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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral MÉMOIRE DE PIERRE-MARIE CORRE. INSTITUTEUR À TELGRUC (FINISTÈRE) MÉMOIRE DE JEAN-MARIE GODEC. INSTITUTEUR À PLONÉIS (FINISTÈRE) MÉMOIRE DE JEAN-MARIE THEPAUT. INSTITUTEUR À LAZ (FINISTÈRE) MÉMOIRE DE JEAN-MARIE DÉRIEN. INSTITUTEUR À SAINT-JEAN-SUR-COUESNON (ILLE-ET-VILAINE) MÉMOIRE D’AUGUSTE ANGE LE BELTEL. INSTITUTEUR À DOL-DE-BRETAGNE (ILLE-ET-VILAINE) MÉMOIRE DE ÉMILE PIERRE MACÉ. INSTITUTEUR COMMUNAL À LALLEU (ILLE-ET-VILAINE) MÉMOIRE DE JULIEN BOUDET. INSTITUTEUR À PORNIC (LOIRE-INFÉRIEURE) MÉMOIRE DE FRANÇOIS POTIRON. INSTITUTEUR À VIGNEUX (LOIRE-INFÉRIEURE) MÉMOIRE DE JEAN-MARIE ROYER. INSTITUTEUR À MOISDON (LOIRE-INFÉRIEURE) MÉMOIRE DE LOUIS LOTE. INSTITUTEUR À QUÉVEN (MORBIHAN) MÉMOIRE D’ANDRÉ HAMON. INSTITUTEUR PUBLIC À ETRICHÉ (MAINE-ET-LOIRE) MÉMOIRE DE FRANÇOIS QUELLIER. INSTITUTEUR PUBLIC À AHUILLÉ (MAYENNE) Notes de bas de page

    Quand les instituteurs répondaient au ministre

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Le timide regard des jeunes maîtres de la génération Falloux

    p. 247-305

    Texte intégral MÉMOIRE DE PIERRE-MARIE CORRE. INSTITUTEUR À TELGRUC (FINISTÈRE) « Quels sont les besoins de l’Instruction primaire dans une commune rurale, au triple point de vue de l’école, des élèves et du maître ? » Et d’abord, l’école Élèves Le maître MÉMOIRE DE JEAN-MARIE GODEC. INSTITUTEUR À PLONÉIS (FINISTÈRE) Extraits du mémoire Je passe au 2e point J’aborde le 3e point MÉMOIRE DE JEAN-MARIE THEPAUT. INSTITUTEUR À LAZ (FINISTÈRE) Mémoire intégral Quels sont les besoins de l’Instruction primaire dans une commune rurale au triple point de vue de l’école, des élèves et du maître ? MÉMOIRE DE JEAN-MARIE DÉRIEN. INSTITUTEUR À SAINT-JEAN-SUR-COUESNON (ILLE-ET-VILAINE) Extraits du mémoire INSTRUCTION PRIMAIRE Quels sont les besoins de l’Instruction Primaire, dans une Commune rurale, au triple point de vue de l’école, des élèves et du maître ? De l’école De l’élève Du maître MÉMOIRE D’AUGUSTE ANGE LE BELTEL. INSTITUTEUR À DOL-DE-BRETAGNE (ILLE-ET-VILAINE) Extraits du mémoire Obstacles aux progrès et aux résultats de l’instruction Moyens disciplinaires Considérations générales MÉMOIRE DE ÉMILE PIERRE MACÉ. INSTITUTEUR COMMUNAL À LALLEU (ILLE-ET-VILAINE) Extraits du mémoire Besoins de l’instruction primaire dans une commune, au triple point de vue de l’école, des élèves et du maître […] 1 - De l’école 2 - Des élèves 3 - Du maître MÉMOIRE DE JULIEN BOUDET. INSTITUTEUR À PORNIC (LOIRE-INFÉRIEURE) […] 1° De l’école 2° Des élèves 3° De l’instituteur MÉMOIRE DE FRANÇOIS POTIRON. INSTITUTEUR À VIGNEUX (LOIRE-INFÉRIEURE) Extraits du mémoire MÉMOIRE DE JEAN-MARIE ROYER. INSTITUTEUR À MOISDON (LOIRE-INFÉRIEURE) Extraits du mémoire Avertissement Quels sont les besoins de l’instruction publique dans une commune rurale, au triple point de vue de l’école, des élèves et du maître ? MÉMOIRE DE LOUIS LOTE. INSTITUTEUR À QUÉVEN (MORBIHAN) Extraits du mémoire 1re partie École 2e partie Élèves 3e partie Instituteurs MÉMOIRE D’ANDRÉ HAMON. INSTITUTEUR PUBLIC À ETRICHÉ (MAINE-ET-LOIRE) Extraits du mémoire Première partie La classe Exposition de la classe Aération Deuxième partie Les élèves Troisième partie Le maître MÉMOIRE DE FRANÇOIS QUELLIER. INSTITUTEUR PUBLIC À AHUILLÉ (MAYENNE) Extraits du mémoire Que doit donc être l’école dans les campagnes ? Au point de vue du maître Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Les instituteurs formés à partir de 1850-1851, au moment de la réforme des conditions d’exercice de la profession et des nouveaux règlements sur les écoles normales, constituent la nouvelle génération. Ils se définissent souvent, eux-mêmes, par leur infériorité vis-à-vis de la génération précédente. André Hamon, instituteur du Maine-et-Loire, souligne son appartenance à une génération « qui a perdu sa renommée depuis 18501 ».

    2Au jeune âge et au manque d’expérience, maintes fois répétés, s’ajoute la conscience d’avoir acquis une formation insuffisante. En Mayenne, François Quellier, sorti de l’école normale de Laval en 1854, estime que l’éducation qu’il a reçue n’est pas assez « soignée2 ». Dans le même département, Amand Desmots-Montpellier pense que cette génération ne possède que le juste nécessaire pour enseigner. Il estime qu’elle a subi les épreuves d’un brevet dévalorisé, loin du brevet supérieur, « tant considéré sous la loi de 18333 ».

    3Ces jeunes maîtres nourrissent un complexe vis-à-vis des maîtres de la période Guizot. Certains, tels Pierre Couraud et Jean-Marie Royer, instituteurs de Loire-Inférieure, s’excusent de prendre part au concours. Le second explique que les jeunes ne sont pas en mesure de

    « sortir ces sages et judicieuses observations, ces raisonnements clairs, justes et profonds, ces savantes dissertations, fruit du génie, de l’érudition et de l’expérience et qui peuvent mériter à leurs auteurs les lauriers de la victoire4 ».

    4Ces jeunes instituteurs, ayant tous entre 22 ans et 28 ans, manifestent, pour la plupart, la volonté de se livrer à leur métier avec ardeur, mais doutent de leur formation et ne cachent pas leur inquiétude pour le futur. À leurs yeux, le métier semble offrir peu de perspectives. Le jeune normalien de vingt-cinq ans, Julien Boudet, redoute l’avenir :

    « beaucoup d’instituteurs, surtout parmi les jeunes, remplissent avec dégoût les devoirs de leur charge et n’attendent que l’occasion de pouvoir quitter une carrière où l’on a tant de peine et si peu d’agrément5 ».

    5Tandis que ces jeunes maîtres mesurent leurs faiblesses, ils sont également perçus, par la génération précédente, comme moins bien préparés au métier. Partout en France, des instituteurs formés sous la monarchie de Juillet savent rappeler les lacunes de la formation et la faible valeur des diplômes de la nouvelle génération.

    6La prégnance de cette image dépréciatrice, intériorisée chez les plus jeunes maîtres, peut expliquer leur faible participation au concours ministériel. Sur la totalité des manuscrits de l’académie de Rennes, aujourd’hui consultables et pour lesquels nous avons retrouvé la date de naissance des auteurs, 13,4 % ont été rédigés par ce que nous avons convenu d’appeler la « génération Falloux ». Si on s’en tient au nombre de pages du corpus manuscrit de ces instituteurs de l’après-1850, il ne représente que 10,8 % du total, soit sept fois moins que le corpus laissé par la génération Guizot (77,3 %) et reste inférieur, en volume, à celui de la génération la plus ancienne, celle de la Restauration (11,9 %).

    TABLEAU. Âge et génération des participants au concours de 1860 (L’exemple de départements, au sein de cinq académies différentes)

    Académie et département

    Nombre de mémoires aux Archives nationales

    Âge moyen des participants

    Candidat le plus jeune et candidat le plus âgé

    AIX
    Bouches-du-Rhône

    42

    36,4 ans

    23 ans/60 ans

    CLERMONT
    Haute-Loire

    24

    38,5 ans

    23 ans/81 ans

    DIJON
    Côte-d’Or

    64

    37 ans

    20 ans/64 ans

    NANCY
    Moselle

    34

    36,3 ans

    25 ans/59 ans

    RENNES
    (7 départements)

    271

    37,9 ans

    22 ans/70 ans

    MÉMOIRE DE PIERRE-MARIE CORRE6. INSTITUTEUR À TELGRUC (FINISTÈRE)

    7Né à Cléder (Finistère), le 20 juin 1834, Pierre-Marie Corre est élève-maître à l’école normale de Rennes, de 1852 à 1854. En 1860, il exerce en tant qu’instituteur public, à la porte de la presqu’île de Crozon, dans la petite commune de Telgruc (arrondissement de Chateaulin). Pour le concours, il rédige un mémoire de douze pages, presque totalement dédié à son école. Il y fait même figurer une lettre adressée au maire, sur les défauts de sa classe. Les déficiences de la fréquentation scolaire y sont analysées. Les élèves y sont dépeints comme « très dociles, mais très ignares ». Enfin, l’instituteur de Telgruc présente l’origine de ses différents revenus (traitement fixe, secrétariat de mairie), de même que les besoins pour l’entretien d’une famille large.

    8Si, pour l’historien, l’intérêt de ce texte est incontestable, l’inspecteur primaire des arrondissements de Quimperlé et de Quimper, Joseph Le Quinquis, en charge de l’apprécier au début de l’année 1861, lui reproche sa vision exclusivement locale, donc trop restrictive :

    « Rapport sur la commune de Telgruc, où il exerce – n’a pas compris la question – Mauvais. À éliminer. »

    9L’attention des Instituteurs primaires vient d’être appelée par une mesure qui témoigne de la haute sollicitude de M. le ministre de l’Instruction publique lui-même. Le Grand Maître de l’Université veut connaître, dans toute la France, les besoins de l’instruction, et pour ce, il veut bien accorder des prix aux instituteurs qui présenteront les meilleurs mémoires sur la question suivante :

    « Quels sont les besoins de l’Instruction primaire dans une commune rurale, au triple point de vue de l’école, des élèves et du maître ? »

    Et d’abord, l’école

    10Il est, dans chaque commune, une maison dont le toit modeste doit abriter chaque jour l’espoir le plus cher des familles et de la société. C’est le rendez-vous journalier de la génération qui s’élève, et comme l’enceinte d’une autre famille où l’enfance doit puiser des impressions et des enseignements salutaires, trop souvent absents du foyer paternel. Les heures passées là, laisseront dans l’âme des souvenirs ineffaçables et auront une influence souvent décisive sur la vie entière. Aucun monument n’est certes plus digne d’intérêt que cet humble bâtiment qu’on appelle la maison d’école.

    11On ne saurait donc trop s’occuper d’une question qui touche essentiellement à la prospérité de l’Instruction primaire.

    12Cette commune de Telgruc possède une maison d’école depuis 1844. Elle fut bâtie pour recevoir de 30 à 35 enfants. Tout marcha bien jusqu’en 1855, époque à laquelle elle comptait déjà 44 élèves ; le nombre des enfants croissant toujours portât bientôt la population écolière à 70. Aujourd’hui, l’École est très prospère et le serait encore davantage si, conformément à mes désirs et aux désirs de tous ceux qui ont à cœur l’Instruction, le local était plus vaste.

    13Au mois de juillet dernier, j’écrivis à M. le maire, avec prière de communiquer ma lettre aux membres du conseil municipal, pour lui signaler les principaux inconvénients que je rencontrais alors et que je rencontre toujours, puisque la chose est restée là, dans l’organisation de la salle d’école […] Cette lettre a produit un assez bon effet sur les membres du conseil municipal. Ils se sont empressés de comprendre, dans le chiffre de l’emprunt qu’ils doivent contracter, une somme de 500 francs pour l’agrandissement de la salle d’école.

    14Mais M. Bléas, Inspecteur des écoles primaires de l’arrondissement de Brest et cette partie de l’arrondissement de Châteaulin7, toujours rempli de dévouement et de zèle quand il s’agit de la prospérité des écoles, a exprimé à M. le Maire le désir de construire une salle d’école, sur le terrain communal, bout à bout avec la maison actuelle, et de laisser celle-ci à l’Instituteur pour habitation et pour le secrétariat de la Mairie. M. l’inspecteur a ajouté que la maison actuelle était assez vaste pour les enfants de la commune, et qu’elle n’était devenue insuffisante que parce qu’un grand nombre d’enfants trouvés, proposés pour être admis à l’École par M. le Préfet du Finistère, demandaient à y entrer et y étaient même reçus ; que pour cette cause, la commune, faisant un sacrifice de 6 à 700 francs, pourrait espérer un grand secours du gouvernement de l’Empereur.

    15Cette question est restée pendante et pourrait finir par tomber tout à fait si l’Administration supérieure n’y prête son appui.

    16Je fais des vœux pour la réalisation de ce projet […]

    17Après avoir traité l’école, on arrive aux élèves.

    Élèves

    18Cette commune, comme je l’ai déjà fait pressentir, a un très grand nombre d’enfants en âge de fréquenter l’École. 350 garçons, y compris la population hospitalière qui varie ici très peu d’année en année, peuvent parfaitement bien fréquenter l’École. Eh bien, sur ces 350 enfants, 70 seulement reçoivent l’Instruction primaire, 280 restent donc dans la plus profonde ignorance, et un tel état de choses est déplorable.

    19À Telgruc, il n’arrive cependant pas comme dans plusieurs autres communes que je connais où il est presque impossible aux enfants de 6 à 7 ans de fréquenter les écoles en hiver, à cause de l’éloignement. Ici, le Bourg est central et le village le plus reculé du chef-lieu n’en est pas éloigné de 3 kilomètres. D’où provient donc cette non-fréquentation ?

    20On peut l’attribuer à plusieurs causes. La première, c’est le manque d’espace, car il m’est impossible de recevoir d’autres élèves ; ma classe est comble. La seconde, c’est la pénurie d’un grand nombre de familles, et comme l’on sait, la liste de gratuité, arrêtée par M. le Préfet, est limitée. La troisième, c’est l’indifférence des gens avisés.

    21Il n’est pas rare ici, et cependant j’ose dire avec plaisir que la chose se répète moins souvent aujourd’hui, il n’est pas rare dis-je, d’entendre un père de famille, cultivateur aisé, dire : Moi, j’ai toujours mangé du pain en abondance, quoique ignorant, et mes enfants, faisant ce que j’ai fait, ne manqueront également de rien ; ce n’est pas l’Instruction qui fait vivre à la campagne […]

    22À ces obstacles apportés pour les parents à l’Instruction des enfants, il faut ajouter ceux qu’ils apportent à leur éducation […]

    23Les élèves de cette commune sont pour la plupart très bons, très dociles, mais très ignares. Ils vivront encore longtemps dans cette ignorance si l’Administration supérieure n’y apporte remède. Il faudrait que tous les enfants en âge de fréquenter les écoles, les fréquentassent sans exception, et le moyen le plus efficace pour arriver à un semblable résultat, ce serait de donner l’Instruction gratuite à un plus grand nombre et de donner à ces malheureux leurs fournitures de classe.

    24Je fais encore des vœux pour la réalisation de ce projet d’humanité. Quant à la propreté des élèves, je n’en suis pas mécontent. Des améliorations se font sentir partout à mesure que l’Instruction pénètre dans les hameaux ; on arrivera bientôt, je l’espère, à un très beau résultat sur ce point.

    Le maître

    25Il s’agit maintenant de l’Instituteur lui-même.

    26Un Instituteur primaire, pour vivre à la merci du besoin, a besoin d’un certain revenu.

    27Combien faut-il à l’Instituteur de Telgruc pour vivre avec honneur ? 100 francs par mois : 20 francs pour sa pension ; 20 francs pour la pension de sa dame ; 20 francs pour la pension de sa belle-mère, et 20 francs pour pension à sa sœur qu’il a à charge. Total, 80 francs par mois.

    28Il lui resterait donc 240 francs par an pour l’entretien de 4 personnes, ce qui ferait 60 francs par an pour chacune ; et comme on le voit, il ne ramasserait pas grande fortune.

    29Aujourd’hui, il gagne 850 francs comme Instituteur, plus 200 francs comme secrétaire de la Mairie ; ce qui lui fait un revenu de 1 050 francs. Mais le secrétariat de la Mairie peut lui être retiré, et alors il sera réduit à 850 francs, somme beaucoup trop minime pour qu’il puisse faire face à ses dépenses et à ses affaires.

    30J’ajouterai pour terminer qu’un Instituteur, reconnu malheureux, ne jouit d’aucune considération dans le centre où il vit.

    31L’instituteur public de Telgruc

    32Corre.

    MÉMOIRE DE JEAN-MARIE GODEC8. INSTITUTEUR À PLONÉIS (FINISTÈRE)

    33Né à Garlan (Finistère), le 30 juillet 1836, Jean-Marie Godec est élève de l’école normale interdépartementale de Rennes, à partir de l’année scolaire 1856-1857. Au moment du concours ministériel, il est nommé en tant qu’instituteur à Plonéis (canton de Plogastel, arrondissement de Quimper).

    34Le manuscrit de quatre pages de ce jeune maître présente l’intérêt d’être le travail d’un instituteur suppléant et, en dépit de sa brièveté, de fournir de précieux renseignements sur l’état de l’école d’une petite commune rurale du Finistère.

    35Jean-Marie Godec, qui dit avoir enquêté auprès des pères de famille, explique les obstacles locaux à la fréquentation scolaire. Il propose également un éclairage sur la condition des jeunes maîtres peu formés, mal payés et obligés de multiplier les activités « accessoires » pour survivre. Le texte ne donnant qu’une représentation locale de l’École et ne traitant que partiellement la question proposée par le ministre, il est écarté par l’inspecteur primaire de Morlaix, Frédéric Decourt :

    « Mémoire à éliminer n’étant pas dans les conditions voulues par le décret du 12 déc. Il n’expose d’ailleurs que les besoins de la commune et de l’école de Plonéis. Médiocre. »

    Extraits du mémoire

    36Plonéis, le 25 janvier 1861

    37Monsieur l’Inspecteur,

    38Par votre lettre du 24 Xbre9, vous me faites l’honneur de m’informer que S. Ex. le Ministre de l’Instruction publique a mis au concours entre les Instituteurs une question très importante et en même temps vous m’engagez, ou à fournir un mémoire ou à faire ressortir dans une lettre ma manière de voir à cet égard, mais, ajoutez-vous, pas d’abstention.

    39Vous l’avouerai-je, Monsieur l’Inspecteur, j’ai été sur le point d’enfreindre votre recommandation, craignant de ne dire que des banalités ; mais, réflexion faite, j’ai cru qu’agir ainsi serait répondre mal à la confiance de Son Excellence, et je me conformerai à cette vieille devise : Fais ce que dois, advienne que pourra10. Je dirai donc, dans mon âme et conscience ce que je crois être la vérité ; libre à vous de repousser mes idées ou d’en tenir compte. Je n’essaierai pas d’atteindre le triple but qui nous est posé, chose qui est de beaucoup au-dessus de mes forces, je ferai seulement un pas dans le chemin qui y mène ; je répondrai à la 1re question, qui est moins de mon domaine que du vôtre. Ce que peut dire tel directeur d’une école de 25 élèves dans une commune de 1 300 âmes, que son école est vraiment peu en rapport avec le nombre des habitants ; qu’elle est en souffrance, qu’en ajoutant à ce nombre, 25, les 3 ou 4 élèves qui vont à Quimper acquérir les 1ers éléments d’une Instruction primaire, on arrive à un chiffre relativement minime.

    40Pourquoi l’instruction ne marche-t-elle pas avec le progrès ? Il n’appartient pas à un simple suppléant d’en rechercher toutes les causes ; d’ailleurs la carrière serait trop vaste et je m’y égarerais infailliblement. Cependant, je puis vous donner quelques renseignements dont je garantis la parfaite exactitude.

    41L’hiver dernier, pour la confection de la liste des enfants ne fréquentant aucune école, je pus parler à tous les chefs de famille. Eh bien ! Que me répondirent-ils ? La généralité alléguait le mauvais état des chemins presque impraticables en hiver. La grande distance du chef-lieu, laquelle est, en effet, 5, 6, 7 et même 8 kilomètres pour ceux qui demeuraient au-delà de Gourlizon (chapelle où l’on célèbre la messe tous les 4e dimanches du mois). Les enfants de cette section populeuse restent étrangers à l’instruction la plus élémentaire.

    42En présence de cette situation et pour obéir aux intentions bienveillantes et libérales du Gouvernement de l’Empereur, que reste-t-il à faire pour combler cette lacune ? Le seul et unique moyen est, à mon avis, d’établir une école à Gourlizon. D’autres pères de famille, moins éloignés du Bourg, négligent de faire instruire leurs enfants par ce motif que les aînés n’ayant pas reçu l’Instruction, les jeunes ne doivent pas non plus participer à ce bien […] J’ai vu plusieurs chefs de ménage entravés dans leurs bonnes dispositions par leur peu d’aisance ; mais aussi, grand nombre de ces derniers, je regrette de le dire, sont incapables de s’imposer quelques légers sacrifices dans l’intérêt bien compris de leurs enfants ; ils n’ont pas la force d’immoler au profit de leur progéniture, la triste jouissance qu’ils se procurent dans l’abus des spiritueux. Le culte de Bacchus est si bien entré dans les mœurs que, ni les avertissements d’une religion qui range l’intempérance au nombre des vices, ni les arrêtés du Préfet, ne peuvent guérir cette plaie sociale. On ne peut que gémir de leur aberration, surtout quand on pense qu’avec le prix de onze litres d’eau-de-vie de moins, ils pourraient payer une année d’école pour un enfant.

    Je passe au 2e point

    43Parler du besoin de l’école, c’est parler du besoin des élèves. Plus, en effet, ceux-ci seront nombreux, plus l’émulation sera grande, et cette émulation tournera à l’avantage de l’école. dans une classe de peu d’élèves, il y a peu de rivalité et le succès est lent et difficile ; de là une raison de découragement pour le maître qui voit que tout reste de glace autour de lui, alors même qu’il est animé de la plus louable ardeur.

    J’aborde le 3e point

    44Les besoins du maître sont de deux natures : il faut 1° qu’il soit suffisamment instruit ; 2° qu’il soit tout entier à ses occupations.

    45Je dis suffisamment instruit. En effet, peut-on parler d’une chose et l’enseigner, si on la connaît pas d’une manière très pertinente ? Comment nous, Jeunes Instituteurs, ne possédant que des connaissances restreintes, abandonnés à notre direction, privés de toute impulsion, comment nous laisse-t-on reposer sur notre savoir acquis, et croupir en quelque sorte dans nos villages respectifs ? Le besoin de remédier à cet état de choses me semble impérieux. Ne pourrait-on pas, à l’instar de ce que font les ecclésiastiques, former des conférences d’Instituteurs ou des cours gratuits dans quelques points centraux pour le perfectionnement des méthodes.

