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Chapitre XIV. L’éphémère éternité de la plage
p. 153-165
Texte intégral
1Comme nous y avait invité Jean-Didier Urbain, il faut douter de la plage et de son évidence immédiate1. L’attractivité dont elle fait l’objet n’a d’égal que le mépris pour ceux qui font le choix de la fréquenter. Le consensus anti-touristique opère ici à plein, mais il est encore exagéré par ce qui se joue sur la plage : l’hyperthéâtralisation du corps et le plaisir des formes sensibles de l’espace. Or l’anathème est double puisqu’il saisit à la fois la « tyrannie de l’apparence » et la « corruption des sens » qui l’englobe. La plage serait vouée à la déréliction du corps, perdue pour la « raison pure ». « Circulez, il n’y a rien à penser » pourrait être l’injonction qui en découle. Peut-être la plage mérite-t-elle pourtant que le travail cognitif s’y arrête, à moins de refuser de voir un objet géographique qui prend de la place dans l’imaginaire collectif, et pas seulement occidental.
SAS ET SENS
2Le sas est une catégorie de seuil – de limite faisant passer d’un espace qualitatif à un autre (de l’espace public à l’espace privé, de l’intérieur à l’extérieur, etc.) – qui ménage les gradients, articule les espaces plutôt qu’il ne les fragmente en produisant une discontinuité brusque, et assure de ce fait le passage transitoire d’un espace à un autre. Entre-deux, il pénètre et est pénétré par les deux espaces, sans se confondre ni avec l’un ni avec l’autre, mais en permettant la mutation progressive qui fait passer de l’un à l’autre. C’est un espace indécis, un temps d’attente par lequel opère la conscience du déplacement et de ses nuances.
3Nous avons vu que de la rue à la plage il n’y avait pas exactement deux espaces disjonctifs, mais qu’il était possible d’y percevoir des transitions. Certains lieux assurent pourtant mieux que d’autres cet agencement, à certains moments au moins. De fait, de la rue comme de la plage, il en est un qui polarise l’imaginaire, et qui rend possible entre autres ce que les établissements de la fête nocturne ne permettent pas : le rite festif diurne dans l’entre-deux du dehors-dedans (indoor-outdoor).
4Le Duke’s Restaurant and Barefoot Bar fait partie de ces lieux symboliques (pensons aussi à la statue qui le représente) qui célèbrent Duke Kahanamoku, mort en 1968. Cet établissement s’inscrit parmi les structures qui n’ont pas hésité à intégrer à leur étiquette un nom qui dépasse une individualité et condense un imaginaire collectif (voir encadré chapitre 2). Le « Duke’s » commémore ainsi le « grand homme » et son rôle de passeur d’histoire, de figure du passé capable de lancer l’avenir. L’établissement s’est ingénié lui-même à relancer le mythe, à recréer l’ambiance des années héroïques ou plutôt à la créer par la magie de la rétrospection, en multipliant les photos représentant Duke Kahanamoku dans ses activités d’excellence, le plus souvent très entouré comme pour mieux signifier sa capacité à faire converger le monde, à symboliser une collectivité (voir cahier photographique, image 19).
5En faisant une large place au bois – d’un clinquant impeccable – et en arborant une couronne imitant le toit d’une hutte, la rusticité signifiée ajoute à l’ambiance mémorielle. Et le lieu prend.
6La fête du Duke’s ne célèbre pourtant ni personnage ni événement exemplaires. Ordinairement, il y règne une ambiance relativement feutrée, rythmée durant la journée par les passages de ceux qui vont à la plage et qui s’y arrêtent un instant au cours de leur cheminement pour siroter une boisson, ou de ceux qui, déjà sur la plage, profitent de l’ouverture du Duke’s par sa terrasse pour s’asseoir un moment à une des tables au frais agencées en surplomb. En soirée, le lieu est fréquenté par une forte densité de noctambules venus se délecter d’une cuisine considérée par beaucoup comme raffinée et qui fait aussi la renommée du lieu, mais aussi d’un paysage codifié de coucher de soleil sur la mer et de ses feux surdéterminés par les torches disposées le long d’une terrasse très convoitée.
7Le « coup d’envoi » de la fête est donné le dimanche en milieu d’après-midi par un groupe de musique agencé en bordure de terrasse, lorsque le répertoire qui rompt avec le rythme chaloupé des sérénades hawaïennes et du reggae prévalant au cours de la semaine, distille ses décibels aux sons revisités des grands succès du rock. Le personnel de l’établissement s’empresse alors de marquer l’espace de nouvelles limites symboliques, beaucoup plus nettes afin de favoriser la perception que l’on est en train de produire un territoire ludique, un espace-temps circonscrit avec ses spatialité et temporalité relativement autonomes. Des chaînes entravent alors les circulations habituellement libres par la plage, un dispositif renforcé par la vigilance d’un personnel bien décidé à ne pas rendre possible leur franchissement détourné. La seule entrée tolérée est désormais celle qui débouche sur une galerie marchande, formant un goulot d’étranglement qui impose parfois une longue attente.
