Chapitre 5. L’Antiquité de Christophe-Michel Ruffelet
p. 123-136
Texte intégral
1La bibliothèque de Christophe-Michel Ruffelet, telle qu’elle peut être reconstituée à partir des inventaires1, reflète sa qualité d’homme des Lumières et son ambition totalisante. Elle apparaît comme exceptionnelle par la quantité et la diversité des ouvrages qui la composent : c’est l’une des plus grandes de l’Ouest avec plus de 4 000 ouvrages. La seule qui ait rivalisé avec la sienne fut la bibliothèque de Robien2. La bibliothèque de Ruffelet comptait un grand nombre de livres d’histoire et de géographie antiques : 171 volumes pour 42 titres différents et 124 volumes de dictionnaires pour 20 ouvrages différents dont 18 antérieurement à la publication des Annales briochines. En volumes, l’histoire ancienne représente plus de 10 % de la bibliothèque de Ruffelet. Celui-ci apparaît à la fois comme un chanoine intellectuel de formation classique et comme un esprit très curieux, largement ouvert à l’actualité et au monde3. Il est intéressant aussi d’examiner de près les auteurs antiques et modernes auxquels il fait référence dans les pages consacrées à l’Antiquité et de confronter ce résultat à l’ensemble des livres qui constituaient sa bibliothèque pour saisir la place qu’il occupait dans la « république des lettres » et comprendre la conception qu’il se faisait de l’Antiquité.
Les sources antiques de Ruffelet
2César est la référence première de Ruffelet. Cinq autres noms apparaissent dans ses notes : Polybe, Ptolémée, Pline l’Ancien, Végèce et Orose. On doit ajouter deux sources particulières : la table de Peutinger, qu’il appelle comme les auteurs de son époque « Table théodosienne » et l’Itinéraire d’Antonin. On sait que Ruffelet possédait les Commentaires de César4 dans l’édition bilingue de Perrot d’Ablancourt en deux volumes de 1689, ainsi qu’un Abrégé des commentaires sur Polybe édité par Follard en 1754. Ni Ptolémée, ni Pline l’Ancien, ni Végèce, ni Orose n’apparaissent dans sa bibliothèque mais on note qu’il y avait dans celle-ci, entre autres, un recueil de textes d’historiens païens (Selectiae è profanis historiae, latin/français) édité en 1680 et qu’il possédait les 25 volumes de l’Histoire du Bas Empire de Charles Le Beau, commencée en 1755-17575. Lebeau était en particulier un spécialiste de l’histoire militaire. Directement ou indirectement, Ruffelet connaissait Végèce car ce qu’il écrit dans sa Note VII est presque une citation littérale de ce spécialiste d’époque tardive de la castramétation.
3César est évoqué à plusieurs reprises dans la Note VII au sujet d’un prétendu camp de César. Polybe et Végèce sont également mentionnés dans cette note, dans le même contexte, pour appuyer le point de vue de César sur le choix du site destiné à installer un camp. César est encore la source littéraire antique qui fonde la Note VIII sur la localisation du Portus Iccius. Mais en plus, il est cité deux fois : BG, IV et V. En dehors de ces deux notes, il est évident que César est une source implicite de la Note première qui dresse la liste des peuples gaulois de la Bretagne puisque les informations que donne Ruffelet sur eux : noms, puissance, localisation nous sont connues grâce à César. Mais ils le sont aussi grâce à Ptolémée et Pline, deux auteurs qui sont mentionnés et utilisés dans la Note XIV relative aux origines de la ville de Saint-Brieuc. La bibliothèque de Ruffelet ne fait pas état de la possession de l’œuvre de Ptolémée ni de celle de Pline. On peut toutefois déduire de la précision des indications données dans les différentes notes où il traite des noms des peuples que Ruffelet avait eu directement accès à leurs écrits ou indirectement par des références et citations des auteurs modernes des ouvrages issus de sa propre bibliothèque, à commencer par Jean-Baptiste Bourguignon d’Anville (1687-1782), premier géographe du roi, auteur de centaines de cartes et de plans dont deux dizaines pour les ouvrages de Rollin, et d’une Notice de l’Ancienne Gaule, Paris, 1760. Il est possible qu’il connût ces auteurs antiques, puisqu’il les mentionne, grâce à des modernes comme Adrien de Valois (1607-1692) et à sa Notitia Galliarum, Paris, 1676 qui n’avait pas été remplacée par celle de d’Anville.
4La « Table théodosienne » est mentionnée ou citée deux fois : mention en Note II, à propos de la localisation de Fanum Martis ; citation et fondement de la Note X à propos de la localisation de Rheginca (Erquy). Cette « table » est une copie médiévale, aux XIIe-XIIIe siècles, d’un itinéraire antique redécouvert au XVe siècle à Worms et donné à Conrad Peutinger, un humaniste allemand d’Augsbourg à qui elle doit donc son nom. Cet itinéraire fut édité pour la première fois en 1587 ou 1588 à Anvers par Jean Moret (Moretus en latin) sous le nom de Tabula itineraria ex illustri Peutingerorum bibliotheca d’après les dessins de Jean Moller. Il s’agit d’un document exceptionnel pour les historiens de l’Antiquité : les travaux d’A. de Valois et J.-B. Bourguignon d’Anville, connus de Ruffelet, sont un exemple des nouvelles recherches entreprises. Ils sont aussi fondés sur l’Itinéraire d’Antonin, qui est mentionné dans la Note II de Ruffelet, à propos de la localisation de Fanum Martis. L’épigraphie n’est présente que par l’intermédiaire d’une inscription devenue célèbre et restée depuis sa découverte très importante, le « Marbre de Thorigny » (CIL, XIII, 3162 + add., Vieux, cité des Viducasses, Calvados. Voir aussi AE, 2008, 909 a-c)6.
