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    Plan détaillé Texte intégral Des laideurs présentes au cœur des cités Des portraits cruels et sans nuances : hybridité, difformité et dysharmonie Décrire et suggérer Laideurs, émotions, affects Une possible histoire de la laideur ? Notes de bas de page Auteur

    Laideurs grecques

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Laideurs grecques : remarques conclusives

    Véronique Mehl

    p. 187-200

    Texte intégral Des laideurs présentes au cœur des cités Des portraits cruels et sans nuances : hybridité, difformité et dysharmonie Décrire et suggérer Laideurs, émotions, affects Une possible histoire de la laideur ? Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Au moment de refermer les réflexions sur les laideurs grecques, un détour par la philosophie contemporaine éclaire le chemin. La phénoménologie que Jean-Paul Sartre développe dans ses écrits des années 1930-1940 fait une large place à la corporéité et essaie sans doute de dépasser sa blessure originelle, son expérience de la laideur1. Dans une Lettre au Castor, il répond à Simone de Beauvoir qui lui demandait à (a)voir une de ses photographies d’enfance :

    « C’était difficile à trouver. Jusqu’à cinq ans j’étais un ravissant bébé avec cette tête un peu conventionnelle qui plaît aux mamans médiocres. Aussi on s’arrachait mes photos. À partir de cinq ans, mes cheveux coupés ont entraîné avec eux cette splendeur éphémère, je suis devenu laid comme un crapaud, beaucoup plus laid encore qu’à présent. Aussi personne n’a plus voulu me photographier. On craignait que je ne fisse se voiler la plaque sensible, comme ces spectacles affreux qui font faire de fausses couches aux femmes enceintes. […] Heureusement j’y (chez sa grand-mère) ai trouvé aussi cette horreur, ce petit cliché de moi faisant le singe, plus laid que nature2. »

    2Dans ce passage intime, au-delà d’une expérience familiale fondatrice, se lisent des pistes plus générales sur la laideur : le regard d’autrui, le comparant animalier, la question de l’art et de la mimésis, enfin la transmission possible à l’entourage.

    Des laideurs présentes au cœur des cités

    3À la lecture des échanges intertextuels engagés dans l’ouvrage, on ne peut que constater la richesse des recherches et retrouver dans les questionnements philosophiques du xxe siècle, une part d’Antiquité. Sans proposer de synthèse, difficile à construire en quelques pages dans une problématique renouvelée, quelques grands traits dessinés pourront nourrir de futurs questionnements. Si la laideur se porte d’abord sur le corps, elle est rarement seulement physique. Dès les premières mentions dans la poésie, ceux qui sont touchés (Thersite et Dolon chez Homère, la femme-guenon chez Sémonide) ont un fond tout aussi disgracieux que leur apparence ; ils sont d’ailleurs avant tout décrits par leurs actes et leurs actions. L’opposition kalos / kakos est marquée dès l’Iliade. Le corps est un lieu de valeurs. Dolon est certes rusé, mais il est aussi vantard et peureux, des comportements qu’Homère développe plus longuement que son physique. De même, le poète mentionne d’abord les injures proférées par Thersite avant de faire sa description. Les mots qui sortent de lui portent vers l’extérieur ce qu’il est réellement, son corps sans forme le confirme. Tout marque une absence de maîtrise de soi, une incapacité à respecter les codes. La laideur devient rapidement une marque de déclassement social et d’inconvenance ; par peur de la propagation, il faut lutter contre elle, soit pour la faire disparaître, soit pour s’en tenir simplement éloigné.

    4Une petite fille guérie par une divinité, la naissance d’une forme de racisme, un cadavre décomposé, de vieilles courtisanes fanées et fardées, un homme politique moqué, une femme torturée, des vieillards émaciés, des satyres accroupis déféquant, un dieu mal taillé…, les expressions de la laideur semblent si diverses et plurielles, qu’on peut se demander s’il existe une forme de cohérence ou d’histoire. Pourtant, les laideurs physiques sont autant d’attaques au corps social, de normes contournées, dévoilées ou dévoyées. S’il est difficile de dresser un portrait standard, des types se détachent nettement, des grandes lignes se dessinent. L’apparence disgracieuse et les tares morales, réelles ou fantasmées, sont autant d’entrées pour mieux comprendre les sociétés du passé, leurs stratégies d’exclusion et leurs fragilités.

    5Dans le monde des cités grecques, dès l’époque archaïque, les textes associent clairement l’apparence d’un individu à son identité et plus largement à ses mœurs, ses pratiques, son ethos. Il existe pour les Anciens un jeu significatif qui dépasse les mots, entre le corps (sôma) et le signe (sêma)3. Le premier est le signifiant d’une classification socioculturelle, de statut, de genre, d’âge, d’appartenance ethnique, mais aussi de qualités, de valeurs ou, au contraire, de défauts. Chacun a un corps (au sens biologique du terme) mais est aussi un corps. La laideur (physique et morale) est une projection de soi vers les autres, provoquant des réactions sur celui (groupe ou individu) qui la perçoit, l’évalue, la jauge, la caractérise et, éventuellement, la stigmatise.

    6Les Grecs ont précocement représenté les corps, ils les ont aussi pensés qu’il s’agisse de philosophie, de médecine ou de poésie. Ils ont produit une échelle de perfection dont un des critères est la beauté4 : les mortels sont entre deux pôles avec au sommet, les dieux et leur beauté rayonnante, liée en grande partie à leur immortalité. Ils disposent de la charis (la « grâce », le « rayonnement ») qui leur est consubstantielle. Et, en bas de l’échelle, les animaux dont beaucoup sont connus pour leur laideur. Entre ces deux pôles, les humains, avec leurs hiérarchies sociales complexes et mouvantes, cibles privilégiées des disgrâces. Les sociétés ont une attention particulière aux corps ; par le biais de concours athlétiques et de beauté, elles les évaluent en permanence. Les docimasies exercées sur les animaux destinés aux sacrifices, sont aussi des formes d’examen et d’évaluation des corps. Des normes plus ou moins explicitées accompagnent ces observations.

    7Si les différents chapitres de l’ouvrage montrent que, dans les cités grecques, nul n’est à l’abri de la laideur – pas même une divinité à l’exemple de Priape5 ou d’Héphaistos6 –, cette dernière est parfois passagère, mais elle afflige plus aisément et durablement certains : ceux aux deux extrémités de la vie (les enfants et les vieux), les déclassés sociaux ou statutaires (les pauvres, les exclus, les esclaves), les non-Grecs ou les femmes. La laideur fonctionne par rapport à un référent, l’homme libre citoyen dans la force de l’âge, même si être un homme ne prémunit pas du fléau. Il y a des âges préférentiels pour la laideur, comme pour la beauté7. Dimitris Paléothodoros a montré la palette utilisée par les peintres de vases pour identifier les vieillards, entre noblesse de l’expérience et dégradation de la vie passée. La frontière du genre est une autre ligne importante : évidemment, toutes les femmes ne sont pas laides, mais il semble qu’elles le soient plus fréquemment et surtout plus fortement. Maria Patera, analysant les remèdes utilisés pour contrecarrer la laideur, pointe qu’elles en sont les premières utilisatrices. Souvent, leurs tentatives vouées à l’échec provoquent des tares supplémentaires. Cette vision négative du féminin ne surprend pas dans la culture grecque. En effet, selon le mythe hésiodique, les femmes (ou plutôt les gunaikes, les épouses) ont été pensées comme un beau mal (kalon kakon) : Pandora est belle à l’extérieur, mais laide à l’intérieur. Se cache au fond des femmes, comme au fond de la jarre, une série de défauts et de maux. Chez une femme, la beauté n’est souvent qu’artifices, la laideur peut facilement « faire surface ». Typhaine Haziza a pointé combien beauté et laideur restent attachées à la question du mariage des femmes, en analysant l’histoire de la mère du roi spartiate Démarate, embellie par Hélène. Cette dernière est aussi un exemple de diffraction possible entre esthétique et éthique.

