Celte, Saxon, Romain
p. 199-212
Texte intégral
1Chez Rosemary Sutcliff, Cerdic et Medraut, successeurs d’Arthur en quelque sorte, sont destinés à combiner leurs efforts pour détruire leur « père ». Il est important de noter que tous deux se prévalent exclusivement de leur appartenance maternelle dans leur choix d’allégeance. Pour Medraut le Gallois (il importe maintenant de faire la distinction entre Briton et Cymry, ces derniers se surnommant ainsi par opposition aux Romains et à leurs fédérés bretons, selon J. C. Powys) la ruée saxonne « ne submergera pas les montagnes », et permettra de toute façon de se débarrasser du carcan impérial. Pour Cerdic le Saxon, Arthur n’est pas le défenseur de la Bretagne, mais le Romain qui, attaché à l’intégralité de l’Empire, veut « rejeter à la mer » les nouveaux arrivants germaniques. Chez Sutcliff, Powys, Canning et Stewart, Arthur défend le principe impérial qui surmonte les divisions de tribu et de sang à l’image de la Confrérie. Il est empereur, amherawdr chez Powys, à la façon des empereurs d’Occident élus par le glaive, qui récusent le principe héréditaire :
Parmi les Porteurs de la Pourpre, le diadème n’est jamais automatiquement transmis de père en fils1.
2De même, dans Porius, l’intrigue tourne autour de la trahison de la vieille population indigène du Pays de Galles : Arthur est confondu avec l’envahisseur romain par le « Peuple de la Forêt » qui vit en matriarcat, et ses alliés de la lignée de Cunedda2 sont perçus comme des laquais. Le druidisme fanatique se joint au christianisme intransigeant pour s’en prendre avec ferveur à l’esprit modérateur de Rome et annoncer l’intolérance des siècles suivants. Le réflexe de révolte est le même que chez Vortigern dans la légende : s’entendre avec n’importe qui – même les Saxons – pour contrecarrer les Romains dans un sursaut d’exaspération suicidaire. L’alliance de Medraut et de Cerdic chez Stewart trouve son pendant ici dans les tractations favorisées par Medrawd entre Saxons et indigènes. Car Cerdic et Medraut représentent un monde nouveau qui penche de plus en plus vers la barbarie et se caractérise par son refus de Rome et son incompréhension du principe impérial. Ils ne cherchent pas à remplacer Arthur, mais à se tailler chacun sa place respective dans un univers désormais différent. Arthur et ses proches ne sont plus de la même espèce :
Oui, c’était la Haute-royauté que Medraut traquait. La Pourpre n’avait aucun sens pour lui, car elle appartenait à un monde qui n’était pas le sien. Il n’y aurait plus d’empereurs d’Occident : tout cela prendrait fin avec mon départ3.
3À travers ces civilisations qui se rencontrent, qui s’influencent, qui s’affrontent, nous pouvons définir un consensus chez nos auteurs quant à l’échelle de valeurs.
4Le roman pessimiste de Vansittart place dans la bouche de Lancelot le jugement péremptoire que nous avons cité en tête de chapitre. Pour excessif qu’il paraisse, nous retrouvons ce jugement à des degrés divers à travers la quasi-totalité de la fiction arthurienne actuelle. D’un trait, nous sommes aux antipodes du celtisme, tel qu’il est conçu en France, à la rencontre d’une échelle de valeurs qui heurte cette revalorisation trop systématique du celtique au détriment du romain. Cela est d’autant plus apparent que les barbares ennemis, les Saxons, sont représentés parfois avec sympathie, car s’ils sont féroces, ils pèchent par ignorance et peuvent se civiliser par la suite, favorisés en cela par le coup d’arrêt donné par Arthur à leur expansion. En revanche, les défauts celtiques traduisent le refus de ce qu’ils ont déjà connu, une volonté consciente de retour à la barbarie. Pour le Romain qu’est Lancelot, choisir entre le Barbare qui peut se civiliser et qui respecte déjà les grands mythes romains comme celui de Regulus, et le civilisé qui retombe en barbarie et affecte de mépriser tout ce qu’il honorait jadis, est difficile et déplaisant. Cette ambiguïté est présente lors des conversations entre Lancelot, désormais retenu en otage chez l’ennemi, et le petit seigneur saxon qu’il devra assassiner pour s’enfuir, mais qu’il respecte néanmoins. Les croyances les plus simples de ce guerrier fruste frappent l’homme civilisé par leur pureté et leur force :
Il bredouilla à travers sa barbe : « Nos Seigneurs, Donneurs d’Anneaux et de Pain, ont refusé d’utiliser le cheval contre Rome. Tu me demandes pourquoi ? » Je ne lui avais pas posé cette question, cependant il expliqua : « À cause de nos pieds. La terre est notre mère. Nous touchons l’herbe et le sol et elle nous rend forts. » Un éclair de fierté traversa ses yeux nordiques, balayés par le vent.
