Les armes de siège de Démétrios
p. 85-102
Texte intégral
1On considère généralement que le siège de Rhodes par Démétrios marque l’apogée de la poliorcétique grecque, notamment en ce qui concerne les techniques militaires. Cela repose en grande partie sur la lecture littérale que nous avons faite des historiens de l’Antiquité. Ainsi, alors qu’Alexandre apparaît dans les sources comme un roi-conquérant, Démétrios fait figure de roi poliorcète – en dépit de son échec à s’emparer de Rhodes par la force1. Dans un article publié en 2003, nous avons procédé à une étude critique du siège afin de comprendre l’image véhiculée par Démétrios dans l’historiographie antique. Il ressort de cette étude : 1) que les historiens au service de la dynastie antigonide, tel que Hiéronymos de Cardia, ont favorisé la construction du lien entre guerre de siège et royauté, faisant de Démétrios le « poliorcète » par excellence2 ; 2) que ce titre pouvait se justifier uniquement par la mise en œuvre de moyens militaires exceptionnels et désigner non seulement « le preneur de ville » mais également « le constructeur de machine ». La conjonction de ces deux facteurs contribua certainement à la formation du mythe du poliorcète et à l’illusion d’un apogée3. Nous laisserons de côté tous ces éléments qui touchent aux pratiques politiques, aux formes de pouvoir et de représentation pour nous intéresser ici uniquement aux techniques militaires4.
2Diodore constitue la source la plus complète concernant les armes de siège utilisées par Démétrios à Rhodes5. Ensuite viennent Plutarque et Vitruve dont les textes permettent de confirmer et de préciser le témoignage de Diodore6. À cela s’ajoutent des informations ponctuelles tirées de traités techniques rédigés à la fin de l’Antiquité et à la période byzantine, en particulier celui d’Athénée le Mécanicien (Peri Mechanematon) et celui de l’Anonyme de Byzance (Paragelmata Poliorketika)7. Le traité de Philon de Byzance, rédigé vraisemblablement dans la seconde moitié du IIIe siècle, ne fait aucunement référence au siège de Rhodes ; mais il constitue une source de premier ordre sur les armes de siège du début de la période hellénistique8. Ainsi disposons-nous d’une documentation écrite relativement abondante.
3Cependant, de nombreuses questions se posent concernant la forme, les dimensions et l’utilisation des machines du roi ; les descriptions dont on dispose méritent donc d’être discutées et reconsidérées du double point de vue des innovations techniques et de l’évolution de la tactique de l’assaut. Ainsi dresserons-nous d’abord une typologie des armes de siège de Démétrios de manière à pouvoir, par la suite, aborder la question de l’efficacité de son armement face aux pratiques défensives des Rhodiens.
TYPOLOGIE DES ARMES DE SIÈGE DE DÉMÉTRIOS : SPÉCIFICITÉS ET MODES DE FONCTIONNEMENT
4Dans le récit du siège de Rhodes que nous a livré Diodore, les armes du roi sont rarement mentionnées sous des termes génériques9. L’auteur les qualifie presque systématiquement par leur nom spécifique, faisant état de leurs fonctions respectives ainsi que de leurs caractéristiques techniques propres. Il est ainsi possible de les classer en quatre grandes catégories : les engins de jet ; les engins d’assauts ou assimilés ; les engins de percussion ; les tortues ou abris collectifs.
Les engins de jet
5Il apparaît que Démétrios disposait de nombreuses pièces d’artillerie de taille et de nature variées10. Bien qu’aucune indication ne soit donnée sur leur force propulsive, il est certain qu’il s’agissait de catapultes à torsion, plus performantes en termes de précision, de distance et d’impact que celles à tension, en usage surtout dans la première moitié du IVe siècle11 (Diod. XX, 85, 3 ; 86, 2 ; 87, 1-4 ; 88, 1)12. Leur force propulsive résultait de la torsion d’écheveaux, constitués de tendons d’animaux, de crins de chevaux et/ou de cheveux féminins13. On estime aujourd’hui, sur le fondement de plusieurs traités techniques de la période hellénistique, que la portée utile des catapultes était comprise entre 1 et 2 stades, soit entre 180 et 360 mètres – les catapultes à traits ayant une plus grande portée que les catapultes à boulets de pierre14. Les catapultes que Démétrios dans la première phase du siège mit en action à l’extrémité du môle du Grand port portaient donc facilement jusqu’au rempart, lequel était distant, selon Diodore (86, 1), de 5 plèthres par rapport au point d’attaque, soit de 150 mètres seulement.
6Pour chaque catégorie de catapultes, il existait différents modèles dont les premières occurrences apparaissent précisément en relation avec le siège de Rhodes par Démétrios.
7Diodore (83, 1 ; 85, 3) fait mention de l’usage d’oxybèles de trois spithames montées sur la proue de vaisseaux de ligne ou placées à l’avant de simples chaloupes15. L’oxybèle de 3 spithames (empans) représentait la plus petite des catapultes à traits16. La longueur du trait déterminant toutes les dimensions et proportions de la machine. Ces oxybèles étaient parmi les moins encombrantes et les plus légères, c’est pourquoi elles pouvaient facilement prendre place sur des embarcations, sans pour autant compromettre la stabilité de celles-ci. De plus, elles avaient l’avantage de fournir la meilleure portée de tir du fait de la longueur de leur trait ce qui explique que le roi en ait fait usage surtout dans la première phase du siège, caractérisée par le lancement d’assauts depuis la mer à une distance relativement éloignée des remparts. Ce type d’oxybèle, parfaitement adapté à un siège amphibie, avait déjà été utilisé par Démétrios, notamment contre Salamine de Chypre en 307 (Diod. XX, 49, 4).
8Dans un autre passage, Diodore (86, 2) note que le roi, « avec les oxybèles les plus légères qui avaient la meilleure portée de tir […] refoula ceux qui étaient occupés à rehausser les remparts le long du port »17. Faut-il voir ici une allusion aux oxybèles de 3 spithames ou à d’autres engins de jet ? Rien ne s’oppose à l’idée que le roi ait eu également à sa disposition des « scorpions » (σkopίoι)– terme technique qui apparaît pour la première fois à la fin du IVe siècle dans les inventaires attiques des arsenaux maritimes pour désigner un petit engin de jet usant de traits comme projectiles18. On l’identifie soit à une oxybèle de faible calibre dotée d’une excellente portée de tir19, soit à une arbalète20. Mais en tout état de cause, les « scorpions » furent par la suite largement utilisés dans la guerre de siège21.
9L’oxybèle de quatre coudées était la plus grande des catapultes de cette catégorie avec un trait de 184,9 cm. Il ne fait aucun doute que Démétrios en fit usage à Rhodes. En effet Diodore (85, 1) rapporte qu’au début du siège, il « fit construire deux tortues, l’une pour les pétroboles, l’autre pour les oxybèles, chacune solidement installée sur deux bateaux de transport arrimés l’un à l’autre »22. Le recours à des navires cargos comme plates-formes de tir atteste l’emploi d’engins de jet lourds et encombrants. Il en fut de même dans la seconde phase du siège. En effet, l’auteur précise (95, 2) que le roi, décidant de lancer ses assauts depuis la terre, contre le mur sud, « répartit à chaque étage de l’hélépole, les pétroboles et les oxybèles qui convenaient (άpμόζovταϛ) ».
10L’emploi du terme « άpμόζovταϛ » qui, dans ce contexte-ci signifie « adaptées, ajustées », montre que les catapultes ne furent pas positionnées indifféremment sur les étages, mais installées en fonction de leur taille. Partant de là, on peut supposer que furent regroupés dans l’hélépole tous les types de catapultes à trait, les plus petites aux étages supérieures, les plus grandes aux étages inférieures de manière à rationaliser les espaces et à pallier les risques d’effondrement. Dans tous les cas, il s’agissait d’armes antipersonnel utilisées en tirs nourris.
11Le roi disposait également de différents types de lithoboles ou pétroboles dont l’usage durant le siège fut toujours étroitement associé à celui des oxybèles. Pourtant, leur fonction semble avoir été bien distincte. Diodore (87, 1) fournit une indication importante concernant le calibre des boulets, notant que le roi parvint à détruire « les machines installées sur le môle au moyen de ses pétroboles d’un talent23 ». Les lithoboles de 1 talent étaient des engins de jet de calibre moyen projetant des boulets d’environ 26 kg. C’est le modèle qui semble avoir été le plus fréquemment utilisé à l’époque hellénistique en continuité avec celle d’Alexandre24.
