècle, la traditionnelle confirmation de l’episcopium par évocation des plebes et description du patrimoine soumis au siège au profit d’une confirmation de l’emprise spatiale de la juridiction épiscopale fondée sur l’énumération des territoires castraux qui la composent. Pierre Toubert y voit la prise en compte tardive par la chancellerie pontificale du remodelage des structures de peuplement, puisqu’enfin les castra se substituent aux plebes et villae43. Mais le phénomène traduit aussi, me semble-til, le passage d’un diocèse conçu comme l’accumulation de prérogatives pastorales sur des plebes à un diocèse défini en tant qu’espace juridictionnel par une somme d’unités territoriales délimitées et jointives (ici les territoires castraux).
Cartulaires, gestion seigneuriale et construction du territoire diocésain
32Les classements mis en œuvre dans les cartulaires d’Agde et du Mans, tout comme l’inclusion de pièces descriptives, parfois forgées ou interpolées, dans les cartulaires de Dax et de Bayonne, manifestent l’émergence d’une perception idéelle de l’espace diocésain structuré par les seules logiques ecclésiales : centralité de la civitas, polarité exercée par les églises paroissiales ou les principaux lieux de culte, territorialité et emboîtement des circonscriptions ecclésiastiques, définition de limites linéaires en sont les composantes. Les grandes lignes de cette perception idéelle sont partagées par les bulles de confirmation pontificale et par bien des cartulaires monastiques depuis la fin du xie siècle44. En grossissant le trait, on peut avancer qu’il s’agit là d’une représentation de l’espace du diocèse d’inspiration grégorienne, même si certains de ses fondements apparaissent, comme pour le processus de territorialisation de la paroisse, dès l’époque post-carolingienne. Une telle conception est nourrie par l’ecclésiologie réformatrice qui, depuis le xe siècle, valorise les lieux de culte dans leur matérialité et promeut une sacralité de plus en plus spatialisée45. Pour autant, on aurait tord de réduire ce type de classements à de pures projections idéologiques. Les églises comme les subdivisions du diocèse ont pu jouer un rôle dans l’organisation, voire la gestion de la seigneurie canoniale, et les chanoines ont pu, de plus, le vouloir et le promouvoir, dans le prolongement même de leurs convictions réformatrices. Ce sont là des questions complexes qui mériteraient une étude approfondie et l’on se contentera de dessiner ici quelques perspectives.
L’église, entre lieu de culte et centre de prélèvement
33Les églises sont des centres de prélèvement (taxes synodales et procurations, droits de sépulture, oblations diverses…) et cette réalité a été accentuée par les transferts de dîmes des laïcs en faveur des moines et des clercs à partir du xie siècle. Sans doute est-ce d’ailleurs une des raisons pour lesquelles certains cartulaires cathédraux sans classement topographique se préoccupent d’inclure une liste des églises aux mains des chanoines, comme à Dax vers 1180-1203, ou de leur consacrer une section spécifique, comme au Mans dans la première phase rédactionnelle, peu après 1236.
34En Agadès, les récupérations de dîmes entre 1080 et 1150 profitent aux églises paroissiales contrôlées par le chapitre et constituent souvent le noyau à partir duquel les chanoines construisent une petite seigneurie foncière dans le territoire paroissial et castral au cours du xiie siècle. Décrire le patrimoine à partir de dossiers ecclésiaux et castraux relève donc aussi d’une certaine logique seigneuriale.
35Dans le Maine, la situation semble plus complexe. Les transferts de dîmes se poursuivent jusqu’aux premières décennies du xiiie siècle. Ces dîmes sont très fragmentées et attachées à des terres, des granges ou des domaines. Dans le cartulaire du chapitre, tous ces actes de donation/restitution sont replacés par les rubriques sous l’autorité d’une église paroissiale. Cela semble renvoyer à une véritable politique de remembrement dîmier, au profit des églises paroissiales contrôlées par les chanoines46. Ici aussi les actes de récupération des dîmes précèdent des actes rendant compte de la constitution, dans la paroisse, d’une petite seigneurie foncière et parfois même banale (fours, coutumes vicariales…). On serait donc en présence d’une logique seigneuriale assez proche de celle d’Agde : seuls le caractère dispersé du peuplement et le moindre aboutissement du processus de récupération expliqueraient l’impossibilité de décrire l’ensemble du patrimoine cathédral par le prisme des églises. Cependant, dans le même temps, d’autres actes, comme ceux procédant à la création de prébendes spécifiques théoriquement insécables, rendent aussi compte de l’existence de blocs seigneuriaux composites, à cheval sur plusieurs paroisses, regroupant des droits d’origine diverses, parmi lesquels figurent souvent des dîmes attachées à telle pièce de terre ou de vigne, sans lien même avec une quelconque église. En outre, les églises paroissiales entre les mains du chapitre, pourtant en nombre à peu près équivalent à celui des chanoines (une quarantaine), ne semblent pas avoir constitué le cœur des prébendes lorsque celles-ci ont divisé la mense canoniale au tournant des xiie et xiiie siècles. Ces prébendes, régulièrement redistribuées entre les chanoines – probablement en raison de leurs valeurs inégales – faisaient en outre l’objet de recompositions bouleversant la liste des droits. La seigneurie canoniale apparaît donc assez mouvante et l’on s’explique mieux que les cartularistes manceaux n’aient pas élaboré leur description patrimoniale autour des églises ou des prébendes. Mais pourquoi leur ont-ils préféré les archidiaconés ?
Les subdisions du diocèse : le cas des archidiaconés
36Les archidiaconés territoriaux sont des institutions assez mal connues. En dépit de quelques cas très précoces remontant peut-être au premier quart du xe ou plus sûrement au début du xie siècle, ils ne semblent en général pas antérieurs à la deuxième moitié du xie, voire au xiie siècle47. Dans l’ouest de la France, la plus ancienne mention d’un archidiaconé territorial, dit « d’outre-Loire », concerne le diocèse d’Angers et date des environs de 1057-107048. On rencontre aussi un archidiacre attaché à un territoire peu avant 1060 en Vexin, dans le diocèse de Rouen (mais le cas pose problème), et peu avant 1064 à Mortagne, dans le diocèse de Sées49. Dans chacun de ces cas « pilotes », il s’agit de régions périphériques et de territoires mal définis, où s’exerce l’influence de princes voisins, rivaux de ceux qui dominent la cité-mère du diocèse : l’outre-Loire reste longtemps tiraillée entre les influences angevine et poitevine, le Vexin entre princes normands et Capétiens, le Perche entre la Normandie, le Maine et la principauté blésoise. On retrouve des cas de figure très proches, à la même époque, aussi bien dans l’évêché de Dax que dans celui de Vienne ou de Grenoble50. Comme si les évêques continuaient de redouter les effets dissolvants d’une domination politique exogène sur l’homogénéité de leur diocèse.
