1 Pour l’heure, la connaissance limitée de cette épigraphie ne permet pas de déceler des variations sémantiques ou grammaticales dans le texte de ces inscriptions. Il est cependant fort probable que, sur une distance telle et sur une période si large, la même écriture ait servi à noter plusieurs langues ou dialectes différents et que nous ne soyons pas en présence d’une seule langue unifiée.
2 Lejeune M., Pouilloux J. et Solier Y., « Étrusque et ionien archaïques sur un plomb de Pech Maho (Aude) », RAN, no 21, 1988, p. 19-59.
3 Sanmartí E., « Una carta en lengua ibérica, escrita sobre plomo, procedente de Emporión », RAN, no 21, 1988, p. 95-113.
4 Sanmartí E., Santiago R. A., « La lettre grecque d’Emporion et son contexte archéologique », RAN, no 21, 1988, p. 3-17.
5 Bats M., 1988, « La logique de l’écriture d’une société à l’autre en Gaule méridionale protohistorique », RAN, no 21, 1988, p. 121-149.
6 L’ensemble des plombs du Languedoc ibère et du littoral catalan est désormais disponible dans un corpus paru en décembre 2014 : Untermann J., Iberische Bleiinschriften in Südfrankreich und im Empordà, Berlin, De Gruyter, coll. « Madrider Forschungen », no 20, 2014. Cet ouvrage, posthume, vient clore l’ensemble indispensable des Monumenta Linguarum Hispanicarum, le corpus de référence des inscriptions paléohispaniques (cité ci-après MLH). Il rassemble les données matérielles et épigraphiques disponibles sur les plombs, mais ne propose pas d’analyse spécifique à chacun.
7 Veneluz : CIE II, 2, 8685, 8698 (Capoue) ; 8737 (Nola) ; CIE III, 1, 10187 (Tarquinia) ; 10444 (Blera) ; Venelusi : CIE III, 3 11129 (Pian dell’Abadia) ; CIE V, 1 6673 (Monte Aguzzo, Veii) ; Venelu : CIE III, 4, 11978 (Russellae).
8 Py M., « Les Étrusques, les Grecs et la fondation de Lattes », in P. Arcelin, M. Bats et D. Garcia (éd.), Sur les pas des Grecs en Occident, « Études Massaliètes » 4, 1995, p. 261-276. Lebeaupin D. et Séjalon P., « Lattara et l’Étrurie. Nouvelles données sur l’installation d’un comptoir vers 500 av. J.-C. », Gallia, no 65, 2008, p. 49-61. Ugolini D., « Présences étrangères méditerranéennes sur la côte du Languedoc-Roussillon durant l’âge du Fer : de la fréquentation commerciale aux implantations durables », Pallas, no 84, 2010, p. 83-110.
9 Hoz J. de, « A Celtic personal Name on an etruscan Inscription from Ensérune, previously considered iberian (MLH B.1.2b) », in J. L. García Alonso (éd.), Celtic and other Languages in Ancient Europe, Salamanca, Universidad de Salamanca, 2008, p. 17-27. Il n’est pas possible d’affirmer que cette inscription ait été écrite directement sur le site d’Ensérune.
10 Sur cette épigraphie, voir désormais la thèse d’Alex Mullen : Mullen A., Southern Gaul and the Mediterranean : multilingualism and multiple identities in the Iron Age and Roman periods, Cambridge, Cambridge University Press, 2013.
11 Sanmartí E., « Une lettre grecque sur plomb trouvée à Emporion (Fouilles 1985) », ZPE, no 68, 1987, p. 119-127.
12 Si proche que María José Pena a voulu y voir la « réciproque » du plomb de Pech Maho, identifiant de la sorte Saiganthé (toponyme mentionné dans la lettre d’Ampurias) avec le site même de Pech Maho. Nous n’adhérons pas à cette hypothèse, considérée par l’auteur elle-même comme « très risquée » (Pena, M. J. « Quelques réflexions sur les plombs inscrits d’Emporion et de Pech Maho », art. cit., p. 20).
13 Ces éléments anthroponymiques sont ceux répertoriés dans les Monumenta Linguarum Hispanicarum, Band III, Die Iberischen Inschriften aus Spanien, corpus édité par J. Untermann en 1990 (Wiesbaden, L. Reichert). En dernier lieu, on se reportera à l’article de Jesús Rodríguez Ramos (Rodríguez Ramos J., « Nuevo índice crítico de formantes de compuestos de tipo onomástico íberos », Arqueoweb, no 15, 1, 2014, p. 7-158 [disponible en ligne : http://pendientedemigracion.ucm.es/info/arqueoweb/pdf/15/RodriguezRamos.pdfconsultéle30mars2015]) qui vient compléter cette première liste.
