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    Plan détaillé Texte intégral L’héritage d’une présence féminine statutairement garantie Revendications spécifiques : de la femme-mère à l’exploitante à part entière Notes de bas de page Auteur

    La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles)

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    S’engager au féminin, s’engager pour les femmes

    Le CNJA dans les années 1980

    Vincent Flauraud

    p. 171-184

    Texte intégral L’héritage d’une présence féminine statutairement garantie Revendications spécifiques : de la femme-mère à l’exploitante à part entière Maternité et petite enfance Pour un statut de l’agricultrice Égalité des droits à l’installation Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le CNJA (Centre national des jeunes agriculteurs) a été le premier syndicat agricole français à installer, en 1994, une femme à sa présidence : Christiane Lambert, devenue également en 2017 (et jusqu’en 2023) la première femme présidente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), et en 2020, du principal groupement d’agriculteurs en Europe, le Comité des organisations professionnelles agricoles (COPA) de l’UE. Ce constat conduit à s’interroger sur ce qui, dans les pratiques et les mobilisations de ce syndicat de jeunes agriculteurs et agricultrices au sein duquel elle a commencé à militer au début des années 1980 (dans le Cantal), a pu contribuer à forger cette destinée, dans les années où elle s’y est formée à la prise de responsabilités syndicales. Rose-Marie Lagrave pointait récemment la nécessité de s’interroger face à cette précocité qui a surgi dans la sphère conservatrice, qui n’était pas celle où elle était a priori la plus attendue1. Cette chercheuse avait ouvert la voie, en 1987 à un décodage des ressorts de l’accès, très limité, des femmes à des responsabilités professionnelles agricoles. Elle avançait alors que la « percée » de quelques agricultrices dans l’exercice de responsabilités tenait moins « à leurs propriétés sociales [décisives au contraire pour la promotion de dirigeants masculins] qu’à la nécessité pour l’appareil professionnel d’élargir et de renouveler l’éventail de ses représentants [et] d’intégrer de nouveaux espaces sociaux à son champ d’action2 ». À défaut d’une enquête sur le profil social, économique et culturel des femmes promues au sein du CNJA, c’est l’étude des contours d’un engagement féminin et pour les femmes, tel qu’il transparaît dans la presse militante3 de la décennie 1980-1989, et des mobilisations autour de lui, qui est conduite ici. Un héritage jaciste a pu jouer dans le ménagement formel précoce d’une place pour les femmes. Son affermissement dans les années 1980 peut traduire une stratégie d’élargissement du recrutement et des champs d’action dans un moment de crise de légitimité syndicale – nourrie par la poursuite de la baisse des actifs de l’agriculture, comme par la mise en concurrence syndicale sur fond de reconnaissance du pluralisme de représentation syndicale en 19814. Ce processus gagne toutefois à être lu à travers tout le spectre couvert par le concept de genre : l’agentivité masculine est en cause, tout autant que l’agentivité féminine.

    L’héritage d’une présence féminine statutairement garantie

    2Par ses statuts mêmes, et aussi par l’héritage qu’il portait, le CNJA, recourant dès le départ à des quotas de femmes dans ses instances, apparaît marqué par le souci particulièrement précoce de les rendre visibles et intégrées de facto à l’exercice de responsabilités. Ce dernier aspect est longtemps demeuré une singularité de ce syndicat. Dans ses statuts de 1957, qui entérinaient sa transformation d’association en syndicat, comme branche « jeunes agriculteurs » de la FNSEA conservant une autonomie de fonctionnement, un nombre minimum de femmes a été prévu dans les instances dirigeantes à chaque échelon5. La disposition a été étendue aux centres régionaux créés entre 1962 et 1965. Ainsi, dans les cercles cantonaux, dès le départ, trois à cinq femmes doivent siéger parmi les dix à 15 membres du conseil, deux au bureau dont une vice-présidente ; dans les cercles départementaux, cinq au conseil de 15 à 20 membres et deux au bureau ; dans les centres régionaux, cinq au conseil également, mais trois au bureau ; et au national, deux dans chaque commission, sept au conseil (cinq élues par les régions, deux sur liste nationale) et trois au bureau dont la vice-présidente. Dans la décennie 1980 se succèdent ainsi à la vice-présidence nationale la Seine-et-Marnaise Régine Gressier (de 1978 à 1984), la Tarnaise Simone Bru (de 1984 à 1988), puis la Creusoise Catherine Madrias (élue en 1988). Ces dernières se distinguent par leur niveau de formation plus élevé que la moyenne des adhérentes et par leurs expériences hors travail agricole, ce qui peut avoir joué dans leur sélection : Simone Bru a été enseignante en maison familiale et rurale, et professeure d’économie en collège avant de s’installer6 ; Catherine Madrias est une Bordelaise nantie d’un bac littéraire qui a épousé un agriculteur7. De facto, dans les conseils et bureaux, le seuil minimal fixé n’a pas toujours été atteint, donc respecté. S’il fut dépassé, à l’échelon national, dans les années 1960 (avec en 1964 dix femmes sur les 41 membres du conseil et quatre sur les 15 du bureau), en 1986 il n’y en a plus que six au conseil et deux au bureau (une de moins que prévu, dans les deux cas)8. Mais la garantie d’une présence minimale des femmes est parfois un rouage d’une promotion accélérée, quand des compétences singulières sont portées, et/ou quand un charisme se dégage ; au milieu des années 1980, ce sont des femmes qui président, par exemple, les CDJA de l’Eure, de la Haute-Loire, de Côte-d’Or, les CRJA de Normandie et de l’Ouest9. Quelques portraits de femmes qui égrènent le magazine mensuel Jeunes agriculteurs plutôt en fin de décennie, contribuent en outre à banaliser l’exercice de responsabilités par les femmes aux échelons locaux, du canton à la région, même s’ils ont pour fonction de majorer médiatiquement leur importance dans le syndicat10.