    46Il faut ensuite que le maître soit tout entier à ses principales occupations. Or, pour qu’il en soit ainsi, il est nécessaire qu’il ne soit pas réduit pour suffire à son existence, à monopoliser pour ainsi dire, entre ses mains, bien d’autres emplois ; ces accessoires ont souvent pour effet de le détourner des soins qu’il doit à ses élèves. Un remède à son mal est de mettre son traitement un peu plus en rapport avec les besoins de sa famille […] Il y a plus : le recrutement du personnel enseignant se ferait plus facilement et l’on aurait la faculté de choisir les meilleurs entre plusieurs candidats.

    47Je me plais à espérer que la généreuse initiative prise par l’homme éminent que l’Empereur a placé à la tête de l’Instruction publique est l’annonce d’une ère nouvelle pour l’instruction primaire. Et, si ma faible voix pouvait parvenir jusqu’à Mr Rouland, je le prierais d’agréer mes remerciements les plus sincères. S’il marche dans cette voie juste, il peut compter sur la gratitude et le dévouement des instituteurs.

    48J’espère aussi, Monsieur l’Inspecteur, que le Finistère secondera le Ministre de son concours le plus efficace. Que notre administration départementale imite les habitudes libérales de quelques autres départements.

    49Mais j’ai hâte de terminer ces lignes, trop longues peut-être, et je vous prie d’agréer, Monsieur l’Inspecteur, avec l’expression de ma franchise, l’assurance de mon respectueux dévouement.

    50L’Instituteur public de Plonéis,

    51J.-M. Godec.

    MÉMOIRE DE JEAN-MARIE THEPAUT11. INSTITUTEUR À LAZ (FINISTÈRE)

    52Jean-Marie Thépaut naît à Plouigneau (Finistère), le 7 décembre 1834. Élève-maître à l’école normale de Rennes, il effectue sa formation, de 1853 à 1856. Il rejoint, ensuite, son département natal et, en 1860, exerce dans la petite commune de Laz (canton de Chateauneuf-du Faou, arrondissement de Chateaulin).

    53Âgé de 26 ans au moment du concours, il élabore un mémoire de deux pages, à l’écriture serrée. Si la forme du manuscrit en trois parties, voulue par le ministre, est respectée, l’ensemble de la question n’est traitée que succinctement. Cependant, grâce à ce mémoire, l’historien dispose d’un éclairage utile sur la situation d’une école rurale, sur le logement de l’instituteur, sur la fréquentation scolaire dans cette partie du Finistère. Il peut également évaluer les aspects de la dépendance, le faible revenu et le désespoir de l’instituteur, qui résume sa situation ainsi : « ce n’est pas vivre que je fais, c’est végéter, et végéter c’est mourir ».

    54Après la lecture de ce travail, l’inspecteur primaire de l’arrondissement de Brest, Victor Bléas, se contente d’une courte appréciation, écartant le mémoire de la poursuite du concours :

    « Cet instituteur n’a rien compris aux questions posées par S. E. Très mauvais. À éliminer. »

    Mémoire intégral

    Quels sont les besoins de l’Instruction primaire dans une commune rurale au triple point de vue de l’école, des élèves et du maître ?

    55 Au point de vue de l’école. Je dirai que la salle d’école dans ma commune est assez vaste ; elle peut contenir au moins cent élèves. Elle est aussi bien aérée et bien saine, et peut renfermer la masse nécessaire à la respiration ; le plafond est élevé cinq mètres au-dessus du sol. Elle n’est point humide, le sol est couvert d’un plancher placé sur des lambourdes. La salle n’est pas bien chaude en hiver ; nous n’avons pas de poêle ; le soleil y pénètre très bien ; la salle est percée de quatre grandes croisées. Les enfants sont assis commodément, les filles aussi bien que les garçons, l’école est mixte et ils ne sont nullement gênés les uns par les autres. Je ne trouve rien donc à redire sur la disposition de l’école. À ma manière de voir, la salle est bien distribuée ; les élèves y sont placés de manière à ce que le maître puisse les voir d’un seul coup d’œil. Ce qui manque à l’école, c’est un préau, un poêle et une série de poids et mesures.

    56Je trouve aussi que l’instituteur n’a pas assez de pièces pour bien s’établir. Le logement de l’instituteur consiste en une chambre, une cuisine et un grenier, ce qui n’est pas suffisant pour qu’une famille soit à son aise ; il lui faudrait au moins une chambre en plus. La commune peut très bien céder à l’instituteur la chambre qui sert de Mairie et prendre pour cet usage un petit cabinet noir, contigu à la chambre de l’instituteur.

    57 Au point de vue des élèves. Les enfants en âge de fréquenter l’école, tant filles que garçons, sont au nombre de 324, dont 179 garçons et 145 filles. De tout ce nombre, il y a seulement quinze garçons qui viennent en classe pendant huit mois de l’année. Les quatre autres mois, ils restent chez eux, occupés à travailler la terre ou à garder les bestiaux. Les habitants de ma commune ne connaissent pas les besoins de l’instruction primaire ; ils préfèrent avoir leurs enfants chez eux que de les envoyer à l’école ; ils disent que leurs enfants leur sont d’une grande utilité à la maison ; ils y font mille petites choses. Les enfants qui fréquentent l’école sont bien peignés, bien lavés et ont une bonne nourriture.

    58Je dirai maintenant mon opinion dans le but de faire en sorte que l’école soit plus fréquentée. Mon avis serait de donner l’Instruction gratuite, le nombre d’élèves augmenterait considérablement ; les parents regardent beaucoup lorsqu’il s’agit de donner de l’Instruction à leurs enfants. Pour preuve de ce que j’avance, je citerai un exemple. À la fin de l’année, on renouvelle la liste des enfants indigents qui doivent être admis gratuits à l’école. Parmi ce nombre, il se trouvait un garçon appartenant à une famille aisée, sans être riche. Son nom donc fut rayé et remplacé par un autre, digne d’y être admis comme gratuit. Les parents de cet élève, se voyant obligés de payer à l’avenir l’école de leur enfant, ont préféré le garder chez eux. l’Instruction primaire donc se propagerait dans ma commune avec plus de facilité si l’école était gratuite.

    59 Au point de vue de l’Instituteur. Je dirai que l’Instituteur dans une commune rurale est bien à plaindre. L’Instituteur, d’abord, n’est pas assez indépendant ; chacun se croit dans le droit de lui donner des conseils. Il a trop de supérieurs : un desservant, un maire, un délégué cantonal, un simple conseiller municipal peuvent briser son avenir, et cela pour un rien, quelquefois.

    60L’Instituteur pour réussir est obligé de se courber devant ces messieurs que je viens de citer. Tous ces caprices viennent de ce que l’Instituteur est trop restreint dans ses manières de voir, il n’est pas maître absolu dans ses fonctions. L’Instituteur est pour ainsi dire méprisé et voici pourquoi. Aujourd’hui, on ne voit que le riche, chose bien ridicule, le pauvre est tout aussi respectable que le riche. L’Instituteur ne pouvant faire honneur à ses affaires est souvent laissé de côté. On demande, lorsqu’il se trouve dans quelque société, qui est cet individu ? C’est un instituteur ; aussitôt on lui tourne le dos ; on craint d’être obligé de lui adresser la parole ; on le regarde avec mépris. Si donc l’instituteur était mieux rétribué, il serait vu d’un autre œil qu’on le voit au jour d’aujourd’hui.

    61Le traitement de l’Instituteur n’a pas égalé, jusqu’ici, les fonctions qu’il remplit. Je me trouve dans une petite commune avec les émoluments de 500 F, somme insuffisante pour nourrir seulement une personne. Comment donc faire maintenant, moi qui suis père de famille ? Dieu le sait, mais le monde n’y connaît goutte ; ce n’est pas vivre que je fais, c’est végéter, et végéter, c’est mourir. Cette malheureuse somme de 500 F est répartie de cette manière : prélèvements sur les 3 centimes spéciaux 140,69 F ; subventions du département ou de l’État 294,31 F ; rétribution scolaire 65 F. Pour que l’Instituteur soit donc dans une position qui soit en rapport avec les services qu’il rend, il lui faudrait au moins, dans une commune rurale, une pièce de 1 200 F.

    62Avec cette somme, il pourrait vivre, mais encore aller petit à petit. Il lui faudrait encore deux ou trois champs pour qu’il puisse nourrir deux ou trois vaches qui sont indispensables dans un ménage. L’Instituteur ne se trouve pas toujours dans des villages qui puissent lui fournir ses nécessaires. Ce serait donc pour l’Instituteur un grand avantage s’il avait à ses dispositions quelques arpents de terre. Ce serait aussi pour les élèves un bon moyen pour apprendre les éléments de l’agriculture. Voilà, à mon idée, ce qu’il faut à l’Instituteur dans une commune rurale, et ce qui ferait son bien en même temps que celui du pays.

    MÉMOIRE DE JEAN-MARIE DÉRIEN12. INSTITUTEUR À SAINT-JEAN-SUR-COUESNON (ILLE-ET-VILAINE)

    63Né à Saint-Jouan-des-Guérets (Ille-et-Vilaine), le 21 juin 1838, Jean-Marie Dérien n’a pas été formé en école normale. Après un passage au collège, où il a appris le grec et le latin, il obtient le brevet élémentaire, le 25 août 1860. Il est immédiatement placé comme suppléant à l’école de Saint-Georges-de-Reintembault, puis devient instituteur public à Saint-Jean-sur-Couesnon, commune de 1 362 habitants13, située dans le canton de Saint-Aubin-du-Cormier et l’arrondissement de Fougères.

    64Jean-Marie Dérien est inspecté en novembre 1860, trois semaines avant le concours ministériel. Lors de la visite de l’inspecteur, 34 élèves sont présents sur les 72 inscrits (15 gratuits et 57 payants). Si l’instituteur semble entretenir de bons rapports avec les autorités locales et les familles, ses qualités pédagogiques font défaut. L’inspecteur note : « À l’ignorance des méthodes et procédés d’enseignement, le Sieur Dérien joint le plus grand de tous les défauts, le manque de zèle14. » Trois ans plus tard, l’inspecteur se montre tout aussi découragé par le jeune instituteur : « Le Sieur Dérien montre peu d’aptitude et encore moins de goût pour l’enseignement. Il donne à peu près tous ses soins à deux élèves et laisse les autres faire ce qu’ils veulent15. »

    65En dépit de son jeune âge, de sa très courte expérience dans l’enseignement primaire et de l’absence de compétences pédagogiques, Jean-Marie Dérien souhaite participer au concours et s’en ouvre à l’inspecteur d’académie d’Ille-et-Vilaine, Bayan, trois semaines avant l’échéance prévue par le ministère : « Monsieur l’Inspecteur, désireux de prendre part au concours ouvert par Son Excellence, M. le Ministre, je vous prie de vouloir bien m’aider de vos conseils pour répondre comme il me sera possible aux questions qu’on nous propose16. » En quelques jours, il parvient à élaborer un mémoire de huit pages, divisé en trois parties. L’intérêt de ce manuscrit réside en grande partie dans la description de la maison d’école et de la classe de l’instituteur. L’ensemble du mémoire témoigne d’un certain désespoir. Pour Jean-Marie Dérien, « le manœuvre poussant la brouette » est plus heureux que l’instituteur. Les remarques de l’inspecteur primaire de l’arrondissement de Rennes, François Montier, ne laissent à ce manuscrit aucune chance de poursuivre le concours :

    « Les besoins de l’école, quant au matériel, sont assez bien énumérés. L’auteur s’appesantit toutefois beaucoup trop sur ce qui lui est personnel. Enfin, il ne nous entretient nullement des conditions qui constituent un local scolaire convenable.
    Récompenses, livret des punitions, prestation aux élèves indigents des objets classiques sont, presque seuls, les besoins des élèves.
    La partie qui traite des besoins du maître n’est qu’une série de phrases exclamatives qui ont pour corollaire :
    Indépendance du maître relativement aux autorités locales ;
    Augmentation de traitement. Payement mensuel de ce traitement.
    Port d’un costume officiel pour les instituteurs.
    Ecrit prétentieux et souvent incorrect. Les questions posées sont effleurées à peine. Médiocre. À éliminer. »

    Extraits du mémoire

    INSTRUCTION PRIMAIRE

    66À son Exc. Monsieur le Ministre de l’Instruction Publique et des Cultes Confiant dans l’avenir, je suis heureux de mêler ma faible voix à celle de tant de dignes et respectables Confrères qui, comme moi, pleins d’amour et de dévouement pour la patrie et ceux qui la gouvernent, semblent n’avoir qu’un cœur et qu’une âme pour montrer au grand jour toutes les misères qu’ils endurent au sein d’une profession si noble et si belle.

    67Combien de fois, en effet, n’a-t-on pas vu des Instituteurs recommandables être obligés de condescendre aux conditions les plus basses pour remédier aux nécessités les plus pressantes que leur faible traitement leur occasionnait. Ce furent aussi cet abaissement, ces besoins d’une famille quelquefois nombreuse, qui firent, disons-le, assimiler l’Instituteur au mercenaire à gages, travaillant pour le pain de chaque jour. Qu’on me pardonne ici cette assimilation, puisqu’elle n’est autre que celle d’un écrivain bien connu, dans son livre intitulé : Examens sur la liberté de l’Enseignement.

    68Mais, en ce moment, que la sollicitude toute paternelle de son Excellence semble nous dire : consolez-vous, vos maux sont finis, nous nous hâterons d’aborder la question qui suit :

    Quels sont les besoins de l’Instruction Primaire, dans une Commune rurale, au triple point de vue de l’école, des élèves et du maître ?

    De l’école

    69[…] Dans une maison d’école, on doit faire en sorte que ce soit la salle la plus éloignée du bruit qui doit servir de classe. C’est ce qu’on voit encore rarement. Je citerai, pour exemple, la commune où je suis.

    70Cette commune a fait construire une maison d’école, il y a cinq à six ans. Mais quel plan a-t-elle adopté ? Le plan le plus mauvais qu’on puisse inventer. Ce plan présente, en effet, plusieurs irrégularités ; d’abord, la classe de se trouver sur le côté de la grande route lorsqu’elle aurait dû être sur le côté du jardin, où ne devrait pas se trouver la cuisine ; ensuite une salle de Mairie deux fois trop grande pour l’importance de la commune d’être au-dessus de la classe tandis qu’elle aurait pu se trouver sur la cuisine. Mais ce n’est pas tout. Ce plan a donné lieu à des escaliers d’une largeur démesurée, qui privent l’Instituteur d’avoir une cuisine et une classe grandes pour se loger, s’il avait une famille et une classe nombreuses. Enfin j’ajouterai sans craindre de me tromper que c’est un local perdu. Ce qui blesse plus le bon sens enfin, c’est de voir que cette maison d’école, qui jouit du plus bel emplacement qu’on puisse désirer, n’a pas de porte proprement dite pour communiquer à la salle de Mairie. La porte qui communique à cette salle est celle du jardin ; je le demande, peut-on voir rien de plus fâcheux ? Qu’arrive-t-il de là ? C’est que les étrangers viennent à chaque instant incommoder le maître par leur présence en classe et se permettent quelquefois de s’y rendre par la classe. Mais ce plan présente un côté plus vicieux encore : Il existe, au-dessus du toit une espèce de clocher qu’on a fait construire, dit-on, pour mettre une cloche, qui depuis six ans n’est pas encore achetée ; ce clocher a coûté, dit-on, près de quatre cents francs et il ne sert à rien si ce n’est qu’à permettre à la pluie de pénétrer dans le grenier et dans la maison et de nous empêcher, par là, de n’y rien déposer.

    71Je prie l’Administration de vouloir bien croire qu’en tout cela, il n’y a rien d’exagéré.

    72Une classe doit être suffisamment large et spacieuse pour avoir une allée au milieu et dans chacun des côtés, afin que le maître eût toute facilité de surveiller ses élèves et de faire exécuter convenablement les changements d’exercices. Il serait à souhaiter aussi que cette classe eût un endroit réservé pour ceux qui apprennent à lire.

    73Une classe doit être suffisamment meublée et présenter partout aux enfants des objets scientifiques. Il existe sur ce point une foule de choses à faire remarquer à l’Administration. Elle n’ignore pas sans doute que les classes n’ont jamais tout ce que le règlement prescrit. On trouve même des classes qui manquent des choses les plus essentielles, telles sont : tables, bancs, poêle etc.

    74Les tables d’une classe devraient être trouées de telle sorte que l’on puisse y placer cinq à six encriers sur chacune. On empêcherait par là les élèves d’apporter des vases sales et impropres et surtout de verser, si souvent, l’encre sur leurs cahiers et leurs vêtements.

    75Enfin une Maison d’École doit avoir une horloge ; elle doit aussi avoir une alcôve ou deux, pour y placer les livres classiques du maître. Rien ne me semblerait plus commode à un maître, et cependant il est rare de trouver ces armoires dans les classes. La mienne n’en a pas, aussi je ne puis rien avoir.

    De l’élève

    76Cette partie de la question semblerait la plus difficile à résoudre et, pour moi, elle est celle qui m’a le plus occupé jusqu’ici.

    77L’élève doit être stimulé par l’espoir des récompenses. Voulez-vous enlever à ces enfants de nos campagnes cette insouciance, cette apathie incroyable qu’ils ont pour l’Instruction ? Promettez-leur des récompenses. C’est ainsi qu’on verrait dans nos campagnes des élèves fermes, assidus et appliqués à leurs devoirs, si les communes venaient au secours du maître en lui fournissant une somme, tous les ans. D’où vient que dans nos campagnes les élèves ne fréquentent la classe que quelques mois de l’année ? Très souvent du manque de récompenses et l’émulation vient principalement de là. Un autre motif plus puissant peut être, c’est qu’il est une vérité, que dans nos campagnes il ne dépend ordinairement que des enfants de fréquenter ou de ne pas fréquenter la classe, puisque les parents les laissent entièrement libres sur ce point.

    78L’élève doit avoir sous les yeux un règlement de punitions qui lui dise sa punition avant sa faute ; le maître doit avoir plus d’autorité de ce côté qu’il n’en a. Qui ne sait les disgrâces qu’éprouve l’Instituteur sous ce rapport ! Vient-on à infliger une punition quelconque à un élève, la haine et les reproches amers des parents viennent, bien souvent, vous assaillir. Il semblerait, pour eux, que le Maître est un bourreau qui n’est là que pour le plaisir de les torturer. En sorte que, vous avez beau employer toute la prudence, toute la circonspection possible, vous aurez toujours tort de punir un élève. La chose se comprend : les parents, les mères surtout sont si idolâtres de leurs enfants, qu’ils semblent méconnaître le bien même de leurs enfants. Mais ce qui ne se comprend pas c’est de voir nos Maires de campagnes oser appuyer, de toute leur autorité, la moindre plainte des parents. Ce que je présente ici au jugement de l’Administration n’est le fait, que trop réel, qui se passe journellement dans nos campagnes.

    79La direction des enfants qui apprennent à lire doit être confiée, dans une classe un peu nombreuse, à la femme de l’Instituteur ou à toute autre personne.

    80Voilà ce que l’on doit faire, si l’on veut voir se réaliser des progrès réels chez les élèves plus avancés, et je dirais chez tous les élèves […]

    81L’Administration doit tenir à ce que les élèves indigents soient fournis de tous les objets classiques dont ces enfants ont besoin. Elle doit tenir aussi à ce que les élèves indigents soient exacts à venir en classe et à ce qu’on choisisse, pour mériter ces faveurs, des élèves vraiment indigents et les plus recommandables.

    82Une maison d’école doit avoir quelque chose où puissent se placer les élèves, lorsque la pluie tombe.

    83Enfin une Maison d’École doit avoir une bibliothèque. On comprend facilement combien cette chose serait utile dans nos campagnes où surtout les connaissances d’histoire sont les plus mises en oubli.

    Du maître

    84[…] Pauvres Instituteurs ! qui, comme moi, avez essuyé si longtemps peut-être, la poussière des bancs d’un collège ! Était-il donc besoin que vous perdissiez votre temps à apprendre du Grec et du Latin pour gagner autant que vous gagnez ! Fallut-il faire tant de sacrifices et de votre jeunesse et de votre bourse pour acquérir tant de peine et tant de mépris ! Oui, le manœuvre, poussant devant lui la brouette, est plus heureux que vous ! […]

    85Pour rendre les écoles florissantes, pour remédier au principal besoin de l’Instruction Primaire, il faut que l’Instituteur soit bien rétribué, qu’il reçoive des appointements dignes de sa mission, qu’il soit libre de toute influence communale. Voilà le véritable remède […]

    86Les Instituteurs devraient avoir la plus grande facilité à se faire payer tous les mois, car un jeune Instituteur surtout, nouvellement installé, a toujours besoin de secours. Pour cela, ils devraient toujours avoir des mandats à leur disposition.

    87Les difficultés du brevet doivent être augmentées et le maximum du traitement accordé à ceux qui obtiendraient un brevet complet.

    88La pension des Instituteurs doit être accordée à des conditions meilleures. Les Instituteurs devraient porter un costume distinctif de leurs fonctions. Je crois que ce serait là une bonne idée, puisqu’elle servirait d’un côté à obliger beaucoup d’Instituteurs à se mettre plus convenablement, et de l’autre à empêcher la recherche d’un luxe exagéré et déplacé.

    89Enfin je termine mon travail par un désir que j’avais dû peut-être exprimer en parlant des besoins de l’Élève, de voir tous ces délégués cantonaux supprimés et remplacés par un Conseil d’Arrondissement où l’Instituteur pourrait entrer.

    90Vive l’Empereur ! ! !

    91Vive son Excellence ! ! !

    92Vive l’Université toute entière !

    MÉMOIRE D’AUGUSTE ANGE LE BELTEL17. INSTITUTEUR À DOL-DE-BRETAGNE (ILLE-ET-VILAINE)

    93Originaire du canton de Dol, Auguste Ange Le Beltel naît à Baguer-Pican, le 22 mai 1835. Élève-maître à l’école normale de Rennes, de 1853 à 1856, il obtient le brevet et est d’abord affecté provisoirement comme instituteur à La Noë-Blanche, dans le sud de l’Ille-et-Vilaine (arrondissement de Redon), puis retrouve le chef-lieu de canton de sa naissance, au nord du département.

    94Nommé, à titre définitif, à Dol, commune regroupant plus de 4 000 habitants, il y exerce pendant une dizaine d’années, avant de donner sa démission en 1868, à la suite d’un différend avec le principal du collège. L’école publique de Dol est, en effet, installée dans une salle du collège18. La classe est exiguë et il y manque un poêle, une horloge et une table des mesures métriques. La bibliothèque consiste en quelques livres en mauvais état et le jardin de l’instituteur est trop restreint, bien que correctement entretenu19.

    95Les rapports d’inspection de la fin des années 1850 et du début des années 1860 décrivent Auguste Le Beltel comme un instituteur qui entretient d’excellents rapports avec le curé, le maire et les familles20. Ayant pris son école avec 30 élèves, il en réunit 62, dès 1858, et parvient à maintenir cet effectif, dans les années suivantes. Cette évolution positive s’explique, entre autres, par l’instauration de l’école gratuite dans la commune. En 1860, les compétences pédagogiques de l’instituteur sont appréciées. Si une certaine faiblesse est soulignée, dans l’enseignement du système métrique, Auguste Le Beltel « a de la fermeté, du zèle et de l’aptitude […] M. Le Beltel, écrit l’inspecteur, obtient tout ce que l’on peut souhaiter d’élèves peu assidus et si pauvres que beaucoup manquent de livres et de papier […]21 ».