14 Bats M., « Une lettre sur plomb à Lattes (Hérault) », in Th. Janin (dir.), Premières données sur le Ve siècle av. n. è. dans la ville de Lattara, coll. « Lattara », 21, 2010, p. 749-756.
15 Selon A. Gorgues, l’espace où l’on a trouvé les plombs ibères de Pech Maho n’est pas de manière indubitable un entrepôt et pourrait être une simple unité domestique : Gorgues, A., « ¿Cómo intercambian los Iberos ? La arqueología de una práctica entre lo económico y lo social », in S. González Reyero (dir.), Iberos. Sociedades y territorios del Occidente mediterráneo, Madrid, CSIC, 2012, p. 120-142, p. 136.
16 Solier Y., « Découverte d’inscriptions sur plomb en écriture ibérique dans un entrepôt de Pech Maho (Sigean) », RAN, no 12, 1979, p. 55-123.
17 Respectivement dans un entrepôt (pour le plomb grec) et dans une rue à quelques mètres de là (pour le plomb ibère).
18 Gailledrat É. et alii, « Pech Maho (Sigean, Aude) 2010. Rapport final d’opération de la fouille programmée de Pech Maho 2008-2010 », 2011, [disponible en ligne : http://halshs.archivesouvertes.fr/halshs-00560425,consultéle30mars2015], p. 326.
19 PM 1 ( = *B.7.34) : 8 NP : six sont ibères (atinbin ; tikirsbin ; basbin ; iltirsar ; bilostibas ; belesbas, ces deux derniers ayant des correspondants, sous une forme latinisée, dans la Turma Salluitana, CIL, I2, 709 connue aussi sous le nom de Bronze d’Ascoli) ; deux semblent gaulois (botuoŕis et lituŕis).
PM 2 ( = *B.7.35) : 4 NP tous ibères : bilosleistiker ; bilstikis (abréviation probable de bilostikis) ; iltirtiker, tursiltir (peut-être le signataire).
PM 3 ( = *B.7.36) : 5 NP tous ibères (bilosbin ; basbin ; tikirsbin ; tursiltir ; leisir).
PM 4 ( = *B.7.37) : 3 NP ou composantes ibères (iltir ; atin ; tiker).
PM 6 ( = *B.7.38) : 6 NP : 4 sont ibères (alortus ; belar ; atan ; leisir), un est celtique : nerto et un dernier, latin : kuinto ( = Quintus).
20 Nous laissons de côté les traductions dites « magiques » issues d’une utilisation erronée de la langue basque pour décoder les textes ibères. Cf. par exemple, Alonso J., Desciframiento de la lengua ibérico-tartésica : origen, extensión y traducción de los principales textos, Barcelona, Fundación Tartesos, 1996. Il voit le texte d’Ensérune comme « un pequeño relato de un viaje al infierno ».
21 Delamarre X., Dictionnaire de la langue gauloise, Paris, Errance, 2008, p. 94.
22 Untermann J., « Dos nuevos textos ibéricos del sur de Francia », Palaeohispánica, no 2, 2002, p. 355-361.
23 http://artefacts.mom.fr/it/result.php?id=PBI-3002&find=MTL&pagenum=1&affmode=list,consultéle7novembre2015.
24 Rébé I., Hoz J. de et Orduña Aznar E., « Dos plomos ibéricos de Ruscino (Perpignan, P.-O.) », Palaeohispánica, no 12, 2012, p. 211-251.
25 Solier Y., « Les tablettes de plomb languedociennes inscrites en caractères grecs et en ibère », in É. Lalou (éd.), Les tablettes à écrire de l’Antiquité à l’époque moderne, Paris, Institut de France, 10-11 octobre 1990, Turnhout, Brepols, 1992, p. 120.
26 Les éléments chronologiques ici proposés sont à considérer avec prudence car, la plupart du temps, les contextes ne sont pas clairs. En dehors de Pech Maho, où les fouilleurs précisent clairement la fonction du lieu de trouvaille (un entrepôt), les autres plombs ont été trouvés dans des remblais (Ampurias ibère, Lattes, Ruscino ?), hors contexte (Ensérune, Elne, Montlaurès). Il s’agit pour deux d’entre eux de documents considérés comme étant à caractère privé (Ruscino, Ampurias).
27 Les textes sur plomb ne sont toutefois pas représentatifs de l’ensemble de la documentation, très majoritairement composée de graffites de propriété. Pour ces derniers, la maîtrise de la langue n’est pas aussi manifeste que pour les textes longs.
28 Ruiz Darasse C., « Ibère : langue véhiculaire ou écriture de contact ? », in A. Colin et Fl. Verdin (dir.), L’âge du Fer en Aquitaine et sur ses marges. Mobilité des hommes diffusion des idées, circulation des biens dans l’espace européen de l’âge du Fer. Actes du 35e colloque de l’AFEAF (coll. « Aquitania » suppl. 30), Bordeaux, 2013, p. 397-406.
