Hera : un espace pour la poésie brésilienne contemporaine
p. 203-224
Texte intégral
1« Une revue littéraire cite des noms : le temps trace les chemins. Quelques-uns persévèrent, la plupart abandonnent. » Cet avis au lecteur inaugure le premier numéro de la revue HERA, éditée fins 1972, mais datée de janvier 1973, à Feira de Santana, ville alors paisible de l’intérieur de Bahia, dans le nordeste du Brésil – périphérie de la périphérie, donc, si l’on considère la puissance culturelle hégémonique exercée par le centre sud, surtout Rio de Janeiro et São Paulo. Avec cette revue, naît simultanément le Groupe Hera, tous deux à l’initiative et sous la direction du poète et éditeur déjà confirmé Antônio Brasileiro. La phrase reproduite ci-dessus est le début d’un petit texte de présentation de la revue Hera, signé par Antônio Brasileiro, et met en évidence sa conscience critique et historique en ce qui concerne ce genre d’intervention culturelle impliquant une organisation de groupe pour la production, l’édition et la divulgation de textes, dans un contexte socioculturel adverse.
2Confiants dans le temps qui « trace les chemins » parcourus, à peine trois mois après ces mots d’inauguration, est publié le numéro deux de la revue Hera, dans lequel antonio brasileiro constate et proclame, d’une façon elliptique : « Le numéro fatidique d’une revue est le troisième. le premier est celui qui est fortuit, appartient au destin, courageux ; le deuxième, nous le savons, le plus facile, parce qu’il comble les lacunes du premier. Cependant, le nôtre – maintenant – est le deuxième. Préparation pour le grand saut. Et nous avons confiance. » Le temps accomplit ses desseins : ceux qui persévèrent (pas tous, mais pas si rares) font proliférer le nombre des intéressés et Hera se transformera bientôt en un phénomène poétique d’une grande visibilité régionale et ayant une certaine répercussion nationale (en dépit des pratiques hégémoniques), avec ses airs de mouvement littéraire ou même de résistance culturelle.
3Au milieu des années 1980, le Groupe, qui occupait alors une place de choix sur la scène littéraire de Bahia, lance Hera 15, accompagné d’un provoquant et, peut-être, combatif « Manifeste du Groupe Hera », imprimé sur les rabats de la couverture. Cette fois-ci la signature du texte est collective, bien qu’il soit marqué par le style elliptique, mordant et polémique, si ce n’est excentrique, d’Antônio Brasileiro. Parmi les éléments propres à la rhétorique d’un manifeste, tels les mots d’ordre percutants, les professions de foi tapageuses, les jugements critiques des auteurs et l’ironie déclinée sous toutes ses formes, on peut relever des scènes qui mettent en évidence l’hétérogénéité de l’ambiance socioculturelle et littéraire du pays. C’est ainsi que le Manifeste dénonce : « Ah, os poetas do Rio e suas gloriazinhas de isopor –/Não aos padrões estéticos das metrópoles1. » Comme on peut le voir, c’est encore le vieux et incontournable problème des modèles artistiques, des critères politiques, des hégémonies économiques et culturelles de ce Brésil si grand et divers, si problématique avec ses identités – ses marques, ses dialogues, ses zones de pouvoir, ses filiations internes et externes. C’est encore la querelle de la quête de la légitimité sur une scène artistique complexe qui englobe la tradition moderniste, avec ses formules, mais aussi ses héritages esthétiques et ses tensions créatrices, et les récentes pratiques d’avant-garde, avec leurs innovations, mais aussi leurs jeux gratuits et leurs œuvres indigentes. Tout cela confronté aux forces économiques, aux corporativismes et aux intérêts du marché et de l’industrie culturelle.
4Avec ce « Manifeste », les jeunes poètes de Hera posaient leurs marques et se plaçaient dans la perspective d’un débat sur la production poétique nationale contemporaine, mettant en question ce qu’ils considéraient comme une imposition de valeurs, lesquelles, en principe et pour une bonne part, répondraient à une expérience historique et socioculturelle donnée du sud-merveilleux, Rio de Janeiro, surtout.
Ambiances culturelles, politiques et polémiques littéraires
5Parler de l’époque contemporaine n’a jamais été facile pour un spécialiste de la littérature, surtout quand on veut porter un regard en même temps complet et sélectif sur un pays si grand et divers dans ses modes de production et de divulgation culturelle comme le Brésil. C’est ainsi que toute étude ayant l’ambition de présenter une anthologie nationale de périodes récentes (« actuelle », « années 1970 », « années 1980 », etc.), pèche non seulement par son inévitable partialité (jusqu’à un certain point compréhensible et pardonnable), mais court aussi le risque de l’inacceptable manipulation due, presque toujours, à un regard trop nombriliste ou trop dépendant de la (des) famille (s) du spécialiste littéraire. De telles études concernant l’actualité, à l’exemple de celles qui prétendent présenter la production poétique brésilienne la plus significative, souffrent d’une forte interférence d’une tradition ou production critique relativement éphémère (bien que récente et alignée sur les grands centres hégémoniques), qui souvent ne distingue pas un texte littéraire authentique et conséquent, de l’agitation culturelle ou du « modisme » littéraire.
6Que ce soit par la difficulté d’embrasser l’ensemble de la production littéraire du pays, par l’économie critique ou le fait de se conformer aux espaces restreints et démarqués de divulgation et promotion d’auteurs et d’œuvres, ou encore par myopie critique ou mauvaise foi, prédomine entre nous un type de pensée critique habitué à un dualisme centre/périphérie. De cette dichotomie de valeurs émane un désir de classification presque inévitable, ainsi caractérisé : d’un côté, production d’avant-garde, de rénovation ou préoccupation esthétique (dans les grands centres) ; de l’autre, adeptes des nouveaux courants culturels qui viennent des métropoles ou simples conservateurs (dans les périphéries). On écarte les exceptions didactiques.
7Il ne s’agit pas ici de procéder à une étude de cas ayant pour but de cartographier ou de proposer une nouvelle géographie esthétique du Brésil contemporain, situant les axes de production et d’importance littéraires en termes d’États ou de Régions. Nous avons souligné justement les difficultés et les embûches d’une telle classification géographique, même pour les spécialistes, classification que nous refusons de faire. Nous proposons seulement une réflexion sur ce sujet, par le biais de la présentation du travail du Groupe Hera sur la scène de la production poétique brésilienne de ces trente dernières années. Dans ce sens, nous ferons encore quelques brefs commentaires sur l’inventaire de cette production, en tentant de relativiser ou de questionner ledit regard dichotomique, partiel.
8Un cas paradigmatique dans notre littérature récente concerne la génération de 70 (et ses avatars jusqu’à nos jours), sur laquelle une convergence de facteurs rend récurrente la fausse idée de la suprématie au Brésil, voire de l’exclusivité, de la poésie dite « marginale », phénomène localisé à Rio de Janeiro, ville ayant un fort pouvoir de divulgation culturelle (et de marketing). Il s’agit d’un moment historique marqué par la répression de la dictature militaire et, en contrepartie, par des idéaux et actions de résistance à cette dictature, soit par le biais du militantisme politique qui, dans sa quête de transformations sociales, en arrive à des actions de guérilla, soit par une pratique contre-culturelle de la jeunesse qui, ici comme dans diverses parties du monde, dans sa lutte pour la liberté individuelle, mettait en question le modèle et contestait le status quo de la société.