    8Cependant, en matière de corps, il faut se méfier de tout automatisme. De la même façon que l’apparence extérieure de la belle Pandora est trompeuse, tous les laids ne sont pas mauvais. Ainsi Socrate, à l’allure de silène, cache au fond de lui le pouvoir de la philosophie, une beauté intérieure bien plus puissante que sa laideur (nez camus, yeux à fleurs de tête, bouche plus vilaine que celle des ânes…). Philippe Borgeaud, revenant sur les recherches fondatrices de Maurice Olender, expose combien la figure de Priape dépasse celle du petit dieu rustre aux mauvaises proportions, avec son phallus trop grand ou son corps trop petit. Malgré ces tares physiques, il est protecteur, il attire et provoque le désir. Avec lui, la laideur est esthétique et érotique, elle a les traits positifs d’une divinité. Dans le monde des divinités, la laideur quelle que soit la forme qu’elle prend (comme pour Priape ou Héphaistos) ne les prive jamais de leur puissance.

    Des portraits cruels et sans nuances : hybridité, difformité et dysharmonie

    9Il peut sembler aisé de dessiner le portrait d’un laid ou d’une laide, il suffirait de regarder quelques terres cuites, de scruter des tablettes de défixion, d’évoquer des masques de théâtre ou de lire des épigrammes satiriques pour composer un ensemble aisément reconnaissable. Pourtant il n’y a pas une laideur, mais des traits physiques qui se composent, se combinent, se confrontent et se confortent souvent. Les déficiences morales sont, elles, de tous ordres : toutes les déviances (sociales, politiques, sexuelles…) peuvent devenir des tares. Éthique et esthétique coïncident dans tous les dossiers documentaires étudiés quel que soit le contexte ou la chronologie abordée. Est laid/mauvais celui ou celle qui ne tient pas sa place, contrevient aux règles ou aux convenances, son apparence l’indique : trop ou pas assez de ceci ou de cela (petitesse, décharnement, obésité, etc.), difformité, dysharmonie, absence de forme… À feuilleter l’ensemble des chapitres, toutes les parties du corps sont concernées, avec une nette prédominance du visage8, la partie immédiatement accessible du corps. Rictus, grimace, regard fuyant ou bigleux, lèvres serrées ou épaisses, dents écartées ou esseulées, teint blême ou noir, rougeur, nez de travers, narines épatées, sourcils broussailleux, bouton ou tumeur, marquage, hyperpilosité ou atrichie…, autant de défauts isolés ou s’additionnant. La lecture des textes de Maria Patera et de Dimitris Paléothodoros établit qu’aucun lieu n’échappe au fléau (cou, jambe, poils, poitrine, fesses, ventre, organes génitaux…). Tout est question de manque d’harmonie, de difformité ou de proportion (pieds trop grands pour une femme, petitesse pour un homme, gibbosité, etc.). Marco Vespa montre que Xénophon caractérise dans son traité Cynégétique de la même façon les chiens qualifiés d’amorphoi (nez, bouche, pattes…). La perte de la forme, très prégnante dans le vocabulaire (avec le préfixe privatif comme dans amorphos, aschêmos ou duseidês) disqualifie dans ce qu’elle a de mouvant ou d’hybride. Être informe, difforme, sans forme est difficile à contrecarrer. Il est plus aisé d’outrager un corps ou de le contrefaire (comme un acteur avec ses postiches et autres rembourrages9) que de le redresser, au sens esthétique et moral. L’hybridité, dans ce qu’elle a de composite, produit rarement du beau, l’harmonie lui échappe.

    10Ces laideurs plurielles sont d’abord saisies par la vue, mais elles se perçoivent aussi par tous les autres sens (ou presque). Si l’ouïe est peu mentionnée, on peut cependant repérer quelques exemples : Cléon, le démagogue, a une voix de torrent rocailleux (le Cycloboros10), Thersite piaille comme un geai (krazein11), le corps peut produire des bruits (rots, pets…). Plus fréquemment, deux autres sens, le toucher et l’odorat, ajoutent un degré supplémentaire qui conduit facilement vers l’affreux. Le premier provoque toujours le rejet, la répulsion, voire le dégoût parce qu’il ne s’agit plus seulement de voir la laideur – sous-entendu de loin12 – mais d’être à son contact direct, suggérant une possible contamination. Les mêmes réactions sont suscitées par la puanteur, réelle ou métaphorique, provoquée par la maladie, la mort, les mauvaises mœurs, l’absence de soin de soi ou des activités économiques ou politiques dégradantes. Émanant de tout le corps ou sortant par l’orifice buccal, elle projette à l’extérieur des disgrâces intimes. Petra Pakkanen l’a exposé avec l’Athénien Cléon : s’il est laid sur la scène comique, c’est autant pour sa possession d’un atelier artisanal déconsidéré que pour ses idées politiques. Dans l’imaginaire social, une tannerie utilisant des matières animales (peaux, urines…) ou associées à la mort, exhale forcément des odeurs fétides autour d’elle. Celui qui la possède, comme Cléon ou y travaille, sent fatalement la même chose. Peu importe si ce portrait est fidèle13, Aristophane dénigre, attaque, dénonce, discrimine, pour faire rire et sans doute régler des rancunes personnelles. Mais la laideur olfactive a aussi d’autres sources. Véronique Mehl, étudiant la mécanique des corps malades et mourants entre pepsis et sêpsis, met en évidence que la laideur et la maladie se lisent de la même manière, en surface, dévoilant des dysfonctionnements plus profonds. Les cadavres sont alors l’ultime dégradation, avant qu’ils ne perdent totalement leur forme. Quant aux satyres déféquant peints sur les vases étudiés par Dimitris Paléothodoros, ils sont laids et font des choses laides : ils font sous les yeux, le regard et le nez des autres ce qui se fait habituellement en privé. Ceux qui manipulent de tels vases, souvent dans le contexte du banquet, s’en amusent sans doute et se rappellent aussi les règles du savoir être en société, à un moment important de la sociabilité citoyenne et masculine. La laideur qui s’exprime au banquet est contrôlée : celle des esclaves, des parasites ou des bouffons est ridiculisée et moquée, celle des banqueteurs est passagère, limité dans cet espace et ce temps définis.

