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    Plan détaillé Texte intégral La critique et le champ éditorial La pratique ferronienne du recueil Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Le recueil littéraire

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Recueil et genre dans l’œuvre de Jacques Ferron

    L’usage de l’écrivain et celui de la critique 1

    Andrée Mercier

    p. 295-306

    Texte intégral Bibliographie Ouvrages cités Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le recueil occupe une place importante dans l’œuvre de Jacques Ferron. C’est sous cette forme qu’ont été diffusés auprès d’un ensemble plus vaste de lecteurs, aussi bien les essais que les contes de l’auteur préalablement publiés dans divers périodiques. Bien qu’il ait pratiqué plusieurs genres, dont le roman, c’est par son premier recueil de contes que Ferron a eu droit à la reconnaissance littéraire. Lui qui, jusque-là, avait publié la plupart de ses textes dans une revue médicale se méritera en 1963 le Prix du Gouverneur général du Canada pour les Contes du pays incertain. La forme du recueil joue également un rôle majeur dans la diffusion et la reconnaissance posthume de l’œuvre : réédition, édition critique, publication d’inédits continuent de recourir à cette forme et revisitent les recueils antérieurs. L’importance de cette pratique a pourtant suscité peu de travaux et si la critique ferronienne est très active depuis quelques années, elle est encore loin d’avoir saisi tous les enjeux et les principaux traits d’une poétique du recueil. Voilà pourquoi, même si les cas de figures sont nombreux dans l’œuvre de Ferron, je laisserai de côté l’examen plus approfondi de la composition esthétique de l’un ou l’autre recueil pour aborder plutôt une question préalable, celle de la constitution de cette pratique et de son statut. Deux usages seront comparés : celui de l’écrivain, lié à sa pratique d’écriture, et celui de la critique, tel qu’il se manifeste notamment dans le travail de réédition et dans les études sur l’œuvre de Ferron. Il s’agira en somme de distinguer deux usages et de mesurer la part que l’un et l’autre sont appelés à occuper dans la mise en place et la reconnaissance d’une poétique du recueil. À moins d’indications contraires, je rattacherai à la pratique d’écriture de Ferron les éditions parues du vivant de l’auteur 2.

    La critique et le champ éditorial

    2On pourrait croire que l’aventure du recueil pour Ferron commence avec les contes, plus exactement avec la parution des Contes du pays incertain aux Éditions d’Orphée en 1962. Pourtant, dès 1951, paraissait un livre composé de deux textes : un court récit intitulé La barbe de François Hertel, suivi d’une pièce de théâtre en un acte, Le licou . L’hétérogénéité générique du livre à laquelle il faut ajouter les différentes éditions des deux textes, parfois repris ensemble, parfois séparés, parfois réunis à d’autres textes, ont sans doute mené à négliger cette première manifestation du recueil dans l’œuvre de Ferron, comme si les aléas de ce premier regroupement en avaient relativisé la valeur en regard d’autres recueils apparemment stabilisés.

    3Pourtant, la publication en 1998 de l’édition critique des contes 3 allait montrer que même le recueil le plus reconnu de l’auteur ne jouissait pas encore d’un statut assuré. Tout à fait exemplaire de la pratique d’écriture de Ferron et du parcours éditorial de ses textes, la petite histoire des contes mérite qu’on s’y arrête un peu. Publié en 1962, Contes du pays incertain, premier recueil de contes de l’auteur, regroupait 17 textes dont 16 étaient déjà parus dans des périodiques, la plupart dans la revue L’information médicale et paramédicale. Médecin, Ferron avait pris l’habitude, en effet, d’envoyer à cette revue de petits textes, habitude qu’il gardera pendant près de trente ans même après qu’il ait commencé à jouir d’une certaine notoriété littéraire. Collaborateur assidu, il y fera paraître plus de 500 textes, en majorité coiffés de la mention « historiette ». Le premier recueil de contes sera bientôt suivi d’un deuxième en 1964, Contes anglais et autres, qui regroupe lui aussi des textes parus pour la plupart dans L’information médicale et paramédicale. L’année 1968 voit naître un troisième recueil, certainement l’un des livres les plus connus de Ferron. Intitulé tout simplement Contes, suivi de l’indication « édition intégrale », l’ouvrage reprend les deux recueils antérieurs auxquels il ajoute quatre contes dits inédits 4. Ce nouveau regroupement prend soin de maintenir la composition générale des deux livres précédents et d’en préserver la visibilité dans le paratexte : la page couverture du livre indique en sous-titre le nom des deux recueils initiaux et la table des matières les signale, chacun d’eux constituant une partie distincte et titrée.