37Il ne s’agit pour autant pas toujours d’institutions, encore moins de circonscriptions définitives. Après 1064 par exemple, nous n’avons pas trace d’un archidiaconé de Mortagne, et sous l’épiscopat de Froger, entre 1159 et 1185, le territoire du diocèse de Sées situé à l’est de la Sarthe apparaît désormais divisé en deux archidiaconnés de Bellêmois et de Corbonnais51. En Normandie, la région de l’ouest où les archidiaconés ont été le mieux étudiés, les canons du concile de Lillebonne, en 1080, sont les premiers à attribuer explicitement à la fonction archidiaconale une dimension territoriale. En 1092, la mention de « l’archidiaconé de Vexin » en fournit un premier exemple52. On connaît cependant des diocèses normands où la fonction demeure non territorialisée et d’autres où l’archidiaconatus désigne longtemps un type de prélèvements (les procurations) ou un ensemble de droits spécifiques et non un territoire, des droits souvent appropriés par les seigneurs locaux, laïques ou monastiques53. Il faut donc se garder de projeter sur la réalité complexe des xe-xiie siècles les cartes que permettent de dresser les premiers pouillés de la fin du xiiie et du xive siècles. La mention de l’exercice de la fonction archidiaconale sur une partie du diocèse n’implique pas nécessairement l’existence d’une entité territoriale durable, ni qu’existe un découpage systématique, complet et définitif du diocèse en circonscriptions. L’autorité de l’archidiacre n’est pas en soi liée à un territoire, mais à la délégation personnelle de pouvoirs épiscopaux, qui peuvent être exercés dans des contextes très divers. Elle porte sur des personnes – les desservants –, des lieux – les églises –, et des droits. C’est seulement dans le cadre du renforcement du contrôle pastoral sur les clercs et les lieux de culte que la constitution de ressorts territoriaux pérennes, dont la morphogenèse très variable devrait être étudiée à nouveaux frais54, a pu représenter une commodité55.
38Dans le diocèse du Mans, l’institution des archidiaconés territoriaux est le fait de l’évêque Maurice en 1230 (doc. 1). Le texte qui en rend compte procède par réaménagement d’anciennes circonscriptions à travers la suppression de certaines (les archiprêtrés) et le regroupement d’autres (doyennés et églises paroissiales). Il existait donc un premier découpage du diocèse en archiprêtrés remontant probablement à la deuxième moitié du xiie siècle. La refonte de 1230 ne peut être analysée ici pour elle-même, mais il est clair qu’à côté de raisons proprement topographiques ont joué des motifs d’ordre institutionnel, les archidiacres étant des chanoines de la cathédrale nommés par leurs pairs, les archiprêtres des prêtres issus du clergé local56. La substitution des archidaconés aux archiprêtrés traduit donc aussi la volonté du chapitre de mieux s’assurer un contrôle rapproché du diocèse.
39Dans ces conditions, l’adoption de l’archidiaconé comme cadre de classement par le cartulariste du Mans pourrait renvoyer au rôle attribué aux archidiacres dans la gestion de la mense canoniale et refléter une transformation des pratiques seigneuriales du chapitre. Une notice du début du xive siècle destinée à réglementer l’approvisionnement quotidien en pain de la table canoniale (l’opus pani) se coule dans le cadre des archidiaconés, ce qui constituerait un indice en faveur de cette hypothèse57. À Chartres, le polypticon ecclesiae Beatae Mariae, rédigé en 1300, s’ouvre par une description des prébendes et des dignités qui prend soin de définir territorialement les archidiaconés, laissant présager du rôle des unes et des autres dans la gestion de la mense capitulaire58. On sait par ailleurs que dans certains diocèses les archidiacres étaient bien en charge de la gestion territorialisée de la mense canoniale. À Dax par exemple, le partage du diocèse en quatre archidiaconés sous l’épiscopat de Raimon de Xaintes (10971117) correspond à une telle situation (doc. 2) : la détermination des quatre archidiaconés ne se fait pas par accumulation d’églises paroissiales, mais par une délimitation de type domanial s’appuyant sur les éléments naturels (le littoral, le réseau hydrographique) et le réseau viaire, de manière exceptionnelle une limite de pagus. Les responsabilités de chaque archidiacre concernent la gestion de tous les biens et droits de la cathédrale et le principal objet du partage territorial est bien la réglementation de la répartition des divers revenus, ecclésiastiques et seigneuriaux mêlés (dîmes, revenus des terres, tributs des dépendants, districtiones, droits de plaid, droits de gîte…), entre les chanoines, les dignitaires ou l’évêque. Sans doute pour prévenir tout risque de personnalisation et d’abus, il est prévu que la gestion de chaque archidiaconé soit temporaire et que tous les trois mois les quatre archidiacres échangent leurs ressorts dans le cadre d’un roulement très proche de ce que peuvent pratiquer certaines coseigneuries castrales laïques. Pour autant, les archidiaconés n’ont pas constitué le cadre de classements des actes dans le cartulaire de Dax : gestion de la mense et confection d’un cartulaire semblent bien relever de logiques différentes.
40Il en est de même au Mans. Au regard de l’acte de 1230 et des autres documents à notre disposition, le seul prélèvement ecclésiastique contrôlé ici par les archidiacres est leur droit de visite, sévèrement réglementé. La gestion de la mense leur échappe, au profit du doyen et des chanoines prébendiers eux-mêmes, peut-être dans le cadre du système de la prévôté, comme à Laon à la même époque59. Les archidiacres sont des adjoints de l’évêque chargés de la surveillance des églises et de leurs desservants. Mais ils deviennent aussi, comme ailleurs, les garants de la conservation du patrimoine cathédral et de toutes les transactions le concernant effectuées dans leur ressort. Là est peut-être la raison du classement topographique adopté à la fin du xiiie siècle. Ainsi reclassé, le cartulaire devait permettre aux archidiacres de disposer rapidement, en particulier lors de leur entrée en fonction, d’une vue d’ensemble non seulement des églises, mais aussi du patrimoine situé dans leur ressort pour mieux en assurer la défense et la préservation. Les deux phases rédactionnelles du cartulaire du Mans correspondraient alors au passage d’une logique de recensement à une logique de défense du patrimoine, passage qui a pu être observé dans nombre de cartulaires canoniaux du xiiie siècle et dont les deuxièmes cartulaires d’Agde ou d’Arles constituent de bons exemples. Dans le Midi, où les diocèses sont d’étendue modeste, où l’archidiaconat n’est pas territorialisé et où le notariat change le rapport à la copie, seuls les actes utiles sont rigoureusement sélectionnés et se trouvent regroupés par dossiers de contentieux, de facto souvent topographiques, mais sans logique spatiale d’ensemble. Au Mans, dans un diocèse immense et dans un tout autre contexte de rapport à l’écrit, les archidiaconés territoriaux, dont la création n’obéissait d’ailleurs ni à une logique patrimoniale, ni à une logique gestionnaire, se sont présentés comme un cadre commode pour rationaliser l’accès des archidiacres aux documents dont ils devaient avoir connaissance pour assurer la perpétuation de l’emprise seigneuriale canoniale.
41Les nouveaux classements topographiques des cartulaires ne sont donc pas de pures représentations. Derrière ce qui pourrait apparaître à première vue comme une perception seulement idéelle de l’espace du diocèse, structuré par les pôles ecclésiaux (la cité-mère, les églises paroissiales) et les circonscriptions ecclésiastiques (les paroisses, les doyennés, les archidiaconés, de plus en plus territorialisés), se dégagent des préoccupations pratiques, patrimoniales et seigneuriales. Il serait vain de les opposer car elles reflètent également la mise en œuvre d’une même logique attribuant à l’institution ecclésiale le soin de donner forme et sens à l’espace, dans les livres comme sur le terrain. Les classements des cartulaires, comme l’élaboration des circonscriptions décanales et archidiaconales, s’accomodent ou s’adaptent à bien des réalités exogènes, qu’il s’agisse des contraintes naturelles, des facteurs socio-politiques et des données socio-économiques. Mais pour les clercs, le blanc manteau de l’Église doit désormais vêtir l’ensemble de ces réalités disparates.
Le rôle des chapitres
42Il reste à souligner que la plupart de ces cartulaires d’un nouveau genre sont l’œuvre des communautés canoniales et qu’un fort contraste les oppose aux cartulaires épiscopaux élaborés à partir de la fin du xiie siècle.