    3Le système des quotas, ancien, et qui a précocement garanti une présence féminine ainsi qu’un apprentissage concret de l’exercice de responsabilités par les femmes au sein du CNJA, est un héritage hybride. D’une part, le CNJA ayant été investi par les militants et militantes issus de la JAC/F à compter de 1954, il fait écho à l’organisation de cette dernière en deux branches, masculine et féminine, les femmes étant ainsi conduites à exercer des responsabilités effectives, qui leur seraient restées inaccessibles dans une organisation mixte compte tenu du poids social de la masculinité11. D’autre part, le CNJA s’inscrivait dans la filiation du cercle de jeunes créé par la CGA (Confédération générale de l’agriculture) en 1946, qui avait prévu un quota de deux femmes au bureau, dont la vice-présidente, et accueilli 20 % de femmes parmi les délégués à son premier congrès en 194712. Ici, malgré le patronage initialement exercé par la gauche sur la CGA, il ne faut pas exclure l’imprégnation par le modèle de la Corporation paysanne sous Vichy, qui considérait que toute la famille, dont les femmes, était formellement membre – en lien avec l’approche familialiste du régime. Même si les fondements idéologiques s’effacent, des pratiques demeurent, et peuvent voir leur sens rechargé. L’usage de quotas est néanmoins à double tranchant : Rose-Marie Lagrave évoque leur rejet par le syndicalisme agricole de gauche (FNSP et CNSTP13), pour éviter toute discrimination, même « positive14 ». La logique qui l’a emporté en 1957 au CNJA, exposée par Michel Debatisse dans La Révolution silencieuse15, était en revanche de prendre acte des conditions sociales de sous-représentation structurelle des femmes dans les postes de responsabilité (quitte à le faire encore sous l’angle des contraintes pratiques des charges maternelles, sans bien distinguer le conditionnement patriarcal), en créant une obligation de désignation dans les instances dirigeantes. Ainsi, elles ne seraient pas cantonnées dans un état de minorité, assignées à des comités en charge de l’étude de questions sociales, ce qui serait revenu à « indiquer que les femmes ne sont pas aptes à s’occuper des autres problèmes16 ». Mais c’était aussi une manière, dans la négociation pour se rapprocher de la FNSEA tout en demeurant une structure autonome, de plaider pour que les jeunes ne soient pas cantonnés aux « questions de jeunes » : comme les femmes, ils avaient vocation à s’occuper de tous les aspects relatifs à l’agriculture et à ne pas être placés dans un statut de minorité. Illustrant ce souci de ne pas cantonner les femmes à des activités genrées, la commission féminine qui, initialement, s’occupait de la vulgarisation ménagère en lien avec la FNSEA avait été reconfigurée en 1961 en « service de promotion féminine », chargé de donner une formation économique et technique aux femmes, leur permettant de participer à part entière à toutes les réunions syndicales17.

    4Les femmes représentent en moyenne 12 % des effectifs aux congrès du CNJA des années 198018, avec une poussée à hauteur de 15 % en 198719. Cette minorité n’est pas silencieuse lors de ces rassemblements : elles y cumulent 11 % des prises de parole, soit une exposition conforme à leur présence. Ces interventions n’abordent spécifiquement la question des femmes que trois fois sur dix, réalisant les objectifs du début des années 1960 : l’évocation très majoritaire de sujets généraux dessine ainsi une figure de militante « agricole d’abord », refusant une assignation à son genre. Une enquête réalisée par le syndicat auprès des femmes de moins de 35 ans travaillant en exploitation en 198120 avance que 32 % exercent des responsabilités professionnelles dans un CDJA et 28,3 % dans une FDSEA, les engagements sociaux souvent attribués aux femmes arrivant bien après (17,2 % à la MSA, 12,9 % dans un bureau d’aide sociale) ; en revanche, la pénétration des coopératives, caisses de Crédit agricole, chambres d’agriculture ou conseils municipaux (autour de 7-8 %) reste davantage du ressort du masculin, montrant a contrario l’effet dopant des quotas dans la sphère syndicale. Dans les faits, l’adhésion au CNJA ne vaut pourtant pas forcément participation. Dans les Vosges en 1985, une responsable raconte que des femmes se sentent parfois en faute en venant à une réunion, qu’elles hésitent à demander à leur mari de leur prêter la voiture pour s’y rendre seules ; mais que « maintenant il y a davantage de femmes. Nous achetons des jus de fruits et plus seulement des bières21 ». Dans le Cantal en 1984, une autre insiste sur le rôle des réunions du Centre cantonal des jeunes agriculteurs, au « bistrot d’Allanche », comme occasions de sociabilité, permettant à tous les jeunes, garçons et filles, de se retrouver et de rompre avec leur isolement quotidien : les concours de belote peuvent alors alterner avec des séances sur la fiscalité22.