5En revanche, si Lancelot choisit la moindre occasion pour flétrir le côté funeste, destructeur et désordonné du Celte, il reconnaît qui lui-même n’est pas dépourvu de ce côté sombre :
Une stimulation originelle provenait des deux noms que je possède : Ker était breton, le don de ma mère Livie. Maxim était romain. Rome, c’était le granit et la lumière, le triomphe et les affaires débattues calmement et loyalement. C’était également des armées en retraite, des ponts foudroyés, des dieux indifférents, le châtiment et la lumière qui va en s’éteignant ou se transférant au loin, sur Byzance. Le nom Ker m’attachait à la Bretagne, cette île plus sombre, plus verte, l’île du dieu de la mer, dont l’Apollon se nommait Mabon, fils de Modrun4.
6Nous pouvons déceler une caractéristique supplémentaire : la permanence de cet irrationnel celtique, confondu à jamais avec l’île, qui ignore le temps et les revers de fortune ; en revanche, la mobilité vulnérable de la romanité, perçue comme valeur absolue par le narrateur, mais comme valeur ô combien précaire. La romanité peut se manifester par la maîtrise de soi et la discipline d’un individu ou d’un corps social ou politique limité dans le temps. Le celtique rejoint directement le substrat mythique. Chez Vansittart, le phénomène arthurien, présenté comme celtique dans ce qu’il a de plus négatif, rejoint tout naturellement la dimension du mythe. Et aucune notion d’exactitude historique ne peut jouer : de l’aveu même du narrateur, la pleine dimension de cette épopée est insaisissable par une technique quelconque, comme le roman historique, si attaché précisément à l’exactitude :
Les poèmes gallois n’étaient généralement que des catalogues de victoires qui ne seraient pas corroborées par tous les historiens. L’une d’elles, bien connue comme une déroute sanglante, n’était rien de plus, en réalité, qu’une bagarre chez un marchand de vin5.
7L’Arthur celtique de Vansittart est un personnage lunaire qui s’oppose à l’Arthur romain et solaire des autres romanciers. Le héros typiquement celtique se rapproche en fait d’une Ygerna. Si l’Arthur de Sutcliff, par exemple, est une glorieuse exception, il le doit en grande partie à l’éclat précaire de la romanité.
8Une répartition systématique des caractéristiques ethniques est également la règle dans l’œuvre de Canning, et dans la composition du personnage Arturo interviennent les deux pôles opposés, le Romain et le Celte, mais cette fois dans ce qu’ils ont de plus positif. Baradoc, le père d’Arthur, est un Celte par excellence : prince de sa tribu, réduit en esclavage par un pirate, vendu à un ex-centurion romain (le centurion est la quintessence de la romanité dans l’imagerie populaire), celui-ci l’affranchit après avoir été pour Baradoc plus un maître d’école qu’un maître d’esclaves. Nous trouvons en microcosme le symbole de la conquête romaine de la Grande Bretagne. À la faveur de troubles causés par le désordre des indigènes, elle débute dans la violence et l’humiliation et s’achève, aux yeux de Victor Canning, par le bien du vaincu. D’après Baradoc :
J’avais un père, je lui ai été enlevé. J’avais un maître et j’étais son esclave. Mais bien que je fusse esclave, mon maître est devenu mon père. Il m’apprit tout ce qu’il connaissait. Il m’apprit même des choses concernant ma tribu et les autres peuples que j’ignorais. Tout ce que je suis, tout ce que je serai, aura été marqué à tout jamais par sa sagesse et sa gentillesse. Il m’affranchit, puis, comme je ne le quittai pas tout de suite, comprit que j’attendais plus de lui. C’est alors qu’arrivèrent les Saxons. Il me cacha dans le grenier et les attendit dans la cour de la villa, le glaive au poing6.
9Le vieillard est abattu cruellement par les barbares, et c’est pour cela, par amour pour son défunt maître, que Baradoc est dévoré par la haine des Saxons. Le Celte romanisé reproche au barbare germanique d’avoir détruit la source de son existence civilisée. Canning prend grand soin de bien souligner les caractéristiques culturelles : ses Romains sont romains jusqu’à l’archaïsme. Les titres et fonctions, préfet, centurion, les noms des unités militaires qu’il cite, étaient depuis longtemps démodés dans l’Empire du ve siècle. Mais pour un lecteur modérément cultivé, les références à Hadrien sont plus évocatrices de Rome que des caractéristiques propres à l’époque de Constantin ou de Magnus Maximus. Le centurion à la retraite est un condensé des qualités romaines ; en revanche, Ambrosius, revêtu de sa cuirasse de bronze et rêvant d’être César, incarne l’aspect sclérosé de la vieille civilisation qui refuse de se contenter d’être le maître d’école et de préparer la relève. Les traits négatifs du Celte, l’ignorance, le désordre, sont présents chez Baradoc à ses débuts, comme ils le seront plus tard chez le jeune Arturo. Mais Canning a retenu surtout les qualités : fierté, audace, compréhension de la nature, poésie. Le Romain instruit d’abord par la force, puis avec la pleine approbation de l’élève qui a compris où était son bien, puis succombe dans sa vieillesse dans une lutte sans merci contre les barbares, laissant son élève poursuivre sa tâche. À l’image des tribus galloises qui reprennent le flambeau impérial après l’écroulement de Rome, Baradoc assume librement la tâche de venger son maître. Il commence symboliquement par sauver puis épouser une jeune fille romaine dont la famille a été massacrée par des serfs révoltés. Bien entendu, il y a des Celtes sinistres qui profitent des troubles pour dépouiller les habitants des villas, et parmi ces victimes le propre beau-père de Baradoc. Mais ceux-là seront ramenés dans la bonne voie par Arturo, qui réalisera la symbiose parfaite entre Romain et Breton. D’ailleurs, il ne devient réellement lui-même qu’à partir du moment où il se réconcilie avec Ambrosius. Le vieux général joue auprès du jeune héros à peu près le même rôle que l’ex-centurion auprès de Baradoc : lui apprendre tout ce qui échappe à la nature impétueuse du guerrier celte :
Son respect pour le Comte Ambrosius ne fit que croître lorsqu’il eut réalisé que non seulement celui-ci partageait ses rêves concernant l’avenir du pays, mais affrontait la tâche avec une activité qui tenait compte du moindre détail chez l’ennemi7.
