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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Librairie indépendante ou librairie de qualité ? Encadré 12. – La librairie de création selon l’Adelc Le jeu des labels : vers un élargissement progressif des critères Encadré 13. – La subvention VAL pour la mise en valeur du fonds du Centre national du livre Valorisation de la professionnalisation Notes de bas de page

    Le petit commerce de l’indépendance

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre V. L’indépendance, un enjeu institutionnel et politique

    p. 113-134

    Texte intégral Librairie indépendante ou librairie de qualité ? Encadré 12. – La librairie de création selon l’Adelc Le jeu des labels : vers un élargissement progressif des critères Le label LIR Un second label Encadré 13. – La subvention VAL pour la mise en valeur du fonds du Centre national du livre Valorisation de la professionnalisation Notes de bas de page

    Texte intégral

    1L’objectif de ce chapitre est de cerner la vision de la librairie indépendante portée et encouragée par les organismes publics et professionnels en France, et de clarifier deux notions qui lui sont associées de manière plus ou moins implicite : celles de qualité et de professionnalisation. Car la librairie indépendante, telle qu’elle s’incarne aujourd’hui, en ville comme en zone rurale, n’est pas seulement un ensemble de commerces aux caractéristiques et identités multiples. C’est aussi le produit de divers jugements, injonctions et recommandations qui contribuent à en façonner les contours et les modalités d’exercice. Les interactions entre l’existant – les librairies « réelles » – et le souhaité – les librairies « idéales » correspondant à un ensemble de représentations – sont le reflet de rapports de force et renseignent sur les dynamiques du marché du livre en ce début de xxie siècle.

    Librairie indépendante ou librairie de qualité ?

    2Le caractère indépendant des librairies représente, nous l’avons vu (chapitre i), un enjeu particulier pour le syndicat unifié de la profession, le Syndicat de la librairie française. Ce dernier tend à favoriser une définition qualitative de l’indépendance, renvoyant à une autonomie de gestion et de choix d’assortiment, plutôt qu’à une définition strictement juridique, jugée à la fois peu pertinente en pratique et discriminante pour une partie de ses adhérents. Face à la progression d’Amazon depuis les années 2000, les lignes de partage au sein de la vente de détail ont en effet bougé. Si l’opposition aux chaînes et aux enseignes demeure importante pour les librairies indépendantes, elle est moins structurante que par le passé et tend à se recomposer selon deux lignes de fracture. Il y a tout d’abord celle qui oppose les librairies physiques (quel que soit leur statut) aux plateformes de vente en ligne. C’est le schéma dominant au Royaume-Uni, qui dessine un avenir possible de la distribution de livres. Les discours des instances publiques (Centre national du livre, Service du livre et de la lecture au ministère de la Culture) et professionnelles (Syndicat de la librairie française, Adelc) en France font cependant apparaître une seconde ligne de fracture opposant, au sein cette fois des librairies physiques, les structures qui sont perçues comme étant « de qualité » et les structures « médianes », pour reprendre le terme euphémisé d’un responsable de politique publique interrogé. Il existe ainsi tout un jeu d’échelles et de subdivisions pour définir, et contribuer à faire advenir, une certaine forme de librairie indépendante définie par la qualité.

    3Mais qu’est-ce qu’une librairie « de qualité » ? Le terme, tout aussi flou que celui d’indépendance, et singulièrement normatif, renvoie aux catégories de jugement des locuteurs, à leurs principes de vision et de division du secteur du livre et, plus largement, de la culture. Il est inséparable d’une conception à la fois esthétique et politique qui tend à valoriser des valeurs aussi abstraites que la personnalité, l’originalité et la distance par rapport à une offre éditoriale qualifiée de mainstream, c’est-à-dire tout à la fois quelconque et dominante, liée à la culture de masse1. Ces valeurs sont en premier lieu portées par l’Adelc, l’organisme représentant les éditeurs de littérature générale, qui joue un rôle central dans l’attribution des aides à la création de librairies depuis plus de trente ans en leur apportant « les moyens de se développer et de conserver leur indépendance2 ». Le soutien de cet organisme, synonyme de sérieux du projet, conditionne bien souvent l’obtention de tout un ensemble d’aides publiques. Son rôle de déclencheur pour les autres organismes financeurs est comparable à celui du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) dans le secteur du cinéma et de l’audiovisuel. Il ne saurait donc être sous-estimé dans l’imposition d’une certaine vision de la librairie « idéale ».

    4Le type d’établissement que cherche à favoriser l’Adelc relève de ce que l’association appelle la librairie « de création » (voir encadré 12, infra), qui répond à la vision, inspirée par Jérôme Lindon, d’une prise de risque du libraire et d’un suivi des éditeurs sur le temps long, permettant de défendre « la création éditoriale », c’est-à-dire les ouvrages dont le cycle de reconnaissance est généralement lent3. Un tel engagement du libraire est rendu possible par un jeu de péréquation entre la vente d’ouvrages commerciaux et d’ouvrages plus difficiles, que le libraire contribue à faire connaître et à diffuser. La librairie de création se caractérise ainsi par une position d’avant-garde et le libraire est appelé à y jouer un rôle d’éclaireur intellectuel partageant une « communauté de destin », selon les termes de l’Adelc, avec l’éditeur. Il s’agit sans conteste d’une vision haute et exigeante de la librairie, qui ne peut correspondre à l’ensemble du réseau existant, mais qui répond indéniablement aux aspirations de certains libraires, à l’instar de cette responsable installée en Seine-Saint-Denis :

    « Alors à un moment, il faut qu’on fasse notre boulot, comme on l’avait fait pour [Samuel] Beckett. Moi c’est mon exemple, forcément. Ça a été trop important pour moi de lire Beckett. C’est finalement ma façon de rendre hommage à ces librairies. Et je crois qu’un livre, quand on ne l’a jamais lu, finalement, c’est une nouveauté. Donc jouons la nouveauté dans ce sens-là. »

    Encadré 12. – La librairie de création selon l’Adelc

    « Le terme de “librairie de création” marque en lui-même le lien entre un type de vente de livres au public et la défense d’une certaine idée de la création éditoriale. Ce lien se décline à travers plusieurs principes : la prise de risque sur des auteurs, particulièrement des auteurs non encore confirmés ou dont l’audience n’est pas proportionnelle à la dimension culturelle ou intellectuelle de leur œuvre ; l’engagement à long terme auprès d’eux grâce à des politiques de catalogue, pour les uns, et au maintien d’une offre de livre de fonds, pour les autres ; la recherche d’un équilibre économique global où les gains tirés des meilleures ventes financent les titres de qualité dont la rentabilité n’est pas immédiate. Cette communauté de destin entre éditeurs et libraires “de création” se prolonge à travers une relation commerciale privilégiée, dans l’esprit de la loi du 10 août 1981, qui place au premier plan la dimension qualitative de la relation entre l’éditeur et la librairie *. »

    * Source : [http://www.adelc.fr/], consulté le 15 septembre 2023.

    5D’une manière quelque peu simplifiée, on peut ainsi opposer les « vraies » librairies, caractérisées par des choix d’assortiment originaux par rapport aux locomotives commerciales du moment, dirigées par des personnes compétentes et formées, capables d’opérer une péréquation entre titres à rotation rapide et titres à rotation lente, qui incarnent la référence pour les instances de financement comme l’Adelc, à deux types de magasins moins prisés : tout d’abord les librairies « traditionnelles », « plan-plan », « tièdes », « qui ont un peu vieilli », « qui ronronnent4 » ; et les « lieux » développant de la vente de livres au sein d’une proposition commerciale plus vaste (café, événements, jeux, etc.), qui sont apparus récemment5. Ces derniers sont généralement considérés avec une certaine suspicion, ou tout au moins avec perplexité par les instances publiques, pourtant promptes à entonner l’adage selon lequel « tout ce qui fait progresser le livre est bon ». Le secrétaire général de l’Adelc souligne ainsi l’importance de la formation des libraires :

    « Aujourd’hui, on a tendance à mettre en avant des lieux qui sont portés par des gens qui ne sont pas libraires et qui pensent qu’ils vont réinventer la roue de brouette. Parfois, de ces gens-là, on fait de très bons libraires. Ils sont portés par un élan, ils ont une culture générale, ce sont de grands lecteurs. Mais ils ont accepté l’idée de passer par des formations. […] Libraire, c’est un métier qui s’exerce sans diplôme. Vous ne pouvez pas être boucher, coiffeur, vendre des vélos sans diplôme… alors que la librairie oui. Le fait d’avoir envie d’apprendre rend la chose possible. »