12À côté de ces lithoboles, il en existait d’autres pouvant projeter des boulets de 3 talents, soit environ 78 kg. Le premier emploi attesté de ce type de lithobole apparaît à l’occasion du siège de Salamine de Chypre, dans le camp de Démétrios (Diod. XX, 48, 3)25. On peut supposer que le roi en fit usage l’année suivante contre Rhodes, d’abord parce ce qu’il ressort de la lecture de Plutarque que la plupart des armes utilisées à Chypre furent réparées et rembarquées afin de servir dans d’autres sièges26, ensuite parce que plusieurs boulets de ce calibre ont été mis au jour sur le site de Rhodes27.
13Les lithoboles égales ou supérieures à 1 talent étaient des machines encombrantes, nécessitant un espace assez important pour leur mise en fonction28. Elles étaient aussi, du fait de leur poids, peu mobiles, donc particulièrement exposées aux tirs adverses, avec des écheveaux très sensibles aux intempéries. Cela ressort très clairement du récit de Diodore et explique que Démétrios les ait installées, soit dans des tortues ou des tours de siège montées sur des navires (85, 1 ; 86, 2), soit sur la terre ferme, à l’intérieur de l’hélépole (95, 2).
14Nous pensons que la plupart des lithoboles utilisées par Démétrios à Rhodes étaient égales ou supérieures à 1 talent, car des lithoboles de calibre inférieur ne pouvaient être utilisées comme armes anti-machine ou anti-muraille, mais seulement comme armes antipersonnel29 ; or, cette dernière fonction ne ressort d’aucun passage de Diodore, au contraire, celui-ci souligne à plusieurs reprises les dommages matériels occasionnés par l’emploi des catapultes à boulets de pierre (86, 2 ; 87, 1 ; 95, 4 ; 95, 5). Pourtant, certains historiens ont relativisé l’efficacité des lithoboles en tant qu’arme anti-muraille, notant qu’un boulet de pierre pouvait servir à détruire les ouvertures de bois, les angles des tours et les parapets, mais qu’il était peu probable qu’il pût ébranler ou abattre dans sa masse un mur – à moins que celui-ci ne fût très faible30. Or, on constate qu’à Rhodes, les lithoboles provoquèrent des destructions non seulement dans les parties les plus vulnérables des fortifications, mais également dans les parties les plus solides, celles notamment renforcées par des tours de flanquement (Diod. 87, 1 ; 95, 5). Certes, elles furent ici associées à des béliers, mais ces derniers, employés seuls, auraient-ils été aussi efficaces ? L’efficacité des lithoboles dépendait en réalité de trois facteurs : d’abord du degré de résistance de la fortification, ensuite de la taille des boulets, de leur portée de tir et de leur puissance de choc, enfin de l’action conjuguée des engins de percussion.
Les engins d’assaut ou assimilés
15Démétrios fit construire durant la première phase du siège plusieurs tours de bois qui, si l’on se réfère à Diodore, dépassaient largement les tours de flanquement de la fortification (85, 1 ; 88, 5 ; 88, 7)31. La hauteur moyenne d’une fortification grecque étant comprise entre 10 et 20 m on peut supposer que ces tours mesuraient au moins 20 à 30 m de haut32. Leur forte élévation les rendait instables – et ce d’autant plus qu’au lieu de prendre appui sur la terre ferme, elles se dressaient à bord de navires servant de base de lancement aux attaques. Il ne s’agissait pas d’engins d’assaut, au sens strict du terme, car elles n’étaient ni dotées de ponts volants, ni destinées à être approchées au plus près des remparts. Elles n’avaient d’autres fonctions que de servir de supports à l’installation de catapultes.
16Dans la seconde phase du siège, le roi fit construire une nouvelle machine que Diodore qualifie d’hélépole (91, 2), ἑλέπολιν, terme qui, dans son sens littéral, signifie « qui prend ou ruine les villes33 ». Celle-ci fut installée sur la terre ferme face au mur sud. Pour autant, elle ne fut à aucun moment utilisée comme point d’appui pour le franchissement des remparts. Cela résultait non pas d’un choix tactique mais de contraintes d’ordre topographique : d’une part se trouvait à l’avant du mur sud un fossé que les Rhodiens avaient creusé de manière à empêcher l’avancée des machines (Diod. 97, 4), d’autre part il existait dans ce secteur une dénivellation rendant difficile l’installation d’un véritable engin d’assaut. Le franchissement des remparts en hauteur ne pouvait se faire que par le recours à des procédés de siège traditionnels – escalade ou échelles de bois (Diod. 87, 2 ; 95, 3)34.
17Ainsi, cette machine était-elle tout à fait semblable dans ses fonctions aux tours de siège précédentes. En revanche, en ce qui concerne la technicité de sa construction, elle faisait figure d’exception.
18Plusieurs descriptions nous sont parvenues – la plus détaillée d’un point de vue technique étant celle de Diodore (91, 1-8 ; 95, 1)35. Il est ainsi possible d’en proposer une restitution graphique relativement précise.
19Entièrement construite en bois, elle reposait sur une base carrée de 50 coudées de côté (22 m) et s’élevait sur une hauteur de 100 coudées (46 m). De forme tronconique, elle disposait de 9 étages accessibles à l’intérieur par un système de double escalier36. Chacun de ces étages était percé de plusieurs fenêtres de tir derrière lesquelles prenaient place les servants de catapultes, que l’on peut estimer au nombre de 100 ou 20037. Les faces extérieures de la machine étaient recouvertes de plaques de métal – peut-être aussi, selon Vitruve, de cilices et de cuirs verts38. Elle était ainsi plus résistante au feu et au choc des projectiles adverses39. Ses roues, au nombre de huit, étaient renforcées de jantes métalliques et dotées d’inverseurs qui permettaient son déplacement latéral40.
20Nous ne pouvons commenter ici en détail la description de Diodore. Nous soulèverons donc seulement la question des dimensions et de la mise en mouvement de la machine.
21Les auteurs qui ont décrit l’hélépole fournissent approximativement les mêmes données chiffrées41.
Dimensions de l’hélépole
| Longueur d'un côté | Hauteur |
Diodore | 50 coudées = 23,10 m | 100 coudées = 46, 20 m |
Athénée | 48 coudées = 22, 20 m | 90 coudées = 41, 60 m |
Vitruve | 40 coudées = 60 p = 18,40 m | 86 coudées = 125 p = 40 m |
Plutarque | 48 coudées = 22,20 m | 96 coudées = 44, 20 m |
22La mesure de référence est la coudée que l’on s’accorde à identifier à la coudée attique plutôt qu’à la coudée macédonienne, inférieure d’environ 1/342. Il apparaît par conséquent que l’hélépole était une machine gigantesque. Doiton pour autant réviser à la baisse toutes les dimensions de la machine, en particulier sa hauteur ?
23La mesure maximale nous est fournie par Diodore qui avance une hauteur de 100 coudées, soit 46 mètres. Si l’on compare cette hauteur à la hauteur moyenne d’une fortification grecque, comprise entre 10 et 20 mètres, force est de constater une différence de 20 à 30 mètres en faveur de l’hélépole. Il était logique que celle-ci, compte tenu de ses fonctions, dépassât d’au moins 10 mètres les tours flanquant les remparts ; il peut en revanche paraître exagéré qu’elle les dépassât du double ou plus encore, à moins de supposer un éloignement et/ou une différence de niveau.
24Nous avons montré que l’hélépole n’était pas un engin d’assaut conçu pour être approchée au plus près des remparts. Cependant, elle ne pouvait pas être éloignée de plus de 360 mètres du mur (la portée de tir utile des catapultes étant comprise entre 180 et 360 mètres) ; elle ne pouvait pas non plus se trouver à plus de 50 mètres, à moins de remettre en cause le témoignage de Vitruve qui rapporte que les Rhodiens déversèrent contre l’hélépole, depuis le haut des remparts, de l’eau, de la boue et des excréments43. De plus, il est probable qu’elle ne reposait pas au niveau du sol des tours de flanquement car nous savons que sa mise en place avait exigé de longs travaux de terrassement (Diod. 91, 8 ; 95, 1). Ces travaux consistèrent peut-être à remonter le niveau du sol ; cependant si, comme tend à le montrer la topographie, il existait une différence de niveau, il était plus avantageux en terme de temps et de main-d’œuvre d’élever d’une dizaine de mètres la hauteur de l’hélépole et de s’attacher simplement à aplanir le terrain alentour.
25Ainsi, si l’on admet que l’hélépole se trouvait à une distance d’environ 50 mètres des remparts et que son rez-de-chaussée se trouvait à une dizaine de mètres plus bas par rapport au niveau du sol de fonctionnement, sa hauteur, de près de 46 mètres, paraît se justifier44.
26En ce qui concerne sa mise en mouvement, la première question que l’on doit se poser est celle de son poids. Seul Athénée en témoigne, avançant le chiffre de 118 tonnes45. Ce chiffre ne paraît pas trop élevé compte tenu des dimensions, de la composition et des aménagements intérieurs de la machine.