    4Jamais modifié par la suite par son auteur et repris sous cette forme dans toutes les rééditions ultérieures même posthumes 5, le recueil de contes — et les recueils qu’il recouvrait — allait toutefois disparaître dans l’édition critique de 1998. L’auteur de ce travail, Jean-Marcel Paquette, un ferronien chevronné, explique en effet dans son introduction avoir choisi d’intégrer de nouveaux contes inédits ou n’ayant pas eu droit à d’autres reprises depuis leur parution en périodique. Les 44 contes habituels se voient ainsi ajouter 27 nouveaux contes, non pas situés à leur suite dans une section distincte, mais refondus dans l’ensemble, tous les contes se trouvant disposés dans l’ordre chronologique de leur première parution imprimée ou de leur date d’écriture quand elle se trouvait connue 6. Bref, aucune trace des recueils antérieurs ne devait être maintenue, Paquette considérant « qu’aucun principe n’[avait guidé] le choix des textes ni leur agencement » (1998 : 11) dans les livres précédents. Reçue brutalement par plusieurs critiques de l’œuvre ferronienne, l’édition critique des contes allait en quelque sorte servir de révélateur : la disparition des recueils entraînait celle d’un livre dont on était encore loin d’avoir saisi les principes de composition, mais qui n’en constituait pas moins la forme sous laquelle les contes avaient connu leur véritable reconnaissance auprès des lecteurs. Qui plus est, on venait d’effacer d’un seul coup trois recueils, puisque l’édition dite intégrale avait toujours conservé la présence des deux ouvrages antérieurs. Enfin, bien que l’auteur de l’édition critique mettait en doute la cohérence de ces divers regroupements, il était difficile de nier qu’au fil des recueils Ferron avait construit un ensemble qui, à défaut de préciser clairement les modalités de son organisation, n’avait cependant pas retenu le principe de la succession chronologique, celui-là même que Paquette avait malgré tout choisi de privilégier.

    5Si une bonne partie des critiques ferroniens devait réagir à la dissolution du recueil des contes, ce n’était pourtant pas la première fois qu’un recueil se voyait ainsi déconstruit. Une réédition posthume avait déjà modifié considérablement un autre livre, Les confitures de coings, sans préciser cette fois les raisons de cette transformation, ni même indiquer l’existence d’éditions antérieures. Les confitures de coings regroupait à l’origine quatre textes, plus exactement deux romans et deux textes autobiographiques. Si les textes autobiographiques étaient pour leur part inédits 7, les romans avaient déjà eu une existence antérieure autonome. Publiés individuellement, l’un sous le titre La nuit, l’autre sous celui de Papa Boss, tous deux avaient été revus lors de leur mise en recueil 8. Une indication paratextuelle précise d’ailleurs que le texte éponyme du recueil est une « version entièrement nouvelle de La nuit » et que Papa Boss, même s’il n’a pas changé de titre, constitue lui aussi une « version corrigée et refondue ». Du vivant de Ferron, Les confitures de coings sera l’objet d’une deuxième édition 9 qui reverra l’ordre des textes et ajoutera en fin de volume un ensemble de recensions critiques portant sur le recueil ou les éditions antérieures des romans et intitulée Le journal des Confitures de coings. L’édition posthume de l’ouvrage le scindera toutefois en deux livres distincts, supprimant Le journal des Confitures de coings, séparant les romans et leur adjoignant à chacun l’un des deux textes autobiographiques sans que cette redistribution ne soit d’aucune manière indiquée ou justifiée 10 : tout au plus peut-on constater que, au terme de cette redistribution, chaque roman semble retrouver une visibilité et une autonomie qui étaient apparemment moins grandes dans le recueil d’origine. Le lecteur qui achèterait aujourd’hui chez son libraire l’édition la plus récente des Confitures de coings ignorera donc, à moins de bien connaître l’œuvre de Ferron, qu’il existe également chez le bouquiniste du coin une version tout à fait différente et beaucoup plus substantielle du recueil. Curieusement, cette déconstruction majeure, qui précède de quelques années celle qui a marqué les Contes, n’allait pourtant susciter aucune réaction notable de la critique, alors même qu’il s’agissait d’une des œuvres les plus étudiées de Ferron 11.

    6Les trois exemples présentés ici ne suffisent évidemment pas à donner une idée exhaustive de l’ensemble de la production ferronienne de recueils, de sa diversité générique et des aléas de sa réception. Ils permettent cependant de montrer le statut extrêmement précaire du recueil et sa reconnaissance tardive comme pièce importante de la poétique de l’œuvre ; reconnaissance tardive, mais plus encore partielle, puisque si le livre des contes jouit — malgré l’incident de l’édition critique — d’un statut plus affirmé, les autres recueils mentionnés n’ont pas eu droit à semblable considération. Cette différence est toutefois intéressante en ce qu’elle paraît toucher à l’identité générique des recueils ou, plus exactement, à celle des textes mis en recueil : l’hétérogénéité générique des Confitures de coings et celle du diptyque constitué de La barbe de François Hertel et du Licou se sont, semble-t-il, mieux accommodées aux yeux des critiques de leur transformation qui, précisément, allait conduire à une plus grande homogénéité ou cohérence générique. Le récit et la pièce de théâtre se verront, au terme de leurs diverses rééditions, définitivement séparés et publiés individuellement 12 ; alors que les deux romans contenus dans Les confitures de coings mettront fin à leur cohabitation, chacun d’eux devenant le texte éponyme initial d’un nouvel ouvrage et recouvrant, ce faisant, une plus grande visibilité.