    6Lors de l’évaluation des dossiers de demandes d’aides à la création de nouvelles librairies, ou de reprises, la commission d’examen de l’Adelc prend en compte des éléments subjectifs et personnels afin de cerner « à qui ils ont affaire » :

    « Je pose toujours les questions les plus désagréables, parce que c’est ça qui va nous faire avancer. On est durs au départ peut-être, on essaie de poser les bonnes questions avec le comité d’engagement. […] On va aller vraiment au fond, très au fond des choses, y compris des choses très personnelles. À partir du moment où on va aider, on va entrer dans la famille, on va être actionnaire, apporter du compte-courant, on va chercher à en savoir beaucoup sur la personne. On est totalement subjectifs, totalement. On décide de croire en une personne… et on va peut-être se tromper. Mais on se trompe assez peu. »

    7L’importance accordée par l’Adelc à la personnalité du ou des responsables individuels fait que les structures de décision collégiales de type Société coopérative et participative (SCOP) ou Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), qui ne permettent pas d’identifier un interlocuteur unique, ne sont généralement pas aidées par l’association6. Derrière la multitude d’incarnations possibles de la librairie indépendante se dessine ainsi une figure de référence qui est clairement une librairie d’offre caractérisée par une proposition culturelle forte et singulière, au statut juridique « classique » incarné par des personnes identifiées. Un modèle auquel peinent à se conformer les établissements intermédiaires, qui ne sont ni de grandes librairies de référence comme Ombres blanches à Toulouse, régulièrement citée en exemple par les administrateurs publics et professionnels, ni de petites librairies de quartier « méritantes » et dynamiques qui se sont développées ces dernières décennies. Ces établissements occupent un entre-deux traditionnel dévalorisé, considéré comme peu à même de relever les défis de la vente de livres physiques à l’heure d’Internet, et leur disparition progressive est considérée comme inéluctable par l’Adelc :

    « Des librairies très moyennes, pour ne pas dire médiocres, sont reprises par des gens qui sont libraires, qui font le ménage, qui font rentrer une offre un peu plus pensée, qui suppriment des articles, et qui font une autre librairie, très transformée. Avant, il y avait un point de vente, maintenant il y a une librairie. »

    8Le contenu du cours sur la constitution de l’assortiment en librairie à l’INFL/École de la librairie fournit une illustration concrète des qualités valorisées par la profession. Dispensé par un libraire expérimenté, le module a pour objectif d’apprendre aux futurs responsables de librairie à constituer leur assortiment en prenant en compte divers facteurs : leur zone de chalandise (la concurrence, l’environnement géographique et culturel et les caractéristiques de la population), la production éditoriale (les meilleures ventes, l’actualité, la production disponible), leurs contraintes économiques, et enfin l’identité de la librairie qu’ils ou elles aspirent à créer. Tout en insistant sur la nécessité de faire des compromis, c’est ce dernier élément que le formateur valorise le plus :

    « L’image de la librairie, c’est hyperimportant. C’est votre cap et la raison pour laquelle vous faites ce métier. Si vous perdez ça de vue, si vous cherchez surtout à avoir ce qu’on peut trouver partout, vous allez vous retrouver avec un Relais H [rires]. L’intérêt de la librairie indépendante, c’est qu’il n’y en a pas deux pareilles. Et il faut de plus en plus l’assumer parce que c’est ça qui permet de faire la différence. Couvrez les tables des livres que vous aimez, des livres qui vous ressemblent, que vous serez heureux de vendre à vos clients. Affirmez-vous. […] Frappez fort dès le début. Il faut avoir confiance dans votre capacité de prescription. Si vous faites une librairie un peu tiède, vous ne vous y reconnaîtrez pas. »

    9Une fois le socle économique assuré, c’est bien « l’âme » et la singularité de chaque projet qui tend donc à être le critère déterminant d’une librairie indépendante de qualité. Critère qui n’est pas sans évoquer « l’esprit » et le « style » associés au cinéma d’Art et essai, au-delà des calculs complexes présidant à l’octroi du label. Soit quelque chose de tout à la fois indéfinissable et indépassable7.

    Le jeu des labels : vers un élargissement progressif des critères

    10La vision de la librairie engagée par les politiques publiques ne peut être séparée, en dépit de ses spécificités, d’autres secteurs des industries culturelles comme le cinéma. En matière culturelle, l’action publique se situe en effet depuis les années 1980 à l’intersection de deux tendances contradictoires que sont la valorisation de la diversité de la production et des acteurs et le renforcement des critères économiques d’évaluation des activités. La puissance publique joue depuis la fin des années 1970 en France un rôle de recours face à la logique de marché et ce phénomène n’a fait que s’accentuer avec l’affirmation de la notion d’exception culturelle dans les négociations internationales8. Le marché, qui avait représenté une voie d’émancipation au xixe siècle, s’est transformé en une source d’hétéronomie pour les acteurs les plus fragiles, qui se sont progressivement tournés vers l’État pour obtenir soutien et subventions face à une pression commerciale grandissante et à une concentration renforcée. L’intervention publique est devenue indispensable au maintien d’une certaine diversité des productions et des structures, même si la notion n’est pas non plus dénuée d’ambiguïté9. Pour autant, le rôle de l’État est paradoxal dans la mesure où le déploiement des politiques culturelles à partir de 1981 a également contribué à la diffusion d’une vision économique de la culture. Il s’agit, selon le célèbre mot d’ordre de Jack Lang, de réconcilier l’économie et la culture et de considérer le secteur culturel comme devant être rentable, comme une source d’emplois et de revenus. Les références gestionnaires et managériales ont ainsi progressivement remplacé, chez les hauts fonctionnaires du ministère de la Culture, les références du militantisme culturel de la période précédente10. On peut considérer, avec Vincent Dubois, que le développement de la politique culturelle a joué « un rôle moteur dans l’exportation des modes de pensée de l’économie vers le champ culturel11 ».

    11Tout comme dans le secteur du cinéma, les aides publiques dispensées à la librairie participent de l’élaboration d’une définition officielle de la qualité qui s’inscrit dans la vision traditionnelle en France de la culture légitimée par la reconnaissance de l’État12. La création de deux labels pour distinguer les librairies « de référence », entre 2009 et 2011, en fournit une illustration directe dans la mesure où elle constitue un exemple rare de labellisation de commerces tels que les librairies, que l’on peut assimiler à une forme de brevet de moralité13. L’idée avait été lancée dès la fin des années 1970 par François Mitterrand qui, dans une lettre à Jérôme Lindon, évoque la possibilité « d’établir le classement d’un certain nombre de librairies remplissant une mission culturelle incontestable dans une catégorie de “librairies d’art et essai” ». Ces dernières, directement inspirées des salles de cinéma du même nom, « pourraient bénéficier d’avantages fiscaux et de facilités de crédits14 ».

    12L’idée sera reprise par Antoine Gallimard dans son rapport de 2007 au ministère de la Culture sur la situation des librairies indépendantes, qui préconise la création d’un tel label pour « préserver l’un des maillons essentiels de la chaîne du livre » : « les libraires méritent, dans un contexte difficile, que leur soit octroyé un statut spécifique doté d’une visibilité efficace et assorti de mesures de compensation15 ». Destiné à envoyer un « signal de qualité parmi d’autres », ce label va progressivement devenir, selon les termes d’un responsable du ministère de la Culture et de la Communication :

    « Un canon pour les agents du ministère qui sont sur le territoire, une manière d’accompagner les librairies vers la qualité. Il peut être intéressant pour les inciter à augmenter leur assortiment, à le diversifier, à développer leur politique d’animation. »

    13Tout à la fois outil de dialogue et levier d’action pour la puissance publique, le label devient un dispositif puissant d’orientation de la librairie en France grâce à un système complexe d’incitations. Le contexte entourant sa création à la fin des années 2000 est particulier et mérite d’être rappelé. Le délégué général du SLF évoque un climat marqué par la « frénésie numérique » : « Certains considéraient que la moitié des librairies allaient disparaître, emportées par le tsunami numérique. L’idée c’était : quelle partie du réseau on sauve ? » Au Service du livre et de la lecture, on se souvient d’une ambiance apocalyptique : « Il fallait marquer les maisons qu’on voulait sauver, avec l’idée que le livre allait mourir. » Les librairies vont pouvoir, d’une certaine manière, profiter de ce contexte alarmiste pour « forcer leur destin » en parvenant à placer le maillon de la distribution du livre au centre des discussions entre l’interprofession et le ministère de la Culture et de la Communication.

