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    Plan détaillé Texte intégral À l’origine : étudier des corps performatifs La laideur : une histoire en cours d’écriture Ce que la laideur fait à la personne et à la société Dépasser la laideur ? Notes de bas de page Auteur

    Laideurs grecques

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Sur la voie d’une histoire des laideurs

    Véronique Mehl

    p. 23-40

    Résumé

    Partant d’une réflexion artistique, celle du sculpteur Auguste Rodin sur la laideur, l’article questionne l’historiographie de la laideur, par un retour sur les études sur les corps antiques parues depuis une vingtaine d’années. En effet, l’histoire de la laideur ou plutôt des laideurs s’inscrit pour partie dans celle sur le corps (en particulier les corps ravagés, malmenés, maltraités, handicapés), qu’elle dépasse cependant. L’histoire des émotions ou celle des animaux sont aussi des pistes récentes qui peuvent être convoquées pour aborder la question de la laideur.

    Entrées d’index

    Mots-clés : historiographie, corps, laideur, émotions, caricature, handicap, beauté, animaux, lexique

    Texte intégral À l’origine : étudier des corps performatifs La laideur : une histoire en cours d’écriture Ce que la laideur fait à la personne et à la société Dépasser la laideur ? Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Dans une série d’entretiens parus en 1911, Auguste Rodin expose sa conception de l’art et du corps humain. L’éditeur des textes, écrivain et critique d’art Paul Gsell, visitant l’atelier de l’artiste à Meudon, s’arrête devant « Celle qui fut la belle heaulmière », une statuette « si magnifique de laideur1 ». Conçu dans les années 1880-1890 à partir d’un poème de François Villon, Les regrets de la belle Heaulmière, ce bronze d’une cinquantaine de centimètres dévoile les ravages de la flétrissure d’un corps féminin, une courtisane « repoussante de décrépitude ». C’est l’occasion pour le sculpteur de développer sa conception de la laideur :

    « Ce qu’on nomme communément laideur dans la Nature peut dans l’art devenir d’une grande beauté. Dans l’ordre des choses réelles, on appelle laid ce qui est difforme, ce qui est malsain, ce qui suggère l’idée de la maladie, de la débilité et de la souffrance, ce qui est contraire à la régularité, signe et condition de la santé et de la force ; un bossu est laid, un bancal est laid, la misère en haillons est laide.
    Laides encore l’âme et la conduite de l’homme immoral, de l’homme vicieux et criminel, de l’homme anormal qui nuit à la société ; laide, l’âme du parricide, du traître, de l’ambitieux sans scrupules.
    Et il est légitime que des êtres et des objets dont on ne peut attendre que du mal soient désignés par une épithète odieuse.
    Mais qu’un grand artiste ou un grand écrivain s’empare de l’une ou de l’autre de ces laideurs, instantanément il la transfigure… d’un coup de baguette magique il en fait de la beauté : c’est de l’alchimie, de la féerie2 ! »

    2Amateur de littérature gréco-latine et collectionneur d’œuvres antiques3, Rodin mêle réflexions philosophiques, théories sur l’art et passions personnelles. Celui qui apprécie l’hybridité, tisse les fils d’un rapport au laid grandement partagé : le lien consubstantiel de la laideur à la beauté, le corps comme lieu d’expériences sociales, l’art qui dépasse et sublime le laid… Ce grand lecteur d’Ovide et de ses Métamorphoses connaît les transformations des corps et comment elles bouleversent les identités. L’artiste sait que les apparences projettent au dehors de soi des caractères moraux, des envies, des passions, des dévoiements aussi. En effet, depuis la naissance de la littérature occidentale avec la poésie épique, la surface des corps porte à l’extérieur les identités des individus, depuis la beauté flamboyante des héros homériques, grands, forts, bien constitués et rayonnant de grâce jusqu’à l’abjection de Thersite, peureux et querelleur. Les apparences sont cependant parfois des fictions. Des travestissements sont possibles, mais ils ne recouvrent jamais totalement la vérité ; ils sont, pour un temps donné et contrôlé, une ruse, tels de simples oripeaux masquant un beau corps. On songe à Ulysse pénétrant à Troie avec l’aide d’Athéna, il est contrefait et en haillons crasseux :

    « Il s’était tout meurtri de coups défigurants ; il avait, sur son dos, jeté de vieilles loques ; on eût dit un valet dans la foule ennemie. Le voilà dans la ville et dans ses larges rues : il se contrefaisait, jouait le mendiant ; ce n’était pas son rôle au camp des Achéens ! En cet accoutrement, le voilà dans la ville. Tout Troie s’y laisse prendre ; moi seule (Hélène), en cet état, je l’avais reconnu et vins l’interroger4. »

    3La laideur vient temporairement masquer la beauté puis s’éclipse à nouveau, comme lavée par le bain qu’offre Hélène à Ulysse.

    4Rodin, en plasticien de la matière, considère que son art peut dépasser tous les tourments et reformuler les corps. Cependant, derrière sa vision de la laideur qui traverse les siècles, il y a des lignes de démarcation plus fines, entre le beau et le laid, des définitions variables, fluctuantes selon les époques, les genres ou les sources, en somme il y a de la place pour l’histoire.

    À l’origine : étudier des corps performatifs

    5Depuis une vingtaine d’années, l’étude du corps des Anciens est un courant important de la recherche historique en général et helléniste en particulier. Les représentations et les discours sur le corps, les modes de son appréhension et de sa réception constituent autant de créations culturelles selon le contexte socio-historique. La « fabrique » des corps antiques implique des approches philosophiques, politiques, religieuses, sociales, économiques, psychologiques et esthétiques.

    6Il est devenu aujourd’hui impossible de cerner l’ensemble de la production scientifique, parue essentiellement en français et, dans une moindre mesure en anglais5, avec des temporalités assez proches mais des thématiques moins étendues pour l’historiographie anglo-saxonne6. Les références citées ici, au regard de la bibliographie actuellement disponible, sont forcément des choix, essentiellement de langue française. Deux collectifs en 2015 et en 2019 ont déjà proposé des points historiographiques et épistémologiques7, marquant les grandes étapes de la production éditoriale ; ils englobent tous deux – comme souvent – le monde gréco-romain, sur du temps long.

    7L’historiographie a emprunté plusieurs voies, successives ou concomitantes, pour circonscrire ce sujet extrêmement vaste, au regard des approches possibles : les « sciences » du corps (la biologie, la médecine8, la physiognomonie9), les apparences10 et la cosmétique au sens antique du terme (le nu, les vêtements, le maquillage, les parfums, le voile, les tatouages, les bijoux etc.), la parenté11 (la filiation, l’eugénisme, le mariage, etc.), les gestes et les performances12 (la dexiosis, le sport, la guerre, le théâtre, la danse, plus récemment le travail…), le genre avec une nette prédominance des recherches sur les femmes et le féminin13 (en particulier sur les parures et la médecine, notamment autour des questions de conception, de stérilité et de maternité), les sexualités14 (l’érotisme, les relations homoérotiques, l’iconographie, la prostitution, etc.), les âges de la vie (l’enfance et la vieillesse particulièrement) et, plus récemment les phénomènes de réception15. Cette première approche historiographique considère le corps comme les Anciens l’ont appréhendé : il est un tout, un microcosme en lien avec le (macro)cosmos, le monde qui l’entoure. Des recherches, ces dernières années, l’ont peu à peu abordé par ses parties, ses organes et/ou ses membres16 (la peau, les dents, l’utérus, le visage, le phallus, la main…), privilégiant souvent les allers-retours entre le tout et les parties. Ces pièces « mobiles » sont en effet visibles dans les cités et appartiennent à l’imaginaire des Anciens (ex-voto anatomiques17 particulièrement dans des sanctuaires de divinités guérisseuses, vases en forme de pied, cuisse ou tête, membres en épisèmes sur les boucliers, bouillottes anatomiques, phallos manipulé lors de fêtes dionysiaques, etc.).

    8Le corps, dans ces publications, est considéré comme performant et puissant, mis à part lorsqu’il est abordé par le prisme médical. Cependant, les soins – depuis le régime jusqu’à la chirurgie – peuvent aussi être pensés comme des moyens de restaurer les capacités d’un individu. Dans cette perspective performative, une large part a été consacrée à la beauté18, aux artifices qui permettent de s’en approcher et à ses liens avec la kalokagathia19. Cependant tous les corps dans les cités ne se valent pas : des frontières de circonstance, de statut, de genre, d’ethnie, de santé ou d’âge dessinent des hiérarchies, parfois subtiles, et des subordinations. Le prisme normatif dominant dans la documentation a pendant longtemps poussé les recherches vers le beau, le sain, l’intègre, le canonique20. Les travaux en histoire de l’art ne sont pas non plus étrangers aux cheminements empruntés par les historien·nes21. Ce prisme explique aussi que l’essentiel des analyses porte sur la catégorie statutaire la plus visible dans les cités, la citoyenneté.

    9Le corps des dieux, en tant qu’idéal, est un des plus anciennement étudiés, avec les travaux initiés par Jean-Pierre Vernant22. Les puissances divines ont en effet fourni, dès la plus haute Antiquité, un étalon pour penser les autres corps, en particulier lorsqu’il faut considérer la beauté. L’échelle de perfection23 qui catégorise et hiérarchise les corps depuis celui des divinités jusqu’à celui des animaux en passant par les humains, est une grille d’analyse utile qui fonctionne par référence. L’un se comprend toujours par rapport à l’autre. Platon le rappelle en citant Héraclite : « Le plus beau des singes est laid en comparaison de l’espère humaine24. » Dans la gradation, ce qui compte, c’est autant la possible transformation que le résultat obtenu : s’élever vers les dieux ou déchoir vers les animaux, s’embellir ou s’enlaidir. Un pôle est valorisé, l’autre non, même si la comparaison est parfois positive avec les animaux (biche, paon).

    10L’intérêt scientifique pour le beau a largement débordé le cadre de l’édition. Des expositions en Europe (France, Grèce, Angleterre, Italie…) ont mis en vitrine la beauté et/ou ses artifices. Les deux plus anciennes25, en 2008-2009, abordent le concept par le biais de la cosmétique, de la toilette et des artifices : à Paris au musée de Cluny – musée national du Moyen Âge en 2009 « Le bain et le miroir. Soins du corps et cosmétiques de l’Antiquité au Moyen Âge » et à Mariemont (Belgique) « Parfums de l’Antiquité. La rose et l’encens en Méditerranée ». La beauté est ensuite abordée comme un tout constitutif de la culture classique26 : en 2014 à la fondation Pierre Gianadda à Martigny (Suisse) en lien avec le British Museum « La Beauté du corps dans l’Antiquité grecque », à Athènes au Musée archéologique national en 2018-2019 « The Countless Aspects of Beauty » et en 2021 au musée d’Art cycladique Kallos. The Ultimate Beauty. Le titre de cette dernière exposition joue sur les deux traductions possibles de kallos, la beauté (sous-entendu extérieure) et l’excellence (intérieure), même si la part des parures (qui ajoutent du beau au beau) est importante. La présentation par Jean-Paul Agon dans l’avant-propos du catalogue induit une vision anhistorique : « Parce qu’elle touche à l’essence même de l’humanité, je crois que la beauté est associée à des valeurs intemporelles. Celles de l’harmonie avec soi-même et le monde, de la liberté d’être qui nous sommes, d’exprimer sa personnalité de manière unique. Et aussi, la confiance en ce que nous voulons être, et en notre relation avec les autres. La beauté ne se limite pas à l’apparence. La beauté est une force puissante qui peut faire bouger le monde27. » Pourtant, la mise en scène proposée évoque des glissements de sens et une histoire de la beauté. En 2024-2025, au musée civique Palazzo San Francesco de Domodossola (Italie) dans l’exposition I tempi del Bello. Tra mondo classico, Guido Reni e Magritte, l’Antiquité sert de référence, sans cesse interrogée pour produire le beau. Si le prisme choisi est romain, les œuvres grecques, copiées par les artistes à la fin de la République et plus encore à l’époque impériale, sont très présentes. Ces expositions esthétisantes projettent aussi un imaginaire social sur les cités antiques qui laisse peu de place aux corps non conformes, comme si les Grecs dont nous serions des héritiers ne pouvaient être petits, rabougris, difformes, émaciés, bedonnants, bossus, édentés, bancals, balafrés, boutonneux, grimaçants, bigleux, blafards… tout simplement laids.

    La laideur : une histoire en cours d’écriture

    11Alors que la beauté a longtemps été considérée comme constitutive de la culture grecque antique, les travaux sur la laideur ont été plus rares, à l’exception de la philosophie ou, en histoire, des approches de Maurice Olender28 dès les années 1980. En général, la notion de laideur est lue comme une antivaleur, puisqu’elle est principalement définie comme le manque de beauté ou de « bonne » forme (notons le a privatif dans des termes comme aschêmos ou amorphos). Chez les philosophes, elle peut être conçue comme un détail de la beauté ou même comme beauté en tant que révélateur de la vie et de son mouvement, par les transformations qu’ils induisent. De Socrate à Plotin, en passant par Platon et Xénophon, les perspectives antiques sont plurielles et ont été réinterrogées jusqu’à récemment. Le tournant du ive siècle av. J.-C. s’inscrit dans la continuité des réflexions présocratiques sur les corps et dans celles des premiers traités hippocratiques29 mais les dépasse grandement. Platon théorise dans plusieurs traités (Gorgias, Sophiste, Philèbe, Le Banquet, Hippias majeur en particulier) les liens anciens mais consubstantiels entre beauté/bonté et beau/bon. Pour lui, au cœur de la laideur, il y a l’absence de symétrie et/ou de proportion, plus rarement l’absence de forme30. Il écrit à propos de l’âme : « Mais dans la laideur, vois-tu autre chose que l’absence de mesure (ametrias), qui transporte partout sa difformité générique31 ? » Platon fait aussi des parallèles intéressants avec la maladie : « Le mal dans l’âme revêt deux formes, nous faut-il dire. […] Elles sont l’une, ce qu’est la maladie survenant dans le corps, l’autre ce qui lui est laideur32. » Avec Plotin, au iiie siècle apr. J.-C., le glissement est définitif, l’absence de forme est première (« Est laid tout ce qui n’est pas dominé par une forme33 ») ; désormais un autre couple d’opposés est définitivement théorisé, l’intelligible et l’inintelligible.

