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    Plan détaillé Texte intégral LA « LIGNE BLEUE » DES MONTS CIMINIENS, DE LA RÉALITÉ AU MYTHE ROME CISCIMINIENNE, SUTRIUM CLAUSTRA ETRURIAE ROME TRANSCIMINIENNE, LES MONTS CIMINIENS DÉMYTHIFIÉS LA « LIGNE BLEUE » DES MONTS CIMINIENS, DU MYTHE À LA RÉALITÉ ANNEXE Notes de bas de page Auteur

    Hommes, cultures et paysages de l'Antiquité à la période moderne

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    Table des matières

    Sutrium et la forêt ciminienne : histoire d’une très antique frontière romaine

    Thierry Piel

    p. 315-332

    Résumés

    En 310 av. J.-C., au cours du deuxième conflit samnite, le consul romain Quintus Fabius Maximus Rullianus, basé à Sutrium, entreprit d’envoyer son jeune frère en reconnaissance à travers les monts ciminiens que nul romain n’avait jusqu’alors franchis. Après quoi, il prit la décision de traverser avec ses armées ladite région ciminienne, se livrant à quelques opérations de pillage en Étrurie avant de regagner Sutrium. Tite-Live, qui est notre principale source, ne manque pas à cette occasion de rapprocher la forêt ciminienne des forêts germaniques, devenues au temps d’Auguste la nouvelle frontière de l’Empire.
    Cet article se propose d’analyser la mise en place et le devenir de ce « limes » ciminien qui, durant plusieurs décennies, constituera la frontière nord de l’Ager romanus. Nous nous efforcerons ensuite de comprendre les faits politico-militaires qui, par-delà la présentation fantaisiste de Tite-Live, finirent par la rendre caduque au cours des années 312-308 av. J.-C.

    During most of the 4th c. B.C., the Cimini hills remained the definite frontier between Rome and Etruria. This article aims at analyzing the Ancients’accounts of its setting up and crossing by Roman armies.

    Texte intégral LA « LIGNE BLEUE » DES MONTS CIMINIENS, DE LA RÉALITÉ AU MYTHE ROME CISCIMINIENNE, SUTRIUM CLAUSTRA ETRURIAE ROME TRANSCIMINIENNE, LES MONTS CIMINIENS DÉMYTHIFIÉS LA « LIGNE BLEUE » DES MONTS CIMINIENS, DU MYTHE À LA RÉALITÉ ANNEXE Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    LA « LIGNE BLEUE » DES MONTS CIMINIENS, DE LA RÉALITÉ AU MYTHE

    1En 310 av. J.-C., au cours du deuxième conflit samnite, le consul romain Quintus Fabius Maximus Rullianus, basé à Sutrium, entreprit d’envoyer son jeune frère en reconnaissance à travers les monts ciminiens que nul Romain n’avait jusqu’alors franchis. Après quoi, il prit la décision de traverser avec ses armées ladite région ciminienne, se livrant à quelques opérations de pillage en Étrurie avant de regagner Sutrium. Tite-Live, qui est notre principale source1, ne manque pas à cette occasion de rapprocher la forêt ciminienne des forêts germaniques, devenues au temps d’Auguste la nouvelle frontière de l’Empire2. Cela témoigne du sentiment rétrospectif que l’historien padouan pouvait avoir des conséquences capitales de l’initiative3 du consul romain dans le processus de conquête romaine de l’Italie. De ce point de vue, l’« interminable4 » année 310 av. J.-C. s’inscrit clairement comme une étape majeure de l’élargissement du champ d’intervention de Rome vers la haute vallée du Tibre, c’est-à-dire l’Étrurie intérieure et l’Ombrie.

    2Plus que les deux colonies latines de Sutrium et de Nepet établies par Rome à ses frontières les plus septentrionales, ce sont les monts ciminiens et leurs forêts profondes et inquiétantes qui sont évoqués par Tite-Live pour mettre en scène l’irruption des Romains dans de nouvelles contrées au nord-est de l’Urbs. L’adjectif « ciminien » est utilisé par les Anciens pour désigner diverses réalités géographiques5 qu’il s’agisse de la silua Ciminia, du lacus Ciminus, des montes Ciminii ou de la via Ciminia. Cette partie ciminienne de l’Italie, comme la nomme Ammien Marcellin6, est à l’origine un massif volcanique dont le point culminant s’élève à 1 053 mètres. Le lacus Ciminus des Anciens correspond au lac de Vico, au fond d’un ancien cratère, dont le point le plus haut, le Monte Venere, s’élève à 838 mètres. Plus que l’âpreté du relief, c’est le couvert végétal extrêmement dense qui semble avoir, sinon interdit, du moins considérablement gêné les circulations vers l’Étrurie et l’Ombrie. Il est à noter que les futures voies Cassia et Flaminia contourneront à l’ouest et à l’est les monts ciminiens7. De ce point de vue, la via Ciminia, mentionnées par des inscriptions relativement tardives8, apparaît comme un axe très secondaire qui empruntait le col reliant les deux principaux sommets, le Sasso Menicante et le Monte Venere, au nord du lac de Vico. Partant de Sutrium, cette voie rejoignait la via Cassia quelque part au sud de la ville de Viterbe aux confins des territoires civiques de Tarquinia et Volsinies.

    3Cela nous amène à aborder la question du statut politique de la région ciminienne au IVe siècle av. J.-C., soit entre la fixation d’une nouvelle frontière romaine après l’annexion de l’ager Veientes et son dépassement par les légionnaires de Quintus Fabius Maximus Rullianus en 310 av. J.-C.9 Nous laisserons de côté l’unique mention par le premier mythographe du Vatican10 d’un populus ciminien qui aurait eu l’audace de défier Hercule lors de son passage dans la région. Il aurait réussi à sortir de terre une barre de fer, exploit qui serait à l’origine de la formation du lac de Vico. Ce récit mythologique doit être mis en relation avec un passage de Pline l’Ancien11 intéressant une singularité pédologique du pays ciminien ainsi qu’avec la mention par Ammien Marcellin12 d’une antique cité inconnue par ailleurs – Saccunum – engloutie au fond du lac de Vico à la suite d’un séisme. On retiendra de ces traditions que la région des monts ciminiens était entourée d’un halo de mystère auquel devait contribuer très certainement la supposée impénétrabilité de ses forêts. Cela explique sans doute les imprécisions des Anciens en ce qui concerne son appartenance ethnique. Strabon et Tite-Live 13 la rattachent sans ambages à l’Étrurie, tandis que Virgile14 et Silius Italicus15 semblent plutôt en faire un territoire falisque. Il convient cependant de souligner la confusion que les Anciens commettaient souvent à propos des Falisques, considérés à l’occasion comme des Étrusques16. Mais est-il étonnant que ce no man’s land sylvestre ait posé un problème pour son attribution à telle ou telle cité ? Comprise entre les territoires civiques de Tarquinia, Volsinies, Faléries et Véies – remplacée par Rome après 396 av. J.-C., la région ciminienne présentée par Tite-Live comme un espace non humanisé17, constituait à n’en pas douter sinon une « frontière naturelle » du moins un réel obstacle physique aux relations entre Romains, Étrusques et Falisques, voire Ombriens. Or, au début du IVe siècle av. J.-C., un fait majeur est venu bouleverser les équilibres géopolitiques dans cette région : la conquête par Rome d’un important territoire outre-Tibre. Les Romains qui se sont emparés de Véies voient leur frontière septentrionale se déplacer jusqu’aux pieds des monts ciminiens. C’est pourquoi nous analyserons la mise en place et le devenir de ce «limes » ciminien autour de ses deux pivots, les cités de Nepet et Sutrium qui, durant plusieurs décennies, constitueront la frontière nord de l’Ager romanus. Nous nous efforcerons ensuite de comprendre les faits politico-militaires qui, par-delà la présentation fantaisiste de Tite-Live18, finirent par la rendre caduque au cours des années 312-308 av. J.-C.

    ROME CISCIMINIENNE, SUTRIUM CLAUSTRA ETRURIAE19

    4Durant la plus grande partie du IVe siècle av. J.-C., la région des monts ciminiens ne sera pas dépassée par Rome. La petite cité de Sutrium20 apparaît invariablement comme un important verrou aux confins des nouveaux territoires conquis par Rome à l’issue du long conflit qui l’opposa à la cité étrusque de Véies soutenue par Faléries et Capène. Outre la prise de Véies en 396 av. J.-C., Capène semble également être entrée dans l’orbite romaine l’année suivante21. Quoique vaincue également, Faléries conserva son indépendance22 mais il n’est pas impossible que son territoire civique ait été amputé au profit de Rome. Nous savons par Tite-Live que des Véiens, des Capénates et des Falisques étaient passés dans le camp de Rome durant le siège de Véies. Ces transfuges pourraient avoir été originaires d’agglomérations dépendant de l’une ou l’autre de ces trois cités-États. Sutrium et Nepet, que nous voyons apparaître comme des alliées de Rome en 389 et 386 av. J.-C., pourraient avoir été de celles-là. Par leurs situations respectives, ces deux cités auraient pu dépendre soit de Véies, soit de Faléries. Leur transformation en colonies latines quelques années plus tard prendrait alors tout son sens, s’inscrivant dans un processus de réorganisation territoriale des récentes conquêtes de l’Urbs.

    5Ces fondations, dont on peut dire qu’elles fixent les nouvelles frontières transtibérines de Rome, apparaîtront pourtant tardives puisque survenant respectivement en 383 av. J.-C. pour Sutrium et 373 av. J.-C. pour Nepet, soit 13 ans et 23 ans après la prise de Véies23. L’invasion gauloise survenue en 390 av. J.-C. et ses conséquences désastreuses pourraient suffire à expliquer ce retard. La chute de Veies, quant à elle, ne semble pas signifier la fin d’un affrontement dont nous avons vu qu’il engageait également deux autres cités qui ne consentirent à déposer les armes qu’en 395 av. J.-C. pour Capène et 394 av. J.-C. pour Faléries. Par ailleurs, les années 392-391 av. J.-C. voient les Volsiniens et les Sappinates attaquer Rome24. Ce fait d’armes sans lendemain doit-il être considéré comme l’ultime soubresaut du conflit véien ou bien comme le lointain prologue aux affrontements étrusco-romains de 358-351 av. J.-C., voire de 312-308 av. J.-C. ? Par déduction, il nous semble toutefois possible de proposer une localisation pour les Sappinates25. Ceux-ci pourraient avoir constitué une communauté autonome au nord des monts ciminiens, soit entre les territoires tarquiniens et volsiniens, soit entre les territoires volsiniens et ombriens. Si Tite-Live insiste sur l’isolement de Véies au sein de la Dodécapole26, il laisse cependant clairement entendre que des contingents étrusques purent apporter leur soutien à la ville assiégée. Cela permet de mieux comprendre les raisons de cet épilogue guerrier qui semble perdurer jusqu’à la veille de l’invasion gauloise. Ainsi l’intervention en 392 av. J.-C., aux côtés des Sappinates, de la grande cité étrusque de Volsinies nous incite à situer ces incursions dans la région ciminienne soit au sud-ouest, soit au sud-est. Plutôt qu’une agression spontanée de la part de Volsinies, nous pensons qu’intervenant après la soumission de Faléries, c’est peut-être aux frontières de l’Ombrie et du territoire volsinien qu’ont pu se dérouler ces ultimes combats, là où nous serions enclin à localiser le territoire de ces mystérieux Sappinates. L’épisode de l’ambassade fabienne de 391 av. J.-C. à Clusium pourrait témoigner des prolongements diplomatiques et militaires qu’entrainèrent pour Rome la conquête de l’ager Veiens. Juste après le sac gaulois de Brennus en 389 et en 386 av. J.-C., un nouvel affrontement étrusco-romain va opposer Rome et Tarquinia près de Sutrium et Nepet, cités qui font pour la première fois leur apparition dans l’histoire romaine comme alliées de l’Urbs27. On observera que ces deux conflits suivent, pour le premier, le revers subi par Rome face aux Sénons et pour le second, la création de quatre tribus rurales sur les territoires de Véies et de Capène28. Cette intervention tarquinienne peut être rapprochée de celle des Volsiniens et des Sappinates trois ans auparavant, sans qu’il y ait eu nécessairement concertation entre les deux cités étrusques dans la mesure où les attaques tarquiniennes paraissent avoir eu pour objectif d’écarter Rome du verrou sutrien présenté par Tite-Live comme claustra Etruriae, ce qu’il était certainement face à Tarquinia et indirectement face à Volsinies. Particulièrement intéressante est la mention à cette occasion de deux agglomérations conquises par les Romains en 388 av. J.-C. : Cortuosa et Contenebra29. Comme pour les Sappinates nous ne savons pas où étaient localisés ces deux sites. S’agit-il de communautés politiques autonomes ou sous influence étrusque ? D’ailleurs que penser également du statut de Nepet et de Sutrium ? Il nous semble donc que ces affrontements étrusco-romains autour de la région ciminienne sont révélateurs de la situation politique de ces régions de confins où des oppida ont pu disposer d’une certaine autonomie entre les territoires des grandes cités ou des peuples voisins30. Peut-être l’obstacle physique constitué par la région ciminienne accentuait-il ce morcellement politique que Rome a commencé à résorber à ce moment, comme en témoignent la fondation de deux colonies latines et la possible destruction d’oppida comme ceux de Cortuosa et Contenebra31. De ce point de vue l’expansion romaine engagée en deçà et au-delà du Tibre depuis 437 av. J-C. aboutit à la progressive absorption de ces communautés intersticielles dont on finit par perdre, dans certains cas, le souvenir topographique. Fidènes en 426, Véies en 396, Capène en 395, Cortuosa et Contenebra en 386, Sutrium en 383 et Nepet en 373 sont les étapes de l’expansion de Rome le long et au-delà du Tibre dont l’aboutissement est le déplacement et la fixation de nouvelles frontières aux pieds des monts ciminiens32. Les conditions juridiques de cette mainmise romaine ont pu revêtir des formes diverses allant de la simple annexion comme en témoigne la création de quatre nouvelles tribus, à l’établissement d’un foedus qui aussi inégal soit-il préservait l’identité politique de la cité comme ce fut sans doute le cas pour Capène. Contrairement à Véies, intégrée à l’ager romanus, Sutrium et Nepet devinrent des colonies latines ce qui, tout en les plaçant dans l’orbite romaine, leur conservait une personnalité civique spécifique. C’est ce que semble signifier Tite-Live lorsqu’il nomme Sutrium comme cité alliée de Rome au moment de la reprise d’un conflit étrusco-romain au pied des monts ciminiens en 312-311 av. J.-C. et à nouveau en 297 av. J.-C. lorsque Sutrium, Nepet et Faléries, qui à cette époque est une cité indépendante en paix avec l’Urbs depuis 351 av. J.-C., envoie des legati à Rome pour l’informer des agissements étrusques33.

