Annexes
p. 335-341
Texte intégral
Lettre de G. E. Haussmann du 22 février 1864 au ministre de l’Intérieur Fould - Photographies d’une page des tableaux A et B
1Préfecture du Département de la Seine
2Direction de la Voirie de Paris
31ère section
42e bureau
5Dénominations honorifiques à donner à de nouvelles voies publiques
6Paris le 22 février 1864,
7Monsieur le Ministre
8Le Conseil municipal a consacré, l’an dernier, de nombreuses séances à la discussion d’un travail de révision de la nomenclature des voies publiques de Paris, préparé par une commission administrative que j’avais instituée à cet effet dès 1860, et examiné avec le plus grand soin par une commission spéciale nommée en son sein. Ce travail, qui se trouve résumé dans un très remarquable rapport de M. Merruau dont je joins un exemplaire à cette dépêche, comprenait six catégories de voies publiques :
Les voies nouvelles qui n’ont pas encore reçu de dénominations régulières ;
Les voies dont les noms font double emploi ;
Les voies se prolongeant dans une même direction et pouvant être sous une même dénomination ;
Les voies dont les noms prêtent à des erreurs ;
Les voies dont les noms sont mal choisis ;
Enfin les voies dont les noms doivent être simplifiés.
9La délibération du Conseil municipal, sur ces diverses catégories de voies publiques, est du 20 mars 1863. Elle n’a reçu jusqu’à présent qu’une application très restreinte. D’abord, il avait été bien entendu, entre le Conseil et moi, qu’il s’agissait d’élaborer les bases d’une réforme rationnelle et successive des dénominations des rues de Paris, et non pas d’en opérer une révision générale et immédiate, qui aurait troublé les habitudes et peut-être même compromis certains intérêts. Puis, il y avait à distinguer, dans la forme à prendre pour réaliser le vote du conseil municipal, d’une part, entre les rues anciennes et les rues nouvelles ; d’autre part, entre les dénominations communes, tirées de circonstances ou de particularités locales, et celles qui avaient, dans l’intention du Conseil, le caractère d’une consécration historique ou honorifique. Aucune difficulté n’était possible, quant aux voies nouvelles ; mais dans certains cas où la dénomination de voies anciennes devait être modifiée, j’ai pensé qu’il pourrait y avoir lieu de consulter les intéressés par voie d’enquête. Quand aux choix des dénominations nouvelles, je n’ai pas douté un instant que le droit d’approuver la délibération du Conseil municipal ne m’appartient, lorsque ces dénominations n’avaient aucune signification historique ou honorifique ; mais bien qu’aucune réserve n’ait été faite, même pour ce cas exceptionnel, dans le (alinea) 55 du tableau A, annexé au décret du 25 mars 1852, sur la décentralisation administrative, j’ai jugé qu’il convenait de réserver à l’Empereur l’approbation des actes ayant pour but de perpétuer le souvenir du passé, ou de témoigner de la reconnaissance du pays envers des personnages illustres ou des citoyens utiles, conformément à l’ordonnance du 10 juillet 1816, que je considère comme implicitement abrogée par ce même décret, en ce qui touche l’administration départementale et municipale.
10J’ai donc fait extraire des tableaux sur lesquels porte la délibération du Conseil municipal, tous les noms plus ou moins glorieux ou célèbres dont cette assemblée a voulu conserver et transmettre aux générations futures la mémoire, en les attribuant à diverses voies publiques, et après avoir pressenti les intentions de l’Empereur, au sujet de tous ceux de ces noms qui pouvaient nécessiter une adhésion préalable de Sa Majesté. Après avoir fait retoucher le travail primitif, conformément aux ordres que j’ai reçus, dans deux ou trois circonstances où l’Empereur a daigné s’occuper en détail de cette affaire, je viens prier Votre Excellence de vouloir bien provoquer les décrets qui consacrent les dénominations maintenues.
11Un premier décret, comprenant les noms rappelant l’époque glorieuse du premier empire s’appliqueraient :
Aux voies rayonnantes autour de l’Arc de triomphe de l’Etoile ou partie de ce groupe ;
Au boulevard de ceinture remplaçant la rue militaire et divisé en 19 par les portes principales de Paris.