8Le seuil est marqué par le contrôle de l’identité des « hôtes » qui seront classés en fonction de leur droit ou non à la consommation d’alcool au regard de leur âge, la couleur et le message textuel du sceau déterminant la catégorie d’appartenance et l’accessibilité à la nature des breuvages.
9C’est qu’à l’intérieur, l’alcool est la boisson la plus consommée. C’est même elle qui semble donner le rythme, en désinhibant notamment certains gestes. La bière est particulièrement consommée et un minuscule stand est même réservé à cette offre. Disposé pour l’occasion sur la terrasse, il se positionne au voisinage des convives les plus enclins à emballer la fête par la danse. Certains habitués de la fête, souvent complices des musiciens, tirent l’ensemble et amorcent véritablement la fête. Aussi bien est-ce la piste de danse et ses marges qui polarisent l’attractivité, d’où les coagulations aux seuils de l’escalier qui mène à la salle intérieure, laquelle s’apparente à un espace d’observation. La foule compacte (voir cahier photographique, image 22) ne semble pas décourager les serveurs dans leurs invites répétées à la consommation – selon une récurrence qui en indispose plus d’un parfois –, malgré la multiplication des contorsions nécessaires à l’investissement du service et malgré certains clients récalcitrants à l’idée de devoir faire place pour faciliter le passage.
10C’est un monde haut en couleurs auquel chacun se frotte. La théâtralité carnavalesque y bat son plein, des rôles se jouent sans que l’observateur puisse se vanter de lever l’ambiguïté du masque ou enfermer la personne (la persona latine qui renvoie au masque du rôle social et de ses modulations) dans le rôle qu’il lui attribue. On y arbore le costume du « cow-boy » ou de la « body-builder », du dandy ou du « baigneur » (pieds nus revenant tout juste du bain), etc.
11La transgression des normes ordinaires créé l’ambiance festive en même temps qu’elle est produite par elle. L’ivresse prend un tour singulier quand de l’autre côté de la limite matérielle l’usage de l’alcool est interdit, quoique ce jour-là, la conduite déviante déborde la frontière symbolique et contourne la norme aux confins du café et de la plage. C’est en fait l’ambiance du café qui irradie autour, depuis les chambres des hôtels qui surplombent la terrasse, où les touristes battent la mesure en frappant des mains et en se joignant à la fête par des cris de joie, jusqu’à la plage où l’on chante et danse au voisinage du groupe de musiciens, en passant par certains des sans-abri qui viennent se mêler discrètement à la fête et profiter un instant d’un plaisir volé, disant au monde leur volonté d’en être aussi.
DE LA THÉÂTRALITÉ À L’IMMOBILITÉ DES CORPS
12La plage incarne peut être mieux que n’importe quel autre lieu urbain, l’idée de Goffman selon laquelle
« dans toute situation, une signification est assignée à divers éléments qui ne sont pas nécessairement associés à des échanges verbaux : il faut entendre par là l’apparence physique et des actes personnels tels que l’habillement, le maintien, les mouvements et les attitudes, l’intensité de la voix, les gestes comme le salut ou les signes de la main, l’ornementation du visage et l’expression émotionnelle en général2 ».
13L’observation empirique nous invite à penser que la plage, en Occident au moins, est « un de ces lieux privilégiés où la société se met en scène3 », où les individus s’y donnent en spectacle, s’exposent les uns aux autres.
14La théâtralité par le travail sur les apparences qui fait du corps un enjeu central dans les manières de pratiquer la plage, est ce qui fait tenir plus ou moins ensemble les individus. Mais nos prénotions pourraient ici nous conduire à un certain écueil : l’hypothèse explicative la plus évidente pourrait renvoyer au « mythe contemporain4 » de l’individu tout-puissant, pleinement conscient et entièrement libre du choix de ses pratiques, régime qui serait résumé par la fameuse « libération du corps » intégrée dans le discours commun. Il serait utile ici de ne pas oublier que les « cadres de la socialisation5 » continuent de rejouer dans les logiques d’action, même sous des formes changeantes qui par ailleurs créent les conditions pour que les individus aient le sentiment d’être totalement « libres ». La confusion pourrait s’opérer d’autant plus facilement qu’elle serait portée par des discours qui auraient tendance à fusionner l’activité scientifique et l’injonction, confondant à certains moments ce qui est et ce qui doit être6.
15Les individus qui se dénudent lorsqu’ils fréquentent la plage en ont fait l’apprentissage, en intériorisant en réalité certaines contraintes :
« C’est précisément parce que nous avons appris à nous maîtriser très efficacement que nous pouvons nous dévêtir sur une plage sans offenser la pudeur7. »
16Cette dénudation a été rendue possible au prix d’une maîtrise accrue des émotions qui passe désormais par une certaine retenue des regards – ainsi que par une hiérarchisation normative qui produit ses stigmates. C’est ce que montre Jean-Claude Kaufmann avec la pratique des seins nus8, selon une logique explicative qui emprunte au dispositif proposé par Norbert Elias à travers la « civilisation des mœurs9 ».
