1 Auparavant le siège du gouvernement était installé au Petit-Goave, modeste agglomération située à 33 km au sud de Léogane. En 1789, la population de la ville et de la paroisse du Port-au-Prince était évaluée à 2 200 Blancs, 800 affranchis et 16 000 esclaves (cf. Ducœurjoly, Manuel des habitants de Saint-Domingue, Paris, an X, 2 vol., 216 pages et 406 pages, tome I, Tableau de la population et des productions de Saint-Domingue pour l’année 1789, p. CLXViij-CLVij).
2 Néanmoins, étant donnée l’importance stratégique du Cap, le gouverneur-général avait coutume de résider dans cette ville en cas de guerre. En 1789, la population de la ville et de la paroisse du Cap était estimée à 2 738 Blancs, 1 264 affranchis, 8 147 esclaves (cf. Ducœurjoly, op. cit.).
3 Cette dénomination provient de ce qu’au large de la plaine littorale des Cayes, se trouve une île du nom de l’ile-à-Vache.
4 Ce débouché, c’est le « Windward Passage » prolongé par le « Jamaica Channel ». J’emploie le terme « Nouvelle-Angleterre » dans un sens très général selon l’usage du xviiie siècle, pour désigner l’ensemble des « Northern Colonies », du Massachusetts à la Caroline, de Boston à Charleston.
5 Nouvelle-Espagne : Mexique. – Isthme de Darien : isthme de Panama. – Nouvelle-Grenade : Colombie et Venezuela.
6 Barthélemy de Las Casas, Tyrannies et cruautés des espagnols perpétrés en Indes occidentales, qu’on dit le nouveau Monde… fidèlement traduites par Jacques de Miggrode, Anvers, 1579 (1re édition en langue française), 184 pages, p. 7.
7 Ducœurjoly, op. cit., t. 1, p. Lij-LXXIIj. Les mines du Cibao étaient situées dans la partie orientale qui deviendra la « partie espagnole » proprement dite.
8 Rappelons que Colomb mit le pied, le 12 octobre 1492, sur l’île de Guanahani (baptisée San Salvador), de l’archipel des Bahamas. Au mois de décembre suivant, il découvrait « l’Ile espagnole ».
9 Ducœurjoly, op. cit.
10 Le nom de cette capitale prévalut rapidement sur celui d’Hispaniola pour désigner l’île entière. Après le partage avec la France, Santo-Domingo resta la capitale de la « partie espagnole ». L’université de Santo-Domingo fut fondée par les Pères Dominicains et reçut le nom d’université de Saint-Thomas.
11 « Ayti ou Haïti, c’est-à-dire terre montagneuse » (cf. le Père Nicolson, Essai sur l’histoire naturelle de Saint-Domingue, Paris, 1776, 374 pages, Introduction).
12 Las Casas, Tyrannies et cruautés des espagnols…, op. cit., p. 9 et 16.
13 La cassave : farine de manioc.
14 Cf. Pierre Chaunu, l’Amérique et les Amériques, Paris, 1964, 470 pages, p. 86.
15 Cf. le Père Du Tertre, histoire générale des Antilles habitées par les Français, Paris, 1667-1671, 3 vol., t. 1, p. 78-81.
16 Quant à la partie espagnole de Saint-Domingue, d’une économie bien sommeillante, sa population ne dépassait guère 100 000 individus en 1789 (25 000 Blancs, 65 000 mulâtres et au maximum 15 000 esclaves – cf. D. L. Ropa, « La société coloniale de Santo-Domingo », Rev. franc. d’hist. d’Outre-Mer, 1959, p. 155-193).
17 Las Casas, Tyrannies et cruautés des espagnols..., op. cit., p. 13.
18 Las Casas, op. cit., p. 7.
19 « Les Bostoniens » : terme courant à l’époque pour désigner non seulement les armateurs, négociants, marins et navires de Boston, mais aussi ceux de Newport, New York, Philadelphie, Charleston, et autres ports des colonies anglaises de l’Amérique septentrionale.
20 Pour l’ampleur du trafic « interlope » à Saint-Domingue et pour ses incidences politiques, voir mon article, « Les colons de Saint-Domingue et la métropole », Revue historique, n° 482, avril-juin 1967, p. 381-414.