    11Les mauvaises odeurs qui sont bien une partie du laid posent la question des stratégies d’évitement. Si on peut fermer les yeux, détourner le regard, se boucher les oreilles ou retirer sa main, s’empêcher de respirer en se pinçant les narines est impossible à long terme. La compréhension antique de l’olfaction indique une pénétration de l’odeur à l’intérieur de celui qui l’inhale, il est difficile alors de s’en défaire. Il s’agit ici sans doute d’une possible incorporation de la laideur. Cette dernière est donc bien une forme de souillure dont il faut se prémunir. Plusieurs éléments l’attestent : le bouc émissaire – le pharmakos14 – choisi pour son physique ou son origine sociale dégradée, le vocabulaire accolé à certains laids (par exemple, les adjectifs kakopinês ou sapros sont utilisés dans la Vie d’Ésope, § 28) ou la peur associée. Le rire que la disgrace suscite renvoie également potentiellement à la souillure ; surtout si l’on considère ses pouvoirs cathartiques. La laideur est tout aussi inquiétante qu’intrigante.

    Décrire et suggérer

    12La laideur s’écrit en quelques mots, en longs portraits ou apparaît sans caractérisation : il est laid, elle est laide et cela suffit (aischros/aischra est alors fréquent). Cette absence de précision peut indiquer qu’il existe, pour les cités et les époques concernées, des référents évidents qui ne demandent pas que l’on déroule des détails particuliers. Lorsque des physionomies sont précisément dépeintes, les comparaisons sont essentielles, dès la poésie homérique pour Thersite15. Les comparants les plus fréquents, mentionnés tout au long de l’ouvrage, sont animaux et objectaux. Ils tirent toujours le mortel vers le bas dans l’échelle de perfection, en l’éloignant du pôle divin. Les animaux cités sont d’abord le singe16 et la guenon, puis le crapaud17, la tortue, le porc, la chèvre, le renard et le chien. La comparaison simiesque, la plus ancienne et la plus commune, paraît aussi la plus dégradante. Elle est paradoxale et réflexive puisque le singe peut contrefaire l’homme et provoquer le rire, en devenant un bouffon. La laideur animale tient à des traits physiques et comportementaux. Pour certains, c’est leur peau et/ou leur couleur qui est avilissante18 : l’adjectif chlôros (verdâtre), assez fréquent, évoque la décoloration et la perte de texture. On pense alors à la tortue ou au crapaud. Les traits moraux confortent leur physique : le renard, avec son pelage roux, est fourbe, le chien et le bouc sont lubriques, l’hypersexualité de ce dernier expliquerait sa puanteur. Il y a donc aussi de la polysensorialité dans l’appréhension de leur laideur19. Dès lors, l’animalisation suppose une manière de vivre « bestiale », des mauvaises pratiques et une absence de maîtrise, elle augmente la laideur physique de traits moraux pervertis.

    13Des comparants objectaux, plus rarement végétaux, sont également utilisés, niant la part d’humanité et même de vie de l’individu. Pour ne prendre qu’un exemple connu, celui de la Vie d’Ésope, le fabuliste « sept fois difforme » (§ 14) : il est un objet, comme le veut son statut d’esclave, une « marmite à pied » ou un « récipient à nourriture » (§ 14), un « range ustensile d’un cuisinier » (§ 88), il est donc toujours un objet du quotidien, sans valeur, parfois un objet contrefait20, « une cruche atteinte d’une tumeur » (§ 88).

    14Dans quelques cas, la laideur est si intense que le comparant animal, végétal ou artéfactuel ne suffit plus, le mythe apporte alors d’autres référents, avec des monstres et des créatures, plus effrayantes les unes que les autres (Gorgone, Chimère, Cyclopes, Grées…)21. Hybrides et difformes, marquées par le trop ou le pas assez (de membres, d’organes…), elles sont fréquemment féminines, en tout cas, toujours mauvaises. Comparer avec des animaux, des objets, des végétaux ou des monstres, c’est induire déjà une forme d’altérité somatique. L’indescriptible et l’indicible se disent par l’usage de métaphores, d’analogies et autres comparaisons. On glisse parfois du laid à l’affreux puis au monstrueux, sans que l’on sache exactement où situer la frontière.

    Laideurs, émotions, affects

    15Comme souvent dans les sources anciennes, la place laissée à l’intime est limitée, l’individu disparaît derrière son groupe (amical, familial, civique…). Il est difficile de percevoir ce que ressent un laid face à son image. Cependant, les attaques dont il est victime ont régulièrement une visée blessante ; il s’agit d’outrager sa personne, de s’en moquer, de la rejeter et de la stigmatiser. Aristote22 note cependant « l’apparence disgracieuse », aux côtés d’une « famille douteuse » ou de l’absence d’enfants, parmi les défauts qui nuisent au bonheur. Les textes (re)construisent la parole de deux laids célèbres et paradoxaux, Socrate et Ésope. Le portrait du fabuliste aux origines serviles est le plus long conservé. La vie d’Ésope23, une biographie anonyme et comique datée du iie siècle apr. J.-C. déploie toute une gamme de comparants, faisant même douter de son humanité, avec « l’impression de contempler un monstre24 ». Pourtant les premières mentions du fabuliste, à l’époque archaïque, ne mentionnent pas de disgrâce, il est devenu laid avec le temps. Même Thersite, « l’homme le plus laid qui soit venu sous Ilion », fait pâle figure à côté de lui. Les sentiments à l’égard d’Ésope évoluent au fil du texte : peur, moquerie, rire franc, dégoût puis attirance, quand la femme de son maître « en voyant combien son sexe était long et gros, fut conquise et, oubliant sa laideur, éprouva la blessure du désir » (§ 75). En ce sens, la disgrâce physique est souvent associée à l’obscénité et à la lubricité. Le chapitre de P. Borgeaud déploie les questionnements autour de l’esthétisation et de l’érotisation des laids. Leur difformité, portée par la démesure de leur sexe, fascine alors25. Tous les laids ne sont pas privés d’amour, mais dans les textes, il vaut mieux être une divinité ou s’y apparenter (comme certains êtres exceptionnels, à l’instar de Socrate) pour susciter des sentiments positifs. Mais Priape n’est jamais totalement comblé, par l’amour ou la sexualité.

    16Le cas de Priape, fils de deux belles divinités (Dionysos et Aphrodite) montre la difficulté de penser la laideur sans la beauté. Tous les chapitres de l’ouvrage font d’ailleurs allusion aux deux concepts. Si l’un n’est pas nécessairement l’inverse de l’autre, ils servent cependant à se définir l’un l’autre, sans jamais arriver totalement à être saisis. Comme l’a montré Philippe Borgeaud, le ressenti de Priape face à sa difformité se perçoit dans son flot de paroles.

