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    Plan détaillé Texte intégral La mise en scène des perturbations de l’histoire Afropessimisme et desengaño L’ironie au service de l’ambivalence du sens politique Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Roman et politique

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    Politique et roman postcolonial : le désenchantement des indépendances chez V. S. Naipaul (The Mimic Men) et A. Kourouma (Les Soleils des indépendances)

    Yves Clavaron

    p. 279-290

    Texte intégral La mise en scène des perturbations de l’histoire Afropessimisme et desengaño L’ironie au service de l’ambivalence du sens politique Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1À propos de la littérature africaine de la fin des années 1960, Kenneth W. Harrow parle de « seuils de changement » et signale l’émergence d’un nouveau type d’écriture – une « littérature de l’oxymore » –, qui dépeint le chaos postcolonial, tant sur le plan collectif des problèmes sociaux et de la corruption des dirigeants qu’au niveau individuel des perturbations psychologiques provoquées par cet univers instable1. Faisant suite à une écriture de la révolte contre la colonisation, cette littérature de l’oxymore se situe à un seuil (« threshold »), à un carrefour, entre un passé colonial désormais révolu, mais qui perdure, et un avenir problématique, celui de l’indépendance qui dégénère en dictature.

    2C’est à ce seuil que semblent se situer deux romans de la fin des années 1960 : The Mimic Men du Trinidadien V. S. Naipaul, publié à Londres en 1967 et Les Soleils des indépendances de l’Ivoirien A. Kourouma, publié en 1968 à Montréal (avant de l’être à Paris en 19702). Chaque écrivain a effectué une transposition politique : Naipaul situe l’action de son roman dans l’île d’Isabella, probablement mise pour Trinidad (Trinidad et Tobago) tandis que la Côte des Ébènes de Kourouma constitue une allusion transparente à la Côte d’Ivoire. Sachant que la Côte d’Ivoire a obtenu son indépendance en 1960 et Trinidad et Tobago en 1962, les textes produisent à la fois un effet de contemporanéité par la proximité des événements décrits et de mise à distance par la réélaboration fictionnelle du cadre géopolitique.

    3Le contexte historique de la décolonisation – et le tropisme révolutionnaire qui en découle – semble propice à l’éclosion d’une littérature conçue comme force de transformation sociale et politique, en rupture avec les théories formalistes ou structuralistes qui privilégient une littérature intransitive. Naipaul et Kourouma ont adopté des postures citoyennes différentes : regard distancé de l’intellectuel jugeant son époque pour l’un, statut d’opposant au pouvoir en place pour l’autre3, mais tous deux établissent un lien entre littérature et politique, ce qui pose la question de leur engagement4. Dans Qu’est-ce que la littérature ?, J. P Sartre a réévalué la notion d’engagement et la définit comme un dépassement dialectique du purisme esthétique et de la littérature de propagande5. En outre, il conçoit l’engagement comme une action volontaire et réfléchie et fait sienne la formule de Pascal : « Nous sommes embarqués6. » La littérature coloniale – et postcoloniale des premiers temps des indépendances – a souvent été associée à un sous-genre romanesque, le roman à thèse tel que le définit Susan Rubin Suleiman : « Un roman “réaliste” (fondé sur une esthétique du vraisemblable et de la représentation) qui se signale au lecteur comme porteur d’un enseignement, tendant à démontrer la vérité d’une doctrine politique, philosophique, scientifique ou religieuse7. » Il s’agira d’évaluer la place du politique, d’observer comment les romans de Naipaul et de Kourouma négocient leur relation au pouvoir et à la « chose » publique afin de déterminer la nature et la forme de leur engagement dans le contexte postcolonial.

    La mise en scène des perturbations de l’histoire

    4D’après S. R. Suleiman, le roman à thèse est par sa monologie antinomique du morcellement moderniste : « Là où le texte moderne cherche l’éclatement, la multiplication du sens, le roman à thèse vise le sens unique, la clôture absolue8. » Or ce critère est sans doute celui qui est le plus remis en cause par l’écriture de Kourouma et de Naipaul : le premier représente un monde sens dessus dessous tandis que le second choisit pour protagoniste-narrateur un personnage qui ne cesse d’affirmer la pulvérisation de son moi.