    96Participant au concours de 1860, Auguste Le Beltel rédige un mémoire de dix-huit pages qu’il achève le 24 janvier 1861. Il y expose, en dix points, les obstacles au développement de l’école primaire dans les campagnes, tout en suggérant quelques mesures. Le texte s’achève par une récapitulation des besoins de l’école, des élèves et du maître (pages 17 et 18). L’Inspecteur primaire de Montfort, Eugène Lacôte, écarte ce mémoire de la poursuite du concours :

    « La construction des phrases et l’orthographe sont loin d’être correctes.
    M. Lebeltel s’applique à faire ressortir les obstacles qui s’opposent à l’instruction primaire, la gêne de l’instituteur, la dépendance où il se trouve par rapport aux autorités locales, l’inconvenance et l’insuffisance du mobilier, la concurrence des écoles congréganistes ; il demande donc que les traitements soient augmentés d’une manière très notable, que l’instituteur soit inamovible, qu’il ne dépende que de l’autorité universitaire, que le mobilier classique soit acquis ou renouvelé sur les ordres de l’inspecteur primaire, que l’instruction soit gratuite.
    Les développements sont mal agencés.
    Mauvais (à éliminer). »

    Extraits du mémoire

    97Poser en principe quels sont les besoins de l’instruction dans une commune rurale, sans appuyer cet exposé sur des faits, c’est parler dans le vide et donner lieu à toute espèce de réparties ; il faut donc que ces nouveaux fondements que chacun jette à sa manière soient posés sur une base solide, qui est les résultats obtenus jusqu’à ce jour.

    98À les bien voir en détail, ces résultats ne sont pas ce qu’il est permis de demander et ce qu’il faut espérer, si les obstacles qui se sont opposés jusqu’ici aux progrès de l’instruction viennent à disparaître.

    99J’ai cru devoir commencer ce mémoire par prouver ces obstacles que je compte au nombre de dix, et démontrer qu’il y a tout lieu d’espérer les plus grands résultats, tant pour le bien de l’État que pour l’instruction, d’une administration académique qui ne laisse rien à désirer.

    100Après avoir traité chacun de ces points et tiré la conséquence, je résumerai les moyens d’obtenir une bonne instruction populaire.

    Obstacles aux progrès et aux résultats de l’instruction

    1011) État d’indigence de l’instituteur public

    1022) Défaut d’une administration indépendante

    1033) Instabilité de l’instituteur

    1044) Concurrence d’écoles laïques et congréganistes établies dans la même commune

    1055) Défaut d’une loi spéciale concernant l’entrée des élèves, leur exactitude et les droits de l’instituteur dans sa classe

    1066) L’inexécution du règlement en fait du mobilier de classe

    1077) La dépendance de l’instituteur des autorités locales

    1088) La mauvaise distribution des avancements

    1099) Le défaut d’entretien des fournitures de classe aux élèves indigents

    11010) Le défaut d’enquêtes sur les rapports dont l’instituteur est l’objet, et poursuite en police correctionnelle des calomniateurs par l’autorité administrative.

    111 1°) L’état d’indigence de l’instituteur est le premier obstacle aux progrès de l’instruction, en ce que cet état de pauvreté doit nécessairement conduire au découragement. Et si cela n’arrive pas universellement, c’est une preuve qu’il y a encore dans la partie des hommes fortement constitués d’esprit et de tempérament ; mais en résultat, comment l’instituteur se procurera-t-il des livres pour conserver ou augmenter l’instruction qu’il a reçue à l’École Normale ?

    112Comment se vêtira-t-il, lui, sa femme, et ses 4, 6 et peut-être 8 enfants ? Comment donnera-t-il un état à ses enfants lorsqu’il n’a pas assez pour vivre ? Quelle est la perspective de ses vieux jours ? Une pension de 400 F peut-être, à consommer entre deux infirmes, s’il ne meurt pas par excès de zèle, encore jeune, laissant une veuve et des orphelins sans secours.

    113Un traitement fixe de 1 200 F assuré à l’instituteur communal n’est que ce qu’il gagne, et ce qui peut le faire vivre honorablement dans la société, au prix où sont les denrées.

    114En assurant une pension des deux tiers au vieux vétéran de trente ans de service, et le tiers de celle-ci à la veuve, l’instruction se peuplerait de fonctionnaires très capables, zélés, dévoués corps et âme au gouvernement pour le bien de l’état.

    115Pourquoi la veuve de l’instituteur ne serait-elle pas pensionnée ? Je trouve qu’elle a les mêmes droits que la veuve du soldat. En effet, ils meurent tous les deux, assez souvent, d’une mort prématurée, l’un en défendant sa patrie et l’autre en formant des sujets pour la défendre dans l’avenir ; en second lieu, cette pension du vieux fonctionnaire n’est que le produit de son dépôt à la caisse, dépôt pris même sur son gain individuel.

    116 2°) Le défaut d’une administration indépendante est un obstacle aux progrès de l’instruction. En effet, aujourd’hui toutes les contrariétés des instituteurs viennent de ce que les inspecteurs, qui sont nos avocats et qui devraient être nos juges, n’ont que le droit de noter nos réclamations ; ils n’ont aucun pouvoir pour leur exécution.

    117Qu’arrive-t-il ? L’instituteur adresse réclamations sur réclamations, pendant des années entières, pour les besoins de sa classe. À la dixième demande peut-être, Mr le Maire reçoit la prière d’accéder à la demande qui lui est faite, mais c’est lui qui paye et il ne le veut pas ; s’il le veut, les conseillers s’y refusent parce qu’ils n’entendent rien pour la plupart aux besoins d’une classe. Alors, l’instituteur écrit directement à Mr le Préfet qui approuve la demande et ordonne à Mr le Maire d’acheter ce qui est nécessaire, mais dans ce cas, certains maires déraisonnables ou vindicatifs ne pardonneront jamais à l’instituteur de les avoir forcés de faire une bonne action et lui en garderont souvenir jusqu’au jour propice à la vengeance.

    118De là viennent les trois quarts des contrariétés et des changements des instituteurs.

    119Si MM. les inspecteurs primaires avaient le droit d’accorder les choses nécessaires à la classe, comme ils ont les connaissances pour en juger, toute chicane serait levée ; aussi, est-il à désirer qu’ils aient les droits nécessaires, pour que les classes soient meublées et entretenues sans autre approbation.

    120 3°) L’instabilité de l’instituteur est un obstacle aux progrès de l’instruction. L’école qui change de maître seulement tous les deux ans ne peut être florissante ; mais il en est qui en compte 7 et 8 en dix ans. Qu’arrive-t-il ? Les familles ne connaissent point l’instituteur, les enfants hésitent à faire nouvelle connaissance.

    121Pour l’instituteur, c’est très onéreux de traverser tout le département avec sa famille et son ménage ; encore s’il avait demandé son changement ce serait supportable, mais il arrive très souvent que l’instituteur en ignore le sujet.

    122Il est à désirer qu’après quatre ans d’exercice l’instituteur soit inamovible. Avant cet âge, l’instituteur, qui est ordinairement garçon, fait ses épreuves et doit voyager de commune en commune selon le besoin du service ; mais étant marié, il faut qu’il puisse dire : je suis dans une commune, j’y veux vivre et mourir.

    123 4°) La concurrence d’écoles laïques et congréganistes établies dans la même commune est un obstacle aux progrès de l’instruction […] D’un autre côté, cette concurrence est très nuisible pour l’union des familles, et en général des habitants des communes. Les enfants des deux classes commencent par s’injurier en retournant au village ; plus tard ils se battront ; les parents qui prennent la défense de leurs enfants se blessent et se désobligent pour une cause enfantine, mais qui existe ; de là les inimitiés. Lorsque ces enfants seront hommes, l’un sera maire et les autres conseillers ; ils sont divisés par esprit de parti et ils ne pourront s’entendre par système.

    124Cela n’existe peut-être pas dans les grandes villes, vu que les jeunes gens se réunissent au collège ou au lycée et que l’instruction influe sur le jugement, mais ce n’est que trop vrai pour les campagnes.

    125 5°) Le défaut d’une loi spéciale, concernant l’entrée des élèves leur exactitude et les droits de l’instituteur dans sa classe, est un obstacle aux progrès de l’instruction. Dans une classe de 70 élèves, il y a au moins quatre catégories, dont la dernière est subdivisée, pour la lecture, en trois ou quatre groupes.

    126Chaque mois, de nouveaux élèves ne sachant pas lire, viennent augmenter cette catégorie et forment de nouveaux groupes ; de cette manière, il arrive très souvent qu’une classe nombreuse contienne sept groupes de lecture. Il n’y a pas possibilité que l’instituteur fasse lire tous ces groupes, même trois fois par semaine. Il faut trop de temps, et les autres divisions réclament trop particulièrement ses soins, vu qu’il ne peut se faire remplacer par un moniteur. Cet abus est donc intolérable en ce qu’il est impossible d’employer autant de moniteurs qu’il y a de groupes ; en second lieu, vu que l’instituteur ne peut diviser son temps en assez de parties admissibles, pour espérer des progrès ; d’un autre côté, il n’y a pas de méthode à s’y prêter.

    127Il est donc de la plus grande utilité que les enfants ne sachant pas lire n’entrent en classe qu’à deux époques, par exemple, le 1er septembre et le 1er mars.

    128Par cette disposition, il n’y aurait jamais plus de trois groupes de lecture dans chaque classe et, à la fin de chaque semestre, il n’y en aurait même plus, assez souvent, ce qui permettrait à l’instituteur de récapituler les matières enseignées pendant le semestre et, par là, de faciliter les compositions générales du 1er de l’an et des prix.

    Moyens disciplinaires

    129Les moyens disciplinaires détaillés au règlement sont plus qu’insuffisants pour tenir les élèves ordinaires dans le respect, l’obéissance et l’exécution de leur devoir […] Ces pauvres enfants, qui sont nés dans le malheur, sont bien dignes de compassion, il est vrai, mais il ne faut cependant pas que l’instituteur devienne leur victime, comme cela se voit trop souvent.

    130En effet, je crois que c’est dans ce défaut de moyens disciplinaires qu’il faut prendre le sujet de ces maladies de poitrine de tant d’instituteurs qui n’ont pu obtenir le silence désirable, qui se sont tués en luttant contre le désordre et l’opiniâtreté des enfants, et qui sont morts victimes de leur dévouement.

    131Il faut encore y prendre pour un quart les désertions qui se multiplient dans le corps enseignant, les trois autres quarts venant de l’insuffisance du traitement.

    132En dernier lieu, il faut y prendre cette insubordination des jeunes gens qui, à seize ans, se croient émancipés, et n’hésitent guère à répondre effrontément à des supérieurs. Ces résultats ne sont pas surprenants ; les enfants traitent d’égal à égal avec leurs parents, dans beaucoup de ménages et, en classe, ils obéissent s’ils le veulent.

    133 Les punitions corporelles sont défendues, tout le monde le sait ; le règlement des écoles le porte en toute lettre […]

    134Voici les moyens disciplinaires que je propose.

    135Tout élève serait pourvu d’un petit livret contenant douze feuillets ; les onze premiers contiendraient les notes mensuelles : conduite, travail, places hebdomadaires, acquis du mois, renvoi temporaire, renvoi définitif.

    136L’instituteur aurait le droit de renvoyer temporairement deux fois le même élève, dans le cours d’une année scolaire, pour toute faute grave autre que le refus à ses ordres, insolence, immoralité ou scandale pour vol, et définitivement pour ces quatre derniers cas.

    137L’enfant qui aurait subi un renvoi serait exclu de la composition des prix, même dans une autre classe.

    138Un enfant ne pourrait être reçu dans une autre école qu’avec la note bonne conduite, la quittance du dernier mois, et n’être pas en exécution de peine.

    139Le dernier feuillet contiendrait les notes générales de l’année scolaire et les places que l’élève aurait obtenues dans la composition des prix.

    140Ce livret serait réglementaire pour toutes les écoles publiques ou libres, et une amende de 25 F serait infligée à l’instituteur qui ne s’y conformerait pas.

    141Je crois que par ces dispositions l’instituteur se ferait obéir et respecter ; tandis qu’aujourd’hui ce sont les parents et les enfants qui commandent ; si l’instituteur n’obéit pas, l’élève change de classe, et est très bien reçu ; même avec de très mauvaises notes.

    142 Récompenses. Les récompenses ou encouragements décernés aux élèves laborieux et soumis sont : les bons points, les billets de satisfaction, les lettres de compliments, les croix et les prix.

    143Tout le monde préconise l’effet moral que produit sur les enfants la distribution solennelle des prix ; il n’y a que les instituteurs à s’en dispenser, et pourquoi ?

    144C’est que seuls, ils sont à même de juger l’effet que produit la distribution solennelle ; et que toujours ils remarquent plus de jalousie entre les parents que de bonnes résolutions de surveiller et de faire travailler leurs enfants, que toujours la colère des parents retombe sur l’instituteur, bienheureux s’il ne reçoit pas quelque injure.

    145Les récompenses sont nécessaires dans les écoles, elles sont même plus indispensables que les punitions, mais puisqu’il est prouvé, par le témoignage de tous les instituteurs, qu’il ressort plus de mal que de bien de la distribution solennelle, il est par là utile que ce mode soit changé.

    146Le premier stimulant des enfants est d’avoir de beaux livres sous les yeux qui leur seront donnés, s’ils satisfont leur maître. Alors, ils sont tout fous pour le travail, et lorsque ces livres sont distribués, le plus beau à celui qui aura le plus de bons points, chaque leçon est un concours ; chaque devoir, une composition. Je dis donc qu’en faisant dans la classe, en présence du conseil municipal et du curé réunis, le 31 juillet et le 31 décembre, deux petites distributions de prix qui seraient mis aux enchères des bons points, on obtiendrait tous les résultats possibles. Cela est prouvé […]

    147 6°) Le défaut d’exécution du règlement, en fait du mobilier d’école, est un obstacle aux progrès de l’instruction en ce qu’il n’y a pas de zèle à tenir contre cet obstacle.

    148L’autorité supérieure aura peut-être peine à croire qu’il y a des écoles qui manquent, ou d’estrade ou de tables en nombre suffisant, ou de tableaux noirs, ou même de méthode de lecture. C’est par le fait incroyable, mais cela est ; et, il y a même peu d’instituteurs qui n’aient été obligés d’acheter à leurs frais certains de ces meubles qui ne leur ont été payés que très tard, ou même pas du tout.

    149Les objets mobiliers détaillés au règlement suffisent ordinairement, mais cet article est resté une lettre morte […] Faute de tables bien confectionnées, ces tables sont encombrées de livres et de cahiers, ou ces derniers sont déposés le long des murs, ce qui autorise des sorties perpétuelles et, par là, le désordre.

    150Il est de première importance qu’un plan de mobilier soit dressé et approuvé ; que ces meubles soient faits au chef-lieu d’arrondissement par un menuisier capable d’en exécuter le plan que lui remettrait M. l’Inspecteur 1aire, à moins qu’il n’y ait dans la localité quelque ouvrier capable d’en observer les proportions.

    151 7°) La dépendance de l’instituteur des autorités locales est un obstacle aux progrès de l’instruction. Pourquoi l’instituteur dépendrait-il des autorités locales lorsque tous les autres fonctionnaires publics n’en dépendent pas ?

    152Les 90/100 des instituteurs n’ont pas à noter une visite des autorités locales dans la classe, tous les cinq ans. Pourquoi donc nous met-on sous dépendance du maire et du curé qui nous abandonnent généralement, ou à peu près, dans l’exercice de nos fonctions, et dont le 1er n’use de son autorité que pour nous refuser le nécessaire de la classe, et l’autre pour nous susciter des difficultés, soit dans les familles, soit avec l’administration ; dans les familles, en nous voyant très mal, parce qu’il n’a pu obtenir un instituteur congréganiste ou pour toute autre raison semblable. La population, ignorant le sujet de cette mésintelligence que le curé seul a établie, est portée à croire l’instituteur coupable de quelque faute grave, et lui retire sa confiance. L’instituteur étant décrédité, il succombera sous l’acharnement que le curé mettra à lui susciter une mauvaise affaire ; s’il n’en peut trouver le sujet, il parviendra à son but en faisant récrimination sur récrimination, portant sur les misères du métier et finira, au moins, par convaincre l’autorité de son incapacité, de maladresse et peut-être même de culpabilité.

    153Mettre un instituteur laïque sous la dépendance du curé, dans nos départements de Bretagne, c’est lui donner une victime, tant qu’il y aura des instituteurs congréganistes dont MM. les curés sont les propagateurs de l’ordre.

    154Il n’y a pas de raisons de cette subordination, au contraire. Le maire et l’instituteur, 1ers représentants de l’ordre et du progrès, sont deux fonctionnaires du gouvernement qui doivent être unis, et qui le seront dès lors qu’ils n’auront pas d’intérêts à discuter. C’est là le seul moyen d’arriver à l’unité. En résumé, l’instituteur doit dépendre du recteur d’académie, comme le maire dépend du préfet ; comme le curé dépend de l’évêque.

    155 8°) La distribution actuelle des avancements est un obstacle aux progrès de l’instruction en ce qu’il n’y a pas d’avancement régulier. En effet, un instituteur de six à dix ans d’exercice demande-t-il de l’avancement parce qu’il ne peut pas vivre, (c’est le cri général) l’autorité lui propose une commune qui peut donner cent ou deux cents francs de plus.

    156Avant de répondre à cette proposition, l’instituteur se transporte au plus vite dans la nouvelle commune, y prend les renseignements qui lui conviennent et dresse, avant son retour, la réponse à M. l’Inspecteur d’Académie ; cette réponse est très souvent un refus à cause des difficultés qu’il aurait avec l’autorité locale, pour les raisons que j’ai citées plus haut, et qu’il préfère encore sa commune actuelle, parce qu’il est sûr de n’y pas perdre sa réputation.

    157Il est donc de première importance que le traitement de l’instituteur soit augmenté d’après ses années de service ; ou qu’il soit établi un traitement fixe, basé sur la population des communes, afin de permettre à l’autorité d’établir une gradation régulière des émoluments, entre ses bons serviteurs, et par là assurer du pain à leur famille.

    158Ainsi, les instituteurs de quatre, six, huit ans d’exercice recevraient un traitement de 800 F, 1 000 F, 1 200 F ; les instituteurs pourvus du brevet complet occuperaient les chefs-lieux de cantons et recevraient 1 500 F. Les petits chefs-lieux de cantons, au-dessous de 2 000 habitants seraient donnés à des instituteurs méritants de 15 à 20 ans de service et recevraient aussi 1 500 F.

    159La répartition du traitement basée sur la population des communes n’est guère praticable, en ce que cette disposition nécessiterait, tous les ans, un changement presque complet des instituteurs et blesserait la susceptibilité des familles, ce qu’il faut éviter.

    160 9°) Le défaut d’entretien des fournitures de classe aux élèves indigents est un obstacle aux progrès de l’instruction. Ceci a lieu dans toutes les communes et particulièrement dans celles où il est établi une école gratuite.

    161Les parents pauvres voudraient eux que leurs enfants sussent lire et écrire, mais c’est pour eux beaucoup faire que de se priver du travail d’un fils aîné ou de la surveillance que celui-ci exerce sur ses plus jeunes frères ; en un mot, ceux qui peuvent les envoyer ne peuvent leur procurer ces fournitures qu’en ajoutant une nouvelle privation au surcroît de travail, et en général ils ne peuvent y suffire ; de là tout manque à ces enfants.

    162Il est donc de première utilité que les communes entretiennent totalement de fournitures leurs élèves indigents, ou leurs classes d’indigents.

    163 10°) Le défaut d’enquêtes sur les rapports dont l’instituteur est l’objet, et le défaut de poursuite des calomniateurs par l’autorité administrative est un obstacle aux progrès de l’instruction. En effet, par ce défaut d’enquêtes, on refuse même à l’instituteur son mérite d’honnête homme ; et par ce manque de poursuite des calomniateurs en police correctionnelle, on nie les droits qu’il a à sa réputation en laissant la latitude à un malfaiteur de l’attaquer impunément ; et en dernier résultat, l’instruction se dépeuple de bons et zélés fonctionnaires.

    164L’instituteur est un fonctionnaire public très utile par les services qu’il rend dans la société. L’administration doit sauvegarder ses droits et son honneur ; non pas seulement en lui donnant connaissance des fautes qu’on lui impute, pour qu’il puisse se légitimer ou combattre ; mais encore, en prenant en main sa défense, et en poursuivant ses accusateurs injustes.

    Considérations générales

    165L’État peut prouver une de ses premières forces dans l’Université et l’unité de l’instruction : pour cela, il suffit que l’instruction primaire soit gratuite pour tout le monde, et que l’Université seule en soit dépositaire.

    166Dans l’hypothèse où l’instruction primaire fût établie gratuite, je dis qu’une imposition de dix centimes au lieu de trois suffirait pour établir :

    1. dans chaque commune rurale un instituteur à 800 F, 1 000 F, 1 200 F de traitement, selon son temps d’exercice ;
    2. dans les chefs-lieux de cantons au-dessous de 4 000 habitants un instituteur primaire à 1 200 F, et un instituteur du 1 er degré à 1 500 F ;
    3. dans les chefs-lieux de cantons au-dessus de 4 000 habitants, deux instituteurs primaires et un du 1er degré.

    167Si l’instituteur pourvu du brevet supérieur, qu’on pourrait appeler cantonal, avait seul le droit d’élever pensionnat, d’établir des études et d’enseigner les matières facultatives, dans le canton, il se ferait un très joli revenu, même en ne recevant que six ou huit cents francs du gouvernement […]

    168Terminé le 24 janvier 1861.

    MÉMOIRE DE ÉMILE PIERRE MACÉ22. INSTITUTEUR COMMUNAL À LALLEU (ILLE-ET-VILAINE)

    169Né à Courcy (Basse-Normandie), le 26 octobre 1838, breveté de l’académie de Caen en septembre 1858, Émile Pierre Macé est l’un des nombreux instituteurs de la Manche, qui ont permis, au XIXe siècle, de répondre à la demande d’instituteurs dans l’académie voisine de Rennes, en particulier à celle du département d’Ille-et-Vilaine.

    170Il est d’abord sous-maître au collège de Fougères. En 1860, il exerce comme instituteur public à Lalleu, petite commune de 891 habitants23. Célibataire, à la charge de sa mère24, il donne l’image d’un instituteur froid et timide, à la tenue négligée, mais en bons termes avec les autorités locales. Les rapports d’inspection le dépeignent, plein de bonne volonté, mais sans esprit d’initiative. Son enseignement est jugé « assez bon25 ».

