• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16479 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16479 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires de Rennes
  • ›
  • Histoire
  • ›
  • La vie des femmes dans les campagnes (Fr...
  • ›
  • Première partie. Le genre du travail agr...
  • ›
  • Entre les lignes
  • Presses universitaires de Rennes
  • Presses universitaires de Rennes
    Presses universitaires de Rennes
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral L’invisibilisation du travail des femmes et de sa valeur Les femmes aux marges du marché Les marges de manœuvre de Marie Carayol pendant la Grande Guerre Notes de bas de page Auteur

    La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles)

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Entre les lignes

    Les femmes dans l’économie domestique d’une famille paysanne du Tarn (1913-1921)

    Anaïs Albert

    p. 21-34

    Texte intégral L’invisibilisation du travail des femmes et de sa valeur Les femmes aux marges du marché Les marges de manœuvre de Marie Carayol pendant la Grande Guerre Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Au xixe siècle et dans la première moitié du xxe siècle, dans les petites propriétés paysannes exploitées en famille, le rôle des femmes est central dans la production et la reproduction de la force de travail et de la valeur économique. Pourtant les sources comptables qui permettent d’analyser l’importance pour l’économie domestique de ce travail du point de vue féminin sont rares, car comme le note Daniel Fabre « l’écrit domestique central était le carnet où s’égrenait une sorte de livre de raison (l’agenda du berger, du vigneron ou du maraîcher), donc une affaire d’homme1 ». Il faut donc repartir de ces sources écrites par des hommes pour les lire à contre-courant ou « against the grain2 » et analyser ce qu’elles permettent de voir de la place économique des femmes dans le monde rural. Cet article propose d’appliquer cette méthode de lecture au livre de compte, très détaillé, tenu de 1913 à 1921 par Jean Carayol, propriétaire d’une petite exploitation en polyculture dans le sud du Tarn3.

    2La famille Carayol exploite une propriété de 17 hectares en 1914 ce qui la classe dans la moyenne paysannerie du Tarn4. Les Carayol vivent dans le hameau de la Trincalarié, à six ou sept kilomètres à pied du village de Pont de l’Arn, près de Mazamet. À plus de 400 mètres d’altitude, sur les contreforts du plateau d’Anglès, l’exploitation s’inscrit dans le territoire appelé localement « la montagne, c’est-à-dire la partie orientale du Tarn, [qui] est la plus pauvre. Ses champs inféconds se recouvrent de maigres épis de seigle, d’avoine, de sarrasin ou de blé noir, ou de plantations de pommes de terre ou de fourrages. Les terrains incultes sont occupés par des genêts, des châtaigniers, des chênes et des hêtres5 ». La famille Carayol y pratique une agriculture traditionnelle qui associe polyculture (céréales surtout du blé et du seigle, pommes de terre et plantes fourragères comme le trèfle, le sainfoin et l’avoine) et élevage (vaches, moutons et cochons).

    3Le scripteur, Jean Carayol est né en 1867 et s’est marié avec Eulalie Farret en 1895. Il est l’aîné d’une fratrie de six garçons et il hérite à ce titre de la propriété de son père : en 1913, lors du « partage de famille », il devient propriétaire des terres et décisionnaire, mais il continue d’héberger ses parents vieillissants et dédommage financièrement ses frères6. C’est également à cette date qu’il commence à tenir le livre de compte, marquant ainsi par l’écrit son nouveau statut de chef de famille7. De 1913 à 1921, entre ses 46 et ses 54 ans, le paysan mentionne au jour le jour dans ce registre les dépenses et les recettes, les crédits et les dettes de sa famille, ainsi que des événements marquants pour le collectif familial (décès, mariages) ou pour le pays (entrée en guerre en 1914, armistice). Les comptes proprement dits sont précédés de neuf pages de récit familial, remontant sur quatre générations, dans une logique patrilinéaire. Ce document correspond en tout point au modèle du livre de raison puisqu’il enregistre les deux éléments associés qui fondent le genre : la richesse et la parenté8.

    4Ce livre de compte, d’une grande richesse pour reconstituer l’économie quotidienne d’une famille paysanne à l’orée du xxe siècle, donne à première vue une impression d’exhaustivité, mais il propose en réalité une vision masculine de l’économie. Jean Carayol appartient tout d’abord à une famille patriarcale. Dans cette France du Sud qui continue à « faire l’aîné » malgré les dispositions égalitaires du Code civil, les hommes se transmettent le bien – et le nom – de père en fils aîné, en excluant à la fois les femmes et les fils cadets. Au sein même du département, ces logiques sociales persistent plus longtemps dans « la montagne », territoire plus isolé, à la scolarisation plus tardive. Enfin, la domination masculine s’appuie également sur « la piété bien connue des populations mazamétaines » qui encourage « les mœurs patriarcales, comme la religion sait les former quand on en garde l’esprit9 ». Les femmes sont donc difficiles à voir dans cette comptabilité qui adopte une définition restreinte – et masculine – du travail et de l’échange, de « ce qui compte ». Le livre de compte enregistre ainsi le travail agricole, puis pour partie industriel, mais exclut le travail domestique féminin. L’échange y est réduit à la sphère marchande : le document indique très majoritairement les transactions réalisées en numéraire, avec un prix en franc, alors que les femmes ont encore largement recours à des circuits alternatifs, au troc, au don et au contre-don. Pourtant, une lecture « against the grain » – ou plutôt ici entre les lignes – fait discerner de multiples indices du travail féminin, mais jamais de sa valeur. Le livre de raison enregistre également la manière dont les femmes sont maintenues aux marges du marché. Cette situation n’est cependant pas figée et la Première Guerre mondiale ouvre de nouvelles opportunités économiques pour Marie Carayol, la fille aînée de la famille.

    L’invisibilisation du travail des femmes et de sa valeur

    5En 1913, sur la propriété de la Trincalarié, vivent et travaillent trois générations : Jean Carayol et sa femme Eulalie, leurs quatre enfants10 et les parents du scripteur (cf. illustration 1).

    Ill. 1. – Le collectif familial en 1913.