43À Arles, le premier cartulaire archiépiscopal, compilé vers 1178-1181 (« l’autographe B »), organise aussi le classement des actes selon un ordre largement topographique, souligné par des rubriques de section (fig. 3)60. Mais les dossiers renvoient aux différents pôles de la seigneurie épiscopale, qu’il s’agisse d’anciens domaines (la villa fiscale de Sainte-Marie de ratis – aujourd’hui les Saintes-Maries-de-la-Mer –, l’Argence) ou de nouveaux castra (Saint-Chamas, Pont-Saint-Geniès…), que ceux-ci soient situés à l’intérieur ou à l’extérieur du diocèse (Mornas, Goudargues, Barjols). De manière significative, le dossier d’ouverture, après les diplômes impériaux et les bulles pontificales, se poursuit par une liste des possessions de l’archevêque d’Arles en 1150-1157, dressée par son baile juif61. Les dossiers topographiques, qui prolongent en quelque sorte cette liste, regroupent des actes patrimoniaux, mais aussi les serments féodaux prêtés par les vassaux de l’archevêque pour les biens et droits qu’ils tiennent de lui. Ces dossiers n’accordent pas de place particulière aux églises ou aux dîmes. Les serments, en revanche, font souvent l’objet de regroupements spécifiques. L’organisation topographique du corpus renvoie peut-être à des unités de gestion de la mense épiscopale, mais le principal est qu’il ne se soucie guère de l’espace diocésain en tant que tel, ni de ses structures ecclésiales propres. Il s’agit d’un cartulaire seigneurial et féodal. Ces cartulaires épiscopaux, qui renvoient à la féodalisation croissante des seigneuries épiscopales, se multiplient tout au long du xiiie et au début du xive siècle62. On en trouve à Arles, Agde, Aix-en-Provence, Avignon, Marseille… au sud, à Noyon, Laon, Langres… au nord. Certains d’entre eux, comme à Angoulême, reçoivent même le titre de Liber feodorum.
44Les espaces construits par les nouveaux classements topographiques ne sont donc pas tous semblables et n’accordent pas la même importance ni le même traitement au cadre diocésain. L’institutionnalisation des chapitres et la constitution d’une mense capitulaire, gérée de manière autonome et composée pour l’essentiel d’églises et de dîmes, orientent la composition des cartulaires canoniaux : ceux-ci se focalisent sur l’espace du diocèse et adoptent les églises ou les circonscriptions ecclésiastiques comme principales unités descriptives. À l’inverse, le recensement des biens et des droits des évêques relève d’une logique seigneuriale châtelaine ou domaniale qui ne limite pas leur horizon au diocèse et ne les incite pas à « penser » leur espace par le prisme des églises ou des droits ecclésiastiques. Au moment où les cartulaires canoniaux construisent l’espace diocésain d’une église cathédrale, les cartulaires épiscopaux élaborent l’espace féodal du seigneur évêque. Au xiiie siècle, les évêques découvrent l’espace de leur diocèse autrement, à travers la pratique de la visite pastorale par exemple.
45À partir de la fin du xiie siècle, au regard des quelques exemples considérés, les cartulaires cathédraux, canoniaux pour l’essentiel, s’ouvrent à de nouveaux paradigmes spatiaux. Des phénomènes culturels profonds sous-tendent à l’évidence une telle évolution, à commencer par les transformations qui affectent le statut de l’écrit diplomatique dans un contexte de juridisation croissante. Mais les cas étudiés ici mettent d’abord en relief l’impact des mutations de l’institution ecclésiale aux xie-xiie siècles. La réforme des chapitres, les transferts d’églises et de dîmes, l’essor de la féodalité épiscopale, tout en transformant la nature de la seigneurie d’Église et les formes de sa gestion, modifient aussi l’organisation de ses archives et nourrissent l’émergence de nouvelles représentations spatiales. Parallèlement, la constitution d’une véritable géographie administrative ecclésiastique, à l’échelle de la chrétienté comme à l’intérieur de chaque diocèse, promeut de nouveaux principes d’organisation spatiale dont la linéarité des frontières et l’emboîtement des circonscriptions représentent les principaux caractères. À leur niveau, les cartulaires en rendent compte avec netteté, aussi bien dans l’économie textuelle qu’ils mettent en œuvre que dans la sélection ou la manipulation d’actes d’autorité consacrés à la définition du territoire diocésain.
Fig. 3 : Économie du cartulaire de l’archevêque d’Arles (vers 1178-1181)

Cartulaires Bas Rhodaniens Et Languedociens


Cartulaires De L’ouest

Cartulaires Gascons


Documents
1. Création des six archidiaconés de l’Église du Mans par l’évêque Maurice (3 octobre 1230)
46Traduction (F. Mazel) :
47À tous ceux qui verront les présentes lettres, Maurice, par la permission de Dieu indigne ministre de l’Église du Mans, salut dans le Seigneur. Comme il n’est ni nouveau ni inconvenant que les institutions humaines changent en fonction du changement d’époques, nous faisons savoir à vous tous que nous, du conseil prudemment requis et obtenu d’hommes avisés et d’experts en droit et du consentement du doyen et du chapitre de l’Église du Mans, les archiprêtrés de la dite Église ayant été complètement absorbés et abolis, nous avons établi six archidiaconés dans l’Église du Mans, outre l’archidiaconé annexé au décanat qui comprendra l’ancien archiprêtré du Mans. Quant aux autres archidiaconés, nous ordonnons qu’ils soient définis de la sorte.
48L’un comprendra le territoire de l’archiprêtré de Sablé et cinq églises paroissiales de l’archidiaconé de Château-du-Loir, à savoir Clermont, Mareil, Pringé, Saint-Jean-dela-Motte, Luché, avec les prieurés présents dans les dites églises ; et, dans le doyenné de Sillé[-le-Guillaume], les églises de Saint-Symphorien, Ruillé[-en-Champagne], Bernay, Neuvy[-en-Champagne], Amné et Saint-Julien-en-Champagne, et les prieurés présents là, et l’église et le prieuré d’Orques, dans le doyenné d’Évron.
49Un autre comprendra le territoire de l’archiprêtré de Laval et le doyenné d’Évron, à l’exception de l’église et du prieuré d’Orques.
50Un autre comprendra le territoire de l’archiprêtré de Passais, à l’exception du doyenné d’Évron, et à l’exception des églises et prieurés de Saint-Symphorien, Ruillé[en-Champagne], Bernay, Neuvy[-en-Champagne], Amné et Saint-Julien-en-Champagne, dans le doyenné de Sillé[-le-Guillaume].
51Un autre comprendra le territoire de l’archiprêtré de Sonnois, lui étant adjoint le doyenné de Ballon.
52Un autre comprendra le territoire de l’archiprêtré de Montfort, à l’exception du doyenné de Ballon, et lui étant adjoint le doyenné de Saint-Calais.
53Un autre comprendra le territoire de l’archiprêtré de Château-du-Loir, à l’exception des églises de Mareil, Clermont, Pringé, Luché, Saint-Jean-de-la-Motte, avec les prieurés présents dans les dites paroisses, étant adjoint au dit archidiaconé le doyenné de Troô.
54Nous statuons aussi que tous les archidiacres, à l’exception du grand archidiacre, doivent devenir prêtres dans l’année suivant la réception de l’archidiaconé. Quant au grand archidiacre, il recevra l’ordre du diaconat dans l’année et sera tenu d’avoir avec lui durant les visites un homme d’ordre sacerdotal, prévoyant et plein de discernement, pour écouter les confessions et accomplir les autres tâches que l’office de la visite exige.