17Le relâchement des contraintes qui semble s’opérer sur le corps existe pour autant que la nudité des pectoraux féminins devient banalisée, qu’elle s’émancipe de sa dimension sexualisée et que s’opère l’autocontrôle de l’observateur potentiel. Alors que les individus en contexte de plage ne cessent de clamer leur tolérance et leur liberté, le sein visible a pour corollaire son « invisibilité » pulsionnelle.
18Cet autocontrôle incorporé n’a d’ailleurs pas réglé le problème de la dénudation en public, même en Occident. Certains lieux du corps continuent de porter une forte charge érotique dans les représentations, au point de susciter dans certains contextes culturels, un outillage normatif capable de réguler certaines pratiques jugées déviantes. La pratique des seins nus n’est pourtant pas interdite partout aux États-Unis10, et à Hawaï, aucune loi émanant de l’État ne l’interdit formellement, surtout si l’exposition en public n’offense personne11. Cela dit, la norme des seins cachés est intensément investie, voire intériorisée par les femmes à Waikiki, même en situation touristique, et très rares sont celles qui cherchent à transgresser la convention, en tout cas de front.
19Le costume minimaliste y est finalement relativisé comme le confirme par exemple la place discrète du string. Mais il s’agit sans doute tout autant de la manifestation d’un puritanisme (que l’on retrouve dans la pratique du sein nu et du contrôle sévère des émotions qu’il suppose) que l’écart du corps propre au modèle idéal, celui de la pin-up hollywoodienne aux formes sexualisées rebondies mais aux jambes effilées, figure tendue entre la chair prodigue de la Renaissance et le culte récent de la « ligne ». Surtout que la pression sociale sur la beauté est sans doute plus forte à l’endroit des femmes12 quand la « beauté féminine résiste à toutes les évolutions13 ».
20La rareté du port du string élève d’ailleurs encore le seuil d’exigence, marginalise celles qui s’éloignent du modèle idéal, et renforce la pression des regards, lesquels en retour fragilise l’aisance de celle qui s’expose. Cette dynamique amplifie alors l’anormalité de la scène, lézarde un peu plus la banalisation de la pratique du string. Une femme qui porte ce costume sur la plage est alors facilement saisie comme une « provocatrice », pendant du « mateur », figure masculine qui a facilement le tort de focaliser son regard.
21De la « provocatrice » à la cible idéale pour la drague, il n’y a qu’un pas que certains franchissent d’autant plus facilement que leur intention en venant sur la plage était travaillée par cette posture. L’espace public, comme l’avait déjà souligné Goffmann14, est le lieu d’invention des règles de bienséance mais aussi de leur détournement, de leur mise à l’épreuve, processus qui participe à la production de nouvelles normes. Cette actualisation des conventions a d’autant plus de sens en contexte touristique que les individus cherchent pour une part à rompre avec les normes ordinaires, les routines du quotidien.
22Or à Waikiki comme en d’autres lieux du monde, la plage constitue le lieu privilégié pour la construction de sociabilités amoureuses, en la parcourant en tous sens, l’arrêt étant scandé par le repérage d’une femme souvent seule (c’est encore plus vrai quand celui qui drague est lui-même seul) sur laquelle le regard prélève des informations interprétées comme « anormales », la parure du string pouvant servir d’accroche15.
23La drague ne consiste alors pas seulement à s’engager dans une communication verbale. Pour certains, le choix se porte plutôt sur le jeu des regards. Il s’agit alors de lancer une sonde en focalisant son regard sur celle qui l’a attiré et en espérant qu’elle y répondra par une invite. Bien souvent, le string qui est interprété par le dragueur comme un signe d’ouverture, de disponibilité à la rencontre, se révèle être en réalité un disjoncteur par sa signification métonymique. Tout se passe comme si au vêtement minimaliste qui recouvre néanmoins de sa connotation érotique toute l’individualité de la femme, répondait chez elle une vision attribuant au « dragueur » une rencontre uniquement motivée par le désir sexuel. Dans une telle configuration, le regard pesant sur la « draguée » se perd souvent dans une ligne de fuite activée par une inattention volontaire (simulée) voire un mouvement de tête franchement opposé au sens de circulation du « dragueur », qui en dit long sur l’impossible rencontre.
24Mais le vêtement ne se limite pas à l’étoffe. Le tatouage, dont beaucoup s’accordent à dire que les Japonais – au moins autant sinon plus encore que les Polynésiens – l’ont poussé à un degré élevé de sophistication16, s’inscrit bien dans cette panoplie feuilletée des apparences. Malgré les assauts lancés contre cette pratique par les classes dirigeantes sous Meiji qui y voyaient le stigmate de la plèbe et de la pègre17, elle continue d’irriguer l’imaginaire social, réapparaît de manière marginale et sous une autre forme, plus discrète. Il s’agit rarement du vêtement qui habille le corps tel un « costume de bain 190018 », mais d’une iconographie ponctuelle, foyer faisant saillir une ou plusieurs figures (parfois « polynésiennes »), le bestiaire et le végétal étant semble-t-il prisé.