    6Quatre femmes sont donc présentes : Anne, la mère de Jean Carayol, vieillissante et qui meurt en 1918 ; sa femme Eulalie, âgée de 38 ans en 1913 ; sa fille aînée Marie, âgée de 17 ans en 1913 et qui quitte la ferme lors de son mariage en 1919 à 23 ans et enfin Léonie, née en 1911. Au quotidien, la force de travail des femmes de la famille est essentielle, dans deux domaines : le travail agricole proprement dit qu’il soit orienté vers le marché (semence, récolte, soin du bétail) ou vers l’autoconsommation (potager, poulailler) et le travail domestique (ménage, cuisine, soin des enfants) qui assure la reproduction de la force de travail. Les traces de ces différents types de travaux sont inégales dans le livre de compte.

    7Dans cette exploitation en polyculture-élevage, la participation des femmes aux grands travaux des champs (moisson, arrachage des pommes de terre) et surtout au soin du bétail (préparation de la bouillie des cochons, surveillance des bêtes à la pâture) est certaine, mais elle est invisible dans le livre de compte qui ne donne aucune indication sur les tâches agricoles, masculines ou féminines11. Les paysannes ont également en charge des tâches agricoles spécifiques, une production destinée à l’autoconsommation familiale et non au marché dont la valeur économique est importante mais jamais mesurée. Il s’agit essentiellement de l’entretien du potager familial et de la basse-cour, de la traite des vaches et du soin des ruches12. Les femmes de la famille Carayol supervisent donc une production presque invisible dans les lignes du livre de raison, sauf de manière incidente. Ainsi, en 1920, Jean Carayol note la vente d’un pot de miel pour 20 F ce qui atteste de l’existence de ruches sur l’exploitation13. La présence d’un potager est visible dans le cadastre qui enregistre en 1914 cinq parcelles nommées « jardin ». Le livre de compte mentionne également divers achats de semences maraîchères ou de plants (poireaux, oignons, betteraves…). Le 4 mai 1913, Jean Carayol note par exemple : « j’ai acheté à Mazamet une douzaine de plants de tomates ». Mais ces légumes ne sont pas commercialisés et rien ne vient donc dans le livre de raison quantifier la production de ce jardin entretenu par les femmes, qui sert probablement de base à l’alimentation quotidienne. Il est dès lors impossible d’en mesurer l’apport à l’économie domestique.

    8La notion de « travail domestique » a été élaborée dans les années 1970 par les sciences sociales pour désigner des « tâches auparavant largement invisibles et non reconnues socialement, prises en charge par les femmes dans la sphère privée et requalifiées comme travail14 ». Les théoriciennes du féminisme matérialiste ont notamment proposé d’analyser ce travail domestique avec les notions de l’histoire et de la sociologie du travail : temps de travail, valeur produite, mais aussi matières premières ou outils de travail15. Dans le monde paysan, la division sexuée du travail est particulièrement forte et les femmes de la famille Carayol sont, sans aucun doute, en charge du travail domestique le plus naturalisé : la cuisine, la production et l’entretien du linge, le soin de la maison et des enfants16. Ce dernier n’apparaît pourtant que de manière parcellaire dans le livre de compte, notamment quand le recours au marché est nécessaire pour l’achat de matières premières ou d’outils de travail.

    9La préparation des repas pour la maisonnée est une tâche féminine, prérogative de la maîtresse de maison dans le monde rural. Cette production apparaît dans le livre de compte de manière incidente à travers les courses alimentaires, car si une partie importante des matières premières sont autoproduite dans la ferme, une autre est achetée. Il s’agit à la fois de denrées exotiques (café, chocolat), de fruits ou d’huiles non produits localement (citrons, oranges, huile d’olive) ou d’aliments transformés produits par l’industrie agroalimentaire en plein essor (riz, pâtes, sardines en boîte). Jean Carayol enregistre également l’achat de vaisselle et d’ustensiles de cuisine qu’on peut considérer comme les outils de ce travail féminin. Il note ainsi en novembre 1915 : « j’ai acheté un couvercle de marmite pour 1,60 F » et en décembre 1919 une dépense pour « une casserole émaillée à 2,50 F, un bol 0,90 F17 ». De manière symptomatique, un seul repas apparaît dans le livre de raison des Carayol car il s’agit d’un repas de fête, celui de la tuerie du cochon. Le 9 février 1913, le scripteur note « j’ai dépensé 20 F à Mazamet pour acheter viande, sucre, sel fin et biscuits et autres objets destinés pour faire le repas pour égorger les cochons18 ». Or les hommes jouent exceptionnellement un rôle dans ce repas, puisqu’ils tuent et découpent le cochon19. Cette préparation collective et rituelle concerne donc la maisonnée, et pas seulement par les femmes, raison pour laquelle il devient certainement visible dans l’œil du scripteur. Les repas quotidiens, cuisinés par les femmes ne sont en revanche jamais mentionnés, ni l’objet d’une évaluation monétaire. Leur valeur économique est pourtant importante, comme on peut le mesurer à travers le coût des repas pris à l’extérieur, lors des foires et des marchés notamment : un repas individuel coûte entre 0,75 et 1,50 F.

    10La production et l’entretien du linge par les femmes est un autre grand domaine du travail domestique. Une partie de la matière première textile est produite dans l’exploitation : la laine provenant de tonte des moutons qui est ensuite filée, puis tissée ou tricotée. Cette production est attestée par une unique ligne du livre de compte où Jean Carayol indique qu’il a donné de l’argent à sa femme Eulalie « pour payer le filage d’un peu de laine20 ». Les femmes de la famille Carayol sont également couturières et produisent des vêtements à partir de matières premières achetées, comme le montrent les nombreuses mentions d’achat d’étoffes ou de coupons. Le livre de compte précise parfois le vêtement final envisagé : « acheté pour 13,50 F d’étoffes pour robes », « étoffe pour faire un mantelet » ou encore « drap gris pour faire un pantalon pour Jean21 ». Les outils de ce travail de couture sont également évoqués avec des achats réguliers de fil à coudre et d’épingles et la mention en avril 1918 d’« un flacon d’huile pour machine à coudre22 » qui laisse une trace de la possession de cet objet mécanique qui a pénétré les foyers ruraux. La plus-value économique de cette production domestique n’est jamais calculée. Le livre de compte mentionne également des vêtements achetés déjà confectionnés, comme « un costume pour Jean et une chemise » ou un « pantalon de coutil23 ». La « façon » du vêtement à partir du tissu peut aussi être confiée à une couturière, pour environ 1,50 F par vêtement. Lorsque la production de vêtement est ainsi externalisée, sa valeur est évidente dans les comptes, mais elle est invisible lorsqu’elle repose sur le travail des femmes de la famille. Enfin, ces dernières entretiennent le linge, pour qu’il « fasse de l’usage24 » : le document comptable enregistre par exemple la trace d’une activité de raccommodage avec l’acquisition d’« un écheveau de fil noir coton pour réparer les bas25 ».

