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    Plan détaillé Texte intégral Le rôle de l’odorat dans la formation des conceptions Cléon le tanneur malodorant La dusosmia dans la création des perceptions culturelles des tanneurs Notes de bas de page Auteur

    Laideurs grecques

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Affaire nauséabonde

    Le cas de Cléon le tanneur et la laideur de l’odeur

    Petra Pakkanen

    p. 79-92

    Résumé

    L’article aborde la question de la laideur olfactive et explore la manière dont les discours sur les mauvaises odeurs étaient imbriqués dans le corps politique de l’Athènes classique. Tout d’abord le rôle de l’odeur est examiné en tant qu’association formatrice et influente dans l’élaboration des conceptions des rôles sociaux, des valeurs et des espaces. Afin de replacer cette réflexion dans le contexte du corps politique de l’Athènes classique, le rôle de l’odeur associée à l’homme politique Cléon est ensuite étudié. Cléon était présenté comme un tanneur malodorant (en particulier par Aristophane), sa richesse étant censée provenir de son métier de tanneur considéré comme nauséabond. La dernière partie de l’article examine comment l’odeur peut être considérée comme un agent dans la création de perceptions et de significations culturelles et sociales. La puanteur joue également un rôle dans la formation de processus d’aliénation sociopolitique à long terme : les personnes et les lieux sont classés en deux catégories, ceux qui sentent mauvais et ceux qui ne sentent pas mauvais, donc en bons et en mauvais.

    Entrées d’index

    Mots-clés : olfaction, odorat, perfection, odeur, Cléon, tannerie, tannage, création de significations

    Texte intégral Le rôle de l’odorat dans la formation des conceptions Cléon le tanneur malodorant La dusosmia dans la création des perceptions culturelles des tanneurs Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Lorsqu’on évoque la laideur antique, ce sont principalement l’imagerie visuelle et ses connotations conceptuelles qui viennent à l’esprit1. Cet article élargira l’horizon de nos conceptions sur la laideur pour y englober d’autres domaines sensoriels, en l’occurrence la sphère olfactive. Il explorera la manière dont les discours sur les mauvaises odeurs étaient imbriqués dans le corps politique de l’Athènes classique. Avant d’aborder le rôle de l’odeur associée au démagogue Cléon comme exemple de l’utilisation du sens olfactif, sera explorée la manière dont l’odeur peut être formatrice et influente dans l’élaboration des conceptions des rôles sociaux, des valeurs et même des espaces. Enfin, ce sera le rôle de l’odeur dans le spectre de la laideur qui sera discuté en interrogeant sa fonction dans la création plus vaste de significations et la façon dont elle peut affecter les perceptions sociales et culturelles. Les exemples proposés ici concernent les pratiques et les praticiens du travail du cuir, le tannage auquel était associé Cléon.

    Le rôle de l’odorat dans la formation des conceptions

    2L’odorat a souvent été considéré comme le sens le plus primitif. En tant que sens humain le plus proche de l’animalité, il a été associé à un comportement élémentaire, primordial, que dominent la luxure, l’avidité et la sensualité. En conséquence, il a été lié à la dépravation morale et mentale2. Par exemple, les premiers philosophes modernes l’ont discrédité en le considérant comme un sens de la folie et de la sauvagerie, déshonorant, trompeur, en fait le plus bestial des sens3. Ce type d’association est tenace, comme dans le roman à succès de Patrick Süskind, Das Parfume. Die Geschichte eines Mörders, paru en 1985 (connu en français sous le titre Le parfum et devenu en 2006 une superproduction cinématographique), où les effets de l’odorat sont inconscients, incontrôlables et violents. Le protagoniste, Jean-Baptiste Grenouille, est doté d’un sens de l’odorat extraordinaire développé dès son enfance passée à travailler dans une tannerie. Il se transforme en meurtrier en série, l’odeur de la mort s’étant ancrée dans son esprit et l’ayant perverti.

    3L’odorat a souvent été considéré avec partialité comme étant peu approprié aux cultures civilisées, notamment aux cultures classiques. Dès les débuts de l’histoire de notre discipline, l’odeur ne seyait pas à l’image de la Grèce antique. Par exemple dans l’archéologie du xixe siècle, l’approche académique découlait d’une prise de conscience croissante à la fois des bonnes manières et de l’hygiène, deux concepts liés à la classe sociale, dans lesquels l’odeur n’a pas sa place4. Dans les lignes qui suivent, j’essaierai d’éviter le piège de l’autre extrême et de courir le risque d’opposer notre propre culture, désodorisée ou aseptisée, à celle supposée malodorante du passé, et de veiller ainsi à ne pas créer une image tout aussi déformée et trop malodorante du passé5.

    4Les odeurs, ou plutôt les réactions qu’elles suscitent, peuvent être considérées comme culturellement et psychologiquement marquées, et/ou comme des expériences physiologiques universelles liées à des processus biologiques qui, par ailleurs, ne doivent pas être sous-estimés. L’odorat est probablement le moins valorisé de nos sens, mais en même temps, il peut avoir des effets implicites puissants qui sont plus difficiles à extérioriser que ceux, par exemple, de la vue et de l’ouïe6. Les odeurs déclenchent des émotions et des souvenirs, et elles affectent le comportement humain ; quelle que soit leur importance, elles glissent et traversent les limites, défient les mesures et les descriptions précises, c’est pourquoi elles suscitent souvent des associations métaphoriques, des images et des mots divers. Il est intéressant de constater que, dans de nombreuses langues, nous avons davantage de termes pour dire les mauvaises odeurs et nettement moins pour les bonnes : relent, puanteur, pestilence, fétidité, remugle7… Il y a donc lieu de se demander pourquoi la mauvaise odeur a obtenu toutes ces appellations au détriment de la « bonne », et si elle a aussi un impact émotionnel plus fort. Les odeurs suaves ont une place solide dans l’Antiquité et y sont souvent mises en rapport avec le charme, l’amour et l’opulence qui étaient associés aux fragrances et aux parfums8 ; une odeur suave (εὐωδία) est une caractéristique spécifique des dieux eux-mêmes, elle émane non seulement des objets qui leur sont liés, mais aussi de leur corps et de leur nature. Par son immatérialité, l’odeur agréable fonctionne comme un moyen de communication entre les humains et les dieux9. Marcel Detienne note à juste titre qu’autant les fragrances les plus délicieuses émanent des demeures de l’Olympe, autant les puissances de la mort dégagent des odeurs nauséabondes10.

    5Les odeurs se traduisent plus difficilement en mots que les autres sens et, en effet, elles sont souvent nommées par des références à d’autres sens, comme l’odeur « fétide », « aigre » ou « douce11 ». Aristote y a prêté attention : il dit dans le De l’âme que les odeurs ont pris leurs noms des saveurs correspondantes, de l’ouïe ou des autres sens en vertu de la ressemblance12.

    6Théophraste suit son maître lorsqu’il écrit dans son traité Des odeurs :

    Τῆς δ’ εὐωδίας καὶ κακωδίας οὐκέτι τὰ εἴδη κατωνόμασται καίπερ ἔχοντα διαφορὰς μεγάλας ἐπί γ’ αὐτῶν τῶν γλυκέων καὶ πικρῶν, ἀλλὰ δριμεῖα λέγεται καὶ ἰσχυρὰ καὶ μαλακὴ καὶ γλυκεῖα καὶ βαρεῖα ὀδμή· κοιναὶ δ’ ἔνιαι τούτων καὶ τῶν κακωδῶν. […] ἅπαν γὰρ τὸ σηπόμενον κακῶδες.

    « On n’a pas encore donné de dénomination aux espèces de la bonne odeur et de la mauvaise odeur, qui pourtant présentent entre elles de grandes différences. En effet, si on reconnaît principalement des espèces douces et des espèces amères, au reste on parle aussi d’odeur âcre, d’odeur puissante ou d’odeur délicate, d’odeur douce ou d’odeur lourde. Quelques-unes de ces odeurs sont d’ailleurs communes aux substances malodorantes. L’odeur générale et pour ainsi dire universelle des corps qui se corrompent est la pourriture, et, de fait, tout ce qui se putréfie sent mauvais13 ».

    7Aristote place l’odeur dans une position intermédiaire dans sa théorie de la perception des sens14 : elle est perçue à travers un médium externe et est étroitement liée aux saveurs qui, pour lui, sont appréhendées par une forme de toucher :

    « Or tous les animaux possèdent l’un des sens : le toucher, et celui qui a la sensation ressent par là même le plaisir et la douleur, l’agréable et le douloureux ; les êtres doués de la sorte possèdent aussi l’appétit, puisque celui-ci est désir de l’agréable. En outre, les animaux ont la connaissance sensible de l’aliment, puisque le toucher est le sens de l’aliment15. »

    « Il semble qu’il y ait ici une analogie [entre l’odorat et] le goût, et entre les espèces de saveurs et celles des odeurs. Toutefois, notre sens du goût est plus aigu parce qu’il est une sorte de toucher et ce que ce dernier sens atteint chez l’homme un très haut degré d’acuité. Quant aux autres sens, en effet, l’homme est inférieur à beaucoup d’animaux, mais pour le toucher, il les surpasse tous de loin en acuité. Aussi est-il le plus intelligent des animaux16. »

    8Parmi les odeurs incontestablement mauvaises, Théophraste cite la putréfaction et les matières fécales, en disant que « tout ce qui se putréfie sent mauvais17 » (ἅπαν γὰρ τὸ σηπόμενον κακῶδες). Cette remarque rejoint notre sujet car l’odeur des tanneurs et des tanneries est fortement associée à la décomposition et à la putréfaction au point de caractériser le tannage, la production commerciale de cuir qui, à l’époque classique, était devenue un commerce substantiel et rentable en Grèce18. En fait, l’odeur constitue un raccourci pour un ensemble de connotations négatives où le tannage est associé à un comportement moralement douteux et anticivique19. Il s’agit en grande partie de laideur olfactive, qui réunit le corps physique et le corps politique. La tannerie ou le tanneur fonctionne souvent comme une synecdoque de la mauvaise odeur elle-même. Le tanneur incarne l’impureté car il sent constamment (la mort), s’occupant de cadavres et de peaux d’animaux morts, et son travail comprend des phases nauséabondes de la production de cuir. L’odeur est omniprésente dans les récits les concernant. Il est possible que les carcasses animales en putréfaction et les odeurs qui en émanaient aient été associées au risque de souillure, à la fois concrètement et symboliquement, et par conséquent, que l’odeur des tanneries ait été considérée comme « mauvaise » et directement liée à quelque chose de potentiellement dangereux pour la santé, impur ou tout simplement sale20.