    5Dans le roman de Kourouma, les « soleils des indépendances » correspondent à une ère de profonde perturbation, à un monde dépolarisé, que l’écriture traduit par une série de métaphores, la première étant liée à l’effondrement et à laquelle le titre du premier roman de Chinua Achebe pourrait servir d’emblème, Things Fall Apart. L’écriture ne cesse de répéter le motif du « monde renversé » (SI, p. 73, p. 89). La structure traditionnelle des clans commandés par un chef, transformé en « collaborateur » par le colonisateur, disparaît avec les indépendances9). Un autre réseau métaphorique, constitué par les images animales, traduit les violents renversements de situation sociale : « Fama Doumbouya “totem panthère”, devient un “vautour”. » (SI, p. 11.) Le prince est en effet contraint de travailler comme officiant dans les obsèques pour assurer sa survie. Victime des coups du destin, Fama « né dans l’or, le manger, l’honneur et les femmes » est devenu un « charognard » (SI, p. 12), « un prince presque mendiant » (SI, p. 13). Enfin, l’image du fléau confère à la situation postcoloniale une forme de malédiction biblique : « Comme une nuée de sauterelles les Indépendances tombèrent sur l’Afrique à la suite des soleils de la politique » (SI, p. 24) alors que la nouvelle société se remplit de créatures dignes de La métamorphose de Kafka, les « Cancrelats des Indépendances, des partis uniques, de la révolution... » (SI, p. 137). Sans manifester nécessairement un éclatement du sujet, Kourouma signifie nettement que le sujet postcolonial se sent floué par la nouvelle situation politique. La dénonciation prend alors une allure de parabole : « Comme la feuille avec laquelle on a fini de se torcher, les Indépendances une fois acquises, Fama fut oublié et jeté aux mouches. » (SI, p. 24.)

    6C’est bien l’aliénation du sujet postcolonial qui est postulée par Naipaul dans un roman qui se présente comme les mémoires supposés d’un homme politique caribéen, d’origine indienne. Le héros, Singh, situé au carrefour des trois civilisations (indienne, caraïbe et britannique), se sent spectral même s’il est central à son histoire, qui constitue une partie de la grande Histoire des décolonisations. Cherchant à s’identifier à un modèle européen qui n’est pas le sien, le protagoniste construit sa personnalité en une succession de « lesses » : « groundless, historiless, childless, humourless, placeless, homeless […] » pour reprendre la remarque de H. Ben Abbes10.

    7Lors de son séjour à Londres, le narrateur doit compenser par une performance d’acteur – il se choisit le personnage du « dandy, du colonial prodigue » – le clivage qu’il sent en lui et son incapacité à relier le passé et le présent ainsi que les différents noyaux culturels auxquels il est rattaché. Il se voue à vivre comme un être du reflet : « Nous devenons ce que nous voyons de nous-même dans le regard des autres11. » Mais la tentative de se construire une personnalité dans et par les yeux des autres ne peut que conduire à l’aliénation, d’où le sentiment d’un naufrage, « l’impression d’être à la dérive », même si cette dernière peut permettre des rencontres (HP, p. 36, « this feeling of being adrift », MM, p. 26). À Londres, le déracinement dégénère en cosmopolitisme forcené où le narrateur fétichise le caractère interracial de ses aventures sexuelles, attitude qui culmine dans son mariage avec l’Anglaise Sandra, qui vaut comme trophée. Dès lors, le protagoniste se sent « fantomatique, proche de la désintégration, inutile, indécis » (HP, p. 69, « spectral, disintegrating, pointless, fluid », MM, p. 53).

    8L’aliénation s’exprime aussi spatialement, dans l’impossibilité d’assigner à résidence le moi, écartelé entre la métropole européenne, toujours fascinante, et la nouvelle nation. Dans le roman, l’« obsession géographique » (HP, p. 92, « my geographical sense », MM, p. 70) se transforme en impossibilité de s’enraciner, en l’abolition du sentiment d’appartenance car tous les lieux sont interchangeables (MM, p. 166, HP, p. 205). Le sujet postcolonial souffre alors de dislocation : il est « out of place » selon la formule titre de Said12. L’éclatement du monde et/ou du moi remet a priori en cause la monologie du roman à thèse, mais cet éclatement même, cette impossibilité à tenir un discours univoque peut valoir comme message politique, traduction de l’implication de Kourouma et de Naipaul dans le débat public.

    Afropessimisme et desengaño

    9À propos du roman à thèse, S. R. Suleiman constatait l’impossibilité d’y trouver le « miroitement du sens » évoqué par R. Barthes13. Selon elle, le sens n’y est pas pulvérisable, mais au contraire, plus l’œuvre avance, plus les redondances se multiplient et plus le sens se limite, se fait un, établissant une véritable axiologie. En effet, au-delà des désarrois du moi et du monde mis en scène par les romanciers, se lit un discours éthique et politique au sens clairement pessimiste.

    10« L’éblouissement est mort14 », constate l’essayiste tunisienne Hélé Béji et Kourouma partage cette désillusion politique face à l’indépendance. Son narrateur s’implique fortement dans l’énonciation du roman et tend à fixer un sens univoque par les procédés de la répétition ou de l’accumulation, qu’il énumère les faits politiques majeurs de l’époque : « l’indépendance, le socialisme et le parti unique » (SI, p. 83) ou qu’il stigmatise le régime avec les variations sur les termes « bâtard » et « bâtardise » selon le procédé du polyptote. Le sens est également déterminé par la situation aporétique de la nation postcoloniale. On peut parler de double contrainte a priori indépassable : les institutions traditionnelles sont désormais sans pouvoir tandis que les institutions modernes ne sont ni respectées, ni respectables. L’ancien n’a pas tout à fait disparu et le nouveau n’est pas encore réellement advenu ; la cohésion nécessaire à la lutte et à la construction de la nation se transforme en refus du pluralisme. Loin de toute simplification abusive, le narrateur insiste sur le rôle des Français dans l’activité économique, dont le départ a laissé un vide préjudiciable, d’où une nouvelle parabole : « Fama bouillait de remords pour avoir tant combattu et détesté les Français un peu comme la petite herbe qui a grogné parce que le fromager absorbait tout le soleil ; le fromager abattu, elle a reçu tout son soleil mais aussi le grand vent qui l’a cassée. » (SI, p. 22.)