9L’aspect « marginal » de cette poésie des années 1970, en principe, concerne tant la conception esthétique du vers (qui jouit d’une plus grande liberté formelle et se tourne vers le prosaïsme, la vie quotidienne, les désirs personnels), que les procédés d’édition et de distribution des livres (surtout alternatifs, artisanaux). « Les racines de cette nouvelle période », comme le dit Affonso Romano de Sant’Anna, « se trouvent déjà dans le Tropicalisme, avec l’influence de quelques mouvements antérieurs, comme le Modernisme de 222 ».
10Suivant la logique de la société de consommation, la contestation va être assimilée par le marché. Ainsi, paradoxalement en apparence, la poésie « marginale » prend sa place dans les médias et devient de plus en plus reconnue comme représentative de l’époque. En 1975, la revue Tempo brasileiro, n° 42-43, fait un numéro spécial sur la poésie brésilienne de l’époque et donne une large place à ces poètes cariocas. En 1976, Heloisa Buarque de Hollanda compose le célèbre recueil 26 poètes d’aujourd’hui, consacré à la tribu « marginale » et, spécialement, au cercle carioca, mais en visant de toute évidence l’élaboration d’une anthologie poétique nationale couvrant toute une génération. En 1981, Carlos Alberto Messeder Pereira lance Retrato de época – Poesia marginal anos 70, Rio de Janeiro, Mec/Funarte et Glauco Mattoso publie O que é Poesia Marginal, dans la collection Primeiros Passos, São Paulo, Brasiliense (publication de grande diffusion nationale). C’est aussi à cette époque qu’est lancé, dans la collection paradidactique de grande diffusion Literatura Comentada, de la maison d’édition Abril, de São Paulo, un numéro intitulé Poesia jovem, anos 70, organisé par Heloisa Buarque de Hollanda et Leila Míccolis, qui propose surtout les représentants de la poésie carioca, rattachés au groupe « marginal ». Outre ces publications, depuis les années 1970, d’autres travaux sur cet événement poétique paraissent par le biais des canaux de diffusion de plus ou moins grande répercussion, surtout des articles dans des revues et journaux. Grâce à cette divulgation, cette poésie acquiert sa reconnaissance littéraire, étant donnée sa représentativité comme phénomène (contre) culturel alors en vogue dans notre centre hégémonique.
11De ce fait, paradoxalement, la griffe « marginal » est devenue un moyen de s’insérer dans les canons littéraires, monopolisant la scène de la production nationale, même si elle répond surtout à un climat socioculturel déterminé éminemment carioca, une réponse aux valeurs esthétiques assez irrégulières, dont certaines médiocres. Parmi les poètes de ce courant, ou qui en subissent l’influence (se dédoublant souvent en « postmodernes », car ils se situeraient en dehors du cadre de la « génération 70 »), peu de noms résistent à la moindre distanciation critique dans un contexte de représentativité esthétique sur le plan national.
12Pour conclure cette brève réflexion critique sur la perspective historique de la poésie brésilienne contemporaine centrée sur le courant « marginal » émanant des années 1970, voyons un cas de première importance dans l’édition actuelle, c’est-à-dire l’imposant recueil (un succès commercial) lancé en 2001, Os cem melhores poemas brasileiros do século, sélection de Italo Moriconi (Rio de Janeiro, Ed. Objetiva). Moriconi est un critique qui s’est rendu célèbre dans l’étude de la poésie brésilienne moderne et contemporaine, avec notamment la publication en 2002, toujours auprès de la Maison d’édition Objetiva, d’un livre de nature didactique intitulé Como e por que ler a poesia brasileira do século xx . Dans les deux ouvrages, l’évaluation de la poésie brésilienne des trois dernières décennies est marquée par l’esprit de groupe émanant de sa génération « marginale » carioca des années 1970.
13N’ayant pas eu l’honneur de figurer dans la sélection de 26 poetas hoje, de 1975, Moriconi est présent dans le plus récent recueil de Heloisa Buarque de Hollanda, Esses poetas : uma antologia dos anos 90 (Rio de Janeiro, Aeroplano Editora, 1998). Dans cette anthologie, l’organisatrice mesure la complexité de l’entreprise, comme le montre son introduction : « Aujourd’hui, j’ai des idées beaucoup plus claires que 20 ans auparavant sur la tâche de l’anthologiste. Je ne suis plus obsédée par l’identification des mouvements ou tendances […]. Au contraire, j’ai essayé d’assumer le caractère d’auteur de cette sélection et de souligner que ce que cette anthologie expose ne traduit en réalité que quelques affinités électives de son anthologiste. » (Hollanda, 1998, p. 9-10.) Une telle modestie n’atténue pas cependant l’impact didactique dû au prestige de la publication, d’autant plus que, dans le même texte de présentation, l’anthologiste se livre à des considérations générales qui cherchent à justifier ses « affinités électives » avec la poésie brésilienne des années 1990.
14Ce travail ingrat, qui consiste à se justifier du point de vue intellectuel, semble être celui de l’actuel poète-critique Italo Moriconi dans son anthologie Os cem melhores poemas do século, étant donné le caractère affirmatif, presque dictatorial, du propre titre de l’œuvre. Afin de tempérer son effort théorique pour justifier la « proposition de panorama ici présentée » (2001, p. 15 – italiques de l’auteur), Moriconi a recours à une rhétorique biscornue, focalisée sur l’hypothétique figure d’un Martien : « Pour arriver à notre proposition, j’ai décidé de créer un personnage de fiction : le lecteur et la lectrice “martiens” de la planète poésie. C’est à ce personnage hypothétique que s’adresse, d’abord, mon panorama. » (Idem.)Avec cette perle de la rhétorique critique, Moriconi fourbit ses armes pour justifier l’injustifiable, c’est-à-dire, trouver une coïncidence raisonnable entre « la liste de nos préférences » et la promesse d’un titre extrêmement suspect, visant le succès commercial, juste bon pour des martiens :
Ter por bússola o leitor e a leitora hipoteticamente « marcianos » me deixou livre para pensar uma formação do volume adequada à valorização da poesia enquanto tal, independentemente dos esquemas naftalínicos que estamos acostumados a encontrar em manuais escolares e mesmo nas mais usuais histórias literárias universitárias. Era uma forma de dar consequência prática à proposta da editora, que mantinha como norte o princípio prevalecente no projeto anterior dos cem contos. Tratava-se então, e trata-se ainda, aqui, de fazer a seleção não segundo critérios de representatividade acadêmica ou erudita e sim tendo em vista a meta de oferecer ao público uma amostra do melhor da poesia brasileira, por meio da escolha de cem poemas incontornáveis, definitivos, inesquecíveis, extraído das obras escritas por um time confiável de poetas destacados, legitimados pela crítica mais antenada, inclusive a contemporânea3.
15Il est choquant de voir le sérieux des objectifs mêlé à l’à-peu-près des idées. Face à cette situation inconfortable, un peu d’auto-ironie pourrait, qui sait, récupérer en partie cette image rhétorique allogène, celle des hypothétiques lecteurs « martiens ». En contrepoint de la perspective martienne qui sait identifier clairement la « poésie en tant que telle », Moriconi choisit les « schémas soporifiques » des manuels scolaires+ (?) et de « la plupart des histoires littéraires universitaires » (?). Point de « représentativité académique ou érudite », il faut plutôt offrir au public « un échantillon du meilleur de la poésie brésilienne », échantillon sélectionné « par la critique la plus branchée, y compris la contemporaine » (?). De tels paramètres, qui se veulent souples par rapport à une fantasmagorique rigidité académique ou érudite, frise le délire totalitaire quand on considère les cent poèmes, choisis par un « moi, martien », comme « incontournables, définitifs, inoubliables ».
