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    Plan détaillé Texte intégral Un monitum contre Teilhard de Chardin ? De l’importance de lire correctement Teilhard de Chardin Les cercles intégristes, vent debout contre le progressisme Notes de bas de page

    Le teilhardisme

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre X. Monitum !

    p. 215-248

    Texte intégral Un monitum contre Teilhard de Chardin ? Un monitum sans signature Un monitum assorti d’un article anonyme Un monitum, degré zéro de la condamnation De l’importance de lire correctement Teilhard de Chardin L’Énergie enfin libérée La division règne parmi les Amis de Teilhard Un match France-Belgique L’incident bruxellois L’incident parisien Retrouver l’unité pour affronter le monitum La première publication jésuite Les cercles intégristes, vent debout contre le progressisme Teilhard de Chardin, un lieu de mémoire ? Les réactions de l’A. F Le songe de l’abbé de Nantes Notes de bas de page

    Texte intégral

    Suprema Sacra Congregatio Sancti Officii
    MONITUM
    Quaedam vulgantur opera, etiam post auctoris obitum edita, Patris Petri Teilhard de Chardin, quae non parvum favorem consequuntur. Praetermisso iudicio de his quae ad scientias positivas pertinent, in materia philosophica ac theologica satis patet praefata opera talibus scatere ambiguitatibus, immo etiam gravibus erroribus, ut catholicam doctrinam offendant.
    Quapropter Em.mi ac Rev.mi Patres Supremae Sacrae Congregationis S. Officii Ordinarios Omnes necnon Superiores Institutorum religiosorum, Rectores Seminariorum atque Universitatum Praesides, exhortantur ut animos, praesertim iuvenum, contra operum Patris Teilhard de Chardin eiusque asseclarum pericula et utentur.

    Datum Romae, ex Aedibus S. Officii, die 30 iunii 1962.

    Sacrée Suprême Congrégation du Saint Office
    MONITUM [Avertissement]
    Certaines œuvres du Père Teilhard de Chardin, même des œuvres posthumes, sont publiées et rencontrent une faveur qui n’est pas négligeable. Indépendamment du jugement porté sur ce qui relève des sciences positives, en matière de philosophie et de théologie il apparaît clairement que les œuvres ci-dessus rappelées renferment de telles ambiguïtés et même des erreurs si graves qu’elles offensent la doctrine catholique.
    Aussi les EEm. et RRv. Pères de la Suprême S. Congrégation du Saint-Office exhortent tous les Ordinaires et Supérieurs d’Instituts religieux, les Recteurs de Séminaires et des Présidents d’universités à défendre les esprits, particulièrement ceux des jeunes, contre les dangers des ouvrages du Père Teilhard de Chardin et de ses disciples.

    Donné à Rome, au palais du Saint-Office, le 30 juin 1962.

    1Le document que nous venons de lire fait irruption dans le paysage teilhardien le 30 juin 1962. C’est un monitum1. Il émane du Saint-Office, la plus ancienne des congrégations romaines2. Pie X modifie cette institution séculaire – nommée à partir de 1917 Sacrée Congrégation du Saint-Office3 – lui accordant d’importantes attributions. En 1962, la phase aiguë de la crise moderniste est passée mais l’ambiance de soupçon n’a pas pour autant disparu. Les œuvres « du Père Teilhard de Chardin et ses disciples » inquiètent en haut lieu. Associé au verbe moneo (avertir), monitum se traduit par avertissement. Avertir n’est pas condamner. L’Osservatore Romano, le quotidien du Saint-Siège, publie le monitum en première page du journal, sans signature. Ce court document en latin est assorti d’un long commentaire en italien, langue habituelle du journal, rédigé par un auteur qui demeure anonyme. Dans la mise en page d’origine, le monitum occupe deux paragraphes pendant que l’article-commentaire se déploie sur la totalité de la page suivante.

    2Depuis 1962, le monitum a pris de l’épaisseur, coloré, selon les affinités de chacun, pour ou contre Teilhard de Chardin. Pour le moment, le chercheur doit se cantonner à la lecture attentive du document, essayer de comprendre qui en est l’auteur, et voir ensuite si sa publication a compromis la réception de l’œuvre de Teilhard ou pas. Les cercles d’amis de Teilhard de Chardin s’activent, l’opinion publique est abreuvée d’articles de presse pendant que toute une partie des catholiques, celle qui regrette la montée du progressisme, espère une prise de position romaine claire4.

    Un monitum contre Teilhard de Chardin ?

    3La presse s’empare du sujet dès le début du mois de juillet de l’année 19625. Le mot « condamnation » se lit aussi bien chez les anticléricaux, dans le but de discréditer l’Église, que chez les défenseurs de l’orthodoxie – L’Aurore pointe un Teilhard qui « frôle l’hérésie ». Entre ces deux visions fort tranchées, la plupart des journaux se contentent de signaler l’existence d’un monitum. Il faut attendre le 11 juillet pour lire, dans La Nation française, une très belle traduction par Pierre Boutang. Elle apporte aux lecteurs les informations telles qu’elles circulent à Rome. La traduction de L’Osservatore Romano, en français, n’arrive que deux jours après. Tant de zèle contraste avec les regrets d’Antoine Wenger, rédacteur en chef du journal La Croix :

    « Le 10 juillet, je suis appelé à la nonciature. Mgr Bertoli, après un long détour, me dit : “Le cardinal Ottaviani a prié la Secrétairerie d’État de vous demander par télégramme de publier le texte intégral de L’Osservatore Romano sur Teilhard.” Je fais une colère, proteste en disant que ce commentaire n’est pas un document du magistère.
    Comme il met également en garde contre le Père de Lubac, j’ajoute que c’est faire affront à l’éminent théologien nommé par Jean XXIII en juin 1960 consulteur de la Commission théologique préparatoire, ainsi qu’au cardinal Gerlier, qui avait tenu à donner lui-même l’imprimatur au livre du Père de Lubac. “Je ne suis que le nonce”, répond Bertoli. À ma dernière visite à Rome, je leur ai demandé de bien distinguer les deux personnes. Il n’en a pas été tenu compte. “Qu’y puis-je ? Mais je crois que vous serez obligé de vous exécuter.”
    La Croix publia le commentaire de L’Osservatore Romano le 12 juillet6. »

    4Le père de Lubac semble être tout aussi visé que Teilhard de Chardin par cet avertissement et son commentaire. L’absence de signature soulève quelques questions.

    Un monitum sans signature

    5Le pape se réserve la préfecture de la Suprême congrégation, assisté par Alfredo Ottaviani, pro-préfet jusqu’en 1968. La réputation du cardinal Ottaviani, défenseur de l’orthodoxie, est arrivée en France. Le Canard enchaîné s’amuse à le caricaturer avec deux volumes sous le bras. Sur la couverture du premier se lit clairement le nom de Teilhard. Ottaviani, tout en noir, est imposant. Derrière lui, la coupole de Saint-Pierre paraît bien petite. Son visage affiche une certaine nonchalance. Est-il las de devoir canaliser les originalités, sans cesse renouvelées, des théologiens français ? Sur sa casquette se croisent deux lames affûtées – les ciseaux du censeur, certainement. Le Canard enchaîné cultive son genre satirique et les aventures romaines du jésuite-paléontologue lui fournissent un sujet de choix. Dans les cercles proches de Teilhard de Chardin on se demande quel a été le rôle joué par le pape. Henri de Lubac se souvient :

    « L’un d’eux, membre du Saint-Office (qui deux ans après se sera fort adouci) aurait demandé sa mise à l’Index. Un certain nombre de “consulteurs” s’y étaient opposés, l’affaire aurait été portée devant Jean XXIII. Sur le refus du pape, il fallut se contenter d’une mesure plus bénigne. En public, il y eut un monitum, aux formules assez vagues, dont l’importance fut parfois très exagérée, et qui fut aussitôt commenté dans L’Osservatore Romano par un article non signé7. »

    6Devant l’absence d’unité parmi les clercs romains, il aurait fallu l’intervention du pape, ce qui ne veut pas dire que Jean XXIII était particulièrement hostile à Teilhard de Chardin. Pour René d’Ouince, le pape, touché par les explications du président Senghor et porté par sa bonhomie naturelle, n’aurait pas voulu appliquer une mesure d’une telle rigueur8. Les deux jésuites, de Lubac et d’Ouince, soulignent la disposition favorable du pape. Cependant, la visite de Senghor est postérieure au monitum. Paul Flamand confirme : « J’ai vu hier longuement Senghor très dressé contre le monitum. Il m’a dit qu’en octobre prochain il ferait une visite officielle au Vatican et qu’il était dans l’intention d’expliquer au Pape que la pensée de Teilhard de Chardin était la seule qui lui paraisse valable pour défendre en Afrique les intérêts spirituels qui nous sont chers9. » Les Carnets du Concile du père de Lubac apportent la confirmation :

    « Avant-hier, 5 octobre, le Saint-Père a reçu en audience privée L. Senghor, président du Sénégal. Le P. Lucas me dit que l’entretien fut long, beaucoup plus qu’il n’était prévu. C’est qu’ils ont parlé de Teilhard. D’après ce qui m’a été rapporté en France il y a quelques jours, Senghor aurait dit récemment à l’un de ses amis : “Je vais voir le pape, et je lui porterai l’antienne au sujet de Teilhard. Je me plaindrai du monitum du Saint-Office ; je lui expliquerai comment c’est T. qui m’a fait retrouver la foi catholique”10. »

    7Si la visite du président Senghor n’a pas pu influencer la décision papale, elle conforte les teilhardiens :

    « Rassurez-vous, le Pape n’est pas anti-teilhardien, ce serait plutôt le contraire. Bien sûr, il reconnaît qu’il y a des erreurs théologiques [Mortier ajoute au crayon à cet endroit “erreurs au point de vue thomiste, non en théologie assimilatrice de la science”] mais, m’a-t-il dit, l’ensemble de l’œuvre reste valable. Il m’a même dit qu’il me comprenait quand je m’appuyais sur Teilhard pour combattre le matérialisme athée. Au demeurant, les discours de Jean XXIII, à l’accent si teilhardien, confirment ce que je vous dis là11. »

    8Au début des années 1960, René d’Ouince note un assouplissement dans les réactions du père Janssens. Si la Compagnie de Jésus ne réagit pas avec la fermeté d’autrefois, le Saint-Office prend le relais. L’état actuel de la recherche ne permet pas d’en savoir plus sur le monitum. Jamais une telle politique du silence n’avait fait autant parler.

    Un monitum assorti d’un article anonyme

    9Un certain mystère entoure l’article long qui accompagne le monitum. Henri de Lubac soupçonne le père Philippe de La Trinité d’en être l’auteur, sans pouvoir l’affirmer12. Les deux clercs se retrouvent côte à côte, à Rome, lors des réunions qui se tiennent à l’occasion des sessions préparatoires au concile Vatican II. Philippe de La Trinité est consulteur de la commission théologique préparatoire, à laquelle participe aussi Henri de Lubac. Ce n’est que bien plus tard que Philippe de La Trinité lui avoue en être l’auteur13.

    10Philippe de La Trinité combat le teilhardisme jusqu’à son dernier souffle, le 10 avril 1977. Les hasards du calendrier ont voulu que ce 10 avril fût aussi un jour de Pâques… Jean Rambaud, Philippe de La Trinité en religion, est né en 1908 à Grenoble. Après des études à Notre-Dame de Mongré, collège jésuite, il poursuit sa formation à l’Université grégorienne de Rome. Toute sa carrière sera romaine. En 1952, il entre au Saint-Office et réduit progressivement sa charge de cours à la faculté romaine de théologie de son Ordre pour mieux se concentrer sur ses activités au sein de la congrégation romaine. Il nie être l’auteur de l’article durant des années14. Son but était clair : mettre le lecteur en garde contre les imprécisions contenues dans l’œuvre de Teilhard de Chardin.

    Un monitum, degré zéro de la condamnation

    11À bien y regarder, le monitum est moins sévère que les mises en garde précédentes : l’injonction de 1955 et celle de décembre 1957 demandaient le retrait des ouvrages des bibliothèques des séminaires et exigeaient leur retrait des librairies catholiques. Le monitum demande la vigilance des responsables sur la jeunesse en formation, rien de plus. En outre, il ne concerne pas Teilhard de Chardin exclusivement. Le bruit produit par la publication du monitum est plus important que l’avertissement lui-même. L’affaire arrive aux oreilles du Canard enchaîné :

    « Cette mise en garde était plutôt inattendue, le bon père est en effet mort depuis des mois et on ne peut pas dire que ce laps de temps ait beaucoup éclairci la profonde obscurité qui baigne sa pensée. De là l’émotion : on se demande si la mise en garde ne viserait pas plutôt des commentateurs des œuvres du Père plutôt que ces œuvres elles-mêmes15. »

    12L’allusion au père de Lubac est évidente – il vient de publier un ouvrage dédié à la pensée de Teilhard de Chardin – et aussi à tous les commentaires que suscite cette œuvre depuis la mort de son auteur. Pourquoi tant d’intérêt, dans la presse satirique, pour une querelle théologique ? La Nation française se pose la même question : « Nous avions cru, pauvres de nous, qu’il s’agissait de théologie ; nous étions bien abusés ; Le Canard enchaîné, moniteur du parti du mouvement de l’Église, décille nos paupières intégristes16… » Le monitum dépasse Teilhard de Chardin lui-même. La vague de teilhardisme a tout envahi. L’interprétation correcte de sa pensée devient le cheval de bataille de ses défenseurs.

    De l’importance de lire correctement Teilhard de Chardin

    13Pour les défenseurs de sa mémoire, la question ne se pose pas ; c’est évident. Teilhard a été soumis au silence toute sa vie. Libéré de cette contrainte par la mort, il faut à tout prix faire connaître sa parole et prouver qu’elle n’a jamais quitté l’orthodoxie catholique. Telle est l’attitude de Jeanne Mortier, l’héritière de ses écrits, et de ceux qui la soutiennent.

    14L’action des défenseurs se déploie en 1962 dans trois directions. Tout d’abord, l’entreprise de publication, jamais arrêtée, contribue à faire connaître l’œuvre tout en occupant le terrain. Il ne faudrait pas que Teilhard de Chardin sombre dans l’oubli. Ensuite, les efforts pour institutionnaliser le teilhardisme se poursuivent et se heurtent, de manière particulièrement aiguë à ce moment, à de profondes divisions entre les adeptes de cette pensée. Il n’y a pas moyen de trouver une entente entre l’association française et l’association belge et, au sein de chaque association, les rivalités entre les membres minent les relations et ruinent bon nombre de projets. Enfin, la publication de l’ouvrage du père de Lubac marque un tournant important dans la politique de la Compagnie de Jésus. Pour la première fois, un jésuite peut ouvertement prendre la défense de Teilhard de Chardin.

    L’Énergie enfin libérée

    15Pour échapper au regard soupçonneux du Saint-Office, Jeanne Mortier développe différentes formes de contournement : elle fait attendre certaines œuvres, crée des volumes composés d’articles, développe des traductions. Au mois de mars 1962, la presse annonce la publication du tome VI des Éditions du Seuil. Comme pour les volumes précédents, les titres des œuvres de Teilhard déjà publiées sont rappelés au début du volume et, pour la première fois, le volume suivant est annoncé « en préparation ». Alors qu’en 1955, il ne fallait surtout pas montrer aux censeurs romains que les éditeurs avaient l’intention de tout publier, en 1962, le tome suivant est annoncé sans crainte. Après le monitum, on aurait pu s’attendre à plus de prudence de la part de l’héritière de l’œuvre. Bien au contraire, le tome VII, L’Activation de l’Énergie humaine, annonce non seulement le tome VIII mais aussi le IX. Les éditeurs semblent redoubler d’audace, surtout après le monitum.

    16Dans le tome VI, Jeanne Mortier publie des textes qui ont beaucoup circulé sous le manteau en leur temps, notamment « L’Esprit de la Terre » ou « Esquisse d’un Univers personnel ». Elle hérite du dilemme auquel Teilhard avait été confronté de son vivant. Faut-il publier des textes qui peuvent ouvrir de nouveaux horizons aux « gentils », tout en sachant qu’ils sont à la limite de ce que les théologiens catholiques pourraient défendre ? Un avertissement attend le lecteur du nouveau volume :

    « Les écrits que nous publions à partir de ce Tome VI n’ont pas été revus par le Père Teilhard de Chardin en vue de l’édition. Selon l’intention de l’auteur et ainsi que l’indique le R. P. Wildiers dans l’Avant-propos nous les présentons aux lecteurs comme “instruments de travail”. Les annotations de ce volume ont été nécessitées par les interprétations erronées de la pensée de l’auteur relevées en divers ouvrages ou articles de presse. – Chaque fois que la chose est possible nous tirons ces explicitations des écrits mêmes du Père Teilhard17. »

    17Les articles publiés dans ce tome sont peuplés de notes de bas de page, signalées avec les initiales NDE (Note de l’éditeur). Une seule de ces notes est signée par Wildiers, ce qui laisse entendre que toutes les autres émanent des pères Solages et de Lubac. Mgr de Solages regrette le rythme que prend la publication :

    « Mortier m’envoie les épreuves du tome VI. L’Énergie humaine. Elle m’envoie toujours cela au lieu de me dire avant, 3 mois avant, ce qu’elle compte y mettre, pour que je fasse la censure par avance. J’essaye de lire Esquisse d’un Univers personnel et je tombe sur un passage (j’ai l’extrait, il est question de matière devenant esprit) formule à faire hurler, qui demanderait toute une étude en note avec des passages les précisant. Et mon étude n’est pas achevée et je suis fatigué. Cette femme est exaspérante quand elle se met à prophétiser.
    Si vous avez ce texte (et ce ne sera pas le seul !), regardez-le. Si vous êtes à Paris, traitez de lui faire prendre patience… de me laisser le temps de m’envoyer ces choses de longs mois à l’avance et avant impression18. »

    18Le sursis demandé par Mgr de Solages ne sera pas accordé. Dès le mois de mars, l’ouvrage est annoncé dans la presse. Mais le tome VI n’a pas été beaucoup commenté. Le monitum ou la parution du livre du père de Lubac l’emportent.