10C’est Ambrosius le Romain qui donne à Arturo sa formation de général et d’homme d’état.
11Rosemary Sutcliff use également des appartenances ethniques pour souligner les natures complexes de ses personnages : sang et passion sont synonymes du Celte, comme nous l’avons vu, mais celui-ci a également des aspects positifs, la magie des lieux, la symbiose avec la nature et la religion de la terre. Par ce biais, Ambrosius et Arthur, qui se considèrent aussi comme Romains, peuvent assumer leur rôle essentiel de Roi du Sacrifice. Arthur est issu lui aussi de deux lignées opposées à l’origine ; à la différence d’Arturo, chez qui l’équation est inversée, sa mère, le côté le plus intuitif, est galloise et son père romain. La lignée de Macsen, rêveur et aventurier venu d’Espagne, se conjugue avec celle qui s’enracine dans les collines galloises – côté ombre, côté lumière. Arthur l’explique lui-même :
Mon peuple par la main gauche […] Je suis romain à moitié […] Mon peuple par la main droite, ce sont les bâtisseurs des forteresses carrées, ces hommes qui traçaient de grandes routes de ville en ville à travers tout ce qui pouvait se trouver au milieu. Des hommes qui agissaient selon la loi et dans l’ordre, qui pouvaient débattre d’une affaire la tête froide – un peuple du jour. Le côté gauche est le côté sombre, le côté des femmes, le côté le plus près du cœur […] Au pire, je suis déchiré entre arbre et cheval8, au mieux, je suis toujours quelque peu en exil9.
12Ce « côté sombre » qui s’oppose au Romain agissant dans la « lumière », donc, selon la raison et les lois, est évoqué pratiquement dans les mêmes termes par le Lancelot de Vansittart ci-dessus. Mais celui-ci n’a rien gardé, pour ainsi dire, de ce monde associé aux femmes. Et l’Arturo de Canning doit sa moitié celtique non à la mère, mais au père. Chez Sutcliff, le côté gauche, côté « sinistre », est celui de la demi-sœur, Ygerna, qui habite les « collines creuses » en attendant que sonne l’heure de la vengeance. C’est lorsque Arthur s’efforce de regagner en promenade le monde de sa mère qu’il rencontre Ygerna et succombe à ses charmes inquiétants et « celtiques ». Elle le nargue, d’ailleurs, sur son appartenance au « monde du jour », illustrant dans ses propos la thématique des territoires congénitaux, des modes de vie rigoureusement différents des peuples antagonistes :
On dit qu’à Venta il y a des rues, des maisons disposées en lignes droites, qu’à l’intérieur des maisons il y a des salles aux hauts plafonds et des peintures sur les murs, et que le Haut-Roi Ambrosius porte un manteau de pourpre impérial10.
13Sont donc celtes la primauté du sang, la vengeance exigée en dépit de l’innocence de celui qu’elle pourchasse, car la notion de responsabilité individuelle est romaine. Quant aux territoires congénitaux, aux Celtes les montagnes, les collines du nord, la forêt ; aux Romains le bâti : la villa, généralement délabrée mais encore luxueuse, qui contient des représentations picturales alors que le poème récité est l’apanage du Celte, la Ville, avec son tracé rectilinéaire, la forteresse, avec ses murailles et sa Maison du commandant. Surtout, sont romaines les routes, qui relient les lieux lointains qui ne peuvent plus partir à la dérive dans des dimensions variables.
14Il en va de même chez J.-C. Powys, où nous ne voyons plus de Romains à proprement parler, mais leurs successeurs, les Bretons romanisés de Cunedda. Dans ce pays d’Edeyrnion11, l’emplacement des habitations est des plus symboliques. Le fort bâti sur la colline, qui combine certains conforts romains avec l’architecture militaire des Bretons de l’Âge du Fer, est l’univers de la tribu de Cunedda, aristocratie guerrière, auxiliaire des Romains. La Forêt et l’antique Caer fait d’habitations rupestres sont la demeure des indigènes régis par un matriarcat. Les pentes montagneuses abritent les derniers descendants des géants, les Cewri. Les envoyés d’Arthur, chef d’une cavalerie sophistiquée, toujours en mouvement, logent sous des tentes somptueuses. Et le philosophe Brochvael, seul détenteur de la sagesse romaine classique, habite une maison de pierre quelque peu à l’écart.