    12À partir de l’époque moderne, l’histoire de la philosophie et l’esthétique ont produit force réflexions sur le beau et le laid, puisant toujours à la source grecque, en particulier avec Kant, Hegel ou Rosenkranz. Le théoricien de l’art Bertrand Naivin34 est revenu récemment sur les frontières entre ces concepts, la laideur étant perçue alors comme un « sabotage du bien-être esthétique35 ». Il analyse les changements de codes esthétiques, la question du goût et son évolution. Pour lui, l’« imbeau » a vaincu récemment le beau, du vilain pull arboré fièrement à Noël au succès de Gru, le personnage principal de Moi, moche et méchant (Despicable Me36), de nouvelles normes se mettent en place.

    13En histoire ancienne, les questionnements sur la laideur ont jusqu’ici emprunté plusieurs cheminements. Une partie des réflexions s’inscrit dans le pan de l’histoire du corps qui est tourné vers les ravages, attaques, outrages, blessures et autres handicaps, acquis ou infligés, subis ou acceptés. Ces démarches sont plus récentes et éparses37. On peut citer les deux monographies sur la vieillesse38 parues en 2023, qui si elles ne sont pas les premières à travailler sur cette étape de la vie, abordent clairement les corps façonnés par le temps. Cependant, un corps malmené n’est pas forcément laid. Un seul exemple. Selon les époques et les contextes, les cicatrices sont traitées comme des signes de reconnaissance valorisants (on pense à celle que porte Ulysse à la suite d’un accident de chasse durant son enfance39) ou, au contraire, sont pensées défigurantes et dépréciatives, comme le marquage imposé à certains esclaves40. Ce deuxième mouvement de l’historiographie bénéficie du renouvellement épistémologique autour de la notion de vulnérabilité41, en empruntant parfois à la sociologie d’Erving Goffman et à sa notion de stigmate :

    « La laideur agit d’abord et essentiellement au sein des situations sociales, en ce qu’elle menace de détruire le plaisir que nous pourrions prendre à la compagnie de celui qui en est affligé. En même temps, il nous apparaît que ce dernier, malgré son état, devrait garder toute sa compétence pour les travaux effectués en commun même s’il peut nous arriver de l’en écarter à cause des seuls sentiments que sa vue nous inspire. […]. La laideur est donc un stigmate dont le foyer se situe au sein des situations sociales42. »

    14Elle entre dans la première catégorie de stigmate que Goffmann identifie, celle des monstruosités du corps. Elle provoque surtout le discrédit et le rejet de celui qui est ainsi stigmatisé.

    15Les publications se densifient au fil des ans dans une démarche souvent pluridisciplinaire et/ou avec une large chronologie. Elles analysent le vocabulaire43, définissent les contours du laid44 physique et/ou moral, examinent quelques paradigmes45 individuels ou collectifs (comme Socrate46, Ésope, Thersite, Philoctète, les nains ou les pygmées47) et, surtout, relient laideurs physiques, sociales et morales48. Elles tentent aussi de circonscrire les effets sur celui qui en est affligé comme sur celui qui la perçoit ou la définit49.

    16Dans un article paru en 2011, Pascale Ballet et Violaine Jeammet étudient une série d’œuvres plastiques de l’époque hellénistique, dans la grande sculpture (vieilles femmes ivres, vieux pêcheurs ou paysans, etc.) et plus largement la petite plastique. Elles interrogent en particulier les raisons du goût nouveau pour ce genre de représentations50. Provenant généralement de contextes funéraires, les grotesques offrent une galerie de laideurs mais aussi de maux du corps qui posent aussi la question de la représentation du pathologique (hydrocéphalie, tuberculose déformante, tétanos, etc.) et son rapport au réel. Leur article dessine une série de traits physiques caractéristiques que l’on retrouve dans d’autres contextes documentaires : le trop ou le pas assez (de la maigreur extrême à l’obésité, du flasque au rigide, etc.), les parties génitales dévoilées et/ou surdimensionnées, la disproportion entre les parties du corps, les ravages du temps (rides, crevasses, déformations, etc.), les grimaces et autres rictus… Les questions des chercheuses portent au-delà des seuls objets étudiés et des effets que leur vue provoque. Ainsi, le rire traverse les époques et les sources (poésie, Comédie, petite statuaire, etc.). Dans sa Poétique, Aristote indique que « le domaine du risible, est une partie du laid, car le risible (geloion) est une laideur (aischos) sans douleur ni dommage51 ». Mais la disgrâce a aussi des vertus apotropaïques puissantes, caractérisées par le port d’amulettes ou l’expulsion d’une cité d’un pharmakos – le bouc émissaire porteur de tares et de souillures – choisi pour son aspect physique dégradé52. La question de la représentation du laid se pose alors. Avec ces objets (terres cuites, petits bronzes, etc.) portés à même la peau, exposés dans les maisons, érigés à un carrefour fréquenté ou enterrés dans une nécropole, que souhaitent montrer les Anciens ou de quoi veulent-ils se prémunir ? Pourquoi la laideur réifiée et portative devient-elle rassurante et protectrice53, alors qu’elle semble effrayante ? Les réponses proposées par les deux chercheuses sont plurielles : il s’agit d’échapper à la laideur elle-même, physique et métaphorique. Il faut écarter tout ce qui peut arriver de mauvais et qui se transcrit visuellement dans la laideur (maladie, mort, etc.), échapper à une situation sociale peu enviable54 (celle des pauvres, des exclus, des plus fragiles de la société). Le laid est en effet toujours un Autre. Certains êtres condensent même toutes les altérités à l’image de Géropsô, la nourrice thrace d’Héraclès, archétype de la laideronne. Femme, âgée, étrangère, elle porte sur elle une disgrâce consubstantielle, aisément reconnaissable : frêle, courbée, édentée, ridée et tatouée55.

    17Ces lectures qui rejoignent celles de la sociologie goffmanienne56 définissent aussi les contours de la différence et projettent sur elle des ressentis rarement bienveillants57 : dérision, rire, honte, rejet, souillure, etc. La laideur est alors étudiée comme un stigmate qui discrimine et isole. Mais dans l’Antiquité, la fascination existe aussi, elle prend généralement la forme d’une érotisation des laids58, par l’exacerbation de leurs parties génitales, comme Priape ou Ésope. Socrate59, à la laideur devenue légendaire et revendiquée, attire également les attentions des jeunes hommes de la cité (Alcibiade, Anytos, etc.). L’absence d’harmonie et la difformité peuvent attirer les regards et les désirs.

    Ce que la laideur fait à la personne et à la société

    18Il est possible de convoquer un dernier pan de l’historiographie récente pour travailler sur les laideurs, physiques et/ou morales. Parce ce que le corps se saisit toujours dans son rapport à autrui60, travailler sur la laideur et, plus généralement, sur l’apparence, c’est poser la question de sa perception, du regard du groupe, du ressenti (souillure, honte, déshonneur, rire, pitié, indécence, ridicule, peur, etc.) et des émotions suscitées, chez celui qui la perçoit et plus rarement chez celui qui la vit. C’est donc aussi faire de l’histoire du sensible et des sensibilités61. L’Antiquité n’a pas été pionnière en ce domaine62, mais aujourd’hui de nombreuses publications portent sur le rire63, la honte64, la peur65 ou le dégoût66, en tant que réaction viscérale face à l’abject. La laideur y trouve souvent sa place pour identifier l’étiologie67 de ces réactions.

    19D’autres interrogations s’inscrivent en dehors du champ de l’histoire du corps. Pour décrire la laideur, ses traits, ses caractéristiques, les sources anciennes recourent souvent à la comparaison et à la désignation métaphoriques. Si les métaphores artéfactuelles sont assez communes dès l’époque archaïque et, avec une certaine constance au fil des siècles, les comparants les plus fréquents sont à chercher du côté des animaux et des créatures mythiques, voire des monstres68, dont on peine parfois à saisir l’apparence entre humanité et animalité. En déformant, en animalisant, il s’agit souvent de déshumaniser, d’invectiver, de dégrader et d’injurier aussi. L’histoire des animaux, en constant renouvellement, offre alors des pistes intéressantes de lecture69. Il en va de même des recherches sur la caricature70, qui font souvent une place à la laideur et aux animaux, surtout quand il s’agit d’attaquer et d’amuser.

    20Les images71 ont été analysées, plus anciennement : elles portent sur un certain nombre de laids et de laides (les satyres, les silènes, les nains, les pygmées, etc.), elles cherchent à faire rire en déformant les corps, mais aussi à mettre en garde contre des comportements mauvais.

    21La laideur a été étudiée en dehors de la Grèce pour l’Antiquité72, pour d’autres périodes73 et des cultures plus éloignées et par d’autres sciences humaines et sociales74. Pour le monde romain, les historiens ont exploré des pistes souvent différentes, montrant que dans ces sociétés, le corps est facilement objet de moquerie, particulièrement quand il est affligé de traits disgracieux. Leurs travaux sur les caricatures, les invectives et les injures s’inscrivent surtout dans le cadre épistémologique de l’histoire politique et sociale, plutôt qu’en histoire du corps75. L’Histoire de la laideur dirigée par Umberto Eco76, parue après son Histoire de la beauté77, traverse les siècles, dans une perspective pluridisciplinaire, mais s’ouvre « comme il se doit » avec le monde classique qui sert de référent. L’ouvrage joue avec l’hybridité qui compose le laid : les chapitres sont entremêlés à des œuvres d’art et à des textes, pour dresser une anthologie réflexive. En sémiologue, U. Eco, dans sa longue introduction, dévoile les signes qui font sens pour construire et réfuter les normes esthétiques. La laideur se définit en grande partie par l’opposition à la beauté (« une histoire de la laideur se pense-t-elle comme contrepartie systématique d’une histoire de la beauté ? »), sans cesse les notions s’entrecroisent. Dans ces deux collectifs, la place de l’histoire de l’art est essentielle. Elle est en effet la discipline qui a le plus souvent interrogé les canons de la beauté et leur évolution. Cependant, depuis quelques années déjà, les analyses se portent aussi sur la laideur, perçue souvent comme une perturbation de l’ordre esthétique anciennement installé78.

    22Les travaux en sociologie et en anthropologie se sont multipliés, s’inscrivant dans des analyses fécondes que ces deux disciplines produisent autour du corps. Dès 2006-2007, deux dictionnaires avec des approches différentes mais complémentaires, analysent les différentes formes de corporéités. Si la beauté trouvé sa place dans les deux volumes, la laideur y est périphérique79. La sociologue Claudine Sagaert80 poursuit ainsi les réflexions amorcées dans sa thèse sur la « généalogie de la laideur », soutenue à Strasbourg en 2011. Elle a régulièrement interrogé la fabrique de la laideur, les stigmates et les normes de genre, portant particulièrement son regard sur les femmes, celles qui sont paradoxalement qualifiées de « beau sexe ». Les écrits de l’anthropologue et sociologue David Le Breton autour du visage, des cicatrices ou des stigmates81 interrogent le laid et le beau. Son regard d’anthropologue du sensible aborde toujours le rapport de soi à autrui et les possibles dangers associés, comme a pu aussi le faire C. Saegart82. Spécialiste des questions de violence, en particulier entre les sexes, l’anthropologue Véronique Nahoum Grappe fixe aussi les contours de ce que le laid fait aux individus : elle rappelle que « la beauté comme la laideur sont aussi des jugements collectifs dont l’efficacité ne dépend pas d’un contenu sémantique mais d’un spectacle consensuel83 ». La normativité est un point commun à tous ces prismes méthodologiques que l’histoire partage. On sait depuis longtemps que le corps n’est pas que du biologique et du physiologique. Depuis l’apport de Michel Foucault, les liens qu’il entretient avec les normes sociales ne sont plus à démontrer84. Le corps est fabriqué par la société dans laquelle il évolue ; celle-ci le façonne, l’éduque, le contrôle, le punit mais aussi le jauge, l’apprécie ou le rejette, en discours et en actes.

    Dépasser la laideur ?

    23Très récemment, une inflexion pointe dans plusieurs disciplines et se note particulièrement dans le lexique. Des livres, souvent à destination du grand public, abordent la question du moche, notion qui recoupe le laid ou qui en est une partie. Ils se réclament souvent de célébrités du xxe siècle tels Jean-Paul Sartre85, Serge Gainsbourg86 ou Michel Simon87 pour ne citer que quelques exemples. Ces derniers ont joué avec leur physique pour dépasser une blessure d’enfance. J.-P. Sartre aborde souvent sa jeunesse et la découverte à cinq ans de son « vrai » physique marqué par la laideur, dont il parle tout au long de sa vie. Il en fait, comme Socrate, un objet de réflexion philosophique : « Je raconterai plus tard quels acides ont rongé les transparences déformantes qui m’enveloppaient, quand et comment j’ai fait l’apprentissage de la violence, découvert ma laideur – qui fut longtemps mon principe négatif, la chaux vive où l’enfant merveilleux s’est dissous88. »

    24L’ouvrage de Pierre-Louis Lensel89, Éloge des moches, forge une dizaine de portraits éclectiques de laids et de laides (Danton, Charles II, Mickey Rooney, Madame Palatine, etc.) et interroge leur pouvoir, sans dresser pour autant une histoire de la mocheté. Cette veine, au demeurant féconde, est aussi explorée par la journaliste de mode Alice Pfeiffer90. Dans Le goût du moche, cette dernière pose la question des artifices apposés sur le corps, alors qu’ils ne répondent pas aux canons de la beauté. L’analyse de son lexique montre le détournement possible du laid (kitch, vulgaire91, etc.) et dévoile qu’aujourd’hui comme hier, il y a des effets de mode, autant que de goût personnel. S’il n’y a pas de place pour l’histoire, l’ouvrage interroge l’appétence de chacun pour le moche et la place du sentimental dans les coups de cœur esthétiques.

    25La notion de « moche » déborde aujourd’hui largement le corps pour s’appliquer aussi au paysage, habituellement abordé plutôt par l’esthétique et la beauté. Il existe depuis quelques années un « Prix de la France moche », décerné chaque année par l’Association Paysages de France : un paysage moche est défini par la dégradation et par la « pollution » visuelle mais aussi olfactive ou auditive. Il est une agression pour celles et ceux qui le regardent. Le moche fonctionne ici comme une possible laideur contaminante.

    ⁂

    26Mais revenons, pour refermer ces pages, à Rodin et à sa statuette « Celle qui fut la belle heaulmière », « car ce qu’on a devant soi, c’est la détresse infinie d’une pauvre âme falote qui, éprise de jeunesse et de beauté éternelles, assiste impuissante à l’ignominieuse disgrâce de son enveloppe […] parce que dans la crispation d’une physionomie maladive, dans le ravinement d’un masque vicieux, dans toute déformation, dans toute flétrissure, la vérité intérieure éclate plus aisément que sur des traits réguliers et sains92 ».