    11Une dernière tâche d’entretien du linge est totalement invisible dans le livre de compte : la lessive, travail à la fois chronophage et d’une grande importance symbolique. Ce silence, finalement très parlant, s’explique aisément : d’une part la matière première principale de la lessive reste la cendre qui n’est pas achetée sur le marché et ne se retrouve donc pas dans les comptes. D’autre part, le lavoir (ou la rivière) où l’on nettoie le linge est un lieu de « féminisme pratique26 », un espace de sociabilité majeur pour les femmes, dont les hommes sont exclus pour des raisons symboliques27. Dans le regard masculin, cette tâche féminine (laver le linge) et ce lieu de travail (le lavoir) sont logiquement invisibles.

    12Le travail, agricole comme domestique, des femmes de la famille Carayol reste donc peu visible dans le livre de compte, même s’il peut être lu en creux à travers les objets achetés qui l’évoquent. La valeur de ces différentes productions n’est en revanche pas calculée, ni mesurable, alors que ce travail a une rentabilité élevée, les femmes faisant gratuitement ce qui peut s’acheter sur le marché. Mais quel est l’accès de ces femmes à la richesse ainsi produite ?

    Les femmes aux marges du marché

    13Comme l’écrit Michelle Perrot, « il a été bien difficile aux femmes de valoriser leur travail en termes monétaires parce que, traditionnellement, leur activité relève d’un système d’échange en nature, don contre don28 ». Le livre de compte tenu par Jean Carayol permet de constater que les femmes de la famille ont peu accès à la monnaie et à l’échange au sens large, elles sont tenues aux marges du marché. Les paysannes ne peuvent pas participer aux ventes de produits agricoles les plus lucratifs et, partant, n’ont qu’un accès contrôlé par le chef de famille au numéraire. Mais certaines productions féminines, comme le lait et les œufs, restent de leur ressort et elles peuvent les échanger ou les monnayer, hors du regard masculin.

    14Le livre de compte qui enregistre toutes les ventes permet de mesurer précisément les recettes de la famille Carayol. En 1913 par exemple, la commercialisation de bétail représente 82 % des revenus de l’année (à parts égales entre veau et vaches, moutons et cochons) et celle du blé 10 %. Le reste des recettes provient de la vente de bois et de fagots (7 %) et de celle d’animaux chassés (perdreau, lièvre, fouine) pour 1 %. Si les femmes participent à la production, notamment à celle du bétail car elles ont en charge le soin des bêtes au quotidien, elles ne peuvent pas négocier le prix de leur travail. La vente des semences et du bétail, lors des marchés et des foires de la région, à Mazamet ou à Castres, sont en effet des prérogatives exclusivement masculines et « vendre est le signe ultime de l’autorité29 ». Dans le livre de compte, toutes les mentions de vente de céréales, d’ovins, de bovins ou de cochons sont attribuées au chef de famille. Jean Carayol écrit par exemple « j’ai vendu une paire de vaches à la foire de Mazamet au prix de 900 F » ou « j’ai vendu un veau à Castres à 3 F le kilo pesant 159 kilos ce qui me fait 477 F30 ». Dans les foires, la négociation autour du prix des bêtes est soumise à un rituel très codifié qui se pratique uniquement entre hommes. En 1925, un recueil juridique décrivant les usages locaux du Tarn précise que les négociations aboutissent à un accord « qui se constate quelquefois avec de fortes tapes sur les mains » et que l’« on scelle aussi le marché en se rendant au débit voisin où le vendeur paie une tournée, dite vinage, s’il reçoit le prix de la vente31 ». Par la mise en jeu de la force physique (les tapes dans les mains) et l’inscription dans des lieux (débits de boissons) et des consommations (alcool) encodés comme masculins dans les sociétés rurales, le rituel de la vente s’affirme comme genré. L’exclusion des femmes repose sur une série d’implicites et la naturalisation des compétences fait qu’il serait rarement venu à l’idée d’une femme de « se mêler de l’achat d’une vache32 » malgré la part prise à la croissance et à l’entretien du bétail.

    15Les femmes de la famille Carayol étant tenues à l’écart de ces ventes qui font entrer les plus grands montants d’argent à la ferme, elles n’ont accès au numéraire que sous le contrôle du chef de famille. De nombreuses notations du livre de compte indiquent en effet que Jean Carayol leur donne de l’argent pour effectuer des transactions. Il écrit par exemple : « j’ai donné 50 F à Marie pour acheter un costume » ou « j’ai donné à Eulalie 60 F pour acheter un pantalon et un maillot à Armand et une paire de galoche à Léonie33 ». Les termes employés ont ici leur importance : le chef de famille écrit qu’il a « donné » ce qui met l’accent sur la gratuité de l’acte, à l’opposé d’une rémunération ou d’un salaire. En outre, ces notations sont toujours accompagnées de la préposition « pour » suivie d’une liste d’articles plus ou moins précise. L’argent est donc remis à ces femmes en vue d’un achat déterminé à l’avance, semblant limiter l’autonomie et le choix. Il faut cependant apporter une nuance sur le genre de ces transactions sous contrôle, car le fils aîné, Jean, peut également être concerné par ces mentions de remise d’argent pour des transactions encadrées comme en juillet 1916 : « j’ai donné 5 F à Jean pour une boite de poudre Louis pour mon père qui est atteint d’asthme34 ». Mais celui qui est pensé comme l’héritier dans la logique patriarcale apparaît aussi dans des lignes qui le posent comme un acteur économique à part entière, comme en décembre 1913 lorsque son père note : « Jean a acheté à Mazamet une paire de sabots en cuir (2,75 F), une douzaine de paquets d’allumettes (0,50 F) et un kilo de pommes de terre (0, 25 F)35. »