    6Telle était la situation géopolitique à la veille du franchissement des monts ciminiens par le consul Fabius en 310 av. J.-C. Si l’on n’entend plus parler de Sutrium avant la réouverture des hostilités par les Étrusques en 312-311 av. J.-C., il convient pourtant de se poser certaines questions à propos du conflit tarquinoromain des années 358-351 av. J.-C34. Nous laisserons de côté la soi-disant intervention de la Dodécapole dont l’impuissance récurrente laisse entendre qu’elle n’est qu’un artifice des annalistes pour accroître le caractère dramatique de la confrontation et par conséquent l’héroïsme de Rome35. Dans cette guerre, dont on a, à juste titre, contesté le déroulement chronologique tel que nous le rapporte Tite-Live36, Tarquinia est alliée aux Falisques37 et, à partir de 353, elle réussit à retourner Caere38. La mention de combats dans le Campus salinarum semble confirmer la défection de la cité étrusque qui avait été la fidèle alliée de l’Urbs lors de l’invasion gauloise sachant qu’il est aussi question de combats en territoire tarquinien et, si l’on se fie à l’Elogium d’Aulus Spurinna, en territoire latin39. L’alliance falisque permettait à Tarquinia d’étendre son offensive de l’estuaire du Tibre au pays falisque, ce qui signifie que Sutrium et Nepet ont dû nécessairement se retrouver à un moment ou à un autre au cœur du conflit, la liaison entre les armées tarquiniennes et falisques nécessitant le contrôle de l’une ou l’autre de ces deux colonies. Or, Tite-Live n’évoque aucun affrontement dans la région cisciminienne. Notons cependant que la dernière année du conflit s’achève par une indutia de 40 ans avec la cité étrusque et la cité falisque. Pour cette année 351 av. J.-C., l’historien padouan fait mention de deux armées romaines distinctes combattant les Étrusques d’une part, les Falisques d’autre part, ce qui signifie que Rome avait dû reprendre de toute manière le contrôle de Sutrium40. 40 ans après la conclusion de ce conflit romano-tarquinien, Sutrium se retrouvera au cœur d’un nouveau conflit romano-étrusque réouvrant ainsi les hostilités dans ces confins septentrionaux de l’Urbs41. Or, ce nouvel affrontement étrusco-romain va faire l’objet de la part des annalistes romains d’une mise en scène particulière dont Sutrium, la forêt ciminienne et la gens Fabia vont être les principaux protagonistes pour la plus grande gloire de Rome.

    ROME TRANSCIMINIENNE, LES MONTS CIMINIENS DÉMYTHIFIÉS42

    7Les circonstances qui amenèrent les Romains à franchir les monts ciminiens nous sont rapportées pour l’essentiel par Tite-Live43. Le contexte militaire est celui de la deuxième guerre samnite qui a débuté en 326 av. J.-C44. Après le désastre subi par Rome aux Fourches Caudines en 321 av. J.-C., une trève semble s’être établie entre les deux belligérants45. À partir de 316 av. J.-C., les combats reprirent dans le Latium et en Campanie, Romains et Samnites subissant tour à tour succès et revers46. C’est dans ce contexte que la guerre va reprendre sur le front étrusque autour de Sutrium. Les Modernes considèrent l’ouverture d’un second front en Étrurie comme étant une initiative de Rome. Ils en tirent argument pour souligner la montée en puissance militaire de Rome capable désormais de soutenir un effort de guerre sur deux fronts. Or, dans la présentation livienne des origines du conflit, ce sont bien les Étrusques qui font figure d’agresseurs47. En effet, dès 312 av. J.-C., des rumeurs de guerre provinrent d’Étrurie et l’année suivante Sutrium est assiégée par une coalition étrusque. Le consul Quintus Aemilius Barbula réussit non sans mal et dans des circonstances plutôt fantaisistes à repousser l’adversaire48. La narration peu plausible de Tite-Live n’est pas sans rappeler celle des offensives étrusques de 389 et 386 av. J.-C., à la différence près que Sutrium ne fut pas prise. La bataille fut d’ailleurs livrée devant la ville. La mention de la seule Sutrium semble indiquer une attaque venant du nord-ouest par la future via Cassia49. Nous apprenons que seule Arrétium était absente de la coalition, ce que contredit la conclusion d’un traité trois ans plus tard avec cette cité50. Peut-être faut-il voir là une habile anticipation de l’intervention de Rome en 302 av. J.-C.51 dans cette cité pour rétablir la famille dirigeante des Cilnii dont descendait Mécène. Contemporain de Tite-Live, le conseiller d’Auguste peut avoir été à l’origine de cette exception arrétine même si elle ne nous empêche en rien d’envisager que seules quelques cités étrusques aient été impliquées dans ce conflit, telles que Pérouse et Cortone sachant que pour atteindre la frontière romaine il leur était nécessaire d’établir des alliances avec d’autres cités étrusques (Clusium, Volsinies et Tarquinia), falisques ou ombriennes52. Nous avons souligné précédemment que les études contemporaines sur ce conflit prennent généralement argument de la remarque de Tite-Live, soulignant, en 312 av. J.-C., l’arrêt des affrontements avec les Samnites et les prémices d’un conflit avec l’Étrurie pour interprèter ce dernier comme étant en fait une agression romaine53. La mention les années suivantes d’autres affrontements dans le Samnium d’une part, la brièveté et le caractère invraisemblable du déroulement de ce nouveau conflit d’autre part doivent inciter à la plus grande prudence54. La guerre étrusco-romaine des années 312-308 av. J.-C., bien que réelle, nous semble être pour une large part une anticipation des guerres étrusco-ombriennes du premier quart du IIIe siècle av. J.-C. dont l’issue sera la soumission de l’Étrurie et de l’Ombrie55.

    8La première attaque étrusque devant Sutrium en 311 av. J.-C. fut repoussée par le consul Quintus Aemilius Barbula, mais cette soi-disant victoire ne fut guère décisive puisque Tite-live admet que les assaillants demeurèrent à proximité de la colonie romaine, ce qui signifie une occupation militaire des confins septentrionaux, sinon du sol romain en tout cas de la zone d’influence romaine. Une telle situation paraît indiquer que les Étrusques sont les agresseurs sans qu’il soit possible de dire quels motifs précis les poussèrent à affronter Rome. On ne peut invoquer d’autres mobiles que ceux des conflits antérieurs auxquels s’ajoute le fait que Rome était à nouveau fortement sollicitée par la reprise du conflit avec les Samnites depuis quatre ans. Les Étrusques ont pu y voir une opportunité sachant que l’indutia de 40 ans avec Tarquinia s’achevait56. L’année 310 av. J.-C. va connaître une invraisemblable accumulation d’affrontements militaires dont le consul Quintus Fabius Maximus Rullianus sera le véritable héros57. Tout commence par une nouvelle attaque étrusque conforme à celle de l’année précédente. Tout d’abord intervient la figure probablement controuvée d’un frère du consul, Marcus Fabius, dont l’identité semble cependant interchangeable, puisque Tite-Live laisse entendre que son prénom pourrait être Kaeso, à moins qu’il ne se soit nommé Gaius Claudius. Ce personnage atypique est très certainement une invention de l’annalistique romaine58. Sans affectation militaire particulière, Marcus/Kaeso Fabius fut, d’après Tite-Live, élevé en Étrurie ce qui permettait de justifier sa désignation pour une mission de reconnaissance à travers la forêt ciminienne. Il n’est pas difficile de reconnaître dans ce voyage en terra incognita, analogue à une « cryptie  », un topos littéraire permettant de souligner l’exploit du consul qui va le premier engager les armées romaines au-delà d’une région dont nous avons déjà présenté la réputation de frontière naturelle infranchissable. Autre invraisemblance : le terme même de la reconnaissance de Marcus Fabius et de son compagnon de route, qui se trouve situé aux confins de l’Ombrie et du Picenum chez les Camertes, non loin de Sentinum où le consul Quintus Fabius Maximus Rullianus remportera en 295 av. J.-C. l’une des victoires décisives de la dernière guerre samnite59. L’opération de pillage en Étrurie menée par le consul, après le retour de son frère, revêt le même caractère fantaisiste. Que penser de cette « Arcadie tyrrhénienne » où, face à l’irruption des légionnaires du consul Fabius, des principes étrusques se résolvent à armer dans l’urgence leurs paysans ? Est-il vraiment plausible d’envisager un déploiement tactique de l’armée romaine au cœur de la forêt ciminienne ? En fait, ce récit prend son véritable sens si l’on prend en compte la comparaison livienne avec l’humiliant épisode des Fourches Caudines. À deux reprises l’historien considère l’audacieuse initiative du consul Fabius comme une revanche romaine, bien que l’adversaire ne soit pas le même. La capacité des Romains à traverser victorieusement la forêt ciminienne a permis de conjurer l’impuissance chronique des armées légionnaires à combattre sur des territoires montagneux et enforestés60. D’une certaine manière, les succès de Quintus Fabius Maximus Rullianus préfigurent la prise de Bovianum cinq ans plus tard et, plus généralement, la conquête de l’Italie apennine lors de la troisième guerre samnite61. Cette mise en scène fabienne ressort selon nous à une tradition gentilice qui ne peut avoir été forgée que par l’annaliste Fabius Pictor, une des sources de Tite-Live. Tout d’abord, le prénom peu commun Kaeso a souvent été porté par des figures éminentes de la gens patricienne62. Par ailleurs, les Fabii s’étaient déjà trouvés, cent soixante-dix ans plus tôt, en avant-poste de l’ager romanus, au-delà du Tibre. En 479 av. J.-C., cette famille avait obtenu du Sénat et du Peuple romain l’autorisation de mener la lutte contre Véies en s’installant sur la Cremere. Tite-Live et Denys d’Halicarnasse63 nous rapportent comment, par ruse, en dispersant du bétail, les Véiens réussirent à encercler et à exterminer la quasi-totalité de la gens Fabia. Le caractère pastoral du récit fait écho aux pasteurs étrusques de la région ciminienne à la différence près que ce furent cette fois les Tyrrhéniens qui succombèrent sous les coups des Romains. Nous pensons par conséquent que la geste fabienne de l’année 310 av. J.-C. doit être lue avant tout comme une reconstruction épique visant à glorifier une des grandes figures de la gens, Quintus Fabius Maximus Rullianus, à un moment décisif de l’histoire de Rome, tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur64.

    9Il nous semble significatif qu’après cette parenthèse ciminienne largement controuvée, l’annalistique évoque une nouvelle attaque étrusque et ombrienne contre Sutrium. Tite-Live, gêné par cette seconde bataille livrée sur les mêmes lieux par Quintus Fabius Maximus Rullianus, se permet de suggérer une autre localisation, au-delà des monts ciminiens, devant Pérouse ce qui, avec la présence des Ombriens en sus, permet d’établir une progression de l’offensive romaine et même sa résolution diplomatique, puisqu’il est question de l’établissement d’une paix trentenaire avec Pérouse, Arrétium et Cortone. Suivent, toujours pour l’année 310, trois autres affrontements, deux simultanés contre les Ombriens puis les Étrusques sur le lac Vadimon et un devant Pérouse qui se solde par la capitulation de la cité et l’établissement d’une nouvelle paix et l’installation d’une garnison romaine dans cette cité65. En contrepoint de cette année exceptionnelle, durant laquelle les Romains établissent des relations diplomatiques jusqu’aux confins orientaux de l’Ombrie et où leurs armées, bravant l’impénétrable forêt ciminienne, bousculent Étrusques et Ombriens jusqu’à Pérouse, Diodore nous propose plus raisonnablement un scénario moins spectaculaire qui s’achève par la levée du siège de Sutrium précédée de succès militaires en Haute-Étrurie contre Arretium, Cortone et Pérouse ainsi que la prise de la cité non identifiée de Castola66. Si les Ombriens ne sont pas mentionnés par l’historien sicilien, la zone des combats n’exclut pas leur présence, compte tenu de la proximité territoriale entre les cités étrusques mentionnées et l’Ombrie67. Les événements qui marquent la dernière année du conflit en 308 av. J.-C. nous permettent d’y voir plus clair pour ce qui est des adversaires de Rome, puisque Volsinies et Tarquinia y sont nommées à propos d’un traité défavorable imposé par Rome68. Le consul Quintus Fabius remporte de son côté un important succès à Meviana contre les Ombriens, à l’issue duquel la cité ombrienne d’Ocriculum fait alliance avec Rome. Ce dernier acte militaire présente un double intérêt. Tout d’abord Tite-Live situe clairement cette menace ombrienne du côté de la vallée du Tibre, comme semble l’indiquer le repli opéré par le consul Publius Decius Mus vers le territoire de la tribu Pupinia. La riposte de Quintus Fabius Maximus Rullianus s’effectue par cette même vallée du Tibre jusqu’à Ocriculum et de là elle pénètre en Ombrie le long de la future voie flaminienne. La victoire du consul souligne par ailleurs un front désuni du côté des Ombriens, conséquence sans doute de démarches diplomatiques engagées par Rome dans ces régions et que concrétisera le traité avec Ocriculum69. Il n’en demeure pas moins qu’une contradiction subsiste en ce qui concerne l’identité des cités étrusques mentionnées en 310 et 308 av. J.-C. Si nous excluons d’improbables mouvements de troupes tant étrusques que romains à travers les monts ciminiens dont nous avons montré qu’ils relevaient d’une mise en scène gentilice fabienne, il nous semble qu’une attaque vers Sutrium ne pouvait survenir que par la future voie Cassia, c’est-à-dire par les territoires de Tarquinia et de Volsinies, sachant que les Falisques observent une parfaite neutralité durant le conflit. Il est significatif à ce propos que Nepet, second verrou romain aux pieds des monts ciminiens, ne fasse l’objet d’aucune menace durant ces années de guerre. En omettant de citer Tarquinia et Volsinies dès 310 pour privilégier des cités de l’Étrurie interne, Tite-Live rendait plus spectaculaire les offensives transciminiennes de Quintus Fabius Maximus Rullianus tout en anticipant sur les opérations menées par le même consul en Étrurie et en Ombrie, lors de la troisième guerre samnite. D’ailleurs l’historien padouan ne précise jamais l’itinéraire emprunté par les armées étrusques pour attaquer Sutrium, alors que les armées du consul Fabius franchissent, au mépris de la plus élémentaire prudence, les monts ciminiens pour attaquer Étrusques et Ombriens dans la moyenne vallée du Tibre70.