    La pratique ferronienne du recueil

    7Si Ferron, je l’ai déjà souligné, a publié plus de 500 textes dans L’information médicale et paramédicale, c’est sans compter tous les autres parus dans divers périodiques. La bibliographie préparée par Cantin sous le titre Jacques Ferron, polygraphe allait montrer l’ampleur longtemps insoupçonnée de cette production éparse. Dans l’introduction de son livre, Cantin signale avec raison, à la lumière de la patiente recension qu’il vient alors d’opérer, que « l’on ne saurait accéder à une compréhension complète de l’œuvre ferronienne, si l’on néglige le texte multiple et polymorphe qui est à la source de chaque ouvrage de Jacques Ferron. Presque toujours, en effet, l’essayiste a précédé le romancier, le conteur, le dramaturge » (1984 : 13). Écrivant le plus souvent des textes brefs qu’il essaime dans les périodiques, Ferron reprend ensuite bon nombre d’entre eux, les remanie de façon plus ou moins importante, et les associe ensuite à d’autres : c’est ainsi que plusieurs textes parus sous la rubrique « historiette » de L’information médicale et paramédicalese retrouveront dans un deuxième temps dans un recueil de contes, un recueil d’essais ou encore un roman. Cette pratique singulière, Ferron, dans certaines déclarations, l’expliquera par l’impossibilité pour lui de travailler du même souffle à un ouvrage de longueur importante, n’ayant à sa disposition qu’une courte période d’écriture, chaque matin, avant le début de ses consultations médicales. Qu’il s’agisse ou non d’une boutade ne change toutefois rien au fait que la pratique d’écriture de Ferron, tous genres confondus, est étroitement liée au collage et que chaque livre se présente comme un carrefour où se fait entendre l’écho de plusieurs textes.

    8Si le recours au regroupement ne s’est jamais démenti, l’examen du parcours chronologique de l’œuvre montre cependant la grande diversité et surtout le caractère de plus en plus audacieux de cette pratique. Mis à part La barbe de François Hertel et Le licou, les premiers recueils de Ferron apparaissent en effet fondés sur un seul genre : le conte ou l’essai, ou même le roman, si l’on considère qu’il repose lui aussi sur un semblable exercice de collage 13. Mais avec la parution des Roses sauvages, l’année qui précède Les confitures de coings, apparaît toutefois le regroupement hétérogénérique qui, à la différence de La barbe de François Hertel et du Licou, s’affirme beaucoup plus fortement comme une entité polymorphe mais construite. Formé de trois textes, le livre indique dès la page couverture son contenu multiple : Les roses sauvages, petit roman suivi d’« Une lettre d’amour » soigneusement présentée. Au « petit roman », se voient donc associés une lettre d’amour, titrée « Cher époux », et le texte d’introduction à cette lettre. L’ensemble ne montre pas d’emblée ce qui préside à son regroupement : les personnages du roman ne sont pas ceux de la lettre d’amour ; qui plus est, si les premiers relèvent d’un univers fictionnel, les autres se rattachent davantage au mode autobiographique. Le texte de présentation de la lettre laisse entendre très clairement la voix du docteur Ferron qui explique avoir voulu donner la parole à l’une de ses patientes, Aline Dupire, auteure de la lettre d’amour. Comme l’a déjà montré Jean-Pierre Boucher dans une étude particulièrement éclairante, « l’ordre d’apparition des textes dans Les roses sauvages va de la fiction à la réalité. Le narrateur [omniscient] du roman cède la place au médecin de l’“Introduction”, qui s’efface à son tour devant Aline Dupire dont la lettre clôt le recueil » (1988 : 82). Or, au fil des textes et du changement des voix, la parole se voit redonnée à celle qui, précisément, est la victime du système asilaire. À travers la voix d’Aline Dupire dans la lettre d’amour, c’est le silence du personnage féminin du premier récit, devenu fou lui aussi, qui est enfin brisé. Dès lors, malgré « le volume décroissant des trois textes » (Boucher, 1988 : 84), le petit roman sert bien de texte préparatoire à l’introduction du médecin et à la lettre de la malade : de l’un à l’autre, la folie se réapproprie l’espace du discours, condition de salut que réalise le texte final du livre.