5Il est aussi évident que Ruffelet avait en tête d’autres sources et surtout d’autres lectures quand il écrivait : parmi elles, l’œuvre de Rollin, l’un des modernes qui ont connu la plus large diffusion avec son Histoire romaine depuis la fondation de Rome, qui va jusqu’à la bataille d’Actium (2 septembre 31 av. J.-C., bataille navale qui marque le début de la victoire définitive d’Octave, qui n’est pas encore Auguste, contre Marc Antoine et Cléopâtre), puis Crevier, qui poursuivit son œuvre avec l’Histoire des empereurs romains depuis Auguste jusqu’à Constantin7. Leur histoire, événementielle, était construite à partir des grands textes littéraires. Ces lectures et celle de nombreux autres ouvrages de sa bibliothèque irriguèrent les pages de Ruffelet.
Les sources modernes de Ruffelet
Les sources qu’il mentionne
6Ruffelet mentionne à plusieurs reprises d’Anville (1687-1782) dont il possède la Notice sur l’ancienne Gaule : Note VIII, « à propos de Portus Itius ou Iccius », c’est-à-dire Witsan ; dom Morice (1693-1750), auteur entre 1742 et 1746 d’une Histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne8, Note X, à propos de la localisation du « Rheginea » de la Table de Peutinger et Note XI, au sujet du temple de Lanleff. Lobineau (1667-1727) et Toussaint de Saint-Luc (mort en 1694) sont également mentionnés à propos de Lanleff. Toussaint de Saint-Luc est mentionné par Ruffelet dans sa Note V ; Le Brigant (1720-1804) et l’abbé Lebeuf (1687-1760) sont mentionnés dans la Note XI, au sujet du monument de Lanleff ; Adrien de Valois (1607-1692), historiographe du roi, auteur d’une Notitia Galliarum, dans plusieurs Notes : V sur Lamballe, VIII sur la localisation du Portus Iccius et XIV sur l’origine de la ville de Saint-Brieuc ; Huet (1630-1721), ancien évêque d’Avranches, à propos de Vieux, dans la Note XIV et Pierre le Baud, auteur du XVe siècle, un peu plus loin dans la même Note XIV. Adrien Baillet (1649-1706), dans la Note XIV, au sujet de l’identification du saint Germain dont saint Brieuc aurait été le disciple. Plusieurs historiens ou géographes sont mentionnés dans la Note VIII : Cluvier, Samson, le Père le Quien, Chifflet, du Cange. Un naturaliste est mentionné : Valmont de Bomare9, dans la Note VIII de Ruffelet à propos du sable ferrugineux qu’on trouve « dans le voisinage du port de Binic ». Cette énumération ne saurait naturellement remplacer la liste des lectures qu’avaient faites Ruffelet ni la somme de renseignements qu’il avait pu obtenir auprès de contemporains, relations, correspondants qu’il connaissait. Ceux-ci apparaissent directement par une mention dans les Annales ou indirectement.
Les sources qu’il ne mentionne pas mais qu’il a pu utiliser
7Dans sa Note II, Ruffelet fait allusion à « ceux qui placent (les Curiosolites) à Quimper, ou dans le voisinage de Lizieux en Normandie ». Parmi eux, B. de la Martinière, auteur du Grand dictionnaire de géographie historique et critique en 6 tomes qu’il possédait dans sa bibliothèque. Il est vraisemblable qu’une partie de ce qu’il écrit est aussi nourrie de ces dictionnaires. Leur production est multipliée au XVIIIe siècle. L’inventaire de sa bibliothèque en mentionne près d’une vingtaine (dix-neuf exactement) pour un total de 111 volumes jusqu’à la date de ses Annales, auxquels on peut ajouter les quatre volumes du Dictionnaire historique et géographique de Bretagne édité par Ogée en 1778 auquel il contribua et un Dictionnaire historique édité à Caen en 1783, en neuf volumes. Les éditions de ces ouvrages sont toutes de la seconde moitié du XVIIIe siècle, à l’exception d’un, le Dictionnaire historique et géographique de Corneille, publié en 1718. La nouveauté de ces ouvrages contraste avec le fonds des livres historiques, politiques ou géographiques de sa bibliothèque qui comporte proportionnellement plus d’ouvrages de la fin du XVIIe siècle ou de la première moitié du XVIIIe. Les dictionnaires sont un instrument de vulgarisation pratique. Ils se sont multipliés au XVIIIe siècle en ayant un rôle d’autant plus important que les érudits provinciaux ne disposaient que des grands ouvrages et recueils du siècle précédent, sinon dépassés du moins pas toujours au fait des querelles et débats historiographiques qui animaient les cercles parisiens et européens10. De nombreux dictionnaires portatifs sont édités. Parmi les plus connus et de renom à son époque, Ruffelet possède le Nouveau recueil historique d’antiquités grecques et romaines de Furgeault11, professeur de l’université de Paris, le Dictionnaire abrégé d’antiquités pour servir à l’intelligence de l’histoire ancienne tant sacrée que profane de Monchablon (ou Montchablon), Paris, 1760, ou encore le Dictionnaire pour l’intelligence des auteurs classiques grecs et latins tant sacrés que profanes contenant la géographie, l’histoire, la fable et les antiquités de François Sabbatier, Châlons, Paris, dont la publication commencée en 1766 se termine en 1815. Selon l’inventaire, Ruffelet en posséda 35 des 37 volumes. Après la publication de ses Annales, Ruffelet a continué à faire l’acquisition de tels ouvrages. Il a le Dictionnaire géographique, historique et mythologique portatif qui contient la description des empires, des royaumes et des pays du monde connu des anciens avec les révolutions arrivées dans leurs limites, de Furgeault, Paris, 1766.