    171Auteur d’un mémoire de neuf pages, fort bien présenté et respectant la forme suggérée par le ministère, il y expose son point de vue sur les locaux scolaires, qui doivent permettre une séparation plus nette entre l’école et la mairie, et sur la classe, qui doit être salubre et ensoleillée. Selon Émile Pierre Macé, l’instituteur doit porter une attention particulière à l’hygiène des enfants et pouvoir élargir les contenus enseignés. Enfin, il appelle à trouver les moyens de faire sortir les maîtres du primaire de la dépendance des élites locales et de la précarité matérielle. En février 1861, l’inspecteur primaire de Fougères et de Vitré, Louis Guyomard, livre une appréciation défavorable, qui empêche le mémoire de franchir la deuxième étape du concours :

    « M. Macé exprime le vœu que toutes les maisons d’école soient des propriétés communales. Il voudrait des classes gratuites pour les adultes. Selon lui le programme des matières obligatoires n’est pas assez étendu.
    En ce qui concerne les maîtres, M. Macé souhaiterait qu’avant de déplacer un instituteur, l’autorité s’entourât de toutes les lumières possibles car il pourrait citer, dit-il, de nombreux exemples de déplacements que le caprice a enfantés et qui ont été une source de maux pour les maîtres et pour l’enseignement. Il termine en demandant que les instituteurs soient répartis en plusieurs classes, avec des traitements différents.
    Mauvais, (à éliminer). »

    Extraits du mémoire

    Besoins de l’instruction primaire dans une commune, au triple point de vue de l’école, des élèves et du maître

    […] 1 - De l’école

    172Avant d’examiner les principaux besoins que peut réclamer une maison d’école, nous exprimerons le vœu que cette maison soit une propriété communale. Outre les inconvénients matériels que présentent souvent des bâtiments non construits pour une école, le changement de local détériore le mobilier de la classe et celui de l’instituteur. En exprimant ce vœu, nous devons reconnaître le zèle que l’on met à sa réalisation.

    173 Situation – Dans le choix de l’emplacement d’une maison d’école, la principale chose à fuir est l’humidité. On évitera donc de construire une maison d’école à proximité de lieux exhalant des miasmes délétères. Nous voudrions aussi, pour le bien-être moral, qu’une école fût éloignée des lieux de débauche, où les tableaux du vice se renouvellent sans cesse.

    174 Préau – Par ce mot de préau, nous entendons le lieu de récréation. Ce lieu n’est peut-être pas généralement assez examiné. Il serait à désirer qu’il fût clos de murs de manière à ce que les élèves ne puissent voir les passants. Dans les localités où il n’en est pas ainsi, la cour est ordinairement trouvée trop exiguë par les élèves, qui se répandent alors sur le jardin du maître ou les propriétés voisines. Souvent même, on trouve des écoles dépourvues de cour de récréation ; alors la voie publique en sert ; or, le passage continu de voiture et d’animaux peut occasionner des suites fâcheuses.

    175 Latrines – Les lieux d’aisances sont en général, trop négligés. Il va pourtant du bien-être physique et moral, qu’ils soient construits solidement, et dans un état constant de propreté26.

    176Bien entendu que le maître doit avoir une vue sur les latrines.

    177 Mairie – Le local de la mairie fait ordinairement partie des bâtiments de l’école. Que l’instituteur soit secrétaire ou non, il est nécessaire qu’on puisse y accéder par une autre entrée que celle de la classe, nous désirerions même qu’elle fût distincte de celle du logement personnel de l’instituteur.

    178 Étendue – Nos habitations rurales laissent beaucoup à désirer sous le rapport hygiénique. Si l’air méphitique de leurs sombres et étroites demeures se retrouve dans la classe, les enfants y seront au milieu d’inconvénients encore plus graves que chez eux. Il est donc de grande importance que l’étendue du local soit en rapport avec le nombre des élèves.

    179 Dispositions générales – Outre l’étendue et la salubrité, il est essentiel que la lumière pénètre facilement dans toute la classe, dût-on par quelque moyen, modérer les rayons du soleil.

    180Les enfants doivent être assis commodément, sans qu’ils puissent se gêner les uns les autres. Nous réprouvons ces hauts bancs que l’on voit dans quelques écoles où les élèves n’écrivent pas dès leur entrée, et où ces pauvres enfants sont condamnés à se tenir immobilisés, sans que leurs pieds reposent sur le plancher.

    181Les élèves doivent être disposés de manière à entendre tous, de leurs places, les explications du maître.

    182L’instituteur doit voir tous les enfants d’un seul coup d’œil.

    2 - Des élèves

    183Nous croyons avoir démontré les principaux besoins physiques des élèves ; nous ajouterons seulement qu’il est de notre devoir d’examiner, avant chaque classe, s’ils sont lavés et peignés, si leurs chausses et leurs vêtements ne sont pas malpropres. Nous devons encore veiller constamment à leur état hygiénique afin de prévenir les cas accidentels qui peuvent influer sur la santé des enfants confiés à nos soins.

    184 Instruction – Sous le rapport de l’instruction, enseigne-t-on toujours aux enfants ce qu’il leur est le plus essentiel de connaître ? Avouons-le, le programme des matières obligatoires n’est pas assez étendu. Un maître qui s’y bornerait ne ferait pas disparaître l’indifférence que l’on trouve encore dans nos campagnes, en matière d’instruction.

    185Puisque nous sommes sur ce sujet, nous dirons un mot des classes d’adultes.

    186Vers l’âge de 12 ou 13 ans, les enfants des communes rurales cessent pour la plupart de fréquenter l’école et ils oublient rapidement les connaissances superficielles qu’ils ont acquises, s’ils ne s’occupent plus de leur instruction, ainsi qu’il arrive souvent.

    187Évidemment, les écoles d’adultes sont un besoin, mais l’ouvrier, le cultivateur, après le labeur d’une journée péniblement employée, seront peu disposés à se livrer à un travail spirituel, surtout s’il faut payer une rétribution, si minime qu’elle soit. La conclusion de tout ceci serait la fondation d’écoles d’adultes gratuites. Notre sujet n’est pas de chercher les moyens par lesquels on pourrait y arriver ; mais nous croyons que cette réalisation tournerait au profit de la société, en éloignant ses membres de la débauche et en les éclairant.

    3 - Du maître

    188Comme l’Administration n’est pas toujours dans la possibilité d’améliorer la situation de l’instituteur, sous le rapport moral, nous nous y arrêtons peu.

    189 Liberté – Au premier rang des besoins moraux d’un instituteur dans une commune rurale, nous plaçons la liberté dont il doit jouir, afin qu’aucune entrave n’arrête ses leçons ou retarde ses élèves. S’il n’est pas libre de toute influence et de toute coterie, malgré ses efforts pour gagner la confiance et l’estime, la marche régulière de la classe se ressentira évidemment des obstacles qu’il rencontre et de la gêne qu’il éprouve. Dans nos campagnes, on trouve encore trop souvent de ces hommes ignorants, enflés d’amour-propre, dont la conviction est que la science doit s’incliner devant l’opulence. La richesse, en effet, procure trop souvent la considération et la puissance qui ne devraient appartenir qu’au mérite, et nous ne voudrions pas voir l’instituteur être obligé de courber humblement la tête devant ces hommes, ni subir les caprices d’aucun habitant. Nous souhaiterions donc qu’avant de déplacer un instituteur, l’Autorité s’entourât de toutes les lumières possibles […] En exprimant ce vœu, nous sommes loin de demander l’inamovibilité des instituteurs.

    190 Traitement – Nous n’aborderions pas ce sujet si nous ne savions qu’il est incontestable – et incontesté, croyons-nous – que la position d’instituteur est une des plus précaires. Le minimum de 600 fr. est peu souvent dépassé et celui dont cette somme est la seule ressource doit se trouver en proie avec la nécessité, pour ne pas dire la misère. Dans un certain nombre de localités, il est vrai, l’instituteur est secrétaire de la mairie ; mais le traitement afférent à ces fonctions varie entre 50 et 100 fr. ; or, cette somme n’est pas capable de faire sortir une famille du besoin.

    191La loi, qui interdit aux instituteurs toute profession commerciale ou administrative, (avec raison, il faut le reconnaître), doit lui assurer un traitement capable de le mettre au-dessus de la misère. Il n’est pas de notre compétence de désigner le chiffre qui nous paraît nécessaire, nous dirons seulement que nous voudrions voir les instituteurs répartis entre plusieurs classes, touchant des traitements différents. L’espoir de s’élever graduellement aux classes supérieures, serait un meilleur moyen de stimuler le zèle des instituteurs que de décerner des récompenses honorifiques.

    192Tels sont les principaux soins et besoins que réclame, selon nous, l’instruction primaire dans une commune rurale pour l’élever au degré où les gens de bien et les hommes d’intelligence voudraient la voir. Nous croyons qu’à l’aide de la réalisation des vœux exprimés et le concours d’instituteurs dévoués, on pourrait instruire et élever des bons, d’honorables, d’honnêtes et de vaillants citoyens.

    193Lalleu, le 29 janvier 1861.

    MÉMOIRE DE JULIEN BOUDET27. INSTITUTEUR À PORNIC (LOIRE-INFÉRIEURE)

    194Julien Boudet, né à Treffieux (Loire Inférieure), le 29 février 1836, est élève à l’école normale de Rennes, de 1852 à 1855. Au moment du concours ministériel, il exerce comme instituteur public dans la commune littorale de Pornic, chef-lieu de canton, peuplé de 1 608 habitants28 (arrondissement de Paimbœuf).

    195Le 31 janvier 1861, il envoie à l’administration un texte, à l’écriture ample et structuré en trois parties. Les seize pages du mémoire présentent d’abord un état général des écoles rurales et esquissent l’école idéale, dans les mêmes termes que ceux, présentés par son jeune frère, instituteur dans le même arrondissement (commune de Sainte-Pazanne). Dans une deuxième partie, il dresse un bilan de la fréquentation scolaire et préconise la gratuité de l’école pour tous les enfants. La moitié du manuscrit s’intéresse à la condition de l’instituteur rural, détaille les multiples emplois annexes, exercés par l’instituteur, qui le discréditent aux yeux de la société (secrétaire de mairie, chantre, arpenteur, etc.). Julien Boudet réclame l’indépendance du maître, au sein de la commune, et un traitement fixe beaucoup plus élevé.

    196Soumis à l’appréciation de l’inspecteur primaire de Chateaubriant, Pierre Damy, le manuscrit est rejeté en ces termes :

    « Dans la première partie de son mémoire, M. Boudet, Julien, Instituteur à Pornic, démontre ce qui est depuis longtemps prouvé, qu’une bonne installation est indispensable pour la bonne tenue d’une école. L’auteur voudrait qu’on annexât, à côté de chaque maison d’école, un champ pour l’enseignement pratique de l’agriculture, chaque élève cultiverait son petit carré de ce champ.
    La deuxième partie critique la manière dont les listes de gratuits sont établies. Pour pallier cet inconvénient et pour encourager la fréquentation de l’école, M. Boudet propose la gratuité pour tous les élèves, il demande pour les maîtres un traitement fixe minimum de 1 200 F. Il ne devrait plus remplir alors aucun emploi en dehors de ses fonctions.
    Tous les arguments allégués pour soutenir ce système me semblent peu sérieux et peu solides. Médiocre, à éliminer. »

    […] 1° De l’école

    197Dans un grand nombre de communes rurales, on n’a pas encore construit de maison d’école, les salles servant de classes ont été faites pour un tout autre usage. Elles sont presque toujours trop petites et surtout et toujours trop basses. D’une capacité insuffisante, elles ne contiennent point l’air nécessaire à la santé des élèves, elles sont souvent mal aérées, éclairées par deux ou trois petites ouvertures comme on en pratique dans nos campagnes, et placées sur la même façade. Il est impossible d’y établir de courant qui puisse renouveler en peu de temps l’air vicié de l’école. Souvent même, elles ne sont pas planchéiées, et sont d’une humidité extrême ; quelquefois elles sont au milieu du bourg, à proximité de fumiers et d’eaux stagnantes ; dans beaucoup, le soleil ne pénètre jamais. Ces classes sont donc excessivement malsaines et les enfants trouvent à l’école au lieu du bien-être auquel ils ont droit de s’attendre, le germe d’un grand nombre de maladies.

    198D’autres sont exposées au midi et reçoivent le soleil pendant la plus grande partie de la journée, ce qui est excessivement gênant pour les élèves et nuit singulièrement à leur travail.

    199Ces classes sont en général de dimensions peu convenables, il est impossible à l’Instituteur de distribuer ses élèves de manière à ce que chacun d’eux puisse suivre avantageusement sa leçon. Pressés, gênés les uns par les autres, ils ne travaillent pas tranquillement, et la surveillance est difficile.

    200Elles sont dépourvues de cour et il est impossible à l’Instituteur d’exercer sur les enfants, cette surveillance incessante qui lui est nécessaire pour connaître et redresser leurs caractères et leurs penchants, qui se révéleront surtout à lui lors des récréations. Dans les nouvelles maisons d’école, ces inconvénients disparaissent en partie ; mais leur disposition sous le rapport de la distribution des élèves laisse encore à désirer. À la vérité, ces élèves ont une place assez ample pour ne pas être pressés les uns par les autres mais ils ne sont pas encore placés de manière à pouvoir tous bien suivre la leçon au tableau ; et cependant cette leçon est la plus profitable, je dirais presque, la seule profitable aux enfants.

    201Les plus instruits, et par conséquent les plus grands, sont ceux qui ont le plus fréquemment besoin du tableau noir ; Or, à moins de passer un temps considérable en mouvement, il est nécessaire que ces élèves soient placés sur les premières tables ; et comme ils sont plus grands que ceux qui sont derrière, il s’ensuit que ceux-ci ne voient pas et que la surveillance est difficile.

    202Dans certaines classes, on pare à cet inconvénient en plaçant les grands derrière et en faisant venir alternativement au tableau chaque division ; mais alors on est obligé de passer un temps considérable en mouvements, et ces mouvements, indispensables à la santé des plus jeunes, ne sont plus aussi indispensables pour les grands enfants de nos campagnes, qui ont de onze à douze ans. Un quart d’heure de récréation au milieu de la classe leur suffit.

    203Quant aux plus jeunes, la formation de groupes pour l’Instruction religieuse, la lecture, l’écriture, etc., leur donnera assez de mouvement pour le délassement de leur corps et de leur esprit. D’ailleurs, ce moyen, excellent lorsqu’il y a deux maîtres, devient tout à fait impraticable lorsque l’Instituteur est seul. Il serait donc à désirer, autant dans l’intérêt du maître que des élèves, que chaque commune possédât une maison d’école […]

    2° Des élèves

    204[…] Une première cause qui empêche beaucoup d’enfants de fréquenter l’école, est le peu de soin apporté dans la confection de la liste des indigents. Ces listes, que MM. les Préfets sont obligés d’approuver telles quelles, laissent quelquefois beaucoup à désirer. On y a des considérations tout autres que celles qu’on devrait y apporter : chaque conseiller municipal s’efforce d’y faire admettre le fils d’un de ses fermiers ou de ses voisins ; le curé y fait porter ses enfants de chœur, et il arrive parfois que les enfants d’un pauvre ouvrier, hors d’état de payer leur Instruction, en sont nécessairement privés, tandis que des enfants aisés y sont instruits gratuitement.

    205Une deuxième cause est le prix peu élevé cependant de la rétribution scolaire. Des parents regardent à cette modique somme lorsqu’il s’agit de l’Instruction de leurs enfants, et une preuve certaine c’est qu’il n’est pas rare de voir, lorsqu’il y a deux communes voisines où les prix sont différents, des enfants faire un chemin considérable pour aller dans la commune où le prix est moins élevé, et cela parfois pour cinquante centimes par mois, lors même que les parents n’ont pas la même confiance dans les capacités de l’Instituteur.

    206L’unique remède à ce mal serait de donner un traitement suffisant à l’Instituteur, qui recevrait gratuitement tous les enfants. Les enfants des campagnes qui fréquentent l’école, la fréquentent trop peu de temps. Ils n’y viennent généralement qu’à l’âge de neuf ans, c’est-à-dire, un an avant d’aller au catéchisme. Immédiatement après leur communion, ils se retirent. Ces enfants n’ont donc que trois ans d’école. Sur ces trois années, les parents les ont retirés au moins quatre mois chaque année. Restent donc deux ans. Pendant l’intervalle des mois où ils ne fréquentent pas l’école, occupés de travaux agricoles, ils négligent leur Instruction, et l’hiver ils reviennent en classe, ayant presque entièrement oublié ce qu’ils avaient appris. Ne serait-il pas possible pour remédier à ce mal de n’admettre à la communion que des enfants âgés de douze ans. Les parents les enverraient également en classe à l’âge où ils commencent à y venir, surtout s’ils étaient instruits gratuitement, et ne les retireraient non plus qu’après leur communion. Il y aurait donc un immense avantage pour eux sous le rapport de l’Instruction.

    207Pour empêcher que ces enfants, pendant les mois où ils ne fréquentent pas l’école, perdissent les fruits de leurs travaux, l’Instituteur ferait forcément l’été une leçon le dimanche […]

    208Les enfants des campagnes viennent généralement en classe malpropres, mal soignés. Pour pallier cet inconvénient, l’Instituteur devrait se montrer à cet égard d’une inflexible sévérité, et, en cas de récidive, envoyer se nettoyer tout élève qui arriverait en cet état. Mais il n’en est point ainsi. Avec la susceptibilité des gens de nos campagnes, un pareil procédé leur serait une injure, et ils ne renverraient pas leurs enfants. L’Instituteur – dans son intérêt – est donc obligé de souffrir.

    209Enfin, dans les soirées d’hiver, l’Instituteur ferait forcément une classe aux adultes. Mais pour que cette école fût fructueuse, il faudrait nécessairement qu’elle fût gratuite et que le maître pût en exclure ces jeunes gens qui y viennent uniquement parce que c’est une réunion de jeunesse, qui troublent l’ordre, empêchant les autres de travailler […]

    3° De l’instituteur

    210Mais le plus grand obstacle à la propagation de l’Instruction dans les campagnes, c’est la multiplicité des emplois de l’Instituteur.

    211Avec 600 francs que le gouvernement lui assure, il lui est impossible de vivre et d’élever une famille, il est donc obligé de recourir à d’autres emplois, qui sont généralement ceux de secrétaire de Mairie, de chantre, d’arpenteur. Avec de tels emplois, son indépendance n’est plus possible, son action est paralysée, sa considération amoindrie, et le bien qu’il pourrait faire considérablement diminué.

    212L’emploi de secrétaire de Mairie, donné aux Instituteurs des communes rurales dans le but d’augmenter leur bien-être, a pour eux et leurs élèves de grands inconvénients. Il met le maître sous la dépendance absolue du Maire, qui peut le révoquer à son gré, et qui trop souvent le regarde comme un valet, qu’il renverra si ses services ne lui sont point agréables. Pour conserver cet emploi nécessaire à sa vie, l’Instituteur est donc obligé de courber humblement la tête, et de suivre en tous points la volonté du Maire, lors même que cette volonté nuit à l’Instruction de ses élèves […]

    213Cet emploi a encore un grand inconvénient sous le rapport de la régularité. Souvent, l’Instituteur est appelé à la Mairie, peu de temps avant l’heure d’entrée, et obligé d’y rester après : c’est donc une perte de temps pour les élèves. En outre, les parents accusent le maître de négligence et sa considération en souffre. De plus, les élèves n’étant jamais sûrs de l’heure à laquelle ils entrent, profiteront certainement de cette circonstance pour venir de préférence plus tard que plus tôt […]. Enfin, l’Instituteur lui-même n’a plus le même goût à faire une leçon au milieu de laquelle il peut être appelé ailleurs.

    214Les inconvénients de l’emploi de secrétaire se retrouvent tous, mais bien autrement graves, dans l’emploi de chantre ou de clerc laïque. Outre la dépendance absolue de l’Instituteur vis-à-vis du curé, les pertes de temps que je viens de signaler deviennent bien plus grandes. L’Instituteur obligé d’aller tous les matins chanter une ou deux messes, ne peut commencer sa classe à une heure fixe, MM. les curés étant obligés de se conformer quant à l’heure aux désirs de ceux qui les font dire ; de plus, il a la voix fatiguée, et dans sa classe il se ménagera certainement au détriment de l’Instruction des élèves.

    215Enfin, l’inconvénient de quitter son école, devient bien autrement grave lorsque son absence doit se prolonger comme cela arrive pour les sépultures.

    216Que dirais-je maintenant de la position de l’Instituteur cumulant les deux fonctions de secrétaire de Mairie et de chantre.

    217La dépendance vis-à-vis du maire et du Curé le met dans une situation déjà difficile, lors même que les deux représentants de l’autorité civile et religieuse sont en bon accord ; mais elle devient bien autrement pénible lorsqu’ils ne s’entendent pas, comme cela arrive trop souvent. Obligé de plaire à la fois au Maire et au Curé, il ne sait comment agir ; alors il est réellement à plaindre et quelquefois une chose faite par l’ordre ou les conseils de l’un, devient pour l’autre une occasion de plainte contre le malheureux Instituteur.

    218Quant au métier d’arpenteur, que l’Instituteur exerce quelquefois, il a des inconvénients tellement graves, que même dans la position actuelle des Instituteurs, je crois qu’il devrait leur être interdit. Comme ils voient là d’autant plus à gagner qu’ils feront plus d’ouvrages, il est fortement à craindre qu’ils négligent leur classe pour se livrer à ce travail assez lucratif et que les élèves en souffrent beaucoup.

    219Enfin, un dernier obstacle à l’Instruction dans les campagnes, c’est, il faut bien le dire, le peu de goût de l’Instituteur pour sa profession ; et cela provient de ce que son travail n’est pas rétribué, que ses soins et ses peines sont méconnus […]

    220Pour que l’Instituteur puisse répondre aux immenses devoirs que la société lui impose, pour qu’il pût se consacrer sans réserve aux enfants qui lui sont confiés, il faudrait donc au moins, qu’en retour de ses services, sa vie et celle de sa famille fussent assurées ; qu’il possédât dans sa commune, cette indépendance qui est le premier bien de l’homme et qui le relève à ses propres yeux ; qu’il ne fût pas obligé de courber humblement la tête et de se conformer aux caprices de tel ou tel habitant.

    221Cependant, malgré toutes les peines qu’il se donne, malgré les différents emplois ou métiers qu’il exerce, malgré l’entière dépendance où le placent ces emplois vis-à-vis du Maire, du Curé, des parents, de tous ceux qui le font travailler, il ne peut parvenir à élever sa famille, non avec luxe, mais avec le simple bien-être que devrait lui procurer un travail aussi pénible, et que possède tout ouvrier économe et laborieux. Car l’Instituteur, placé entre le riche et le pauvre, est, de plus que l’ouvrier, obligé de tenir un certain rang qui lui occasionne des dépenses bien considérables pour lui. Il faudrait que le gouvernement assurât au moyen d’une imposition communale ou autre, un traitement suffisant à l’Instituteur, qui n’exercerait que cet emploi et qui recevrait gratuitement tous les enfants : un traitement minimum de 1 200 francs ; il ne peut vivre à moins. Alors tous les inconvénients que je viens de signaler disparaîtraient […]

    222Je ne saurais terminer ce mémoire sans offrir à Monsieur le Ministre, avec tous les Instituteurs, l’expression de ma vive et respectueuse gratitude pour sa constante sollicitude envers tous les Instituteurs et l’enseignement primaire ; sollicitude dont nous venons encore d’avoir un exemple dans le décret du 29 Xbre 1860, et dont la demande de ce mémoire est une nouvelle preuve. Tous les instituteurs ont compris combien ils lui doivent de reconnaissance et s’efforceront de plus en plus de mériter la haute protection de son Excellence par leur zèle à l’instruction du peuple et leur dévouement à l’Empereur.

    MÉMOIRE DE FRANÇOIS POTIRON29. INSTITUTEUR À VIGNEUX (LOIRE-INFÉRIEURE)

    223François Potiron naît à la Chapelle-sur-Erdre (Loire Inférieure), le 19 janvier 1835. Il n’a pas reçu de formation en école normale et, en 1860, il exerce, en tant qu’instituteur public, dans la commune de Vigneux (arrondissement de Savenay), peuplée de 3 093 habitants.