    14Nous sommes en 2009, au moment des négociations tripartites entre le ministère, le SNE (pour l’édition) et le SLF (pour les librairies) pour s’accorder sur un socle de critères définissant l’accès au label qui va être créé par décret pour « récompenser les librairies qui font un bon travail », comme le rappelle le délégué général du SLF. Sur un marché du livre de plus en plus concurrentiel, avec des acheteurs souvent peu conscients de l’existence de la loi sur le prix unique du livre, l’idée est d’introduire un critère de qualité permettant de valoriser les structures indépendantes qui contribuent à maintenir la place des titres de fonds16 en librairie et à diffuser le livre sur l’ensemble des territoires. Les objectifs affichés par le label sont les suivants : « Reconnaître, valoriser et soutenir les engagements et le travail qualitatif des libraires indépendants » ; « Valoriser, auprès de la clientèle et des partenaires de la librairie, la qualité de l’accueil, des services et de l’assortiment17. » Selon le délégué général du SLF, deux visions vont s’opposer au cours des négociations :

    1. Une vision « élitiste », portée par Benoît Yvert, le directeur du CNL et de la Direction du livre et de la lecture (DLL) au sein du ministère de la Culture. Ce dernier envisage de labelliser « la crème des librairies pour la crème des lecteurs », c’est-à-dire les 200 « meilleures » librairies, qui promeuvent les titres les plus pointus, au détriment de l’extrême variété du réseau sur l’ensemble du territoire. L’intention est de définir un contingent restreint de 150 à 200 librairies, c’est-à-dire « les librairies d’excellence ».

    2. Une vision plus territoriale et différentielle, défendue par le SLF, qui souhaite soutenir le cœur des librairies indépendantes sans pour autant laisser de côté les quelque 2 000 autres librairies qui promeuvent également des titres plus grand public, ou proposent un assortiment moins étendu du fait de leur taille, en suivant une péréquation classique. Pour le SLF, ce sont justement les librairies isolées, implantées dans des territoires moins peuplés, généralement moins élitistes, qui méritent d’être aidées, alors que pour le ministère, c’est aux régions de les prendre en charge.

    15L’idée de répliquer l’ingénierie appliquée par le CNC aux salles classées Art et essai, qui pondère ses critères en fonction de l’environnement socio-économique des salles et des caractéristiques de chaque bassin de population, ne sera finalement pas retenue par le ministère, malgré le souhait du SLF. Le parallèle avec le secteur du cinéma est cependant troublant, à plusieurs décennies de distance. Les années 1980 ont en effet été l’occasion d’une réorientation profonde de l’action publique en direction du secteur du fait de la forte chute de la fréquentation cinématographique. Le ministère Lang a mis en place plusieurs dispositifs de soutien à la petite et moyenne exploitation pour résister aux multiplexes, tout en impulsant un système d’aide complexe aux salles labellisées. De la même manière que pour les librairies, deux visions se sont opposées à l’époque, entre les tenants d’un classement restrictif prôné par les fondateurs de l’Art et essai, principalement issus de la critique cinématographique, et les partisans d’une extension du label à un nombre significatif des salles de cinéma, qui étaient issus de l’exploitation18.

    Le label LIR

    16Le label LIR (librairies indépendantes de référence) est donc créé en 2009. Avec 514 librairies labellisées dès la première année d’existence19, c’est un moyen terme entre ces deux visions qui s’est imposé. Le SLF estime qu’un chiffre aux alentours de 700 serait plus représentatif de la diversité des librairies « de qualité » sur le territoire tandis que le ministère juge que la commission a fait preuve d’une grande bienveillance en examinant les dossiers, aboutissant à un contingent de labellisés quatre fois supérieur à ce qui était prévu. Les structures labellisées sont de toutes tailles, réparties sur l’ensemble du territoire, dans des villes petites à moyennes comme dans de grands centres urbains. On y trouve de grosses et anciennes librairies régionales telles que Mollat à Bordeaux (2e librairie de France par son chiffre d’affaires, avec une surface de 2 700 m2) ou Sauramps-Odyssée à Montpellier, ainsi que de petites structures d’une cinquantaine de mètres carrés, dont certaines font partie de notre échantillon.

    17Pour candidater, trois conditions doivent être remplies, qui correspondent à la définition de l’indépendance selon le code général des impôts. Le premier critère a trait à la taille de l’établissement : être une petite ou moyenne entreprise selon la définition communautaire, c’est-à-dire avoir un effectif inférieur à 250 salariés et déclarer un chiffre d’affaires annuel inférieur à 50 millions d’euros. Les deux autres conditions portent sur l’indépendance capitalistique : la moitié au moins du capital doit être détenue par des personnes physiques et il ne peut y avoir de contrat de franchise avec une autre entreprise. La sélection des dossiers est ensuite réalisée par une commission du CNL rassemblant des professionnels du livre et des représentants de l’État et des collectivités locales20. Les critères retenus ont cette fois trait à :

    • la réalisation d’au moins 50 % du chiffre d’affaires avec la vente de livres neufs au détail ;

    • l’étendue de l’assortiment (« proposer à la vente une offre diversifiée de titres21 ») ;

    • la part des frais de personnel dans le chiffre d’affaires annuel (au moins 12,5 %) ;

    • l’organisation régulière d’animations culturelles, les critères appréciés étant la régularité, la qualité et la diversité de ces dernières.

    18À l’exception du premier critère, il s’agit donc d’éléments qualitatifs relativement peu contraignants, qui tendent à valoriser le versant social et culturel de l’activité des librairies indépendantes, tout en excluant les librairies de groupe, les enseignes et les franchisés comme les Cultura et les Fnac, qui ne peuvent candidater. Le caractère subjectif de ces critères laisse une marge de manœuvre aux commissions en charge d’évaluer les dossiers. L’organisation d’animations permet ainsi de différencier les librairies des enseignes sans avoir à opérer de distinctions fastidieuses entre les établissements. Les simples signatures ou dédicaces d’auteurs, telles que les pratiquent les Fnac, ne sont ainsi pas considérées comme de véritables animations qualitatives.

    19Le SLF souhaitait au départ établir une différenciation entre librairies, avec des critères fins et objectifs sur le modèle des salles de cinéma labellisées Art et essai qui auraient entraîné une automaticité de l’aide. De tels critères auraient en effet permis de cerner la qualité du travail de chaque établissement, et d’ouvrir droit à une exonération automatique de la taxe professionnelle. Mais le Conseil d’État a refusé, afin de rester dans le cadre des critères définis par le code des impôts. Pour autant, le CNL n’applique pas les mêmes niveaux d’exigence entre les petites librairies et les grandes, grâce à un jeu de coefficients prenant en compte la taille de la commune et l’environnement socio-économique de chacune, et cherchant à situer chaque projet au sein d’une configuration globale, combinant critères quantitatifs et qualitatifs. Au fond, ce qui transparaît dans les entretiens et les documents officiels analysés, c’est que le dispositif cherche avant tout à mesurer l’engagement et le mérite des structures sélectionnées, et ce d’autant plus que leur environnement concurrentiel est jugé défavorable.

    Un second label

    20Le label LIR engage ainsi une certaine vision de la librairie : indépendante juridiquement, celle-ci s’appuie sur un personnel qualifié pour développer un projet culturel affirmé, ce qui ne correspond pas au profil de tous les adhérents du SLF. Pour répondre aux attentes des libraires n’entrant pas dans le périmètre du label LIR, notamment du fait de leur appartenance à des groupes éditoriaux comme Gallimard-Flammarion ou Minuit, un second label est créé à peine deux ans plus tard. Le critère lié à la maîtrise du capital est abandonné, donnant naissance au label « LR » (librairies de référence) qui ne mentionne plus l’adjectif « indépendant ». L’importance relative de ce dernier trouve sa traduction dans le visuel du logo unique créé pour les deux labels (voir ci-contre), le « i » d’indépendance apparaissant en petit par rapport au « L » et au « R » majuscules, et servant de jambage au « R » (figure 1).

    Figure 1. – Le logo des labels LIR et LR.

