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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Un nouveau paysage coopératif Coopératives et tournant consumériste La professionnalisation des coopératives agricoles, un changement d’échelle Encadré 3 : La Wisconsin Cheese Producers Federation et la bataille contre les marchands de Plymouth Encadré 4 : Le pool des producteurs de tabac soutenu par l’État dans les années 1920 Un écosystème de petites coopératives ethniques De petites entreprises démocratiques à la hauteur ? Notes de bas de page

    Quand les Américains coopéraient

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    Table des matières

    Chapitre V. Coopérer au début du xxe siècle, un changement d’échelle ?

    p. 125-156

    Texte intégral Un nouveau paysage coopératif Coopératives et tournant consumériste Dans le Wisconsin : les formes de la coopération rurale au début du siècle La Right Relationship League, marchands et paysans consommateurs au cœur des évolutions de la distribution Reprendre des magasins pour lutter contre la grande distribution Le pouvoir des consommateurs Centralisation et efficacité Le Co-operative Central Exchange, une coopérative politique contre les chaînes de magasins La difficile constitution d’une centrale d’achats coopérative Politique et centralisation, un modèle pour concurrencer les chaînes de magasins La professionnalisation des coopératives agricoles, un changement d’échelle Les fédérations coopératives, l’adaptation au « big business » Encadré 3 : La Wisconsin Cheese Producers Federation et la bataille contre les marchands de Plymouth L’appui législatif au changement d’échelle Encadré 4 : Le pool des producteurs de tabac soutenu par l’État dans les années 1920 Un écosystème de petites coopératives ethniques De petites entreprises démocratiques à la hauteur ? Notes de bas de page

    Texte intégral

    « Si la coopération doit concurrencer le capitalisme, elle doit adopter l’efficacité du capitalisme, la gestion centralisée de la distribution. Une fédération de magasins coopératifs, chacun gouverné par des comités d’amateurs, ne pourra pas être à la hauteur de l’efficacité économique du système moderne des chaînes de magasins. »

    « Co-operation », A Magazine of Economic Progress, 1912.

    Un nouveau paysage coopératif

    1Qu’est-ce que coopérer dans le Wisconsin dans les trois premières décennies du xxe siècle1 ? Alors que les coopératives étaient des organisations méconnues et mal définies au sortir de la guerre de Sécession, la première partie de l’ouvrage a montré qu’entre les années 1870 et 1890, leur modèle d’organisation se diffuse et devient plus familier. Au cours de la période suivante, ce type d’entreprise franchit une étape supplémentaire dans son processus d’institutionnalisation. De nouvelles formes coopératives apparaissent, les motifs d’organisation évoluent, de nouveaux acteurs s’impliquent dans la création, la promotion et même la dénonciation de ces entreprises – tous ces facteurs contribuant à ancrer davantage les coopératives dans les réalités économiques, politiques et sociales de l’État à cette période.

    2Les conditions économiques dans lesquelles ces coopératives se multiplient évoluent entre les années 1900 et 1920. Dans l’agriculture en particulier, ces décennies sont globalement prospères, mais les effets des progrès économiques se font sentir de manière très différenciée, notamment en fonction des territoires, et les fluctuations sont grandes. La Première Guerre mondiale fait monter les prix agricoles à des niveaux record, alors que le retour à la paix se solde par une chute parfois brutale, d’autant plus difficile à supporter que de nombreux agriculteurs se sont endettés2. Les conditions de production se modifient, la mécanisation de l’agriculture se généralise et les acteurs agro-industriels prennent une importance croissante3. Dans le Wisconsin, la production laitière continue sa progression et les opérations y deviennent de plus en plus concentrées4.

    3Dans ces circonstances, les activités coopératives de l’État s’organisent autour de deux nouveaux pôles : l’un centré sur les entreprises de consommateurs, l’autre réunissant les organisations agricoles. Ces nouveaux types de coopératives ne sont plus directement liées à de grandes organisations de masses antimonopolistes, comme dans la période précédente. Elles sont au contraire de plus en plus défendues par des organisations professionnelles qui deviennent de véritables groupes d’intérêt davantage intégrés dans le jeu politique partisan.

    4L’historiographie propre aux coopératives traite généralement le pôle des consommateurs et celui des agriculteurs séparément, sans en souligner les affinités, ni étudier précisément le rôle de leurs oppositions5. Je cherche au contraire ici à les analyser ensemble, en montrant notamment qu’ils témoignent tous deux d’une volonté d’adaptation à un nouveau contexte.

    5En effet, alors que les compagnies de chemin de fer et les marchands locaux constituaient dans les dernières décennies du xixe siècle les principaux (contre-)modèles par rapport auxquels les coopérateurs construisaient leurs entreprises, les évolutions économiques postérieures à 1900 fournissent de nouveaux points de repère relativement auxquels ils se définissent. Consommateurs comme producteurs agricoles doivent faire face à une concentration accrue des acteurs économiques, fruit à la fois d’une intégration verticale et d’un grand mouvement de fusions d’entreprises au tournant du siècle6. Les nouvelles grandes entreprises industrielles de la filière du lait, ou, dans le cas des consommateurs, les chaînes de magasins, qui se développent à cette période, suscitent à la fois engouement et hostilité et sont désormais les principales références pour les coopérateurs.

    6Ceux-ci reproduisent en partie dans leurs organisations les structures des grandes entreprises contre lesquelles ils se dressent. Ils n’en construisent pas moins des formes d’entreprise originale, qui conservent un ancrage local et communautaire profond, et dont il importe de saisir les contours.

    Coopératives et tournant consumériste

    7Dans les premières décennies du xxe siècle, un tournant consumériste se produit aux États-Unis. L’apparition de nouveaux produits, de nouveaux modes de production et de distribution et de nouveaux comportements d’achats conduit à marginaliser progressivement l’idéologie, jusqu’alors dominante, qui donnait la primauté à la production et aux producteurs. Les Américains deviendraient alors avant tout des consommateurs, dont les revendications, de plus en plus définies au sein d’une sphère distincte, prendraient le pas sur toutes les autres7. De nombreux historiens ont analysé cette transition et ses conséquences, mais rares sont ceux qui ont étudié la place qu’y tiennent les expériences coopératives8.

    8Ces dernières connaissent pourtant un mouvement similaire. Alors que le recours aux coopératives ouvrières de production décline à la fin du xixe siècle, les classes populaires se tournent plus volontiers vers les coopératives de consommation dans les décennies qui suivent. La défense de ces organisations s’institutionnalise, avec notamment la création à New York en 1916 de la Cooperative League of the USA (CLUSA). Ses dirigeants, souvent anarchistes ou socialistes, défendent le pouvoir du consommateur comme force unificatrice de la société états-unienne et voient dans les coopératives un outil novateur, plus efficace et plus consensuel que les organisations de producteurs, jugées clivantes et dépassées. Ils appellent de leurs vœux l’avènement d’un « Cooperative Commonwealth », une société entièrement coopérative, dont les magasins seraient à la fois le fondement et la forme la plus aboutie9.

    9Quelques années après la création de la CLUSA, en 1919-1920, le bureau des statistiques du Travail fédéral dénombre environ 2 600 coopératives de consommateurs aux États-Unis. Un millier d’entreprises environ répondent à l’enquête et déclarent autour de 260 000 membres, 282 en moyenne par établissement. Beaucoup de ces organisations sont fondées dans l’immédiat après-guerre, près de la moitié ayant moins de deux ans d’existence au moment de la publication du rapport, seules 3,2 % fonctionnant depuis plus de vingt-cinq ans10. Ce rapport, et d’autres qui suivent dans les années 1920 et 1930, témoignent d’une nouveauté : les coopératives de consommation sont désormais considérées à part, comme des entreprises spécifiques. Contrairement aux études statistiques produites au Gilded Age, qui tendent plutôt à considérer ensemble les différentes formes de coopération, sont publiées à partir du tournant du xxe siècle des études portant spécifiquement sur les coopératives qui se spécialisent dans des activités d’achats en commun. Mais on parle alors de coopératives de « distribution », ou de « magasins11 » ; le terme de coopératives de consommation ou de consommateurs ne devient d’emploi courant que dans les années 1910 et surtout 1920, ce qui témoigne bien du tournant des activités coopératives vers la sphère de la consommation12.

    10Au sein de la transition vers le consumérisme, la particularité des coopératives – à la fois entreprises, en concurrence avec les autres types de magasins et outils de mobilisation, participant aux évolutions de la distribution autant qu’elles les contestent – mérite d’être davantage soulignée. Certains historiens, en particulier des historiennes, de la consommation états-unienne ont bien consacré des analyses au rôle de la coopération. Tracey Deutsch, Lizabeth Cohen, ou Meg Jacobs étudient ainsi la manière dont les consommateurs et les consommatrices qui décident de s’organiser utilisent les coopératives, notamment dans la lutte contre la vie chère13. Ces travaux présentent l’intérêt d’intégrer ces organisations au sein du répertoire d’action des consommateurs du début du xxe siècle, au même titre que le lobbying ou les boycotts. Mais ils ne donnent qu’une image partielle de la coopération de consommation, dans la mesure où ils se concentrent sur le moment particulier des années 1930 et sur des cas localisés dans des grandes villes – notamment Chicago.

    11La première nuance que l’on peut apporter est d’ordre chronologique, la participation des coopératives au tournant consumériste se manifestant dès les années 1900-1910. La seconde a trait au terrain d’observation : en 1920, plus de 50 % des coopératives de consommateurs recensées aux États-Unis se trouvent en effet dans des zones rurales ou des petites villes, 83 % étant situées dans des villes de moins de 25 000 habitants. Soixante pour cent des organisations, et 53 % des membres sont localisés dans les États du Nord Midwest, en particulier dans le Wisconsin. Il convient donc d’étudier ces coopératives de consommation rurales, qui représentent une expérience majoritaire à cette période, dès les années 1900.

    Dans le Wisconsin : les formes de la coopération rurale au début du siècle

    12Dans le Wisconsin, en dépit de la persistance d’un mouvement urbain dans les années 1910-1920, l’expérience coopérative est majoritairement rurale14. On dénombre en particulier plusieurs dizaines de magasins, avec plusieurs milliers de membres. L’analyse de ces entreprises paysannes, qui mêlent souvent achats productifs et domestiques, permet de décentrer le regard porté sur l’histoire de la consommation, de la ville où elle est principalement étudiée, vers les campagnes15.

    13Différentes études sont menées en 1906 et 1917 à l’échelle de l’État, qui permettent de dresser un tableau des magasins coopératifs au début du siècle16. La figure 3 récapitule les données fournies, qui produisent un portrait assez cohérent de ces entreprises et de leurs caractéristiques en termes de taille, de capitalisation et de chiffres d’affaires.

    Année de l’étude

    Institution productrice de l’étude

    Nombre de magasins recensés

    Nombre moyen de membres

    Nombre moyen d’employés

    Capitalisation moyenne, en dollars courants

    Chiffre d’affaires moyen, en dollars courants

    1906

    Wisconsin Bureau of Labor Statistics

    28

    198

    6

    25 000

    54 300

    1912

    Wisconsin State Board of Public Affairs

    35

    163

    7

    19 402

    61 076

    1916

    Wisconsin Secretary of State

    29

    *

    *

    *

    *

    1917

    Agricultural Experiment Station, University of Wisconsin

    59

    139

    *

    14 800

    52 290

    *= catégorie pour laquelle l’étude ne fournit pas de données.

    Réalisation de l’auteure.

    14L’implantation de ces magasins est assez dispersée, comme en témoigne la figure 4, issue d’une étude de l’université de 1917. Plusieurs pôles apparaissent cependant : en particulier au nord-ouest, près de la frontière avec le Minnesota, terrain privilégié d’organisations très actives dans la promotion de la coopération, ou au sud, autour de la capitale de l’État, dans les comtés les plus riches.

    Figure 4. – Localisation des magasins coopératifs en 1917.

    Source : Benjamin H. Hibbard et Asher Hobson, Cooperation in Wisconsin, op. cit., p. 27.

    15Les magasins ne sont pas les seules coopératives rurales de consommateurs à cette période. Comme dans les décennies précédentes, les assurances mutuelles, en particulier contre les incendies, sont très nombreuses, et présentes sur tout le territoire. Un autre mode de coopération se développe depuis le tournant du siècle autour des lignes téléphoniques : en 1915 les 3/5e des compagnies de téléphone de l’État sont considérées comme des coopératives. On en dénombre plus de 470 en 1917, en grande majorité de petite taille. Dès les années 1890, les membres des communautés rurales s’attellent, sur leur temps libre, à la construction, la mise en service et l’entretien de petites lignes locales, qui peuvent ensuite s’étendre en fusionnant. Il s’agit souvent du premier équipement téléphonique à domicile pour la plupart des membres17. Le fonctionnement des lignes est vu comme une activité communautaire, le standard étant généralement confié à l’une des femmes ou des filles des paysans membres. La constitution de ces coopératives peut se faire avec la collaboration des grandes compagnies de téléphone, ou au contraire en réaction à l’absence de service ou à des prix jugés prohibitifs. L’établissement le plus important du Wisconsin, celui du comté de Wood, créé dès 1896 par les habitants des petites villes, est bien mis sur pied contre la compagnie Bell dont les pratiques sont jugées abusives. En dépit des fréquents rachats de ces petites entreprises par les grandes compagnies de téléphone dans les premières décennies du xxe siècle, il en reste de nombreuses, et en 1937, dans le Wisconsin, plus de 500 sont encore définies comme fonctionnant selon des modalités coopératives18.

    16Le Wisconsin compte également des blanchisseries coopératives, qui apparaissent dans les années 1910. On en trouve deux à cette période dans l’État. Créées respectivement en 1913 et 1914, les blanchisseries sont d’abord envisagées comme le prolongement d’une coopérative laitière, puis sont finalement établies de manière indépendante, et deviennent la propriété de leurs consommateurs19. Enfin, au milieu des années 1920, dans le contexte de la diffusion de l’automobile dans les comtés ruraux, se multiplient les coopératives de fourniture d’essence, également possédées et dirigées par des consommateurs, en particulier des agriculteurs. Elles sont 37 dans l’État en 1930, et elles sont considérées comme l’une des catégories les plus prospères de coopératives à cette période20.

    17Les paysans du Wisconsin organisent donc, dans ces décennies, de plus en plus d’entreprises coopératives orientées vers la consommation. Plus encore, ceux-ci s’adaptent aux évolutions en cours dans le monde de la distribution et tentent d’en concurrencer les structures nouvelles. C’est ce que montre l’étude de deux organisations créées dans les premières décennies du xxe siècle.

    La Right Relationship League, marchands et paysans consommateurs au cœur des évolutions de la distribution

    Reprendre des magasins pour lutter contre la grande distribution

    18La Right Relationship League (RRL) est une organisation qui affirme œuvrer à des relations commerciales plus harmonieuses. Entre 1900 et 1915, elle est à l’origine de plus de 200 établissements coopératifs dans le Nord du Midwest, dont 54 dans le Wisconsin. La ligue trouve son origine dans une association de marchands formée en 1900 à Chicago. Son objectif est au départ de mobiliser le modèle de l’entreprise coopérative dans la lutte contre les grands magasins et les maisons de vente par correspondance qui connaissent un grand succès dans le Midwest21.