    LA « LIGNE BLEUE » DES MONTS CIMINIENS, DU MYTHE À LA RÉALITÉ

    10C’est avec raison qu’Olivier de Cazanove voit dans le conflit romano-étrusco-ombrien des années 312-308 av. J.-C. une étape préalable, mais non décisive, de la mainmise romaine sur la moyenne vallée du Tibre. L’alliance avec Ocriculum, cité ombrienne située sur le Tibre, au croisement des futures voies Flaminienne et Amerina, ainsi que les opérations militaires menées vers l’Étrurie intérieure ont permis aux Romains d’élargir leur espace diplomatique, de la même manière que le conflit samnite avait permis d’établir des alliances avec les tribus iapyges. En cela la deuxième guerre samnite, si elle ne débouche pas sur une victoire décisive des armées romaines, accroit les capacités d’action de l’Urbs dans la péninsule Italique lui ouvrant de nouvelles perspectives qui seront atteintes, mais non sans mal, dans le premier quart du IIIe siècle av. J.-C.

    11Certes, Quintus Fabius Maximus Rullianus, figure politique majeure à la charnière des deux dernières guerres samnites, joua un rôle important dans ce processus. Encore convient-il d’évaluer à sa juste mesure historique ce qui nous a semblé être, dans le récit livien, une reconstruction à grande échelle des événements, digne de l’expédition de Kaeso Fabius sur la Cremere. Les liens unissant plus généralement les Fabii à l’Étrurie trouvent dans cette traversée des monts ciminiens un nouveau rebondissement. Si les résultats territoriaux de ce conflit secondaire, au sein de la deuxième guerre samnite, furent maigres, l’annalistique a été sensible a posteriori au fait qu’à cette époque la frontière septentrionale de Rome, fixée soixante-dix ans plus tôt avec la fondation des colonies latines de Sutrium et Nepet, avait été dépassée. L’infranchissable forêt ciminienne franchie par Marcus/Kaeso Fabius, puis par son frère le consul Quintus Fabius Maximus Rullianus incarne ce moment symbolique et mythique. Il est vrai qu’aujourd’hui encore, les versants des monts ciminiens impressionnent par la densité de leur couvert végétal. Il en allait de même dans l’Antiquité et ce n’est pas un hasard si les voies Cassia et Flaminia les contournent par l’ouest et par l’est. Si d’une certaine manière la « ligne bleue » des monts ciminiens perdit beaucoup de son intangibilité après 308 av. J.-C., admettons cependant que son véritable dépassement en terme de conquête romaine appartient plutôt aux guerres étrusques du premier quart du IIIe siècle av. J.-C.

    12Cette antique frontière étrusco-romaine renaîtra brièvement lors de la guerre de Pérouse en 41 av. J.-C. lorsque Salvidienus poursuivi par deux généraux antoniens viendra occuper Sutrium de manière à interdire à Lucius Antonius l’accès à Rome. De fait, ce dernier devra battre en retraite et s’enfermer dans Pérouse71.

    13En mettant en scène le consul Quintus Fabius Maximus Rullianus et son jeune frère Marcus/Kaeso affrontant la forêt ciminienne et ses populations à demi-civilisées, Tite-Live, suivant probablement Fabius Pictor, rendait un vibrant hommage à l’un des grands hommes de la gens : le censeur qui avait mis fin aux réformes d’Appius Claudius Caecus et surtout le général qui avait ouvert à Rome les voies de la conquête de l’Étrurie et de l’Ombrie. En inventant une rocambolesque traversée des monts ciminiens, les Fabii répétaient avec succès leur épopée gentilice de 479 av. J.-C. et surtout conjuraient le traumatisme caudinien de 321 av. J.-C. Faut-il aller, comme le fait Olivier de Cazanove, jusqu’à envisager des mouvements de troupes traversant la région ciminienne par cette voie Ciminia dont il reste à démontrer qu’elle existait à la fin du IVe siècle av. J.-C. ? Nous pensons avoir montré que cela est peu probable. La traversée de la forêt ciminienne par les armées romaines nous semble d’abord le révélateur d’autres réalités géographiques, celles du temps de Tite-Live, quand Rome s’apprêtait à s’engager dans ces forêts germaniques aux pieds desquelles César avait étendu l’Imperium romanum et qu’Auguste, malgré tous ses efforts, ne pourra maîtriser durablement.

    ANNEXE

    Le conflit romano-étrusco-ombrien (312-308 av. J.-C.)

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    Notes de bas de page

    1 Voir Liv., IX, 36.

    2 Voir Liv., IX, 36, 1 : Silua erat Ciminia magis tum inuia atque horrenda quam nuper fuere Germanici saltus, nulli ad eam diem ne mercatorum quidem adita ; c’est cette comparaison qui nous a inspiré l’expression anachronique et française de « ligne bleue » donnée aux Vosges après la défaite de 1870-1871 (voir Roth F., La guerre de 70, Paris, Hachette, 1993 [rééd.], p. 639-679).

    3 Nous utilisons à dessein le mot « initiative » dans la mesure où, comme nous le verrons, les opérations menées par le consul Fabius par-delà les monts ciminiens nous sont présentées par Tite-live dans une atmosphère gentilice appuyée.

    4 Tous les historiens qui se sont intéressés à ce conflit ont relevé l’invraisemblable accumulation des événements sur la seule année 310 av. J.-C., sachant que l’on passe sans transition à l’année 308 av. J.-C. Un fragment de l’œuvre de Tite-live est manquant (voir Liv., IX, 39). Voir Briquel D., « La guerre à Rome au IVe siècle : une histoire revue et corrigée, remarques sur le livre IX de Tite-live  », in Caire E. et Pittia S., Guerre et diplomatie romaines IVe-IIIe siècles av. J.-C. Pour un réexamen des sources, Publications de l’Université de Provence, Aix-en-Provence, 2006, p. 36, n. 45.

    5 Voir RE, III. 2, Ciminia aqua, Ciminia uia, Ciminius ager, Ciminius lacus, Ciminius mons, col. 2554.

    6 Voir AMM., XVII, 13.

    7 À partir de Sutrium, la voie Cassia amorce un large coude à l’ouest du lac de Vico avant de reprendre sa direction originelle sud-nord vers Volsinies. Pour sa part la voie Flaminia traverse les territoires capénate et falisque avant de croiser la vallée du Tibre et de s’engager à travers l’Ombrie à partir d’Ocriculum. Nous verrons ultérieurement qu’il s’agit de l’axe de pénétration romain le mieux étayé par Tite-live dans sa narration de la guerre de 312-308 av. J.-C. La voie cassienne réalisée dans les trente dernières années du IIe siècle av. J.-C. a sans doute utilisé une ancienne voie étrusque (voir LTUR Suburbium, II, p. 65-75). Plus ancienne, la voie Flaminia fut construite en 223 ou 220 av. J.-C. par le censeur Caius Flaminius pour relier Rome à l’ager Gallicus (voir LTUR Suburbium, II, p. 252-259).

    8 Voir RE, III. 2, op. cit., et Stanco E. A., « Ricerche sulla topografia dell’Etruria  », MEFRA, 108, 1, 1996, p. 91-93 et 99 pour la bibliographie.

    9 L’établissement d’une frontière cisciminienne ne s’est certainement pas fait dès après la prise de Véies par Camille en 396 av. J.-C. sachant que des actions militaires sont signalées outre-Tibre jusqu’en 392-391 av. J.-C. L’attaque gauloise de 390 av. J.-C. a certainement retardé d’autant une stabilisation des limites du nouvel ager Romanus. Nous pensons que la création de quatre nouvelles tribus en 387 et la fondation de colonies latines à Sutrium en 383 et à Nepet en 373 place un terminus post quem à l’apparition de cette frontière.

    10 Voir Myth., I, 54.

    11 Voir Plin., II, 211. L’auteur relate qu’aux autels Muciens sur le territoire de Véies, à Tusculum, ainsi que dans la forêt ciminienne on ne pouvait rien sortir de terre. Le premier Mythographe du Vatican s’est peut-être inspiré de ce prodige rapporté par Pline. Selon nous, ces légendes témoignent du caractère d’étrangeté que les Romains conféraient à la région ciminienne.

    12 Voir Amm., XVII, 2.

    13 Voir Str., V, 2, 9. qui mentionne le lac ciminien comme étant étrusque et Liv., IX, 36. pour qui les habitants pastoraux que les Romains combattent au sortir de la forêt ciminienne sont étrusques. L’auteur semble indiquer que la forêt était inoccupée, même si, à l’issue de la première bataille livrée par Quintus Fabius devant Sutrium, il est précisé que des soldats étrusques trouvent refuge dans la forêt. Le fait que les Romains ne les poursuivent pas permet à Tite-live de préparer le lecteur au coup de théâtre que sera la reconnaissance, puis l’offensive du consul à travers la forêt qu’il est censé être le premier à traverser.

    14 Voir Verg., VII, 695. Le poète mentionne un ensemble de régions allant des monts ciminiens au Lucus Feroniae placées sous le commandement de Messapus, confondu ici avec le héros falisque Halésus.

    15 Voir Sil., VIII, 491. L’auteur mentionne divers contingents engagés durant le deuxième conflit punique. On retrouve à peu près les territoires mentionnés par Virgile dont Silius Italicus a pu s’inspirer. Sutrium et Nepet sont citées par Silius, ce qui pose le problème du statut politique et de l’appartenance ethnique des deux agglomérations avant la refondation coloniale romaine de 383 et 373 av. J.-C., sachant que par la suite elles sont considérées comme étrusques (voir STR., V, 2, 9 et Plin., III, 51).

    16 C’est ainsi que Strabon, citant l’ancienne Faléries et Faliscum, la nouvelle Faléries fondée en 241 av. J.-C. après la défaite et la destruction de l’ancienne Faléries, fait brièvement état d’une polémique à propos de l’origine étrusque ou falisque de Faléries (voir STR., V, 2, 9). Tite-live mentionne lors du siège de Véies, l’appartenance à l’Étrurie des Falisques et des Capénates (voir Liv., V, 8, 5).

    17 C’est déjà la présentation qu’en faisait le premier Mythographe du Vatican (voir supra n. 10 et 11). Le déguisement pastoral de Marcus/Kaeso Fabius et de son esclave (voir Liv., IX, 36, 6) et le caractère improvisé de la riposte étrusque aux pillages perpétrés par les hommes de Quintus Fabius (voir Liv., IX, 36, 12) contribuent à dresser le portrait d’une région barbare aux confins du monde civilisé.

    18 Ce conflit romano-étrusco-ombrien est rapporté par Tite-live de IX, 29 à IX, 41 mais avec de nombreuses interruptions pour cause de guerre samnite et à propos des réformes du censeur Appius Claudius Caecus.

    19 C’est la métaphore utilisée par Tite-live pour désigner Sutrium et Nepet en 386 av. J.-C. (Liv., VI, 9, 4) et à nouveau la seule Sutrium en 311 av. J.-C. (Liv., IX, 32, 2).

    20 Voir RE, IV, A, 1, Sutrium, col. 995-996.

    21 Voir Liv., V, 24, 3. L’année 395 av. J.-C. se signale par des opérations de pillage sur les territoires de Capène et Faléries à l’issue desquelles Capène demanda la paix. Par la suite Capène ne semble plus avoir été en conflit avec Rome. En 389 av. J.-C. les Capénates qui étaient passés dans le camp de Rome durant le siège de Véies obtinrent la citoyenneté romaine (voir Liv., VI, 4, 4). En 387 av. J.-C. Capène semble n’avoir partagé que partiellement le sort de Véies. Seule une partie de son territoire civique a dû être annexée à l’ager Romanus lors de la création des tribus Tromenta, Arniensis, Sabatina et Stellatina (voir Liv., VI, 5, 8). L’établissement d’un foedus avec Rome en 395 av. J.-C. amène à conclure dans ce sens (voir Humbert M., Municipium et civitas sine suffragio. L’organisation de la conquête jusqu’à la Guerre sociale, CEFR 36, Rome, 1978, p. 79-80 et 261-262, n. 34). Sur Capène, voir RE, III, 2, Capena, col. 1505-1506.