    21L’argument pour la création d’un second label est que les structures gérées par des groupes d’édition et certains groupements de libraires ne sont certes pas indépendants au sens juridique du terme, mais participent au maintien d’un fonds diversifié tout en étant maîtres de leur assortiment. Plutôt que l’indépendance juridique, c’est donc l’autonomie de gestion et d’assortiment qui est valorisée, véritable frontière symbolique entre les simples « vendeurs de livres », pour reprendre l’expression de Robert Escarpit, pilotés par des centrales d’achat, et les « vrais libraires22 ». Bien que plus faibles sur le plan numérique, ces structures réalisent tout autant que les premières un travail de promotion de la littérature et d’animation culturelle, tout en générant le plus souvent un important chiffre d’affaires. Le principal critère retenu par le second label le dit clairement : « Le ou les responsables de la librairie doivent disposer d’une pleine et entière liberté de décision quant à la constitution et la gestion courante de leur assortiment, ce qui exclut toute centralisation ou pilotage des achats23. »

    22Il est intéressant de remarquer que c’est avant tout la dimension symbolique qui a pesé dans la création de ce second label. Pour les salariés de librairies appartenant à des maisons d’édition par exemple, il est important de voir leur travail reconnu comme étant aussi qualitatif que celui des libraires indépendants sur le plan juridique. Et ce d’autant plus que la création du label LIR a été préconisée par Antoine Gallimard, dont l’entreprise possède plusieurs librairies. On touche ici à l’importance de la reconnaissance par l’État des acteurs culturels, comme le confirme Thierry Auger, en charge de la librairie au CNL :

    « Le label a pris tout de suite une dimension symbolique, personnelle même, extrêmement forte. Le label, c’est toute la foi qu’ils [les libraires] y mettent quotidiennement. Si on leur refuse, c’est un déni de la qualité de leur travail. On a beau expliquer que c’est dans un certain cadre…… C’est une reconnaissance du ministère et de la profession. »

    23Parallèlement à ces structures de grosse taille, un autre type de librairie est également concerné par cette extension de périmètre du label : les petits établissements qui ne peuvent atteindre le seuil de 12 % de chiffre d’affaires consacré aux frais de personnel pour la bonne raison que leurs responsables ne se paient généralement pas, ou très peu. Comme le souligne Guillaume Husson au SLF :

    « C’était la double peine pour elles, une vraie catastrophe. Une librairie qui fait depuis des décennies un boulot de qualité dans un endroit reculé, contre vents et marées, et qui n’a pas le droit au label du ministère de la Culture, c’est incompréhensible. »

    24Afin d’inclure ces petites structures dans le nouveau label, le seuil des frais de personnel est abaissé à 10 % pour les établissements dont le chiffre d’affaires est inférieur à 600 000 euros. L’extension du domaine de la librairie qualitative s’opère donc dans deux directions opposées : vers les petites structures généralement très fragiles économiquement et vers les plus grosses, qui s’appuient sur un groupe éditorial, à l’instar de La Procure, de la librairie du Centre Pompidou (qui appartient à Flammarion), ou encore de la librairie Compagnie (Minuit).

    25L’intérêt pour les librairies ainsi reconnues par l’un ou l’autre label est également d’ordre financier puisque la labellisation ouvre droit à une exonération, non automatique, de la fiscalité locale des entreprises, la CET (contribution économique territoriale)24 et donne accès à une subvention spécifique du CNL pour la mise en valeur du fonds et de la création éditoriale en librairie, le fonds VAL (encadré 13, infra). L’exonération est tout sauf symbolique pour les établissements concernés : à La Maison du livre à Rodez, elle représente 25 000 euros par an, soit la quasi-totalité du résultat (30 000 euros) et 1 % du chiffre d’affaires25. Selon l’étude du cabinet d’études Xerfi, le bénéfice de la librairie indépendante repose en grande partie sur des dispositifs fiscaux tels que l’exonération de la CET et sur le CICE26. Enfin, et ce point n’est pas non plus négligeable, le label LIR donne la possibilité de bénéficier de conditions commerciales plus favorables pour les librairies labellisées chez certains gros fournisseurs comme Hachette et Interforum27.

    Encadré 13. – La subvention VAL pour la mise en valeur du fonds du Centre national du livre

    Comprise entre 3 000 et 8 000 euros, la subvention accordée aux librairies pour la mise en valeur des fonds et de la création éditoriale (VAL) « a pour objet de récompenser les librairies labellisées LIR (Librairie indépendante de référence) ou LR (Librairie de référence) qui donnent accès au public à un assortiment de livres neufs diversifié et de qualité dans un lieu attractif, en lui proposant un accueil et un service professionnalisés * ».

    Deux séries de critères sont étudiées en commission :

    « Qualité et valorisation de l’assortiment » (pondérée par un coefficient 20) : le nombre de références par rapport au chiffre d’affaires et à la surface ; la qualité de l’assortiment ; la part du fonds dans le chiffre d’affaires ; la place dévolue à des rayons tels que la poésie, le théâtre et les sciences humaines et sociales ; la rotation du stock ; les tables et vitrines thématiques (les librairies doivent fournir des photos) ; les opérations de valorisation de catalogues ou du fonds.

    « Attractivité du lieu et qualité de service » (pondérée par un coefficient 5) : l’attractivité du magasin ; la lisibilité de l’offre ; la qualité du site Web et de l’utilisation des réseaux sociaux ; l’utilisation d’outils numériques sur Internet permettant de géolocaliser la librairie.

    Les éventuelles contraintes liées à l’environnement local de la librairie (isolement accentué si cette dernière est située dans un département rural ou ultramarin, caractéristiques sociodémographiques défavorables au commerce de livre, concurrence exceptionnelle, etc.) sont prises en compte par l’attribution d’un bonus qui varie de 0 à 4 et qui est pondéré par un coefficient 5.

    Source : [https://centrenationaldulivre.fr/aides-financement/aide-aux-librairies-pour-la-mise-en-valeur-des-fonds-et-de-la-creation-editorial], consulté le 15 juillet 2023.

    26On aurait pu imaginer qu’un label à deux niveaux permettrait d’inclure l’ensemble des librairies physiques pouvant se reconnaitre dans la vision qualitative et méritante défendue tant par l’organisme représentatif de la profession que par la puissance publique. Or un ultime rebondissement est venu ajouter en 2017 de nouveaux prétendants à un édifice déjà complexe. Profitant d’un amendement sénatorial visant à modifier les critères d’attribution du label LIR, certaines chaînes de librairies (Le Furet du Nord, Decitre, Gibert Joseph, Gibert Jeune), exclues du double dispositif du fait de leur taille et de la structure de leur capital, ont en effet fait pression pour obtenir un assouplissement des critères leur permettant d’obtenir l’exonération de la CET. Dans une tribune publiée dans le magazine professionnel Livres Hebdo, leurs responsables ont contesté l’attribution du label à une minorité de 550 librairies sur les 3 000 existantes en France, dénonçant une inégalité de traitement de la part du syndicat et du ministère de la Culture28.

    27Conscient des difficultés des chaînes traditionnelles à l’origine de la demande, qui sont par ailleurs membres du syndicat, le SLF a accueilli cette extension avec circonspection : « Si tout le monde entre dans le label, il n’y a plus de label. » La solution trouvée consiste en un système à géométrie variable : les collectivités locales peuvent choisir d’élargir l’exonération à l’ensemble des librairies de leur territoire en respectant certains critères29, ou le réserver aux librairies répondant aux critères définis pour les deux labels. Cette extension a été votée dans le Projet de loi de finance 2019, chaque commune ou communauté de communes décidant au cas par cas de sa politique vis-à-vis des librairies implantées sur son territoire.

    28Le noyau des librairies prises en compte par le premier label, puis par le second, s’élargit donc par cercles concentriques. Réservé au départ aux structures que l’on peut qualifier de « strictement » indépendantes, le label a été décliné et assoupli afin de ne pas exclure des pans importants de la distribution physique. Les difficultés économiques des grosses et des très petites librairies, à chaque extrémité du spectre, ont pesé sur cet assouplissement progressif, qui contribue à homogénéiser les librairies physiques face à la vente en ligne, selon un scénario se rapprochant de la situation britannique. Le risque étant bien entendu de diluer la spécificité de la librairie indépendante à force d’assouplissements. Ces glissements successifs fournissent en tout cas un matériau d’observation privilégié des luttes de définition autour de l’indépendance et de ses critères entre acteurs d’importance économique variable. Défendre les structures indépendantes tout en maintenant la diversité du réseau de distribution du livre s’avèrent des objectifs partiellement contradictoires.