    19Voici les chiffres sur l’état des ventes, en 1962 :

    État des ventes des volumes, Éditions du Seuil, arrêté en 1962, année du monitum.

    Année d’édition

    Titre

    Exemplaires vendus

    1955

    Le Phénomène humain

    117 349

    1956

    L’Apparition de l’Homme

    59 574

    1957

    La Vision du Passé

    45 528

    1957

    Le Milieu divin

    31 941

    1959

    L’Avenir de l’Homme

    41 151

    1962

    L’Énergie humaine

    26 281

    20Le Phénomène humain se détache des tomes suivants. C’est souvent celui qu’on achète en premier ou celui qu’on offre. Les volumes suivants se vendent en nombre sans jamais le dépasser. Des lecteurs, emportés par la vague de teilhardisme, achètent les livres sans forcément les lire. Ils seront affichés dans leur bibliothèque, forme d’affirmation identitaire d’un militant19. Le Journal de Genève du mois de février titre « Partout Teilhard » et souligne le rayonnement croissant de l’œuvre20. Un chroniqueur du journal Cannes-Nice-Midi note comment, en septembre 1962, il a entrepris non pas de lire Teilhard mais de le relire, remarque qui trahit une pointe de snobisme21. L’Express du mois d’octobre, à la suite d’une enquête menée dans une libraire parisienne, observe :

    « Qu’ont-ils acheté ? J’aperçois au passage pas mal de livres de poche, un manuel de pêche, un Baudelaire. Juste sous mon nez passe dans un filet à provisions, coincé contre un paquet de maïzena, la couverture facilement reconnaissable des œuvres de Teilhard de Chardin22. »

    21On aime à se montrer comme lecteur de Teilhard. Dimanche actualités brosse un portrait des lecteurs qui tuent le temps dans les transports en commun. Nous devinons déjà ce que lisent certains…

    « Cet étudiant qui, pendant ses trois quarts d’heure de train, révise son dernier cours, puis, lassé, parcourt une revue de bonne tenue. Cette jeune femme qui apprend sa deuxième langue étrangère dans son bus quotidien. Ce monsieur d’âge certain qui se passionne et s’interroge à la lecture du dernier ouvrage du P. Teilhard. Cette midinette rêveusement penchée sur un ouvrage illustré présentant la Grèce antique : auraient-ils, auraient-elles le temps de se cultiver ainsi s’ils travaillaient à dix minutes de leur domicile23 ? »

    22Les exemples cités ci-dessus datent de l’année 1962, indistinctement avant ou après le monitum. Devant tant d’agitation, les proches de Teilhard insistent, plus que jamais, sur la manière correcte d’interpréter l’œuvre.

    La division règne parmi les Amis de Teilhard

    23Jeanne Mortier s’impose comme le centre à partir duquel doivent surgir toutes les initiatives – rencontres, conférences, colloques et anniversaires en tout genre –, centre aussi de l’orthodoxie. Les intrigues se vivent au quotidien. Quelques moments saillants illustrent les tensions qui règnent entre les trois principaux foyers de discorde des années 1960. L’impossible entente entre Jeanne Mortier, à la tête de l’association française, et Dominique de Wespin, à la tête d’une association belge, est la principale source de désaccords. Mais la discorde se vit aussi au sein de chaque association. Une affaire en particulier avait fait pas mal de bruit à Bruxelles et montré la division chez les Amis de Teilhard en Belgique. De même, la division surgit en France au moment de fêter le septième anniversaire de la mort de Teilhard. L’opinion publique observe cela de l’extérieur, parfois d’un œil amusé mais parfois avec un regard lourdement critique envers les disciples du prophète de la « socialisation », de la planétisation, de l’unanimité cosmique… incapables de s’entendre au sein de leur propre cercle.

    Un match France-Belgique

    24En 1962, Jeanne Mortier et Dominique de Wespin sont installées dans une guerre de position. Jean-Pierre Demoulin apprend à naviguer au milieu des turbulences que produisent ces deux personnalités fortes. Demoulin assiste aux débats de la Mutualité, à Paris, et rencontre pour la première fois la légataire des œuvres. Jeanne Mortier lui explique qu’elle ne peut accepter « les agissements de Madame de Wespin qui trahissent la pensée du Père Teilhard dont elle avait la garde24 ». C’est bien une question d’interprétation de l’œuvre sur laquelle Jeanne Mortier n’a pas l’intention de transiger, forte de sa légitimité d’héritière. Dès que Dominique de Wespin entreprend une conférence, rencontre ou journée d’étude, Mortier surveille l’utilisation des inédits de Teilhard et peut, légalement, lui en interdire l’usage. La situation s’envenime au fil des années.

    25En 1962, le cercle de Wespin affiche 600 adhérents, un chiffre considérable. « Le But de la société est de diffuser la pensée optimiste du savant disparu et de rapprocher les bonnes volontés de tous bords pour tendre vers plus de compréhension et de bonne entente dans le monde25. » C’est un excellent projet humaniste mais, qu’en est-il de son versant catholique ? Les craintes d’une mise à l’Index n’ont pas été définitivement écartées. Ce qui paraît comme une éventualité grave aux yeux de Jeanne Mortier ne semble pas préoccuper Dominique de Wespin. Il n’est pas surprenant que les activités des deux associations diffèrent.

    26Alors que Jeanne Mortier lance l’édition des prestigieux Cahiers Teilhard de Chardin, Dominique de Wespin conçoit des cahiers pour des revenus modestes, les « Carnets Teilhard ». La prudence de Jeanne Mortier contraste avec les activités foisonnantes de Dominique de Wespin. Depuis Bruxelles, elle organise des conférences et des journées d’études, des tables rondes, un symposium à Bruges, des voyages d’études dans des sites préhistoriques (Dordogne en 1962 puis nord de l’Espagne annoncé pour 1963), le prix Teilhard de Chardin, une revue trimestrielle… Les sujets les plus divers peuvent y être accueillis : « La réalité dépasse la fiction » par Louis Pauwels, « Claudel, Mauriac, Teilhard » par Claude Rivière ou encore « Où va la vie ? » par le rationaliste Ernest Kahane. Elle invite des conférenciers qui ne seraient jamais invités par Jeanne Mortier et, hormis de rares exceptions, elle n’invite pas des religieux. À vrai dire, les frictions naissent lorsque des conférenciers naviguent entre une association et l’autre, française ou belge. Paul Chauchard a subi des mises en garde musclées de la part de Jeanne Mortier26.

    27Dès le début des années 1960, Mortier prend l’affaire en main et décerne un certificat d’authenticité à Jean-Pierre Demoulin, un document en deux lignes qui « encourage J. P. Demoulin à poursuivre le Centre Teilhard de Chardin de Bruxelles et Louvain27 » et qui le rattache à l’association française. Elle adresse en parallèle un « Avis » aux membres des Amis de Teilhard en France – un monitum ? Le document, signé par Jean Piveteau, André George, Claude Cuénot et elle-même, entretient une forme de mystère :

    « Pour des raisons graves, qui pourront être précisées confidentiellement, nous prions les membres de notre Association de ne donner aucune suite aux propositions (articles, conférences, congrès, etc.) émanant de personnes autres que le Docteur Jean-Pierre Demoulin28. »

    28Jean-Pierre Demoulin se trouve propulsé à la tête d’un nouveau groupe qui prend le nom de « Centre belge d’étude et d’information de l’Association internationale des Amis de Pierre Teilhard de Chardin ». Ce nom, excessivement long, est peut-être à la source de l’incident survenu à Bruxelles au mois de mai 1962.

    L’incident bruxellois

    29Deux associations coexistent désormais dans la capitale belge. Le cercle Jean-Pierre Demoulin associe clercs et laïcs29. Contrairement aux activités de Wespin, leur programme annuel accorde une large place aux religieux. Conférences et cours, tous les mois, se déroulent au Centre interdiocésain de Bruxelles, sous l’égide de l’archevêché. Le point culminant de la saison devait être la lecture de La Messe sur le Monde, un vieux projet auquel Jean-Pierre Demoulin tenait tout particulièrement car ce jeune docteur a deux passions : Teilhard de Chardin et la musique30. En 1962, il trouve enfin le moyen de les concilier avec une lecture de La Messe sur le Monde agrémentée d’extraits musicaux. Soutenu par Jeanne Mortier, il recrute des interprètes de choix. La soirée se termine au restaurant. Jeanne Mortier partage le repas avec les musiciens et le comédien qui lit le texte de Teilhard, Jean-Louis Barrault. Il faut dire qu’ils avaient besoin de réconfort après les incidents fâcheux qui sont venus troubler la soirée.

    30Le 11 mai au soir, Jean-Louis Barrault commence la lecture du texte. Soudain, alors qu’il marque une courte pause pour laisser place à la musique, un spectateur s’approche des premiers rangs et crie : « Je rends hommage à Teilhard de Chardin qui fut plus grand que saint Augustin, plus grand que saint Thomas31. » Le chef d’orchestre se tourne vers les musiciens et leur fait signe. Voyant qu’il allait être rapidement réduit au silence, l’homme va droit au but et vocifère. Le dépôt de plainte précise qu’il s’agit de Monsieur Jacques Mauss, industriel bruxellois, accusé d’avoir dirigé contre Monsieur Demoulin « des injures autres que celles prévues au chapitre vii du code pénal, interpellé et apostrophé des artistes et troublé un spectacle32 ». La presse a rapporté les mots du spectateur mécontent : « Je rends hommage à l’orchestre qui a honoré le souvenir du Maître de façon superbe… Mais non à Jean-Pierre Demoulin, qui n’est qu’un escroc moral33… » Le père Troisfontaines tente de maîtriser l’intrus mais l’homme se débat. Après un « échange de gros mots et “bourrades”34 » – lit-on dans la presse – le vacarme est finalement étouffé par l’Alléluia de Haendel que le chef d’orchestre lance précipitamment. Le journaliste s’amuse beaucoup trop pour arrêter là son compte-rendu :

    « La dignité revint ainsi, grâce à la musique liturgique. Mais depuis cette algarade, le chardinisme bruxellois est déchiré par la plus sournoise des vendettas. Tout au moins au sommet dans les hautes sphères nuageuses où des adeptes privilégiés se disputent le droit d’interpréter la parole du théologien-anthropologue35. »

    31Un dessin accompagne ce texte. Le docteur Demoulin, dentiste, a sûrement apprécié la légende : « Extraction douloureuse ». On voit un pantin sans tête ni visage, habillé d’une soutane, que deux hommes se disputent tout en échangeant des regards méchants. Jacques Mauss est indigné. Il affirme que Jean-Pierre Demoulin s’est emparé du carnet d’adresses des affiliés à la Société belge des Amis de Teilhard de Chardin, celle de Dominique de Wespin, et en a fait usage pour son propre cercle. C’est une des explications possibles. Se voyant à la tête de la seule association légitime, Demoulin aurait convié tous les amis de Teilhard de Chardin. Comme il est difficile de s’y retrouver au milieu de tous ces cercles, sociétés et associations belges, bon nombre de personnes ont dû confondre une association avec l’autre. Le journal tente de tirer l’affaire au clair et interroge Dominique de Wespin. A-t-elle envoyé un trouble-fête à dessein ?

    « Bien entendu, elle se garde de vouloir saboter la boutique d’en face, affirme que le trublion Mauss a agi de sa propre initiative. Mais le dentiste refuse de la croire : Elle a envoyé cet individu… Elle ne cherche que le fracas mondain, déforme la pensée du Père. Et d’ailleurs, à moins que j’entre dans son comité directeur, le Centre parisien ne veut plus cautionner les entreprises de son groupement, et lui interdit de publier encore les écrits de Teilhard.
    De fait, une demoiselle Mortier, qui se dit légataire universelle du défunt, semble avoir mis son veto à cette publication dans la revue de la Société, où ne paraissent plus que des commentaires sur l’œuvre du Maître. Les choses en sont là. Et l’on n’oserait jurer que les disciples du Père soient parfaitement dignes, par leur comportement, des hautes fins qu’il assignait à notre espèce dans Le Phénomène humain36. »

    32La chute de l’article était prévisible. L’image de Teilhard n’est jamais atteinte, alors que ses disciples se rendent ridicules. Le prévenu s’en sort avec « une amende de dix francs, portée à deux cents francs par l’application de l’article 1er de la loi du 5 mars 1952, relative aux centimes additionnels37 ». Où est l’escroquerie, d’après Monsieur Mauss ? La lecture de La Messe sur le Monde présentée par Demoulin est entrecoupée d’extraits de messes classiques, très classiques : Bach, Mozart, Beethoven, Haydn. Est-ce là l’escroquerie intellectuelle ? Associer la pensée de Teilhard à des musiques aux structures tonales pluriséculaires, des œuvres commandées en leur temps par des hommes de pouvoir et qui mettent en musique des paroles latines de la messe, peut colorer le texte d’une orthodoxie qui a pu paraître forcée à cet auditeur. D’autres choix étaient possibles. Teilhard était né au xixe siècle, il incarnait la figure du héros prêt à mourir pour défendre sa cause. Pourquoi pas Berlioz, ou Wagner… ou Liszt ? Pourquoi pas une musique contemporaine ? Les goûts musicaux semblent pencher, en Belgique, du côté classique. Au mois de janvier de la même année, un artiste a osé associer la pensée de Teilhard à des musiques actuelles. La presse bruxelloise n’a pas du tout apprécié tandis que, ce même spectacle, repris quelques mois plus tard en France, a été plébiscité38. Il s’agissait d’une création tout à fait originale de Maurice Béjart autour de L’Hymne à la Matière. Demoulin craint-il les critiques des spectateurs, des habitués de la Monnaie ? Après cet épisode douloureux, Dominique de Wespin est définitivement exclue. Jean-Pierre Demoulin a dû choisir son camp. Les teilhardiens n’affichent pas l’unité en Belgique ; pas davantage en France.

    L’incident parisien

    33L’anniversaire de la mort de Teilhard en est un moment phare dans l’année teilhardienne. En 1962, la rencontre a lieu à la maison de la Chimie. Le père Congar est invité à parler de convergence. La rencontre ne se limite pas à l’aspect religieux. Léo Hamon aborde la convergence politique. Dans son discours, il fait l’éloge des sociétés supranationales, les seules à pouvoir garantir l’issue définitive de la guerre froide. Il cite le président Senghor et défend ardemment la socialisation. Malgré les efforts de convergence, une note discordante perturbe les commémorations. Le livre récemment publié par Paul Misraki, Pour comprendre Teilhard de Chardin, est critiqué au cours de la journée de commémoration annuelle. « Le père Teilhard n’appartiendrait-il qu’à une poignée de disciples estampillés39 ? » se demande Henri Fesquet. « Des excommunications de ce genre ne sont-elles pas radicalement contraires à l’esprit dont Teilhard a précisément souffert de son vivant ? » Paul Misraki s’explique :

    « J’avais un peu plus de vingt-cinq ans lorsque la lecture de L’Homme cet inconnu, d’Alexis Carrel, me démontra que la nature humaine comporte même aux yeux d’un savant une part irréductible de fantastique et d’invraisemblable. Fort de cette découverte, je me passionnais pour l’étude du métapsychisme, de diverses sortes d’occultismes, de gnoses, de métaphysique hindoue, jusqu’au jour où il me devint évident que la vie de Jésus-Christ tout en confirmant ce que je venais d’apprendre ailleurs, m’apportait en plus une inappréciable richesse. Je m’apercevais que l’Écriture sainte, en relatant l’intervention de Dieu dans l’histoire des hommes, donnait un sens à notre vie terrestre40. »

    34Misraki est un homme en quête de réponses, mais relier sa foi à la découverte de gnoses et autres cercles ésotériques n’est pas du goût de Jeanne Mortier. La carrière du compositeur va de la musique légère aux interrogations philosophiques les plus sérieuses ; mais « son drame, c’est que chacun se met à fredonner en entendant son nom, alors qu’il prétend aussi nous faire penser41 ». Paul Misraki avait composé, en 1934, un air devenu mondialement célèbre, tout va très bien Madame la Marquise. Un journaliste a cru bien faire en reliant la chanson à l’optimisme teilhardien. « Le critique de France-soir fit dessiner, en marge de son billet les premières notes de tout va très bien, madame la Marquise ! Le compositeur mystique en a rougi de honte42. » Pour ses nouvelles publications, Misraki adopte un pseudonyme, Paul Thomas, mais il est très vite démasqué. Au mois d’octobre 1962, Le Figaro littéraire se demande « comment prêter l’oreille à la musique des sphères et aux harmonies des séraphins lorsqu’on s’appelle Paul Misraki ? » Il faut dire que les extraterrestres qui débarquent dans son livre ont de quoi surprendre :

    « Avant même l’apparition de l’homme, ces commandos venus d’ailleurs prirent pied sur notre planète. Ils n’ont cessé d’y intervenir pour combattre les puissances lucifériennes. C’est leur action d’eugénisme qui fit d’Israël un nouveau type de Terrien, qui épargna Marie des disgrâces des terrestres, qui permit donc la naissance du premier mutant, le Christ… Ce sont enfin ces émissaires de l’inconnaissable qui dérobèrent à notre vue le Sauveur puis la Vierge, emportés par quelque univers parallèle d’où parfois la Médiatrice nous revient pour apparaître à des croyants extasiés43. »

    35Cet auteur n’est pas un lecteur acceptable dans le cercle de Jeanne Mortier. De plus, les agissements d’André Monestier, l’ingénieur qui signe aux côtés de Misraki Pour comprendre Teilhard de Chardin, agacent. À la fin de l’année 1961, Monestier avait voulu supplanter Jeanne Mortier prenant la tête d’un « Centre d’études teilhardiennes44 », comme si une femme n’était pas apte à diriger :

    « M. Monestier se transforme en M. de Wespin (mégalomane plus que mythomane, heureusement, c’est-à-dire moins dangereux). Il se hâte de former un centre d’études pour s’en faire un cheval de Troie et absorber l’Association. Il prend contact déjà avec nos groupes de jeunes. Mot d’ordre : Mlle Mortier doit s’occuper de la publication et me laisser diriger l’Association (complexe patronal !…) Comme il tient à s’unir à Mme de W., vous voyez le danger. Nous avertissons les amis par la feuille ci-jointe. Il semble mieux de marquer la désapprobation par une large abstention à la réunion du 1445. »

    36La mauvaise interprétation de la pensée de Teilhard est toujours l’argument de poids pour ne pas déléguer. Il est urgent d’officialiser la Fondation Teilhard de Chardin, ce que Mortier a en tête depuis bien longtemps. Dans son réseau, elle entre en relation avec Roger Heim, lequel lui promet un bureau dans la toute nouvelle bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Jeanne Mortier annonce, au cours de la Semaine de Vézelay, l’inauguration de la Fondation le 10 avril 1963, à la date anniversaire du décès de Teilhard de Chardin46.