    11Ce faisant, Kourouma montre la complexité et l’instabilité de la situation politique, et c’est le régime nouveau qui fait l’objet des critiques les plus virulentes. Dans la troisième partie, le roman développe une vision très sombre de la politique au point que l’on a pu parler d’afropessimisme chez Kourouma : « Le politique n’a ni yeux ni oreilles, ni cœur ; en politique le vrai et le mensonge portent le même pagne, le juste et l’injuste marchent de pair, le bien et le mal s’achètent ou se vendent au même prix. » (SI, p. 164.) Mais la dénonciation la plus forte tient dans l’exemple de la récupération de l’onirisme, de l’espace du rêve par le champ politique. Fama est condamné par la justice pour avoir raconté à son ami Bakary – sans l’avoir avoué aux autorités – un rêve qu’il a fait où le ministre Nakou est associé à des images de fornication, « un rêve qui fumait la mort et la peur ! » (SI, p. 163). Après sa condamnation à vingt ans de réclusion criminelle, Fama a beau invoquer un proverbe adapté à sa situation – « l’esclave appartient à son maître ; mais le maître des rêves de l’esclave est l’esclave seul » (SI, p. 166), la preuve est faite qu’il est impossible de préserver la moindre liberté – pas même celle de son intimité psychique – dans le cadre de l’Afrique des indépendances. La satire de Kourouma, d’autant plus percutante qu’elle emprunte aux formes sentencieuses de la tradition orale africaine, aboutit au paradoxe que l’ordre colonial avait au moins le mérite d’être plus clair, ce qui génère une sorte de nostalgie chez Fama.

    12Dans un style plus retenu dû à la dimension rétrospective et analytique de l’écriture, Naipaul manifeste son désenchantement – une sorte de desengaño – vis-à-vis de la situation de son île des Caraïbes, où l’Histoire récente semble prise dans un tourbillon désintégrateur : « L’histoire des pays coloniaux avance vite, les dirigeants se succèdent rapidement. Je suis déjà oublié [...]15. » Une forme d’absurde s’installe, où le monde semble régi par la roue de la fortune qui défait incessamment les situations : on passe très vite du statut de délégué à la conférence des pays non alignés à celui de vendeur de meubles. De même, le protagoniste connaît une chute rapide peu après avoir atteint l’apogée de sa réussite politique, pendant laquelle il dit avoir toujours éprouvé un sentiment d’impuissance16. Significativement, le récit fait une ellipse totale de la période où le narrateur est aux commandes du pays. La versatilité et l’instabilité de la situation politique tiennent à la piètre qualité des hommes politiques, une génération spontanée peu préparée à gouverner. Véritables hommes de paille, les politiciens d’Isabella apparaissent comme des manipulateurs, prisonniers des apparences de la réussite sociale comme la limousine avec chauffeur. Néanmoins, le roman reste assez abstrait dans sa critique car « [L]e politicien en terre coloniale est un facile objet de satire » et le narrateur « préfère éviter la satire17 ». À l’instar du protagoniste du roman d’Achebe, Le démagogue18, les politiciens ont une conception clientéliste de la politique et flattent servilement les intérêts de telle ou telle catégorie du peuple dont ils veulent obtenir le suffrage.

    13Le narrateur met en garde contre la relecture a posteriori faite par les historiens qui tentent de reconstruire une cohérence – « tout un système cohérent d’événements dans une région donnée du globe19 » – qui n’existait pas alors. Les élections, l’indépendance aboutissent chez le narrateur à un sentiment de dépossession et à une nausée quasi sartrienne : « Un instant presque mesurable sur l’horloge et qui s’éloigne aussitôt, ne laissant derrière lui que le vide, l’épuisement et même le dégoût20. » Si la société d’Isabella échoue à trouver un mode de gouvernement satisfaisant, c’est aussi qu’elle est profondément marquée par plusieurs siècles de colonialisme et la violence inaugurale imposée à l’Amérique par Christophe Colomb. Le malaise éprouvé lors des indépendances – « notre pouvoir n’était que du vent » (HP, p. 271, « our power was air », MM, p. 223) – tient, outre la difficile gestion de la relation avec l’ex-métropole, aux poids des préjugés coloniaux, notamment raciaux, qui imprègnent la pysché coloniale à la manière d’un déterminisme. À la suite de ce qu’il écrit dans The Middle Passage21, Naipaul fait un tableau sans concession des Caraïbes postcoloniales dans lesquelles il est difficile de trouver des raisons d’espérer, tout comme dans la situation tragique évoquée par Kourouma.