16Quand il s’agit d’une production déjà soumise à l’épreuve du temps, déjà reconnue par une communauté historique de lecteurs et de critiques, l’anthologie choisit avec plus de discernement « une équipe de poètes de premier plan ». Le problème est plus délicat quand il s’agit de la littérature plus contemporaine, qui compose le quatrième et dernier chapitre du livre, intitulé « Fragments d’un discours vertigineux ». Une grande partie des « incontournables, définitifs, inoubliables » poèmes n’est qu’une discutable « liste » des préférences personnelles de l’hypothétique « martien ». Le ton péremptoire de l’anthologie n’est donc plus de mise, car il s’agit d’une production très récente à l’intérieur d’un vaste et diversifié panorama national qu’un lecteur peut difficilement embrasser, même un lecteur « martien », tribal, avec ses tables de valeurs ou contre-valeurs volubiles.
17En fait, nous pensons que cette période de notre histoire littéraire en est encore au stade de la recherche de ses synthèses capables de délimiter, ou même de concilier valeur esthétique et agitation culturelle, œuvre poétique et panorama de l’époque, selon un critère géographique qui s’approche effectivement des diverses frontières du Brésil. Dans les compilations critiques et historiographiques (anthologies) de cette production récente, prédomine la partialité qui résulte de divers facteurs, liés surtout à un processus d’hégémonie culturelle du centre sud et aussi à l’ignorance de ce qui se passe effectivement dans les autres brésils.
18Il ne s’agit pas ici de mettre en question, de remplacer ou d’ajouter des noms à cette anthologie ou à d’autres, mais, par le biais de telles réflexions, notre intention est plutôt d’ouvrir des espaces pour le doute, de problématiser le lieu hégémonique des métropoles et du marché, de proposer l’ironie moderne (en tant que processus d’autocritique et de démystification) comme antidote au jeu de la scène rhétorique, aux sophismes critiques, à un paradoxal éclectisme/revanchisme travesti de contre-idéologie post-moderne, de se situer par-delà le bien et le mal, comme si un regard en dehors du contexte historique, d’une autre planète était possible.
19Il faut, avant tout, préserver des espaces de dialogue qui prennent en compte la production poétique brésilienne contemporaine dans sa diversité et sa complexité. Des espaces, par exemple, pour parler, objectivement, de la présence du Groupe Hera sur la scène nationale des années 1970, qui rassemble des auteurs comme Antônio Brasileiro et Roberval Pereyr, dont les œuvres résistent à une comparaison – et de loin – à nombre de poésies qui nous ont été vendues comme étant ce qu’il y a de meilleur, ou même d’exclusif (incontournable, définitif, inoubliable) dans notre littérature en vers.
Groupe HERA : autres nouvelles
20En 1972, de jeunes lycéens du Collège de l’État de Feira de Santana, sous la conduite de Antônio Brasileiro, se sont lancés dans un projet artistique téméraire et séduisant : créer une revue littéraire. C’est ainsi que naît alors Hera, en janvier 1973 – bien que ses fondateurs, en diverses occasions formelles (dans certains numéros de la revue et dans des journaux) considèrent l’année 1972 comme la date de sa « création ». Le nom de la revue et celui du Groupe a été choisi « tant pour sa sonorité » que pour l’élégance de son aspect typographique, en prenant en compte également son degré de suggestivité, qui implique une dimension temporelle, une référence mythologique et également botanique. Cependant, sur la couverture de la revue, le mot HERA devient presque une abstraction graphico-sonore en raison de son haut degré d’imprécision sémantique.
21Depuis le début, l’existence du Groupe se confond avec la trajectoire de la Revue, fer de lance d’une série d’activités culturelles, artistiques, philosophiques et même récréatives, tant dans le cadre du propre groupe (lors de réunions hebdomadaires régulières et de rencontres diverses, y compris pour jouer au football ou faire de longues ballades à pied), que lors d’événements socioculturels (débats, récitals, publications diverses, lancements, etc.), surtout à Feira de Santana et à Salvador. Plus rarement, le groupe organisait des événements culturels dans d’autres villes de l’État de Bahia et du Brésil.
22 Hera, tout au long de ces 32 années d’existence, a déjà publié près de quatre-vingt auteurs. Bien que le dernier numéro de la revue, le 19, ait été lancé il y a presque dix ans (en janvier 1995), les éditeurs ne considèrent pas que son cycle, ni celui du Groupe soit fini. Ils annoncent la parution imminente d’une Anthologie Hera, représentative de la diversité et de la qualité qui ont guidé l’existence de la revue. Avec son activité de groupe caractérisée par l’étude de l’art et de la philosophie, ses travaux d’officine de poésie (lecture, récitation, critique et réécriture de poèmes), alliée à une perspective historique de mouvement littéraire ou d’intervention culturelle, le Groupe Hera se distingue aussi par un esprit de rassemblement, réunissant autour de la revue de jeunes auteurs et des poètes reconnus.
23Afin d’établir un résumé historique de Hera, nous reproduirons ici des extraits d’« un (presque) témoignage », de Roberval Pereyr (qui a été directeur, souvent avec des collaborateurs, de 16 numéros sur les 19 de la revue), prononcé lors des commémorations des 30 années du Groupe :
Renovável, plurifacetado (múltiplo em suas lideranças, embora mantendo, ao longo de sua história, uma base fixa, constituída por alguns nomes), o Grupo Hera tem atuação expressiva em outras linguagens artísticas, a exemplo da música e das artes plásticas. Interessa-nos aqui destacar a sua atividade na área específica da literatura, onde bem mais de meia centena de publicações, incluindo edições de jornais, revistas e livros individuais, surgem, a maioria delas, sob o selo das Edições Cordel (Editora alternativa criada pelo poeta Antônio Brasileiro, fundador do Grupo).
Entre todas essas publicações, como dissemos, merece destaque a Revista Hera . Em seu primeiro número – nascido no Colégio Estadual de Feira de Santana, nas aulas do poeta e professor Antônio Brasileiro – figuravam apenas cinco estudantes secundaristas. Entre estes, Wilson Pereira de Jesus, Washington Queiroz e Roberval Pereyr (que dirige a Revista, muitas vezes em parceria, desde 1973) continuam e são hoje membros destacados do Grupo. Até o seu número 3, Hera, que – salvo uma ou duas vezes – tem-se mantido apenas com o dinheiro dos próprios autores, foi uma revista de contos. […]
Além da Revista Hera, surgiram outras publicações, como o Jornal de Cultura Tapume (contos, ensaios, poemas etc.) e O Livro de Tapume (livros de poesia ou de prosa), ambos na década de setenta, em que surgiu também a Série Iniciação, de poesia, através da qual já foram editados quinze livros individuais. Depois, já na década de oitenta, surgiram o jornal de arte e cultura Légua & Meia, sob a direção de Juraci Dórea e Antônio Brasileiro, e a revista de contos O lixo, sob a direção, em sua última fase, de Wilson Pereira de Jesus e Marcos Porto. Todos esses títulos levam o selo das Edições Cordel. […]
Apesar, no entanto, da atuação vigorosa do Grupo e da qualidade do trabalho que realiza, sua produção – como de resto ocorre com manifestações semelhantes em todo o Brasil – continua ilhada. Da meia centena de nomes revelados por Hera – conhecida e reconhecida por um público restrito, não só em Salvador como em outros estados, somente três ou quatro autores tiveram livros publicados e distribuídos nacionalmente por editoras do sul do país. […] Autores novos e talentosos continuam surgindo. Nos dois últimos números da Revista, mais nove poetas inéditos tiveram seus trabalhos publicados […], reafirmando a vocação do Grupo e da Revista Hera : renovar sempre – e com qualidade.