    9Après Les roses sauvages, Ferron proposera à nouveau avec Les confitures de coings un recueil hétérogénérique qui combine cette fois deux romans (Papa Boss et Les confitures de coings ) et deux textes autobiographiques (La créance et L’appendice auxConfitures de coings). Ouvrant le livre avec les romans, il le clôt avec les deux autres textes, laissant à L’appendice auxConfitures de coings la place finale traditionnellement réservée à un tel supplément. La réédition, je l’ai déjà signalé, reverra cependant l’ordre des textes, adoptant une composition plus surprenante qui brouille la priorité qui semblait accordée aux romans. Alors que le recueil précédent leur donnait en effet la première place et suivait un ordre globalement décroissant qui donnait à L’appendice […]un statut quasi paratextuel d’annexe, la deuxième édition place les textes autobiographiques au cœur du livre, les encadrant par les romans. Du coup, le statut des textes et le parcours de lecture du recueil s’en trouvent considérablement modifiés. On observe, par exemple, que ce sont les recensions critiques regroupées sous le titre du Journal des Confitures de coings qui jouent maintenant le rôle d’annexe. Or cet ajout contribue à l’identité du livre puisque le Journal rassemble les recensions critiques qui concernent les différents textes du recueil ou le recueil lui-même, et non seulement le texte éponyme, comme c’était le cas de L’appendice auxConfitures de coings qui se présentait comme le complément du seul roman. Par ailleurs, la redistribution des textes renforce la désillusion et le durcissement politique dont faisait état la première édition des Confitures de coings 14. En effet, bien que L’appendice auxConfitures de coings vienne explicitement congédier le personnage de Frank Archibald Campbell et, à travers lui, le personnage de l’Anglais qui, jusque-là, apparaissait dans l’œuvre de Ferron comme un possible complice du Canadien français, le recueil suivait un parcours somme toute ambigu. S’ouvrant sur le roman Papa Boss dont la finale suggère la victoire imminente d’un monde américain fondé sur la finance, il poursuivait ensuite avec Les confitures de coings qui laisse plutôt augurer, pour son héros, un destin individuel et collectif meilleur. La rupture idéologique sera toutefois plus nette dans la deuxième édition. S’ouvrant sur le versant optimiste du nationalisme ferronien, avec le roman Les confitures de coings, le parcours déconstruit ensuite sans faillir ce versant en congédiant le personnage anglais, et en concluant, avec Papa Boss, à la prochaine défaite d’un Québec sur le point d’être annexé à l’Amérique états-unienne menée par l’argent. La fin d’un peuple minoritaire fondé sur une culture et des valeurs distinctes se voit donc affirmée de plus en plus fermement au fil de l’ouvrage 15.

    10On a vu le destin éditorial qui attendait Les confitures de coings après la mort de Ferron. Pourtant, on ne peut conclure au caractère marginal de ce type de recueil quand on constate que suivront encore deux autres recueils hétérogénériques. Le premier, publié en 1981, indique dès la page couverture les deux textes qui le composent : Rosaire précédé de L’exécution de Maski. Le deuxième, paru peu après la mort de Ferron, et intitulé La conférence inachevée, provient d’un manuscrit auquel travaillait l’auteur mais n’ayant pas encore atteint une forme définitive au moment de sa mort : l’équipe éditoriale a donc participé plus étroitement à son élaboration. Formé de deux parties principales, constituée chacune de plusieurs textes, La conférence inachevée paraît à première vue renouer avec l’univers des contes. On y retrouve toutefois, comme dans les autres recueils hétérogénériques, un mélange de textes fictionnels et autobiographiques qui n’est pas sans créer une certaine tension au sein du livre. Le titre du recueil, retenu par les éditeurs parmi quelques-uns qu’avait indiqués Ferron sur son manuscrit, rend d’ailleurs bien compte de cette tension, puisque, comme le souligne Ginette Michaud dans sa postface au livre, il désigne l’effort de « faire concorder des textes qui semblent en opposition » (1998 : 233), conformément à la définition du mot « conférence » dans le Littré. La cohabitation de la fiction et de l’autobiographie, présente depuis Les roses sauvages, s’accompagne toutefois, dans les deux derniers recueils cités, d’une plus grande indétermination générique, comme si le caractère hétérogène du recueil avait gagné chacun des textes. Le brouillage du pacte de lecture atteint, par exemple, aussi bien L’exécution de Maskique Rosaire : apparemment fictionnel, le narrateur du premier texte n’en revendique pas moins la paternité du second, pourtant très nettement autobiographique. Quant à ce dernier, qui prend la forme d’un journal et est issu de notes prises par le docteur Ferron en 1961, il adopte une énonciation fluctuante où le « je » se désigne le plus souvent au « vous », se donnant ainsi les traits d’un personnage alors même qu’il s’appelle Jacques Ferron. La cohabitation de la fiction et de l’autobiographie se resserre donc, dans Rosaire et L’exécution de Maski, en une fiction autobiographique. C’est dire que la tension qui, jusque-là, opérait principalement entre les parties des recueils se manifeste aussi au cœur même des textes. Dans l’étude qui figure en postface à La conférence inachevée, Michaud ira d’ailleurs jusqu’à parler de conte d’adieu, défini ici comme « un sous-genre des plus singuliers, qui échappe à toute classification générique » (1998 : 248), pour tenter de désigner la façon dont Ferron, dans ce dernier recueil, revisite le genre du conte et s’en sépare. « Ici détourné au profit de l’autobiographie, là confronté au récit, le conte n’en mène donc guère large », comme le souligne Ginette Michaud, « son espace réduit comme une peau de chagrin » (ibid . : 250) ; ce qui l’amène à conclure qu’au terme du parcours d’écriture de Ferron, la dévaluation du conte impliquerait plus qu’un changement de genre, du conte au récit, mais « encore d’esthétique et de vision du monde » (ibid . : 253). Ce changement d’esthétique, j’ajouterai qu’il se manifeste tout particulièrement dans la pratique du recueil de Ferron et dans son affranchissement graduel du genre.