    9Dans ce contexte d’associations, au iie siècle apr. J.-C., Artémidore, dans sa Clef des songes place les tanneurs sur une carte socioculturelle de l’Antiquité : « rêver de tannerie est mauvais pour tous : car le tanneur touche des cadavres et il réside hors de la ville21 (Τὸ δὲ βυρσοδεψεῖν πᾶσι πονηρόν· νεκρῶν γὰρ ἅπτεται σωμάτων ὁ βυρσοδέψης, καὶ τῆς πόλεως ἀπῴκισται) ». Artémidore précise que même en dehors de la ville « le rêve met en évidence les choses cachées, en raison de l’odeur22 (ἔτι καὶ τὰ κρυπτὰ ἐλέγχει διὰ τὴν ὀδμήν) », ce qui montre que les odeurs particulièrement mauvaises permettent d’évoquer des discours sur l’exclusion spatiale et sociale. Certaines odeurs, quand elles sont associées à des groupes sociaux, projettent des préjugés sur ces personnes et sur les lieux dans lesquels elles vivent. Les odeurs négatives forment donc un « langage associatif » qui permet de décrire et d’attribuer des qualificatifs à des personnes ou à des espaces. Elles peuvent par conséquent façonner l’identité de ces groupes, ce qui peut induire la discrimination, l’évitement et le jugement23. Le sens de l’odorat agit ainsi comme un canal d’aliénation, acceptant certains types d’odeurs et en rejetant d’autres dans les limites de l’espace et de l’identité olfactifs, culturels et géographiques d’un individu24.

    10Cette odeur associée aux tanneurs construit autant la signification du terme en lui-même qu’elle façonne leur identité. Elle énonce leur position sociale, à l’écart des autres, en particulier lorsqu’ils sont esclaves, elle identifie aussi leur inscription dans un espace marginal, puisque les tanneries sont souvent situées en dehors ou aux alentours de la ville, et détermine leur façon d’utiliser cet espace. L’odeur communique de cette manière l’altérité sociale et culturelle. En tant que synecdoque du tanneur et des tanneries, l’odeur est devenue un topos au fil du temps. Dans l’Antiquité tardive, Jérôme (vers 400 apr. J.-C.) décrit dans son Apologie contre Rufin la nature grossière des écrits de ce dernier, qui, selon lui, reflètent des péchés tels que le mensonge, la calomnie, le dénigrement, le faux témoignage et la médisance. Il les compare à de mauvaises odeurs et demande si un foulon ou un tanneur avertirait un marchand de pigments de se boucher le nez en passant devant sa boutique. Mais lui-même se bouchera le nez pour ne pas être soumis à la torture des odeurs émanant de ces travailleurs, et s’exclura de la corruption morale qu’ils transmettent :

    « Quasi si fullo et coriarius moneant pigmentarium, ut naribus obturatis, tabernas suas praetereat. Faciam ergo, quod praecipis, laudam nares meas, ne veritatis at benedictionum tuarum suavissimo odore crucientur. »

    « Comme si le foulon et le tanneur engageaient le parfumeur à se boucher le nez en passant devant leur boutique ! Je suivrai donc ta recommandation : je me boucherai le nez, de peur que la très suave odeur de ta franchise et de tes bénédictions ne le mette à la torture25. »

    11Cette approche apparaît également dans l’une des descriptions les plus emblématiques des mauvaises odeurs de l’Antiquité, elle est utilisée par Martial dépeignant Thaïs, une vieille femme de mauvaise vie dont les défauts moraux sont décrits par les odeurs que son haleine dégage :

    « Tam male Thais olet, quam non fullonis avari
    Testa vetus, medis sed modo fracta via
    ,
    Non ab amore recens hircus, non ora leaonis
    ,
    Non detracta cani transtiberina cutis
    ,
    Pullus abortivo nec cum putrescit in ovo
    ,
    Amphora corrupto nec vitiate garo.
     »

    « Thaïs sent plus mauvais qu’une vieille jarre de foulon avare qui vient de se briser au milieu de la rue ; plus mauvais qu’un bouc qui vient de faire l’amour, que la gueule d’un lion, qu’une peau arrachée à la voracité d’un chien dans le quartier d’au-delà du Tibre ; qu’un poulet décomposé dans un œuf qui n’a pu éclore ; qu’une amphore gâtée par de la saumure pourrie26. »

    12Thaïs est un nom courant de prostituée dans la littérature latine. Dans ce passage, son odeur nauséabonde peut suggérer sa nature de femme corrompue se vendant elle-même, bien que les implications morales ne doivent pas nécessairement être poussées aussi loin27. Ce qui est intéressant, de notre point de vue, c’est que le tannage et le foulage (qui sont à bien des égards des processus de production interartisanaux) fournissent le modèle le plus fort possible pour l’odeur, en l’incarnant à l’extrême.

    Cléon le tanneur malodorant

    13Après ces considérations générales, nous pouvons à présent nous tourner vers l’Athènes classique, où les tanneurs (βυρσοδέψαι) qui travaillent dans les tanneries n’en sont pas les propriétaires (alors que ces derniers sont souvent désignés comme « tanneurs » dans la littérature classique) et qu’ils sont également perçus de manière négative et péjorative. Les démagogues qui influencent la politique dans l’Athènes de la fin du ve siècle sont généralement riches et leur descendance est présentée comme opposée à celle des kaloi kagathoi, nés de « bonnes familles », éduqués et dotés d’une supériorité morale28. L’industrie manufacturière et les métiers subalternes associés ont enrichi les démagogues qui sont ainsi devenus influents. Ils sont les nouveaux riches de la ville (νεόπλουτοι29). Aristophane utilise le terme νεόπλουτος dans Les Guêpes : « Tu ressembles, vieux à un “nouveau riche” phrygien ou à un baudet échappé dans de la paille30 (ἔοικας ὦ πρεσβῦτα νεοπλούτῳ Φρυγὶ κλητῆρί τ’ εἰς ἀχυρὸν ἀποδεδρακότι) », et donne la signification du terme δημαγωγία dans Les Cavaliers : « Mener le peuple n’est pas le fait d’un homme instruit et de bonnes mœurs, mais cela demande un ignorant, un coquin31 (ἡ δημαγωγία γὰρ οὐ πρὸς μουσικοῦ ἔτ’ ἐστιν ἀνδρὸς οὐδὲ χρηστοῦ τοὺς τρόπους, ἀλλ’ εἰς ἀμαθῆ καὶ βδελυρόν) ». Il n’est pas surprenant que ces hommes aient été critiqués à la fois par l’élite et par les radicaux. La comédie classique est l’une de nos principales sources pour ce sujet (la place d’Aristophane dans l’échelle politique et sociale a donné lieu à une controverse).

    14Cléon, en tant que propriétaire et exploitant d’une grande tannerie héritée de son père Kleainetos, à Kudathênaiôn à Athènes, aurait tiré sa richesse des cuirs et des peaux : cette idée est toutefois entièrement fondée sur le texte d’un scholiaste d’Aristophane32. En fait, Anytos, un autre homme politique athénien qui fait beaucoup parler de lui et qui est lui aussi qualifié de démagogue, aurait également tiré sa fortune de son patrimoine constitué d’une entreprise de tannage lucrative33. Cela questionne l’existence d’un topos du démagogue propriétaire d’une tannerie.

    15Cléon est le cas le plus marquant, il a laissé un héritage haut en couleurs grâce à la haine qu’Aristophane lui voue. Anytos, malgré une carrière politique éminente et controversée, est surtout connu pour son rôle d’accusateur dans le procès de Socrate selon l’Apologie de Xénophon. Dans les textes anciens, traiter de tanneur un personnage aussi influent, riche grâce au tannage, revenait à le calomnier et à le ridiculiser en suggérant un nouveau riche, un homme d’affaires parvenu, ne faisant pas partie des intellectuels. Cela témoigne d’une condescendance amère à l’égard de la nouvelle classe dirigeante dont la richesse provenait des gains d’une manufacture nauséabonde en période de difficultés politiques et économiques auxquelles Athènes a dû faire face pendant la guerre du Péloponnèse34. Le point de vue d’Aristophane, qui caractérise Cléon comme pur populiste, démagogue sans scrupules et belliciste, est largement partagé par Thucydide. En tant que démagogue, il exploite la faiblesse des tribunaux athéniens à son bénéfice35. Mais il est aussi reconnu à Athènes pour sa victoire à Pylos en 425 av. J.-C., ce qui lui a même valu d’être entretenu aux frais de l’État36. Il mène sa carrière politique et militaire sans problèmes majeurs malgré les critiques acérées des auteurs dont les textes nous sont parvenus et qui comportent sans doute une part de vérité. Cléon mourut comme le Spartiate Brasidas au siège d’Amphipolis en 422, et ces décès ont éliminé le principal obstacle à la paix qui a finalement été jurée l’année suivante – la Paix de Nicias –, comme le fait remarquer Thucydide, sur un ton quelque peu méprisant37.