    19Le mode opératoire de la RRL consiste dans la reprise de magasins existants par des collectifs de paysans. Il peut être illustré par l’exemple d’un établissement créé dans le comté de Pierce en 1903. À la suite d’un travail promotionnel effectué par l’un des principaux responsables de la ligue, un groupe de plusieurs dizaines d’agriculteurs de la petite ville d’Ellsworth passe un contrat avec deux marchands, Thomas Nimlos et John Carmichael, qui leur vendent leur magasin et leur stock de marchandises. Ainsi est créée la Pierce County Farmers Co-operative Mercantile Company. Lors des premières discussions, les paysans investisseurs décident d’appliquer le modèle de Rochdale, en limitant les votes des actionnaires à une voix par membre et en plafonnant le nombre de parts qu’il est possible d’acquérir à 20. Cependant les formes institutionnelles évoluent rapidement : les paysans choisissent de régler ce qu’ils doivent aux marchands en parts du magasin, et ces derniers se retrouvent donc propriétaires d’une très grande quantité d’actions, bien au-delà de la limite de 20 initialement fixée par les statuts – 418 en ce qui concerne Thomas Nimlos. Le marchand garde d’ailleurs un rôle très important dans le magasin, les paysans lui confiant le rôle de manager. Il appartient à de nombreux comités et il est régulièrement élu au conseil d’administration. Il est également embauché, et rémunéré à la commission, pour démarcher de nouveaux souscripteurs22. On peut voir dans cet arrangement un détournement du cadre et de l’idéal coopératifs de la part de marchands, soucieux de s’assurer le soutien, financier notamment, de leurs clients agriculteurs, afin de lutter contre leurs concurrents, en particulier les maisons de vente par correspondance23.

    20Le fonctionnement des coopératives membres de la RRL fait néanmoins apparaître une situation plus complexe. Tout d’abord, les paysans restent une force importante au sein du magasin, du fait même de l’adoption de la structure coopérative grâce au mode de vote démocratique. Si les marchands ont une influence au sein de l’organisation, ils peuvent également être mis en minorité, comme en témoignent les conflits qui émergent au sein de la coopérative du comté de Pierce, dès les premières années : entre 1905 et 1907, le conseil vote plusieurs fois des résolutions qui rappellent à l’ordre les marchands24. Deuxièmement, les intérêts des agriculteurs, à la fois en tant que consommateurs et que producteurs, sont fréquemment défendus lors des réunions du conseil d’administration – les horaires sont aménagés pour leur permettre de venir le plus facilement possible, la construction d’un entrepôt associé au magasin est envisagée, les directeurs envoient des représentants aux réunions des organisations agraires. En outre, les identités économiques des différents groupes ne sont pas étanches au point que l’on puisse opposer des marchands manipulateurs à des paysans manipulés par l’intermédiaire de la coopérative. Thomas Nimlos, s’il est inscrit en tant que gérant de magasin dans le recensement de 1900, est classé comme agriculteur dans celui de 1910, et l’on retrouve sa trace dans l’une des plus grandes associations agricoles de l’État dans les années 192025.

    Le pouvoir des consommateurs

    21Les organisateurs de la RRL ne se contentent pas de promouvoir la reprise de magasins mais ils entretiennent une véritable réflexion sur l’entreprise et sa réforme. Les articles sur la question dans le journal de l’organisation, Co-operation, A Magazine of Economic Progress, créé en 1909, ainsi que les interventions de ses membres dans les magasins locaux, témoignent d’un réel intérêt pour les principes de la coopération, et permettent de nuancer l’idée d’une simple manipulation du modèle au profit de quelques marchands. On y retrouve, comme à la période précédente, la volonté d’encadrer le capital, le parallèle dressé entre l’entreprise et le gouvernement démocratique, la condamnation des dividendes trop élevés, ou encore la méfiance à l’égard du crédit et de l’endettement26.

    22Les magasins de la RRL présentent toutefois un caractère nouveau en ce que leurs organisateurs célèbrent la puissance collective des consommateurs. Le magazine de la ligue présente ainsi les magasins coopératifs comme une manière de soutenir le « pouvoir d’achat » des paysans. Ses rédacteurs expliquent également la supériorité de l’organisation des coopératives sur les grèves à l’aide d’arguments consuméristes : ces dernières font perdre de l’argent aux entreprises, et même lorsqu’elles sont victorieuses, elles aboutissement à des hausses de salaires ou du coût du travail, qui ont pour conséquence une élévation générale des prix, laquelle se répercute sur l’ensemble de la population. Au contraire, la participation à une coopérative permet de travailler dans l’intérêt de tous27.

    23Au sein de cette rhétorique consumériste, une place centrale est accordée aux femmes. En 1909, dans un article intitulé « Women and Co-operation », le magazine reconnaît leur rôle dans l’existence des magasins promus par la ligue :

    « Pourquoi les femmes devraient-elle adhérer à une entreprise coopérative est une question souvent posée. Qui devrait, sinon les femmes ? Qui achète toute la nourriture et les vêtements pour la famille, sinon les femmes ? Ainsi, la coopération et le magasin coopératif intéressent vraiment davantage les femmes que les hommes. »

    24Cette affiliation des femmes à la sphère de la consommation n’est pas rare à cette époque : elles sont les principales acheteuses des ménages au début du xxe siècle, à la campagne comme en ville, quelle que soit leur origine sociale ou raciale28. Elles sont donc des actrices importantes du tournant consumériste du début du xxe siècle, très actives au sein des mouvements de consommateurs, mais aussi, plus largement, participent à l’émergence des pratiques et des structures de la consommation de masse29.

    25L’auteure de l’article reconnaît cette centralité, néanmoins, elle ne continue pas en encourageant les femmes à prendre part à la gestion des affaires financières des entreprises coopératives ou à prétendre à des fonctions de décision, mais elle conclut en leur disant : « L’aide des femmes aux mouvements coopératifs de ce pays pourrait commencer sous de bons auspices par l’organisation d’un pique-nique réussi. Organisez un pique-nique dès cet été30. » Quoique plus intéressées que les hommes à l’existence de ces magasins, les femmes sont d’abord invitées à mettre en avant leur contribution sociale de maîtresses de maison, renforçant l’idéologie de « la séparation des sphères ».

    26Cette restriction du rôle féminin au sein de l’entreprise trouve un écho dans le fonctionnement des coopératives locales. Dans la coopérative des paysans du comté de Pierce, si on trouve la trace de femmes actionnaires – qui écrivent au conseil d’administration à plusieurs reprises – celles-ci ne participent jamais aux fonctions de direction et n’interviennent pas aux réunions annuelles des membres31.

    Centralisation et efficacité

    27Les coopérateurs de la RRL ne partagent pas seulement la rhétorique des mouvements consuméristes, mais elles se placent également au cœur des évolutions qui touchent le monde de la distribution. Ils défendent en effet avec vigueur un modèle d’organisation centralisée, dans lequel le magasin principal exerce un contrôle sur différentes succursales et, à une autre échelle, la ligue exerce un contrôle sur l’ensemble des magasins. Reprenant à leur compte l’idée, largement répandue à cette période, que les magasins de détail sont trop nombreux, les dirigeants de la RRL ont pour objectif de reprendre, voire de fusionner, des magasins existants, non pas d’en créer de nouveaux. Il s’agit d’organiser la distribution de manière plus efficace, en bénéficiant d’économies d’échelle32.

    28Les organisateurs de la ligue, qui vont de ville en ville pour présenter leur programme, ne cessent de promouvoir les projets de fédération et de concentration des activités. Dès les commencements, les magasins sont encouragés à se fournir auprès de l’organisation de marchands de Chicago, qui entend fonctionner comme une centrale d’achats. Dans les établissements du comté de Pierce, une résolution est votée fin 1903 par le conseil d’administration, pour demander aux gérants de concentrer leurs achats dans le plus petit nombre de maisons possible. À partir de 1907, la ligue tente de mettre sur pied une nouvelle centrale, la Cooperative Wholesale Co., créée officiellement en 1909. Mais l’effort tourne court, les coopératives locales ne parvenant pas à fournir des capitaux suffisants et, dans les années qui suivent, tout en répétant fréquemment dans le journal de la ligue qu’une telle organisation serait nécessaire, les dirigeants se contentent d’encourager les fédérations et les contacts entre les différents magasins. L’une des manières de le faire est d’inciter les magasins à se former dès le départ en association de comté et à s’étendre en ouvrant des succursales dans des communautés voisines. L’établissement organisé dans le comté de Polk, dont le principal point de vente est situé à Amery, compte 10 succursales et environ 600 membres à la fin des années 191033.

    29On ne peut comprendre ces recommandations qu’en tenant compte des évolutions de la distribution à cette période. Car si la ligue trouve son origine dans la lutte contre les grands magasins ou les maisons de vente par correspondance, les coopératives qu’elle met sur pied se définissent de plus en plus en référence à un autre modèle qui apparaît alors, celui des magasins à succursales multiples (chain stores). Il s’agit d’une entreprise, possédée par un ou plusieurs propriétaires, qui ouvre différents magasins dirigés par des gérants qui sont des employés, contrairement au modèle du magasin indépendant où le propriétaire est aussi souvent le gérant. Le pionnier de ce modèle est l’Atlantic & Pacific Tea Company (A&P), créée en 1859, et les chaînes de magasins, qui connaissent déjà un développement régional important dans les années 1900-1910, constituent une référence pour les coopérateurs de la RRL dès cette période34. Il ne s’agit pas d’un adversaire aussi diabolisé que les compagnies de chemin de fer dans les décennies précédentes, mais certainement d’un type d’organisation qui sert à la fois de repoussoir et de référence. Les coopérateurs liés à la ligue rejettent l’organisation individuelle (par opposition à leur système collectif) et l’absence de démocratie interne de ces magasins, mais ils en retiennent les formes centralisées.

    30Si le magazine de la ligue cite volontiers les « trusts » comme une référence négative, reprenant en cela la rhétorique des mouvements antimonopolistes du xixe siècle, la mention des chaînes de magasins revient de plus en plus fréquemment. Dès 1908, le secrétaire de la ligue évoque un programme de « chaînes de magasins de comté » pour désigner la recommandation faite aux paysans de s’organiser dès le départ à cette échelle et d’ouvrir rapidement des succursales35. En 1912, les éditeurs invitent les agriculteurs à ne pas faire l’erreur de la décentralisation, comme en témoigne la citation placée en exergue de ce chapitre, qui invite les coopérateurs ne pas se comporter en « amateurs ».

    31Les chaînes sont condamnées parce qu’elles menacent les magasins indépendants et placent un pouvoir important entre les mains d’un petit nombre. Au contraire, le système coopératif préconisé par la RRL permet aux « populations locales » de garder « le contrôle complet » sur les magasins, et de combiner les « principes de la véritable coopération » – sous les traits du modèle de Rochdale – et « l’efficacité des pratiques des entreprises » classiques36.

    32En dépit des espoirs suscités par ses méthodes centralisatrices, la ligue rencontre de nombreuses difficultés au début des années 1910. Les problèmes des magasins locaux, les conflits avec les marchands, la concurrence avec les magasins existants, les échecs à mettre en place la centrale d’achats, ainsi que des conflits internes entre les dirigeants, impliquent un ralentissement des efforts de propagande et d’organisation. De moins en moins de magasins sont mis sur pied en 1912-1913, et les activités de la RRL semblent s’interrompre après 1914. Certains magasins locaux survivent cependant, parfois même pendant des décennies37.

    Le Co-operative Central Exchange, une coopérative politique contre les chaînes de magasins

    La difficile constitution d’une centrale d’achats coopérative

    33Dans les années de l’entre-deux-guerres, l’entreprise de consommateurs la plus puissante des États-Unis ne se trouve pas à Chicago ni à New York comme pourrait le laisser penser l’historiographie. Il s’agit d’une fédération de magasins coopératifs, autour d’une centrale d’achats, établie à Superior, dans l’extrême nord du Wisconsin, par un groupe d’immigrés finlandais, militants socialistes. Elle prend en quelque sorte le relais de la RRL, puisque ses activités commencent en 1917, peu après l’extinction de celles de la ligue, et que leurs territoires d’opération se recouvrent en partie38. Comme elle, mais avec de meilleurs résultats, elle contribue à la centralisation des activités coopératives de consommation dans le Wisconsin, dans un contexte de concurrence avec les chaînes de magasins39.

    34L’activité coopérative dans la région du Nord des Grands Lacs – le Nord du Michigan, du Wisconsin et du Minnesota, où se trouve une importante communauté finlandaise – date du tournant du siècle. Elle est alors soutenue par un mouvement socialiste influent localement, mais résulte surtout de luttes ponctuelles contre des marchands locaux, indépendants ou rattachés à des grandes entreprises, qui imposent des prix et des conditions jugés insoutenables par les populations, tout en proposant des marchandises de mauvaise qualité. La région en question, connue sous le nom de Cutover (« à blanc ») à cause de la situation de désolation dans laquelle les activités des compagnies d’extraction du bois l’ont laissée, se caractérise à la fois par son isolement relatif, son climat très rude et sa pauvreté. Dans ces circonstances, les magasins directement contrôlés par les compagnies minières ou de production de bois, ou par les marchands locaux qui disposent de monopoles, n’ont pas de difficultés à imposer leurs conditions aux consommateurs, en matière de prix comme de crédit40. C’est ce contexte qui suscite la création des premiers magasins coopératifs dans la région autour des années 1900.

    35En 1917, les représentants des magasins existants commencent à promouvoir la création d’une fédération et d’une centrale d’achats, parce qu’ils estiment que leurs établissements sont victimes de discrimination de la part des grossistes, notamment dans le contexte de pénurie liée à la guerre. Les dirigeants de 19 magasins se rencontrent à Superior en juillet 1917 et décident de former une centrale coopérative, le Co-operative Central Exchange (CCE)41.

    36Les débuts du CCE sont difficiles. Lors de la première réunion, les organisateurs ne parviennent à réunir que 15,50 $ pour l’organisation de leur fédération. Les premières commandes sont cependant passées dès le mois suivant. Le CCE ne compte à l’origine qu’un seul employé et moins d’une vingtaine de coopératives membres. Mais la fédération connaît des progrès rapides, et réunit 76 magasins en 1927, et plus de 100 dans les années 1930. Au milieu de cette décennie, la centrale embauche 70 personnes et déclare des ventes annuelles entre 2 et 3 millions de dollars, quand celles des magasins membres s’élèvent à 8 millions à la même période. Alors que la plupart des tentatives de fédérations et de centrales coopératives formées aux États-Unis autour de la guerre s’effondre au moment de la crise de 1920-1922, le CCE est la seule entreprise de ce genre, à cette période, à ne pas mettre la clé sous la porte. Au contraire même, alors que de nombreuses coopératives individuelles disparaissent à cette période, seules 8 % des organisations membres du CCE disparaissent entre 1922 et 1925. Dans les années 1930, avec plus de 100 magasins et environ 30 000 membres, la fédération basée à Superior devient le principal réseau de coopératives de consommation aux États-Unis42.

    37Ces 30 000 membres ne représentent qu’une faible proportion du 1,2 million d’habitants de la région, mais certains établissements sont dominants localement. Les magasins réunissent généralement entre 100 et 500 membres, avec des ventes annuelles autour de 100 000 $ dans les années 1930. Ce dernier chiffre est à comparer avec la moyenne des ventes des magasins privés dans la même région, qui s’établit plutôt autour de 20 000 $, et encore moins dans les zones rurales. Dans certaines localités du Nord de la région des Grands Lacs, les coopératives sont les établissements les plus importants43.