    11Présente tout au long du parcours d’écriture, la pratique du regroupement des textes a touché, chez Ferron, à tous les genres et a donné lieu à des livres fort divers : aussi bien le roman, issu lui-même presque toujours de collage, que le recueil de contes, d’essais, de récits et même le recueil de romans avec l’exemple des Confitures de coings. Si la poétique du recueil ferronien est encore à construire, l’examen que j’ai proposé révèle néanmoins les signes nombreux d’une pratique de plus en plus affirmée et de plus en plus audacieuse, n’hésitant pas à mélanger les genres, allant même jusqu’à les brouiller. L’aventure éditoriale de l’œuvre montre toutefois avec quelle désinvolture, et même irrévérence, le recueil peut être reçu 16, au contraire des genres canoniques forts comme le roman, et à quelles déconstructions on a pu le livrer. Elle montre aussi la résistance plus grande qui s’exerce à l’endroit des recueils hétérogènes, volontiers considérés comme des collages aux liens plus lâches, sinon aléatoires. L’édition critique des contes et la réédition posthume des Confitures de coings, malgré qu’elles touchent à des recueils génériquement très différents, signalent en effet une tendance assez nette dans le champ éditorial à l’homogénéisation générique, comme si le recueil avait principalement pour but de fixer le genre, ou plus exactement de révéler l’identité générique des textes. Dans son introduction à l’édition critique des contes, Paquette indique bien, par exemple, son souci de redonner aux textes encore épars dans des périodiques, et « que l’on pourrait à la rigueur tenir pour des contes » (1998 : 13), la place et le statut auxquels ils ont droit. La mise en recueil sert ici à confirmer le genre. La réédition des Confitures de coings ne fait pas autrement en redonnant à chacun des romans une autonomie et une visibilité apparemment contrariées par leur regroupement initial en recueil.

    12En donnant au recueil la fonction de fixer le genre, ces deux exemples semblent pourtant ignorer un aspect tout de même important de la pratique d’écriture ferronienne, si justement soulignée par Pierre Cantin dans sa bibliographie, quand il suggère que l’essayiste précède aussi bien le romancier, le conteur que le dramaturge. En effet, très souvent, avec Ferron, le texte bref participe à des regroupements variés au fil desquels il pourra toujours changer d’identité générique. Ainsi la rubrique « historiette » dans L’information médicale et paramédicale aura-t-elle accueilli des textes aux destins divers, certains devenant lors de leur regroupement avec d’autres, soit un essai, soit un conte, soit une partie de roman, en dépit de leur origine éditoriale commune. Tel est le cas, parmi d’autres, du petit texte intitulé « L’abbé Surprenant », qui, après sa première publication en revue en 1967, paraîtra deux ans plus tard dans un recueil intitulé Historiettes (la rubrique semblant devenir ici un genre, au demeurant ambigu), avant de se retrouver presque en même temps intégré au roman Le ciel de Québec. Si l’on ne peut nier que le regroupement donne alors au texte une identité générique, l’exemple de « L’abbé Surprenant » montre aussi que cette identité n’est que transitoire et toujours susceptible de transformation 17. Le désir de fixer le genre, de le révéler en donnant au texte un environnement approprié, comme le fait Paquette avec l’édition critique des contes, n’est pas différent, et sans doute pas moins légitime, que le souci de bien des auteurs de recueils qui souhaitent, par le regroupement, renforcer l’identité et valoriser le statut précaire de bien des textes brefs. Mais ce désir donne au genre et au texte un privilège auquel ils n’ont peut-être pas droit et ramène le recueil à une simple fonction de faire-valoir. Or, avec Ferron, il paraît plus juste d’inverser la perspective et de pousser encore plus loin la proposition de Cantin d’explorer « le texte multiple et polymorphe » qui précède la catégorisation générique. C’est ce que faisait d’ailleurs Boucher dans un article aux visées programmatiques où il invitait les lecteurs de Ferron à envisager qu’« [a] vant d’être conteur, romancier, dramaturge, essayiste, il [était] peutêtre avant tout un auteur de recueils » (1992 : 246). Les exemples présentés ici montrent bien, il me semble, la valeur de cette proposition.