    Valorisation de la professionnalisation

    29L’indépendance ne saurait en effet constituer un critère suffisant pour la puissance publique, comme l’explique un responsable du Service du livre et de la lecture :

    « On n’est pas là pour hiérarchiser, pour distribuer des bons points, mais pour tenir compte de toute la diversité de la librairie française. Même si la diversité a un lien avec l’indépendance, elle n’est pas la garantie en soi de la qualité. On est très contents que les GSA vendent du livre, de même que les GSS. C’est très bien qu’il y ait de la vente en ligne. C’est un objectif assumé de la politique publique. […] On ne vise pas que les aspects nobles de la vente. »

    30En effet, l’adéquation entre indépendance et qualité risque d’ouvrir un droit, pour les librairies ainsi reconnues, à être subventionnées, ce que le ministère de la Culture cherche à éviter, en limitant le nombre de librairies labellisées. L’indépendance est ainsi considérée comme un « indice de qualité, mais pas suffisant », ainsi que l’explique ce même responsable :

    « On assiste petit à petit à un glissement un peu facile vers l’idée que l’indépendance est parée de toutes les vertus, quelle que soit la pertinence du projet économique. Qu’on est du côté du bien contre le mal, intrinsèquement, parce qu’on est libraire. Or l’indépendance ne peut pas être le seul critère. »

    31L’autre critère essentiel pour l’État et les diverses structures distributrices d’aides est en effet celui d’une « vision économique sérieuse », liée au degré de professionnalisation des porteurs de projets. Tout autant que la qualité, le « sérieux économique » est valorisé par les instances représentatives et publiques. Et tout comme l’indépendance, la professionnalisation est une notion complexe à appréhender. Rappelons que pour les sociologues fonctionnalistes, la profession renvoie aux activités professionnelles structurées qui ont obtenu un monopole légal d’exercice de leur activité et qui en contrôlent l’accès, à l’instar des avocats et des médecins. Dans le sillage de la sociologie interactionniste, notamment d’Howard Hughes et de Howard Becker, le terme s’est élargi pour inclure les groupes professionnels moins prestigieux cherchant à s’auto-organiser pour défendre leur autonomie et se protéger de la concurrence, l’accent étant mis sur le processus de professionnalisation30. Les libraires en fournissent une bonne illustration dans leur tentative infructueuse, au xixe siècle, de créer un brevet visant à réserver aux seuls libraires détenteurs d’un savoir-faire minimal la possibilité d’exercer31.

    32La professionnalisation désigne par ailleurs un processus instable impliquant à la fois la reconnaissance de valeurs communes, une identité professionnelle partagée, mais aussi des tensions entre les différents segments du groupe professionnel concerné32. Autant d’éléments qui permettent de caractériser la situation des libraires indépendants qui ont en partage un territoire à défendre face à des concurrents offensifs, mais aussi un ensemble de savoirs professionnels plus ou moins structurés ainsi qu’un socle de compétences. Des compétences régulièrement mises en avant par le SLF, qui exalte la qualité du conseil en librairie et le travail de sélection opéré par les libraires professionnels. Mais le processus de professionnalisation est également inséparable de diverses injonctions – à l’efficacité, à l’amélioration des performances – qui favorisent une certaine uniformisation des pratiques autour de normes communes33. Autant d’éléments a priori éloignés des valeurs portées par les libraires indépendants, pour qui la singularité constitue un socle identitaire particulièrement prégnant (voir chapitre vi). Perçu comme nécessaire par le SLF et le CNL, le renforcement du « professionnalisme » des libraires, associé à une rationalisation et une économicisation des pratiques, ne peut donc que générer des tensions.

    33Du côté du SLF, l’enjeu de la professionnalisation des librairies indépendantes, notamment de petite taille, participe de la volonté d’améliorer leurs performances économiques afin d’assurer leur pérennité. Ce travail se développe dans deux directions. Tout d’abord au travers des actions de lobbying auprès des éditeurs pour obtenir de meilleures conditions commerciales, avec l’exigence d’un socle minimal de remises de 36 % pour tous les points de vente34. Mais aussi en interne, sur le terrain de l’amélioration de leur gestion, avec la création d’outils comme l’Observatoire de la librairie, lancé en 2015, qui permet la mise en réseau des librairies adhérentes. Ces dernières peuvent comparer leur activité à celle des autres librairies du réseau à partir d’un certain nombre d’indicateurs économiques : suivi des stocks, des ventes, des rotations selon les secteurs, des retours35. La plateforme informatique, gérée par la société Tite Live, a été adoptée à ce jour par près de 450 librairies, représentant un tiers du chiffre d’affaires de la librairie indépendante. Elle a été complétée par un outil de suivi des ventes titre par titre (VERSO) qui permet, d’après l’argumentaire du SLF, de mieux piloter leur activité puisqu’il s’agit « de prendre une décision de réassort36 ou de retour en fonction des ventes des autres librairies du réseau, ou de surveiller les meilleures ventes afin de ne rien rater37 ». Le développement d’un tel outil peut être considéré comme une affirmation d’indépendance de la profession et d’émancipation collective vis-à-vis de l’édition et des diffuseurs puisque les libraires financent leur propre outil : « Ce sont des chiffres qui nous appartiennent, qu’on a collectés et construits nous-mêmes38. »

    34L’Observatoire s’inspire de Datalib, un service informatique développé par l’Adelc à partir de 2006, qui propose également un suivi par titre aux 274 librairies abonnées. Il est présenté comme permettant « de développer la réflexion de chacun des libraires du réseau sur l’état des ventes de sa librairie par rapport à ce qu’il peut observer chez ses confrères39 ». Bien qu’en progression, ce type d’outil comparatif n’est pas sans susciter des réticences face au risque de standardisation des pratiques et des assortiments qu’il induit. Ainsi que le fait remarquer un libraire parisien :

    « Mon hypothèse, c’est que les outils informatiques d’aide à la constitution des stocks homogénéisent les fonds. Pour les gens qui arrivent à la librairie en venant d’ailleurs, qui ont besoin d’être rassurés sur l’assortiment, ça leur indique un mix de ce qui se vend partout. Tout le monde se compare, et on a un même profil de libraire indépendant. »

    35L’Adelc s’inscrit en faux contre ce type d’arguments, comme le souligne son secrétaire général :

    « [Datalib] ce n’est surtout pas du copier-coller. Au début, les réticences c’était ça : “On va tous faire la même chose, devenir pareils, standardisation.” Mais qui allez-vous copier ? Il va falloir qu’il y en ait un qui serve de modèle aux autres dans ce cas, et ça ne marchera pas comme ça. Vous allez au contraire souligner vos différences et de temps en temps aller chercher ce que fait très bien untel ou unetelle. […] Un libraire qui a de l’ambition en sciences humaines va regarder ce que fait [la librairie] Compagnie ou Ombres Blanches, il va s’enrichir de ça. C’est de la formation permanente pour ceux qui veulent s’en servir. On les incite beaucoup à le faire. »

    36En Grande-Bretagne, un logiciel de gestion comparable à Datalib et à l’Observatoire de la librairie, Bertline, a été développé par le grossiste Bertram, avant d’être racheté par la Booksellers Association en 2020. Bertline permet de gérer les stocks, les commandes et les réassorts, ainsi que de suivre les ventes de manière efficace. Il n’est cependant également pas sans contrepartie, comme le souligne la responsable d’une librairie créée en 2005 :

    « Maintenant, nos fournisseurs peuvent nous dire quel livre ne marche pas bien. Ils nous envoient un mail, ce qui me gêne. Ils nous font des recommandations de livres à commander. C’est très révélateur de la situation. Ils peuvent envoyer une liste de livres qui se vendent bien ailleurs, et qu’on n’a pas. Je pense que ça va réduire l’accès des clients à la littérature, homogénéiser les choses, et même favoriser les vendeurs en ligne qui n’ont pas de limites physiques. »

    37On voit bien comment de tels outils peuvent contribuer à uniformiser les pratiques, a minima pour ce qui est de la gestion et des relations avec les diffuseurs, en diffusant un modèle de pratiques légitimes et de normes implicites. Ils participent néanmoins d’une volonté de briser l’isolement des libraires en les inscrivant dans des réseaux d’échanges, ainsi que le signale le délégué général du SLF :

    « Il y a des libraires qui ne connaissent même pas le libraire qui est à 30 km de chez eux, et ça fait quinze ans qu’ils sont là. Le simple fait que des libraires se rencontrent à l’échelle d’un département, d’une région, échangent sur leurs pratiques, c’est déjà un premier palier de professionnalisation. »

    38Pour renforcer les liens entre les librairies indépendantes, des contacts ont été pris avec la Fédération des commerces associés, afin de s’inspirer de leurs pratiques de mutualisation :

    « La Fédération nous a dit : “En non-alimentaire, vous êtes les derniers à être indépendants et seulement indépendants. Il n’en existe plus des comme vous.” Ça fait un tout petit peu réfléchir. Oui, c’est spécifique, c’est du livre, c’est de la culture, etc. Mais enfin, c’est aussi du commerce, c’est aussi du centre-ville. »

    39Parvenir à concilier la singularité, indissociable de l’identité indépendante, avec un minimum de convergence des pratiques afin de peser face aux fournisseurs et aux concurrents n’est pas une évidence pour tous les libraires, inquiets de voir se profiler une uniformisation de l’offre et la perte de leur autonomie d’assortiment. L’exemple du réseau de librairies spécialisées en bandes dessinées Canal BD, organisées en Groupement d’intérêt économique (GIE) depuis 2007, fournit pourtant un exemple de mutualisation réussie, qui permet aux adhérents-coopérateurs de négocier leurs conditions d’achat et d’organiser des opérations commerciales communes.