    5L’incitation à s’impliquer dans l’ensemble du spectre des combats syndicaux, dont les femmes font l’objet, ne contrevient pas, néanmoins, à leur prise en charge de sujets plus proprement féminins. Un « Groupe femmes » commun au CNJA et à la FNSEA travaille, à l’échelon national, sur ces questions23. Il établit des passerelles de réflexion avec les chambres d’agriculture et les MSA24. En 1983, au Mans, CNJA et FNSEA organisent une manifestation d’agricultrices pour attirer l’attention sur la baisse des revenus dans la profession, en arguant qu’elle est la cause du départ de femmes vers un travail à l’extérieur, qui fragilise la structure25. Une fois tous les deux ans, le magazine Jeunes agriculteurs consacre un numéro spécial aux agricultrices (et plus largement, aux femmes vivant dans des exploitations), prenant appui à deux reprises sur une enquête pour dresser leur portrait statistique et mieux connaître le public auquel s’adresser26.

    6De l’un à l’autre de ces sondages, soit de 1981 à 198727, une mutation se dessine. En début de décennie, les femmes sont très majoritairement mariées (92 %) et avec enfants (83 %) et elles travaillent pour la plupart au service de l’exploitation (83 %), 10 % seulement exerçant une activité à l’extérieur. En 1987, bien plus sont célibataires (plus de 20 %), 10 % sont chefs d’exploitation, et un doublement du travail à l’extérieur s’est produit. Même si les modes de collecte ne sont pas identiques (seule la seconde enquête repose sur un échantillon représentatif), c’est à ces résultats que les responsables syndicales et syndicaux ont été confrontés, et ce sont eux qu’elles et ils ont fait dialoguer avec leurs propres observations quotidiennes. Ces données offrent de la sorte une des clés de lecture du déplacement progressif des thématiques mobilisées au sein du syndicat, marquant l’affirmation d’un engagement plus spécifique, au service des femmes des milieux agricoles.

    Revendications spécifiques : de la femme-mère à l’exploitante à part entière

    Maternité et petite enfance

    7Au début de la décennie, dans le prolongement de ce qui s’était fait déjà dans les années 1970, la femme-mère est encore au cœur des mobilisations revendicatives spécifiques. Un combat ancien se prolonge, autour de l’équivalent de congés de maternité pour les agricultrices, sous forme de remplacements28 – sachant que les femmes en âge d’accoucher sont un cœur de cible, pour un syndicat centré sur les moins de 35 ans. Déjà, en 1976, le « Groupe femmes » commun au CNJA et à la FNSEA avait obtenu le financement du remplacement des agricultrices pendant deux semaines (portées à quatre en 1979), faisant office de congé de maternité29. Le caractère tardif de cette conquête sociale (trois décennies après la même pour les salariées) a pu être mis en rapport avec la longue réticence de la profession agricole à l’égard des assurances sociales et avec l’affirmation tardive d’un travail agricole spécifiquement féminin30. Le combat des années 1980 porte en la matière sur un renforcement des droits : la possibilité de bénéficier d’un remplacement supplémentaire de deux semaines en cas de grossesse pathologique ou multiple, et d’une semaine de plus à partir du troisième enfant ; la libre répartition des semaines de remplacement dans une plage de temps pouvant commencer dès le troisième mois, et non à partir du sixième seulement, comme les salariées qui, elles, pouvaient bénéficier, en attendant, de congés maladie31. Première victoire : les semaines supplémentaires pour grossesse pathologique ou multiple qui étaient demandées sont accordées en mai 198232 ; les militantes avaient obtenu l’appui d’Édith Cresson, première femme ministre de l’Agriculture33. Mais, par la voix notamment de sa vice-présidente Régine Gressier, en poste depuis 1978, le CNJA continue à demander en 1983 que le « congé de maternité » des agricultrices soit rapproché de celui des salariées (avec possibilité d’arrêt dès le troisième mois)34. L’effort porte aussi sur la publicité faite à ce droit de remplacement, encore en partie ignoré par un tiers des agricultrices en 198135 ; seules un peu moins de deux mille femmes y recourent alors dans l’année36 ; elles ne sont encore qu’un peu plus de trois mille en 198337.

    8Le tout début des années 1980 ajoute une sensibilisation à la prévention périnatale. Le CNJA intervient plutôt, ici, comme partenaire-expert sollicité par la MSA et le ministère de la Santé, qui cherchent à faire baisser le nombre d’enfants handicapés à la naissance38. En effet, la politique de périnatalité engagée dans les années 1970 échoue encore en partie dans les campagnes : les agricultrices constituent, avec les immigrées, les femmes de forains et de gitans, un des groupes les plus à risque en 198239. Les instances médicales prônent alors le développement du rôle des sages-femmes en milieu rural. Mais le CNJA fait surtout de ces alertes un argument pour nourrir son combat autour de l’équivalence d’un congé de maternité : permettre aux agricultrices de s’arrêter quand elles en ont pathologiquement besoin, c’est ce qui doit permettre de diminuer les risques40. Or, après le milieu de la décennie, l’amélioration du « congé » de maternité sort de l’agenda. Alors que les huit semaines de remplacement sont accordées en 1986, ce fait est passé sous silence dans Jeunes agriculteurs : il est vrai que cette fois, ce sont les femmes syndicalistes de la gauche paysanne qui ont obtenu la mesure, jouant de leur proximité avec le gouvernement du moment41. L’implication du CNJA en faveur du remplacement pour maternité a toutefois un statut ambigu du point de vue d’un processus d’émancipation féminine : comme l’ont montré Xavier Cinçon et Agnès Terrieux, les remplacements sont effectués majoritairement par des hommes, dépendant des Services de remplacement gérés par la profession, « corrigeant » de la sorte les fragilités du modèle d’exploitation de couple, à l’heure où « la technicisation des productions [a] entraîné une “masculinisation” des activités42 ». Et d’identifier une « subordination du droit des agricultrices aux intérêts masculins43 », qui sortent paradoxalement renforcés par l’obtention apparente de nouveaux droits par les femmes.