8Pour les autres ouvrages, il est difficile de déterminer avec précision ou finesse quelles ont pu être les influences de son siècle ou du siècle passé car si sa bibliothèque est riche est variée, il ne fait pas de doute non plus que Ruffelet est encore d’une génération qui a une grande familiarité avec les Anciens. Né en 1725, il a dans sa bibliothèque tous les « grands » historiens de son siècle, c’est-à-dire, pour la plupart, des auteurs de la fin du XVIIe et de la première moitié du XVIIIe siècle : Sébastien Le Nain de Tillemont, auteur d’une Histoire des empereurs, 1692-1693, en 6 volumes ; Rollin puis Crevier, entre 1749 et 1755, déjà mentionnés ; Lebeau qui commence en 1757 une Histoire du Bas-Empire débutant à Constantin le Grand. Ces ouvrages brassent les données littéraires les plus larges mais ils donnent peu de matière à l’histoire locale bien plus anecdotique ou ponctuelle et nécessairement appuyée sur d’autres sources que les auteurs classiques de Rome, sauf pour la vue d’ensemble sur le passage de César en Armorique et les conséquences de sa victoire sur les peuples gaulois. Écrire une histoire locale supposait donc, outre une culture générale classique, des relais érudits locaux et une certaine familiarité avec le terrain.
Ses contemporains vivants
9On sait que Ruffelet considérait Christophe-Paul de Robien comme l’un des plus grands érudits bretons de son temps. Pour l’année 1605, au détour de la mention des lettres patentes qui « permettent à Christophe Gautron, Vicomte de Plaintel […] de prendre le nom de Robien », il indique que cette maison a l’avantage « d’avoir produit un littérateur illustre dans la personne de Christophe-Paul de Robien […]. Ce savant, qui étoit associé de l’Académie de Berlin, avoit fait une étude particulière de l’histoire naturelle de sa patrie, et avoit composé sur cet objet un ouvrage considérable, que la mort l’a empêché de donner au public12 ». Il s’agit de la Description historique, topographique et naturelle de la Bretagne, dont la composition est achevée au milieu des années 1750. Quoiqu’elle ne fût jamais publiée, on sait qu’elle était connue, sinon en tant qu’ouvrage, du moins en tant que recherche accumulée de descriptions et notations diverses par un public érudit qui fréquentait les salons de Monsieur de Robien13. Il est difficile de savoir si Ruffelet était en contact avec C.-P. de Robien. Le parlementaire rennais ne fait pas partie des auteurs contemporains ou modernes mentionnés en référence par Ruffelet. Néanmoins la comparaison entre ce que celui-là écrivit et ce que l’on trouve chez Ruffelet laisse parfois entrevoir des similitudes. Il est possible qu’elles ne soient dues qu’à leurs lectures et à leurs sources communes d’information. L’intérêt de la comparaison réside dans ces similitudes-mêmes car elles situent Ruffelet parmi les élites cultivées de son siècle. L’information entre les élites circulait très facilement dans les rencontres, les discussions. Les érudits n’hésitaient pas à montrer leur « cabinet ». Ainsi, à propos de Vannes, la description du site que Ruffelet donne au début de sa Note II « sur les anciennes capitales du diocèse de S. Brieuc » est-elle très ressemblante avec ce que dom Morice et C.-P. de Robien écrivent14.
10On sait aussi grâce à des lettres qui ont été rassemblées et publiées après sa mort par Arthur Du Bois de La Villerabel en 1866 que Ruffelet fut en relation avec plusieurs érudits15. L’un de ses correspondants est cité dans ses notes : Le Brigant. Ce qu’écrit Ruffelet au sujet du temple de Lanleff révèle nettement les échanges épistolaires. Il est très possible qu’une partie des informations données par Le Brigant ait directement servi à Ruffelet pour écrire sa note. Parmi les autres correspondants connus aucun ne semble avoir directement été utilisé par Ruffelet, du moins à l’époque de ses Annales. En revanche, on sait que dans quelques cas, ce qu’il écrivit dans ses Annales suscita des observations, parfois critiques de correspondants. Ses compétences et sa notoriété étaient telles qu’il fut sollicité pour écrire au moins deux articles du Dictionnaire entrepris par Ogée. Si l’article Saint-Brieuc ne fut pas retenu, en revanche celui qui y est consacré à Carhaix est de la main de Ruffelet16.
11Il en est des sources de Ruffelet pour ses pages relatives à l’Antiquité comme des autres parties de ses Annales : toute la difficulté est dans l’appréciation de sa dépendance et de la relation entre la bibliothèque qu’on lui connaît et ses écrits. En effet, le nombre des auteurs antiques ou modernes qu’il cite est très réduit par comparaison avec celui des auteurs qui composent sa bibliothèque. Celle-ci présente d’ailleurs une caractéristique qui marque nettement l’intérêt qu’il a pour les Lumières : c’est le grand nombre des dictionnaires et lexiques. L’universalisme et l’encyclopédisme habitent Ruffelet autant que le classicisme des Annales en tant que genre historique. Tite Live et Tacite participaient pleinement de ce genre.