    Retrouver l’unité pour affronter le monitum

    37Et pour rassembler les troupes, il n’y a rien de mieux qu’un ennemi extérieur. Le monitum a été vécu comme une attaque ; c’est aussi une occasion unique de chercher l’unité. La Semaine de Vézelay 1962 a plus de succès que la précédente47. Le Monde titre son article : « Le Colloque Teilhard de Chardin a rassemblé deux fois plus de disciples qu’en 196148 ». Le thème de l’année ? « Tout ce qui monte converge ». Henri Fesquet est perplexe :

    « La récente mise en garde du Saint-Office avait peut-être modifié quelque peu la composition de la liste des prêtres présents à Vézelay. Toutefois ceux-ci étaient représentés par trois membres du clergé régulier, un jésuite, un dominicain et deux missionnaires, un père blanc et un scheutiste49. Tous ces prêtres, est-il besoin de le dire, ont pris très au sérieux le monitum romain ; leur présence à Vézelay ne saurait être considérée comme une bravade, mais plutôt comme un désir de ne pas laisser isolés devant la pensée du père Teilhard des laïcs dont les réflexes admiratifs sont parfois trop inconditionnels50. »

    38Tout s’explique. Puisque le monitum demande une attention particulière envers les jeunes, les prêtres seraient là pour accompagner et guider les esprits les plus fragiles. Monitum ou pas, les teilhardiens tracent leur route. Au lendemain de la Semaine de Vézelay, Jeanne Mortier confie dans un courrier à Jean-Pierre Demoulin ses impressions :

    « Je vous signale que Le Canard enchaîné du 12 (bien renseigné) dit que le St Père, devant le Cardinal Ottaviani, a déclaré le monitum regrettable en s’adressant à un groupe de prêtres français. Cela confirme son sentiment que ledit monitum a été lancé à son insu. Donc il n’y a pas lieu de tenir compte de celui-ci en esprit de soumission à l’Église. C’est un coup de l’adversaire51 ! »

    39« L’adversaire » désigne ici le diable, manière d’excuser les membres du Saint-Office, abusés par le malin. Le Canard enchaîné semble, en effet, bien renseigné. Si, dans ses premières lignes, l’article ne fait que constater les nombreuses réactions de la presse, la suite de l’article revient sur l’attitude du pape : « Jean XXIII a laissé passer quelques semaines et, la semaine dernière, recevant à Castel-Gandolfo une poignée de prêtres français, a laissé tomber de ses augustes lèvres que la mise en garde contre Teilhard était regrettable. Regrettable, chers frères et sœurs ! L’Ottaviani, à ce qu’on dit, a frisé le coup de sang. Il fera mieux la prochaine fois, avec la grâce du Seigneur, amen52. » Si cette affirmation est exacte, Jean XXIII se serait désolidarisé des membres du Saint-Office, ce qui fournit à Jeanne Mortier l’argument qu’elle attendait pour ignorer l’avertissement. Le monitum ne perturbe pas les ventes du volume 6. Au contraire, la popularité de l’œuvre de Teilhard augmente. Le jésuite est cité à plusieurs reprises dans la presse satirique, véritable phénomène de société. Le colloque de Vézelay a vu doubler le nombre des inscrits. Le Saint-Office aurait manqué son but ? À moins que Teilhard de Chardin n’ait jamais été son unique cible.

    La première publication jésuite

    40Si l’avertissement romain est rédigé à l’intention de « Teilhard de Chardin et ses disciples », le livre que vient de publier Henri de Lubac, en mars 1962, est dans le viseur du Saint-Office. Il lui avait été commandé par ses supérieurs :

    « Il m’avait été brusquement demandé, au début de l’été 1961, comme à l’un des rares survivants parmi ceux qui l’avaient bien connu, s’étaient intéressés de longue date à sa pensée, en avaient suivi le développement – et pouvaient disposer de quelques loisirs53. »

    41« Brusquement » est le mot employé par Henri de Lubac, un adverbe qui traduit sa surprise et révèle le caractère urgent de la demande. Cette commande suppose un double retournement : la Compagnie prend désormais la défense de Teilhard, écarté de son vivant, et confie la tâche à Henri de Lubac, jésuite muselé aussi durant de longues années54. Le changement est de taille. Tandis que la biographie jadis commandée à Louis Barjon est toujours en souffrance, que les articles publiés dans les années 1950 par des jésuites français étaient étroitement surveillés par la Curie généralice, tout change en 1962. Au début de l’année, le père Jeannière publie un long article dans la Revue de l’Action populaire et le père Daniélou affiche sa soudaine conversion à Teilhard dans la revue Études55. René d’Ouince y voit l’amorce de « la révision du procès56 ». Henri de Lubac, attaché à Teilhard depuis les années héroïques, ne voudrait pas que ses déboires avec la hiérarchie puissent nuire à la vie qu’il entend donner à Teilhard de Chardin posthume.

    42À la veille du concile Vatican II, le nom de Pierre Teilhard de Chardin ou celui d’Henri de Lubac provoquent encore de l’inquiétude dans certains cercles. La décision du père Janssens est d’autant plus surprenante. On trouve plusieurs traces de rejet, vis-à-vis de Teilhard et aussi de Lubac, dans les avis demandés lors de la phase antépréparatoire du Concile, exprimés à travers de vota. L’abbé de Solesmes dresse, en une dizaine de pages, une liste des doctrines erronées, dont « la dialectique de Hegel ou théodicée de Teilhard57 ». Le votum émis par la faculté de théologie carme espère aussi voir l’œuvre de Teilhard vite sanctionnée58. De même, la faculté de théologie conventuelle Saint-Bonaventure propose-t-elle une longue liste d’appels à la condamnation59. Vincenzo Benedetti demande la prise en compte « des erreurs du Père de Lubac et aussi contre les erreurs du Père Teilland [sic] de Chardin60 ». Le 25 juillet 1960, de Lubac note l’amorce du changement :

    « À Fourvière, où je suis de nouveau installé depuis quelques jours, je reçois un papier officiel signé : Tardini, qui me nomme Consulteur à la Commission théologique préparatoire au Concile. J’avais appris la chose quelque temps auparavant, par un numéro de La Croix, lu dans un parloir de religieuses, mais je me demandais si cette nouvelle étonnante était exacte61. »

    43En réalité, la reconnaissance est venue progressivement. À partir de 1953, Henri de Lubac commence à être autorisé à donner quelques conférences, à condition de ne pas aborder des sujets théologiques et de ne pas les annoncer publiquement. En juillet 1959, il s’installe à nouveau sur la colline de Fourvière et, à partir de novembre, son enseignement lui est rendu. Qu’il soit nommé consulteur au concile Vatican II n’est pas complètement déconnecté des dernières décisions prises par la hiérarchie jésuite à son égard. Les signes de détente sont nombreux sans que son vœu d’intercéder pour Teilhard de Chardin soit exaucé. En avril 1959, le père général lui avait interdit la publication de son article « Du bon usage du Milieu divin », un article qui prenait la défense de Teilhard. Henri de Lubac avait alors laissé circuler le texte sous une forme polycopiée. Cherchant à se justifier, il assure avoir confié uniquement un exemplaire à Mgr Villot62. Bien plus tard, dans son Teilhard posthume, Henri de Lubac avoue que le texte avait été reproduit par « un groupe de jeunes officiers en Algérie63 ». Dans tous les cas, il plaide innocent, ces copies et leur diffusion ayant eu lieu à son insu. Le parallèle avec Teilhard et son usage des polycopiés est troublant.

    44Au cours du Concile, « en pleine “guerre” teilhardienne (le mot a été prononcé)64 », Henri de Lubac épouse la cause de Teilhard et la défend avec ardeur pendant qu’il participe à la Commission théologique préparatoire65. Au cours des deux premières séances, il parle de Teilhard autour de lui dès qu’il en a l’occasion. Ses Carnets du Concile en gardent la trace :

    « Ce matin, de nouveau au Saint-Office. Vu le P. Leclercq, Oblat de M. I. [Marie Immaculée], très aimable. Il est secrétaire du P. Tromp pour la commission théologique en même temps qu’employé au Saint-Office. Nous parlons de Teilhard66. Dans l’après-midi, visite du père Balducci, de Florence (Testimonianze) ; actuellement à Rome, et de Mgr Baron, recteur de Saint-Louis des Français. Il me parle de son récent séjour en Israël, de Maritain, etc. ; je lui parle de Mgr Journet à propos de Teilhard67. »

    « Après le dîner, nouvel entretien cordial ; les théistes me posent toutes sortes de questions. J’ai l’occasion de parler du P. Teilhard, assez longuement68. »

    45Au cours des mois suivants, Henri de Lubac voit le nom de Teilhard apparaître à deux reprises : dans De ordine morali et dans De deposito fidei. Dans le premier, Teilhard est cité de manière explicite, associé à quelques erreurs doctrinales. Henri de Lubac prépare un long mémoire, peuplé de citations, et s’efforce de démontrer que son confrère a été mal interprété69. Dans la réponse qu’il reçoit le 25 août 1961, il apprend que ses remarques n’ont pas pleinement convaincu. Toutefois, si la critique reste, le nom de Teilhard cependant sera retiré70. Le père Tromp confirme : « Nous laissons tomber ces choses sur le P. Teilhard71. » Dans le deuxième, De deposito fidei, tout un chapitre rédigé par le père Dhanis vise clairement Teilhard. Henri de Lubac s’insurge contre cette pratique : « Sur la seule foi du P. Dhanis, on adopte tout un paragraphe condamnant une doctrine erronée de la création “telle qu’elle se trouve dans des papiers ronéotypés”. On ne demande pas à l’auteur du texte de montrer ces papiers ; on ne lui demande même pas d’en citer une ligne ; on adopte son texte les yeux fermés72. » Après l’intervention du père de Lubac, le nom de Teilhard sera, une fois de plus, retiré.

    46Nous pourrions penser que la commande du livre lui est adressée après avoir observé l’efficacité avec laquelle il défend Teilhard au cours de la commission théologique préparatoire. En réalité, si l’on suit les Carnets du père de Lubac, la demande date de l’été 1961, avant ces importantes interventions. La surprise du père de Lubac fait référence à la possibilité de défendre désormais Teilhard ouvertement :

    « Brusquement, au début de l’été 1961, tout changea. Le 23 avril encore, le Père Arminjon me rappelait l’interdiction formelle d’écrire sur Teilhard. Maintenant, il me convoquait et me tenait en substance le discours suivant :
    “On écrit partout, dans tous les sens, pour et contre Teilhard ; on dit sur lui toutes sortes de sottises. La Compagnie ne peut se désintéresser d’un de ses enfants ; les quatre Provinciaux de France, approuvés par le Père Général, désirent que l’un de ceux qui l’ont bien connu, qui ont suivi sa pensée, apporte sur lui son témoignage ; il n’en existe plus guère en ce monde ; nous vous avons désigné. Mettez-vous tout de suite au travail ; libérez-vous autant que possible de toute autre occupation et faites vite”73. »

    47Henri de Lubac se met rapidement au travail tout en se disant que la publication n’aboutira pas. En juillet 1961, il note dans son carnet : « J’ai remis au P. Arminjon mon manuscrit sur Teilhard. Il voudrait presser l’affaire à Rome, car il est d’une persévérance admirable mais il n’y a aucun espoir74 », et quelques jours plus tard, « l’obstacle romain sera infranchissable75 ». Ce n’est que le 4 septembre qu’il commence à recevoir les avis des relecteurs, favorables, mais il doute toujours : « Malgré de telles censures, je n’ai aucun espoir de publier si les Provinciaux réunis ne s’y mettent avec énergie, mais peut-on y compter76 ? »

    48Pour René d’Ouince, le revirement se produit après la troisième réunion plénière de la commission théologique préparatoire au concile Vatican II, dans les derniers mois de 1961. Le père Janssens, témoin des affrontements entre écoles théologiques, voit le pape manifester son soutien à des théologiens qui naguère paraissaient suspects, notamment des jésuites français. Le père général se place dans la nouvelle ligne dessinée par le pape et « commence à prendre ses distances à l’égard de certaines congrégations romaines, spécialement du Saint-Office. Teilhard est le premier bénéficiaire de cette nouvelle attitude : l’interdit qui pesait sur sa mémoire est levé. C’est avec l’autorisation expresse du Supérieur général de la Compagnie que les Pères Provinciaux de France demandent au Père de Lubac de dire librement sa pensée sur l’œuvre religieuse du Père Teilhard77 ».

    49De son côté, Henri de Lubac observe l’affaiblissement du « Pentagone », faisant allusion au petit cercle constitué par cinq pères particulièrement conservateurs – les cardinaux Pizzardo, Canali, Micara, Ottaviani et Tardini – toujours prêts à se rapprocher des États-Unis dans leur lutte contre le communisme, d’où leur sobriquet de « Pentagone78 ». Henri de Lubac constate leur perte d’influence depuis la fin du pontificat de Pie XII : « Lorsque le pape eut décidé de laisser aux catholiques italiens leur liberté, le cardinal Ottaviani aurait demandé une audience ; le pape aurait refusé. […] Ottaviani serait donc moins puissant. La mort du cardinal Tardini et celle du cardinal Canali, à quelques jours d’intervalle, porte un rude coup au fameux “Pentagone”. On dit que Mgr Parente lui-même deviendrait plus modéré79. » Le père général y a vu le moment opportun pour accorder l’autorisation de publier. C’est un jalon important dans le chemin de reconnaissance, pour de Lubac ainsi que pour Teilhard.

    50Le livre connaît trois versions avant d’aboutir à celle publiée en 196280. La lecture dévoile une reprise, plus étoffée, de sa conférence « Du bon usage du Milieu divin » qu’il organise suivant un discret rythme ternaire : Le Milieu divin (1926-1927), Le Phénomène humain (1938-1940), l’apologie de Teilhard de Chardin posthume. Henri de Lubac reprend l’ordre d’écriture des œuvres et non pas celui dans lequel Jeanne Mortier publie. Au sujet de la spiritualité déployée par Teilhard dans le Milieu divin, il s’interroge : « Est-ce là une doctrine optimiste ? » Sa réflexion aboutit à une réponse claire : « Oui, en ce sens qu’elle est un pessimisme surmonté81. » Il ne s’agit pas d’un Teilhard insouciant ou insensible au mal mais d’un homme qui a remporté une victoire, soutenu par la foi de son enfance, celle qu’il entend communiquer.

    51La partie centrale de l’ouvrage est consacrée au Phénomène humain, l’autre versant de la pensée de Teilhard. Au moment de définir le genre de l’ouvrage, Henri de Lubac est heureux d’écrire que : « La tâche se trouvera bien allégée, si l’auteur s’est expliqué lui-même. Or, tel est le cas pour le Père Teilhard de Chardin82. » Nous ne pouvons pas être d’accord avec cette affirmation. Ce n’est pas parce que Teilhard écrit dans l’avertissement au Phénomène humain qu’il faut lire ce livre « comme un mémoire scientifique » qu’il faut comprendre que l’ouvrage est scientifique. Pour connaître la nature d’un livre, il faut le lire et, s’il est scientifique, il ne doit laisser aucune place aux extrapolations. L’œuvre scientifique de Teilhard existe, c’est un talentueux paléontologue. En 1962, Henri de Lubac a considéré qu’il était important d’entretenir ce flou autour du Phénomène humain et laisser le lecteur comprendre que l’ouvrage est de genre scientifique.

    52À la toute fin du livre, Henri de Lubac aborde la « spiritualité teilhardienne » et refuse de la qualifier de doctrine. La pensée du jésuite pionnier invite d’autres théologiens à préciser ses avancées83. Cette démarche n’est pas sans risque pour l’auteur : « Il n’a pas toujours mesuré, dans sa belle candeur et dans sa belle confiance en l’homme, les risques de déformation que son message pourrait subir, lorsqu’il attendrait des esprits manquant de l’une au moins des deux expériences en lui si intimement conjointes84. » Henri de Lubac définit la vocation de Teilhard dans les dernières pages – l’apologétique teilhardienne – avec l’emploi d’une expression particulièrement belle : « Voilà des Indes qui m’attirent davantage que celles de saint François Xavier85 ! » L’exclamation, tirée d’une lettre de Teilhard datée de 1926, avait été rappelée par le père d’Ouince le jour de la messe d’adieu célébrée en honneur à Teilhard, en l’église de la rue de Sèvres, à Paris, en 1955. L’enchaînement est tout trouvé avec la mort de Teilhard à Pâques. Nous recopions le dernier paragraphe de l’ouvrage, son apothéose.

