Beauté et laideur dans la paideia de l’Égypte grecque et romaine
Les enseignements des chries de Diogène dans le P. Bouriant 1
p. 135-152
Résumé
Cet article pose la question d’une éventuelle attitude de mépris vis-à-vis des Noirs, nommés Éthiopiens, dans les sources de l’Égypte romaine et tardo-romaine. Un papyrus scolaire issu d’une école grecque de Haute-Égypte, le P. Bouriant 1 = P. Sorbonne 826, datant du ive siècle apr. J.-C., fait en effet un lien explicite entre cette couleur de peau et la laideur. Il interroge donc sur l’expression d’un proto-racisme, fondé sur une vision essentialiste de la peau noire associée à la laideur, dans une civilisation de la kalokagathia. Ce document sera rapproché d’autres sources traitant du regard sur les Noirs dans un contexte égyptien : un ostracon scolaire grec, une épigramme funéraire grecque d’Égypte, et trois épigrammes latines issues de l’Afrique vandale, mais étroitement liées à l’Égypte. Ce corpus papyrologique, épigraphique et textuel enrichit les travaux sur les Éthiopiens dans l’Antiquité, souvent centrés sur les sources littéraires et iconographiques.
Entrées d’index
Mots-clés : Noirs, Éthiopiens, proto-racisme, exercices scolaires, épigrammes, Égypte romaine
Texte intégral
1Les exercices scolaires issus des écoles grecques de l’Égypte grecque et romaine constituent une source privilégiée pour identifier les normes sociales. Ces documents conservés sur papyrus, sur ostracon, sur parchemin, voire sur tissu, couvrent l’ensemble des niveaux d’éducation, depuis l’apprentisage de l’alphabet jusqu’à l’étude de textes rhétoriques. Le catalogue le plus complet publié à ce jour en dénombre 4121. L’idéal grec de la kalokagathia constitue la base de cette paideia grecque tant dans les écoles que dans les gymnases2. Dans ce contexte historique qui veut que « le moment grec soit celui de la beauté, et d’une beauté maximalement valorisée, puisqu’elle revêt aussi, dans la crase du kalos kagathos, une signification axiologique », la philosophe Gwenaëlle Aubry estimait que les Grecs ont légué aux Modernes « différentes façons de ne pas la (la laideur) penser, différentes stratégies de réduction et d’évitement » qu’elle étudie à travers la stratégie ontologique de Platon, puis de Plotin, la stratégie organiciste des Stoïciens, et enfin la stratégie cognitive d’Aristote3. De fait, la question du discours grec sur la laideur s’exprime pleinement dans l’analyse des textes scolaires issus de l’Égypte grecque et romaine.
2Un texte scolaire permet de poser la question de l’expression d’un jugement de valeur dans l’Antiquité grecque postulant la laideur d’une peau noire : P. Bour. 1 = P. Sorbonne 826. Cette problématique est, de fait, exprimée par les historiens ayant travaillé sur le thème des Noirs dans le monde antique. La question de la beauté, et donc de la laideur, en terre non grecque, a été posée par les Grecs eux-mêmes. Il suffit ici de citer Hérodote qui affirmait que « les extrémités de la terre habitée ont reçu, dirait-on, en partage ce qu’il y a de plus beau (τὰ κάλλιστα) comme la Grèce a reçu pour son compte le climat de beaucoup le plus tempéré4 ». On rappellera aussi que la question de la relativité des croyances humaines, qui trouve un écho dans les domaines esthétiques et philosophiques, convoque précisément les Noirs éthiopiens sous la plume de Clément d’Alexandrie citant Xénophane de Colophon : « Les Éthiopiens <disent que leurs dieux ont> le nez camus et la peau noire, les Thraces, <que les leurs ont> les yeux bleus et les cheveux roux5. »
3Frank Snowden, auteur de livres de référence6, ne manque pas de rappeler, dans sa contribution à l’important volume sur L’image du Noir dans l’art occidental7 : « En dernier lieu, qu’en est-il au juste de l’attitude des artistes touchant les Nègres qui leur servirent de modèles ? Malgré certains chercheurs qui ont laissé les œuvres parler d’elles-mêmes, on doit à la critique d’art des commentaires dans le genre de ceux-ci : la laideur du Nègre semble avoir sollicité tout aussi bien le sculpteur, le graveur et le peintre8 ; en général, le Nègre des vases grecs est dessiné d’une manière on ne peut plus absurde9 ; Memnon est représenté sous l’aspect d’un Blanc à cause de l’aversion des Grecs pour les traits négroïdes10 ; les Nègres sur la phiale de Panagurichte sont “presque des caricatures11” ; le Tireur d’Épine noir est un franc exemple de comique12 ; “aucun Blanc ne songerait à prendre sur lui les mouvements de danse “exécutés par un Nègre13”. » Mais, à l’inverse, l’immense majorité des auteurs, insistent sur la beauté et le charme exotique des Noirs représentés en iconographie grecque14. Les coupes janiformes attiques portant la représentation couplée avec une femme, sont, à titre d’exemple, particulièrement remarquables tant par la qualité de l’exécution artistique que par la beauté du Noir (et de la femme)15. Ces ouvrages, en particulier ceux de Frank Snowden, laissent cependant de côté la documentation papyrologique issue de l’Égypte grecque et romaine. Or l’Égypte, qui est alors fondamentalement une société multiculturelle, apporte des sources textuelles précieuses sur la représentation et l’image des Noirs.
4Le Papyrus Bouriant 1, qui date du ive siècle apr. J.-C., est un témoignage important pour saisir dans un contexte spécifique une attitude qui pose la question de l’hostilité aux Noirs, voire celle d’un proto-racisme. Il sera d’abord rapproché, d’un autre document scolaire de la pratique, datant du ier siècle ou du iiie-ive siècle apr. J.-C., O. Thompson = SB I 5730 = CPF I, 1**, no 48, 5T. Ces documents littéraires seront ensuite confrontés à un ensemble de quatre épigrammes mentionnant des Noirs : une inscription grecque d’Égypte conservant une épigramme funéraire du iiie siècle16, et trois épigrammes latines issues de l’Afrique vandale du vie siècle, mais liées au contexte égyptien17, ce qui permettra de réfléchir plus globalement à la perception des Noirs dans l’Égypte romaine et tardo-romaine.