    9Parallèlement, l’évocation d’enjeux autour de l’enfance est avant tout concentrée, elle aussi, dans le premier tiers de la décennie. Le principal problème pris en compte est celui de la garde des enfants : « Les ménages ont pris souvent leur indépendance, les grands-parents ne vivent plus sous le même toit44 », voire, habitent ailleurs, et il n’est plus possible de compter sur cette solidarité familiale traditionnelle. L’enquête nationale de 1981 a fait apparaître que les 7 % de femmes d’agriculteurs déclarant qu’elles restent au foyer sans s’occuper de l’exploitation, le font pour s’occuper d’enfants en bas âge, et préféreraient, pour deux tiers d’entre elles, travailler pour la ferme45. La situation des campagnes est confrontée à celle de la ville, où les haltes-garderies se sont développées (l’institutionnalisation du statut d’assistante maternelle datant de 197746), de même que la préscolarisation en maternelle. Cette comparaison fait d’autant plus ressortir aux yeux des militantes les handicaps structurels du monde rural, puisque des services de ce type seraient inadaptés à la dispersion, dans un espace peu dense, des jeunes enfants à accueillir et encadrer47. C’est une rupture de l’égalité des chances que pointe là encore Régine Gressier, la vice-présidente du CNJA, en 1982 : « Si, malgré tout, les femmes acceptent pour elles-mêmes certaines des injustices, elles les dénoncent lorsque ces injustices touchent leurs enfants », assène-t-elle48. Plusieurs pistes sont brandies : maternelle à mi-temps, instituteur itinérant, haltes-garderies tournantes mobilisant le bénévolat49. Mais si une initiative de cet ordre, conduite en Côte-d’Or, est récompensée par le concours d’initiatives « Campagnes au féminin » en 198350, le syndicat ne fait pas de cette question un sujet de revendications de premier plan. Les incidences sur la marche de l’exploitation étant moindres que lors de la phase de maternité, il est possible que sa capacité à agréger l’appui masculin soit atténuée. Ce sujet est moins visible, lui aussi, passé le milieu de la décennie.

    Pour un statut de l’agricultrice

    10La revendication – déjà présente – qui prend alors l’ascendant est l’obtention d’un statut reconnaissant pleinement la conjointe d’exploitant comme agricultrice, avec les mêmes droits, a fortiori lors de l’installation.

    11Dans la décennie précédente, l’obtention, en 1976, par le CNJA, de la création de « stages de deux cents heures féminins » rémunérés par le CNASEA avait couronné la mobilisation du syndicat autour du renforcement de la formation des femmes51. Ces stages étaient centrés avant tout sur la comptabilité-gestion, les institutions agricoles et l’économie du secteur, plus quelques éléments d’agronomie, moins centraux. Outre les compétences conférées, ils permettaient, après examen, d’obtenir la « capacité professionnelle », exigée pour une dotation d’installation ; ils permettaient d’apprendre à élaborer le plan de développement qui était alors exigé. Ils étaient considérés, avec le congé maternité, comme l’autre conquête essentielle du syndicat pour les femmes dans les années 197052, alors même qu’ils entérinaient une dévolution de plus en plus systématique (et genrée) des tâches d’administration aux femmes dans les exploitations.

    12Au début des années 1980, leur développement était vu comme une phase préparatoire très opportune, avant l’octroi de la coresponsabilité aux femmes d’exploitants par la loi d’orientation en préparation : « Alors que les agricultrices vont avoir un statut de coresponsabilité, il faut qu’elles puissent accéder à une formation et une compétence équivalente à celles dont bénéficient les hommes », déclarait la vice-présidente Régine Gressier53. Or la loi attendue, promulguée en juillet 1980, allait vite apparaître comme un leurre. Aux yeux des militantes et militants du CNJA, elle rendait certes les deux époux exploitant ensemble coresponsables de leur exploitation, devant signer de conserve les actes importants, en mesure d’intervenir l’un ou l’autre pour la gestion courante, pouvant l’un comme l’autre participer aux assemblées générales ou être élus dans les organismes agricoles. Mais la femme restait l’ayant droit de son mari, sans existence sociale et sans droits sociaux propres54 : « Si [une femme] veut être agricultrice sur la même exploitation que son mari, elle doit être coexploitante et il lui faut un statut. Elle doit avoir accès aux aides de l’État, pouvoir emprunter indépendamment de son mari, bénéficier d’une véritable couverture sociale et non plus de droits dérivés55. » La constitution d’un GAEC (Groupement agricole d’exploitation en commun) entre époux était toujours impossible56. Une femme d’agriculteur de plus en plus formée – que ce soit en amont dans un lycée agricole, ou via les stages de deux cents heures – ne pouvait pas recevoir d’aide spécifique à l’installation si elle voulait, dans le périmètre de l’exploitation, créer une nouvelle activité – un atelier de volailles ou de porcs, souvent – qui lui soit propre57. C’était la négation du caractère pleinement professionnel du travail de 500 000 agricultrices conjointes d’exploitants qui ne passait plus. « Ce sont les hommes qui font les lois » reprochait, dépitée, Bénédicte Clerc, l’animatrice du Groupe femmes, en 198758. À l’appui de la dénonciation d’une injustice, les portraits de jeunes installés que proposait régulièrement le magazine Jeunes agriculteurs étaient de plus en plus des portraits de couples, partageant totalement les tâches, parfois sans attributions strictes, « dé-genrant » l’ordre des choses59.