    14La teneur du discours et sa visée démonstrative auraient toute leur place dans un roman à thèse, mais les deux auteurs conservent néanmoins une structure fondée sur l’ironie, qui permet de faire jouer l’idéologie et de maintenir l’autonomie de la littérature par rapport à la politique.

    L’ironie au service de l’ambivalence du sens politique

    15À la binarisation du réel imposée par le dispositif manichéen du roman à thèse, les textes de Kourouma et Naipaul substituent un système ironique, qui réintroduit une complexité par rapport aux thèses que leur roman semble véhiculer. Si le discours de l’engagement est un lieu où s’énoncent des valeurs, celles-ci sont également esthétiques et concernent le fonctionnement du roman en tant que genre non monologique.

    16Kourouma fait co-exister deux visions du monde, l’une européenne, à tendance rationalisante, l’autre africaine, caractérisée par une forte présence du surnaturel. La vision du monde du narrateur est informée par une pensée magique et superstitieuse, qui tente de déchiffrer les signes : ainsi, l’orage qui éclate en saison sèche constitue un mauvais présage pour Fama qui va « marcher un mauvais voyage » (SI, p. 146). Là où la superstition et la magie prédominent, c’est à Togobola, dans le Horodougou, le royaume ancestral de Fama, régi par des croyances animistes, telle que celle de l’énorme serpent, appelé « [L]e Révérend du marigot », qui vient à l’occasion apporter de mauvaises nouvelles au village, comme celle de l’épidémie de peste, la « grande maladie du grand vent ». Trois jours de sacrifices sanglants devraient être de nature à protéger la communauté. Mais l’ironie de Kourouma s’affiche dans la contradiction logique : « Et les résultats furent heureux car trois lunes après arriva la calamité annoncée. » (SI, p. 155-156.) Minée par les maux de la modernité, Togobala n’est pas une société préservée, même si elle survit à l’épidémie dans un syncrétisme religieux qui mêle islam et animisme.

    17Kourouma renvoie dos à dos les prétentions rationalistes et scientifiques des Européens, dont le savoir est mis au service d’une colonisation encore plus pernicieuse, et la superstition sanglante et obscurantiste des Africains, enfermés dans des croyances qui les rendent vulnérables. Contrairement à Sony Labou Tansi dans La vie et demie, Kourouma ne recourt au réalisme magique que de manière ponctuelle, en alternance avec un réalisme plus conventionnel. Pour définir le réalisme magique, Amaryll Chanady propose trois critères, dont ce qu’elle appelle la réticence auctoriale – « la rétention délibérée d’informations et d’explications sur le monde déconcertant de la fiction narrée22 », qui revient pour le narrateur à traiter de manière indifférenciée les codes naturel et surnaturel, normalement distincts. Or, sous la plume de Kourouma, les croyances archaïques, primitives ou superstitieuses finissent toujours par se dénoncer, soit par un discret commentaire du narrateur, soit par leur outrance même.

    18Outre cette confrontation entre deux visions du monde antagonistes, Kourouma joue sur le modèle épique de la tradition orale dans et par l’écriture romanesque. On sait que pour Lukacs, le roman est « cette épopée d’un monde sans dieux » qui a pour forme la biographie de l’« individu problématique23 ». Dans Les soleils des indépendances, Kourouma intègre le modèle épique, familier dans la tradition africaine, à un genre d’origine européenne, le roman. Ainsi, constitue-t-il une vaste fresque contenant la généalogie de l’ancestrale dynastie du héros Fama, les multiples versions de la fondation de la ville de Togobala, l’arrivée du fondateur Souleymane Doumbouya et la faute commise par l’un de ses successeurs, Bakary, qui accepte indûment le pouvoir que lui donnent les conquérants musulmans venus du nord et voue la dynastie à une disparition à long terme. Or, la fin de la dynastie de Fama est liée à l’ère coloniale et postcoloniale comme le démontre l’exégèse de la prophétie par le narrateur :

    Comme authentique descendant, il ne restait que lui, un homme stérile vivant d’aumônes dans une ville où le soleil ne se couche pas (les lampes électriques éclairant toute la nuit dans la capitale), où les fils d’esclaves et les bâtards commandent, triomphent en liant les provinces par des fils (le téléphone !), des bandes (les routes !) et le vent (les discours et la radio !) (SI, p. 99-100.)

    19Fama connaît une dégradation de son statut de héros épique, porteur des valeurs de sa communauté mais, en contrepartie, il se voit pourvu d’une intériorité, qui en fait un véritable héros de roman. En décidant de franchir une frontière fermée, pour des raisons politiques qu’il ne comprend pas, Fama pose un acte d’homme libre contre le pouvoir despotique du « parti unique » issu de l’indépendance et sa mort lui confère un statut de héros d’un nouveau type, plus complexe. Le jeu entre épopée et roman, réalisme magique et réalisme plus objectif, animisme et rationalisme permet également de déplacer l’engagement dans le champ littéraire, à travers une réflexion sur la forme, un des critères établis par Sartre pour ce type de littérature24.