Na antologia intitulada A poesia baiana do século xx, de Assis Brasil, publicada pela Imago em 1999, dos 66 poetas selecionados, 22 estão ligados ao HERA4.
24Jusqu’au troisième numéro, comme a dit Roberval, la revue Hera a publié seulement des contes courts, autour de 8 auteurs, parmi lesquels Roberval Pereyr, Wilson Pereira de Jesus et Washington Queiroz, membres fondateurs qui ont joué un rôle déterminant dans la consolidation du groupe et de la revue Hera, sous la direction de Antônio Brasileiro. À partir du quatrième numéro, Hera s’est consacrée définitivement à la poésie, s’étoffant de par son nombre de pages et la participation de poètes nouveaux et confirmés (en tout plus de 80 auteurs en 19 numéros). Au fil des revues s’est confirmée la force poétique du groupe et le talent individuel de nombre de poètes, qui ont commencé à publier leurs propres œuvres.
25La revue Hera n’a pas eu une périodicité régulière, surtout dans les années 1980 et 1990, époque à laquelle ont été publiés seulement les sept derniers numéros, du 13 au 19. Conformément aux dates des revues, portant quelquefois la mention du mois, la publication de Hera s’étend au long des 32 dernières années : le n° 1 est paru en janvier 1973 ; le n° 2, en avril et le n° 3, en octobre de la même année ; le n° 4, en 1974 ; le n° 5, en décembre de cette même année ; le n° 6, en août 1975 ; le n° 7, en mai 1976 ; le n° 8, en mai 1977 ; le n° 9, en octobre de la même année ; le n° 10, en 1978 ; le n° 11 et le n° 12, en 1979 ; le n° 13, en 1980 ; le n° 14, en 1982 ; le n° 15, en 1985 ; le n° 16, en 1987 ; le n° 17, en décembre 1992 ; le n° 18, en octobre 1993 ; et le n° 19, en janvier 1995. Actuellement, une anthologie de la revue Hera est sous presse et doit être lancée cette année.
26Étant donné le grand nombre de participants et leur caractère éclectique, la revue Hera présente, tout au long de son histoire, des expressions poétiques très diverses, en raison des styles différents, du degré de maturité de ses membres, ainsi que des modes variés de perception du monde et de l’art. Cependant, nous pouvons dire que, d’une façon générale, la liberté thématique et formelle, la recherche technique du vers (rythme et mélodie), l’ironie (auto) critique et l’inflexion philosophique sont des traits récurrents de la plupart des poèmes produits par le Groupe.
27Le travail formel, nécessaire à l’art du mot, se mêle au corps des images et à la force des idées, mettant à jour la personnalité poétique de chaque écrivain. Prendre des exemples, parmi les nombreux poètes de la revue, peut paraître une tâche trop arbitraire dans l’espace réduit qui nous est imposé ; cependant, nous en prenons le risque et citons quelques auteurs, en essayant de présenter l’essentiel de leur orientation poétique.
28Juraci Dórea, architecte aux traits modernistes et artiste plastique tourné vers le monde du sertão, est l’auteur d’une poésie marqué par la plasticité de ses traits limpides et une conscience placide de la condition humaine. Voyons deux poèmes, publiés dans la revue Hera, respectivement dans les numéros 19 et 15 :
SLIDE 14
no coração humano há duas linhas :
uma do destino/outra do dilúvio.
JOGO DA VERDADE
1. não me conte que o milagre é fútil
que a lâmina é torta
que o carinho é dúbio.
não me conte tantas mentiras.
conte-me, apenas, que o milagre é fútil
que a lâmina é torta
que o carinho é dúbio.
2. não me conte que a fábula é híbrida
que o dinheiro é falso
que a rainha é frívola.
não me conte tantas mentiras.
conte-me, apenas, que a fábula é híbrida
que o dinheiro é falso
que a rainha é frívola5.
29Une douce, mais pénétrante ironie donne vie à l’image poétique de Juraci Dórea et ouvre des brèches dans notre perception existentielle, en mobilisant notre sensibilité avec ses petites épiphanies du vers, et sur l’envers, de l’être.
30À son tour, Washington Queiroz offre des vers teintés d’une atmosphère sombre, d’une conscience de soi sur les détours du chemin : « O poema alegre/que ria pelos calcanhares,/anda agora pelo escuro/procurando um choro antigo » (« Poema em dois tempos » – Hera 106). Dans le poème « Sonhos » (Idem), le vers concourt à la réunion des espaces individuel et social, ratures du temps dans le paysage :
Deitei meus sonhos
no jardim da praça
quando chovia muito.
Hoje quatro canhões
explicam meu desespero
e apontam o sol se pondo.7
31L’épurement de l’image va atteindre son expression minimaliste chez Iderval Miranda, par exemple dans son poème « Auto-retrato com nu » : « longe leito/de névoa e nada. » (Hera 168), ou dans « Linha aérea » : « ninguém sorriu/nem mesmo a aeromoça/quando comparei as nuvens/a pedaços de mim ». (Hera 139), ou encore dans l’émouvant poème « O pai », qui confronte temps et générations : « eu lhe falava da violência do tempo / e ele não compreendia e negava / virando o rosto/ tentando secar as lágrimas / no resto de sol da tarde » (Hera 1210).
32Avec Wilson Pereira (qui, dans certains numéros de la revue, signe du nom de Allende, en hommage au président Salvador Allende), affleure une dimension humaniste et une forte spiritualité, comme dans ce poème publié dans Hera 11, dont la ligne mélodique des vers trouve son expression dans le mouvement rythmique de belles images :
SEREI POETA
E seguirão as águas
jorrando jorrando
de dentro do meu peito ;
até que o rio em mim se faça mar
e o mar, em mim, volte ao começo11.
33Cremildo de Souza, à son tour, présente une poésie marquée par l’angoisse de l’homme moderne à la recherche de ses références identitaires et de ses paramètres existentiels. Deux poèmes, publiés dans Hera 16, donnent une idée de cette expression teintée d’inquiétude. L’un s’intitule « Coisas de áfrica », dont nous reproduisons seulement la première strophe : « Os cantos de áfrica ecoam no meu corpo :/ vagueio ritmado nos guetos de Pretória. / Alma ausente, o corpo se arrebenta sob todos os pecados ;/ sob todas as chicotadas na pele indócil de Mandela12 […] » De l’autre poème, « Sobre a cor e o ser », nous ne garderons que l’image suivante d’exploration poético-existentielle : « Nunca saberei quem sou. /Por todas as esquinas os versos me espreitam/e nenhuma palavra é da minha cor 13 […] ».