La formation de Ruffelet et ses conséquences sur son écriture
Formation
12Ses sources sont un indice de sa formation et nous permettent de nous interroger sur l’histoire qu’il écrit. Beaucoup des auteurs modernes dont il possède les livres vécurent au XVIIe siècle ou dans la première moitié du XVIIIe. Son socle intellectuel est identique à celui de la majorité des savants et érudits de son époque et, comme historien, il se révèle assez proche des mauristes en ce qu’il cherche toujours à appuyer ses démonstrations sur des preuves qui sont antiques : archéologiques, littéraires, épigraphiques. Cependant il n’est pas esclave de cette méthode en ce qu’il ne structure pas ses Annales selon le modèle des ouvrages mauristes qui comportent toujours deux ensembles : celui du mémoire proprement dit et celui des preuves, compilation des textes que les autorités, les individus, au fil du temps, ont accumulés17. Il en a retenu la rigueur méthodique adaptée à son propos. On peut en effet relever une recherche systématique des preuves de la démonstration dans les références à la littérature antique (tendant à l’exhaustivité), à la numismatique ou aux vestiges archéologiques. Mais il est aussi proche de l’histoire « collection » ou érudition en ce qu’il accumule et a parfois du mal à sortir de cette logique en prenant du recul chronologique ou géographique. Cependant, il apparaît finalement comme un très bon connaisseur aussi bien de l’histoire locale, du terrain, que des querelles historiographiques « nationales ».
Raisonnement, écriture
13Trois aspects systématiques de sa narration caractérisent son écriture : la géographie, la chronologie, l’archéologie. En général, il part de la géographie, des limites administratives. Il fait de la géographie historique qui est implicitement régressive puisqu’il part des limites diocésaines pour remonter dans les temps les plus reculés. Ainsi est conçu le plan de ses Annales. La géographie précède la chronologie puisqu’il commence par une « Description générale du diocèse » avant d’aborder les « Tems qui ont précédé la venue de Jesus-Christ ». Ce qui est caractéristique de l’architecture globale du livre l’est aussi dans les différentes parties relatives à la période antique. Ainsi la première donnée fournie après une phrase introductive à la partie « tems qui ont précédé la venue de Jesus-Christ » est-elle géographique : le partage du diocèse « entre les Venetes, les Curiosolites & les Ossismiens […] dont la domination s’étendait au loin dans la Bretagne Armoricaine ». La chronologie a une grande importance à ses yeux. Cette logique du temps le conduit à rechercher la ou les origines en toute chose et c’est cette logique, ce respect de l’ordre de succession des événements, qui lui permet de réfuter des démonstrations et des auteurs antérieurs. Son raisonnement est très visible dans la Note première ; dans l’établissement de l’identité probable entre la Corseul contemporaine et « Corsilium » dans la Note II ; dans la Note XIV « Sur l’origine de la Ville de S. Brieuc ». Ici comme pour « Corsilium » l’archéologie apporte un argument essentiel. Ruffelet fait souvent des observations « archéologiques ». Le cas le plus évident est celui des routes auxquelles il consacre la Note III en prenant soin de préciser : « nous ne parlerons ici que de celles dont on remarque encore aujourd’hui les vestiges ». Deux autres notes sont essentiellement archéologiques : la Note VII sur le « camp de César » à Pordic et la Note XI sur un ancien monument de Lanleff. Mais l’archéologie ne suffit pas. Outre ce que l’on voit, il peut y avoir des sources écrites, en l’occurrence, pour les routes, deux documents antiques : la table de Peutinger et l’itinéraire d’Antonin. La Note X « Sur le Rheginea de la Table de Peutinger » les utilise et donne un exemple achevé de la méthode historique de Ruffelet qui mobilise géographie, chronologie, archéologie dans une confrontation totalement maîtrisée des données de chacune. Cela lui permet de critiquer et réfuter judicieusement la position de dom Morice.
Ruffelet, l’utilisation et la critique des sources modernes
14S’il est possible de dire que tels auteurs mentionnés dans ses notes font partie de ceux qu’il possédait dans sa bibliothèque, il faut aussi s’interroger sur certains vides. Ainsi, ni Bertrand d’Argentré, auteur de l’Histoire de la Bretagne, des rois, ducs, comtes et princes d’icelle, 1618, ouvrage réédité en 1669, ni Lobineau (1693-1750), auteur d’une Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne en 1707, ne sont mentionnés dans les inventaires de sa bibliothèque. Mais on sait que ces ouvrages devaient faire partie de ce qu’on pourrait appeler la bibliothèque des chanoines18. Ruffelet connaissait au moins un des grands livres de l’histoire provinciale, celui de Morice puisque la carte de la Bretagne qui se trouve au début du livre du mauriste fait l’objet de critiques de sa part dans sa Note X. Cette note est une illustration de la méthode de Ruffelet. Il commence par établir un état, une situation, un bilan, simple description de faits acquis ou observables. Ici, l’identification de l’antique Rheginea, lieu dont le nom nous est transmis par des textes, avec Erquy, « petit port de mer à 4 lieues N. E. de la Ville de Saint-Brieuc ». Puis il utilise et analyse les documents antiques qui expliquent l’identification proposée. Ici, il s’agit de la Table de Peutinger. Enfin, il critique le ou les auteurs qui se sont trompés. Cette critique est méthodique et systématique : reprenant les indices ou arguments de l’auteur, il montre, preuves à l’appui – archéologiques, littéraires antiques, et modernes – ce qui est inexact ou impossible. La question des routes est une de celles qu’il maîtrise le mieux comme on a vu. Il n’est pas le premier. Dans l’Ouest, Dubuisson d’Aubenay a été un précurseur, en 1636. Plus généralement, les voies antiques ont fait l’objet d’une première grande synthèse qui est à l’origine de l’intérêt des érudits pour elles dans tout le royaume : l’Histoire des grands chemins de l’empire romain de Nicolas Bergier, en 1622. De la sorte il faut se demander si Ruffelet était un simple érudit ou aussi un homme de terrain avant de conclure.