    13La revendication d’un statut de la femme coexploitante à part entière a constitué, jusqu’en 1987, un thème récurrent, en tête dans le champ de l’implication du syndicat au service des femmes. Sous Michel Rocard ministre de l’Agriculture, l’affaire avait semblé entendue, une première fois, à l’été 1983 (il avait annoncé un statut pour l’automne), après remise de travaux d’un collectif de femmes réunissant CNJA, FNSEA, chambres d’agriculture, MSA. Elles y proposaient d’« améliorer le statut de coresponsabilité » défini en 1980 (nécessité du consentement mutuel, renforcement des droits de la femme, notamment en cas de décès du mari) et de « créer un statut optionnel de coexploitation60 ». Puis, face à l’immobilisme de l’administration ministérielle, le CNJA décide en 1984 de jouer l’argutie juridique dans le cadre d’une action pensée comme « une véritable démarche syndicale61 » : il semble possible juridiquement à une femme d’exploitant de s’inscrire à titre individuel à la MSA en payant une cotisation particulière, et d’acquérir ainsi des droits sociaux spécifiques (pension d’invalidité, retraite). Un test auprès de la MSA de la Vienne confirme la faisabilité de la manœuvre, ce qui force la main aux autres caisses. « Nous ne voulons pas savoir si ce statut nous coûte cher ou non. Il le faut. À nous de nous battre ensuite pour qu’il soit plus juste et mieux adapté » défend alors Bénédicte Clerc62. « C’est avant tout une question de principe, une démarche personnelle, un peu philosophique », revendique Daniel Boutrot, le premier des membres du conseil d’administration national à mettre en œuvre la mesure avec son épouse, les autres s’engageant à faire de même et à donner de la sorte l’exemple à tous les couples de militants63. C’est dans la foulée de ce « coup de pression » et de communication que le rapport du député socialiste Gérard Gouzes, retravaillé par les services ministériels d’Henri Nallet, fait naître, par la loi du 11 juillet 1985, le statut d’EARL (Entreprise agricole à responsabilité limitée), unipersonnelle ou pluripersonnelle (jusqu’à dix associés)64. Les deux membres d’un couple exerçant dans l’agriculture peuvent dès lors être associés et cogérants, et considérés tous deux comme coexploitants. Ce cadre souple ne s’applique pas uniquement à un homme et une femme mariés, certes, mais c’est avant tout cette configuration qui est alors dans l’esprit du législateur. Il n’y a pas non plus automaticité de la sortie de la dépendance vis-à-vis du mari pour les femmes d’exploitants, si la démarche de création d’une EARL n’est pas conduite, mais il y a désormais une solution juridique pour la permettre. La non-automaticité de la reconnaissance de la femme comme coexploitante a fait que les femmes à la tête du combat du CNJA (Simone Bru, Bénédicte Clerc) ont continué à faire de la reconnaissance d’un statut général une revendication capitale. Néanmoins, l’enquête commanditée en 1987 par le syndicat auprès d’un échantillon représentatif de femmes65 a fait apparaître le caractère de « combat de pointe » de la question du statut, combat militant porté par des éclaireuses, mais qui n’était pas forcément partagé par toutes les femmes concernées, lesquelles n’avaient pas encore systématiquement pris conscience de la domination dont elles faisaient l’objet : seules 17 % des femmes interrogées évoquaient spontanément l’absence de statut comme « un problème », et 10 % seulement de celles qui travaillaient à l’extérieur en faisaient mention, alors même que le discours militant les instrumentalisait pour dire que c’était l’absence de statut qui faisait partir les femmes ailleurs. Les discussions autour de la directive européenne de décembre 1986 prônant l’égalité de traitement entre hommes et femmes exerçant une profession indépendante, applicable à compter de 1989, ont plaidé, néanmoins, pour maintenir la pression66. Il en est allé de même de l’élaboration en cours d’une loi de modernisation agricole (votée finalement le 30 décembre 1988, sous le gouvernement Rocard). L’EARL ne permettait pas encore de garantir les mêmes droits aux époux (accès aux prêts bonifiés, ou droits sociaux) et il importait d’obtenir leur alignement. Le gouvernement Chirac donna des gages : lors du congrès du CNJA en juin 1987, le ministre de l’Agriculture, François Guillaume, ancien président de la FNSEA, annonça que « le projet de loi de modernisation confèrera[it] aux associés d’exploitants d’EARL un véritable statut de chef d’exploitation. Comme en coexploitation, le couple associé devrait y bénéficier d’avantages particuliers ». Pour accompagner la mesure, un registre de l’agriculture serait créé, où tout actif du secteur, dont les femmes, serait enregistré67.

