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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Vers un ministère des sports préparatiste ? Un sous-secrétariat d’État centré sur la préparation militaire (1928-1936) Un mouvement préparatiste stable au tournant des années 1930 Une préparation militaire encore bien vivante à la fin des années 1930 Notes de bas de page

    Préparer le soldat de demain

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre IV. Des sportifs libérés de l’uniforme ?

    La préparation militaire dans les années 1930

    p. 91-114

    Texte intégral Vers un ministère des sports préparatiste ? Un sous-secrétariat d’État centré sur la préparation militaire (1928-1936) Le sous-secrétariat d’Henry Paté : une préparation militaire toujours d’actualité (1928-1930) Un volontarisme qui se traduit par une refonte du brevet (1930-1934) Une continuité malgré le rattachement au ministère de la Santé (1934-1936) Un mouvement préparatiste stable au tournant des années 1930 Un réseau associatif qui se maintient face à l’essor du sport Le début des années 1930 : un paradoxal âge d’or de l’Union Chéron Une dynamique parlementaire continuée dans les années 1930 Une préparation militaire encore bien vivante à la fin des années 1930 Une continuité de la politique de préparation militaire sous le Front populaire Une préparation militaire remise à l’ordre du jour par les menaces fascistes Le regain de la préparation militaire à la fin des années 1930 Notes de bas de page

    Texte intégral

    Vers un ministère des sports préparatiste ? Un sous-secrétariat d’État centré sur la préparation militaire (1928-1936)

    Le sous-secrétariat d’Henry Paté : une préparation militaire toujours d’actualité (1928-1930)

    1En novembre 1928, à la faveur d’un changement ministériel consécutif aux élections législatives, la direction de l’éducation physique repasse sous l’autorité du ministère de l’Instruction publique, en prenant la forme d’un sous-secrétariat d’État à l’éducation physique1. Mais ce n’est pas une franche rupture, et Paul Painlevé reste d’ailleurs ministre de la Guerre. Marianne Lassus a largement relativisé l’idée que ce rattachement serait un signe de franche démilitarisation. Au contraire, selon elle, cette évolution n’est pas synonyme « d’une rupture significative avec le ministère de la Guerre. La séparation est progressive et incomplète et le personnel, au niveau de l’administration tant centrale que régionale, reste composé à la fois de civils et de militaires2 ». C’est ce que montre sa description d’un cabinet civil, abrité par le ministère de la Guerre dans les locaux de l’école de Guerre, avec essentiellement des personnels militaires. Cette indépendance nouvelle relève également, pourrait-on rajouter, d’une utilité renforcée provoquée par la réforme de 1928 instituant le service militaire d’un an, qui doit être compensé, dans l’esprit du législateur, par une éducation physique massive, dont l’école est le lieu le plus évident, à la fois efficace et peu coûteux3. Henry Paté occupe le Sous-secrétariat en 1928-1930. Ce choix s’explique vraisemblablement moins par des considérations partisanes (il est reconduit dans les ministères de Poincaré, Briand, Tardieu puis Chautemps) que par une certaine notoriété (il est vice-président de la Chambre) et par une compétence reconnue dans le domaine de l’éducation physique, avec cette étiquette de « spécialiste » construite notamment en tant que premier haut-commissaire au début des années 1920. Émile Morinaud se montre aussi très actif sur la question de la préparation militaire en tant que sous-secrétaire à l’éducation physique. Il entreprend une tentative de rationalisation au sein du gouvernement Tardieu (mars 1930-décembre 1930), puis à nouveau en 1931-1932 dans le gouvernement de Pierre Laval. « Son attention a été appelée sur la situation critique des services départementaux que l’application de la loi d’un an a réduit à l’état de squelettes », faute de personnel, peut-on lire dans une revue préparatiste4. Il est alors « conseillé par son collègue à la Chambre, M. Adolphe Chéron5 ». En mai 1930, un projet de résolution pour transformer le sous-secrétariat de l’éducation physique en secrétariat d’État est préparé à l’initiative d’Adolphe Chéron, afin de garantir son indépendance6. Chéron semble être devenu le parlementaire le plus influent dans cette configuration, devenant même sous-secrétaire en son nom propre, de novembre 1933 à janvier 1934. Cette nomination montre l’influence que gardent les préparatistes, malgré le rattachement au ministère de l’éducation nationale.

    2Malgré ces divergences, la structure administrative semble toutefois fonctionner avec une certaine continuité au niveau départemental, en s’appuyant sur un personnel assez stable. M. Lassus estime le personnel initial relevant du sous-secrétariat à 25 officiers supérieurs (services régionaux), 170 officiers subalternes (services départementaux), 600 sous-officiers ou soldats (moniteurs)7. De plus, il faut garder à l’esprit qu’en 1928, la procédure de l’agrément s’appuie sur 20 ans de pratique et s’est routinisée. Mais cette histoire reste malgré tout difficile à écrire, à cause d’une forte décentralisation. Dans le cas de la Loire, par exemple, la commission est rattachée au premier bureau des services préfectoraux, à « l’Office social » : c’est une mission pleinement intégrée dans l’ordinaire de l’administration8. Les instructions du 5 avril 1929 et du 13 avril 1930 signées par le sous-secrétaire d’État de l’éducation physique modifient marginalement les « commissions consultatives départementales de l’éducation physique », avec une sous-commission dédiée spécifiquement à l’agrément, mais gardent le principe d’une triple représentation des autorités académiques, militaires et préfectorales.

    3La relative indépendance du sous-secrétariat et son rattachement à l’Instruction publique ne signifient donc pas que la préparation militaire est abandonnée, au contraire. À cet égard, la loi de recrutement militaire du 31 mars 1928 est fondamentale. Elle institue le service militaire d’un an, et comme lors de toutes les réformes diminuant le service depuis la loi de 1889, elle charge la préparation militaire de compenser la réduction de la formation technique des recrues. Mais le texte n’assure toujours pas la mise en place d’un système adéquat pour assurer cette fonction. Néanmoins, pour la première fois, la préparation militaire supérieure (PMS) est explicitement mise en place pour former des officiers dans les grandes écoles et dans les facultés, au moment où les problèmes de recrutement et de formation des cadres se font cruellement sentir9. La loi du 4 janvier 1929 « sur l’avancement dans l’armée » donne donc le droit aux lauréats du BPME d’être nommés caporaux directement, et amplifie les avantages du brevet10. Il se dessine ainsi une préparation militaire à deux niveaux, qui existe dans les faits depuis 1921-1923, mais qui se trouve ainsi réglementée de manière cohérente.

    4Dans le même temps, le sous-secrétariat d’État à l’éducation physique prend une série de mesures pour favoriser le mouvement préparatiste. La médaille d’honneur de l’éducation physique est mise en place en 192911. C’est une des premières mesures d’Henry Paté comme sous-secrétaire, lui qui connaît bien les milieux préparatistes : le Soldat de demain propose de surnommer cette nouvelle décoration « au ruban bleu » la « médaille Henry-Paté12 ». La première promotion récompense les dirigeants sportifs (Clary, Coubertin, Polignac, Rimet, Reichel), les préparatistes (Cazalet, Hébrard, Lattès, Trousselle) et des hommes politiques comme Bourguignon, Vidal ou Pétain13. Adolphe Chéron n’est pas dans la première promotion (peut-être à cause de rivalités avec Paté ?) mais c’est sa fédération qui reçoit la médaille avec un rectificatif inséré au journal officiel trois mois plus tard, ce qui suggère des réclamations et des jeux d’influence14. Les dirigeants associatifs peuvent désormais prétendre à la Légion d’honneur à titre civil ou au titre des réserves militaires, aux palmes académiques, et à la médaille d’honneur de l’éducation physique (de bronze, d’argent ou d’or pour 16 ans de service), en plus des récompenses honorifiques traditionnelles comme les citations au bulletin officiel et les lettres de félicitations du ministre15.

    Un volontarisme qui se traduit par une refonte du brevet (1930-1934)

    5Cette action volontariste dure avec Morinaud au sous-secrétariat presque sans interruption en 1930-1932, puis avec Adolphe Chéron lui-même entre novembre 1933 et janvier 1934. Dès mars 193016, un nouveau comité consultatif de l’éducation physique est ainsi créé, plus resserré autour d’une soixantaine de personnes, quand les anciens comités de l’éducation physique, des sports de la préparation militaire réunissaient 300 personnes. Les réunions sont mensuelles, et le comité se réunit huit fois entre juillet 1930 et avril 193117. L’instruction du 12 avril 1930 tente d’apporter plus d’efficacité en réformant les « commissions consultatives départementales de l’éducation physique » par la fusion des deux statuts de SAG et SAI (sociétés agréées par le ministère de la Guerre/par le ministère de l’Instruction publique) au profit d’un unique statut de SAEP (sociétés agrées par le sous-secrétariat d’État à l’EP)18. Mais dans les faits les commissions d’agrément restent les mêmes et la dénomination nouvelle est vite abandonnée, avec un retour au titre de SAG19. Le résultat est le même que la tentative similaire du cabinet Painlevé en 1927. Par ailleurs, un projet de « super-fédération française de l’éducation physique et de la préparation au service militaire », réunissant l’USTF, l’USGF, l’Union Chéron et l’UFOLEP, pour coordonner les efforts sous l’égide du sous-secrétaire, revient à l’étude20. Une réflexion sur la formation des moniteurs, toujours trop peu nombreux pour le nombre de sociétés, aboutit à la décision de sélectionner 500 conscrits tous les ans à cet effet, pour leur donner une formation dans les centres d’instruction physique, tandis que le recours aux gendarmes, aux gardes mobiles et aux militaires de réserve pour devenir moniteurs serait accru21. On note enfin une volonté de reprise en main de la préparation militaire par l’armée. Un représentant des officiers de réserve est introduit dans les commissions départementales de l’éducation physique en 193122.