Un érudit de terrain ?
15Ruffelet semble souvent un érudit de cabinet. Ce qu’il écrit respire les lectures accumulées aussi bien de César qu’il connaît parfaitement que des historiens modernes. Il a une intelligence qui lui permet de tirer beaucoup des travaux des autres qui éclairent ses connaissances livresques. Cela est net dans le domaine de la toponymie. Les erreurs ou les incertitudes philologiques qu’il commet sont celles que commettent ses contemporains mais il est capable de critiquer des étymologies aberrantes19.
16Dans le domaine épigraphique, il ne mentionne qu’une seule inscription : le texte que nous appelons aujourd’hui Marbre de Thorigny, mais il ne semble pas l’avoir lui-même vu et il n’est pas sûr qu’il ait connu d’autres inscriptions. En tout cas rien ne transparaît dans ses notes relatives à l’Antiquité. De la même façon, il n’est pas numismate : il ne semble parler qu’en termes généraux des médailles, celles du Bas-Empire ou des Goths, et il ne parle pas des monnaies gauloises. Pourtant, on ne peut s’empêcher de voir que ses Notes n’ont de sens, de pertinence et de force encore aujourd’hui que parce qu’elles sont également argumentées par des témoignages littéraires et des vestiges archéologiques. Il connaît son diocèse qu’il a dû arpenter. L’articulation efficace des connaissances livresques et matérielles dessine un érudit de terrain pour l’Antiquité.
Quel historien ? Ruffelet et les questions historiographiques de son temps
17Compte tenu du champ spatial et chronologique étroit des « tems qui ont précédé la venue de Jesus-Christ », des IVe-Ve siècles qui suivent l’Antiquité et des notes relatives à l’Antiquité dans les Annales briochines, il est malaisé de dessiner la conception de l’histoire antique qu’il avait et la place tenue par les grandes coupures traditionnelles en histoire antique, notamment la question de la place du christianisme et de la périodisation de l’histoire ancienne.
18Pour l’Antiquité, la périodisation entrevue ne comporte que trois moments : avant César, la conquête césarienne suivie de la domination, le Bas-Empire qui n’est pas délimité. Le cœur de l’histoire romaine briochine dessinée par Ruffelet se situe du milieu du Ier siècle av. à la fin du Ier siècle apr. J.-C. Avant cette période, aucun événement n’est précisé. Il ne parle que de « premiers tems » (partie Annales : « Tems qui ont précédé la venue de Jesus-Christ »), et des « Briochins qui, sous le nom de Venetes, Curiosolites, Ossismiens, font des conquêtes en Italie & en Allemagne, y établissent des colonies » (id.). Il s’agit ici d’une allusion aux légendaires Segovèse et Bellovèse (Tite Live, Histoire romaine, V, 34). Après la période de domination romaine du Haut-Empire, Ruffelet est muet. Le Bas-Empire, associé aux Goths qui viennent immédiatement après, n’est qu’une citation en deux occasions : à la fin de la partie « Tems qui ont précédé la venue de Jesus-Christ » et à la fin de la Note II. Entre les deux, la période romaine n’est jamais définie mais on peut estimer que, conformément aux livres que possédait Ruffelet, dans son esprit, cette période correspondait essentiellement au Ier siècle. À sa décharge, il faut noter qu’aucun des grands documents épigraphiques « bretons » qui permettraient de dépasser le Ier siècle – les inscriptions rennaises de T. Flavius Postuminus (CIL, XIII, 3151, AE, 1969/70, 405 a-b) et de L. Campanus Priscus et de son fils Virilis (CIL, XIII, 3148, 3149, 3150) – n’est connu à son époque20 et, dans sa bibliothèque, que les grands auteurs modernes ne citent pas de textes épigraphiques spécifiquement bretons ou des Gaules. L’un des rares grands textes épigraphiques connus à son époque, peut-être utilisé par les historiens contemporains21, est la Table claudienne (CIL, XIII, 1668) qui est l’exemplaire affiché à Lyon, capitale des Trois Gaules, du discours prononcé par l’empereur Claude au Sénat de Rome en 48 sur l’accès des notables gaulois au Sénat, c’est-à-dire la possibilité de devenir des sénateurs. Jusqu’à la découverte de ce texte, la proposition de l’empereur n’était connue que par la narration qu’avait faite Tacite dans les Annales, XI, 24.
19Quelques remarques et le contenu de sa bibliothèque nous laissent comprendre qu’il n’ignorait pas trois des questions débattues par les grands historiens et savants de son temps : la question de la périodisation de l’histoire avec la place du christianisme ; le mythe des Gaulois ; enfin, à l’échelle de la Bretagne, la question de la relation entre histoire provinciale et histoire nationale avec Vertot, Lobineau et Morice.