    Égalité des droits à l’installation

    14Toutefois, c’est un combat connexe qui a abouti plus rapidement : celui d’une égalité des droits à l’installation. Pour le CNJA, deux jeunes mariés s’installant comme associés en EARL devaient pouvoir obtenir tous deux une Dotation jeune agriculteur (DJA) et un prêt Jeune agriculteur comme s’ils étaient banalement deux associés non mariés. L’offensive de plusieurs mois aboutit au congrès de juin 1987, où la parole est donnée comme jamais aux femmes déléguées présentes68. Elle est facilitée par la présence de François Guillaume, homme du sérail, par l’approche des élections présidentielles qui poussent la droite au pouvoir à choyer l’électorat paysan, et par la perspective de la célébration des trente ans du CNJA. Lors de la cérémonie anniversaire au Cirque d’hiver, qui offre une tribune privilégiée, Jacques Chirac, Premier ministre et bientôt candidat à l’élection présidentielle, peut confirmer les annonces déjà faites depuis juin – mais cette fois, le décret approche et sera pris en février. Michel Teyssedou, alors président du CNJA, joue, dans sa prise de parole, d’un double registre de modernité : modernité sociale, quand il parle de « prendre acte de la formidable transformation de la condition féminine qu’a connue notre société depuis vingt ans » ; et en même temps, modernité économique, quand il avance que cela doit libérer l’initiative entrepreneuriale en permettant aux femmes de s’en emparer pleinement. Le Premier ministre abonde dans le même sens, introduisant au passage une certaine confusion pratique, puisqu’il parle de « reconnaissance du statut de l’agricultrice ». Ce n’est pas vraiment le cas : il n’y avait et il ne doit toujours pas y avoir de statut « en soi » ; mais d’une certaine façon, devant l’opinion, l’importance de la mesure est proclamée en la majorant. Toutefois, passé le point d’orgue de décembre 1987, la question des femmes eut moins d’ampleur dans la presse du syndicat. Même la loi de modernisation, fin 1988, passa un peu inaperçue69.

    ⁂

    15En cette année 1987, on ne peut pas ne pas s’interroger sur un possible effet d’aubaine, communicationnel ou électoral selon l’acteur concerné. On peut aussi convoquer un « esprit du temps » qui faisait qu’une dissociation des droits entre hommes et femmes devenait de moins en moins tenable. Mais il convient de remarquer aussi que, dans ce syndicat où les femmes avaient une place militante à part entière, aux racines partiellement jacistes, un travail féminin autour de la condition puis des droits des femmes a pu, de façon continue, être mené, dans le long terme, même s’il se faisait parfois à bas bruit et s’il a pu être instrumentalisé par les hommes du syndicat dans les années 1970. Avec la question du statut et de l’installation, l’engagement pour les femmes touchait à la sphère professionnelle, aux capacités de développement économique, de créativité entrepreneuriale, et non uniquement à des questions de droits à la protection sociale, dans un environnement où la part de femmes s’installant comme chefs d’exploitation, notamment pour des reprises (les portraits dans Jeunes agriculteurs l’illustraient bien), allait croissante. Il y a eu là un terrain où les combats féminins ont pénétré l’argumentaire masculin. Ce fut en quelque sorte le premier combat vraiment commun, pour elles et eux, autour d’une défense des femmes. Les hommes se sont associés aux actions coup de poing, comme l’appel à la systématisation des inscriptions des épouses à la MSA. Ils ont repris, comme Michel Teyssedou, des slogans inscrits dans un magnétisme féministe, comme quand il revendiquait : « Il est plus que temps d’appliquer aux droits des personnes qui travaillent en couple […] cette règle d’arithmétique élémentaire : 1+1 = 270. » À cette aune, la lecture de la stratégie syndicale du CNJA à l’égard des femmes, qui s’est surtout employée à déconstruire jusqu’ici l’ouverture qui leur était faite, en y repérant des instrumentalisations patriarcales71, mérite sans doute d’être réinterrogée et nuancée, en prenant conscience de l’existence, dans les années 1980, en lien sans doute avec la poursuite d’une mutation des relations de couple, de modalités d’appropriation, par les jeunes hommes du syndicat, de combats pour les femmes. C’est ce terreau syndical là qui, en 1994, allait porter, le premier, une femme à sa tête.

    Notes de bas de page

    1Propos de Rose-Marie Lagrave recueillis par Lemarchant Clotilde et Seiller Pauline, « Retour sur les “agricultrices” : des oubliées de la recherche et du féminisme », Travail, genre et sociétés, no 45, 2021/1, p. 31-38. Jean-Philippe Martin, dans son ouvrage paru après la conduite de notre étude (Paysannes. Histoire de la cause des femmes dans le monde agricole, Paris, L’Atelier, 2025), fait bien ressortir, d’autre part, les limites de la promotion des femmes au sein des syndicats de la gauche paysanne (auxquels l’ouvrage est principalement consacré), malgré la réalité d’un engagement pour la cause des femmes.

    2Lagrave Rose-Marie, « Des dirigeantes dirigées », in Rose-Marie Lagrave (dir.), Celles de la terre. Agricultrice : l’invention politique d’un métier, Paris, EHESS, 1987, p. 153. Voir aussi Cocaud Martine et Sainclivier Jacqueline, « Femmes et engagement dans le monde rural (19e-20e siècles) : jalons pour une histoire », Ruralia, no 21, 2007.

    3En l’occurrence, le bulletin mensuel du syndicat, Jeunes agriculteurs.

    4Cordellier Serge, « Syndicalisme : du monopole au pluralisme », Pour, no 196-197, 2008/1, p. 136-150.

    5Tavernier Yves, Le Syndicalisme paysan : FNSEA et CNJA, Paris, Armand Colin, 1969. Les précisions qui suivent en sont issues.

    6Jeunes agriculteurs (désormais « JA ») 09-1984.

    7JA 01-1989.

    8JA 06-1986.

    9JA 03-1984, 02-1985, 05-1985.

    10JA 03-1984, 06-1987, 12-1987, 01-1989.

    11Cf. Perrot Martyne, « La jaciste, une figure emblématique », in Rose-Marie Lagrave (dir.), Celles de la terre, op. cit., p. 33-61.

    12Tavernier Yves, Le Syndicalisme paysan, op. cit., p. 135-136.