    38Certaines des coopératives membres du CCE sont d’origine et de composition principalement ouvrières. C’est le cas de la People’s Cooperative Society, qui est créée à Superior, la quatrième ville de l’État, dès 1916, et qui devient l’un des principaux membres de la fédération dans les années 1920. Cependant, la majorité des membres du CCE sont des ruraux, 75 % encore en 1937. Le magasin de Brule, dans le comté de Douglas, à une cinquantaine de kilomètres du siège de la fédération, en est un exemple. Brule est une minuscule localité, d’environ 150 habitants, partagée entre les activités du bois et la production laitière. Les fermes y sont très petites et peu rentables, et la plupart des habitants, d’origine finlandaise ou scandinave, sont d’anciens mineurs ou travailleurs du bois reconvertis dans l’agriculture. Le magasin créé en 1920, sous le nom de Farmers’ and Consumers’ Cooperative Association, ne réunit que quelques dizaines de membres44.

    39La fédération fournit de nombreux services aux coopératives locales. Il s’agit d’abord et avant tout d’une centrale d’achats, qui approvisionne les magasins en conserves, farine, fourrage, articles de mercerie, outillage, vêtements, gaz ou essence. Dès 1918, le CCE crée une boulangerie, notamment afin de produire et vendre des produits typiques de l’alimentation finlandaise, encore une fois dans le contexte des pénuries liées à la guerre. Dès le début des années 1920, la fédération, qui se fournit soit chez des grossistes, soit directement auprès des industriels, développe sa propre ligne de produits, nommée « Red Star », puis « CO-OP », d’abord utilisée pour le café et la farine avant que les produits ne se multiplient. Le CCE déclare effectuer des tests chimiques pour s’assurer de la fiabilité des marchandises et entend proposer des biens d’un standard équivalent à celui des marques connues nationalement45.

    40En outre, la fédération est aussi un lieu de sociabilité, principalement orienté vers la communauté finlandaise d’obédience socialiste. Elle propose à partir de 1926 un journal, le Co-operative Pyramid Builder, diffusé, en anglais, à 25 000 exemplaires dans la région, des programmes radiophoniques, des pièces de théâtre, des comédies musicales montées par les employés. Les coopératives individuelles sont elles aussi encouragées à organiser des activités pour leurs membres, certaines acquièrent des terrains où elles créent des parcs, programment des colonies de vacances pour les enfants ou des compétitions sportives46. Comme au temps de la RRL, les femmes sont particulièrement mobilisées pour développer les activités sociales et éducatives. Il ne s’agit pas là d’une dimension folklorique : les pique-niques, les concerts ou les événements sportifs qu’organisent les membres féminins, souvent regroupées dans des ligues, sont essentiels pour le processus d’ancrage des coopératives dans les communautés locales. Ils permettent de faire connaître l’organisation, de resserrer les liens entre les membres et de faire en sorte que ceux-ci restent fidèles au magasin au moment de décider où faire leurs courses47.

    Politique et centralisation, un modèle pour concurrencer les chaînes de magasins

    41Dans le contexte des années 1920 et 1930, où les magasins à succursales multiples ont pris une importance encore plus grande dans la région, le CCE, afin de leur faire concurrence, promeut un modèle qui mêle centralisation des opérations, défense de la coopération et politisation des membres.

    42Son magazine regorge de dénonciations des chaînes. En mai 1927 par exemple, les éditeurs s’indignent de l’importance prise par quelques très grandes entreprises, qui contrôlent désormais des milliers d’établissements, et en concluent que « le capitalisme moderne a pénétré le dernier bastion du petit homme d’affaires ». A&P, à la tête de 15 000 magasins, contrôlée par une poignée de maisons financières basées à New York, fait notamment l’objet d’attaques particulières48.

    43Afin de concurrencer ces institutions, la fédération s’inspire en partie de leurs méthodes, et promeut la plus grande standardisation possible dans les magasins membres. Elle encourage l’unité entre les magasins individuels, la mise en place de commandes communes et même d’associations régionales pour certains produits comme l’essence. Le service technique de la fédération, très zélé, va jusqu’à recommander aux coopératives membres d’homogénéiser la dimension des bâtiments, l’organisation des différentes sections à l’intérieur des établissements, la disposition des meubles, la hauteur des comptoirs, et la profondeur des étagères. Les dirigeants du CCE encouragent également les magasins à adopter une enseigne standard, « The Co-operative Store », de couleur orange et verte, afin d’être plus facilement reconnaissables49. Les statuts d’adhésion ne donnent pas au CCE de pouvoir central qui lui permettrait d’imposer ces standards aux coopératives membres, et certaines ne s’y conforment pas – en particulier dans les localités les plus éloignées du siège qui ne se fournissent pas majoritairement à la centrale. Mais dans les zones les plus proches, les dirigeants du CCE sont particulièrement interventionnistes, allant parfois jusqu’à contourner les conseils d’administration des entreprises membres en convoquant des réunions générales des actionnaires50.

    44En 1922, la fédération inaugure également un service d’audit, dans le contexte de la crise qui touche l’agriculture à cette période. Le CCE parvient dans les années 1920 à réaliser des contrôles réguliers dans presque toutes ses coopératives affiliées et à former les gérants. Ce service, et les différentes opportunités de formation offertes par la fédération, sont considérés par les membres comme l’une des raisons qui permettent aux entreprises individuelles, comme à la centrale, de survivre à la crise du début des années 1920. Il est très valorisé au sein du mouvement, son financement et le développement de ses activités sont considérés comme prioritaires : d’un seul employé en 1922, le service passe à 5 puis à 8 comptables à plein temps au milieu des années 1930. Très peu de magasins ferment au moment de la chute brutale qui suit le retour à la paix en 1920, et plus aucun n’échoue jusqu’à la Grande Dépression51.

    45Ces succès sont exaltés dans le journal du CCE ou dans le matériel de formation, où l’on trouve la défense de la supériorité d’un modèle coopératif qui tente de faire la synthèse entre la volonté de centralisation et la promotion d’une idéologie consumériste. Plus encore que la RRL en effet, le CCE se revendique du pouvoir donné aux consommateurs par l’intermédiaire des magasins. La fédération est présentée par ses dirigeants comme le résultat de l’action des « consommateurs organisés », et ils formulent ainsi leur objectif : « Les consommateurs oubliés se délivreront eux-mêmes de la servitude du système actuel du profit52. » Pour faire valoir la manière dont leur organisation sert les consommateurs d’abord et avant tout, les dirigeants du CCE insistent sur les règles de fonctionnement institutionnel de la fédération, qui placent la plus grande partie du pouvoir dans les mains des membres individuels. La centrale se veut un outil au service du mouvement coopératif et ne vend ses produits qu’à des coopératives, qu’elles soient membres ou non53.

    Figure 5. – Le café politique des coopérateurs du CCE.

    Source : The Co-operative Pyramid Builder, mai 1928.

    46Outre la défense de la coopération, le CCE revendique un fort ancrage politique. Contrairement à d’autres coopératives qui clament dans l’entre-deux-guerres la neutralité de leurs entreprises, la fédération des Grands Lacs est dès l’origine très liée au mouvement socialiste, puis communiste. Parmi les membres fondateurs se trouvent les dirigeants de la Finnish Workers’ Federation, créée en soutien à la révolution bolchévique après 1917. Avant 1926 et la création du journal indépendant, c’est la publication de cette organisation, Työmes, qui sert d’organe de propagande aux coopérateurs du CCE. Dans de nombreuses coopératives locales, les militants communistes forment le gros des troupes et intègrent les équipes dirigeantes. Coopérateurs et membres de la fédération des travailleurs se réunissent dans les mêmes locaux et s’apportent un soutien financier mutuel. Lorsque la marque coopérative est lancée dans les années 1920, le choix de son nom, Red Star, et de son symbole, la faucille et le marteau, témoignent de la volonté d’afficher l’orientation politique des coopératives. L’engagement politique est réaffirmé dans le Co-operative Pyramid Builder à partir de 1926, où l’on trouve des appels à l’union des paysans et des ouvriers états-uniens, des interventions sur les grandes batailles de la gauche états-unienne – le soutien aux anarchistes Sacco et Vanzetti en 1927 – ou internationale – la solidarité avec la grève des mineurs britanniques en 192654.

    47En 1929-1930, la centrale d’achat se trouve néanmoins au cœur d’une confrontation entre les membres du Parti communiste états-unien, qui souhaitent mettre le potentiel de la fédération coopérative au service de leur organisation, et des opposants qui refusent l’allégeance au parti. Ces derniers finissent par l’emporter et les communistes sont évincés à la fois de la fédération et de la plupart des coopératives locales. En dépit de cette rupture, le CCE (qui change de nom à cette occasion pour devenir le Co-operative Central Wholesale, en même temps qu’il abandonne la faucille et le marteau) reste une entreprise politique et contestataire : dans ses motifs d’organisation, les engagements politiques individuels de nombre de ses membres, et jusque dans ses modalités de fonctionnement, qui remettent en cause une partie de l’organisation commerciale dominante55.

    48Dans les années 1920 et 1930, le CCE parvient à allier de manière assez efficace les revendications politiques, la défense du modèle coopératif de l’entreprise, et ses velléités de centralisation. Ces différents piliers sont exaltés comme étant la source d’un modèle alternatif de distribution, non seulement plus souhaitable que les chaînes avec leurs succursales multiples, mais aussi plus efficace. Dans le Co-operative Builder des années 1920, le fonctionnement de l’actionnariat capitaliste et le versement de dividendes sur l’investissement sont systématiquement dénoncés comme une escroquerie inefficace. Plus encore, les coopérateurs publient des chiffres qui témoignent de la supériorité de la coopération sur l’organisation des chaînes : les frais de fonctionnement apparaissent notamment systématiquement moins élevés dans les coopératives que dans leurs homologues capitalistes56.

    49Le cas de la Right Relationship League comme celui du Co-operative Central Exchange mettent en évidence l’existence de véritables mouvements, majoritairement ruraux, fondés sur une rhétorique de défense du consommateur, se distinguant de l’idéologie de protection du producteur qui caractérisait les mouvements antimonopolistes de la période précédente. Les membres de ces organisations prennent part au tournant consumériste du début du xxe siècle, en s’emparant du cadre de l’entreprise coopérative pour promouvoir leur identité politique de consommateurs. Ce faisant, les coopérateurs ruraux définissent un modèle d’organisation économique à la fois distinct et cousin de celui des chaînes de magasins avec lesquels ils sont explicitement en concurrence.

    50Toutefois, si les coopératives servent d’instrument aux consommateurs ruraux, dans le nouveau contexte de l’orée du xxe siècle, elles sont aussi massivement mobilisées par les agriculteurs dans leurs activités de production et de commercialisation.

    La professionnalisation des coopératives agricoles, un changement d’échelle

    51Dans le Wisconsin comme ailleurs aux États-Unis, la plupart des coopératives des années 1900-1920 sont des organisations agricoles, dédiées à la fabrication et à la commercialisation de produits, ou à l’achat collectif de biens destinés à la production.

    52Dans ces décennies le Wisconsin poursuit sa transition des céréales vers la production laitière57. La plupart des coopératives créées le sont dans ce secteur : 1 108 des 1 336 entreprises de coopération agricole dénombrées par un rapport de l’université du Wisconsin en 1917 sont des laiteries ou des fromageries. Le modèle de l’entreprise coopérative est désormais bien connu. Dès 1915, plus de 45 % des laiteries et 37 % des fromageries de l’État sont des organisations coopératives. Comme pour les magasins, ces proportions sont plus élevées dans certaines localités : autour de 80 % dans les comtés du Sud-Ouest en ce qui concerne les fromageries, la distribution des laiteries étant plus homogène. Les agriculteurs du Wisconsin organisent également des coopératives pour d’autres activités : celles qui sont liées à la production laitière – en particulier le transport de bétail, et plus marginalement l’élevage – ou dans des secteurs distincts – le stockage et la commercialisation de fourrage, de pommes de terre, de fruits ou de tabac. D’une manière générale, les coopératives agricoles connaissent un essor à cette période : entre 1915 et 1924, l’État devient le troisième du pays, en termes de nombre d’organisations comme de membres, juste derrière le Minnesota et l’Iowa58.

    53Entre les années 1900 et 1930, deux organisations principales se succèdent pour défendre un programme coopératif pour les paysans de l’État. La première est la Wisconsin Society of Equity (WSE), à partir des années 1900, que l’on peut voir comme une héritière du populisme, très proche du mouvement progressiste de l’État, et qui intègre à la fois paysans et consommateurs. La seconde, beaucoup plus conservatrice, est le Wisconsin Council of Agriculture (WCA), créé à la fin des années 1920, bien plus proche du groupe d’intérêt professionnel, et qui définit la coopération comme une activité exclusivement agricole.

    54Les experts de l’université de l’État estiment alors que les principales raisons qui mènent les paysans du Wisconsin à organiser des coopératives ont trait aux économies d’échelle et à la standardisation des produits. Mais ceux-ci peuvent aussi être guidés par des stratégies antagonistes vis-à-vis des autres acteurs des différentes filières agricoles, en particulier quand il s’agit de grandes entreprises ou d’alliances de marchands. Les agriculteurs qui s’associent pour mettre sur pied des entrepôts afin de stocker des pommes de terre, du fourrage ou du tabac, cherchent bien à contrôler collectivement les quantités disponibles sur le marché afin d’influer sur les prix et de peser dans la négociation avec les acheteurs. C’est le cas également des producteurs laitiers qui diversifient les débouchés, afin parfois de créer des pénuries59.

    Les fédérations coopératives, l’adaptation au « big business »

    55Afin d’atteindre une taille critique qui leur permette de gagner en influence, les coopérateurs de cette période multiplient les initiatives d’alliances et de fédérations de coopératives, jusqu’à former des entreprises de grande envergure. De telles unions sont souvent créées dans un contexte de conflit avec les acheteurs ou les intermédiaires. C’est notamment le cas de l’emblématique fédération coopérative des producteurs de fromage, la Wisconsin Cheese Producers Federation, qui devient dans les années 1910 et 1920 l’une des organisations les plus importantes de la filière, et dont la trajectoire est présentée dans l’encadré 3.

    Encadré 3 : La Wisconsin Cheese Producers Federation et la bataille contre les marchands de Plymouth

    La Wisconsin Cheese Producers Federation doit sa naissance à une bataille menée contre les marchands de Plymouth, l’un des centres de la production fromagère de l’État. En 1911, la bourse du fromage, où s’établissent les prix pour tout l’État, annonce des tarifs particulièrement bas : les marchands acquièrent le fromage à 11-13 cents la livre, alors que les consommateurs l’achètent dans les magasins entre 25 et 30 cents. Par ailleurs, les prix imposés sont trop bas pendant les mois d’été, quand la production atteint son maximum, et l’augmentation n’est que limitée pendant les mois d’hiver. Ces décalages s’expliquent par le circuit de commercialisation complexe que suit le fromage produit dans le Wisconsin à cette période, avec plusieurs niveaux d’intermédiaires. Si les agriculteurs reconnaissent les services rendus à ces différentes étapes, ils estiment néanmoins que les intermédiaires s’accordent des profits trop importants et accusent les marchands de Plymouth, qui contrôlent la bourse du fromage, de s’entendre et de constituer un « trust » afin de manipuler les prix.