55Les archidiacres ne recevront la procuration qui est due en raison de la visite que s’ils effectuent la visite en personne, et de plus ils ne pourront avoir plus de six montures, étant compté le doyen rural qui a quelquefois coutume d’aller avec eux ; et s’il arrive, en quelque occasion contingente, qu’ils aient plus de montures, ils sont tenus de régler dans le mois, sur leur bien, au prieur ou au prêtre, les dépenses excédant, tant pour les chevaux que pour les hommes, la taxation légitime effectuée pour les dépenses.
56Nous statuons aussi que, à leur mort ou à leur cession d’activité, tous les revenus soient distingués de la terre des personnes. Et s’ils servaient jusqu’à Pâques et se trouvaient engagés pour des dettes et que leurs biens meubles ne suffisent pas à les régler, ils auront par collecte [de quoi régler] la moitié des dettes, ou moins si cela suffit au règlement des dettes ; et parce que dans leur office ils supporteront tant de charges qu’ils seront dotés d’une taxe de procuration, nous statuons que les prieurés et églises paroissiales qui ont dix livres tournois de revenus annuels ou plus, jusqu’à quinze, seront tenus de verser aux archidiacres, en raison des charges qu’ils ont et des dépenses qu’ils supportent, douze [deniers] tournois ; et ceux qui ont de quinze et plus, jusqu’à vingt, deux sous tournois ; et ceux qui ont de vingt et plus, jusqu’à vingt-cinq, trois sous tournois ; et de vingt-cinq jusqu’à trente, quatre sous tournois ; et de trente jusqu’à quarante, cinq sous tournois ; de quarante jusqu’à cinquante et même plus, six sous tournois.
57De leur côté, les archidiacres, au moment de leur institution, jureront de suivre avec fermeté et fidélité cette constitution. Or nous voulons faire observer cette constitution sans préjudice pour les chanoines qui sont en poste actuellement, de telle sorte qu’ils conservent voix au chapitre et stalle dans le chœur et tout ce qu’ils avaient coutume d’avoir comme ils avaient auparavant. À l’archidiacre Odon, qui est grand archidiacre, statut dans lequel il demeure, jusqu’à ce qu’il soit élu, l’archidiaconé de Sonnois, que pour le futur nous avons assigné au grand archidiacre ; et jusqu’à ce qu’il soit élu le doyen conservera cet archidiaconé avec ses revenus et la cure de l’archiprêtré du Mans.
58Fait le jeudi après la fête de saint Rémy, en l’année 1230.
59Texte latin : A. Longnon, Pouillés de la province de tours, Paris, 1903, p. 56-57.
60Universis presentes litteras inspecturis, Mauricius, Dei permissione Cenomanensis ecclesie minister indignus, salutem in Domino. Cum non sit novum nec absonum ut, secundum varietatem temporum, statuta varientur humana, universitati vestre notum facimus, nos, de prudentium virorum consilio et jurisperitorum diligenter requisito et habito, et de consensu decani et capituli Cenomanensis ecclesie, absorptis penitus et amotis archipresbiteratibus ejusdem ecclesie, statuisse sex archidiaconatus in ecclesia Cenomanensi, preter archidiaconatum annexum decanatui, qui continebit archipresbiteratum quondam Cenomanensem. Alios vero archidiaconatus taliter duximus limitandos.
61Unus continebit territorium archipresbiteratus de Sabolio, et quinque ecclesias parrochiales de archidiaconatu Castri Lidi, scilicet de Claromonte, de Marolio, de Pringeio, Sancti Johannis de Mota, de Lucheio, cum prioratibus in eisdem ecclesiis contentis ; et, in decanatu de Silliaco, ecclesias Sancti Symphoriani, de Ruilleio, de Berneio, de Navovico, de Ameneio et de Sancto Juliano in Campania, et prioratus ibidem contentos, et ecclesiam et prioratum de Orques, in decanatu de Ebronio.
62Alius continebit territorium archipresbiteratus de Lavalle et decanatus de Ebronio, exceptis [ecclesia] de Orques [et] prioratu.
63Alius continebit territorium [archipresbiteratus] de Passeyo, excepto decanatu de Ebronio, et exceptis ecclesiis et prioratibus Sancti Symphoriani, de Ruilleio, de Berneio, de Novovico, de Ameneio, de Sancto Juliano in Campania, in decanatu de Silliaco.
64Alius continebit territorium archipresbiteratus Sagonentis ; adjuncto decanatu de Baladone. Alius continebit territorium archipresbiteratus Montisfortis, excepto decanatu de Baladone, et adjuncto sibi decanatu Sancti Karilephi.
65Alius continebit territorium archipresbiteratus Castri Lidi, exceptis ecclesiis de Marolio, de Claromonte, de Pringeio, de Lucheio, Sancti Johannis de Mota, cum prioratibus in eisdem parrochiis contentis, adjuncto dicto archidiaconatui decanatu de Troo
66Statuimus etiam ut omnes archidiaconi, preter majorem, infra annum a receptione archidiaconatus presbiteri fiant. Major vero archidiaconus infra annum diaconatus ordi nem suscipiet, et in visitationibus secum habere tenebitur in sacerdotali virum ordine providum et discretum, in confessionibus audiendis, et aliis que officium visitationis exposcit.
67Archidiaconi vero procurationem, que ratione visitationis debetur, nullo modo recipient, nisi personaliter visitent, nec etiam ultra sex equitaturas habere poterunt, computato etiam rurali decano qui cum eis ire aliquotiens consuevit ; et si forsitan, aliquo casu contingente, plures equitaturas haberent, expensas super excrescentium tam equorum quam hominum, habita expensarum taxatione legitima, infra mensem, de suo, priori vel presbitero solvere teneantur.
68Statuimus etiam ut fructus omnes a terra separati personarum fiant in obitu suo vel cessione. Et si usque ad Pascha servierint, et fuerint debitis obligati, et mobilia eorum ad solutionem non sufficiant, debitorum medietatem collecte habeant, vel minus si sufficiat ad solutionem debitorum ; et, quia in his multum emolumentum susceperint ut unius procurationis honere revelantur, statuimus ut prioratus et parochiales ecclesie, que decem libras turonensium annui redditus habent, vel amplius usque ad quindecim, duodecim turonenses ; que vero quindecim vel amplius usque ad viginti, duos solidos turonensium ; que vero viginti, vel amplius usque ad viginti quinque, tres solidos turonensium ; a viginti quinque usque ad triginta, quatuor solidos turonensium ; a triginta usque ad quadraginta, quinque solidos turonensium ; a quadraginta usque ad quinquaginta et etiam amplius, sex solidos turonensium, archidiaconis in recompensatione emolumenti quod habent, et dampni quod archidiaconi sustinent, solvere tenebuntur.
69Archidiaconi vero sue institutionis tempore jurabunt se hujus modi constitutionem firmiter et fideliter servaturos. Hanc autem constitutionem volumus observari sine prejudicio canonicorum qui modo sunt, ita quod vocem in capitulo et stallum in choro obtineant, et alia que consueverunt habere sicut primitus obtinebant. Archidiacono Odone, qui major est archidiaconus, in eo statu in quo est remanente, donec eligitur, archidiaconatum Sagonensem quem majori archidiacono in futuro assignavimus ; et, donec eligitur, decanus illum archidiaconatum cum fructibus obtinebit et curam archipresbiteratus Cenomanensis.