25La contagion du tatouage est massive chez les Occidentaux. L’esthétique du tatouage « polynésien » bénéficie régulièrement de leur appétence en constituant un signe d’ensauvagement depuis la description des tatau (« dessin ») tahitiens par les découvreurs européens. Certains touristes rendent effectif un ancien désir d’ornementation en se faisant tatouer à Waikiki, parure définitive fixant dans la chair le passage éphémère au « paradis ».
26Mais le tatouage est venu compliquer le feuilletage du vêtement épidermique en se superposant à la parure du « bronze », must de la théâtralité de plage, en devenant à la fois un signe esthétique mais aussi l’indice d’un « bien-être » qui hante désormais l’imaginaire occidental. Il ne s’agit plus du bain de soleil soft du début du xxe siècle, mais d’un bain hard qui semble résister pour le moment aux injonctions thérapeutiques multipliant les mises en garde contre les effets sanitaires du soleil sur la peau. Encore que ce bain hard soit justement encadré par l’usage de produits sanitaires qui pondèrent désormais l’engagement des individus dans des conduites à risque.
27Le bain de soleil est en tout cas devenu une pratique très chargée symboliquement. Et comme tout symbole, il relie autant qu’il sépare. Or le stigmate sur la plage, au moins pour les Occidentaux qui font de la couleur de peau un opérateur de division du monde, c’est le Blanc, un paradoxe s’il ne s’inscrivait dans les codes d’inversion de la plage et de son ensauvagement maîtrisé, fantasmatique. L’aphorisme « être blanc comme un cachet d’aspirine » s’applique selon une forme d’exclusion subtile sur la plage, la métaphore sanitaire exprimant le péril de la maladie dont la blancheur serait l’indice, et qui menacerait le « bien-être » dont le bronzage serait le symbole.
28Contrairement à une norme culturelle et sociale qui prévaut dans de nombreuses sociétés asiatiques (y compris lorsque les individus fréquentent la plage19), la blancheur est en Occident une véritable guigne mais elle s’inscrit comme l’a montré Jean-Didier Urbain20, dans un rite de passage, en constituant la transition permettant l’agrégation à la société de plage et son idéal monochromatique du « bronze ». En outre, la métamorphose du corps passe par un souci de la continuité de l’enveloppe pigmentaire. La hantise des « marques blanches » conduit ainsi certaines femmes notamment à traquer les effets de coupure, les bretelles marquant de manière trop prégnante l’ancien état. Tournées sur le ventre, la posture consiste soit à les faire tomber, soit à ôter le vêtement en un geste qui doit simuler le mieux possible l’aisance.
29Mais il peut s’agir aussi dans ce dernier cas de jouer de manière diffuse avec les limites qu’impose la société de plage et ses normes de la pudeur. En faisant vaciller la frontière de l’intimité, il s’agit de rompre de manière fugitive avec la banalité qui s’installe sur la plage. Dos nu, perception d’un sein naissant autrement que par le décolleté, il y a là un jeu érotique émergeant de l’ambiguïté tendue entre corps dérobé et corps montré. Celle-ci ne peut manquer de surgir dans la volupté du geste qui accompagne le rituel de l’onction, caresse pour soi et pour les autres qui peut toujours sortir de la normalité et faire passer du « corps banal » au « corps sexuel21 », du non-événement au micro-événement.
30L’huile de monoï et son odeur « rance » perçue comme repoussoir par Cook22 est devenue un vêtement qui enduit le corps d’une superficialité voluptueuse, dont la brillance et les exhalaisons lèvent la peau de sa substance et s’offre comme une prise pour la gastronomie des sens23.
31Les individus pratiquant la plage24 semblent ainsi s’agréger autour du « bronze » et de ses gradients. Et il s’agit pour certains de capitaliser au maximum le bronzage en profitant des rayonnements zénithaux, notamment les Scandinaves qui semblent par là ruser avec leurs longues journées sans lumière en prolongeant au retour l’indice chromatique. Le désir d’éterniser le bronzage peut se lire aussi dans la propagation des lieux où se pratique le bain de soleil hard (jardins publics, rivages fluviaux comme la « plage tropicale » parisienne construite l’été sur la Seine, etc.) mais aussi par l’usage de produits permettant de prolonger le bronzage ou par le simulacre des crèmes auto-bronzantes.
32Mais tout cela manifeste aussi en creux et de manière plus globale une actualisation des relations au corps, après l’épisode utilitariste et puritain de la modernité. De ce « souci de soi25 » dont a parlé Michel Foucault, et qui taraude l’imaginaire social, sourd une certaine dose de narcissisme révélant surtout un désir de socialité. Ainsi que l’a formulé Epictète, c’est par le « souci de soi » que l’être humain se différencie de l’animal qui
« trouve tout prêt ce qui [lui] est nécessaire pour vivre [quand] l’homme en revanche doit veiller à lui-même […] dans la mesure où il est libre et raisonnable (et libre d’être raisonnable)26 ».