    Notes de bas de page

    1A. Rodin, L’art. Entretiens réunis par P. Gsell, Paris, B. Grasset, 1911, p. 39.

    2Ibid., p. 46 (la citation est extraite du chapitre ii : « Tout est beau dans la Nature »).

    3Pour ses liens avec l’Antiquité, voir le catalogue de l’exposition en 2013 au musée Rodin à Paris : P. Picard (dir.), Rodin la lumière de l’Antique (Paris, Gallimard, 2013), dont la couverture fait surgir une Aphrodite au bain d’une céramique antique. Rodin a collectionné les sculptures et les vases grecs, mais il était aussi un homme de son époque, attiré par l’égyptomanie ambiante : B. Garnier, « Rodin l’Égyptien », in M. Volait et E. Perrin (dir.), Dialogues artistiques avec le passé, Paris, Publications de l’Institut national d’histoire de l’art, 2017, p. 7-23.

    4Homère, Odyssée, IV, 244-246. Un travestissement similaire a lieu à son arrivée à Ithaque (Homère, Odyssée, IX, 72-73 et XIII, 397-402, 244-246). Les loques qu’il porte ont du mal à cacher aux prétendants sa beauté, ses « grandes et belles cuisses », ses « larges épaules » et « une poitrine et des bras musclés » (trad. P. Mazon, CUF). M.-C. Villanueva-Puig, « La pauvreté dans la culture visuelle des Grecs anciens », Ktèma, 38, 2013, p. 89-115 et L. Bodiou et V. Mehl, « Pauvres, rustres et dépendants : les “invisibles” de la cité grecque antique », Modes pratiques, 2, 2017, p. 370-379.

    5Pour la production anglophone on se référera à quelques livres généraux : L. A. Dean-Jones, Women’s Bodies in Classical Greek Science, Oxford, Clarendon, 1994 ; D. Cairns (dir.), Body Language in the Greek and Roman Worlds, Swansea, The Classical Press of Wales, 2005 ; L. Cleland, M. Harlow et L. Lewellyn-Jones (dir.), The Clothed Body in the Ancient World, Oxford, Oxbow books, 2005 ; D. H. Garrison (dir.), A Cultural History of the Human Body in Antiquity, Oxford/New York, Berg, 2010 ; M. Squire, The Art of the Body. Antiquity & its Legacy, Cambridge, Cambridge University Press, 2011 ; R. Osborne, The History Written on the Classical Greek Body, Cambridge/New York, Cambridge University Press, 2011 ; H. Perdicoyianni-Paléologou (dir.), Anatomy and Surgery from Antiquity to the Renaissance, Amsterdam, A. M. Hakkert, 2016 ou, plus généraliste, mais utile, W. Ruberg, History of the Body, Londres, Bloomsbury Academic, 2019.

    6Un domaine est particulièrement riche ces dernières années, celui des sens, de la sensorialité et des sensations (voir les livres dirigés par M. Bradley, inscrits dans le sensual turn). Ces thématiques sont également abordées en langue française (voir la série des dossiers publiés dans la revue Pallas : 92, 2013, 98, 2015 et 106, 2018).

    7F. Gherchanoc, L’histoire du corps dans l’Antiquité : bilan historiographique, DHA, suppl. 14, 2015 et L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps dans l’Antiquité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019 (particulièrement l’introduction de F. Prost, p. 13-17, et les bibliographies en référence dans chacune des notices).

    8Par exemple pour les femmes, les publications d’H. King (Hippocrate’s Woman. Reading the Female Body in Ancient Greece, Londres/New York, Routledge, 1998) ou L. Totelin (Hippocratic Recipes: Oral and Written Transmission of Pharmacological Knowledge in Fifth- and Fourth-Century Greece, Leyde, Brill, 2009). Quelques exemples pour la bibliographie francophone, D. Gourevitch dont les travaux débordent le cadre romain (« Chirurgie obstétricale dans le monde romain : césarienne et embryotomie », in V. Dasen [dir.], Naissance et petite enfance dans l’Antiquité, Fribourg/Göttingen, Vandenhoeck/Ruprecht, 2004, p. 239-264), V. Dasen (Le sourire d’Omphale. Maternité et petite enfance dans l’Antiquité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015), F. Bourbon (« La stérilité dans la Collection hippocratique : une maladie ? », REG, 129/2, 2016, p. 305-327), ou L. Bodiou (« Un récipient, un four, un animal ? Penser l’utérus dans la Grèce antique », in M. Guyvarc’h et V. Mehl [dir.], L’utérus. De l’organe aux discours, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022, p. 55-67).

    9J. Wilgaux, « La physiognomonie antique : bref état des lieux », in V. Dasen et J. Wilgaux (dir.), Langages et métaphores du corps dans le monde antique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 185-195 ; J.-B. Bonnard, V. Dasen et J. Wilgaux, « Les technai du corps : la médecine, la physiognomonie, la magie », in F. Gherchanoc (dir.), L’histoire du corps dans l’Antiquité : bilan historiographique, DHA, suppl. 14, 2015, p. 169-190. Plus récemment, pour la stigmatisation des corps, J. Wilgaux, « Décrire, hiérarchiser, stigmatiser peuples et corps en Grèce ancienne », Race. L’ombre portée, Sensibilités, 12/1, 2024, p. 61-67.

    10Pour les liens entre apparences, artifices et corps social : L. Llewellyn-Jones, Aphrodite’s Tortoise. The Veiled Woman of Ancient Greece, Swansea, The Classical Press of Wales, 2003 ; L. Bodiou, F. Gherchanoc, V. Huet et V. Mehl (dir.), Parures et artifices, le corps exposé dans l’Antiquité, Paris, L’Harmattan, 2011 ; F. Gherchanoc et V. Huet (dir.), S’habiller, se déshabiller dans les mondes anciens, Mètis, n. s. 6, 2008 et Vêtements antiques. S’habiller, se déshabiller dans les mondes anciens, Paris, Errance, 2013.

    11V. Dasen, Jumeaux, jumelles dans l’Antiquité grecque et romaine, Zürich, Akanthus Verlag, 2005 ; J. Wilgaux, « Corps et parenté en Grèce ancienne », in F. Prost et J. Wilgaux (dir.), Penser et représenter le corps dans l’Antiquité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006, p. 333-349 ; A. Damet, La septième porte. Les conflits familiaux dans l’Athènes classique, Paris, Publications de la Sorbonne, 2012 et « De Sparte à l’île du Soleil. Eugénisme et communautés des enfants dans les utopies de la Grèce ancienne », Annales des Pays de Bretagne et de l’Ouest, 124/3, 2017, p. 31-48.

    12Le Dictionnaire du corps dans l’Antiquité (op. cit.) propose une série d’entrées relatives au corps en action : accouchement, acteur, artisan, athlète, deuil, hoplite, masturbation, orateur pour n’en citer que quelques-unes.

    13Par exemple, V. Dasen, Le sourire d’Omphale, op. cit. Pour un contrepied récent, L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire des masculinités en Grèce ancienne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2026 (particulièrement l’introduction pour une mise en perspective historiographique et la place du féminin) dans lequel de nombreuses notices usent du corps comme agent classificatoire hiérarchisant les hommes par rapport aux femmes et les hommes entre eux.

    14Dans la lignée des travaux initiés par M. Foucault (Histoire de la sexualité, I-IV, Paris, Gallimard, 1976-2018), le corps désirant, désiré, esthétisé… est toujours une donnée importante des approches : D. Halperin, Cent ans d’homosexualité et autres essais sur l’amour grec, Paris, Epel, 2000 (édition originale en anglais en 1990) ; J. J. Winkler, Désir et contraintes en Grèce ancienne, Paris, Epel, 2005 ; J. Robson, Sex and Sexuality in Classical Athens, Édimbourg, Edinburgh University Press, 2013 ; T. K. Hubbard (dir.), A Companion to Greek and Roman Sexualities, Malden/Oxford/Chichester, Wiley Blackwell, 2014 ; D. M. Halperin, J. J. Winkler et F. I. Zeitlin (dir.), Bien avant la sexualité. L’expérience érotique en Grèce ancienne, Paris, Epel, 2019 (édition originale en anglais en 1990). En France, nombre des travaux sont portés par S. Boehringer (un seul exemple : L’homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine, Paris, Les Belles Lettres, 2007).

    15Par exemple la place du corps antique comme source d’inspiration, dans T. A. Besnard, F. Bièvre-Perrin, É. Cousin et J. Parétias (dir.), Qui es-tu, Apollon ? De l’Antiquité à la culture pop, Catalogue de l’exposition au musée Juliobona, Rouen, Octopus, 2023 et T. A. Besnard, L’odyssée de l’art néo-néo. Quand l’Antiquité grecque et romaine inspire l’art contemporain, Pau, Presses universitaires de Pau et des Pays de l’Adour, 2024. Parmi les nombreux articles autour du corps sur le site Antiquipop. Antiquity, Pop Culture & Politics [https://antiquipop.hypotheses.org/], N. Wolff, « L’Antiquité dans l’univers du bodybuilding : une injonction à quelle(s) virilité(s) ? », 2017 et L.-N. André, « Eïkones contemporaines. Galerie de portraits des tatoués d’antique », 2018.

    16Sur la peau et le teint, A. Grand-Clément (La fabrique des couleurs. Histoire du paysage sensible des Grecs anciens. viiie-début du ve s. av. n. è., Paris, De Boccard, 2011) ; sur la pilosité, P. Brulé (Les sens du poil [grec], Paris, Les Belles Lettres, 2015) ; sur l’utérus, V. Mehl et M. Guyvarc’h (Utérus. De l’organe aux discours, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022 et l’exposition Utérus, un organe d’homme ? sur le site de Musea, musée virtuel sur l’histoire des femmes et du genre : [https://musea.fr/s/musea/page/l-uterus-un-organe-d-hommes]) ; sur le phallus, S. Jaeggi Richoz et T. Blanton (dir.), Le phallus dans l’Antiquité. Imaginaires, pratiques et discours, représentations, Archimède. Archéologie et histoire ancienne, HS 2, 2022, en ligne, enfin pour la main, S. Rey, Manus. Une autre histoire de Rome, Paris, Albin Michel, 2024. On pourra rapprocher de cette parcellisation du corps, un des liquides du corps, L. Bodiou et V. Mehl (dir.), L’Antiquité écarlate. Le sang des Anciens, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017. De façon plus générale sur la fragmentation du corps, on peut citer les travaux de F. Gherchanoc : F. Gherchanoc et S. Wyler (dir.), Corps antiques : morceaux choisis, Mètis, n. s. 17, 2019 et Corps en morceaux. Démembrer et recomposer les corps dans l’Antiquité classique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2020 et, plus récemment, le dossier F. Gherchanoc, E. Valette et S. Wyler (dir.), Dans les yeux des Anciens, Pallas, 121, 2023.

    17Dans les ex-voto prédominent les parties externes du corps, sans exclure des organes internes (utérus…) : J. Draycott et E.-J. Graham, Bodies of Evidence. Ancient Anatomical Votives, Past, Present and Future, Londres/New York, Routledge, 2017 et G. Baggieri (dir.), Speranza e sofferenza nei votivi anatomici dell’antichità: l’antica anatomia nell’arte dei donaria, Rome, MelAmi, 1999.

    18Par exemple, D. Konstan, « Beauty », in P. Destrée et P. Murray (dir.), A Companion to Ancient Aesthetics, Malden, Wiley Blackwell, 2015, p. 366-379 et F. Gherchanoc, Concours de beauté et beautés du corps en Grèce ancienne. Discours et pratiques, Bordeaux, Ausonius, 2016. Pour une ouverture pluridisciplinaire, se reporter aux ouvrages collectifs aux Éditions du CNRS, en 2008 : B. Andrieu et al. (dir.), La peau. Enjeu de société, et en 2010, G. Boetsch et al. (dir.), La belle apparence.

    19Par exemple, les liens entre élites, kalokagathia et cadre normatif, F. Bourriot, Kalos Kagathos – kalokagathia. D’un terme de propagande de sophistes à une notion sociale et philosophique. Étude d’histoire athénienne, Hildesheim, Georg Olms, 1995 et A. Duplouy, Construire la cité. Essai de sociologie historique sur les communautés de l’archaïsme grec, Paris, Les Belles Lettres, 2019.

    20Pour les normes en art(s) et la norme en général, W. G. Moon (dir.), Polykleitos, the Doryphoros and Tradition, Madison/Londres, University of Wisconsin Press, 1995 ; A. Stewart, Art, Desire and the Body in Ancient Greece, Cambridge, Cambridge University Press, 1997 et F. Prost, « Canon », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps dans l’Antiquité, op. cit., p. 120-122. Pour l’intégrité, J. Wilgaux, « Hugiês kai holoklaros. Le corps du prêtre en Grèce ancienne », in P. Brulé (dir.), La norme en matière religieuse en Grèce ancienne, Kernos, suppl. 21, 2009, p. 231-242. Pour la beauté et la normativité, F. Gherchanoc, Concours de beauté, op. cit. et « La beauté corporelle en question. Consensus et polémiques dans l’Athènes classique », Sociétés et représentations, 56, 2023, p. 83-98.

    21Pour un point historiographique récent : L. Martin, « La beauté au miroir des sciences humaines et sociales », Sociétés et représentations, 56, 2023, p. 7-13.

    22C. Malamoud et J.-P. Vernant (dir.), Corps des dieux, Paris, Gallimard, 1986. Dans l’ensemble du volume, le prisme de la beauté est toujours mis en avant, à l’exception notable de l’article de M. Olender, « Priape le mal taillé » (voir plus loin, le chapitre de Philippe Borgeaud, p. 41-59). Plus récemment, S. Estienne et F. Lissarrague, « Le corps des dieux dans les mondes grec et romain : bilan historiographique », DHA, suppl. 14, 2015, p. 19-29 et V. Mehl, « Dieu/Déesse », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps, op. cit., p. 190-193. Héphaistos avec son pied malformé est une divinité au physique imparfait, mais sa boiterie – comme souvent pour ce handicap – est ambiguë, voir F. Yche-Fontanel, « Les boiteux, la boiterie et le pied dans la littérature grecque ancienne », Kentron, 17/2, 2001, p. 65-90.