21 « Mémoire instructif » adressé à l’Assemblée des Notables du royaume par les commissaires de la colonie de Saint-Domingue, cité par Garran-Coulon, Rapport sur les troubles de Saint-Domingue fait au nom de la commission des Colonies, des Comités de Salut public, de législation et de Marine réunis, Paris, impr. nat., an III-an VII, 4 vol., t. l, p. 147-148.
22 Hilliard d’Auberteuil, Considérations sur l’état présent de la colonie française de Saint-Domingue, Paris, 1776-1777, 2 vol., t. 1, p. 30.
23 Souvenir de ses origines flibustières, la Colonie gardera la dénomination de « Tortue et Côte Saint-Domingue » jusqu’au xviiie siècle où elle prendra le titre de « Partie française de Saint-Domingue ».
24 P. Chaunu, op. cit., p. 113.
25 Las Casas, op. cit., p. 10-11.
26 Histoire générale des Antilles habitées par les Français, Paris, 1667-1671, 3 vol., t. 1, p. 2.
27 Voir, à ce propos, Charles-André Julien, les voyages de découverte et les premiers établissements (xve-xvie siècles), PUF, 1948, 533 pages, p. 71, 91, 181-183.
28 Bois de teinture couleur de braise, très apprécié en Europe.
29 Écailles de tortues de mer de grande taille du même nom. utilisées alors pour fabriquer des peignes ou pour recouvrir des coffrets précieux et des « cabinets à liqueur ».
30 « Habitant », propriétaire d’une « habitation », c’est-à-dire d’une plantation.
31 AN, Col., C9 A, rec. 1, le 24 août 1684, Lettre à Seignelay, secrét. d’État à la Marine.
32 AN, Col., C9 A, rec. 5, le 15 mai 1701, Lettre à Jérôme de Pontchartrain, secrét. d’État à la Marine.
33 AN, Col., C9 A, rec. 127, le 10 janvier 1766, Lettre commune au ministre Choiseul.
34 Les Caïques et les Turques sont les dernières îles de la chaîne insulaire des Bahamas, à l’extrémité orientale. Situées face aux côtes septentrionales de Saint-Domingue, elles furent contestées entre la France et l’Angleterre au xviiie siècle, avant de former la colonie britannique des « Turks and Caicos Islands ».
35 Pour le « cabotage », voir, par exemple, le cas du « piroguier » Pierre Labry, mort dans la misère en 1769, in Ch. Frostin, Angevins de modeste condition établis à Saint-Domingue (Correspondance Labry, 1752-1778). Revue française d’histoire d’outre-mer, n° 209, 1970, 447-468 pages, p. 455-456.
36 La chaleur et la fumée, avec ses produits antiseptiques, dégagées par le feu de bois vert allumé sous le boucan, permettaient cette conservation.
37 A.-O. Oexmelin, Histoire des aventuriers-flibustiers qui se sont signalés dans les Indes, Paris, 1686, trad. du holl. Oexmelin, « chirurgien » chez les flibustiers de la Tortue, mourut en 1707.
38 R. Lacombe, Histoire monétaire de Saint-Domingue et de la République d’Haïti, Paris, 1958, 69 pages, p. 11.
39 « Hatte », terme d’origine espagnole : savane aménagée en pacage pour le gros bétail.
40 Cf. G. Debien, Les premiers trafics des îles, flibuste, chasse et pêche, Annales des Antilles, 1955, n° 3 et 4, 83-103 pages, p. 99.
41 AN, Col., C9 B, carton 1, le 20 juillet 1665, Mémoire à Colbert.
42 « Torquer » le tabac : l’apprêter pour le mettre en « rolles » ou rouleaux. Pour les contrats de Minedorge, voir G. Debien, Les premiers trafics…, op. cit., p. 96-97, 100.
43 Le contrat d’engagement était en principe de trois ans.
44 AN, Col., C9 A, rec. 1, le 5 mai 1681, Mémoire adressé à Colbert par les habitants du quartier de Grande-Rivière (pour se plaindre de la Ferme du tabac). Ibid., rec. 3, décembre 1696, lettre du gouverneur Ducasse (pour dénoncer les fraudes des planteurs de tabac).
45 L’arrobe, mesure de poids, représentait environ 12 kg 78.
46 Cf. P. Chaunu, op. cit., p. 110-111.
47 « Terrage » du sucre : une fois les cannes broyées, le suc ou « vesou » était versé dans des formes coniques contenant une terre argileuse pour le débarrasser des sirops. Puis on raffinait un peu plus pour obtenir des sucres en pain appelés « cassonnades ». À l’exportation, ces pains étaient pilés afin de diminuer l’encombrement sur les navires. Le « terrage » n’était possible que dans les sucreries les mieux équipées et le raffinage restait toujours incomplet, nécessitant une dernière opération dans les manufactures des ports métropolitains. Les sucres « terrés » étaient appelés aussi sucres « blancs ».