    20Le titre même du roman The Mimic Men porte en lui un principe d’imitation qui implique une négociation d’identité. Homi K. Bhabha affirme, en effet, que le pouvoir colonial a besoin d’une classe intermédiaire entre les colonisateurs et la masse des colonisés, un homo imitans, indigène d’aspect mais européen de goût. Cette élite colonisée reproduit l’image du colonisateur selon le principe de l’imitation (mimicry25). C’est ce qu’admet Naipaul : « À l’Isabella Imperial College, nous étions des imitateurs-nés. » (HP, p. 177, « we were natural impersonators », MM, p. 144.) L’autre colonisé, porteur d’une identité réputée imparfaite, sujet européanisé sans être Européen, est donc imitateur, intermédiaire entre les deux cultures. Bhabha souligne la dimension métonymique de l’être colonisé, signifiante du désir d’appropriation du colonisateur qui veut en faire un quasi-Blanc, et il parle d’un « fétiche26 », mais à l’inverse, le colonisé cherche à se « blanchir », s’affuble d’un « masque blanc » pour reprendre la formule de F. Fanon27. Le sujet colonial produit des réponses culturelles et identitaires à cette tentative d’assimilation. Le mimétisme permet ainsi de retrouver un autre concept-clé de Bhabha, celui d’hybridité, un processus dynamique par lequel différents groupes sociaux coexistant dans le même espace géographique négocient leur identité dans un tiers espace, « third space of enunciation », où interagissent la différence et la pluralité culturelle28.

    21Dans The Mimic Men, roman de type autobiographique, le narrateur, qui tente de reconstruire sa vie, bute sur l’étrangeté d’un souvenir d’enfance : « Mon premier souvenir scolaire, c’est d’avoir apporté une pomme au maître. Cela m’intrigue. Nous n’avions pas de pomme à Isabella29). » Le choix de la pomme, fruit européen et non tropical, marque l’empreinte indélébile du centre impérial sur la psyché du colonisé, tout comme le fait d’angliciser son nom – Ranjit Kripalsingh devient Ralph Singh (MM, p. 100, HP, p. 123). Face à un visiteur étranger, la classe aisée d’Isabella anticipe les jugements négatifs qu’il pourrait faire et pratique l’autodénigrement « comme pour aller au-devant du jugement qu’il porterait lui-même, sur l’étroitesse de la vie insulaire, le manque de conversations intelligentes ou de fréquentations acceptables, l’impossibilité d’aller au théâtre ou d’entendre un bon concert symphonique30 ». Tout se passe comme si le groupe singeait le discours probable de l’Européen afin d’obtenir sa reconnaissance.

    22En dépit du jugement sévère qu’il porte sur la société postcoloniale d’Isabella – « nous les imitateurs du Nouveau Monde » (HP, p. 193, « we mimic men of the New World », MM, p. 15731) -, Naipaul adopte une posture peut-être moins univoque qu’elle n’y paraît. En effet, participant de l’imitation et de la moquerie, le mimétisme n’est pas pure servilité, c’est aussi une menace, un moyen de parodier et de subvertir le système auquel l’on renvoie une image grimaçante, une manière de se libérer, ne serait-ce qu’en entrant en écriture comme le fait le protagoniste.

    Conclusion

    23L’engagement présuppose un public et le roman à thèse est sans doute tout autant un phénomène de réception que d’écriture : l’horizon d’attente pour un roman africain ou caribéen des années 1960 était celui d’une littérature en acte, d’un roman perçu comme « message » plutôt que comme « spectacle », pour reprendre la distinction opérée par G. Genette32. Toutefois, ces romans ont davantage été lus et reçus par des lecteurs occidentaux que par des lecteurs autochtones, du moins en Afrique où l’accès au livre est problématique à plus d’un titre. C’est l’opposition que marque Sartre entre « public réel » et « public virtuel33 ».

    24Mais si Kourouma et Naipaul montrent que littérature et politique ne sont pas séparées, leur écriture est finalement plus dialogique que ne le laisserait supposer le message politique pessimiste transmis par leur roman34. Par ailleurs, la défection des modèles idéologiques constatée par J. F Lyotard dans La Condition postmoderne35 se vérifie dans la mesure où aucune idéologie précise n’est envisagée par les deux écrivains qui jouent finalement sur l’ambivalence et l’ironie afin de remettre en cause les autorités les mieux établies. Leur méthode finalement non assertive et non démonstrative permet de retrouver la littérature de l’oxymore décrite par K. W. Harrow, une écriture mettant en tension le pôle d’un moi en souffrance et celui d’une postcolonie au bord de l’effondrement. Leur engagement est aussi celui de la littérature, notamment par la dimension réflexive de l’écriture, sur les rapports entre autobiographie et fiction chez Naipaul, entre épopée et roman chez Kourouma qui, de surcroît, réinvente le français. En tout cas, leur roman n’est pas frappé de l’obsolescence qui guette les ouvrages trop marqués historiquement car il pose des questions reprises par leurs successeurs ainsi que par les théories postcoloniales.