    Bibliographie

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    Format

    Ferron, J. (1998). Contes (J.-M. Paquette, Ed.). Les Presses de l’Université de Montréal. https://doi.org/10.2307/j.ctv69sztc
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    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

    Ouvrages cités

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    Ferron, Jacques (1967), « L’abbé Surprenant » (Historiette), dans L’information médicale et paramédicale, vol. XIX, n° 14 (6 juin), p. 20-21.

    10.2307/j.ctv69sztc :

    Ferron, Jacques (1968), Contes, édition intégrale : Contes anglais ; Contes du pays incertain ; Contes inédits, Montréal, Éditions HMH. (Coll. « L’arbre ».)

    Ferron, Jacques (1969a), Historiettes, Montréal, Éditions du Jour. (Coll. « Les romanciers du jour ».)

    Ferron, Jacques (1969b), Le ciel de Québec, Montréal, Éditions du Jour (Coll. « Les romanciers du jour ».)

    Ferron, Jacques (1970), Le salut de l’Irlande, Montréal, Éditions du Jour (Coll. « Les romanciers du jour ».)

    Ferron, Jacques (1971), Les roses sauvages, petit roman suivi d’« Une lettre d’amour » soigneusement présentée, Montréal, Éditions du Jour. (Coll. « Les romanciers du jour ».)

    Ferron, Jacques (1972), Les confitures de coings, Montréal, Parti pris. (Coll. « Paroles », n° 21.)

    Ferron, Jacques (1973), Du fond de mon arrière-cuisine, Montréal, Éditions du Jour.

    Ferron, Jacques (1975), Escarmouches. La longue passe, tomes 1 et 2, Montréal, Leméac. (Coll. « Indépendances ».)

    Ferron, Jacques (1981), Rosaire, précédé de : L’exécution de Maski, Montréal-Nord, VLB éditeur.

    Ferron, Jacques (1987), La conférence inachevée. Le pas de Gamelin et autres récits, préface de Pierre Vadeboncœur, édition préparée par Pierre Cantin, Marie Ferron et Paul Lewis, Montréal, VLB éditeur.

    Ferron, Jacques (1990), Les roses sauvages, édition préparée par Pierre Cantin, Marie Ferron et Paul Lewis, Outremont, VLB éditeur. (Coll. « Courant ».)

    10.2307/j.ctv69sztc :

    Ferron, Jacques (1998), Contes, édition critique par Jean-Marcel Paquette, Montréal, Presses de l’Université de Montréal. (Coll. « Bibliothèque du Nouveau Monde ».)

    L’Hérault, Pierre (1980), Jacques Ferron, cartographe de l’imaginaire, Montréal, Presses de l’Université de Montréal. (Coll. « Lignes québécoises ».)

    10.4000/books.ies.1210 :

    Michaud, Ginette (1998), « Postface », dans Jacques Ferron, La conférence inachevée. Le pas de Gamelin et autres récits, préface de Pierre Vadeboncœur, édition préparée par Pierre Cantin et Marcel Olscamp, Outremont, Lanctôt éditeur. (« Petite collection Lanctôt ».)

    10.1080/10402650701524642 :

    Paquette, Jean-Marcel (1998), « Introduction », dans Jacques Ferron, Contes, édition critique par Jean-Marcel Paquette, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, p. 7-15. (Coll. « Bibliothèque du Nouveau Monde ».)

    10.7202/200397ar :

    Pelletier, Jacques (1983), « De La nuit aux Confitures de coings : le poids des événements d’Octobre 1970 », dans Voix et images, vol. VIII, n° 3 (printemps), p. 407-420.

    Notes de bas de page

    1 Cette étude n’aurait pu exister sans la contribution de deux chercheurs: d’une part, Pierre Cantin, dont la précieuse bibliographie a mis à la disposition des chercheurs (et leur a même révélé) l’ensemble de la production ferronienne (j’inclus aussi les compléments apportés depuis à l’ouvrage de Cantin); d’autre part, Jean-Pierre Boucher, qui, depuis longtemps, s’intéresse à la pratique du recueil chez Ferron et a su en mesurer l’importance.

    2 Il importe de préciser que bien des rééditions réalisées de son vivant ont toutefois échappé à la volonté de Ferron. C’est le cas de la réédition du roman La nuit parue à son insu alors qu’il travaillait à sa nouvelle version qu’il intitulera Les confitures de coings (lettre de Ferron à Cantin, 18 octobre 1971, citée dans Ferron, 1990 : 184).

    3 Édition critique préparée par Jean-Marcel Paquette.

    4 En réalité, ces quatre contes étaient déjà parus dans des périodiques. Voir Pierre Cantin (1984 : 44).

    5 En 1985, les Éditions HMH font paraître une deuxième édition revue et corrigée, précédée d’une préface de Victor-Lévy Beaulieu. En 1993, les Contes paraissent cette fois dans la collection de poche Bibliothèque québécoise. C’est l’édition de 1985 qui s’y trouve reprise.