15Le thème des territoires congénitaux bénéficie également d’une classification précise chez Vansittart, et se porte essentiellement sur une personnification de la Forêt. C’est un adversaire subtil, attrayant mais implacable, symbole du passage du temps et du retour des éléments indigènes, profitant du moindre recul de l’élément bâti, ou romain. Le règne sombre de la Forêt s’oppose à la clarté de la ville, ou à l’agencement clair et rationnel de la villa :
J’avais parfois l’impression que la Forêt s’approchait de partout, traînant dans son sillage des ombres remplies d’aspics, de plantes empoisonnées, de cornes. Le chêne maudissait quiconque lui dérobait le gui ; la nuit, les arbres étaient secoués de douleur. Au-delà du Mur12, des ours rôdaient en Calédonie ; on ne les voyait ici qu’en rêve, mais ils avançaient vers le sud, au fur et à mesure que la Forêt gagnait du terrain. Le vieux Tali avait entendu des rumeurs concernant Lug et Nodens : ils repre vie dans les lieux déserts, renforcés par les défaites romaines et, une fois de plus, réclamaient du sang13.
16Un rapport direct, explicite, s’établit entre cette « Forêt » personnifiée et l’univers arthurien à proprement parler, qui se situe résolument sous l’égide inquiétant de la lune :
Peu de lumière venait à éclairer la Bretagne d’Artorius, comme si la Forêt avait même affecté le Ciel. La lune, lumière des morts, furtive et dépourvue de substance, était invoquée plus souvent que le soleil14.
17Vansittart – mais à des degrés divers tous nos auteurs arthuriens – utilise en plein le dualisme des métaphores de la nuit et du jour15. Le celtique est bel et bien le règne de la nuit, de la nature, mais celle-ci ne doit plus être pour nous source de nostalgie, symbole d’un quelconque équilibre, aux couleurs bucoliques. C’est une nature éminemment carnivore, qui entraîne tout naturellement dans son sillage des divinités et des hommes fascinés par des rites sanglants. Les rites que décriait Merlin dans The Crystal Cave comme indignes du Pays de Galles « moderne » sont parfaitement anodins dans l’ordre arthurien de Vansittart. Le thème du sacrifice humain destiné à consolider les murs d’une forteresse est illus ici par Arthur lui-même, et c’est son propre fils, Anir, qu’il fait égorger.
18Mais telle est la nature normale des choses face à la volonté toute romaine d’édifier, de planifier, de codifier. Les frontières entre la civilisation et la barbarie sont claires pour Lancelot : il n’y a pas de « bon sauvage » ni d’état de grâce inhérent à la nature, l’ordre des choses celtique est l’ordre du prédateur.
19L’utilisation de la thématique celtique est plus nuancée chez Rosemary Sutcliff. Si le Lancelot de Vansittart et l’Arthur de Sword at Sunset sont issus tous les deux d’une mère celtique et d’un père romain, le premier n’est nullement réceptif à une quelconque valeur positive en dehors de Rome. Arthur, en revanche, conserve l’équilibre, avec plus de difficultés et de nuances que l’Arturo de Canning. Guenhumara, présentée comme purement celtique, éprouve le même dédain qu’Ygerna pour tout ce qui enferme, et paraphrase sans le savoir cette dernière : « On dit que les Romains aiment que leurs vies soient enfermées dans des carrés, délimitées par des lignes droites16. »
20Le côté sinistre, invariablement décrié par Vansittart, la thématique de la nature et des cultes primitifs, sont au contraire une « deuxième vue » qui compense, chez Arthur, le sentiment d’être déchiré entre deux mondes. Le « celtique » ici est en rapport avec tout un fonds universel préhistorique, la forte sensation des mouvements essentiels de la vie et de la terre, s’exprimant par des rites qui se passent de mots et qui sont depuis toujours transmis par les femmes. Lorsqu’advient la célébration du solstice – au cours de laquelle il rencontre précisément Guenhumara, qu’il aime d’emblée, instinctivement, de sa moitié celtique – Arthur note le réveil du sang maternel :
Aucun signe extérieur n’annonçait sa venue, si j’avais été du monde de mon père, je pense que je n’aurais rien senti du tout. Mais ce qui en moi provenait de ma mère reconnut le regard dans les yeux des hommes et entendit le chant familier et ténébreux dans le sang17.