48 AN, Col., C6 A, rec. 1, lettre du 1er juin 1672.
49 AN, Col., C9 A, rec. 5, le 17 octobre 1700.
50 AN, Col., C9 A, rec. 5, le 24 septembre 1701, Galliffet à Jérôme de Pontchartrain.
51 Moreau de Saint-Méry, Description de la Partie française de Saint-Domingue, Philadelphie, 1797-1798, 2 vol., nouvelle édition par Maurel et Taillemite, Paris, 1958, 3 vol., t. 2, p. 1110-1111.
52 Cf. G. Debien, La sucrerie Galbaud du Fort (1690-1802), Le Caire, 136 pages, p. 23-35 (bonne étude des origines de l’une des plus anciennes sucreries de la colonie).
53 Labat, Nouveau voyage aux isles de l’Amérique, Paris, 1742, 8 vol., t. 7, p. 135 et 165 (1re édition 1722).
54 AN, Col., C9 A, rec. 5, le 10 août 1700, Galliffet à J. de Pontchartrain.
55 Vers 1685 (cf. P. Constantin, Jacques Yvon, sieur des landes, 1645-1698, Laval, 1957, 48 pages).
56 Pour le régime des concessions de terres dans les Antilles françaises, Me Desportes, « Mode d’appropriation des terres », Annales des Antilles, 1955, n° 2, p. 71-88.
57 « Cabrouet » : charriot à deux roues tiré par deux ou quatre bœufs.
58 Voir les nombreuses monographies de sucreries rédigées par G. Debien, notamment La sucrerie Galbaud du Fort, op. cit., et Plantations et esclaves à Saint-Domingue, Publ. Sect. d’Hist. Université de Dakar, n° 3, 1962, 184 pages.
59 De 1774 à 1788, le nombre des « Libres » passait de 6036 à 21808 et celui des Blancs simplement de 20 247 à 27 717 (AN, Col., C9 A, rec. 145, recensement de 1774, et rec. 160, extraits des recensements de 1787 et 1788).
60 Moreau de Saint-Méry, Description…, op. cit., t. 3, p. 1166.
61 Ibid., id., p. 1346.
62 Canton à dix lieues de Jérémie, port de la côte septentrionale de la péninsule du Sud. Pour la « frénésie du café », voir Moreau de Saint-Méry, op. cit., p. 1396.
63 Cf. Ch. Frostin, « L’intervention britannique à Saint-Domingue en 1793 », Rev. franc. d’Hist. d’Outre-Mer, 1962, t. XLIX, p. 293-365.
64 Vers la fin de l’Ancien Régime cependant, l’existence du « Maniel » commença à inquiéter sérieusement l’autorité locale (AN, Col., C9 B, carton 32, le 29 décembre 1782, Le brasseur, commissaire-ordonnateur au ministre ; C9 A, rec. 153, le 3 mai 1783, extrait registres de la Ch. d’Agriculture du Port-au-Prince).
65 Voir, entre autres, Y. Debbasch, I – « Essai sur la désertion de l’esclavage antillais », Année Sociologique, 1961, p. 1-112 ; II – « La société coloniale contre le marronage », Année Sociologique, 1962, p. 117-195.
66 À sa libération, l’engagé recevait, avec 12 livres de plomb et 10 livres de poudre, un « fusil à giboyer » de fabrication spéciale. C’est le fusil boucanier au canon de « 4 pieds et demi de long ».
67 AN, Col., C9 A, rec. 1, le 3 mai 1688, le gouverneur Cussy à Seignelay.
68 Ibid., rec. 22, le 22 mars 1723, lettre au Conseil de Marine.
69 Ibid., rec. 43, le 12 juin 1736, lettre au ministre Maurepas.
70 Hilliard d’Auberteuil, Considérations..., op. cit., t. 2, p. 40-42.
71 Moreau de Saint-Méry, Description..., t. 3, p. 1394.
72 Ibid., t. 2, p. 865-867.
73 AN, Col., B 119, f. 20/30, Mémoire du Roi pour servir d’instruction au comte d’Estaing.
74 Pour tous ces chiffres (en quintaux de cent livres), voir Jean Tarrade, Le commerce colonial de la France à la fin de l’Ancien Régime. L’évolution du régime de l’Exclusif de 1763 à 1789, thèse d’État, Paris, 1969, 4 vol., 1294 pages dactylogr., t. 1, p. 40.