    22 Voir Liv., V, 27, 14-15. Tite-live évoque, après l’épisode anecdotique du magister de Faléries, la décision de cette cité de se soumettre totalement à Rome. La seule contrainte exigée par les Romains sera le remboursement de la solde des troupes engagées. Si nous faisons la part des anachronismes et des inventions que comporte le récit livien, il ressort de cet ultime affrontement avec la cité falisque qu’un foedus dut être conclu assorti du versement d’un tributum sans qu’il soit possible de dire si Rome amputa le territoire civique de la cité vaincue. Sur Faléries, voir RE, VI, 2, Falerii, col. 1969-1971.

    23 Concernant la fondation de ces deux colonies latines, les Anciens ne sont pas unanimes (voir RE, XVI, 2, Nepet, col. 2480-2481 et supra n. 21). Nous retenons ici les dates données par Velleius Paterculus (voir VELL., I, 14). Sur ces problèmes, voir De Cazanove O., « Itinéraires et étapes de l’avancée romaine entre Samnium, Daunie, Lucanie et Étrurie  », in Briquel D. et Thuillier J. -P., Le censeur et les Samnites. Sur Tite-live, livre IX, Éditions Rue d’Ulm, Paris, 2001, p. 177, n. 149-151 et Harris W. V., Rome in Etruria and Umbria, Clarendon Press, Oxford, 1971, p. 41-44.

    24 Voir Liv., V, 31, 4-5 et 32, 4.

    25 Cet affrontement entre Rome et Volsinies semble s’apparenter à de simples razzias sur les territoires des deux belligérants. En 392, Rome est en paix avec tous ses voisins septentrionaux, Tarquinia, Faléries et Capène ce qui pose le problème de la localisation de ces affrontements très sporadiques. L’établissement de relations avec Clusium à ce moment nous amène à privilégier plutôt une région située au nord-est des monts ciminiens et par conséquent à identifier les Sappinates comme un peuple situé aux confins de l’Étrurie, de l’Ombrie et du pays falisque.

    26 Voir Liv., V, 1, 6-7 et 17, 6-10.

    27 Voir Liv., VI, 3 et Zon., 7, 23, 9 pour Sutrium ainsi que Liv., VI, 9 pour Nepet. Voir Auliard C., La diplomatie romaine. L’autre instrument de la conquête. De la fondation à la fin des guerres samnites (753-290 av. J.-C.), Rennes, PUR, 2006, p. 196-198, p. 216, p. 226, p. 232, p. 236 et p. 261.

    28 Il est certain que le sac de Rome par les Sénons en 390 av. J.-C. a retardé d’autant l’organisation des territoires conquis six ans plus tôt, sachant que de toute manière des affrontements sporadiques sont attestés outre-Tibre jusqu’en 391 av. J.-C. Festus évoque la présence de troupes romaines à Sutrium durant l’attaque gauloise (voir Fest., p. 406 L). Il s’agit sans doute d’une confusion avec Véies mais rien ne s’oppose à ce que des troupes romaines se soient réfugiées également à Sutrium. Les conflits des années 389-386 av. J.-C. sont très certainement liés à ce contexte de création de tribus et d’intégration juridique des Véiens, Falisques et Capénates proromains parmi lesquels devaient figurer selon nous des Sutriens et les habitants de Nepet. Cela peut suffire à expliquer ce conflit étrusco-romain aux confins de Rome et de Tarquinia autour des sites de Cortuosa et Contenebra (voir infra n. 31).

    29 Voir Liv., VI, 4, 9-10.

    30 Nous pensons qu’il convient de ne pas se représenter de manière trop rationnelle le maillage civique de l’Italie centrale tyrrhénienne. Nos sources romanocentriques et tardives font preuve d’anachronisme en présentant ces guerres comme de simples conflits frontaliers entre des cités. Les Anciens eux-mêmes nous laissent entrevoir une autre réalité, celle de ces petites agglomérations fortifiées et de ces peuples que probablement on ne savait plus localiser dès l’Antiquité. Les Sappinates, Cortuosa et Contenebra, voire Saccunum appartiennent à cette carte politique d’un autre temps. Nous ajouterons à cette liste d’agglomérations secondaires Artena, un site volsque dont Tite-live nous dit qu’il ne faut pas le confondre avec un autre site homonyme situé entre Caere et Véies (voir Liv., IV, 61, 11).

    31 Selon nous, la fondation de Nepet en 373 av. J.-C. marque le terme d’un long processus de consolidation de la frontière étrusque de Rome qui débuta véritablement avec la défaite de Véies et de ses alliés mais qui fut perturbé par les raids gaulois et les conflits opposant Rome aux Latins.

    32 S’il faut retenir une seule date pour déterminer cette avancée extrême des Romains en Étrurie, 383 av. J.-C., année de la fondation de la colonie de Sutrium, nous semble la plus pertinente. Le conflit de 389-386 av. J.-C. et celui de 312-308 av. J.-C. montrent clairement la situation éminemment stratégique de cette colonie.

    33 Voir Liv., IX, 32, 1 ; 35, 1 et X, 14, 3.

    34 Ce conflit est rapporté par Tite-live dans le livre VII de manière discontinue entre les chapitres XII et XXII. Pour une analyse critique de ce conflit dont la chronologie est très confuse, voir Harris W. V., op. cit., p. 41-49.

    35 Voir Liv., VII, 12, 6. La première mention de ce conflit nomme clairement les Tarquiniens comme étant les agresseurs sur fond de menaces tiburtine et gauloise. Les pillages auxquels se livre la cité étrusque sont localisés sur la frontière étrusco-romaine, ce qui selon toute logique permet de situer ces affrontements en deçà des monts ciminiens dans la région de Sutrium bien que celle-ci ne soit jamais citée. Ce n’est qu’en Liv., VII, 17, 6 que Tite-live évoque une coalition panétrusque conduite précise-t-il, par Tarquinia et les Falisques. La Dodécapole, quant à elle n’est mentionnée que pour la dernière année du conflit (voir Liv., VII, 21, 9). Sur la Dodécapole, voir Piel Th., «Luci et fora : des structures supraciviques et interethniques dans le monde étruscolatin  », in Clément F., Tolan J. et Wilgaux J., Espaces d’échanges en Méditerranée. Antiquité et Moyen Âge, Rennes, Pur, 2006, p. 100-104.

    36 Voir Briquel D., op. cit., p. 36, n. 45.

    37 Voir Liv., VII, 16, 2. Les Falisques entrent en guerre en 357 av. J.-C. après que les Romains ont subi un revers face aux Tarquiniens.

    38 Voir Liv., VII, 19, 6. L’Elogium d’Aulus Spurinna nous relate peut-être cet inattendu changement d’alliance au travers de ce rex Orgolnius de Caere renversé par le praetor tarquinien (voir Torelli M., Elogia Tarquiniensia, Sansoni Editore, Florence, 1975, p. 39-42 et 70-73).

    39 Mario Torelli identifie les latinis nouem oppida de l’elogium d’Aulus Spurinna comme étant des territoires de l’ancien ager veientes ; voir Torelli M., op. cit., p. 87-88.

    40 Voir Liv., VII, 22, 4-5.

    41 De Cazanove O., « Itinéraires et étapes de l’avancée romaine entre Samnium, Daunie, Lucanie et Étrurie  », in Briquel D. et Thuillier J. -P., Le censeur et les Samnites. Sur Tite-live, livre IX, Éditions Rue d’Ulm, Paris, 2001, p. 177, n. 146.

    42 Le conflit étrusco-romain qui va effacer la frontière ciminienne d’après Tite-live se déroule militairement parlant entre 311 et 308 av. J.-C. Cependant une fausse alerte est signalée dès 312 av. J.-C. puisque cette année-là un dictateur est désigné pour faire face à une menace étrusque (voir Liv., IX, 29, 1-5).

    43 Voir Liv., IX, 32 ; 35-37 ; 39, 5-11 ; 40, 18-21 et 41 dont la narration est remplie d’invraisemblances. Nous disposons également des récits beaucoup plus concis de Florus (voir Flor., I, 12), directement inspirés de Tite-Live et de Diodore de Sicile (voir DS., XX, 35), particulièrement intéressants pour rétablir le véritable déroulement des faits. À cela s’ajoutent deux anecdotes rapportées par Frontin dans ses Strategamata et dont la source est certainement Tite-live. Voir Frontin, Strat., I, 2, 2 (qui reprend Liv., IX, 36, 1-8) et II, 5, 2 (qui reprend Liv., IX, 35).

    44 Voir Harris W. V., War and Imperialism in Republican Rome, 327-70 B. C., Clarendon Press, Oxford, 1979, p. 54-67. Dernière mise au point sur la question des étapes de l’expansion romaine lors du deuxième conflit samnite : De Cazanove O., op. cit., p. 150-159.

    45 Tite-Live s’efforce de limiter les conséquences de la sponsio romano-samnite qui suivit le grave revers subi par Rome aux Fourches Caudines (voir la réponse de Pontius aux arguties juridiques romaines dans Liv., IX, 11). Cependant l’absence d’affrontements majeurs jusqu’en 315 av. J.-C. montre bien qu’une trève semble intervenir à ce moment entre les deux belligérants. Cette diminution de l’intensité des combats entre Romains et Samnites sera mis à profit par les premiers pour établir des liens avec l’Apulie et la Lucanie (voir De Cazanove O., ibid., p. 159-176).

    46 En 316-314 av. J.-C., Romains et Samnites s’affrontent autour de Saticula, Plistica, Lautulae et Sora. La bataille de Lautulae de 315 av. J.-C. doit être considérée, malgré les ambiguïtés du récit livien, comme une défaite du dictateur Quintus Fabius Maximus Rullianus (voir Liv., IX, 23). Voir Briquel D., « Aspects politiques et militaires dans le livre IX de Tite-live : les figures de L. Papirius Cursor et de Q. Fabius Maximus Rullianus  », in Devillers O. et Meyers J., Pouvoir des hommes, pouvoir des mots, des Gracques à Trajan. Hommages au professeur Paul Marius Martin, Éditions Peeters, Paris-Louvain, 2009, p. 340-343.

    47 Voir Liv., IX, 29, 4-5 et 32, 1. Sans aller jusqu’à suivre Florus, présentant ce nouveau conflit comme étant le point de départ d’une vaste coalition des Étrusques, des Ombriens, des Samnites et des Gaulois, il n’est pas inconcevable d’envisager une agression étrusco-ombrienne à l’origine des opérations militaires menées par Rome en Haute-Étrurie pour reprendre l’expression de Diodore de Sicile (voir DS., XX, 35, 3), ce que confirme le théâtre des opérations étrusco-ombro-romaines pour les années 310 et 308 av. J.-C. Florus fait état à propos des Étrusques de l’intervention de la Dodécapole (voir Flor., I, 12, 1), mais il s’agit là d’une anticipation sur la troisième guerre samnite. Tite-live n’évoque jamais la Dodécapole à propos de la guerre étrusque des années 312-308 av. J.-C. (voir Liv., X, 10, 11 ; 14, 3 et 16, 3-4 mentionnant le concilium Populorum Etruriae). Sur l’existence d’une structure panétrusque diplomatico-militaire, voir supra n. 37.

    48 Voir Liv., IX, 32.

    49 Durant cette guerre, et contrairement à ce qui s’était passé en 386 av. J.-C. et en 358-351 av. J.-C., ni Nepet, ni Faléries ne sont mentionnées, ce qui nous amène à privilégier une invasion étrusque au sud-ouest des monts ciminiens où se trouve Sutrium.

    50 Voir Liv., IX, 37, 12 et DS., XX, 35, 4.

    51 Voir Liv., X, 3, 2. Cet épisode coïncide avec la reprise des hostilités entre Romains et Étrusques. L’exception arrétine de 311 av. J.-C. (voir Liv., IX, 32, 1) pourrait donc être une anticipation de l’intervention romaine de 302 av. J.-C. L’instabilité politique d’Arezzo trouve un lointain précédent dans l’Elogium d’Aulus Spurinna (voir Torelli M., op. cit., p. 39-42 et 80-82).

    52 La relation imprécise de Tite-Live sur les protagonistes des attaques de Sutrium en 311 et 310 av. J.-C., sachant qu’il ne peut s’agir d’une coalition de la quasi-totalité de l’Étrurie, pose un délicat problème pour la restitution précise des mouvements de troupes. S’il est possible de retenir Pérouse, Cortone et Arrétium comme faisant partie des adversaires de Rome aux côtés de tribus ombriennes que l’on peut situer à l’ouest de l’Ombrie, entre la vallée du Tibre et la future voie flaminienne, nous pensons qu’il convient d’y associer Tarquinia et Volsinies, ce qui permet ainsi de donner un peu de cohérence à des opérations militaires se déroulant pour l’essentiel autour de Sutrium et du lac Vadimon. L’implication de ces deux cités étrusques (voir Liv., IX, 41, 5-7) et des trois autres a peut-être souffert d’un manque de coordination facilitant ainsi la résistance, puis la contre-offensive de Rome. L’insistance de Tite-live et de Diodore sur les trois cités de Haute-Étrurie peut s’expliquer par la volonté d’anticiper la forte implication et la défaite de celles-là durant le troisième conflit samnite. Il nous semble significatif que Diodore de Sicile termine le conflit par la levée du siège de Sutrium et la prise de la cité de Castola, dont nous ignorons la localisation (voir DS., XX, 35, 5).

    53 Voir supra n. 49.

    54 Tite-live et Diodore de Sicile nous disent clairement qu’à peine engagés sur le front étruscoombrien, les Samnites lancent une importante attaque en 310 av. J.-C. qui sera repoussée par le dictateur Lucius Papirius Cursor. Diodore plus précis que Tite-Live sur ce point, semble indiquer que la victoire sur les Étrusques devant Sutrium fut remportée par les deux consuls Quintus Fabius Maximus Rullianus et Caius Marcius Rutilus. Devant le péril samnite, ce dernier fut rappelé par le Sénat pour combattre les Samnites (voir DS., XX, 35, 2). Nous connaissons la suite par Tite-live qui évoque, tout en la minimisant, la défaite et la blessure du consul, puis la nomination assez rocambolesque d’un dictateur en la personne de Papirius Cursor (voir Liv., IX, 38). Sur la présentation tendancieuse de l’épisode, voir Briquel D., op. cit., p. 331-348.