34Uaçaí de Magalhães Lopes tantôt navigue dans les eaux tumultueuses de l’être, comme le montrent ces premiers vers du poème « Hospedeiro do abismo ou a queda » : « Não quero a solidão dos portos/abandonados no caminho » (Hera 1814), tantôt immisce son humour léger entre les gens, tantôt se livre à une méditation plus apaisée, à la manière dense des « Haïkus » : 1. « O barulho da água / no tanque, desperta a sala / onde dormem móveis (Hera 915).
35Et pour clore cette ébauche de panorama poétique de la Revue, quelques vers cinglants de Trazíbulo Henrique Pardo Casas, poète des images fragmentées qui enveloppent l’être et le quotidien d’une espèce de raison hallucinée. Nous ne citerons que la première strophe de « Concerto para flauta doce e tímpanos roxos » (Hera 16) :
esta manhã. esta solidão
são pedaços de películas cinematográficas
páginas de romance
a vida é uma catarse
no transporte coletivo cheio de opinião pública16
36L’absence de ponctuation et de majuscule au début des vers est une constante de la poésie dépouillée de Trazíbulo. Son expression aérée ouvre une voie royale à la perception. Voyons son poème « Biografia » (Hera 18), composé d’un seul vers : « nunca escreveu um verso com a palavra saudade17 ». Si ici le poète s’écrit a contrario, en construisant une biographie par la soustraction, dans le poème « Festa » (Idem), Trazíbulo dévoile une ambiance sociale, celle des hommes en société, en guettant leurs fissures qui révèlent, au-delà des nobles idéaux, leurs faiblesses : « os copos se olham silenciosamente/e nas mesas passeiam uma revolução/uma dúvida e uma covardia18 ».
37De nombreux poètes de la Revue mériteraient d’être évoqués dans cette présentation si nous disposions de plus d’espace. Ce petit échantillon, nous l’espérons, est suffisamment représentatif de la diversité des voix poétiques du groupe Hera, ainsi que de la recherche d’une actualisation formelle et expressive de la poésie brésilienne, lorsqu’il incorpore, aux conquêtes du modernisme et des avant-gardes des années 1950 et 1960, une attitude lucide par rapport à cet héritage de la tradition moderne et contemporaine. La liberté créatrice, mêlant audace et perfectionnisme formels avec pensée critique et réflexion philosophique, donne á la poésie de Hera une place respectable sur la scène poétique actuelle.
38Après cette promenade autour de quelques noms, nous nous attarderons sur les poètes Antônio Brasileiro et Roberval Pereyr, de par l’importance de leurs publications et le degré de maturité poétique qu’ils ont atteint.
Dans les trames de l’être : la poésie de Roberval Pereyr
Estamos sós. A solidão
É uma serpente de remorsos :
que mais cantaremos esta noite ?
« Farpas », Roberval Pereyr19.
39Avec la fondation de la Revue Hera, dans les années 1972, Roberval débutait également une carrière littéraire prédestinée aux sursauts de la grande poésie. L’impressionnante force poétique de son œuvre ne peut se justifier que par la rencontre rare du talent et de l’art, par la combinaison heureuse d’une indiscutable vocation grâce à un apprentissage méticuleux, dans un corps à corps journalier avec le poème. L’expérience fournie par son travail intellectuel dans le Groupe Hera, ainsi que son exercice systématique critico-créatif comme directeur de la revue Hera ont beaucoup contribué au perfectionnement du talent verbal de Roberval Pereyr. Dans ce sens, grâce à son apprentissage et son activité de directeur auprès du Groupe, nous pouvons dire que le déroulement de son histoire littéraire se confond avec le développement de la Revue Hera. Mais tout se passe comme dans d’étranges « Órbitas » : « O tempo é uma louca velha / delirando por dentro das memórias20 ». Ces vers font partie de la plus récente livraison de Roberval Pereyr, Amálgama, Nas praias do avesso e Poesia anterior(Salvador – Ba, SCT, Funceb, 2004, p. 34).
A FACE ÚNICA DA MOEDA
O velho ator (ao fim daquela tarde)
o seu passado triste meditava.
Indeciso, perdia-se
errava
entre as dores que, reais, sentira
e entre aquelas que representara21.
40Dans la collection « As Letras da Bahia », publication du Secrétariat de la Culture et du Tourisme en partenariat avec la Fondation Culturelle de l’État de Bahia, Amálgama : Nas praias do avesso e Poesia anterior, reunit six livres de Roberval : Nas praias do avesso (2004, inédit), Saguão de mitos (1998), Concerto de ilhas (1997), O súbito cenário (1996), Ocidentais (1987) et As roupas do nu (1981). Il ne manque que le premier livre de Roberval, Iniciação ao estudo do um, un petit volume lancé en 1973, avec Antônio Brasileiro. Avec Amálgama, dit le poète et critique Marco Lucchesi (dans un texte publié en quatrième de couverture), on assiste à « la conquête d’un Visage. Une œuvre qui, dans son ensemble, et, en même temps, en construction, ébauche un destin littéraire, une adresse métaphysique, un engagement. Seulement la poésie. Mais toute la poésie ». Lucchesi y voit, avec précision, une poésie « dense et délicate, avec son pathos musical à nul autre comparable ». Voyons, alors, la mélodie de ces vers de pur lyrisme : « Ando como a flor no vento, como um canto/vago em mim vazio imenso. /Ando nas voltas de mim mesmo, em minhas/tardes e auroras de silêncio. /Eu sou silêncio. /E em mim é verde e vasto o campo, é clara/a consciência,/é nada a solução. » (« Dos Cantos de Sagitário 1 » – As roupas do nu22). Et dans ces autres vers, une symphonie de l’être dans le monde : « Meu poema está nas ruas, tomando cerveja/nos bares – pulando carnavais, pulando abismos. //Está nas estações em nossos olhos nossas aventuras,/vaga pelos vales, pela chuva. /Traça calendários e tece outros mais profundos/guias : mil destinos rotas mapas ignotas/invenções : almas de plástico, leis, teogonias […] » (« Dos Cantos de Sagitário 15 », frag.– Hera 1223). Ou encore dans ceux-ci, aux rythmes incisifs et images tranchantes de l’être : « Não me confesso. /não tenho dedos nem dores, / não tenho crimes no osso. / Não tenho pressa. / Qualquer distância mora no meu rosto, / sou um processo : a tudo englobo / (e sobretudo não tenho pressa). / Não tenho nada : / um sol cravado, talvez, no peito. / Mas tudo passa : / pois a missão de tudo é passar, / meu filho. » (« Dialogando com o vento » – As roupas do nu .)