70Actum die jovis proxima post festum sancti Remigii, anno millesimo ducentesimo trigesimo.
2. Création des quatre archidiaconés de l’Église de Dax sous l’épiscopat de Raimon de Xaintes (1097-1117)
71Traduction (G. Pon et J. Cabanot, modifiée par F. Mazel) :
72Des archidiaconés de l’Église de Dax
73Pour l’utilité commune et un gouvernement paisible de tous, présents et à venir, Raimon, évêque de Dax, et le chapitre de l’église Sainte-Marie de Dax, ont partagé tout leur évêché en quatre parties, à la tête de chacune desquelles ils ont placé un archidiacre pour être les yeux et les administrateurs de ladite église et prendre en charge tous les biens et personnes ecclésiastiques, de telle sorte que chaque archidiacre administre les affaires publiques pendant trois mois dans l’année ; si l’un d’eux fait défaut, qu’ils y suppléent en se remplaçant l’un l’autre. Les limites (fines) d’un des archidiaconés sont : de la route de Bordeaux, vers la mer, jusqu’au littoral du Labourd. Les limites d’un autre [partent] de ladite route, vers l’est, et il est aussi délimité (disterminat) par la rivière appelée Louts. Dudit Louts, les limites d’un autre archidiaconé s’étendent vers le midi jusqu’aux confins[des pays] du Gert et de Pouillon. À partir de là, les limites du quatrième archidiaconé sont ce qui reste de la délimitation (determinatis) des susdits archidiaconés. Cela étant institué, ils décidèrent aussi que toutes les dîmes, les revenus des terres, les tributs des rustres et tout ce qui, d’après le droit de l’archidiaconé, n’appartient pas à l’archidiaconé, les archidiacres en feraient la répartition, pour l’usage commun des confrères, d’un commun accord entre eux ; les taxes banales (districtiones) et les revenus des plaids en rapport avec ce qui précède, les droits de gîte et les domaines appartiennent à l’archidiacre dans la parrochia duquel ils se trouvent. Pour le paiement des taxes épiscopales, que chaque archidiacre, pour ses propres parrochias, les partage avec l’évêque, de telle sorte que l’évêque en reçoive les deux tiers et l’archidiacre un tiers, à l’exception des causes de Saint-Paul[lès-Dax] et de Saint-Vincent[-de-Xaintes]63, qui relèvent entièrement de l’évêque.
74Que les archidiacres partagent, en commun avec l’évêque, les revenus des plaids de la ville de Dax, selon les proportions susdites. Qu’ils se partagent aussi entre eux les droits de sépulture, les dîmes, le droit de marché, les oblations en argent et les revenus du santou (sanctuaria), à l’exception des revenus du chapitre.
75Texte latin : Cartulaire de la cathédrale de Dax, Liber rubeus (xie-xiie s.), éd. et trad.
76G. Pon et J. Cabanot, Dax, 2004, n° 153.
77De archidiaconatibus aquensis ecclesiæ
78Ad communem utilitatem, et quietam dispositionem, tam presentium quam posterorum, Raimundus Aquensis episcopus, et acclesia Sancta Marie Aquensis conventus, totum suum episcopatum in quatuor partes diviserunt, quibus singulos archidiachonos prefecerunt, qui oculi et dispositores acclesia predicte existerent, totiusque domus et familia aecclesiastice curam gererent, ita videlicet ut quisque archidiachonus tribus mensibus in anno rem publicam disponeret, ut uno deserente alterutrum succedendo sumministraret. Unius archidiaconatus fines surit : a camino Burdegalensi versus mare, usque ad litus Laburdense. Alterius vero fines ab eodem camino versus orienteur, sicut fluvius qui dicitur Lossium disterminat. A Lossio vero predicto fluvio, alius archidiaconatus fines distenduntur versus meridiem, usque ad fines Gerti et Polionis. Ab inde vero quarti archidiaconatus fines, quod a predictis determinatis archidiaconatibus ex ordine relinquitur. Hac institutione facta, iterum instituerunt quatinus quotcumque decima, sive redditus terrarum, vel tributa rusticorum vel catera qua jure archidiaconatus, ad archidiaconatus non pertinent, ad communem confratrum utilitatem, convenienti inter se consensu archidiaconi dispertirent. Districtiones vero et placita que de istis contigerint, sive hospicia, sive dominia, in illius archidiaconi jure consisterent, in cujus parrochia permanerent, de legum autem pontificalium persolutionibus, singuli archidiaconi cum pontifice per suas parrochias sic se haberent, ut episcopus duas, archidiaconus vero terciam portionem acciperet, exceptis causis de Sancto Paulo et de Sancto Vincentio, qua prorsus episcopi sunt.
79Urbis vero Aquensi placita cum pontifice supradicta particione archidiaconi communiter dividerent. Cimiteria quoque et decimas, et venalitatem fori, et oblationem argenteam, atque sanctuaria, exceptis capituli, inter se dividerent.
Notes de bas de page
2 Voir la présentation historiographique de Chastang, Pierre, « Cartulaires, cartularisation et scripturalité médiévale : la structuration d’un nouveau champ de recherches », Cahiers de civilisation médiévale, t. 49, 2006, p. 21-32. On peut notamment renvoyer aux deux colloques publiés par l’École des chartes : Les cartulaires, Guyotjeannin, Olivier, Morelle, Laurent, et Parisse, Michel (dir.), Paris, 1993 ; Les cartulaires méridionaux, Le Blévec, Daniel (dir.), Paris, 2006 ; à la thèse de Chastang, Pierre, Lire, écrire, transcrire. Le travail des rédacteurs de cartulaires en Bas Languedoc (xie-xiie siècles), Paris, 2001 ; enfin à l’ouvrage pionnier de Clanchy, Michael, From memory to written record. England, 1066-1307, Oxford-Malden, 1993 (1re éd. 1979).
3 Par exemple, à Chartres, le premier pouillé connu, réalisé vers 1250 selon André Chédeville (Chartres et ses campagnes, xie-xiiie siècles, Paris, 1973, p. 65-67), est transcrit peu après 1272 dans le cartulaire de la cathédrale (dit Livre noir : BnF, ms lat 10096), aux fol 35-45 (Longnon, Auguste, Pouillés de la province de Sens, Paris, 1904, p. XII-XIII et 103-132). Pour, le Bas-Languedoc, voir Chastang, Pierre, Lire, écrire, transcrire…, op. cit., p. 368-369.
4 On trouvera une brève présentation analytique de ces différents cartulaires, sous forme de tableaux, en annexe. Pour une présentation plus détaillée des cartulaires provençaux, on peut renvoyer au premier volume du « nouveau Stein », réalisé par l’IRHT : Vérité, Isabelle (dir.), Répertoire des cartulaires français, provinces ecclésiastiques d’Aix, Arles, embrun, Vienne, diocèse de Tarentaise, Paris, 2003. On peut aussi désormais recourir à la base de données de l’IRHT, Cartul’r : http ://www.cn-telma.fr/cartulR
5 Cartulaire noir de la cathédrale d’Angers, éd. chanoine Urseau, Paris-Angers, 1908.
6 Robin, Gérard, « Le problème de la vie commune au chapitre de la cathédrale Saint-Maurice d’Angers du ixe au xiie siècle », Cahiers de civilisation médiévale, t. 13, 1970, p. 305-322.