    55 La présentation Livienne du conflit, bien que largement prémonitoire, n’en exprime pas moins une avancée diplomlatique de Rome vers l’Étrurie intérieure et l’Ombrie, mais les acquis territoriaux semblent avoir été bien limités, ce qui nous amène à conclure que la « ligne bleue » des monts ciminiens était encore d’actualité en 308 av. J.-C. Voir De Cazanove O., op. cit., p. 176 et p. 190-192.

    56 Sur une présentation critique du conflit, voir principalement Harris W. V., op. cit., p. 49-61 et De Cazanove O., op. cit., p. 176-192.

    57 Voir infra Annexe. Sur la mise en scène du consul romain, voir Briquel D., « Aspects politiques et militaires dans le livre IX de Tite-Live…  », op. cit., p. 331-348.

    58 Voir Liv., IX, 36, Front., Strat., I, 2, 2, et FLOR., I, 12, 3-6. Sur la formation étrusque du jeune Fabius, voir Hadas-Lebel J., « La connaissance de l’étrusque dans la Rome archaïque  », Epiphaneia. Études orientales, grecques et romaines offertes à Aline Pourkier, Oudot et Poli, Nancy, 2008, p. 429-454 et notre article à paraître, Les Romains à l’école de l’Étrurie : la transmission des savoirs étrusques à Rome. Les hésitations sur le gentilice du jeune homme, Fabius ou Claudius, s’expliquent certainement par l’opposition des deux grandes figures politiques de la fin du IVe siècle av. J.-C. Quintus Fabius Maximus Rullianus et Appius Claudius Caecus. Tributaire de Fabius Pictor, Tite-live oppose les deux hommes en dénigrant le second (voir Humm M., « La figure d’Appius Claudius chez Tite-live  », in Briquel D. et Thuillier J. -P., Le censeur et les Samnites. Sur Tite-live, livre IX, Éditions Rue d’Ulm, Paris, 2001, p. 65-96).

    59 Voir Liv., IX, 36, 8 et Front., Strat., I, 2, 2. Le récit très abrégé des deuxième et troisième guerres samnites établit un raccourci digne de cette étonnante mission de reconnaissance (voir Flor., I, 12, 6). L’auteur évoque, aussitôt après la traversée de la forêt ciminienne, la victoire des consuls Quintus Fabius Maximus Rullianus et Publius Decius Mus à Sentinum quinze ans plus tard. Rappelons que ces deux consuls furent les artisans essentiels de la poussée romaine en Étrurie intérieure et en Ombrie, en 310 et 308 av. J.-C. pour le premier et en 308 av. J.-C. pour le second. Polybe évoque un revers du consul Fabius à Camerinum avant la bataille de Sentinum (voir POL., II, 19, 5). Il semble donc que le foedus établi avec les Camertes par le jeune Marcus Fabius ait eu avant tout pour objet de maquiller ce nouvel accident de parcours du consul romain (voir supra n. 48 et Bradley G., Ancient Umbria. State, culture and identity in central Italy from the Iron Age to the Augustean Era, University Press, Oxford, 2000, p. 111 et p. 115-116).

    60 Le désastre des Fourches Caudines constitue la toile de fond de l’épopée de Quintus Fabius Maximus Rullianus à travers la forêt ciminienne. La cuisante défaite de 321 av. J.-C. est rappelée à la veille de la reconnaissance de Marcus Fabius, ce qui permet de présenter l’initiative du consul et son futur succès comme une réparation de la tentative avortée des Romains de traversée du Samnium (voir Liv., IX, 37, 1-2). L’effet dramatique est complété par l’arrivée, après la bataille, de cinq légats et deux tribuns militaires venus pour ajourner l’opération militaire du consul jugée trop dangereuse (voir Liv., IX, 36, 14). Par ailleurs, l’attaque menée par les Samnites contre le collègue de Fabius Maximus, Gaius Marcius Rutulus, aurait eu comme déclencheur le fait que le bruit avait couru que les troupes de Fabius avaient subi, dans les monts ciminiens un sort comparable aux légions encerclées aux Fourches Caudines (voir Liv., IX, 38, 4-5). La défaite de Marcius Rutulus est présentée comme une seconde bataille des Fourches Caudines qui n’aurait pas complètement abouti (voir Liv., IX, 38, 5-8). L’investiture du dictateur Papirius Cursor est réitérée pour cause de mauvais présage, en rapport avec trois désastres militaires romains : le Cremere, l’Allia et les Fourches Caudines (voir Liv., IX, 38, 15-16). Relevons pour finir le parallèle entre les opérations militaires victorieuses du dictateur contre les Samnites et celles de Fabius Maximus contre les Étrusques à travers la forêt ciminienne (voir Liv., IX, 39, 1).

    61 Voir Liv., IX, 44, 15.

    62 C’est le prénom du caput gentis à l’époque de l’opération militaire engagée par cette famille sur la Cremere en 479 av. J.-C. Il exerça à trois reprises le onsulat en 484, 481 et 479 av. J.-C. D’après la tradition, il périt avec tous les membres de la gens, à l’exception d’un seul, en 477 av. J.-C. En 390 av. J.-C. le jeune Fabius Dorsuo, qui accomplit au péril de sa vie un acte cultuel sur le Quirinal, durant le siège du Capitole par les Gaulois, se prénommait également Kaeso. Nous ne mentionnons là que les deux figures les plus exceptionnelles de la gens sachant que d’autres Fabii portèrent ce prénom archaïque.

    63 La gens Fabia est souvent associée à l’Étrurie (l’épisode de la Cremere, l’ambassade de 391 av. J.-C. à Clusium et bien entendu, l’appropriation par Quintus Fabius Maximus Rullianus du conflit étrusco-ombrien de 312-308 av. J.-C. Voir Torelli M., « Tre studi di storia etrusca  », DialArch., 7-8, p. 3-78, et Sordi M., I rapporti romano-ceriti e l’origine della ciuitas sine suffragio, « L’Erma » di Bretschneider, Rome, 1960, p. 73-77. La gens Fabia n’était pas la seule famille à avoir tissé des liens avec l’Étrurie. C’est par exemple le cas des Claudii (voir Massa-Pairault F., « Relations d’Appius Claudius Caecus avec l’Étrurie et la Campanie  », in Briquel D. et Thuillier J. -P., Le censeur et les Samnites. Sur Tite-live, livre IX, Éditions Rue d’Ulm, Paris, 2001, p. 97-116). Sur l’épisode de la Cremere, voir Richard J.-C., « Les Fabii à la Crémère : grandeur et décadence de l’organisation gentilice  », Crise et transformation des sociétés archaïques de l’Italie antique au Ve siècle av. J.-C., CEFR 137, Rome, 1990, p. 245-262. La traversée des monts ciminiens est présentée par Tite-live comme une initiative à haut risque d’un consul, qui finalement tourne bien. Nous avons vu que les légats et les tribuns militaires envoyés par Rome se contentent de cautionner a posteriori l’action du consul. Le récit, dans son ensemble, nous semble par son atmosphère agreste faire du consul romain un héros civilisateur faisant reculer les limites de la barbarie, une manière allégorique de lui conférer un rôle primordial dans l’expansion de Rome vers le nord, ce qui nous semble tout à fait excessif comme nous allons le voir. Lors de la répartition des commandements entre les consuls pour l’année 295 av. J.-C., l’antagonisme entre Quintus Fabius Maximus Rullianus et Publius Decius Mus a pour objet le souhait manifesté par les deux hommes de combattre sur le front étrusco-ombrien (voir Liv., X, 24). Rappelons que c’est le même couple consulaire qui, en 308 av. J.-C., avait combattu contre les mêmes Étrusques et Ombriens (voir Liv., IX, 41). Avant de partir pour l’Étrurie, le consul n’enrôle que 4 000 fantassins et 600 cavaliers, un effectif proche de celui que nous donne Denys d’Halicarnasse (4 000 hetairoi ou pelatai et 306 Fabii, voir DH., AR., IX, 15, 3) pour l’expédition sur la Cremere. Notons pour finir que le massacre des 306 Fabii, tel que le rapporte Tite-live (voir Liv., II, 50, 11) nous montre les Véiens s’emparant d’un sommet dominant la position de la gens romaine. Or, lors du franchissement des monts ciminiens, le consul Fabius Maximus gagne le point culminant avant de fondre sur les Étrusques (voir Liv., IX, 36, 11).

    64 Voir Briquel D., op. cit., p. 336-344. L’auteur souligne la nécessité qu’il y avait à étoffer les qualités militaires très relatives de cette figure emblématique de la vie politique romaine, qui dût son surnom de Maximus à sa censure de 304 av. J.-C. durant laquelle il combattit les innovations d’Appius Claudius Caecus.

    65 Voir Annexe. Outre le caractère peu vraisemblable du déroulement des trois premières batailles Livrées devant Sutrium par Quintus Aemilius Barbula en 311 av. J.-C. puis Quintus Fabius Maximus Rullianus en 310 av. J.-C. avant et après la traversée des monts ciminiens, nous constatons que la troisième rencontre condense d’une certaine manière l’ensemble des événements diplomatico-militaires de cette guerre tout en anticipant la suivante (voir Liv., IX, 37). Cela permettait d’amoindrir les mérites du consul Publius Decius Mus qui fut amené à affronter Tarquinia et Volsinies en 308 av. J.-C. À ce propos, Tite-live se contente d’évoquer la prise de quelques castella sur le territoire volsinien ainsi que la résolution diplomatique de ces conflits par une trève d’un an (voir Liv., IX, 41, 5-7). Concernant la bataille du lac Vadimon, nous pensons qu’il doit s’agir d’une anticipation sur celle de 284 av. J.-C., ce qui n’enlève rien, comme le souligne Olivier de Cazanove, au fait qu’un affrontement ait pu se dérouler dans cette région (voir DE Cazanove O., op. cit., p. 188-189). De la même manière, l’installation d’une garnison romaine à Pérouse semble prématurée pour l’année 310 av. J.-C. Il s’agit d’une autre anticipation puisque, même après Sentinum, en 294 av. J.-C., il n’est pas encore question d’occupation militaire des cités étrusques vaincues (Volsinies, Pérouse, Arretium) mais seulement de tributs (voir Liv., X, 37, 4-5).

    66 Voir Annexe. Diodore de Sicile ne parle pas de traversée de la forêt ciminienne, mais seulement de territoires limitrophes, c’est-à-dire de l’Ombrie ou de l’Étrurie soit un espace compris entre la région de Tarquinia à l’ouest et celle du lac Vadimon à l’est (voir DS., XX, 35). Cette localisationcorrespond à la principale zone des combats mentionnés par Tite-live et Diodore de Sicile (voir Durvye C., Étude critique commentée du livre XX de Diodore de Sicile, t. III, notes et annexes, thèse dactylographiée, Paris IV - Sorbonne, 2005, p. 53). Le conflit se résume à un blocus de Sutrium par une coalition étrusque comprenant au moins Pérouse, Arezzo, Cortone, Volsinies et Tarquinia face à laquelle les Romains auraient riposté par une contre-attaque sur la moyenne vallée du Tibre, entre Étrurie et Ombrie, d’où l’implication de quelques groupes ombriens dans le conflit. C’est dans ce contexte que des liens diplomatiques ont été établis avec d’autres communautés ombriennes à l’issue de cette guerre, comme l’indique le traité passé avec Ocriculum. Pour les Camertes cependant nous nous montrerons plus dubitatif. Qu’il s’agisse de l’avancée militaire des Romains vers l’Étrurie et l’Ombrie ou des conséquences territoriales et diplomatiques de la guerre de 312-308 av. J.-C. on ne peut que constater la modestie des faits et des résultats.

    67 L’absence des Ombriens dans le récit de Diodore nous semble révélateur de leur rôle secondaire dans ce conflit. Les liens bien attestés par l’archéologie entre l’Étrurie et l’Ombrie nous permettent de comprendre comment un conflit avec ces cités étrusques a pu rapidement s’étendre sur la rive gauche de la moyenne vallée du Tibre (voir Bruschetti P., « Gli Etruschi in Umbria  », in Camporeale G., Gli Etruschi fuori d’Etruria, Arsenale Editrice, San Giovanni Lupatoto, 2001, p. 192-207, et Bradley G., op. cit., p. 83-107).

    68 Voir Liv., IX, 41, 5-6. Tarquinia se voit contrainte de livrer du blé et se voit imposer une nouvelle indutia de 40 ans tandis que l’ensemble des cités étrusques, dont Volsinies, contractent une indutia d’un an. Elles doivent en outre payer la solde de l’armée romaine et livrer deux tuniques par soldat. Nous remarquons que Tarquinia, dont nous pensons qu’elle est impliquée directement dans le blocus de Sutrium, est enfin nommée pour un traité très défavorable qui ne peut être que la conséquence d’une victoire romaine. Volsinies, dont nous avons précédemment envisagé la présence dans un conflit qui se déroule pour une bonne part au sud de son territoire, est également nommée comme cible de l’offensive romaine au-delà des monts ciminiens. Tite-live admet rapidement que c’est à la suite de ces affrontements que les Étrusques demandèrent la paix, ce qui bien entendu est en totale contradiction avec la conclusion présentée comme définitive des combats de l’année 310 av. J.-C. Par ailleurs l’historien padouan ne peut s’empêcher de présenter un nouvel affrontement en Ombrie auquel auraient participé de nombreux Étrusques, un affrontement mené victorieusement par Quintus Fabius Maximus Rullianus accouru du Samnium, tandis que l’autre consul revenait vers Rome pour couvrir la ville. C’est par cet ultime épisode militaire ombrien et « fabien » que s’achève le récit livien de la guerre de 312-308 av. J.-C. (voir Liv., IX, 41, 8-20).