    23J.-P. Vernant, « Mortels et immortels : le corps divin », L’individu, la mort, l’amour. Soi-même et l’autre en Grèce ancienne, Paris, Gallimard, 1989, p. 7-39 et V. Mehl, « Échelle de perfection », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps, op. cit., p. 203-204.

    24Platon, Hippias majeur, 289a. La comparaison va plus loin encore, elle se fait entre un objet (une marmite) et une jeune fille. Voir M. Vespa, « La forme animale : maigreur des bêtes et norme esthétique en Grèce ancienne », in S. Rougier-Blanc et E. Galbois (dir.), Maigreur et minceur dans les sociétés anciennes. Orient, Grèce, Rome, Bordeaux, Ausonius, 2020, p. 95-112.

    25I. Bardiès-Fronty, M. Bimbenet-Privat et P. Walter (dir.), Le bain et le miroir : soins du corps et cosmétique de l’Antiquité à la Renaissance, Paris, Gallimard, 2009 et D. Frère et al., La rose et l’encens, catalogue de l’exposition au Musée royal de Mariemont, Belgique, 2009. Pour une lecture sur Rome, voir C. Baroin, Beauté et présentation de soi dans le monde romain. Normes, écarts et transgressions, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2025.

    26I. Jenkins et al., La beauté du corps dans l’Antiquité grecque, Marigny, Éditions Gianada, 2014 ; M. Lagogianni-Georgakarakos, The Countless Aspects of Beauty in Ancient Art, Athènes, Hellenic Ministry of Culture, 2018 ; N. C. Stampolidis et I. D. Fappas (dir.), KALLOS. The Ultimate Beauty, Catalogue de l’exposition au musée d’Art cycladique, Athènes, musée d’Art cycladique, 2021. Une exposition sur la beauté, nommée Kallos, a débuté en novembre 2024 en Chine, avec des objets du Musée archéologique national d’Athènes.

    27Traduction d’un extrait de l’avant-propos (Catalogue, p. 23) du Président de L’Oréal, le partenaire officiel de l’événement.

    28M. Olender, « Priape le mal taillé », art. cité ; « Aspects de Baubô. Textes et contextes antiques », RHR, 202/1, 1985, p. 3-55 (pour les liens entre laideur et obscénité) et, en particulier pour l’analyse du vocabulaire (prédominance des questions de forme), « La laideur d’un dieu », Les Cahiers du CRH, 24, 2000, en ligne. Très récemment, M. Olender, Priape. Le phallocrate impotent, édité et préfacé par Philippe Borgeaud, Paris, Seuil, 2025. Voir aussi P. Borgeaud, Recherches sur le dieu Pan, Genève, Imprimerie du Journal de Genève, 1979.

    29J. Jouanna, Médecine et tragédie en Grèce antique. Scripta minora 1961-2023, Paris, Les Belles Lettres, 2024 et les travaux portés par I. Boehm, F. Bourbon, V. Boudon-Millot…

    30Platon, Parménide, 130c.

    31Platon, Sophiste, 228b-c (trad. A. Diès, CUF).

    32Ibid., 227d (trad. A. Diès, CUF).

    33Plotin, Du beau, 2, 15-17 (trad. É. Bréhier, CUF). La symétrie et les justes proportions restent importantes : à propos des corps, le philosophe indique au début du traité, « la beauté dans les êtres comme d’ailleurs dans tout le reste, c’est leur symétrie et leur mesure » (trad. É. Bréhier, CUF).

    34B. Naivin (dir.), Sur la laideur, Actes du symposium On Ugliness organisé par Lars Aagard-Mogensen, Paris, Complicités Éditions, 2018 et B. Naivin, Cachez ce beau que je ne saurais voir. L’avènement de l’imbeau au xxie siècle, Paris, Hermann, 2023. Voir par exemple, F. Bancaud, « L’esthétique du laid, de Hegel à Rosenkranz. Une “esthétique de la résistance” ou de la résignation aux “arts qui ne sont pas beaux” », Études germaniques, 256/4, 2009, p. 899-917.

    35L. Aagaard-Mogensen, « Introduction », in B. Naivin (dir.), Sur la laideur, Paris, Éditions Complicités, 2017, p. 7.

    36Film d’animation 3D dont le premier opus date de 2010 (réalisation Pierre Coffin et Chris Renaud ; production Universal Pictures et Illumination Entertainment).

    37F. Collard et É. Samama (dir.), Handicaps et sociétés dans l’histoire. L’estropié, l’aveugle et le paralytique de l’Antiquité aux Temps modernes, Paris, L’Harmattan, 2010 ; L. Bodiou, V. Mehl et M. Soria (dir.), Corps outragés, corps ravagés. Regards croisés de l’Antiquité au Moyen Âge, Turnhout, Brepols, 2011 ; A. Allely (dir.), Corps au supplice et violences de guerre dans l’Antiquité, Bordeaux, Ausonius, 2014 ; C. Laes (dir.), Disability in Antiquity, Londres/New York, Routledge, 2016 ; J.-B. Bonnard, « Violences de masse et violences extrêmes en contexte de guerre dans l’Antiquité : introduction au dossier thématique », Kentron, 37, 2022, p. 17-34 et C. Husquin, « Atypical Bodies: Extraordinary Body Treatment and Consideration », in C. Laes (dir.), A Cultural History of Disability in Antiquity, Londres, Bloomsbury Publishing, 2022, p. 16-29. Dans l’ouvrage de C. Husquin sur le monde romain (L’intégrité du corps en question. Perceptions et représentations de l’atteinte physique dans la Rome antique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2020, p. 11-29), l’autrice pose en introduction une série de questions sur l’histoire des « perceptions de l’atteinte physique » utiles aussi aux hellénistes. Plus récemment, voir C. Husquin et R. Baudry, Les chauves. Histoire d’un préjugé dans la Rome antique, Paris, Armand Colin, 2025.

    38V. Boudon-Millot, Vieux, un Grec ne peut pas l’être, Paris, Les Belles Lettres, 2023 et N. Bernard, Être vieux dans le monde grec de Solon à Philopœmen, vie-iie siècles a.C., Bordeaux, Ausonius, 2023.

    39Pour l’épisode d’Ulysse avec Autolycos son grand-père : Homère, Odyssée, XIX, 429-465.

    40C. Baroin, « Les cicatrices ou la mémoire du corps », in P. Moreau (dir.), Corps romains, Grenoble, J. Millon, 2002, p. 27-46, et pour une approche plus gréco-romaine, « Cicatrice », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps, op. cit., p. 141-144.

    41Le colloque tenu à l’université d’Angers en 2021 et organisé par C. Husquin, Vulnérabilités civiques, appréhende les liens entre société et cité, corps social et corps politique. La laideur y est abordée au prisme de l’incapacité sociale (L. Bodiou et V. Mehl, « Soigner et contraindre. Regards civiques sur la folie masculine », dans C. Husquin et H. Berthelot [dir.], Vulnérabilités civiques. Le soin de la cité au prisme du corps, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2025, p. 153-173). Pour un point sur la notion de « vulnérabilité » et son émergence en sciences humaines et sociales : H. Thomas, « Vulnérabilité, fragilité, précarité, résilience, etc. », Alexandries, Collections Esquisses, 2008, en ligne.

    42E. Goffman, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, Paris, Les Éditions de Minuit, 1963, p. 66. Dans La mise en scène de la vie quotidienne, t. I : La présentation de soi (Paris, Les Éditions de Minuit, 1973), il analyse les façons dont les « apparences » révèlent les statuts sociaux et s’inscrivent dans les relations interpersonnelles.

    43A. Uto, La laideur et la difformité physiques dans la littérature et la société grecques des ve et ive siècles avant J.-C., thèse de doctorat en études grecques, Paris-Sorbonne, 2011, particulièrement p. 21-23 ; K. Sarafidis, « Cosmopolitique de la laideur », Nouvelle revue esthétique, 18/2, 2016, p. 173-182 et C. Sagaert, « L’injure et l’insulte : une question de laideur », in M. Corbier et G. Sauron (dir.), Langages et communications : écrits, images, sons, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2018, p. 65-72.

    44G. Aubry, « (Comment) les Grecs ont-ils pensé la laideur ? », in J.-J. Duhot (dir.), L’archaïque, le réel et la littérature. Quelques chemins en hommage à Gilbert Romeyer Dherbey, Paris, Jacques André, 2013, p. 33-46.

    45Voir entre autres, C. Jouanno, « Thersite, une figure de la démesure ? », Kentron, 21, 2005, p. 181-223 et « La Vie d’Ésope : une biographie comique », REG, 118/2, 2005, p. 391-425. Pour la mise en évidence de la matrice homérique de la laideur : V. Mehl, « Laideurs grecques : entre dysharmonie et dégradation, anormalité et animalité », in H. Alarashi et R. M. Dessi (dir.), L’art du paraître. Apparences de l’humain de la Préhistoire à nos jours, Nice, Éditions APDCA-CEPAM, 2020, p. 195-205. G. E. Henderson, Ugliness. A Cultural History, Londres, Reaktion Books Ltd, 2015, interroge particulièrement les questions de monstruosité et de laideurs sensorielles (olfactives, auditives…).

    46P. Brulé, Socrate l’Athénien, Paris, Les Belles Lettres, 2023 et la bibliographie.

    47Voir les travaux de V. Dasen pour ces deux catégories, par exemple, Dwarfs in Ancient Egypt and Greece, Oxford, Oxford University Press, 1993.

    48I. Sluiter et R. M. Rosen, Kakos. Badness and Anti-Value in Classical Antiquity, Leyde/Boston, Brill, 2008 ; V. Mehl, « Invectives olfactives et laideurs intimes dans le monde des cités grecques », in V. Huet (dir.), Caricature et laideur dans l’Antiquité grecque et romaine, à paraître.

    49Pour l’historiographie, J.-N. Allard, « Comment échapper à sa nature ? Le poids des normes sur les apparences et les allures », in J.-B. Bonnard et C. Blonce (dir.), Corps, gestes et vêtements dans l’Antiquité, Caen, Presses universitaires de Caen, 2023, p. 53-76.

    50V. Jeammet et P. Ballet, « Petite plastique, grands maux : les grotesques en Méditerranée aux époques hellénistique et romaine », in L. Bodiou, V. Mehl et M. Soria (dir.), op. cit., p. 39-82.

    51Aristote, Poétique, 1449a (trad. B. Gernez).

    52B. Eck, « Le pharmakos et le meurtrier », in V. Liard (dir.), Histoires de crime et société, Dijon, EUD, 2011, p. 15-29.

    53M. G. Spathi, M. Chidiroglou et J. Wallensten (dir.), Apotropaia and Phylakteria: Confronting Evil in Ancient Greece, Oxford, Archaeopress, 2024.

    54Parmi les publications qui se multiplient sur ces catégories sociales et les rendent visibles, voir C. Wolff (dir.), Les exclus dans l’Antiquité, Collection du centre d’études romaines et gallo-romaines, n. s. 29, Lyon, De Boccard, 2007 ; E. Lévy (dir.), La question des pauvres et de la pauvreté dans le monde grec, Ktèma, 38, 2013, p. 5-170 et E. Galbois et S. Rougier-Blanc (dir.), La pauvreté en Grèce ancienne : formes, représentations, enjeux, Bordeaux, Ausonius, 2014 et Maigreur et minceur dans les sociétés anciennes, Grèce, Orient, Rome, Bordeaux, Ausonius, 2020.

    55Skyphos attique à figures rouges, peintre de Pistoxenos, vers 470 av. J.-C., musée archéologique de Schwerin inv. 708 (LIMC s.v. Héraclès 1666). Pour le paradoxe entre cette vision de la nourrice (trophos) en image, aux traits rappelant l’esclavage, et d’autres sources qui mettent surtout en avant les liens d’affection tissés entre enfants et nourrices : S. Vilatte, « La nourrice grecque : une question d’histoire sociale et religieuse », AC, 40, 1991, p. 5-28.

    56Voir l’article méthodologique et épistémologique de C. Plumauzille (« Le stigmate comme catégorie utile d’analyse », Hypothèses, 117, 2014, p. 215-228) et ses pistes utiles aussi pour l’Antiquité.

    57Pour le stigmate retourné, J.-N. Allard, art. cité.

    58Pour l’érotisation de la différence : I. Medjkoune, « Réunir Grecs et Barbares à travers l’image », Cahiers « Mondes anciens », 18, 2024, en ligne.

    59P. Brulé, Socrate l’Athénien, op. cit.

    60Pour la mise en avant du rôle social du corps et sur ce qu’il fait à ceux qui le regardent, on se reportera avec profit à l’introduction de C. Husquin et C. Landréa (« Avant-propos. Là où il faut commencer : de l’idée de blessure et d’attaque à un “corps” », p. 11-38) à leur dossier sur les Blessures aristocratiques dans l’Antiquité romaine : du corps à l’honneur, DHA, suppl. 28, 2024. Leurs remarques dépassent largement le monde romain. Voir pour le monde grec, ce que le corps produit comme sens envers la communauté : M. L. Catoni, Schemata. Comunicazione non verbale nella Grecia antica, Pise, Edizioni della Normale, 2005.

    61L. Bodiou et V. Mehl, « Le corps antique et l’histoire sensible : esquisse historiographique », in F. Gherchanoc (dir.), Le corps antique : bilan historiographique, DHA, suppl. 14, 2015, p. 151-168. Plus largement pour des périodes plus récentes, A. Corbin, « Histoire des sensibilités », in S. Mesure et P. Savidan (dir.), Dictionnaire des sciences humaines, Paris, 2006, p. 1075-1078.

    62La lecture transpériode d’A. Corbin, J.-J. Courtine et G. Vigarello (dir.), Histoire des émotions, vol. 1-3, Paris, Seuil, 2016-2017 est rapide pour l’Antiquité. Pour l’histoire ancienne, E. Scheid-Tissinier, « Du bon usage des émotions dans la culture grecque », in P. Payen et E. Scheid-Tissinier (dir.), Anthropologie de l’Antiquité : anciens objets, nouvelles approches, Turnhout, Brepols, 2012, p. 263-289 et les volumes dirigés par A. Chaniotis (Unveiling Emotions, t. I : Sources and Methods for the Study of Emotions in the Greek World ; P. Ducrey (dir.), Unveiling Emotions, t. II : Emotions in Greece and Rome: Texts, Images, Material Culture et Unveiling Emotions, t. III : Arousal, Display, and Performance of Emotions in the Greek World, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2012-2021), particulièrement les introductions méthodologiques d’A. Chaniotis. Et pour l’approche croisée histoire du corps et du sensible, F. Prost, « Introduction », in F. Prost et J. Wilgaux (dir.), Penser et représenter le corps dans l’Antiquité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006, p. 7-11. G. Kazantzidis et D. Spatharas (dir.), Memory and Emotions in Antiquity, Berlin, De Gruyter, 2024.