    Notes de bas de page

    1 Harrow K. W., Thresholds of Change in Afican Literature : The Emergence of Tradition, London, Heinemann, 1994.

    2 Naipaul V. S., The Mimic Men, Londres, Picador, [1967] 2002 [abrégé MM] ; traduction Suzanne Mayoux, Les Hommes de paille, Paris, 10/18, 1991 [abrégé HP, la traduction pourra être modifiée] ; Kourouma A., Les Soleils des Indépendances, Paris, Le Seuil, coll. « Points », [1968] 1970 [abrégé SI].

    3 Kourouma s’est opposé au président Houphouët-Boigny : il a été plusieurs fois arrêté et a dû s’exiler.

    4 « En gros, chacun sait que l’expression “littérature engagée” désigne une pratique littéraire étroitement associée à la politique, aux débats qu’elle génère et aux combats qu’elle implique », Denis B., Littérature et engagement, de Pascal à Sartre, Paris, Le Seuil, coll. « Points Lettres », 2000, p. 9.

    5 Sartre J.-P., Qu’est-ce que la littérature ?, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », [1948] 1985, p. 84 sq.

    6 Ibid., p. 83.

    7 Rubin Suleiman S., Le roman a thèse ou l’autorité fictive, Paris, PUF, coll. « écritures », 1983, p. 14.

    8 Ibid., p. 33.

    9 « Les Indépendances avaient supprimé la chefferie, détrôné le cousin de Fama, constitué un comité avec un président. » (SI, p. 113.

    10 Ben Abbes H., « The Creative Tension in V. S Naipaul’s The Mimic Men », in Misrahibarak J., V S. Naipaul. A World in Tension, Publications Université Montpellier III, « Les Carnets du Sepac », 2004, p. 49.

    11 (HP, p. 27), « We become what we see of ourselves in the eyes of others » (MM, p. 20).

    12 Said E., Out of Place, New York, Knopf, 1999.

    13 Barthes R., S/Z, Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1970, p. 26.

    14 Béji H., Désenchantement national : Essai sur la décolonisation, Paris, Maspéro, 1982, p. 14.

    15 (HP, p. 11), « The pace of colonial events is quick, the turnover of the leaders rapide. I have already been forgotten » (MM, p. 6).

    16 « L’apogée de ma réussite politique. Après cela, la chute allait être rapide » (HP, p. 289), « It was the peak of my political achievment. After this descent was to be rapid » (MM, p. 238).

    17 (HP, p. 277), « The colonial politician is an easy object of satire. I wish to avoid satire » (MM, p. 228).

    18 Achebe C., A Man of the People (1966), Le démagogue, traduction A. Diop, Abidjan-Dakar, Les nouvelles éditions africaines, 1977.

    19 (HP, p. 186), « just another part of a recognizable pattern of events in one region of the world » (MM, p. 152).

    20 (HP 264), « a moment that can almost be fixed by the clock, and recedes and recedes, leaving emptiness, exhaustion, even distate » (MM, p. 217).

    21 Il s’agit d’un récit de voyage dans les Caraïbes. Naipaul V. S., The Middle Passage, New York, Vintage Books, [1962] 2002 ; La Traversée du milieu, traduction Marc Cholodenko, Paris, Plon, 1994.

    22 Chanady A., Magical Realism and The Fantastic : Resolved and Unresolved Antinomy, New York & London, Garland, 1985, p. 16. Les deux autres critères sont la présence de deux niveaux narratifs différents – le naturel et le surnaturel et l’antinomie résolue entre ces deux niveaux différents de réalité dans la narration.

    23 Lukács G., La Théorie du roman, Paris, Gallimard, coll. « Tel », [1920] 1989, p. 84 et p. 73.

    24 La définition de Sartre de la littérature engagée insistait sur la réflexivité : « Je dirai qu’un écrivain est engagé lorsqu’il tâche de prendre la conscience la plus lucide, et la plus entière d’être embarqué, c’est-à-dire lorsqu’il fait passer pour lui et pour les autres l’engagement de la spontanéité immédiate au réfléchi. » Op. cit., p. 84.

    25 Bhabha H. K., The Location of Culture, London, Routledge, 1994 ; Les lieux de la culture. Une théorie postcoloniale, traduction François Bouillot, Paris, Payot, 2007, p. 148. Voir aussi Anne McClintock, « Race, classe, genre et sexualité : entre puissance d’agir et ambivalence coloniale », in Multitudes, n° 26, Paris, Éditions Amsterdam, 2006, p. 111.

    26 Bhabha H. K., op. cit., p. 155.

    27 Fanon F., Peau noire, masques noirs, Paris, Le Seuil, coll. « Points Essais », [1952] 1971.

    28 Bhabha H. K., op. cit., p. 76-81.

    29 (HP, p. 120), « My first memory of school is of taking an apple to the teacher. This puzzles me. We had no apples on Isabella. » (MM, p. 97).