    69 Nous pensons que les événements de 308 av. J.-C. présentés de façon tendancieuse par Tite-live dans le chapitre 41 du livre X, correspondent à ceux mentionnés laconiquement par Diodore de Sicile en XX, 35, 5, c’est-à-dire la levée du siège de Sutrium et la prise de Castola, qu’il convient peut-être de situer en Ombrie. Cette narration nous semble plus conforme aux conséquences diplomatiques que Tite-live donne au conflit, à savoir lasponsio contractée avec la petite cité ombrienne d’Ocriculum. Nous insistons à nouveau sur le caractère prématuré d’une possible alliance avec Camerinum qu’il convient de replacer plus tard, à l’époque de la bataille de Sentinum.

    70 Il est au mieux question de repli des soldats étrusques vaincus dans la forêt ciminienne (voir Liv., IX, 35, 8 et 37, 10). La seule allusion à une éventuelle traversée de cette forêt par les Étrusques reste très évasive et ce, d’autant plus que Tite-Live hésite sur la localisation de l’affrontement (voir Liv., IX, 37, 2). Nous ne pensons pas que le consul Quintus Fabius Maximus Rullianus ait emprunté la voie ciminienne pour contourner les Étrusques. Il nous semble plus réaliste d’envisager attaques et contre-attaques étrusques et romaines entre les lacs de Vico et de Bracciano. Seule la dernière menace ombrienne de 308 av. J.-C. doit être située sur un autre front, comme nous l’avons vu, sans quoi la manœuvre du consul Publius Decius Mus n’aurait aucun sens. Par ailleurs cette manœuvre ne fut possible que si la situation était rétablie du côté de Sutrium, ce que confirment Tite-Live et Diodore de Sicile.

    71 Voir APP., Civ., V, 4, 31. En 728 le roi lombard Liutprand donna Sutrium au pape Grégoire II ce qui eut pour conséquence de rendre à la ville son antique fonction de claustra Etruriae (voir TORELLI M., Etruria, Laterza, Rome-Bari, 1993, p. 47).

    Auteur

    • Thierry Piel
      Maître de conférences, université de Nantes
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    1 Voir Liv., IX, 36.

    2 Voir Liv., IX, 36, 1 : Silua erat Ciminia magis tum inuia atque horrenda quam nuper fuere Germanici saltus, nulli ad eam diem ne mercatorum quidem adita ; c’est cette comparaison qui nous a inspiré l’expression anachronique et française de « ligne bleue » donnée aux Vosges après la défaite de 1870-1871 (voir Roth F., La guerre de 70, Paris, Hachette, 1993 [rééd.], p. 639-679).

    3 Nous utilisons à dessein le mot « initiative » dans la mesure où, comme nous le verrons, les opérations menées par le consul Fabius par-delà les monts ciminiens nous sont présentées par Tite-live dans une atmosphère gentilice appuyée.

    4 Tous les historiens qui se sont intéressés à ce conflit ont relevé l’invraisemblable accumulation des événements sur la seule année 310 av. J.-C., sachant que l’on passe sans transition à l’année 308 av. J.-C. Un fragment de l’œuvre de Tite-live est manquant (voir Liv., IX, 39). Voir Briquel D., « La guerre à Rome au IVe siècle : une histoire revue et corrigée, remarques sur le livre IX de Tite-live  », in Caire E. et Pittia S., Guerre et diplomatie romaines IVe-IIIe siècles av. J.-C. Pour un réexamen des sources, Publications de l’Université de Provence, Aix-en-Provence, 2006, p. 36, n. 45.

    5 Voir RE, III. 2, Ciminia aqua, Ciminia uia, Ciminius ager, Ciminius lacus, Ciminius mons, col. 2554.

    6 Voir AMM., XVII, 13.

    7 À partir de Sutrium, la voie Cassia amorce un large coude à l’ouest du lac de Vico avant de reprendre sa direction originelle sud-nord vers Volsinies. Pour sa part la voie Flaminia traverse les territoires capénate et falisque avant de croiser la vallée du Tibre et de s’engager à travers l’Ombrie à partir d’Ocriculum. Nous verrons ultérieurement qu’il s’agit de l’axe de pénétration romain le mieux étayé par Tite-live dans sa narration de la guerre de 312-308 av. J.-C. La voie cassienne réalisée dans les trente dernières années du IIe siècle av. J.-C. a sans doute utilisé une ancienne voie étrusque (voir LTUR Suburbium, II, p. 65-75). Plus ancienne, la voie Flaminia fut construite en 223 ou 220 av. J.-C. par le censeur Caius Flaminius pour relier Rome à l’ager Gallicus (voir LTUR Suburbium, II, p. 252-259).

    8 Voir RE, III. 2, op. cit., et Stanco E. A., « Ricerche sulla topografia dell’Etruria  », MEFRA, 108, 1, 1996, p. 91-93 et 99 pour la bibliographie.

    9 L’établissement d’une frontière cisciminienne ne s’est certainement pas fait dès après la prise de Véies par Camille en 396 av. J.-C. sachant que des actions militaires sont signalées outre-Tibre jusqu’en 392-391 av. J.-C. L’attaque gauloise de 390 av. J.-C. a certainement retardé d’autant une stabilisation des limites du nouvel ager Romanus. Nous pensons que la création de quatre nouvelles tribus en 387 et la fondation de colonies latines à Sutrium en 383 et à Nepet en 373 place un terminus post quem à l’apparition de cette frontière.

    10 Voir Myth., I, 54.

    11 Voir Plin., II, 211. L’auteur relate qu’aux autels Muciens sur le territoire de Véies, à Tusculum, ainsi que dans la forêt ciminienne on ne pouvait rien sortir de terre. Le premier Mythographe du Vatican s’est peut-être inspiré de ce prodige rapporté par Pline. Selon nous, ces légendes témoignent du caractère d’étrangeté que les Romains conféraient à la région ciminienne.

    12 Voir Amm., XVII, 2.

    13 Voir Str., V, 2, 9. qui mentionne le lac ciminien comme étant étrusque et Liv., IX, 36. pour qui les habitants pastoraux que les Romains combattent au sortir de la forêt ciminienne sont étrusques. L’auteur semble indiquer que la forêt était inoccupée, même si, à l’issue de la première bataille livrée par Quintus Fabius devant Sutrium, il est précisé que des soldats étrusques trouvent refuge dans la forêt. Le fait que les Romains ne les poursuivent pas permet à Tite-live de préparer le lecteur au coup de théâtre que sera la reconnaissance, puis l’offensive du consul à travers la forêt qu’il est censé être le premier à traverser.

    14 Voir Verg., VII, 695. Le poète mentionne un ensemble de régions allant des monts ciminiens au Lucus Feroniae placées sous le commandement de Messapus, confondu ici avec le héros falisque Halésus.

    15 Voir Sil., VIII, 491. L’auteur mentionne divers contingents engagés durant le deuxième conflit punique. On retrouve à peu près les territoires mentionnés par Virgile dont Silius Italicus a pu s’inspirer. Sutrium et Nepet sont citées par Silius, ce qui pose le problème du statut politique et de l’appartenance ethnique des deux agglomérations avant la refondation coloniale romaine de 383 et 373 av. J.-C., sachant que par la suite elles sont considérées comme étrusques (voir STR., V, 2, 9 et Plin., III, 51).

    16 C’est ainsi que Strabon, citant l’ancienne Faléries et Faliscum, la nouvelle Faléries fondée en 241 av. J.-C. après la défaite et la destruction de l’ancienne Faléries, fait brièvement état d’une polémique à propos de l’origine étrusque ou falisque de Faléries (voir STR., V, 2, 9). Tite-live mentionne lors du siège de Véies, l’appartenance à l’Étrurie des Falisques et des Capénates (voir Liv., V, 8, 5).

    17 C’est déjà la présentation qu’en faisait le premier Mythographe du Vatican (voir supra n. 10 et 11). Le déguisement pastoral de Marcus/Kaeso Fabius et de son esclave (voir Liv., IX, 36, 6) et le caractère improvisé de la riposte étrusque aux pillages perpétrés par les hommes de Quintus Fabius (voir Liv., IX, 36, 12) contribuent à dresser le portrait d’une région barbare aux confins du monde civilisé.

    18 Ce conflit romano-étrusco-ombrien est rapporté par Tite-live de IX, 29 à IX, 41 mais avec de nombreuses interruptions pour cause de guerre samnite et à propos des réformes du censeur Appius Claudius Caecus.

    19 C’est la métaphore utilisée par Tite-live pour désigner Sutrium et Nepet en 386 av. J.-C. (Liv., VI, 9, 4) et à nouveau la seule Sutrium en 311 av. J.-C. (Liv., IX, 32, 2).

    20 Voir RE, IV, A, 1, Sutrium, col. 995-996.

    21 Voir Liv., V, 24, 3. L’année 395 av. J.-C. se signale par des opérations de pillage sur les territoires de Capène et Faléries à l’issue desquelles Capène demanda la paix. Par la suite Capène ne semble plus avoir été en conflit avec Rome. En 389 av. J.-C. les Capénates qui étaient passés dans le camp de Rome durant le siège de Véies obtinrent la citoyenneté romaine (voir Liv., VI, 4, 4). En 387 av. J.-C. Capène semble n’avoir partagé que partiellement le sort de Véies. Seule une partie de son territoire civique a dû être annexée à l’ager Romanus lors de la création des tribus Tromenta, Arniensis, Sabatina et Stellatina (voir Liv., VI, 5, 8). L’établissement d’un foedus avec Rome en 395 av. J.-C. amène à conclure dans ce sens (voir Humbert M., Municipium et civitas sine suffragio. L’organisation de la conquête jusqu’à la Guerre sociale, CEFR 36, Rome, 1978, p. 79-80 et 261-262, n. 34). Sur Capène, voir RE, III, 2, Capena, col. 1505-1506.

    22 Voir Liv., V, 27, 14-15. Tite-live évoque, après l’épisode anecdotique du magister de Faléries, la décision de cette cité de se soumettre totalement à Rome. La seule contrainte exigée par les Romains sera le remboursement de la solde des troupes engagées. Si nous faisons la part des anachronismes et des inventions que comporte le récit livien, il ressort de cet ultime affrontement avec la cité falisque qu’un foedus dut être conclu assorti du versement d’un tributum sans qu’il soit possible de dire si Rome amputa le territoire civique de la cité vaincue. Sur Faléries, voir RE, VI, 2, Falerii, col. 1969-1971.

    23 Concernant la fondation de ces deux colonies latines, les Anciens ne sont pas unanimes (voir RE, XVI, 2, Nepet, col. 2480-2481 et supra n. 21). Nous retenons ici les dates données par Velleius Paterculus (voir VELL., I, 14). Sur ces problèmes, voir De Cazanove O., « Itinéraires et étapes de l’avancée romaine entre Samnium, Daunie, Lucanie et Étrurie  », in Briquel D. et Thuillier J. -P., Le censeur et les Samnites. Sur Tite-live, livre IX, Éditions Rue d’Ulm, Paris, 2001, p. 177, n. 149-151 et Harris W. V., Rome in Etruria and Umbria, Clarendon Press, Oxford, 1971, p. 41-44.

    24 Voir Liv., V, 31, 4-5 et 32, 4.

    25 Cet affrontement entre Rome et Volsinies semble s’apparenter à de simples razzias sur les territoires des deux belligérants. En 392, Rome est en paix avec tous ses voisins septentrionaux, Tarquinia, Faléries et Capène ce qui pose le problème de la localisation de ces affrontements très sporadiques. L’établissement de relations avec Clusium à ce moment nous amène à privilégier plutôt une région située au nord-est des monts ciminiens et par conséquent à identifier les Sappinates comme un peuple situé aux confins de l’Étrurie, de l’Ombrie et du pays falisque.

    26 Voir Liv., V, 1, 6-7 et 17, 6-10.

    27 Voir Liv., VI, 3 et Zon., 7, 23, 9 pour Sutrium ainsi que Liv., VI, 9 pour Nepet. Voir Auliard C., La diplomatie romaine. L’autre instrument de la conquête. De la fondation à la fin des guerres samnites (753-290 av. J.-C.), Rennes, PUR, 2006, p. 196-198, p. 216, p. 226, p. 232, p. 236 et p. 261.

    28 Il est certain que le sac de Rome par les Sénons en 390 av. J.-C. a retardé d’autant l’organisation des territoires conquis six ans plus tôt, sachant que de toute manière des affrontements sporadiques sont attestés outre-Tibre jusqu’en 391 av. J.-C. Festus évoque la présence de troupes romaines à Sutrium durant l’attaque gauloise (voir Fest., p. 406 L). Il s’agit sans doute d’une confusion avec Véies mais rien ne s’oppose à ce que des troupes romaines se soient réfugiées également à Sutrium. Les conflits des années 389-386 av. J.-C. sont très certainement liés à ce contexte de création de tribus et d’intégration juridique des Véiens, Falisques et Capénates proromains parmi lesquels devaient figurer selon nous des Sutriens et les habitants de Nepet. Cela peut suffire à expliquer ce conflit étrusco-romain aux confins de Rome et de Tarquinia autour des sites de Cortuosa et Contenebra (voir infra n. 31).

    29 Voir Liv., VI, 4, 9-10.

    30 Nous pensons qu’il convient de ne pas se représenter de manière trop rationnelle le maillage civique de l’Italie centrale tyrrhénienne. Nos sources romanocentriques et tardives font preuve d’anachronisme en présentant ces guerres comme de simples conflits frontaliers entre des cités. Les Anciens eux-mêmes nous laissent entrevoir une autre réalité, celle de ces petites agglomérations fortifiées et de ces peuples que probablement on ne savait plus localiser dès l’Antiquité. Les Sappinates, Cortuosa et Contenebra, voire Saccunum appartiennent à cette carte politique d’un autre temps. Nous ajouterons à cette liste d’agglomérations secondaires Artena, un site volsque dont Tite-live nous dit qu’il ne faut pas le confondre avec un autre site homonyme situé entre Caere et Véies (voir Liv., IV, 61, 11).