    17La laideur ésopique, même si elle n’est pas toujours facile à vivre, est bonne à penser, comme celle de Socrate. Xénophon et Platon, dans plusieurs traités, mettent en scène le corps de leur maître, devenu objet à philosopher. Il est laid comme un animal et un Silène, tout son visage est dégradé : nez, yeux, cheveux, bouche, lèvres sont affectés de tares. Si les comparaisons sont communes, Socrate26, lui, n’a rien de commun, il est comme ces objets précieux dans les boutiques de sculpteurs, des Silènes qui « si on les ouvre en deux, on voit qu’ils contiennent, à l’intérieur, des statues des dieux27 ». Sa beauté intime est si éloignée des tares morales de tous les autres laids qu’elle pousse à la réflexion, lui seul peut l’utiliser pour penser. Elle est la marque du grand homme que la cité a pourtant condamné.

    18Si Socrate peut philosopher à partir de sa surprenante apparence, c’est aussi parce que d’autres réactions seraient attendues (saisissement, peur, honte28…). Les mentions fréquentes de tentatives pour masquer les disgrâces renvoient aux sentiments négatifs à la vue de tels laids. Le rire qui traverse quasiment tous les chapitres de l’ouvrage tient en grande partie aux sources mobilisées, mais pas seulement : comédies, épigrammes et satires (B. Legras, V. Mehl, P. Pakkanen et M. Patera), récits historiques et plaidoyers politiques (T. Haziza), images (D. Paléothodoros). Mais les rieurs prennent aussi le risque de s’enlaidir, en se moquant ainsi : les visages peuvent être déformés par l’éclat de rire.

    19Dans son Histoire de la laideur, Umberto Eco, cherchant à définir son objet d’étude montre la difficulté à penser le concept. Cela se marque d’ailleurs dans la définition qu’il tente d’en donner. Dans la liste qu’il produit, ce qui prime ce sont les effets induits :

    « Est laid ce qui est repoussant, horrifiant, dégoûtant, désagréable, grotesque, abominable, rebutant, odieux, indécent, immonde, sale, obscène, répugnant, épouvantable, abject, horrible, atroce, horripilant, affreux, terrible, terrifiant, effrayant, cauchemardesque, monstrueux, révoltant, répulsif, sordide, nauséabond, fétide, épouvantable, ignoble, disgracieux, pesant, indécent, difforme, déformé, défiguré29. »

    20Les usages de la laideur sont divers et assez constants au travers des siècles. La large gamme de réactions témoigne d’ailleurs des dangers encourus par les laids : ils peuvent être rossés (Thersite, battu par Ulysse, saigne et est encore plus contrefait), écorchés (le satyre Marsyas), expulsés de la cité (comme Priape de Lampsaque tel le pharmakos choisi pour sa disgrâce), exposés (comme Ésope au marché pour rehausser le prix des autres esclaves), vendus (les esclaves difformes achetés pour être des bouffons lors de banquets). La laideur a aussi une valeur didactique et apotropaïque : affichée ou racontée pour produire des épouvantails pour les petits et les grands, touchée pour avoir de la chance, portée sous forme d’amulettes30, enseignée sous forme de sentences… Face à toutes les attitudes possibles, rarement positives, les recettes pour se prémunir et, surtout, se défaire de la laideur sont nombreuses. La plupart de celles analysées par Maria Patera sont vaines : la liste des artifices utilisés par les courtisanes contrefaites (chaussures, rembourrages, vêtements, fards, etc.) laisse perplexe quant à leur efficacité. On peut aussi tenter de se cacher, mais cela ne peut durer une vie entière. Quand la laideur est congénitale (corps contrefait, mauvaises mœurs, etc.), il n’y a rien à faire. Pour espérer un résultat satisfaisant, on peut se tourner vers la magie31 ou plus sûrement vers les divinités. Typhaine Haziza, à propos de la mère de Démarate, le roi de Sparte, prouve la permanence dans les contes, au travers des siècles et des cultures, du motif de la guérison de la petite fille laide et surtout de la jeune fille avant le mariage.

    21Apprivoiser la laideur, en jouer, l’exposer, porter des amulettes, mettre des statuettes d’êtres difformes dans l’entrée de sa maison, afficher un Priape à sa porte, se rire d’un laid ou de plus laid que soi, autant de mesures prophylactiques qui disent la prégnance du phénomène, dans une culture, vantée pourtant comme la civilisation du beau.

    Une possible histoire de la laideur ?

    22L’écriture de l’histoire des laideurs est bien en cours. Les chapitres de l’ouvrage citent souvent Thersite comme un archétype originel. Il y a une matrice homérique de la laideur physique et morale, comme il y en a une de la beauté, à l’image des héros32. Le laid est déjà un Autre, il est un accident dans la trajectoire du groupe, opposé au pouvoir et transgressif. Attaquant les normes, il les dévoile aussi en creux33. L’Iambe des femmes de Sémonide, premier texte à mentionner une laide, reprend les traits composés par Homère. Le schéma narratif et descriptif est fixé, chacun sait qu’il faut se tenir éloigné de cette femme-guenon, cette laideronne devenue à son tour archétypale est forcément trompeuse et repoussante, comme l’ont écrit V. Mehl et M. Patera.

    23Il est difficile de trouver, en l’état de la recherche, des périodisations fines car il y a souvent un effet de source. Les inflexions sont question de cités, de régimes politiques et de groupes sociaux, voire de modes. Le phénomène de colonisation de l’époque archaïque, le mercenariat auprès de rois étrangers ou les conquêtes de l’époque hellénistique, font aussi découvrir aux Grecs d’autres peuples et d’autres corps, et cela n’est pas sans retombée sur la vision de l’altérité. En iconographie, il y a aussi des évolutions techniques comme l’a exposé D. Paléothodoros, avec le passage de la figure noire à la figure rouge, au rendu plus fin. Cependant il semble y avoir un point de cristallisation autour du ive siècle, non que les laids ou les laides y soient réellement plus nombreux qu’à d’autres époques, mais parce que s’y développe une nouvelle forme de philosophie, éthique et politique. Platon, l’élève de Socrate, fait de la laideur un sujet philosophique, dans ses traités socratiques et ses réflexions sur l’âme et le corps. Il y a désormais, pour Platon, une laideur ontologique. Chez Xénophon, la question du laid déborde aussi l’aspect esthétique et philosophique, en lien notamment avec Socrate, pour approcher aussi les savoirs zootechniques et la fabrication possible du laid, éventuellement comme erreur ou accident. Si l’ombre du maître pèse indéniablement sur lui et sur Xénophon, leur pensée s’inscrit aussi dans une période d’intense activité intellectuelle autour du corps. Quelques décennies plus tard, les questionnements autour de la laideur (au sens esthétique) apparaissent peu dans les traités biologiques d’Aristote, par contre ils ont leur place autour des questions d’élevage, de sélection d’espèces, en somme autour de la possible intervention humaine sur la forme des animaux. La philosophie permet désormais de penser les étiologies de la laideur. De l’émergence de la médecine hippocratique à la rationalisation aristotélicienne, tout un corpus d’écrits réflexifs se construit, schématisant, théorisant, organisant les corps, il y a une sorte de « tournant corporel », fin ve-ive siècle av. J.-C. Depuis l’époque archaïque, des couples de polarités commodes et communs (chaud/froid, sec/humide, droite/gauche, haut/bas, masculin/féminin…) permettent de penser le monde, le macrocosme, et le corps conçu comme un microcosme, en lien avec le premier. Ces séries d’oppositions binaires incluent aussi la beauté et la laideur, la santé et la maladie, le formé et l’informe. Au concept de kalokagathia des élites des cités, développé à l’époque archaïque, répond souvent la laideur sociale des citoyens moins fortunés et des non-citoyens. Aux beaux corps, savamment construits, entrainés et entretenus, exposés sous forme de statues dans les nécropoles, les sanctuaires et les agoras ou peints sur les vases, peuvent s’opposer des corps moins ou mal nourris, astreints au travail, déformés ou enlaidis.