27En tout cas elle tirait son énergie motrice d’une main-d’œuvre considérable. Diodore fait mention de trois mille quatre cents hommes, les uns positionnés à l’intérieur, les autres placés à l’arrière (91, 7-8). Partant du principe qu’il fallait un espace de 5 pieds2, soit 1,50 m2, pour permettre à un homme de se mouvoir, on a estimé que le recours à trois mille quatre cents hommes nécessitait un espace de 17 000 pieds2, soit 1 800 m2, c’est-à-dire trois fois l’espace occupé par la machine elle-même. Mais on peut aussi considérer que les hommes n’avaient pas tous été affectés à la fois au déplacement de la machine mais s’étaient relayés à la tâche46. Il est possible en effet qu’ils aient œuvré par moitié, selon un système de rotation.
Les engins de percussion
28Diodore fait mention à plusieurs reprises de l’usage de béliers durant la seconde phase du siège. Il est question en particulier de deux tortues bélières (kpιoφόpovϛ) qui se distinguent des autres engins de ce type par leur taille et leur force de frappe (95, 2). Athénée, mais aussi Vitruve et l’Anonyme de Byzance, nous ont fourni la description d’une tortue bélière réalisée par un ingénieur du nom d’Hégétor de Byzance47. Des parallèles ont été établis avec les tortues bélières de Démétrios à tel point que l’on a fini par attribuer leur construction à cet ingénieur militaire48. Pourtant des différences importantes sont à noter.
29En effet, alors que la tortue bélière d’Hégétor était suspendue à des câbles et manœuvrée par cent hommes49, celles mises en action par Démétrios étaient montées sur des roues à la façon d’un trépan et poussées par mille hommes50. Le seul élément de comparaison concerne leurs dimensions. Cependant, cela nous semble insuffisant pour conclure qu’Hégétor fut le constructeur des tortues bélières de Démétrios – et ce d’autant plus que nous n’avons aucune indication précise sur ses dates et la durée de sa carrière.
30Concernant les dimensions des tortues bélières de Démétrios, on a supposé qu’il fallait réduire la longueur de la poutre d’environ un tiers car si celle-ci avait réellement mesuré 120 coudées de long, soit environ 54 mètres (Diod. 95, 1), selon le chiffre établi à partir de la coudée attique, elle se serait déformée51. Cet argument ne nous semble pas recevable car Diodore précise qu’elle était gainée de fer sur toute sa longueur (σεσιδηpωέvηv). Ce gainage permettait certes de la protéger du feu mais aussi certainement de l’empêcher de plier.
31Leur efficacité tenait non seulement à leur tête de frappe, identique, selon Diodore (95, 1), à « un éperon de bateau », mais aussi à l’action conjuguée des lithoboles (95, 4 ; 97, 7). Cette association n’était pas une nouveauté. Lors du siège de Tyr par Alexandre l’action des béliers contre les murs de fortification s’était également doublée de celle des catapultes à boulets de pierre (Diod. XVII, 45, 2).
Les tortues ou abris collectifs
32Diodore emploie différents termes pour désigner les tortues ou abris collectifs construits par Démétrios à Rhodes ce qui laisse supposer une diversité de formes et de fonctions52.
33Le terme de « χελῶvαι » au pluriel (81, 1 ; 91, 8), que l’on traduit communément par « tortues », renvoie dans le domaine militaire à des abris mobiles ou à des toits destinés à abriter les travailleurs et les machines de siège. Le terme de « στoὰ » (91, 8 ; 95, 1) sert quant à lui à désigner des abris fixes utilisés pour la montée en ligne des combattants ou leur déplacement le long du rempart. Dans les deux cas, il faut y voir des galeries de siège destinées à assurer un passage protégé aux assiégeants. Enfin, le terme de « χωστpίδεϛ » (95, 1) renvoie à des abris mobiles utilisés pour les travaux de terrassement de sorte qu’en langage technique la traduction qui nous semble la plus appropriée est celle de « tortues de terrassiers ». Partant de ces définitions, il ressort du texte de Diodore que Démétrios disposait d’abris collectifs, fixes et mobiles, adaptés à chacun de ses besoins. Les premiers, χελῶvαι, servaient à la protection des engins de jet et de percussion, les deuxièmes, στoὰ, à celle des soldats engagés dans les assauts, les troisièmes, χωστpίδεϛ, à celle de la main-d’œuvre chargée de creuser les galeries de mines, de terrasser et d’aplanir le terrain53.
LA VALEUR OPÉRATIONNELLE DES MACHINES DE SIÈGE : INNOVATIONS TECHNIQUES ET PROGRÈS TACTIQUES
34Les sources, à l’unanimité, mettent en exergue l’extraordinaire de l’armement et des machines de siège de Démétrios ; la description de leur mise en œuvre présente toujours un caractère spectaculaire54. Qu’il s’agisse de conventions narratives ou de l’impossibilité dans laquelle se trouvaient les commentateurs de porter un jugement critique, il est indispensable d’évaluer positivement quels furent les rendements de la force mécanique du roi.
35En ce qui concerne les engins balistiques, il existe une grande continuité avec la période précédente avec cependant quelques changements d’ordre technique dont il reste à déterminer s’ils constituèrent un véritable progrès.
36Nous avons noté que le roi disposait de lithoboles de 3 talents, susceptibles donc de projeter des boulets de pierre d’environ 78 kg. En revanche, sous Alexandre, les lithoboles de gros calibre ne dépassaient pas 1 talent, soit 26 kg55. Force est donc de reconnaître une augmentation significative du calibre des lithoboles sous Démétrios. Cependant, les lithoboles de 3 talents, du fait de leur encombrement, pouvaient difficilement être utilisées en batterie et supposaient, de surcroît, un emploi rapproché imposé par la faiblesse de leur portée56. Ainsi, l’augmentation du calibre ne semble pas avoir conduit à une augmentation proportionnelle de la puissance de tir.
37De plus, la mention par Diodore de petites oxybèles très puissantes, que l’on identifie à des « scorpions », pourrait nous inciter à conclure à une innovation technique ; cependant, rien ne permet d’affirmer que ces petites oxybèles furent utilisées pour la première fois sous Démétrios et non déjà à une période antérieure. Mais en tout état de cause, leur emploi n’avait pas permis des tirs nourris à l’appui d’un assaut décisif.
38Pour ce qui est des ouvrages de charpente, tours de siège et tortues bélières, qui ont plus particulièrement suscité l’admiration des Anciens57, on doit également se poser la question de leur efficacité et de la portée réelle des changements introduits.
39Des tours de siège comparables, par leur forme, leur composition et leurs aménagements intérieurs, existaient déjà sous Alexandre. Par leurs dimensions, elles pouvaient même égaler celles construites sous Démétrios. C’est en tout cas ce qui ressort du traité de l’Anonyme de Byzance dans lequel il est indiqué la façon dont Diadès et Charias, ingénieurs du roi, construisaient les tours de siège58. La description que Diodore et Arrien nous ont fournie de l’hélépole utilisée en 332 par Alexandre contre Tyr, confirme ce témoignage59. En effet, les sources rapportent qu’elle égalait en hauteur les tours de flanquement qui se dressaient sur près de 100 coudées, soit environ 46 m60. Si l’on accepte cette donnée chiffrée, il faut admettre que l’hélépole mise en action devant Rhodes ne constituait pas une nouveauté.
40De même, il apparaît que déjà sous Alexandre il était d’usage d’installer des catapultes de toutes sortes à l’intérieur des tours de siège. Cependant, il ressort du récit du siège de Tyr, que les pièces d’artillerie que l’on avait placées aux étages étaient toutes des armes antipersonnel, c’est-à-dire des oxybèles et des lithoboles de petit calibre. Les lithoboles de gros calibre, seules susceptibles d’être utilisées comme armes anti-muraille avaient été positionnées sur le sol de la digue61. Cela s’explique par le fait que les tours de siège d’Alexandre étaient avant tout des engins d’assaut dont il convenait de ne pas réduire la mobilité62. Ce n’était pas le cas de celles de Démétrios qui étaient uniquement des engins de tir destinés à faire brèche.
41Le choix de transformer une arme d’assaut en arme de génie eut d’importantes répercussions sur la manœuvre tactique ainsi que sur l’organisation des moyens logistiques.