21Et lorsqu’on allume les feux du Lammas, qui ramène Arthur à des souvenirs d’enfance : « Le monde de mon père n’avait plus de sens pour moi, et le monde de ma mère reprit possession de moi18. »
22De même, Guenhumara affirme la primauté de la nature : « L’herbe n’est pas romaine. Elle suit des courbes quand le vent souffle sur elle19. »
23La tragédie d’Arthur dans Sword at Sunset relève également de cette double nature chez le personnage principal. Le côté celtique, en dépit de ses éléments néfastes, prépare Arthur à sa gloire finale comme Roi du Sacrifice qu’il ressent non comme une croyance particulière des Bretons, mais comme quelque chose qui remonte aux origines de l’humanité. Le côté romain, privé de ses liens avec un Empire moribond, est destiné à s’éteindre sans lendemain. L’amalgame est équilibré chez Arthur et ses proches : Bedwyr, qui combine l’extrême lucidité et le don du barde descend des Bretons que Magnus Maximus installa en Armorique. Le couronnement d’Arthur comme empereur et Haut-Roi se déroule selon tous les rites imaginables : il est proclamé César sur une pierre de couronnement dont l’origine se perd dans la nuit des temps.
24Chez Mary Stewart, ces caractéristiques sont orchestrées avec plus de netteté encore : Arthur le Roi et l’Administrateur est romain et sa royauté n’est pas, à proprement parler, celtique, elle est arthurienne. L’épée de Macsen revient à Arthur ; le Graal de Macsen et la quête spirituelle qu’il implique seront l’apanage de Bedwyr20. Stewart reproduit cependant des clichés pris chez T. H. White, l’un des plus traditionalistes des auteurs arthuriens. L’élément celtique, le Gallois du nord représenté par le roi Lot de Lothian, est synonyme d’intrigue, de fraude, de trahison, d’ambition, de brutalité. C’est aussi l’univers d’origine des sorcières royales comme Morgause et Morgane. En fait, le thème arthurien de l’unité du royaume est présenté comme l’héritage de Rome, même si la province de Bretagne, par l’extinction de l’Empire regretté, est devenue royaume.
25Au contraire de la thématique naturelle du Celte, la marque de Rome se manifeste dans des formes, une tournure d’esprit, des objets. S’il y a un discours poétique du Celte, décrié chez Vansittart, encensé chez Canning, le Romain transmet ses impressions par écrit, selon des formes qui le rattachent à une tradition immuable ainsi qu’à un universalisme géographique.
26La quintessence de cette romanité est le personnage de Brochvael dans le roman de J. C. Powys. Il s’agit d’un prince purement breton de la lignée de Cunedda, et sa romanité est d’autant plus exemplaire qu’elle résulte d’un choix. Brochvael est philosophe, lecteur d’Aristophane, stoïcien. Il a beaucoup voyagé et a pris le parti de Byzance contre Théodoric à Rome. Il a été torturé par les Goths pour avoir hébergé un agent impérial, et c’est un ami de Sidoine Apollinaire et de Boèce. L’on peut supposer que Brochvael est l’équivalent de ce dernier, transplanté en Pays de Galles. Son lien concret avec Rome, seul lien, du reste, depuis l’écroulement de l’Empire d’Occident, c’est le plaisir physique de la belle parole, du discours construit selon les traditions. Patrie politique qui s’efface au loin dans les brouillards de Byzance, Rome demeure une patrie littéraire. Le roman de Vansittart offre en revanche une parodie de cet aspect formel de la romanité pour bien marquer l’écart entre la réalité des temps et la fiction entretenue par l’éducation, une culture livresque futile et morte :
On nous enseigna la Majesté et la Toute-puissance de Rome. Nous apprîmes comment s’adresser au Souverain après une victoire remportée sur terre ou sur mer : « Auguste Pieux, Heureux et Toujours Triomphant » ; comment requérir l’attention d’un gouverneur de province : « Fondateur de la Vertu ». Nous étudiâmes Homère, mais en latin […] « Bientôt nous apprendrons le grec » menaça Marcion, avant de nous expliquer la législation frontalière de Trajan, le montant du commerce des Indes sous Néron, les taxes sur les mines de plomb des Balkans sous Hadrien. Nous ingurgitions des proverbes vénérables : « Le très-loin est généralement à portée de main », et apprenions à apprécier la beauté de la teinture de Tyr. Je connais les salutations requises par un devin étrusque21.
27Par contre, chez Brochvael le formalisme romain n’est nullement périmé : Powys a pris grand soin de l’associer aux personnages célèbres de son temps qui eux aussi opposaient leur croyance en une culture supérieure et universelle aux ténèbres. La démarche de Brochvael est de transformer un fragment de vérité – la visite chez un métayer, par exemple – en un exercice littéraire qui reliera Brochvael non seulement à son modèle, Sidoine Apollinaire, mais à son véritable souverain, l’empereur Anastase à Constantinople :
Une idée des plus attrayantes s’empara de lui. Pourquoi n’adresserait-il pas une lettre, rédigée dans un latin de choix, à l’empereur Anastase lui-même ? Il la ferait porter par le prochain navire grec en partance sur la Tamise.
Je ne volerais aucune de ses phrases, bien sûr, ni de ses idées ; je me contenterais de la cadence de son style. Car à quoi me serviraient toutes ces lettres de Sidoine, le plus grand écrivain des temps modernes, que j’ai en ma possession, si leur ton animé ne me permettait pas d’améliorer mon propre style ? Anastase le reconnaîtrait tout de suite, bien sûr. Et pourquoi pas22 ?