12Un second décret comprendrait une série de dénominations empruntées à toutes les époques de notre histoire. On y trouve, à côté des noms royaux de Philippe-Auguste et de Médicis, et des noms devenus légendaires, tels que ceux de Jeanne d’Arc, de Dunois, de La Hire, et de Xaintrailles, ceux de guerriers modernes, de magistrats, de savants, d’artistes, d’industriels, et spécialement celui de mon honorable prédécesseur, M. Berger. Peut-être ai-je poussé loin le scrupule dans les réserves ainsi faites à la prérogative impériale ; mais j’ai mieux aimé pêcher par excès en ce sens que dans l’autre.
13Un troisième décret donnerait satisfaction à un vœu exprimé par le Conseil municipal, dans la séance du 13 février 1863, à l’effet d’attribuer mon nom à l’une des principales voies publiques ouvertes sous mon administration.
14Le Conseil avait alors en vue le boulevard de Sébastopol (r.g.) ; mais les mêmes motifs pour lesquels j’avais demandé l’ajournement indéfini de l’honneur qu’on voulait me faire, à l’exemple de ce qui s’était passé sous l’administration de M. M. de Chabrol et de Rambuteau, me portaient à considérer comme excessif d’attacher mon nom à l’un des voies les plus splendides de la capitale de l’Empire. Je ne réussis toutefois qu’à faire reconnaître qu’il fallait au moins laisser à l’Empereur le choix de la voix principale ouverte sous mon administration, qui devrait être ainsi désignée.
15Lorsque j’exposai à l’Empereur les raisons qui m’avaient fait décliner le grand honneur qu’on voulait me décerner de mon vivant, et que, dans son extrême bonté, Sa Majesté ne trouva pas décisives, eu égard aux précédents invoqués par le Conseil municipal, je réussis cependant à faire admettre par Elle qu’il fallait préférer au Boulevard de Sébastopol (rive gauche), auquel mon souvenir n’était pas plus particulièrement attaché qu’à tant d’autres, une voie qui aurait du moins le mérite de rappeler quelques chose me concernant d’une manière spéciale.
16Sa Majesté venait d’adopter le nom de Friedland pour l’avenue ouverte, au travers du quartier Beaujon, entre la place de l’arc de l’Etoile et le faubourg St Honoré. Le prolongement de cette voie, qui a été ouverte le 15 août dernier, et auquel il n’y a aucune raison de donner le nom du financier Beaujon, qui lui a été provisoirement attribué, et qui appartient déjà à une ancienne rue établie en entier sur l’emplacement de l’ancienne Folie-Beaujon, que limitait la rue du faubourg Saint-Honoré, ce prolongement commence à une petite place formée à la rencontre de cette rue et de celle de Monceaux et de l’Oratoire du Roule, sur l’emplacement de laquelle existait encore, il y a peu d’années, l’hôtel où je suis venu au monde. Un peu plus bas, dans le faubourg St Honoré est l’ancienne demeure de mon grand-père, possédée aujourd’hui par un oncle qui porte mon nom. Les dépendances de ce dernier immeuble, qui est depuis plus d’un siècle (1760) dans ma famille, s’étendent jusqu’au point de rencontre de la rue de Courcelles, de la rue de Berry prolongée et de la grande voie dont il s’agit. Il y a donc pour donner mon nom à celle-ci quelque raison, et je n’en vois aucune ailleurs. J’ajoute que ce boulevard, tout en remplissant la condition du vote du Conseil municipal, d’être une des principales voies publiques ouvertes sous mon administration, est d’un rang bien moins important que le boulevard de Sébastopol (rive gauche). C’est pourquoi je me suis permis de l’indiquer à l’Empereur.
17Je prends la liberté de joindre à cette lettre des projets de rédaction des décrets que je demande, afin de mettre Votre Excellence à l’abri de toute erreur dans les désignations qu’il s’agit de soumettre à la signature de Sa Majesté.
18Je fais accompagner ces trois projets par des expéditions des délibérations du Conseil municipal et par des extraits certifiés des volumineux tableaux qui y sont annexés.
19Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’hommage de mes sentiments respectueux
20Le sénateur, Préfet de la Seine
21G. E. Haussmann.

Photographie d’une page du tableau A présentant les voies dont le nom est changé dans le 1er arrondissement

(1) Point de départ du numérotage des maisons.
Photographie d’une page du tableau B présentant les voies dont le parcours est prolongé dans le 1er arrondissement
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