    24Avec l’époque hellénistique, les laids semblent proliférer en art(s), dans la petite plastique et dans la grande sculpture. En abordant la question d’un possible racisme dans des papyrus à vocation éducative, Bernard Legras prouve qu’il y a des glissements dans la perception de la laideur en Égypte, de l’époque hellénistique à l’époque romaine. La couleur de peau des Africains qui, à certaines périodes, n’est qu’un critère physique parmi d’autres, peut devenir dépréciative, renvoyer à un groupe construit, désormais rejeté en tant que tel. Le stigmate se construit dans le temps, il s’installe durablement (voir par exemple la couleur noire du démon) et se transmet par des textes à vocation pédagogique. Dès l’époque classique pourtant, les Grecs ont pensé le corps de ceux qui se trouvaient à la périphérie de leur monde comme différent, ils l’ont formalisé avec la théorie des climats au tournant du ve-ive siècle, développée dans le traité hippocratique Airs, Eaux, Vents, puis complétée par Aristote, dans la deuxième moitié du ive siècle. Il est cependant difficile ici, de penser déjà une forme de racisme, contrairement au proto-racisme que l’on voit s’installer dans le monde romain du iiie-ive siècle (B. Legras). Les barbares ne sont d’ailleurs pas toujours différents ou laids. Par exemple, sur certains vases attiques34, leurs parures sont utilisées pour érotiser les corps (vêtements, bijoux…). La systématisation de la périodisation est délicate35.

    25Plus tard, en dehors des considérations de ce volume, dans la mentalité chrétienne36, la beauté, en tant que signe de la perfection, renvoie à l’image de Dieu, alors que la laideur manifeste son contraire, le Diable, le Tentateur37. Le prince juste incarne la beauté, en tant que représentant authentique de Dieu sur terre ; par opposition, le tyran constitue une figure au corps monstrueux – le monstre représentant la laideur ultime, caractéristique diabolique par excellence. De fait, la laideur morale attribuée aux impies, aux infidèles, voire aux juifs, constitue un topos qui les distingue des bons chrétiens. Le laid est une caractéristique des Enfers puis de l’Enfer chrétien, il y garde sa fonction, faire peur. Désormais et pour longtemps, laideur et péchés sont intimement associés.

    26En contexte chrétien, la laideur définit là encore des relations hiérarchisées, à la fois sur terre et au ciel. Chez les penseurs et les pères de l’Église, elle demeure bonne à penser, à hiérarchiser et catégoriser, à effrayer aussi. On glisse aisément de la philosophie à la théologie. Par exemple, pour Augustin, elle caractérise l’absence de Dieu, « cette région où dieu ne se retrouve pas38 ». Elle est un risque dont chacun doit se prémunir. Le rapport entre esthétique et éthique ne disparaît pas, il se recompose selon les périodes.

    ⁂

    27Dans des sociétés qui façonnent les corps dès la naissance, les éduquent par les exercices du gymnase, les évaluent lors de concours et élèvent la sophrôsunê (la tempérance) et l’aidôs (la pudeur) en vertus premières, la laideur est une forme d’échec individuel et collectif39. Ne pas correspondre au schêma attendu40 est un risque pour soi et pour autrui, une expérience sociale qui fragilise l’ordre établi dans la cité. La beauté se conjugue aisément avec la santé, l’intégrité et la bonté, la laideur avec la maladie, l’incomplétude et la méchanceté. L’adjectif aischros/aischra (« laid », « obscène », « mauvais », « honteux »…) et le substantif aischos, le plus fréquemment utilisé et les verbes aischunô (« être laid », « être malade », « déshonorer ») et aischunomai « être honteux » traduisent les failles possibles dans l’harmonie du groupe et les peurs qui lui sont associées.

    28Travailler sur l’histoire de la laideur, c’est écrire aussi celle des discriminations et des rejets, interroger le racisme, le sexisme et l’âgisme, étudier les normes de genre, analyser la production du monstrueux. C’est aussi tordre le cou à une série de stéréotypes contemporains : la Grèce dont nous serions les héritiers projette un imaginaire où les idéaux de beauté laissent peu de place à la disgrâce et à l’imperfection. À déambuler aujourd’hui dans un musée, on rencontre plus souvent des « Apollons » que des « Thersites » ou des « Socrates ». Mais derrière le marbre blanc et lisse des statues, ou la belle terre cuite des Tanagras, on sait aujourd’hui que se cachent des couleurs qui façonnent d’autres proportions et d’autres modèles esthétiques. Détourner les yeux des « grands classiques » de l’art, regarder la laideur en face, c’est penser les normes, étudier toutes les strates de la société, s’ouvrir aux émotions et aux affects, en un mot, faire de l’histoire.

    Notes de bas de page

    1A. Busine (Laideurs de Sartre, Villeneuve-d’Asq, Presses du Septentrion, 1986, p. 8) propose d’intégrer le « corps du sujet dans son corpus, de montrer comment Sartre va faire de sa propre laideur un objet philosophique ». Il met en avant la place de cette disgrâce dans la conception du corps que le philosophe propose.

    2J.-P. Sartre, Lettres au Castor et à quelques autres, t. I, Paris, Gallimard, 1983, p. 19.

    3Platon, Phédon, 66b-e.

    4J.-P. Vernant, « Mortels et immortels : le corps divin », L’individu, la mort, l’amour. Soi-même et l’autre en Grèce ancienne, Paris, Gallimard, 1989, p. 7-39. La charis des dieux grecs n’est pas seulement visuelle, elle est aussi une expérience olfactive.

    5M. Olender, Priape. Le phallocrate impotent, Paris, Seuil, 2025.

    6Voir la contribution de Dimitris Paléothodoros, p. 112.

    7F. Gherchanoc, Concours de beauté et beautés du corps en Grèce ancienne. Discours et pratiques, Bordeaux, Ausonius, 2016. Pour les âges de la beauté, voir les travaux de P. Brulé, pour les filles, La fille d’Athènes. La religion des filles à Athènes à l’époque classique : mythes, cultes et société, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 1989 et pour les garçons, Socrate l’Athénien, Paris, Les Belles Lettres, 2023, p. 235-236. Un passage de Plutarque illustre bien les saisons de la vie (enfance/adolescence/maturité) et celles de la beauté (Vie d’Alcibiade, I, 4).