42En effet, les opérations de siège sous Démétrios furent considérablement plus longues que sous Alexandre, nécessitant d’abondants moyens humains et matériels. Alors qu’Alexandre en quelques mois seulement était parvenu à prendre d’assaut plusieurs places fortes, les attaques lancées contre Rhodes par Démétrios se répétèrent pendant près d’une année. Le fonctionnement de l’hélépole, en particulier, exigeait beaucoup de temps et une importante main-d’œuvre. Nous savons par Plutarque que Démétrios en 291 pour s’emparer de Thèbes fit construire une tour de siège identique à celle qu’il avait mise en action devant Rhodes que l’on manœuvrait « à l’aide de leviers avec tant de difficultés et lenteurs, en raison de son poids et de sa taille, qu’elle progressa à peine de 2 stades en 2 mois », soit environ 360 m63.
43En ce qui concerne les tortues bélières, on note la même tendance au gigantisme. On a vu que celles-ci tiraient leur énergie motrice de près de mille hommes. On peut s’étonner que le roi, pourtant épris de technique, n’ait pas mis en application des principes mécaniques simples qui eussent permis de faire d’importantes économies d’énergie humaine, notamment qu’il n’ait pas eu recours à des systèmes démultiplicateurs de force (moufles, poulies, treuils), employés déjà depuis longtemps sur les chantiers de construction publique, qui auraient permis de multiplier la force des servants64.
44L’Anonyme de Byzance, à ce propos, a fait la remarque suivante :
« Parmi les béliers, les uns sont manœuvrés par une foule d’hommes comme on le voit chez certains mécaniciens d’autrefois, d’autres sont mis en mouvement par des moufles, d’autres enfin sont poussés en avant sur des cylindres. Il arrive aussi que ce soit en tournant des treuils qu’on les fasse avancer et reculer pour qu’ils portent leurs coups65. »
45Il n’est pas pertinent de rechercher l’explication dans l’abondance de la main-d’œuvre servile car sinon, comment expliquer, un siècle plus tard, les avancées d’Archimède dans le domaine de la technique militaire (catapultes dotées d’un système de réglage de l’angle de tir, grappins à leviers)66 ? L’existence d’une abondante main-d’œuvre servile n’empêchait pas le progrès dans le domaine des techniques militaires comme l’attestent les inventions d’Archimède.
46En définitive, il ressort de nos sources que les prouesses techniques dont on gratifie Démétrios ne se traduisirent par aucun progrès décisif sur le plan purement militaire. L’artillerie plus lourde ne conduisit aucunement à une augmentation de la puissance de tir, l’invention de petites oxybèles très puissantes, à la supposer établie, n’augmentèrent pas le niveau opérationnel des assiégeants et, plus significatif encore, le gigantisme se révéla contre-performant. En effet force est de noter que ses ouvrages de charpente furent d’un faible rendement : du fait de leurs dimensions considérables, ils étaient instables, de maniement long et difficile et particulièrement exposés aux contre-offensives.
47Abusé par l’illusion d’une force mécanique qu’il croyait en mesure de se substituer à la force militaire des hommes, peut-être confiant à l’excès dans le développement des techniques, le roi n’avait semble-t-il défini aucune doctrine d’emploi adaptée au cas particulier de Rhodes ; la défense résolument active de la cité exigeait en effet de repenser l’emploi des forces, notamment d’utiliser les machines comme armes d’appui des mouvements tactiques, de privilégier la mobilité et la rapidité des troupes sur le théâtre des opérations militaires.
48Toutefois, il serait exagéré de conclure que les machines de Démétrios ne furent d’aucune efficacité. S’il est vrai que leur efficacité ne fut pas proportionnelle à leur degré d’élaboration technique, elles permirent néanmoins au roi de faire brèche dans le mur sud ; les assiégeants parvinrent ainsi à pénétrer dans la ville et à s’emparer de la zone du théâtre (Diod. 98, 5-6).
49L’incapacité de Démétrios à prendre Rhodes s’explique en réalité moins par le gigantisme des machines que par l’extraordinaire capacité de résistance des Rhodiens. Certes, le temps que le roi passa à la construction, à la réparation et à l’installation de ses machines joua en faveur de ses adversaires, permettant à ceux-ci de s’organiser et d’adapter leurs moyens. Cependant, ce qui nous semble avoir été déterminant dans le rapport de force entre assiégeants et assiégés, c’est le haut niveau de pensée tactique des Rhodiens dont les opérations militaires, sur terre comme sur mer, furent menées avec succès (Diod. 87, 3-4 ; 88, 8-9 ; 93, 1-6 ; 96, 6-7).
50Ainsi, lorsque les assiégeants s’emparèrent de la zone du théâtre, les commandants rhodiens regroupèrent immédiatement leurs unités d’élite, marchèrent contre les forces de Démétrios et engagèrent, à l’intérieur même de la ville, une bataille rangée – peut-être la première du genre (98, 8-9). Fait unique dans l’histoire de la poliorcétique grecque, ils firent ici la preuve qu’il ne suffisait pas d’occuper la place forte pour que celle-ci fût considérée comme prise, qu’il fallait surtout faire la démonstration de sa supériorité dans les combats au corps à corps.
51La guerre de siège n’était pas qu’une affaire de machines, c’était aussi et avant tout un art du mouvement militaire. Démétrios en fit l’expérience face aux Rhodiens qui, de ce point de vue, marquèrent un renouveau des pratiques défensives67.
52poids très important des projectiles n’impliquait peut-être pas l’emploi d’un engin de jet considérable. Le lance-pierres d’Archimède ne ressemblait certainement pas à la lithobole de 3 talents de Démétrios, car le savant, préoccupé par les questions d’économie d’énergie humaine, avait dû nécessairement réduire les dimensions des machines.

Rhodes au moment du siège.
Notes de bas de page
1 Aymard A., « Remarques sur la poliorcétique grecque », Études d’archéologie classique, vol. II, Paris, 1956, p. 3-15 ; Wehrli Cl., Antigone et Démétrios, Genève, 1968-1969, p. 204, 220 ; Garlan Y., Recherches de poliorcétique grecque, Paris, 1974, p. 201 ; « Le siège de Rhodes », La Grèce ancienne, Revue L’Histoire, Paris, p. 254-268 ; Will E., « Le territoire, la ville et la poliorcétique grecque », RH, 253, 1975, p. 297-318 ; Berthold R. M., Rhodes in the Hellenistic Age, Ithaca Cornell Univ. Press, 1984, p. 60-70.
2 Sur Hieronymos de Cardia, voir Jacoby F., « Hieronymos von Kardia », RE, 1913, coll. 1450-1560 ; Hornblower J., Hieronymus of Cardia, Oxford, 1981, spéc. p. 12, 14, 39, 69, 228 ; Billows R. A., Antigonos the One-Eyed and the Creation of the Hellenistic States, 1985, Berkeley, p. 299-333, 390-392.
3 Pimouguet-Pédarros I., « Le siège de Rhodes par Démétrios et l’apogée de la poliorcétique grecque », REA, t. 105, 2003, n° 2, p. 371-392.
4 Pour une étude d’ensemble du siège de Rhodes par Démétrios, voir Pimouguet-Pédarros I., Le siège de Rhodes par Démétrios (304-304). Étude d’histoire politique et militaire, à paraître en 2011.
5 . Diod. XX, 82-88 ; 91-100. Texte traduit en français par Hoefer F., 1865 (Hachette, Paris), en anglais par Geer R. M., 1954 (Loeb Classical Library, Londres). Les extraits que nous proposons ont été traduits par nos soins. C. Durvye publiera en 2011 sa traduction en français du livre XX. Le récit de Diodore est proche de celui qui apparaît sur un document papyrologique, connu aujourd’hui sous le nom de «papyrus de Berlin». Cf. Papyrus de Berlin (P. Berl.), 11632 = Pack 2, 2207; Bilabel n° 8, 20 = FGrHist., III B, 533. Voir spéc. Hiller Von Gaertringen F., «Aus der Belagerung von Rhodos 304 v. Chr. », Sitzungsberichte der Preussischen Akademie der Wissenschaften zu Berlin, t. 2, 1918, 752-762, auquel on doit la publication annotée et commentée de ce papyrus. Le texte est reproduit à côté de celui de Diodore ce qui permet de mettre en lumière de nombreuses coïncidences. Voir aussi en dernier lieu Hornblower J., op. cit., p. 31.
6 Plut., Dém., XXI-XXII (trad. CUF, Belles Lettres) ; Vitr., De Arch., X, 16, 3-8 (trad. CUF, Belles Lettres).
7 Ath., Mech., 21, 2-26 ; 27, 1-6 (éd. et trad. Schneider R., « Griechische Poliorketiker III », AGWG, NF 12, n° 5, 1912) ; Anon. de Byz., Paragg., 205, 207, 230, 232 (éd. et trad. Schneider R., « Griechische Poliorketiker III », AGWG, NF 121, n° 1, 1908).