    40Tout en insistant sur la nécessité d’une « adaptation culturelle », le délégué du SLF conclut qu’« il faut que la profession avance parce qu’on n’a pas le choix, parce qu’on est trop fragiles économiquement pour se passer de ça ». L’indépendance est donc une valeur assez plastique pour les instances du SLF, qui est abordée avec pragmatisme. Son affirmation ne doit notamment pas freiner le mouvement de professionnalisation. Bien que constituant le socle de l’identité de la grande majorité de ses adhérents, l’idéal qu’elle représente se doit d’être pondéré par des impératifs de « réalisme », qui se traduisent par l’adoption de toute une série de bonnes pratiques commerciales et de gestion. Les critères de l’Adelc, qui tend à décourager les projets perçus comme économiquement fragiles et irréalistes et à insister sur la formation des aspirants libraires, vient renforcer cette tendance. Une ingénieure de formation inscrite à l’INFL/École de la librairie, avec le projet de reprendre une librairie en Vendée, revient ainsi décontenancée de son premier rendez-vous avec l’Adelc. Les personnes rencontrées lui ont suggéré d’embaucher un libraire de métier afin de l’accompagner dans son projet : « Ils ont tout fait pour nous décourager, on a l’impression qu’ils ont un seul modèle en tête », conclut-elle avec amertume. Les qualités de chef d’entreprise, la capacité à diriger sont également prises en compte par l’association :

    « Certains sont d’excellents libraires, avec dix ou quinze ans d’expérience, mais qui feront de piètres patrons de librairie. Et à l’inverse, on a des gens qui ne sont pas libraires, mais qui ont déjà beaucoup de choses de ce qui va faire un patron, et il leur manque le métier. Ils vont en partie l’apprendre et surtout ils vont l’apprendre par de bons recrutements. Le profil idéal étant le libraire avec quinze ans d’expérience et une formation de direction de librairie. »

    41L’évolution des profils des libraires incline également dans ce sens, avec le passage d’une génération marquée par des engagements politiques, très impliquée dans les débats de l’interprofession, à une génération présentée par le délégué général du SLF comme étant :

    « moins idéologique, plus pragmatique, attachée au livre bien sûr, mais plus décomplexée par rapport au commerce et à la gestion. Une génération pour laquelle la qualité d’une librairie se mesure certes toujours à son assortiment, mais également à son rôle social, voire environnemental, et à son inscription sur le territoire qui l’environne […]. Quand je suis arrivé, il y avait encore des tensions parce qu’il y avait des chaînes de librairies non indépendantes au sein du syndicat. Est-ce qu’il faut les exclure ou pas ? Des débats pendant des heures. Aujourd’hui, ça n’existe plus. On sait qu’on pèse plus quand on représente 15 000 emplois que 7 000 emplois. Et quand vous luttez contre Amazon… ».

    42Une génération qui est sans doute plus ouverte que la précédente aux mots d’ordre d’adaptation et de modernisation de la librairie, au nom de l’efficacité face aux transformations du marché du livre. Le « péril » que représente Amazon permet de surcroît de rapprocher des sensibilités et des pratiques hétérogènes, et de faire passer les dissensions au second plan. L’INFL/École de la librairie a ainsi vu arriver des candidats aux formations continues soucieux de suivre des enseignements concrets, pratiques, avec un caractère professionnalisant accru. Le contenu des formations a été adapté en conséquence, avec notamment la tenue obligatoire d’un stage de quatre semaines et l’instauration d’un suivi personnalisé. Cette évolution traduit une transformation des attentes dans un contexte d’insécurité économique et d’injonction à être l’entrepreneur de sa vie professionnelle, qui dépasse largement le secteur de la librairie.

    43Tout ceci confirme l’hypothèse selon laquelle la montée en puissance de l’idée d’indépendance exprime une forme dépolitisée de l’engagement des années 1960-1970, repérable notamment lorsque sont fustigés les projets économiques jugés irrationnels ou qu’est rappelé le caractère sympathique mais peu sérieux des libraires militants de l’ancienne génération. La valorisation de l’indépendance signale la transformation de l’humeur politique caractéristique des décennies 1960-1970 en des valeurs plus vagues et syncrétiques telles que « l’authenticité », la « singularité », la « bibliodiversité », ou encore des formes d’engagement alternatives (écologiques notamment), sur lesquelles nous reviendrons au chapitre viii. On retrouve ainsi chez les nouveaux libraires étudiés certains des traits repérés par Vincent Dubois chez les candidats aux formations de l’administration culturelle, qui allient utilitarisme et désintéressement, dispositions critiques et accommodement à l’ordre social, en une synthèse typique de la critique artiste du capitalisme analysée par Luc Boltanski et Ève Chiapello40. L’engagement des librairies apparues depuis la fin des années 1990 se distingue de celui de la génération précédente, marqué par le combat pour l’imposition du prix unique.

    44Malgré tout, l’accent mis sur l’efficacité économique et la bonne gestion a des limites en librairie. Un responsable regrette ainsi un « diktat de la gestion » et une professionnalisation risquant à ses yeux de devenir excessive, au détriment de « l’intuition » et de la « personnalité du libraire » :

    « Il y aurait une tendance à trop professionnaliser, à ne plus laisser beaucoup de place à l’intuition. Gérer du stock roulant et des flux, c’est très bien mais la librairie, ce n’est pas ça. Je suis le premier à dire, pensez aux réassorts, pensez un mois de vente, pas plus, sinon votre trésorerie va souffrir… Mais après, vous le sentez […] Si on ne prend plus des décisions qu’avec des alertes, des tableaux Excel, ça ne peut pas marcher. Il faut juste prendre le livre, le lire et dire : “Oui, je sais vendre ça.” Un compte de résultat qui tombe juste sur Excel, n’importe qui sait le faire. Mais avec quoi va être fait ce compte de résultat, aucun tableau ne nous le dit… C’est la personnalité du libraire. »

    45La librairie indépendante telle qu’elle existe aujourd’hui en France, mais aussi en Grande-Bretagne et au-delà, est une réalité observable et le résultat d’une construction permanente. Les structures étudiées sont le produit d’une histoire – celle du commerce du livre tel qu’il s’est progressivement constitué, dans un cadre juridique et économique spécifique – et de rapports de force entre individus et institutions porteuses de conceptions parfois contradictoires de ce que peut et doit être le commerce de livres, dans un contexte très concurrentiel. Cette construction collective est particulièrement visible lorsque l’on se penche sur les relations entre les institutions et les organismes, tant publics que privés, les libraires et la puissance publique, qui réalisent à chaque instant un compromis entre ce qui est possible et souhaitable. Un modèle de librairie définie par un assortiment « de qualité » et une pratique « professionnelle », avec tout le flou qui peuvent caractériser ces notions, constitue ainsi l’horizon d’attente des politiques publiques et une pierre de touche pour les libraires, vis-à-vis de laquelle ils ne peuvent que se positionner. Mais ce modèle est suffisamment plastique pour s’adapter aux besoins des structures physiques dans leur grande diversité face à un « ennemi » commun, lequel tend à redessiner les lignes de partage entre les acteurs.

    Notes de bas de page

    1Sur la définition du mainstream, se reporter à Newman Michael Z., « Généalogie d’une catégorie “zombie”. Des médias de masse à la culture mainstream aux États-Unis », in Olivier Alexandre, Sophie Noël et Aurélie Pinto (dir.), Culture et (in)dépendance. Les enjeux de l’indépendance dans les industries culturelles, trad. Dario Rudy, Bruxelles, Peter Lang, coll. « ICCA », 2017, p. 23.

    2Source : [http://www.adelc.fr/], consulté le 13 juillet 2023.

    3Pierre Bourdieu donne l’exemple de En attendant Godot de Samuel Beckett. Publié en 1952 chez Minuit, l’ouvrage n’atteint 10 000 exemplaires vendus qu’au bout de cinq ans, mais réalise en 1968 un chiffre de vente cumulé de 64 897 exemplaires, bien supérieur à celui d’un prix littéraire publié par la même maison d’édition. Bourdieu Pierre, Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1998 (1992), p. 237-238.

    4Toutes ces expressions sont issues des entretiens.

    5Les « lieux » seront étudiés en partie III de l’ouvrage.