    « À sa sœur Françoise, qui soutenait de rudes combats intérieurs avant sa décision d’entrer chez les Petites Sœurs des Pauvres, il avait écrit jadis : “Tu regardes ton crucifix à l’envers ! Ce n’est pas seulement la croix qu’il faut voir, c’est Jésus-Christ qui est dessus.” La croix, il n’a cessé de la voir et la sentir, bien qu’il ne l’ait guère laissé soupçonner à la plupart de ceux qui le côtoyaient. Mais il contemplait le Crucifié, et sa foi était si forte que, dans ce Crucifié, il voyait toujours, en même temps, le Ressuscité. Sa propre mort au jour de Pâques fait lever en nous l’espérance que le vœu de toute sa vie aura été exaucé86. »

    53Henri de Lubac a écrit son livre assez rapidement. Au mois de février 1962, il adresse son manuscrit à Bruno de Solages87. Dix jours plus tard, son ami lui répond avec une longue lettre, pleine de remarques et corrections à apporter, dont le titre88.

    « Tandis qu’on achevait, en hâte l’impression, un de mes amis me fit remarquer judicieusement qu’un tel titre rappelait de trop près (je n’y avais pas songé), la Doctrine spirituelle du Père Lallemant, traité de spiritualité célèbre, justement classique depuis le xviie siècle dans la Compagnie de Jésus, et qu’on pourrait sembler vouloir le concurrencer. À la dernière minute, je choisis donc, banalement : La Pensée religieuse…89 »

    54Mgr André Combes, farouche opposant au teilhardisme, publie un article dans la revue Ephemerides carmeliticae et articule la majeure partie de la critique autour du titre de l’ouvrage, qu’il qualifie de fort ambitieux. Le livre a valu un courrier considérable à son auteur, dont une lettre de Gabriel Marcel90. Le croyant plutôt hostile à Teilhard, Henri de Lubac ne lui avait pas adressé l’ouvrage :

    « L’ayant acheté lui-même pour le lire en voyage, il m’écrivit spontanément de Brême, dès avril :
    “Je le lis avec une émotion difficile à dire car elle est à base de remords. Et c’est un acte de contrition que j’accomplis en vous écrivant. Comme je m’en veux d’en être resté à la surface, et d’avoir si mal pénétré l’essentiel ! Quand j’aurai la joie de vous revoir, je vous raconterai quelque chose de tout à fait mystérieux en rapport avec cela…”
    Ce quelque chose, il a oublié ensuite de me le raconter, et je n’ai pas voulu prendre l’initiative de le lui demander, mais cette lettre me paraît un bel exemple91. »

    55Gabriel Marcel est conquis ; il rectifie. Étienne Borne note dans Le Monde l’importance de cette publication. Non, ce n’est pas un ouvrage de plus écrit sur Teilhard mais l’admission du jésuite par les siens « généreusement vengé des professionnels du soupçon92 ». L’œuvre apologétique accomplie par Henri de Lubac est fructueuse : « Le père Teilhard défendu par le père de Lubac paraît être un autre Teilhard et c’est le vrai Teilhard93 », écrit Étienne Borne. Et nous revenons à la question qui préoccupe les tenants du « teilhardisme officiel » : qui détient la clé de l’interprétation correcte de Teilhard ? Comme le faisait Jeanne Mortier, Henri de Lubac vient de la donner, tout autre lecture serait du teilhardisme, écrit-il, aux antipodes des authentiques teilhardiens94. Le teilhardisme existe, mais nul ne veut y être assimilé. Le père Bouyer, dans La France catholique, qualifie la prise de parole de Lubac « d’acte de courage95 » et, dans la continuité de l’article qu’il avait publié en 1958, il loue les efforts du jésuite pour débarrasser Teilhard des « contempteurs les plus précipités et les moins intelligents » et aussi « des disciples, sinon les plus enthousiastes, du moins les plus bruyants96 ».

    56Parmi les contradicteurs, Louis Salleron, dans Itinéraires, a aimé le premier tiers de l’ouvrage : « En gros, en très gros, disons qu’on peut s’accorder avec le P. de Lubac sur le Teilhard du Milieu divin, c’est-à-dire sur une spiritualité chrétienne tendant à rendre son unité intérieure au chrétien du xxe siècle97. » Avec Le Phénomène humain, « le christianisme, progressivement, s’évapore jusqu’à pratiquement disparaître ». Pour Salleron, cette pensée n’a pas évolué dans le bon sens : « Au fur et à mesure que le P. Teilhard vieillissait la logique interne du Phénomène humain dévorait celle du Milieu divin. Ce qui signifie que s’il avait vécu vingt ans de plus, la coloration christique de ses visions scientifiques n’aurait plus rien eu de catholique98. » Sa mort à Pâques, en 1955, aurait été sa chance ? Salleron reconnaît, dans le dernier paragraphe de son article, qu’il a, peut-être, poussé sa réflexion un peu loin.

    « Pour expliquer mes craintes, je suis obligé de simplifier et je confesse que ma simplification est excessive. Mais elle m’est suggérée par le livre du P. de Lubac. Il est parfaitement légitime de manifester tout ce qu’il y a de sincère, d’authentique et de profond dans ce christianisme du P. Teilhard de Chardin. Mais il est non moins légitime de rendre sensibles les dangers de son œuvre. Ces dangers sont grands99. »

    57Henri de Lubac ferait-il partie des disciples contre lesquels le monitum mettait en garde ? Le père Janssens navigue à vue. Henri de Lubac se souvient : « En public, il y eut un monitum, aux formules assez vagues, dont l’importance fut parfois exagérée100. » Mais les choses s’articulent différemment dans les réseaux internes : « En privé, interdiction était notifiée à mon Provincial de laisser rééditer l’ouvrage et de le laisser traduire en aucune autre langue101. » Quand le monitum est publié, le père Janssens écrit à de Lubac :

    « Je suis pleinement d’accord avec vous, votre livre constitue une première élucidation fort importante de l’œuvre du P. Teilhard et dans l’esprit même du monitum, une mise en garde contre les extrapolations possibles de la pensée du Père, non conformes à la doctrine de l’Eglise. J’ai estimé que votre livre servait l’Église et la vérité et j’ai voulu qu’il soit publié. Je n’ai pas à regretter cette décision102. »

    58Au cours de l’été, le père Le Blond publie dans les Études le compte-rendu de lecture de l’ouvrage de Lubac et se déclare heureux de voir, enfin, éclore la vérité103. Henri de Lubac ne parvient pas à se rassurer, conscient de l’amalgame qui est en train de se produire :

    « Seulement, j’éprouve quelque chose qui ressemble à du remords, pour avoir été l’occasion manifeste de ce monitum. Il est vrai que mon livre avait été rédigé par obéissance, à la demande de nos quatre Provinciaux, et qu’il avait subi l’épreuve de six censures (dont deux romaines), toutes très favorables. Et, comme vous le dites, Deus videbit104. »

    59L’interdiction de rééditer ni traduire son livre ne sera pas levée avant 1964, ce qui l’oblige à rompre des contrats déjà passés avec des maisons d’édition étrangères et le pousse à user de certains modes de contournement pour pouvoir continuer à s’exprimer. Si son livre ne peut être réédité, il entreprendra l’écriture d’un autre105. Il laisse aussi circuler son texte « Du bon usage du Milieu divin » au cours des séances de la commission théologique préparatoire106. Mais c’est surtout durant le Concile qu’il ne refuse aucune occasion de parler de Teilhard. La première session commence au mois d’octobre 1962. Dès son arrivée à Rome, Henri de Lubac prend connaissance des rumeurs qui circulent. Philippe de La Trinité serait l’auteur de l’article de L’Osservatore Romano107. Chaque personne rencontrée semble avoir un mot à dire au sujet de son livre : « Le cardinal Tisserant me dit que le pape lui a parlé de moi et lui a déclaré sa volonté que je sois expert. Lui-même me félicite avec conviction de mon livre sur Teilhard. Plusieurs autres évêques me parlent avec grande sympathie de T. et de mon livre108. » Malgré le retrait du livre des vitrines des libraires, il continue de se vendre109.

    60Enfin, si le monitum insistait tout particulièrement sur la jeunesse en cours de formation et l’importance de la préserver des erreurs graves contenues dans la pensée de Teilhard et de ses disciples, le résultat auquel aboutit l’avertissement est étonnant. Henri de Lubac n’a jamais été autant demandé. Dès le mois d’octobre, ses Carnets du Concile font état des nombreuses sollicitations, invité à parler de Teilhard, notamment parmi les jeunes.

    « À 18h 15, deux jeunes Pères de Sainte-Croix, un USA et un Canadien, viennent me prendre pour me conduire à leur Collège, via Aurelia Antica. Accueil très fraternel. Au premier rang, quatre évêques, le Supérieur général (Germain-Marie Lalande (1911-1996), c.s.c. canadien. Supérieur général de la Congrégation de Sainte-Croix de 1962 à 1974. Indiqué en note par L. F.). Une cinquantaine d’étudiants en théologie. Je leur parle de la structure trinitaire du Credo. À 19 h 30, repas dans la communauté des théologiens. […] Après le repas, questions des jeunes Pères : sur la foi, sur ses rapports avec la science, sur Teilhard, sur les méthodes de travail, etc. “Parlez sans précautions, leur avait dit Mgr Mc Grath, il n’y a presque pas d’évêque ici, il n’y a que l’évêque des jeunes.” Il me reconduit ensuite en voiture au Borgo110. »

    61Cette soirée n’est pas un exemple unique. Au mois de novembre, en l’espace de quelques jours, il s’adresse aux étudiants du Germanicum, à un groupe de jeunes intellectuels italiens, puis est demandé par des jeunes scolastiques au Gesù111.

    62À ces conférences organisées, viennent s’ajouter les demandes improvisées :

    « À 18 h 30, Santa Chiara. Un séminariste me prend à la loge du concierge et me conduit dans une petite salle, où une douzaine de séminaristes se rassemblent. Sur une table, quelques questions ont été déposées d’avance, concernant surtout le Père Teilhard. À 19 h 30, ils vont dîner. Je voudrais y aller aussi mais on me dit d’attendre les évêques (tous les évêques français ont ce soir audience papale). Je n’ai vu et ne verrai aucun des directeurs de la maison. À 20 h 30, arrivée des évêques : je suis placé entre Mgr Puech et Mgr Garrone ; en face : les cardinaux Roques et Lefebvre. Conversation sans intérêt. Vu ensuite quelques instants Mgr Cazaux (Luçon) et Mgr Théas (Tarbes). Reconduit au Borgo par Mgr Loizeau, théologien de Mgr Cazaux, qui voiture aussi Mgr de la Chanonie (Clermont). Celui-ci, lorsque je lui dis un mot de Teilhard, originaire de Clermont, se tait et prend un air sombre ; je sens qu’il ne faut pas insister112. »

    63L’ancien président de la Jeunesse catholique italienne lui propose également une conférence113. Les demandes vont crescendo. Le 4 décembre, de jeunes séminaristes viennent le questionner chez lui, sur Teilhard, et marchent avec lui pour profiter de ses paroles jusqu’au dernier instant114. Le lendemain, il fait de même avec six jeunes prêtres, venus échanger sur des sujets divers, dont Teilhard115. Le 7 décembre, il est demandé deux fois dans la même journée.

    « À 18 h, au couvent de Saint-Grégoire, au bas du Coelius, conférence aux étudiants ecclésiastiques, entre autres, sur Teilhard. […] Un jeune prêtre me vient m’y prendre pour me conduire au Vénérable Collège anglais (via Monserrato, près du Palais Farnèse). Nous arrivons pour dîner. Je salue le cardinal Godfrey et quelques évêques. […] C’est la « société littéraire » des étudiants ecclésiastiques qui me reçoit. Petite allocution de son résident, en français. Je parle en français : la place de l’Église dans notre foi ; puis (sujet demandé) Teilhard. Remerciements, encore en français, par un autre étudiant. Accueil charmant. Le recteur me reconduit en voiture116. »

    64L’article d’Aspects de la France le bouleverse. Un « tremblement de terre », écrit-il à Mgr de Solages. Que lui reproche-t-on ? « On me communique un article de Robert Havard de La Montagne dans Aspects de la France, 13 décembre 1962, s’indignant que j’aie fait une conférence à Rome sur Teilhard117. » Une ? Ce commentaire paraît ridicule quand on a suivi les activités du père de Lubac jusqu’ici. C’était le 1er décembre. Henri de Lubac se trouve, entre autres, en présence du supérieur général de Saint-Sulpice, M. Giard, et de l’évêque vicaire de la Cité du Vatican, Mgr Pietro van Lierde. Ce dernier, juste avant de commencer, s’adresse au P. de Lubac et lui fait savoir qu’il enregistre. « (Je suis tenté de penser que je suis décidément bien surveillé dans Rome ; mais finalement je crois que c’était sans malice, et déjà, l’an dernier, Mgr van Lierde m’avait parlé avec sympathie118.) » Comment interpréter ces mots, placés par Henri de Lubac entre parenthèses ? Les a-t-il ajoutés par la suite, au moment de mettre ses carnets au propre ? En tout cas, ce carnet accueille ses explications. Il note, entre autres, dans quelles circonstances il a été invité à prendre la parole le 1er décembre 1962 à Rome.

    « Au Dr Denys Gorce, qui m’avait envoyé l’article d’Aspects de la France : “Merci pour l’envoi de cet article, qui m’a bien amusé. Si jamais un de vos amis désirait quelques précisions sur cette conférence, vous pourriez lui dire que j’ai appris qu’il me fallait la faire en apprenant qu’elle était déjà autorisée, avec grande satisfaction, par la Secrétairerie d’État (Mgr Dell’Acqua) ; qu’elle fut présidée par Mgr Pierre Van Lierde, Ordinaire de la Cité du Vatican, qui se chargea lui-même de conclure ; que mes jugements sur le P. Teilhard et son œuvre étaient chaudement approuvés par mon Supérieur général, mieux placé que quiconque pour connaître l’opinion du Saint-Père. Quant à l’article de L’Osservatore que rappelle M. Havard de la Montagne, son auteur (?), qui est mon ami (Philippe de la Trinité), me reconnaît lui-même le droit de différer d’avis avec lui”119. »

    65Le décalage entre ce que les Français lisent en France et ce qui est réellement vécu à Rome suscite le regard amusé du père de Lubac. Il a beaucoup intéressé, surtout la jeunesse, au point de ne pas pouvoir répondre à toutes les sollicitations. Au mois d’octobre, le père Dall’Olio lui avait proposé de donner une conférence, à Florence, où s’est constitué un important cercle d’amis de Teilhard autour de leur maire, Giorgio La Pira120. Henri de Lubac n’a pas pu s’y rendre avant le mois de janvier suivant, pris par ses activités conciliaires.

    « Au Palazzo Vecchio, entretien avec La Pira, qui m’explique avec charme ce que cherche à faire la petite “République de Florence”, – toujours avec l’approbation de “la double Rome”. Il voudrait me faire parler dans la grande salle du P. Vecchio ; je lui dis que les applications politico-sociales de la Foi chrétienne ne sont pas directement mon affaire. Enthousiaste de Teilhard, il s’en entretient partout avec les hommes d’État, chrétiens ou non. Thé sur son bureau. Brochures commémoratives. Les trois conférences qu’il a fait faire ici (Féret, Daniélou, Balducci) ont attiré une foule, qui refluait sur les autres salles : presque tous des jeunes gens, étudiants, ouvriers aussi ; il me donne le texte de son discours d’ouverture. – À 21 h 15, conférences sur Teilhard dans la salle de la résidence121. »

    66Décidément, l’œuvre de Teilhard s’internationalise et le maire de Florence ne pouvait passer à côté. Giorgio La Pira est un homme politique important et aussi un fervent catholique. L’œuvre de Teilhard apporte l’élan vers la convergence internationale qui lui tient tant à cœur. La poésie contenue dans l’œuvre de Teilhard touche également cet admirateur de Dante. Il n’est pas étonnant qu’il cherche à retenir Henri de Lubac et lui demande de parler de Teilhard. Le monitum n’est pas un obstacle pour le « saint maire122 », ni pour les jeunes qui, nombreux, à Rome, veulent en savoir plus.

    Les cercles intégristes, vent debout contre le progressisme

    67Jeanne Mortier a décidé d’ignorer le monitum. Elle redouble d’audace et poursuit le travail d’édition. Pendant que la Compagnie de Jésus apporte son soutien à Henri de Lubac dans la défense ouverte de Teilhard de Chardin, les catholiques intégristes rejettent toujours le teilhardisme. Mais un nouvel acteur est venu s’imposer dans ce paysage : l’opinion publique. Teilhard de Chardin est plébiscité. La presse véhicule l’euphorie ambiante.

    Teilhard de Chardin, un lieu de mémoire ?

    68Teilhard de Chardin a son public. Au mois d’avril, le journaliste du Figaro littéraire écrit, étonné : « Robert Lamoureux a retrouvé la foi. Et il m’apprend que la lecture de Teilhard de Chardin a bouleversé sa vie intérieure123. » D’après Dimanche magazine, les livres du jésuite seraient bien sur la table de chevet du comédien124. Mais le plus caustique de tous est L’Écho de la Bourse de Bruxelles, perplexe devant l’attitude de ce « tombeur de cœurs ».