33Le « travail de soi sur soi » serait ainsi très lié « à la communication avec autrui », et engagerait toute la corporéité, à la fois physique et mentale, en sorte qu’il s’agit autant de « se former » l’esprit que de « se soigner » le corps, lesquelles activités s’apparentent à des médium opérant « une intensification des relations sociales27 ».
MATIÈRES MOUVANTES
34Si la libération du corps manifestée par la mise à distance du corset doit être relativisée par l’autocontrôle accrue des émotions, Jean-Claude Kaufmann28 montre après Norbert Elias29 que cette seconde phase du processus de civilisation n’en est pas moins différente de la première qui s’était exprimée par le corsetage rigide du corps.
35La reconquête de la corporéité ne peut être réduite tout à fait ni au culte du corps ni à un opérateur de la domination masculine30 même si ces modalités doivent être prises au sérieux dans le procès explicatif. Elle s’inscrit aussi comme nous venons de le voir, dans le mouvement plus général de valorisation du « souci de soi31 ».
36Or le rapport qualitatif au corps peut trouver sur son passage des objets encombrants. Au-delà des miasmes (dont l’algue est l’indice) qui sont expurgés dans la mesure où ils viennent souiller un modèle de nature idéale32, les individus qui pratiquent la plage sont plus ou moins prompts à tourner le dos au littoral urbanisé. Tout se passe comme s’ils feignaient de l’ignorer, ou rappelaient par là l’inhospitalité de bâtis qui à Waikiki opèrent des coupures dans le rayonnement solaire et projettent trop tôt leur ombre sur le sable, obligeant les baigneurs qui s’attardent sur la plage à changer de place s’ils veulent poursuivre leur bain de soleil.
37Or cette mobilité a d’autant plus de signification qu’elle émerge comme un événement sur la plage. Au fond, il existe dans la pratique de la plage une spatialité qui la rapproche pour une part de l’ancrage. Il y a, dans la fréquentation de ce site, des rites et un imaginaire qui peuvent nous faire penser à ceux qui travaillent la territorialisation.
38S’ils rêvent de nature, les individus pratiquant la plage ne l’humanisent pas seulement de manière purement idéelle, le sens qu’ils donnent à la plage passant aussi par des objets médiatisant cette relation. La « fondation », quelle que soit sa forme (la « natte » a pour l’individu fréquentant la plage une part de naturalité plus importante que la « serviette ») s’inscrit bien dans ce rapport symbolique à la matière. Le sable s’apparente à un entre-deux indécis, ni tout à fait solide ni tout à fait liquide. Et il faut sans doute partir du fait que le corps dénudé pose problème à l’être humain, la peau devenant cette interface entre l’intériorité et l’extériorité du monde. C’est pourquoi la peau n’est jamais nue, étant entendu que le vêtement peut prendre différentes formes, les parures jouant aussi ce rôle comme le montrent les sociétés dites primitives dont les productions vestimentaires par le tatouage ou la scarification n’ont pas manqué de déranger, parfois en le ravissant, l’œil occidental. La « serviette » pourrait bien être cette médiation par laquelle les individus domestiquent le monde, manifestent les images ambiguës du sable, entrent en relation avec cette matière qui attire et repousse à la fois. Repoussante parce qu’elle n’a pas été totalement vidée du « schème de l’avalage33 » qui a longtemps hanté l’imaginaire du rivage, avec les images de la chute et du gouffre qui lui étaient liées. Mais attractive aussi parce que l’imaginaire de l’engloutissement a été désamorcé par le fait que la plage est devenue paysage grâce à la domestication des éléments, jusqu’à susciter un rêve de douce régression, d’enfouissement dans l’intimité charnelle et chaude du sable, comme l’expriment les gestes des mains et des pieds qui fouillent souvent la matière.
39La « serviette de bain » serait l’ultime avatar de l’angoisse devant une matière grouillante (la multiplicité des éléments que l’on imagine animés), mouvante, favorable à la fuite du temps qui viendrait menacer l’éternité paradisiaque. Mais cet objet serait aussi le médium permettant de flotter sur une matière dont on rêve la lente fluidité. Ce flottement donne le rythme à la temporalité de la plage. Rarement debout – une posture favorisant de surcroît la gêne en exposant davantage le corps au public –, parfois assis, très souvent allongé (voir cahier photographique, image 23), les individus choisissent régulièrement de refluer vers la torpeur en trouvant un ancrage dans la « chair du monde ».