    6Ce volontarisme se lit aussi dans les budgets, qui restent relativement stables23, malgré l’inflation et les variations du franc. L’orientation générale semble toutefois celle d’un maintien d’un budget constant, autour de 8 ou 9 millions de francs, puis autour des 40 millions, avec une tendance à une légère baisse. En 1933 par exemple, le budget centralisé par le sous-secrétariat est de l’ordre de 42,5 millions de francs24, avec 12,5 millions consacrés aux subventions aux sociétés et fédérations (soit 29,6 % du total), 7,7 millions en matériel d’éducation physique et en infrastructures (18,1 %), mais près de la moitié du budget (21,2 millions de francs) est destiné à l’instruction physique dans l’armée, ce qui montre bien les priorités. Mais des initiatives de la part des députés préparatistes, Adolphe Chéron en tête, poussent en parallèle le ministère à favoriser le mouvement associatif, ce qui aboutit à une réforme du programme de la préparation élémentaire en 1931-1932. Un projet de loi est déposé à la Chambre, en novembre 1931. Le rapport évoque aussi la refonte du brevet et la volonté de créer un brevet d’aptitude physique (BAP), premier niveau pour obtenir le BPESM25. Il s’agit de rectifier le fonctionnement de la PMS, d’instituer les permissions supplémentaires, et de créer un peloton de sous-officiers de réserve ouvert aux titulaires du brevet. Le texte entre en application en 193226. En parallèle de ce travail parlementaire, un accord est trouvé entre la direction du sous-secrétariat et l’État-major de l’armée pour établir un nouveau programme du BPESM et du BAP dès l’automne 193127. Morinaud juge en effet que le brevet est trop facile pour garantir une quelconque compétence des lauréats28.

    7Une instruction de 1932, donne un nouveau cadre, avec la préparation militaire à trois niveaux29. Le premier degré est constitué par le BAP (brevet d’aptitude physique). Son programme comprend des épreuves d’éducation physique (sauts, 100 m, 2 000 m, grimper à la corde, lancer de poids), qui préfigurent clairement ce qui devient ensuite le Brevet sportif populaire. Les candidats doivent aussi effectuer des épreuves de marche, de tir, de natation, d’éducation morale et civique, d’éducation militaire élémentaire. Ce brevet donne droit en particulier à six jours de permission supplémentaire, le droit d’être libérés du régiment en priorité, l’admission de droit dans les pelotons d’élèves caporaux/brigadiers et la possibilité d’être nommé caporal-chef au bout de cinq mois de service, ainsi que le droit de recevoir des signes distinctifs (diplôme, insigne en drap). Le BPESM constitue le second degré ; c’est un BAP auquel s’ajoute la maîtrise d’un certain nombre d’éléments du règlement militaire, pour rendre les lauréats « aptes à faire des élèves gradés dès leur incorporation » ; les avantages sont étendus à une permission de huit jours, le droit au devancement d’appel, le choix de l’affectation sous conditions, l’admission à des pelotons de sous-officiers pour être nommés sergent au bout de cinq mois. Les deux brevets peuvent être complétés par des brevets de spécialité, dont seuls les plus techniques sont accessibles aux titulaires du BPESM (agent de transmission, chars de combat, sapeur électro-mécanicien, automobiliste, motocycliste) alors que les titulaires du BAP peuvent obtenir les brevets de gymnaste, nageur, skieur ou « sportif classé ». Enfin, le troisième niveau est constitué par la PMS, qui reste inchangée.

    Une continuité malgré le rattachement au ministère de la Santé (1934-1936)

    8Louis Marin devient ministre de la Santé publique et de l’Éducation Physique dans le Gouvernement de Gaston Doumergue en 1934. C’est un personnage politique très influent à droite, qui pourrait également être considéré comme un des sous-secrétaires « légitimes », puisqu’il est de longue date un défenseur du sport catholique lorrain30. Sa nomination montre aussi que la vision hygiéniste de l’éducation physique, dans laquelle la dimension militaire n’a qu’un rôle secondaire, n’a pas non plus perdu son poids. Comme le souligne Marianne Lassus, cette « mise en administration chaotique » et ce « nomadisme ministériel » semblent bien révéler « des divergences sur les finalités de l’éducation physique : œuvre éducative, de préparation militaire et/ou hygiéniste31 ». Le rattachement du sous-secrétariat de l’éducation physique au ministère de la Santé en 1934-1936 ne semble pourtant pas apporter de rupture franche en ce qui concerne la préparation militaire. Son organisation semble fonctionner de manière relativement efficace, et le ministère, faible politiquement, ne dispose de toute façon que de peu de marges de manœuvre, avec moins de 3 % du budget gouvernemental total32.

    9En revanche, au tournant des années 1920 et 1930, l’éducation physique scolaire et la préparation militaire semblent se disjoindre nettement, et les deux questions, jusqu’ici largement associées, commencent à être traitées à part. Pour autant, il ne semble pas que l’éducation physique scolaire ainsi entendue ait vocation à supprimer intégralement la visée militaire. Il s’agit plutôt de l’ajout d’une nouvelle dimension : ces exercices physiques à l’école, principalement hygiénistes, viennent en amont de la préparation militaire, comme un préalable. Les deux objectifs semblent davantage complémentaires qu’antagonistes, avec une obsession commune pour « l’amélioration de la race ». Rares sont les critiques du principe de préparation militaire en lui-même. En 1933, une déclaration antiséparatiste du député radical Raymond Férin, investi sur les questions d’éducation postscolaire, reste très mesuré :

    « Je voudrais que l’éducation physique, donnée par nos maîtres spécialisés, ne tendît pas à la préparation militaire que nous laissons aux soins des services du ministère compétent, car elle commence assez tard et n’a pour but exclusif que la préparation du futur soldat, ce qui, d’ailleurs, peut lui donner une apparence de préparation à la guerre en contradiction avec les sentiments pacifiques de notre pays. Je voudrais, dis-je, que cette éducation fut donnée sans autre préoccupation que celle du développement complet de l’individu33. »

    10La réaction de Morinaud, l’influent sous-secrétaire, pourtant peu suspect d’antimilitarisme, est enregistré au procès-verbal : « nous partageons tous l’opinion de notre collège34 ».

    11Mais la démilitarisation de l’éducation physique à l’école ne doit pas mener à exagérer l’autonomie réciproque de ces différents pôles du champ activités physiques et sportives. C’est ce que montre également la composition du Comité consultatif de l’éducation physique, rattaché au ministère de l’Instruction publique35. Ce comité, créé en mars 1930 par Morinaud36, comprend quatre commissions, censées couvrir toutes les questions qui s’y rapportent : éducation physique et sports dans l’Université (Adolphe Chéron en est le président) ; éducation physique postscolaire et préparation militaire ; administration générale et finances ; commission scientifique37. Avec le rattachement au ministère de la Santé en 1934, la commission de la préparation au service militaire comprend notamment Adolphe Chéron, trois représentants du ministère de la Santé publique, trois officiers de l’État-major de l’armée, un représentant des officiers de réserve et un des sous-officiers de réserve38. Ce comité est supprimé à l’automne 1934, remplacé par un conseil supérieur de l’éducation physique et sportive, pensé comme un organisme permanent et durable39. 150 membres sont répartis en quatre commissions : éducation physique ; campeurs, éclaireurs, scouts et colonies de vacances ; sports et compétitions (qui font pour la première fois leur apparition) ; préparation militaire. Les objectifs annoncés sont de favoriser les exercices physiques, la vie de plein air et la « santé physique et morale », organiser le sport à des fins de prestige international, et organiser la préparation militaire dans le cadre du service à court terme, qui continue donc d’être une dimension essentielle40.