8 On se reportera en particulier aux traités sur les armes de jet (Bélopoiika) et sur la mise en défense des places fortes (Poliorkétika). Tous deux issus d’une somme connue sous le nom de Méchanikè Syntaxis. Voir Diels H. et Schramm E., « Philon de Byzance, Mechanikè Syntaxis IV (belopoiika) », AAWB, n° 16, 1918 (b) (éd. et trad.) ; Garlan Y., op. cit., p. 282, 347 (éd. et trad. Mechanikè Syntaxis V [Poliorkétika]) ; Lawrence A W., Greek aims in fortification, 1979, p. 69-72 (éd. et trad. Mechanikè Syntaxis V [Poliorkétika]).
9 Diod., XX, 85, 1 ; 86, 2-3 ; 87, 4 ; 88, 1 ; 88, 5 ; 92, 1 ; 93, 4 ; 98, 1 ; 95, 1 ; 96, 3 ; 96, 5.
10 La première occurrence relative aux armes et engins de jet apparaît sous une forme générique, avec l’emploi, en 82, 4, du mot βελῶ qui renvoie à toute arme de trait, jet, projectile, sans distinction. βελῶv παvτoὶωv πλῆθoϛ. Considérant le contexte, nous pensons qu’il est fait référence ici aux différents types de catapultes dont disposait le roi. On retrouve en 86, 1, le même mot lorsque l’auteur explique que le roi, afin de maintenir sa position à l’extrémité du môle du Grand port, y avait débarqué des soldats, kαὶ βελῶv πλῆθoϛ παvτoδαπῶ– expression que nous traduisons par « de nombreuses pièces d’artillerie de toutes sortes ». Il est probable qu’il s’agissait pour l’essentiel de catapultes à traits (oxybèles) et de catapultes à boulets de pierre (lithoboles), les unes et les autres étant mentionnées à plusieurs reprises dans la suite du récit. Cf. XX, 83, 1 ; 85, 1 et 3 ; 86, 2 ; 87, 1 et 4 ; 88, 1 ; 95, 2. Notons que le terme de katapeltè n’apparaît qu’une seule fois dans le texte de Diodore (XX, 93, 5). Sur ce terme dans les sources littéraires, voir Pimouguet-Pédarros I., « L’apparition des premiers engins balistiques dans le monde grec et hellénisé : un état de la question », REA, t. 102, 2000, n° 1-2, p. 5-26, spéc., p. 6-8.
11 Pour une discussion, voir Pimouguet-Pédarros I., loc. cit., 2000, p. 5-26.
12 Voir Marsden E. W., Greek and Roman Artillery, vol. I, Oxford, 1969, p. 86-91 ; Garlan Y., op. cit., p. 219-224.
13 Héron, Bel. 29-30 ; Vitr., De Arch., X, 11, 2 ; Frontin, Strat., I, 7, 3-4 ; Polybe, IV, 56, 3 ; V, 89, 9 ; Strab., XVII, 3,15. Sur le système de propulsion des catapultes, voir spéc. De Rochas D’Aiglun, « L’artillerie chez les Anciens », BM, 42, 1882, p. 273-285 ; Garlan Y., op. cit., p. 217-222.
14 Marsden E. W., op. cit., 86-91 ; Garlan Y., op. cit., p. 219-224. Les boulets étaient en pierre, quelquesuns peut-être en plomb, et de taille diverse. Sur l’usage des boulets de plomb, voir IG II (2), 468. Cf. Garlan Y., op. cit., p. 218 et n° 6.
15 τoὺϛ τpισπιθάμovϛτῶ ὀζvβελῶv. Geer R. M. : « catapults bolts ».
16 Sur ce type d’oxybèles, voir Garlan Y., op. cit., p. 219 et p. 383 qui note que « c’était un engin de faible calibre, à peine supérieur à celui de la plus petite catapulte que nous connaissons, celle d’une coudée : d’où leur utilisation dans les combats de rues ».
17 Τoϛ ἐλάττoσι μαkpὰv φεpoμέvoι. Litt. : les oxybèles ayant la plus grande portée de tir, soit la meilleure. Hoefer F., traduit simplement par « balistes ».
18 . IG 2 1627 b, l. 328-336 ; 1628 d, l. 510-515 ; 1629 e, l. 985-990 ; 1631 b, l. 220-224. Cf. Lammert F., Skorpion, RE, 50, 1927, coll. 584-587 ; Marsden E. W., op. cit., p. 60-61 ; Garlan Y., op. cit., p. 217-218, 220, 223.
19 Garlan Y., op. cit., p. 217, 223 et n° 4.
20 Marsden E. W., op. cit., p. 60-61. Il est possible que Démétrios ait eu à sa disposition, bien que les textes n’y fassent pas référence de manière explicite, des arbalètes (gastraphétai). Sur ce type d’engin de jet, voir Garlan Y., op. cit., p. 167. Il s’agissait d’une machine composée d’un arc monté sur un fût s’armant par pression contre le ventre. L’auteur a noté que l’on ne pouvait dater précisément l’introduction de l’arbalète en Occident et que par conséquent il était difficile d’établir de Diodore est proche de celui qui apparaît sur un document papyrologique, connu aujourd’hui sous le nom de « papyrus de Berlin ». Cf. Papyrus de Berlin (P. Berl.), 11632 = Pack 2, 2207 ; Bilabel n° 8, 20 = FGrHist., III B, 533. Voir spéc. Hiller Von Gaertringen F., « Aus der Belagerung von Rhodos 304 v. Chr. », Sitzungsberichte der Preussischen Akademie der Wissenschaften zu Berlin, t. 2, 1918, 752-762, auquel on doit la publication annotée et commentée de ce papyrus. Le texte est reproduit à côté de celui de Diodore ce qui permet de mettre en lumière de nombreuses coïncidences. Voir aussi en dernier lieu Hornblower J., op. cit., p. 31.
21 au plus tôt sous le règne d’Attale I. Voir aussi Pimouguet-Pédarros I., loc. cit., 2000, p. 8.
Après le siège de Rhodes, au temps de Philon et d’Archimède, ce terme servait à désigner des catapultes oxybèles de faible calibre. Philon, Bel., 51 ; Polybe, VIII, 5, 6 ; Plut., Marc., XV, 5. Cf. Garlan Y., op. cit., p. 224.
22 Hoefer F., « L’une pour mettre les assiégeants à l’abri des pétroboles, l’autre pour les garantir des balistes ». Il y a dans cette traduction une aberration car ce serait supposer que les assiégés procédaient à des tirs sélectifs à l’avantage des assiégeants. La seule traduction possible dans ce sens est que les tortues « protégeaient les assiégeants, à la fois contre les pétroboles, à la fois contre les oxybèles ». Cependant, la préposition « πρòς » n’étant pas suivie du datif, l’idée qui est ici exprimée n’est pas celle de « mettre à l’abri les hommes contre le tir des pétroboles et des oxybèles », mais plutôt de « mettre à l’abri les pétroboles et les oxybèles elles-mêmes ». Geer R. M. traduit aussi dans ce sens mais remplace le terme de « pétroboles » par celui de « balistes ». En ce qui concerne les navires de transport arrimés l’un à l’autre, voir la traduction proposée par Geer R. M., « firmly mounted on two cargo vessels fastened together » ou « mounted on two cargo vessels and fastened securely ».
23 Hoefer F., « pétroboles talentéens ». Geer R. M., traduit par « heavy ballistae », c’est-à-dire « lourdes balistes ». Le caractère général de cette traduction se double d’une erreur d’appréciation concernant le poids des boulets ; en effet, les lithoboles de 1 talent n’étaient pas considérées comme des catapultes de gros calibre. Les lithoboles de 10 mines étaient les plus petites, constituant des engins de faible calibre équivalents à peu près à l’oxybèle de 3 spithames mentionnée plus haut.
24 Pimouguet-Pédarros I., loc. cit., 2000, p. 2, 20, 56-58.
25 τpιτάλαvτoι. Voir aussi Ath., Méch., 27, l. 2-6. Cf. Marsden E. W., op. cit., p. 89-91.