    « L’évolution de Robert Lamoureux a commencé il y a quelques années. Il me souvient de l’avoir rencontré un jour place de l’Opéra. Il garait sa grosse voiture américaine. À ses côtés, il y avait une jeune personne dont la carrosserie n’était pas moins impressionnante, mais qui n’avait aucunement l’air d’une agrégée de philosophie. Ce n’est pas sans surprise que je vis, sur le siège, un ouvrage du Père Teilhard de Chardin.
    Sans vouloir douter de l’intelligence de Robert Lamoureux, c’est bien le dernier auteur qu’on s’attendait à lui voir dans les mains125. »

    69Lamoureux laisse la porte ouverte aux spéculations des journalistes : « Il ne faut désespérer de rien – nous l’entendrons peut-être chanter des psaumes à l’Olympia, tandis que le Père Teilhard de Chardin deviendra le best-seller de la Nouvelle Vague126. » Ce n’est pas un cas isolé. La liste des célébrités acquises à l’œuvre de Teilhard s’allonge en ce début d’année 1962. Le président Coty, alors qu’il s’apprête à fêter ses quatre-vingts ans, est interrogé par un journaliste. « Comment employez-vous maintenant vos journées, Monsieur le Président127 ? » Devinez…

    « Figurez-vous que je m’imaginais, lorsqu’ j’ai quitté l’Élysée, que j’allais enfin avoir du temps libre pour lire ou pour relire tranquillement. Eh bien, non ! J’ai tout de même lu, depuis, les ouvrages du Père Teilhard de Chardin dont j’avais envie depuis fort longtemps. Cela a été comme une révolution. Vraiment ! Une révolution comme l’a été jadis pour moi la lecture de Bergson128. »

    70Le président Coty n’avait jamais nié son intérêt pour Teilhard. La mention de Bergson ne fait que souligner l’importance du phénomène Teilhard, comme le fut le bergsonisme en son temps. Jeanne Mortier avait invité Coty à faire partie du Comité d’honneur mais il avait décliné la proposition, au nom de la laïcité. Elle lui adressait chaque nouvelle publication. Avec le Président, on retrouve l’épicier Édouard Leclerc parmi les lecteurs de Teilhard.

    « Le petit Leclerc, vous savez le fils du colonel (de réserve), celui qui était au grand séminaire chez les jésuites, eh bien il a ouvert une épicerie… Moins cher que partout ailleurs. C’était en 1949.
    Édouard Leclerc, 24 ans, ouvrait sa boutique et vendait 30 % moins cher que les autres. Dix ans après, il ouvrait un autre magasin. En dix ans, il est parvenu à 70 millions de chiffre d’affaires, deux cent soixante magasins en France portent son nom et appliquent ses méthodes. Édouard Leclerc n’a pas oublié ses études au grand séminaire qui le conduisirent à la sociologie, et aussi à la philosophie. Dans son magasin brestois, entre le roquefort et la pomme de terre nous discutons de Saint-Thomas [sic] et de Teilhard de Chardin129. »

    71Lamoureux, Coty, Leclerc… ce ne sont que quelques exemples relevés par les journalistes avant le 30 juin 1962, date de publication du monitum. Après, la popularité de Teilhard augmente, les lecteurs demeurent indifférents à l’avertissement romain. Le 8 juillet, les journaux rapportent l’histoire d’un voleur qui rend la valise dérobée à une demoiselle parce qu’elle contenait un exemplaire du Phénomène humain. L’information est relayée par le Journal du Dimanche, La Haute-Marne libérée de Chaumont, Le Méridional de Marseille, Liberté de Clermont-Ferrand… Les titres sont variés : « Il y a aussi de bons larrons », « Le père Teilhard de Chardin aurait-il, sept ans après sa mort, réussi l’exploit de convertir un voleur grâce à un de ses ouvrages ? », ou encore « Le voleur repenti abandonne son butin ». Au même moment, la conversion de Jacques Goddet a ému la presse. Ce journaliste sportif a dirigé le journal L’Auto, devenu après la Seconde Guerre mondiale L’Équipe. Mais il a surtout acquis une grande popularité comme directeur du Tour de France, notamment par sa soif d’innover130. C’est un homme médiatique, passionné par le sport et voulant partager cette passion. Ses éditoriaux sont attendus et appréciés. Quelle n’a pas été la surprise des lecteurs le voyant adopter des accents teilhardiens, dans un article publié par L’Équipe. Van Looy, obligé d’abandonner la course à la suite de l’accident survenu entre Bayonne et Pau, a suscité cette tirade :

    « Et nous, nous perdons davantage encore. Nous l’écrivions jour après jour, vous avez apporté au sport cycliste, dans ce Tour, un enrichissement qui élargit le domaine de ses motifs et de ses moyens. Vous avez bousculé les conventions comme le peloton. Vous avez été mieux qu’un animateur, une sorte de magicien inventant mille numéros différents et les transformant en réalités concrètes. Vous avez été l’Homme de Teilhard de Chardin qui, dépositaire de la force née de sa propre création, rejoint le “point Oméga”, c’est-à-dire Dieu131. »

    72Le Canard enchaîné, particulièrement en forme ces derniers temps, titre l’article « Jacques Goddet, je suis votre guidon spirituel132 » Après avoir cité l’extrait, Le Canard affiche une interview complètement délirante faisant usage de tous les jeux de mots possibles et imaginables, allant de la dernière « encycliste » du pape au « royaume d’essieu » sans oublier le « Valve Regina ». À la fin de ce festival, le journaliste, essoufflé, s’écrie : « Vivement la séparation de l’Église et de l’étape133 ! » Tant de références à Teilhard dans la presse ont fini par agacer l’hebdomadaire satirique. Défendre Teilhard de Chardin contre les décisions du Saint-Office entrait dans la ligne du Canard et nous avions lu comment, au moment où avait été lancé le monitum, le cardinal Ottaviani et aussi Jean XXIII étaient présentés de manière caricaturale. Mais ce teilhardisme rampant qui s’insinue partout devient intolérable pour ce journal qui ne cache pas son anticléricalisme134. Il leur est pénible de lire des manifestations répétées d’adhésion à la religion catholique. Les journalistes du Canard enchaîné ne sont pas les seuls étonnés. France Observateur titre « Teilhard et la bécane » et attire l’attention sur ce contraste entre le refus des théologiens romains et la popularité de Teilhard de Chardin en France.

    « On s’est ému, dans les milieux catholiques, de la mise en garde du Vatican contre les œuvres de Teilhard de Chardin. Mais si le R. P. sent toujours le soufre darwinien pour les théologiens romains, il n’en continue pas moins de pénétrer les secteurs les plus variés de la culture.
    On pouvait lire des phrases de Teilhard sur la scène des récents ballets Béjart au Théâtre des Champs-Élysées. Mieux : ouvrant L’Équipe du jeudi 1er juillet, les Français ont pu y lire un éditorial de M. Jacques Goddet, le célèbre organisateur-directeur du Tour, qui s’adressait en ces termes à l’infortuné coureur Rik van Looy, qu’un accident venait de contraindre à l’abandon135. »

    73Le mythe n’est pas loin. Il n’y absolument aucune accusation de darwinisme dans le monitum et il n’est pas question pour le Saint-Office de s’aventurer sur ce terrain. Tout comme on ne lit pas les œuvres de Teilhard, on ne lit pas, non plus, le monitum – et encore moins le long article qui lui servait d’explication. L’argument darwiniste brandi par la presse est une manière facile d’associer les théologiens romains à l’incompétence dans le domaine de la science et au dogmatisme que combat aussi le Canard enchaîné.

    74Enfin, l’article qui paraît dans Paris-Match au début du mois d’août est un condensé d’approximations qui, certes, met Teilhard à l’honneur, mais dans ce contexte particulièrement tendu, il ne fait que caricaturer le Saint-Office, présentant Teilhard comme la victime innocente encore une fois attaquée136. Fidèle à sa devise, « Le poids des mots, le choc des photos », l’exemplaire est richement illustré. La télévision ne lui a pas encore complètement ravi cette place de choix. « Ce jésuite qui inquiète le Vatican » occupe quatre pages complètes. Entre la publicité pour le Nouveau Nescafé et la mort de Marilyn Monroe, le lecteur suivra tous les détails de la vie du prêtre-paléontologue. Jean Farran, auteur de l’article, a pris rendez-vous avec Jeanne Mortier. Elle est citée dans le texte, ce qui n’arrive pas souvent. Elle préfère, habituellement, rester dans l’ombre. Le compte-rendu de l’échange est assez libre :

    « Chaque fois qu’elle a “lâché” un manuscrit, Mlle Mortier a reçu des avertissements officieux du Vatican : “Vous risquez l’Index.” – “Tant pis”, a-t-elle répondu, “j’aime mieux l’Index que de priver l’humanité de telles œuvres137”. »

    75Nous doutons fort que Jeanne Mortier ait pu prononcer ces mots avec une telle désinvolture, même s’ils traduisent le fond de sa pensée. Elle a conservé l’article et protesté rageusement dans la marge devant les inexactitudes qui y ont été publiées. Galilée est de retour et l’Église ridiculisée. « Et saint Thomas lui-même fut mis à l’Index138 ! », lit-on. Monitum, Index, Inquisition, Saint-Office… voilà des noms bien compliqués pour une réalité toute simple pour Paris-Match : ce sont des théologiens qui vivent dans leur tour d’ivoire, bien loin des réalités, et qui condamnent les vérités de la science. Pour Jean Farran, cet avertissement ressemble à ceux qu’on utilise face aux films audacieux, « Interdit aux moins de dix-huit ans », mais n’a aucun caractère de gravité. Jeanne Mortier, inquiète, lui adresse une lettre de protestation. Jean Farran se défend :

    « Peut-être ce mot ne vous plairait-il pas ? Je le crois pourtant capital. Car vous serez d’accord avec moi pour penser que l’œuvre de Teilhard doit être offerte à toutes les catégories sociales. La vulgarisation me paraît une nécessité propre à l’évolution de notre temps : elle seule permettra à un public qui a les moyens intellectuels mais qui n’a pas les moyens financiers nécessaires d’approcher Teilhard et de décider le connaître139. »

    76À ce travail de vulgarisation, Farran ajoute la défense de l’image de Teilhard : « Un homme qui a souffert de l’étroitesse d’esprit de la hiérarchie catholique en son temps et dont la pensée s’avérait nécessaire aux hommes de l’avenir140. » L’article demeure tout de même inquiétant aux yeux de Mortier. Chaque ligne devient une nouvelle occasion de s’en prendre à l’Église, y compris le décès de Teilhard le jour de Pâques.

    « Le père Teilhard s’effondrait frappé par une crise cardiaque dans le salon d’amis new-yorkais. Il mourut avant qu’on ait eu le temps de lui donner l’absolution et l’extrême-onction. Mais son Seigneur lui donnait quand même sa réponse. C’est le 10 avril 1955 que le père s’est abîmé en Dieu, qu’il a communié en mourant. Le 10 avril 1955, c’était le jour de Pâques141. »

    77Teilhard est à la mode. La publication du Phénomène humain a été un succès d’édition exceptionnel. L’image d’un père Teilhard de Chardin affable, produisant des conversions par sa simple présence, soumis à ses supérieurs mais hardi à la fois… toutes ces qualités, récemment remises à l’honneur par la publication de Genèse d’une pensée, lui ont assuré le soutien de l’opinion publique. L’avertissement lancé par le Saint-Office est perçu comme une nouvelle persécution. Teilhard est d’autant plus aimé. Voyant le teilhardisme tout envahir, au cours de l’été 1962, des prises de parole intégristes surgissent avec une force renouvelée. Il est important pour cette branche du catholicisme que le Concile condamne définitivement le progressisme, et le teilhardisme avec lui.

    Les réactions de l’A. F

    78A. F. : voilà des sigles qui ont eu du succès. Le teilhardisme est critiqué dans le journal Aspects de la France (AF), avatar du journal monarchiste de L’Action française (AF), mais la nouveauté de l’année est l’entrée en scène d’Action Fatima (AF), un cercle intégriste qui milite contre le progressisme. Ses actions vont de la publication de tracts, feuillets ou pamphlets jusqu’à l’action directe comme peuvent l’être des commandos venus s’agiter au cours des conférences. Aspects de la France ne manque pas d’humour. Le journal invoque Teilhard pour bénir une hausse des impôts, fruit incontestable du progrès.

    « Impôts. Décision est prise de ne pas augmenter les impôts cette année, à charge pour les ministres de faire des économies dans leurs départements, ce qui laisserait supposer que le génie d’Ali Baba se contente aujourd’hui de galéjades innocentes, à la Ramadier. Il est donc bien entendu que nous paierons plus d’impôts que jamais. C’est le progrès qui veut ça et Teilhard de Chardin a béni les centimes additionnels dans la perspective du point Oméga. Nous avons dit librement oui à nos lendemains et oui-oui à nos surlendemains, taxe et surtaxe comprises. La décolonisation nous revaudra ça quand nous aurons payé les frais de son apothéose, évalués ce matin à mille milliards qui en feront deux mille ce soir142. »

    79Derrière cette banale référence, bon nombre de liens sont établis entre politique et religion. Teilhard est ainsi associé à tous ceux qui ont dit oui à de Gaulle. Le 8 avril 1962, les Français ont approuvé un projet de loi accordant au président de la République tous pouvoirs dans l’espoir de voir ainsi terminée la guerre d’Algérie. Cette réforme a été plébiscitée. Quelques mois plus tard, le 1er juillet, les Français sont à nouveau convoqués, invités à voter pour ou contre l’indépendance de l’Algérie. Cette droite bonapartiste enregistre un nouveau succès. Les Français auraient prononcé un « oui-oui », auquel Aspects de la France fait allusion. C’est l’année des référendums. Le 28 octobre il faudra à nouveau se prononcer sur une éventuelle réforme constitutionnelle qui permettrait l’élection du président de la République au suffrage universel. Aspects de la France associe la montée en puissance de la popularité de Teilhard avec ces pouvoirs de plus en plus larges accordés à de Gaulle.

    80Le groupe Action Fatima, une communauté de laïcs qui s’est installée à Seignosse, dans les Landes, fait de même. Depuis le 15 août 1962, ils ont mis en circulation un tract qui associe Teilhard à de Gaulle. Jeanne Mortier conserve son exemplaire. Henri de Lubac affirme en posséder un aussi et l’avoir montré à Rome au tout début de la première session du Concile143. Le tract interroge : « Le général de Gaulle conçoit l’Histoire de France comme le Père Teilhard conçoit l’Histoire du Monde ? » Quel incroyable parallèle. Teilhard et de Gaulle seraient à l’origine d’une vision du monde non pas optimiste mais complètement déconnectée de la réalité, qui croit au sens de l’histoire, au progrès ? Cet écho est arrivé aussi à Villemaur-sur-Vanne, chez l’abbé de Nantes : « Les progressistes sont comme le dictateur tyrannique qui s’est fait une “certaine idée” du pays qu’il gouverne et qu’il mutile, le torture, pour enfin le remodeler à l’image dont il rêve144. » Les événements d’Algérie suscitent aussi les commentaires de l’abbé Jean Boyer, prêtre à la tête de la communauté Action Fatima de La Salette. Né en 1923, il est ordonné en 1947. Son attitude ambiguë auprès des prêtres ouvriers et des communistes inquiète le cardinal Feltin qui demande une suspens. L’abbé Boyer s’installe alors dans les Landes et entreprend une campagne contre le teilhardisme145.

    81En 1962, il publie Teilhard de Chardin. Contre l’Évangile de Jésus-Christ la Science, un livret de 125 pages à l’écriture serrée, une critique exhaustive du teilhardisme. Une lettre adressée par l’évêque de Dax, Mgr Mathieu, fait office d’imprimatur. Dans l’introduction sont présentées les pièces à conviction, toutes celles qui peuvent servir à accuser Teilhard et qui justifient l’organisation de l’opuscule en quatre parties thématiques. Les accusations partent du monitum, tout récemment publié, et, dans une longue liste, sont cités tous les avertissements adressés à Teilhard depuis les années 1920.

    « En 1926, les Supérieurs des Jésuites lui ordonnent de cesser son enseignement à l’Institut Catholique. En 1927, Rome refuse l’imprimatur pour Le Milieu divin. En 1933, Rome ordonne au P. Teilhard de refuser toute fonction à Paris, En 1939, il lui est interdit de publier “L’Énergie humaine”. En avril 1941, il adresse à Rome son œuvre maîtresse Le Phénomène humain. Le 6 août 1944, il apprend que son ouvrage est refusé par la censure. Il ne paraîtra qu’après sa mort. En septembre 1947, il est invité à ne plus écrire de philosophie. En 1948, il lui est interdit d’accepter la chaire qui lui est offerte au Collège de France. En juin 1949, la censure refuse Le Groupe zoologique humain. En 1955, on lui défend de participer au Congrès international de Paléontologie. La hiérarchie n’a cessé, pendant toute sa vie, de le priver de moyens d’expression. Jusqu’à sa mort, en dehors de quelques articles techniques, son œuvre n’était connue que par fragments ronéotypés et circulant sous le manteau146. »

    82Cette liste se poursuit avec le décret de décembre 1957, comme si Teilhard de Chardin n’était pas décédé en 1955, avant de proposer une liste de contradicteurs ayant pris la parole contre cette œuvre. Ce qui pour les amis de Teilhard est source de fierté – Teilhard de Chardin est un jésuite fidèle à l’Église malgré le parcours d’obstacles dont sa vie a été jonchée – pour les cercles intégristes cette liste constitue la preuve du rejet des thèse soutenues par Teilhard depuis longue date. L’Église a bien cerné le phénomène depuis le début. En 1962, il ne faudrait pas faiblir. Dans ce cercle, ces mises à l’écart sont des condamnations. L’évêque de Pamiers, Mgr Rigaud, très critique vis-à-vis de Teilhard, s’est vu obligé de préciser qu’il n’y a pas eu de condamnation à proprement parler. Dans son communiqué, il analyse la pensée de Teilhard point par point et insiste : ce n’est pas l’œuvre d’un théologien. Les derniers mots de son texte résument bien les quatre pages précédentes : « Il ne faut pas conclure que l’œuvre du père Teilhard est entièrement à rejeter et qu’elle ne contient rien de valable pour les catholiques de ce temps. Un avertissement n’est pas une mise à l’index147. »

    83Les 4 points se dressent contre les 4 points développés dans l’opuscule de l’Action Fatima. Le livret du père Boyer s’indigne devant l’adoption de Teilhard de Chardin comme le nouvel évangile des temps modernes : « Les progressistes ne parlent jamais ni du ciel ne de l’enfer. Pourquoi ? Parce que leur père spirituel, le Père Teilhard de Chardin, a écrit un nouvel évangile. C’est l’Évangile selon Teilhard de Chardin148. » Et de la religion, le livret glisse vers la politique. Le 16 janvier 1962, le père Davezies a été condamné « pour atteinte à la Sûreté intérieure de l’État », lit-on. Il avait servi de passeur aux hommes du FLN allant dans les Pyrénées. Ce prêtre de la Mission de France affirme avoir beaucoup discuté avec Teilhard aux Études. Voilà le fondement du progressisme. Tout est lié.