    6 Seuls les contes inédits qui n’ont pu être datés figurent à la fin de l’ouvrage.

    7 L’un d’eux, intitulé « La créance », aurait toutefois été publié en partie, avec quelques variantes, dans L’information médicale et paramédicale (Cantin, 1984 : 54).

    8 L’édition originale de La nuit est de 1965, Parti pris (Coll. « Paroles », n° 4), alors que celle de Papa Boss est de 1966, même éditeur (Coll. « Paroles », n°).

    9 Cette deuxième édition est de 1977, chez le même éditeur mais dans la collection « Projections libérantes », n° 3.

    10 Le premier livre (L’Hexagone, 1990) est intitulé Les confitures de coings et regroupe Les confitures de coings de même que L’appendice aux Confitures de coings ou le congédiement de Frank Archibald Campbell. Contrairement à la page couverture, la page de titre indique le titre des deux textes suivi de la mention « récits ». Le deuxième livre s’intitule Papa Boss, suivi de La créance. Il paraît la même année, chez le même éditeur et dans la même collection que le premier.

    11 Je m’appuie ici sur une observation de Boucher (1992 : 242, note 19).

    12 La barbe de François Hertel et Le licou seront réédités sous la même forme aux Éditions d’Orphée en 1956, avant d’être séparés par la suite. Le licou sera publié, seul cette fois, toujours aux éditions d’Orphée en 1958. Curieusement, il ne sera jamais repris dans les éditions postérieures, aussi bien chez Déom que chez Typo, qui regrouperont la production dramatique de Ferron. Quant à La barbe de François Hertel, il sera publié en 1970 avec le roman Cotnoir aux Éditions du Jour (la page de titre qualifie les deux textes de « contes »), avant d’être repris, seul, en 1981 chez VLB éditeur. Il portera alors la mention de « conte » en page couverture.

    13 Au nombre des recueils d’essais, signalons Historiettes (1969a), Escarmouches (le choix des textes est de Jean-Marcel Paquette, 1975) et Du fond de mon arrière-cuisine (1973). Un roman comme Le salut de l’Irlande (1970) ou Le ciel de Québec (1969b) est constitué en grande partie du regroupement de textes brefs parus auparavant dans des périodiques.

    14 Sur les modifications apportées au roman La nuit dans la nouvelle version intitulée Les confitures de coings et sur leurs effets de sens idéologiques, on peut consulter Jacques Pelletier (1983).

    15 Dans Jacques Ferron, cartographe de l’imaginaire, Pierre L’Hérault étudie la version originale des Confitures de coings et montre comment la notion de salut constitue véritablement un principe d’organisation du recueil. L’édition de 1977, en ordonnant les romans en ordre chronologique cette fois, paraît beaucoup moins significative aux yeux de L’Hérault. J’ajouterai qu’au moment de son étude L’Hérault a sans doute raison de minimiser l’effet de sens de la deuxième édition et d’y voir surtout une réorganisation fondée sur la chronologie. Cependant, les textes ultérieurs de Ferron, incluant le manuscrit inachevé du Pas de Gamelin, font état d’une « interrogation plus inquiète encore, quasi désespérée » (Michaud, 1998 : 253) auquel le remaniement des Confitures de coings semblait déjà participer.

    16 Il importe toutefois de rappeler l’urgence de constituer un corpus national qui a animé le milieu littéraire québécois depuis les années 1960 et qui explique en partie certaines décisions éditoriales.

    17 L’identité générique dans le cas de « L’abbé Surprenant » est particulièrement instable, puisque le personnage de l’abbé Surprenant est fictif et se retrouve malgré tout inclus dans un recueil d’essais consacrés à des événements de la grande et petite histoire du Canada français.

    Auteur

    • Andrée Mercier
      Université Laval
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    1 Cette étude n’aurait pu exister sans la contribution de deux chercheurs: d’une part, Pierre Cantin, dont la précieuse bibliographie a mis à la disposition des chercheurs (et leur a même révélé) l’ensemble de la production ferronienne (j’inclus aussi les compléments apportés depuis à l’ouvrage de Cantin); d’autre part, Jean-Pierre Boucher, qui, depuis longtemps, s’intéresse à la pratique du recueil chez Ferron et a su en mesurer l’importance.

    2 Il importe de préciser que bien des rééditions réalisées de son vivant ont toutefois échappé à la volonté de Ferron. C’est le cas de la réédition du roman La nuit parue à son insu alors qu’il travaillait à sa nouvelle version qu’il intitulera Les confitures de coings (lettre de Ferron à Cantin, 18 octobre 1971, citée dans Ferron, 1990 : 184).

    3 Édition critique préparée par Jean-Marcel Paquette.