7 Voir Bienvenu, Jean-Marc, « Les caractères originaux de la réforme grégorienne dans le diocèse d’Angers », Bulletin philologique et historique, 1971, p. 545-560, ici p. 555-560 ; id., « Le conflit entre Ulger, évêque d’Angers, et Pétronille de Chemillé, abbesse de Fontevraud (vers 1140-1149) », Revue Mabillon, 248, 1972, p. 113-132 ; Avril, Joseph, Le gouvernement des évêques et la vie religieuse dans le diocèse d’Angers (1148-1240), Lille, 1984, p. 53 et 86-87.
8 Chastang, Pierre, Lire, écrire, transcrire…, op. cit., p. 187-188.
9 Antiquus cartularius ecclesiae Baiocensis ou Livre noir, éd. abbé Bourrienne, Rouen-Paris, 1902-1903. Voir aussi Dupuy, Hubert, Recueil des actes des évêques de Bayeux antérieurs à 1205, thèse dactyl. de l’École des chartes, 1970 (présentation dans Positions des thèses des élèves de l’École nationale des chartes, 1970, p. 73-74).
10 Selon l’enquête de 1133, sept prébendes particulières auraient existé dès 1074. Cependant, les actes du cartulaire de la fin du xie siècle laissent seulement entrevoir l’existence de possessions du chapitre en général. Il faut attendre l’épiscopat de Richard II (1107-1133) ou de Richard III (1135-1142) pour voir apparaître, dans les actes du cartulaire, la notion de prébende (Antiquus cartularius…, op. cit., n° 34, 1107-1137, et n° 8, 1133-1137). La possession en commun était en tout cas la règle avant 1066 (Bates, David, Normandy before 1066, Londres et New-York, 1982, p. 216).
11 Sur Odon, voir Bates, David, « The character and career of Odo, bishop of Bayeux (1049/1050-1097) », Speculum, vol. 50, 1975, p. 1-20
12 Sur ce document et l’épiscopat d’Hugues, voir Bates, David, « Notes sur l’aristocratie normande. I – Hugues, évêque de Bayeux (v. 1011-1049) », Annales de Normandie, vol. 23, 1973, p. 7-21.
13 Antiquus cartularius…, op. cit., n° 126.
14 Ibid., n° 127 et 132.
15 L’étude de cette enclave mériterait d’être reprise. Voir en dernier lieu : Casset, Marie, Les résidences rurales et semi rurales des archevêques et évêques normands au Moyen Âge, thèse dactyl., Université du Maine, 1999, t. II, p. 33-40 ; et Arnoux, Mathieu, et Maneuvrier, Christophe, Deux abbayes de Basse-Normandie : notre-Dame-du-Val et le Val-Richer (xiie-xiiie siècles), Flers, 2000, Le Pays Bas-Normand, n° 1-2 (n° 237-238), p. 70-71.
16 Cartulaire du chapitre cathédral de Langres, éd. H. Flammarion, Turnhout, 2004. Ce cartulaire fait se succéder de manière rigoureuse les actes des papes, des évêques, des rois, des ducs de Bourgogne, des comtes de Champagne, des divers seigneurs et bienfaiteurs laïques et ecclésiastiques de second rang. Le classement, attentif au nouvel ordonnancement théocratique de la société, privilégie ici la papauté et les autorités ecclésiales sur les souverains et les princes, mais sa logique suppose surtout que le statut de l’auteur l’emporte sur la nature, l’importance ou la localisation des biens et des droits concédés.
17 Bibl. municipale d’Arles, ms 1242, Authentique du chapitre (cartulaire A = fol. 1-106). Pour une étude détaillée de ce cartulaire, je me permets de renvoyer à Mazel, Florian, « Cartulaires cathédraux, réforme de l’Église et aristocratie : l’exemple des cartulaires d’Arles (v. 1093-1095) et d’Apt (v. 1122-1124) », dans Les cartulaires méridionaux…, op. cit., p. 61-90.
18 Cartulaire de l’église cathédrale Notre-Dame de Nîmes, éd. E. Germer-Durand, Nîmes, 1874 ; Chastang, Pierre, Lire, écrire, transcrire…, op. cit., p. 221-238.
19 On peut citer, pour la Provence, la délimitation du domaine fiscal de Trets, en 950, par les crêtes de la Sainte-Victoire et du Mont-Aurélien (voir, dans le présent volume, Mazel, Florian, « Cujus dominus, ejus episcopatus ? Pouvoir seigneurial et territoire diocésain (xe-xiie siècles) »), ou le célèbre partage du comté de Provence entre Raimondins et Catalans, vers 1125, qui s’appuie sur le Rhône et la Durance.
20 Schneider, Laurent, « Cité, castrum et pays : espace et territoires en Gaule méditerranéenne durant le haut Moyen Âge. L’exemple de la cité de Nîmes et du pagus de Maguelonne (ve-xie s.) », à paraître dans Castrum 8. El castillo y la ciudad. Espacios y redes (ss. vi-xiii), actes du colloque de Baeza (septembre 2002) [je remercie Laurent Schneider d’avoir mis son texte à ma disposition avant sa publication].
21 Sur le difficile épiscopat d’Aicard, voir Mazel, Florian, La noblesse et l’Église en Provence, fin xe-début xive siècle, Paris, 2002, p. 213-222.
22 Voir la contribution de Laurent Schneider dans le présent volume.
23 Le cartulaire du chapitre Saint-Etienne d’Agde, éd. R. Foreville, Paris, 1995 ; Chastang, Pierre, Lire, écrire, transcrire…, op. cit., p. 272-355.
24 Chastang, Pierre, Lire, écrire, transcrire…, op. cit., p. 309.
25 Ibid., p. 328-329.
26 Ibid., p. 321.
27 Voir Pichot, Daniel, « Histoire du diocèse du Mans du xe au xive siècle », La Mayenne, archéologie, histoire, t. 21, 1998, p. 55-92 ; Ogé, Nathalie, « Hamelin, évêque du Mans, 1190-1204. Étude d’une administration épiscopale », La Province du Maine, t. 96, 5e série, t. 8, fasc. 31, 1994, p. 233-249, et fasc. 32, 1995, p. 347-360.
28 Chartularium insignis ecclesiae Cenomanensis quod dicitur liber albus, éd. abbé Lottin, Le Mans, 1869. Voir Delisle, Léopold, « Notice sur le livre blanc de l’Église du Mans », Bibliothèque de l’École des chartes, t. 31, 1870, p. 194-210.
29 Il comporte des restitutions de dîmes mais aussi des institutions d’anniversaires, ceux-ci étant presque systématiquement fondés sur des rentes dîmières.
30 Cartulaire de la cathédrale de Dax, Liber rubeus (xie-xiie s.), éd. et trad. G. Pon et J. Cabanot, Dax, 2004.
31 Marquette, Jean-Bernard, « La géographie ecclésiastique du diocèse de Dax d’après le Livre rouge et son évolution du xiiie au xviiie siècle », dans L’Église et la société dans le diocèse de Dax aux xie-xiie siècles, Dax, 2004, p. 89-146.
32 Voir infra.
33 Marquette, Jean-Bernard, « La géographie ecclésiastique… », op. cit., p. 99-100.
34 Ibid., p. 93-98.
35 Le liber aureus du chapitre cathédral de Bayonne, éd. C. Moron, Paris, 2001.
36 Sur ce contexte, voir en dernier lieu Sénac, Robert-André, « L’évêché de Gascogne et ses évêques (977-1059) », dans actes du 104e congrès national des sociétés savantes (Bordeaux, 1979), t. II, Paris, 1981, p. 131-144 ; id., « Essai de géographie et d’histoire de l’évêché de Gascogne (977-1059) », Bulletin philologique et historique, 1980, p. 11-25.