    30 (HP, p. 89), « anticipating the visitor’s judgement, of the narrowness of island life : the absence of good conversation or proper society, the impossibility of going to the theatre or hearing a good symphony concert », (MM, p. 69).

    31 « Nous faisons semblant d’être réels, d’apprendre, de nous préparer à affronter l’existence, nous les imitateurs du Nouveau Monde, d’un coin inconnu du Nouveau Monde, marqué par tous les indices de la corruption qui touche si vite ce qui est neuf » (HP, p. 193) ; « We pretended to be real, to be learning, to be preparing ourselves for life, we mimic men of the New World, one unknown corner of it, with all its remainders of the corruption that came so quickly to the new » (MM, p. 157).

    32 « Tout texte écrit a le potentiel d’être ou n’être pas littérature, selon qu’il est reçu (plutôt) comme spectacle ou (plutôt) comme message », Genette G., Figures, Le Seuil, 1966, p. 146.

    33 Sartre J.-P., op. cit., p. 104.

    34 Nous ne suivrons pas ici les analyses de Boniface Mongo-Mboussa qui fait de Kourouma l’équivalent de Bataille dans son opposition à l’engagement sartrien et parle d’une littérature de « pure dépense », même si l’écriture de Kourouma comporte effectivement une dimension jouissive, quasi érotique. « À la lumière de Sartre, Barthes et Bataille », in « Cahier spécial Ahmadou Kourouma : l’héritage », Notre Librairie. Revue des littératures du Sud, n° 155-156. Identités littéraires, juillet-décembre 2004, consultable en ligne au 26 mars 2009 : [http://www.culturesfrance.com/librairie/derniers/156/somm156.htm].

    35 Lyotard J.-F., La Condition postmoderne, Paris, Éditions de Minuit, 1979.

    Auteur

    • Yves Clavaron
      Université de Saint-Étienne, CELEC EA 3069
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    1 Harrow K. W., Thresholds of Change in Afican Literature : The Emergence of Tradition, London, Heinemann, 1994.

    2 Naipaul V. S., The Mimic Men, Londres, Picador, [1967] 2002 [abrégé MM] ; traduction Suzanne Mayoux, Les Hommes de paille, Paris, 10/18, 1991 [abrégé HP, la traduction pourra être modifiée] ; Kourouma A., Les Soleils des Indépendances, Paris, Le Seuil, coll. « Points », [1968] 1970 [abrégé SI].

    3 Kourouma s’est opposé au président Houphouët-Boigny : il a été plusieurs fois arrêté et a dû s’exiler.

    4 « En gros, chacun sait que l’expression “littérature engagée” désigne une pratique littéraire étroitement associée à la politique, aux débats qu’elle génère et aux combats qu’elle implique », Denis B., Littérature et engagement, de Pascal à Sartre, Paris, Le Seuil, coll. « Points Lettres », 2000, p. 9.

    5 Sartre J.-P., Qu’est-ce que la littérature ?, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », [1948] 1985, p. 84 sq.

    6 Ibid., p. 83.

    7 Rubin Suleiman S., Le roman a thèse ou l’autorité fictive, Paris, PUF, coll. « écritures », 1983, p. 14.

    8 Ibid., p. 33.

    9 « Les Indépendances avaient supprimé la chefferie, détrôné le cousin de Fama, constitué un comité avec un président. » (SI, p. 113.

    10 Ben Abbes H., « The Creative Tension in V. S Naipaul’s The Mimic Men », in Misrahibarak J., V S. Naipaul. A World in Tension, Publications Université Montpellier III, « Les Carnets du Sepac », 2004, p. 49.

    11 (HP, p. 27), « We become what we see of ourselves in the eyes of others » (MM, p. 20).

    12 Said E., Out of Place, New York, Knopf, 1999.

    13 Barthes R., S/Z, Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1970, p. 26.

    14 Béji H., Désenchantement national : Essai sur la décolonisation, Paris, Maspéro, 1982, p. 14.

    15 (HP, p. 11), « The pace of colonial events is quick, the turnover of the leaders rapide. I have already been forgotten » (MM, p. 6).

    16 « L’apogée de ma réussite politique. Après cela, la chute allait être rapide » (HP, p. 289), « It was the peak of my political achievment. After this descent was to be rapid » (MM, p. 238).

    17 (HP, p. 277), « The colonial politician is an easy object of satire. I wish to avoid satire » (MM, p. 228).

    18 Achebe C., A Man of the People (1966), Le démagogue, traduction A. Diop, Abidjan-Dakar, Les nouvelles éditions africaines, 1977.

    19 (HP, p. 186), « just another part of a recognizable pattern of events in one region of the world » (MM, p. 152).

    20 (HP 264), « a moment that can almost be fixed by the clock, and recedes and recedes, leaving emptiness, exhaustion, even distate » (MM, p. 217).