    Pour contrer ces pratiques, les producteurs, menés par un sénateur de l’État, Henry Krumrey, avec l’appui des progressistes au pouvoir et de la Wisconsin Society of Equity, organisent une fédération de coopératives afin de donner aux paysans davantage de contrôle sur le processus. Krumrey, lui-même un producteur laitier de la région de Plymouth, parvient à rassembler autour de lui 40 fromageries coopératives et à lever 50 000 $ pour construire un premier entrepôt de stockage. Il organise de grandes réunions, publie des dizaines d’articles incendiaires et se déplace pour présenter le programme dans des fromageries locales. L’organisation est créée en 1914 avec pour objectif le stockage et la commercialisation du fromage, et l’établissement de prix stables sur l’année. Elle rencontre de très virulentes oppositions, notamment sous la forme de boycotts de la part de la bourse du fromage, mais poursuit néanmoins ses progrès. En 1920, elle affirme réunir 120 fromageries totalisant 1 200 membres, et en 1925 elle possède 11 entrepôts, dont un dans le Minnesota, et réunit des fromageries dans tout l’État. Alors qu’elle commercialise environ 6 millions de livres de fromage en 1914, ce chiffre s’élève à près de 28,5 millions en 1924.

    Au bout de dix ans d’existence, la fédération se targue d’avoir significativement fait baisser les coûts de commercialisation, d’avoir stabilisé les prix sur l’année, et d’avoir contribué à la standardisation des produits, notamment à travers la création de deux marques, « Federation » et « Mello-Creme ». Pour ses organisateurs, comme pour les soutiens publics de la fédération, c’est le modèle coopératif et le contrôle final exercé par les paysans qui sont à la source de ces succès. Il ne s’agit pas d’une organisation monopolistique, elle fonctionne elle-même sur un modèle coopératif et en 1928 elle ne contrôle encore que 10 % du fromage produit dans l’État, mais d’une tentative de coordination sur la base d’une fédération de coopératives, qui restent individuellement de petite envergure.

    « Cheese Marketing Unsatisfactory, State Senator Henry Krumrey of Plymouth Exposes Manipulations », Wisconsin Equity News, 21 août 1912 ; « Stories do not Gibe », The Plymouth Review, 26 février 1913 ; « A Blow at the Cheese Trust », La Folette Magazine, juin 1915 ; Theodore Macklin, Marketing by Federations, Madison, Agricultural Experiment Station of the University of Wisconsin, Bulletin 322, 1920 ; William Kirsch, The History and Accomplishments of the Wisconsin Cheese Producers’ Federation, Bulletin of the State of Wisconsin Department of Markets, novembre 1925.

    56Les producteurs de beurre, de tabac, de fruits mais aussi les éleveurs ont également recours au modèle de la fédération coopérative dans les années 1910-193060. Il s’agit à chaque fois de standardiser les produits en en améliorant la qualité, mais aussi de négocier un mode de commercialisation plus avantageux, dans un contexte souvent conflictuel. Les producteurs cherchent à atteindre une masse suffisante pour traiter directement avec des distributeurs à grande échelle, notamment les chaînes de magasins qui, comme on l’a dit, se multiplient dans le Wisconsin des années 1920.

    57Floyd Lucia, employé dans diverses laiteries du Midwest au début du siècle, et qui devient l’un des responsables des ventes de la fédération des producteurs de beurre du Wisconsin au milieu des années 1920, s’en souvient a posteriori comme l’une des principales caractéristiques de l’organisation. Il explique qu’avant la constitution de l’association, les laiteries individuelles vendaient à des maisons de négoce et ne parvenaient pas à concurrencer les grandes entreprises de plus en plus nombreuses dans le secteur. Le passage par la fédération est selon lui ce qui permet de s’adapter au réseau de distribution et de vendre directement aux chaînes de magasins, en particulier ceux de la National Tea Company, l’une des chaînes les plus importantes de la région à cette période, qui siège à Chicago. Les fédérations permettent de centraliser les opérations de commercialisation et de trouver des débouchés dans tous les États-Unis61.

    58L’évolution vers les fédérations coopératives est donc à comprendre dans le contexte d’un nouveau réseau de distribution, dominé par de grandes entreprises privées de plus en plus centralisées. Certaines coopératives individuelles prennent à la même période une grande envergure, en particulier les laiteries : celle de Medford, dans le comté de Taylor, ou celle de Barron, dans le comté du même nom, réunissent chacune autour de 1 000 clients (membres et non-membres) au début des années 1930, la plus grosse coopérative laitière du comté de Milwaukee revendiquant même 2 800 clients en 194062. Cette tendance est représentative d’une évolution nationale, signalée en 1929 par un journal du ministère fédéral de l’Agriculture qui annonce, chiffres à l’appui, que les coopératives agricoles sont « désormais dans la catégorie du “big business63” ». Ce mimétisme organisationnel de la part des agriculteurs est résumé en ces termes par un historien de l’industrie du lait : « Les producteurs étendirent grandement leurs organisations coopératives de commercialisation, suivant le modèle, si ce n’est les formes juridiques, des grandes entreprises laitières64. »

    59Or ces formes juridiques ne sont pas indifférentes. Les fédérations fonctionnent généralement selon le modèle coopératif et sont organisées suivant le nouveau statut coopératif de l’État, voté en 191165. Les comptes rendus de la création de ces associations insistent d’ailleurs généralement sur le cadre démocratique de l’organisation et sur le fait que le contrôle reste institutionnellement aux mains des membres. Comme pour le CCE, les membres individuels des coopératives participantes, ici les agriculteurs, restent l’élément de base de la fédération et ils en gardent le contrôle. Dans cette évolution vers le modèle des fédérations, le Wisconsin n’est pas isolé, et les paysans discutent d’ailleurs fréquemment de ce qui se passe dans les autres États, en particulier dans le Minnesota voisin – où la fédération de producteurs de beurre, Land O’ Lake, entre en concurrence directe avec celle du Wisconsin dans les années 1920 – ou en Californie, où les producteurs de fruits s’organisent selon un modèle encore bien plus centralisé66.

    60Les grandes fédérations coopératives reçoivent le soutien enthousiaste des organisations agricoles les plus conservatrices de l’État. Le Wisconsin Council of Agriculture, créé en 1928 avec le soutien de l’université, défend, par la voix de son porte-parole, Milo Swanton, ces organisations pour les liens qu’elles peuvent tisser avec les grandes entreprises du secteur. Swanton estime en effet que la participation à des coopératives puissantes permet aux membres de comprendre que les grandes « entreprises laitières ont aussi leurs problèmes ». Pour lui, grâce à la négociation directe avec les marchands, les coopérateurs peuvent se familiariser avec leurs méthodes et apprendre d’eux. Plus qu’un instrument de rapport de force, tel que le conçoit Henry Krumrey à Plymouth en 1913, la coopérative devient un outil qui permet de mettre au jour des affinités, y compris personnelles, avec les autres acteurs de la filière laitière. Il conclut ainsi, à propos de son expérience auprès des cadres des grandes entreprises qui achètent le lait à la coopérative dont il est membre à Madison : « Nous avons appris à apprécier ces hommes67. »

    L’appui législatif au changement d’échelle

    61Entre les années 1900 et les années 1920, les paysans états-uniens obtiennent progressivement la définition d’un cadre juridique très favorable à leurs organisations coopératives, à la fois à l’échelle des États et au niveau fédéral. On étudiera dans le chapitre suivant le rôle précis joué par les pouvoirs publics dans l’appui aux coopératives, il s’agit simplement de souligner ici le soutien apporté à l’essor d’entreprises capables de concurrencer les acteurs les plus concentrés des filières agricoles, en particulier les fédérations.

    62Victoria Woeste présente ce phénomène à propos de la Californie. Elle montre comment les producteurs de fruits, jouant en particulier sur le rôle symbolique du fermier dans l’imaginaire politique états-unien, parviennent à convaincre législateurs et tribunaux à différentes échelles que les coopératives doivent être particulièrement protégées, et notamment ne pas être condamnées par les lois antitrust. L’évolution décrite par Woeste est aisément observable à l’échelle fédérale : entre les années 1910 et 1920, les coopératives agricoles obtiennent la possibilité d’échapper aux poursuites au nom des lois antitrust, ainsi qu’une exemption de l’impôt fédéral sur le revenu. Ces victoires sont notamment l’effet d’un lobbying efficace de la part d’organisations agraires nationales, qui ont renoncé aux stratégies de tiers partis en faveur d’une politique d’influence pragmatique, par l’intermédiaire notamment d’un groupe d’élus au Congrès, surtout en provenance du Sud et du Midwest68.

    63Dans le Wisconsin la trajectoire est comparable. Un nouveau statut juridique spécifique aux coopératives est voté en 1911, dans le contexte de la lutte des producteurs de fromage contre les marchands de Plymouth, notamment grâce au lobbying de la progressiste Society of Equity. Les modifications législatives des années suivantes sont clairement tournées vers les intérêts agricoles – une nouvelle loi votée en 1921 protège les contrats d’exclusivité passés entre les coopératives et leurs membres et renforce la possibilité d’adhérer aux fédérations69. Comme le montre le cas de l’alliance des producteurs de tabac, présenté dans l’encadré 4, les tribunaux sont de plus en plus enclins à soutenir les organisations agricoles, même lorsque celles-ci visent explicitement à contrôler les prix.

    Encadré 4 : Le pool des producteurs de tabac soutenu par l’État dans les années 1920

    En 1921, les producteurs de tabac de l’État organisent une grande coopérative, le Northern Wisconsin Tobacco Pool, pour commercialiser leur produit en commun dans un contexte de grande fluctuation des prix. Le tabac est alors un produit hautement spéculatif, et les producteurs veulent pouvoir stocker leurs marchandises et la vendre en commun pour éviter les chutes brutales des prix. Dans de nombreux États, ils tentent de s’organiser, parfois avec violence, comme le relate Robert Penn Warren dans son roman Le Cavalier de la nuit (1939), à propos du Kentucky.

    Organisé selon le statut coopératif de l’État, le pool du Wisconsin n’est pas de la même nature que les fédérations mentionnées plus haut. Contrairement à l’association des producteurs de fromage, il n’est pas fondé sur l’adhésion de petites coopératives locales, mais sur la participation directe des producteurs à une seule organisation. En 1923, il réunit plus de 6 000 membres, soit 75 % des producteurs de l’État. Comme le lui permet la loi de 1921, la coopérative établit des contrats avec ses membres, dans lesquels elle demande l’exclusivité de la livraison de ses produits, faute de quoi les signataires doivent lui verser une amende. Ces pratiques sont très usitées dans les coopératives au début du siècle, même dans plus petites, mais elles sont fortement contestées par les tribunaux qui y voient la preuve d’une conspiration pour restreindre la concurrence.

    En 1923, le pool attaque en justice un négociant, Bekkedal, accusé de chercher à acheter le tabac des membres de la coopérative, et donc « d’interférer » dans le contrat passé avec eux. Le procès va jusqu’à la Cour suprême de l’État, qui se prononce en faveur de la coopérative, condamne le marchand, et valide les pénalités demandées aux membres qui acceptent de vendre à l’extérieur. Le tribunal reconnaît que le pool constitue bien une « entente », mais qu’il ne peut pas être condamné en tant que tel puisqu’il existe des « ententes bénéfiques ». Cette décision correspond à une tendance qui consiste pour les tribunaux, à partir de la fin des années 1910, à considérer avec bienveillance les opérations des agriculteurs visant à contrôler le marché, puisqu’ils ont à s’opposer à des concurrents eux-mêmes très organisés, et à s’intéresser davantage aux résultats de ces ententes qu’aux intentions. Dans la mesure où les entreprises coopératives, même si elles ont pour certaines des visées monopolistiques, n’aboutissent pas à des hausses de prix « déraisonnables » (sans que cette caractéristique soit précisément définie), elles sont jugées légales et soutenues par les tribunaux.

    Co-operative Tobacco Marketing in Wisconsin, Bulletin of the State of Wisconsin Department of Markets, juin 1923 ; Charles Goldberg, « Co-operative Marketing and Restraint of Trade », Marquette Law Review, no 12-4, 1928, p. 277-288 ; Walton Hamilton, « Judicial Tolerance of Farmers’ Cooperatives », Yale Law Journal, no 38-7, 1929, p. 936-954 ; Edwin G. Nourse, The Legal Status of Agricultural Cooperation, op. cit., p. 315 et 376-379.

    64De la Right Relationship League à la fédération des producteurs de fromage, du Co-operative Central Exchange au Northern Wisconsin Tobacco Pool, les coopérateurs de l’État, entre les années 1910 et 1930, cherchent à créer de grandes organisations – alliances, ligues, fédérations, centrales d’achat – qui permettent à ces acteurs individuels, souvent isolés, de changer d’échelle. Ils s’adaptent au nouveau contexte économique, dominé par un petit nombre d’acteurs aux activités de plus en plus centralisées et concentrées, pour les contrer aussi bien que pour les imiter. Le résultat n’est cependant pas une fusion des coopératives dans le modèle de la grande entreprise. Celles-ci gardent leur spécificité, en particulier un ancrage local et communautaire profond.

    Un écosystème de petites coopératives ethniques

    65Les grandes fédérations agricoles ne représentent pas la totalité de l’expérience coopérative de l’État au début du xxe siècle. En effet, en dépit de leur visibilité, seule une minorité des coopératives de l’État appartient à ces regroupements, et même en leur sein, malgré la croissance de certaines entreprises, la plupart restent de petites organisations de voisinage. Dans les années 1930, la grande majorité des fromageries ont encore moins de 35 membres et seul un très petit nombre en comptent plus de 50. Le territoire de l’État est encore maillé de laiteries et de fromageries locales, 48 % des agriculteurs appartenant à une fromagerie vivant à moins d’un mile de celle-ci70. Les locaux sont d’ailleurs modestes, et à l’instar du bâtiment représenté sur la photographie de la figure 6, ont généralement des allures d’habitation individuelle, bien plus que d’installations industrielles, contrairement à ce que laisse entendre le nom, trompeur, que l’on donne aux fromageries (cheese factories). Floyd Lucia, dans ses souvenirs, insiste par ailleurs sur le rôle social important que continuent de jouer les coopératives locales, membres de la fédération des laiteries. À la différence des laiteries privées, elles sont selon lui à l’origine de nombreuses activités, font participer les familles des membres, et restent de vraies institutions de la vie locale71.

    Figure 6. – Une fromagerie locale dans le Wisconsin en 1930.

    Source : Henry Bakken, American Cheese Factories in Wisconsin, Research Bulletin 100, Agricultural Experiment Station of the University of Wisconsin, août 1930, p. 4.

    66En outre, localement, les différentes organisations coopératives entretiennent des liens entre elles. Coopératives agricoles et organisations de consommateurs fonctionnent souvent ensemble et partagent une partie de leurs membres, de leurs réseaux et de leurs expériences. L’idée d’un écosystème de coopératives est par exemple au fondement même du projet de la Right Relationship League, évoqué dans la première partie. Les organisateurs prévoient en effet, dès l’origine, l’organisation conjointe d’un magasin, d’une coopérative laitière et/ou d’un ascenseur à grains par les mêmes membres. De même, les blanchisseries coopératives, lorsqu’elles sont organisées dans les années 1910, sont d’abord pensées comme des adjonctions à des laiteries, elles aussi coopératives. Dans les comtés du Nord, de nombreux membres des magasins du Co-operative Central Exchange font également partie de coopératives plus directement agricoles, de laiteries, de fromageries ou d’ascenseurs à grains appartenant à des paysans72.