20Sur les débuts du christianisme en Bretagne, il est très peu disert aussi bien dans la partie annales proprement dites que dans ses notes historiques. Seules deux étapes sont considérées dans les Annales : les « Tems qui ont précédé la venue de Jesus-Christ » puis les « IVe-Ve Siecles depuis Jesus-Christ ». Le passage et l’établissement des Bretons insulaires dans l’Armorique, pour reprendre les mots de Ruffelet, se réduit à l’apport de « grands changements dans le gouvernement civil & ecclésiastique dans cette Province ». Quant aux notes, seule la dix-neuvième « Sur l’établissement de la Religion Chrétienne dans le Diocèse de Saint Brieuc » évoque les conditions de l’installation du christianisme en Gaule22 :
« La Religion Catholique étoit établie dans l’Armorique long-tems avant que les Bretons de l’Isle de Bretagne vinssent s’y refugier dans le V. & VI. siécles. Ces Bretons amenerent avec eux leurs Pasteurs, & ces zélés ministres trouverent encore dans notre Armorique assez de vices & de pratiques superstitieuses à combattre, pour en être regardés comme les seconds Apôtres. Saint Brieuc fut une des principales lumieres qui éclairerent alors la Bretagne. »
21En cela, Ruffelet est homme de son temps. Son siècle est caractérisé par un déclin de l’historiographie chrétienne, c’est-à-dire une diminution de la place tenue par l’interprétation chrétienne du monde23. Cette évolution a une conséquence pratique sur l’écriture historique et sur la périodisation de l’histoire antique romaine qui se traduit par une conception nouvelle de cette histoire. Jusqu’au XVIIe siècle, l’histoire de Rome est divisée en deux phases : une, antérieure à Jésus-Christ, dont l’apogée et le modèle sont la République ; l’autre est une histoire chrétienne qui inclut, absorbe l’Empire qui n’a donc pas d’autonomie car il était nécessairement « chrétien ». L’effacement de l’approche théologique de l’histoire romaine permet de mettre en valeur des continuités événementielles ou factuelles et thématiques, qui correspondent d’ailleurs davantage aux sources littéraires antiques elles-mêmes majoritairement « profanes » pour le Haut-Empire et de distinguer deux histoires : l’une qui est politique, événementielles où Dieu est absent, l’autre qui est religieuse. Rollin, tout janséniste qu’il était et donc marqué par la théologie, n’est pas resté soumis à ces découpages. Il ne parle que de nations, de peuples, de princes dont la succession n’est pas le résultat du gouvernement de Dieu. Cette histoire profane est en quelque sorte sécularisée24. Les Annales briochines de Ruffelet sont empreintes de cette historiographie. Ni dans la partie introductive et générale, ni dans les notes il ne semble y avoir de contact entre ce que l’on peut considérer comme deux genres, alors même que chronologiquement les réalités sont synchrones. Il y a nettement d’un côté l’histoire profane, celle des peuples, par exemple, et de l’autre l’histoire religieuse. La première est périodisée : les temps qui ont précédé Jésus-Christ, les Romains puis le temps de l’arrivée des Bretons insulaires aux IVe-Ve siècles. Avec eux, il y eut « de grands changemens dans le gouvernement civil & ecclésiastique de cette Province. Les anciens noms des Curiosolites, Venetes, Ossismiens, &c. disparoissent alors de notre histoire. L’établissement de ces nouvelles colonies & des nouveaux Evêchés qui se // formèrent alors fit oublier les anciennes division géographique [divisions géographiques] du pays, & en introduisit de nouvelles25 », « les Ossismiens, les Diablintes, les Curiosolites, &c., disparoissent alors de notre Histoire ; ils sont remplacés par les Maloins, les Briochins, les Lamballais &c.26 ». Orose, auteur chrétien peut-être originaire de Bretagne qui séjourna en Afrique auprès d’Augustin en 414 est mentionné par Ruffelet dans sa Note V relative à la ville de Lamballe non comme auteur chrétien mais pour des indications sur un nom de peuple. Il est mis sur le même plan que César et utilisé pour les mêmes raisons. Par une heureuse coïncidence, l’étymologie, l’archéologie et une lecture critique attentive des sources permettent en outre à Ruffelet de rejeter les hypothèses qui risqueraient d’entraîner une continuité entre la sphère profane et la sphère religieuse et donc de mettre à mal la distinction soigneusement observée entre histoire profane et histoire religieuse. C’est le cas dans la Note XIV relative à l’origine de la ville de Saint-Brieuc. Avec raison Ruffelet y démontre qu’il n’y a pas de lien entre les Bidue ou Biduce et les Briochins. Il se fait philologue pour montrer que Biducasses et Viducasses sont un même peuple, archéologue et numismate en montrant que médailles, c’est-à-dire monnaies, inscriptions – le célèbre Marbre de Thorigny (voir les annotations de la Note XIV de Ruffelet) – et vestiges archéologiques découverts à Vieux et aux environs concourent à localiser en Normandie, dans les alentours de Caen, ces Biducasses/Viducasses comme le disaient Ptolémée et Pline l’Ancien. Cette conception nécessite cependant de revenir sur les origines de la ville de Saint-Brieuc et d’examiner le problème sous l’angle religieux. Il le fait dans trois Notes : XII, « Sur la patrie de S. Brieuc », XVI, « Sur l’épiscopat de S. Brieuc » et XIX « Sur l’établissement de la religion chrétienne dans le diocèse de S. Brieuc ».
