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10 - Le mariage manqué du meunier des Moulins Neufs
p. 388-389
Texte intégral
1Étienne Landais, garçon meunier, avait épousé à 21 ans, une meunière deux fois veuve de 37 ans. Quatre mois après la mort de sa femme, le veuf de 33 ans se fiance avec Scholastique David, la jeune servante d’un autre meunier de la paroisse. Mais Scholastique change d’avis et le notaire doit consigner que les parties se rendent leur liberté réciproque. On note que la bague et le mouchoir d’indienne offerts par Étienne Landais, constituant le gage du mariage, seront, pour plus de sûreté, rendus entre les mains de monsieur le curé.
23 juin 1768. Acte de liberté et de dédit de promesse de mariage entre Étienne Landais et Scholastique David
2Par devant nous Jean Pillot… furent présents chacun d’Étienne Landais meunier, veuf d’Anne Chauvin d’une part, et Scholastique David, fille domestique, demeurant l’un et l’autre paroisse de Cérans d’autre part, entre lesquelles parties a été fait ce qui suit. C’est à savoir que lesdits Landais et David, veuf et fille, se seraient promis épouser l’un l’autre suivant les fiançailles qu’ils ont faites en l’église de Cérans le lundi de Pâques dernier, et s’étant trouvé que ladite David aurait empêché le lendemain que les bans de leur futur mariage fussent publiés55 en les paroisses de Cérans et d’Oizé, en laquelle dernière paroisse Marie Bouttevin, veuve de Joseph David, sa mère, fait sa demeure, par des raisons ou discours qu’elle avait entendus56, et ne pouvant l’un et l’autre facilement se marier sans craindre les oppositions, tant par rapport aux engagements qu’ils s’étaient mutuellement fait qu’autrement57, ils ont été conseillés l’un et l’autre de s’adresser à un notaire pour leur décerner acte de liberté qu’ils se donnent respectivement de s’établir dans la suite des temps en tel pays et à telle personne qu’ils le jugeront à propos ; et enfin ledit Landais étant sur le point de faire assigner ladite David en répétition de la somme de quatre livres qui lui en a coûté58, d’une part à leurs fiançailles pour le repas qu’il a payé aux parents, plus de la somme de trois livres d’autre [part] qu’il a donné à ladite Bouttevin, mère de ladite David, les frais des bans de mariage, et au surplus à se faire rendre d’autre part un mouchoir de col d’indienne et une bague d’argent qu’il avait donnés par nom de mariage59 à ladite David ; et à l’instant la fille David a consenti de payer tout présentement à Landais moitié de ladite dépense montant à 40 sols, les 3 livres qu’il avait prêtées ou données60 à sa mère, et les frais des bans de publication montant à 6 sols. Quant au mouchoir et à la bague elle nous a déclaré les avoir fait remettre par Charles Picouleau, l’un des domestiques de Jean Turquais, meunier chez qui elle demeure61… entre les mains de Monsieur le curé de Cérans ; et que pour les frais du présent acte, ils seront communs. Toutes propositions acceptées par ledit Landais qui ira chercher les bague et mouchoir chez le sieur curé. Il a reconnu avoir touché de ladite David à la vue de nous notaire et des témoins la somme de 106 sols62 que ladite David a présentement empruntée à Turquais son maître, à qui elle la rendra, comme la moitié du coût du présent acte63, au moyen de quel paiement [Landais] acquitte ladite David de toutes ses prétentions, et demeurent respectivement quittes de leur personne.
3Fait et passé en l’étude, présents René Follenfant courrier de la poste aux lettres de Foulletourte à Sablé, et Michel Lejeune tixier demeurant audit Foulletourte. Les parties ont déclaré ne savoir signer.
4[La minute n’est signée que des témoins].
Notes de bas de page
55 * La rupture peut intervenir à tous les stades de la fréquentation, jusqu’au jour même des noces. Ici, on se place après les fiançailles, mais avant la publication des bans. On remarque que, comme dans la plupart des cas retrouvés, l’initiative de la rupture vient de la fille et non pas du garçon.
56 * Les motifs de ce brusque changement d’avis restent vagues : la jeune fille (ou le notaire ?) évoquent des « raisons ou discours entendus », c’est-à-dire des bruits, des rumeurs, circulant par voie orale et dont nous sommes condamnés à ignorer la nature.
57 * Du fait de l’engagement qu’ils avaient pris antérieurement l’un envers l’autre (fiançailles, gages de mariage…), il était à craindre que le délaissé ne mette opposition au mariage de l’autre, comme Patoy au mariage d’Anne Chapeau.
58 En répétition : en restitution.
59 Par nom de mariage : gage donné en foi, en considération, ou en nom de mariage. * On remarque la parenté avec les cadeaux offerts par Louis Simon à Anne Chapeau. En 1768, l’indienne est encore très rare dans les trousseaux des villageoises. Il s’agissait donc d’un présent de valeur, représentant le dernier cri de la mode.
60 * Le notaire rend compte de l’ambigüité du statut de cette somme.
61 * La jeune fille, qui a failli épouser un meunier, est domestique d’un autre meunier. Le mariage rompu répondait donc aux règles de l’homogamie.
62 * 106 sols : 5 livres 6 sols, addition exacte des sommes énumérées juste avant, 2 livres pour la moitié du repas de fiançailles, les 3 livres versées à la mère, et 6 sols pour frais de bans.
63 * Le meunier soutient sa domestique et lui prête non seulement l’argent nécessaire pour se libérer de tout engagement envers son fiancé mais aussi la moitié des frais de notaire, dont le montant n’est pas précisé ici.
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