29 Lejeune M., « Ambiguïtés du texte de Pech Maho », REG, no 104, 1991, p. 311-329.
30 Pena M. J., « Quelques réflexions sur les plombs inscrits d’Emporion et de Pech Maho. Pech Maho était-il un “comptoir du sel” ? », art. cit., p. 13.
31 Ampolo C. et T. Caruso, « I Greci e gli altri nel Mediterraneo occidentale. Le iscrizioni greca ed etrusca di Pech-Maho : circolazione di beni, di uomini, di istituti », Opus, no 9-10, 1990-1991, p. 43.
32 Pour ce qui concerne la nature des montants engagés, voir les passages de Jean Pouilloux dans l’editio princeps et la deuxième partie de l’article de Chr. Pébarthe et F. Delrieux qui concernent les données monétaires.
Concernant les montants eux-mêmes, J. Pouilloux établit une relation entre l’hémihektanion et l’hekté, le premier apparaissant comme le multiple ou le sous-multiple du second. En revanche, l’hémioktanion était une dénomination inconnue avant la découverte du plomb de Pech Maho et sa valeur précise reste encore à déterminer.
Deux hypothèses ont pu être proposées pour ces valeurs, rappelées par Pébarthe et Delrieux : 1. Selon G. Le Rider : il s’agit d’échanges dans un cadre qui reste grec et la valeur de base est la monnaie d’electrum. La tritè rappelle une des divisions des statères d’électrum et le tiers des statères d’or frappés, à l’époque du texte (le tiers du Ve siècle av. J.-C.), dans les cités de Cyzique, de Mytilène, de Phocée, de Lampsaque et de Chios. À la fin du Ve siècle av. J.-C., on sait qu’à Cyzique le tiers de statère d’électrum valait environ huit drachmes d’Athènes, ce qui pourrait concorder avec la notion d’« octain ». G. Le Rider note prudemment que huit drachmes dans le cas du plomb de Pech Maho, « n’est pas considérable, mais ce n’est pas non plus totalement insignifiant ». 2. Hypothèse de M. P. Garcia Bellido : il s’agit de monnaie d’argent. Le poids serait calculé à partir des statères d’électrum (il n’existe pas à notre connaissance de statère d’argent). Le terme hektania serait alors le nom donné en Occident aux monnaies en argent dont la valeur reposait sur l’électrum (les exemplaires en électrum étant appelés hektai). Comme l’écrit Fabrice Delrieux, ce système aurait permis à tous les protagonistes de la transaction, quels que fussent leurs origines géographiques et leurs points de repère monétaires, de bien comprendre le sens des sommes mentionnées. En tout cas, il semble clair que les décomptes restent dans un cadre grec/hellenistique et pas ibérique.
33 Pena M. J., « Quelques réflexions sur les plombs inscrits d’Emporion et de Pech Maho… », art. cit., p. 14.
34 Ampolo, C. et T. Caruso, « I Greci e gli altri nel Mediterraneo occidentale », art. cit., p. 38.
35 Ils s’appuient pour cette idée sur un fragment de Théophraste qui cite un passage du περὶ νόμων de Stobée, à propos de la valeur juridique des contrats de vente. Ampolo C. et Caruso T., « I Greci e gli altri nel Mediterraneo occidentale », art. cit., p. 39.
36 Gorgues, A., « Trade in a liminal zone. Commercial encounter and transformation in the Iron Age North West Mediterranean », à paraître dans Archaeolingua. Nous remercions l’auteur d’avoir eu accès à cet article avant sa publication.
37 Le nom complet est un hapax, même si le préfixe Héro-n’est pas rare en ionien (par ex : Ηρωνιανός [LGPN vol. 4]). La finale en -noiios est peut être une forme en -noos avec un allongement en -i- dont M. Lejeune liste les parallèles, de même que ceux pour la graphie (archaïsante) avec le double -i. John Chadwick propos d’y voir un adjectif ethnique de provenance (Héron de l’île d’Ios) (Chadwick J., « The Pech-Maho Lead », ZPE, no 82, 1990, p. 166). Michel Lejeune a pu penser quant à lui à un nom ibère « habillé à la grecque » mais cette hypothèse serait un cas presque unique et assez peu convaincante. En effet, il n’y a aucun élément ibère qui pourrait correspondre à un tel anthroponyme. Pour mémoire, dans la région, le seul document qui mentionne un nom ibère dans une inscription en caractère grec (en dehors de Pech Maho) sont deux skyphoi à Périac-de-Mer. Les deux exemplaires portent le même nom : KANIKΩNE.