    16Les femmes ne sont cependant pas dépourvues de ressources propres et de marges de manœuvre économiques, mais celles-ci sont peu enregistrées par Jean Carayol dans son livre de compte. En effet, traditionnellement – et avec des variations selon les époques et les régions – les paysannes peuvent garder les bénéfices de certains des fruits de leur travail : le lait et les œufs. Ces deux productions sont les plus affiliées symboliquement au féminin. Le lait maternel est au cœur de représentations denses et d’un savoir complexe dans les campagnes, comme l’a montré Agnès Fine36, et le lait des vaches fait écho au lait nourricier des mères. De la même manière, les œufs de poule sont des œufs amniotiques et renvoient à la fonction de reproduction des femmes. Ces deux productions, marquées du sceau du féminin et supervisées par les femmes dans les exploitations paysannes, sont donc considérées comme leur appartenant en propre37. L’ethnologue Yvonne Verdier note ainsi qu’au début du xxe siècle à Minot en Bourgogne l’« accumulation des pièces du trousseau » est « acquis avec l’argent du lait qui était l’argent des femmes38 ». Le lait n’est cependant jamais mentionné dans l’exploitation des Carayol car les vaches sont élevées pour les veaux qu’elles allaitent qui sont ensuite vendus. Cette denrée est certainement pour partie consommée dans la famille, mais n’est pas mise sur le marché. En revanche, les femmes de la famille entretiennent un poulailler et dans un document comptable plus ancien – un agenda de 1895 – Jean Carayol note que sa mère « a acheté 4 mouchoirs de poche et les a payés avec des œufs39 », attestant d’un système parallèle de troc utilisé par les femmes. Cette commercialisation féminine du lait et des œufs fait penser à la notion de « marquage social de l’argent40 » forgée par la sociologue Viviana Zelizer pour expliquer que des sommes d’argent sont pré-affectées à des dépenses particulières. Ici, ce sont plutôt les recettes qui sont marquées du sceau du genre, l’argent produit par la vente du lait ou des œufs étant un argent féminin, ce qui explique sa faible présence sous la plume d’un scripteur masculin. Cependant, ces productions voient leur prix grimper en flèche pendant la Première Guerre mondiale et font par la même occasion une entrée plus marquée dans le livre de compte. Ce conflit vient-il rebattre les cartes de l’économie domestique ?

    Les marges de manœuvre de Marie Carayol pendant la Grande Guerre

    17Le premier conflit mondial déstabilise l’économie nationale mais aussi domestique. Dès 1914, les pénuries se multiplient et provoquent une inflation très importante : les prix ne sont plus stables et la valeur des denrées alimentaires augmente. Le monde agricole est en outre l’objet de réquisitions qui se multiplient au fil de la guerre pour alimenter les soldats au front, puis les populations civiles41. Enfin, dans le Tarn, l’industrie textile très développée avant la guerre, est désorganisée par la mobilisation des hommes42. Le besoin de main-d’œuvre représente une opportunité économique que saisit Marie Carayol.

    18En novembre 1915, la fille aînée de la famille commence en effet à travailler dans une usine sur la commune voisine de Payrin à environ une heure de marche de la ferme familiale. Cet établissement de filature et de tissage de la laine, nommé le Moulin Gau et propriété de la famille Alba la Source, emploie environ 400 ouvriers en 190043. En 1915, Marie Carayol a dix-neuf ans, ce qui représente une mise au travail industriel tardive : il semble bien que la guerre et la pénurie de main-d’œuvre rendent attractif cet emploi. En outre, elle a peut-être pour objectif de faire des économies, en prévision de son mariage44. Ce travail féminin à l’extérieur du domicile contre une rémunération en numéraire est en tout cas une grande nouveauté. La pluriactivité est connue des Carayol : comme en témoigne le père de famille dans son prologue, ses aïeux ont cumulé pendant longtemps tissage à domicile et emploi comme journaliers agricoles, puis comme fermiers45. Mais l’embauche de Marie Carayol au Moulin Gau marque une rupture : il s’agit de la première femme qui travaille à l’extérieur de l’exploitation agricole et qui découvre le monde usinier, radicale nouveauté dans cette famille paysanne.

    19Marie Carayol travaille trois ans et demi à l’usine du Moulin Gau, jusqu’en avril 1919. Elle y est payée 3 F par jour en 191546, puis les salaires augmentent régulièrement pour suivre l’inflation et atteindre 6,75 F par jour en 1919. La jeune fille remet sa paye – qu’elle touche à la quinzaine – à son père ce qui la fait apparaître dans la colonne « reçu » du livre de compte : ce salaire entre donc dans les recettes de l’exploitation familiale. Dans le détail, les formules utilisées par Jean Carayol pour inscrire ces sommes dans le livre de compte varient beaucoup les premiers mois. Cette instabilité sémantique montre la difficulté à nommer et donc à penser une nouvelle source de revenu féminine. Le scripteur écrit : « reçu 39 F de Marie qu’elle a gagné au Moulingau » (7 novembre 1915), « j’ai reçu 36 F que Marie a porté du Moulingau » (24 novembre 1915), « Marie a reçu 36 F du Moulingau, prix de 12 journées » (4 décembre 1915), ou encore « j’ai reçu 36 F de la quinzaine de Marie » (16 janvier 1916). La fille aînée est ainsi pour partie désignée comme une actrice économique à part entière qui « a gagné », « a reçu », « a porté ». L’énonciation se fixe finalement six mois plus tard, en avril 1916, sur l’expression « j’ai reçu X francs du travail de Marie », voire du « salaire de Marie », l’emploi du mot « travail » révélant que la jeune fille est entrée dans la définition étroite du travail productif. L’apport de ce salaire au budget familial est considérable : en 1916, les sommes qu’elle remet à son père représentent environ 17 % des recettes de la famille sur l’année et 15 % en 1918. À titre de comparaison, l’allocation versée par l’armée en compensation du départ de son frère Jean au front en mai 1917, d’un montant de 45 F par mois, ne représente en 1918 que 4,7 % des entrées d’argent de la ferme.