L’image des Éthiopiens dans les documents scolaires grecs
5Le Papyrus Bouriant 1, conservé à l’Institut de papyrologie de la Sorbonne18, est un cahier scolaire d’écolier, datable du ive siècle apr. J.-C., de provenance inconnue. Mais le fait qu’Urbain Bouriant, son acquéreur, un spécialiste des papyrus bibliques, ait acquis plusieurs papyrus provenant d’Achmîn (Panopolis) en Thébaïde, rend cette région d’origine très vraisemblable19. La date est discutée, mais le ive siècle est hautement vraisemblable20. Il est d’abord publié en 1906 par Pierre Jouguet et Paul Perdrizet21, avant d’être intégré au corpus des Papyrus Bouriant par Paul Collart en 192622. Le milieu dont est issu ce cahier est une école chrétienne : sur chaque page du cahier figure un chrisme, le monogramme du christianisme, sans qu’il soit nécessaire de la considérer comme une école purement monastique23. Le cahier comporte onze feuillets, mais il est probablement incomplet. Il comptait sans doute au total 15 feuillets. L’écriture est celle d’un élève du niveau élémentaire, qui écrit sous la dictée d’un maître24. Il se structure en cinq divisions : 1) des listes alphabétiques de monosyllabes, de dissyllabes, de trisyllabes et de tétrasyllabes (l. 1-140), 2) 5 chries (χρεῑαι) de Diogène (l. 141-168), 3) 24 sentences (γνῶμαι μονόστιχοι) de Ménandre classées alphabétiquement (l. 169-239), 4) 13 vers du premier Prologue des Fables de Babrius (l. 240-271), 5) le post-scriptum de l’écolier (l. 273-278).
6La portée morale de ces textes utilisés dans l’éducation grecque est manifeste pour les chries, les sentences et les Fables25. Si les sentences dites de Ménandre ont une valeur générale, les chries sont adaptées à des situations particulières : elles se veulent des « bons mots », des « traits d’esprit26 ». Leur valeur éducative pour les professeurs de grammaire est soulignée par Quintilien qui distingue trois types de chries :
« Chriarum plura genera traduntur : unum simile sententiae, quod est positum un uoce simplici : “dixit ille” aut “dicere solebat” ; alterum, quod est in respondendo : “interrogatus ille”, uel “cum hoc ei dictum esset, respondit” ; tertium huic non dissimile : “cum quis dixisset aliquid” uel “fecisset”. »
« L’un ressemble aux aphorismes et consiste en un simple énoncé : “il dit” ou “il avait coutume de dire” ; l’autre est une réponse : “interrogé”, ou “comme on lui avait dit cela,… il répondit” ; le troisième n’est guère différent : “quelqu’un ayant dit ceci ou fait cela”27. ».
7Diogène Laërce mentionne la faveur de Diogène le Cynique dans l’éducation des enfants de Xéniade aux côtés des poètes et des historiens28.
8Les chries figurent sur les feuillets (fo) 6 et 729 (fig. 1, 2, 3) :
Chrie 1 (fo 6 r I, 1-II 4) : Ἰδὼν μυῖαν ἐπάνω τῆς τραπέζης αὐτοῦ εἶπεν· καὶ Διογένης παρασίτους τρέφει.
Chrie 2 (fo 6 r II 5-fo 6 v I 4)) : Ἰδὼν γ[υν]αῖκα διδα[σκ]ομένην γράμματα εἶπεν· οἶον ξίφος ἀκονᾶται.
Chrie 3 (fo 6 v I 5-II 6)) : Ἰδὼν γυν[α]ῖκα γυ[ν]αικὶ συμβουλεύουσαν εἶπεν· ἀσπὶς παρ᾿ ἐχίδνης φάρμακον πορίζεται.
Chrie 4 (fo 6 v II 7-f 7 et fo 7 r I 8)) : Ἰδὼν Αἰθίοπα καθαρὸν τρώγοντα· ἰδού ἡ νὺξ τὴν ἡμέραν πνίγει.
Chrie 5 fo 7 r I 9-II 6) : Ἰδὼν Αἰθίοπα δὲ χέζοντα εἶπεν· οἶος λέβης τέτρηται.
9Traduction :
Chrie 1 : « Voyant une mouche au-dessus de sa table, il dit, “Diogène nourrit aussi les parasites”. »
Chrie 2 : « Voyant une femme à qui on enseignait les lettres, il dit, “Quelle épée on affûte”. »
Chrie 3 : « Voyant une femme donnant un conseil à une autre femme, il dit, “L’aspic se fournit en venin auprès de la vipère”. »
Chrie 4 : « Voyant un Éthiopien en train de manger du pain blanc, il dit “Voilà la nuit en train de manger le jour”. »
Chrie 5 : « Voyant un Éthiopien en train de faire ses besoins, il dit, “Quelle espèce de chaudron percé”. »
Fig. 1. – P. Bour. 1 fo 6 recto.

Fig. 2. – P. Bour. 1 fo 6 verso.

Fig. 3. – P. Bour. 1 fo 7 recto.

10La tonalité de ces chries apparaît clairement misogyne et proto-raciste envers les Noirs. Si les trois chries consacrées aux femmes mettent en cause leur caractère et leur personnalité, il en va autrement pour les Noirs qui sont présentés sur des critères physiques : la couleur de leur peau et une dimension proprement scatologique. Les chries misogynes ont retenu l’attention des commentateurs. Paul Collart écrivait : « on ne voit pas quel profit moral l’enfant pouvait tirer de certaines boutades misogynes ou de telle facétie truculente prêtées par la légende au Cynique30 ». Henri-Irénée Marrou mentionne les chries 3 et 5 avec pour seul commentaire : « que penser de telles maximes, amères ou scatologiques » et ajoute : « Les Anciens n’ont pas ignoré la délicatesse, ni qu’elle était due aux enfants, mais ils ne se faisaient pas de la délicatesse la même idée que nous31. » Italo Gallo constate seulement que ces cinq chries : « non brillono per soverchio spirito. Neppure può dirsi che si distinguano per particolare valore morale, come avviene in altri casi, né per quell’ esigenza di delicatezza che si potrebbe attendere verso ragazzi e che evidentemente gli antichi concepivano in modo diverso da noi32 ». Raffaella Cribiore note quant à elle : « The sayings were often misogynistic, with an evident derivation from Euripidean thought33. » Mais aucun ne s’interroge sur le caractère proto-raciste des chries 4 et 5.
11Diogène le Cynique (412/403-324/321), originaire de Sinope, célèbre pour ses comportements excessifs et scandaleux, mais qui ne rejetait pas totalement la culture qui est « pour les jeunes un facteur de modération, pour les vieux une consolation, pour les pauvres une richesse et pour les riches un ornement34 », a développé de fait une pensée transmise en particulier par chries dans les écoles grecques35. Il est cependant probable que Diogène ne soit pas lui-même leur auteur, et que d’autres, dont Métroclès, sans doute le premier auteur de chries, aient ensuite transcrit ces dits du Cynique36.