    224Le mémoire de neuf pages, qu’il envoie à l’administration pour le concours de 1860-1861, s’inspire beaucoup des textes officiels, mais est également très critique et recèle une originalité, celle de présenter son école, assimilée à « un bouge », sous la forme d’un poème en vers (pages 6 et 7).

    225Sur ce manuscrit, l’inspecteur primaire de Nantes, Poulain, émet un avis défavorable :

    « M. Potiron écarte d’abord la question mise au concours et en pose une autre qui lui fournit le prétexte de rechercher comment on peut rendre l’éducation morale et nationale. Elle réunira, dit-il, ces deux conditions si l’on applique dans toutes les écoles le principe de la gratuité absolue et si l’on assigne à l’enseignement agricole une très large place. Il demande que les instituteurs soient mieux rétribués et moins surveillés. La surveillance des autorités autres que celle de l’inspecteur primaire lui paraît blessante. Enfin il s’occupe de maison d’école et après avoir fait une description de la sienne, dans une prose […] prétentieuse, il émet, sur les conditions dans lesquelles doit être construite une école, des idées toutes puisées dans la circulaire ministérielle du 30 juillet 1858. Peu d’ordre et peu de clarté dans les idées. Beaucoup de prétention. Médiocre, à éliminer. »

    Extraits du mémoire

    I

    226La réponse à cette question est renfermée dans ces autres paroles de Monsieur le Ministre : « L’instruction doit être essentiellement morale et nationale. »

    227Examinons si ces deux qualités si inséparables se trouvent réunies dans l’enseignement populaire. On peut partager cet enseignement en trois catégories.

    228La première comprend ceux des enfants du peuple qui reçoivent une instruction au-dessus de leur naissance. C’est cette instruction qui nous donne les demi-savants, et qui ôte à l’agriculture les bras dont elle a besoin, pour peupler, sous le nom d’émigration, les grandes villes de malheureux. Les pensionnats primaires semblent avoir été établis tout exprès pour elle.

    229L’instruction donnée dans de justes bornes, appropriée aux besoins de la population laborieuse à qui elle s’adresse, forme la deuxième catégorie.

    230Enfin, la troisième est composée de cette foule d’enfants qui ne font que passer à l’école, et que l’on pourrait classer parmi ceux qui ne reçoivent aucune instruction. Dans cet état, peut-on dire que l’instruction est véritablement morale et nationale ? J’ose croire que non.

    231Pour être nationale, l’instruction doit s’étendre à tous les citoyens, et non pas seulement à la plus petite moitié d’entre eux. Sans cette condition, elle peut être morale dans ses principes. Elle ne le sera jamais dans ses effets, parce que ceux qui la reçoivent se trouvant isolés au milieu de gens qui n’ont aucune idée d’éducation et de morale perdent bientôt le fruit des leçons qu’on leur a données.

    232Pour avoir ce caractère de généralité qui la rendra nationale, l’instruction doit être essentiellement gratuite […]

    233Enfin, lorsque l’instruction sera à la portée de tous, elle sera donnée de telle façon qu’elle relève, aux yeux du laboureur, la noblesse de sa profession ; que, par elle, il cesse d’être une machine agricole, conduite par la routine, pour devenir un être pensant qui réfléchisse, qui combine, avant d’agir ; que, par elle, il comprenne combien la vie des champs est préférable à l’existence incertaine des grandes villes ; que, par elle, en un mot, il aime sa condition, et qu’il s’y attache.

    234Alors, l’instruction sera vraiment morale et vraiment nationale ; étant donnée à tous indifféremment, elle sera regardée comme une chose toute naturelle ; les sages limites qu’on lui aura assignées seront un sûr garant que ses bienfaits ne tourneront pas contre la société, mais qu’ils seront comme une digue opposée au flot de l’Émigration.

    235Et, dans le cercle des connaissances qu’il convient de donner aux enfants des campagnes, je comprends : l’instruction religieuse, la lecture, l’écriture, le calcul, les éléments de la langue française, le système métrique.

    236Il serait bon d’ajouter quelques notions d’arpentage, ne fût-ce que comme récréation.

    237Mais l’enseignement de l’agriculture prendra de plus larges proportions : on ne négligera rien pour initier les élèves aux meilleurs procédés, pour les prémunir contre les dangers de la routine. On joindra autant que possible la pratique à la théorie, et si un terrain spécial ne peut être employé à cet objet, on fera du moins remarquer la différence énorme qui existe entre la culture routinière, et l’agriculture raisonnée, appuyée sur des données exactes et sur l’expérience.

    238Enfin, comme complément de cette branche indispensable de l’instruction dans les communes rurales, j’ai pensé à l ‘ introduction de la chimie agricole […]

    239Élevé dans ces principes, l’enfant du peuple s’attachera au sol. À mesure que les goûts d’ordre et d’économie se propageront, on verra diminuer les progrès de l’émigration ; l’aisance renaîtra là où la misère semblait vouloir prendre racine et, avec elle, la paix intérieure, la tranquillité, l’amour de la famille qui commence l’amour de la patrie et assure la stabilité des Empires.

    II

    240Maintenant que nous sommes édifiés sur le mode de l’instruction qui convient aux élèves, il nous faut leur donner un maître, c’est là le point capital.

    241L’instituteur doit être irréprochable dans sa conduite, c’est-à-dire l’image vivante des préceptes qu’il enseigne. Il se doit tout entier à ses élèves ; il s’applique à développer en eux le génie des vertus, à élever leurs pensées, à ennoblir leurs sentiments : en un mot, tous ses efforts doivent tendre à les porter au bien, et à les éloigner du mal. La société a le droit d’exiger de lui tout cela. Mais, où prendrons-nous ces hommes de vocation et de dévouement ? […]

    242Il nous faut des hommes d’élite, nous ne pourrons les attirer que par un traitement qui assure leur existence, mais ce n’est pas 600 francs. Un rapprochement le fera mieux comprendre : à Nantes, un maçon gagne 3 f 60 par jour, soit 1 000 francs par an. N’est-il pas raisonnable que celui à qui nous confions notre plus précieux dépôt, et qui a besoin de la considération publique, soit dans des conditions d’aisance au moins égales à celles du dernier ouvrier ?

    243Un homme dont la mémoire sera longtemps chère à la Loire-Inférieure, Monsieur Calloch, mort inspecteur de l’arrondissement de Châteaubriant en 185630, disait, en parlant des instituteurs, qu’il s’étonnait comment la plupart d’entre eux faisait, non pas pour vivre, mais pour ne pas mourir de faim !

    244C’est un grand édifice que nous voulons construire, nos moyens ne doivent pas être au-dessous de nos idées. Eh bien ! ne demandons rien de grand à un homme qui n’a d’autre sentiment que celui de sa misère.

    245Lorsqu’un traitement convenable aura mis l’instituteur à la hauteur de sa mission, que plusieurs classes auront été établies pour exciter l’émulation et récompenser les services rendus, nous n’irons plus recruter notre personnel parmi ceux qui, pendant dix ans, ont usé les bancs du collège et qui, voyant leur carrière brisée, s’accrochent à l’enseignement comme à une planche de salut […]

    246Cependant les gens de bien, retenus d’abord par la seule préoccupation de l’existence, viendront se grouper autour de l’Autorité. Ceux-là sont les vrais instituteurs ; ils sentent leurs devoirs et ils s’efforcent de les remplir ; ils enseignent au fils du laboureur l’amour de sa profession, parce qu’ils aiment la leur, et qu’ils s’y attachent. Leurs élèves ne sont point des savants, encore moins des philosophes, toutes leurs ambitions consistent à en faire de bons chrétiens et d’honnêtes citoyens.

    247Je n’ai plus qu’un mot à dire à l’endroit de l’instituteur, c’est relativement à la surveillance dont il est l’objet. À côté de l’inspecteur primaire qui est son protecteur et son guide, en même temps qu’il est son ami, 1850 a élevé les délégués cantonaux, les délégués communaux, le maire, le curé, le pasteur. Ce système éveille un sentiment pénible chez celui qui en est l’objet ; il y a là-dedans quelque chose de blessant et, si cet homme nous inspire tant de méfiance, de grâce, ne lui confions pas ce que nous avons de plus cher au monde.

    III

    248Les succès d’un instituteur, quelles que soient d’ailleurs ses qualités, sont subordonnés à une foule de circonstances, parmi lesquelles se pose en première ligne, le local affecté à l’école.

    249Voici dans quelles conditions se trouve le mien :

    Sur la place bruyante, au milieu du village
    S’élève ma maison, là j’ai pour entourage,
    Une auberge au couchant, une auberge à l’aurore,
    Un boulanger derrière, et je me plains encore !
    Là, je donne mes soins à l’enfant du hameau,
    L’été comme l’hiver, souvent les pieds dans l’eau.
    Jamais réduit ne fut plus infect et plus noir,
    À peine le soleil s’y voit-il vers le soir …
    Par l’escalier poudreux, la commune s’écoule
    Et, dans l’angle apposé, un fourneau qui s’écroule,
    Atteste que jadis, un tavernier fameux
    Installa ses tréteaux et logea dans ces lieux.
    Là, les gens affairés passent vingt fois le jour :
    C’est Monsieur, c’est Madame, il lui faut un bonjour ;
    De paysans, d’étrangers, c’est la troupe inquiète,
    Où la suite étourdie d’une mamie coquette ;
    Puis, aussitôt, adieu et travail et silence,
    De son banc vermoulu, chaque élève s’élance,
    Un bruit confus et sourd, de voix entrecoupées
    S’échappe en gémissent des poitrines pressées ;
    Au dehors, un faquin, monté sur sa bicoque
    Siffle ses lévriers que la chaleur suffoque,
    Et jure de lancer Ribalot, son valet
    Qui, conduit par la soif au fond du cabaret
    Veut trouver de la chair sur le gigot brûlé
    D’un mouton qu’avant lui Mylord a déballé ;
    C’est le char mal graissé d’un roulier qui s’emporte,
    Dont les rosses ventrues s’arrêtent à ma porte ;
    C’est le cancan trivial des commères du quartier
    Qui, pour des pots-pourris glosent un jour entier ;
    C’est des gamins errants la phalange indomptée,
    Ou bien chanteurs de rues, la voix rauque et fêlée31…

    250Est-il possible, qu’en un bouge semblable, trop petit de moitié, mal éclairé, pour ne pas dire point du tout, ou règne un va-et-vient continuel des gens qui ont besoin à la mairie, sans cour, sans préau, sans latrines, est-il possible, dis-je, qu’un instituteur puisse former des élèves comme il convient ! […]

    251Une école doit être placée dans un lieu paisible, ce n’est pas à dire qu’il faille, comme dans certaines communes que je pourrais nommer, la planter dans un désert. Non, elle peut parfaitement être dans le bourg sans qu’on y ressente l’inconvénient du bruit, tout dépend du mode de construction. Je soutiens même que cette situation est préférable et cela pour deux raisons ; la première est la proximité de l’Église, indispensable à cause des catéchismes ; la seconde, c’est que dans la plupart des communes rurales, l’instituteur est en même temps secrétaire de mairie, ce qui l’obligerait, dans le cas contraire, à faire un kilomètre chaque fois qu’il y est appelé. Le logement de l’instituteur et la mairie, s’il y a lieu, seront sur la rue ; c’est un monument pour les campagnes ; mais la salle de l’école sera construite derrière, de manière qu’elle fasse queue avec les autres bâtiments […]

    252La cour située également derrière le bâtiment principal et autant que possible exposée au midi sera d’une grandeur proportionnée à la population de l’école ; elle sera entourée de murs assez élevés pour que les élèves ne puissent les franchir. À l’extrémité de cette cour, on établira les latrines, de telle façon qu’on ne soit pas incommodé par la mauvaise odeur et que, cependant, la surveillance y soit facile.

    253Enfin, la classe sera construite dans les conditions prescrites par la circulaire ministérielle du 2 août 185832. Il n’est pas possible de pousser plus loin la sollicitude […]

    254Il nous reste à voir par quels moyens on parviendra à construire partout des écoles convenables. Je n’en vois qu’un, c’est d’enlever aux conseils municipaux l’initiative de cette construction. Sans sortir de chez moi, j’ai la preuve de ce que j’avance : voilà vingt-quatre ans qu’on parle d’école à chaque réunion, mais les choses sont au même point que le premier jour.

    255Je ne terminerai pas ce court exposé, sans témoigner toute ma reconnaissance à l’homme généreux qui a bien voulu descendre jusqu’à nous, pour s’intéresser à nos besoins.

    256Songer à améliorer le sort des instituteurs, c’était beaucoup, sans doute, ce n’était rien encore, dans la pensée de Son Excellence ; il lui fallait se servir d’eux-mêmes, pour y parvenir.

    257J’ai dit sur le sujet proposé ma pensée tout entière, avec cette franchise que donne le devoir accompli ; je viens, dans les mêmes sentiments, assurer Son Excellence de mon profond respect, et de mon entier dévouement.

    258Tout pour la France, et pour l’Empereur.

    MÉMOIRE DE JEAN-MARIE ROYER33. INSTITUTEUR À MOISDON (LOIRE-INFÉRIEURE)

    259Jean-Marie Royer, issu d’une famille de laboureurs, naît le 3 avril 1834 à Lusanger (arrondissement de Chateaubriant, Loire-Inférieure). Il entre à l’école normale de Rennes en 1852 et poursuit sa formation d’élève-maître jusqu’en 1855.

    260Instituteur dans l’arrondissement de sa naissance, à Moisdon, commune de 2 600 habitants et chef-lieu de canton, il est convaincu, par la circulaire de son inspecteur d’académie, de la nécessité de participer au concours ministériel34.

    261Son long et très riche mémoire de 35 pages, teinté d’anticléricalisme, sans suivre le plan suggéré par le ministère, présente d’abord sa situation professionnelle dans la commune, donne son point de vue sur le concours lancé par l’administration impériale et rappelle l’œuvre scolaire de Napoléon III. Un long développement est consacré à la défense des instituteurs laïcs, les congréganistes étant représentés comme moins compétents, peu aptes à défendre l’enseignement public et, surtout, opposants au régime impérial. De longues pages évoquent l’avancement de l’instituteur, le traitement trop faible, ainsi que l’amélioration des conditions de l’inspection et le développement des conférences pour les maîtres du primaire. Dans la dernière partie du manuscrit, Jean-Marie Royer analyse la fréquentation scolaire dans sa commune, plaidant pour une scolarisation précoce et demande l’adaptation de la maison d’école à l’évolution du nombre des élèves.

    262Ce mémoire donne une impression favorable à l’inspecteur primaire de Chateaubriant, Pierre Damy, qui écrit, le 9 avril 1861 :

    « M. Royer Jean-Marie, Instituteur à Moisdon, fait consister l’un des besoins de l’instruction primaire, au point de vue de l’école, dans sa direction par des laïques, à l’exclusion des congréganistes.
    Il propose de donner plus d’extension à la liste des gratuits ; d’accorder intégralement à l’instituteur pour son traitement fixe, les 3 centimes spéciaux et d’y ajouter un 4e centime.
    Il demande en outre qu’il soit établi des conférences générales pour les instituteurs ; mais il entre souvent dans des détails trop puérils.
    Il demande enfin que l’enseignement de l’agriculture soit mis au nombre des matières obligatoires.
    En somme, ce mémoire me paraît devoir être examiné.
    Assez bien, à conserver. »

    […]

    Extraits du mémoire

    263[…]

    Avertissement

    264Qu’on se figure un instituteur jeune encore, sorti depuis moins de six ans de l’École normale primaire, donnant des leçons dans ce mois à environ 110 élèves durant le jour, et à une vingtaine d’adultes le soir, cumulant avec cela les fonctions de secrétaire de la mairie d’une commune de 2 200 âmes35, mais qui a pourtant des honoraires encore trop faibles pour qu’il puisse payer un maître adjoint : telle est la position actuelle de l’auteur de ce mémoire.

    265Avec des occupations si multipliées, comment essayer de tracer un seul trait pour se mettre sur les rangs des nombreux concurrents qui, alléchés par l’espoir du gain, vont prendre part au concours, ouvert le 12 décembre 1860 dernier par S. Exc. M. le Ministre de l’Instruction publique ! « Mais, nous dira-t-on peut-être, vous pouvez encore disposer de certains moments, de quelques veilles ; et puis qui vous dit que vous n’obtiendrez pas une récompense sinon un prix, du moins une mention honorable ? »

    266Nous ne devons point nous bercer de ces illusions, car nous savons bien que ce n’est pas évidemment de notre tête, trop jeune et malheureusement trop peu expérimentée que doivent sortir ces sages et judicieuses observations, ces raisonnements clairs, justes et profonds, ces savantes dissertations, fruits du génie, de l’érudition et de l’expérience, et qui peuvent mériter à leurs auteurs les lauriers de la victoire.

    267Cependant, comme nous le fait fort bien observer, dans sa circulaire du 20 décembre dernier, M. Schmit, notre digne Inspecteur d’académie, comment ne pas accueillir avec une vive et respectueuse reconnaissance le nouveau témoignage de sollicitude que le gouvernement vient de donner aux membres de l’Instruction publique ? Comment ne pas nous efforcer de répondre, autant qu’il est en nous, à la pensée bienveillante de S. Exc. ?

    268Aussi, maintenant que nous sommes un peu débarrassés du surcroît d’occupation que nous donnait naturellement la mairie dans les 1ers jours du mois, nous nous empressons de nous mettre à l’œuvre, ne serait-ce que pour manifester notre reconnaissance envers le gouvernement et montrer à nos supérieurs que nous n’oublierons jamais que c’est surtout l’Instituteur qui doit donner l’exemple de la soumission et de l’obéissance et qu’en conséquence la bonne volonté sera toujours notre devise favorite.

    269À Moisdon, le 10 janvier 1861.

    Quels sont les besoins de l’instruction publique dans une commune rurale, au triple point de vue de l’école, des élèves et du maître ?

    270Cette question, que M. le Ministre a bien voulu poser aux instituteurs mêmes, a dû faire une profonde sensation parmi tous ces humbles et utiles fonctionnaires. Certes, Son Excellence aurait pu faire faire une enquête minutieuse sur ce sujet, sans recourir directement à eux ; mais il a voulu relever à leurs yeux leur propre dignité, et leur faire entendre de nouveau que le gouvernement dans sa constante et paternelle sollicitude, ne s’occupe pas moins du modeste maître d’école de campagne, que du premier fonctionnaire des plus grandes cités de l’Empire.

    271Si les Instituteurs doivent être fiers d’être l’objet de tant de sollicitude et d’une si haute confiance, ils doivent aussi, par leur zèle, leur dévouement, leur abnégation, travailler à s’en rendre de plus en plus dignes ; ils doivent prouver leur reconnaissance par leur sincère attachement à la dynastie impériale, à l’illustre famille de ce grand Empereur qui, à l’instar des Charlemagne et des Saint Louis dont il est le digne successeur, n’a pas seulement acquis une gloire immortelle en relevant la monarchie prête à sombrer dans le chaos anarchique d’un nouveau 93, en rendant la France l’arbitre de l’Europe qu’il a frappée d’admiration par les glorieux noms de Sébastopol et de Solférino36, mais surtout en s’occupant sans relâche des intérêts de tout son peuple ; en favorisant par tous les moyens possibles, le développement intellectuel des masses ; en protégeant, jusque dans les contrées les plus éloignées de l’Asie, le flambeau glorieux du catholicisme et de la civilisation37.

    272Tout autre gouvernement moins ami du progrès et moins constamment préoccupé des vrais intérêts populaires, surtout après ce qui a été fait pour l’instruction primaire, non seulement n’eût point soumis la question ci-dessus aux Instituteurs eux-mêmes, mais eût attendu longtemps avant de tourner de nouveau ses regards de ce côté.

    273Combien, sous tous les rapports, l’Instruction publique n’est-elle pas en effet plus prospère aujourd’hui qu’il y a dix ans ? On a édifié des maisons d’École même dans les plus petites localités ; les élèves et le maître respirent un air plus salubre et ont à leur disposition un local et un mobilier plus commodes ; des secours et des encouragements viennent annuellement raviver le courage de celui-ci et hâter les progrès de ceux-là, en stimulant leur application ; enfin, un grand nombre d’enfants indigents reçoivent le bienfait de l’instruction gratuite.

    274La durée du stage des élèves-maîtres ayant été prolongée d’un an à l’École normale et le programme de l’enseignement obligatoire restreint dans les justes limites38, les connaissances élémentaires, base de toute instruction solide et durable, sont mieux enseignées et plus en rapport avec le temps malheureusement trop court que passent à l’École les enfants des communes rurales.

    275L’enseignement élémentaire, surtout depuis la circulaire ministérielle du 20 août 1857, a dû être plutôt pratique que théorique, ce qui doit le rendre plus attrayant et plus utile aux enfants, et le faire mieux apprécier par les parents ; aussi est-il à désirer que tous les instituteurs adoptent l’idée fondamentale de cette circulaire, qui doit faire époque dans les annales de l’enseignement, et qu’ils en poursuivent résolument la réalisation.

    276Mais la preuve la plus frappante de la haute sollicitude du gouvernement pour le bonheur des instituteurs est, sans contredit, celle qu’il leur a donnée en leur garantissant un traitement minimum de 600 francs et en se chargeant de faire rentrer la rétribution scolaire par la voie des contributions directes : il les préserve ainsi de la misère qui les atteignait autrefois dans les petites localités, et leur ôte le désagrément d’aller tendre la main aux familles, pour en recevoir les modiques honoraires dont ils ont nécessairement besoin pour vivre.

    277Il faudrait un volume pour énumérer tout ce qui a été ainsi fait depuis dix ans en faveur de l’Instruction primaire. Or ce que nous venons de dire suffit pour montrer combien, sous ce rapport, le gouvernement impérial s’est acquis de droits à la reconnaissance populaire.

    278D’ailleurs les paroles suivantes que Napoléon III a voulu qu’on retrouvât dans ses œuvres, et qui sont dues à Napoléon 1 er, ne montrent-elles pas clairement que le souci continuel de l’auguste Souverain qui siège sur le trône, comme le disait récemment son digne ministre, est de multiplier sans relâche les moyens de l’instruction réclamés par les classes laborieuses, afin de perfectionner le fruit de leurs travaux par l’extension de leurs connaissances ? Voici ces paroles :

    « Il n’y a que les gouvernements qui veulent tromper le peuple, ceux qui veulent l’exploiter à leur profit, qui les tiennent dans l’ignorance ; car, plus un peuple est instruit et éclairé et plus la société est prospère, mieux elle est assise. »

    279Fidèle à cette pensée, le gouvernement trouve chaque jour quelque innovation à introduire dans cette importante partie de l’administration qui a pour but les progrès moraux et intellectuels du peuple, et il ne manque jamais de soulager en même temps quelque misère. C’est ainsi que même depuis l’ouverture du concours qui nous occupe, les instituteurs suppléants ont été assimilés aux communaux, puisqu’ils toucheront désormais le traitement minimum de 600 francs. Si cette mesure n’avait précédé la rédaction de ce mémoire, nous l’aurions demandée pour ceux de nos confrères qu’elle concerne, et cela nous amène naturellement à parler d’abord des besoins de l’Instruction publique au point de vue du maître.