    67La trajectoire d’Edward Pudas illustre bien l’existence de ces écosystèmes locaux. Pudas est un ouvrier du bois et travailleur de laiterie, né dans le Wisconsin, dans le comté de Bayfield, en 1898, sur le territoire du CCE. Ses parents sont arrivés de Finlande dans les années 1880. Il raconte dans son autobiographie la création de diverses entreprises coopératives auxquelles les membres de sa famille participent : d’abord une laiterie dans la petite communauté d’Oulu, en 1910 (Pudas en est gérant à la fin des années 1920), puis une coopérative de téléphone, toujours dans la même localité, enfin un magasin, mis sur pied par des habitants d’Oulu et de deux villes voisines en 1914. À chaque fois, il s’agit pour les populations de créer leurs propres entreprises et de sortir de la dépendance des marchands locaux, soit en vendant ailleurs leurs propres marchandises, soit en se fournissant elles-mêmes73.

    68Plus au Sud, dans des comtés moins isolés et moins pauvres, on retrouve la même imbrication, si ce n’est les mêmes motifs d’organisation : Nicolai Christensen, immigré danois, installé dans le Wisconsin dès 1867, possède dans les années 1920 une ferme importante dans le comté de Wood, au centre de l’État. Impliqué dans la coopération agricole, il est secrétaire et trésorier de la section de la Society of Equity de son comté entre 1915 et 1918. Il est également vice-président d’une compagnie mutuelle d’assurance-incendie à partir de 1908, ainsi que président de la coopérative de téléphone entre 1902 et 191474.

    69Le sociologue Marc Schneiberg a étudié la présence des organisations coopératives et mutuelles dans différents États des États-Unis au début du xxe siècle, et il remarque que la présence d’un type d’organisation coopérative s’accompagne généralement d’autres entreprises coopératives à d’autres périodes. Les États qui comptent un grand nombre de coopératives de téléphone par exemple dans les années 1900, sont également ceux dans lesquels on dénombre le plus d’assurances mutuelles, de coopératives laitières ou céréalières dans les années 1910, ou encore de coopératives électriques dans les années 1940. L’organisation des unes semble renforcer les chances de la création des autres. Les États où l’on trouve ce qu’il nomme des « écologies de formes coopératives » sont principalement localisés dans le Nord et le Midwest, et plus marginalement en Californie75. Ce que Schneiberg observe à l’échelle régionale, et dans une perspective diachronique, se retrouve ainsi dans le Wisconsin, synchroniquement, et à une échelle plus fine, celle des communautés.

    70Le sociologue attribue la concentration de coopératives dans quelques États à la présence de communautés immigrées en provenance d’Allemagne et de Scandinavie, qui auraient apporté avec elles non seulement des traditions communautaires, mais également des pratiques et des techniques coopératives directement importées de leurs pays d’origine. J’ai signalé dans le premier chapitre que cette interprétation était désormais remise en cause : si l’on trouve beaucoup de coopérateurs parmi les populations immigrées d’Europe du Nord dans la région des Grands Lacs, ce n’est pas le résultat d’une importation directe de méthodes d’organisation de ce type d’entreprise, puisqu’elles ne sont encore que peu développées au moment des grandes vagues de migration de la fin du xixe siècle. Il est cependant exact que de nombreuses communautés d’origine européenne, d’immigrants souvent de deuxième génération, persistent dans le Wisconsin des premières décennies du xxe siècle, et que leur homogénéité est propice à l’organisation d’entreprises dont le fonctionnement reste fondé sur des liens de voisinage, voire de famille76.

    71Les minutes des réunions des coopératives locales mettent en évidence l’importance des liens communautaires entre les membres. En plus de l’organisation fréquente d’activités sociales par la coopérative (notamment des célébrations associées à des pique-niques), les assemblées générales des actionnaires peuvent être l’occasion de rappeler ces liens et de les mettre en scène de manière publique. En 1904 par exemple, à la réunion annuelle du magasin des paysans du comté de Pierce, les membres votent une résolution de sympathie à l’égard de quatre des leurs décédés dans l’année. Un comité est chargé de la rédaction du texte, qui est ensuite publié dans le journal local, puis envoyé directement aux familles des membres concernés. Le caractère communautaire apparaît également dans le fonctionnement plus quotidien de l’entreprise. En 1905, alors que le conseil d’administration envisage une levée de fonds pour augmenter le capital de l’entreprise, il est décidé d’imprimer deux formulaires de souscription pour chaque actionnaire, afin que ceux-ci soient directement chargés, en faisant jouer leurs relations personnelles, de recruter de nouveaux membres77. Il semble entendu que les relations personnelles peuvent être mobilisées pour le bon fonctionnement de la coopérative.

    72Comme dans la période précédente, les coopératives locales continuent d’entretenir des liens, à la fois institutionnels et personnels, avec les organisations fraternelles des communautés dans lesquelles se déroulent leurs opérations : l’Equity Elevator and Warehouse Co. de River Falls, en activité entre 1908 et 1932, tient par exemple tout au long de ces années la réunion annuelle de ses actionnaires dans une salle appartenant à une confrérie de la ville, l’Independent Order of Odd Fellows78. Comme à la fin du xixe siècle, les coopératives restent insérées dans des réseaux denses d’institutions communautaires. Plus encore, les affaires des coopératives se gèrent encore souvent en famille. Dans l’ascenseur à grains de River Falls ou dans le magasin du comté de Pierce, on fait par exemple appel au frère ou au beau-frère de l’un des membres pour s’occuper de la comptabilité79.

    73Le fait que les coopératives soient des affaires de famille ou de communautés n’est pas original à cette période : nombre d’entreprises privées non coopératives fonctionnent sur ce modèle. Mais ce qui l’est davantage c’est qu’il s’agit là d’entreprises par actions, qui cherchent à réunir un grand nombre de membres, et non des partenariats ou des entreprises aux capitaux fermés. De nombreuses coopératives agricoles ou de consommation agrègent plusieurs dizaines de membres, sur le modèle de l’entreprise par actions, tout en continuant à recourir à un mode d’organisation communautaire.

    74Dans certains cas la coopérative sert d’outil de protection contre les discriminations à l’égard d’une communauté particulière. C’est le cas à Arpin, dans le Wisconsin central, où réside une importante communauté juive dans les premières décennies du xxe siècle. Max Leopold, paysan juif né en Roumanie et arrivé dans le Wisconsin au début du siècle, vit à Arpin entre 1918 et 1952. Il est élu au conseil d’administration de la coopérative agricole locale à partir de 1928 et devient gérant de quatre entrepôts de fourrage pour l’entreprise fermière. Il s’en souvient, dans un entretien postérieur, comme d’un lieu qui permet aux agriculteurs juifs d’échapper aux discriminations, et souligne le manque d’alternatives pratiques à cette période pour les paysans désireux de s’organiser80.

    75Leopold précise cependant que la coopérative, comme la communauté, ne sont pas exclusivement réservées aux membres juifs. Les entreprises coopératives, même lorsqu’elles sont fondées sur des liens communautaires, ethniques, religieux ou nationaux, tentent de s’adapter aux réalités locales : dans les années 1900, le conseil de la coopérative du comté de Pierce, principalement constituée de paysans d’origine scandinave, passe des annonces dans les journaux locaux pour recruter à la fois des employés allemands et scandinaves afin de pouvoir communiquer avec les différentes populations qui fréquentent les trois établissements de la coopérative81.

    76Le cas le plus idéal-typique de la coopérative ethnique est à cette période celui des magasins organisés par les Finlandais du Nord de la région des Grands Lacs, et réunis autour du CCE. En effet, à une date aussi avancée que 1938, seules 2 % des coopératives liées à la fédération sont considérées comme « non finlandaises », c’est-à-dire que la majorité des membres n’y est pas d’origine finlandaise. Dans le cas de ces magasins, il ne s’agit pas, comme à Arpin, de l’organisation d’une communauté discriminée, mais au sein d’une région très homogène ethniquement, de l’organisation d’une partie de la population – les agriculteurs les plus pauvres et les ouvriers – contre des patrons, des marchands, issus d’un milieu conservateur, eux aussi Finlandais. Dans les années 1920, une grande partie des activités liées à ces entreprises se tient en langue finnoise. Jusqu’en 1930, les minutes de la People’s Cooperative Society de Superior, l’une des organisations les plus importantes du CCE, sont tenues exclusivement en finnois. Les magasins sont des lieux de sociabilité pour la communauté finlandaise. Il y a bien des clients non finlandais qui les fréquentent, mais ceux-ci sont de fait exclus des conversations quotidiennes et de la prise de décision si jamais ils décident d’en devenir membres. De même, dans les années 1920, les activités sociales organisées autour des coopératives sont tournées majoritairement vers la culture et la langue finnoises et dans les écoles de formation mises en place par la centrale, les cours ne se tiennent pas en anglais82.

    77À partir du milieu des années 1920, et surtout du début des années 1930, la barrière se lève quelque peu, notamment sous l’influence de certains dirigeants qui cherchent à étendre le mouvement. Dès 1926, le journal des coopérateurs est lancé en langue anglaise afin de s’adresser aux jeunes de la deuxième génération de migrants dont certains sont bien assimilés, notamment linguistiquement, mais aussi de pouvoir toucher des lecteurs en dehors de la communauté finlandaise83. En 1929, Georges Jacobson, l’un des organisateurs du CCE (une exception d’origine suédoise) fait valoir ce que la fédération manque en restant exclusivement cantonnée à la population finlandaise. Selon lui, le maintien de la barrière de la langue traduit la volonté pour les membres originels de garder le contrôle sur leur entreprise. Face à cette dérive, qu’il juge non démocratique et contraire aux principes mêmes de la coopérative où chacun doit avoir une voix, il insiste sur l’ouverture linguistique, qui est selon lui également un moyen d’ôter un argument aux concurrents des coopérateurs qui ne manquent pas de stigmatiser les « magasins des Finlandais84 ».

    78Suivant les recommandations de Jacobson, dans les années 1930, les magasins et la fédération s’ouvrent progressivement, organisent des traductions pour les membres non finlandais qui participent aux réunions et cherchent à recruter des gérants anglophones. À partir de 1930 les cours de l’école du CCE se tiennent entièrement en anglais85. Ainsi, même les coopératives les plus ethniquement homogènes ne fonctionnent pas en vase absolument clos et s’ouvrent progressivement dans les années 1920.

    De petites entreprises démocratiques à la hauteur ?

    79Les premières décennies du xxe siècle voient donc l’essor des coopératives dans le Wisconsin. Entre 1915 et 1940, le nombre de coopérateurs dans l’agriculture est multiplié par 5, et à la fin de la période environ 50 % des agriculteurs de l’État ont affaire à des coopératives pour une partie ou une autre de leur activité86. Comme au Gilded Age, ces organisations participent aux dynamiques à l’œuvre dans l’économie et la société états-uniennes, en particulier le tournant consumériste. Les coopératives apportent une contribution originale à cette évolution dans la mesure où elles sont implantées principalement dans des territoires ruraux, un théâtre souvent négligé par l’historiographie de la consommation.

    80Les deux pôles principaux du développement de la coopération, les mouvements de consommateurs et les entreprises agricoles, témoignent d’une adaptation au contexte des années 1900-1920, caractérisé par une concentration grandissante des organisations économiques. Les coopératives de consommation, par l’intermédiaire des ligues et des centrales d’achat, et les coopératives agricoles, par le biais des fédérations et des pools, permettent à leurs membres de se mettre à niveau des évolutions du système de distribution et de production, de plus en plus dominé par les chaînes à succursales multiples et les grandes entreprises industrielles et marchandes. Pour les coopérateurs du Wisconsin, il s’agit d’établir un rapport de force, comme en témoigne l’opposition du CCE aux chaînes de magasins, ou celle des producteurs de fromages au « trust » des marchands de Plymouth. Mais cette mise à niveau peut également signifier une acclimatation aux logiques et au fonctionnement des grandes entreprises, dans le cas des coopératives agricoles les plus conservatrices. La tension entre ces deux modes de relations aux grandes entreprises s’exacerbe dans les années 1930, notamment autour de la question du travail, comme je le montrerai dans le dernier chapitre.

    81L’adaptation proclamée aux structures des grandes entreprises, notamment en termes de centralisation des opérations, ne signifie pas cependant que les coopératives deviennent de pâles copies de leurs homologues organisées pour le profit des actionnaires. Elles conservent des traits originaux. Le premier d’entre eux est la revendication d’un mode de fonctionnement démocratique de l’entreprise, avec la généralisation du modèle de Rochdale, sanctionné par l’adoption, dans l’État, d’un nouveau statut juridique pour les coopératives en 1911. En outre, les coopératives du Wisconsin, même lorsqu’elles intègrent des centrales et des fédérations, restent majoritairement de petite taille, très ancrées dans les réseaux de sociabilité locaux. Elles se caractérisent souvent par une grande homogénéité ethnique, qui persiste jusque dans les années 1930, en dépit de signes d’ouverture à la fin de la période. Coopératives de consommation et agricoles ne forment dans ce contexte pas des pôles étanches, puisque leurs membres sont en partie les mêmes, et que ces organisations tendent à former des écosystèmes à l’échelle locale.

    82Ces écosystèmes ne se développent toutefois pas spontanément. Ils sont le fruit de la mobilisation des coopérateurs, mais aussi du soutien apporté par un acteur de plus en plus actif dans les premières décennies du xxe siècle, l’État, dont la contribution à l’essor des coopératives fait l’objet du chapitre suivant.

    Notes de bas de page

    1On s’intéresse ici en priorité aux années 1900-1920. La situation particulière de la Grande Dépression fait l’objet du chapitre vii.

    2R. Douglas Hurt, Problems of Plenty: the American Farmer in the Twentieth Century, Chicago, Ivan R. Dee, 2002, p. 36-48.

    3Alan L. Olmstead et Paul W. Rhodes, « The Transformation of Northern Agriculture, 1910-1990 », in Stanley Engerman et Robert E. Gallman (dir.), Cambridge Economic History of the United States, vol. 3, The Twentieth Century, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 704-717. Sur les conditions sociales de la croissance de l’agri-business, Mary Neth, Preserving the Family Farm, op. cit.

    4Eric E. Lampard, The Rise of the Dairy Industry in Wisconsin, op. cit., p. 275-293.

    5Sur les coopératives agricoles, Martin Abraham Abrahamsen et Claud L. Scroggs, Agricultural Cooperation, Selected Readings, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1957 ; Victoria Woeste, The Farmer’s Benevolent Trust, op. cit. Sur les coopératives de consommation, Ellen Furlough et Carl Strikwerda (dir.), Consumers against Capitalism?, op. cit. ; Jennifer EliseTammi, Minding Our Own Business, op. cit.

    6Alfred D. Chandler, Scale and Scope, op. cit. ; Naomi Lamoreaux, The Great Merger Movement in American Business, 1895-1904, Cambridge, Cambridge University Press, 1985 ; Louis Galambos, « The U.S. Corporate Economy in the Twentieth Century », in Stanley Engerman et Robert E. Gallman (dir.), Cambridge Economic History of the United States, vol. 3, op. cit., p. 927-945.