28Rome n’est nullement ici une allégeance archaïque, à la limite de l’absurde, mais le terrain de rencontre, désormais de plus en plus fragile, entre le prince breton, l’évêque auvergnat, et l’empereur de Byzance. Rome est également le cadre qui a permis que coexistent dans ce coin du nord du Pays de Galles, sous un ordre arthurien menacé, des chrétiens tolérants ou fanatiques, des païens, des pélagiens, un juif, un adorateur de Mithra, un philosophe, et l’être hors catégorie qu’est Merlin.
29Il est intéressant de noter que le signe le plus fréquent de la présence romaine, à travers nos romans, c’est la pièce de monnaie. Car celle-ci représente une économie sophistiquée, l’effigie visible et tangible d’un empereur, le message que proclamaient l’inscription et l’allégorie du revers. Elle peut avoir une signification négative : chez Canning, c’est lorsqu’un messager lui montrera une pièce d’or d’Hadrien que Venutius devra assassiner Arturo. Mais si l’aureus représente la trahison et le remords, aux yeux de Venutius, il s’agit pour Ambrosius, en revanche, d’un symbole de ce vers quoi tendent tous ses efforts, une sorte de totem :
C’était un aureus de l’empereur Hadrien, une pièce d’or bien usée. L’on distinguait néanmoins avec netteté sur son droit l’effigie du grand Empereur et sur le revers, une déesse assise portant un bonnet phrygien et tenant de sa main gauche une haste. Les mots Roma Aeterna l’entouraient
Ambrosius demeura assis, retournant lentement la monnaie d’or d’Hadrien entre ses doigts et murmurant, « Rome l’Éternelle… Rome l’Éternelle23. »
30L’idée impériale, incarnée par Ambrosius, est usée et vieillie comme la pièce, et n’a plus recours qu’à des stratagèmes indignes. Lorsque la tentative d’assassinat échoue, la monnaie disparaît avec Venutius dans la neige ; ayant joint ses forces à celles d’Arturo, Ambrosius avoue implicitement l’abandon de ses ambitions, symbolisées jusque-là par la monnaie.
31Les monnaies sont également un langage symbolique chez Peter Vansittart. Le « bon vieux temps » est représenté par les monnaies à légende Beata Tranquillitas, frappées jadis par Constantin le Grand à Londres même. Lancelot trouve une monnaie de Carausius qui porte la citation de Virgile Expectati Veni, et que Lancelot présente à Ambrosius. De même, la renaissance ambrosienne est symbolisée par l’émission d’une monnaie frappée à l’effigie d’Ambrosius, dont le revers proclame le « Bonheur Universel ». La monnaie étant symbole de Rome, Artorius en abandonne la frappe, sauf après sa victoire de Badon, lorsqu’il émet une pièce commémorative figurant Gwenhever, Gawayne et Arthur, laurés et nimbés sous un soleil24.
32Une symbolique assez semblable se retrouve dans Porius. Pour inciter les habitants de la région à résister aux Saxons à à rester fidèles à Arthur, la princesse Tonwen distribue des monnaies d’argent à l’effigie de Constantin. Ce nom peut correspondre aussi bien à Constantin le Grand qu’à Constantin III, tous deux ayant été adoptés par le folklore breton comme trait d’union entre les traditions insulaires et le principe impérial. Plus significative encore, la monnaie d’Hadrien apparaît une fois de plus comme symbole absolu de la romanité dans la main du dernier véritable Romain, Brochvael. Lorsque cet émule de Sidoine Apollinaire pénètre dans l’antre du dernier des druides, le petit rond de métal à l’effigie de cet empereur exceptionnel lui sert de talisman :
La voilà – l’effigie de son empereur préféré, Hadrien ! Mieux que tout autre personnage récent en ces temps modernes confus et chaotiques, ce grand souverain l’avait toujours attiré tout particulièrement. À présent, dans cet antre ténébreux et mystique, alors qu’il se trouvait dans la citadelle de tout ce qu’il détestait instinctivement, de tout ce qui était occulte, obscur, traître, obscène, sale et barbare, son esprit se tourna vers ce souverain du monde sceptique et civilisé, et il en dériva un grand réconfort. Voilà un empereur qui prenait la religion, la piété, le patriotisme et la moralité comme il se devait, avec un sens commun empreint d’indulgence et d’humour. Voilà un empereur qui s’apprêtait en même temps à placer Jésus parmi les dieux et à ériger un temple de Vénus sur le Mont Calvaire ! Sceptique et indulgent, croyant en tout et en rien, l’auteur qui célébrait en élégie sa propre âme, pâle et ahurie, Hadrien, par sa seule évocation, suscitait toujours chez Brochvael le sentiment rassurant du triomphe de la sagesse sur la sottise et de la tolérance sur l’intolérance […] le grand virtuose impérial, symbole d’une vie civilisée confronté à toute cette barbarie obscure25 !