12Les deux chries du P. Bouriant 1 étaient des inédits lors de leur publication en 1906. Mais la chrie 4 a trouvé rapidement un parallèle lors de la publication en 1912 d’un ostracon grec, datant du ier siècle ou du iiie-ive siècle apr. J.-C., et provenant de Dios Polis (Peri-Thèbes)37 : ce document scolaire porte deux chries38 (fig. 4) :
Διογένης ὁ κυνικὸς φιλόσοφος ἐρωτηθεὶς ὑπό τινος(*)| ἰδὼν(*) Αἰτίοπα(*) καθάριον| ἐσθοντα(*), εἶπεν· ἡ νὺξ τὴν| 5 ἡμέραν τρώγει. […] |Διογένης ὁ κυνικὸς φιλόσοφος ἐρωτηθεὶς ὑπό τινος| ποῦ αἱ Μοῦσαι κατοικοῦσιν,| εἶπεν· ἐν ταῖς τῶν πεπ[αι-]|10 δευμένων ψυχαῖς
Apparat critique 2. {ἐρωτηθεὶς ὑπό τινος} CPF 2.2 après Oldfather SB 5730 ; Aegyptus 14, 1934, p. 496-497.
3. l. ἰδόντος ed.pr.
3. l. Αἰθίοπα
4. l. ἐσθίοντα
Fig. 4. – O. Thompson = SB I 5730.

13La première chrie est très claire, trouvant de plus un parallèle dans le P. Bouriant 1 : « Le philosophe cynique Diogène, voyant un Éthiopien en train de manger du pain blanc, il dit “voilà la nuit en train de manger le jour”. »
14L’interprétation et la traduction de la deuxième chrie pose en revanche des difficultés en raison de l’état lacunaire de l’ostracon. La discussion est cruciale pour la compréhension de la représentation des Éthiopiens dans ce document. Les uns, avec Herbert Thompson, dissocient le sens des deux chries, la seconde n’ayant pas a priori de rapport avec la première39 : « Diogenes the Cynic philosopher, when asked by someone, “Where do the Muses dwell?”, said, “In the souls of the learned”. » Pour d’autres, ainsi Gabriele Giannantoni, il faut comprendre que les âmes des personnes ayant accédé à la paideia sont celles des Éthiopiens40 : « Il filosofo cinico Diogene, poiché uno gli chiese dove abitavano le Muse, disse: “Nelle anime di colori che hanno ricevuto un educazione” ».
15La difficulté d’interprétation repose sur le caractère partiellement lacunaire de la chrie 2 et sur la question grammaticale d’un éventuel renvoi des pepaideuménoi aux Éthiopiens de la première chrie. La proposition faite par Gabriele Giannantoni nous semble cependant impossible. Italo Gallo a bien montré en effet que cette sentence doit être replacée dans l’ensemble des textes antiques qui valorisent la paideia41. Un parallèle existe avec le P. Mich. Inv. 41, qui contient également une série de dix chries de Diogène. La même sentence sur le lieu où habitent les Muses se trouve aux lignes 5-6. Ce papyrus, datant probablement du ier siècle apr. J.-C., de provenance inconnue, est un livre en rouleau compilé probablement pour un usage scolaire42.
16Notre objectif n’est pas d’étudier ici la pensée propre de Diogène le Cynique face aux femmes, aux Éthiopiens et aux non Grecs43, mais de placer ces sentences dans la représentation sociale et ethnique des Noirs dans l’Égypte romaine. Toute la question est de savoir si la lecture et l’écriture des chries du P. Bouriant 1 révélait une pensée hostile ou méprisante envers les Noirs. On sait que le Cynique aimait la provocation verbale, et qu’il n’hésitait à tenir des propos outranciers. Dans les Vies des philosophes à l’encan, Lucien donne ainsi une vision extrême et caricaturale de la pédagogie diogénienne :
Πρῶτον μὲν παραλαβών σε καὶ ἀποδύσας τὴν τρυφὴν καὶ ἀπορίᾳ συγκατακλείσας τριβώνιον περιβαλῶ, μετὰ δὲ πονεῖν καὶ κάμνειν καταναγκάσω χαμαὶ καθεύδοντα καὶ ὕδωρ πίνοντα καὶ ὧν ἔτυχεν ἐμπιμπλάμενον, τὰ δὲ χρήματα, ἢν ἔχῃς, ἐμοὶ πειθόμενος εἰς τὴν θάλατταν φέρων ἐμβαλεῖς, γάμου δὲ ἀμελήσεις καὶ παίδων καὶ πατρίδος, καὶ πάντα σοι ταῦτα λῆρος ἔσται, καὶ τὴν πατρῴαν οἰκία ἀπολιπὼν ἢ τάφον οἰκήσεις ἢ πυργίον ἔρημον ἢ καὶ πίθον· ἡ πήρα δέ σοι θέρμων ἔσται μεστὴ καὶ ὀπισθογράφων βιβλίων· καὶ οὕτως ἔχων εὐδαιμονέστερος εἶναι φήσεις τοῦ μεγάλου βασιλέως. ἢν μαστιγοῖ δέ τις ἢ στρεβλοῖ, τούτων οὐδὲν ἀνιαρὸν ἡγήσῃ.
(Diogène s’adresse à un éventuel disciple) « Tout d’abord, je te prendrai en charge, je te dépouillerai de ton orgueil et, après t’avoir réduit à la misère, je te mettrai un petit manteau. Ensuite, je te contraindrai à peiner et à souffrir, en dormant par terre, en buvant de l’eau, en te remplissant l’estomac de ce que tu trouveras ; si tu m’obéis, l’argent qu’éventuellement tu possèdes, tu iras le jeter à la mer ; tu dédaigneras le mariage, les enfants, la patrie ; tout cela sera pour toi radotage ; tu quitteras la maison paternelle et tu habiteras un tombeau, une tour abandonnée ou même un tonneau. Ta besace sera pleine de lupins et de rouleaux de papyrus écrits recto-verso. Menant cette vie, tu affirmeras être plus heureux que le Grand Roi44. »
17Un ensemble d’épigrammes – pour l’une, écrite en grec et issue d’Égypte, et pour les trois autres rédigées en latin et liées à la province romaine – permet de fait d’élargir nos sources, afin de vérifier si la notion de laideur peut vraiment être associée aux Éthiopiens.
La représentation des Éthiopiens dans les épigrammes d’époque romaine
18Les Éthiopiens apparaissent en tant qu’esclaves dans la documentation papyrologique d’époque romaine. Dans le petit corpus de cinq personnes réuni par Jean A. Straus45, un seul permet de réfléchir à la problématique d’une éventuelle laideur. Les autres documents permettent seulement de cerner leur position dans la société de l’Égypte romaine. Une lettre privée d’Artémisia à Niger, d’époque augustéenne, mentionne « une jeune fille esclave noire » (φαιὸν κ[ο]ρά[σ]ιον46 ; un document relatif à la vente d’esclaves, daté entre le 16 août 29 et le 15 août 28 av. J.-C., provenant de Syène, évoque également une κοράσιον δουλικὸν φαιὸν47 ; un ostracon du iie ou du début du iiie siècle, provenant de Thèbes, cite le nom de Kalokairos, un esclave éthiopien (Αἰθίοψ δοῦλος) dans une liste de corvéables48 ; un esclave éthiopien (Αἰθιό[π]α ἐπικ[αλ]ούμε[ν]ον Κε[…] |ὡς (ἐτῶν) […] apparaît enfin dans un partage de propriété daté du 10 décembre 269, et provenant d’Hermoupolis Magna49.