    13Fédération nationale des syndicats paysans et Confédération nationale des syndicats de travailleurs paysans. Elles fusionnent en 1987 pour donner la Confédération paysanne. Voir Martin Jean-Philippe, Histoire de la nouvelle gauche paysanne. Des contestations des années 1960 à la Confédération paysanne, Paris, La Découverte, 2005.

    14Lagrave Rose-Marie, « Des dirigeantes dirigées », art. cité, p. 155.

    15Debatisse Michel, La Révolution silencieuse. Le combat des paysans, Paris, Calmann-Lévy, 1963, p. 152-153.

    16Ibid.

    17Tavernier Yves, Le Syndicalisme paysan, op. cit. ; Lagrave Rose-Marie, « Des dirigeantes dirigées », art. cité, p. 161.

    18JA 06-1980, 06-1982, 06-1983, 07-08-1984, 07-1985, 06-1986, 07-08-1987, 07-08-1988, 06-1989.

    19JA 07-08-1987.

    20JA 11-1981.

    21JA 01-1985.

    22JA 03-1984.

    23JA 11-1981, 07-08-1983.

    24JA 09-1983.

    25JA 01-1982.

    26JA 11-1981 (enquête), 02-1983, 05-1985, 06-1987 (enquête).

    27JA 11-1981, 06-1987.

    28Cf. Cinçon Xavier et Terrieux Agnès, « Remplacer les agricultrices : une histoire du congé de maternité en agriculture », Travail, genre et sociétés, no 31, 2014/1, p. 123-140.

    29JA 05-1985.

    30Cinçon Xavier et Terrieux Agnès, « Remplacer les agricultrices », art. cité, p. 125.

    31JA 05-1981, 11-1981, 05-1982.

    32JA 07-1982.

    33JA 06-1981.

    34JA 07-08-1983.

    35JA 11-1981.

    36JA 02-1982.

    37JA 05-1985.

    38JA 11-1981, 05-1982, 07-08-1983.

    39JA 05-1982.

    40Ibid. : JA 05-1982.

    41Cf. Martin Jean-Philippe, Paysannes, op. cit., p. 121-122.

    42Cinçon Xavier et Terrieux Agnès, « Remplacer les agricultrices », art. cité, p. 129.

    43Ibid., p. 121.

    44JA 05-1981.

    45JA 11-1981.

    46Cf. Dupraz Luce, « Nounou d’hier, assistante maternelle d’aujourd’hui : l’évolution d’une véritable profession », Spirale, no 48, 2008/4, p. 57-73.

    47JA 05-1981, 11-1981, 04-1982, 03-1984.

    48JA 04-1982.

    49JA 11-1981.

    50JA 07-08-1983.

    51JA 05-1980.

    52JA 12-1982.

    53JA 05-1980.

    54JA 11-1981, 04-1982, 05-1982, 06-1982, 05-1983, 07-08-1983, 09-1983, 09-1984, 01-1985, 05-1985.

    55JA 05-1982.

    56JA 01-1986, 06-1987.

    57JA 11-1981.

    58JA 06-1987.

    59JA 11-1981, 03-1982, 04-1982, 01-1985, 11-1985, 02-1986, 09-1986, 11-1986, 02-1987, 04-1987, 11-1988, 05-1989.

    60JA 09-1983.

    61JA 01-1984, 05-1985.

    62JA 05-1985.

    63Ibid.

    64Ibid. ; JA 01-1986.

    65JA 06-1987.

    66Ibid.

    67JA 07-08-1987.

    68Ibid.

    69Chronologiquement, cet « essoufflement » de la mobilisation pour la cause des femmes au sein du CNJA concorde étonnamment avec celui qui peut être repéré au sein de la gauche paysanne, suggérant son inscription dans un cycle aux dynamiques partagées : Martin Jean-Philippe, Paysannes, op. cit., p. 124.

    70Ibid.

    71Lagrave Rose-Marie, « Des dirigeantes dirigées », art. cité ; Cinçon Xavier et Terrieux Agnès, « Remplacer les agricultrices », art. cité.

    Auteur

    • Vincent Flauraud

      Université Clermont Auvergne, Centre d’histoire « Espaces et Cultures ».

      Vincent Flauraud est maître de conférences en histoire contemporaine.

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    1Propos de Rose-Marie Lagrave recueillis par Lemarchant Clotilde et Seiller Pauline, « Retour sur les “agricultrices” : des oubliées de la recherche et du féminisme », Travail, genre et sociétés, no 45, 2021/1, p. 31-38. Jean-Philippe Martin, dans son ouvrage paru après la conduite de notre étude (Paysannes. Histoire de la cause des femmes dans le monde agricole, Paris, L’Atelier, 2025), fait bien ressortir, d’autre part, les limites de la promotion des femmes au sein des syndicats de la gauche paysanne (auxquels l’ouvrage est principalement consacré), malgré la réalité d’un engagement pour la cause des femmes.

    2Lagrave Rose-Marie, « Des dirigeantes dirigées », in Rose-Marie Lagrave (dir.), Celles de la terre. Agricultrice : l’invention politique d’un métier, Paris, EHESS, 1987, p. 153. Voir aussi Cocaud Martine et Sainclivier Jacqueline, « Femmes et engagement dans le monde rural (19e-20e siècles) : jalons pour une histoire », Ruralia, no 21, 2007.

    3En l’occurrence, le bulletin mensuel du syndicat, Jeunes agriculteurs.

    4Cordellier Serge, « Syndicalisme : du monopole au pluralisme », Pour, no 196-197, 2008/1, p. 136-150.