    280Au prix où sont aujourd’hui les comestibles et les combustibles, il est en effet notoire que 500 francs sont insuffisants pour faire vivre une famille de deux ou trois personnes, comme le sont celles de beaucoup d’Instituteurs suppléants ; la dernière faveur qu’ils viennent de recevoir, était donc bien opportune […]

    281En général, l’enseignement est moins bien donné dans les écoles congréganistes que dans les écoles dirigées par des instituteurs laïques. Aussi, malgré la pression qu’exercent en faveur de celles-là MM. les curés sur les familles, nous voyons fréquemment des enfants les quitter et préférer faire plus de chemin pour aller dans les écoles laïques. Au reste, nous connaissons personnellement deux de nos confrères, qui ont appartenu autrefois à des congrégations, lesquels nous ont assuré qu’ils recevaient pour mission de former moins de savants possibles, et par conséquent de ne pas trop éclairer les populations laborieuses. On le voit, c’est une opposition secrète et formelle aux vues générales du gouvernement de l’Empereur. Voilà les progrès intellectuels des populations.

    282Voyons quels seront les progrès moraux qui résultent de la substitution d’un Instituteur congréganiste à un Instituteur laïque dans une commune rurale, où après le curé, c’est le maître d’école qu’on regarde souvent encore comme le plus instruit et le plus digne d’être imité. D’abord, il est impossible qu’on se modèle sur un frère qui a pour ainsi dire rompu avec les habitudes sociales ; il est regardé avec raison comme un homme tout à fait exceptionnel, dont les vertus mêmes ne peuvent servir de règle à la multitude. Qu’il enseigne, par la parole et l’exemple, la pratique des bonnes œuvres, et l’on se contentera de dire : « Son ordre, son caractère, ses habits, tout l’oblige à parler et à agir ainsi ; mais tout le monde n’est pas forcé, pour être honnête, de se conduire comme les moines. » […]

    283Nous croyons que la loi devrait être moins facile sur ce point, car cette latitude encourage beaucoup de MM. les curés à déprécier, aux yeux des parents, la conduite d’Instituteurs laïques souvent dignes de leur confiance, dans la pensée de leur substituer des frères ; ce qui engendre des inimitiés dans les communes où l’union et l’entente seraient même une cause de prospérité, et pour l’enseignement et pour la religion aussi.

    284Au reste, il convient d’inculquer dans la mémoire des populations l’amour de leur patrie ; l’honneur qu’il y a à la bien servir dans toutes les professions, la nécessité imposée naturellement à tous les citoyens de la défendre contre ses ennemis intérieurs et extérieurs, la reconnaissance enfin envers l’Empereur, qui s’efforce d’améliorer chaque jour le sort de toutes les classes de la société, envers son auguste famille, envers ces hommes éminemment dévoués à la prospérité de la France, et qui ont été appelés par le gouvernement à partager les durs soucis de l’administration de l’Empire.

    285Or, nous croyons que les frères sont peu aptes à inspirer ces nobles sentiments à leurs élèves, parce qu’ils n’en sont pas pénétrés eux-mêmes. Ils devraient pourtant être bien reconnaissants envers un gouvernement qui leur accorde une grande protection, qui leur garantit par exemple l’intégrité du traitement de 600 francs, sinon à eux, du moins à leurs communautés souvent très riches, ou aux curés chez lesquels se retirent les frères, sans leur en faire subir les conséquences, comme la retenue du 20e, ce qui est encore une perte pour le Trésor. Ils semblent aussi former, et ils le font en effet, une classe à part dans le corps enseignant. Ils se disent charitables, et ils viennent ravir le pain que beaucoup de pères de familles seraient heureux de pouvoir gagner avec plus de dévouement qu’eux.

    286Eu égard à ces considérations, nous conseillerions volontiers au gouvernement, si cela nous était permis, de s’efforcer d’arrêter l’extension toujours croissante des Instituteurs congréganistes parmi les crédules populations des campagnes, sous peine de voir stationner les progrès de l’enseignement public.

    287Qu’on ne croie pas pour cela que nous soyons le moins du monde opposé à la religion : la meilleure preuve du contraire, c’est que nous contribuons personnellement à faire entrer un membre de notre famille dans le sacerdoce catholique. Seulement, nous voudrions la voir dégagée de toute partialité.

    288Nous en revenons aux maîtres en général, et nous nous plaisons à répéter que pour soutenir leur ardeur, on ne saurait trop les entourer de protection ; on a d’ailleurs qu’à continuer la voie si bien inaugurée par le rétablissement de l’Empire, c’est-à-dire accorder aux Instituteurs le plus d’avancement possible, leur en accorder proportionnellement à leur conduite, à leurs services, à leurs talents et à leurs efforts. Nous croyons que le chiffre de 600 francs est assez élevé pour les années de début de beaucoup de jeunes instituteurs, de conduite et de capacité médiocres, et qui n’ont pas encore de famille à faire vivre ; mais il faut leur laisser entrevoir l’avancement futur, s’ils s’efforcent constamment de répondre aux sacrifices de l’État, et d’en suivre les vues bienfaitrices, si leur enseignement est en un mot conforme à la circulaire précitée du 20 septembre 1857 […]

    289Examinons maintenant comment on pourrait procurer beaucoup d’avancement aux Instituteurs. Pourquoi, dans une commune populeuse de 1 500 à 2 000 habitants par exemple, l’Instituteur se fait-il un traitement souvent si minime ? […]

    290On sait quelle diversité il règne dans la population, l’étendue, la richesse des communes de chaque département ; eh bien ! il y aurait toute la variété désirable dans les traitements d’Instituteur, s’ils étaient proportionnels à ces différences. Nous voulons parler ici principalement du traitement fixe. Il est regrettable que souvent les communes les plus populeuses, profitant de la trop grande latitude que leur laisse peut-être la loi dans l’allocation du traitement fixe, ne votent que les deux cents francs obligatoires39, tandis qu’à leurs recettes, le produit des trois centimes d’imposition s’élève quelquefois à plus de trois cents francs ; il est de 290 francs à Moisdon, où l’on pourrait en conséquence voter 90 francs de plus qu’on ne fait […]

    291Nous demanderions volontiers que non seulement le produit des trois centimes spéciaux sur les contributions fût affecté de droit et intégralement au traitement de l’Instituteur, mais même qu’on augmentât d’un centime cette imposition extrêmement utile à la prospérité de l’Instruction publique, un centime serait peu de chose pour les contribuables, parce que la plupart en recevraient indirectement les conséquences dans l’éducation de leurs enfants ; mais ce serait beaucoup pour l’enseignement primaire, surtout si cette imposition était appliquée en entier au traitement de l’instituteur. Beaucoup d’enfants, dont les parents allèguent leur peu d’aisance pour expliquer pourquoi ils ne les envoient pas davantage à l’école, pourraient être mis sur la liste des indigents ; dans tous les cas, les élèves gratuits pourraient être admis plus tôt et plus longtemps à l’École.

    292Les honoraires de l’Instituteur augmentant avec le nombre de ses élèves, il pourrait disposer de quelques secours pour se faire aider, soit par un maître-adjoint, soit par un de ses élèves qui attendrait son âge pour entrer dans l’enseignement ou dans toute autre profession spéciale ; mais dans l’un et l’autre cas, pour qu’il trouve un secours efficace, il faudrait qu’il emploie l’intérêt, qui est le grand mobile des nations humaines. La mesure que nous proposons aurait pour effet immédiat d’améliorer tellement le traitement des Instituteurs que presque toutes les petites communes atteindraient d’elles-mêmes le traitement minimum de 600 francs, en joignant tout le produit des centimes de la rétribution scolaire […]. On conçoit qu’il resterait ainsi au fisc des ressources qui seraient utilement appliquées à être données comme encouragement aux Instituteurs qui auraient mérité de l’avancement sans vouloir changer de place ; à soulager les plus nécessiteux et les familles des Instituteurs morts ou mis, par la maladie, hors d’état de continuer leurs fonctions. Ces ressources seraient encore utilement employées à la construction de maisons d’École dans le petit nombre des communes qui n’en ont pas encore, et aussi à l’agrandissement des classes qui sont pour la plupart insuffisantes aujourd’hui, comme nous le dirons plus tard.

    293Quant aux traitements des maîtres, améliorés de cette façon, ils offriraient à MM. les Inspecteurs une suite d’avancements successifs à donner aux instituteurs, ce qui leur permettrait de les tenir pour ainsi dire toujours en haleine […]

    294Nous ne devons rien dire sur l’inspection des classes de campagnes, ce serait peut-être sortir de notre sujet. Qu’il nous soit seulement permis de former le vœu que l’administration, chargée d’ailleurs de pourvoir aux paiements des frais de tournée de MM. les Inspecteurs, mette aussi à leur disposition un véhicule qui puisse les transporter le plus promptement possible d’une commune quelconque à une autre. Ces utiles actifs et dévoués fonctionnaires pourraient exercer par là une surveillance encore plus active et plus indépendante de l’atmosphère et des moyens ordinaires de transport qui existent dans chaque localité ; ils pourraient, quand bon leur semblerait, présider à l’entrée et à la sortie des classes de leurs ressorts respectifs, etc.

    295On se figure pas assez le temps précieux que ces Messieurs perdent à marcher d’une commune à l’autre, eux qui ont des devoirs si nombreux et si importants à remplir, et à quelles fatigues ils sont exposés dans les communes qui n’ont pas de débouchés, et où il faut traverser des chemins impraticables, souvent par une pluie battante40. Au reste, ne convient-il pas de leur gagner le plus de temps possible, puisque leurs fonctions sont si importantes ? Et puis, comme les Instituteurs seraient exacts, comme ils se tiendraient sur leur garde, s’ils savaient que lors même que leur classe a été inspectée naguère, M. l’Inspecteur peut à chaque instant leur tomber sur le dos, comme on le dit vulgairement !

    296Depuis que nous avons M. Schmit pour Inspecteur d’académie et M. Poulain pour Inspecteur d’arrondissement, après que toutes les écoles d’un canton ont été inspectées, M. Poulain nous réunit en conférences au chef-lieu de canton ordinairement, et là il nous donne les avis les plus salutaires sur tout ce qui a rapport à notre profession. Il nous signale, dans ces réunions, avec cette sagacité qui lui est commune, tout ce qu’il a remarqué, (dans une ou quelques écoles du canton) de louable ou de réformable, de bien ou de mal, d’imitable ou de défectueux, sans toutefois nommer ceux à qui s’adressent les reproches, de sorte qu’on peut facilement se reconnaître, sans avoir une trop grande mortification, aussi l’on ne s’aigrit point et l’on fait partout de vrais efforts pour se conduire et agir comme l’a dit M. l’Inspecteur ; l’on compare sans relâche sa classe avec le modèle dont on a entendu tracer le portrait à la conférence, cela afin de ne pas se trouver compris dans les réprimandes de la prochaine réunion. Nous sommes persuadés que cette heureuse innovation est destinée à produire de très bons effets dans la direction de nos écoles rurales et dans la conduite des maîtres.

    297On ne pourrait leur désirer qu’une qualité de plus, c’est qu’elles fussent de temps en temps plus générales ; qu’elles pussent faire connaître le mérite personnel, la capacité et le talent surtout pédagogique qu’un maître zélé et laborieux peut acquérir d’une année à l’autre, soit par l’habitude de bien enseigner, soit par son travail particulier.

    298Pourquoi le corps enseignant comme l’a dit S. Exc. « aujourd’hui si important, et par son nombreux personnel et par l’influence très grande qu’il peut exercer », n’aurait-il pas aussi, à l’instar du clergé, par exemple, ses réunions générales que nous pourrions nommer retraites pédagogiques ; et où chaque membre irait rallumer son courage au foyer embrasé par le rapprochement d’un grand nombre de flambeaux d’où chaque Instituteur irait annuellement rafraîchir ses forces morales au contact de ses supérieurs, de ses confrères, de ses amis ? À ces conférences, se formeraient d’abord, entre les Inspecteurs et les Instituteurs, ces liens de bienveillant intérêt et de confiant abandon ; et entre les Instituteurs, ces liens d’estime et d’affection qui devraient faire de tout le corps enseignant un véritable faisceau plus difficile à rompre, parce qu’il agirait dans un même sens et pour les mêmes fins en employant les mêmes moyens, ce qui produirait des effets infiniment plus grands et plus profitables que s’il n’y avait pas d’ensemble […]

    299Ces conférences se tiendraient au chef-lieu de chaque arrondissement ou, mieux encore, pour plus d’ensemble, au chef-lieu de département, parce qu’elles pourraient être présidées par les Inspecteurs d’académie, aidés des Inspecteurs primaires. Elles auraient lieu au moment des vacances et pourraient très bien coïncider avec la réunion annuelle des membres de la société de secours mutuels, établie presque dans tous les départements […]

    300Pour que ces conférences produisissent un bon effet, il faudrait qu’il pût être servi à tous ceux qui y prendraient part, au moins une fois chaque jour, un repas en commun, soit à l’école normale primaire, où il en existe, soit au lycée impérial, et on devine facilement l’entrain que cela donnerait à ces réunions pédagogiques : c’est de cette manière, surtout qu’on les ferait supporter sans murmure à tous les Instituteurs. Dans tous les cas, plusieurs morceaux de musique préparés à l’avance seraient chantés pendant la durée des conférences, pour donner aux maîtres le goût de cet art délicieux, qui peut lui seul adoucir les mœurs grossières des habitants de la campagne ? En effet, si le chant musical en chœur était cultivé dans les communes rurales, les jeunes gens assisteraient aux offices religieux les dimanches en plus grand nombre qu’ils le font, ce qui les empêcherait d’aller dans les cabarets s’habituer dès l’adolescence au libertinage. Au reste, il serait à désirer, dans l’intérêt du pays tout entier, que chaque instituteur pût faire une école gratis de chant et même de musique le dimanche […]

    301Il importe de montrer aux populations que la culture des terres est l’objet des préoccupations des hommes instruits et sensés ; or il faut que les instituteurs n’y soient forcés pour qu’ils s’occupent sérieusement de cet enseignement, qui n’est donné aux élèves que dans très peu d’écoles, malgré toutes les récompenses qu’on a déjà accordées aux Instituteurs à cet égard. C’est ainsi que récemment à propos d’un concours où l’on nous avait seulement fait l’honneur de nous décerner une médaille de bronze, un confrère nous disait pour se consoler de n’avoir obtenu qu’une mention honorable : « je ne m’en suis occupé que pendant quinze jours ». On conçoit qu’il est bien facile de faire faire ces cahiers aux élèves et se passer d’enseigner cette matière utile, tant que les élèves ne seront pas interrogés par M. l’Inspecteur.

    302Enseignement de la musique et de l’agriculture, voilà deux choses qui peuvent d’ailleurs assurer la prospérité de l’instruction publique ; l’une la fera aimer, l’autre la fera apprécier. Nous regrettons infiniment de n’avoir pas plus de temps pour nous étendre un peu sur ce sujet […]

    303Nous ne sommes pas de ceux qui font cette question : « Pourquoi le gouvernement demande-t-il tant de renseignements statistiques en agriculture par exemple ? » Parce que nous comprenons que cela même prouve sa sollicitude pour le bien des peuples. En effet, c’est par les calculs et les comparaisons qu’on arrive à voir mieux ce qu’il serait à propos de faire sur tel ou tel point de l’administration gouvernementale.

    304Ainsi, au mois de décembre dernier, en remplissant la dernière page de notre registre matricule, nous avons été frappé de voir que sur 144 enfants qui ont passé dans notre école en 1860, il n’y en a seulement un de moins de 7 ans et très peu qui soient âgés de moins de 9 ans. Nous avons vu pourtant plusieurs fois un élève de 7 ans nous arriver le même jour que des élèves de 10 à 11 ans ; or, nous voyons journellement celui-là avancer aussi vite que ceux-ci en instruction. Nous avons souvent observé aussi que les enfants les plus jeunes qui commencent à fréquenter la classe, sont ceux qui se plient le plus facilement à la discipline de l’École, et qui croient le mieux ce qu’on leur dit. Cela se comprend facilement. On peut comparer l’enfant à un arbre ; plus il est jeune, plus il est facile de le ployer, de le redresser et de le diriger vers le bien. Plus les habitudes grossières, impolies, de désordre et de désœuvrement seront profondes, plus il sera difficile de les déraciner […]

    305Nous le savons, il y a déjà des Instituteurs, qui en opposition à leurs propres intérêts et à ceux du progrès intellectuel des enfants, conseillent aux parents de ne pas les envoyer avant d’avoir atteint l’âge de 9 à 10 ans ; ils disent que ces petits marmots dérangent leur classe. Ce raisonnement ne peut-être provoqué que par le manque d’un local convenable où l’on peut varier assez les exercices pour ne pas être contraint de faire rester ces jeunes enfants inactifs et presque inoccupés une partie du jour ; et les maîtres qui raisonnent ainsi ne savent peut-être pas aussi se servir au besoin, des procédés tirés du mode mutuel qui leur sont indispensables dans l’enseignement simultané d’une classe un peu nombreuse.

    306À Moisdon, par exemple, quoique nous avons une maison bâtie depuis moins de 12 ans, la classe, qui est déjà insuffisante (elle n’a que 50 mètres carrés, soit en moyenne 2 m2 à 2.50 m2 par élève), le serait bien d’avantage si tous les enfants depuis 7 à 13 ans allaient à l’école. On voit donc qu’on devrait commencer par agrandir la plupart des classes, qui ont presque toutes été construites trop petites. Quant à nous, nous sommes obligés d’envoyer presque journellement une division prendre des leçons orales hors de la classe, dans la cour, ou dans nos propres appartements, quand le temps est mauvais ; nous ne voyons pas d’autre moyen par lequel nous puissions obtenir des résultats comme nous le désirons, et comme le demandent les parents. Combien il serait plus agréable d’avoir une autre pièce attenante à la classe principale et qui n’en serait séparée que par une cloison ou une porte vitrée ! […]

    307Nous sommes forcés de terminer ici notre travail, car c’est aujourd’hui qu’il nous faut adresser ce court mémoire à M. l’Inspecteur d’académie. Continuellement dérangé par nos occupations quotidiennes, les jours de classe et les jours de congé, par les travaux de la mairie, qui ont même été plus nombreux dans ce mois que nous l’aurions cru, on conçoit facilement pourquoi nous n’avons fait qu’une élucubration fort médiocre, nous aurions peut-être pu mieux faire, si nous n’avions point été obligé d’interrompre à chaque instant le cours de nos idées. D’ailleurs, la rigueur de la saison, et la fatigue qui nous attendait le lendemain, nous ont souvent empêché de prolonger nos veilles comme nous l’aurions voulu ; en sorte que nous avons dû consigner ici beaucoup de phrases sans même pouvoir les faire passer par le creuset d’un brouillon […]

    308Nous nous plaisons à rapporter, en terminant, toutes ces circonstances, parce qu’elles expliquent pourquoi notre travail ne répond pas à la bonne volonté qui nous anime.

    309Fin.

    MÉMOIRE DE LOUIS LOTE41. INSTITUTEUR À QUÉVEN (MORBIHAN)

    310Né à Vannes, le 14 juin 1835, Louis Lote est, en 1860, un jeune maître, ayant une expérience de sept ans dans l’enseignement primaire. Sans formation normalienne, il devient instituteur et, au moment du concours ministériel, exerce dans la commune de Quéven, peuplée de 2 153 habitants42 et située dans le canton de Pontscorff (arrondissement de Lorient).

    311Son mémoire, structuré en trois parties, compte treize pages. Louis Lote présente d’abord la situation de son école en 1860, ainsi qu’une description de sa classe. Dans la deuxième partie, il évoque la condition des élèves. Il prescrit un solide enseignement, encourageant le maintien des enfants à la campagne, et traite de la question de la langue bretonne, qui doit s’effacer devant la langue nationale.

    312La fin du mémoire est l’occasion de préconiser une nouvelle organisation du corps des instituteurs et d’évoquer sa situation familiale, peu favorable à l’espoir d’un bon mariage ! !

    313En avril 1861, l’inspecteur primaire de Ploërmel et de Napoléonville, Jean-Jacques Lorans, envoie à l’inspecteur d’académie du Morbihan une appréciation défavorable :

    « La première et la deuxième partie du mémoire de l’Instituteur de Quéven renferment des considérations assez justes. Elles sont cependant prises à un point de vue tout local et ne sont point suffisamment généralisées.
    La troisième partie est aussi toute personnelle, et le projet de répartition en classes des Instituteurs publics ne saurait être admissible ainsi qu’il est proposé, les ressources communales étant trop bornées.
    C’est un mémoire que je classe avec l’annotation, médiocre. »

    Extraits du mémoire

    1re partie

    École

    314Il faudrait avoir un local convenable, aéré, assez grand pour pouvoir contenir un vingtième de la population de la commune et peut-être plus, car le nombre des élèves augmente journellement, du moins c’est ce que je vois à Quéven et dans les communes voisines ; il y a cinq ans, à mon arrivée ici, Quéven (commune de 2 000 habitants) avait 25 élèves ; en 1860, 107 élèves ont fréquenté ma classe et pendant aucun mois de l’année je n’ai eu moins de 85 et j’ai presque toujours eu plus de 90 ; aussi ma classe qui était très grande pour 25 élèves, vaste même (longueur 10 mètres, largeur 6 mètres […], hauteur 3,70 m : 222 mètres cubes) ce qui ne donne pas 2 mètres cubes et demi d’air par élève, quantité insuffisante pour y maintenir une atmosphère respiratoire salubre, nuisible par conséquent aux enfants qui, très souvent, arrivent mouillés et, y séjournant dans cet état, provoquent, surtout pendant l’hiver, avec la chaleur du poêle et les portes fermées, des émanations méphitiques pernicieuses à de jeunes organismes habitués au grand air des champs, et dangereuses à l’Instituteur, obligé de vivre en quelque sorte dans ce milieu vicié.

    315La surface étant de 60 mètres (10 m sur 6), l’espace réservé à chaque élève n’est que de soixante et quelques décimètres carrés. Cet espace, complètement occupé par les tables et les bancs permet bien d’y maintenir sur place 90 ou cent élèves ; mais dès qu’il s’agit de circuler autour d’eux, soit pour corriger leurs devoirs, soit pour autre chose, et de leur faire exécuter un mouvement quelconque relatif aux phases de l’Instruction partielle, ou par divisions de catégories, par groupes distincts suivant leurs capacités, il en résulte une confusion telle que je perds un temps précieux à les réunir et à les caser autour du tableau spécial à chaque groupe où ils sont rangés en cercle ; et cela occasionne un trouble peu profitable aux élèves qui n’ont pas à y prendre part.

    316Il importerait en conséquence que l’École fût agrandie de manière à donner les facilités qui y manquent, et dans un intérêt hygiénique incontestable, doubler au moins, si on ne peut la tripler, la capacité cubique.

    317Ce que je viens de constater pour l’école de Quéven doit exister, ou existera sous peu, pour toutes les écoles rurales ; le nombre des élèves ayant doublé, triplé et même quadruplé dans presque toutes ces écoles, il s’ensuit que presque toutes les classes sont beaucoup trop petites.

    318Il faudrait aussi avoir un bon matériel solide et commode, quelques communes le possèdent ; mais beaucoup n’ont qu’un matériel insuffisant ou défectueux.

    319Une chose indispensable à une école, c’est un nécessaire métrique, le prix en est trop élevé (60 ct) pour que l’Instituteur puisse l’acheter. Peu de communes ont assez de ressources pour se le procurer et, cependant, sans le nécessaire métrique, il est impossible à l’instituteur d’apprendre le système métrique à des enfants qui ne restent pas plus de trois ou quatre ans à l’école.