    20Il n’est pas possible de savoir si Marie Carayol a pu garder une partie de ses gains, car le livre de compte n’enregistre par définition que ce qu’elle remet à son père. Cela semble cependant peu probable car Jean Carayol note le 12 mars 1916 : « j’ai reçu 40 F de Marie et je lui ai laissé 20 F pour acheter des habits », laissant à penser que cet accès au salaire se fait sous contrôle et est dûment enregistré dans la comptabilité familiale. Sur les 834 F gagnés en 1916, Marie Carayol aurait alors touché en propre 20 F, soit 2 %. Mais en janvier 1919, Jean Carayol verse « 967 F à la Caisse d’Épargne sur le livret de Marie » quelques mois avant son mariage, alors qu’il met beaucoup moins d’argent sur ceux de ses frères47. Il est alors possible de penser que le père restitue à sa fille une part de l’argent gagné à l’usine.

    21L’inflation du prix des productions agricoles est un autre bouleversement provoqué par la Première Guerre mondiale. Jean Carayol note ainsi à la fin de l’année 1916 : « la guerre […] provoque une hausse sur toutes les denrées que mémoire d’homme n’avait connu48 ». Cette inflation rend rentable la mise sur le marché de denrées auparavant destinées à l’autoconsommation, produites par le travail domestique féminin, comme les haricots et la volaille, mais surtout les œufs, source de l’argent des femmes.

    22Le graphique 1 montre la marchandisation croissante des œufs par Jean Carayol durant le conflit : si la vente est très faible voire inexistante entre 1914 et 1916, elle augmente à partir de 1917, pour atteindre 366 œufs vendus en 1918. Ce chiffre baisse en 1919, avant que le nombre d’œufs vendus (et les recettes afférentes) explose en 1920 (1 600 œufs vendus) et en 1921 (2 228 œufs vendus). Pour toutes ces transactions, sauf une, Jean Carayol écrit « j’ai vendu », semblant accréditer l’hypothèse de l’appropriation d’une production féminine dès lors qu’elle devient rentable. Pourtant, à y regarder de plus près, Marie Carayol arrive probablement à tirer parti de cette marchandisation : elle doit en vendre une grande partie elle-même et en garder le bénéfice. Le 16 février 1919, son père note « Marie a vendu 4 douzaines d’œufs à 5,25 F ce qui lui fait 22 F », signe que certaines transactions sont effectuées par les femmes. Mais surtout, les comptes enregistrent une augmentation très nette du nombre d’œufs mis sur le marché après le mariage de la jeune femme en novembre 1919 : on peut en déduire qu’avant son mariage, Marie Carayol a vendu la différence et gardé pour elle le produit de la vente, pour préparer sa mise en ménage. Après le départ de la fille aînée de la ferme, en 1920 les œufs deviennent une production orientée vers le marché et entrent dans la comptabilité officielle du chef de famille. Les femmes restantes, Eulalie et Léonie, en perdent-elles le contrôle ? Il est difficile de trancher, mais le livre de compte conserve la trace de la production genrée des œufs et des poulets. En effet, les transactions concernant ces deux produits, sont recensées dans des pages à part, à la fin du document comptable49. Cette comptabilité séparée peut être le signe soit d’une vente par les femmes, suivi d’un report par le père de famille, soit d’un partage symbolique qu’il n’est pas si aisé de bafouer, car on ne mélange pas impunément l’argent des hommes et l’argent des femmes.

    Graphique 1. – La marchandisation des œufs dans le livre de compte de Jean Carayol (1913-1921).

    23Les femmes de la famille Carayol, surtout Eulalie, l’épouse et Marie, la fille aînée, apparaissent donc bien entre les lignes du livre de compte. Les traces de leur travail, agricole comme domestique, sont multiples, mais la valeur de ce dernier n’est jamais mesurable, alors qu’il en existe des équivalents sur le marché. Malgré cette productivité, les membres féminins de la famille n’ont qu’un accès restreint à la sphère de l’échange : elles ne peuvent pas mener les ventes des produits agricoles les plus lucratifs (céréales et bétail) et n’ont qu’un accès sous contrôle au numéraire. La vente ou de l’échange des œufs, production symboliquement féminine, leur laisse cependant une autonomie économique. La Première Guerre mondiale semble représenter une opportunité pour Marie Carayol la fille aînée, qui entre à l’usine et continue à vendre les œufs sur les marchés à un prix largement majoré par l’inflation. Cette activité économique lui sert probablement à constituer une épargne en vue de son mariage avec Camille Cousinié en novembre 1919. Dans cette famille patriarcale, il est difficile de parler d’émancipation féminine dans la sphère économique, tant le travail des femmes semble approprié et leur accès aux bénéfices réduit. La notion de marge de manœuvre dans la domination – ou agency en anglais – définit mieux les espaces d’autonomie que se créent ces paysannes, dont l’ampleur n’est cependant que difficilement mesurable à travers une source masculine.

    Notes de bas de page

    1Fabre Daniel (dir.), Par écrit. Ethnologie des écritures quotidiennes, Paris, Éditions de la MSH, 1997, p. 16. Pour l’époque contemporaine, l’ethnocomptabilité permet de rendre visible la part des femmes dans le travail de subsistance : Geneviève Pruvost, La subsistance au quotidien. Conter ce qui compte, Paris, La Découverte, 2024.

    2Cette méthodologie est utilisée par de nombreux courants qui proposent une histoire des marges (classes populaires, femmes, colonisés). Carlo Ginzburg défend par exemple la valeur interprétative de l’étude des documents « à rebours des intentions de ceux qui les ont produits ». Ginzburg Carlo, Rapports de force. Histoire, rhétorique, preuve, Paris, Seuil, 2003, p. 33.

    3Archives privées, livre de compte de Jean Carayol.