    Un mouvement préparatiste stable au tournant des années 1930

    Un réseau associatif qui se maintient face à l’essor du sport

    12Indéniablement, le paysage des activités physiques et sportives change considérablement à la fin des années 1920. L’essor du spectacle sportif est manifeste. Les fédérations se structurent, avec la crise du CNS de 1926 et l’éclatement de l’USFSA, qui fusionne finalement avec le CNS en 192941. L’apparition conflictuelle d’un véritable professionnalisme, dans le football avec le FC Sochaux en 1931, dans le rugby à XIII ou via l’affaire Ladoumègue pour l’athlétisme, crée une industrie du divertissement sportif sans commune mesure avec le mouvement athlétique du début du siècle42. Il n’y a pourtant pas de croissance linéaire du sport, encore moins un essor exponentiel ; la réalité est plus proche d’une stabilisation du réseau associatif sportif au tournant des années 1930, voire d’un léger déclin, notamment à la faveur du trou démographique créé par la guerre : un peu moins de 24 000 sociétés sont affiliées au CNS en 193443. Tout compte fait, il apparaît que les fédérations ne déclarent que 875 000 pratiquants (licenciés et apparentés) en 192944, ce qui semble déjà surestimé vu certains chiffres donnés. Ce sport est relativement indépendant des enjeux hygiénistes ou de préparation militaire. Pourtant, le champ sportif n’est jamais devenu complètement autonome. Au contraire, Henri Delaunay, le président de la FFFA, cherche à souligner le rôle social de sa fédération, par rapport aux unions préparatistes :

    « D’autres fédérations se prévalent de faire beaucoup pour la cause de l’éducation physique parce qu’elles présentent une ou deux fois l’an, en un concours ou un défilé quelques milliers de gymnastes ou de préparatistes sous les yeux des autorités civiles et militaires. Nous ne méconnaissons pas le bien réalisé par ces groupements, mais nous proclamons que notre œuvre moins en surface est beaucoup plus profonde et que l’activité constante manifestée chaque dimanche sur les terrains de sport pendant dix mois de l’année pour un demi-million de jeunes Français, contribue plus que nulle autre à l’amélioration de la race45. »

    13L’USGF et l’Union Chéron sont directement visées par cette critique des défilés. Cette concurrence montre, en creux, que les pratiques conscriptives n’ont pas disparu au début des années 1930, loin s’en faut. Le nombre de sociétés agréées est en augmentation constante à partir du début des années 1930. En 1937, le compte officiel est monté à 12 217 SAG, dont 3 500 (soit 28 %) ont obtenu des brevets46. Mais ce total comprend de nombreuses sociétés sportives, qui cherchent à obtenir des subventions raréfiées, dans le double contexte de creux démographique et de crise financière. Ces aides restent en effet attribuées en grande partie selon l’activité préparatiste, avec une prime pour le nombre de brevets obtenus47.

    14Il est ainsi difficile de départager le nombre de sociétés préparatistes par rapport aux clubs de sport dans ce total des sociétés agréées, sans passer par un croisement avec les informations données par les unions préparatistes elles-mêmes. En 1927, l’USGF revendique 1 739 sociétés adhérentes48. En 1930, le chiffre indiqué par le CNS est de 1 888 sociétés adhérentes49. On peut donc garder l’estimation d’un nombre de sociétés de gymnastique compris entre 1 500 et 2 000 sociétés, ce qui montre une certaine stabilité du réseau gymnique durant toutes les années 1920. C’est moins vrai pour l’USTF : « Nous savons tous que le tir subit une crise très grave dans notre pays, crise qui risque d’emporter toutes les sociétés de tir du territoire50 ! », s’alarme le bulletin fédéral. En 1923, l’USTF compte en effet plus de 3 000 sociétés affiliées, dont 2 500 SAG ; selon L’Auto, en 1929, la fédération ne compte plus que 1 800 sociétés51, même si, dans le même journal, l’Union revendique 3 500 sociétés affiliées en 193052. Une indication est donnée par le nombre de sociétés adhérentes à l’assurance « la Prudente », dépendance de l’USTF, indication vraisemblablement assez fiable vu le montant de la cotisation. Le rapport annuel fait état de 1 910 sociétés qui cotisent en 193053. Le tir a donc fortement décliné, passant vraisemblablement sous le seuil des 2 000 sociétés. Pour ce qui est de l’Union Chéron, la tendance semble également être à la baisse. En 1927, environ 7 000 brevets sont obtenus54, 6 000 en 192855, 3 500 BPESM en 1935, ce qui représente 20 % du total56. L’activité semble se resserrer autour d’un noyau de sociétés qui fonctionnent bien : pour établir des statistiques, la fédération lance une enquête, qui ne reçoit que 362 réponses immédiates sur les 1 800 sociétés officiellement affiliées57. Le rétrécissement est donc net, si on garde à l’esprit que ce sont, pour beaucoup, des sections de clubs de sport polyactifs58.

    15On peut enfin ajouter aux trois grandes unions préparatistes la FGSPF, fédération en plein apogée avec entre 2 000 et 3 000 sociétés dans les années 1930. La Croix donne pour 1933 le chiffre de 2 872 sociétés et de 75 000 licences59. Or, affirme le bulletin fédéral Les Jeunes :

    « Si nous considérons les résultats obtenus par nos patros aux récents examens du brevet de préparation militaire élémentaire, il ressort qu’aucune activité sportive n’est plus généralisée chez nous que la PM60. »

    16La fédération organise même annuellement un « Challenge de la Croix d’Honneur du Docteur Michaux », qui se fonde sur les épreuves du BPESM, « dans le but d’intensifier la préparation militaire dans ses Unions Régionales et dans ses Sociétés61 ». Mais il reste difficile de mesurer la taille réelle des sections de préparation militaire dans cette fédération, dont les pratiques se démilitarisent dans les années 193062.

    17Au total donc, avec environ 500 sociétés pour l’USEPPSM, au moins 1 900 pour l’USTF, et 1 500 pour l’USGF, ce sont plus de 3 500 sociétés préparatistes qui fonctionnent au tournant des années 1930, sans compter la FGSPF. L’impression générale est donc celle d’un rétrécissement par rapport au début des années 1920, même s’il s’agit toujours d’un large réseau associatif, qui est loin de disparaître. Malgré la crise, le nombre de candidats au brevet se maintient. Ces données sont relativement fiables, puisqu’elles sont utilisées de manière pratique par l’armée, et garanties par un contrôle administratif précis. En 1929, selon le rapport d’Adolphe Chéron pour la commission de l’armée, ce sont ainsi 29 000 candidats qui se sont présentés, dont 26 000 ont été reçus, pour un contingent d’environ 240 000 appelés, tandis que la PMS compte entre 1 000 et 1 200 reçus chaque année63. Les chiffres sont ensuite étonnamment difficiles à trouver pour les années 1930-1933, ce qui peut être le symptôme d’une chute des effectifs. Il faut se contenter d’un article du général Niessel dans La Revue des deux mondes, évoquant le nombre de 16 400 brevets attribués en 193364, ce qui constitue le plus bas point de tout l’entre-deux-guerres. Dès 1934-1935, le nombre de brevets semble augmenter à nouveau pour atteindre environ 19 000, ainsi que le nombre de lauréats qui tourne autour de 26 00065. Cette baisse s’explique en partie par les « années creuses » et le déficit de jeunes hommes de la période 1914-1918. La proportion de brevetés semble rester relativement stable autour de 10 % d’un contingent annuel d’environ 200 000 recrues, malgré une légère tendance à la baisse.

    Le début des années 1930 : un paradoxal âge d’or de l’Union Chéron

    18La tendance au déclin n’est donc pas synonyme de disparation, loin s’en faut. Les fédérations préparatistes restent dans des positions dominantes, toujours pleinement intégrées aux institutions républicaines. L’inauguration du stand de l’USTF, le « stand national de tir » à Versailles, le 2 juin 1929, reçoit les honneurs de la présence du président Doumergue, du président du Conseil, du ministre de la Guerre et du sous-secrétaire d’État Paté66. Mais Adolphe Chéron reste l’exemple le plus éloquent de l’influence préparatiste67. Membre du conseil général de la ligue française de l’enseignement de 1921 à 192568, élu député en 1919 et réélu en 1928, inscrit au groupe de la gauche radicale, membre des commissions de l’armée, de l’éducation, de l’aéronautique (en tant que vice-président), président de la première commission du comité consultatif de l’éducation physique (éducation physique dans l’Université), il est pressenti pour devenir l’un des sous-secrétaires d’État à l’éducation physique69. Il est réélu député en 1932, dès le premier tour70, l’année de ses 25 ans de présidence de « l’Union Chéron ». Le gouverneur militaire de Paris, le général Gouraud, lui remet alors la croix de commandeur de la Légion d’honneur dans la cour des Invalides71. L’influence de Chéron se nourrit de sa double position de parlementaire et de président de fédération. Il est en effet pleinement intégré dans le champ des activités physiques et sportives, comme le montre ce photomontage de L’Auto en 1933, regroupant les « présidents des fédérations sportives », sur lequel il se trouve en bonne place (deuxième à gauche sur la ligne du haut), tout comme Hébrard de la FGSPF (cinquième sur le même rang), Gaudier de l’USGF (septième), ou Hess de la fédération préparatiste concurrente (dernier de la rangée à droite).

    19Chéron accède en 1933 au poste de sous-secrétaire d’État à l’Éducation nationale, chargé de l’éducation physique, dans le gouvernement Chautemps. Marcel Oger de L’Auto loue sa nomination en parlant de lui comme de « quelqu’un du bâtiment72 ». Le programme ministériel qu’il présente poursuit l’action menée de longue date : défense de l’école de Joinville, augmentation des subventions pour compenser les restrictions successives, accent mis sur l’utilité sociale de l’éducation physique, et propagande par les grandes manifestations populaires73. Mais ce point d’orgue de la carrière de Chéron ne dure que quelques semaines, du 26 novembre 1933 au 30 janvier 1934, le ministère étant emporté par l’affaire Stavisky. Radical tendant à droite, exclu du parti en 1924 pour avoir soutenu Poincaré, il est emporté par la vague politique du Front populaire en 1936, battu par un communiste.

    Fig. 8. – Les présidents des fédérations sportives selon le photomontage de l’Auto (1933).

    20Le tournant des années 1930 est donc un moment paradoxal d’apogée de l’Union Chéron, qui dispose d’une influence considérable, malgré des effectifs en baisse et de fortes difficultés financières. Le Soldat de demain tire à 90 000 exemplaires annuels, soit environ 7 500 numéros par mois74, et constitue un « quasi ersatz » de bulletin officiel du sous-secrétariat de l’éducation physique75. Malgré une baisse de ses financements, suite à la crise financière et au lent déclin du nombre de sociétés adhérentes, le budget de l’Union reste important, avec 585 000 francs en 1930, et un projet de 490 000 francs pour 193176. L’Union entreprend ainsi la reconstruction de son siège, en plein cœur de Paris, rue de la Sourdière, dans le premier arrondissement. En 1932, l’Union consacre ainsi 740 000 francs à la reconstruction de l’immeuble, avec 300 000 francs de subventions, dans un contexte de forte réduction des budgets de l’État77. L’inauguration de l’immeuble, le 18 février 1933, en présence du président de la République Albert Lebrun, du secrétaire d’État de l’Éducation nationale chargé de l’éducation physique Hippolyte Ducos, et des anciens titulaires du poste, Paté, Morinaud et Tricard-Graveron, est « brillante » selon Le Journal78. Le colonel Arnould de Joinville, Irène Popard et Alice Milliat, Rodolphe Hess de la FNSEP sont aussi présents. Ironie du sort, c’est Ducos, adversaire de la préparation militaire et défenseur de l’éducation physique scolaire, qui fait le discours d’inauguration en tant que sous-secrétaire. S’il fait l’éloge de l’Union, il ne prononce pas une seule fois le mot « militaire79 ».

    21Les fêtes de l’Union aux Tuileries continuent également d’aller bon train, malgré des difficultés financières récurrentes, puisque les recettes sont très faibles. Les concours de gymnastique ont lieu le matin, les défilés et les démonstrations se déroulent l’après-midi, devant une tribune officielle toujours bien garnie, au plein cœur du jardin des Tuileries. La manifestation de 1934, en présence d’Albert Lebrun et de Louis Marin, ministre de la Santé, est ainsi mentionnée avec des photos en première page dans les journaux l’Excelsior, Le Journal, Le Matin, Le Petit Journal, Paris Soir80, ainsi que dans L’Auto, qui parle d’une « fête splendide81 ». Elle est composée des défilés des jeunes hommes, mais aussi des enfants des écoles, passant devant la tribune, avec le bras tendu du « salut des athlètes » de Joinville. Les spectateurs peuvent aussi voir des gymnastes venus des colonies démontrant leur habileté physique, tandis que des figurants qui portent des uniformes historiques de différentes époques sont censés souligner la continuité de la longue histoire militaire de la France.

    Une dynamique parlementaire continuée dans les années 1930

    22La préparation militaire reste aussi d’actualité dans les milieux parlementaires. Le service militaire d’un an, les « classes creuses » et la menace internationale réactualisée (guerre en Éthiopie, remilitarisation de la Rhénanie) sont autant de facteurs qui mettent en avant la solution d’une instruction prémilitaire des recrues, façon d’accroître la valeur défensive du pays à moindre coût. En 1935, Henry Chéron, visiblement agacé, interpelle le ministre de la Guerre au sénat pour l’inviter à faire voter le texte prévu par la loi de recrutement de 1928, en partie adoptée par le Parlement en 1916 puis en 1920-1921, et qu’il tente de promouvoir depuis plus de 25 ans82. Un projet de loi est mis en discussion à la commission de l’armée du Sénat, et étudié par les services du ministère de la Guerre83. Le projet impose l’obligation de l’éducation physique pour les deux sexes de six à seize ans, et l’obligation de la préparation militaire « au premier degré » de seize ans jusqu’à l’incorporation, avec l’organisation d’une préparation à trois degrés. La minute d’une lettre du général Maurin, datée d’avril 1936, assure Henry Chéron que tout est fait pour presser le ministre de la Santé d’accélérer le processus, pour aboutir au vote de la loi84. Un document du ministère de la Guerre, postérieur à cette date, assure que les sous-secrétariats d’État de l’Éducation nationale, de la Santé publique d’une part et d’administration de la Guerre d’autre part, sont sur le point de réaliser un accord sur un projet de loi instituant l’éducation physique et la préparation militaire obligatoire, avec une sanction de deux mois d’incorporation supplémentaire pour les réfractaires. Le document mentionne même que le général Pretelat, membre du conseil supérieur de la Guerre, est « désigné pour suivre la question de la loi sur l’éducation physique et la préparation militaire obligatoire », et qu’il « a vu le ministre de Santé publique qui a demandé à consulter son collègue de l’Éducation nationale. On semble s’orienter vers une conférence interministérielle Guerre, Santé Publique, Éducation Nationale85 ». Mais le texte ne semble pas résister au renouvellement apporté par le Front populaire, puisque Daladier, le spécialiste des questions militaire au parti radical, prend le portefeuille de la Guerre au printemps 1936 et le garde jusqu’à la Seconde Guerre mondiale86. La question de l’obligation de l’éducation physique n’est pas abandonnée, mais elle est déconnectée de la préparation militaire. Elle se traduit par le renforcement des activités physiques à l’école et par la création du Brevet sportif populaire.

    Fig. 9. – La Fête des Tuileries de l’Union Chéron en 1934 (coupures de presse).

    Une préparation militaire encore bien vivante à la fin des années 1930

    Une continuité de la politique de préparation militaire sous le Front populaire

    23Le Front populaire est souvent présenté comment un moment fondateur et comme une période de rupture87. En matière de préparation militaire, on pourrait faire une hypothèse similaire, avec l’arrivée au pouvoir de ministres communistes et socialistes, qui ne sont pas tous de fervents défenseurs de la militarisation, loin s’en faut. Pourtant, l’examen de sources déjà bien connues montre une certaine continuité de la politique mise en œuvre, les innovations concernant plutôt les loisirs. Là encore, il s’agit moins du remplacement d’une politique par l’autre que de l’ajout d’une nouvelle dimension à l’action publique. Léo Lagrange est lui-même un des spécialistes des questions militaires à la SFIO, secrétaire de la commission de l’armée, où il rentre en contact avec le général de Gaulle et se montre favorable à des réformes tendant à la formation d’une armée de métier88. Mais c’est le radical Pierre Dézarnaulds, chirurgien hygiéniste, qui prend en charge dans un premier temps la préparation militaire, en tant que « sous-secrétaire d’État à l’éducation physique », tandis que Léo Lagrange devient « sous-secrétaire d’État à l’organisation des loisirs et sports89 ». Les deux sous-secrétariats sont rattachés sous la tutelle du ministre de la Santé publique, comme c’est le cas depuis 1934. Dézarnaulds reçoit en effet l’éducation physique scolaire dans ses attributions, ainsi que la partie militaire de l’éducation physique90, tout comme le contrôle de l’administration départementale (commissions départementales, moniteurs, subventions, et une partie du « programme d’outillage national »). Lagrange se voit attribuer néanmoins la relation avec les fédérations et les sociétés sportives, et à ce titre, rentre en contact avec les fédérations préparatistes91. Au ministère de la Santé, rue Tilsitt, Dézarnaulds occupe le deuxième étage, Lagrange le troisième, tandis que l’éducation physique militaire est administrée par les services du colonel Lecoq au cinquième étage92. Ainsi, loin d’être abandonnée, la politique de préparation militaire perdure, et trouve sa place dans cette politique hygiéniste.

    24Sa position semble même renforcée, avec la création en septembre 1937 d’un poste de « conseiller technique permanent de la préparation militaire », confié à René Le Grain93. Sous le ministère Chautemps, le conseil supérieur du sport, créé par Lagrange en 1936, est transformé en « conseil supérieur de l’éducation physique et des sports94 », et laisse plus de place à la préparation militaire. Le capitaine Gaston Roux en devient le secrétaire général95. Porté à 78 membres, le Conseil est en effet constitué, entre autres, du commandant de Joinville, de l’officier chef des services de la préparation militaire, et de trois représentants des fédérations préparatistes. Une des quatre sous-commissions est spécifiquement consacrée à la question de la préparation au service militaire. Les programmes de construction d’infrastructures sportifs lancés par le Front populaire restent limités, faute de budget. Pour autant, de 1937 à 1938, ce sont 199 stands de tir qui sont construits, ce qui montre également le maintien de pratiques conscriptives importantes96. Les réformes administratives engagées montrent aussi une certaine continuité. Les commissions consultatives départementales de l’éducation physique instituées par Morinaud en 1930 deviennent des « conseils départementaux des sports et des loisirs » en septembre 1936, puis des « conseils départementaux des sports, loisirs et éducation physique » en 1937. La commission permanente de l’agrément demeure stable. Une des trois sous-commissions est directement consacrée aux « sports et à la préparation militaire », à côté de la commission de l’éducation physique scolaire et de la commission des loisirs97.

    25La création du Brevet sportif populaire semble l’innovation la plus marquante en matière de pratiques physiques durant le Front populaire. Le rapport précédant le décret, essentiellement hygiéniste, donne la vision du gouvernement sur la préparation militaire :

    « La préparation militaire obligatoire n’est possible que grâce à l’éducation physique obligatoire, les deux institutions se complètent mais ne se pénètrent pas. L’éducation physique doit rester confiée aux maîtres de la jeunesse. La préparation militaire, essentiellement distincte, est la tâche des cadres de l’Armée98. »

    26Le BSP de 1937 reprend pourtant la base du Brevet d’Aptitude Physique créé en 1932. Le BSP n’est seulement délesté que de la partie proprement militaire (tir, marche, instruction militaire). Il est, de plus, considérablement plus facile, alors que le BPESM était conçu pour classer les lauréats, dans le but de distribuer facilement les avantages qui y sont associés. Mais le programme est identique : saut en hauteur avec élan, lancer du poids, grimper, course de 100 mètres et de 1 000 mètres, natation. C’est donc davantage une réforme qu’une invention, ce qui relativise le projet original qu’on pourrait y voir à première vue. La nouveauté passe en revanche par la massification réussie du brevet, le BAP étant obtenu chaque année par moins de 1 000 jeunes hommes99, alors que 420 000 brevets sont attribués en 1937, 200 000 en 1938100, dans les clubs, à l’école, dans les régiments (les soldats obtenant alors cinq jours de permission101). Les fédérations préparatistes adoptent donc le BSP, qui rejoint une bonne partie de leurs intentions hygiénistes. Ainsi, le Soldat de demain constate que le Front populaire donne « l’impression de vouloir faire quelque chose pour la formation physique de la jeunesse », et souligne que « certaines polémiques [sont] dues au sectarisme politique beaucoup plus qu’à un désaccord profond sur le fond du problème102 ». L’Union Chéron est en effet rapidement désignée comme l’une des neuf fédérations habilitées à organiser des sessions du BSP103, et une délégation est reçue par Lagrange en mai 1937104. L’Union revendique au moins 13 000 BSP en 1939, en ne disposant encore que du tiers des résultats obtenus dans les 400 sessions organisées cette année-là105. La FGSPF fait de même, et délivre 32 000 brevets, soit le tiers du total106.

    Une préparation militaire remise à l’ordre du jour par les menaces fascistes

    27Une certaine continuité se lit aussi dans les initiatives parlementaires, malgré le renouvellement de la Chambre en 1936. La nécessité d’une large éducation physique, pour des raisons hygiénistes autant que militaires, semble faire un assez large consensus, dans un contexte international qui devient de plus en plus tendu. Selon le Soldat de demain, Daladier, ministre de la Guerre, annonce en décembre 1936 à la commission de l’armée de la Chambre qu’un projet sur la préparation militaire va bientôt être déposé107. Dès janvier 1937, l’ancien ministre de la Santé Louis Marin interpelle à la Chambre le ministre de la Guerre et réclame cette loi, pour contrer le réarmement des pays voisins :

    « Chez nous, au contraire, alors que, du jour où on a institué le service militaire à court terme, tout le monde s’était rendu compte que la préparation militaire de la jeunesse était une nécessité, on n’a envisagé que des solutions fragmentaires. Si des projets d’ordre général ont été élaborés vaille que vaille, aucun n’a été voté définitivement par la Chambre et par le Sénat. Va-t-on continuer ainsi ? Attendra-t-on encore 28 ans, comme depuis 1908, avant de promulguer la loi dont l’urgence se fait sentir plus que jamais108 ? »

    28En réponse à ces interpellations, le ministre de la défense Daladier annonce un grand plan militaire, des crédits importants, et différentes mesures de réorganisation, dont une « préparation effective et obligatoire de la jeunesse109 ».

    29L’intérêt pour la préparation militaire existe aussi chez les chefs de l’armée, même si leur avis sur le mouvement préparatiste est souvent ambivalent. Weygand, fâché en 1931 d’avoir été dérangé pour la fête de préparation militaire des SAG de la Moselle qui a fait un « four110 », accorde un entretien à Excelsior en 1935 pour réclamer une solution au « problème de la race », calquée sur les régimes autoritaires et faite d’une éducation morale, d’une éducation physique et d’une préparation militaire, pour lutter contre « l’aspect débraillé » de la jeunesse111. Le maréchal Pétain y est lui aussi favorable, affirmant que « seule la préparation militaire obligatoire de la jeunesse est de nature à résoudre le problème, en livrant à l’armée active des hommes dégrossis112 ». En effet, le creux démographique issu de la guerre pose de sérieux problèmes de recrutement, qui se conjuguent avec des financements contraints par la crise financière, dans un contexte international particulièrement menaçant entre le réarmement des puissances fascistes et les crises diplomatiques à répétition (Éthiopie, guerre d’Espagne, remilitarisation de la Rhénanie, Anschluss, accords de Munich).

    30Malgré l’instabilité ministérielle, les services de la préparation militaire semblent donc continuer à fonctionner. L’éducation physique est rattachée à l’Éducation physique, à partir du gouvernement Chautemps de 1937, suite à la demande de Jean Zay et de Lagrange113. Mais dès 1938, à la faveur d’un remaniement, un sous-secrétariat d’État à l’éducation physique est à nouveau autonomisé, sous l’autorité de Léon Courson. La préparation militaire n’apparaît plus explicitement dans les attributions ministérielles, ni en ce qui concerne le sous-secrétariat de Courson114, ni pour l’éphémère retour de Lagrange en 1938 comme sous-secrétaire du second gouvernement Blum115. Pourtant, les services de la préparation militaire y restent rattachés. Après le bref retour de Blum, le sous-secrétariat disparaît dans le gouvernement Daladier de 1938, transformé en une direction de l’éducation nationale, intitulé « sports, loisirs et éducation physique116 ». Un arrêté d’octobre 1938, mentionne l’existence d’un service de la préparation militaire, avec un bureau spécifique à l’Éducation nationale, qui fonctionne parallèlement à un bureau des sports et à un bureau de l’éducation physique117.

    31L’importante loi militaire « Paul-Boncour » de 1938, réglant « l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre », ne dit rien sur la préparation militaire, malgré une promesse de Painlevé lors de l’élaboration du projet en 1927-1928118. En revanche, une nouvelle instruction interministérielle de 1938, modifie le format du brevet existant depuis 1932119. La préparation militaire élémentaire est réajustée, et le Brevet sportif populaire est intégré dans son organisation. Deux niveaux se distinguent, avec d’abord le BSP 3e échelon, qui donne cinq jours de permission supplémentaires aux lauréats, et le Brevet sportif populaire prémilitaire (BSPP), plus difficile, qui donne six jours supplémentaires (soit onze jours au total), et la possibilité d’être nommé caporal au bout de cinq mois. Le second degré est constitué du BPME qui reste inchangé, avec une partie technique et militaire plus importante. Il donne de plus grands avantages, le droit au devancement d’appel, à la possibilité de choix du corps suivant le classement, deux jours de permission supplémentaires (soit 13 jours), et l’admission possible dans les pelotons de sous-officiers de réserve (promotion possible en six mois). Au renvoi prioritaire dans les foyers s’ajoute enfin le classement en tête de liste pour l’obtention des emplois réservés. Au total, c’est donc une réforme visant à massifier la préparation militaire élémentaire via l’intégration du BSP, et par une nette augmentation des avantages.

    32Cette réforme de la préparation militaire s’inscrit aussi d’un vaste projet de réforme du sport et de l’éducation physique, le « plan Jean Zay120 », dans la continuité du Front populaire. La préparation militaire est déconnectée de l’éducation physique à l’école. Le sport scolaire est créé véritablement en 1938 avec la fondation de l’Office du sport scolaire et universitaire, l’OSSU, en juin-juillet 1938. Le décret du 13 mai 1939, signé du ministre de l’Éducation nationale, institue dans les départements trois commissions (sports, éducation physique et sport scolaire, loisirs), en plus d’une commission de l’agrément, ce qui marque la disparition de la mention explicite de la préparation militaire, même si l’officier chef du service départemental de l’éducation physique reste membre de la commission de l’agrément121. L’actualité militaire brûlante, avec la mobilisation partielle en septembre 1938 précédant les accords de Munich, accélère cette dissociation, et la reprise en main par le ministère de la Défense. Dans le budget de 1939, l’éducation physique est intégrée dans le ministère de l’éducation nationale, y compris Joinville et les services militaires de l’éducation physique122. Mais dès la déclaration de guerre, Daladier propose, selon Le Maitron, de confier un « Commissariat Général à la Préparation Militaire » à Lagrange, afin de renforcer le moral de la troupe, ce que celui-ci refuse pour partir au front123. Pour le budget de 1940, l’éducation physique et la préparation militaire sont à nouveau intégrées dans le ministère de l’Éducation nationale, mais dès fin 1939, la préparation militaire repasse intégralement sous l’autorité du ministère de la Défense nationale et de la Guerre124. Enfin, une section de la préparation militaire et de l’éducation physique est ouverte à l’État-major de l’armée à partir d’avril 1940125. C’est la dernière décision dans un cadre républicain, avant la débâcle et la réorganisation du sport français par le régime de Vichy en décembre 1940.

    Le regain de la préparation militaire à la fin des années 1930

    33Le regain de la préparation militaire à la fin des années 1930 peut donc paraître paradoxal pour une période marquée à la fois par l’extension du sport-spectacle, du pacifisme et de l’antimilitarisme. Les statistiques du brevet, établis par la direction à l’Éducation nationale, montrent pourtant une nette augmentation des inscrits et des lauréats126.

    Fig. 10. – Nombre de brevets (hors brevets de spécialité) 1934-1938.

    34Plusieurs éléments peuvent expliquer cette hausse : les « classes creuses » se terminent et les jeunes hommes sont plus nombreux, la situation internationale menaçante incite les futures recrues à tenter de trouver une affectation moins dangereuse, et la réforme de 1938 qui intègre le BSP produit les effets attendus. La courbe dessinée sur les deux décennies est éloquente, et montre que la préparation militaire n’a pas disparue, retrouvant même les effectifs d’avant la Première Guerre mondiale. En 1939, ce sont au moins 50 000 jeunes hommes de moins de 21 ans qui se sont ainsi entraînés, au moins physiquement, avant leur incorporation. Un tiers de la classe incorporée en 1938, soit environ 146 000 hommes127, se seraient ainsi inscrits au brevet.

    Fig. 11. – Nombre de brevets (hors brevets de spécialité) 1921-1938.

    35L’augmentation du nombre de candidats et de brevets semble également suivre le dynamisme associatif. La « Fédération Nationale des sociétés de culture physique de tir et de sports » anciennement présidée par Roger Trousselle puis par Pierre Tricard-Graveron, longtemps anecdotique, semble prendre une ampleur nouvelle et concurrencer l’Union Chéron128, tandis que le groupe de Rodolphe Hess, qui a succédé à Lattès, paraît également prospérer129. En 1937, le ministre de l’Éducation nationale affirme que 18 000 brevets ont été obtenus dans quelque 3 500 sociétés agréées130. Il s’agit là du chiffre le plus fiable sur la taille minimale du réseau préparatiste, qui mêle des sociétés préparatistes (sociétés de tir, de préparation militaire), des sociétés de gymnastique, des patronages catholiques et des sections de préparation militaire dans des clubs sportifs ou dans des associations postscolaires.

    36Ce renouveau est à replacer dans le tableau global de l’associationnisme sportif131. Il est question de l’existence de 26 000 sociétés sportives en France. Le ministre de la Santé évoque 12 000 sociétés agréées, 3,5 millions de pratiquants, et plus de 600 000 licenciés. Le nombre de clubs semble avoir décru par rapport à 1930, date à laquelle le CNS revendiquait plus de 28 000 sociétés132, ce qui correspond aux classes creuses produites par la guerre. Ces quelques données permettent une estimation du réseau préparatiste en 1937 : environ la moitié des sociétés sportives sont agréées (12 000/26 000) ; sur cet ensemble, au moins un tiers fait de la préparation militaire (3 500/12 000). Au total, ce sont donc plus de 10 % des associations sportives qui font de la préparation militaire à la fin des années 1930, et leur part, corrélativement à l’augmentation substantielle du nombre de candidats au brevet, semble augmenter. En reprenant les fourchettes d’estimation déjà utilisées, on aurait ainsi entre 70 000 et 150 000 pratiquants dans les sociétés préparatistes à la veille de la guerre. Malgré une marginalisation par rapport aux autres activités sportives, ce constat relativise considérablement la vision d’un déclin inéluctable de ces pratiques après la Première Guerre mondiale, même si la physionomie des sociétés recensées a changé : avant 1914, la société typique serait la petite société de tir postscolaire, alors qu’en 1939 ce serait plutôt la section des cours de préparation militaire d’un club omnisport.

    Fig. 12. – Nombre d’associations adoptant des pratiques conscriptives.

    Notes de bas de page

    1Lassus Marianne, Jeunesse et sports : l’invention d’un ministère (1928-1948), Paris, Insep-éditions, 2017, p. 470.

    2Ibid., p. 80.

    3Ibid., p. 46-47.

    4A.D.V. 273J 22, Bulletin des sociétés d’Éducation Physique et de Préparation Militaire des Vosges, mars 1930. Selon un rapport du colonel Marchal. L’Auto, 4 juin 1930.

    5Ibid., mars 1930.

    6Documents parlementaires. Annexes no 5030 et 5666. Spivak Marcel, Éducation physique, sport et nationalisme en France du Second Empire au Front populaire : un aspect original de la défense nationale, thèse de doctorat, université Paris 1, 1983, p. 1268.

    7Lassus Marianne, Jeunesse et sports, op. cit., 2017, p. 88.

    8Minute de l’arrêté de nomination daté du 23 mai 1930. A.D.L. T689, agrément des sociétés sportives (1931-1940).

    9Loi du 31 mars 1928, JO, 2 avril 1928, p. 3808 et suivantes.

    10Article 1 : « peuvent être nommés directement caporaux-chefs ou brigadiers-chefs : 1) les soldats pourvus d’un des brevets de préparation militaire ; 2) les soldats qui, n’ayant pas réussi aux épreuves du concours du brevet de préparation militaire supérieure, ont cependant obtenu une moyenne qui sera déterminée chaque année par le ministère de la guerre ». Loi du 4 janvier 1929, JO, 6 janvier 1929, p. 250-251.

    11Arrêté du 7 mai 1929. JO, 10 mai 1929, p. 5349.

    12SDD, août 1929.

    13JO, 3 août 1929, p. 8883-8884.

    14Ibid., 19 octobre 1929, p. 11657.

    15Ibid., août 1931.

    16Arrêté du 27 mars 1930. JO, 3 avril 1930, p. 3639.

    17Les comptes rendus sont reproduits dans SDD.

    18A.D.L. T689, agrément des sociétés sportives (1931-1940).

    19SDD, janvier 1931.

    20Le Tir national, 15 novembre 1930.

    21« L’œuvre accomplie en 1930 par M. Morinaud au sous-secrétariat de l’éducation physique ». L’Auto, 6 février 1931.

    22SDD, février 1932.

    23Voir notamment les comptes réalisés par Spivak Marcel, Éducation physique, op. cit., 1983 p. 1116-1117 et 1300-1301.

    24JO, Chambre, 27 mars 1933, p. 1557-1558.

    25Rapport du 19 novembre 1931, no 5669, « au nom de la commission de l’armée chargée d’examiner le projet de loi portant modification à la loi du 31 mars 1928 sur le recrutement de l’armée ».

    26JO, 18 février 1932, p. 1794-1795.

    27SDD, octobre 1931.

    28Article dans La France militaire, reproduit dans le Tir national, 15 décembre 1931.

    29SDD, numéros de juillet et d’août 1932. Modifications marginales à cette instruction par des textes du 4 janvier 1933 et un autre daté du 25 janvier 1934. Ibid., avril 1933 et mai 1934.

    30A.N. 317AP/188-189, Fonds Louis Marin.

    31Lassus Marianne, Jeunesse et sports, op. cit., 2017, p. 66.

    32Murard Lion et Zylberman Patrick, « Mi-ignoré, mi-méprisé : le ministère de la Santé publique, 1920-1945 », Les Tribunes de la santé, no 1, no 1, 2003, p. 19-33.

    33Séance du 27 mars 1933, JO, Chambre, 27 mars 1933, p. 1557.

    34Ibid., 27 mars 1933, p. 1557.

    35Arrêté du 14 juin 1930. Ibid., 16 juin 1930, p. 6623.

    36Arrêté du 27 mars 1930. Ibid., 3 avril 1930, p. 3639.

    37SDD, mars 1931.

    38Le 27 février 1934. Ibid., mars 1934.

    39Décret du 15 octobre 1934. JO, lois et décret, 15 octobre 1934, p. 10458-10459.

    40Arrêtés du 28 octobre 1934. Ibid., 1er novembre 1934, p. 10946-10948. SDD, novembre et décembre 1934.

    41Terret Thierry, Histoire du sport, Paris, PUF, 2016, p. 52-53.

    42Voir les synthèses d’histoire du sport pour de plus amples développements : Clastres Patrick et Dietschy Paul, Sport, culture et société en France : du xixe siècle à nos jours, Paris, Hachette supérieur, 2006 ; Tétart Philippe (dir.), Histoire du sport en France. Du Second Empire au régime de Vichy, Le Mans, Vuibert, coll. « Sciences, corps & mouvements », 2007.

    43Marcel Oger, « On marque le pas. Au 1er juin 1937 : 26 000 sociétés en France et, paraît-il, 3 504 000 pratiquants », L’Auto.

    44L’Auto, numéros des 4, 5, 11, 12, 18, 19, 23 avril 1929.

    45Ibid.

    46JO, Chambre, 29 juillet 1937, p. 2287, et 22 août 1937, p. 2299.

    47Réponse du ministre de la Santé publique à la question du député Bousgarbiès. JO, Chambre, 18 mars 1935, p. 1084.

    48USGF, Annuaire, 1927, p. 68.

    49L’Auto, 9 août 1930.

    50Le Tir national, 15 novembre 1931.

    51L’Auto, 19 avril 1929.

    52Ibid., 9 août 1930.

    53Le Tir national, 15 mai 1930, p. 131.

    54SDD, juin 1928.

    55Ibid., mars 1929.

    56Ibid., mai 1936.

    57SDD, décembre 1936.

    58USEPPSM, Annuaire, op. cit.

    59La Croix, 29 novembre 1933.

    60Les Jeunes, 22 mars 1931.

    61FGSPF, Annuaire FGSPF, 1934.

    62Grœninger Fabien, Sport, religion et nation, op. cit., 2004, p. 84.

    63S.H.D. GR 6N 401, préparation militaire (1919-1936).

    64Général Niessel, « Préparation militaire de la nation », La Revue des deux mondes, 1er janvier 1935, p. 385.

    65« Sports et loisirs », Documentation de statistique sociale et économique, IX-73, 1939.

    66L’Auto, 17 mai 1929.

    67Certains points développés ici ont déjà été abordés dans une autre publication : Pabion Lionel, « “L’Union Chéron” : le sport en uniforme (1906-1939) », Staps, no 127, vol. 1, 2020, p. 29-43.

    68SDD, mars 1932.

    69Ibid., janvier 1931.

    70Ibid., mai 1932.

    71Ibid., mars 1932 ; base Léonore, dossier c-103348, côte 19800035/63/7764.

    72SDD, 28 novembre 1933.

    73Ibid., janvier 1934.

    74Ibid., janvier 1931.

    75Lassus Marianne, Jeunesse et sports, op. cit., 2017, p. 70.

    76SDD, février 1931.

    77SDD, novembre 1931.

    78Le Journal, 19 février 1933.

    79SDD, mars 1933.

    80De gauche à droite : Excelsior, Le Journal, Le Petit Journal, numéros du 11 juin 1934.

    81L’Auto, 11 juin 1934, p. 4.

    82JO, Sénat, 27 mars 1935, p. 449-450.

    83S.H.D. GR 6N 401, préparation militaire (1919-1936).

    84Ibid.

    85Note anonyme intitulée « éléments de réponse à la lettre du général Hirschaueur (sénateur membre de la commission de l’armée) du 9 septembre 1936 ». Ibid.

    86Berstein Serge, Histoire du Parti radical. 2 : Crise du radicalisme, 1926-1939, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1982.

    87Ory Pascal, La politique culturelle du Front populaire français, 1935-1938, thèse de doctorat, université Paris Nanterre, 1990.

    88Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier : Le Maitron. Notice Lagrange Léo par Justinien Raymond, version mise en ligne le 6 octobre 2010, dernière modification le 3 juin 2017.

    89JO, 5 juin 1936, p. 5957.

    90« Préparation militaire. Éducation physique dans l’armée. École supérieure d’éducation physique de Joinville. – Centres d’instruction physique. – Salles d’armes de garnisons. – Éducation physique avant et après le régiment. »

    91Décret d’attribution du 1er août 1936. JO, 2 août 1936, p. 8212.

    92Lassus Marianne, Jeunesse et sports, op. cit., 2017, p. 138.

    93Arrêté du 30 septembre, signé Léo Lagrange. JO, 2 octobre 1937, p. 11213.

    94Décret du 28 décembre 1937. JO, 21 janvier 1938, p. 972. SDD, février 1938.

    95Décret du 4 avril 1938, JO, 6 avril 1938, p. 4103.

    96Spivak Marcel, Éducation physique, op. cit., 1983, p. 1415-1417.

    97JO, 25 novembre 1937, p. 12845-12846.

    98Impressions : projets, propositions, rapports, Sénat, 20 mai 1937.

    99« Sports et loisirs », Documentation de statistique sociale et économique, no 73, IX, 1939.

    100Ibid.

    101Par décision du ministre de la Guerre du 7 juin 1937. Le Miroir des sports, 26 octobre 1937.

    102L’Union étant composé globalement de radicaux, franchement anticommunistes. SDD, avril 1937.

    103Ibid., mars 1937.

    104Ibid., juin 1937.

    105Ibid., janvier 1940.

    106Grœninger Fabien, Sport, religion et nation, op. cit., 2004, p. 73.

    107SDD, novembre 1936.

    108JO, Chambre, 26 janvier 1937, p. 165.

    109Ibid., 2 février 1937, p. 291.

    110L’Auto, 26 juin 1931.

    111Excelsior, 26 avril 1935.

    112Pétain Philippe, « La préparation militaire », Revue de Paris, 1936, p. 721-732.

    113Souvenir du 18 février, à l’annonce de la mort de Lagrange. Zay Jean, Souvenirs et solitude, Belin, 2017.

    114JO, 31 janvier 1938, p. 1329.

    115Ibid., 28 mars 1938, p. 3694.

    116Lassus Marianne, Jeunesse et sports, op. cit., 2017, p. 140-141.

    117JO, 7 octobre 1938, p. 11710.

    118JO, 13 juillet 1938, p. 8330 sq.

    119Bulletin Officiel du ministère de la Guerre, no 32, 8 août 1938. Textes consultés dans SDD, octobre 1938. Le Stade athlétique et le Stand, 1939.

    120L’Auto, 9 février 1939.

    121SDD, juin 1939 ; JO, 27 mai 1939, p. 6711.

    122JO, 1er janvier 1939, p. 28-29.

    123Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier : Le Maitron. Notice Lagrange Léo par Justinien Raymond, version mise en ligne le 6 octobre 2010, dernière modification le 3 juin 2017.

    124JO, 18 janvier 1940, p. 516-517.

    125SDD, avril 1940.

    126« Sports et loisirs », art. cité, 1939.

    127Selon un rapport parlementaire de 1933, cité dans Paoli François-André, L’Armée française de 1919 à 1939 : la fin des illusions, Paris, Service historique de l’armée, 1975, p. 54-57.

    1281 705 numéros sont attribués à des sociétés affiliées à cette fédération difficilement documentée, selon son bulletin difficile à trouver : Le Stade athlétique et le Stand, mars-avril 1939. A.D.M. E-dépôt 89/88, Clermont-en-Argonne, société de tir (1936-1946).

    129Plus de 1 600 numéros d’affiliation ont été également attribués. Vers l’armée, avril-mai 1939.

    130Question no 3906. JO, Chambre, 22 août 1937, p. 2299.

    131Ibid., 29 juillet 1937, p. 2287-2288.

    132M. Oger, « On marque le pas. Au 1er juin 1937 : 26 000 sociétés en France et, paraît-il, 3 504 000 pratiquants », art. cité.

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    1Lassus Marianne, Jeunesse et sports : l’invention d’un ministère (1928-1948), Paris, Insep-éditions, 2017, p. 470.

    2Ibid., p. 80.

    3Ibid., p. 46-47.

    4A.D.V. 273J 22, Bulletin des sociétés d’Éducation Physique et de Préparation Militaire des Vosges, mars 1930. Selon un rapport du colonel Marchal. L’Auto, 4 juin 1930.

    5Ibid., mars 1930.

    6Documents parlementaires. Annexes no 5030 et 5666. Spivak Marcel, Éducation physique, sport et nationalisme en France du Second Empire au Front populaire : un aspect original de la défense nationale, thèse de doctorat, université Paris 1, 1983, p. 1268.

    7Lassus Marianne, Jeunesse et sports, op. cit., 2017, p. 88.

    8Minute de l’arrêté de nomination daté du 23 mai 1930. A.D.L. T689, agrément des sociétés sportives (1931-1940).

    9Loi du 31 mars 1928, JO, 2 avril 1928, p. 3808 et suivantes.

    10Article 1 : « peuvent être nommés directement caporaux-chefs ou brigadiers-chefs : 1) les soldats pourvus d’un des brevets de préparation militaire ; 2) les soldats qui, n’ayant pas réussi aux épreuves du concours du brevet de préparation militaire supérieure, ont cependant obtenu une moyenne qui sera déterminée chaque année par le ministère de la guerre ». Loi du 4 janvier 1929, JO, 6 janvier 1929, p. 250-251.

    11Arrêté du 7 mai 1929. JO, 10 mai 1929, p. 5349.

    12SDD, août 1929.

    13JO, 3 août 1929, p. 8883-8884.

    14Ibid., 19 octobre 1929, p. 11657.

    15Ibid., août 1931.

    16Arrêté du 27 mars 1930. JO, 3 avril 1930, p. 3639.

    17Les comptes rendus sont reproduits dans SDD.

    18A.D.L. T689, agrément des sociétés sportives (1931-1940).

    19SDD, janvier 1931.

    20Le Tir national, 15 novembre 1930.

    21« L’œuvre accomplie en 1930 par M. Morinaud au sous-secrétariat de l’éducation physique ». L’Auto, 6 février 1931.

    22SDD, février 1932.

    23Voir notamment les comptes réalisés par Spivak Marcel, Éducation physique, op. cit., 1983 p. 1116-1117 et 1300-1301.

    24JO, Chambre, 27 mars 1933, p. 1557-1558.

    25Rapport du 19 novembre 1931, no 5669, « au nom de la commission de l’armée chargée d’examiner le projet de loi portant modification à la loi du 31 mars 1928 sur le recrutement de l’armée ».

    26JO, 18 février 1932, p. 1794-1795.

    27SDD, octobre 1931.

    28Article dans La France militaire, reproduit dans le Tir national, 15 décembre 1931.

    29SDD, numéros de juillet et d’août 1932. Modifications marginales à cette instruction par des textes du 4 janvier 1933 et un autre daté du 25 janvier 1934. Ibid., avril 1933 et mai 1934.

    30A.N. 317AP/188-189, Fonds Louis Marin.

    31Lassus Marianne, Jeunesse et sports, op. cit., 2017, p. 66.

    32Murard Lion et Zylberman Patrick, « Mi-ignoré, mi-méprisé : le ministère de la Santé publique, 1920-1945 », Les Tribunes de la santé, no 1, no 1, 2003, p. 19-33.

    33Séance du 27 mars 1933, JO, Chambre, 27 mars 1933, p. 1557.

    34Ibid., 27 mars 1933, p. 1557.

    35Arrêté du 14 juin 1930. Ibid., 16 juin 1930, p. 6623.

    36Arrêté du 27 mars 1930. Ibid., 3 avril 1930, p. 3639.

    37SDD, mars 1931.

    38Le 27 février 1934. Ibid., mars 1934.

    39Décret du 15 octobre 1934. JO, lois et décret, 15 octobre 1934, p. 10458-10459.

    40Arrêtés du 28 octobre 1934. Ibid., 1er novembre 1934, p. 10946-10948. SDD, novembre et décembre 1934.

    41Terret Thierry, Histoire du sport, Paris, PUF, 2016, p. 52-53.

    42Voir les synthèses d’histoire du sport pour de plus amples développements : Clastres Patrick et Dietschy Paul, Sport, culture et société en France : du xixe siècle à nos jours, Paris, Hachette supérieur, 2006 ; Tétart Philippe (dir.), Histoire du sport en France. Du Second Empire au régime de Vichy, Le Mans, Vuibert, coll. « Sciences, corps & mouvements », 2007.

    43Marcel Oger, « On marque le pas. Au 1er juin 1937 : 26 000 sociétés en France et, paraît-il, 3 504 000 pratiquants », L’Auto.

    44L’Auto, numéros des 4, 5, 11, 12, 18, 19, 23 avril 1929.

    45Ibid.

    46JO, Chambre, 29 juillet 1937, p. 2287, et 22 août 1937, p. 2299.

    47Réponse du ministre de la Santé publique à la question du député Bousgarbiès. JO, Chambre, 18 mars 1935, p. 1084.

    48USGF, Annuaire, 1927, p. 68.

    49L’Auto, 9 août 1930.

    50Le Tir national, 15 novembre 1931.

    51L’Auto, 19 avril 1929.

    52Ibid., 9 août 1930.

    53Le Tir national, 15 mai 1930, p. 131.

    54SDD, juin 1928.

    55Ibid., mars 1929.

    56Ibid., mai 1936.

    57SDD, décembre 1936.

    58USEPPSM, Annuaire, op. cit.

    59La Croix, 29 novembre 1933.

    60Les Jeunes, 22 mars 1931.

    61FGSPF, Annuaire FGSPF, 1934.

    62Grœninger Fabien, Sport, religion et nation, op. cit., 2004, p. 84.

    63S.H.D. GR 6N 401, préparation militaire (1919-1936).

    64Général Niessel, « Préparation militaire de la nation », La Revue des deux mondes, 1er janvier 1935, p. 385.

    65« Sports et loisirs », Documentation de statistique sociale et économique, IX-73, 1939.

    66L’Auto, 17 mai 1929.

    67Certains points développés ici ont déjà été abordés dans une autre publication : Pabion Lionel, « “L’Union Chéron” : le sport en uniforme (1906-1939) », Staps, no 127, vol. 1, 2020, p. 29-43.

    68SDD, mars 1932.

    69Ibid., janvier 1931.

    70Ibid., mai 1932.

    71Ibid., mars 1932 ; base Léonore, dossier c-103348, côte 19800035/63/7764.

    72SDD, 28 novembre 1933.

    73Ibid., janvier 1934.

    74Ibid., janvier 1931.

    75Lassus Marianne, Jeunesse et sports, op. cit., 2017, p. 70.

    76SDD, février 1931.

    77SDD, novembre 1931.

    78Le Journal, 19 février 1933.

    79SDD, mars 1933.

    80De gauche à droite : Excelsior, Le Journal, Le Petit Journal, numéros du 11 juin 1934.

    81L’Auto, 11 juin 1934, p. 4.

    82JO, Sénat, 27 mars 1935, p. 449-450.

    83S.H.D. GR 6N 401, préparation militaire (1919-1936).

    84Ibid.

    85Note anonyme intitulée « éléments de réponse à la lettre du général Hirschaueur (sénateur membre de la commission de l’armée) du 9 septembre 1936 ». Ibid.

    86Berstein Serge, Histoire du Parti radical. 2 : Crise du radicalisme, 1926-1939, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1982.

    87Ory Pascal, La politique culturelle du Front populaire français, 1935-1938, thèse de doctorat, université Paris Nanterre, 1990.

    88Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier : Le Maitron. Notice Lagrange Léo par Justinien Raymond, version mise en ligne le 6 octobre 2010, dernière modification le 3 juin 2017.

    89JO, 5 juin 1936, p. 5957.

    90« Préparation militaire. Éducation physique dans l’armée. École supérieure d’éducation physique de Joinville. – Centres d’instruction physique. – Salles d’armes de garnisons. – Éducation physique avant et après le régiment. »

    91Décret d’attribution du 1er août 1936. JO, 2 août 1936, p. 8212.

    92Lassus Marianne, Jeunesse et sports, op. cit., 2017, p. 138.

    93Arrêté du 30 septembre, signé Léo Lagrange. JO, 2 octobre 1937, p. 11213.

    94Décret du 28 décembre 1937. JO, 21 janvier 1938, p. 972. SDD, février 1938.

    95Décret du 4 avril 1938, JO, 6 avril 1938, p. 4103.

    96Spivak Marcel, Éducation physique, op. cit., 1983, p. 1415-1417.

    97JO, 25 novembre 1937, p. 12845-12846.

    98Impressions : projets, propositions, rapports, Sénat, 20 mai 1937.

    99« Sports et loisirs », Documentation de statistique sociale et économique, no 73, IX, 1939.

    100Ibid.

    101Par décision du ministre de la Guerre du 7 juin 1937. Le Miroir des sports, 26 octobre 1937.

    102L’Union étant composé globalement de radicaux, franchement anticommunistes. SDD, avril 1937.

    103Ibid., mars 1937.

    104Ibid., juin 1937.

    105Ibid., janvier 1940.

    106Grœninger Fabien, Sport, religion et nation, op. cit., 2004, p. 73.

    107SDD, novembre 1936.

    108JO, Chambre, 26 janvier 1937, p. 165.

    109Ibid., 2 février 1937, p. 291.

    110L’Auto, 26 juin 1931.

    111Excelsior, 26 avril 1935.

    112Pétain Philippe, « La préparation militaire », Revue de Paris, 1936, p. 721-732.

    113Souvenir du 18 février, à l’annonce de la mort de Lagrange. Zay Jean, Souvenirs et solitude, Belin, 2017.

    114JO, 31 janvier 1938, p. 1329.

    115Ibid., 28 mars 1938, p. 3694.

    116Lassus Marianne, Jeunesse et sports, op. cit., 2017, p. 140-141.

    117JO, 7 octobre 1938, p. 11710.

    118JO, 13 juillet 1938, p. 8330 sq.

    119Bulletin Officiel du ministère de la Guerre, no 32, 8 août 1938. Textes consultés dans SDD, octobre 1938. Le Stade athlétique et le Stand, 1939.

    120L’Auto, 9 février 1939.

    121SDD, juin 1939 ; JO, 27 mai 1939, p. 6711.

    122JO, 1er janvier 1939, p. 28-29.

    123Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier : Le Maitron. Notice Lagrange Léo par Justinien Raymond, version mise en ligne le 6 octobre 2010, dernière modification le 3 juin 2017.

    124JO, 18 janvier 1940, p. 516-517.

    125SDD, avril 1940.

    126« Sports et loisirs », art. cité, 1939.

    127Selon un rapport parlementaire de 1933, cité dans Paoli François-André, L’Armée française de 1919 à 1939 : la fin des illusions, Paris, Service historique de l’armée, 1975, p. 54-57.

    1281 705 numéros sont attribués à des sociétés affiliées à cette fédération difficilement documentée, selon son bulletin difficile à trouver : Le Stade athlétique et le Stand, mars-avril 1939. A.D.M. E-dépôt 89/88, Clermont-en-Argonne, société de tir (1936-1946).

    129Plus de 1 600 numéros d’affiliation ont été également attribués. Vers l’armée, avril-mai 1939.

    130Question no 3906. JO, Chambre, 22 août 1937, p. 2299.

    131Ibid., 29 juillet 1937, p. 2287-2288.

    132M. Oger, « On marque le pas. Au 1er juin 1937 : 26 000 sociétés en France et, paraît-il, 3 504 000 pratiquants », art. cité.

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