19Une épigramme grecque (I. Métriques 26) offre un témoignage exceptionnel sur la question de la laideur d’un Éthiopien dans l’Égypte romaine. Il s’agit d’une inscription figurant sur une stèle rectangulaire, trouvée sur le site antique d’Antinooupolis en 1896, actuellement conservée aux musées d’État de Berlin (inv. 13471), datée paléographiquement du iiie siècle (fig. 5) :
1 Πάλλαντος εἴ τιν’ οἶσθας ἄνδρ’ ἐπώνυμον,|δεκάδαρχον, ἔργων Ἀντινόοιο προστάτην,|τούτωι με δαίμων οἰκέτ<η>ν κατήγαγεν|Αἰθιοπίδος γῆς, ἔνθ’ ἐμοὶ φυτόσποροι.|5 χροιήν μὲν ἐν ζωοῖσιν ἦν μελάντερος,|οἷον βολαὶ ποιοῦσιν ἡλιωτίδες·|ψυχὴ δὲ λευκοῖς ἄνθεσιν βρύουσ’ ἀεὶ|εὔνοιαν εἷλκε δεσπότου σαόφρονος,|ψυχῆς γὰρ ἐσθλῆς κάλλος ἐστὶ δεύτερον,|10 μορφήν τ<έ> μοι μέλαιναν εὖ κατέστεφεν.|οἷος μετ’ Ἰνδοὺς ἦλθε μαινόλης θεός,|βωμοῖς ἀνήσων αἰνὰ φῦλα βαρβάρων,|τοιοῦτος ἦν πάροιθεν ἡλιούμενος.|νῦν αὖτε τύμβωι πάντ’ ἀποκρύψας ἔχω,|15 θυμόν τε μορφήν θ’ ἥ με τὸ πρὶν ἄμπεχεν,|λοιπὸν δὲ πάντων οὔνομ’ ἐστί μοι μόνον.|ἐπιτυγχάνοντα γάρ με γινώσκοι<ς>, ξένε,|πάντων τυχόντα τῶν βροτοῖσιν ἡδέων·|τούτων δ’ ἀμοιβὴν δεσπότηι δοίη θεὸς|20 βίου τε μακρεὶν οἶμον εὔκλειάν θ’ ὁμοῦ.
« Si tu connais un homme qui porte le nom de Pallas, décurion, chef des travaux d’Antinoé, c’est à lui que la divinité m’a conduit, comme serviteur, de la terre d’Éthiopie, où sont ceux qui m’ont engendré. De teint, parmi les vivants, j’étais assez noir, comme un homme que frappent les rayons du soleil. Mais mon âme, dans la blancheur des fleurs qui la paraient sans cesse, s’est attiré la bienveillance d’un sage maître – car la noblesse de l’âme passe avant la beauté – et a embelli la noirceur de mon apparence. De même que le dieu du délire est allé aux Indes pour pousser vers ses autels les affreuses tribus des barbares, tel que j’étais auparavant, brûlé par le soleil. Mais maintenant, dans la tombe j’ai tout caché, le sentiment et la forme qui me revêtait auparavant, et, de tout cela, il ne me reste plus qu’un nom. Apprends, étranger, que je suis Fortuné, car j’ai obtenu de la fortune tout ce qui est agréable aux mortels. Qu’en retour le dieu donne à mon maître une longue vie à parcourir et en même temps la gloire50. »
Fig. 5. – I. Métriques 26, photographie dans É. Bernand, Inscriptions métriques de l’Égypte gréco-romaine, Paris, Les Belles Lettres, 1969, planche XXXV.

20Cette épigramme d’un esclave oppose en effet la beauté (κάλλος) de son âme (ψυχὴ) (v. 9) à sa forme (μορφή) qui est celle d’un homme à la peau « assez noire (μελάντερος) » (v. 5). Un antonyme de beauté n’est pas utilisé par l’épigrammatiste, mais l’idée de laideur est sous-jacente. La noblesse de son âme a de fait « embelli la noirceur de son apparence (μορφήν τ<έ> μοι μέλαιναν εὖ κατέστεφεν) » (v. 10). Son apparence était en effet, « telles les affreuses tribus des barbares (αἰνὰ φῦλα βαρβάρων) », brûlée par le soleil, v. 12. Son origine géographique est définie comme « la terre d’Éthiopie » (Αἰθιοπίς γῆ) (v. 4). Il est également comparé aux habitants de l’Inde, qui avaient aussi une peau sombre (v. 13). De fait, le terme d’Éthiopien était utilisé aussi bien pour les Noirs d’Afrique que pour ceux d’Inde, les Noirs dravidiens51. Le type ethnique ne peut être plus exactement précisé, une personne de peau noire, désignée dans les papyrus par le mot μελάνχρωτες (« les peaux foncées »)52, pouvant désigner aussi bien les populations « noires africaines » que les Indiens53.
21Cet esclave jouissait de toute la considération de son maître, qui lui a donné une sépulture digne et fait graver cette épigramme flatteuse, même si elle vise aussi à assurer sa propre notoriété. Ce maître, Pallas, faisait travailler son esclave, Ἐπιτύγχανος (latin : Epitunchanus, « Fortuné »), dans les carrières proches d’Antinooupolis54.
22Cette rhétorique opposant la beauté de l’âme au corps se rencontre dans d’autres épigrammes, ainsi dans celle d’Arsinoè, une femme juive de Léontopolis morte en couches en 5 apr. J.-C. (I. Métriques 42, v. 8). Mais le fait que la « laideur » concerne ici la couleur de peau apporte indéniablement un témoignage négatif sur un jugement social formulé par le poète rédigeant l’épigramme. Il a été accepté sinon demandé par le maître commanditaire du texte.
23Trois épigrammes latines figurant dans l’Anthologie latine, une collection de 375 poèmes, réunie en Afrique au début des années 530 et formée pour l’essentiel de textes d’époque vandale et de quelques pièces postérieures, offrent un petit corpus complétant thématiquement l’épigamme grecque d’Antinooupolis. Deux appartiennent à l’œuvre de l’Anonyme auteur de 108 poèmes (nos 90-197) : AL 182 et 183. On ne sait rien de lui, sinon que sa production littéraire est assez proche de Luxorius, auteur d’un recueil d’environ 90 épigrammes, dont l’une constitue précisément la troisième épigramme de ce petit corpus sur les Noirs : AL 29355. Il est en effet hautement probable que le personnage mentionné sous le nom d’Aegyptius (« l’Égyptien ») des épigrammes 182-183 soit le même que celui apparaissant en AL 29356. La présence de Noirs dans la conduite des chevaux est attestée dès l’époque hellénistique, avec par exemple le célèbre « jockey » de bronze du iiie siècle av. J.-C. trouvé au cap Artémision, qui représente un jeune métis, tendu dans le dernier effort avant la victoire57.