    320Toute école devrait posséder une bibliothèque. L’Instituteur tâcherait d’inspirer le goût de la lecture à ses élèves qui, lorsqu’ils auraient quitté l’école au lieu de passer le dimanche au cabaret, comme ils le font trop souvent, prendraient un volume ou deux à la bibliothèque et passeraient ainsi leur temps d’une manière beaucoup plus utile et plus agréable ; cette bibliothèque leur servirait également pendant les longues soirées de l’hiver, soirée qu’ils passent à présent dans l’oisiveté la plus complète.

    321Il importerait également qu’une école fût pourvue de cartes géographiques […]

    2e partie

    Élèves

    322Il faudrait que toute classe reçût une couche de blanc deux fois par an, les élèves en rentrant chez eux verraient la différence frappante qu’il y aurait entre la classe et leurs habitations, différence toute à l’avantage de l’école ; ce serait alors avec un plaisir toujours nouveau qu’ils rentreraient en classe et il est probable que ces premières impressions de leur jeunesse les frapperaient tellement que, rendus à l’âge viril et devenus à leur tour pères de familles, ils éprouveraient le besoin de jouir, dans leurs habitations, d’un air aussi pur et d’une propreté pareille à celle de la classe.

    323Toute maison d’école devrait avoir une cour, ou jardin de récréation ; il est facile d’en comprendre l’importance. Les élèves, pour la plupart, sont trop éloignés du bourg pour aller dîner chez eux à midi ; ils emportent donc un morceau de pain et ils sont obligés d’aller le manger sur la voie publique, seul endroit où ils puissent se retirer pendant l’intervalle des classes. L’Instituteur ne pouvant les y surveiller, il devient impossible de les soustraire à des contacts qui peuvent leur faire contracter de mauvais penchants.

    324Il serait désirable qu’un champ fût attaché à chaque école. Là, l’Instituteur initierait ses élèves aux meilleurs procédés de culture et, rendus à la vie des champs, ils feraient chez eux ce qu’ils auraient vu faire à l’instituteur […]

    325Malgré le peu de temps que les enfants passent à l’école, la génération actuelle commence généralement à parler français. Notre langue était, on le sait, inusitée il y a dix ans dans nos campagnes bretonnes et inintelligible à la génération qui passe et à celle qui l’a précédée, si ce n’est aux hommes rentrant du service, lesquels affectaient même de l’oublier complètement.

    326Quel résultat immense n’obtiendrait-on pas pour la civilisation et le perfectionnement moral des cultivateurs si l’influence gouvernementale tendait davantage (et les sages et bienveillantes dispositions de Son Excellence en sont la preuve) à exciter parmi nos populations rurales le goût et à leur faire sentir le besoin de la pratique pour ainsi dire exclusive de notre langue nationale, qu’il importe, ici plus que partout ailleurs, de propager, de vulgariser à l’aide de maîtres zélés, infatigables et dévoués.

    3e partie

    Instituteurs

    327La condition des Instituteurs a semblé à son Excellence, Monsieur le Ministre de l’Instruction publique et des Cultes, assez intéressante pour qu’il daignât recourir à eux pour l’éclairer à ce sujet ; puisse son Excellence prendre en sérieuse considération leur situation des plus fausses par rapport à la masse de la population qui est loin de l’envier, comme on le sait […]

    328En répartissant les instituteurs selon les localités et l’importance de leur population, ou la disposition à suivre les cours d’enseignement (ce qui heureusement existe dans cette commune), en les divisant en cinq classes, on devrait les rétribuer comme suit :

    329 5 e classe 1 000 francs. Le traitement se décomposerait de la manière suivante : traitement fixe 600 francs, rétribution scolaire si elle ne complète pas les 1 000 francs, la commune, le département ou l’état ferait ce qui manquerait. Si l’Instituteur faisait plus de 400 francs de Rétrib. scolaire, il est bien entendu que le surplus lui appartiendrait.

    330 4 e classe 1 200 F. Traitement fixe 750 F

    331 3 e classe 1 500 F. Traitement fixe 950 F

    332 2 e classe 1 800 F. Traitement fixe 1 150 F

    333 1 re classe 2 000 F. Traitement fixe 1 350 F

    334Dans ces quatre classes, si la rétribution scolaire ne complétait pas le traitement affecté à la classe, la commune, le département ou l’état compléterait également cette somme, et si l’Instituteur faisait davantage elle lui appartiendrait également.

    335La division se ferait de la manière suivante :

    336un cinquième des Instituteurs de 5e classe

    337trois cinquièmes entre la 4e et la 3e.

    338un dixième de 2e.

    339et l’autre dixième de première classe […]

    340Là se borne l’exposé de ce mémoire qu’il n’est pas nécessaire d’amplifier davantage quoique les éléments en soient aussi abondants que les besoins des Instituteurs sont urgents.

    341Me sera-t-il permis, cependant, de terminer par des considérations qui me sont toutes personnelles, considérations sur lesquelles mes collègues s’appesantiront peut-être plus largement que je n’ose le faire.

    342Je suis l’aîné de sept enfants. Je me suis adonné à l’enseignement à 18 ans, j’en ai 25. Ma santé est loin d’être parfaite. Elle serait meilleure si l’espace et l’air m’étaient dispensés plus généreusement ; aussi je ne réclame pas seulement une cour pour mes cent élèves, je réclame en outre un jardin pour moi.

    343Mon traitement me donne à peine le strict nécessaire confiné dans un centre qui offre peu de ressources pour les fréquentations sociales et convenables à la position exceptionnelle qui m’est faite. Il est bien naturel que j’aspire à me créer un intérieur de famille. Quelles espérances y apporterais-je avec mes minimes émoluments ? Que dois-je attendre d’une alliance peu fortunée au-dessus de laquelle il ne m’est pas permis de prétendre ? Son Excellence peut y faire une réponse péremptoire en améliorant cette condition ; aussi, c’est avec confiance et abandon que nous tous, pauvres instituteurs, lui ouvrons notre cœur et lui livrons notre vie de missive et d’abnégation dans l’espérance que sa justice paternelle nous viendra en aide ; et la sollicitude du ministre du Monarque le plus éclairé de l’Europe et le plus soucieux du bien-être des classes honnêtes et en quelque sorte déshéritées, ne fera pas défaut à l’humble et modeste Instituteur appelé à rendre des services incontestables à la société des campagnes de notre chère et belle France ! Honneur au Ministre qui veut se rendre l’écho direct de nos souffrances pour y apporter un salutaire et honorable remède.

    344L’avancement pour les Instituteurs devrait être réglé de la manière suivante : un tiers à l’ancienneté de service ; deux tiers d’après le nombre des élèves et d’après les résultats obtenus ; si l’avancement était donné au concours, l’Instituteur capable n’aurait pas besoin de se donner de mal pour instruire ses élèves, étant toujours sûr, au premier concours, de passer à une classe supérieure.

    MÉMOIRE D’ANDRÉ HAMON43. INSTITUTEUR PUBLIC À ETRICHÉ (MAINE-ET-LOIRE)

    345Né aux Ponts-de-Cé, le 7 mai 1834, André Hamon est élève-maître à l’école normale d’Angers à partir de 1851. Instituteur du Maine-et-Loire, sous le Second Empire, il exerce à Etriché, commune de 1 229 habitants, dans le canton de Durtal et l’arrondissement de Baugé.

    346À l’occasion du concours, le mémoire de treize pages qu’il adresse à l’administration respecte la forme en trois parties (classe, élèves, maître). Le nombre de thèmes traités en fait un manuscrit très riche. Sur la question des locaux, il souligne l’importance de l’exposition et de l’aération. La partie dédiée aux élèves lui permet de proposer la séparation des élèves selon l’âge. Il préconise l’unité de l’enseignement par l’abonnement obligatoire des maîtres à la presse professionnelle, le développement de l’enseignement civique et le développement des bibliothèques. La dernière partie consacrée aux maîtres insiste sur la rupture de 1850, avec la reprise de l’influence du clergé et la décadence de la formation des maîtres. L’ensemble du manuscrit dénote un incontestable esprit d’indépendance, en particulier à l’endroit de la hiérarchie administrative.

    347En avril 1861, l’inspecteur primaire de Cholet, Jean-Baptiste Spal, rédige une appréciation défavorable :

    « Idées justes mais incomplètes de l’établissement des bâtiments scolaires. L’Instituteur ne dit rien des besoins intellectuels et moraux des élèves. On ne saurait le suivre dans son appréciation de la position des maîtres, dont il demande du reste le classement au point de vue de l’avancement.
    Le mémoire entier est rédigé dans un style qui laisse beaucoup à désirer dans la forme. Mauvais (à éliminer). »

    Extraits du mémoire

    Première partie

    La classe

    348Je voudrais tout d’abord que les architectes des classes fussent les inspecteurs et non un architecte quelconque ou le premier maître venu d’une commune rurale […] Ce principe admis, voyons quels sont les moyens que l’on devra employer à l’avenir pour déterminer les communes, ou les forcer, le cas échéant, à avoir des classes présentant les conditions en longueur, largeur, hauteur, exposition, clarté et ventilation. Pour y arriver, il faut que dans chaque département, chaque inspecteur dans sa circonscription classe en trois catégories les écoles qu’il est chargé de visiter :

    1. Les classes qui sont très bien,
    2. celles qui ont besoin d’agrandissement ou de réparations,
    3. celles qui doivent être entièrement reconstruites à neuf.

    349Aussitôt le rapport des inspecteurs dressé, le Préfet mettrait en demeure les communes de réparer ou reconstruire les classes dans un délai déterminé […]

    350Le projet d’acquisition de terrain devra être soumis à l’Inspecteur qui se rendra sur les lieux pour en examiner s’il est assez vaste pour servir à l’établissement des classes, cours de récréations et logement de l’Instituteur. Je dirai que la surface à acquérir ne devra jamais être inférieure à seize ares44.

    351Combien à notre époque n’a-t-on pas à déplorer l’exiguïté du jardin de l’Instituteur. Cependant de nos jours on engage beaucoup le corps enseignant à s’occuper d’agriculture et d’horticulture. Je demanderai à l’autorité, si elle donne aux instituteurs les moyens de mettre en pratique les leçons qu’elle prêche ? Je répondrai affirmativement non. Qui veut la fin, veut les moyens ; donc pour que l’instituteur enseigne l’agriculture et l’horticulture, il lui faut un jardin suffisamment grand pour qu’à la théorie, il y joigne la pratique.

    352Je voudrais que la classe fût séparée du logement de l’instituteur et formât un bâtiment à elle seule […] La forme de la classe devra toujours être celle d’un rectangle dont le grand côté sera le double du plus petit ; elle devra être parquetée et plafonnée ; la hauteur du plafond au-dessus du parquet devra être au moins de quatre mètres […] La capacité cubique devra toujours être calculée sur la quantité d’élèves qui fréquentent la classe pendant l’hiver et être telle que chaque élève ait quatre mètres cubes d’air à respirer par classe.

    Exposition de la classe

    353L’exposition de la classe devra être telle que l’un des côtés du grand rectangle soit tourné au midi, l’autre au Nord et la porte d’entrée dans le côté du petit rectangle qui regarde l’Est.

    354Voici les motifs qui m’ont déterminé à choisir cette exposition de préférence à tout autre. Dans nos contrées de l’ouest de la France, à laquelle appartient l’Anjou, l’expérience a démontré que l’exposition la moins convenable à donner à une maison était de placer sa façade à l’ouest […]

    355Les croisées seront disposées parallèlement au midi et au nord ; celles qui regardent le midi sont celles qui donnent la vie à la classe. En hiver, le moindre rayon de soleil vient échauffer le parquet et semble raviver les idées et la vigueur de l’Instituteur. En été, des jalousies mouvantes tempèrent la chaleur trop forte et font répandre dans la classe une lumière moins vive et moins éclatante qui semble engager les élèves au silence.

    Aération

    356Quel est celui qui en entrant dans une classe une heure après que les élèves y sont entrés n’a senti un air chaud imprégné de miasmes méphitiques et délétères qui fait dire aux personnes non accoutumées à ce genre de vie : comment fait l’instituteur pour vivre dans une atmosphère semblable ?

    357Jusqu’ici, l’académie ne s’est pas assez occupée de renouveler l’air vicié des classes. Il vient d’être tout récemment nommée à Paris une commission ayant pour but de chercher le moyen de ventiler les salles de spectacle de la capitale. Pourquoi cette commission ou une autre ne serait-elle pas chargée par le gouvernement de trouver pour les classes un bon système de ventilation ? Selon moi, cette commission aurait tout aussi bien sa raison d’être que la première.

    Deuxième partie

    Les élèves

    358[…] Puisque l’habitude d’envoyer les enfants à l’école dès le plus bas âge est passée dans nos mœurs, cherchons le moyen le plus convenable pour débarrasser l’instituteur de la partie la plus fatigante de son fardeau.

    359Je proposerai l’annexion, à l’école de l’Instituteur, d’une salle d’asile réunissant les enfants des deux sexes dont la direction sera confiée à la femme de l’instituteur ou, mieux encore, à l’institutrice. L’instituteur se trouvant déchargé de la partie la plus turbulente de sa classe pourra consacrer plus fructueusement son temps à l’instruction des élèves avancés.

    360Il existe dans quelques départements, et en Maine-et-Loire en particulier, un usage obligatoire qui force les instituteurs à préparer la veille les leçons et les devoirs que les élèves doivent faire le lendemain et les consigner sur un journal de classe. Depuis quelque temps, le Journal des Instituteurs a pris à tâche de publier dans chaque numéro le travail tout préparé que l’Instituteur devra enseigner à ses élèves pendant la semaine. L’initiative prise par ce journal me paraît excellente. Il faudrait que tous les instituteurs y fussent abonnés et que l’abonnement fût obligatoire. De cette manière, l’unité de l’enseignement existerait d’une manière simple et facile pour toute la France […]

    361Les bibliothèques communales, créées par Monsieur Rouland, n’existent presque dans aucune commune. Tant que l’autorité supérieure ne forcera pas les conseillers municipaux à porter à leurs budgets une certaine somme pour la création de ces bibliothèques, l’idée du ministre de l’instruction publique ne sera qu’une lettre morte.

    Troisième partie

    Le maître

    362D’où vient que depuis la loi de 1850 le corps enseignant a perdu une grande partie de la renommée que lui avait acquise le gouvernement de Louis-Philippe. Deux causes principales en sont l’objet : le système d’administration, et l’instruction donnée aux élèves-maîtres à l’École Normale.

    363Dans le gouvernement de Louis-Philippe, les instituteurs étaient nommés par le ministre et n’étaient révocables que par lui. Une nomination partant d’un magistrat si élevé imprimait à l’instituteur dans sa commune un cachet, qu’une nomination d’inspecteur d’académie est loin de lui imprimer.

    364Je demande donc que les instituteurs reçoivent à l’avenir leur nomination du ministre.

    365 Enquête. Les enquêtes qui ont pour but de découvrir si les rapports faits contre les instituteurs sont vrais ou faux, n’arrivent tout juste à rien. Si l’inspecteur s’adresse aux amis de l’instituteur, l’avantage lui est acquis. Si, par contre, il consulte ses ennemis, sa position se trouve compromise.

    366Enfin, si l’inspecteur s’adresse aux amis et aux ennemis de l’instituteur, il ne sait à quoi s’en tenir. J’ai dit plus haut que l’enquête n’arrive à aucun résultat. Je me suis trompé ; elle sert à déprécier la valeur intrinsèque de l’instituteur et à abaisser en général le corps enseignant. De plus, elle augmente l’orgueil et l’audace des gens qui par esprit d’antipathie critiquent sans cesse les membres du corps enseignant.

    367Il ne faut pas le dissimuler, le clergé voit avec peine l’instruction de la jeunesse s’échapper de son giron pour passer dans des mains qui ne sont pas les siennes. Quel est l’homme qui a le plus à souffrir de cet état des choses ? Assurément, c’est l’Instituteur. Dans le plus grand nombre de cas, le maire et le curé ont des opinions divergentes ; comme l’un et l’autre croient avoir et ont même une pleine et entière autorité sur l’instituteur, ils se permettent de le louer ou de le mépriser, suivant qu’il professe ou qu’il se conduit de la manière de voir de l’un ou de l’autre.

    368L’instituteur étant un homme du gouvernement, je voudrais que ses actes soient soumis et jugés par un homme qui tient lui-même sa mission du gouvernement c’est-à-dire par le Maire.

    369Je demande la suppression des délégués cantonaux qui ne sont que des membres inutiles à l’instituteur et à l’instruction.

    370À partir de l’époque à laquelle a été mise en vigueur la loi de 1850, commence la décadence de l’instruction des élèves-maîtres. Avant cette époque, des professeurs étaient choisis parmi les maîtres les plus distingués, dont les talents étaient à l’épreuve, les connaissances approfondies ; en un mot, des hommes dont la réputation était faite […]

    371Je demande donc que les professeurs des écoles normales soient rétablis tels qu’ils étaient avant la loi de 1850.

    372 Placement des Instituteurs. Prenons les instituteurs au sortir de l’école normale et suivons-les dans les différentes phases de leur carrière. Suivant leur développement d’intelligence et leurs qualités personnelles, les instituteurs occuperont une place plus ou moins importante. Si pendant leurs 15 ou 20 premières années dans l’enseignement ils ont suivi sous le rapport du traitement un avancement progressif, on remarque qu’après cette période de temps les membres du corps enseignant suivent une marche tout à fait opposée à la première, c’est-à-dire que ceux qui occupaient les premiers postes sont placés par les inspecteurs aux postes secondaires et ceux qui occupaient des postes secondaires, placés aux rangs inférieurs.

    373Cette manière de procéder me paraît irrationnelle. Je voudrais que les instituteurs, quand ils sont arrivés au poste le plus important qu’ils sont capables d’occuper, n’aient pas à subir une marche descendante comme cela se pratique. Je voudrais qu’on leur adjoignît un sous-maître payé par l’état ou le département. Beaucoup d’instituteurs de 25 à 40 ans envisageraient l’avenir sous un point de vue moins sombre ; beaucoup de jeunes gens qui quittent l’enseignement après dix années d’exercice resteraient dans cette carrière s’ils étaient assurés d’y trouver aide et protection.

    374 Tournée des Inspecteurs. Quand les inspecteurs sont en tournée, je voudrais qu’ils descendissent chez les instituteurs et non chez les aubergistes. Je voudrais que les instituteurs fussent soumis à une seule et même loi ; qu’on ne laisse aux inspecteurs d’académie la faculté de faire des règlements suivant leurs idées et leurs tempéraments.

    375 Traitements des Instituteurs. Rien de variable et d’incertain comme le traitement des instituteurs. Une commune paie son instituteur 600 f., une autre 700 f., une troisième 890 f., une quatrième 1 000, 1 200, 1 500 francs. De sorte qu’entre la catégorie la plus basse et la plus élevée il y a au moins 10 ou 15 d’intermédiaires.

    376Pour éviter une semblable confusion, je proposerais de fixer les traitements comme suit :

    Pour les communes de 1000 habitants et au-dessous

    1000 f

    Id. de 1000 à 1500 habitants

    1200 f

    Id. de 1500 à 2000 habitants

    1500 f

    377Toute commune de plus de 2000 habitants serait invariablement tenue d’avoir un sous-maître dont le traitement serait fixé à 800 f.

    378Le conseil général voterait tous les ans une somme quelconque pour aider les communes à faire à leur instituteur le traitement ci-dessus indiqué. Je voudrais que la retraite fut fixée à un seul taux de 800 francs, que les instituteurs fussent appelés à en profiter, après 20 ans d’exercice et cinquante ans d’âge.

    MÉMOIRE DE FRANÇOIS QUELLIER45. INSTITUTEUR PUBLIC À AHUILLÉ (MAYENNE)

    379Originaire de la commune de Saint-Loup-du-Gast, dans le nord du département de la Mayenne, où il naît le 3 mars 1834, François Quellier reçoit sa formation de maître du primaire à l’école normale de Laval, de 1850 à 1854. Au moment du concours de 1860, il est en poste dans la commune d’Ahuillé (canton de Laval-ouest), peuplée de 1 408 habitants, dont seulement 352 agglomérés46.

    380Le mémoire de douze pages, qu’il propose, ne comporte que deux parties au lieu des trois prescrites par le ministère. Neuf pages sont consacrées au contenu de l’enseignement, en milieu rural. Les trois dernières pages évoquent brièvement la vocation de l’instituteur, sa formation en école normale et sa situation pécuniaire, avec l’espoir d’un revenu minimum garanti, atteignant 800 francs.

    381L’inspecteur d’académie de la Mayenne, Charles Marie Louis Hanriot47, juge le manuscrit insuffisant :

    « Il y a de très bonnes observations dans ce mémoire qui néanmoins, est trop incomplet, trop défectueux aussi en certains points pour mériter autre chose que la mention, Médiocre. »

    Extraits du mémoire

    382[…] Jusqu’ici, l’École dans les campagnes n’a jamais été ce qu’elle doit être ; elle s’est toujours éloignée de plus en plus du niveau où elle devrait se maintenir et, soit aveuglément, soit par un zèle mal dirigé, elle a connu la folie de trop s’élever. Qu’en est-il résulté, qu’en résulte-t-il tous les jours ? C’est que les connaissances qu’on a enseignées l’ont été en pure perte car, très rarement pour ne pas dire jamais, elles n’ont produit de fruits ; et ceci est si vrai qu’aujourd’hui comme il y a 10 ans, comme il y a 20 ans, il ne reste de l’enseignement donné à tant de jeunes qu’un peu de lecture, rarement même de l’écriture, pour le reste rien, absolument rien. Et cela n’a rien en soi-même de surprenant : on veut suivre dans les campagnes les programmes que l’on suit dans les villes (trop heureux si on s’en borne là). Pourtant, les besoins sont loin d’être semblables.

    Que doit donc être l’école dans les campagnes ?

    383Elle doit être essentiellement pratique, ce qui veut dire qu’on doit en bannir tout ce qui, en surchargeant la mémoire des enfants, ne peut leur être utile. À quoi bon en effet passer un temps précieux à enseigner mille et une définitions qu’ils ne savent et ne comprennent jamais ? À quoi bon émousser leur jeune intelligence à tant de théories dont il est si facile de reconnaître l’inutilité ? […] J’ose même affirmer que ce vice de l’enseignement a beaucoup d’influence sur l’émigration des ouvriers des campagnes vers les grands centres de populations. Quand un enfant croit savoir quelques définitions et qu’il sait par cœur plus ou moins des théories, il s’est mis dans l’esprit qu’il sait quelque chose, il se croit trop savant pour se faire agriculteur ; il devient pétri d’orgueil par cela même qu’il ne sait rien et il ne voit, dans son ignorance, que les professions libérales capables de satisfaire son orgueil et son amour-propre ; aussi croirait-il s’humilier en se faisant agriculteur […]

    384Pour répondre aux besoins des enfants, par conséquent de la société, il est donc urgent qu’on apporte de grandes modifications dans l’enseignement actuel […]

    385On devrait donc se borner dans les écoles rurales à apprendre la religion, à enseigner :

    1. la lecture,
    2. l’écriture,
    3. le calcul,
    4. l’orthographe d’usage,
    5. le style épistolaire auquel je joindrais quelques actes sous seing privé.