    63M.-L. Desclos (dir.), Le rire des Grecs, Grenoble, J. Millon, 2000 ; S. Halliwell, Greek Laughter. A Study of Cultural Psychology from Homer to Early Christianity, New York, Cambridge University Press, 2008 ; A. Piqueux, The Comic Body in Ancient Greek Theatre and Art, 440-320 BCE, Oxford/New York, Oxford University Press, 2022 et « Des vertus poïétiques de la laideur : le masque comique grec d’époque classique », in G. Filacanapa, G. Freixe et B. Le Guen (dir.), Le masque scénique dans l’Antiquité : pratiques anciennes et contemporaines, Montpellier, Éditions Deuxième Époque, 2022, p. 120-130. Pour l’histoire romaine, les recherches ont été plus précoces, elles ouvrent d’autres pistes de réflexion : R. Garland, « The Mockery of the Deformed and Disabled in Graeco-Roman Culture », in S. Jäkel et A. Timonen (dir.), Laughter down the Centuries, t. I : Turku, Turun Yliopisto, 1994, p. 71-84 et S. Braund et B. Gold (dir.), Vile Bodies. Roman Satire and Corporeal Discourse, Arethusa, 31/3, 1998.

    64Pour la honte et la culture de la honte, se reporter récemment à C. Husquin et C. Landréa, art. cité, particulièrement p. 26. D. Lateiner et D. Spatharas (dir.), The Ancient Emotion of Disgust, Oxford, Oxford University Press, 2017 (avec la bibliographie).

    65M. Patera, Figures grecques de l’épouvante de l’Antiquité au présent. Peurs enfantines et adultes, Leyde/Boston, Brill, 2015, qui en analysant plusieurs créatures féminines, montre comment elles servent de repoussoirs fantasmatiques. En dernier lieu, M. Patera, S. Perentidis et J. Wallensten (dir.), La peur chez les Grecs : usages et représentations de l’Antiquité à l’ère chrétienne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2023 (avec l’article de F. Frontisi-Ducroux, « La Gorgone, figure de la peur », p. 145-153).

    66D. Lateiner et D. Spatharas (dir.), op. cit.

    67R. Halleux (« Typologie et terminologie des dommages corporels dans l’Antiquité et au Moyen Âge », in L. Bodiou, V. Mehl et M. Soria [dir.], op. cit., p. 31-37), dans une approche sur la longue durée, interroge la possible rupture apportée par le christianisme dans ce que le laid, ou du moins le corps ravagé, projette autour de lui (disgrâce, souillure, pitié, etc.).

    68M. Patera, « Laideur », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps, op. cit., p. 351-354. P. Louis, « Monstres et monstruosités dans la biologie d’Aristote », in J. Bingen, G. Cambier et G. Nachtergael (dir.), Le monde grec : pensée, littérature, histoire, documents. Hommages à Claire Préaux, Bruxelles, Éditions de l’université de Bruxelles, 1978, p. 277-284 et M.-H. Marganne, « Monstres et monstruosités dans l’Antiquité : problèmes de terminologie et d’interprétations », Societas Belgica Historiae Medicinae, 8, 2007, p. 3-12.

    69Par exemple, C. Corbel-Morana, Le bestiaire d’Aristophane, Paris, Les Belles Lettres, 2012 ; parmi les travaux de J. Trinquier, « Les animaux, caricatures de l’homme ? Le cas exemplaire du singe », in V. Huet et al. (dir.), La notion de caricature dans l’Antiquité. Textes et images, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2021, p. 91-138, mais aussi M. Vespa, Geloion mimēma. Studi sulla rappresentazione culturale della scimmia nei testi greci e greco-romani, Turnhout, Brepols, 2021 ; « Les animaux sont-ils philanthropes ? Sur l’emploi d’un concept de l’éthologie antique », in É. Baratay (dir.), L’animal désanthropisé. Interroger et redéfinir les concepts, Paris, Presses universitaires de la Sorbonne, 2021, p. 253-264 et « Variations de comportement et communautés anthropozoologiques dans l’Antiquité gréco-romaine : le cas du chien dit “maltais” », in É. Baratay (dir.), Les animaux historicisés. Pourquoi situer leurs comportements dans le temps et l’espace ?, Paris, Éditions de La Sorbonne, 2022, p. 129-143.

    70En particulier le cycle initié autour de la caricature par A. Gangloff, V. Huet et C. Vendries dont le premier opus est paru : La notion de caricature dans l’Antiquité. Textes et images, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2021. Un colloque s’est tenu à Brest, porté par la même équipe en 2016, il paraîtra dirigé par V. Huet (Laideurs et caricature dans l’Antiquité gréco-romaine). On peut voir la thèse déjà ancienne, mais toujours utile de J.-P. Cèbe, La caricature et la parodie dans le monde romain antique, des origines à Juvénal, Rome, BEFAR, 1966.

    71L’approche par les images a notamment été proposée par F. Lissarrague : « Le portrait d’Ésope, une fable archéologique », in M.-L. Desclos (dir.), Biographie des hommes, biographie des dieux, Grenoble, université Pierre Mendès France, 2000, p. 129-144 ; « Aesop, Between Man and Beast: Ancient Portraits and Illustrations », in B. Cohen (dir.), Not the Classical Ideal. Athens and the Construction of the Other in Greek Art, Leyde, Brill, 2000, p. 132-149 et La cité des satyres : une anthropologie ludique, Athènes vie-ve siècle av. J.-C., Paris, Éditions de l’EHESS, 2013. Voir aussi A. G. Mitchell, Greek Vase-Painting and the Origins of Visual Humour, Cambridge, Cambridge University Press, 2009. Même s’il n’aborde pas seulement les images, l’ouvrage de F. Frontisi-Ducroux, Du masque au visage. Aspects de l’identité en Grèce ancienne, Paris, Flammarion, 1995, pose la question du face à face et du regard. Se reporter dans le présent volume au chapitre de Dimitris Paléothodoros, p. 111-133.

    72La notion apparaît dans la monumentale Histoire du corps dont les trois volumes vont de l’Antiquité à nos jours : J.-J. Courtine, « Le corps anormal. Monstruosités, handicap, différences : l’évolution de notre perception de l’“anormalité” », in A. Corbin, G. Vigarello et J.-J. Courtine (dir.), Histoire du corps, vol. 3, Paris, Seuil, 2005, p. 201-260. Voir par exemple pour les travaux autour des corps attaqués par la guerre, S. Delaporte, Les gueules cassées, les blessés de la grande guerre, Paris, Éditions Noesis, 1996.

    73Par exemple, J. Arrouye et al. (dir.), Le beau et le laid au Moyen Âge, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2000.

    74M.-D. Legrand et L. Piccialo (dir.), Propos sur les Muses et la laideur : figurations et défigurations de la beauté, d’Homère aux écrivains des Lumières, Littérales, 31-32, 2001-2003 ; F. Bancaud (dir.), La fabrique de la laideur, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2021 et, très récemment, S. Dembruck, « Saincte et precieuse deformité ». Expérimentations littéraires de la laideur à la Renaissance, Paris, Classiques Garnier, 2024.

    75Pour la bibliographie et des références antiques, V. Huet, « Rire (Rome) », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps, op. cit., p. 550-552. Au-delà de la caricature : l’ouvrage de P. Monteil, déjà ancien (Beau et laid, contribution à une étude historique du vocabulaire esthétique en latin, Paris, C. Klincksieck, 1964) fait clairement le lien entre laideur physique et morale, tout en abordant le laid comme antivaleur du beau. Pour le monde romain, les approches, plus rares, ont souvent le même prisme que pour le monde grec (le théâtre, le handicap, la vieillesse, le rire, etc.). M.-H. Garelli, « L’acteur laid ou le physique de l’emploi : une fiction ? », in M.-H. François-Garelli et V. Visa-Ondarçuhu (dir.), Corps en jeu. De l’Antiquité à nos jours, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, p. 235-250 ; P. Montlahuc, Le pouvoir des bons mots : « faire rire » et politique à Rome du milieu du iiie siècle a. C. jusqu’à l’avènement des Antonins, Rome, BEFAR, 2017 et C. Husquin, op. cit., p. 11-29. Plus largement, les publications sur la vieillesse, les marginaux ou les exclus abordent plus ou moins directement la laideur.

    76U. Eco (dir.), Histoire de la laideur, Paris, Flammarion, 2007.

    77U. Eco (dir.), Histoire de la beauté, Paris, Flammarion, 2004 et, plus directement sur sa période de prédilection, U. Eco, Art et beauté dans l’esthétique médiévale, Paris, Grasset, 1997.

    78M. Ribon aborde la question en philosophe : L’archipel de la laideur. Essai sur l’art et la laideur, Paris, Éditions Kimè, 1995. Parmi les travaux récents, se reporter à O. Chiquet, Penser la laideur dans l’art italien de la Renaissance. De la dysharmonie à la belle laideur, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022, p. 289-301 pour la bibliographie.

    79G. Boëtsch et B. Andrieu (dir.), Dictionnaire du corps, Paris, Éditions du CNRS, 2006 (avec l’entrée « Beauté/Laideur » de Y. Le Pape et les renvois à « bijou, body art, chirurgie esthétique, Éros, maquillage, parure, souillure ») et M. Marzano (dir.), Dictionnaire du corps, Paris, Presses universitaires de France, 2007 (avec le long article d’O. Pfersmann, « Beauté » et les renvois à « artificiel, émotion, maquillage, mode, nature et culture, plaisir, presse », mais aucune notice « laideur »).

    80C. Sagaert, « La laideur, un redoutable outil de stigmatisation », Revue du MAUSS, 40, 2012, p. 239-256 ; « La laideur, des mots aux maux », in F. Bancaud (dir.), op. cit., p. 14-33. L’autrice offre une analyse genrée dans Histoire de la laideur féminine, Paris, Éditions Imago, 2015. Ses travaux croisent la notion de stigmate, en particulier au prisme du racisme.

    81Entre autres, D. Le Breton, Des visages. Essai d’anthropologie, Paris, Métailié, 2004 et « Le racisme ou l’inéluctable laideur de l’autre. Des corps méprisables », in F. Bancaud (dir.), op. cit., p. 127-136.

    82C. Sagaert, « De la laideur au suicide », Interrogations ? Revue pluridisciplinaire de sciences humaines et sociales, 14, 2012, p. 88-104.

    83V. Nahoum-Grappe, « Les canons de la laideur », Beauté, laideur, Communications, 60, 1995, p. 29-47, 30. Dans sa thèse, sous la direction de J.-L. Flandrin, en 1985, elle faisait une large place à l’histoire sur cette question : Beauté et laideur : un essai de sémiologie historique : l’esthétique du corps en question dans l’espace culturel français, xvie-xviiie siècle. Voir aussi, avec une autre approche disciplinaire, « Beauté et laideur : histoire et anthropologie de la forme humaine », Chimères. Revue de schizoanalyses, 5-6, 1988, p. 1-27.

    84Dans l’importante bibliographie de M. Foucault sur le corps, une conférence donnée sur France Culture en 1966 (« Le corps utopique »), récemment publiée fait une large place à la question de la laideur : M. Foucault, Le corps utopique. Les hétérotopies, Paris, Éditions Lignes, 2019. Voir aussi F. Boullant, « Michel Foucault. Le réseau des corps », in D. Memmi, D. Guillo et O. Martin (dir.), La tentation du corps. Corporéité et Sciences sociales, Paris, Éditions de l’EHESS, 2009, p. 47-69. Le juriste J.-C. Jobart aborde la question d’une possible définition de la norme (esthétique) en droit : « Laideur objective et beauté subjective du corps en droit », Droit et société, 80, 2012, p. 189-210.

    85A. Busine, Laideurs de Sartre, Villeneuve-d’Ascq, Presses du Septentrion, 1986.

    86On retient aujourd’hui surtout la chanson Des laids, des laids, avec son refrain « la beauté cachée des laids, des laids, se voit sans délai, délai » (paroles de S. Gainsbourg pour son album Aux armes et caetera, 1979) ou sa formule « la laideur a ceci de supérieur à la beauté qu’elle ne disparait pas avec le temps ». En 1971, il répondait à une interview de Denise Glaser autour de son physique dans l’émission Discorama [https://mediaclip.ina.fr/fr/i19109731-serge-gainsbourg-a-propos-de-sa-laideur.html] : il expliquait être devenu cynique au « contact de ceux qui l’agressaient sur sa laideur » alors qu’il était plutôt un « enfant romantique ».

    87M. Tsikounis, « Comment faire carrière avec une “gueule d’empeigne”. Michel Simon à l’écran (1924-1949) », Beauté, Laideur, Communications, 60, 1995, p. 109-130.

    88J.-P. Sartre, Les Mots, Paris, Gallimard, 1964, p. 210-211.

    89P.-L. Lensel, Éloge des moches, Paris, Perrin, 2024.

    90A. Pfeiffer, Le goût du moche, Paris, Flammarion, 2021.

    91Pour un croisement entre la question du laid, du genre et du vulgaire : V. Rey-Robert (dir.), Vulgaire, qui décide ?, Paris, Les Insolentes, 2024.

    92A. Rodin, op. cit., p. 43 et 51.

    Auteur

    • Véronique Mehl

      Université Bretagne Sud.

      Véronique Mehl est maîtresse de conférences en histoire grecque à l’université Bretagne Sud, membre de TEMOS (Temps, Mondes, Sociétés), UMR 9016. Ses travaux, s’inscrivant dans l’histoire sensible, portent sur le corps, la société et les rituels dans le monde grec ancien. Elle a notamment codirigé aux Presses universitaires de Rennes en 2019, avec Lydie Bodiou, le Dictionnaire du corps dans l’Antiquité et en 2026, le Dictionnaire des masculinités en Grèce ancienne (dans lesquels elle a écrit plusieurs notices) et avec Laura Péaud, Les paysages sensoriels. Approches pluridisciplinaires. Elle a codirigé avec Morgan Guyvarc’h aux Presses universitaires de Rennes en 2022, Utérus. De l’organe aux discours. Elle a publié récemment plusieurs articles sur le corps et le sensible dont « Atmosphère olfactive et festive du sanctuaire grec : l’odeur du divin », Pallas, 106, 2018, p. 85-103 et « Laideurs grecques : entre dysharmonie et dégradation, anormalité et animalité », in H. Alarashi et R. M. Dessi (dir.), L’art du paraître. Apparences de l’humain de la Préhistoire à nos jours, Nice, Éditions APDCA-CEPAM, 2020, p. 195-205.