24Les épigrammes anonymes AL 182-183 et le poème AL 293 de Luxorius traitent donc très vraisemblablement d’un même homme noir, Aegyptius, que ce dernier poème permet d’identifier comme un cocher. Il y apparaît comme un aurige vainqueur, alors que dans les deux épigrammes anonymes sa défaite est mise en relation avec la couleur de sa peau, synonyme de malheur.
25L’épigramme 182 dont le titre est Aegyptius le définit comme un « Éthiopien », dont la nuance chromatique de la noirceur est exprimée au vers 3, en comparant avec le noir du corbeau, du charbon et de la cendre. Cettre triple référence permettait aussi au poète un exercice de style par l’élaboration d’allitérations (« Coruus, carbo, cinis »)58.
« Ex oriente die noctis processit alumnus.| Sub radiis Phoebi solus habet tenebras.| Coruus, carbo, cinis concordant multa colori,| quod legeris nomen conuenit Aethiopi. »
« De là où le jour se lève est venu ce fils de la nuit.| Sous les rayons de Phoibos, il est le seul à contenir les ténèbres.| Le corbeau, le charbon, la cendre correspondent parfaitement à sa couleur,| et le nom que tu peux lire convient à un Éthiopien59. »
26L’épigramme 183, dont le titre est également Aegyptius, traite de la couleur de peau avec des termes encore plus négatifs en peignant « un monstre de noirceur » :
« Faex Garamantarum nostrum processit ad axem| et piceo gaudet corpore uerna niger ;| quem nisi uox hominem labris emissa sonaret,| terreret uiuos horrida larua uiros.| Dira atratum iam rapiant sibi Tartara monstrum ;| custodem hunc Ditis habere domus. »
« La lie des Garamantes est venue jusqu’à nos régions| et le noir indigène se réjouit de son corps de poix ;| si de ses lèvres ne sortait une voix à sonorité humaine,| il terrifierait les vivants, comme un horrible fantôme.| Puisse bientôt le cruel Tartare emporter avec lui ce monstre de noirceur !| La demeure de Dis devrait l’avoir pour portier60. »
27L’épigramme 293 De auriga Aeegytio qui semper uincebat (« L’aurige égyptien qui était toujours vainqueur ») ne comporte pas, à l’inverse, ces notations négatives, se contentant d’écrire que sa mère est la Nuit :
« Quamvis ab Aurora fuerit genetrice creatus| Memnon, Pelidae conruit ille manu.| At te Nocte satum, ni fallor, matre parauit| Aeolus et Zephyri es natus in antra puer. »
« Même si Memnon a été conçu| par Aurore, il a succombé sous la main du Pélide.| Toi, si je ne me trompe, tu as pour mère la Nuit, Éole| t’a engendré, et tu es né, tout petit, dans l’antre de Zéphyr61. »
28Ces poèmes savants reprennent des éléments bien connus sur les Éthiopiens, en mentionnant Memnon fils de l’Aurore, leur roi mythique62, et les Garamantes, peuple noir du sud de la Libye, dont le nom peut désigner plus largement les populations noires d’Afrique. L’assimilation sémantique des Noirs éthiopiens aux « Égyptiens » est aussi largement documentée. L’étude de l’ensemble des sources littéraires, documentaires et iconographiques relatives aux Noirs dans le monde grec et romain a montré une « association constante entre le Noir et l’Égypte » et que le Noir est devenu « une sorte de blason de l’Égypte63 ».
29Il est clair que les deux épigrammes 182-183 présentent les Noirs sous un jour négatif. L’épigramme 182 se veut surtout descriptive, les qualifications chromatiques de la couleur de peau du cocher Aegyptius n’étant pas ouvertement dépréciatives. En revanche, en qualifiant dans l’épigramme 183, le cocher noir de Faex Garamantarum l’auteur use d’un vocabulaire d’une extrême violence, faex signifiant « lie, rebut, résidu, impiété », et en considérant qu’il s’agit d’un monstrum qui n’a d’humain que la voix. Et il appelle à sa disparition au plus vite. Le fait que cette violence soit dirigée explicitement contre un homme noir (et son groupe ethnique, les Garamantes) répond pleinement à une attitude de mépris et de haine racistes fondée sur des caractères biologiques.
Une laideur exprimant un proto-racisme ?
30L’interprétation de cet ensemble de six textes, les deux papyrus grecs scolaires, l’épigramme funéraire grecque, et les trois épigrammes latines, doit être placée dans le contexte plus large du regard des Grecs et des Romains sur les Éthiopiens. Raoul Lonis s’est posé la question dans un important article en 1981 en se demandant s’ils furent « victimes de préjugés raciaux, de mépris ou d’hostilité » ou si l’Antiquité gréco-romaine a ignoré ces attitudes64. Il concluait qu’il fallait distinguer le monde grec, où a prévalu une attitude « globalement favorable » du monde romain où « une approche politique dictée par des rapports presque constamment conflictuels est venue très tôt brouiller le jeu, affadissant le regard jeté sur la réalité anthropologique et privilégiant les pires fantasmes65 ». Il citait en particulier à l’appui de son analyse l’épigramme AL 183 définie comme « un pamphlet d’une incroyable violence raciste66 ». Plus récemment en 2004, Benjamin Isaac dans son opus sur la naissance d’un racisme dans l’Antiquité classique, justifiait de ne pas étudier la question des Éthiopiens, car le regard grec était exclusivement porté par le mythe67. Ces deux auteurs n’englobaient cependant pas ces documents issus de l’Égypte romaine68. Pour l’Égypte ptolémaïque, la documentation papyrologique et épigraphique grecque ne connait aucun texte mentionnant une dévalorisation, ou une forme de mépris envers les Éthiopiens69. Avec ces six documents, il apparaît cependant clairement que la couleur de peau devient un critère de dévalorisation et l’expression d’un proto-racisme. La chrie de Diogène sur le chaudron percé est particulièrement stigmatisante. Est-ce seulement de l’humour grinçant ? Le regard sur un peuple à la peau foncée du poète grec épigrammatiste le place explicitement du côté de la laideur. Mais elle peut être compensée par la beauté de l’âme qui est reconnue et ouvertement valorisée grâce à une inscription visible aux yeux de tout passant. L’épigramme AL 283 traduit explicitement une représentation négative à caractère proto-raciste, les termes utilisés pour définir le Noir Aegyptius, faex, monstrum, renvoyant de plus clairement à une forme de laideur.