37 Le liber aureus… op. cit., n° 1.
38 Sur ce contexte, voir Mazel, Florian, « Cujus dominus, ejus episcopatus ?.. », op. cit.
39 Le liber aureus… op. cit., n° 2.
40 Ibid., n° 94.
41 Ibid. n° 1 : Omnis vallis que Cirsia dicitur usque Karoli crucem, vallis que dicitur Bigur, vallis que eberua dicitur, vallis que ursaxia dicitur. Basten item vallis usque in medio portu Belat. Vallis que dicitur Larin, terra que dicitur ernania et Sanctum Sebatianum de Pusico usque ad sanctam Mariam de arosth et usque ad sanctam trianam. – Ibid., n° 2 : Qui nimirum sunt omnis vallis que Cirsia dicitur usque Karoli crucem, vallis que dicitur Bigur, vallis que arberua dicitur, vallis que ursoxia dicitur ; Bastan item vallis usque in medium portum Belath, vallis qui dicitur Lerin, terra que dicitur ernania et Sanctum Sebatianum de Pusico usque ad Sanctam Mariam de arost et usque ad Sanctam trianam.
42 Ibid., n° 94 : In quibus hec propriis duximus exprimenda vocabulis : locum ipsum in quo prefata ecclesia sita est cum omnibus tenimentis et pertinentiis sui ecclesiam Sancti Leonis, ecclesiam de Bearidz, ecclesiam de Majer, ecclesiam de Narbona, ecclesiam Sancti Johannis de Luis, ecclesiam Sancti Vincentii de Ustaritz, ecclesiam de Orquuit, ecclesiam de Pagazu, ecclesiam de Orsais, ecclesiam de Bono Loco, hospitale et oratorium extra muros civitatis Baione, hospitale et oratorium de Apate, hospitale et oratorium de Izuri, cum omnibus tenimentis et pertinentiis tam ecclesiarum quam hospitalarium predictorum ; vallem que dicitur Laburdi, valem que dicitur Arberoa, vallem que dicitur Orsais, vallem que dicitur Cizia, vallem que dicitur Baigur, vallem que dicitur Bastan, vallem que dicitur Lerin, vallem que dicitur Lesseca, vallem que dicitur Otarzu, usque ad Sanctum Sebastianum.
43 Toubert, Pierre, Les structures du Latium médiéval. Le Latium méridional et la Sabine, du ixe au xiie siècle, Rome, 1973, p. 793-803.
44 C’est le cas, à partir de la deuxième moitié du xie siècle, dans les bulles pontificales en faveur de Cluny, Saint-Victor de Marseille, Saint-Wandrille, Jumièges, le Mont-Saint-Michel… Voir Lohrmann, Dietrich, « Formen der enumeratio bonorum in Bischofs-, Papst- und Herrscherurkunden (9.-12. Jahrhundert) », archiv für Diplomatik, vol. 26, 1980, p. 281-311 ; id., Kirchengut im nordlichen Frankreich. Besitz, Verfassung und wirtschaft im Spiegel der Papstprivilegien des 11.-12. Jh., Bonn, 1983 ; id., « Les prieurés dans les grands privilèges pontificaux du xiie siècle (France du nord) », dans Prieurs et prieurés dans l’occident médiéval, Genève, 1987, p. 53-60. Le classement par diocèse est adopté dans le grand cartulaire de Saint-Victor de Marseille vers 1080, le second cartulaire de Gellone en 1122, le cartulaire de Savigny en 1202… Voir Zerner, Monique, « L’élaboration du grand cartulaire de Saint-Victor », dans Les cartulaires…, op. cit., p. 217-246 ; Chastang, Pierre, Lire, écrire, transcrire…, op. cit., p. 185-188 ; Poulle, Béatrice, « Les sources de l’histoire de l’abbaye cistercienne de Savigny, au diocèse d’Avranches », revue Mabillon, n. s., t. 7, 1997, p. 105-125, ici p. 115-122.
45 Lauwers, Michel, Naissance du cimetière. Lieux sacrés et terre des morts dans l’Occident médiéval, Paris, 2005, p. 23-111. Pour la paroisse, voir en dernier lieu Lauwers, Michel, « Paroisse, paroissiens et territoire. Remarques sur parochia dans les textes latins du Moyen Âge », Médiévales, n° 49, 2005 (Iogna-Prat, Dominique, et Zadora-Rio, Elisabeth [dir.], La paroisse. Genèse d’une forme territoriale), p. 11-32.
46 Cette pratique est aussi attestée pour les prieurés monastiques : voir Lohrmann, Dietrich, « Les prieurés… », op. cit., p. 58.
47 L’article « archidiacre » du Dictionnaire de droit canonique, Naz, René (dir.), t. I, Paris, 1935, c. 948-1004, ici 962-965, avance, pour la création des archidiaconés territoriaux, une datation carolingienne (deuxième moitié du ixe siècle), mais cette affirmation repose sur la simple attestation de la présence de plusieurs archidiacres auprès de l’évêque. Cet argument est beaucoup trop fragile car, comme le montrent de nombreuses monographies, il n’y a aucune relation de nécessité entre le nombre d’archidiacres et l’existence de circonscriptions territoriales pérennes. Ces études placent la création de ces circonscriptions entre la fin du xe siècle, pour quelques cas très précoces, et la fin du xie ou le courant du xiie siècle pour la plupart des diocèses. Voir en particulier : Gras, Pierre, « Les archidiaconés et les archiprêtrés de l’ancien diocèse de Châlon-sur-Saône », Bulletin philologique et historique, 1951-1952, p. 269-278 ; Choux, Jacques, Le diocèse de Toul au temps de la réforme grégorienne. L’épiscopat de Pibon (1069-1107), Nancy, 1952 ; Chédeville, André, Chartres et ses campagnes…, op. cit., p. 36-37 ; Locatelli, René, et Fietier, Roland, « Les archidiacres dans le diocèse de Besançon (fin xie-fin xiiie siècle) », Mémoires de la société pour l’histoire du droit et des institutions des anciens pays bourguignons, comtois et romands, fasc. 34, 1977, p. 51-81 ; Watanabe, Setsuo, « Les fonctions des archidiacres à Langres aux xie et xiie siècles », dans Parisse, Michel (dir.), À propos des actes d’évêques. Hommage à Lucie Fossier, Nancy, 1991, p. 277-293 ; Spear, David, « L’administration épiscopale normande : archidiacres et dignitaires des chapitres », dans Les évêques normands du xie siècle, Caen, 1995, p. 81-102. Il n’y a guère qu’Alain Dierkens pour déceler la création d’archidiaconés territoriaux dans le diocèse de Liège dès le début du xe siècle : Dierkens, Alain, « La création des doyennés et des archidiaconés dans l’ancien diocèse de Liège (début du xe siècle ?). Quelques remarques de méthode », Le Moyen Âge, t. 92, 1986, p. 345-365. À Cambrai, l’un des cas les plus précoces assez bien documentés, la division du diocèse en quatre archidiaconés territoriaux remonte aux années 1036-1046 : Van Mingroot, Erik, Les chartes de Gérard Ier, Liébert et Gérard II, évêques de Cambrai et d’Arras, comtes du Cambrésis (1012-1092/93), Leuven, 2005, p. 65-66.