41Né à Antônio Cardoso, État de Bahia, en 1953, Roberval, depuis l’âge de 11 ans, réside à Feira de Santana, où il a fait des études de Lettres. Docteur ès Lettres de l’Unicamp, il enseigne actuellement la Théorie de la Littérature à l’Université d’État de Feira de Santana (UEFS), où il a publié, en 2000, l’essai A unidade primordial da lírica moderna (épuisé), dont le titre renferme un paradoxe apparent, puisque la lyrique moderne se débat dans le fragmentaire, la fracture, la dissonance.24
SITUAÇÃO DO POEMA
Há venenos críticos, há climas
textuais,
há vastos pantanais na fantasia
E há
o dia entranhado nos dias25 […]
42Cependant, Roberval dans son intuition argumente que, sur l’envers des fractures et de la dissonance de la lyrique moderne, palpite un rythme inhérent à l’être du langage et au langage de l’être, un rythme qui se fait image poétique (musique et sens) et qui tendrait à l’« unité primordiale », qui ferait appel à un sentiment vital de l’existence modelé sur la sphère temporelle du texte. Dans le temps rythmé du vers, une révélation momentanée s’élève, comme dans cette douce « Canção » : « Não tenho muitas vontades :/contemplo a brisa ;/às vezes dói-me (à tarde) a vida » (frag. – Hera 1026) ; ou cet hermétique « Segredo » : « Caem no teu medo/um silêncio e um dedo//Um silêncio longo/e um dedo magro // Cruel este afago. /Cruel este afago27 ». Ce poème se trouve dans le livre O súbito cenário, dans lequel, comme dans Ocidentais, « se détache une subjectivité qui, au lieu de se refermer sur elle-même, interroge les limites de la condition humaine pour connaître sa place à l’intérieur de celles-ci, dans un constant va-et-vient entre ce qui est personnel et ce qui est général », comme le note José Paulo Paes (« Boletim de saúde », in O lugar do outro : ensaios, Rio de Janeiro, Topbooks, 1999, p. 111). Dans son essai, Paes évoque également le poème « Degredo » (O súbito cenário), qui « revisite, d’une façon originale, le thème de la terre usée par le biais d’une habile combinaison d’éléments répétitifs liés par des anneaux d’assonance » (op. cit., p. 112) : « No templo assolado/havia um deus morto//e um mendigo calvo/colhia seus ossos. //Era um templo amorfo/era um deus amargo//e um cenário roto/e um mendigo calvo28. »
43Nous terminerons cette brève présentation avec un autre poème que nous révèle O súbito cenário – « Enredo » :
Invento minha flor entre dois porcos
E amanheço de óculos numa praça
Oca.
Incendeio meus sonhos numa esquina,
deixo as cinzas numa encruzilhada
sob o choro rasante da amada
louca.
Atravesso o destino com um mendigo
e adoto seu nome
e sua fome.
Com sua voz desdentada eu faço um hino.
Eis o homem29.
Antônio Brasileiro : Poésie et pensée dans la joute du vers
A consciência está, enfim, perdida.
Agora, é inventar mais uma vez os mitos
e cuidar do jardim e das galinhas30.
« Barcarola », Antônio Brasileiro.
44Intellectuel et artiste aux multiples talents, Antônio Brasileiro se fait remarquer comme poète, peintre, éditeur et agitateur culturel (sans parler de quelques incursions dans la musique classique) déjà dans les années 1960, quand il habitait à Salvador. Né en 1944, dans la ville de Rui Barbosa, Antônio Brasileiro publie son premier recueil de poésies, Arupemba, en 1965. Il accède à la notoriété en 1967, quand il crée les Éditions Cordel et lance la revue Serial : Revista nacional de poesia, qui réunit les grands noms de la poésie bahianaise et brésilienne de l’époque. Il déménage à Feira de Santana en 1971 et, l’année suivante, fonde le Groupe et la revue Hera. À côté de son intense production de poèmes et de tableaux, il se consacre à son activité d’éditeur et, par le biais des Edições Cordel, publie 10 numéros de Serial (de 1967 à 1978), 19 numéros de Hera (de 1972 à 1995), en plus d’une dizaine d’autres publications, comme nous l’avons vu auparavant.
45Avec ses poèmes publiés dans diverses revues, anthologies et petites éditions artisanales, Brasileiro a aussi quelques œuvres connues sur le plan national, comme Os três movimentos da sonata (Rio de Janeiro, Civilização Brasileira, Brasília, INL, 1980), A pura mentira (Rio de Janeiro, Philobiblion, 1984), Licornes no quintal (Salvador, EGBA, 1989), Antologia poética (Salvador, Fundação Casa de Jorge Amado, 1996) et Fada e outros poemas (São Paulo, Editorial Cone Sul, 1998). En plus de ses recueils de poésies, Antônio Brasileiro, qui est Docteur ès Lettres de l’Université Fédérale de Minas Gerais (UFMG) et professeur de Théorie de la Littérature de l’Universidade de l’État de Feira de Santana, a publié récemment deux essais : A estética da sinceridade (Feira de Santana, UEFS, 2000) et Da inutilidade da poesia (Salvador, Universidade Federal da Bahia, 2002).
46Poète aux multiples facettes, Brasileiro va d’une contemplation du monde tein d’une douce ironie, comme dans le bref poème « Cena vista de binóculo » (« Em meu chapéu / pousou um rouxinol »), à la violence absurde dictée par une conscience agressée, hallucinée, comme dans le dramatique poème « Cenas de rua » (« Andemos prontos para tudo / meu irmão, que a vizinhança / há de nos devorar os dois olhos ; / andemos armados de estacas / meu irmão, que os vizinhos / hão de nos castrar veja bem o que lhe digo ; / andemos de soslaio nessas ruas / meu irmão, que estes animais / hão de querer nos dar bom-dia31. »). Les deux poèmes sont parus dans la revue Hera 9 et ensuite, dans Os três movimentos da sonata .
47Selon l’écrivain et poétesse Myriam Fraga, « passant tout son temps à tisser sa fable, son labyrinthe de signifiés, Brasileiro affine sa diction dans le but de transmettre, le plus clairement possible, l’énoncé d’une énigme permanente et très ancienne – l’existence de l’homme dans l’univers, son origine, ses fins » (texte du rabat de couverture de l’Antologia poética de Brasileiro).
48Le poète, raturant la feuille blanche, tisse sa fable (Licornes no quintal) :
CORDA PARTIDA
A maturidade é às vezes cruel :
Atira-nos uma folha de papel
ao rosto
e diz-nos : pronto,
aí está a tua vida : em branco.
Escreve. Escreve32.
49Antônio Brasileiro est un poète qui déconcerte et séduit le lecteur, quand il ne lui fait pas peur et le fait fuir. Doté d’une personnalité originale, qui émane d’un regard mordant sur la vie contemporaine, une (auto) ironie aiguë et un lyrisme intense, alliés à une exceptionnelle maîtrise des fondements du langage poétique, comme la mélodie des mots, le rythme des phrases et l’originalité des images, Brasileiro vise toujours haut dans le travail du mot, qui est semblable à l’exercice de la vie – « Un coup de dés » : « Deveras emocionado ante a infanta morta, / joguei minha vida num ás, deu sena. / Cá, no inferno, joguei / também num ás a salvação eterna, / deu sena. // Tremebundo, nefasto, ante duas tíbias / cruzadas, joguei outra vez num ás / a consciência, deu sena. / Louco varrido, atiro fora o dado / arquiinimigo – depois vou ver : é sena. » (Antologiapoética, p. 10033.) C’est cette radicalité du défi qui se répète contre les forces adverses du destin, ou cette radicalité du regard qui ne se rend pas, même quand le monde voit ses fondements vaciller, c’est encore cette radicalité qui inspire le travail poétique de Brasileiro :
Minha poesia é ríspida.
Não há maneira de nublá-la. É ríspida.
Estas lições não aprendi com o vento.
Sou homem.