22S’agissant des Gaulois et du mythe gaulois, la composition de sa bibliothèque et quelques lignes de Ruffelet suggèrent qu’il était au courant de ces questions. Au début du XVIIIe siècle et dans sa première moitié une importante querelle historiographique s’engage. Deux thèses apparaissent et s’affrontent à la suite d’une réécriture qui fait abandonner le mythe des origines troyennes du peuple franc : l’une qu’on qualifiera ici de germaniste, l’autre de romaniste27. L’origine de cette querelle remonte au XVIe siècle avec Jean Bodin et s’est développée au XVIIe. Adrien de Valois, mentionné par Ruffelet dans ses Notes V, VIII et XIV, n’y est pas étranger dans sa Gesta francorum, seu rerum franciscarum, une histoire des Gaulois et des Francs de 254 (Valérien) à 752 (déposition de Childéric), publiée en trois tomes in-fo entre 1646 et 1658. Le constat est alors fait que ceux qui vont être les Francs sont les descendants des Germains établis dès le IIIe siècle sur le cours moyen du Rhin28. Ces Germains n’ont jamais été soumis par les Romains contrairement aux Gaulois vaincus par César. La thèse « romaniste » insiste sur les grandes figures héroïques de Ségovèse et Bellovèse (Tite Live, v, 34), terreurs des Romains, aux origines de nombreuses villes en Italie et par conséquent de toutes les civilisations antiques connues. Ces deux figures légendaires datées du règne de Tarquin présentent un avantage dans cette thèse : à la fois l’humiliation de la défaite face à César est effacée et en même temps celle que subirent après ces Gaulois romanisés face aux Francs. Dom Martin, auteur en 1752 d’une Histoire des Gaules dont Ruffelet possédait un exemplaire, est le défenseur de ce mythe gaulois comme unique ressort de toute l’histoire occidentale originelle29. La thèse « germaniste » présente les mêmes avantages en renversant les données du problème car ces Germains dont descendent les Francs ne sont eux-mêmes que les descendants de tribus qui, installées sur la rive droite du Rhin, étaient trop éprises de liberté pour accepter la soumission à Rome. Ces Germains sont donc les véritables héritiers de l’esprit gaulois. Dans une certaine mesure les Annales briochines conservent une trace ténue de la vision « romaniste » dans la partie « Tems qui ont précédé la venue de Jesus-Christ » par une allusion aux deux figures mythiques qui firent « des conquêtes en Italie & en Allemagne30 » et de la vision « germaniste » dans la Note première par le jugement sur « la conquête de l’Armorique par les Romains (qui) en altéra le gouvernement civil & politique31 ». Cela revient en effet à suggérer la supériorité du gouvernement gaulois antérieur. Or, lorsque Ruffelet publie les Annales briochines, les deux thèses sont sinon en voie de fusion tant les critiques ont fait évoluer la lecture des sources du moins en voie de fabriquer un nouveau Gaulois qui coïncide avec le Germain. Les historiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle tendent à prêter aux Gaulois les traits de caractère que César prêtait aux Germains. L’aboutissement vient en 1789 avec le livre de Laureau, Histoire de France avant Clovis que Ruffelet possède, indice supplémentaire de la curiosité de notre chanoine.
23La question de l’histoire de la Bretagne dans l’histoire nationale apparaît au détour d’une remarque critique faite par Ruffelet dans sa Note X sur la carte des voies antiques donnée par dom Morice en tête de son ouvrage Histoire de Bretagne, publié à Paris en 1750-175632 : dom Morice place à Rohan, dans l’évêché de Vannes, le Rheginca de la Table de Peutinger que l’étymologie et l’archéologie placent à Erquy comme le démontre Ruffelet et comme cela a été depuis lors confirmé33. Il faut rappeler que dom Morice, originaire de Quimper, avait été sollicité par les Rohan, et protégé par eux avec une pension de 800 livres annuelles pendant vingt ans, pour réécrire une histoire de la Bretagne qui leur convînt mieux que celle que Lobineau, autre bénédictin mauriste, avait écrite et où il avait remis en cause l’existence de leur mythique ancêtre Conan Mériadec, prétendu roi de Bretagne. L’abbé Vertot était intervenu dans cette querelle entre les Rohan et Lobineau. Ruffelet, qui possédait dans sa bibliothèque l’Histoire des révolutions arrivées dans le gouvernement de la république romaine écrite et publiée par Vertot (dans une édition de 1732, la première datant de 1719), connaissait vraisemblablement les querelles qui avaient opposé ces savants et connaissait les enjeux. Sa critique aussi simple que ferme de la carte de dom Morice révèle une conséquence marginale de ce qui fut un enjeu du début du siècle.
24Locale et ponctuelle, la contribution antique de Ruffelet à l’histoire briochine n’est ni superficielle ni anecdotique. Ses quelques pages révèlent un honnête savant, historien et archéologue bien informé qui ne se contente pas de recopier servilement ses sources antiques ou modernes et connaissant bien les lieux.
Notes de bas de page
1 Charles O., « Un précurseur ? Christophe-Michel Ruffelet (11 janvier 1725-21 août 1806), chanoine et historien à l’époque des Lumières », ABPO, t. 111, 2004, p. 93-100.
2 Ibid., p. 92-93 et note 15. Voir Quéniart J., Culture et société urbaines dans la France de l’Ouest au XVIIIe siècle, Paris, Klincksieck, 1978, notamment p. 205-213.
3 Voir Charles O., « Un précurseur ?… », art. cité, p. 91 et 95-96. Se trouvent dans sa bibliothèque des ouvrages qui sont ceux de toutes les grandes bibliothèques ecclésiastiques de la seconde moitié du XVIIIe siècle : le Nain de Tillemont, La Bletterie, Rollin, Beaufort, l’abbé de Mably par exemple.
4 On les appelle aussi Guerre des Gaules, en latin Bellum Gallicum, désormais abrégé BG.
5 Commençant à Constantin le Grand, elle prenait chronologiquement la suite de l’Histoire romaine de Rollin.
6 CIL : abréviation de Corpus inscriptionum Latinarum, Berlin, depuis 1863. AE : abréviation de L’Année épigraphique, depuis 1888.
7 Voir infra, Annales, Tems qui ont précédé la venue de Jésus-Christ.
8 Cinq volumes in-fo au total : Morice H., Mémoires pour servir de preuves à l’Histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne, Paris, Osmont, 1742-1746, 3 vol. ; Morice H., Taillandier C., Histoire ecclésiastique et civile de la Bretagne, Paris, Delaguette, 1750-1756, 2 vol.