48 Cette première mention figure dans une charte de La Trinité de Vendôme, datée par Charles Métais des environs de 1057 (Cartulaire de La trinité de Vendôme, t. I, Paris, 1893, n° 110 : pertinens antiquitus ad jus archidiaconatus transligerensis), insérée dans le grand cartulaire de l’abbaye vers 1062-1070 (pour la datation de ce cartulaire, voir Barthélemy, Dominique, La société dans le comté de Vendôme de l’an mil au xive siècle, Paris, 1993, p. 21-22 et 33-34) : elle concerne l’archidiaconé d’outre Loire, probablement le premier à avoir été constitué même si la référence à son « antiquité » ne doit pas nous abuser. Le prédicat Transligerensis accolé au signum d’Otberti archidiaconi dans une charte datée de 929, figurant dans le cartulaire noir de la cathédrale d’Angers, seulement attesté par des copies modernes, est certainement une interpolation tardive (Cartulaire noir…, op. cit., n° 33). Dans le diocèse d’Angers, les mentions d’archidiaconés territoriaux ne se multiplient qu’à partir de 1095 et concernent deux espaces : l’outre-Loire et l’outre-Mayenne. L’archidiaconé territorial d’Angers existait probablement déjà aussi, mais son gouvernement étant assuré par l’archidiacre de la cité, la mention d’un prédicat territorial apparaît sans doute inutile. Sur la base de la présence aux côtés de l’évêque, à partir de 966, de trois archidiacres au lieu d’un seul (Cartulaire de l’abbaye Saint-Aubin d’Angers, éd. A. Bertrand de Broussillon, t. I, Angers, 1903, n° 18), la tradition historiographique angevine fait souvent remonter la création de ces trois archidiaconés territoriaux au milieu du xe siècle. Mais ce chiffre de trois devient fréquent, dès la fin du ixe ou le xe siècle, en de nombreux diocèses où la création d’archidiaconés territoriaux est attestée de manière beaucoup plus tardive (par exemple Langres ou Vienne). On ne peut donc corréler l’apparition de ces trois archidiacres et la création des trois circonscriptions territoriales : plus d’un siècle les sépare. Cela n’empêche pas de penser qu’une phase préparatoire a peut-être vu les archidiacres « se spécialiser », de manière encore empirique et fluctuante, dans la gestion de certaines portions du diocèse.
49 Spear, David, « L’administration épiscopale… », op. cit. ; id., The personnel of the norman cathedrals during the ducal period, 911-1204, Londres, 2006, p. 207-208 (Droco archidiaconus Vilcasini) et 277 (Odone archidiacono de Mauritania : il faut bien sûr corriger l’identification avec Mortain en Mortagne).
50 Voir, dans le présent volume, ma première contribution et celle de Laurent Ripart.
51 Power, Daniel, the norman frontier in the twelfth and early thirteenth centuries, Cambridge, 2004, p. 120.
52 Concile de Lillebonne (1080), canon 6 : Archidiaconi per archidiaconatus suos semel in anno presbyterorum suffraganeorum suorum vestimenta et calices et libros videant, designatis ab episcopo in unoquoque archidiaconatu solum modo tribus locis, ubi vicini presbyteri ad haec monstranda convocentur. Pour le Vexin, voir Spear, David, « L’administration épiscopale… », op. cit.
53 Génestal, Robert, « La patrimonialité de l’archidiaconat dans la province ecclésiastique de Rouen », dans Mélanges Paul Fournier, Paris, 1929, p. 285-291 ; Bauduin, Pierre, La première Normandie (xe-xie siècles). Sur les frontières de la haute Normandie : identité et construction d’une principauté, Caen, 2004, p. 266-269.
54 Un des topos de l’historiographie à leur sujet est de postuler, depuis Auguste Longnon, leur correspondance avec les pagi. Cela peut être vrai dans certains cas, mais tous les auteurs qui avancent cette idée sont obligés de la nuancer si fortement qu’elle en perd souvent toute pertinence. Voir les réserves d’André Chédeville pour le Chartrain (Chartres et ses campagnes…, op. cit., p. 36-37) ou de David Spear pour la Normandie (« L’administration épiscopale… », op. cit., p. 92).
55 De manière significative, dans les tous premiers comptes et pouillés qui rendent compte de l’existence de subdivisions du diocèse, l’autorité de l’archidiacre sur un ensemble d’églises est énoncée en terme de ministerium et le prédicat associé à chaque ministerium est anthroponymique et non topographique : c’est le cas, au xie siècle, à Orléans (« de ministerio Arnulfi ») ou à Autun (« ex ministerio Odgerii », « ex ministerio adulgerii », « ex ministerio gonterii »…). Certes, les regroupements d’églises ainsi constitués anticipent pour une part les futurs archidiaconés tels qu’ils sont connus au xive siècle. Mais il y a toutefois de nombreuses différences (modifications des listes d’églises, division d’anciens regroupements…) qui témoignent d’une géographie non encore figée. Voir Longnon, Auguste, Pouillés de la province de Lyon, Paris, 1904, p. XII-IV et 64-66 (Autun) ; id., Pouillés de la province de Sens, Paris, 1904, p. XXXVII-XXXVIII et 61 (Orléans).
56 Basdevant-Gaudemet, Brigitte, « L’archidiacre et l’archiprêtre dans le Décret de Gratien », dans ead., Église et autorités. Études d’histoire du droit canonique médiévale, Limoges, 2006, p. 177-198.
57 Chartularium insignis…, op. cit., n° 722 (Ad opus panis Capitulo canonicorum Beati Juliani).
58 Cartulaire de l’église Notre-Dame de Chartres [cartulaire factice], éd. E. de Lépinois et L. Merlet, t. II, Chartres, 1865, p. 280.
59 Millet, Hélène, Les chanoines du chapitre cathédral de Laon, 1272-1412, Rome, 1982.
60 Autographe B, arch. départ. des Bouches-du-Rhône, 3 G 17.
61 Plus précisément, il s’agit de la traduction en latin, effectuée sous le pontificat de Raimon II (1163-1182), d’une liste en hébreu réalisée vers 1150-1157. Deux autres listes de droits et possessions, plus anciennes ou plus dispersées et donc moins raccordables aux dossiers topographiques, viennent clore la première phase rédactionnelle, aux p. 99-103 du manuscrit.
62 Sur ce processus, voir Guyotjeannin, Olivier, « La seigneurie épiscopale dans le royaume de France (xe-xiiie siècles) », dans Chiesa e mondo feudale nei secoli x-xii, Milan, 1995, p. 151-188 ; et pour la Provence, Mazel, Florian, La noblesse et l’Église…, op. cit., p. 262-281 et 444-452.
63 Ancien siège épiscopal, avant le transfert intra muros.
Notes de fin
1 Je remercie vivement Laurent Ripart pour ses remarques. L’article de Paul Bertrand et Xavier Helary (« Constructions de l’espace dans les cartulaires », dans Construction de l’espace au Moyen Age : pratiques et representations, Paris, 2007, p. 193-207), qui se situe a un niveau d’analyse plus general que le propos tenu ici, est paru trop tard pour etre pris en consideration (je me limiterais a signaler mon desaccord avec la lecture « gestionnaire » du premier cartulaire d’Arles suggeree p. 199 : sur ce cartulaire voir infra).
Auteur
-
Florian Mazel
Université de Rennes 2 Haute-Bretagne
CERHIO, UMR 6258, Université Rennes 2 – CNRS
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Un constructeur de la France du xxe siècle
La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)
Pierre Jambard
2008
Ouvriers bretons
Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968
Vincent Porhel
2008
L'intrusion balnéaire
Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)
Johan Vincent
2008
L'individu dans la famille à Rome au ive siècle
D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan
Dominique Lhuillier-Martinetti
2008
L'éveil politique de la Savoie
Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)
Sylvain Milbach
2008
L'évangélisation des Indiens du Mexique
Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)
Éric Roulet
2008
Les miroirs du silence
L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934
Patrick Bourgalais
2008