    4AD Tarn, 3 P 1649, matrice cadastrale de la commune de Pont de l’Arn, folio 198, 1914. Sur les hiérarchies paysannes indexées sur la propriété foncière dans ce département, voir Gouérou Anne-Marie, Les notables du Tarn dans leur relation avec les paysans au xixe siècle et dans le premier xxe siècle, thèse de doctorat en histoire, dir. Jean-Marc Olivier, université Toulouse Jean-Jaurès, 2015.

    5Joanne Adolphe, Géographie du Tarn, Paris, Hachette et Cie, 1902, p. 39.

    6Jean Carayol appelle « partage de famille » ce que le Code civil nomme « partage d’ascendant ». Sur ce mode de transmission des biens dans la France rurale, voir Lapalus Sylvie, La mort du vieux. Une histoire du parricide au xixe siècle, Paris, Tallandier, 2004, p. 426-442.

    7Jean Carayol a cependant déjà à cette date une longue pratique de l’écriture comptable dans des agendas. Sur cette archive, voir Albert Anaïs, « La raison graphique de Jean Carayol », Revue d’histoire du xixe siècle, no 65, 2022, p. 192-212.

    8Tricard Jean, « Les livres de raison français au miroir des livres de famille italiens : pour relancer une enquête », Revue historique, no 624, 2002/4, p. 993-1011 ; Mouysset Sylvie, Papiers de famille. Introduction à l’étude des livres de raison (France, xve-xxe siècle), Rennes, PUR, 2007.

    9La Semaine religieuse du diocèse d’Alby, 24 avril 1912, p. 465 et 12 janvier 1922, p. 24. Sur la pratique religieuse dans le Tarn : Faury Jean, Cléricalisme et anticléricalisme dans le Tarn (1848-1900), Toulouse, Publications de l’université Toulouse-Le Mirail, 1980.

    10Un fils, Joseph Carayol, est décédé en 1911 à l’âge de dix ans.

    11Un agenda de 1895, tenu par le même Jean Carayol donne des indications des différentes tâches effectuées dans la ferme tout au long de l’année, mais ne spécifie pas davantage le genre de ce travail agricole. Voir Albert Anaïs, « La raison graphique de Jean Carayol », art. cité.

    12Farcy Jean-Claude, La jeunesse rurale dans la France du xixe siècle, Paris, Éditions Christian, 2004.

    13Livre de compte de Jean Carayol, 2 décembre 1920, p. 164.

    14Bereni Laure et al., Introduction aux Gender Studies. Manuel des études sur le genre, Bruxelles, De Boeck, 2008, p. 109.

    15Delphy Christine, L’ennemi principal, t. I : Économie politique du patriarcat, Paris, Éd. Syllepse, 1998 ; Kergoat Danièle, « Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe », in Helena Hirata et al., Dictionnaire critique du féminisme, Paris, PUF, 2004 [2000].

    16Delphy Christine, « Agriculture et travail domestique. La réponse de la bergère à Engels », Nouvelles Questions Féministes, no 5, 1983, p. 2-17.

    17Livre de compte, p. 54 et p. 141.

    18Livre de compte, 9 février 1913, p. 11.

    19Verdier Yvonne, Façons de dire, façon de faire. La laveuse, la couturière, la cuisinière, Paris, Gallimard, 1979, p. 24-41.

    20Livre de compte, 21 novembre 1915, p. 54.

    21Livre de compte, 1er mars 1913, p. 12 ; 10 août 1913, p. 21 ; 25 novembre 1914, p. 42.

    22Livre de compte, 3 avril 1918, p. 105.

    23Livre de compte, 9 novembre 1913, p. 25 et 15 mai 1914, p. 35.

    24Albert Anaïs, La vie à crédit. La consommation des classes populaires parisiennes (années 1880-1920), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2021, p. 331-333.

    25Livre de compte, 5 décembre 1919, p. 142.

    26Perrot Michelle, Les femmes ou les silences de l’histoire, Paris, Flammarion, 2020, p. 256.

    27Verdier Yvonne, Façons de dire, façon de faire, op. cit., p. 122-135.

    28Perrot Michelle, Le temps des féminismes, Paris, Grasset, 2023, p. 80.

    29Gervais Michel, Jollivet Marcel et Tavernier Yves, Histoire de la France rurale, t. 4 : La fin de la France paysanne, Paris, Seuil, 1976, p. 167.

    30Livre de compte, 15 mai 1913, p. 17 et 8 juin 1918, p. 110.

    31Coste G. et Lacombe A., Usages locaux du département du Tarn, compilés et mis à jour par M. M. G. Coste et A. Lacombe, d’après les travaux des commissions cantonales et d’arrondissement, Albi, imprimerie de Pezous, 1925, p. 333.

    32Guillot Marie-France, « L’âge d’or des agricultrices ? », Autogestions, no 18, 1984, p. 17-26.

    33Livre de compte, 4 février 1916, p. 79 et 16 décembre 1919, p. 142.

    34Livres de compte, 16 juillet 1916, p. 66.

    35Livres de compte, 28 décembre 1913, p. 28.

    36Fine Agnès, « Le nourrisson à la croisée des savoirs », Annales de Démographie Historique, 1994, p. 203-214.

    37Segalen Martine, Mari et femme dans la société paysanne, Paris, Flammarion, 1980.

    38Verdier Yvonne, Façons de dire, façons de faire, op. cit, p. 194 ; voir aussi pour le cas québécois : Caux Rachel, L’argent du lait. Famille, genre et marché dans la région de Québec, 1870-1930, thèse d’études québécoises, dir. Yvan Rousseau, université Québec Trois Rivières, 2012, [https://depot-e.uqtr.ca/id/eprint/4425/1/030309138.pdf].

    39Archives privées, agenda agricole de Jean Carayol, 22 mai 1895.

    40Zelizer Viviana, La signification sociale de l’argent, Paris, Seuil, 2005.

    41Barral Pierre, « Les campagnes », in Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean-Jacques Becker (dir.), Encyclopédie de la Grande Guerre, Paris, Bayard, 2004, p. 651-663.