    7Voir entre autres, au sein d’une littérature abondante, Lizabeth Cohen, Making a New Deal: Industrial Workers in Chicago, 1919-1939, Cambridge, Cambridge University Press, 1990 ; Lawrence B. Glickman, A Living Wage: American Workers and the Making of Consumer Society, Ithaca, Cornell University Press, 1997 ; Kathleen Donohue, Freedom from Want: American Liberalism and the Idea of the Consumer, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2003 ; Meg Jacobs, Pocketbook Politics – Economic Citizenship in Twentieth-Century America, Princeton, Princeton University Press, 2007.

    8En comparaison, l’historiographie britannique accorde une place bien plus importante au rôle des coopératives dans les évolutions des modes de consommation, voir ainsi, Peter Gurney, Co-operative Culture and the Politics of Consumption in England, op. cit. ; Lawrence Black et Nicole Robertson (dir.), Consumerism and the Co-operative Movement in Modern British History: Taking Stock, Manchester, Manchester University Press, 2009.

    9Clarke A. Chambers, « The Cooperative League of the United States of America, 1916-1961 », art. cité, p. 59-81 ; Kathleen Donohue, « From Cooperative Commonwealth to Cooperative Democracy », art. cité.

    10Florence Parker, Consumers’ Cooperative Societies in the United States in 1920, Washington D. C., U.S. Department of Labor, Bureau of Labor Statistics, 1923 ; Florence Parker, The First 125 Years: a History of Distributive and Service Cooperation in the United States, 1829-1954, Superior, Cooperative Publishing Association, 1956, p. 67.

    11Edward B. Bemis, « Cooperative Distribution », art. cité ; Edward Cummings, « Co-operative Stores in the United States », The Quarterly Journal of Economics, no 11-3, 1897, p. 266-279. Voir encore Ira B. Cross, « The Co-operative Store in the United States », art. cité.

    12Florence Parker, Consumers’ Cooperative Societies in the United States in 1920, op. cit. ; Florence Parker, Cooperative Movement in the United States in 1925 (other than agricultural), Washington, U.S. Department of Labor, Bureau of Labor Statistics, 1927 ; Florence Parker, Organization and Management of Consumers’ Cooperatives, Washington, U.S. Department of Labor, Bureau of Labor Statistics, 1934. Voir Joseph Knapp, The Rise of American Cooperative Enterprise, op. cit., note 51, p. 518-519 pour l’évolution du terme.

    13Tracey Deutsch, Building a Housewife’s Paradise: Gender, Politics, and American Grocery Stores in the Twentieth Century, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 2010, p. 105-131 ; Lizabeth Cohen, A Consumers’ Republic: the Politics of Mass Consumption in Postwar America, New York, Knopf, 2003, en particulier p. 25-26 et 49-53 ; Meg Jacobs, Pocketbook Politics, op. cit., p. 158-159.

    14J. R. Cotton, The Consumers’ Cooperative Movement in Milwaukee, Wisconsin, mémoire de master, sous la direction de John A. Lapp, Milwaukee, Wisconsin, Marquette University, 1930, p. 21-41 et 42-96 sur les coopératives de logement et de crédit ; University Co-op, 1-1, hiver 1896.

    15Sur la dimension urbaine de l’histoire de la consommation, Lizabeth Cohen, « Is There An Urban History of Consumption? », Journal of Urban History, no 29-2, 2003, p. 87-106. Pour des appels à considérer les espaces ruraux, voir David Blanke, « Consumer Choice, Agency, and New Directions in Rural History », Agricultural History, no 81-2, 2007, p. 182-203.

    16Ira B. Cross, « The Co-operative Store in the United States », art. cité, p. 62-63 ; John F. Sinclair, Report upon Co-operation and Marketing part 4, Madison, State Board of Public Affairs, 1912, p. 30-31 ; « List of cooperative stores in Wisconsin, 1916 », State of Wisconsin Legislative Reference Bureau, clipping collection « Cooperative Associations in Wisconsin », 1911-1930, 334.2 W7z ; Benjamin H. Hibbard et Asher Hobson, Cooperation in Wisconsin, Madison, Agricultural Experiment Station of the University of Wisconsin, Bulletin 282, 1917, p. 26-30.

    17Ibid., p. 32-38. Voir l’exemple de Roy Meier, dont la ferme, située dans le comté de Price, dans le Nord de l’État, est équipée en 1913, à la suite de la fusion entre deux coopératives locales de téléphone. Interview d’histoire orale, Roy Meier, 1979, « Wisconsin Agriculturalists Oral History Project », WHS, cassette 2.

    18G. Harold Powell, Cooperation in Agriculture, New York, Macmillan Co., 1913, p. 299-307 ; John Gaynor, « The Grand Rapids Plan », The Municipality, octobre 1902 ; James Peter Warbasse, « Co-operative Telephones in the US », Equity News, 1er juin 1924 ; Wisconsin Blue Book, 1937, p. 222.

    19« The First Co-operative Laundry », Co-operation, A Magazine of Economic Progress, février 1913, p. 6 ; « A New Enterprise for Milltown », Milltown Herald, 21 mai 1914, dossier 1 « clippings 1908-1937, nd », boîte 4 « Papers 1889-1990 », papiers de George Nelson, WHS ; « Wisconsin Farm Women Abolish Blue Monday with River Falls Co-op Laundry », The Capital Times, 6 août 1924 ; Benjamin H. Hibbard et Asher Hobson, Cooperation in Wisconsin, op. cit., p. 30.

    20Wisconsin Blue Book, 1937, p. 217-219 ; Edward Norman, Cooperative Oil Marketing in Wisconsin and Minnesota, Bulletin of the State of Wisconsin Department of Markets, août 1927 ; Isador Lubin, Organization and Management of Cooperative Gasoline and Oil Associations: (with model bylaws), Washington, U.S. Department of Labor, Bureau of Labor Statistics, 1934, p. 1.

    21Joseph Knapp, The Rise of American Cooperative Enterprise, op. cit., p. 397. Florence E. Parker, The First 125 Years, op. cit., p. 49-52 ; Pour des exemples de magasins locaux dans le Wisconsin, « The Pepin County Co-operative Company », Co-operation, avril 1909 ; « Reports on Co-operative Stores », Co-operation, avril 1909 ; « Bay City, Wisconsin », Co-operation juillet 1909 ; « Sales Record of Some Co-operative Stores », janvier 1912 ; « League Organization Work », Co-operation, août 1913 ; « At Greenwood, Wisconsin, A New Record Made in Organization by the Live Farmers of Greenwood », Co-operation, octobre 1913.

    22Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company (Ellsworth, Wis), Records, 1903-1911, WHS, River Falls Area Research Center, p. 3, 33-49 et 58-70.

    23C’est notamment le point de vue de Roger Kérinec, Les coopératives de consommation aux États-Unis, Paris, Presses universitaires de France, 1948, p. 17-18.

    24Voir ainsi Rules, Regulations and By-Laws of the Polk County Co-operative Company, 1906, article 4, section 5, p. 3, collection de brochures, WHS Library ; Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 89, 105 et 108.

    25Federal Census 1900, Wisconsin, comté de Pierce, 104, 4, 78, 27 ; Federal Census 1910, Wisconsin, comté de Pierce, 3-A, 49, 3 ; « Declares the Leaguers Would be Outvoted », Grand Forks Herald, 1er décembre 1920.

    26« What is Farming ? », Co-operation, mai 1909 ; « The Reform of the Corporation », mai 1909 ; « What Form of Business Organization is Better for Agriculture ? », Co-operation, juin 1909 ; « Human Uplift », Co-operation, février 1913 ; « Wittenberg, Wis. », Co-operation, janvier 1913 ; Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 81-82 ; Rules, Regulations and By-Laws of the Polk County Co-operative Company, article 21, section 1, p. 16-17.

    27« Farmer to be the Great Power », Co-operation, février 1913 ; « Co-operation vs. Strikes », Co-operation, juin 1913 ; « What is a Consumer ? », Co-operation, juillet 1909.

    28Sur l’identification progressive des femmes au rôle d’acheteuse à partir du milieu du xixe siècle, William R. Leach, « Transformations in a Culture of Consumption: Women and Department Stores, 1890-1925 », The Journal of American History, no 71-2, 1984, p. 319-342, en particulier p. 333, donne une estimation selon laquelle en 1915 entre 80 et 85 % des achats de consommation aux États-Unis sont réalisés par des femmes. Voir pour des nuances, Kathleen G. Donohue, « What Gender Is the Consumer?: The Role of Gender Connotations in Defining the Political », Journal of American Studies, 3 no 3-1, 1999, p. 19-43.

    29Tracey Deutsch, « Des consommatrices américaines très engagées du New Deal à la guerre froide », in Alain Chatriot, Marie-Emmanuelle Chessel et Matthew Hilton (dir.), Au nom du consommateur, Paris, La Découverte, 2005, p. 361-375.

    30Mrs. Florence Taylor Hildred, « Women and Co-operation », Co-operation, avril 1919.

    31Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 68-69, et passim pour les élus et les réunions annuelles. Pour des remarques similaires à propos des coopératives urbaines à Seattle en 1919-1920, voir Dana Frank, Purchasing Power: Consumer Organizing, Gender and the Seattle Labor Movement, 1919-29, Cambridge, Cambridge University Press, 1994, qui estime p. 60 que « le pouvoir et l’autonomie des femmes au sein du mouvement ne doivent pas être exagérés. La sphère féminine au sein des coopératives restait séparée et inégalitaire ».

    32Florence E. Parker, The First 125 Years, op. cit., p. 49.

    33Ibid., p. 50 et 53 ; Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 54 ; « Wholesale Co-operation, a Necessity », Co-operation, février 1912.

    34William I. Walsh, The Rise and Decline of the Great Atlantic and Pacific Tea Company, Secaucus, L. Stuart, 1986 ; Godfrey Montague Lebhar, Chain Stores in America, 1859-1950, New York, Chain Store Pub. Corp, 1952, p. 20-43 ; Susan Strasser, Satisfaction Guaranteed: the Making of the American Mass Market, New York, Pantheon Books, 1989, p. 222-223.

    35« Talked on Co-operation – E. M. Tousley Talked of Benefits of Rochdale Stores », Madera Mercury, no 5, 16 mai 1908 ; « Organizing Business », Co-operation, juin 1909 ; Hazel Hammond Albertson, « News of Industrial Cooperation », The Arena, no 39, janvier 1908.

    36« Americanizing Co-operation », Co-operation, octobre 1914. Voir également « “United Stores” Begins Business », Co-operation, juin 1911.

    37Florence E. Parker, The First 125 Years, op. cit., p. 51-53, fait état de deux magasins issus de la RRL encore en activité au milieu des années 1950.

    38Cette filiation est reconnue par certains organisateurs du CCE dans les années 1920, « The Right Relationship League, The Predecessor of the Northern States’ Co-operative League », The Co-operative Pyramid Builder, juin 1928.

    39Pour une analyse détaillée du modèle du CCE au sein du tournant consumériste, Alexia Blin, « « Il ne suffit pas d’être un bon client ». Coopératives et société de consommation dans le Midwest des États-Unis (1917-1940) », Le Mouvement social, no 266-1, 2019, p. 13-27.

    40Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives: Successful Cooperatives Started by Finnish Groups in the United States, Studied in Relation to their Social and Economic Environment, New York, Columbia University Press, 1941, p. 149 et 167-168 ; Robert Gough, Farming the Cutover: a Social History of Northern Wisconsin, 1900-1940, Lawrence, University Press of Kansas, 1997.

    41Arnold R. Alanen, « The Development and Distribution of Finnish Consumers’ Cooperatives in Michigan, Minnesota, and Wisconsin, 1903-1973 », in Michael G. Karni, Matti E. Kaups et Douglas J. Ollila (dir.), The Finnish Experience in the Western Great Lakes Region: New Perspectives, Turku, Finland, Institute for Migration, Immigration History Research Center, University of Minnesota, 1975, p. 107-114.

    42H. V. Nurmi, « The Story of the Central Cooperative Wholesale », Third Yearbook, The Cooperative League of the USA, 1936, p. 66-67 ; Harlan J. Randall et Clay Justin Daggett, Consumers’ Cooperative Adventures: Case Studies, Whitewater, The Whitewater Press, 1936, p. 266-269 ; 20th Year Central Co-operative Wholesale, Superior, Wisconsin, 1937, p. 27-32, Immigration History Research Center, University of Minnesota, Minneapolis (désormais IHRC).

    43Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 149-153.

    44Harlan J. Randall et Clay Justin Daggett, Consumers’ Cooperative Adventures, op. cit., p. 133-135 ; Leonard Clayton Kercher, Vant W. Kebker et Wilfred C. Leland, Consumers’ Cooperatives in the North Central States, Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1941, p. 197-198.

    45Ibid., p. 374-376 ; Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 153, 175 et 181.

    46Ibid., p. 147 et 184 ; « Summer festival of Northern Wisconsin Co-operatives », The Co-operative Pyramid Builder, mai 1927 ; « Cooperative Program Shown Large Audiences », juin 1927 ; « Co-operative Summer Festival at Waine, Wis., June 2 and 3, 1928 », mai 1928.

    47Jennifer Elise Tammi, Minding Our Own Business, op. cit., p. 70-84.

    48« Mammoth Retail Corporations Crush Small Dealers », The Co-operative Pyramid Builder, mai 1927. Pour d’autres exemples, voir « Profiteering by the Chain Stores », juin 1927 ; « Chain Stores’ Progress in 1927 », janvier 1928 ; « Trustification of the Retail Chain Stores », juin 1928 ; « Depression Aids Chains to Crush the Small Grocer », 2 avril 1932.

    49Voir un exemple de plan du service technique, papiers de la famille Törmä-Silvova, boîte 13, dossier 6 « Co-op store architectural sketches », non daté (avant 1930), IHRC.

    50Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 182-185.

    51La RRL avait inauguré la pratique en 1908, avec la création d’un service semblable, qui préconisait la mise en place d’un système de comptabilité uniforme dans tous les magasins de la ligue, John F. Sinclair, Report upon Co-operation and Marketing, part 4, op. cit., p. 34-36 ; Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 176-179 ; Harlan J. Randall et Clay Justin Daggett, Consumers’ Cooperative Adventures, p. 254-255 ; « Annual Report of the Auditing Department », The Co-operative Pyramid Builder, mai 1928.

    52H. V. Nurmi, « The Story of the Central Cooperative Wholesale », art. cité, p. 71. Il s’agit ici d’une référence à « l’homme oublié » défendu par le président Roosevelt dans ses discours au début des années 1930.

    53Ibid., p. 68-69 ; Harlan J. Randall et Clay Justin Daggett, Consumers’ Cooperative Adventures, op. cit., p. 253 ; Leonard Clayton Kercher et al., Consumers’ Cooperatives in the North Central States, op. cit., p. 371 ; 20th Year, Central Co-operative Wholesale, op. cit., p. 18.

    54Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 199-201 ; Michael G. Karni, Yhteishyvä, or, For the Common Good: Finnish Radicalism in the Western Great Lakes Region, 1900-1940, thèse de doctorat (Ph.D.), Minneapolis, University of Minnesota, 1975, p. 269-272. « Workers and Farmers, Co-operate! », The Co-operative Pyramid Builder, septembre 1926 ; « American Co-operatives, Help the Striking British Miners! », octobre 1926 ; « Thayer Sentences Sacco and Vanzetti », mai 1927.

    55Jennifer Elise Tammi, Minding Our Own Business, op. cit., p. 149-155. Après 1930, le CCE devient donc le CCW. Pour faciliter la compréhension, je continue de parler, dans le reste de l’ouvrage, du CCE, même dans les années 1930.