    31 Selon nous, la fondation de Nepet en 373 av. J.-C. marque le terme d’un long processus de consolidation de la frontière étrusque de Rome qui débuta véritablement avec la défaite de Véies et de ses alliés mais qui fut perturbé par les raids gaulois et les conflits opposant Rome aux Latins.

    32 S’il faut retenir une seule date pour déterminer cette avancée extrême des Romains en Étrurie, 383 av. J.-C., année de la fondation de la colonie de Sutrium, nous semble la plus pertinente. Le conflit de 389-386 av. J.-C. et celui de 312-308 av. J.-C. montrent clairement la situation éminemment stratégique de cette colonie.

    33 Voir Liv., IX, 32, 1 ; 35, 1 et X, 14, 3.

    34 Ce conflit est rapporté par Tite-live dans le livre VII de manière discontinue entre les chapitres XII et XXII. Pour une analyse critique de ce conflit dont la chronologie est très confuse, voir Harris W. V., op. cit., p. 41-49.

    35 Voir Liv., VII, 12, 6. La première mention de ce conflit nomme clairement les Tarquiniens comme étant les agresseurs sur fond de menaces tiburtine et gauloise. Les pillages auxquels se livre la cité étrusque sont localisés sur la frontière étrusco-romaine, ce qui selon toute logique permet de situer ces affrontements en deçà des monts ciminiens dans la région de Sutrium bien que celle-ci ne soit jamais citée. Ce n’est qu’en Liv., VII, 17, 6 que Tite-live évoque une coalition panétrusque conduite précise-t-il, par Tarquinia et les Falisques. La Dodécapole, quant à elle n’est mentionnée que pour la dernière année du conflit (voir Liv., VII, 21, 9). Sur la Dodécapole, voir Piel Th., «Luci et fora : des structures supraciviques et interethniques dans le monde étruscolatin  », in Clément F., Tolan J. et Wilgaux J., Espaces d’échanges en Méditerranée. Antiquité et Moyen Âge, Rennes, Pur, 2006, p. 100-104.

    36 Voir Briquel D., op. cit., p. 36, n. 45.

    37 Voir Liv., VII, 16, 2. Les Falisques entrent en guerre en 357 av. J.-C. après que les Romains ont subi un revers face aux Tarquiniens.

    38 Voir Liv., VII, 19, 6. L’Elogium d’Aulus Spurinna nous relate peut-être cet inattendu changement d’alliance au travers de ce rex Orgolnius de Caere renversé par le praetor tarquinien (voir Torelli M., Elogia Tarquiniensia, Sansoni Editore, Florence, 1975, p. 39-42 et 70-73).

    39 Mario Torelli identifie les latinis nouem oppida de l’elogium d’Aulus Spurinna comme étant des territoires de l’ancien ager veientes ; voir Torelli M., op. cit., p. 87-88.

    40 Voir Liv., VII, 22, 4-5.

    41 De Cazanove O., « Itinéraires et étapes de l’avancée romaine entre Samnium, Daunie, Lucanie et Étrurie  », in Briquel D. et Thuillier J. -P., Le censeur et les Samnites. Sur Tite-live, livre IX, Éditions Rue d’Ulm, Paris, 2001, p. 177, n. 146.

    42 Le conflit étrusco-romain qui va effacer la frontière ciminienne d’après Tite-live se déroule militairement parlant entre 311 et 308 av. J.-C. Cependant une fausse alerte est signalée dès 312 av. J.-C. puisque cette année-là un dictateur est désigné pour faire face à une menace étrusque (voir Liv., IX, 29, 1-5).

    43 Voir Liv., IX, 32 ; 35-37 ; 39, 5-11 ; 40, 18-21 et 41 dont la narration est remplie d’invraisemblances. Nous disposons également des récits beaucoup plus concis de Florus (voir Flor., I, 12), directement inspirés de Tite-Live et de Diodore de Sicile (voir DS., XX, 35), particulièrement intéressants pour rétablir le véritable déroulement des faits. À cela s’ajoutent deux anecdotes rapportées par Frontin dans ses Strategamata et dont la source est certainement Tite-live. Voir Frontin, Strat., I, 2, 2 (qui reprend Liv., IX, 36, 1-8) et II, 5, 2 (qui reprend Liv., IX, 35).

    44 Voir Harris W. V., War and Imperialism in Republican Rome, 327-70 B. C., Clarendon Press, Oxford, 1979, p. 54-67. Dernière mise au point sur la question des étapes de l’expansion romaine lors du deuxième conflit samnite : De Cazanove O., op. cit., p. 150-159.

    45 Tite-Live s’efforce de limiter les conséquences de la sponsio romano-samnite qui suivit le grave revers subi par Rome aux Fourches Caudines (voir la réponse de Pontius aux arguties juridiques romaines dans Liv., IX, 11). Cependant l’absence d’affrontements majeurs jusqu’en 315 av. J.-C. montre bien qu’une trève semble intervenir à ce moment entre les deux belligérants. Cette diminution de l’intensité des combats entre Romains et Samnites sera mis à profit par les premiers pour établir des liens avec l’Apulie et la Lucanie (voir De Cazanove O., ibid., p. 159-176).

    46 En 316-314 av. J.-C., Romains et Samnites s’affrontent autour de Saticula, Plistica, Lautulae et Sora. La bataille de Lautulae de 315 av. J.-C. doit être considérée, malgré les ambiguïtés du récit livien, comme une défaite du dictateur Quintus Fabius Maximus Rullianus (voir Liv., IX, 23). Voir Briquel D., « Aspects politiques et militaires dans le livre IX de Tite-live : les figures de L. Papirius Cursor et de Q. Fabius Maximus Rullianus  », in Devillers O. et Meyers J., Pouvoir des hommes, pouvoir des mots, des Gracques à Trajan. Hommages au professeur Paul Marius Martin, Éditions Peeters, Paris-Louvain, 2009, p. 340-343.

    47 Voir Liv., IX, 29, 4-5 et 32, 1. Sans aller jusqu’à suivre Florus, présentant ce nouveau conflit comme étant le point de départ d’une vaste coalition des Étrusques, des Ombriens, des Samnites et des Gaulois, il n’est pas inconcevable d’envisager une agression étrusco-ombrienne à l’origine des opérations militaires menées par Rome en Haute-Étrurie pour reprendre l’expression de Diodore de Sicile (voir DS., XX, 35, 3), ce que confirme le théâtre des opérations étrusco-ombro-romaines pour les années 310 et 308 av. J.-C. Florus fait état à propos des Étrusques de l’intervention de la Dodécapole (voir Flor., I, 12, 1), mais il s’agit là d’une anticipation sur la troisième guerre samnite. Tite-live n’évoque jamais la Dodécapole à propos de la guerre étrusque des années 312-308 av. J.-C. (voir Liv., X, 10, 11 ; 14, 3 et 16, 3-4 mentionnant le concilium Populorum Etruriae). Sur l’existence d’une structure panétrusque diplomatico-militaire, voir supra n. 37.

    48 Voir Liv., IX, 32.

    49 Durant cette guerre, et contrairement à ce qui s’était passé en 386 av. J.-C. et en 358-351 av. J.-C., ni Nepet, ni Faléries ne sont mentionnées, ce qui nous amène à privilégier une invasion étrusque au sud-ouest des monts ciminiens où se trouve Sutrium.

    50 Voir Liv., IX, 37, 12 et DS., XX, 35, 4.

    51 Voir Liv., X, 3, 2. Cet épisode coïncide avec la reprise des hostilités entre Romains et Étrusques. L’exception arrétine de 311 av. J.-C. (voir Liv., IX, 32, 1) pourrait donc être une anticipation de l’intervention romaine de 302 av. J.-C. L’instabilité politique d’Arezzo trouve un lointain précédent dans l’Elogium d’Aulus Spurinna (voir Torelli M., op. cit., p. 39-42 et 80-82).

    52 La relation imprécise de Tite-Live sur les protagonistes des attaques de Sutrium en 311 et 310 av. J.-C., sachant qu’il ne peut s’agir d’une coalition de la quasi-totalité de l’Étrurie, pose un délicat problème pour la restitution précise des mouvements de troupes. S’il est possible de retenir Pérouse, Cortone et Arrétium comme faisant partie des adversaires de Rome aux côtés de tribus ombriennes que l’on peut situer à l’ouest de l’Ombrie, entre la vallée du Tibre et la future voie flaminienne, nous pensons qu’il convient d’y associer Tarquinia et Volsinies, ce qui permet ainsi de donner un peu de cohérence à des opérations militaires se déroulant pour l’essentiel autour de Sutrium et du lac Vadimon. L’implication de ces deux cités étrusques (voir Liv., IX, 41, 5-7) et des trois autres a peut-être souffert d’un manque de coordination facilitant ainsi la résistance, puis la contre-offensive de Rome. L’insistance de Tite-live et de Diodore sur les trois cités de Haute-Étrurie peut s’expliquer par la volonté d’anticiper la forte implication et la défaite de celles-là durant le troisième conflit samnite. Il nous semble significatif que Diodore de Sicile termine le conflit par la levée du siège de Sutrium et la prise de la cité de Castola, dont nous ignorons la localisation (voir DS., XX, 35, 5).

    53 Voir supra n. 49.

    54 Tite-live et Diodore de Sicile nous disent clairement qu’à peine engagés sur le front étruscoombrien, les Samnites lancent une importante attaque en 310 av. J.-C. qui sera repoussée par le dictateur Lucius Papirius Cursor. Diodore plus précis que Tite-Live sur ce point, semble indiquer que la victoire sur les Étrusques devant Sutrium fut remportée par les deux consuls Quintus Fabius Maximus Rullianus et Caius Marcius Rutilus. Devant le péril samnite, ce dernier fut rappelé par le Sénat pour combattre les Samnites (voir DS., XX, 35, 2). Nous connaissons la suite par Tite-live qui évoque, tout en la minimisant, la défaite et la blessure du consul, puis la nomination assez rocambolesque d’un dictateur en la personne de Papirius Cursor (voir Liv., IX, 38). Sur la présentation tendancieuse de l’épisode, voir Briquel D., op. cit., p. 331-348.

    55 La présentation Livienne du conflit, bien que largement prémonitoire, n’en exprime pas moins une avancée diplomlatique de Rome vers l’Étrurie intérieure et l’Ombrie, mais les acquis territoriaux semblent avoir été bien limités, ce qui nous amène à conclure que la « ligne bleue » des monts ciminiens était encore d’actualité en 308 av. J.-C. Voir De Cazanove O., op. cit., p. 176 et p. 190-192.

    56 Sur une présentation critique du conflit, voir principalement Harris W. V., op. cit., p. 49-61 et De Cazanove O., op. cit., p. 176-192.

    57 Voir infra Annexe. Sur la mise en scène du consul romain, voir Briquel D., « Aspects politiques et militaires dans le livre IX de Tite-Live…  », op. cit., p. 331-348.

    58 Voir Liv., IX, 36, Front., Strat., I, 2, 2, et FLOR., I, 12, 3-6. Sur la formation étrusque du jeune Fabius, voir Hadas-Lebel J., « La connaissance de l’étrusque dans la Rome archaïque  », Epiphaneia. Études orientales, grecques et romaines offertes à Aline Pourkier, Oudot et Poli, Nancy, 2008, p. 429-454 et notre article à paraître, Les Romains à l’école de l’Étrurie : la transmission des savoirs étrusques à Rome. Les hésitations sur le gentilice du jeune homme, Fabius ou Claudius, s’expliquent certainement par l’opposition des deux grandes figures politiques de la fin du IVe siècle av. J.-C. Quintus Fabius Maximus Rullianus et Appius Claudius Caecus. Tributaire de Fabius Pictor, Tite-live oppose les deux hommes en dénigrant le second (voir Humm M., « La figure d’Appius Claudius chez Tite-live  », in Briquel D. et Thuillier J. -P., Le censeur et les Samnites. Sur Tite-live, livre IX, Éditions Rue d’Ulm, Paris, 2001, p. 65-96).

    59 Voir Liv., IX, 36, 8 et Front., Strat., I, 2, 2. Le récit très abrégé des deuxième et troisième guerres samnites établit un raccourci digne de cette étonnante mission de reconnaissance (voir Flor., I, 12, 6). L’auteur évoque, aussitôt après la traversée de la forêt ciminienne, la victoire des consuls Quintus Fabius Maximus Rullianus et Publius Decius Mus à Sentinum quinze ans plus tard. Rappelons que ces deux consuls furent les artisans essentiels de la poussée romaine en Étrurie intérieure et en Ombrie, en 310 et 308 av. J.-C. pour le premier et en 308 av. J.-C. pour le second. Polybe évoque un revers du consul Fabius à Camerinum avant la bataille de Sentinum (voir POL., II, 19, 5). Il semble donc que le foedus établi avec les Camertes par le jeune Marcus Fabius ait eu avant tout pour objet de maquiller ce nouvel accident de parcours du consul romain (voir supra n. 48 et Bradley G., Ancient Umbria. State, culture and identity in central Italy from the Iron Age to the Augustean Era, University Press, Oxford, 2000, p. 111 et p. 115-116).