    8F. Frontisi-Ducroux, Du masque au visage. Aspects de l’identité en Grèce ancienne, Paris, Flammarion, 1995.

    9A. Piqueux, « Rembourrages et image du corps dans la comédie ancienne et moyenne : témoignages archéologiques et textes comiques », in F. Prost et J. Wilgaux (dir.), Penser et représenter le corps dans l’Antiquité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006, p. 133-150.

    10Aristophane, Les Cavaliers, 133-137. J.-M. Galy, « Les moyens de la caricature dans les comédies d’Aristophane », Le théâtre grec antique : la comédie, Cahiers de la Villa Kerylos, 10, 2000, p. 1-24, 9-10.

    11Homère, Iliade, II, 212.

    12Le traité d’Aristote De la sensation décrit et hiérarchise les sens, avec une place moyenne pour l’odorat. Le schéma aristotélicien demeure quasiment jusqu’à nous : les sens de la distance sont la vue et l’ouïe, ceux du contact (ou de proximité) sont le goût et le toucher. L’odorat est perçu à mi-chemin.

    13Voir les travaux de P. Lafargue, pour un portrait général, moral et physique, Cléon. Le guerrier d’Athéna, Bordeaux, Ausonius, 2013 et pour la rousseur comme laideur, « Un rouquin à la tête de la cité ? Sur l’ambivalence de la rousseur chez les Anciens », REA, 113, 2011, p. 365-390.

    14B. Eck, « Le pharmakos et le meurtrier », in V. Liard (dir.), Histoires de crime et société, Dijon, EUD, 2011, p. 15-29.

    15Homère, Iliade, II, 212-219.

    16K. MacKowiak, « Le singe miroir de l’homme ? Enjeux d’une confrontation en Grèce ancienne », RHR, 230/1, 2013, p. 5-36.

    17Pour l’ambivalence de l’animal, J. Kerner, « Grenouilles et crapauds en contexte funéraire dans le monde gréco-romain : possibles fonctions et symbolique », Pallas, 94, 2014, p. 171-189.

    18V. Mehl, « Laideurs grecques : entre dysharmonie et dégradation, anormalité et animalité », in H. Alarashi et R. M. Dessi (dir.), L’art du paraître. Apparences de l’humain de la Préhistoire à nos jours, Nice, Éditions APDCA-CEPAM, 2020, p. 195-205.

    19Un passage de Porphyre interroge les différentes sensations face à des animaux : « En outre, s’il est vrai que c’est pour l’usage de l’homme que dieu a façonné les animaux, quel usage ferons-nous des mouches, des moustiques, des chauves-souris, des scarabées, des scorpions, des vipères, animaux dont les uns sont hideux à voir, sales à toucher, intolérables à sentir et poussent des cris effrayants et horribles, et dont les autres sont tout à fait funestes à ceux qu’ils rencontrent ? » (De l’abstinence, III, 19, trad. J. Bouffartigue). Tous les sens sont sollicités pour les percevoir, sauf le goût.

    20Voir aussi dans la contribution de Bernard Legras, la mention d’un chaudron percé, p. 139.

    21M. Patera, Figures grecques de l’épouvante de l’Antiquité au présent. Peurs enfantines et adultes, Leyde/Boston, Brill, 2015.

    22Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 1009b, voir aussi Rhétorique, II, 1386 pour une liste de maux qui nuisent à la vie (maladie, faim, vieillesse… et laideur).

    23Le premier paragraphe donne le ton : « Le fabuliste Ésope, si utile <aux hommes> en toutes choses de la vie, par fortune était esclave, et par naissance phrygien, d’Amorium de Phrygie, il était excessivement horrible à voir, affreux, bedonnant, la tête proéminente, camus, voûté, noir, courtaud, cagneux, les bras courts, bancal, moustachu, une erreur du jour ; et de surcroît, handicap pire que sa laideur, il était privé de parole : il était incapable d’articuler et ne pouvait dire un mot » (trad. C. Jouanno, La roue à livres).

    24Vie d’Ésope, § 24.

    25De façon générale, M. Gagnebin, Fascination de la laideur. L’en deçà psychanalytique du laid, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1993.

    26P. Zanker, The Mask of Socrates. The Image of the Intellectual in Antiquity, Berkeley, University of California Press, 1996. En dernier lieu, P. Brulé, Socrate l’Athénien, Paris, Les Belles Lettres, 2023, particulièrement le chapitre iii « Sôma ou la beauté » (p. 149 s.).

    27Platon, Le Banquet, 215a-b. Pour son portrait « détaillé », Xénophon, Le Banquet, V, 5-7.

    28Pour Aristote (Rhétorique, II, 6, 3) les choses honteuses « paraissent laides, soit à nous-mêmes, soit à ceux dont l’opinion nous touche ». Il y a toujours un aller-retour entre l’individu et son groupe. De la Grèce à Rome, d’Aristote (Poétique, 1449a) à Cicéron, laideur, honte et rire sont intimement liés. Voir Cicéron, De l’orateur, II, 236 : « Le terrain de choix, pour ainsi dire, et le domaine du ridicule est toujours quelque laideur morale, quelque difformité physique. Oui, le moyen le plus puissant, sinon le seul, de provoquer le rire, c’est bien de relever et de signaler une de ces laideurs. »

    29U. Eco, « Introduction », in U. Eco (dir.), Histoire de la laideur, Paris, Flammarion, 2007, p. 12.

    30Plusieurs articles dans M. G. Spathi, M. Chidiroglou et J. Wallensten (dir.), Apotropaia and Phylakteria: Confronting Evil in Ancient Greece, Oxford, Archaeopress, 2024 abordent ces questions.

    31L’ouvrage récent de M. G. Spathi, M. Chidiroglou et J. Wallensten (dir.), op. cit., offre en illustration, dans quasiment chaque article un condensé de laideurs. Corps déformés, handicaps, maladies, laideurs, tout concourt à l’efficacité de la magie, il faut parfois soigner le mal par le mal.

    32Le seul véritable portrait de toute l’épopée est celui d’un homme laid, déroulé sur une soixantaine de vers, tandis que celui des héros homériques, ne dépasse jamais quelques mots. Voir V. Mehl, « Laideurs grecques… », art. cité, p. 80-84 et « Corps héroïques, héroïsation et mémoire des corps en Grèce ancienne », in A. Gangloff et É. Cohen (dir.), Succès et échec de l’héroïsation de l’Antiquité à l’actualité européenne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2025, p. 27-39.

    33Pour une lecture des normes du corporel, F. Chauvaud et D. Mellier, « Introduction », in F. Chauvaud et D. Mellier (dir.), Les êtres contrefaits. Corps difformes et corps grotesques dans la bande dessinée, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019, p. 7-17.

    34I. Medjkoune, « Réunir Grecs et Barbares à travers l’image. L’expérience érotique de l’altérité par le regard », (Se) réunir dans l’Antiquité, Cahiers « Mondes anciens », 18, 2024, en ligne.

    35Pour une lecture récente, J. Wilgaux, « Décrire, hiérarchiser, stigmatiser peuples et corps en Grèce ancienne », Race. L’ombre portée, Sensibilités, 12/1, 2024, p. 61-67.