    16Cléon apparaît en tant que tanneur dans toutes les comédies précoces d’Aristophane. Grâce à son animosité à l’égard de Cléon, les allusions et les références au travail du cuir et au tannage sont fréquentes dans ses pièces, et notamment dans les Cavaliers. Cléon est le tanneur primus inter pares. Aristophane associe le métier au statut social inférieur des esclaves et des personnes d’origine barbare qui, selon lui, expriment la malhonnêteté par l’attitude servile, flatteuse et calomnieuse qu’ils adoptent à l’égard de leurs maîtres38. Ainsi il désigne souvent le tanneur Cléon comme Paphlagon ou esclave paphlagonien. Le terme Paphlagonien fonctionne comme référence ethnique péjorative, car dans ce contexte, les Paphlagoniens sont perçus comme des indigènes incultes provenant du nord de l’Asie Mineure39, des gens obtus et sans éducation, le plus souvent des esclaves à Athènes40. Le verbe paphlazein « bredouiller/bouillonner » fait référence à leur manière de parler régionale ; ils sont également associés au port de brogues en cuir rugueux (καρβάτιναι) et à une lourde odeur d’ail41, un autre topos dépréciatif. Le Comique fait entrer Cléon en scène au début des Cavaliers et montre d’emblée que ce personnage n’est pas de son goût : ce tanneur paphlagonien est un esclave, une fripouille, l’incarnation de la calomnie. C’est un homme de peaux de bœuf, βυρσοπαφλαγών42. Sa description par le coryphée expose clairement l’animosité profonde d’Aristophane :

    παῖε παῖε τὸν πανοῦργον καὶ ταραξιππόστρατον
    καὶ τελώνην καὶ φάραγγα καὶ Χάρυβδιν ἁρπαγῆς,
    καὶ πανοῦργον καὶ πανοῦργον· πολλάκις γὰρ αὔτ᾽ ἐρῶ.
    καὶ γὰρ οὗτος ἦν πανοῦργος πολλάκις τῆς ἡμέρας.
    ἀλλὰ παῖε καὶ δίωκε καὶ τάραττε καὶ κύκα
    καὶ βδελύττου, καὶ γὰρ ἡμεῖς, κἀπικείμενος βόα.

    « Frappe, Frappe le coquin, la bête noire du corps des Cavaliers, le publicain, le gouffre, La Charybde de rapines, le coquin, et encore le coquin, je dirai le mot maintes fois, car il fut coquin maintes fois par jour. Allons, frappe, pousse, trouble, bouleverse, abhorre-le, comme nous faisons, tombe dessus à grands cris43. »

    17Aristophane transforme même le Cléon βυρσοδέψης en σκατοφάγος au début de La Paix, où le tanneur mange des excréments, σπατίλην ἐσθίει44. L’imaginaire de l’odeur crée le lien entre la laideur d’une personne (également d’un point de vue moral) et son commerce, et le cas de Cléon fournit un exemple de la création de significations négatives à travers cette image45. Le personnage de Cléon – le tanneur d’Aristophane – perdure en tant que topos culturel négatif. Être accusé d’être un tanneur est grave, puisqu’il travaille sur des carcasses, des peaux d’animaux morts, et s’occupe de matières fécales et de putréfaction. Et il sent. Un tanneur n’est donc pas seulement un tanneur, le terme souligne le caractère peu recommandable de la personne ainsi qualifiée46.

    18Le portrait de Cléon est caractéristiquement olfactif. Dans la parabase de La Paix, il explique lui-même au public que la cible de son attaque illustre sa propre audace de poète : « Ce n’était pas d’obscurs particuliers qu’il (Aristophane) mettait en scène ni des femmes, mais avec une ardeur digne d’Héraclès, il s’attaquait aux plus grands, marchant à travers les terribles odeurs des cuirs (βυρσῶν ὀσμαί) et les menaces boueuses47. » C’est bien sûr Cléon qui pue. L’odeur est donc l’une des associations primordiales pour identifier son métier48. Au début des Guêpes, Xanthias, un esclave, raconte son rêve à son ami qui s’exclame, faisant clairement référence à Cléon : « Assez, assez, ne parle pas. Ton songe pue horriblement le cuir moisi (Παῦε παῦε, μὴ λέγε· ὄζει κάκιστον τοὐνύπνιον βύρσης σαπρᾶς)49. » L’accusation de dusosmia, de « mauvaise odeur » contre Cléon est explicite dans Les Cavaliers où Démos crie à son adresse : « La peste t’étouffe avec ton horrible odeur de peau de bœuf ! (Οὐκ ἐς κόρακας ἀποφθερεῖ βύρσης κάκιστον ὄζων)50 ». Le dramaturge accentue sa représentation par l’utilisation du terme βύρσα qui désigne la peau de bœuf brute, non tannée, et renforce ainsi l’association olfactive51. Ici, l’odeur fonctionne comme une synecdoque de la répugnance qu’inspire Cléon, de sa figure repoussante et de sa saleté, par l’allusion à l’état grossier et brut de la peau. Entre lui et son commerce de tanneur, le lien est direct et sensoriellement efficace. La représentation visuelle de Cléon par Aristophane s’appuie sur des associations avec des créatures féroces, souvent de nature mythologique52. Leur apparence doit être imaginée, alors que la description olfactive est plus concrète et plus directe, et donc probablement plus puissante. Les références aux matières fécales et aux excréments en sont à elles seules l’illustration : le bursodepsês Cléon en tant que coprophage (skatophagos) produit une image multisensorielle forte dans laquelle l’odeur domine.

    19Les raisons de l’animosité d’Aristophane envers Cléon ont fait l’objet de nombreuses spéculations53. Comme son père Philippos, Aristophane est démote de Kudathênaiôn (fig. 1). Il s’est comparé indirectement à Héraclès dans deux parabases, dans Les Guêpes et dans La Paix54. Certains documents épigraphiques concernant, le koinon d’Héraclès à Kudathênaiôn, des études onomastiques relatives au calendrier cultuel du dème et aux pièces d’Aristophane, ainsi que les activités de certains métiers le long du fleuve Ilissos ont été utilisés pour établir un lien direct entre Aristophane, ce dème, des personnages historiques et leurs activités dans les associations religieuses, ainsi qu’un lien avec les tanneries du quartier55. Les rivalités à propos des tanneries à Kudathênaiôn seraient alors à l’origine de l’hostilité amère d’Aristophane à l’égard de Cléon56, mais cela reste hypothétique. Nous pouvons simplement admettre qu’il semble avoir bien connu les affaires du dème et qu’il a inséré des références précises à celles-ci dans ses pièces. Son amertume envers Cléon pourrait alors être liée à la politique locale, en particulier celle relative aux tanneries et aux litiges financiers les concernant. Le tannage est peut-être devenu un sujet de dispute dans lequel Aristophane aurait un intérêt personnel, se moquant de Cléon comme d’un nouveau riche, stupide et nauséabond qui mériterait d’être banni en même temps que sa tannerie en dehors de la ville (comme cela se produit indirectement à la fin des Cavaliers). Aristophane souhaite que Cléon soit évincé et exilé de la scène politique de la cité, avec ou sans sa tannerie. Paphlagon fonctionne parfaitement bien comme caricature comique d’un politicien ridicule et cela même si tous les détails ne doivent pas nécessairement être considérés comme une représentation exacte de Cléon et de son métier.

    Fig. 1. – Plan des dèmes athéniens, montrant approximativement la localisation de Kudathênaiôn.

    © Petra Pakkanen.

    La dusosmia dans la création des perceptions culturelles des tanneurs

    20Ce qui nous intéresse davantage dans le cadre de la laideur « malodorante », ce sont les effets induits par les mauvaises odeurs de Cléon. Ces dernières (agréables et désagréables) nous affectent au niveau physique, psychologique, social et culturel. L’exemple de Cléon montre que les associations olfactives peuvent influencer la création de l’image d’un groupe social ou d’une classe. Nous avons vu que l’odeur associée de façon persistante aux tanneurs, joue un rôle dans leur perception. Cette association olfactive est si forte que l’on peut se demander si elle a influencé la façon dont les sociétés, sur la longue durée, perçoivent et situent ces professionnels. Elle est encore très présente dans notre imaginaire contemporain. Les odeurs, par des associations codées et intériorisées par la société, acquièrent des significations culturelles durables ; elles peuvent donc être considérées comme des vecteurs de production et de reproduction de différenciation sociale. L’odeur, en jouant un rôle dans les conceptualisations culturelles et sociales, produit du sens57. L’imaginaire lié aux tanneurs est influent probablement parce qu’il englobe des aspects multisensoriels qui sont liés, par le domaine olfactif, à des associations à la fois visuelles, sensitives, émotionnelles et culturelles : les tanneurs sont des esclaves qui travaillent avec des animaux morts et puent, ils sont sales, donc repoussants et moralement faibles. Ils constituent un matériau comique parfait, dangereusement approprié à la formation de processus d’aliénation sociopolitique à long terme. Lorsque les odeurs sont utilisées comme images et attributs de personnes et de lieux, elles créent un ordre et construisent un système classant les personnes et les phénomènes en bons et mauvais, en beaux et laids.