O vento
permaneça nas alfombras,
nas frondes ; eu, sou homem34. […]
50L’aspérité de cette poésie réside, surtout, dans le mot imprégné de réflexion et de vie, le mot sur le fil du rasoir qui blesse le regard comblé, même quand le mot exprime un poignant lyrisme : « Amar é temer a si nas horas cruas,/é não encontrar a pérola perdida / onde ? / amar oh amar/é saber-se pequeno, sísifo, somente – / é saber-se somente, unicamente / – oh amar ! – / amar amar / como se a própria face não bastara / e completar-se na face projetada […] » (« Lírica », frag. – Os três movimentos da sonata35.) Ou encore, le lyrisme de la rencontre frustrée, des mots de « Amor e mágoa » : « Vou pensar em ti, solta na vida. / Inventando as soluções desencontradas/e demolindo abissais incongruências. […] (frag. – A pura mentira36.)
51Afin de conclure cette brève promenade critique, voyons ce que dit le poète Ruy Espinheira Filho, s’inspirant de la réflexion lapidaire d’Octavio Paz, qui considère que « le poème est une conque où résonne la musique du monde ». Ruy note : « Si on me demandait ce qu’il y a dans les poèmes d’Antônio Brasileiro, je répondrais : “la musique du monde”37 ». Laissons encore résonner cette musique, avec ces vers extraits du poème « Estudo 165 », publié pour la première fois dans le numéro 6 de Hera :
Compor um homem
Com suas tramas, seus dramas,
teogonias, gramáticas, soluços ;
compor um homem,
do orvalho matinal compor um homem,
do céu cheio de estrelas, do mistério
do homem
compor o homem ; compor um homem
da criança que há no homem, do homem
a adivinhar-se em antiquíssimas retinas ;
compor um homem
com seus soluços, gramáticas, teogonias
– e recitá-lo perante os outros homens38.
Notes de bas de page
1 « Ah, les poètes de Rio et leurs glorioles de polystyrène – / Non aux modèles esthétiques des métropoles. »
2 Affonso Romano de Sant’Anna, Música popular e moderna poesia brasileira, Petrópolis, Vozes, 1986, p. 113.
3 Idem, p. 16 – grifos nossos) « Prendre comme référence le lecteur ou la lectrice hypothétiquement “martiens” m’a laissé toute liberté pour penser une élaboration du volume permet de mettre en valeur la poésie telle quelle, indépendamment des schémas soporifiques que nous sommes habitués à trouver dans les manuels scolaires et même dans les histoires littéraires universitaires les plus connues. C’était une façon de répondre à la proposition de la maison d’édition qui avait à cœur de réaliser le projet antérieur des cent contes. Il s’agissait alors, et il s’agit ici encore de faire la sélection non selon des critères de représentativité académique ou érudite, mais en prenant en compte l’objectif d’offrir au public un échantillon du meilleur de la poésie brésilienne, par le biais du choix de cent poèmes incontournables, définitifs, inoubliables, extraits d’œuvres écrites par une équipe fiable de poètes de premier plan, reconnus par la critique la plus branchée, y compris la contemporaine. » (C’est nous qui soulignons.)
4 « Se renouvelant continuellement, présentant de multiples facettes (multiples en matière de leadership bien qu’il ait maintenu au fil des ans une base fixe, autour de quelques noms), le groupe Hera joue un rôle notable dans d’autres domaines artistiques comme la musique et les arts plastiques. Nous tenons ici à souligner son activité spécifique dans la sphère littéraire avec la production de plus de 50 publications, incluant des articles dans les journaux, revues et livres, la plupart par le biais de la maison d’édition Cordel (Maison d’édition alternative créée par le poète Antônio Brasileiro, fondateur du Groupe).
Parmi toutes ces publications, comme nous l’avons dit, la revue Hera mérite une mention spéciale. Dans son premier numéro – né au Lycée de l’État de Feira de Santana, dans les cours du poète et professeur Antônio Brasileiro – ne figuraient que cinq élèves du lycée. Parmi eux, Wilson Pereira de Jesus, Washington Queiroz et Roberval Pereyr (qui dirige la Revue, bien souvent avec une autre personne, depuis 1973) y participent encore et sont aujourd’hui des membres importants du Groupe. Jusqu’au numéro 3, Hera, – à part une ou deux fois – n’a survécu que grâce à l’argent des auteurs eux-mêmes et a été une revue de contes. […]
En dehors de la Revue Hera, il y a eu d’autres publications comme le Jornal de Cultura Tapume (contes, essais, poèmes, etc.) et O Livro de Tapume (livres de poésie ou de prose), tous deux dans les années 1970, époque à laquelle est publiée également la Série Iniciação, de poésie, avec l’édition de quinze livres d’auteurs. Ensuite, dans les années 1980, sont nés le journal d’art et de culture Légua & Meia, sous la direction de Juraci Dórea et Antônio Brasileiro, et la revue de contes O lixo, sous la direction, dans sa dernière phase, de Wilson Pereira de Jesus et Marcos Porto. Tous ces titres portent la marque des Éditions Cordel. […]
Malgré le dynamisme du Groupe, et la qualité du travail qu’il entreprend, sa production – ce qui arrive d’ailleurs à des manifestations similaires dans tout le Brésil – reste cependant marginale. Parmi la cinquantaine de noms révélés par Hera – connus et appréciés par un public restreint, pas seulement à Salvador mais aussi dans d’autres États, il n’y a que trois ou quatre auteurs qui ont vu leurs livres publiés et distribués sur le plan national par des maisons d’édition du sud du Brésil. […] De nouveaux et talentueux auteurs continuent à être révélés. Dans les deux derniers numéros de la Revue, ont été publiés les travaux de neuf nouveaux poètes […], ce qui témoigne de la vocation du Groupe et de la Revue Hera à se renouveler constamment – visant toujours la qualité.
Dans l’anthologie intitulée A poesia baiana do século xx, de Assis Brasil, publiée par Imago en 1999, des 66 poètes sélectionnés, 22 sont liés au groupe HERA. »
5 « Diapositive 14 » : « dans le cœur humain il y a deux lignes / une du destin/une autre du déluge ». « Jeu de la vérité » : « 1. ne me dites pas que le miracle est futile/que la lame est tordue / que la tendresse est suspecte. /ne me dites pas de tels mensonges. / dites-moi, seulement, que le miracle est futile / que la lame est tordue / que la tendresse est suspecte. / 2. ne me dites pas que la fable est hybride/que l’argent est faux / que la reine est frivole. / ne me dites pas de tels mensonges. / Dites-moi, seulement, que la fable est hybride / que l’argent est faux/que la reine est frivole ».
6 « Le poème joyeux / qui riait par ses talons, / marche maintenant dans l’obscurité / à la recherche de pleurs anciennes. » (« Poème en deux temps. »)
7 « J’ai couché mes rêves / dans le jardin de la place / quand il pleuvait beaucoup. / Aujourd’hui quatre canons / expliquent mon désespoir / et montrent le coucher du soleil. » (« Rêves »).
8 « Lit lointain / fait de brume et de rien ». (« Autoportrait avec nu »).
9 « Personne n’a souri / pas même l’hôtesse de l’air / quand j’ai comparé les nuages / à des parties de moi. » (« Ligne aérienne »).
10 « Je lui parlais de la violence du temps / et il ne comprenait pas et niait / détournant son visage / essayant de sécher ses larmes / dans ce qui restait du soleil couchant. » (« Le père »).