26 Plut., Dém., 16, 4-5.
27 Laurenzi L., « Projettili dell’artigliera antica scoperti a Rodi », Memorie, II, 1938, p. 31-36.
28 Voir les mesures données par Garlan Y., op. cit., p. 223, 365.
29 Il ressort de la lecture de Philon que seule la lithobole de 1 talent était capable d’endommager la muraille de la manière la plus efficace car c’était selon lui la plus puissante. Cf. Pol., 81, 45-50 (29) et 85 (71) ; cependant, dans le livre IV de la Syntaxe Mécanique (Bel., 6), il fait allusion à des pétroboles de 3 talents. Selon GARLAN Y., op. cit., p. 364, cela signifie ou que celles-ci n’étaient pas d’un usage fréquent ou bien qu’elles étaient à certains égards (portée ou précision) de « puissance » inférieure. Nous pensons qu’il est possible de relier ces deux suppositions en une, en considérant que les pétroboles de 3 talents étaient peu utilisées précisément parce qu’elles étaient inférieures à celles de 1 talent en terme de portée et de précision. Elles nécessitaient en outre plus de temps, de matériaux et de main-d’œuvre pour leur construction et ne pouvaient être mises en fonction, du fait de leur lourdeur et de leur encombrement, que sur la terre ferme et sur un vaste espace de terrain plat. Par conséquent, leur usage ne se justifiait que dans certaines circonstances et dans un but bien déterminé. Si Démétrios en fit réellement usage à Rhodes, ce fut dans la première phase du siège, au moment où ses troupes prirent position à l’extrémité du môle du Grand port. L’installation d’une pétrobole de 3 talents à cet endroit, à une faible distance des murs et des navires de guerre adverses, pouvait permettre un endommagement important de ceux-ci.
30 Garlan Y., op. cit., p. 221. Sur les lithoboles utilisées comme armes anti-machine ou anti-muraille, voir Philon, Pol., 81 (19), 2 ; (27), 43 ; (29), 47-48 ; 82 (35), 24 ; (46), 21 ; (50), 33 ; (71), 2 ; (73), 8 ; 85 (81), 44 ; (82), 47.
31 Le mot pyrgos désigne aussi bien un élément d’architecture en pierre (tour de flanquement, ferme à tour, tour d’observation) qu’un ouvrage de charpente (tour de siège, portique). En 88, 7 Diodore note que Démétrios construisit une machine trois fois plus haute que la précédente (τῆϛ πpότεpov). L’emploi du singulier pose un problème car il ressort des passages 85, 1 et 88, 5 qu’au moins trois tours de siège furent mises en action avant la construction de celle-ci. On peut supposer une altération du texte de Diodore qui, si celle-ci avait porté sur le texte original, aurait probablement rectifié l’incohérence.
32 Winter F. E., Greek Fortifications, Toronto, 1971, p. 134 ; Mcnicoll A. W., Hellenistic Fortifications from the Aegean to the Euphrates, Oxford, 1997, p. 121-13 ; Pimouguet-Pédarros I., Histoire des fortifications antiques de Carie, Paris, 2000, p. 50. Philon, Pol., 80, 12, recommandait que l’on ne construise pas les murailles « d’une hauteur inférieure à vingt coudées (9,25 m) afin que les échelles qu’on y applique n’atteignent pas les sommets ». En 82, 45, il préconisait des murailles « […] hautes de six orgyes (11,10m) ».Mais l’on ne sait pas si ces mesures comprenaient l’ensemble de l’élévation du mur, parapet compris, ou seulement la hauteur de la courtine jusqu’au chemin de ronde. Les murs de Rhodes ne devaient pas excéder 10 m de haut – les tours de flanquement des murs bordant la zone portuaire s’élevant sur deux étages, soit environ 20 m. Sur les fortifications de Rhodes, voir Filimonos-Tsopotou M., « Remarques sur les fortifications antiques de Rhodes », dans Rhodes 2400 ans. La cité de Rhodes depuis sa fondation jusqu’à sa conquête par les Turcs en 1523, Actes du Colloque scientifique de Rhodes, 1993, Athènes, vol. A, 1999, p. 29-40; Les fortifications hellénistiques de Rhodes (en grec), Suppl. Achaiologikon Deltion n° 86, 2004.
33 Ce terme est synonyme de « tour de siège (pyrgos) ». Dans les textes grecs, il apparaît surtout en relation avec de grandes tours mobiles. Il fut à l’époque romaine étendu à d’autres machines, telles que les tortues bélières. Cf. Flavius Josephe, 2, 19, 9. Dans les textes latins le mot n’est attesté que chez Vitruve à propos de la machine de Démétrios (cf. De Arch., X, 16, 4-8) et chez Ammien Marcellin à propos d’une tortue bélière (cf. 23, 4, 10). Sur ce terme, voir spéc. Lammert F., 1912, « Helepolis », RE, 14, col. 2849 ; Marsden E. W., op. cit., p. 85.
34 Pour des exemples plus tardifs, voir Pol., V, 60, 1 (siège de Psôphis par Philippe V) ; IV, 78 (siège d’Aliphéira par Philippe V).
35 Voir aussi Plut., Dém., 21, 1, 4 ; Vitr., De Arch., X, 16, 4, 281 ; Ath., Mech., 27, l. 2-6.
36 Selon les mesures fournies par Diodore, on peut estimer les dimensions de la machine au niveau du sol à environ 500 m2. L’auteur précise qu’au-dessus s’élevaient plusieurs étages, le premier mesurant 43 acènes (390 m2), le dernier 9 acènes (80 m2).
37 Pour le siège de Salamine de Chypre, Diod. (XX, 48, 2) précise que se trouvaient à l’intérieur de l’hélépole 200 servants – ce qui laisse penser qu’il y avait un nombre équivalent de catapultes, à moins de considérer que chacune d’entre elles était manipulée par deux hommes à la fois auquel cas leur nombre pourrait avoir été de 100. On peut par conséquent estimer le nombre de catapultes à l’intérieur de l’hélépole mise en action devant Rhodes entre 100 et 200 – cette hélépole ayant approximativement les mêmes dimensions que celle de Salamine de Chypre. Voir aussi Ath., Mech., 27, 2 ; Plut., Dém., 21, 1 ; Vitr., De Arch., X, 16, 4 ; Ammien Marcellin XXIII, 4, 10-13.
38 Plut., Dém., 21, 1, 4 note que l’hélépole « avançait avec un grognement et un bruit intenses ». On peut voir ici une allusion aux plaques de fer dont fait mention Diodore en 95, 1, lesquelles, nécessairement, devaient vibrer sur le bois. Vitr., De Arch., X, 16, 4, rapporte quant à lui que la machine était renforcée de cilices et de cuir vert. Le cilice, étoffe grossière, était utilisée par les Grecs dans l’armée de terre et la marine comme élément de protection, soit pour le revêtement des machines de siège, soit pour la confection de mantelets ou de sacs de terre. Cf. Saglio E., s. v. « Cilicium », D. S., Dict. Ant., 1, 2, 1172. Notons que les fenêtres étaient également protégées par des volets. Diodore en 91, 6, fait mention de protections recouvertes de pièces de cuir cousues ensemble et remplies de laine que l’on actionnait au moyen d’un système mécanique.
39 Selon Ath., Mech., 27, l. 2-6, elle pouvait résister au choc d’une pierre de 3 talents. Vitr., De Arch., X, 16, 4, rapporte quant à lui que son système de revêtement lui permettait de supporter le choc d’une pierre de 360 livres (118 kg) lancée par une baliste. La vulnérabilité de la machine au feu (flèches incendiaires et brûlots) est clairement attestée par Diod. (91, 5) qui fait mention de jarres d’eau entreposées à chaque étage. Voir aussi 96, 7.
40 Le terme «ἀvτίστpεπτα (ἀvτιστpέφω) » signifie « tourner en sens contraire », d’où inverseurs/pivots. Philon, Bél., 3, emploie ce terme pour désigner un mécanisme constitué d’un levier à jeu renversé. À propos de l’hélépole de Démétrios à Chypre Diod. (XX, 48, 2) note qu’elle « reposait sur quatre roues solides de huit coudées de haut ».
41 Plut., Dém., 21, 1, 4 (48 coudées de long et 96 (66) coudées de haut). Droysen H., « Heerwesen und Kriegtführung der Griechen », dans Hermann K. F., Lehrbuch der griechischen Antiquitäten, II (2), 1889, p. 187-268 propose de corriger les 66 coudées en 96 coudées. Or, selon Schramm E., op. cit., p. 237, la mesure de 66 coudées pourrait s’expliquer par le fait que Démétrios n’aurait monté que la partie inférieure de l’hélépole représentant environ les 2/3 de l’ensemble. Voir aussi Garlan Y., op. cit., p. 232. Selon Wehrli Cl., op. cit., p. 211, c’est Plutarque qui possèderait les dimensions exactes de l’hélépole avec ses 48 coudées. Ath., Mech., 27, l. 2-6 (hauteur de 90 coudées et largeur de 48 coudées). Vitr., De Arch., X, 16, 4. Le traducteur de Vitruve (Belles Lettres, 284) note que les mesures fournies par l’auteur plaçaient l’hélépole bien en deçà de la hauteur maximale donnée par Diodore tandis que sa largeur était du double de la largeur maximale. Selon lui, il est difficile d’envisager une quelconque altération textuelle. Garlan Y., op. cit., p. 232, suppose pourtant une erreur de copiste. S’il n’y a pas eu d’erreur de copiste, il faut alors considérer comme fausses les données chiffrées fournies par Vitruve dans la mesure où elles ne coïncident pas avec celles des autres auteurs.