    84Mais Action Fatima ne se contente pas de publier. Le 7 août 1962 se tenait à Biarritz une conférence, dans le cadre de l’Université de vacances d’Ustaritz, sur Teilhard et sa doctrine. Les conférenciers étaient le père Carles, jésuite, de l’Institut catholique de Toulouse, et Georges Hahn. Au cours de la soirée, des membres d’Action Fatima ont pris la parole et ont insisté sur l’existence d’un monitum, ce que les conférenciers tendaient à ignorer. Le père Carles, ne pouvant pas répondre à ce flot de questions en une soirée, leur propose de se rencontrer le lendemain au Petit Séminaire d’Ustaritz vers 17 heures. Le mercredi 8 août, un petit groupe d’Action Fatima se présente au rendez-vous, mais Georges Hahn refuse toute discussion et leur demande de partir ipso facto. Comme les membres du groupe refusaient de quitter les lieux sans que la discussion qui leur avait été promise se soit tenue, Georges Hahn les repousse leur donnant un numéro de téléphone auquel il conseille de téléphoner le lendemain. Jeudi 9 août, Action Fatima téléphone pour connaître la date de cette nouvelle réunion. Ils apprennent alors que Hahn a l’intention de porter plainte pour « violation de domicile ». Le 29 août, Action Fatima reçoit la visite des gendarmes munis d’une plainte signée de Monsieur Hahn et du R. P. Carles149. La réponse à toute discussion est celle d’un procès. Grande déception pour Action Fatima devant cet accueil mais surtout grande déception de voir le monitum ignoré.

    Le songe de l’abbé de Nantes

    85À la fin de l’année 1962, la revue Le Monde et la Vie consacre un dossier à « Teilhard de Chardin, jésuite maudit ou futur Père de l’Église150 ? » Dans un mélange d’indignation et d’étonnement, l’auteur de l’article voit encore le nom de Teilhard circuler malgré le monitum. Le teilhardisme, mot utilisé dans l’article, définit ceux qui se réclament de Teilhard sans le connaître : « Peu l’ont lu mais beaucoup prétendent l’avoir compris151. » Des mois plus tard, Le Monde et la Vie revient sur le teilhardisme, un « système parfaitement cohérent, le plus dangereux des modernistes152 ». Il aurait fallu s’y attaquer franchement au moment du Concile, comme l’abbé de Nantes l’avait imaginé :

    « Qu’arrivera-t-il si quelque évêque se lève dans l’auguste assemblée et à la surprise générale propose de traiter les vrais problèmes de l’heure, angoissants, pour y jeter impérativement la Lumière de Dieu ? L’Esprit Saint devra souffler, sur une assemblée extraordinairement agitée, divisée, pour faire triompher la vérité, la justice, la discipline. Celui-là donc pourra évoquer trois périls153. »

    86Les trois périls sont l’Islam, le Communisme et toute déformation de la foi, dont celle causée par le teilhardisme. Le ton de la lettre est apocalyptique :

    « La cité terrestre se substitue à la céleste dans l’espérance et les projets des chrétiens eux-mêmes, le Progrès du cosmos, l’Évolution des peuples devenus le moteur de l’Histoire, en lieu et place de l’Évangile du Salut. On pourra évoquer le panthéisme mystagogique de Teilhard de Chardin et ses progrès inquiétants, son exaltation morbide.
    Alors le Concile verra se lever sur l’horizon une hérésie moderne immense, résumé de toutes les autres, aux contours mal définis, aux sectateurs clandestins. Il invoquera l’Esprit-Saint pour obtenir la lumière et purifier l’âme catholique de ce levain corrompu enfoui dans la pâte par l’Ennemi154. »

    87Cité céleste, cité terrestre, amour de Dieu, amour du monde… Voulant démystifier le teilhardisme, l’abbé de Nantes fait un usage des majuscules surprenant. Le Progrès, l’Évolution et l’Histoire se dressent fièrement sur une même ligne avant même que Teilhard ne soit cité. L’abbé regrette la perte de l’Algérie, sacrifiée au nom du progrès, alors que les militaires étaient capables de remporter la victoire sur l’Islam : « Tout vient d’un certain Sens de l’Histoire qui n’a rien coûté à personne et fait plus d’ouvrage que dix régiments155. » L’abbé de Nantes accuse la spiritualité de l’Action catholique – le fameux levain dans la pâte – d’être la cause de tous ces malheurs. Le témoignage de Louis Althusser viendrait lui donner raison ?

    « Je peux bien le dire, c’est en grande partie par les organisations catholiques de l’Action catholique que je suis venu au combat de la lutte des classes et donc au marxisme156. »

    88Althusser est un des intellectuels les plus en vue en France en ces années 1960, le maître à penser de l’aile gauche française. Mais pour Althusser, le marxisme est une philosophie détachée de toute pratique communiste dans les pays de l’Est, y compris les persécutions de l’Église. Pour l’abbé de Nantes, la distinction n’est pas valable. La révolution communiste a été le prolongement de la Révolution française. Tout cela fait partie du même projet satanique qui vise à détruire l’ordre naturel voulu par Dieu157. Georges de Nantes reste sur ses positions. Il adopte une attitude de plus en plus tranchée au point de se voir suspendu par son évêque en 1963. Privé de tout autre moyen d’expression, ces Lettres à mes amis, polycopiées, demeurent son unique tribune. Il avait imaginé la reprise en main du Concile par un évêque. La prise de parole a eu lieu mais pas pour s’attaquer au progressisme. « Le samedi 13 octobre, le cardinal Liénart entre tout droit dans l’histoire158 », écrit Antoine Wenger, rédacteur en chef de La Croix. Ce jour-là, les journalistes devaient être reçus par Jean XXIII pendant que les évêques procédaient à l’ouverture de leur assemblée. Antoine Wenger y était :

    « Notre étonnement fut grand et voisin de la stupéfaction quand nous vîmes vers 10 h 15 s’ouvrir les portes de Saint-Pierre et se répandre sur la place immense les groupes des évêques au moment même où nous allions franchir la porte de bronze pour nous rendre à l’audience des journalistes. Ce fut une belle cohue d’évêques et de journalistes, les premiers descendant, les autres montant. Les évêques étaient plus de 2 000, les journalistes (et assimilés) plus de 1 000. Le secret, dans cette mêlée, ne résista pas longtemps. La surprise était vraiment trop grande, les langues brûlaient de se délier. En nous rendant à l’audience du Saint-Père, nous savions avec assez de précision ce qui s’était passé159. »

    89À peine installés, il avait été demandé aux pères conciliaires d’élire les 160 membres des dix commissions du Concile. C’est alors que le cardinal Liénart se lève et prend la parole : « Nous ne sommes pas disposés à accepter les listes des candidats qui ont déjà été arrêtées à notre intention avant que le Concile ne se réunisse. D’autre part nous n’avons pas eu matériellement le temps de choisir nous-mêmes nos candidats, les Pères du Concile ne se connaissent pas suffisamment encore entre eux. Nous demandons un délai supplémentaire pour prendre nos décisions160. » Ce vote, qui devait être une formalité, reprenant les noms sur des listes établies auparavant, est remis au mardi suivant. La demande déclenche les applaudissements de la majorité des participants au Concile161. La collégialité l’emporte. Beaucoup attendaient plus de fermeté de la part de l’Église. Le rédacteur en chef de La Croix a vu le franchissement d’un seuil :

    « Les responsables du Concile avaient en effet permis à la télévision de rester à l’intérieur de Saint-Pierre pour filmer le début de la première congrégation générale. Nous n’entendions pas ce que disaient les Pères, mais les images étaient tellement expressives que nous avions le sentiment d’assister au Concile. Pendant que le cardinal Liénart lisait sa mémorable déclaration, les caméras s’ingéniaient à surprendre les réactions des cardinaux. C’est ainsi que nous vîmes le mouvement de désappointement du cardinal Ottaviani162. »

    90La TV italienne visait le cardinal Ottaviani, bien connu des médias comme représentant du Saint-Office. Henri Fesquet, dans Le Monde163, y a vu la première victoire du progressisme et aussi la place importante que prenait l’Église de France au Concile. Jean XXIII, dans son discours d’ouverture du Concile, lance le mot : aggiornamento164. Les uns attendent l’intervention de l’Esprit Saint qui viendrait en finir avec le progressisme. Les autres attendent un renouveau. Que Teilhard trouve une place au sein du Concile, à titre posthume, n’a rien d’impossible.

    ⁂

    91En septembre 1962, la revue Elle propose un petit jeu. À partir d’une série d’images de jardins, elle invente une sorte d’horoscope établissant un rapport entre le type de jardin et le profil de la lectrice. Évidemment, on y trouve un type de jardin associé aux lectrices de l’œuvre de Teilhard, le jésuite à la mode165. Le monitum n’a pas eu pour effet d’amoindrir la réception de Teilhard. Bien au contraire, il continue d’être cité à tort et à travers. « Cultivons notre Chardin ! », conseillait André Frossard à ses lecteurs. Impossible d’échapper à ce phénomène de mode qui se répand déjà en Europe et aux États-Unis. Loin d’être le séisme qu’on prétend, cette nouvelle réaction romaine, comme les précédentes, a été suivie d’un regain de popularité de Teilhard et de son œuvre : en 1955, la première prise de parole dans L’Osservatore Romano, n’a pas empêché Le Phénomène humain de se vendre et de devenir un des plus grands succès d’édition ; la deuxième intervention romaine, rendue publique au début de l’année 1958 alors que la vie posthume de Teilhard de Chardin était en perte de vitesse, relance à nouveau le phénomène. Si le monitum a été beaucoup commenté, ce n’est pas à cause de sa sévérité. La presse s’empare de l’événement et en profite, bien souvent, pour insister sur l’incompétence de l’Église dans le domaine scientifique. Si Jeanne Mortier est contrariée c’est parce que tout ce bruit rend difficile sa mission de « continuateur de vocation ».

    92Comment s’y retrouver entre teilhardiens et teilhardismes ? Le mot ne fait toujours pas l’unanimité. Certains ont essayé de l’adopter. Nicolas Corte, dans son petit livre biographique, l’oppose à l’origénisme et voit des possibilités d’intégration de la pensée de Teilhard dans l’Église. André Devaux l’utilise aussi, sans aucune animosité, dans son compte rendu des journées de Cerisy-la-Salle. Pierre de Boisdeffre dresse un bilan, une « situation du teilhardisme », après ses émissions radiodiffusées, et s’attire les foudres des amis de Teilhard de Chardin. Non, le terme ne plaît pas. Il a été forgé par le camp des opposants et il est perçu comme étant réducteur, comme une tendance à enfermer une pensée qui était ouverte par nature. Dans un autre registre, Roger Garaudy le rejette aussi. Le « teilhardisme » n’apparaît jamais sous sa plume. Pourtant, le titre de son ouvrage aurait très bien pu être : Perspectives de l’Homme. Existentialisme, Teilhardisme, Marxisme. Pendant que le père Philippe de La Trinité répète sans cesse que le teilhardisme nourrit le progressisme, les teilhardiens relèvent le défi et se rendent à des rencontres avec des marxistes et adoptent le mot du moment : le dialogue. Le seul socialiste qui affirme prendre appui sur le teilhardisme est le poète-président Léopold Sédar Senghor. La spiritualité de Teilhard de Chardin l’inspire. L’élargissement du cercle de lecteurs conduit inévitablement aux multiples interprétations et la lecture marxiste ancre cette pensée à gauche sans que son auteur ait son mot à dire.

    93Henri de Lubac, défenseur de Teilhard, contribue à l’internationalisation de la cause – avec ses interventions et prises de parole romaines – tout en étant rongé par les doutes. Est-il responsable du monitum qui tombe sur Teilhard de Chardin et ses disciples en 1962 ? En même temps, Teilhard est dans l’air du temps – ce « teilhardisme, comme on dit maintenant », écrit le cardinal Tisserant. Teilhard est cité dans la presse, à tort et à travers. Le snobisme pousse sans doute à acheter ses livres. Le nom du jésuite apparaît dans la presse à sensation, chez les chroniqueurs sportifs, des voleurs rendent leur butin… Deux sens du mot avancent en parallèle : la systématisation d’une pensée et toute l’ambiance qui s’en est imprégnée, un optimisme que ces « Trente Glorieuses » viennent confirmer. Mais que sait-on de l’œuvre de Teilhard de Chardin ? Il faudra, à un moment ou à un autre, que cette pensée soit ouvertement discutée.

    Notes de bas de page

    1Copie du monitum publié dans L’Osservatore Romano, le 30 juin 1962, suivi de sa traduction en français, publiée par ce même journal, le 13 juillet 1962.

    2Au moment de sa création, en 1542, elle portait le nom de Congrégation de la Sainte, Romaine et Universelle Inquisition.

    3Paul VI lui retire le qualificatif de Suprême en 1965, à la veille de la clôture du concile Vatican II. Elle devient Congrégation pour la doctrine de la foi en 1965 et, en 2022, Dicastère pour la doctrine de la foi, nom qu’elle porte actuellement.

    4Les archives associées au pontificat de Jean XXIII ne sont pas, pour le moment, ouvertes à la consultation.

    5Les titres sont nombreux, divers : « Mise en garde du Saint-Office contre les œuvres du père Teilhard de Chardin », Le Progrès de Lyon ; « Condamné par le Saint-Office, le Père Teilhard de Chardin voulait réconcilier la science et le Christ », Journal du dimanche ; « Le Saint-Siège déconseille la lecture des œuvres du père Teilhard de Chardin », Le Dauphiné libéré, Grenoble ; « Mise en garde du Saint-Office concernant l’œuvre de Teilhard de Chardin », Est Républicain, Nancy ; « Mise en garde du Vatican contre les graves erreurs du jésuite Teilhard de Chardin », Tribune de Genève ; « Le Saint-Office publie une mise en garde contre l’œuvre littéraire de Teilhard de Chardin, Combat ; « Mise en garde du Vatican : l’œuvre du Père Teilhard de Chardin frôle l’hérésie », L’Aurore ; « L’Osservatore Romano publie une mise en garde sévère sur la pensée du jésuite », Le Monde ; « Un avertissement du Saint-Office à propos des œuvres du P. Teilhard de Chardin », La Croix…

    6Antoine Wenger, Les Trois Rome : l’Église des années soixante, Paris, Desclée de Brouwer, 1991, p. 224-225.

    7Henri de Lubac, Teilhard posthume, Paris, Cerf, 2008, p. 261 [page 21, Fayard, 1977].

    8Paul Flamand à Jeanne Mortier, le 27 juillet 1962, FTdC, correspondance.

    9Ibid.

    10Henri de Lubac, Carnets du Concile, Paris, Cerf, 2007, le 7 octobre 1962, p. 90.

    11Ibid.

    12Loïc Figoureux, Henri de Lubac et le Concile…, op. cit., p. 155.

    13Henri de Lubac à François Russo, le 26 mai 1981, ASJF, TdC 15. Au sujet du monitum, voir TdC 2/8.

    14En octobre 1965, il nie encore : « Contrairement à ce qui a été souvent répété et parfois imprimé, je ne suis pas l’auteur du commentaire officieux du Monitum du St-Office, publié par l’O. R. (no du 30 juin – 1er juillet 1962). », L’Ami du Clergé, 21 octobre 1965, p. 704.

    15Sœur Sophie des Petits-Pieds de Jésus, « L’entrée des artistes », Le Canard enchaîné, 11 juillet 1962.

    16La Nation française, « L’affaire Teilhard de Chardin », 18 juillet 1962.

    17Pierre Teilhard de Chardin, L’Énergie humaine, Paris, Seuil, 1962, « Avertissement », p. 21.

    18Bruno de Solages à Henri de Lubac, le 26 janvier 1962, CAECHL.

    19Yvon Tranvouez, « Une bibliothèque bleue : Mounier, Teilhard, Chenu, versions conciliaires », À la gauche du Christ, op. cit., p. 532.

    20Eugène Fabre, « Partout Teilhard », Journal de Genève, 13 février 1962.

    21« Face à l’immensité de Saintes-Maries-de la Mer, dans un décor à la Salvador Dalí, nous avons relu Le Phénomène humain de Pierre Teilhard de Chardin », Cannes-Nice-Midi, « Méditation de vacances », 6 septembre 1962.