    21Le sens olfactif joue un rôle important dans la conceptualisation de ce qui est considéré comme dégoûtant et laid et de ceux qui entrent dans le cadre de la laideur. L’odorat peut être considéré comme un agent de création de significations culturelles et sociales. Les descriptions de tanneurs sont un moyen de définir une identité souhaitée et de tracer une limite entre ceux qui sont inclus et ceux qui sont exclus du noyau « pur » de la cité-État ou du concept de « grécité », à la fois concrètement et symboliquement58. Ainsi, la notion de mauvaise odeur était plus large que la simple réponse physique aux stimuli olfactifs ; les odeurs étaient également (mais pas exclusivement) liées aux significations et croyances symboliques, et aux visions sociologiques et culturelles de la laideur dans un sens plus large du terme.

    Notes de bas de page

    1L’article en anglais a été traduit par Véronique Mehl et Maria Patera.

    2G. L. Grant, The Greek Sense of Smell. Olfactory Perception and the Sociocultural Roles of Perfume in Antiquity, PhD-thesis, University of Exeter, en ligne, 2014, p. 8-9 ; M. Bradley, « Introduction: Smell and the Ancient Senses », in M. Bradley (dir.), Smell and the Ancient Senses, Londres/New York, Routledge, 2015, p. 1-16, 7 ; C. F. L. Sta Maria, « Smell, Space and Othering », IAFOR Journal of Cultural Studies, 1/2, 2016, p. 73-86, 83-84 ; K. E. Y. Low, Scent and Scent-sibilities. Smell and Everyday Life Experiences, Cambridge, Cambridge Scholars Publishing, 2009, p. 4.

    3La vue et l’ouïe ont acquis un rôle de sens « théorique » et, de ce fait, ont eu pour les philosophes de l’Antiquité, puis pour ceux du début de l’époque moderne, une priorité philosophique. Voir L. Skinner, Art Scents. Exploring the Aesthetics of Smell and the Olfactory Arts, Oxford, Oxford University Press, 2020, p. 19-33 et C. Classen, D. Howes et A. Synnott, Aroma. The Cultural History of Smell, Londres/New York, Routledge, 2003 (1994), p. 4.

    4L. Bartosiewicz, « “There is something rotten in the state…”: Bad Smells in Antiquity », European Journal of Archaeology, 6/2, 2003, p. 171-191, 175-176.

    5Voir aussi G. L. Grant, op. cit., p. 6-7. N. Morley, « Urban Smells and Roman Noses », in M. Bradley (dir.), op. cit., p. 110-119, particulièrement 111-112.

    6Pour les notions anciennes sur les sens, voir infra, p. 82-83.

    7Par exemple C. Boisson, « La dénomination des odeurs : variations et régularités linguistiques », Intellectica. Revue de l’Association pour la Recherche Cognitive, 24/1, 1997, p. 29-49.

    8L’usage des parfums est également critiqué, car considéré comme un signe de luxe excessif, avec un sens moral. La senteur parfumée représente alors la dépravation morale.

    9Par conséquent, les idées culturelles sur l’olfaction et les odeurs sont censées remettre en cause la frontière entre matérialité et immatérialité. Voir V. Mehl, « L’odeur suave du divin », in L. Bodiou, D. Frère et V. Mehl (dir.), Parfums et odeurs dans l’Antiquité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 142-148 ; J. Ponzo, « The Perfume and the Spirit: From Religion to Perfumery », Rivista di estetica, 78, 2021, p. 47-62, 48-49.

    10M. Detienne, Les jardins d’Adonis. La mythologie des aromates en Grèce, Paris, Gallimard, 1972, p. 94 ; voir aussi E. Eidinow, « Ancient Greek Smellscapes and Divine Fragrances: Anthropomorphizing the Gods in Ancient Greek Culture », in E. Eidinow, A. W. Geertz et J. North (dir.), Cognitive Approaches to Ancient Religious Experience, Cambridge, Cambridge University Press, 2022, p. 69-95.

    11G. L. Grant, op. cit., p. 8 ; C. F. L. Sta Maria, art. cité, p. 83-84 indique que c’est compréhensible puisque l’odeur est perçue par le biais d’expériences multisensorielles.

    12Aristote, De l’âme, II, 9, 421a31-421b4 (Διὰ τὸ μὴ σφόδρα διαδήλους εἶναι τὰς ὀσμὰς ὥσπερ τοὺς χυμούς, ἀπὸ τούτων εἴληφε τὰ ὀνόματα καθ’ ὁμοιότητα τῶν πραγμάτων. […] Ἔστι δ’ ὥσπερ καὶ ἡ ἀκοὴ καὶ ἑκάστη τῶν αἰσθήσεων…).

    13Théophraste, Des odeurs, I, 1 (trad. B. Nicolas).

    14Aristote, De l’âme, II, 3, 7, 415a7 et II, 9, 1, 2, 421a7. Le même point de vue apparaît dans son traité, De la sensation et des sensibles, 5, 444b : « Il semble d’autre part que le sens de l’odorat, puisque les sens sont en nombre impair et que le nombre impair a un moyen terme, soit lui-même intermédiaire entre les sens qui supposent un contact, à savoir le toucher et le goût, et les sens qui s’exercent d’une autre manière, à savoir la vue et l’ouïe » (trad. P.-M. Morel, Garnier Flammarion). Aristote pense que, contrairement à de nombreux animaux, les humains eux ont un sens de l’olfaction peu opérant et que le toucher est, au contraire, leur sens le plus précis. Voir M. A. Johnstone, « Aristotle on Odour and Smell », Oxford Studies in Ancient Philosophy, 43, 2012, p. 142-183.

    15Aristote, De l’âme, II, 2, 414a4-6 (trad. E. Barbotin, CUF) : τὰ δὲ ζῷα πάντ’ ἔχουσι μίαν γε τῶν αἰσθήσεων, τὴν ἁφήν· ᾧ δ’ αἴσθησις ὑπάρχει, τούτῳ ἡδονή τε καὶ λύπη καὶ τὸ ἡδύ τε καὶ λυπηρόν, οἷς δὲ ταῦτα, καὶ ἐπιθυμία· τοῦ γὰρ ἡδέος ὄρεξις αὕτη. ἔτι δὲ τῆς τροφῆς αἴσθησιν ἔχουσιν· ἡ γὰρ ἁφὴ τῆς τροφῆς αἴσθησις.

    16Aristote, De l’âme, II, 9, 421a16-23 (trad. E. Barbotin, CUF) : ἔοικε μὲν γὰρ ἀνάλογον ἔχειν πρὸς τὴν γεῦσιν, καὶ ὁμοίως τὰ εἴδη τῶν χυμῶν τοῖς τῆς ὀσμῆς, ἀλλ’ ἀκριβεστέραν ἔχομεν τὴν γεῦσιν διὰ τὸ εἶναι αὐτὴν ἁφήν τινα, ταύτην δ’ ἔχειν τὴν αἴσθησιν τὸν ἄνθρωπον ἀκριβεστάτην· ἐν μὲν γὰρ ταῖς ἄλλαις λείπεται πολλῶν τῶν ζῴων, κατὰ δὲ τὴν ἁφὴν πολλῷ τῶν ἄλλων διαφερόντως ἀκριβοῖ· διὸ καὶ φρονιμώτατόν ἐστι τῶν ζῴων.

    17Théophraste, Des odeurs, I, 2 (trad. B. Nicolas). Voir le chapitre de V. Mehl, « Invectives olfactives et laideurs intimes dans le monde des cités grecques », in V. Huet (dir.), Caricature et laideur dans l’Antiquité grecque et romaine, à paraître.

    18P. Pakkanen, « Handling of Hides in Greek Sanctuaries: Practical, Spatial, and Conceptual Considerations », in J. Barringer, G. Ekroth et D. Scahill (dir.), Logistics in Greek Sanctuaries. Exploring Human Experience of Visiting the Gods, (Monumenta Graeca et Romana 30), Leyde, Brill, 2025, p. 236-249 ; aussi R. Thomson, The Role of Leather Science and Technology in Heritage Conservation, University of Northampton, mémoire pour l’obtention du doctorat en philosophie, 2011, p. 72, en ligne ; T. Howe, « Good Breeding. Making Sense of Elite Animal Production in Ancient Greece », Scholia, 20, 2011 p. 4-24, 11-12 et « Value Economics. Animals, Wealth and the Market », in G. L. Campbell (dir.), The Oxford Handbook of Animals in Classical Thought and Life, Oxford, Oxford University Press, 2014, p. 136-155. Voir aussi P. Acton, Poiesis. Manufacturing in Classical Athens, Oxford/New York, Oxford University Press, 2014, p. 163. Le point de vue sur la rentabilité du métier de tanneur repose sur les connaissances à propos de certains riches propriétaires (ou de leurs héritiers) : en particulier, Cléon aurait été riche parce qu’il aurait hérité de l’affaire de son père à Kudathênaiôn. Toutefois, les sources sont plutôt ténues sur le sujet. Voir infra, p. 90-91.

    19Par exemple S. E. Bond, Trade and Taboo. Disreputable Professions in Roman Mediterranean, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2016, p. 125.

    20P. Pakkanen, art. cité, p. 241.

    21Artémidore, La Clef des songes, I, 51, 29-30 (trad. A. J. Festugière, Vrin).

    22Ibid.

    23C. F. L. Sta Maria, art. cité, p. 75 et 83.