42 Tarn W. W., Hellenistic Military and Naval Developments, 1930, Oxford, p. 15-16, 109-110, a posé la question de savoir si les calculs qui se faisaient ordinairement à partir du pied et de la coudée grecs, respectivement de 0,308 mètre et de 0,462 mètre, ne seraient pas dans certains cas fondés sur un pied et une coudée dérivés du stade macédonien équivalant au 3/4 du stade grec. Partant de là, il a noté, à propos de l’hélépole mise en action par Démétrios devant Salamine de Chypre, que l’usage de la coudée macédonienne, plus courte d’environ 1 pied, était tout aussi envisageable que celui de la coudée attique. Certains ont alors considéré qu’il convenait de réduire d’environ 30 % toutes les dimensions calculées sur la base de la coudée attique de manière à rendre compte des dimensions réelles des machines de siège employées par Démétrios. Cf. Geer R. M., op. cit., p. 395. Mais Garlan Y., op. cit., p. 232 a montré que dans le cas de l’hélépole mise en action devant Rhodes, si l’on diminuait du tiers ou même du quart ses dimensions d’ensemble, on réduisait du même coup les espaces situés entre les poutres de la plate-forme – espaces larges d’une coudée (45 cm) dans lesquels prenaient place ceux qui poussaient la machine en avant. Il n’a en revanche pas discuté l’hypothèse de Schramm E., Die Antiken Geschütze der Saalburg, 1918, p. 235-237, selon laquelle il pourrait y avoir eu une substitution fautive de la coudée au pied – sans doute parce que l’incidence dans ce cas-là aurait été faible, de l’ordre d’environ 15 cm.
43 Vitr., De Arch., X, 6-7 : « Une importante quantité d’eau, de boue, d’excréments ayant été répandue là pendant la nuit, quand, le lendemain, l’hélépole se mit en marche, elle s’enlisa avant d’arriver près du mur dans le bourbier que l’on avait fait, sans pouvoir ensuite ni avancer ni se dégager ». On peut penser que la terre que Démétrios avait remuée n’ayant pas eu le temps d’atteindre son niveau maximal de tassement, le sol sur lequel reposait l’hélépole s’était effondré.
44 Selon Wehrli Cl., 1968, p. 211, son centre de gravité, compte tenu de son rétrécissement considérable au sommet, se situait, au plus haut, vers le quart de la hauteur ; aussi pour renverser la machine, il aurait fallu la faire basculer d’un angle de 45°, or les assiégés n’avaient aucun moyen de le faire. Il ne fait aucun doute que la stabilité de l’hélépole résultait en grande partie de sa forme – le premier niveau servant de support aux charges et aux poussées exercées par la superstructure. C’est en tout cas ce qui ressort du témoignage de Plut., Dém., 21, 1, 4, qui note que même mise en mouvement, « elle n’oscillait ni ne penchait », restant « toujours droite sur sa base, toujours stable et en équilibre ».
45 Ath., Mech., 27, l. 2-6. Sur le poids des machines et leur transport, voir Coulton J. J., « Lifting in Early Greek Architecture », JHS, 94, 1974, p. 1-19.
46 Geer R. M., op. cit., p. 384. Selon Diod., XX, 91, 8, un espace de 4 stades, soit 720 m de large, aurait été nivelé pour permettre la mise en action de la machine.
47 Ath., Méch., 21, 2-26 ; Vitr., De Arch., X, 15, 2-7 ; Anon. de Byz., Paragg., 230, l. 1 ; 232, l. 5.
48 Sackur W., Vitruv und die Poliorketiker, 1925, p. 75-85, suivi par Wehrli Cl., op. cit., p. 210.
49 Nous reproduisons ci-après le texte d’Athénée (Méch., 21, 2-26) : « La tortue construite par Hégétor de Byzance avait à la base une longueur de 42 coudées (18,62 m) et une largeur de 28 coudées (12,42 m). Sur cette base étaient fixés quatre montants, dont chacun était formé de deux pièces de bois attachées ensemble, ayant une longueur de 24 coudées (10,64 m) avec une épaisseur de 5 palmes (0,37 m) et une largeur d’une coudée (0,444 m). Il y avait à cette base 8 roues, au moyen desquelles l’engin tout entier était mis en mouvement. La hauteur des roues était de 4 coudées et demie (1,99 m) et leur épaisseur de 2 coudées (0,887 m). Elles étaient formées de blocs de bois, assemblées alternativement dans le sens de la largeur et celui de l’épaisseur, et cerclées par des bandes de fer travaillées à froid. Elles tournaient dans des moyeux […]. Sur la base on établissait des poteaux de 12 coudées de hauteur (5,32 m) […]. Les poteaux étaient espacés entre eux de 7 palmes (0,517 m) […]. On formait ainsi un plan incliné de chaque côté ; puis l’ouvrage entier était planchéié et revêtu de la même manière que les tortues de terrassiers […].
coudées et largeur de 48 coudées). Vitr., De Arch., X, 16, 4. Le traducteur de Vitruve (Belles Lettres, 284) note que les mesures fournies par l’auteur plaçaient l’hélépole bien en deçà de la hauteur maximale donnée par Diodore tandis que sa largeur était du double de la largeur maximale. Selon lui, il est difficile d’envisager une quelconque altération textuelle. Garlan Y., op. cit., p. 232, suppose pourtant une erreur de copiste. S’il n’y a pas eu d’erreur de copiste, il faut alors considérer comme fausses les données chiffrées fournies par Vitruve dans la mesure où elles ne coïncident pas avec celles des autres auteurs.
La longueur complète du bélier était de 120 coudées (53,23 m) à la partie postérieure, sa largeur était de 2 pieds (0,50 m) et son épaisseur de 5 palmes (0,37 m) ; […] il avait une pointe en fer semblable à un éperon de vaisseau… Quant aux cordages tendus au moyen de treuils établis sur la machine et supportant le bélier, leurs extrémités sont reliées par des chaînes de fer quadruples… La machine pouvait avoir six mouvements, en avant, en arrière, sur les côtés, en haut et en bas. Elle s’élevait à une hauteur de 70 coudées (31,05 m) et occupait une largeur de 70 coudées entre les côtés. Elle était mise en œuvre par 100 hommes et son poids total était de 4000 talents (157, 160 kg) ». Trad. De Rochas d’Aiglun A., Athénée, traité de machines, Mélanges Graux, 1884, p. 790-794.
50 Garlan Y., op. cit., p. 236, afin de rapprocher les tortues bélières de l’engin de percussion d’Hégétor, a supposé que seule la structure pouvait avoir été montée sur roues, à la différence du bélier, notant que dans ce cas de figure la description proposée par Diodore serait très banale. Hoefer F., « Ces béliers, bien suspendus, étaient mis en branle chacun par un millier d’hommes ». L’emploi du terme «ὑπότροχον » par Diodore rend compte pourtant assez clairement de la nature de ces tortues bélières lesquelles reposaient sur le principe du trépan qui, par rapport aux béliers suspendus, donnait au coup plus de précision. Voir Polybe VIII, 36, 11 pour comparaison. Voir aussi Appien, Lib., XCVIII, 461, qui note qu’en 149 Censorinus aurait fait construire deux tortues bélières actionnées par six mille hommes.
51 Geer R. M., op. cit., p. 395.
52 Il convient de se reporter à Philon de Byzance, 99, 40-45 (40), qui fournit une description très précise des différents types de tortues ou abris collectifs en usage à l’époque hellénistique : « Les tortues d’osier (αὶ γppoχελῶvαι) se font avec des branches d’osier entrelacées, se réunissant dans la partie supérieure pour former un angle aigu, et de même dans la partie antérieure ; une fois qu’on a tendu des peaux tout autour et fixé en bas, en position horizontale, des poutrelles à section carrée, et qu’on a disposé sous le plancher intérieur des rondis, elles peuvent être avancées sans difficulté par les soldats, compte tenu de leur faible poids. Les tortues installées sur les barques, on les fait arrondies, avec un assemblage de planches solides à la partie supérieure, et munie en bas d’un sabord pour le tir des lithoboles. Les tortues de terrassiers (αὶ χωστpίδεϛ) sont dans l’ensemble identiques aux précédentes ; mais elles sont montées sur roues et équipées d’un auvent à la partie antérieure, afin d’éviter que ceux qui s’en servent (oί χωvvὐovτεϛ) pour combler les fossés ne soient blessés. Quant aux tortues bélières (αὶ kpιoφόpoι), elles ne présentent aucune de ces deux dispositions du côté de l’ennemi, mais elles sont montées sur roues et ont de la même façon, sur le devant, des attaches arrondies et des câbles… ». Ce texte est important car l’on y retrouve tous les systèmes de protection dont Démétrios fit usage à Rhodes. Voir aussi 98, 15-20 (19). Sur les tortues, voir Apol., Pol., 140, 1-143, 5 ; Anon. de Byz., Paragg., 205, 8-207, 7.