31Lellia Cracco Ruggini propose, de son côté, de placer la naissance d’un préjugé ethno-racial envers les Noirs dans le cadre de la représentation des démons païens attestée dans la littérature et les documents papyrologiques70. La littérature hagiographique chrétienne, qui a repris l’idée d’une μέλαινα μορφή pour peindre la figure du démon, aurait provoqué une dévalorisation globale des personnes noires. L’« Épître de Barnabé », héritière d’une tradition judéo-hellénistique présente à Alexandrie71, fait du Diable, un « homme noir » (ὁ μέλας)72. L’école grecque chrétienne de Thébaïde, qui a utilisé comme matériel pégagogique le P. Bouriant 1, se trouverait donc à la croisée de la pensée païenne transmise par les dits de Diogène et d’un aspect de la doctrine du christianisme primitif diffusée dans l’Égypte romaine.
Notes de bas de page
1R. Cribiore, Writing, Teachers, and Students in Graeco-Roman Egypt, Atlanta, Scholars Press, 1996. Sur la nature de ces « School Exercices », cf. en particulier p. 27-33.
2B. Legras, Néotês. Recherches sur les jeunes Grecs dans l’Égypte ptolémaïque et romaine, Genève, Droz, 1999 et Éducation et culture dans le monde grec (viiie siècle av. J.C-ive siècle ap. J.C.), Paris, Armand Colin, 2002. R. Cribiore, Gymnastics of the Mind: Greek Education in Hellenistic and Roman Egypt, Princeton/Oxford, Princeton University Press, 2001.
3G. Aubry, « (Comment) les Grecs ont-ils pensé la laideur ? », in J.-N. Duhot (dir.), L’archaïque, le réel et la littérature. Quelques chemins en hommage à Gilbert Romeyer Dherbey, Lyon, Jacques André éditeur, 2013, p. 33-46, 33-34.
4Hérodote, Histoires, III, 106 (trad. P.-E. Legrand, CUF).
5Xénophane de Colophon, Silles, 16 (apud Clément d’Alexandrie, Stromates, 7, 22 [3, 16, 6 St.], trad. L. Reibaud, Xénophane de Colophon. Œuvre poétique, éditée, traduite et commentée, Paris, Les Belles Lettres, 2012, p. 32 et n. 70). Cette affirmation ne révélerait pas, selon Daniel Babut (La religion des philosophes grecs, Paris, Les Belles Lettres, 1974, p. 23), un universalisme religieux s’exprimant durant Antiquité tardive, mais l’affirmation « du caractère relatif de toutes les croyances, qui peut être un motif de scepticisme ».
6F. Snowden, Blacks in Antiquity. Ethiopians in the Greco-Roman Experience, Londres, The Belknap Press of Harvard University Press, 1970 et Before Color Prejudice: The Ancient View of Blacks, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1983.
7F. Snowden, « Témoignages iconographiques sur les populations noires dans l’antiquité gréco-romaine », in J. Vercoutter et al. (dir.), L’image du Noir dans l’art occidental, t. I : Des pharaons à la chute de l’Empire romain, Fribourg/Paris, Office du Livre/Bibliothèque des Arts, 1976, p. 244-245.
8C. T. Seltman, « Two Heads of Negresses », AJA, 24, 1920, p. 14-26, 14.
9W. N. Bates, « Scenes from the Aethiopis on a Black-Figured Amphora from Orvieto », Transactions of the Department of Archaeology, University of Pennsylvania, Free Museum of Science and Art, I-II, 1904-1905, p. 45-50, 50.
10M. Robertson, Greek Painting, Genève, Skira, 1959, p. 67.
11D. von Bothmer, « A Gold Libation Bowl », Bulletin of the Metropolitan Museum of Art, New York, 21, 1962-1963, p. 154-166, 161.
12G. H. Bearsdley, The Negro in Greek and Roman Civilization: A Study of the Ethiopian Type, Baltimore/Londres, The John Hopkins Press, 1929 (rééd. New York, 1967), p. 81.
13D. K. Hill, « A Bronze Statuette of a Negro », AJA, 57, 1953, p. 266.
14U. Hausmann, « Hellenistische Neger », Athenische Mitteilungen, 77, 1962, p. 255-281 ; T. H. Harrison (dir.), Greeks and Barbarians, Édimbourg, Edinburgh University Press, 2002, p. 102-113 ; J. Borchardt, « Der exotische Charme des Schwarzafrikaners auf griechischen Vasen », in E. Czerny et al. (dir.), Timelines. Studies in Honour of Manfred Bietak, vol. 3 : Orientalia Lovaniensia Analecta, 149, Louvain, Peeters, 2006, p. 169-179 ; F. S. Knauss et J. Gebauer, Black is Beautiful: griechische Glanztonkeramik, Katalog zur Ausstellung in München, Staatliche Antikensammlungen und Glyptothek, vom 24. Juli 2019 bis 6. Januar 2020, Munich, Staatliche Antikensammlungen und Glyptothek, 2019, p. 97-109.
15T. H. Harrison (dir.), op. cit., p. 108-109 ; F. S. Knauss et J. Gebauer, op. cit., p. 102. Voir la contribution de Dimitris Paléothodoros, p. 125-130.
16I. Métriques 26.
17AL 182, 183, 184 et 293.
18P. Sorbonne 826 = Trismegistos 61595 = LDAB 2744.
19A. Blanchard, « Sur le milieu d’origine du papyrus Bodmer de Ménandre. L’apport du P. Chester Beatty scolaire et du P. Bouriant 1 », Chronique d’Égypte, 66, 1991, p. 211-220, 219 (et n. 21), qui reprend l’hypothèse des premiers éditeurs (cités infra, n. 21).
20Ibid. Cf. aussi I. Gallo, « III. 8. χρεῑαι di Diogene in un quaderno di scolaro (P. Sorbonne 826) », Frammenti biografici da papiri, t. II : La biografia dei filosofi, Rome, Edizioni dell’ Ateneo & Bizzarri, 1980, p. 378. Une datation au vie siècle a été proposée par G. Giannantoni, Corpus dei Papiri Filosofici Greci e Latini (CPF), Florence, L. S. Olschki, 1992, t. I, 1**, no 48, 1T, p. 89.
21P. Jouguet et P. Perdrizet « Le papyrus Bouriant no1 : un cahier d’écolier d’Égypte », Studien zur Palaeographie und Papyruskunde, VI, 1906, p. 148-161.
22P. Collart, Les Papyrus Bouriant, Paris, Honoré Champion, 1926, no 1. Il ne dit rien dans ce corpus, curieusement, de la région d’origine du papyrus. R. Cribiore, Writing, Teachers, and Students, op. cit., p. 46, no 396, ne se prononce pas plus.
23A. Blanchard, op. cit., p. 219 (24).
24R. Cribiore (Writing, Teachers, and Students, op. cit., no 396) qualifie son écriture de « rapide », et constate le nombre réduit de fautes compte tenu de la longueur du texte. Son cursus se situe entre celui du débutant (qui travaille l’abécédaire ou l’assemblage des lettres) et l’élève en cycle terminal (extraits d’œuvres littéraires). Il pourrait s’agir d’un pré-adolescent. Ce type de cahiers d’écolier doit être distingué des livres du maître écrit par un enseignant ou un scribe professionnel : cf. P. Guéraud-Jouguet (Nome Arsinoïte, iiie siècle av. J.-C.) ; ici voir, R. Cribiore, Writing, Teachers, and Students, op. cit., no 379.