    56« Stock-Ownership Democracy Bunk », The Co-operative Pyramid Builder, août 1926 ; « The Chain Stores and the Co-operatives », mars 1927 ; « Unearned Incomes Beat all Records », octobre 1926 ; « Cost and Margin », juillet 1926 ; « Operating Costs of Co-operative Stores », juin 1927.

    57Paul W. Glad, The History of Wisconsin, vol. V, A New Era, and Depression, 1914-1940, Madison, State Historical Society of Wisconsin, 1990, p. 165-194.

    58Ralph Henry Elsworth, Development and Present Status of Farmers’ Cooperative Business Organizations, Washington, United States Department of Agriculture, 1925, p. 19-21 ; Benjamin H. Hibbard et Asher Hobson, Cooperation in Wisconsin, op. cit., p. 3 et 7-12. Les deux économistes précisent que les chiffres sont certainement sous-estimés, puisqu’ils ne tiennent pas compte du grand nombre des organisations informelles.

    59Ibid., p. 11-24.

    60William Kirsch, « Cooperative Marketing in Wisconsin », in Wisconsin Blue Book, 1931, p. 31-47, sur la chronologie de ces différentes fédérations entre les années 1910 et 1930.

    61Interview d’histoire orale, Floyd Lucia, 1975 « Wisconsin Agriculturalists Oral History Project », WHS, cassette 1. Dès le début des années 1920 la fédération des producteurs de fromages revendique des ventes dans 37 États de l’Union, Theodore Macklin, Marketing by Cooperative Sale Companies, Bulletin 346, Agricultural Experiment Station, University of Wisconsin, janvier 1923, p. 25.

    62Dale E. Treleven, « Agricultural Cooperation in Wisconsin » art. cité, p. 75-76.

    63« Cooperatives in Big Business », Agricultural Cooperation, 9 février 1929.

    64Eric E. Lampard, The Rise of the Dairy Industry in Wisconsin, op. cit., p. 321.

    65William Kirsch, The History and Accomplishments of the Wisconsin Cheese Producers’ Federation, op. cit., p. 11-14 ; « Articles of incorporations and by laws of the Wisconsin Cooperative Creamery Asscosiation », boîte 4, dossier 5 « Cooperative Creameries », papiers de George Nelson, WHS.

    66« Creamery Federation Ready for Business », The Wisconsin Farmer, 23 avril 1925 ; « Sign the Creamery Patrons’ Magna Carta! », The Wisconsin Farmer, 29 juin 1922 ; Alvin C. Reis, « Wisconsin’s Future in Co-operative Marketing », Equity News, 1er août 1926 ; interview d’histoire orale, Floyd Lucia, cassette 1.

    67Interview d’histoire orale, Milo Swanton, 1975-1976 « Wisconsin Agriculturalists Oral History Project », WHS, cassette 6.

    68Victoria Woeste, The Farmer’s Benevolent Trust, op. cit., p. 93-107 ; James L. Guth, « Farmer Monopolies, Cooperatives, and the Intent of Congress: Origins of the Capper-Volstead Act », Agricultural History, no 56-1, 1982, p. 67-82 ; Edwin G. Nourse, The Legal Status of Agricultural Cooperation, op. cit., p. 75 et 246-265 ; Elisabeth S. Clemens, The People’s Lobby, op. cit., p. 168-177.

    69Laws of Wisconsin 1921, chapitre 490, sections 1790e-1 to 1790e-17 ; Biennial Report of the Department of Markets, 1920-1921, décembre 1922, p. 68-69 ; Harlan Huntley, « Historical Study of Wisconsin Cooperative Statutes », art. cité, p. 575-577.

    70Henry Bakken, American Cheese Factories in Wisconsin, Research Bulletin 100, Agricultural Experiment Station of the University of Wisconsin, août 1930, p. 6-7.

    71Interview d’histoire orale, Floyd Lucia, cassette 1.

    72« Farmer to be the Great Power », Co-operation, février 1913 ; Florence E. Parker, The First 125 Years, op. cit., p. 49 ; « A New Enterprise for Milltown », art. cité ; Benjamin H. Hibbard et Asher Hobson, Cooperation in Wisconsin, op. cit., p. 30 ; Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 155.

    73Ed Pudas, « Autobiography » (manuscript), 1977, WHS, River Falls Area Research Center, en particulier p. 107-113.

    74George O. Jones et Norman S. McVean, History of Wood County, Wisconsin, Minneapolis, H.C. Cooper, Jr. & Co., 1923, p. 606-608.

    75Marc Schneiberg, « Toward an Organizationally Diverse American Capitalism? Cooperative, Mutual, and Local, State-Owned Enterprise », Seattle University Law Review, no 34-4, 2011, p. 1418-1420.

    76Pour cet argument à propos des coopératives des immigrants finlandais dans le Nord du Midwest, Arnold R. Alanen, « The Development and Distribution of Finnish Consumers’ Cooperatives in Michigan, Minnesota, and Wisconsin », art. cité, p. 113 ; Michael G. Karni, Yhteishyvä, or, For the Common Good, op. cit., p. 263-265. Karni note notamment que les activités des Granges ou de la RRL ont sûrement été plus influentes que celles des paysans finlandais en Finlande à la même période dans l’organisation des magasins liés au CCE.

    77Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 72-74 et 94.

    78Equity Cooperative Elevator Company, Records, p. 1, 26, 30, 42, 58, 143 et 150 par exemple.

    79Ibid., p. 69 ; Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 112.

    80Interview d’histoire orale, Max Leopold, 1976, Wisconsin Jewish Archives, WHS, cassette 1. Leopold est également un homme politique important du Parti progressiste de l’État, ainsi qu’un membre éminent du Farm Bureau dans les années 1920. Sur la communauté d’Arpin, voir également, Louis J. Swichkow, « The Jewish Agricultural Colony of Arpin, Wisconsin », American Jewish Historical Quarterly, no 54-1, 1964, p. 82-91.

    81Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 43 et 67.

    82Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 154-155, 170, 183 et 195-198 ; Co-operative Central Wholesale Collection, boîte 29, dossier 6 « People’s Cooperative Society », IHRC ; George W. Jacobson, « Fieldman’s Report », First Yearbook of the Cooperative League of the USA, New York, The Cooperative League House, 1930, p. 120-124.

    83Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 198.

    84George W. Jacobson, « Fieldman’s Report », art. cité, p. 122.

    85Interview d’histoire orale, Jean Stillman Long, 1974 « Wisconsin Agriculturalists Oral History Project », WHS, cassette 8 ; « The Tenth Co-operative Training School », The Co-operative Pyramid Builder, décembre 1930.

    86Donald L. Beran, A Critical Study of the Teaching of Cooperatives in Wisconsin, thèse de doctorat (Ph.D.), Madison, University of Wisconsin, 1949, p. 15-16.

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    1On s’intéresse ici en priorité aux années 1900-1920. La situation particulière de la Grande Dépression fait l’objet du chapitre vii.

    2R. Douglas Hurt, Problems of Plenty: the American Farmer in the Twentieth Century, Chicago, Ivan R. Dee, 2002, p. 36-48.

    3Alan L. Olmstead et Paul W. Rhodes, « The Transformation of Northern Agriculture, 1910-1990 », in Stanley Engerman et Robert E. Gallman (dir.), Cambridge Economic History of the United States, vol. 3, The Twentieth Century, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 704-717. Sur les conditions sociales de la croissance de l’agri-business, Mary Neth, Preserving the Family Farm, op. cit.

    4Eric E. Lampard, The Rise of the Dairy Industry in Wisconsin, op. cit., p. 275-293.

    5Sur les coopératives agricoles, Martin Abraham Abrahamsen et Claud L. Scroggs, Agricultural Cooperation, Selected Readings, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1957 ; Victoria Woeste, The Farmer’s Benevolent Trust, op. cit. Sur les coopératives de consommation, Ellen Furlough et Carl Strikwerda (dir.), Consumers against Capitalism?, op. cit. ; Jennifer EliseTammi, Minding Our Own Business, op. cit.

    6Alfred D. Chandler, Scale and Scope, op. cit. ; Naomi Lamoreaux, The Great Merger Movement in American Business, 1895-1904, Cambridge, Cambridge University Press, 1985 ; Louis Galambos, « The U.S. Corporate Economy in the Twentieth Century », in Stanley Engerman et Robert E. Gallman (dir.), Cambridge Economic History of the United States, vol. 3, op. cit., p. 927-945.

    7Voir entre autres, au sein d’une littérature abondante, Lizabeth Cohen, Making a New Deal: Industrial Workers in Chicago, 1919-1939, Cambridge, Cambridge University Press, 1990 ; Lawrence B. Glickman, A Living Wage: American Workers and the Making of Consumer Society, Ithaca, Cornell University Press, 1997 ; Kathleen Donohue, Freedom from Want: American Liberalism and the Idea of the Consumer, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2003 ; Meg Jacobs, Pocketbook Politics – Economic Citizenship in Twentieth-Century America, Princeton, Princeton University Press, 2007.

    8En comparaison, l’historiographie britannique accorde une place bien plus importante au rôle des coopératives dans les évolutions des modes de consommation, voir ainsi, Peter Gurney, Co-operative Culture and the Politics of Consumption in England, op. cit. ; Lawrence Black et Nicole Robertson (dir.), Consumerism and the Co-operative Movement in Modern British History: Taking Stock, Manchester, Manchester University Press, 2009.

    9Clarke A. Chambers, « The Cooperative League of the United States of America, 1916-1961 », art. cité, p. 59-81 ; Kathleen Donohue, « From Cooperative Commonwealth to Cooperative Democracy », art. cité.

    10Florence Parker, Consumers’ Cooperative Societies in the United States in 1920, Washington D. C., U.S. Department of Labor, Bureau of Labor Statistics, 1923 ; Florence Parker, The First 125 Years: a History of Distributive and Service Cooperation in the United States, 1829-1954, Superior, Cooperative Publishing Association, 1956, p. 67.

    11Edward B. Bemis, « Cooperative Distribution », art. cité ; Edward Cummings, « Co-operative Stores in the United States », The Quarterly Journal of Economics, no 11-3, 1897, p. 266-279. Voir encore Ira B. Cross, « The Co-operative Store in the United States », art. cité.

    12Florence Parker, Consumers’ Cooperative Societies in the United States in 1920, op. cit. ; Florence Parker, Cooperative Movement in the United States in 1925 (other than agricultural), Washington, U.S. Department of Labor, Bureau of Labor Statistics, 1927 ; Florence Parker, Organization and Management of Consumers’ Cooperatives, Washington, U.S. Department of Labor, Bureau of Labor Statistics, 1934. Voir Joseph Knapp, The Rise of American Cooperative Enterprise, op. cit., note 51, p. 518-519 pour l’évolution du terme.

    13Tracey Deutsch, Building a Housewife’s Paradise: Gender, Politics, and American Grocery Stores in the Twentieth Century, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 2010, p. 105-131 ; Lizabeth Cohen, A Consumers’ Republic: the Politics of Mass Consumption in Postwar America, New York, Knopf, 2003, en particulier p. 25-26 et 49-53 ; Meg Jacobs, Pocketbook Politics, op. cit., p. 158-159.

    14J. R. Cotton, The Consumers’ Cooperative Movement in Milwaukee, Wisconsin, mémoire de master, sous la direction de John A. Lapp, Milwaukee, Wisconsin, Marquette University, 1930, p. 21-41 et 42-96 sur les coopératives de logement et de crédit ; University Co-op, 1-1, hiver 1896.

    15Sur la dimension urbaine de l’histoire de la consommation, Lizabeth Cohen, « Is There An Urban History of Consumption? », Journal of Urban History, no 29-2, 2003, p. 87-106. Pour des appels à considérer les espaces ruraux, voir David Blanke, « Consumer Choice, Agency, and New Directions in Rural History », Agricultural History, no 81-2, 2007, p. 182-203.

    16Ira B. Cross, « The Co-operative Store in the United States », art. cité, p. 62-63 ; John F. Sinclair, Report upon Co-operation and Marketing part 4, Madison, State Board of Public Affairs, 1912, p. 30-31 ; « List of cooperative stores in Wisconsin, 1916 », State of Wisconsin Legislative Reference Bureau, clipping collection « Cooperative Associations in Wisconsin », 1911-1930, 334.2 W7z ; Benjamin H. Hibbard et Asher Hobson, Cooperation in Wisconsin, Madison, Agricultural Experiment Station of the University of Wisconsin, Bulletin 282, 1917, p. 26-30.

    17Ibid., p. 32-38. Voir l’exemple de Roy Meier, dont la ferme, située dans le comté de Price, dans le Nord de l’État, est équipée en 1913, à la suite de la fusion entre deux coopératives locales de téléphone. Interview d’histoire orale, Roy Meier, 1979, « Wisconsin Agriculturalists Oral History Project », WHS, cassette 2.

    18G. Harold Powell, Cooperation in Agriculture, New York, Macmillan Co., 1913, p. 299-307 ; John Gaynor, « The Grand Rapids Plan », The Municipality, octobre 1902 ; James Peter Warbasse, « Co-operative Telephones in the US », Equity News, 1er juin 1924 ; Wisconsin Blue Book, 1937, p. 222.

    19« The First Co-operative Laundry », Co-operation, A Magazine of Economic Progress, février 1913, p. 6 ; « A New Enterprise for Milltown », Milltown Herald, 21 mai 1914, dossier 1 « clippings 1908-1937, nd », boîte 4 « Papers 1889-1990 », papiers de George Nelson, WHS ; « Wisconsin Farm Women Abolish Blue Monday with River Falls Co-op Laundry », The Capital Times, 6 août 1924 ; Benjamin H. Hibbard et Asher Hobson, Cooperation in Wisconsin, op. cit., p. 30.

    20Wisconsin Blue Book, 1937, p. 217-219 ; Edward Norman, Cooperative Oil Marketing in Wisconsin and Minnesota, Bulletin of the State of Wisconsin Department of Markets, août 1927 ; Isador Lubin, Organization and Management of Cooperative Gasoline and Oil Associations: (with model bylaws), Washington, U.S. Department of Labor, Bureau of Labor Statistics, 1934, p. 1.

    21Joseph Knapp, The Rise of American Cooperative Enterprise, op. cit., p. 397. Florence E. Parker, The First 125 Years, op. cit., p. 49-52 ; Pour des exemples de magasins locaux dans le Wisconsin, « The Pepin County Co-operative Company », Co-operation, avril 1909 ; « Reports on Co-operative Stores », Co-operation, avril 1909 ; « Bay City, Wisconsin », Co-operation juillet 1909 ; « Sales Record of Some Co-operative Stores », janvier 1912 ; « League Organization Work », Co-operation, août 1913 ; « At Greenwood, Wisconsin, A New Record Made in Organization by the Live Farmers of Greenwood », Co-operation, octobre 1913.

    22Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company (Ellsworth, Wis), Records, 1903-1911, WHS, River Falls Area Research Center, p. 3, 33-49 et 58-70.

    23C’est notamment le point de vue de Roger Kérinec, Les coopératives de consommation aux États-Unis, Paris, Presses universitaires de France, 1948, p. 17-18.

    24Voir ainsi Rules, Regulations and By-Laws of the Polk County Co-operative Company, 1906, article 4, section 5, p. 3, collection de brochures, WHS Library ; Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 89, 105 et 108.

    25Federal Census 1900, Wisconsin, comté de Pierce, 104, 4, 78, 27 ; Federal Census 1910, Wisconsin, comté de Pierce, 3-A, 49, 3 ; « Declares the Leaguers Would be Outvoted », Grand Forks Herald, 1er décembre 1920.