40Ici, c’est davantage la montre qui enraye le grain de sable que l’inverse. La première est le signe qui condense le mieux une temporalité dont les individus souhaitent justement sortir, objet individuel qui est parvenu à miniaturiser l’horloge (et la rationalisation du temps qui lui est associée). Aussi bien la plupart de ceux qui pratiquent la plage s’en dépouillent, et pas seulement parce qu’elle est un rappel d’une technicité que l’on cherche aussi à mettre en veilleuse au « paradis », ou parce qu’elle constitue la promesse honteuse d’une marque blanche sur la peau. Bien sûr, les individus n’oublient pas le temps horloger et la montre est souvent « sous le coude », dans une poche enfouie que l’on visite fugitivement, sans compter que l’usage des téléphones portables et autres smartphones est rarement rompu en totalité. Reste que la plage est un lieu têtu de la détente qui signifie une dilatation du temps jusqu’à l’ennui qui peut très bien constituer un délice, avoir sa consistance, et même favoriser une disponibilité aux autres. Que l’on questionne les individus sur l’activité menée sur la plage, et l’expression « just relax » revient comme un « lieu commun ».
41Mais la formule est plus riche qu’elle pourrait le laisser penser, traduisant différentes manières d’être au monde. La sieste, qui s’étire de la somnolence au sommeil, en est la pierre angulaire, et redevient ici une activité sérieuse, alors même qu’elle est fustigée presque partout ailleurs. Thierry Paquot a montré qu’elle est le rapatriement d’un temps à soi, un « moment, plus ou moins long, de mise-en-présence-avec-soi par l’absence, momentanée, d’avec le monde34 ». Ce retrait éphémère rendrait possible les retrouvailles avec soi, « la réunion, la réunification, la reconstitution provisoire de notre personnalité éclatée, divisée, éparpillée35 ». Cette discontinuité, ce changement de rythme permettrait « de faire le point36 », de s’offrir une pause pour réinvestir un temps vécu avec ses pulsations, une temporalisation qui suppose l’« ouverture à un passé et à un futur37 », et de contester ainsi la linéarité imposée par le fonctionnalisme qui mesure l’efficacité à l’aune de l’accroissement indéfini de la vitesse.
42Cette immobilité passagère, entre vigilance et abandon, activée par le désir fusionnel, est un opérateur d’apaisement du stress. Il favorise la confiance dans le monde, comme l’exprime la demande de petites grâces consistant à solliciter l’engagement du voisinage dans la surveillance des objets momentanément abandonnés pour un épisode de baignade, voisinage qui pourrait tout aussi bien devenir l’escroc redouté.
43Encore qu’il ne s’agisse pas seulement de l’angoisse du vol. Il circule aussi par ces objets un principe du « tout ou rien38 » par lequel on est en droit d’attendre que les limites symboliques seront respectées y compris si l’on s’absente momentanément du territoire. Celui-ci n’est pas inviolable pour autant, et les individus pratiquant la plage s’accordent un droit d’engagement lorsque menace l’éparpillement des objets par les éléments naturels (notamment le vent). L’événement ouvre régulièrement sur un contre-don, le témoin engagé s’autorisant à solliciter à son tour celui qui avait bénéficié de ses faveurs, un acte qui témoigne aussi de la confiance qu’il remet dans les mains de son congénère. Cet enchaînement manifeste bien l’idée que la plage n’est pas ce lieu voué à la déréliction comme le suggèrent les censeurs. Ici aussi s’éprouve le principe de responsabilité qui fait que tout un chacun est témoin devant tous les autres et non pas seulement replié sur une rêverie détachée du monde.
44C’est dire aussi si les individus fréquentant la plage, passent par différents états, tantôt contemplatif, tantôt actif, l’un n’ayant de sens que par rapport à l’autre, l’un se nourrissant de l’autre. Ici, l’individu est aussi ailleurs, dans le tourbillon de sa rêverie, disponible à lui-même pour une mobilité rêveuse, qu’il trouve également dans la lecture, une activité qui scande la temporalité de la plage et dont certains se sont empressés de mettre en évidence la légèreté des contenus, opération cumulative de disqualification d’un monde jugé « idiot ». Ailleurs, l’individu émerge soudainement ici, sortant de sa torpeur pour réinvestir le contexte, faire circuler du politique sous sa forme civile.
45La plage réconcilierait ainsi l’être humain avec son existence, « dialectique de tensions et de relâchements, d’alternance de périodes trépidantes et de périodes calmes, de pulsions et de repos39 », ancrage dynamique faisant d’un point fixe la possibilité d’un mouvement, même en attente. Dans un monde devenu pour une part hypermobile, la plage révèle la capacité des individus à manipuler différents rythmes, différentes vitesses, court-circuitant ainsi l’opposition entre mobilité et sédentarité.
UN MONDE EN CONSERVATION
46Dire que la matière est mouvante lorsque l’on évoque le monde de la plage, ne relève pas seulement de la métaphore.
47Dès les années 1920 et 1930, une controverse sur la disparition de la plage avait émergé, notamment lorsque les repères matériels enchâssés dans le sable étaient de plus en plus à découverts. Dans ce contexte, la plage de Waikiki a été régulièrement réalimentée en matières, d’abord en important du sable de Californie, puis à partir des années 1970 en transférant des matériaux depuis le Nord de l’île d’Oahu voire depuis d’autres îles comme Molokai. Autrement dit, la plage de Waikiki peut aujourd’hui largement être appréhendée en tant qu’artefact40.