33Ce n’est plus tout à fait Rome telle qu’Ambrosius la rêve dans Sword at Sunset. Il s’agit plutôt d’une romanité propre au philosophe, fort démuni du reste dans le contexte arthurien, où se déchaînent des forces primitives contenues depuis la conquête, qui se libèrent à la faveur de l’irruption d’autres forces irrationnelles et sauvages. La romanité de Brochavel est le refuge solitaire du philosophe. En revanche, les forces celtiques et préceltiques bien décrites par Vansittart et Powys, se heurtent à la clarté romaine dans nombre d’autres romans historiques qui ne sont pas, à proprement parler, arthuriens, mais qui témoignent de la fascination qu’éprouve le public moderne pour ce type d’histoire. Un ton très voisin de celui de Vansittart se reconnaît dans le roman de John James, The Bridge of Sand (1976), qui se déroule bien plus tôt, lorsque l’Empire encore puissant sous Domitien26 affronte les tribus calédoniennes et leur magie obscure. Un détachement romain, commandé symboliquement par celui qui incarne l’esprit latin le plus typique de l’époque, le poète-soldat Juvénal, tente d’atteindre les rives de l’Irlande. Le héros affronte les embûches de la Grande Déesse et des druides. En tant que poète, il lui est possible de rencontrer la Déesse (voir The White Goddess de Robert Graves) et en tant que Romain de la défier. Il survit à l’expédition qui se termine en désastre avec une pleine compréhension de l’incompatibilité des deux univers : le celtique, le romain, c’est d’abord deux dimensions différentes d’un même univers physique :
Ce qui se passe sur l’Île n’a rien à voir avec Rome. L’Île possède son propre destin, à réaliser en son propre temps, et non pas dans le nôtre. Je ne suis plus dans l’Île, ni en dehors. Je suis désormais un avec les Dieux de l’Île, le Roi Roitelet et la Reine Héron, la Main d’Argent et la Dame des Fleurs, la Mort par l’Eau et l’Homme Pendu. Comme eux, je connais l’existence qui n’est ni vie, ni mort, ni être, ni non-être.
Je conserve ce que je ne comprends pas, dans le royaume du Roi Triple. L’île possède sa propre logique que Janus ne peut comprendre27.
34Malgré les ténèbres celtiques, que l’on voudrait opposer à la clarté romaine présentée comme exemplaire, ou à la brutalité pure des Saxons, tous ces peuples sont historiques, gens du monde de l’éveil sur lesquels les événements ont prise. Derrière ces ethnies historiques, il existe un peuple-symbole, étroitement lié à la terre, qui a suscité la fascination de pratiquement tous nos auteurs. Il s’agit du substrat ibérique et préhistorique de l’île, pour qui les Bretons sont des « Hommes du Soleil » nouveaux venus. Si dans le roman de J. -C. Powys les indigènes qui s’opposent aux Bretons de Cunedda aussi bien qu’aux Romains sont composés de Pictes et d’Irlandais en grande partie, ils ont une forte coloration ibérique. Leurs trois princesses sont les dernières d’une longue lignée et leur peuple va bientôt s’éteindre. C’est en cela que, semblables à un tremblement de terre, ils sont dangereux pour le « Peuple de l’Éveil ». Comme le dit la plus jeune des princesses, qui se refuse à cette trahison :
Mes sœurs sont très vieilles. Nous n’avons personne pour nous succéder. Le Derwydd n’a personne pour lui succéder. Mes sœurs sont les dernières de notre famille et le Derwydd est le dernier des Druides. C’est pour cela qu’ils ont conspiré contre vous et contre nos neveux (Arthur et le père de Porius). Nous sommes arrivés à la fin, Amherawdr, le Derwydd est arrivé à sa fin. Lorsque les ruines s’écroulent, elles emportent avec elles bien des choses neuves et vivantes28.
35Pour J.-C. Powys, l’époque arthurienne est une époque charnière : elle est celle de la disparition des dernières traces de la civilisation romaine, et plus encore, l’extinction du dernier matriarcat préhistorique et des derniers Géants. Ces indigènes ont un rôle souvent crucial, bien qu’ils se situent très à l’écart des grands mouvements de population. Détestés par les Celtes et les Saxons, ignorés des Romains, les Little Dark People, ancêtres des fées de légende, symbolisent les lieux cachés, la puissance préhistorique de la Mère et de la Lune. Ce sont eux qui sont les plus près de la magie de la terre. Rien d’étonnant alors à ce qu’ils deviennent les amis et les alliés de Merlin dans la trilogie de Stewart : Arthur sera également leur roi. Il renoue, celui que les « petits hommes » nomment le « Seigneur Solaire », avec les racines préhistoriques de l’île où se formaient déjà, longtemps avant son ère historique, les rudiments de sa légende.