    42Cazals Rémy, Cinq siècles de travail de la laine. Mazamet, 1500-2000, Éditions midi-pyrénnéennes, 2010, p. 169.

    43Cazals Rémy, « Moulins et usines », in Le Tarn. Mémoire de l’eau, mémoire des hommes, Toulouse, Éditions Belle page, 1990, p. 88-89.

    44Elle épouse Camille Cousinié le 22 novembre 1919. AD Tarn, 4 E 209/19, acte de mariage.

    45Livre de compte, p. 1-3.

    46« J’ai reçu 33 F pour 11 journées de Marie au Moulingau », livre de compte, 18 décembre 1915, p. 56.

    47Il dépose 83 F sur le livret de Jean et 300 F sur celui d’Armand. Livre de compte, janvier 1919, p. 123.

    48Livre de compte, p. 77.

    49Livre de compte, p. 192-193.

    Auteur

    • Anaïs Albert

      Université Paris-Cité, Institut universitaire de France (IUF).

      Anaïs Albert est maîtresse de conférences.

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0

    Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    Paysans des Alpes

    Paysans des Alpes

    Les communautés montagnardes au Moyen Âge

    Nicolas Carrier et Fabrice Mouthon

    2010

    Pérégrin d’Opole

    Pérégrin d’Opole

    Un prédicateur dominicain à l'apogée de la chrétienté médiévale

    Hervé Martin

    2008

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Samuel Gicquel

    2008

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)

    Pierre Jambard

    2008

    Ouvriers bretons

    Ouvriers bretons

    Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968

    Vincent Porhel

    2008

    L'intrusion balnéaire

    L'intrusion balnéaire

    Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)

    Johan Vincent

    2008

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan

    Dominique Lhuillier-Martinetti

    2008

    L'éveil politique de la Savoie

    L'éveil politique de la Savoie

    Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)

    Sylvain Milbach

    2008

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)

    Éric Roulet

    2008

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    Présence, attitudes, perceptions

    Laurence Moal

    2008

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Le glaive à deux tranchants

    Bernard Merdrignac

    2008

    Les miroirs du silence

    Les miroirs du silence

    L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934

    Patrick Bourgalais

    2008

    Voir plus de livres
    1 / 12
    Paysans des Alpes

    Paysans des Alpes

    Les communautés montagnardes au Moyen Âge

    Nicolas Carrier et Fabrice Mouthon

    2010

    Pérégrin d’Opole

    Pérégrin d’Opole

    Un prédicateur dominicain à l'apogée de la chrétienté médiévale

    Hervé Martin

    2008

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Samuel Gicquel

    2008

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)

    Pierre Jambard

    2008

    Ouvriers bretons

    Ouvriers bretons

    Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968

    Vincent Porhel

    2008

    L'intrusion balnéaire

    L'intrusion balnéaire

    Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)

    Johan Vincent

    2008

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan

    Dominique Lhuillier-Martinetti

    2008

    L'éveil politique de la Savoie

    L'éveil politique de la Savoie

    Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)

    Sylvain Milbach

    2008

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)

    Éric Roulet

    2008

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    Présence, attitudes, perceptions

    Laurence Moal

    2008

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Le glaive à deux tranchants

    Bernard Merdrignac

    2008

    Les miroirs du silence

    Les miroirs du silence

    L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934

    Patrick Bourgalais

    2008

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires de Rennes
    • amazon.fr
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    • lcdpu.fr
    ePub / PDF

    1Fabre Daniel (dir.), Par écrit. Ethnologie des écritures quotidiennes, Paris, Éditions de la MSH, 1997, p. 16. Pour l’époque contemporaine, l’ethnocomptabilité permet de rendre visible la part des femmes dans le travail de subsistance : Geneviève Pruvost, La subsistance au quotidien. Conter ce qui compte, Paris, La Découverte, 2024.

    2Cette méthodologie est utilisée par de nombreux courants qui proposent une histoire des marges (classes populaires, femmes, colonisés). Carlo Ginzburg défend par exemple la valeur interprétative de l’étude des documents « à rebours des intentions de ceux qui les ont produits ». Ginzburg Carlo, Rapports de force. Histoire, rhétorique, preuve, Paris, Seuil, 2003, p. 33.

    3Archives privées, livre de compte de Jean Carayol.

    4AD Tarn, 3 P 1649, matrice cadastrale de la commune de Pont de l’Arn, folio 198, 1914. Sur les hiérarchies paysannes indexées sur la propriété foncière dans ce département, voir Gouérou Anne-Marie, Les notables du Tarn dans leur relation avec les paysans au xixe siècle et dans le premier xxe siècle, thèse de doctorat en histoire, dir. Jean-Marc Olivier, université Toulouse Jean-Jaurès, 2015.

    5Joanne Adolphe, Géographie du Tarn, Paris, Hachette et Cie, 1902, p. 39.

    6Jean Carayol appelle « partage de famille » ce que le Code civil nomme « partage d’ascendant ». Sur ce mode de transmission des biens dans la France rurale, voir Lapalus Sylvie, La mort du vieux. Une histoire du parricide au xixe siècle, Paris, Tallandier, 2004, p. 426-442.

    7Jean Carayol a cependant déjà à cette date une longue pratique de l’écriture comptable dans des agendas. Sur cette archive, voir Albert Anaïs, « La raison graphique de Jean Carayol », Revue d’histoire du xixe siècle, no 65, 2022, p. 192-212.

    8Tricard Jean, « Les livres de raison français au miroir des livres de famille italiens : pour relancer une enquête », Revue historique, no 624, 2002/4, p. 993-1011 ; Mouysset Sylvie, Papiers de famille. Introduction à l’étude des livres de raison (France, xve-xxe siècle), Rennes, PUR, 2007.

    9La Semaine religieuse du diocèse d’Alby, 24 avril 1912, p. 465 et 12 janvier 1922, p. 24. Sur la pratique religieuse dans le Tarn : Faury Jean, Cléricalisme et anticléricalisme dans le Tarn (1848-1900), Toulouse, Publications de l’université Toulouse-Le Mirail, 1980.

    10Un fils, Joseph Carayol, est décédé en 1911 à l’âge de dix ans.