53 Dans le récit de Polybe relatif au siège d’Eschine sur le golfe Malien en 210 par Philippe V on retrouve également l’emploi de divers abris collectifs. Cf. Pol. IX, 41. 1-3. Face aux deux tours de flanquement du mur, le roi construisit deux tortues (χωστpίδαϛ χελώvαϛ) s’élevant à la même hauteur ; face à la courtine et parallèle à celle-ci, il mit en place une longue galerie de siège (στoὰv) qui courait d’une tortue à une autre. Chacune d’elle avait la forme d’une petite tour de siège mobile composée de trois compartiments superposés. Au niveau du rez-de-chaussée, un bélier fut installé tandis qu’au premier étage se trouvaient des oxybèles ; au second étage, enfin, furent postés des archers et des frondeurs chargés de couvrir l’action du bélier. Il est à noter que Polybe emploie le terme de « χωστpίδαϛ χελώvαϛ » pour désigner les tortues de Philippe V bien qu’aucune, parmi celles-ci, n’ait eu la fonction de tortue de terrassier. En revanche, l’auteur use du terme de « στoὰv » pour désigner le passage protégé que le roi avait installé et qui permettait de passer d’une tortue à une autre.
54 Diod. XX, 85, 1-2 ; 88, 5-7 ; 91, 1-7 ; Plut., Dém., 21, 1-4 ; Vitr., De Arch., x, 16, 4 ; Ath., Mech., 27 l. 2-6.
55 Diod. XVII, 26, 6 ; XVII, 42, 6 ; 43, 1 ; Arr., An., I, 22, 2.
56 Sur les lithoboles, leur calibre et leur encombrement, voir Marsden E. W., op. cit., p. 101 ; Garlan Y., op. cit., p. 219 ; Ober J., « Towards a Typology of Greek Artillery Towers : the First and Second Generations (c. 375-275 B. C.) », dans Van De Maele S. et Fossey J. M. (éd.), Fortificationes Antiquae. Ottawa Conference 1983, McGill Univ. monographs in Class. Archarology and History, Amsterdam, vol. 12, 1992, p. 147-169 ; Pimouguet-Pédarros I., loc. cit., 2000, p. 9-21.
57 Voir Plut., Dém., 20, 6-8 ; Diod., XX, 92, 1.
58 Anon. De Byz., Paragg., 238, l. 15, 239, l. 12, 240, l. 22, 241, l. 4, 244, l. 3-11. Témoignage que l’on peut compléter par Vitruve, De Arch., 13, 4-5 et Athénée, Mech., 11, l. 4, 12, l. 11. Parmi les passages de l’Anonyme de Byzance les plus significatifs, on citera celui-ci : « Ils construisaient les plus petites de leur tour sur une hauteur de 60 coudées (22,75 m), leur donnaient pour base un quadrilatère qui avait, tant en longueur qu’en largeur, 17 coudées de côté (7,86 m) et les divisaient en 10 étages dont le plus élevé se rétrécissait pour former un carré qui, par rapport à la base, représentait le 1/5 de ce que l’on appelle la surface portante, c’est-à-dire le terrain délimité par les 4 côtés […]. Quant aux plus grandes de leurs tours, ils les faisaient supérieures de moitié aux précédentes, à 15 étages et hautes de 90 coudées (41,60 m) ; mais ils en faisaient aussi qui étaient doubles des premières, à 20 étages et hautes de 120 coudées (83,20 m) ; chacun des côtés de la base dans le cas des tours doubles, mesurait 24 coudées environ (11,10 m) ». La première hélépole fut construite par Poseidonios sous Alexandre. Cf. Marsden E. W., op. cit., p. 71-73, 84-90.
59 Diod. XVII, 40, 4-5 ; 42, 5-7 ; 43, 2-7 ; 45, 2-3 ; Arr., An., II, 18, 2-6.
60 Diod. XVII, 43, 7 ; Arrien, An., II, 21, 4.
61 Diod. XVII, 45, 2.
62 Diod. XVII, 43, 7 : « Les Macédoniens faisaient avancer des tours élevées, aussi hautes que le rempart, qui leur permettaient de jeter des ponts volants d’où ils montaient hardiment sur la courtine » (Belles Lettres, CUF). Voir aussi 46, 2 et pour comparaison Quinte C., IV, 4, 11.
63 Plut., Dém., XL, 1. Devant Argos, Démétrios avait rencontré les mêmes difficultés : « Alors que […] les soldats ne pouvaient pousser l’hélépole contre les murailles en raison de son poids, le Mégarien, Hérodoros, fit sonner ses deux trompettes et contraignit ainsi les soldats exaltés par la puissance du son, à pousser la machine en avant ». (Ath., Deip., X, 415 a).
64 Sur les systèmes démultiplicateurs de force, voir Coulton J. J., loc. cit., p. 1-19.
65 Anon. de Byz., Paragg., 232, l. 6-12. Dans le traité de Diadès dont Vitruve et Athénée nous ont rapporté une partie du contenu il est question une tortue bélière mesurant 30 coudées de large (13,87 m) et 40 coudées de long (18,50 m) ; à l’intérieur de l’ouvrage de charpente était placé un porte-bélier sur lequel on disposait un cylindre grâce auquel le bélier, actionné par des moufles, était poussé en avant pour remplir sa fonction. Cf. Vitr., De Arch., X, 13, 7 ; Ath., Méch., 14, l. 4 ; 15, l. 2. Voir Garlan Y., op. cit., p. 236.
66 Sur la stagnation des techniques et sa relation avec l’abondance de la main-d’œuvre servile, voir Lloyd G. E. R., La science grecque après Aristote, Paris, 1990, 129-130. Sur Archimède et les progrès du machinisme militaire, voir Pimouguet-Pédarros I., loc. cit., 2003, p. 391-392. À propos d’Archimède auquel le tyran Hiéron de Syracuse avait confié la défense en 213 face aux forces romaines, Polybe VIII, 5, écrit que l’ingénieur « avait fait construire des machines pouvant lancer des projectiles à toutes les distances voulues pour atteindre n’importe quel tireur. Contre les vaisseaux ennemis, quand ceux-ci étaient encore loin, il mettait en action des balistes et des catapultes très puissantes et de fort calibre, dont les projectiles causaient de graves dégâts chez l’ennemi. Lorsque le tir de celles-ci commençait à porter trop loin, il en utilisait d’autres, de plus en plus petites et choisies chaque fois en fonction de la distance à laquelle se trouvait l’adversaire […] ». Voir aussi Plut., Marc., 15-16, 2 ; TL XXIV, 34. Ce texte est important car il indique qu’au IIIe siècle on était passé du tir tendu au tir courbe, véritable innovation dans l’histoire de l’artillerie grecque depuis l’invention de l’oxybèle, puis celle de la lithobole. Désormais, un même engin, probablement par des réglages successifs de l’angle d’attaque pouvait nourrir ses tirs et suivre la progression des forces assiégeantes, couvrant de cette façon une zone continue jusqu’à la muraille. De plus, et toujours à l’initiative d’Archimède, on apprend (Plut., Marc., 14) que celui-ci, pour défendre la ville des attaques maritimes, avait construit un grappin composé d’une série de leviers dont la mise en action successive permettait de soulever les navires ennemis, puis de les laisser retomber brutalement. Il s’agissait d’un principe mécanique simple, d’une grande efficacité et qui, de surcroît, avait certainement permis de faire l’économie d’une abondante énergie humaine. Au gigantisme des machines avaient fait place des dispositifs anti-siège moins spectaculaires, mais véritablement performants. Certes il est question aussi dans ce même texte de l’invention par Archimède de lance-pierres dont les projectiles pesaient près de 350 kg. Cependant cela n’est pas nécessairement à mettre en relation avec le gigantisme car le poids très important des projectiles n’impliquait peut-être pas l’emploi d’un engin de jet considérable. Le lance-pierres d’Archimède ne ressemblait certainement pas à la lithobole de 3 talents de Démétrios, car le savant, préoccupé par les questions d’économie d’énergie humaine, avait dû nécessairement réduire les dimensions des machines.
67 Pimouguet-Pédarros I., loc. cit., 2003, p. 389.
Auteur
-
Isabelle Pimouguet-Pédarros
Université de Nantes
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