    21 Il s’agit d’un récit de voyage dans les Caraïbes. Naipaul V. S., The Middle Passage, New York, Vintage Books, [1962] 2002 ; La Traversée du milieu, traduction Marc Cholodenko, Paris, Plon, 1994.

    22 Chanady A., Magical Realism and The Fantastic : Resolved and Unresolved Antinomy, New York & London, Garland, 1985, p. 16. Les deux autres critères sont la présence de deux niveaux narratifs différents – le naturel et le surnaturel et l’antinomie résolue entre ces deux niveaux différents de réalité dans la narration.

    23 Lukács G., La Théorie du roman, Paris, Gallimard, coll. « Tel », [1920] 1989, p. 84 et p. 73.

    24 La définition de Sartre de la littérature engagée insistait sur la réflexivité : « Je dirai qu’un écrivain est engagé lorsqu’il tâche de prendre la conscience la plus lucide, et la plus entière d’être embarqué, c’est-à-dire lorsqu’il fait passer pour lui et pour les autres l’engagement de la spontanéité immédiate au réfléchi. » Op. cit., p. 84.

    25 Bhabha H. K., The Location of Culture, London, Routledge, 1994 ; Les lieux de la culture. Une théorie postcoloniale, traduction François Bouillot, Paris, Payot, 2007, p. 148. Voir aussi Anne McClintock, « Race, classe, genre et sexualité : entre puissance d’agir et ambivalence coloniale », in Multitudes, n° 26, Paris, Éditions Amsterdam, 2006, p. 111.

    26 Bhabha H. K., op. cit., p. 155.

    27 Fanon F., Peau noire, masques noirs, Paris, Le Seuil, coll. « Points Essais », [1952] 1971.

    28 Bhabha H. K., op. cit., p. 76-81.

    29 (HP, p. 120), « My first memory of school is of taking an apple to the teacher. This puzzles me. We had no apples on Isabella. » (MM, p. 97).

    30 (HP, p. 89), « anticipating the visitor’s judgement, of the narrowness of island life : the absence of good conversation or proper society, the impossibility of going to the theatre or hearing a good symphony concert », (MM, p. 69).

    31 « Nous faisons semblant d’être réels, d’apprendre, de nous préparer à affronter l’existence, nous les imitateurs du Nouveau Monde, d’un coin inconnu du Nouveau Monde, marqué par tous les indices de la corruption qui touche si vite ce qui est neuf » (HP, p. 193) ; « We pretended to be real, to be learning, to be preparing ourselves for life, we mimic men of the New World, one unknown corner of it, with all its remainders of the corruption that came so quickly to the new » (MM, p. 157).

    32 « Tout texte écrit a le potentiel d’être ou n’être pas littérature, selon qu’il est reçu (plutôt) comme spectacle ou (plutôt) comme message », Genette G., Figures, Le Seuil, 1966, p. 146.

    33 Sartre J.-P., op. cit., p. 104.

    34 Nous ne suivrons pas ici les analyses de Boniface Mongo-Mboussa qui fait de Kourouma l’équivalent de Bataille dans son opposition à l’engagement sartrien et parle d’une littérature de « pure dépense », même si l’écriture de Kourouma comporte effectivement une dimension jouissive, quasi érotique. « À la lumière de Sartre, Barthes et Bataille », in « Cahier spécial Ahmadou Kourouma : l’héritage », Notre Librairie. Revue des littératures du Sud, n° 155-156. Identités littéraires, juillet-décembre 2004, consultable en ligne au 26 mars 2009 : [http://www.culturesfrance.com/librairie/derniers/156/somm156.htm].

    35 Lyotard J.-F., La Condition postmoderne, Paris, Éditions de Minuit, 1979.

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    Clavaron, Y. (2011). Politique et roman postcolonial : le désenchantement des indépendances chez V. S. Naipaul (The Mimic Men) et A. Kourouma (Les Soleils des indépendances). In I. Durand-Le Guern (éd.), Roman et politique. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.39271
    Clavaron, Yves. « Politique et roman postcolonial : le désenchantement des indépendances chez V. S. Naipaul (The Mimic Men) et A. Kourouma (Les Soleils des indépendances) ». In Roman et politique, édité par Isabelle Durand-Le Guern. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2011. doi:10.4000/books.pur.39271.
    Clavaron, Yves. « Politique et roman postcolonial : le désenchantement des indépendances chez V. S. Naipaul (The Mimic Men) et A. Kourouma (Les Soleils des indépendances) ». Roman et politique, édité par Isabelle Durand-Le Guern, Presses universitaires de Rennes, 2011, https://doi.org/10.4000/books.pur.39271.

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    Durand-Le Guern, I. (éd.). (2011). Roman et politique. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.39222
    Durand-Le Guern, Isabelle, éd. Roman et politique. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2011. doi:10.4000/books.pur.39222.
    Durand-Le Guern, Isabelle, éditeur. Roman et politique. Presses universitaires de Rennes, 2011, https://doi.org/10.4000/books.pur.39222.
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