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    1A. Rodin, L’art. Entretiens réunis par P. Gsell, Paris, B. Grasset, 1911, p. 39.

    2Ibid., p. 46 (la citation est extraite du chapitre ii : « Tout est beau dans la Nature »).

    3Pour ses liens avec l’Antiquité, voir le catalogue de l’exposition en 2013 au musée Rodin à Paris : P. Picard (dir.), Rodin la lumière de l’Antique (Paris, Gallimard, 2013), dont la couverture fait surgir une Aphrodite au bain d’une céramique antique. Rodin a collectionné les sculptures et les vases grecs, mais il était aussi un homme de son époque, attiré par l’égyptomanie ambiante : B. Garnier, « Rodin l’Égyptien », in M. Volait et E. Perrin (dir.), Dialogues artistiques avec le passé, Paris, Publications de l’Institut national d’histoire de l’art, 2017, p. 7-23.

    4Homère, Odyssée, IV, 244-246. Un travestissement similaire a lieu à son arrivée à Ithaque (Homère, Odyssée, IX, 72-73 et XIII, 397-402, 244-246). Les loques qu’il porte ont du mal à cacher aux prétendants sa beauté, ses « grandes et belles cuisses », ses « larges épaules » et « une poitrine et des bras musclés » (trad. P. Mazon, CUF). M.-C. Villanueva-Puig, « La pauvreté dans la culture visuelle des Grecs anciens », Ktèma, 38, 2013, p. 89-115 et L. Bodiou et V. Mehl, « Pauvres, rustres et dépendants : les “invisibles” de la cité grecque antique », Modes pratiques, 2, 2017, p. 370-379.

    5Pour la production anglophone on se référera à quelques livres généraux : L. A. Dean-Jones, Women’s Bodies in Classical Greek Science, Oxford, Clarendon, 1994 ; D. Cairns (dir.), Body Language in the Greek and Roman Worlds, Swansea, The Classical Press of Wales, 2005 ; L. Cleland, M. Harlow et L. Lewellyn-Jones (dir.), The Clothed Body in the Ancient World, Oxford, Oxbow books, 2005 ; D. H. Garrison (dir.), A Cultural History of the Human Body in Antiquity, Oxford/New York, Berg, 2010 ; M. Squire, The Art of the Body. Antiquity & its Legacy, Cambridge, Cambridge University Press, 2011 ; R. Osborne, The History Written on the Classical Greek Body, Cambridge/New York, Cambridge University Press, 2011 ; H. Perdicoyianni-Paléologou (dir.), Anatomy and Surgery from Antiquity to the Renaissance, Amsterdam, A. M. Hakkert, 2016 ou, plus généraliste, mais utile, W. Ruberg, History of the Body, Londres, Bloomsbury Academic, 2019.

    6Un domaine est particulièrement riche ces dernières années, celui des sens, de la sensorialité et des sensations (voir les livres dirigés par M. Bradley, inscrits dans le sensual turn). Ces thématiques sont également abordées en langue française (voir la série des dossiers publiés dans la revue Pallas : 92, 2013, 98, 2015 et 106, 2018).

    7F. Gherchanoc, L’histoire du corps dans l’Antiquité : bilan historiographique, DHA, suppl. 14, 2015 et L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps dans l’Antiquité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019 (particulièrement l’introduction de F. Prost, p. 13-17, et les bibliographies en référence dans chacune des notices).

    8Par exemple pour les femmes, les publications d’H. King (Hippocrate’s Woman. Reading the Female Body in Ancient Greece, Londres/New York, Routledge, 1998) ou L. Totelin (Hippocratic Recipes: Oral and Written Transmission of Pharmacological Knowledge in Fifth- and Fourth-Century Greece, Leyde, Brill, 2009). Quelques exemples pour la bibliographie francophone, D. Gourevitch dont les travaux débordent le cadre romain (« Chirurgie obstétricale dans le monde romain : césarienne et embryotomie », in V. Dasen [dir.], Naissance et petite enfance dans l’Antiquité, Fribourg/Göttingen, Vandenhoeck/Ruprecht, 2004, p. 239-264), V. Dasen (Le sourire d’Omphale. Maternité et petite enfance dans l’Antiquité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015), F. Bourbon (« La stérilité dans la Collection hippocratique : une maladie ? », REG, 129/2, 2016, p. 305-327), ou L. Bodiou (« Un récipient, un four, un animal ? Penser l’utérus dans la Grèce antique », in M. Guyvarc’h et V. Mehl [dir.], L’utérus. De l’organe aux discours, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022, p. 55-67).

    9J. Wilgaux, « La physiognomonie antique : bref état des lieux », in V. Dasen et J. Wilgaux (dir.), Langages et métaphores du corps dans le monde antique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 185-195 ; J.-B. Bonnard, V. Dasen et J. Wilgaux, « Les technai du corps : la médecine, la physiognomonie, la magie », in F. Gherchanoc (dir.), L’histoire du corps dans l’Antiquité : bilan historiographique, DHA, suppl. 14, 2015, p. 169-190. Plus récemment, pour la stigmatisation des corps, J. Wilgaux, « Décrire, hiérarchiser, stigmatiser peuples et corps en Grèce ancienne », Race. L’ombre portée, Sensibilités, 12/1, 2024, p. 61-67.

    10Pour les liens entre apparences, artifices et corps social : L. Llewellyn-Jones, Aphrodite’s Tortoise. The Veiled Woman of Ancient Greece, Swansea, The Classical Press of Wales, 2003 ; L. Bodiou, F. Gherchanoc, V. Huet et V. Mehl (dir.), Parures et artifices, le corps exposé dans l’Antiquité, Paris, L’Harmattan, 2011 ; F. Gherchanoc et V. Huet (dir.), S’habiller, se déshabiller dans les mondes anciens, Mètis, n. s. 6, 2008 et Vêtements antiques. S’habiller, se déshabiller dans les mondes anciens, Paris, Errance, 2013.

    11V. Dasen, Jumeaux, jumelles dans l’Antiquité grecque et romaine, Zürich, Akanthus Verlag, 2005 ; J. Wilgaux, « Corps et parenté en Grèce ancienne », in F. Prost et J. Wilgaux (dir.), Penser et représenter le corps dans l’Antiquité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006, p. 333-349 ; A. Damet, La septième porte. Les conflits familiaux dans l’Athènes classique, Paris, Publications de la Sorbonne, 2012 et « De Sparte à l’île du Soleil. Eugénisme et communautés des enfants dans les utopies de la Grèce ancienne », Annales des Pays de Bretagne et de l’Ouest, 124/3, 2017, p. 31-48.

    12Le Dictionnaire du corps dans l’Antiquité (op. cit.) propose une série d’entrées relatives au corps en action : accouchement, acteur, artisan, athlète, deuil, hoplite, masturbation, orateur pour n’en citer que quelques-unes.

    13Par exemple, V. Dasen, Le sourire d’Omphale, op. cit. Pour un contrepied récent, L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire des masculinités en Grèce ancienne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2026 (particulièrement l’introduction pour une mise en perspective historiographique et la place du féminin) dans lequel de nombreuses notices usent du corps comme agent classificatoire hiérarchisant les hommes par rapport aux femmes et les hommes entre eux.

    14Dans la lignée des travaux initiés par M. Foucault (Histoire de la sexualité, I-IV, Paris, Gallimard, 1976-2018), le corps désirant, désiré, esthétisé… est toujours une donnée importante des approches : D. Halperin, Cent ans d’homosexualité et autres essais sur l’amour grec, Paris, Epel, 2000 (édition originale en anglais en 1990) ; J. J. Winkler, Désir et contraintes en Grèce ancienne, Paris, Epel, 2005 ; J. Robson, Sex and Sexuality in Classical Athens, Édimbourg, Edinburgh University Press, 2013 ; T. K. Hubbard (dir.), A Companion to Greek and Roman Sexualities, Malden/Oxford/Chichester, Wiley Blackwell, 2014 ; D. M. Halperin, J. J. Winkler et F. I. Zeitlin (dir.), Bien avant la sexualité. L’expérience érotique en Grèce ancienne, Paris, Epel, 2019 (édition originale en anglais en 1990). En France, nombre des travaux sont portés par S. Boehringer (un seul exemple : L’homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine, Paris, Les Belles Lettres, 2007).

    15Par exemple la place du corps antique comme source d’inspiration, dans T. A. Besnard, F. Bièvre-Perrin, É. Cousin et J. Parétias (dir.), Qui es-tu, Apollon ? De l’Antiquité à la culture pop, Catalogue de l’exposition au musée Juliobona, Rouen, Octopus, 2023 et T. A. Besnard, L’odyssée de l’art néo-néo. Quand l’Antiquité grecque et romaine inspire l’art contemporain, Pau, Presses universitaires de Pau et des Pays de l’Adour, 2024. Parmi les nombreux articles autour du corps sur le site Antiquipop. Antiquity, Pop Culture & Politics [https://antiquipop.hypotheses.org/], N. Wolff, « L’Antiquité dans l’univers du bodybuilding : une injonction à quelle(s) virilité(s) ? », 2017 et L.-N. André, « Eïkones contemporaines. Galerie de portraits des tatoués d’antique », 2018.

    16Sur la peau et le teint, A. Grand-Clément (La fabrique des couleurs. Histoire du paysage sensible des Grecs anciens. viiie-début du ve s. av. n. è., Paris, De Boccard, 2011) ; sur la pilosité, P. Brulé (Les sens du poil [grec], Paris, Les Belles Lettres, 2015) ; sur l’utérus, V. Mehl et M. Guyvarc’h (Utérus. De l’organe aux discours, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022 et l’exposition Utérus, un organe d’homme ? sur le site de Musea, musée virtuel sur l’histoire des femmes et du genre : [https://musea.fr/s/musea/page/l-uterus-un-organe-d-hommes]) ; sur le phallus, S. Jaeggi Richoz et T. Blanton (dir.), Le phallus dans l’Antiquité. Imaginaires, pratiques et discours, représentations, Archimède. Archéologie et histoire ancienne, HS 2, 2022, en ligne, enfin pour la main, S. Rey, Manus. Une autre histoire de Rome, Paris, Albin Michel, 2024. On pourra rapprocher de cette parcellisation du corps, un des liquides du corps, L. Bodiou et V. Mehl (dir.), L’Antiquité écarlate. Le sang des Anciens, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017. De façon plus générale sur la fragmentation du corps, on peut citer les travaux de F. Gherchanoc : F. Gherchanoc et S. Wyler (dir.), Corps antiques : morceaux choisis, Mètis, n. s. 17, 2019 et Corps en morceaux. Démembrer et recomposer les corps dans l’Antiquité classique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2020 et, plus récemment, le dossier F. Gherchanoc, E. Valette et S. Wyler (dir.), Dans les yeux des Anciens, Pallas, 121, 2023.

    17Dans les ex-voto prédominent les parties externes du corps, sans exclure des organes internes (utérus…) : J. Draycott et E.-J. Graham, Bodies of Evidence. Ancient Anatomical Votives, Past, Present and Future, Londres/New York, Routledge, 2017 et G. Baggieri (dir.), Speranza e sofferenza nei votivi anatomici dell’antichità: l’antica anatomia nell’arte dei donaria, Rome, MelAmi, 1999.

    18Par exemple, D. Konstan, « Beauty », in P. Destrée et P. Murray (dir.), A Companion to Ancient Aesthetics, Malden, Wiley Blackwell, 2015, p. 366-379 et F. Gherchanoc, Concours de beauté et beautés du corps en Grèce ancienne. Discours et pratiques, Bordeaux, Ausonius, 2016. Pour une ouverture pluridisciplinaire, se reporter aux ouvrages collectifs aux Éditions du CNRS, en 2008 : B. Andrieu et al. (dir.), La peau. Enjeu de société, et en 2010, G. Boetsch et al. (dir.), La belle apparence.

    19Par exemple, les liens entre élites, kalokagathia et cadre normatif, F. Bourriot, Kalos Kagathos – kalokagathia. D’un terme de propagande de sophistes à une notion sociale et philosophique. Étude d’histoire athénienne, Hildesheim, Georg Olms, 1995 et A. Duplouy, Construire la cité. Essai de sociologie historique sur les communautés de l’archaïsme grec, Paris, Les Belles Lettres, 2019.

    20Pour les normes en art(s) et la norme en général, W. G. Moon (dir.), Polykleitos, the Doryphoros and Tradition, Madison/Londres, University of Wisconsin Press, 1995 ; A. Stewart, Art, Desire and the Body in Ancient Greece, Cambridge, Cambridge University Press, 1997 et F. Prost, « Canon », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps dans l’Antiquité, op. cit., p. 120-122. Pour l’intégrité, J. Wilgaux, « Hugiês kai holoklaros. Le corps du prêtre en Grèce ancienne », in P. Brulé (dir.), La norme en matière religieuse en Grèce ancienne, Kernos, suppl. 21, 2009, p. 231-242. Pour la beauté et la normativité, F. Gherchanoc, Concours de beauté, op. cit. et « La beauté corporelle en question. Consensus et polémiques dans l’Athènes classique », Sociétés et représentations, 56, 2023, p. 83-98.

    21Pour un point historiographique récent : L. Martin, « La beauté au miroir des sciences humaines et sociales », Sociétés et représentations, 56, 2023, p. 7-13.

    22C. Malamoud et J.-P. Vernant (dir.), Corps des dieux, Paris, Gallimard, 1986. Dans l’ensemble du volume, le prisme de la beauté est toujours mis en avant, à l’exception notable de l’article de M. Olender, « Priape le mal taillé » (voir plus loin, le chapitre de Philippe Borgeaud, p. 41-59). Plus récemment, S. Estienne et F. Lissarrague, « Le corps des dieux dans les mondes grec et romain : bilan historiographique », DHA, suppl. 14, 2015, p. 19-29 et V. Mehl, « Dieu/Déesse », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps, op. cit., p. 190-193. Héphaistos avec son pied malformé est une divinité au physique imparfait, mais sa boiterie – comme souvent pour ce handicap – est ambiguë, voir F. Yche-Fontanel, « Les boiteux, la boiterie et le pied dans la littérature grecque ancienne », Kentron, 17/2, 2001, p. 65-90.