    22L’Express, « Paris a lu », 18 octobre 1962.

    23Dimanche actualités, « La Seine-et-Oise, pépinière d’autodidactes ? », 25 février 1962.

    24Fonds Demoulin, FTdC, Paris.

    25Ibid.

    26Plusieurs lettres de Claude Cuénot à Jean-Pierre Demoulin sont conservées, FTdC, fonds Demoulin.

    27Document daté de Noël 1960, signé J. Mortier, légataire de P. Teilhard de Chardin, FTdC, Paris.

    28Ibid.

    29Willcox, Seront, Bourgeois, Rodesch, Hainaut pour les laïcs, Troisfontaines, Isaye, Verdonc pour les clercs.

    30Liste et indications sur la naissance du Centre belge Teilhard de Chardin, FTdC, fonds Demoulin.

    31Pan, Bruxelles, le 23 mai 1962.

    32FTdC, fonds Demoulin.

    33Pan, Bruxelles, le 23 mai 1962.

    34Ibid.

    35Ibid.

    36Ibid.

    37Procès-verbal conservé par Jean-Pierre Demoulin, FTdC, fonds Demoulin.

    38Nicole Hirsch, France-soir, « Danse. Auric applaudit Béjart », 30 avril 1962.

    39Henri Fesquet, « Pour le septième anniversaire de sa mort », Le Monde, 8 mai 1962.

    40Le Pèlerin, « Le Christianisme et l’élite de notre temps », 4 mars 1962.

    41James Cordon-Pipelet, Pourquoi pas ?, Bruxelles, 5 octobre 1962.

    42Ibid.

    43André Falk, « De la musique légère aux soucoupes volantes avec Paul Misraki (allias Paul Thomas) », Le Figaro littéraire, 29 septembre 1962.

    44Claude Cuénot à André Monestier, le 4 décembre 1961, FTdC, fonds Demoulin.

    45Jeanne Mortier à Jean-Pierre Demoulin, le 7 décembre 1961, FTdC, correspondance.

    46Le Monde, « Une Fondation Pierre Teilhard de Chardin au Muséum d’histoire naturelle », 3 octobre 1962.

    47Ils étaient 60 en 1961 ; le double en 1962.

    48Henri Fesquet, « Le Colloque Teilhard de Chardin a rassemblé deux fois plus de disciples qu’en 1961 », Le Monde, 14 septembre 1962.

    49Congrégation du Cœur Immaculé de Marie.

    50Henri Fesquet, « Le Colloque Teilhard de Chardin… », op. cit.

    51Jeanne Mortier à Jean-Pierre Demoulin, le 20 septembre 1962, FTdC, fonds Demoulin.

    52Sœur Sophie des Petits-Pieds de Jésus, « L’entrée des artistes (suite) », Le Canard enchaîné, 12 septembre 1962.

    53Henri de Lubac, Teilhard posthume, op. cit., Cerf, p. 257 [Fayard, p. 17].

    54Rappelons que le père Janssens lui avait demandé de cesser son enseignement, de quitter la direction de la revue Recherches de science religieuse et de quitter la colline de Fourvière. Ses livres Surnaturel, Corpus mysticum et De la connaissance de Dieu sont retirés du commerce tout comme l’article « Le Mystère du surnaturel ».

    55Abel Jeannière, « L’Avenir de l’humanité d’après Teilhard de Chardin », Revue de l’Action populaire, janvier 1962 ; Jean Daniélou, « Signification de Teilhard de Chardin », Études, février 1962.

    56René d’Ouince, Un prophète en procès, op. cit., p. 219.

    57ADI/II, 8, p. 20-29, Acta et documenta concilio Vaticano II apparando, cité par Étienne Fouilloux, « La Phase antépréparatoire 1959-1960 », in Giuseppe Alberigo (dir.), Histoire du Concile Vatican II (1959-1965), Paris, Cerf, t. I, 1997, p. 139.

    58Étienne Fouilloux, « La Phase antépréparatoire 1959-1960 », op. cit., p. 155.

    59Ibid., p. 156.

    60Vincenzo Benedetti a peut-être communiqué une note manuscrite qui a été ensuite mal retranscrite (Loïc Figoureux, Henri de Lubac et le Concile…, op. cit., p. 55).

    61Ibid., p. 60.

    62Ibid., p. 139.

    63Henri de Lubac, Teilhard posthume, op. cit., Cerf, p. 258 [Fayard, p. 18].

    64Ibid., p. 386 [Fayard, p. 146].

    65La commission est structurée en quatre séances : première commission, du 11 au 20 novembre 1960 ; deuxième commission, du 11 au 17 février 1961 ; troisième commission, du 16 septembre au 1er octobre ; quatrième commission, du 3 au 11 mars 1962.

    66Henri de Lubac, Carnets du Concile, op. cit., le 16 novembre 1960, p. 15.

    67Ibid., le 19 novembre 1960, p. 23.

    68Ibid.

    69Le père Dhanis accuse réception du texte le 11 avril 1961, cité par Loïc Figoureux, Henri de Lubac et le Concile…, op. cit., p. 145.

    70Le père Gillon lui explique comment « l’Église demande de préparer non des condamnations personnelles ou des définitions, mais un large exposé dogmatique » (ibid.).

    71Le 20 septembre 1961, Loïc Figoureux, ibid., p. 146.

    72Le 26 septembre 1961, carnet Henri de Lubac, ibid., p. 149.

    73Extrait de Mémoire sur l’occasion de mes écrits, cité dans Henri de Lubac, La Pensée religieuse…, op. cit., présentation par Michel Sales, p. vii.

    74Le 10 juillet 1961, Loïc Figoureux, Henri de Lubac et le Concile…, op. cit., p. 140.

    75Ibid., le 23 juillet 1961, p. 140.

    76Ibid., le 4 septembre.

    77René d’Ouince, Un prophète en procès, op. cit., p. 213.

    78Note de bas de page dans Henri de Lubac, Carnets du Concile, op. cit., p. 61.

    79Henri de Lubac, Carnets du Concile, op. cit., 4 mars 1962, p. 61 ; C. Falconi, Il Pentagono vaticano, Bari, 1958.

    80La première version, 17 pages dactylographiées, est conservée à Pau par le père Roger-Dalbert ; une deuxième version de 33 pages a été trouvée dans les papiers du père de Lubac et doit dater de l’année 1958 ; une dernière version, 40 pages dactylographiées, comprend des critiques de l’abbé Guérard des Lauriers. Elle date de 1959. Éric de Moulins-Beaufort, « Note complémentaire », in Henri de Lubac, La Pensée religieuse…, op. cit., p. xviii.

    81Henri de Lubac, La Pensée religieuse…, op. cit., p. 46.

    82Ibid.

    83Ibid., p. 229 et 267.

    84Ibid., p. 294.

    85Ibid., p. 337.

    86Ibid., p. 343.

    87Mgr de Solages à Henri de Lubac, le 14 février 1962, CAECHL.

    88Mgr de Solages à Henri de Lubac, le 24 février et aussi le 4 mars, CAECHL.

    89Henri de Lubac, Teilhard posthume, op. cit., Cerf, p. 258 [Fayard, p. 18].

    90Gabriel Marcel avait assisté à l’après-midi chez Moré, en 1946, celle qui avait laissé un si mauvais souvenir : Témoignage de Jacques Madaule, publié à la fin du livre de Madeleine Barthélémy-Madaule, La Personne et le drame humain chez Teilhard de Chardin, Paris, Seuil, 1967.

    91Henri de Lubac, Teilhard posthume, op. cit., Cerf, p. 351 [Fayard, p. 111].

    92Étienne Borne, « Ouvrage du R. P. de Lubac », Le Monde, 30 mai 1962.

    93Ibid.

    94Henri de Lubac, Teilhard posthume, op. cit., p. 248.

    95Louis Bouyer, « Un grand livre du R. P. de Lubac sur Teilhard », La France catholique, 22 juin 1962.

    96Ibid.

    97Louis Salleron, « La Pensée religieuse du P. Teilhard de Chardin », Itinéraires, juin 1962.

    98Ibid.

    99Ibid.

    100Henri de Lubac, La Pensée religieuse…, op. cit., p. ix.

    101Ibid.

    102Jean Baptiste Janssens à Henri de Lubac, le 27 août 1962 (Henri de Lubac, La Pensée religieuse…, op. cit., p. x et aussi Henri de Lubac, Teilhard posthume, op. cit., p. 261 [Fayard, p. 21]).

    103Jean-Marie Le Blond, « Le sens religieux de l’œuvre du P. Teilhard de Chardin », Études, juillet-août 1962.

    104Loïc Figoureux, Henri de Lubac, op. cit., p. 153.

    105Henri de Lubac, La Prière du père Teilhard de Chardin, Paris, Fayard, 1964. Il publie aussi la correspondance de Teilhard, comme Lettres d’Égypte ou Lettres d’Hastings.

    106« [Le P. René Arnou] me dit qu’il a prêté à plusieurs ma conférence polycopiée sur Teilhard, notamment à un prélat du Vatican, qui en est ravi, etc. » (Henri de Lubac, Carnets du Concile, op. cit., le 1er octobre 1961, p. 58).

    107Ibid., le 7 octobre 1962, p. 90.

    108Ibid., le 12 octobre 1962, p. 108.

    109« À la librairie de St-Louis des Français, on me dit que mon livre sur Teilhard se vend toujours bien, quoiqu’on n’ose plus le montrer dans le magasin » (ibid., le 25 octobre 1962, p. 162).

    110Ibid., le 30 octobre 1962, p. 199-200.

    111Ibid., le 11 novembre 1962, p. 257 ; le 15 novembre 1962, p. 287 ; le 23 novembre 1962, p. 366.

    112Ibid., le 19 novembre 1962, p. 341.

    113« Mario Rossi, ancien président de la Jeunesse catholique italienne, organise une conférence dans la salle paroissiale de Sainte-Marie-du Peuple pour le dimanche 1er décembre, à 18 h ; d’après le programme qu’il a déjà distribué, j’y dois parler sur “Interesse scientifico e religioso di Teilhard de Chardin”. Il m’assure que les organisateurs ont obtenu l’autorisation expresse de je ne sais quel Mgr romain important, ainsi que de la Secrétairerie d’État » (ibid., le 29 novembre 1962, p. 411).

    114« À 18 h 45, visite de deux séminaristes de Capranica, venus me questionner sur Teilhard. Je sors avec eux jusqu’à Piazza Adriana ; ils me quittent à la porte de la pension Vitali, où je dois voir Mgr Élie Zoghby, arch. Melchite en Égypte » (ibid., le 4 décembre 1962, p. 479).

    115« À 15 h, au Borgo, six jeunes prêtres, logés à la Procure de Saint-Sulpice, viennent causer théologie : Tradition, Pères Grecs, Origène, Surnaturel, Christologie, Teilhard, etc. À 16 h 30, avec deux d’entre eux, je vais à pied à l’Institut biblique » (ibid., le 6 décembre 1962, p. 504).

    116Ibid., le 7 décembre 1962, p. 516.

    117Ibid., le 13 décembre 1962, p. 521.

    118Ibid., le 1er décembre 1962, p. 441-442.

    119Ibid., le 13 décembre 1962, p. 521.

    120« Le P. Supérieur de Florence, Dall’Olio, vient me demander de m’arrêter à Florence en décembre. Il veut que j’y fasse un exposé sur Teilhard. Il y a, paraît-il, à Florence, une Société Teilhard de Chardin avec laquelle il est en rapports » (ibid., le 30 octobre 1962, p. 198).

    121Ibid., le 17 janvier 1963, p. 531.

    122Agnès Bort, Giorgio La Pira. Un mystique en politique, Paris, Desclée de Brouwer, 2017, 228 p.

    123Le Figaro littéraire, « Robert Lamoureux : Teilhard de Chardin a changé ma vie intérieure », 14 avril 1962.

    124Jacqueline Cartier, « Robert Lamoureux », Dimanche magazine, 15 avril 1962.

    125S. Dulac, « Robert Lamoureux », L’Écho de la Bourse, 21 avril 1962.

    126Ibid.

    127Pierre Macaigne, « Bon anniversaire Monsieur Coty », Le Figaro, 22 mars 1962.

    128Ibid.

    129Détective, « Du bruit dans Landernau », 8 juin 1962.

    130Jacques Goddet, L’Équipée belle, Paris, Robert Laffont, 1991, 526 p.

    131Jean-Paul Grousset, « Jacques Goddet, je suis votre guidon spirituel », Le Canard enchaîné, 11 juillet 1962.

    132Ibid.

    133Ibid.

    134Laurent Martin, Le Canard enchaîné ou les Fortunes de la vertu. Histoire d’un journal satirique, 1915-2000, Paris, Flammarion, 2001, p. 294-295.

    135France Observateur, « Teilhard et la bécane », 12 juillet 1962.

    136Jean Farran, « Ce jésuite qui inquiète le Vatican », Paris-Match, 11 août 1962.

    137Ibid.

    138Ibid.

    139Lettre de Jean Farran à Jeanne Mortier, le 14 août 1962, FTdC, correspondance.

    140Ibid.

    141Jean Farran, « Ce jésuite qui inquiète le Vatican », Paris-Match, 11 août 1962.

    142« Le billet de Jacques Perret », Aspects de la France, 6 septembre 1962.

    143Henri de Lubac, Carnets du Concile, op. cit., le 7 octobre 1962, p. 90.

    144Georges de Nantes, Lettres à mes amis, « Prédication sensibilité chrétienne, lois de l’Église et progressisme », lettres 101, 103, 105, fin du premier volume de polycopiés, début année 1962.

    145Paul Airiau, « Jean Boyer », in J. P. Chantin (éd.), Les Marges du christianisme. Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Paris, Beauschesne, Paris, 2001, p. 25-27.

    146Teilhard de Chardin contre l’Évangile de Jésus-Christ la Science, Action-Fatima, 1962, FTdC.

    147« Utiles précisions de Mgr Rigaud sur la position de l’Église envers Teilhard de Chardin », Nouvelliste du Rhône, 21 août 1962.

    148Teilhard de Chardin. Contre l’Évangile de Jésus-Christ la Science, op. cit.

    149« Une singulière histoire », L’Opinion indépendante du Sud-Ouest. Agen, 28 septembre 1962.

    150« Où va l’Église de France ? », Le Monde et la Vie, décembre 1962.

    151Ibid.

    152« L’Église et les sociétés secrètes », Le Monde et la Vie, 1963.

    153Georges de Nantes, Lettres à mes amis, lettre 118 « Un Concile pour rien ? », 24 septembre 1962.

    154Ibid.

    155Georges de Nantes, Lettres à mes amis, lettre 100, « Nouvel An 1962, expansion accélérée du communisme, réactions », 1962.

    156Philippe Chenaux, L’Église catholique et le communisme en Europe (1917-1989), Paris, Cerf, 2009, p. 297.

    157François Furet, Le Passé d’une illusion, Paris, Calmann-Lévy, 1995, p. 81.

    158Antoine Wenger, Vatican II première session, Paris, Centurion, 1963, p. 55.

    159Ibid., p. 55-57.

    160Robert Havard de La Montagne, « Chronique du Concile », Aspects de la France, 25 octobre 1962.

    161Andrea Riccardi, « La tumultueuse ouverture des travaux », Giuseppe Alberigo (dir.), Histoire du Concile Vatican II (1959-1965), Paris, Cerf, tome 2, 1998, p. 42.

    162Antoine Wenger, Vatican II, op. cit, p. 58-59.

    163Henri Fesquet, « Les trois premières surprises du Concile », le 15 octobre 1962, Le Journal du Concile, Forcalquier, Robert Morel, 1966, p. 37.

    164Andrea Riccardi, « La tumultueuse ouverture des travaux », op. cit., p. 28.

    165Elle, « Votre jardin de cœur », 7 septembre 1962.

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    1Copie du monitum publié dans L’Osservatore Romano, le 30 juin 1962, suivi de sa traduction en français, publiée par ce même journal, le 13 juillet 1962.

    2Au moment de sa création, en 1542, elle portait le nom de Congrégation de la Sainte, Romaine et Universelle Inquisition.

    3Paul VI lui retire le qualificatif de Suprême en 1965, à la veille de la clôture du concile Vatican II. Elle devient Congrégation pour la doctrine de la foi en 1965 et, en 2022, Dicastère pour la doctrine de la foi, nom qu’elle porte actuellement.

    4Les archives associées au pontificat de Jean XXIII ne sont pas, pour le moment, ouvertes à la consultation.

    5Les titres sont nombreux, divers : « Mise en garde du Saint-Office contre les œuvres du père Teilhard de Chardin », Le Progrès de Lyon ; « Condamné par le Saint-Office, le Père Teilhard de Chardin voulait réconcilier la science et le Christ », Journal du dimanche ; « Le Saint-Siège déconseille la lecture des œuvres du père Teilhard de Chardin », Le Dauphiné libéré, Grenoble ; « Mise en garde du Saint-Office concernant l’œuvre de Teilhard de Chardin », Est Républicain, Nancy ; « Mise en garde du Vatican contre les graves erreurs du jésuite Teilhard de Chardin », Tribune de Genève ; « Le Saint-Office publie une mise en garde contre l’œuvre littéraire de Teilhard de Chardin, Combat ; « Mise en garde du Vatican : l’œuvre du Père Teilhard de Chardin frôle l’hérésie », L’Aurore ; « L’Osservatore Romano publie une mise en garde sévère sur la pensée du jésuite », Le Monde ; « Un avertissement du Saint-Office à propos des œuvres du P. Teilhard de Chardin », La Croix…

    6Antoine Wenger, Les Trois Rome : l’Église des années soixante, Paris, Desclée de Brouwer, 1991, p. 224-225.