    36Pour une mise en avant de la continuité et des ruptures, P. Logié, « Fonctions du Beau et du Laid dans les romans d’Antiquité », in J. Arrouye et al. (dir.), Le beau et le laid au Moyen-Âge, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2000, p. 353-367. Si ces interrogations n’apparaissent pas dans les chapitres de l’ouvrage, elles ont nourri, de façon récurrente, les discussions lors du colloque.

    37Pour une inscription sur du long terme, dans la chrétienté, M. Vauthier, « Du laid comme signe dans l’architecture ecclésiale : du diable de la façade occidentale de Chartres et de quelques autres laideurs au midi », in J. Arrouye et al. (dir.), op. cit., p. 513-529. Mais le Tentateur peut aussi endosser des apparences trompeuses.

    38G. Toupin, « La laideur : émancipation conceptuelle », Émancipation et philosophie, Les cahiers d’Ithaque, 2018, p. 55-70.

    39Cette idée de l’échec se retrouve dans les savoirs zootechniques. Comme le montre Marco Vespa dans son chapitre, il y a dans les animaux laids, mal formés, un échec de la maîtrise technique.

    40V. Mehl, « Au premier regard », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire des masculinités en Grèce ancienne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2026, p. 86-90 et M. L. Catoni, Schemata. Comunicazione non verbale nella Grecia antica, Pise, Edizioni della Normale, 2005.

    Auteur

    • Véronique Mehl

      Université Bretagne Sud.

      Véronique Mehl est maîtresse de conférences en histoire grecque à l’université Bretagne Sud, membre de TEMOS (Temps, Mondes, Sociétés), UMR 9016. Ses travaux, s’inscrivant dans l’histoire sensible, portent sur le corps, la société et les rituels dans le monde grec ancien. Elle a notamment codirigé aux Presses universitaires de Rennes en 2019, avec Lydie Bodiou, le Dictionnaire du corps dans l’Antiquité et en 2026, le Dictionnaire des masculinités en Grèce ancienne (dans lesquels elle a écrit plusieurs notices) et avec Laura Péaud, Les paysages sensoriels. Approches pluridisciplinaires. Elle a codirigé avec Morgan Guyvarc’h aux Presses universitaires de Rennes en 2022, Utérus. De l’organe aux discours. Elle a publié récemment plusieurs articles sur le corps et le sensible dont « Atmosphère olfactive et festive du sanctuaire grec : l’odeur du divin », Pallas, 106, 2018, p. 85-103 et « Laideurs grecques : entre dysharmonie et dégradation, anormalité et animalité », in H. Alarashi et R. M. Dessi (dir.), L’art du paraître. Apparences de l’humain de la Préhistoire à nos jours, Nice, Éditions APDCA-CEPAM, 2020, p. 195-205.

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    Laideurs grecques : remarques introductives

    Véronique Mehl et Maria Patera

    Parfums de fêtes. Usage de parfums et sacrifices sanglants

    Véronique Mehl

    Corps iliadiques, corps héroïques

    Véronique Mehl

    Le beau et la bête

    Initiation et maîtrise des victimes sacrificielles

    Véronique Mehl

    Autour de l’autel

    L’espace sacrificiel dans l’iconographie grecque et étrusque (viie siècle-ve siècle av. J.-C.)

    Véronique Mehl, Dominique Frère et Laurent Hugot

    Sur la voie d’une histoire des laideurs

    Véronique Mehl

    La vulnérabilité mise en scène : blessures et soins sur les images antiques

    Lydie Bodiou, Véronique Mehl et Nikolina Kéi

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    1A. Busine (Laideurs de Sartre, Villeneuve-d’Asq, Presses du Septentrion, 1986, p. 8) propose d’intégrer le « corps du sujet dans son corpus, de montrer comment Sartre va faire de sa propre laideur un objet philosophique ». Il met en avant la place de cette disgrâce dans la conception du corps que le philosophe propose.

    2J.-P. Sartre, Lettres au Castor et à quelques autres, t. I, Paris, Gallimard, 1983, p. 19.

    3Platon, Phédon, 66b-e.

    4J.-P. Vernant, « Mortels et immortels : le corps divin », L’individu, la mort, l’amour. Soi-même et l’autre en Grèce ancienne, Paris, Gallimard, 1989, p. 7-39. La charis des dieux grecs n’est pas seulement visuelle, elle est aussi une expérience olfactive.

    5M. Olender, Priape. Le phallocrate impotent, Paris, Seuil, 2025.

    6Voir la contribution de Dimitris Paléothodoros, p. 112.

    7F. Gherchanoc, Concours de beauté et beautés du corps en Grèce ancienne. Discours et pratiques, Bordeaux, Ausonius, 2016. Pour les âges de la beauté, voir les travaux de P. Brulé, pour les filles, La fille d’Athènes. La religion des filles à Athènes à l’époque classique : mythes, cultes et société, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 1989 et pour les garçons, Socrate l’Athénien, Paris, Les Belles Lettres, 2023, p. 235-236. Un passage de Plutarque illustre bien les saisons de la vie (enfance/adolescence/maturité) et celles de la beauté (Vie d’Alcibiade, I, 4).

    8F. Frontisi-Ducroux, Du masque au visage. Aspects de l’identité en Grèce ancienne, Paris, Flammarion, 1995.

    9A. Piqueux, « Rembourrages et image du corps dans la comédie ancienne et moyenne : témoignages archéologiques et textes comiques », in F. Prost et J. Wilgaux (dir.), Penser et représenter le corps dans l’Antiquité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006, p. 133-150.

    10Aristophane, Les Cavaliers, 133-137. J.-M. Galy, « Les moyens de la caricature dans les comédies d’Aristophane », Le théâtre grec antique : la comédie, Cahiers de la Villa Kerylos, 10, 2000, p. 1-24, 9-10.

    11Homère, Iliade, II, 212.

    12Le traité d’Aristote De la sensation décrit et hiérarchise les sens, avec une place moyenne pour l’odorat. Le schéma aristotélicien demeure quasiment jusqu’à nous : les sens de la distance sont la vue et l’ouïe, ceux du contact (ou de proximité) sont le goût et le toucher. L’odorat est perçu à mi-chemin.

    13Voir les travaux de P. Lafargue, pour un portrait général, moral et physique, Cléon. Le guerrier d’Athéna, Bordeaux, Ausonius, 2013 et pour la rousseur comme laideur, « Un rouquin à la tête de la cité ? Sur l’ambivalence de la rousseur chez les Anciens », REA, 113, 2011, p. 365-390.

    14B. Eck, « Le pharmakos et le meurtrier », in V. Liard (dir.), Histoires de crime et société, Dijon, EUD, 2011, p. 15-29.

    15Homère, Iliade, II, 212-219.

    16K. MacKowiak, « Le singe miroir de l’homme ? Enjeux d’une confrontation en Grèce ancienne », RHR, 230/1, 2013, p. 5-36.