25B. Legras, « Morale et société dans la fable scolaire grecque et latine d’Égypte », Cahiers du Centre Gustave-Glotz, 7, 1996, p. 51-80.
26Sur les perspectives nouvelles pour l’étude des chries conservées dans le Livre VI (Vie de Diogène le Cynique) de Diogène Laërce, cf. M.-O. Goulet-Cazé, « Le livre VI de Diogène Laërce : analyse de sa structure et réflexions méthodologiques », ANRW II 36, 6, Berlin, De Gruyter, 1992, p. 3997-4039.
27Quintilien, Institution oratoire, I, 9, 4 (trad. J. Cousin, CUF). Sur la place des chries dans le niveau rhétorique de la paideia, cf. R. F. Hock et E. N. O’Neil, The Chreia in Ancient Rhetoric, t. I : The Progymnasmata, Atlanta, Scholars Press, 1986, p. 318-321 ; R. Cribiore, Gymnastics of the Mind, op. cit., p. 224.
28Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, VI, 31.
29Ces cinq chries ont également été republiées par G. Giannantoni dans Corpus dei Papiri Filosofici Greci e Latini (CPF), op. cit., t. I, 1**, no 48, 1T, p. 89-91.
30P. Collart, op. cit., p. 27.
31H.-I. Marrou, Histoire de l’éducation dans l’Antiquité, 6e éd., Paris, Seuil, 1965, p. 237.
32I. Gallo, « III. 8. χρεῑαι di Diogene in un quaderno di scolaro (P. Sorbonne 826) », t. II, op. cit., p. 380-381.
33R. Cribiore, Writing, Teachers, and Students, op. cit., p. 46, no 393.
34Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, VI, 68 (trad. sous la dir. de M.-O. Goulet-Cazé, Le Livre de Poche).
35R. Cribiore, Gymnastics of the Mind, op. cit., p. 76.
36M.-O. Goulet-Cazé, Vies et doctrines des philosophes illustres, Paris, Le Livre de Poche, 1999, p. 713 (3) et p. 748 (1).
37Le premier éditeur, H. Thompson (« A Greek Ostracon », Proceedings of the Society of Biblical Archaeology, 34, 1912, p. 197, pl. XXII), suivi par R. Cribiore (Writing, Teachers, and Students, op. cit., p. 223, no 215), proposent le iiie-ive siècle apr. J.-C. G. Giannantoni (CPF, op. cit., t. I, 1**, no 48, 5T, p. 96) suggère le ier siècle.
38O. Thompson = SB I 5730 = CPF I, 1**, no 48, 5T, p. 95-96 = Trismegistos 59691 = LDAB 785.
39H. Thompson, art. cité, p. 197.
40G. Giannantoni, CPF, op. cit., t. I, 1**, no 48, 5T, p. 96.
41I. Gallo, « III. 3. χρεῑαι di Diogene (P. Michigan inv. 41) », Frammenti biografici da papiri, t. II, op. cit., p. 325-329.
42Ibid., p. 328. Cf. aussi G. Bastianini, « A proposito di due frammenti di detti diogenici (P. Mich. Inv. 41 e P. Osl. III 177) », Sileno, 10, 1984 [Studi in onore di A. Barigazzi, I, 1986], p. 43-47, particulièrement 46.
43M.-O. Goulet-Cazé, « Diogène de Sinope », dans R. Goulet (dir.), Dictionnaire des philosophes antiques, t. II, Paris, CNRS Éditions, 1994, no 147, p. 812-823. Sur leur pensée sociale, M. Cambron-Goulet, « Les Cyniques, penseurs de la norme et citoyens de la marge », Cahiers des Études Anciennes, 44, 2007, p. 109-136 ; pour leur œuvre : L. Paquet, Les Cyniques grecs : fragments et témoignages, Nouvelle édition, Ottawa, Presses de l’université d’Ottawa, 1988. Sur la diffusion de la pensée de Diogène dans le monde méditerranéen gréco-romain, cf. par exemple, le graffito d’Herculanum no 264 = CIL 19529 : I. Gallo, « III. 2. Un detto misogino di Diogene », Frammenti biografici da papiri, t. II, op. cit., p. 311-329.
44Lucien, Vies des philosophes à l’encan, 9 (trad. M.-O. Goulet-Cazé, ANRW II 36, 6, p. 4024-4025).
45J. A. Straus, « L’esclavage dans l’Égypte romaine », ANRW II 10, 1, Berlin, De Gruyter, 1988, p. 841-911, 865.
46P. IFAO II, 24, l. 6. R. Bagnall et R. Cribiore, Women’s Letters from Ancient Egypt, 300 BC-AD 800, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 2008, B4.15, no 214 ; J. A. Straus, L’esclave dans l’Égypte romaine. Choix de documents traduits et commentés, Liège, Presses universitaires de Liège, 2020, no 12, traduit « une esclave brune ».
47P. Strasb. I, 79, l. 2.
48O. Bodl. II, 1905, l. 9. J. Straus, « Courte note sur les “dekania-lists” », Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, 41, 1981, p. 257-259.
49P. Flor. I, 50, l. 62.
50I. Métriques 26 (trad. É. Bernand, I. Métriques, p. 144).
51Hérodote, Histoires, VII, 70 ; Poseidonios, apud Strabon, Géographie, II, 3, 8. Le terme est réservé aux Africains par Éphore : Strabon, Géographie, I, 2, 28.
52A. Caldara, I connotati personali nei documenti d’Egitto dell’ età greca e romana, Milan, Aegyptus, 1924, p. 48 sq.
53F. Snowden, Blacks in Antiquity, op. cit. et Before Color Prejudice, op. cit. ; R. Lonis, « Les trois approches de l’Éthiopien par l’opinion gréco-romaine », Ktèma, 6, 1981, p. 69-87 ; S. Bussi, « Ai confini meridionali dell’Egitto », Atti del XV convegno « L’Africa romana », Rome, Carocci Editore, 2004, p. 699-708.
54É. Bernand, I. Métriques, p. 145-146.
55I. Bergasa, Épigrammes latines de l’Afrique vandale, établies, traduites et annotées par I. Bergasa avec la collaboration d’É. Wolff, Paris, Les Belles Lettres, 2016, p. xviii-xx et xxi-xxiv.