    24Ibid. et K. E. Low, « Olfactive Frames of Remembering: Theorizing Self, Senses and Society », The Sociological Review, 61, 2013, p. 688-708, 692, qui affirme que l’appréhension de l’identité sociale est comprise et reconnue à travers l’odeur des individus.

    25Jérôme, Apologie contre Rufin, III, 26 (trad. P. Lardet, Les Éditions du Cerf). Pour l’association entre la critique morale et la laideur olfactive, V. Mehl, « Invectives olfactives », art. cité.

    26Martial, Épigrammes, VI, 93, 1-12, ici 1-6 (trad. H. J. Izaac, CUF).

    27Thaïs apparaît dans plusieurs épigrammes de Martial (III, 8 ; III, 11 ; IV, 12 ; IV, 50 ; IV, 84 ; V, 43). Voir F. M. Sapsford, The “Epic” of Martial, thèse de doctorat, université de Birmingham (University of Birmingham Research Archive, e-theses repository), 2012, particulièrement p. 69-124 et « Martial’s “Epic”: Os impurum and Oral Sex in the Epigrams », Rosetta, 7/5, 2010, p. 14-18, en ligne, qui en étudiant les épigrammes en intertextualité, en conclut qu’elles sont liées au thème du sexe oral et de l’Os impurum, avec une attention directe portée à la bouche d’un personnage. L’orifice buccal est malade, contaminé par son commerce comme dans le cas de Thaïs. Martial pousse la comparaison, dans un contraste marqué entre Thaïs et une jeune fille dont il décrit l’haleine (Épigrammes, III, 65), à la senteur de fleurs, de myrte, de cueilleur d’épices arabe (messor), d’ambre frotté, d’encens oriental, etc. Pour la mauvaise haleine, voir la contribution de Véronique Mehl, « “Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve (Baudelaire)”. Lecture sensible de la laideur », p. 100-101.

    28Pour les kaloi kagathoi, voir par exemple, P. Davies, « “KALOS KAGATHOS” and Scholarly Perceptions of Spartan Society », Historia: Zeitschrift für Alte Geschichte, 62/3, 2013, p. 259-279, 259-261 qui discute la polysémie du terme allant de la supériorité sociale à l’excellence morale personnelle.

    29Aristote (Rhétorique, II, 11, 1387a) indique que les νεόπλουτοι contrastent avec les ἀρχαιόπλουτοι. Démosthène (Sur le traité avec Alexandre, 23) les caractérise quant à lui très négativement. La première référence de ce type apparaît chez Cratinos (S. D. Olson, Broken Laughter. Select Fragments of Greek Comedy, Oxford, Oxford University Press, 2007, fr. 208), probablement en 428 av. J.-C., avec une référence à Androclès et à d’autres hommes politiques. W. R. Connor (The New Politicians of Fifth-Century Athens, Princeton, Princeton University Press, 1971 [1992], p. 88, n. 2) considère qu’archaioploutoi est un terme « émique » que les plus riches et les plus prestigieux des citoyens du ve siècle av. J.-C. utilisaient pour se qualifier eux-mêmes, le traduisant par « gentlemen » et « old aristocraty », terme qui les différencie des agoraioi, les nouveaux riches des trois dernières décennies du ve siècle. Aristophane utilise le terme dans les Cavaliers (378 et 735 où le Charcutier se compte ironiquement parmi ceux-là, parmi « beaucoup d’autres honnêtes gens » (trad. H. van Daele, CUF), ἄλλοι τε πολλοὶ καὶ καλοὶ τε κἀγαθοί). Pour cela, voir W. R. Connor, op. cit., p. 155-156, n. 40 et P. Lafargue, Cléon. Le guerrier d’Athéna, Bordeaux, Ausonius, 2013, p. 93-94.

    30Aristophane, Les Guêpes, 1309-1311 (trad. H. van Daele, CUF).

    31Ibid.

    32Scholie à Aristophane, Les Cavaliers, 44c (βυρσοδέψην Παφλαγόνα ἐπειδὴ ὁ πατὴρ αὐτοῦ Κλεαίνετος ἐργαστήριον εἶχε δούλων βυρσοδεψῶν). La Souda explique plus généralement, s.v. σκυτοδέψης (καὶ βυρσοδέψης): δερματομαλάκτης, ὅτι Κλέων ὁ Ἀθηναῖος ὁ Κλεαννέτω στρατηγός, μανιώδης ἀνήρ, βυρσοδέψω παῖς.

    33Anytos apparaît brièvement chez Platon (Ménon, 90c-95a) et Xénophon (Apologie de Socrate, 29-31). Dans ce dialogue de Xénophon, Socrate évoque le tannage (29) et parle du fils plus ou moins difficile à éduquer d’Anytos : « je lui ai suggéré (à Anytos) qu’il ne convenait pas qu’il le fit élever comme tanneur (περὶ βύρσας παιδεύειν) » (29, 2-5). Plutarque, dans sa Vie d’Alcibiade (IV, 5) indique qu’Anytos, fils du riche tanneur Anthémion, voulut être l’amant d’Alcibiade mais fut rejeté. Voir aussi P. Lafargue, op. cit., p. 93-97 ; H. Tell, « Anytus and the Rhetoric of Abuse in Plato’s Apology and Meno », Center for Hellenic Studies Electronic Journal, Harvard University, mai 2010, section III ; S. Cuomo, Technology and Culture in Greek and Roman Antiquity, Cambridge, Cambridge University Press, 2007, p. 36-37 ; M. A. Rinella, Pharmakon. Plato, Drug Culture, and Identity in Ancient Greece, Lanham, Lexington Books, 2010, p. 104-105.

    34I. C. Storey, Aristophanes: Peace, Londres, Bloomsbury Academic, 2019, p. 48-49 ; H. Tell, art. cité, section III.

    35E. M. Harris, The Rule of Law in Action in Democratic Athens, New York, Oxford University Press, 2013, p. 306-340.

    36M. Domingo Gygax, « Classical Athens and the Invention of Civic Euergetism », in M. Domingo Gygax et A. Zuiderhoek (dir.), Benefactors and the Polis. The Public Gift in the Greek Cities from Homeric World to Late Antiquity, Cambridge, Cambridge University Press, 2021, p. 69-95.

    37Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, V, 16.

    38Aristophane, Les Cavaliers, 45-49.

    39P. Lafargue, op. cit., p. 93 et pour les Paphlagoniens comme « microidentité », voir S. Mitchell, « The Ionians of Paphlagonia », in T. Whitmarsh (dir.), Local Knowledge and Microidentities in the Imperial Greek World, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, particulièrement p. 86-110, 87-89 ; et I. C. Storey, op. cit., p. 49.

    40L’une des nombreuses raisons avancées pour le choix d’Aristophane d’une identité paphlagonienne pour Cléon dans Les Cavaliers est la référence aux esclaves paphlagoniens d’Athènes qui revendiquent un statut particulier et sont fiers de leur origine et de leur filiation avec des héros mythiques. On peut citer ainsi l’épitaphe d’une stèle funéraire datée de la deuxième moitié du ive siècle, aujourd’hui perdue, d’un mineur paphlagonien du nom d’Atotas, à Athènes (IG II2 10051) : « de la race de Pylaimènes (le Troyen) qui mourut, vaincu par la main d’Achille ». Voir P. Hunt, « Trojan Slaves in Classical Athens: Ethnic Identity among Athenian Slaves », in C. Taylor et K. Vlassopoulos (dir.), Communities and Networks in the Ancient Greek World, Oxford, Oxford University Press, 2015, p. 136-139.

    41L’association de l’ail et des chaussures se retrouve chez Lucien (Alexandre ou le faux prophète, 39) : « des Paphlagoniens rustiquement chaussés (de karbatinai), et dont les rots sentaient la saumure d’ail (Παφλαγόνες, καρβατίνας ὑποδεδεμένοι, πολλὴν τὴν σκοροδάλμην ἐρυγγάνοντες) ». Les karbatinai étaient les chaussures les plus simples (des brogues), faites d’une seule pièce de cuir qui enveloppe le pied, retenue par des lanières également en cuir.

    42Aristophane, Les Cavaliers, 44-46.

    43Ibid., 243-247 (trad. H. van Daele, CUF).

    44Aristophane, La Paix, 48. La Souda explique que skatophagos, l’expression utilisée par Aristophane pour qualifier Cléon, est une référence à son métier de tanneur, celui qui tanne en utilisant des excréments (σκατοφάγος δὲ ὁ Κλέων, ἐπεὶ βυρσοδέψης ἦν. ἐπεὶ μετὰ κόπρου τὰς βύρσας εἰργάζοντο, commentaire à La Paix, 48). Pour les associations et l’imagerie scatologiques dans la pièce, voir R. L. S. Tordoff, « Excrement, Sacrifice, Commensality: The Osphresiology of Aristophanes’ “Peace” », Arethusa, 44/2, 2011, p. 167-198, 170-173.

    45Voir aussi V. Mehl, « Des Lemniennes à Philoctète : puanteurs, punitions divines et châtiment social en Grèce ancienne », in L. Bodiou, V. Mehl et M. Soria (dir.), Corps outragés, corps ravagés. Regards croisés de l’Antiquité au Moyen-Âge, Turnhout, Brepols, 2011, p. 263-278, 271-272.

    46J. Ober, Mass and Elite in Democratic Athens. Rhetoric, Ideology and the Power of the People, Princeton, Princeton University Press, 1989, p. 272-273 ; K. Vlassopoulos, « Slavery, Freedom and Citizenship in Classical Athens: Beyond a Legalistic Approach », European Review of History – Revue européenne d’histoire, 16/3, 2009, p. 347-363, 355-356.