    7Henri de Lubac, Teilhard posthume, Paris, Cerf, 2008, p. 261 [page 21, Fayard, 1977].

    8Paul Flamand à Jeanne Mortier, le 27 juillet 1962, FTdC, correspondance.

    9Ibid.

    10Henri de Lubac, Carnets du Concile, Paris, Cerf, 2007, le 7 octobre 1962, p. 90.

    11Ibid.

    12Loïc Figoureux, Henri de Lubac et le Concile…, op. cit., p. 155.

    13Henri de Lubac à François Russo, le 26 mai 1981, ASJF, TdC 15. Au sujet du monitum, voir TdC 2/8.

    14En octobre 1965, il nie encore : « Contrairement à ce qui a été souvent répété et parfois imprimé, je ne suis pas l’auteur du commentaire officieux du Monitum du St-Office, publié par l’O. R. (no du 30 juin – 1er juillet 1962). », L’Ami du Clergé, 21 octobre 1965, p. 704.

    15Sœur Sophie des Petits-Pieds de Jésus, « L’entrée des artistes », Le Canard enchaîné, 11 juillet 1962.

    16La Nation française, « L’affaire Teilhard de Chardin », 18 juillet 1962.

    17Pierre Teilhard de Chardin, L’Énergie humaine, Paris, Seuil, 1962, « Avertissement », p. 21.

    18Bruno de Solages à Henri de Lubac, le 26 janvier 1962, CAECHL.

    19Yvon Tranvouez, « Une bibliothèque bleue : Mounier, Teilhard, Chenu, versions conciliaires », À la gauche du Christ, op. cit., p. 532.

    20Eugène Fabre, « Partout Teilhard », Journal de Genève, 13 février 1962.

    21« Face à l’immensité de Saintes-Maries-de la Mer, dans un décor à la Salvador Dalí, nous avons relu Le Phénomène humain de Pierre Teilhard de Chardin », Cannes-Nice-Midi, « Méditation de vacances », 6 septembre 1962.

    22L’Express, « Paris a lu », 18 octobre 1962.

    23Dimanche actualités, « La Seine-et-Oise, pépinière d’autodidactes ? », 25 février 1962.

    24Fonds Demoulin, FTdC, Paris.

    25Ibid.

    26Plusieurs lettres de Claude Cuénot à Jean-Pierre Demoulin sont conservées, FTdC, fonds Demoulin.

    27Document daté de Noël 1960, signé J. Mortier, légataire de P. Teilhard de Chardin, FTdC, Paris.

    28Ibid.

    29Willcox, Seront, Bourgeois, Rodesch, Hainaut pour les laïcs, Troisfontaines, Isaye, Verdonc pour les clercs.

    30Liste et indications sur la naissance du Centre belge Teilhard de Chardin, FTdC, fonds Demoulin.

    31Pan, Bruxelles, le 23 mai 1962.

    32FTdC, fonds Demoulin.

    33Pan, Bruxelles, le 23 mai 1962.

    34Ibid.

    35Ibid.

    36Ibid.

    37Procès-verbal conservé par Jean-Pierre Demoulin, FTdC, fonds Demoulin.

    38Nicole Hirsch, France-soir, « Danse. Auric applaudit Béjart », 30 avril 1962.

    39Henri Fesquet, « Pour le septième anniversaire de sa mort », Le Monde, 8 mai 1962.

    40Le Pèlerin, « Le Christianisme et l’élite de notre temps », 4 mars 1962.

    41James Cordon-Pipelet, Pourquoi pas ?, Bruxelles, 5 octobre 1962.

    42Ibid.

    43André Falk, « De la musique légère aux soucoupes volantes avec Paul Misraki (allias Paul Thomas) », Le Figaro littéraire, 29 septembre 1962.

    44Claude Cuénot à André Monestier, le 4 décembre 1961, FTdC, fonds Demoulin.

    45Jeanne Mortier à Jean-Pierre Demoulin, le 7 décembre 1961, FTdC, correspondance.

    46Le Monde, « Une Fondation Pierre Teilhard de Chardin au Muséum d’histoire naturelle », 3 octobre 1962.

    47Ils étaient 60 en 1961 ; le double en 1962.

    48Henri Fesquet, « Le Colloque Teilhard de Chardin a rassemblé deux fois plus de disciples qu’en 1961 », Le Monde, 14 septembre 1962.

    49Congrégation du Cœur Immaculé de Marie.

    50Henri Fesquet, « Le Colloque Teilhard de Chardin… », op. cit.

    51Jeanne Mortier à Jean-Pierre Demoulin, le 20 septembre 1962, FTdC, fonds Demoulin.

    52Sœur Sophie des Petits-Pieds de Jésus, « L’entrée des artistes (suite) », Le Canard enchaîné, 12 septembre 1962.

    53Henri de Lubac, Teilhard posthume, op. cit., Cerf, p. 257 [Fayard, p. 17].

    54Rappelons que le père Janssens lui avait demandé de cesser son enseignement, de quitter la direction de la revue Recherches de science religieuse et de quitter la colline de Fourvière. Ses livres Surnaturel, Corpus mysticum et De la connaissance de Dieu sont retirés du commerce tout comme l’article « Le Mystère du surnaturel ».

    55Abel Jeannière, « L’Avenir de l’humanité d’après Teilhard de Chardin », Revue de l’Action populaire, janvier 1962 ; Jean Daniélou, « Signification de Teilhard de Chardin », Études, février 1962.

    56René d’Ouince, Un prophète en procès, op. cit., p. 219.

    57ADI/II, 8, p. 20-29, Acta et documenta concilio Vaticano II apparando, cité par Étienne Fouilloux, « La Phase antépréparatoire 1959-1960 », in Giuseppe Alberigo (dir.), Histoire du Concile Vatican II (1959-1965), Paris, Cerf, t. I, 1997, p. 139.

    58Étienne Fouilloux, « La Phase antépréparatoire 1959-1960 », op. cit., p. 155.

    59Ibid., p. 156.

    60Vincenzo Benedetti a peut-être communiqué une note manuscrite qui a été ensuite mal retranscrite (Loïc Figoureux, Henri de Lubac et le Concile…, op. cit., p. 55).

    61Ibid., p. 60.

    62Ibid., p. 139.

    63Henri de Lubac, Teilhard posthume, op. cit., Cerf, p. 258 [Fayard, p. 18].

    64Ibid., p. 386 [Fayard, p. 146].

    65La commission est structurée en quatre séances : première commission, du 11 au 20 novembre 1960 ; deuxième commission, du 11 au 17 février 1961 ; troisième commission, du 16 septembre au 1er octobre ; quatrième commission, du 3 au 11 mars 1962.

    66Henri de Lubac, Carnets du Concile, op. cit., le 16 novembre 1960, p. 15.

    67Ibid., le 19 novembre 1960, p. 23.

    68Ibid.

    69Le père Dhanis accuse réception du texte le 11 avril 1961, cité par Loïc Figoureux, Henri de Lubac et le Concile…, op. cit., p. 145.

    70Le père Gillon lui explique comment « l’Église demande de préparer non des condamnations personnelles ou des définitions, mais un large exposé dogmatique » (ibid.).

    71Le 20 septembre 1961, Loïc Figoureux, ibid., p. 146.

    72Le 26 septembre 1961, carnet Henri de Lubac, ibid., p. 149.

    73Extrait de Mémoire sur l’occasion de mes écrits, cité dans Henri de Lubac, La Pensée religieuse…, op. cit., présentation par Michel Sales, p. vii.

    74Le 10 juillet 1961, Loïc Figoureux, Henri de Lubac et le Concile…, op. cit., p. 140.

    75Ibid., le 23 juillet 1961, p. 140.

    76Ibid., le 4 septembre.

    77René d’Ouince, Un prophète en procès, op. cit., p. 213.

    78Note de bas de page dans Henri de Lubac, Carnets du Concile, op. cit., p. 61.

    79Henri de Lubac, Carnets du Concile, op. cit., 4 mars 1962, p. 61 ; C. Falconi, Il Pentagono vaticano, Bari, 1958.

    80La première version, 17 pages dactylographiées, est conservée à Pau par le père Roger-Dalbert ; une deuxième version de 33 pages a été trouvée dans les papiers du père de Lubac et doit dater de l’année 1958 ; une dernière version, 40 pages dactylographiées, comprend des critiques de l’abbé Guérard des Lauriers. Elle date de 1959. Éric de Moulins-Beaufort, « Note complémentaire », in Henri de Lubac, La Pensée religieuse…, op. cit., p. xviii.

    81Henri de Lubac, La Pensée religieuse…, op. cit., p. 46.

    82Ibid.

    83Ibid., p. 229 et 267.

    84Ibid., p. 294.

    85Ibid., p. 337.

    86Ibid., p. 343.

    87Mgr de Solages à Henri de Lubac, le 14 février 1962, CAECHL.

    88Mgr de Solages à Henri de Lubac, le 24 février et aussi le 4 mars, CAECHL.

    89Henri de Lubac, Teilhard posthume, op. cit., Cerf, p. 258 [Fayard, p. 18].

    90Gabriel Marcel avait assisté à l’après-midi chez Moré, en 1946, celle qui avait laissé un si mauvais souvenir : Témoignage de Jacques Madaule, publié à la fin du livre de Madeleine Barthélémy-Madaule, La Personne et le drame humain chez Teilhard de Chardin, Paris, Seuil, 1967.

    91Henri de Lubac, Teilhard posthume, op. cit., Cerf, p. 351 [Fayard, p. 111].

    92Étienne Borne, « Ouvrage du R. P. de Lubac », Le Monde, 30 mai 1962.

    93Ibid.

    94Henri de Lubac, Teilhard posthume, op. cit., p. 248.

    95Louis Bouyer, « Un grand livre du R. P. de Lubac sur Teilhard », La France catholique, 22 juin 1962.

    96Ibid.

    97Louis Salleron, « La Pensée religieuse du P. Teilhard de Chardin », Itinéraires, juin 1962.

    98Ibid.

    99Ibid.

    100Henri de Lubac, La Pensée religieuse…, op. cit., p. ix.

    101Ibid.

    102Jean Baptiste Janssens à Henri de Lubac, le 27 août 1962 (Henri de Lubac, La Pensée religieuse…, op. cit., p. x et aussi Henri de Lubac, Teilhard posthume, op. cit., p. 261 [Fayard, p. 21]).

    103Jean-Marie Le Blond, « Le sens religieux de l’œuvre du P. Teilhard de Chardin », Études, juillet-août 1962.

    104Loïc Figoureux, Henri de Lubac, op. cit., p. 153.

    105Henri de Lubac, La Prière du père Teilhard de Chardin, Paris, Fayard, 1964. Il publie aussi la correspondance de Teilhard, comme Lettres d’Égypte ou Lettres d’Hastings.

    106« [Le P. René Arnou] me dit qu’il a prêté à plusieurs ma conférence polycopiée sur Teilhard, notamment à un prélat du Vatican, qui en est ravi, etc. » (Henri de Lubac, Carnets du Concile, op. cit., le 1er octobre 1961, p. 58).

    107Ibid., le 7 octobre 1962, p. 90.

    108Ibid., le 12 octobre 1962, p. 108.

    109« À la librairie de St-Louis des Français, on me dit que mon livre sur Teilhard se vend toujours bien, quoiqu’on n’ose plus le montrer dans le magasin » (ibid., le 25 octobre 1962, p. 162).

    110Ibid., le 30 octobre 1962, p. 199-200.

    111Ibid., le 11 novembre 1962, p. 257 ; le 15 novembre 1962, p. 287 ; le 23 novembre 1962, p. 366.

    112Ibid., le 19 novembre 1962, p. 341.

    113« Mario Rossi, ancien président de la Jeunesse catholique italienne, organise une conférence dans la salle paroissiale de Sainte-Marie-du Peuple pour le dimanche 1er décembre, à 18 h ; d’après le programme qu’il a déjà distribué, j’y dois parler sur “Interesse scientifico e religioso di Teilhard de Chardin”. Il m’assure que les organisateurs ont obtenu l’autorisation expresse de je ne sais quel Mgr romain important, ainsi que de la Secrétairerie d’État » (ibid., le 29 novembre 1962, p. 411).

    114« À 18 h 45, visite de deux séminaristes de Capranica, venus me questionner sur Teilhard. Je sors avec eux jusqu’à Piazza Adriana ; ils me quittent à la porte de la pension Vitali, où je dois voir Mgr Élie Zoghby, arch. Melchite en Égypte » (ibid., le 4 décembre 1962, p. 479).

    115« À 15 h, au Borgo, six jeunes prêtres, logés à la Procure de Saint-Sulpice, viennent causer théologie : Tradition, Pères Grecs, Origène, Surnaturel, Christologie, Teilhard, etc. À 16 h 30, avec deux d’entre eux, je vais à pied à l’Institut biblique » (ibid., le 6 décembre 1962, p. 504).

    116Ibid., le 7 décembre 1962, p. 516.

    117Ibid., le 13 décembre 1962, p. 521.

    118Ibid., le 1er décembre 1962, p. 441-442.

    119Ibid., le 13 décembre 1962, p. 521.

    120« Le P. Supérieur de Florence, Dall’Olio, vient me demander de m’arrêter à Florence en décembre. Il veut que j’y fasse un exposé sur Teilhard. Il y a, paraît-il, à Florence, une Société Teilhard de Chardin avec laquelle il est en rapports » (ibid., le 30 octobre 1962, p. 198).

    121Ibid., le 17 janvier 1963, p. 531.

    122Agnès Bort, Giorgio La Pira. Un mystique en politique, Paris, Desclée de Brouwer, 2017, 228 p.

    123Le Figaro littéraire, « Robert Lamoureux : Teilhard de Chardin a changé ma vie intérieure », 14 avril 1962.

    124Jacqueline Cartier, « Robert Lamoureux », Dimanche magazine, 15 avril 1962.

    125S. Dulac, « Robert Lamoureux », L’Écho de la Bourse, 21 avril 1962.

    126Ibid.

    127Pierre Macaigne, « Bon anniversaire Monsieur Coty », Le Figaro, 22 mars 1962.

    128Ibid.

    129Détective, « Du bruit dans Landernau », 8 juin 1962.

    130Jacques Goddet, L’Équipée belle, Paris, Robert Laffont, 1991, 526 p.

    131Jean-Paul Grousset, « Jacques Goddet, je suis votre guidon spirituel », Le Canard enchaîné, 11 juillet 1962.

    132Ibid.

    133Ibid.

    134Laurent Martin, Le Canard enchaîné ou les Fortunes de la vertu. Histoire d’un journal satirique, 1915-2000, Paris, Flammarion, 2001, p. 294-295.

    135France Observateur, « Teilhard et la bécane », 12 juillet 1962.

    136Jean Farran, « Ce jésuite qui inquiète le Vatican », Paris-Match, 11 août 1962.

    137Ibid.

    138Ibid.

    139Lettre de Jean Farran à Jeanne Mortier, le 14 août 1962, FTdC, correspondance.

    140Ibid.

    141Jean Farran, « Ce jésuite qui inquiète le Vatican », Paris-Match, 11 août 1962.

    142« Le billet de Jacques Perret », Aspects de la France, 6 septembre 1962.

    143Henri de Lubac, Carnets du Concile, op. cit., le 7 octobre 1962, p. 90.

    144Georges de Nantes, Lettres à mes amis, « Prédication sensibilité chrétienne, lois de l’Église et progressisme », lettres 101, 103, 105, fin du premier volume de polycopiés, début année 1962.

    145Paul Airiau, « Jean Boyer », in J. P. Chantin (éd.), Les Marges du christianisme. Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Paris, Beauschesne, Paris, 2001, p. 25-27.

    146Teilhard de Chardin contre l’Évangile de Jésus-Christ la Science, Action-Fatima, 1962, FTdC.

    147« Utiles précisions de Mgr Rigaud sur la position de l’Église envers Teilhard de Chardin », Nouvelliste du Rhône, 21 août 1962.

    148Teilhard de Chardin. Contre l’Évangile de Jésus-Christ la Science, op. cit.

    149« Une singulière histoire », L’Opinion indépendante du Sud-Ouest. Agen, 28 septembre 1962.

    150« Où va l’Église de France ? », Le Monde et la Vie, décembre 1962.

    151Ibid.

    152« L’Église et les sociétés secrètes », Le Monde et la Vie, 1963.

    153Georges de Nantes, Lettres à mes amis, lettre 118 « Un Concile pour rien ? », 24 septembre 1962.

    154Ibid.

    155Georges de Nantes, Lettres à mes amis, lettre 100, « Nouvel An 1962, expansion accélérée du communisme, réactions », 1962.

    156Philippe Chenaux, L’Église catholique et le communisme en Europe (1917-1989), Paris, Cerf, 2009, p. 297.

    157François Furet, Le Passé d’une illusion, Paris, Calmann-Lévy, 1995, p. 81.

    158Antoine Wenger, Vatican II première session, Paris, Centurion, 1963, p. 55.

    159Ibid., p. 55-57.

    160Robert Havard de La Montagne, « Chronique du Concile », Aspects de la France, 25 octobre 1962.

    161Andrea Riccardi, « La tumultueuse ouverture des travaux », Giuseppe Alberigo (dir.), Histoire du Concile Vatican II (1959-1965), Paris, Cerf, tome 2, 1998, p. 42.

    162Antoine Wenger, Vatican II, op. cit, p. 58-59.

    163Henri Fesquet, « Les trois premières surprises du Concile », le 15 octobre 1962, Le Journal du Concile, Forcalquier, Robert Morel, 1966, p. 37.

    164Andrea Riccardi, « La tumultueuse ouverture des travaux », op. cit., p. 28.

    165Elle, « Votre jardin de cœur », 7 septembre 1962.

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