56S. T. Stevens, « The Circus Poems in the Latin Anthology », in J. H. Humphrey (dir.), The Circus and a Byzantine Cemetery at Carthage, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 1989, p. 153-172 ; I. Bergasa, op. cit., p. xx. Il faut donc rejeter la lecture fautive adoptée dans l’édition de l’Anthologie latine de F. Bücheler, A. Riese et E. Lommatzch, Anthologia latina sive poesis latinae supplementum. Pars prior, I, 1, Leipzig, Teubner, 1894, no 183, p. 155-156 (rééd. Amsterdam, Adolf M. Hakkert, 1964), qui situait la scène à Hadrumète, le vers 5 étant lu ainsi : « Dira, Hadrumeta, tuum rapiant sibi Tartara monstrum », et estimait qu’elle concernait (vers 2) une esclave domestique (« verna niger »), donc une femme noire de condition sociale inférieure. Cf. sur cette interprétation qu’il faut désormais abandonner : L. Cracco Ruggini, « Il negro buono e il negro malvagio nel mondo classico », in M. Sordi (dir.), Conoscenze etniche e rapporti di convivenza nell’antichità, Milan, Vita e pensiero, 1979, p. 108-135, 112.
57Le Cavalier ou Jockey de l’Artémision, Athènes, Musée national archéologique, 15177. F. Snowden, « Témoignages iconographiques sur les populations noires dans l’antiquité gréco-romaine », in J. Vercoutter et al. (dir.), L’image du Noir dans l’art occidental, t. I, op. cit., p. 272 (et illustration 275).
58I. Bergasa, op. cit., p. 75 (n. 115).
59Traduction I. Bergasa (op. cit., p. 74).
60Ibid.
61Traduction I. Bergasa (op. cit., p. 176).
62R. Lonis, art. cité, p. 77, rappelle cependant que la tradition grecque est partagée, Memnon étant parfois représenté comme blanc.
63J. Leclant, « L’Égypte, terre d’Afrique dans le monde gréco-romain », in J. Vercoutter et al. (dir.), L’image du Noir dans l’art occidental, t. I, op. cit., p. 270.
64R. Lonis, art. cité, p. 70.
65Ibid., p. 87.
66Ibid., p. 86. Pour Raoul Lonis, ce racisme romain a une cause politico-militaire, la pression des Africains noirs sur le limes en Afrique du Nord et au Sud de l’Égypte s’accentuant à partir du iiie siècle. Mais cette hypothèse est très discutée : consulter la bibliographie des deux notes suivantes. La poussée des Barbares sur d’autres parties du limes, en particulier en Europe rhéno-danubienne, n’a pas donné lieu à une telle haine d’une partie de l’opinion romaine.
67B. Isaac, The Invention of Racism in Classical Antiquity, Princeton/Oxford, Princeton University Press, 2004, p. 50 : « I have therefore excluded Ethiopians from systematic treatment because for some authors they are clearly mythical and this study deals only with people whom the Greeks and Romans actually experienced. Ancient ideas about – and attitudes towards – Ethiopians (i. e. blacks) will frequently be mentioned and discussed where these are instructive about the manner in which Greeks and Romans thought about the causes of physical differences between peoples. »
68Aussi L. Cracco Ruggini, « Pregiudizi razziali, ostilità politica e culturale, intolleranza religiosa nell’Impero Romano (a proposito di un libro recente) », Athenaeum, n. s. 46, 1968, p. 139-152 ; « Leggenda e realtà degli Etiopi nella cultura tardoimperiale », in Atti del IV Congresso Int. di Studi Etiopici, Problemi attuali di Scienze e di Cultura Quad. 191, t. I, Rome, Accademia Nazionale dei Lincei, 1974, p. 141-193 ; « Il negro buono e il negro malvagio nel mondo classico », art. cité ; « Gli antichi e il diverso », in P. C. Bori (dir.), L’intolleranza: uguali e diversi nella storia, Bologne, Il Mulino, 1986, p. 13-49.
69M. Mossakowska, « Helenos – un λαμπτηροφόρος noir à la cour d’Apollonios le dioecète », The Journal of Juristic Papyrolgy, 22, 1992, p. 47-56 et 1 pl. ; B. Legras, « Encore sur “Cléopâtre noire” : entre mythe et histoire », Anabases. Traditions et réceptions de l’Antiquité, 42, 2025, p. 11-29.
70L. Cracco Ruggini, « Il negro buono e il negro malvagio nel mondo classico », art. cité. R. Reitzenstein, Poimandres. Studien zur griechisch-ägyptischen und frühchristlichen Literatur, Leipzig, Teubner, 1904, p. 293 (n. 1) ; G. Radke, Die Bedeutung der weissen und der schwarzen Farbe in Kult und Brauch der Griechen und Römer, Iena, Neuenhahn, 1936, p. 21 ; F. J. Dölger, Die Sonne der Gerechtigkeit und der Schwarz: eine religionsgeschichtliche Studie zum Taufgelöbnis, Münster, Aschendorffsche Verlagsbuchhandlung, 1918, p. 57-64.
71P. Prigent, Épître de Barnabé. Introduction, traduction et notes, Paris, Le Cerf, 1971, p. 20-21, ne tranche pas entre une origine alexandrine ou syro-palestinienne. Il avance, p. 27, « prudemment une date située dans le deuxième quart du iie siècle ». L. Cracco Ruggini, « Il negro buono e il negro malvagio nel mondo classico », art. cité, propose de la considérer comme « elaborata con ogni probabilità in ambiente alessandrino, fra il 96 e il 138 d. C. ».
72Épître de Barnabé, 4, 10a ; 20, 1a. P. Prigent, Épître de Barnabé, op. cit., p. 101 (n. 4) : ce surnom tire son origine du fait que Satan « préside à la voie des ténèbres », alors que Dieu ouvre « la voie de la lumière ». Sur cette appellation, cf. aussi F. J. Dölger, op. cit., p. 49-75 ; E. Kamlah, Die Form der katalogischen Paränese im Neuen Testament, Tübingen, J. C. B. Mohr, 1964, p. 212-214.
Auteur
-
Bernard Legras
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Bernard Legras est professeur d’histoire grecque hellénistique à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et depuis 2021, directeur de l’École d’histoire de la Sorbonne. Il est membre de l’UMR 8210 ANHIMA (Anthropologie et histoire des mondes antiques). Ses recherches portent sur la paideia, le droit grec et hellénistique, et les transferts culturels dans l’Égypte grecque. Outre une centaine d’articles scientifiques et cinq colloques internationaux, il a publié sept monographies : Néotês. Recherches sur les jeunes Grecs dans l’Égypte ptolémaïque et romaine (Genève, Droz, 1999) ; Éducation et culture dans le monde grec (Paris, Armand Colin, 2002) ; Lire en Égypte d’Alexandre à l’Islam (Paris, Picard, 2002) ; L’Égypte grecque et romaine (Paris, Armand Colin, 2009) ; Hommes et femmes dans l’Égypte grecque et romaine : Droit, histoire et anthropologie (Paris, Armand Colin, 2010) ; Les reclus grecs du Sarapieion de Memphis. Une enquête sur l’hellénisme égyptien (Leuven, Peeters, 2010) et Cléopâtre l’Égyptienne (Paris, Les Belles Lettres, 2021).
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