    47Aristophane, La Paix, 749-754 (trad. H. van Daele, CUF).

    48P. Lafargue, op. cit., p. 89.

    49Aristophane, Les Guêpes, 37-38 (trad. H. van Daele, CUF).

    50Aristophane, Les Cavaliers, 892 (trad. modifiée de H. van Daele, CUF).

    51Dans les deux citations d’Aristophane, le terme βύρσα désigne une peau de bœuf « non tannée ». Il est cependant souvent traduit par « cuir », ce qui est inexact au regard du processus de tannage des peaux ; voir H. Lind, Der Gerber Kleon in den „Rittern“ des Aristophanes. Studien zur Demagogenkomödie (Studien zur klassischen Philologie 51), Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, 1990, p. 72 ; voir aussi M. Telò, « Aristophanes, Cratinus and the Smell of Comedy », in S. Butler et A. Purves (dir.), Synaesthesia and the Ancient Senses, Durham/Bristol, Acumen Publishing, 2013, p. 53-70, 57-58.

    52Voir V. Mehl, « Invectives olfactives », art. cité, à paraître.

    53Dans la vaste bibliographie sur le sujet, voir par exemple, I. A. Ruffel, « Conservative and Radical: Aristophanic Comedy and Populist Debate in Democratic Athens », in R. M. Rosen et H. P. Foley (dir.), Aristophanes and Politics. New Studies, Leyde/Boston, Brill, 2020, p. 60-88 ; L. Edmunds, Cleon, Knights, and Aristophanes’ Politics, Lanham, University Press of America, 1987.

    54La parabase des Guêpes (1029-1099) ressemble à celle de La Paix (751-756). Aristophane revendique dans la pièce que « quand pour la première fois il commença d’instruire un chœur, ce n’est pas à des hommes ordinaires qu’il s’attaqua ; mais, avec une ardeur digne d’Héraclès, il assaillit les plus grands, et hardiment se mesura du premier coup avec la bête elle-même aux dents acérées » (Les Guêpes, 1029-1033). La référence au « monstre Cléon » apparaît aussi dans La Paix (755).

    55Notamment H. Lind, op. cit., p. 132-148 ; voir aussi P. Lafargue, op. cit., p. 89-92 et plus récemment P. Pakkanen, art. cité, p. 241.

    56C’est l’une des thèses principales de l’ouvrage de H. Lind (op. cit., particulièrement p. 160-164). Voir du même auteur, « Neues aus Kydathen: Beobachtungen zum Hintergrund der „Daitales“ und der „Ritter“ des Aristophanes », Museum Helveticum, 42, 1985, p. 250-261, et P. Lafargue, op. cit., p. 91-92.

    57Le « réalisme agentiel » (agential realism) de Karen Barad (« Posthuman Performativity: Towards an Understanding of how Matter Comes to Matter », Signs. Journal of Women in Culture and Society, 28/3, 2003, p. 801-831) et la « création narrative » de Bruno Latour (particulièrement dans Reassembling the Social: An Introduction to Actor-network-theory, Oxford, Oxford University Press, 2005) sont des approches théoriques qui abordent la question de la création des significations, par exemple par le biais d’images et d’associations.

    58Pour des comparaisons avec le monde romain, voir N. Morley, « Urban Smells and Roman Noses », art. cité, p. 117 (avec références) qui note que les usages métaphoriques des odeurs indiquent l’étrangeté ou caractérisent des « nouveaux riches » dans les poèmes de Juvénal, ou encore des odeurs liées aux gens de la campagne (chèvres, ail…) par contraste avec celles des citadins chez Martial. E. Botte, « Les tanneurs ont-ils toujours été des voisins gênants ? », in E. Botte et A. Vincent (dir.), Nuisances de la production et la production de nuisances. Les effets des métiers en milieu urbain, MEFRA, 132/2, 2020, p. 289-296 indique les potentielles différences entre les perceptions anciennes et modernes des tanneurs.

    Auteur

    • Petra Pakkanen

      Institut finlandais d’Athènes.

      Petra Pakkanen est directrice de l’Institut finlandais d’Athènes. Ses travaux portent sur la religion grecque. Elle est spécialiste de la matérialité liée aux religions anciennes et s’intéresse particulièrement aux approches historiographiques et théoriques. Elle a également beaucoup étudié le philhellénisme et s’est récemment concentrée sur l’étude de la production de cuir et du rôle du cuir dans la Grèce antique. Elle a récemment publié « Beyond Skin-deep: Considering the Pig in Ancient Greece through the Particularities of its Skin », Kernos, 34, 2021, p. 123-158 ; « Handling of Hides and Skins in Greek Sanctuaries: Practical, Spatial and Conceptual Considerations », in J. Barringer, G. Ekroth et D. Scahill (dir.), Logistics in Greek Sanctuaries. Exploring Human Experience of Visiting the Gods, Leyde/Boston, Brill, 2025, p. 236-249. Elle a fait paraître aussi « Movable Sacrality. Considerations on Oscillating Sacredness of Material Objects Relating Greek Sanctuaries », in M. Haysom, M. Mili et J. Wallensten (dir.), The Stuff of the Gods. The Material Aspects of Religion in Ancient Greece, Stockholm, Svenska Institutet i Athen, 2024, p. 58-68 ; « How about Pantheism in Ancient Greek Religion? », Numen, 71/4, 2024, p. 428-453 et « Concepts Related to “isms” in Ancient Greece and (Modern) “ismicism” », European Journal of History and Culture, 1, 2024, p. 231-258.

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    1L’article en anglais a été traduit par Véronique Mehl et Maria Patera.

    2G. L. Grant, The Greek Sense of Smell. Olfactory Perception and the Sociocultural Roles of Perfume in Antiquity, PhD-thesis, University of Exeter, en ligne, 2014, p. 8-9 ; M. Bradley, « Introduction: Smell and the Ancient Senses », in M. Bradley (dir.), Smell and the Ancient Senses, Londres/New York, Routledge, 2015, p. 1-16, 7 ; C. F. L. Sta Maria, « Smell, Space and Othering », IAFOR Journal of Cultural Studies, 1/2, 2016, p. 73-86, 83-84 ; K. E. Y. Low, Scent and Scent-sibilities. Smell and Everyday Life Experiences, Cambridge, Cambridge Scholars Publishing, 2009, p. 4.

    3La vue et l’ouïe ont acquis un rôle de sens « théorique » et, de ce fait, ont eu pour les philosophes de l’Antiquité, puis pour ceux du début de l’époque moderne, une priorité philosophique. Voir L. Skinner, Art Scents. Exploring the Aesthetics of Smell and the Olfactory Arts, Oxford, Oxford University Press, 2020, p. 19-33 et C. Classen, D. Howes et A. Synnott, Aroma. The Cultural History of Smell, Londres/New York, Routledge, 2003 (1994), p. 4.

    4L. Bartosiewicz, « “There is something rotten in the state…”: Bad Smells in Antiquity », European Journal of Archaeology, 6/2, 2003, p. 171-191, 175-176.

    5Voir aussi G. L. Grant, op. cit., p. 6-7. N. Morley, « Urban Smells and Roman Noses », in M. Bradley (dir.), op. cit., p. 110-119, particulièrement 111-112.

    6Pour les notions anciennes sur les sens, voir infra, p. 82-83.

    7Par exemple C. Boisson, « La dénomination des odeurs : variations et régularités linguistiques », Intellectica. Revue de l’Association pour la Recherche Cognitive, 24/1, 1997, p. 29-49.

    8L’usage des parfums est également critiqué, car considéré comme un signe de luxe excessif, avec un sens moral. La senteur parfumée représente alors la dépravation morale.

    9Par conséquent, les idées culturelles sur l’olfaction et les odeurs sont censées remettre en cause la frontière entre matérialité et immatérialité. Voir V. Mehl, « L’odeur suave du divin », in L. Bodiou, D. Frère et V. Mehl (dir.), Parfums et odeurs dans l’Antiquité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 142-148 ; J. Ponzo, « The Perfume and the Spirit: From Religion to Perfumery », Rivista di estetica, 78, 2021, p. 47-62, 48-49.

    10M. Detienne, Les jardins d’Adonis. La mythologie des aromates en Grèce, Paris, Gallimard, 1972, p. 94 ; voir aussi E. Eidinow, « Ancient Greek Smellscapes and Divine Fragrances: Anthropomorphizing the Gods in Ancient Greek Culture », in E. Eidinow, A. W. Geertz et J. North (dir.), Cognitive Approaches to Ancient Religious Experience, Cambridge, Cambridge University Press, 2022, p. 69-95.

    11G. L. Grant, op. cit., p. 8 ; C. F. L. Sta Maria, art. cité, p. 83-84 indique que c’est compréhensible puisque l’odeur est perçue par le biais d’expériences multisensorielles.

    12Aristote, De l’âme, II, 9, 421a31-421b4 (Διὰ τὸ μὴ σφόδρα διαδήλους εἶναι τὰς ὀσμὰς ὥσπερ τοὺς χυμούς, ἀπὸ τούτων εἴληφε τὰ ὀνόματα καθ’ ὁμοιότητα τῶν πραγμάτων. […] Ἔστι δ’ ὥσπερ καὶ ἡ ἀκοὴ καὶ ἑκάστη τῶν αἰσθήσεων…).

    13Théophraste, Des odeurs, I, 1 (trad. B. Nicolas).