    26« What is Farming ? », Co-operation, mai 1909 ; « The Reform of the Corporation », mai 1909 ; « What Form of Business Organization is Better for Agriculture ? », Co-operation, juin 1909 ; « Human Uplift », Co-operation, février 1913 ; « Wittenberg, Wis. », Co-operation, janvier 1913 ; Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 81-82 ; Rules, Regulations and By-Laws of the Polk County Co-operative Company, article 21, section 1, p. 16-17.

    27« Farmer to be the Great Power », Co-operation, février 1913 ; « Co-operation vs. Strikes », Co-operation, juin 1913 ; « What is a Consumer ? », Co-operation, juillet 1909.

    28Sur l’identification progressive des femmes au rôle d’acheteuse à partir du milieu du xixe siècle, William R. Leach, « Transformations in a Culture of Consumption: Women and Department Stores, 1890-1925 », The Journal of American History, no 71-2, 1984, p. 319-342, en particulier p. 333, donne une estimation selon laquelle en 1915 entre 80 et 85 % des achats de consommation aux États-Unis sont réalisés par des femmes. Voir pour des nuances, Kathleen G. Donohue, « What Gender Is the Consumer?: The Role of Gender Connotations in Defining the Political », Journal of American Studies, 3 no 3-1, 1999, p. 19-43.

    29Tracey Deutsch, « Des consommatrices américaines très engagées du New Deal à la guerre froide », in Alain Chatriot, Marie-Emmanuelle Chessel et Matthew Hilton (dir.), Au nom du consommateur, Paris, La Découverte, 2005, p. 361-375.

    30Mrs. Florence Taylor Hildred, « Women and Co-operation », Co-operation, avril 1919.

    31Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 68-69, et passim pour les élus et les réunions annuelles. Pour des remarques similaires à propos des coopératives urbaines à Seattle en 1919-1920, voir Dana Frank, Purchasing Power: Consumer Organizing, Gender and the Seattle Labor Movement, 1919-29, Cambridge, Cambridge University Press, 1994, qui estime p. 60 que « le pouvoir et l’autonomie des femmes au sein du mouvement ne doivent pas être exagérés. La sphère féminine au sein des coopératives restait séparée et inégalitaire ».

    32Florence E. Parker, The First 125 Years, op. cit., p. 49.

    33Ibid., p. 50 et 53 ; Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 54 ; « Wholesale Co-operation, a Necessity », Co-operation, février 1912.

    34William I. Walsh, The Rise and Decline of the Great Atlantic and Pacific Tea Company, Secaucus, L. Stuart, 1986 ; Godfrey Montague Lebhar, Chain Stores in America, 1859-1950, New York, Chain Store Pub. Corp, 1952, p. 20-43 ; Susan Strasser, Satisfaction Guaranteed: the Making of the American Mass Market, New York, Pantheon Books, 1989, p. 222-223.

    35« Talked on Co-operation – E. M. Tousley Talked of Benefits of Rochdale Stores », Madera Mercury, no 5, 16 mai 1908 ; « Organizing Business », Co-operation, juin 1909 ; Hazel Hammond Albertson, « News of Industrial Cooperation », The Arena, no 39, janvier 1908.

    36« Americanizing Co-operation », Co-operation, octobre 1914. Voir également « “United Stores” Begins Business », Co-operation, juin 1911.

    37Florence E. Parker, The First 125 Years, op. cit., p. 51-53, fait état de deux magasins issus de la RRL encore en activité au milieu des années 1950.

    38Cette filiation est reconnue par certains organisateurs du CCE dans les années 1920, « The Right Relationship League, The Predecessor of the Northern States’ Co-operative League », The Co-operative Pyramid Builder, juin 1928.

    39Pour une analyse détaillée du modèle du CCE au sein du tournant consumériste, Alexia Blin, « « Il ne suffit pas d’être un bon client ». Coopératives et société de consommation dans le Midwest des États-Unis (1917-1940) », Le Mouvement social, no 266-1, 2019, p. 13-27.

    40Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives: Successful Cooperatives Started by Finnish Groups in the United States, Studied in Relation to their Social and Economic Environment, New York, Columbia University Press, 1941, p. 149 et 167-168 ; Robert Gough, Farming the Cutover: a Social History of Northern Wisconsin, 1900-1940, Lawrence, University Press of Kansas, 1997.

    41Arnold R. Alanen, « The Development and Distribution of Finnish Consumers’ Cooperatives in Michigan, Minnesota, and Wisconsin, 1903-1973 », in Michael G. Karni, Matti E. Kaups et Douglas J. Ollila (dir.), The Finnish Experience in the Western Great Lakes Region: New Perspectives, Turku, Finland, Institute for Migration, Immigration History Research Center, University of Minnesota, 1975, p. 107-114.

    42H. V. Nurmi, « The Story of the Central Cooperative Wholesale », Third Yearbook, The Cooperative League of the USA, 1936, p. 66-67 ; Harlan J. Randall et Clay Justin Daggett, Consumers’ Cooperative Adventures: Case Studies, Whitewater, The Whitewater Press, 1936, p. 266-269 ; 20th Year Central Co-operative Wholesale, Superior, Wisconsin, 1937, p. 27-32, Immigration History Research Center, University of Minnesota, Minneapolis (désormais IHRC).

    43Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 149-153.

    44Harlan J. Randall et Clay Justin Daggett, Consumers’ Cooperative Adventures, op. cit., p. 133-135 ; Leonard Clayton Kercher, Vant W. Kebker et Wilfred C. Leland, Consumers’ Cooperatives in the North Central States, Minneapolis, The University of Minnesota Press, 1941, p. 197-198.

    45Ibid., p. 374-376 ; Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 153, 175 et 181.

    46Ibid., p. 147 et 184 ; « Summer festival of Northern Wisconsin Co-operatives », The Co-operative Pyramid Builder, mai 1927 ; « Cooperative Program Shown Large Audiences », juin 1927 ; « Co-operative Summer Festival at Waine, Wis., June 2 and 3, 1928 », mai 1928.

    47Jennifer Elise Tammi, Minding Our Own Business, op. cit., p. 70-84.

    48« Mammoth Retail Corporations Crush Small Dealers », The Co-operative Pyramid Builder, mai 1927. Pour d’autres exemples, voir « Profiteering by the Chain Stores », juin 1927 ; « Chain Stores’ Progress in 1927 », janvier 1928 ; « Trustification of the Retail Chain Stores », juin 1928 ; « Depression Aids Chains to Crush the Small Grocer », 2 avril 1932.

    49Voir un exemple de plan du service technique, papiers de la famille Törmä-Silvova, boîte 13, dossier 6 « Co-op store architectural sketches », non daté (avant 1930), IHRC.

    50Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 182-185.

    51La RRL avait inauguré la pratique en 1908, avec la création d’un service semblable, qui préconisait la mise en place d’un système de comptabilité uniforme dans tous les magasins de la ligue, John F. Sinclair, Report upon Co-operation and Marketing, part 4, op. cit., p. 34-36 ; Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 176-179 ; Harlan J. Randall et Clay Justin Daggett, Consumers’ Cooperative Adventures, p. 254-255 ; « Annual Report of the Auditing Department », The Co-operative Pyramid Builder, mai 1928.

    52H. V. Nurmi, « The Story of the Central Cooperative Wholesale », art. cité, p. 71. Il s’agit ici d’une référence à « l’homme oublié » défendu par le président Roosevelt dans ses discours au début des années 1930.

    53Ibid., p. 68-69 ; Harlan J. Randall et Clay Justin Daggett, Consumers’ Cooperative Adventures, op. cit., p. 253 ; Leonard Clayton Kercher et al., Consumers’ Cooperatives in the North Central States, op. cit., p. 371 ; 20th Year, Central Co-operative Wholesale, op. cit., p. 18.

    54Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 199-201 ; Michael G. Karni, Yhteishyvä, or, For the Common Good: Finnish Radicalism in the Western Great Lakes Region, 1900-1940, thèse de doctorat (Ph.D.), Minneapolis, University of Minnesota, 1975, p. 269-272. « Workers and Farmers, Co-operate! », The Co-operative Pyramid Builder, septembre 1926 ; « American Co-operatives, Help the Striking British Miners! », octobre 1926 ; « Thayer Sentences Sacco and Vanzetti », mai 1927.

    55Jennifer Elise Tammi, Minding Our Own Business, op. cit., p. 149-155. Après 1930, le CCE devient donc le CCW. Pour faciliter la compréhension, je continue de parler, dans le reste de l’ouvrage, du CCE, même dans les années 1930.

    56« Stock-Ownership Democracy Bunk », The Co-operative Pyramid Builder, août 1926 ; « The Chain Stores and the Co-operatives », mars 1927 ; « Unearned Incomes Beat all Records », octobre 1926 ; « Cost and Margin », juillet 1926 ; « Operating Costs of Co-operative Stores », juin 1927.

    57Paul W. Glad, The History of Wisconsin, vol. V, A New Era, and Depression, 1914-1940, Madison, State Historical Society of Wisconsin, 1990, p. 165-194.

    58Ralph Henry Elsworth, Development and Present Status of Farmers’ Cooperative Business Organizations, Washington, United States Department of Agriculture, 1925, p. 19-21 ; Benjamin H. Hibbard et Asher Hobson, Cooperation in Wisconsin, op. cit., p. 3 et 7-12. Les deux économistes précisent que les chiffres sont certainement sous-estimés, puisqu’ils ne tiennent pas compte du grand nombre des organisations informelles.

    59Ibid., p. 11-24.

    60William Kirsch, « Cooperative Marketing in Wisconsin », in Wisconsin Blue Book, 1931, p. 31-47, sur la chronologie de ces différentes fédérations entre les années 1910 et 1930.

    61Interview d’histoire orale, Floyd Lucia, 1975 « Wisconsin Agriculturalists Oral History Project », WHS, cassette 1. Dès le début des années 1920 la fédération des producteurs de fromages revendique des ventes dans 37 États de l’Union, Theodore Macklin, Marketing by Cooperative Sale Companies, Bulletin 346, Agricultural Experiment Station, University of Wisconsin, janvier 1923, p. 25.

    62Dale E. Treleven, « Agricultural Cooperation in Wisconsin » art. cité, p. 75-76.

    63« Cooperatives in Big Business », Agricultural Cooperation, 9 février 1929.

    64Eric E. Lampard, The Rise of the Dairy Industry in Wisconsin, op. cit., p. 321.

    65William Kirsch, The History and Accomplishments of the Wisconsin Cheese Producers’ Federation, op. cit., p. 11-14 ; « Articles of incorporations and by laws of the Wisconsin Cooperative Creamery Asscosiation », boîte 4, dossier 5 « Cooperative Creameries », papiers de George Nelson, WHS.

    66« Creamery Federation Ready for Business », The Wisconsin Farmer, 23 avril 1925 ; « Sign the Creamery Patrons’ Magna Carta! », The Wisconsin Farmer, 29 juin 1922 ; Alvin C. Reis, « Wisconsin’s Future in Co-operative Marketing », Equity News, 1er août 1926 ; interview d’histoire orale, Floyd Lucia, cassette 1.

    67Interview d’histoire orale, Milo Swanton, 1975-1976 « Wisconsin Agriculturalists Oral History Project », WHS, cassette 6.

    68Victoria Woeste, The Farmer’s Benevolent Trust, op. cit., p. 93-107 ; James L. Guth, « Farmer Monopolies, Cooperatives, and the Intent of Congress: Origins of the Capper-Volstead Act », Agricultural History, no 56-1, 1982, p. 67-82 ; Edwin G. Nourse, The Legal Status of Agricultural Cooperation, op. cit., p. 75 et 246-265 ; Elisabeth S. Clemens, The People’s Lobby, op. cit., p. 168-177.

    69Laws of Wisconsin 1921, chapitre 490, sections 1790e-1 to 1790e-17 ; Biennial Report of the Department of Markets, 1920-1921, décembre 1922, p. 68-69 ; Harlan Huntley, « Historical Study of Wisconsin Cooperative Statutes », art. cité, p. 575-577.

    70Henry Bakken, American Cheese Factories in Wisconsin, Research Bulletin 100, Agricultural Experiment Station of the University of Wisconsin, août 1930, p. 6-7.

    71Interview d’histoire orale, Floyd Lucia, cassette 1.

    72« Farmer to be the Great Power », Co-operation, février 1913 ; Florence E. Parker, The First 125 Years, op. cit., p. 49 ; « A New Enterprise for Milltown », art. cité ; Benjamin H. Hibbard et Asher Hobson, Cooperation in Wisconsin, op. cit., p. 30 ; Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 155.

    73Ed Pudas, « Autobiography » (manuscript), 1977, WHS, River Falls Area Research Center, en particulier p. 107-113.

    74George O. Jones et Norman S. McVean, History of Wood County, Wisconsin, Minneapolis, H.C. Cooper, Jr. & Co., 1923, p. 606-608.

    75Marc Schneiberg, « Toward an Organizationally Diverse American Capitalism? Cooperative, Mutual, and Local, State-Owned Enterprise », Seattle University Law Review, no 34-4, 2011, p. 1418-1420.

    76Pour cet argument à propos des coopératives des immigrants finlandais dans le Nord du Midwest, Arnold R. Alanen, « The Development and Distribution of Finnish Consumers’ Cooperatives in Michigan, Minnesota, and Wisconsin », art. cité, p. 113 ; Michael G. Karni, Yhteishyvä, or, For the Common Good, op. cit., p. 263-265. Karni note notamment que les activités des Granges ou de la RRL ont sûrement été plus influentes que celles des paysans finlandais en Finlande à la même période dans l’organisation des magasins liés au CCE.

    77Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 72-74 et 94.

    78Equity Cooperative Elevator Company, Records, p. 1, 26, 30, 42, 58, 143 et 150 par exemple.

    79Ibid., p. 69 ; Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 112.

    80Interview d’histoire orale, Max Leopold, 1976, Wisconsin Jewish Archives, WHS, cassette 1. Leopold est également un homme politique important du Parti progressiste de l’État, ainsi qu’un membre éminent du Farm Bureau dans les années 1920. Sur la communauté d’Arpin, voir également, Louis J. Swichkow, « The Jewish Agricultural Colony of Arpin, Wisconsin », American Jewish Historical Quarterly, no 54-1, 1964, p. 82-91.

    81Pierce County Farmers’ Co-operative Mercantile Company, Records, p. 43 et 67.

    82Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 154-155, 170, 183 et 195-198 ; Co-operative Central Wholesale Collection, boîte 29, dossier 6 « People’s Cooperative Society », IHRC ; George W. Jacobson, « Fieldman’s Report », First Yearbook of the Cooperative League of the USA, New York, The Cooperative League House, 1930, p. 120-124.

    83Howard Haines Turner, Case Studies of Consumers’ Cooperatives, op. cit., p. 198.

    84George W. Jacobson, « Fieldman’s Report », art. cité, p. 122.

    85Interview d’histoire orale, Jean Stillman Long, 1974 « Wisconsin Agriculturalists Oral History Project », WHS, cassette 8 ; « The Tenth Co-operative Training School », The Co-operative Pyramid Builder, décembre 1930.

    86Donald L. Beran, A Critical Study of the Teaching of Cooperatives in Wisconsin, thèse de doctorat (Ph.D.), Madison, University of Wisconsin, 1949, p. 15-16.

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