48Ce qui est inédit à partir des années 2000, c’est surtout le dispositif mis en œuvre à travers le procès de « conservation ». Le diagnostic d’une érosion emportant plusieurs dizaines de centimètres de sable chaque année à Waikiki depuis 1985 notamment, a convaincu l’État hawaïen de lancer un plan d’action par l’intermédiaire du Department of Land and Natural Resources et une de ses entités, l’Office of Conservation and Coastal Lands.
49Comme l’explique l’administrateur de l’Office, Sam Lemmo, le beach management plan est un projet conçu sur 50 à 100 ans, avec pour objectif de réfléchir aux différents outils capables d’identifier les plages les plus menacées dans l’archipel et de fournir des outils efficaces pour les conserver et les « transmettre aux générations futures41 ». Dans ce procès de conservation, le tourisme est en même temps saisi comme un enjeu décisif, ainsi que l’évoquent Dolan Eversole (University of Hawaii Sea Grant Program) et Sam Lemmo dès l’introduction d’un de leur rapport intitulé Waikiki Beach Nourishment. A demonstration of offshore sand recycling :
« À travers le tourisme, Waikiki est devenu un “moteur économique” pour l’État d’Hawaï. Le revenu généré par ce corridor urbain compte pour 44 % des 11,4 milliards de dollars dégagés chaque année par le tourisme. La plage moderne de Waikiki est une production largement issue des efforts entrepris par les ingénieurs dans le passé. […] En dépit de ces efforts, nombreux sont les segments qui le long de la plage ont peu ou pas de sable disponible lors des marées hautes42… »
50Impliquant l’University of Hawai‘i Sea Grant College Program, le projet autour du Waikiki Beach Nourishment a consisté à pomper le sable au large de Waikiki pour engraisser l’estran, ce même sable qui avait été emporté par les courants et qui avait recouvert les récifs de corail, transformant du même coup la morphologie des fonds marins et le déferlement de la houle. Cette controverse avait d’ailleurs nourri le mythe héroïque associé aux figures de Duke Kahanamoku et du surf à Waikiki, lorsque le surfeur avait été capable de glisser de manière continue sur un kilomètre grâce à une vague de 9 mètres déployée au large de Diamond Head43. Or, quel que soit le degré de vérité des discours à ce moment-là, ce type de vague n’est pas observable aujourd’hui à Waikiki.
51Un premier segment a donc été reconfiguré par ce dispositif à la fin de l’année 2006 et au début de l’année 2007, et le projet prévoyait à la fin de l’année 2009 d’étendre l’engraissement à d’autres portions de la plage de Waikiki, la durabilité de l’« habillage » nécessitant de renouveler l’opération tous les 7 ou 8 ans44. En 2012, certains segments de plage qui disparaissaient auparavant sous l’effet de la marée, offraient désormais 12 mètres environ de nouveau sable disponible, grâce à plusieurs opérations d’engraissement45.
Notes de bas de page
1 Urbain J.-D., Sur la plage. Mœurs et coutumes balnéaires (xixe siècle-xxe siècle), op. cit.
2 Goffman E., « Engagement », dans Winkin Y. (dir.), La nouvelle communication, 2e édition, Paris, Le Seuil, coll. « Points Essais », 2000, p. 267-278.
3 Urbain J.-D., Sur la plage. Mœurs et coutumes balnéaires (xixe siècle-xxe siècle), op. cit., p. 19.
4 Lahire B., Dans les plis singuliers du social. Individus, institutions, socialisations, Paris, La Découverte, coll. « Laboratoire des sciences sociales », 2013, p. 23.
5 Ibid., p. 39.
6 Voir Lahire B. et son analyse critique des travaux de Gilles Lipovetsky et François Dubet notamment, ibid., p. 35.
7 Delmotte F., « Termes clés de la sociologie de Norbert Elias », dans Deluermoz Q. (dir.), Norbert Elias, Paris, Presses de sciences Po et Perrin, coll. « Tempus », 2012, p. 57-70.
8 Kaufmann J.-C., Corps de femmes, regards d’hommes. Sociologie des seins nus, Paris, Nathan, coll. « Agora », 2000.
9 Elias N., La civilisation des mœurs, 3e édition, Paris, Calmann-Lévy, coll « Agora », 1973.
10 Elle est autorisée par exemple à New York depuis 1992.
11 Watanabe J., « No law bans women from going topless », Honolulu Star Bulletin, 26 août 2004, [http://archives.starbulletin.com/2004/08/26/news/kokualine.html].