    60 Le désastre des Fourches Caudines constitue la toile de fond de l’épopée de Quintus Fabius Maximus Rullianus à travers la forêt ciminienne. La cuisante défaite de 321 av. J.-C. est rappelée à la veille de la reconnaissance de Marcus Fabius, ce qui permet de présenter l’initiative du consul et son futur succès comme une réparation de la tentative avortée des Romains de traversée du Samnium (voir Liv., IX, 37, 1-2). L’effet dramatique est complété par l’arrivée, après la bataille, de cinq légats et deux tribuns militaires venus pour ajourner l’opération militaire du consul jugée trop dangereuse (voir Liv., IX, 36, 14). Par ailleurs, l’attaque menée par les Samnites contre le collègue de Fabius Maximus, Gaius Marcius Rutulus, aurait eu comme déclencheur le fait que le bruit avait couru que les troupes de Fabius avaient subi, dans les monts ciminiens un sort comparable aux légions encerclées aux Fourches Caudines (voir Liv., IX, 38, 4-5). La défaite de Marcius Rutulus est présentée comme une seconde bataille des Fourches Caudines qui n’aurait pas complètement abouti (voir Liv., IX, 38, 5-8). L’investiture du dictateur Papirius Cursor est réitérée pour cause de mauvais présage, en rapport avec trois désastres militaires romains : le Cremere, l’Allia et les Fourches Caudines (voir Liv., IX, 38, 15-16). Relevons pour finir le parallèle entre les opérations militaires victorieuses du dictateur contre les Samnites et celles de Fabius Maximus contre les Étrusques à travers la forêt ciminienne (voir Liv., IX, 39, 1).

    61 Voir Liv., IX, 44, 15.

    62 C’est le prénom du caput gentis à l’époque de l’opération militaire engagée par cette famille sur la Cremere en 479 av. J.-C. Il exerça à trois reprises le onsulat en 484, 481 et 479 av. J.-C. D’après la tradition, il périt avec tous les membres de la gens, à l’exception d’un seul, en 477 av. J.-C. En 390 av. J.-C. le jeune Fabius Dorsuo, qui accomplit au péril de sa vie un acte cultuel sur le Quirinal, durant le siège du Capitole par les Gaulois, se prénommait également Kaeso. Nous ne mentionnons là que les deux figures les plus exceptionnelles de la gens sachant que d’autres Fabii portèrent ce prénom archaïque.

    63 La gens Fabia est souvent associée à l’Étrurie (l’épisode de la Cremere, l’ambassade de 391 av. J.-C. à Clusium et bien entendu, l’appropriation par Quintus Fabius Maximus Rullianus du conflit étrusco-ombrien de 312-308 av. J.-C. Voir Torelli M., « Tre studi di storia etrusca  », DialArch., 7-8, p. 3-78, et Sordi M., I rapporti romano-ceriti e l’origine della ciuitas sine suffragio, « L’Erma » di Bretschneider, Rome, 1960, p. 73-77. La gens Fabia n’était pas la seule famille à avoir tissé des liens avec l’Étrurie. C’est par exemple le cas des Claudii (voir Massa-Pairault F., « Relations d’Appius Claudius Caecus avec l’Étrurie et la Campanie  », in Briquel D. et Thuillier J. -P., Le censeur et les Samnites. Sur Tite-live, livre IX, Éditions Rue d’Ulm, Paris, 2001, p. 97-116). Sur l’épisode de la Cremere, voir Richard J.-C., « Les Fabii à la Crémère : grandeur et décadence de l’organisation gentilice  », Crise et transformation des sociétés archaïques de l’Italie antique au Ve siècle av. J.-C., CEFR 137, Rome, 1990, p. 245-262. La traversée des monts ciminiens est présentée par Tite-live comme une initiative à haut risque d’un consul, qui finalement tourne bien. Nous avons vu que les légats et les tribuns militaires envoyés par Rome se contentent de cautionner a posteriori l’action du consul. Le récit, dans son ensemble, nous semble par son atmosphère agreste faire du consul romain un héros civilisateur faisant reculer les limites de la barbarie, une manière allégorique de lui conférer un rôle primordial dans l’expansion de Rome vers le nord, ce qui nous semble tout à fait excessif comme nous allons le voir. Lors de la répartition des commandements entre les consuls pour l’année 295 av. J.-C., l’antagonisme entre Quintus Fabius Maximus Rullianus et Publius Decius Mus a pour objet le souhait manifesté par les deux hommes de combattre sur le front étrusco-ombrien (voir Liv., X, 24). Rappelons que c’est le même couple consulaire qui, en 308 av. J.-C., avait combattu contre les mêmes Étrusques et Ombriens (voir Liv., IX, 41). Avant de partir pour l’Étrurie, le consul n’enrôle que 4 000 fantassins et 600 cavaliers, un effectif proche de celui que nous donne Denys d’Halicarnasse (4 000 hetairoi ou pelatai et 306 Fabii, voir DH., AR., IX, 15, 3) pour l’expédition sur la Cremere. Notons pour finir que le massacre des 306 Fabii, tel que le rapporte Tite-live (voir Liv., II, 50, 11) nous montre les Véiens s’emparant d’un sommet dominant la position de la gens romaine. Or, lors du franchissement des monts ciminiens, le consul Fabius Maximus gagne le point culminant avant de fondre sur les Étrusques (voir Liv., IX, 36, 11).

    64 Voir Briquel D., op. cit., p. 336-344. L’auteur souligne la nécessité qu’il y avait à étoffer les qualités militaires très relatives de cette figure emblématique de la vie politique romaine, qui dût son surnom de Maximus à sa censure de 304 av. J.-C. durant laquelle il combattit les innovations d’Appius Claudius Caecus.

    65 Voir Annexe. Outre le caractère peu vraisemblable du déroulement des trois premières batailles Livrées devant Sutrium par Quintus Aemilius Barbula en 311 av. J.-C. puis Quintus Fabius Maximus Rullianus en 310 av. J.-C. avant et après la traversée des monts ciminiens, nous constatons que la troisième rencontre condense d’une certaine manière l’ensemble des événements diplomatico-militaires de cette guerre tout en anticipant la suivante (voir Liv., IX, 37). Cela permettait d’amoindrir les mérites du consul Publius Decius Mus qui fut amené à affronter Tarquinia et Volsinies en 308 av. J.-C. À ce propos, Tite-live se contente d’évoquer la prise de quelques castella sur le territoire volsinien ainsi que la résolution diplomatique de ces conflits par une trève d’un an (voir Liv., IX, 41, 5-7). Concernant la bataille du lac Vadimon, nous pensons qu’il doit s’agir d’une anticipation sur celle de 284 av. J.-C., ce qui n’enlève rien, comme le souligne Olivier de Cazanove, au fait qu’un affrontement ait pu se dérouler dans cette région (voir DE Cazanove O., op. cit., p. 188-189). De la même manière, l’installation d’une garnison romaine à Pérouse semble prématurée pour l’année 310 av. J.-C. Il s’agit d’une autre anticipation puisque, même après Sentinum, en 294 av. J.-C., il n’est pas encore question d’occupation militaire des cités étrusques vaincues (Volsinies, Pérouse, Arretium) mais seulement de tributs (voir Liv., X, 37, 4-5).

    66 Voir Annexe. Diodore de Sicile ne parle pas de traversée de la forêt ciminienne, mais seulement de territoires limitrophes, c’est-à-dire de l’Ombrie ou de l’Étrurie soit un espace compris entre la région de Tarquinia à l’ouest et celle du lac Vadimon à l’est (voir DS., XX, 35). Cette localisationcorrespond à la principale zone des combats mentionnés par Tite-live et Diodore de Sicile (voir Durvye C., Étude critique commentée du livre XX de Diodore de Sicile, t. III, notes et annexes, thèse dactylographiée, Paris IV - Sorbonne, 2005, p. 53). Le conflit se résume à un blocus de Sutrium par une coalition étrusque comprenant au moins Pérouse, Arezzo, Cortone, Volsinies et Tarquinia face à laquelle les Romains auraient riposté par une contre-attaque sur la moyenne vallée du Tibre, entre Étrurie et Ombrie, d’où l’implication de quelques groupes ombriens dans le conflit. C’est dans ce contexte que des liens diplomatiques ont été établis avec d’autres communautés ombriennes à l’issue de cette guerre, comme l’indique le traité passé avec Ocriculum. Pour les Camertes cependant nous nous montrerons plus dubitatif. Qu’il s’agisse de l’avancée militaire des Romains vers l’Étrurie et l’Ombrie ou des conséquences territoriales et diplomatiques de la guerre de 312-308 av. J.-C. on ne peut que constater la modestie des faits et des résultats.

    67 L’absence des Ombriens dans le récit de Diodore nous semble révélateur de leur rôle secondaire dans ce conflit. Les liens bien attestés par l’archéologie entre l’Étrurie et l’Ombrie nous permettent de comprendre comment un conflit avec ces cités étrusques a pu rapidement s’étendre sur la rive gauche de la moyenne vallée du Tibre (voir Bruschetti P., « Gli Etruschi in Umbria  », in Camporeale G., Gli Etruschi fuori d’Etruria, Arsenale Editrice, San Giovanni Lupatoto, 2001, p. 192-207, et Bradley G., op. cit., p. 83-107).

    68 Voir Liv., IX, 41, 5-6. Tarquinia se voit contrainte de livrer du blé et se voit imposer une nouvelle indutia de 40 ans tandis que l’ensemble des cités étrusques, dont Volsinies, contractent une indutia d’un an. Elles doivent en outre payer la solde de l’armée romaine et livrer deux tuniques par soldat. Nous remarquons que Tarquinia, dont nous pensons qu’elle est impliquée directement dans le blocus de Sutrium, est enfin nommée pour un traité très défavorable qui ne peut être que la conséquence d’une victoire romaine. Volsinies, dont nous avons précédemment envisagé la présence dans un conflit qui se déroule pour une bonne part au sud de son territoire, est également nommée comme cible de l’offensive romaine au-delà des monts ciminiens. Tite-live admet rapidement que c’est à la suite de ces affrontements que les Étrusques demandèrent la paix, ce qui bien entendu est en totale contradiction avec la conclusion présentée comme définitive des combats de l’année 310 av. J.-C. Par ailleurs l’historien padouan ne peut s’empêcher de présenter un nouvel affrontement en Ombrie auquel auraient participé de nombreux Étrusques, un affrontement mené victorieusement par Quintus Fabius Maximus Rullianus accouru du Samnium, tandis que l’autre consul revenait vers Rome pour couvrir la ville. C’est par cet ultime épisode militaire ombrien et « fabien » que s’achève le récit livien de la guerre de 312-308 av. J.-C. (voir Liv., IX, 41, 8-20).

    69 Nous pensons que les événements de 308 av. J.-C. présentés de façon tendancieuse par Tite-live dans le chapitre 41 du livre X, correspondent à ceux mentionnés laconiquement par Diodore de Sicile en XX, 35, 5, c’est-à-dire la levée du siège de Sutrium et la prise de Castola, qu’il convient peut-être de situer en Ombrie. Cette narration nous semble plus conforme aux conséquences diplomatiques que Tite-live donne au conflit, à savoir lasponsio contractée avec la petite cité ombrienne d’Ocriculum. Nous insistons à nouveau sur le caractère prématuré d’une possible alliance avec Camerinum qu’il convient de replacer plus tard, à l’époque de la bataille de Sentinum.

    70 Il est au mieux question de repli des soldats étrusques vaincus dans la forêt ciminienne (voir Liv., IX, 35, 8 et 37, 10). La seule allusion à une éventuelle traversée de cette forêt par les Étrusques reste très évasive et ce, d’autant plus que Tite-Live hésite sur la localisation de l’affrontement (voir Liv., IX, 37, 2). Nous ne pensons pas que le consul Quintus Fabius Maximus Rullianus ait emprunté la voie ciminienne pour contourner les Étrusques. Il nous semble plus réaliste d’envisager attaques et contre-attaques étrusques et romaines entre les lacs de Vico et de Bracciano. Seule la dernière menace ombrienne de 308 av. J.-C. doit être située sur un autre front, comme nous l’avons vu, sans quoi la manœuvre du consul Publius Decius Mus n’aurait aucun sens. Par ailleurs cette manœuvre ne fut possible que si la situation était rétablie du côté de Sutrium, ce que confirment Tite-Live et Diodore de Sicile.

    71 Voir APP., Civ., V, 4, 31. En 728 le roi lombard Liutprand donna Sutrium au pape Grégoire II ce qui eut pour conséquence de rendre à la ville son antique fonction de claustra Etruriae (voir TORELLI M., Etruria, Laterza, Rome-Bari, 1993, p. 47).

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    Piel, T. (2013). Sutrium et la forêt ciminienne : histoire d’une très antique frontière romaine. In I. Pimouguet-Pédarros, M. Clavel-Levêque, & F. Ouachour (éds.), Hommes, cultures et paysages de l’Antiquité à la période moderne. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.34368
    Piel, Thierry. « Sutrium et la forêt ciminienne : histoire d’une très antique frontière romaine ». In Hommes, cultures et paysages de l’Antiquité à la période moderne, édité par Isabelle Pimouguet-Pédarros, Monique Clavel-Levêque, et Fatima Ouachour. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2013. doi:10.4000/books.pur.34368.
    Piel, Thierry. « Sutrium et la forêt ciminienne : histoire d’une très antique frontière romaine ». Hommes, cultures et paysages de l’Antiquité à la période moderne, édité par Isabelle Pimouguet-Pédarros et al., Presses universitaires de Rennes, 2013, https://doi.org/10.4000/books.pur.34368.

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    Pimouguet-Pédarros, I., Clavel-Levêque, M., & Ouachour, F. (éds.). (2013). Hommes, cultures et paysages de l’Antiquité à la période moderne. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.34338
    Pimouguet-Pédarros, Isabelle, Monique Clavel-Levêque, et Fatima Ouachour, éd. Hommes, cultures et paysages de l’Antiquité à la période moderne. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2013. doi:10.4000/books.pur.34338.
    Pimouguet-Pédarros, Isabelle, et al., éditeurs. Hommes, cultures et paysages de l’Antiquité à la période moderne. Presses universitaires de Rennes, 2013, https://doi.org/10.4000/books.pur.34338.
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