    14Aristote, De l’âme, II, 3, 7, 415a7 et II, 9, 1, 2, 421a7. Le même point de vue apparaît dans son traité, De la sensation et des sensibles, 5, 444b : « Il semble d’autre part que le sens de l’odorat, puisque les sens sont en nombre impair et que le nombre impair a un moyen terme, soit lui-même intermédiaire entre les sens qui supposent un contact, à savoir le toucher et le goût, et les sens qui s’exercent d’une autre manière, à savoir la vue et l’ouïe » (trad. P.-M. Morel, Garnier Flammarion). Aristote pense que, contrairement à de nombreux animaux, les humains eux ont un sens de l’olfaction peu opérant et que le toucher est, au contraire, leur sens le plus précis. Voir M. A. Johnstone, « Aristotle on Odour and Smell », Oxford Studies in Ancient Philosophy, 43, 2012, p. 142-183.

    15Aristote, De l’âme, II, 2, 414a4-6 (trad. E. Barbotin, CUF) : τὰ δὲ ζῷα πάντ’ ἔχουσι μίαν γε τῶν αἰσθήσεων, τὴν ἁφήν· ᾧ δ’ αἴσθησις ὑπάρχει, τούτῳ ἡδονή τε καὶ λύπη καὶ τὸ ἡδύ τε καὶ λυπηρόν, οἷς δὲ ταῦτα, καὶ ἐπιθυμία· τοῦ γὰρ ἡδέος ὄρεξις αὕτη. ἔτι δὲ τῆς τροφῆς αἴσθησιν ἔχουσιν· ἡ γὰρ ἁφὴ τῆς τροφῆς αἴσθησις.

    16Aristote, De l’âme, II, 9, 421a16-23 (trad. E. Barbotin, CUF) : ἔοικε μὲν γὰρ ἀνάλογον ἔχειν πρὸς τὴν γεῦσιν, καὶ ὁμοίως τὰ εἴδη τῶν χυμῶν τοῖς τῆς ὀσμῆς, ἀλλ’ ἀκριβεστέραν ἔχομεν τὴν γεῦσιν διὰ τὸ εἶναι αὐτὴν ἁφήν τινα, ταύτην δ’ ἔχειν τὴν αἴσθησιν τὸν ἄνθρωπον ἀκριβεστάτην· ἐν μὲν γὰρ ταῖς ἄλλαις λείπεται πολλῶν τῶν ζῴων, κατὰ δὲ τὴν ἁφὴν πολλῷ τῶν ἄλλων διαφερόντως ἀκριβοῖ· διὸ καὶ φρονιμώτατόν ἐστι τῶν ζῴων.

    17Théophraste, Des odeurs, I, 2 (trad. B. Nicolas). Voir le chapitre de V. Mehl, « Invectives olfactives et laideurs intimes dans le monde des cités grecques », in V. Huet (dir.), Caricature et laideur dans l’Antiquité grecque et romaine, à paraître.

    18P. Pakkanen, « Handling of Hides in Greek Sanctuaries: Practical, Spatial, and Conceptual Considerations », in J. Barringer, G. Ekroth et D. Scahill (dir.), Logistics in Greek Sanctuaries. Exploring Human Experience of Visiting the Gods, (Monumenta Graeca et Romana 30), Leyde, Brill, 2025, p. 236-249 ; aussi R. Thomson, The Role of Leather Science and Technology in Heritage Conservation, University of Northampton, mémoire pour l’obtention du doctorat en philosophie, 2011, p. 72, en ligne ; T. Howe, « Good Breeding. Making Sense of Elite Animal Production in Ancient Greece », Scholia, 20, 2011 p. 4-24, 11-12 et « Value Economics. Animals, Wealth and the Market », in G. L. Campbell (dir.), The Oxford Handbook of Animals in Classical Thought and Life, Oxford, Oxford University Press, 2014, p. 136-155. Voir aussi P. Acton, Poiesis. Manufacturing in Classical Athens, Oxford/New York, Oxford University Press, 2014, p. 163. Le point de vue sur la rentabilité du métier de tanneur repose sur les connaissances à propos de certains riches propriétaires (ou de leurs héritiers) : en particulier, Cléon aurait été riche parce qu’il aurait hérité de l’affaire de son père à Kudathênaiôn. Toutefois, les sources sont plutôt ténues sur le sujet. Voir infra, p. 90-91.

    19Par exemple S. E. Bond, Trade and Taboo. Disreputable Professions in Roman Mediterranean, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2016, p. 125.

    20P. Pakkanen, art. cité, p. 241.

    21Artémidore, La Clef des songes, I, 51, 29-30 (trad. A. J. Festugière, Vrin).

    22Ibid.

    23C. F. L. Sta Maria, art. cité, p. 75 et 83.

    24Ibid. et K. E. Low, « Olfactive Frames of Remembering: Theorizing Self, Senses and Society », The Sociological Review, 61, 2013, p. 688-708, 692, qui affirme que l’appréhension de l’identité sociale est comprise et reconnue à travers l’odeur des individus.

    25Jérôme, Apologie contre Rufin, III, 26 (trad. P. Lardet, Les Éditions du Cerf). Pour l’association entre la critique morale et la laideur olfactive, V. Mehl, « Invectives olfactives », art. cité.

    26Martial, Épigrammes, VI, 93, 1-12, ici 1-6 (trad. H. J. Izaac, CUF).

    27Thaïs apparaît dans plusieurs épigrammes de Martial (III, 8 ; III, 11 ; IV, 12 ; IV, 50 ; IV, 84 ; V, 43). Voir F. M. Sapsford, The “Epic” of Martial, thèse de doctorat, université de Birmingham (University of Birmingham Research Archive, e-theses repository), 2012, particulièrement p. 69-124 et « Martial’s “Epic”: Os impurum and Oral Sex in the Epigrams », Rosetta, 7/5, 2010, p. 14-18, en ligne, qui en étudiant les épigrammes en intertextualité, en conclut qu’elles sont liées au thème du sexe oral et de l’Os impurum, avec une attention directe portée à la bouche d’un personnage. L’orifice buccal est malade, contaminé par son commerce comme dans le cas de Thaïs. Martial pousse la comparaison, dans un contraste marqué entre Thaïs et une jeune fille dont il décrit l’haleine (Épigrammes, III, 65), à la senteur de fleurs, de myrte, de cueilleur d’épices arabe (messor), d’ambre frotté, d’encens oriental, etc. Pour la mauvaise haleine, voir la contribution de Véronique Mehl, « “Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve (Baudelaire)”. Lecture sensible de la laideur », p. 100-101.

    28Pour les kaloi kagathoi, voir par exemple, P. Davies, « “KALOS KAGATHOS” and Scholarly Perceptions of Spartan Society », Historia: Zeitschrift für Alte Geschichte, 62/3, 2013, p. 259-279, 259-261 qui discute la polysémie du terme allant de la supériorité sociale à l’excellence morale personnelle.

    29Aristote (Rhétorique, II, 11, 1387a) indique que les νεόπλουτοι contrastent avec les ἀρχαιόπλουτοι. Démosthène (Sur le traité avec Alexandre, 23) les caractérise quant à lui très négativement. La première référence de ce type apparaît chez Cratinos (S. D. Olson, Broken Laughter. Select Fragments of Greek Comedy, Oxford, Oxford University Press, 2007, fr. 208), probablement en 428 av. J.-C., avec une référence à Androclès et à d’autres hommes politiques. W. R. Connor (The New Politicians of Fifth-Century Athens, Princeton, Princeton University Press, 1971 [1992], p. 88, n. 2) considère qu’archaioploutoi est un terme « émique » que les plus riches et les plus prestigieux des citoyens du ve siècle av. J.-C. utilisaient pour se qualifier eux-mêmes, le traduisant par « gentlemen » et « old aristocraty », terme qui les différencie des agoraioi, les nouveaux riches des trois dernières décennies du ve siècle. Aristophane utilise le terme dans les Cavaliers (378 et 735 où le Charcutier se compte ironiquement parmi ceux-là, parmi « beaucoup d’autres honnêtes gens » (trad. H. van Daele, CUF), ἄλλοι τε πολλοὶ καὶ καλοὶ τε κἀγαθοί). Pour cela, voir W. R. Connor, op. cit., p. 155-156, n. 40 et P. Lafargue, Cléon. Le guerrier d’Athéna, Bordeaux, Ausonius, 2013, p. 93-94.

    30Aristophane, Les Guêpes, 1309-1311 (trad. H. van Daele, CUF).

    31Ibid.

    32Scholie à Aristophane, Les Cavaliers, 44c (βυρσοδέψην Παφλαγόνα ἐπειδὴ ὁ πατὴρ αὐτοῦ Κλεαίνετος ἐργαστήριον εἶχε δούλων βυρσοδεψῶν). La Souda explique plus généralement, s.v. σκυτοδέψης (καὶ βυρσοδέψης): δερματομαλάκτης, ὅτι Κλέων ὁ Ἀθηναῖος ὁ Κλεαννέτω στρατηγός, μανιώδης ἀνήρ, βυρσοδέψω παῖς.