    6La librairie Les Volcans à Clermont-Ferrand constitue néanmoins une exception de taille. L’Adelc a attribué une subvention à la librairie reprise par ses salariés à la suite de la faillite de la chaîne Chapitre, sans pour autant entrer dans la structure juridique.

    7Sur ce point, voir Noël Sophie et Pinto Aurélie, « À quoi servent les labels dans les industries culturelles ? Les cinémas Art et essai et les librairies LIR », Questions de communication, no 42, 2022, p. 409-430.

    8Sur l’exception culturelle, voir notamment Regourd Serge, L’Exception culturelle, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 2002 (2e éd.) ; et Benhamou Françoise, Les Dérèglements de l’exception culturelle, Paris, Le Seuil, coll. « La couleur des idées », 2006.

    9Sur les ambiguïtés et les variations historiques de la notion de diversité culturelle, nous renvoyons à Mattelart Tristan, « Enjeux intellectuels de la diversité culturelle. Éléments de déconstruction théorique », Culture prospective, no 2, 2009, p. 1-8.

    10Dubois Vincent, La Politique culturelle. Genèse d’une catégorie d’intervention publique, Paris, Belin, coll. « Socio-histoires », 1999, p. 263.

    11Dubois Vincent, « La vision économique de la culture : éléments pour une généalogie », Bulletin des bibliothèques de France, t. 46, no 2, 2001, p. 31-34.

    12Sur le processus de définition officielle de la qualité dans le secteur du cinéma, voir Montebello Fabrice, « Des films muets aux films parlants. Naissance de la qualité cinématographique », Politix, no 61, 2003, p. 51-80 ; Pinto Aurélie, « L’Art et essai ou la politique de la qualité dans les salles de cinéma (1949-1961) », in Dimitri Vezyroglou, Le Cinéma : une affaire d’État (1945-1970), Paris, La Documentation française, 2014, p. 185-194 ; Duval Julien, Le Cinéma au xxe siècle. Entre loi du marché et règles de l’art, Paris, CNRS Éditions, coll. « Culture & Société », 2016, p. 121 sq.

    13Signalons qu’il existe depuis 2007 un label délivré aux librairies en Belgique, le label de qualité des librairies francophones indépendantes de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

    14Lettre de François Mitterrand à Jérôme Lindon, 17 novembre 1977, citée par Surel Yves, « Le prix unique et les libraires, la loi Lang du 10 août 1981 », in Patricia Sorel et Frédérique Leblanc (dir.), Histoire de la librairie française, Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, 2008, p. 345-352.

    15Gallimard Antoine, « Rapport de la Mission de réflexion sur la Librairie indépendante », 2007, respectivement p. 1 et 5.

    16Rappelons que tout ce qui ne relève pas des nouveautés, c’est-à-dire qui a été publié il y a plus d’un an, est considéré comme étant des titres de fonds.

    17Sur les critères d’attribution, voir [https://centrenationaldulivre.fr/aides-financement/label-lir], consulté le 17 juillet 2023.

    18Noël Sophie et Pinto Aurélie, art. cité.

    19Elles sont 491 dix ans plus tard, avec 381 établissements généralistes et 110 spécialisés.

    20Le président de la commission est nommé par le ministre chargé de la Culture et, sur proposition du président du Centre national du livre, parmi les membres de la commission. Les autres membres sont trois éditeurs, trois responsables de diffusion, trois écrivains, trois libraires et deux « personnalités qualifiées ».

    21Soit 6 000 titres au minimum pour les librairies générales dont le chiffre d’affaires de vente de livres au détail est au plus égal à 600 000 euros, 10 000 titres au-delà.

    22Escarpit Robert, Sociologie de la littérature, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1992 (1958).

    23Article 2 du décret 2011-993 du 23 août 2011.

    24Laissée au choix des collectivités locales, cette exonération n’est pas automatique, mais fréquente.

    25Normand Clarisse, « Comment le Sénat menace le label LIR », Livres Hebdo, no 1152, 1er décembre 2017.

    26Le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), créé en 2013, était un avantage fiscal dont bénéficiaient les entreprises qui emploient des salariés. Il a été remplacé depuis le 1er janvier 2019 par un allégement des cotisations sociales pérennes de ces mêmes entreprises.

    27Notamment le raccourcissement du délai de crédit des retours des ouvrages à 30 jours au lieu de 60.

    28Collectif, « LIR, un label qui n’est plus adapté aux périls qui guettent la librairie française », Livres Hebdo, no 1154, 15 décembre 2017.

    29Les grossistes ne sont pas éligibles, et le livre doit représenter une part minimale dans le chiffre d’affaires.

    30Hughes Everett C., Le Regard sociologique. Essais choisis, Paris, Éditions de l’École des Hautes études en sciences sociales, coll. « Recherches d’histoire et de sciences sociales », 1996.

    31Leblanc Frédérique, Libraire : un métier, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 1998, p. 182.

    32Sur le phénomène de professionnalisation dans le secteur de la communication, on peut se reporter à Brulois Vincent, Carignan Marie-Ève, David Marc D. et Errecart Amaia, « Avant-propos – Dynamiques de professionnalisation en communication : entre ruptures et continuités, prescription et émancipation », Communication et professionnalisation, no 4, 2016, p. 5-22.

    33Champy Florent, La Sociologie des professions, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », 2009. Pour un exemple de l’imposition de « compétences professionnelles » dans le secteur de l’édition, voir Sorá Gustavo, « La maison et l’entreprise. José Olympio et l’évolution de l’édition brésilienne », Actes de la recherche en sciences sociales, nos 126-127, 1999, p. 90-102.

    34Il est intéressant de noter que cette revendication est moins centrale pour la Booksellers Association dans la mesure où la remise moyenne est estimée à 60 % pour les libraires dans les secteurs de la fiction, de la nonfiction et de la jeunesse en Grande-Bretagne. Clark Giles et Phillips Angus, « The sales channels for books in the UK », Inside Book Publishing, Londres, Routledge, 2020 (6e éd.), p. 336.

    35Les retours sont les ouvrages non vendus qui sont retournés à l’éditeur, en général contre un avoir sur la prochaine commande.

    36Le réassort consiste pour une librairie à recommander un titre qui n’est plus en magasin.

    37[https://www.syndicat-librairie.fr/nos-actions/proposer-aux-libraires-un-observatoire-de-la-librairie], consulté le 22 juillet 2023.

    38Propos de Matthieu de Montchalin, Atelier « 20 ans du SLF », Rencontres nationales du livre de Marseille, 30 juin 2019.

    39[https://www.adelc.fr/main.php?action=web_rubrique&rubId=9], consulté le 22 juillet 2023.

    40Dubois Vincent, La Culture comme vocation, Paris, Raisons d’agir, coll. « Cours & Travaux », 2013, p. 172 ; Boltanski Luc et Chiapello Ève, Le Nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais », 1999.

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    Les règles de l'entraide

    Les règles de l'entraide

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    Ségolène Petite

    2009

    La politique de la stupéfaction

    La politique de la stupéfaction

    Pérennité de la prohibition des drogues

    Nicolas Carrier

    2008

    L'école et ses stratèges

    L'école et ses stratèges

    Les pratiques éducatives des nouvelles classes supérieures

    Philippe Gombert

    2012

    Le passage à l'écriture

    Le passage à l'écriture

    Mutation culturelle et devenir des savoirs dans une société de l'oralité

    Geoffroy A. Dominique Botoyiyê

    2010

    Actualité de Basil Bernstein

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    Savoir, pédagogie et société

    Daniel Frandji et Philippe Vitale (dir.)

    2008

    Une vie à soi

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    Nouvelles formes de solitude au féminin

    Erika Flahaut

    2009

    Les étudiants en France

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    Histoire et sociologie d'une nouvelle jeunesse

    Louis Gruel, Olivier Galland et Guillaume Houzel (dir.)

    2009

    Qu'est-ce que négocier ?

    Qu'est-ce que négocier ?

    Sociologie du compromis et de l'action réciproque

    Christian Thuderoz

    2010

    La parole ou la vie

    La parole ou la vie

    Valeur et dette en Mélanésie

    Charles Illouz

    2010

    Tally's Corner

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    Les Noirs du coin de la rue

    Elliot Liebow

    2011

    Les classes populaires à l'école

    Les classes populaires à l'école

    La rencontre ambivalente entre deux cultures à légitimité inégale

    Christophe Delay

    2011

    Cultures enfantines

    Cultures enfantines

    Universalité et diversité

    Andy Arleo et Julie Delalande (dir.)