36Ces aborigènes sont les habitants des « espaces intermédiaires » : les Romains et les Celtes, installés dans leurs territoires respectifs, ne les fréquentent guère. Nos héros ont affaire à eux lorsqu’ils s’embarquent pour de longs voyages vers l’inconnu dans les forêts et les collines. Ces peuplades ont la tâche de transmettre les messages et de faciliter la tâche aux messagers de ceux qu’ils respectent, sans toutefois s’engager à fond d’un côté ou de l’autre (ils sont neutres comme peuvent l’être les esprits de la nature dans la mythologie et jusque chez Shakespeare et Tolkien – bienveillants jusqu’à un certain point, mais peu concernés par les affaires des hommes). De même, comme la nature, ils ont comme souci principal leur propre survie, même au détriment de celle de la fille d’Arthur chez Rosemary Sutcliff. Par le biais de ce peuple qui est plus une personnification de la nature qu’une réalité historique, nous abordons les éléments topographiques, concrets et symboliques, de notre épopée, la géographie physique et sacrée, ainsi que Merlin, celui qui fait le pont entre les mondes.
Notes de bas de page
1 SUTCLIFF, op. cit., p. 406.
2 Chef Breton à l’époque de Maxime ou plus tard qui transféra sa tribu du nord de l’Angleterre actuelle au nord du Pays de Galles afin de défendre la frontière maritime contre les Irlandais pour le compte de Rome.
3 Ibid., p. 451.
4 Ibid., p. 30.
5 Ibid., p. 105.
6 CANNING, The Crimson Chalice, p. 103.
7 CANNING, The Immortal Wound, p. 95.
8 Sans doute une image qui oppose le principe de la mobilité virile (stallion), à celui de l’enracinement, à proprement parler.
9 SUTCLIFF, op. cit., p. 28.
10 Ibid., p. 34.
11 Qui a reçu son nom d’Edeyrn – « Aeternus » – père de Cunedda, provoquant l’ironie des indigènes devant la prétention implicite dans ce nom.
12 La Muraille d’Hadrien.
13 VANSITTART, op. cit., p. 31.
14 Ibid., p. 108.
15 La plupart de nos romanciers sacrifient, en effet, à ce dualisme, inspiré des Cathares, selon D. De Rougemont alors que P. Guiraud relève chez Valéry cette même polarisation : autour de pur gravitent « ciel », « or », « jour », « soleil », « lumière », « grand », « immense », « divin », « dur », « doré » ; autour d’ombre, « amour », « secret », « songe », « profond », « mystérieux », « seul », « triste », « pâle », « lourd », « lent »… (DURAND, op. cit., p. 69). À y regarder de près, les valeurs « arthuriennes » illustrées par la plupart de nos auteurs, ainsi que les attributs respectivement positifs et négatifs du romain et du celtique, plongent leurs racines dans l’imagerie chrétienne, que nous avons déjà eu l’occasion de découvrir à travers les théories de Frye (op. cit. p. 139ss). Ainsi, le monde « désirable » comprend pour le domaine végétal tout ce qui est organisé par l ‘homme – jardin, ferme, verger ; pour le monde minéral, l’œuvre de l’homme également – ville ou temple. La société des hommes prend la forme d’un tout harmonieux symbolisé par le Bon pasteur. À cela s’oppose le monde « diabolique » du tyran, de la foule déchaînée contre le bouc émissaire, de la forêt sinistre, des sacrifices humains, des forces de la nature capricieuses. Cela explique le parti pris pro romain de nos auteurs dès lors qu’on choisit de voir en Rome non l’impérialisme sanglant mais la paix, la ville, la villa, la route pavée qui file droit d’un bout à l’autre du paysage, l’empereur bienveillant, une religion organisée qui donne un sens à l’existence. Vansittart, bien entendu, tout en conservant la polarité Romain-Celte, fait simplement basculer son Arthur du côté sinistre.
16 SUTCLIFF, op. cit., p. 248. Dans une belle polyvalence sémantique, Arthur l’Ours renvoie au symbole thériomorphe de l’animal terrien mais aussi à l’étoile polaire.
17 Ibid., p. 197.
18 Ibid., p. 198.
19 Ibid., p. 249.
20 Ami d’Arthur chez Stewart, à la personnalité mal esquissée ; à ne pas confondre avec le personnage fascinant de Sword at Sunset.
21 VANSITTART, op. cit., p. 24.
22 POWYS, op. cit., p. 158.
23 CANNING, The Immortal Wound
24 Il est à noter que nos romanciers sont ou très scrupuleux pour ce qui est de l’exactitude historique, ou de fervents numismates, car toutes ces émissions ont réellement existé, même si la « pièce commémorative de Badon » et la monnaie à l’effigie d’Ambrosius correspondent plutôt à des émissions des empereurs Arcadius et Honorius des années 400.
25 POWYS, op. cit., p. 256.
26 Il s’agit d’une vision très personnelle de la célèbre campagne du général Agricola, immortalisée par Tacite.
27 JAMES, John. The Bridge of Sand. London : Hutchinson, 1976, p. 206-207. L’auteur a le mérite d’avoir tenté de traduire l’épopée du barde Aneirin, Y Gododdin, réputée le plus ancien poème des îles britanniques, en un roman historique intitulé Men Went to Catrraeth (1969).
28 POWYS, op. cit., p. 354.
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