38 Par exemple Hoz, J. de, « Los negocios del señor Heronoiyos. Un documento mercantil, jonio clásico temprano, del sur de Francia », in J. A. López Férez (éd.), Desde los poemas homéricos hasta la prosa griega del siglo iv dC. Veinticeis estudios filológicos, Madrid, Ediciones Clásicas, 1999, p. 61-90.
39 Lejeune M., « Ambiguïtés du texte de Pech-Maho », art. cit., p. 315.
40 Il n’existe qu’un autre cas, mentionné par C. Ampolo : un contrat à Kamarina (SEG 34941 ; plaque trouvée en 1971 conservée à Ragusa. Voir aussi Ampolo C., Parola del Passato, no 40, 1985, p. 361-366). Elle présente la même organisation, la même structuration des étapes avec une liste des ampochoi (garants), et « au dos » un nom (Κοράγου) qui est sans doute l’acheteur. Mais ce terme est au génitif.
41 Sur ce terme dans la littérature grecque, voir la synthèse de Michel Bats, « Héronoïos, métabolos d’Emporion ? », Huelva Arqueológica, no 2, 1991, p. 231-243.
42 Bats M., « Entre Ibères et Celtes : l’écriture à Ensérune dans le contexte de la Gaule du Sud (Ve-IIe siècle av. J.-C.) », in E. R. Luján Martínez et J. L. García Alonso (éd.), A Greek man in the Iberian street, Innsbruck, Institut für Sprachen und Literaturen der Universität Innsbruck, Innsbrucker Beiträge zur Sprachwissenschaft no 140, 2011, p. 129-137.
43 Dans le Liddell-Scott: « κάπηλος, ὁ (ou ἡ, AP9.180 [Pall.]), “A. retail-dealer, huckster”, Hdt. 1.94, 2.141, Sophr. 1, etc. ; opp. ἔμπορος, Lys. 22.21, X. Cyr. 4.5.42, Pl. R.371d, Prt.314a ».
44 Gorgues A., « ¿Cómo intercambian los Iberos? », art. cit., p. 132.
45 C’est aussi l’avis suivi par Gorgues, A., « Trade in a liminal zone. Commercial encounter and transformation in the Iron Age North West Mediterranean », art. cit.
46 H. Van Effenterre et J. Velissaropoulos proposent une autre hypothèse, ingénieuse (mais sans doute anachronique) et inspirée des fichiers papier que nous pourrions utiliser dans nos bibliothèques. Dans ce cas, la mention transversale permettrait de repérer aisément les « dossiers » sans avoir besoin de dérouler le plomb.
47 basi : élément anthroponymique no 27 et keŕe : élément anthroponymique no 72 si l’on suit la liste des MLH III. Ils correspondent aux composés baś- (no 30) et keŕe (no 82) du nouvel index de J. Rodríguez Ramos (Rodríguez Ramos J., « Nuevo índice crítico de formantes de compuestos de tipo onomástico íberos », Arqueoweb : Revista sobre Arqueología en Internet, vol. 15, no 1, 2014, p. 7-158).
48 Ferrer i Jané J., « Novetats sobre el sistema dual de diferenciació gràfica de les oclusives sordes i sonores », Palaeohispánica, no 5, 2005, p. 957-982.
49 Voir sur ce point Ruiz Darasse C. « “By any other name”: Celtic names in Palaeohispanic script. The case of Western Languedoc », Conference proceedings Celts, Romans, Greeks: Language and Cultural Contacts in the Roman Empire and associated areas, Heidelberg, 18-21 septembre 2014, sous presse.
50 Relu comme Eλερυας par A. Marqués de Faria (« Crónica de onomástica paleo-hispânica (2) », Revista portuguesa de Arqueologia, no 4, 1, 2001, p. 99) qu’il rapproche d’un nom ibère documenté à Elne (elerbas MLH II, B. 9.1).
51 Hoz J. de, Historia lingüística de la Península Ibérica en la Antigüedad II. El mundo ibérico prerromano y la indoeuropeización, Consejo Superior de Investigaciones Científicas, (coll. « Manuales y Anejos de Emerita », no LI), Madrid, 2011, p. 168 et Hoz J. de, « Ptolemy and the linguistic history of the Narbonensis », in J. de Hoz, E. Luján Martínez et P. Sims-Williams (dir.), New approaches to Celtic place-names in Ptolemy’s Geography, Madrid, Ediciones Clásicas, 2005, p. 173-188.
52 Il s’agit en Languedoc des toponymes Narbo, Baeterrae, Cessero (Saint-Thibéry, Hérault) et des hydronymes Atax (l’Aude), Araris (l’Hérault) ou Orobis (l’Orb).
53 Untermann J., « Dos nuevos textos ibéricos del sur de Francia », Palaeohispánica, no 2, 2002, p. 355-361.