    2011

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    Les règles de l'entraide

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    Ségolène Petite

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    La politique de la stupéfaction

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    Philippe Gombert

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    Qu'est-ce que négocier ?

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    Elliot Liebow

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    1Sur la définition du mainstream, se reporter à Newman Michael Z., « Généalogie d’une catégorie “zombie”. Des médias de masse à la culture mainstream aux États-Unis », in Olivier Alexandre, Sophie Noël et Aurélie Pinto (dir.), Culture et (in)dépendance. Les enjeux de l’indépendance dans les industries culturelles, trad. Dario Rudy, Bruxelles, Peter Lang, coll. « ICCA », 2017, p. 23.

    2Source : [http://www.adelc.fr/], consulté le 13 juillet 2023.

    3Pierre Bourdieu donne l’exemple de En attendant Godot de Samuel Beckett. Publié en 1952 chez Minuit, l’ouvrage n’atteint 10 000 exemplaires vendus qu’au bout de cinq ans, mais réalise en 1968 un chiffre de vente cumulé de 64 897 exemplaires, bien supérieur à celui d’un prix littéraire publié par la même maison d’édition. Bourdieu Pierre, Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Le Seuil, coll. « Points », 1998 (1992), p. 237-238.

    4Toutes ces expressions sont issues des entretiens.

    5Les « lieux » seront étudiés en partie III de l’ouvrage.

    6La librairie Les Volcans à Clermont-Ferrand constitue néanmoins une exception de taille. L’Adelc a attribué une subvention à la librairie reprise par ses salariés à la suite de la faillite de la chaîne Chapitre, sans pour autant entrer dans la structure juridique.

    7Sur ce point, voir Noël Sophie et Pinto Aurélie, « À quoi servent les labels dans les industries culturelles ? Les cinémas Art et essai et les librairies LIR », Questions de communication, no 42, 2022, p. 409-430.

    8Sur l’exception culturelle, voir notamment Regourd Serge, L’Exception culturelle, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 2002 (2e éd.) ; et Benhamou Françoise, Les Dérèglements de l’exception culturelle, Paris, Le Seuil, coll. « La couleur des idées », 2006.

    9Sur les ambiguïtés et les variations historiques de la notion de diversité culturelle, nous renvoyons à Mattelart Tristan, « Enjeux intellectuels de la diversité culturelle. Éléments de déconstruction théorique », Culture prospective, no 2, 2009, p. 1-8.

    10Dubois Vincent, La Politique culturelle. Genèse d’une catégorie d’intervention publique, Paris, Belin, coll. « Socio-histoires », 1999, p. 263.

    11Dubois Vincent, « La vision économique de la culture : éléments pour une généalogie », Bulletin des bibliothèques de France, t. 46, no 2, 2001, p. 31-34.

    12Sur le processus de définition officielle de la qualité dans le secteur du cinéma, voir Montebello Fabrice, « Des films muets aux films parlants. Naissance de la qualité cinématographique », Politix, no 61, 2003, p. 51-80 ; Pinto Aurélie, « L’Art et essai ou la politique de la qualité dans les salles de cinéma (1949-1961) », in Dimitri Vezyroglou, Le Cinéma : une affaire d’État (1945-1970), Paris, La Documentation française, 2014, p. 185-194 ; Duval Julien, Le Cinéma au xxe siècle. Entre loi du marché et règles de l’art, Paris, CNRS Éditions, coll. « Culture & Société », 2016, p. 121 sq.

    13Signalons qu’il existe depuis 2007 un label délivré aux librairies en Belgique, le label de qualité des librairies francophones indépendantes de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

    14Lettre de François Mitterrand à Jérôme Lindon, 17 novembre 1977, citée par Surel Yves, « Le prix unique et les libraires, la loi Lang du 10 août 1981 », in Patricia Sorel et Frédérique Leblanc (dir.), Histoire de la librairie française, Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, 2008, p. 345-352.

    15Gallimard Antoine, « Rapport de la Mission de réflexion sur la Librairie indépendante », 2007, respectivement p. 1 et 5.

    16Rappelons que tout ce qui ne relève pas des nouveautés, c’est-à-dire qui a été publié il y a plus d’un an, est considéré comme étant des titres de fonds.

    17Sur les critères d’attribution, voir [https://centrenationaldulivre.fr/aides-financement/label-lir], consulté le 17 juillet 2023.

    18Noël Sophie et Pinto Aurélie, art. cité.

    19Elles sont 491 dix ans plus tard, avec 381 établissements généralistes et 110 spécialisés.

    20Le président de la commission est nommé par le ministre chargé de la Culture et, sur proposition du président du Centre national du livre, parmi les membres de la commission. Les autres membres sont trois éditeurs, trois responsables de diffusion, trois écrivains, trois libraires et deux « personnalités qualifiées ».

    21Soit 6 000 titres au minimum pour les librairies générales dont le chiffre d’affaires de vente de livres au détail est au plus égal à 600 000 euros, 10 000 titres au-delà.

    22Escarpit Robert, Sociologie de la littérature, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1992 (1958).

    23Article 2 du décret 2011-993 du 23 août 2011.

    24Laissée au choix des collectivités locales, cette exonération n’est pas automatique, mais fréquente.

    25Normand Clarisse, « Comment le Sénat menace le label LIR », Livres Hebdo, no 1152, 1er décembre 2017.

    26Le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), créé en 2013, était un avantage fiscal dont bénéficiaient les entreprises qui emploient des salariés. Il a été remplacé depuis le 1er janvier 2019 par un allégement des cotisations sociales pérennes de ces mêmes entreprises.

    27Notamment le raccourcissement du délai de crédit des retours des ouvrages à 30 jours au lieu de 60.

    28Collectif, « LIR, un label qui n’est plus adapté aux périls qui guettent la librairie française », Livres Hebdo, no 1154, 15 décembre 2017.

    29Les grossistes ne sont pas éligibles, et le livre doit représenter une part minimale dans le chiffre d’affaires.

    30Hughes Everett C., Le Regard sociologique. Essais choisis, Paris, Éditions de l’École des Hautes études en sciences sociales, coll. « Recherches d’histoire et de sciences sociales », 1996.

    31Leblanc Frédérique, Libraire : un métier, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 1998, p. 182.

    32Sur le phénomène de professionnalisation dans le secteur de la communication, on peut se reporter à Brulois Vincent, Carignan Marie-Ève, David Marc D. et Errecart Amaia, « Avant-propos – Dynamiques de professionnalisation en communication : entre ruptures et continuités, prescription et émancipation », Communication et professionnalisation, no 4, 2016, p. 5-22.

    33Champy Florent, La Sociologie des professions, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », 2009. Pour un exemple de l’imposition de « compétences professionnelles » dans le secteur de l’édition, voir Sorá Gustavo, « La maison et l’entreprise. José Olympio et l’évolution de l’édition brésilienne », Actes de la recherche en sciences sociales, nos 126-127, 1999, p. 90-102.

    34Il est intéressant de noter que cette revendication est moins centrale pour la Booksellers Association dans la mesure où la remise moyenne est estimée à 60 % pour les libraires dans les secteurs de la fiction, de la nonfiction et de la jeunesse en Grande-Bretagne. Clark Giles et Phillips Angus, « The sales channels for books in the UK », Inside Book Publishing, Londres, Routledge, 2020 (6e éd.), p. 336.

    35Les retours sont les ouvrages non vendus qui sont retournés à l’éditeur, en général contre un avoir sur la prochaine commande.

    36Le réassort consiste pour une librairie à recommander un titre qui n’est plus en magasin.

    37[https://www.syndicat-librairie.fr/nos-actions/proposer-aux-libraires-un-observatoire-de-la-librairie], consulté le 22 juillet 2023.

    38Propos de Matthieu de Montchalin, Atelier « 20 ans du SLF », Rencontres nationales du livre de Marseille, 30 juin 2019.

    39[https://www.adelc.fr/main.php?action=web_rubrique&rubId=9], consulté le 22 juillet 2023.

    40Dubois Vincent, La Culture comme vocation, Paris, Raisons d’agir, coll. « Cours & Travaux », 2013, p. 172 ; Boltanski Luc et Chiapello Ève, Le Nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais », 1999.

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    Noël, S. (2025). Chapitre V. L’indépendance, un enjeu institutionnel et politique. In Le petit commerce de l’indépendance. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/15vxz
    Noël, Sophie. « Chapitre V. L’indépendance, un enjeu institutionnel et politique ». In Le petit commerce de l’indépendance. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/15vxz.
    Noël, Sophie. « Chapitre V. L’indépendance, un enjeu institutionnel et politique ». Le petit commerce de l’indépendance, Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/15vxz.

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