    386 Enseignement de la lecture. Pour l’enseignement de la lecture, il ne faut pas se borner à la lecture matérielle, c’est-à-dire des mots. Si la lecture n’est pas raisonnée, et l’enfant ne se rend pas compte de ce qu’il lit, la lecture est loin d’atteindre le résultat qu’elle doit produire. Mais si on s’attache à faire saisir à l’élève le sens des phrases et des mots qu’il lit, alors la lecture sera fructueuse, parce qu’elle ornera l’esprit en même temps qu’elle développera rapidement l’intelligence. On arrivera à ce but au moyen de la lecture résumée ou compte rendu de ce que chaque élève vient de lire.

    387 Enseignement de l’écriture. Pour l’écriture, on doit s’attacher, autant que possible, à donner à l’élève une écriture nette, simple et prompte, une bonne expédiée. On doit aussi en bannir toute écriture dont les élèves des campagnes ne se servent jamais et que j’appelle écriture de luxe (ronde, bâtarde, coulée et gothique).

    388 Enseignement du calcul. La connaissance du calcul est peut-être la plus utile pour les élèves des campagnes. L’artisan et le cultivateur ont en effet, tous les jours, besoin de calcul ; c’est donc surtout pour le calcul que l’enseignement doit être pratique. Dans un grand nombre d’écoles, on perd un temps précieux à apprendre par cœur des définitions d’arithmétique et à faire comprendre une masse de théorèmes ; c’est un abus qu’il faut supprimer […]

    389Pour rendre l’enseignement du calcul profitable, utile, il faut se borner à enseigner les 4 premières règles, avec un grand nombre d’exercices appliqués, adaptés aux besoins de la vie, beaucoup de questions d’agriculture et d’économie privée. On doit aussi beaucoup insister sur le système métrique appliqué, c’est-à-dire enseigné par un grand nombre d’exemples. Il est aussi d’utilité première d’enseigner la pratique de règles d’intérêts et surtout les opérations de caisse d’épargne, ce qui fournira l’occasion, de leur faire comprendre les avantages que procurent l’ordre et l’économie. Les règles de trois ont aussi une grande utilité, surtout pour l’artisan et ne doivent pas être négligées, Mais, que cet enseignement soit essentiellement pratique si l’on veut qu’il soit utile.

    390Outre tous ces exercices ou problèmes écrits, il est de la plus haute importance de faire chaque jour, ne fût-ce qu’un quart d’heure, des exercices de calcul oral. Ces exercices, bien dirigés, développeront promptement l’intelligence des enfants, les habitueront à se rendre compte du moindre achat, de la moindre vente de la plus petite action. Ils aideront à faire naître en eux ces idées d’ordre que développeront davantage les exercices écrits. Le calcul ainsi enseigné donnera des résultats surprenants qui satisferont amplement aux besoins des habitants des campagnes.

    391 Enseignement de l’Orthographe. Les enfants des campagnes ayant un temps fort limité à consacrer à leur instruction, il faut se borner à leur enseigner l’orthographe d’usage. Pour atteindre ce but, le secours de la grammaire est absolument inutile. Pour apprendre la grammaire, il faut en effet beaucoup de temps ; on ne peut donc espérer pouvoir l’enseigner à des enfants qui n’ont que quelques années à consacrer pour leur instruction tout entière et dont l’intelligence n’est pas assez développée pour étudier d’une manière profitable cette branche de l’enseignement qui, du reste, n’est pour eux qu’une connaissance de second ordre. Ce qui est indispensable pour eux, ce qu’ils peuvent savoir, c’est l’orthographe d’usage. L’orthographe d’usage ne peut s’enseigner, qu’à l’aide de, que par un grand nombre d’exercices et que par quelques règles apprises oralement par les soins du maître ; il est donc utile que l’on consacre, dans chaque école et à ces exercices, un temps proportionné à l’importance de cette connaissance. On obtiendra toujours de beaux résultats de ces dictées, mais les progrès seront plus rapides si, pour la lecture, on a fait usage de la méthode appelée ancienne épellation. Il est de la plus haute importance que ces dictées soient en rapport avec l’intelligence des enfants ; qu’elles soient aussi amusantes qu’instructives, afin que l’enfant y puisse trouver de l’attrait et qu’il puisse en retirer de bons fruits au point de vue de l’éducation […]

    392 Du style épistolaire. Il est d’une grande utilité pour les enfants des campagnes d’être en état de satisfaire par eux-mêmes aux besoins de leur correspondance, quand, devenus hommes, ils en auront à faire. Quoi de plus fâcheux, en effet, pour eux, que d’être obligés d’avoir recours à une autre personne pour la plus petite affaire qui nécessitera une lettre […] Il faut donc qu’il soit donné des leçons de style épistolaire. Ces notions devront se borner à un grand nombre d’exercices appliqués aux circonstances qui se présentent le plus souvent dans la vie et, plus tard, cette facilité de faire par eux-mêmes cette correspondance leur donnera des habitudes d’ordre qui porteront leurs fruits.

    393Un grand nombre d’actes sous seing privé étant bien faciles à faire, on rendra un grand service aux élèves en leur donnant un certain nombre de modèles de ces actes et en leur apprenant le moyen de s’en servir.

    394Quant à la religion, l’Instituteur n’a rien de mieux à faire que de se concerter à cet effet avec Monsieur le Curé ; son rôle peut se borner à faire apprendre les prières du diocèse et la lettre du catéchisme.

    Au point de vue du maître

    395Il a été fait beaucoup, mais il reste encore plus à faire. Appelé par sa position sociale à exercer une grande influence sur l’esprit des sociétés futures, il faudrait que l’Instituteur comprenne la mission qu’il est appelé à remplir. Jusqu’ici il a cru que tous ses efforts devaient avoir pour but l’instruction des enfants qui lui sont confiés, et il a négligé presque complètement leur éducation morale ; pourtant, c’est là que devraient tendre tous ses efforts, car avant tout il doit s’attacher à faire des hommes bons et vertueux, capables d’apprécier les efforts que fait le gouvernement de l’Empereur pour les rendre heureux, et susceptibles de reconnaissance pour tous ceux qui cherchent leur bonheur. Pour arriver à ce résultat il faudrait que l’éducation des maîtres fût, elle-même, plus soignée et que, dans chaque École normale, il fût fait un cours spécial d’éducation morale. On obtiendrait encore de très beaux résultats si on faisait entrer, à 16 ans au lieu de 18 les élèves dans les écoles normales, tout en les y maintenant jusqu’à 20 ou 21 ans.

    396Il est aussi d’utilité première, pour l’enseignement en général et pour le maître en particulier, que sa position pécuniaire soit améliorée. L’Instituteur, souvent chargé de famille, est plus souvent occupé du soin de pourvoir à sa subsistance et à celle de sa famille qu’à l’éducation de ses élèves, et il ne peut guère en être autrement car, à l’époque ou nous vivons, où tout ce qui touche aux besoins de la vie est excessivement cher, le faible traitement de l’instituteur est bien loin d’être suffisant et ne saurait lui donner ce bien-être si nécessaire pour que son esprit et ses idées aient toute la liberté nécessaire pour songer à l’éducation et à l’instruction de ses élèves.

    397Je sais que l’État a beaucoup de charges, mais il pourrait améliorer sensiblement la position de l’Instituteur sans un grand surcroît de dépenses. Voici comment : il y a en France a peu près 36 000 Instituteurs ; donc à l’aide d’une somme de 3 600 000 F on pourrait élever le traitement fixe de 2 à 300 F ; cette élévation du traitement fixe permettrait, sans nouvelle dépense, d’assurer un traitement minimum de 900 F à tout Instituteur et, pour atteindre ce résultat, il ne faudrait tout au plus qu’une augmentation dans le budget de l’État de 3 600 000 F. Cette somme serait peut-être même trop forte, car beaucoup de communes sont en état de pourvoir par elles-mêmes à cette dépense. Il faudrait aussi que le gouvernement prît la mesure nécessaire pour que tout Instituteur fût, de droit, secrétaire de Mairie ; de cette manière, le minimum de traitement de chaque Instituteur sera garanti à 800 francs ; alors l’Instituteur moins occupé des soins de son existence et de celle de sa famille s’occupera d’avantage de l’éducation et de l’instruction de ses élèves. Cette amélioration est donc extrêmement facile et je ne doute pas que l’Empereur, toujours si occupé des besoins de son peuple, n’en prenne l’initiative.

    398Veuillez recevoir, Monsieur le Ministre, l’assurance du profond respect avec lequel je suis, de votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur :

    399Quellier

    400Instituteur.

    Notes de bas de page

    1 AN F17/10793/2, mémoire d’André Hamon, instituteur du Maine-et-Loire, p. 9.

    2 AN F17/10793/1, mémoire de François Quellier, instituteur de la Mayenne, p. 10.

    3 AN F17/10792/2, mémoire d’Amand Desmots-Montpellier, instituteur de la Mayenne, p. 8.

    4 AN F17/10792/3, mémoire de Jean-Marie Royer, instituteur de Loire-Inférieure, p. 3 et 4.

    5 AN F17/10793/1, mémoire de Julien Boudet, instituteur de Loire-Inférieure, p. 16.

    6 AN F17/10792/5, mémoire de Pierre-Marie Corre, instituteur du Finistère.

    7 AN F17/20188, dossier de l’inspecteur Victor Gabriel Marie Bléas de Cloneuf, né à Saint-Pol-de-Léon (Finistère), le 7 décembre 1817. Élève à l’école normale de Rennes (1834-1836), titulaire du Brevet supérieur, il est directeur de l’EPS de Guingamp (1836-1840) puis de celle de Saint-Brieuc (1840-1847). Nommé sous-inspecteur du Finistère (1847-1850), il devient ensuite inspecteur de l’arrondissement de Brest (1850-1864). La dernière partie de sa carrière est consacrée à la direction d’écoles normales : Loches (1864-1865), puis Rennes (1865-1877).

    8 AN F17/10792/4, mémoire de Jean-Marie Godec, instituteur du Finistère.

    9 Lettre expédiée par l’inspecteur d’académie du Finistère aux instituteurs publics, le 24 décembre 1860, douze jours après le lancement officiel du concours par le ministre de l’Instruction publique et des Cultes, Gustave Rouland.

    10 « Fais ce que dois, advienne que pourra » : il faut remplir son devoir et agir en conséquence, sans espérer de récompense.

    11 AN F17/10792/5, mémoire de Jean-Marie Thépaut, instituteur du Finistère.

    12 AN F17/10792/1, mémoire de Jean-Marie Dérien, Saint-Jean-sur-Couesnon, Ille-et-Vilaine.

    13 AD Ille-et-Vilaine, Indicateur historique, édition 1981, page 157, recensement de 1861.

    14 AD Ille-et-Vilaine, 12T54, dossier personnel de l’instituteur Dérien, rapport d’inspection du 24 novembre 1860.

    15 Ibid., rapport d’inspection du 28 juillet 1863.

    16 Ibid., lettre de l’instituteur Dérien à l’inspecteur d’académie, 14 janvier 1861.

    17 AN F17/10792/1, mémoire de Auguste Le Beltel, Ille-et-Vilaine.

    18 AD Ille-et-Vilaine, 12T104, dossier de l’instituteur Le Beltel, rapport d’inspection sur l’école de Dol, 10 mars 1858.

    19 Ibid., rapports d’inspection des 10 mars 1858 et 6 juin 1862.

    20 Ibid., rapport d’inspection du 3 mai 1860.

    21 Ibid., rapport d’inspection du 10 mars 1858.

    22 AN F17/10792/1, mémoire de Émile Pierre Macé, instituteur d’Ille-et-Vilaine.

    23 AD Ille-et-Vilaine, Indicateur historique, 1981, page 145, recensement de 1861.

    24 AD Ille-et-Vilaine, 12T129, dossier personnel de Émile Pierre Macé, rapport d’inspection de 1864.

    25 Ibid., rapports d’inspection de 1862, 1863 et 1864.

    26 Phrase reproduite, telle quelle.

    27 AN F17/10 793/1, mémoire de Julien Boudet, instituteur de Loire-Inférieure.

    28 Recensement de 1861.

    29 AN F17/10 793/1, mémoire de François Potiron, instituteur de Loire-Inférieure.

    30 AN F17/20319, dossier de Joseph Marie Calloch. Né dans l’île de Groix, en 1795, bachelier, principal du collège de Quimperlé (1831-1836), Joseph Marie Calloch devient le premier inspecteur des écoles du Finistère (1836-1840), avant d’exercer les mêmes fonctions en Loire-Inférieure.

    31 Voix dont le timbre est altéré.

    32 Michel Lainé, Les constructions scolaires en France, Paris, PUF, 1996, p. 106-107 et Octave Gréard, La législation de l’instruction primaire en France, de 1789 jusqu’à nos jours, Paris, Delalain, 1891-1896, tome 3, p. 407 et 730. L’année 1858 constitue un tournant essentiel. Les textes ministériels imposent aux communes des normes très précises : lieu d’implantation de l’école, isolement du bruit et de l’insalubrité, aménagement d’une cour et d’un préau, installation de latrines, dimensions de la classe etc. L’arrêté du 14 juillet 1858 et la circulaire du 30 juillet 1858 imposent aux communes de présenter des plans lorsqu’elles demandent des secours pour construire ou réparer leur école.

    33 AN F17/10792/3, mémoire de Jean-Marie Royer, instituteur de Loire-Inférieure.

    34 AN F17/10792/3, mémoire de Jean-Marie Royer, p. 4.

    35 2 609 habitants au recensement de 1861.

    36 . Sébastopol, ville de Crimée, prise par les armées franco-anglaises, en 1855. Solférino, ville de Lombardie, lieu de victoire des Français sur les Autrichiens, lors de la campagne d’Italie (24 juin 1859).

    37 À la suite de massacres de missionnaires, Napoléon III envoie, avec l’Angleterre, des troupes en Chine (1857-1860).

    38 Décret sur les écoles normales primaires du 24 mars 1851, titre I, articles 1 et 2. L’article 2 précise : « La durée des cours d’études est fixée à trois ans. »

    39 Loi sur l’enseignement du 15 mars 1850, chapitre III, article 38 : « À dater du 1er janvier 1851, le traitement des instituteurs communaux se composera : 1) d’un traitement fixe qui ne peut être inférieur à deux cents francs, 2) du produit de la rétribution scolaire, 3) d’un supplément accordé à tous ceux dont le traitement, joint au produit de la rétribution scolaire, n’atteint pas six cents francs. Ce supplément sera calculé d’après le total de la rétribution scolaire pendant l’année précédente. »

    40 Gilbert Nicolas, « Entre attaches régionales et service de l’État : les inspecteurs primaires de l’Ouest au XIXe siècle », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 2002/3, Rennes, PUR, p. 40-41.

    41 AN F17/10793/2, mémoire de Louis Lote, instituteur du Morbihan.

    42 Population au recensement de 1861.

    43 AN F17/10 793/2, mémoire d’André Hamon, instituteur du Maine-et-Loire.

    44 16 ares = 1 600 mètres carrés.

    45 AN F17/10 793/1, mémoire de François Quellier, instituteur de la Mayenne.

    46 AD Mayenne, recensement du 30 mai 1861.

    47 AN F17/20928, dossier de Charles Marie Louis Hanriot. Né le 10 février 1818 à Dieuze (Meurthe), élève de l’EN Supérieure (1837-1840), professeur de philosophie (1840-1845), il séjourne à Athènes en tant que membre de l’École française (1846-1849), puis est professeur de rhétorique (1849-1854). Nommé inspecteur d’académie, à partir de 1854, il est en poste à Laval, de 1857 à 1863, puis est affecté à Metz (1863-1871), à Rennes (1871-1872), à Troyes (1872-1873). Il est ensuite professeur de littérature à Clermont, puis à Poitiers, où il termine sa carrière le 1er novembre 1888.

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    1 AN F17/10793/2, mémoire d’André Hamon, instituteur du Maine-et-Loire, p. 9.

    2 AN F17/10793/1, mémoire de François Quellier, instituteur de la Mayenne, p. 10.

    3 AN F17/10792/2, mémoire d’Amand Desmots-Montpellier, instituteur de la Mayenne, p. 8.

    4 AN F17/10792/3, mémoire de Jean-Marie Royer, instituteur de Loire-Inférieure, p. 3 et 4.

    5 AN F17/10793/1, mémoire de Julien Boudet, instituteur de Loire-Inférieure, p. 16.

    6 AN F17/10792/5, mémoire de Pierre-Marie Corre, instituteur du Finistère.

    7 AN F17/20188, dossier de l’inspecteur Victor Gabriel Marie Bléas de Cloneuf, né à Saint-Pol-de-Léon (Finistère), le 7 décembre 1817. Élève à l’école normale de Rennes (1834-1836), titulaire du Brevet supérieur, il est directeur de l’EPS de Guingamp (1836-1840) puis de celle de Saint-Brieuc (1840-1847). Nommé sous-inspecteur du Finistère (1847-1850), il devient ensuite inspecteur de l’arrondissement de Brest (1850-1864). La dernière partie de sa carrière est consacrée à la direction d’écoles normales : Loches (1864-1865), puis Rennes (1865-1877).

    8 AN F17/10792/4, mémoire de Jean-Marie Godec, instituteur du Finistère.

    9 Lettre expédiée par l’inspecteur d’académie du Finistère aux instituteurs publics, le 24 décembre 1860, douze jours après le lancement officiel du concours par le ministre de l’Instruction publique et des Cultes, Gustave Rouland.

    10 « Fais ce que dois, advienne que pourra » : il faut remplir son devoir et agir en conséquence, sans espérer de récompense.

    11 AN F17/10792/5, mémoire de Jean-Marie Thépaut, instituteur du Finistère.

    12 AN F17/10792/1, mémoire de Jean-Marie Dérien, Saint-Jean-sur-Couesnon, Ille-et-Vilaine.

    13 AD Ille-et-Vilaine, Indicateur historique, édition 1981, page 157, recensement de 1861.

    14 AD Ille-et-Vilaine, 12T54, dossier personnel de l’instituteur Dérien, rapport d’inspection du 24 novembre 1860.

    15 Ibid., rapport d’inspection du 28 juillet 1863.

    16 Ibid., lettre de l’instituteur Dérien à l’inspecteur d’académie, 14 janvier 1861.

    17 AN F17/10792/1, mémoire de Auguste Le Beltel, Ille-et-Vilaine.

    18 AD Ille-et-Vilaine, 12T104, dossier de l’instituteur Le Beltel, rapport d’inspection sur l’école de Dol, 10 mars 1858.

    19 Ibid., rapports d’inspection des 10 mars 1858 et 6 juin 1862.

    20 Ibid., rapport d’inspection du 3 mai 1860.

    21 Ibid., rapport d’inspection du 10 mars 1858.

    22 AN F17/10792/1, mémoire de Émile Pierre Macé, instituteur d’Ille-et-Vilaine.

    23 AD Ille-et-Vilaine, Indicateur historique, 1981, page 145, recensement de 1861.

    24 AD Ille-et-Vilaine, 12T129, dossier personnel de Émile Pierre Macé, rapport d’inspection de 1864.

    25 Ibid., rapports d’inspection de 1862, 1863 et 1864.

    26 Phrase reproduite, telle quelle.

    27 AN F17/10 793/1, mémoire de Julien Boudet, instituteur de Loire-Inférieure.

    28 Recensement de 1861.

    29 AN F17/10 793/1, mémoire de François Potiron, instituteur de Loire-Inférieure.

    30 AN F17/20319, dossier de Joseph Marie Calloch. Né dans l’île de Groix, en 1795, bachelier, principal du collège de Quimperlé (1831-1836), Joseph Marie Calloch devient le premier inspecteur des écoles du Finistère (1836-1840), avant d’exercer les mêmes fonctions en Loire-Inférieure.

    31 Voix dont le timbre est altéré.

    32 Michel Lainé, Les constructions scolaires en France, Paris, PUF, 1996, p. 106-107 et Octave Gréard, La législation de l’instruction primaire en France, de 1789 jusqu’à nos jours, Paris, Delalain, 1891-1896, tome 3, p. 407 et 730. L’année 1858 constitue un tournant essentiel. Les textes ministériels imposent aux communes des normes très précises : lieu d’implantation de l’école, isolement du bruit et de l’insalubrité, aménagement d’une cour et d’un préau, installation de latrines, dimensions de la classe etc. L’arrêté du 14 juillet 1858 et la circulaire du 30 juillet 1858 imposent aux communes de présenter des plans lorsqu’elles demandent des secours pour construire ou réparer leur école.

    33 AN F17/10792/3, mémoire de Jean-Marie Royer, instituteur de Loire-Inférieure.

    34 AN F17/10792/3, mémoire de Jean-Marie Royer, p. 4.

    35 2 609 habitants au recensement de 1861.

    36 . Sébastopol, ville de Crimée, prise par les armées franco-anglaises, en 1855. Solférino, ville de Lombardie, lieu de victoire des Français sur les Autrichiens, lors de la campagne d’Italie (24 juin 1859).

    37 À la suite de massacres de missionnaires, Napoléon III envoie, avec l’Angleterre, des troupes en Chine (1857-1860).

    38 Décret sur les écoles normales primaires du 24 mars 1851, titre I, articles 1 et 2. L’article 2 précise : « La durée des cours d’études est fixée à trois ans. »

    39 Loi sur l’enseignement du 15 mars 1850, chapitre III, article 38 : « À dater du 1er janvier 1851, le traitement des instituteurs communaux se composera : 1) d’un traitement fixe qui ne peut être inférieur à deux cents francs, 2) du produit de la rétribution scolaire, 3) d’un supplément accordé à tous ceux dont le traitement, joint au produit de la rétribution scolaire, n’atteint pas six cents francs. Ce supplément sera calculé d’après le total de la rétribution scolaire pendant l’année précédente. »

    40 Gilbert Nicolas, « Entre attaches régionales et service de l’État : les inspecteurs primaires de l’Ouest au XIXe siècle », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 2002/3, Rennes, PUR, p. 40-41.

    41 AN F17/10793/2, mémoire de Louis Lote, instituteur du Morbihan.

    42 Population au recensement de 1861.

    43 AN F17/10 793/2, mémoire d’André Hamon, instituteur du Maine-et-Loire.

    44 16 ares = 1 600 mètres carrés.

    45 AN F17/10 793/1, mémoire de François Quellier, instituteur de la Mayenne.

    46 AD Mayenne, recensement du 30 mai 1861.

    47 AN F17/20928, dossier de Charles Marie Louis Hanriot. Né le 10 février 1818 à Dieuze (Meurthe), élève de l’EN Supérieure (1837-1840), professeur de philosophie (1840-1845), il séjourne à Athènes en tant que membre de l’École française (1846-1849), puis est professeur de rhétorique (1849-1854). Nommé inspecteur d’académie, à partir de 1854, il est en poste à Laval, de 1857 à 1863, puis est affecté à Metz (1863-1871), à Rennes (1871-1872), à Troyes (1872-1873). Il est ensuite professeur de littérature à Clermont, puis à Poitiers, où il termine sa carrière le 1er novembre 1888.

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    Nicolas, G. (éd.). (2012). Le timide regard des jeunes maîtres de la génération Falloux. In Quand les instituteurs répondaient au ministre. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.44001
    Nicolas, Gilbert, éd. « Le timide regard des jeunes maîtres de la génération Falloux ». In Quand les instituteurs répondaient au ministre. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2012. doi:10.4000/books.pur.44001.
    Nicolas, Gilbert, éditeur. « Le timide regard des jeunes maîtres de la génération Falloux ». Quand les instituteurs répondaient au ministre, Presses universitaires de Rennes, 2012, https://doi.org/10.4000/books.pur.44001.

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