75 Hilliard d’Auberteuil, Essais historiques et politiques sur les Anglo-Américains, Bruxelles, 1782, t. 1, p. 168.
76 Paul Moral, Le paysan haïtien, Paris, 1961, thèse Géogr., 375 pages, p. 264.
77 J. Tarrade, op. cit., t. 1, p. 273, tableau XIII.
78 Martinique : 69 695 esclaves en 1765, 73416 en 1788. Guadeloupe : 71 931 esclaves en 1765, 85461 en 1788.
79 J. Tarrade, t. 1, p. 230-231.
80 F. Braudel et E. Labrousse, Histoire économique et sociale de France, t. 2, 1660-1789, PUF, 1970, 779 pages, p. 503-505. J. Tarrade, t. 1, p. 261-265.
81 Cf. P. Chaunu, op. cit., p. 141.
82 Expression de Moreau de Saint-Méry, Description…, op. cit., p. 4.
83 Hilliard d’Auberteuil, Considérations…, t. 1, p. 231. Moreau de Saint-Méry, Description…, t. 2, p. 694, et t.1, p. 4.
84 Hilliard d’Auberteuil, op. cit., p. 34.
85 « Les Actes des Apôtres », 1789, t. 2, n° LVI, p. 11, in G. Debien, Esprit colon et esprit d’autonomie à Saint-Domingue au xviiie siècle, Larose, 1954, 55 pages, p. 26.
86 Le « procureur », généralement un négociant ou un homme de loi et parfois un colon, est porteur de tous les pouvoirs du propriétaire résidant en France. il reçoit un pourcentage sur le chiffre d’affaires de l’habitation. Le gérant dirige effectivement sur place la marche de l’habitation, en l’absence du propriétaire. il ne touche que des gages fixes, mais il est bien placé pour s’enrichir à la faveur de détournements et ainsi accéder lui-même à la propriété.
87 « L’économe », souvent un jeune immigrant démuni, assure la surveillance des esclaves. il touche des gages peu élevés et parfois même doit se contenter d’être employé au pair.
88 François de Neuchâteau, Mémoire en forme de discours sur la disette du numéraire à Saint-Domingue…, Metz, 1788, 178 pages, p. 97, cité in P. Moral, op. cit., p. 266.
89 Dans certains recensements, la catégorie « hommes portant armes » regroupe l’ensemble des Blancs astreints au service de milice, principalement les « habitants », à l’exclusion des « Blancs à gage » mentionnés à part.
90 Cf. Jean Tarrade, op. cit., t. 1, p. 55-56.
91 En 1774, par exemple, il y avait, selon Hilliard d’Auberteuil, « 200 gérants établis sur les sucreries en l’absence des propriétaires, la plupart tirés de la classe des Économes… » (Considérations…, t. 1, p. 154-157).
92 Hilliard d’Auberteuil emploie indifféremment les termes « colons » et « cultivateurs » pour désigner les propriétaires d’habitations qui résident dans la Colonie (Considérations…, t. 1, p. 151).
93 Le terme « Affranchi », au xviiie siècle, s’applique indistinctement au Mulâtre né libre et à l’esclave affranchi, donc à tout membre de la catégorie intermédiaire dite des « Gens de couleur libres » ou plus simplement « Libres ».
94 AN, Col., C9 B, carton 18, le 15 janvier 1765.
95 Cf. G. Debien, Les colons de Saint-Domingue et la Révolution. Essai sur le Club Massiac, Paris, 1953, thèse d’État, 414 pages, p. 37-39 ; J. Tarrade, « L’administration coloniale en France à la fin de l’Ancien Régime : projets de réforme », Revue historique, janvier-mars 1963, p. 103-122, p. 118, note 2 ; Y. Debbasch, Couleur et liberté, t. 1, L’affranchi dans les possessions françaises de la Caraïbe (1635-1833), Paris, 1967, 309 pages, p. 126-131.
96 Voir, à ce propos, la correspondance très caractéristique du colon Louis Sartre en 1790-1791, extraits dans G. Debien, « Nouvelles de Saint-Domingue », Annales Historiques de la Révolution française, n° 4, 1959, n° 2, 1960, p. 27-28.