    4 En réalité, ces quatre contes étaient déjà parus dans des périodiques. Voir Pierre Cantin (1984 : 44).

    5 En 1985, les Éditions HMH font paraître une deuxième édition revue et corrigée, précédée d’une préface de Victor-Lévy Beaulieu. En 1993, les Contes paraissent cette fois dans la collection de poche Bibliothèque québécoise. C’est l’édition de 1985 qui s’y trouve reprise.

    6 Seuls les contes inédits qui n’ont pu être datés figurent à la fin de l’ouvrage.

    7 L’un d’eux, intitulé « La créance », aurait toutefois été publié en partie, avec quelques variantes, dans L’information médicale et paramédicale (Cantin, 1984 : 54).

    8 L’édition originale de La nuit est de 1965, Parti pris (Coll. « Paroles », n° 4), alors que celle de Papa Boss est de 1966, même éditeur (Coll. « Paroles », n°).

    9 Cette deuxième édition est de 1977, chez le même éditeur mais dans la collection « Projections libérantes », n° 3.

    10 Le premier livre (L’Hexagone, 1990) est intitulé Les confitures de coings et regroupe Les confitures de coings de même que L’appendice aux Confitures de coings ou le congédiement de Frank Archibald Campbell. Contrairement à la page couverture, la page de titre indique le titre des deux textes suivi de la mention « récits ». Le deuxième livre s’intitule Papa Boss, suivi de La créance. Il paraît la même année, chez le même éditeur et dans la même collection que le premier.

    11 Je m’appuie ici sur une observation de Boucher (1992 : 242, note 19).

    12 La barbe de François Hertel et Le licou seront réédités sous la même forme aux Éditions d’Orphée en 1956, avant d’être séparés par la suite. Le licou sera publié, seul cette fois, toujours aux éditions d’Orphée en 1958. Curieusement, il ne sera jamais repris dans les éditions postérieures, aussi bien chez Déom que chez Typo, qui regrouperont la production dramatique de Ferron. Quant à La barbe de François Hertel, il sera publié en 1970 avec le roman Cotnoir aux Éditions du Jour (la page de titre qualifie les deux textes de « contes »), avant d’être repris, seul, en 1981 chez VLB éditeur. Il portera alors la mention de « conte » en page couverture.

    13 Au nombre des recueils d’essais, signalons Historiettes (1969a), Escarmouches (le choix des textes est de Jean-Marcel Paquette, 1975) et Du fond de mon arrière-cuisine (1973). Un roman comme Le salut de l’Irlande (1970) ou Le ciel de Québec (1969b) est constitué en grande partie du regroupement de textes brefs parus auparavant dans des périodiques.

    14 Sur les modifications apportées au roman La nuit dans la nouvelle version intitulée Les confitures de coings et sur leurs effets de sens idéologiques, on peut consulter Jacques Pelletier (1983).

    15 Dans Jacques Ferron, cartographe de l’imaginaire, Pierre L’Hérault étudie la version originale des Confitures de coings et montre comment la notion de salut constitue véritablement un principe d’organisation du recueil. L’édition de 1977, en ordonnant les romans en ordre chronologique cette fois, paraît beaucoup moins significative aux yeux de L’Hérault. J’ajouterai qu’au moment de son étude L’Hérault a sans doute raison de minimiser l’effet de sens de la deuxième édition et d’y voir surtout une réorganisation fondée sur la chronologie. Cependant, les textes ultérieurs de Ferron, incluant le manuscrit inachevé du Pas de Gamelin, font état d’une « interrogation plus inquiète encore, quasi désespérée » (Michaud, 1998 : 253) auquel le remaniement des Confitures de coings semblait déjà participer.

    16 Il importe toutefois de rappeler l’urgence de constituer un corpus national qui a animé le milieu littéraire québécois depuis les années 1960 et qui explique en partie certaines décisions éditoriales.

    17 L’identité générique dans le cas de « L’abbé Surprenant » est particulièrement instable, puisque le personnage de l’abbé Surprenant est fictif et se retrouve malgré tout inclus dans un recueil d’essais consacrés à des événements de la grande et petite histoire du Canada français.

    Le recueil littéraire

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    Mercier, A. (2003). Recueil et genre dans l’œuvre de Jacques Ferron. In I. Langlet (éd.), Le recueil littéraire. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.32064
    Mercier, Andrée. « Recueil et genre dans l’œuvre de Jacques Ferron ». In Le recueil littéraire, édité par Irène Langlet. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2003. doi:10.4000/books.pur.32064.
    Mercier, Andrée. « Recueil et genre dans l’œuvre de Jacques Ferron ». Le recueil littéraire, édité par Irène Langlet, Presses universitaires de Rennes, 2003, https://doi.org/10.4000/books.pur.32064.

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    Langlet, I. (éd.). (2003). Le recueil littéraire. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.32013
    Langlet, Irène, éd. Le recueil littéraire. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2003. doi:10.4000/books.pur.32013.
    Langlet, Irène, éditeur. Le recueil littéraire. Presses universitaires de Rennes, 2003, https://doi.org/10.4000/books.pur.32013.
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