    23J.-P. Vernant, « Mortels et immortels : le corps divin », L’individu, la mort, l’amour. Soi-même et l’autre en Grèce ancienne, Paris, Gallimard, 1989, p. 7-39 et V. Mehl, « Échelle de perfection », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps, op. cit., p. 203-204.

    24Platon, Hippias majeur, 289a. La comparaison va plus loin encore, elle se fait entre un objet (une marmite) et une jeune fille. Voir M. Vespa, « La forme animale : maigreur des bêtes et norme esthétique en Grèce ancienne », in S. Rougier-Blanc et E. Galbois (dir.), Maigreur et minceur dans les sociétés anciennes. Orient, Grèce, Rome, Bordeaux, Ausonius, 2020, p. 95-112.

    25I. Bardiès-Fronty, M. Bimbenet-Privat et P. Walter (dir.), Le bain et le miroir : soins du corps et cosmétique de l’Antiquité à la Renaissance, Paris, Gallimard, 2009 et D. Frère et al., La rose et l’encens, catalogue de l’exposition au Musée royal de Mariemont, Belgique, 2009. Pour une lecture sur Rome, voir C. Baroin, Beauté et présentation de soi dans le monde romain. Normes, écarts et transgressions, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2025.

    26I. Jenkins et al., La beauté du corps dans l’Antiquité grecque, Marigny, Éditions Gianada, 2014 ; M. Lagogianni-Georgakarakos, The Countless Aspects of Beauty in Ancient Art, Athènes, Hellenic Ministry of Culture, 2018 ; N. C. Stampolidis et I. D. Fappas (dir.), KALLOS. The Ultimate Beauty, Catalogue de l’exposition au musée d’Art cycladique, Athènes, musée d’Art cycladique, 2021. Une exposition sur la beauté, nommée Kallos, a débuté en novembre 2024 en Chine, avec des objets du Musée archéologique national d’Athènes.

    27Traduction d’un extrait de l’avant-propos (Catalogue, p. 23) du Président de L’Oréal, le partenaire officiel de l’événement.

    28M. Olender, « Priape le mal taillé », art. cité ; « Aspects de Baubô. Textes et contextes antiques », RHR, 202/1, 1985, p. 3-55 (pour les liens entre laideur et obscénité) et, en particulier pour l’analyse du vocabulaire (prédominance des questions de forme), « La laideur d’un dieu », Les Cahiers du CRH, 24, 2000, en ligne. Très récemment, M. Olender, Priape. Le phallocrate impotent, édité et préfacé par Philippe Borgeaud, Paris, Seuil, 2025. Voir aussi P. Borgeaud, Recherches sur le dieu Pan, Genève, Imprimerie du Journal de Genève, 1979.

    29J. Jouanna, Médecine et tragédie en Grèce antique. Scripta minora 1961-2023, Paris, Les Belles Lettres, 2024 et les travaux portés par I. Boehm, F. Bourbon, V. Boudon-Millot…

    30Platon, Parménide, 130c.

    31Platon, Sophiste, 228b-c (trad. A. Diès, CUF).

    32Ibid., 227d (trad. A. Diès, CUF).

    33Plotin, Du beau, 2, 15-17 (trad. É. Bréhier, CUF). La symétrie et les justes proportions restent importantes : à propos des corps, le philosophe indique au début du traité, « la beauté dans les êtres comme d’ailleurs dans tout le reste, c’est leur symétrie et leur mesure » (trad. É. Bréhier, CUF).

    34B. Naivin (dir.), Sur la laideur, Actes du symposium On Ugliness organisé par Lars Aagard-Mogensen, Paris, Complicités Éditions, 2018 et B. Naivin, Cachez ce beau que je ne saurais voir. L’avènement de l’imbeau au xxie siècle, Paris, Hermann, 2023. Voir par exemple, F. Bancaud, « L’esthétique du laid, de Hegel à Rosenkranz. Une “esthétique de la résistance” ou de la résignation aux “arts qui ne sont pas beaux” », Études germaniques, 256/4, 2009, p. 899-917.

    35L. Aagaard-Mogensen, « Introduction », in B. Naivin (dir.), Sur la laideur, Paris, Éditions Complicités, 2017, p. 7.

    36Film d’animation 3D dont le premier opus date de 2010 (réalisation Pierre Coffin et Chris Renaud ; production Universal Pictures et Illumination Entertainment).

    37F. Collard et É. Samama (dir.), Handicaps et sociétés dans l’histoire. L’estropié, l’aveugle et le paralytique de l’Antiquité aux Temps modernes, Paris, L’Harmattan, 2010 ; L. Bodiou, V. Mehl et M. Soria (dir.), Corps outragés, corps ravagés. Regards croisés de l’Antiquité au Moyen Âge, Turnhout, Brepols, 2011 ; A. Allely (dir.), Corps au supplice et violences de guerre dans l’Antiquité, Bordeaux, Ausonius, 2014 ; C. Laes (dir.), Disability in Antiquity, Londres/New York, Routledge, 2016 ; J.-B. Bonnard, « Violences de masse et violences extrêmes en contexte de guerre dans l’Antiquité : introduction au dossier thématique », Kentron, 37, 2022, p. 17-34 et C. Husquin, « Atypical Bodies: Extraordinary Body Treatment and Consideration », in C. Laes (dir.), A Cultural History of Disability in Antiquity, Londres, Bloomsbury Publishing, 2022, p. 16-29. Dans l’ouvrage de C. Husquin sur le monde romain (L’intégrité du corps en question. Perceptions et représentations de l’atteinte physique dans la Rome antique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2020, p. 11-29), l’autrice pose en introduction une série de questions sur l’histoire des « perceptions de l’atteinte physique » utiles aussi aux hellénistes. Plus récemment, voir C. Husquin et R. Baudry, Les chauves. Histoire d’un préjugé dans la Rome antique, Paris, Armand Colin, 2025.

    38V. Boudon-Millot, Vieux, un Grec ne peut pas l’être, Paris, Les Belles Lettres, 2023 et N. Bernard, Être vieux dans le monde grec de Solon à Philopœmen, vie-iie siècles a.C., Bordeaux, Ausonius, 2023.

    39Pour l’épisode d’Ulysse avec Autolycos son grand-père : Homère, Odyssée, XIX, 429-465.

    40C. Baroin, « Les cicatrices ou la mémoire du corps », in P. Moreau (dir.), Corps romains, Grenoble, J. Millon, 2002, p. 27-46, et pour une approche plus gréco-romaine, « Cicatrice », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps, op. cit., p. 141-144.

    41Le colloque tenu à l’université d’Angers en 2021 et organisé par C. Husquin, Vulnérabilités civiques, appréhende les liens entre société et cité, corps social et corps politique. La laideur y est abordée au prisme de l’incapacité sociale (L. Bodiou et V. Mehl, « Soigner et contraindre. Regards civiques sur la folie masculine », dans C. Husquin et H. Berthelot [dir.], Vulnérabilités civiques. Le soin de la cité au prisme du corps, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2025, p. 153-173). Pour un point sur la notion de « vulnérabilité » et son émergence en sciences humaines et sociales : H. Thomas, « Vulnérabilité, fragilité, précarité, résilience, etc. », Alexandries, Collections Esquisses, 2008, en ligne.

    42E. Goffman, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, Paris, Les Éditions de Minuit, 1963, p. 66. Dans La mise en scène de la vie quotidienne, t. I : La présentation de soi (Paris, Les Éditions de Minuit, 1973), il analyse les façons dont les « apparences » révèlent les statuts sociaux et s’inscrivent dans les relations interpersonnelles.

    43A. Uto, La laideur et la difformité physiques dans la littérature et la société grecques des ve et ive siècles avant J.-C., thèse de doctorat en études grecques, Paris-Sorbonne, 2011, particulièrement p. 21-23 ; K. Sarafidis, « Cosmopolitique de la laideur », Nouvelle revue esthétique, 18/2, 2016, p. 173-182 et C. Sagaert, « L’injure et l’insulte : une question de laideur », in M. Corbier et G. Sauron (dir.), Langages et communications : écrits, images, sons, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2018, p. 65-72.

    44G. Aubry, « (Comment) les Grecs ont-ils pensé la laideur ? », in J.-J. Duhot (dir.), L’archaïque, le réel et la littérature. Quelques chemins en hommage à Gilbert Romeyer Dherbey, Paris, Jacques André, 2013, p. 33-46.

    45Voir entre autres, C. Jouanno, « Thersite, une figure de la démesure ? », Kentron, 21, 2005, p. 181-223 et « La Vie d’Ésope : une biographie comique », REG, 118/2, 2005, p. 391-425. Pour la mise en évidence de la matrice homérique de la laideur : V. Mehl, « Laideurs grecques : entre dysharmonie et dégradation, anormalité et animalité », in H. Alarashi et R. M. Dessi (dir.), L’art du paraître. Apparences de l’humain de la Préhistoire à nos jours, Nice, Éditions APDCA-CEPAM, 2020, p. 195-205. G. E. Henderson, Ugliness. A Cultural History, Londres, Reaktion Books Ltd, 2015, interroge particulièrement les questions de monstruosité et de laideurs sensorielles (olfactives, auditives…).

    46P. Brulé, Socrate l’Athénien, Paris, Les Belles Lettres, 2023 et la bibliographie.

    47Voir les travaux de V. Dasen pour ces deux catégories, par exemple, Dwarfs in Ancient Egypt and Greece, Oxford, Oxford University Press, 1993.

    48I. Sluiter et R. M. Rosen, Kakos. Badness and Anti-Value in Classical Antiquity, Leyde/Boston, Brill, 2008 ; V. Mehl, « Invectives olfactives et laideurs intimes dans le monde des cités grecques », in V. Huet (dir.), Caricature et laideur dans l’Antiquité grecque et romaine, à paraître.

    49Pour l’historiographie, J.-N. Allard, « Comment échapper à sa nature ? Le poids des normes sur les apparences et les allures », in J.-B. Bonnard et C. Blonce (dir.), Corps, gestes et vêtements dans l’Antiquité, Caen, Presses universitaires de Caen, 2023, p. 53-76.

    50V. Jeammet et P. Ballet, « Petite plastique, grands maux : les grotesques en Méditerranée aux époques hellénistique et romaine », in L. Bodiou, V. Mehl et M. Soria (dir.), op. cit., p. 39-82.

    51Aristote, Poétique, 1449a (trad. B. Gernez).

    52B. Eck, « Le pharmakos et le meurtrier », in V. Liard (dir.), Histoires de crime et société, Dijon, EUD, 2011, p. 15-29.

    53M. G. Spathi, M. Chidiroglou et J. Wallensten (dir.), Apotropaia and Phylakteria: Confronting Evil in Ancient Greece, Oxford, Archaeopress, 2024.

    54Parmi les publications qui se multiplient sur ces catégories sociales et les rendent visibles, voir C. Wolff (dir.), Les exclus dans l’Antiquité, Collection du centre d’études romaines et gallo-romaines, n. s. 29, Lyon, De Boccard, 2007 ; E. Lévy (dir.), La question des pauvres et de la pauvreté dans le monde grec, Ktèma, 38, 2013, p. 5-170 et E. Galbois et S. Rougier-Blanc (dir.), La pauvreté en Grèce ancienne : formes, représentations, enjeux, Bordeaux, Ausonius, 2014 et Maigreur et minceur dans les sociétés anciennes, Grèce, Orient, Rome, Bordeaux, Ausonius, 2020.

    55Skyphos attique à figures rouges, peintre de Pistoxenos, vers 470 av. J.-C., musée archéologique de Schwerin inv. 708 (LIMC s.v. Héraclès 1666). Pour le paradoxe entre cette vision de la nourrice (trophos) en image, aux traits rappelant l’esclavage, et d’autres sources qui mettent surtout en avant les liens d’affection tissés entre enfants et nourrices : S. Vilatte, « La nourrice grecque : une question d’histoire sociale et religieuse », AC, 40, 1991, p. 5-28.

    56Voir l’article méthodologique et épistémologique de C. Plumauzille (« Le stigmate comme catégorie utile d’analyse », Hypothèses, 117, 2014, p. 215-228) et ses pistes utiles aussi pour l’Antiquité.

    57Pour le stigmate retourné, J.-N. Allard, art. cité.

    58Pour l’érotisation de la différence : I. Medjkoune, « Réunir Grecs et Barbares à travers l’image », Cahiers « Mondes anciens », 18, 2024, en ligne.

    59P. Brulé, Socrate l’Athénien, op. cit.

    60Pour la mise en avant du rôle social du corps et sur ce qu’il fait à ceux qui le regardent, on se reportera avec profit à l’introduction de C. Husquin et C. Landréa (« Avant-propos. Là où il faut commencer : de l’idée de blessure et d’attaque à un “corps” », p. 11-38) à leur dossier sur les Blessures aristocratiques dans l’Antiquité romaine : du corps à l’honneur, DHA, suppl. 28, 2024. Leurs remarques dépassent largement le monde romain. Voir pour le monde grec, ce que le corps produit comme sens envers la communauté : M. L. Catoni, Schemata. Comunicazione non verbale nella Grecia antica, Pise, Edizioni della Normale, 2005.

    61L. Bodiou et V. Mehl, « Le corps antique et l’histoire sensible : esquisse historiographique », in F. Gherchanoc (dir.), Le corps antique : bilan historiographique, DHA, suppl. 14, 2015, p. 151-168. Plus largement pour des périodes plus récentes, A. Corbin, « Histoire des sensibilités », in S. Mesure et P. Savidan (dir.), Dictionnaire des sciences humaines, Paris, 2006, p. 1075-1078.

    62La lecture transpériode d’A. Corbin, J.-J. Courtine et G. Vigarello (dir.), Histoire des émotions, vol. 1-3, Paris, Seuil, 2016-2017 est rapide pour l’Antiquité. Pour l’histoire ancienne, E. Scheid-Tissinier, « Du bon usage des émotions dans la culture grecque », in P. Payen et E. Scheid-Tissinier (dir.), Anthropologie de l’Antiquité : anciens objets, nouvelles approches, Turnhout, Brepols, 2012, p. 263-289 et les volumes dirigés par A. Chaniotis (Unveiling Emotions, t. I : Sources and Methods for the Study of Emotions in the Greek World ; P. Ducrey (dir.), Unveiling Emotions, t. II : Emotions in Greece and Rome: Texts, Images, Material Culture et Unveiling Emotions, t. III : Arousal, Display, and Performance of Emotions in the Greek World, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2012-2021), particulièrement les introductions méthodologiques d’A. Chaniotis. Et pour l’approche croisée histoire du corps et du sensible, F. Prost, « Introduction », in F. Prost et J. Wilgaux (dir.), Penser et représenter le corps dans l’Antiquité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006, p. 7-11. G. Kazantzidis et D. Spatharas (dir.), Memory and Emotions in Antiquity, Berlin, De Gruyter, 2024.