12 Voir Bourdieu P., La domination masculine, Paris, Le Seuil, coll. « Liber », 1998.
13 Kaufmann J.-C., Corps de femmes, regards d’hommes. Sociologie des seins nus, op. cit., p. 181.
14 Goffman E., La mise en scène de la vie quotidienne. Tome 2 : Les relations en public, op. cit.
15 Coëffé V., Touristicité idéale. Hawaii, un parcours utopique, op. cit.
16 Borel F., Le vêtement incarné. Les métamorphoses du corps, Paris, Calmann-Lévy, coll. « Agora », 1992.
17 Pons P., D’Edo à Tokyo. Mémoires et modernités au Japon, op. cit.
18 Pons P., Peau de brocart. Le corps tatoué au Japon, Paris, Le Seuil, 2000, p. 8.
19 Voir Li P. H. E., Min J. H., Belk W. R., Kimura J., Bahl S., « Skin Lightening and Beauty in Four Asian Cultures », Advances in Consumer Research, vol. 35, 2008, p. 444-449 ; Peyvel E., « Mui Ne (Vietnam) : Deux approches différenciées de la plage par les touristes occidentaux et domestiques », Géographie et cultures, n o 67, 2008, p. 79-92 et Taunay B., « L’émergence d’une culture chinoise de la plage », Espaces-Temps. net, Travaux, le 02 juin 2010, [http://www.espacestemps.net/articles/lrsquoemergence-drsquouneculturechinoise-de-la-plage/].
20 Urbain J.-D., Sur la plage. Mœurs et coutumes balnéaires (xixe siècle-xxe siècle), op. cit.
21 Kaufmann J.-C., Corps de femmes, regards d’hommes. Sociologie des seins nus, op. cit., p. 198.
22 Cook J., Relations de voyage autour du monde, op. cit., p. 55.
23 Coëffé V., Touristicité idéale. Hawaii, un parcours utopique, op. cit.
24 Y compris ici les Japonais des nouvelles générations qui réinvestissent leur corporéité après l’épisode puritain de l’ère Meiji dont il est possible de voir encore la continuité à travers les corps habillés des anciennes générations (qui ont tendance aussi à se protéger du soleil afin de conserver l’éventuelle blancheur de leur peau).
25 Foucault M., Histoire de la sexualité. Tome 3 : Le souci de soi, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1984.
26 Ibid., p. 65-66.
27 Ibid., p. 74-77.
28 Kaufmann J.-C., Corps de femmes, regards d’hommes. Sociologie des seins nus, op. cit.
29 Elias N., La civilisation des mœurs, op. cit.
30 Bourdieu P., La domination masculine, op. cit.
31 Foucault M., Histoire de la sexualité. Tome 3 : Le souci de soi, op. cit.
32 Urbain J.-D., Sur la plage. Mœurs et coutumes balnéaires (xixe siècle-xxe siècle), op. cit.
33 Selon Gilbert Durand, la production imaginaire trouve prise à travers le corps, lieu primordial à partir duquel se déploie le monde, après que l’infans (l’état fusionnel de l’enfant et de la mère) se soit arraché à la fusion maternelle. Cette ressource corporelle serait notamment associée au geste, qui fonde le mouvement (la motricité). L’anthropologue met alors en évidence trois « dominantes » : la première ressortirait à la posture corporelle de l’enfant qui produit des schèmes tels que le couple verticalité/horizontalité ; la seconde émargerait à la nutrition et renverrait à la « descente digestive » ; à ces dominantes du nouveau-né s’ajouterait le « réflexe sexuel », l’acte cyclique de la copulation qui imprimerait les gestes rythmiques de la vie. Voir Durand G., Les structures anthropologiques de l’imaginaire, op. cit., p. 47-49.
34 Paquot T., L’Art de la sieste, Cadeilhan, Zulma, 1998, p. 55.
35 Ibid.
36 Ibid.
37 Quéré L., « L’espace public comme forme et comme événement », dans Joseph I. (dir.), Prendre place. Espace public et culture dramatique, Paris, Éditions Recherches-Plan urbain, 1995, p. 93-110.
38 Hannerz U., Explorer la ville, Paris, Les éditions de Minuit, coll. « Le Sens Commun », 1983, p. 275.
39 Paquot T., L’Art de la sieste, op. cit., p. 49.
40 Coëffé V., « Le paradigme de Waikiki ou l’itinéraire d’un lieu touristique qui a su passer le temps », op. cit.
41 Cité par Lingle L., « Kuhio Beach restoration project successfully concludes », Department of Land and Natural Resources, 5 janvier 2007, [http://www.state.hi.us/dlnr/occl/files/Waikiki/Kuhio-press1-5-07.pdf].
42 Eversole D., Lemmo S. « Waikiki Beach nourishment. A demonstration of offshore sand recycling », Department of Land and Natural Resources, 5 janvier 2007, [http://www.state.hi.us/dlnr/occl/files/Waikiki/summary.pdf].
43 Coëffé V., Touristicité idéale. Hawaii, un parcours utopique, op. cit. et Coëffé V., « Le paradigme de Waikiki ou l’itinéraire d’un lieu touristique qui a su passer le temps », op. cit.
44 McAvoy A., « Hawaii plans to widen part of Waikiki Beach with sand pumped in from offshore », 14 novembre 2009, [http://www.mauinews.com/page/content.detail/id/525746.html?nav=5031].
45 Chairperson W. J. A., « Waikiki Beach nourishment project successfully restores iconic beach », Department of Land and Natural Resources, State of Hawaii, 31 mai 2012.
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