    11Un agenda de 1895, tenu par le même Jean Carayol donne des indications des différentes tâches effectuées dans la ferme tout au long de l’année, mais ne spécifie pas davantage le genre de ce travail agricole. Voir Albert Anaïs, « La raison graphique de Jean Carayol », art. cité.

    12Farcy Jean-Claude, La jeunesse rurale dans la France du xixe siècle, Paris, Éditions Christian, 2004.

    13Livre de compte de Jean Carayol, 2 décembre 1920, p. 164.

    14Bereni Laure et al., Introduction aux Gender Studies. Manuel des études sur le genre, Bruxelles, De Boeck, 2008, p. 109.

    15Delphy Christine, L’ennemi principal, t. I : Économie politique du patriarcat, Paris, Éd. Syllepse, 1998 ; Kergoat Danièle, « Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe », in Helena Hirata et al., Dictionnaire critique du féminisme, Paris, PUF, 2004 [2000].

    16Delphy Christine, « Agriculture et travail domestique. La réponse de la bergère à Engels », Nouvelles Questions Féministes, no 5, 1983, p. 2-17.

    17Livre de compte, p. 54 et p. 141.

    18Livre de compte, 9 février 1913, p. 11.

    19Verdier Yvonne, Façons de dire, façon de faire. La laveuse, la couturière, la cuisinière, Paris, Gallimard, 1979, p. 24-41.

    20Livre de compte, 21 novembre 1915, p. 54.

    21Livre de compte, 1er mars 1913, p. 12 ; 10 août 1913, p. 21 ; 25 novembre 1914, p. 42.

    22Livre de compte, 3 avril 1918, p. 105.

    23Livre de compte, 9 novembre 1913, p. 25 et 15 mai 1914, p. 35.

    24Albert Anaïs, La vie à crédit. La consommation des classes populaires parisiennes (années 1880-1920), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2021, p. 331-333.

    25Livre de compte, 5 décembre 1919, p. 142.

    26Perrot Michelle, Les femmes ou les silences de l’histoire, Paris, Flammarion, 2020, p. 256.

    27Verdier Yvonne, Façons de dire, façon de faire, op. cit., p. 122-135.

    28Perrot Michelle, Le temps des féminismes, Paris, Grasset, 2023, p. 80.

    29Gervais Michel, Jollivet Marcel et Tavernier Yves, Histoire de la France rurale, t. 4 : La fin de la France paysanne, Paris, Seuil, 1976, p. 167.

    30Livre de compte, 15 mai 1913, p. 17 et 8 juin 1918, p. 110.

    31Coste G. et Lacombe A., Usages locaux du département du Tarn, compilés et mis à jour par M. M. G. Coste et A. Lacombe, d’après les travaux des commissions cantonales et d’arrondissement, Albi, imprimerie de Pezous, 1925, p. 333.

    32Guillot Marie-France, « L’âge d’or des agricultrices ? », Autogestions, no 18, 1984, p. 17-26.

    33Livre de compte, 4 février 1916, p. 79 et 16 décembre 1919, p. 142.

    34Livres de compte, 16 juillet 1916, p. 66.

    35Livres de compte, 28 décembre 1913, p. 28.

    36Fine Agnès, « Le nourrisson à la croisée des savoirs », Annales de Démographie Historique, 1994, p. 203-214.

    37Segalen Martine, Mari et femme dans la société paysanne, Paris, Flammarion, 1980.

    38Verdier Yvonne, Façons de dire, façons de faire, op. cit, p. 194 ; voir aussi pour le cas québécois : Caux Rachel, L’argent du lait. Famille, genre et marché dans la région de Québec, 1870-1930, thèse d’études québécoises, dir. Yvan Rousseau, université Québec Trois Rivières, 2012, [https://depot-e.uqtr.ca/id/eprint/4425/1/030309138.pdf].

    39Archives privées, agenda agricole de Jean Carayol, 22 mai 1895.

    40Zelizer Viviana, La signification sociale de l’argent, Paris, Seuil, 2005.

    41Barral Pierre, « Les campagnes », in Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean-Jacques Becker (dir.), Encyclopédie de la Grande Guerre, Paris, Bayard, 2004, p. 651-663.

    42Cazals Rémy, Cinq siècles de travail de la laine. Mazamet, 1500-2000, Éditions midi-pyrénnéennes, 2010, p. 169.

    43Cazals Rémy, « Moulins et usines », in Le Tarn. Mémoire de l’eau, mémoire des hommes, Toulouse, Éditions Belle page, 1990, p. 88-89.

    44Elle épouse Camille Cousinié le 22 novembre 1919. AD Tarn, 4 E 209/19, acte de mariage.

    45Livre de compte, p. 1-3.

    46« J’ai reçu 33 F pour 11 journées de Marie au Moulingau », livre de compte, 18 décembre 1915, p. 56.

    47Il dépose 83 F sur le livret de Jean et 300 F sur celui d’Armand. Livre de compte, janvier 1919, p. 123.

    48Livre de compte, p. 77.

    49Livre de compte, p. 192-193.

    La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles)

    X Facebook Email

    La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles)

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles)

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Albert, A. (2025). Entre les lignes. In C. Gadenne-Rosfelder & A. Hamon (éds.), La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles). Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14ypf
    Albert, Anaïs. « Entre les lignes ». In La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles), édité par Clémence Gadenne-Rosfelder et Anthony Hamon. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14ypf.
    Albert, Anaïs. « Entre les lignes ». La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles), édité par Clémence Gadenne-Rosfelder et Anthony Hamon, Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14ypf.

    Référence numérique du livre

    Format

    Gadenne-Rosfelder, C., & Hamon, A. (éds.). (2025). La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles). Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14yq4
    Gadenne-Rosfelder, Clémence, et Anthony Hamon, éd. La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles). Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14yq4.
    Gadenne-Rosfelder, Clémence, et Anthony Hamon, éditeurs. La vie des femmes dans les campagnes (France, xixe-xxe siècles). Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14yq4.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires de Rennes

    Presses universitaires de Rennes

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Flux RSS

    URL : http://www.pur-editions.fr

    Email : pur@univ-rennes2.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement