Introduction à la première partie
p. 25-26
Texte intégral
Fig. 1. – Fête de l’USGF en 1907, Clermont-Ferrand (carte postale, 1907).

Cliché Veuve Durand et Cie (Jeanne Durand, ?-1924), éditeur à Clermont-Ferrand ; Ernest Le Deley (1859-1917), éditeur à Paris. Collection particulière.
1Trop proches de l’armée pour l’histoire du sport et pour l’histoire de l’école, trop sportives pour l’histoire militaire : les sociétés de préparation militaire restent mal connues. Pourtant la volonté d’une formation prérégimentaire de la jeunesse est une constante durant toute la période de la Troisième République1. C’est ce que montre une histoire politique, institutionnelle et réglementaire de la préparation militaire, qui ne peut se comprendre pleinement qu’avec une contextualisation précise. Les évolutions successives du service militaire sont essentielles : à partir de la loi de recrutement de 1889, tous les textes mentionnent la nécessité de cette instruction avant le passage sous les drapeaux, ce qui produit une vaste réglementation administrative. Mais l’étude ne doit pas être centrée seulement sur les décisions gouvernementales et les projets élaborés au ministère de la Guerre. Ce doit aussi être une histoire attentive à la quantification concrète de la nébuleuse préparatiste, qui est essentielle pour comprendre l’essor de ce mouvement associatif et pour en mesurer le poids réel.
2Les premières sociétés apparaissent au milieu du xixe siècle, en particulier à partir des années 1860. C’est l’occasion d’une réflexion sur les bornes chronologiques canoniques, puisque la guerre de 1870 est souvent présentée comme l’origine du phénomène. Une observation plus attentive permet de nuancer ce schéma, ce qui revisite au passage l’idée même de la « Revanche ». Cette périodisation, calquée sur l’histoire politique, ne permet pas de rendre compte totalement des dynamiques associatives, puisque la guerre semble plus un accélérateur qu’un véritable point de départ. Loin de décliner après les années 1880, avec la fin des bataillons scolaires, la préparation militaire reçoit un statut légal et prend de l’ampleur (chapitre i).
3Le point haut semble en effet la décennie 1900-1910, avec un mouvement en pleine structuration, du point de vue institutionnel et associatif. Cet essor s’explique par l’effet de la politique militaire (réduction du service avec la loi de 1905 et contexte international tendu), qui produit un fort volontarisme, mais également par la concurrence entre groupes républicains et patronages cléricaux qui stimule cette dynamique. Dans la décennie 1910, la préparation militaire est structurée par de puissantes fédérations, qui apparaissent comme des mouvements de masse et qui font des pratiques conscriptives une réalité courante (chapitre ii).
4La Grande Guerre est une césure indiscutable : c’est d’abord une désorganisation intense du réseau associatif. C’est aussi un évènement très particulier pour les préparatistes, qui sont de fervents défenseurs du devoir militaire. Ils sont eux-mêmes mis à l’épreuve, et connaissent une sortie de guerre paradoxale, qui fonctionne plus comme un retour d’expérience que comme un coup d’arrêt au mouvement. Ce regain de prestige se concrétise par des projets de loi visant à l’obligation de la préparation militaire. Si ce principe n’est jamais voté, il montre la force conservée par les préparatistes, à l’image d’Adolphe Chéron, qui devient un parlementaire influent. La fin de la décennie 1920 est marquée pourtant par un déclin relatif, du fait des évolutions de la politique militaire, qui entraînent un désintérêt et une crise dans le recrutement des sociétés (chapitre iii).
5La préparation militaire se maintient pourtant dans les années 1930, se renouvelle et connaît même un regain. Ce renouveau, mal connu, permet de revisiter une histoire du sport trop linéaire, voire téléologique, qui fait souvent de l’émergence des pratiques sportives une concurrence fatale aux pratiques physiques militarisées. Au contraire, on voit comment ces deux sphères se concurrencent et s’entremêlent, tant du point de vue réglementaire qu’associatif, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale (chapitre iv).
Notes de bas de page
1Le titre de la partie est une citation du député Georges Barthélémy : JO, Chambre, 14 décembre 1936, p. 3589.
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