11 « Je serai poète » : « Et viendront les eaux / jaillissant jaillissant / de mon cœur ; / jusqu’à ce que le fleuve en moi se fasse mer / et la mer, en moi, revienne à sa source. »
12 « Les chants d’Afrique retentissent dans mon corps : / j’erre au rythme des ghettos de Pretoria. / Âme absente, le corps éclate sous le poids de tous les péchés ; / sous tous les coups de fouet sur la peau rebelle de Mandela. » (« Choses d’Afrique »).
13 « Je ne saurai jamais qui je suis. / À tous les coins de rue les vers me guettent/et aucun mot n’a ma couleur. » (« Sur la couleur et l’être »).
14 « Je ne veux pas la solitude des ports/abandonnés en chemin. » (« Hôte de l’abîme ou de la chute V »).
15 « 1. Le bruit de l’eau / dans le réservoir, réveille la salle / où dorment les meubles ». ;
16 « Ce matin cette solitude / sont des bouts de pellicules cinématographiques / des pages de roman / la vie est une catharsis / dans le transport collectif plein d’opinion publique. » (« Concert pour flûte douce et timbales violets »).
17 « Il n’a jamais écrit un vers avec le mot saudade. » (« Biographie »).
18 « Les verres se regardent silencieusement / et sur les tables se promènent une révolution / un doute et une lâcheté. » (« Fête »).
19 « Nous sommes seuls. La solitude / est un serpent de remords : / que chanterons-nous encore cette nuit ? » (« Piques »).
20 « Le temps est une vieille folle / qui délire dans les mémoires. » (« Orbites »).
21 (Hera 11) « La face unique de la monnaie » : Le vieil acteur (à la fin de cette journée) / méditait sur son triste passé. / Indécis, il se perdait / errait / dans les douleurs réelles qu’il avait senties / et celles qu’il avait imaginées. » (Amalgama, Nas praias do avesso et Poesia anterior).
22 « Je marche comme la fleur dans le vent, comme un chant / vague en moi vide immense. / Je marche dans les détours de moi-même, dans mes / soirées et aurores de silence. / Je suis le silence. / Et en moi vert et vaste est le champ, claire / est la conscience, / et néant est la solution. » (« Des Chants de Sagittaire 1 » – Les habits du nu).
23 « Mon poème est dans les rues, à boire de la bière / dans les bars – sautant pendant le carnaval, franchissant des abîmes. // Il est dans les saisons dans nos yeux nos aventures, / erre dans les vallées, sous la pluie. / Il dessine des calendriers et tisse d’autres guides plus détaillés : / mil destins routes cartes / inventions inconnues : âmes de plastique, lois, théogonies. » (« Des Chants de Sagittaire 15 », fragment).
24 « Je ne me confesse pas. / je n’ai ni doigts ni douleurs, / je n’ai pas de crimes sur le dos. / Je ne suis pas pressé. / Les distances habitent mon visage, / je suis un processus : j’englobe tout /(et surtout je ne suis pas pressé). / Je n’ai rien : / un soleil planté, peut-être dans le cœur. / Mais tout passe : / car tout est destiné à passer, / mon fils. » (« Dialoguant avec le vent » – Les habits du nu).
25 « Situation du poème » : « Il y a des poisons critiques, il y a des climats/textuels,/il y a de vastes marécages dans l’imagination/Et il y a/le jour imbriqué dans les jours […] » (Amálgama).
26 « Je n’ai pas beaucoup de désirs : / je contemple la brise ; / parfois j’ai mal (le soir) à la vie. » (« Chanson »).
27 « Tombent dans ta peur / un silence et un doigt // Un silence long / et un doigt maigre // Cruelle cette caresse. / Cruelle cette caresse. » (« Secret »).
28 « Dans le temple dévasté / il y avait un dieu mort // et un mendiant chauve / ramassait ses os. // C’était un temple amorphe / c’était un dieu amer // et une scène en lambeaux/et un mendiant chauve. » (« Exil »).
29 « J’invente ma fleur entre deux porcs / Et je me réveille avec des lunettes sur une place / Creuse. / J’incendie mes rêves à un coin de rue, / je laisse les cendres à un croisement / sous les pleurs rasants de l’aimée / folle. / Je traverse le destin avec un mendiant / et je prends son nom / et sa faim. / De sa voix édentée je fais un hymne. / Voici l’homme. » (« Scénario »).
30 « La conscience est, enfin, perdue. / Maintenant, il faut réinventer les mythes. / et s’occuper du jardin et des poules. » (« Barcarolle »).
31 « Soyons prêts à tout / mon frère, car le voisinage / va nous dévorer les deux yeux ; /armons de pieux / mon frère, car les voisins / vont nous castrer écoute bien ce que je te dis ; / marchons de biais dans ces rues / mon frère, car ces animaux / vont vouloir nous dire bonjour. » (« Scènes de rue »).
32 « Corde rompue » : « La maturité est parfois cruelle : / Elle nous jette une feuille de papier / au visage / et nous dit : voilà, / c’est ta vie en blanc. Écris. Écris. »
33 « Vraiment ému devant l’infante morte, / j’ai joué ma vie sur un as, le six est sorti. / Ici, en enfer, j’ai joué / aussi un as sur le salut éternel, / le six est sorti. // Tremblant, funeste, face aux deux tibias / croisés, j’ai encore une fois joué un as / la conscience a sorti le six. / Fou furieux, je jette le dé / archi-ennemi – ensuite je vais voir : c’est le six. » (« Un coup de dés »)
34 « Ma poésie est rude / Il n’y a pas moyen de l’atténuer. Elle est rude. / Ces leçons je ne les ai pas apprises avec le vent. / Je suis un homme. / Que le vent / reste sur les pelouses / dans les frondaisons ; moi, je suis un homme […]. » (« Étude 157 », fragment, Os três movimentos da sonata).
35 « Aimer c’est craindre pour soi dans les heures décisives, / c’est ne pas trouver la perle perdue / où ? / aimer oh aimer / c’est se savoir petit, tel sisyphe, seulement – / c’est se savoir seulement, uniquement / – oh aimer ! – / aimer aimer / comme si le propre visage n’avait pas suffi / et qu’il fallait le compléter par son visage projeté […]. » (« Lyrica », frag. – Les trois mouvements de la sonate).
36 « Je vais penser à toi, livrée à toi-même. / Inventant des solutions contradictoires/et démolissant d’abyssales incongruités. » (Le pur mensonge, fragment).
37 In Présentation du livre A pura mentira.
38 « Composer un homme / Avec ses trames, ses drames, / théogonies, grammaires, pleurs ; / composer un homme, / de la rosée matinale composer un homme, / du ciel plein d’étoiles, du mystère / de l’homme / composer l’homme ; composer un homme / de l’enfant qu’il y a dans l’homme, de l’homme / qui se devine dans de très vieilles rétines ; composer un homme / avec ses sanglots, grammaires et théogonies / – et le réciter devant les autres hommes. » (« Étude 165 »).
Auteurs
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Comparer l’étranger
Enjeux du comparatisme en littérature
Émilienne Baneth-Nouailhetas et Claire Joubert (dir.)
2007
Lignes et lignages dans la littérature arthurienne
Christine Ferlampin-Acher et Denis Hüe (dir.)
2007