    17Pour l’ambivalence de l’animal, J. Kerner, « Grenouilles et crapauds en contexte funéraire dans le monde gréco-romain : possibles fonctions et symbolique », Pallas, 94, 2014, p. 171-189.

    18V. Mehl, « Laideurs grecques : entre dysharmonie et dégradation, anormalité et animalité », in H. Alarashi et R. M. Dessi (dir.), L’art du paraître. Apparences de l’humain de la Préhistoire à nos jours, Nice, Éditions APDCA-CEPAM, 2020, p. 195-205.

    19Un passage de Porphyre interroge les différentes sensations face à des animaux : « En outre, s’il est vrai que c’est pour l’usage de l’homme que dieu a façonné les animaux, quel usage ferons-nous des mouches, des moustiques, des chauves-souris, des scarabées, des scorpions, des vipères, animaux dont les uns sont hideux à voir, sales à toucher, intolérables à sentir et poussent des cris effrayants et horribles, et dont les autres sont tout à fait funestes à ceux qu’ils rencontrent ? » (De l’abstinence, III, 19, trad. J. Bouffartigue). Tous les sens sont sollicités pour les percevoir, sauf le goût.

    20Voir aussi dans la contribution de Bernard Legras, la mention d’un chaudron percé, p. 139.

    21M. Patera, Figures grecques de l’épouvante de l’Antiquité au présent. Peurs enfantines et adultes, Leyde/Boston, Brill, 2015.

    22Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 1009b, voir aussi Rhétorique, II, 1386 pour une liste de maux qui nuisent à la vie (maladie, faim, vieillesse… et laideur).

    23Le premier paragraphe donne le ton : « Le fabuliste Ésope, si utile <aux hommes> en toutes choses de la vie, par fortune était esclave, et par naissance phrygien, d’Amorium de Phrygie, il était excessivement horrible à voir, affreux, bedonnant, la tête proéminente, camus, voûté, noir, courtaud, cagneux, les bras courts, bancal, moustachu, une erreur du jour ; et de surcroît, handicap pire que sa laideur, il était privé de parole : il était incapable d’articuler et ne pouvait dire un mot » (trad. C. Jouanno, La roue à livres).

    24Vie d’Ésope, § 24.

    25De façon générale, M. Gagnebin, Fascination de la laideur. L’en deçà psychanalytique du laid, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1993.

    26P. Zanker, The Mask of Socrates. The Image of the Intellectual in Antiquity, Berkeley, University of California Press, 1996. En dernier lieu, P. Brulé, Socrate l’Athénien, Paris, Les Belles Lettres, 2023, particulièrement le chapitre iii « Sôma ou la beauté » (p. 149 s.).

    27Platon, Le Banquet, 215a-b. Pour son portrait « détaillé », Xénophon, Le Banquet, V, 5-7.

    28Pour Aristote (Rhétorique, II, 6, 3) les choses honteuses « paraissent laides, soit à nous-mêmes, soit à ceux dont l’opinion nous touche ». Il y a toujours un aller-retour entre l’individu et son groupe. De la Grèce à Rome, d’Aristote (Poétique, 1449a) à Cicéron, laideur, honte et rire sont intimement liés. Voir Cicéron, De l’orateur, II, 236 : « Le terrain de choix, pour ainsi dire, et le domaine du ridicule est toujours quelque laideur morale, quelque difformité physique. Oui, le moyen le plus puissant, sinon le seul, de provoquer le rire, c’est bien de relever et de signaler une de ces laideurs. »

    29U. Eco, « Introduction », in U. Eco (dir.), Histoire de la laideur, Paris, Flammarion, 2007, p. 12.

    30Plusieurs articles dans M. G. Spathi, M. Chidiroglou et J. Wallensten (dir.), Apotropaia and Phylakteria: Confronting Evil in Ancient Greece, Oxford, Archaeopress, 2024 abordent ces questions.

    31L’ouvrage récent de M. G. Spathi, M. Chidiroglou et J. Wallensten (dir.), op. cit., offre en illustration, dans quasiment chaque article un condensé de laideurs. Corps déformés, handicaps, maladies, laideurs, tout concourt à l’efficacité de la magie, il faut parfois soigner le mal par le mal.

    32Le seul véritable portrait de toute l’épopée est celui d’un homme laid, déroulé sur une soixantaine de vers, tandis que celui des héros homériques, ne dépasse jamais quelques mots. Voir V. Mehl, « Laideurs grecques… », art. cité, p. 80-84 et « Corps héroïques, héroïsation et mémoire des corps en Grèce ancienne », in A. Gangloff et É. Cohen (dir.), Succès et échec de l’héroïsation de l’Antiquité à l’actualité européenne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2025, p. 27-39.

    33Pour une lecture des normes du corporel, F. Chauvaud et D. Mellier, « Introduction », in F. Chauvaud et D. Mellier (dir.), Les êtres contrefaits. Corps difformes et corps grotesques dans la bande dessinée, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019, p. 7-17.

    34I. Medjkoune, « Réunir Grecs et Barbares à travers l’image. L’expérience érotique de l’altérité par le regard », (Se) réunir dans l’Antiquité, Cahiers « Mondes anciens », 18, 2024, en ligne.

    35Pour une lecture récente, J. Wilgaux, « Décrire, hiérarchiser, stigmatiser peuples et corps en Grèce ancienne », Race. L’ombre portée, Sensibilités, 12/1, 2024, p. 61-67.

    36Pour une mise en avant de la continuité et des ruptures, P. Logié, « Fonctions du Beau et du Laid dans les romans d’Antiquité », in J. Arrouye et al. (dir.), Le beau et le laid au Moyen-Âge, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2000, p. 353-367. Si ces interrogations n’apparaissent pas dans les chapitres de l’ouvrage, elles ont nourri, de façon récurrente, les discussions lors du colloque.

    37Pour une inscription sur du long terme, dans la chrétienté, M. Vauthier, « Du laid comme signe dans l’architecture ecclésiale : du diable de la façade occidentale de Chartres et de quelques autres laideurs au midi », in J. Arrouye et al. (dir.), op. cit., p. 513-529. Mais le Tentateur peut aussi endosser des apparences trompeuses.

    38G. Toupin, « La laideur : émancipation conceptuelle », Émancipation et philosophie, Les cahiers d’Ithaque, 2018, p. 55-70.

    39Cette idée de l’échec se retrouve dans les savoirs zootechniques. Comme le montre Marco Vespa dans son chapitre, il y a dans les animaux laids, mal formés, un échec de la maîtrise technique.

    40V. Mehl, « Au premier regard », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire des masculinités en Grèce ancienne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2026, p. 86-90 et M. L. Catoni, Schemata. Comunicazione non verbale nella Grecia antica, Pise, Edizioni della Normale, 2005.

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    Mehl, V. (2026). Laideurs grecques : remarques conclusives. In V. Mehl & M. Patera (éds.), Laideurs grecques. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/16938
    Mehl, Véronique. « Laideurs grecques : remarques conclusives ». In Laideurs grecques, édité par Véronique Mehl et Maria Patera. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2026. doi:10.4000/16938.
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