    5Tavernier Yves, Le Syndicalisme paysan : FNSEA et CNJA, Paris, Armand Colin, 1969. Les précisions qui suivent en sont issues.

    6Jeunes agriculteurs (désormais « JA ») 09-1984.

    7JA 01-1989.

    8JA 06-1986.

    9JA 03-1984, 02-1985, 05-1985.

    10JA 03-1984, 06-1987, 12-1987, 01-1989.

    11Cf. Perrot Martyne, « La jaciste, une figure emblématique », in Rose-Marie Lagrave (dir.), Celles de la terre, op. cit., p. 33-61.

    12Tavernier Yves, Le Syndicalisme paysan, op. cit., p. 135-136.

    13Fédération nationale des syndicats paysans et Confédération nationale des syndicats de travailleurs paysans. Elles fusionnent en 1987 pour donner la Confédération paysanne. Voir Martin Jean-Philippe, Histoire de la nouvelle gauche paysanne. Des contestations des années 1960 à la Confédération paysanne, Paris, La Découverte, 2005.

    14Lagrave Rose-Marie, « Des dirigeantes dirigées », art. cité, p. 155.

    15Debatisse Michel, La Révolution silencieuse. Le combat des paysans, Paris, Calmann-Lévy, 1963, p. 152-153.

    16Ibid.

    17Tavernier Yves, Le Syndicalisme paysan, op. cit. ; Lagrave Rose-Marie, « Des dirigeantes dirigées », art. cité, p. 161.

    18JA 06-1980, 06-1982, 06-1983, 07-08-1984, 07-1985, 06-1986, 07-08-1987, 07-08-1988, 06-1989.

    19JA 07-08-1987.

    20JA 11-1981.

    21JA 01-1985.

    22JA 03-1984.

    23JA 11-1981, 07-08-1983.

    24JA 09-1983.

    25JA 01-1982.

    26JA 11-1981 (enquête), 02-1983, 05-1985, 06-1987 (enquête).

    27JA 11-1981, 06-1987.

    28Cf. Cinçon Xavier et Terrieux Agnès, « Remplacer les agricultrices : une histoire du congé de maternité en agriculture », Travail, genre et sociétés, no 31, 2014/1, p. 123-140.

    29JA 05-1985.

    30Cinçon Xavier et Terrieux Agnès, « Remplacer les agricultrices », art. cité, p. 125.

    31JA 05-1981, 11-1981, 05-1982.

    32JA 07-1982.

    33JA 06-1981.

    34JA 07-08-1983.

    35JA 11-1981.

    36JA 02-1982.

    37JA 05-1985.

    38JA 11-1981, 05-1982, 07-08-1983.

    39JA 05-1982.

    40Ibid. : JA 05-1982.

    41Cf. Martin Jean-Philippe, Paysannes, op. cit., p. 121-122.

    42Cinçon Xavier et Terrieux Agnès, « Remplacer les agricultrices », art. cité, p. 129.

    43Ibid., p. 121.

    44JA 05-1981.

    45JA 11-1981.

    46Cf. Dupraz Luce, « Nounou d’hier, assistante maternelle d’aujourd’hui : l’évolution d’une véritable profession », Spirale, no 48, 2008/4, p. 57-73.

    47JA 05-1981, 11-1981, 04-1982, 03-1984.

    48JA 04-1982.

    49JA 11-1981.

    50JA 07-08-1983.

    51JA 05-1980.

    52JA 12-1982.

    53JA 05-1980.

    54JA 11-1981, 04-1982, 05-1982, 06-1982, 05-1983, 07-08-1983, 09-1983, 09-1984, 01-1985, 05-1985.

    55JA 05-1982.

    56JA 01-1986, 06-1987.

    57JA 11-1981.

    58JA 06-1987.

    59JA 11-1981, 03-1982, 04-1982, 01-1985, 11-1985, 02-1986, 09-1986, 11-1986, 02-1987, 04-1987, 11-1988, 05-1989.

    60JA 09-1983.

    61JA 01-1984, 05-1985.

    62JA 05-1985.

    63Ibid.

    64Ibid. ; JA 01-1986.

    65JA 06-1987.

    66Ibid.

    67JA 07-08-1987.

    68Ibid.

    69Chronologiquement, cet « essoufflement » de la mobilisation pour la cause des femmes au sein du CNJA concorde étonnamment avec celui qui peut être repéré au sein de la gauche paysanne, suggérant son inscription dans un cycle aux dynamiques partagées : Martin Jean-Philippe, Paysannes, op. cit., p. 124.

    70Ibid.

    71Lagrave Rose-Marie, « Des dirigeantes dirigées », art. cité ; Cinçon Xavier et Terrieux Agnès, « Remplacer les agricultrices », art. cité.

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    Flauraud, V. (2025). S’engager au féminin, s’engager pour les femmes. In C. Gadenne-Rosfelder & A. Hamon (éds.), La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles). Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14ypu
    Flauraud, Vincent. « S’engager au féminin, s’engager pour les femmes ». In La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles), édité par Clémence Gadenne-Rosfelder et Anthony Hamon. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14ypu.
    Flauraud, Vincent. « S’engager au féminin, s’engager pour les femmes ». La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles), édité par Clémence Gadenne-Rosfelder et Anthony Hamon, Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14ypu.

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    Gadenne-Rosfelder, C., & Hamon, A. (éds.). (2025). La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles). Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14yq4
    Gadenne-Rosfelder, Clémence, et Anthony Hamon, éd. La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles). Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14yq4.
    Gadenne-Rosfelder, Clémence, et Anthony Hamon, éditeurs. La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles). Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14yq4.
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