9 Sur tous ces savants, voir infra les indications biographiques dans les annotations au fur et à mesure de leur mention par Ruffelet.
10 Voir Grell C., Le Dix-huitième siècle et l’Antiquité en France. 1680-1789, Oxford, Voltaire Foundation, 1995, p. 301-307. Voir Quéniart J. Culture et société urbaines …, op. cit., p. 328.
11 Mentionné dans l’inventaire de sa bibliothèque comme « Dictionnaire d’antiquités grecques et romaines », publié à Paris en 1768.
12 Voir infra, Annales 1605.
13 Voir Aubert G., « Un collectionneur provincial vu par ses contemporains : le président de Robien (1698-1556) », ABPO, 1998, 105, 4, p. 37-57. Voir aussi du même auteur, Le président de Robien, gentilhomme et savant dans la Bretagne des Lumières, Rennes, PUR, 2001, p. 247-256.
14 Voir infra, Note II.
15 Du Bois de La Villerabel A., « Le chroniqueur Ruffelet », MSACDN, t. II, 1866, p. 129-198, 255-282 et 383-423.
16 Voir Charles O., « Un précurseur ?… », art. cité, p. 101-102. Un échange épistolaire eut lieu entre Ruffelet et le chevalier de Kerloury au sujet du temple de Lanleff comme en témoigne une lettre datée de 1780 qui prouve que les Annales briochines furent connues et lues et que les recherches de Ruffelet continuèrent après. Sur le temple de Lanleff, Ruffelet est aussi hésitant que Robien quelques années auparavant mais en ce qui concerne les échanges entre Le Brigant et Ruffelet, je pense que la lettre non datée citée par A. Du Bois de La Villerabel après celle de 1781 lui est antérieure et que Ruffelet a puisé dans les informations que lui donnait Le Brigant pour écrire sa Note XI sur le temple de Lanleff.
17 Voir Kriegel B., L’histoire à l’âge classique, 3/ Les académies de l’histoire, Paris, PUF, 1996, coll. Quadrige, chapitre 3 : « Travaux et méthode de travail des mauristes », notamment p. 60-65. Cette méthode est appelée diplomatique.
18 Charles O., « Un précurseur ?... », art. cité, p. 92 et note 14.
19 Voir infra : remarques étymologiques proposées en note par Ruffelet dans Annales « Tems qui ont précédé la venue de Jesus-Christ » ; Note VIII sur l’analogie entre Witsan/Itsand et Portus Iccius/Itius ; Note X sur le Rheginca de la Table de Peutinger en note ; voir en général les remarques faites à propos des noms des peuples avec leurs variantes selon les auteurs latins dont certaines sont des corruptions de copistes médiévaux. Si Ruffelet ne maîtrise pas toutes les données de la philologie latine ou celtique, ce dont on ne saurait lui faire grief dans ce dernier cas, la rigueur de sa méthode d’analyse des sources latines lui permet de signaler de nombreuses erreurs ou approximations à défaut de pouvoir les rectifier.
20 Ils ne le seront qu’un siècle après la parution des Annales briochines : en 1868, en 1896 puis encore un siècle plus tard en 1969. Sur l’épigraphie armoricaine et la constitution des collections en Bretagne, voir Mathieu N., « L’épigraphie dans l’Ouest armoricain. Historiographie et constitution des collections locales », ABPO, t. 118, n° 3, 2011, p. 115-140.
21 Découverte en 1528/1529 au cours de travaux dans la propriété du marchand-drapier Roland Gribaud, elle fut installée en 1657 à l’Hôtel de Ville de la place des Terreaux. Elle était connue des historiens lyonnais mais on sait aussi que Saint-Aubin, entre autres auteur des Antiquitez de la nation et de la monarchie françoise en 1741, l’utilisa. Voir Fabia P., La Table claudienne de Lyon, Lyon, Audin, 1929, 167 p.
22 Voir infra, note XIX.
23 Voir Grell C., L’histoire entre érudition et philosophie. Étude sur la connaissance historique à l’Âge des Lumières, Paris, PUF, 1993, p. 142-155.
24 Voir Grell C., Le Dix-huitième siècle et l’antiquité en France …, op. cit., p. 877-881.
25 Voir, infra, Annales, IVe & Ve Siécles depuis Jesus Christ.
26 Voir infra, Note première.
27 Voir Kriegel B., L’histoire à l’âge classique. 3…, op. cit., p. 66-67.
28 Voir Nicolet C., La fabrique d’une nation. La France entre Rome et les Germains, Paris, Perrin, 2006 [1re éd. 2003], coll. Tempus, p. 40-65.
29 Voir Mas R., « Dom Jacques Martin, historien des Gaulois (1684-1751) », dans Viallaneix P., Ehrard J. (éd), Nos ancêtres les Gaulois. Actes du colloque international de Clermont-Ferrand, Clermont-Ferrand, Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’université de Clermont-Ferrand II, nouvelle série, fasc. 13, 1982, p. 41-50.
30 Voir infra, Annales, Tems qui ont précédé la venue de Jesus-Christ.
31 Voir infra, Note première.
32 Voir infra, Note X.
33 Voir Langouët L., Souillet G., « Reginca et la baie de Saint-Malo dans l’antiquité », AB, t. 81, 1974, p. 653-679.
Auteur
-
Nicolas Mathieu
Professeur d’histoire romaine, université Pierre Mendès-France – Grenoble 2 ; USR 710, L’Année épigraphique, CNRS, Paris ; CRHIPA, EA 599, Grenoble
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