    33Anytos apparaît brièvement chez Platon (Ménon, 90c-95a) et Xénophon (Apologie de Socrate, 29-31). Dans ce dialogue de Xénophon, Socrate évoque le tannage (29) et parle du fils plus ou moins difficile à éduquer d’Anytos : « je lui ai suggéré (à Anytos) qu’il ne convenait pas qu’il le fit élever comme tanneur (περὶ βύρσας παιδεύειν) » (29, 2-5). Plutarque, dans sa Vie d’Alcibiade (IV, 5) indique qu’Anytos, fils du riche tanneur Anthémion, voulut être l’amant d’Alcibiade mais fut rejeté. Voir aussi P. Lafargue, op. cit., p. 93-97 ; H. Tell, « Anytus and the Rhetoric of Abuse in Plato’s Apology and Meno », Center for Hellenic Studies Electronic Journal, Harvard University, mai 2010, section III ; S. Cuomo, Technology and Culture in Greek and Roman Antiquity, Cambridge, Cambridge University Press, 2007, p. 36-37 ; M. A. Rinella, Pharmakon. Plato, Drug Culture, and Identity in Ancient Greece, Lanham, Lexington Books, 2010, p. 104-105.

    34I. C. Storey, Aristophanes: Peace, Londres, Bloomsbury Academic, 2019, p. 48-49 ; H. Tell, art. cité, section III.

    35E. M. Harris, The Rule of Law in Action in Democratic Athens, New York, Oxford University Press, 2013, p. 306-340.

    36M. Domingo Gygax, « Classical Athens and the Invention of Civic Euergetism », in M. Domingo Gygax et A. Zuiderhoek (dir.), Benefactors and the Polis. The Public Gift in the Greek Cities from Homeric World to Late Antiquity, Cambridge, Cambridge University Press, 2021, p. 69-95.

    37Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, V, 16.

    38Aristophane, Les Cavaliers, 45-49.

    39P. Lafargue, op. cit., p. 93 et pour les Paphlagoniens comme « microidentité », voir S. Mitchell, « The Ionians of Paphlagonia », in T. Whitmarsh (dir.), Local Knowledge and Microidentities in the Imperial Greek World, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, particulièrement p. 86-110, 87-89 ; et I. C. Storey, op. cit., p. 49.

    40L’une des nombreuses raisons avancées pour le choix d’Aristophane d’une identité paphlagonienne pour Cléon dans Les Cavaliers est la référence aux esclaves paphlagoniens d’Athènes qui revendiquent un statut particulier et sont fiers de leur origine et de leur filiation avec des héros mythiques. On peut citer ainsi l’épitaphe d’une stèle funéraire datée de la deuxième moitié du ive siècle, aujourd’hui perdue, d’un mineur paphlagonien du nom d’Atotas, à Athènes (IG II2 10051) : « de la race de Pylaimènes (le Troyen) qui mourut, vaincu par la main d’Achille ». Voir P. Hunt, « Trojan Slaves in Classical Athens: Ethnic Identity among Athenian Slaves », in C. Taylor et K. Vlassopoulos (dir.), Communities and Networks in the Ancient Greek World, Oxford, Oxford University Press, 2015, p. 136-139.

    41L’association de l’ail et des chaussures se retrouve chez Lucien (Alexandre ou le faux prophète, 39) : « des Paphlagoniens rustiquement chaussés (de karbatinai), et dont les rots sentaient la saumure d’ail (Παφλαγόνες, καρβατίνας ὑποδεδεμένοι, πολλὴν τὴν σκοροδάλμην ἐρυγγάνοντες) ». Les karbatinai étaient les chaussures les plus simples (des brogues), faites d’une seule pièce de cuir qui enveloppe le pied, retenue par des lanières également en cuir.

    42Aristophane, Les Cavaliers, 44-46.

    43Ibid., 243-247 (trad. H. van Daele, CUF).

    44Aristophane, La Paix, 48. La Souda explique que skatophagos, l’expression utilisée par Aristophane pour qualifier Cléon, est une référence à son métier de tanneur, celui qui tanne en utilisant des excréments (σκατοφάγος δὲ ὁ Κλέων, ἐπεὶ βυρσοδέψης ἦν. ἐπεὶ μετὰ κόπρου τὰς βύρσας εἰργάζοντο, commentaire à La Paix, 48). Pour les associations et l’imagerie scatologiques dans la pièce, voir R. L. S. Tordoff, « Excrement, Sacrifice, Commensality: The Osphresiology of Aristophanes’ “Peace” », Arethusa, 44/2, 2011, p. 167-198, 170-173.

    45Voir aussi V. Mehl, « Des Lemniennes à Philoctète : puanteurs, punitions divines et châtiment social en Grèce ancienne », in L. Bodiou, V. Mehl et M. Soria (dir.), Corps outragés, corps ravagés. Regards croisés de l’Antiquité au Moyen-Âge, Turnhout, Brepols, 2011, p. 263-278, 271-272.

    46J. Ober, Mass and Elite in Democratic Athens. Rhetoric, Ideology and the Power of the People, Princeton, Princeton University Press, 1989, p. 272-273 ; K. Vlassopoulos, « Slavery, Freedom and Citizenship in Classical Athens: Beyond a Legalistic Approach », European Review of History – Revue européenne d’histoire, 16/3, 2009, p. 347-363, 355-356.

    47Aristophane, La Paix, 749-754 (trad. H. van Daele, CUF).

    48P. Lafargue, op. cit., p. 89.

    49Aristophane, Les Guêpes, 37-38 (trad. H. van Daele, CUF).

    50Aristophane, Les Cavaliers, 892 (trad. modifiée de H. van Daele, CUF).

    51Dans les deux citations d’Aristophane, le terme βύρσα désigne une peau de bœuf « non tannée ». Il est cependant souvent traduit par « cuir », ce qui est inexact au regard du processus de tannage des peaux ; voir H. Lind, Der Gerber Kleon in den „Rittern“ des Aristophanes. Studien zur Demagogenkomödie (Studien zur klassischen Philologie 51), Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, 1990, p. 72 ; voir aussi M. Telò, « Aristophanes, Cratinus and the Smell of Comedy », in S. Butler et A. Purves (dir.), Synaesthesia and the Ancient Senses, Durham/Bristol, Acumen Publishing, 2013, p. 53-70, 57-58.

    52Voir V. Mehl, « Invectives olfactives », art. cité, à paraître.

    53Dans la vaste bibliographie sur le sujet, voir par exemple, I. A. Ruffel, « Conservative and Radical: Aristophanic Comedy and Populist Debate in Democratic Athens », in R. M. Rosen et H. P. Foley (dir.), Aristophanes and Politics. New Studies, Leyde/Boston, Brill, 2020, p. 60-88 ; L. Edmunds, Cleon, Knights, and Aristophanes’ Politics, Lanham, University Press of America, 1987.

    54La parabase des Guêpes (1029-1099) ressemble à celle de La Paix (751-756). Aristophane revendique dans la pièce que « quand pour la première fois il commença d’instruire un chœur, ce n’est pas à des hommes ordinaires qu’il s’attaqua ; mais, avec une ardeur digne d’Héraclès, il assaillit les plus grands, et hardiment se mesura du premier coup avec la bête elle-même aux dents acérées » (Les Guêpes, 1029-1033). La référence au « monstre Cléon » apparaît aussi dans La Paix (755).

    55Notamment H. Lind, op. cit., p. 132-148 ; voir aussi P. Lafargue, op. cit., p. 89-92 et plus récemment P. Pakkanen, art. cité, p. 241.

    56C’est l’une des thèses principales de l’ouvrage de H. Lind (op. cit., particulièrement p. 160-164). Voir du même auteur, « Neues aus Kydathen: Beobachtungen zum Hintergrund der „Daitales“ und der „Ritter“ des Aristophanes », Museum Helveticum, 42, 1985, p. 250-261, et P. Lafargue, op. cit., p. 91-92.

    57Le « réalisme agentiel » (agential realism) de Karen Barad (« Posthuman Performativity: Towards an Understanding of how Matter Comes to Matter », Signs. Journal of Women in Culture and Society, 28/3, 2003, p. 801-831) et la « création narrative » de Bruno Latour (particulièrement dans Reassembling the Social: An Introduction to Actor-network-theory, Oxford, Oxford University Press, 2005) sont des approches théoriques qui abordent la question de la création des significations, par exemple par le biais d’images et d’associations.

    58Pour des comparaisons avec le monde romain, voir N. Morley, « Urban Smells and Roman Noses », art. cité, p. 117 (avec références) qui note que les usages métaphoriques des odeurs indiquent l’étrangeté ou caractérisent des « nouveaux riches » dans les poèmes de Juvénal, ou encore des odeurs liées aux gens de la campagne (chèvres, ail…) par contraste avec celles des citadins chez Martial. E. Botte, « Les tanneurs ont-ils toujours été des voisins gênants ? », in E. Botte et A. Vincent (dir.), Nuisances de la production et la production de nuisances. Les effets des métiers en milieu urbain, MEFRA, 132/2, 2020, p. 289-296 indique les potentielles différences entre les perceptions anciennes et modernes des tanneurs.

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    Pakkanen, P. (2026). Affaire nauséabonde. In V. Mehl & M. Patera (éds.), Laideurs grecques. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/16932
    Pakkanen, Petra. « Affaire nauséabonde ». In Laideurs grecques, édité par Véronique Mehl et Maria Patera. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2026. doi:10.4000/16932.
    Pakkanen, Petra. « Affaire nauséabonde ». Laideurs grecques, édité par Véronique Mehl et Maria Patera, Presses universitaires de Rennes, 2026, https://doi.org/10.4000/16932.

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    Mehl, V., & Patera, M. (éds.). (2026). Laideurs grecques. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/1693d
    Mehl, Véronique, et Maria Patera, éd. Laideurs grecques. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2026. doi:10.4000/1693d.
    Mehl, Véronique, et Maria Patera, éditeurs. Laideurs grecques. Presses universitaires de Rennes, 2026, https://doi.org/10.4000/1693d.
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    Presses universitaires de Rennes

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