    63M.-L. Desclos (dir.), Le rire des Grecs, Grenoble, J. Millon, 2000 ; S. Halliwell, Greek Laughter. A Study of Cultural Psychology from Homer to Early Christianity, New York, Cambridge University Press, 2008 ; A. Piqueux, The Comic Body in Ancient Greek Theatre and Art, 440-320 BCE, Oxford/New York, Oxford University Press, 2022 et « Des vertus poïétiques de la laideur : le masque comique grec d’époque classique », in G. Filacanapa, G. Freixe et B. Le Guen (dir.), Le masque scénique dans l’Antiquité : pratiques anciennes et contemporaines, Montpellier, Éditions Deuxième Époque, 2022, p. 120-130. Pour l’histoire romaine, les recherches ont été plus précoces, elles ouvrent d’autres pistes de réflexion : R. Garland, « The Mockery of the Deformed and Disabled in Graeco-Roman Culture », in S. Jäkel et A. Timonen (dir.), Laughter down the Centuries, t. I : Turku, Turun Yliopisto, 1994, p. 71-84 et S. Braund et B. Gold (dir.), Vile Bodies. Roman Satire and Corporeal Discourse, Arethusa, 31/3, 1998.

    64Pour la honte et la culture de la honte, se reporter récemment à C. Husquin et C. Landréa, art. cité, particulièrement p. 26. D. Lateiner et D. Spatharas (dir.), The Ancient Emotion of Disgust, Oxford, Oxford University Press, 2017 (avec la bibliographie).

    65M. Patera, Figures grecques de l’épouvante de l’Antiquité au présent. Peurs enfantines et adultes, Leyde/Boston, Brill, 2015, qui en analysant plusieurs créatures féminines, montre comment elles servent de repoussoirs fantasmatiques. En dernier lieu, M. Patera, S. Perentidis et J. Wallensten (dir.), La peur chez les Grecs : usages et représentations de l’Antiquité à l’ère chrétienne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2023 (avec l’article de F. Frontisi-Ducroux, « La Gorgone, figure de la peur », p. 145-153).

    66D. Lateiner et D. Spatharas (dir.), op. cit.

    67R. Halleux (« Typologie et terminologie des dommages corporels dans l’Antiquité et au Moyen Âge », in L. Bodiou, V. Mehl et M. Soria [dir.], op. cit., p. 31-37), dans une approche sur la longue durée, interroge la possible rupture apportée par le christianisme dans ce que le laid, ou du moins le corps ravagé, projette autour de lui (disgrâce, souillure, pitié, etc.).

    68M. Patera, « Laideur », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps, op. cit., p. 351-354. P. Louis, « Monstres et monstruosités dans la biologie d’Aristote », in J. Bingen, G. Cambier et G. Nachtergael (dir.), Le monde grec : pensée, littérature, histoire, documents. Hommages à Claire Préaux, Bruxelles, Éditions de l’université de Bruxelles, 1978, p. 277-284 et M.-H. Marganne, « Monstres et monstruosités dans l’Antiquité : problèmes de terminologie et d’interprétations », Societas Belgica Historiae Medicinae, 8, 2007, p. 3-12.

    69Par exemple, C. Corbel-Morana, Le bestiaire d’Aristophane, Paris, Les Belles Lettres, 2012 ; parmi les travaux de J. Trinquier, « Les animaux, caricatures de l’homme ? Le cas exemplaire du singe », in V. Huet et al. (dir.), La notion de caricature dans l’Antiquité. Textes et images, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2021, p. 91-138, mais aussi M. Vespa, Geloion mimēma. Studi sulla rappresentazione culturale della scimmia nei testi greci e greco-romani, Turnhout, Brepols, 2021 ; « Les animaux sont-ils philanthropes ? Sur l’emploi d’un concept de l’éthologie antique », in É. Baratay (dir.), L’animal désanthropisé. Interroger et redéfinir les concepts, Paris, Presses universitaires de la Sorbonne, 2021, p. 253-264 et « Variations de comportement et communautés anthropozoologiques dans l’Antiquité gréco-romaine : le cas du chien dit “maltais” », in É. Baratay (dir.), Les animaux historicisés. Pourquoi situer leurs comportements dans le temps et l’espace ?, Paris, Éditions de La Sorbonne, 2022, p. 129-143.

    70En particulier le cycle initié autour de la caricature par A. Gangloff, V. Huet et C. Vendries dont le premier opus est paru : La notion de caricature dans l’Antiquité. Textes et images, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2021. Un colloque s’est tenu à Brest, porté par la même équipe en 2016, il paraîtra dirigé par V. Huet (Laideurs et caricature dans l’Antiquité gréco-romaine). On peut voir la thèse déjà ancienne, mais toujours utile de J.-P. Cèbe, La caricature et la parodie dans le monde romain antique, des origines à Juvénal, Rome, BEFAR, 1966.

    71L’approche par les images a notamment été proposée par F. Lissarrague : « Le portrait d’Ésope, une fable archéologique », in M.-L. Desclos (dir.), Biographie des hommes, biographie des dieux, Grenoble, université Pierre Mendès France, 2000, p. 129-144 ; « Aesop, Between Man and Beast: Ancient Portraits and Illustrations », in B. Cohen (dir.), Not the Classical Ideal. Athens and the Construction of the Other in Greek Art, Leyde, Brill, 2000, p. 132-149 et La cité des satyres : une anthropologie ludique, Athènes vie-ve siècle av. J.-C., Paris, Éditions de l’EHESS, 2013. Voir aussi A. G. Mitchell, Greek Vase-Painting and the Origins of Visual Humour, Cambridge, Cambridge University Press, 2009. Même s’il n’aborde pas seulement les images, l’ouvrage de F. Frontisi-Ducroux, Du masque au visage. Aspects de l’identité en Grèce ancienne, Paris, Flammarion, 1995, pose la question du face à face et du regard. Se reporter dans le présent volume au chapitre de Dimitris Paléothodoros, p. 111-133.

    72La notion apparaît dans la monumentale Histoire du corps dont les trois volumes vont de l’Antiquité à nos jours : J.-J. Courtine, « Le corps anormal. Monstruosités, handicap, différences : l’évolution de notre perception de l’“anormalité” », in A. Corbin, G. Vigarello et J.-J. Courtine (dir.), Histoire du corps, vol. 3, Paris, Seuil, 2005, p. 201-260. Voir par exemple pour les travaux autour des corps attaqués par la guerre, S. Delaporte, Les gueules cassées, les blessés de la grande guerre, Paris, Éditions Noesis, 1996.

    73Par exemple, J. Arrouye et al. (dir.), Le beau et le laid au Moyen Âge, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2000.

    74M.-D. Legrand et L. Piccialo (dir.), Propos sur les Muses et la laideur : figurations et défigurations de la beauté, d’Homère aux écrivains des Lumières, Littérales, 31-32, 2001-2003 ; F. Bancaud (dir.), La fabrique de la laideur, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2021 et, très récemment, S. Dembruck, « Saincte et precieuse deformité ». Expérimentations littéraires de la laideur à la Renaissance, Paris, Classiques Garnier, 2024.

    75Pour la bibliographie et des références antiques, V. Huet, « Rire (Rome) », in L. Bodiou et V. Mehl (dir.), Dictionnaire du corps, op. cit., p. 550-552. Au-delà de la caricature : l’ouvrage de P. Monteil, déjà ancien (Beau et laid, contribution à une étude historique du vocabulaire esthétique en latin, Paris, C. Klincksieck, 1964) fait clairement le lien entre laideur physique et morale, tout en abordant le laid comme antivaleur du beau. Pour le monde romain, les approches, plus rares, ont souvent le même prisme que pour le monde grec (le théâtre, le handicap, la vieillesse, le rire, etc.). M.-H. Garelli, « L’acteur laid ou le physique de l’emploi : une fiction ? », in M.-H. François-Garelli et V. Visa-Ondarçuhu (dir.), Corps en jeu. De l’Antiquité à nos jours, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, p. 235-250 ; P. Montlahuc, Le pouvoir des bons mots : « faire rire » et politique à Rome du milieu du iiie siècle a. C. jusqu’à l’avènement des Antonins, Rome, BEFAR, 2017 et C. Husquin, op. cit., p. 11-29. Plus largement, les publications sur la vieillesse, les marginaux ou les exclus abordent plus ou moins directement la laideur.

    76U. Eco (dir.), Histoire de la laideur, Paris, Flammarion, 2007.

    77U. Eco (dir.), Histoire de la beauté, Paris, Flammarion, 2004 et, plus directement sur sa période de prédilection, U. Eco, Art et beauté dans l’esthétique médiévale, Paris, Grasset, 1997.

    78M. Ribon aborde la question en philosophe : L’archipel de la laideur. Essai sur l’art et la laideur, Paris, Éditions Kimè, 1995. Parmi les travaux récents, se reporter à O. Chiquet, Penser la laideur dans l’art italien de la Renaissance. De la dysharmonie à la belle laideur, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022, p. 289-301 pour la bibliographie.

    79G. Boëtsch et B. Andrieu (dir.), Dictionnaire du corps, Paris, Éditions du CNRS, 2006 (avec l’entrée « Beauté/Laideur » de Y. Le Pape et les renvois à « bijou, body art, chirurgie esthétique, Éros, maquillage, parure, souillure ») et M. Marzano (dir.), Dictionnaire du corps, Paris, Presses universitaires de France, 2007 (avec le long article d’O. Pfersmann, « Beauté » et les renvois à « artificiel, émotion, maquillage, mode, nature et culture, plaisir, presse », mais aucune notice « laideur »).

    80C. Sagaert, « La laideur, un redoutable outil de stigmatisation », Revue du MAUSS, 40, 2012, p. 239-256 ; « La laideur, des mots aux maux », in F. Bancaud (dir.), op. cit., p. 14-33. L’autrice offre une analyse genrée dans Histoire de la laideur féminine, Paris, Éditions Imago, 2015. Ses travaux croisent la notion de stigmate, en particulier au prisme du racisme.

    81Entre autres, D. Le Breton, Des visages. Essai d’anthropologie, Paris, Métailié, 2004 et « Le racisme ou l’inéluctable laideur de l’autre. Des corps méprisables », in F. Bancaud (dir.), op. cit., p. 127-136.

    82C. Sagaert, « De la laideur au suicide », Interrogations ? Revue pluridisciplinaire de sciences humaines et sociales, 14, 2012, p. 88-104.

    83V. Nahoum-Grappe, « Les canons de la laideur », Beauté, laideur, Communications, 60, 1995, p. 29-47, 30. Dans sa thèse, sous la direction de J.-L. Flandrin, en 1985, elle faisait une large place à l’histoire sur cette question : Beauté et laideur : un essai de sémiologie historique : l’esthétique du corps en question dans l’espace culturel français, xvie-xviiie siècle. Voir aussi, avec une autre approche disciplinaire, « Beauté et laideur : histoire et anthropologie de la forme humaine », Chimères. Revue de schizoanalyses, 5-6, 1988, p. 1-27.

    84Dans l’importante bibliographie de M. Foucault sur le corps, une conférence donnée sur France Culture en 1966 (« Le corps utopique »), récemment publiée fait une large place à la question de la laideur : M. Foucault, Le corps utopique. Les hétérotopies, Paris, Éditions Lignes, 2019. Voir aussi F. Boullant, « Michel Foucault. Le réseau des corps », in D. Memmi, D. Guillo et O. Martin (dir.), La tentation du corps. Corporéité et Sciences sociales, Paris, Éditions de l’EHESS, 2009, p. 47-69. Le juriste J.-C. Jobart aborde la question d’une possible définition de la norme (esthétique) en droit : « Laideur objective et beauté subjective du corps en droit », Droit et société, 80, 2012, p. 189-210.

    85A. Busine, Laideurs de Sartre, Villeneuve-d’Ascq, Presses du Septentrion, 1986.

    86On retient aujourd’hui surtout la chanson Des laids, des laids, avec son refrain « la beauté cachée des laids, des laids, se voit sans délai, délai » (paroles de S. Gainsbourg pour son album Aux armes et caetera, 1979) ou sa formule « la laideur a ceci de supérieur à la beauté qu’elle ne disparait pas avec le temps ». En 1971, il répondait à une interview de Denise Glaser autour de son physique dans l’émission Discorama [https://mediaclip.ina.fr/fr/i19109731-serge-gainsbourg-a-propos-de-sa-laideur.html] : il expliquait être devenu cynique au « contact de ceux qui l’agressaient sur sa laideur » alors qu’il était plutôt un « enfant romantique ».

    87M. Tsikounis, « Comment faire carrière avec une “gueule d’empeigne”. Michel Simon à l’écran (1924-1949) », Beauté, Laideur, Communications, 60, 1995, p. 109-130.

    88J.-P. Sartre, Les Mots, Paris, Gallimard, 1964, p. 210-211.

    89P.-L. Lensel, Éloge des moches, Paris, Perrin, 2024.

    90A. Pfeiffer, Le goût du moche, Paris, Flammarion, 2021.

    91Pour un croisement entre la question du laid, du genre et du vulgaire : V. Rey-Robert (dir.), Vulgaire, qui décide ?, Paris, Les Insolentes, 2024.

    92A. Rodin, op. cit., p. 43 et 51.

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    Mehl, Véronique. « Sur la voie d’une histoire des laideurs ». In Laideurs grecques, édité par Véronique Mehl et Maria Patera. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2026. doi:10.4000/1692z.
    Mehl, Véronique. « Sur la voie d’une histoire des laideurs ». Laideurs grecques, édité par Véronique Mehl et Maria Patera, Presses universitaires de Rennes, 2026, https://doi.org/10.4000/1692z.

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    Mehl, V., & Patera, M. (éds.). (2026). Laideurs grecques. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/1693d
    Mehl, Véronique, et Maria Patera, éd. Laideurs grecques. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2026. doi:10.4000/1693d.
    Mehl, Véronique, et Maria Patera, éditeurs. Laideurs grecques. Presses universitaires de Rennes, 2026, https://doi.org/10.4000/1693d.
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