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    Plan détaillé Texte intégral Repenser la scolarité obligatoire dans un contexte de politiques internationales néoglobales Aspects méthodologiques de la recherche, questions et hypothèses Résultats Discussion Conclusion Notes de bas de page Auteurs

    Comment réformer l’école ?

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Quelles politiques éducatives sous-tendent l’implantation d’un tronc commun plus long en Fédération Wallonie-Bruxelles et en Albanie ?

    Geralda Rika et Nathanaël Friant

    p. 133-152

    Note de l’auteur

    Cette étude a fait l’objet d’une première publication dans la revue Foro de Educación en 2023.
    Texte intégral Repenser la scolarité obligatoire dans un contexte de politiques internationales néoglobales La fédération Wallonie-Bruxelles L’Albanie Aspects méthodologiques de la recherche, questions et hypothèses Résultats En Fédération Wallonie-Bruxelles En Albanie Discussion Conclusion Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Le début du xxie siècle a marqué un tournant dans l’histoire des politiques éducatives. Pour la première fois, les systèmes éducatifs se voient non seulement évalués à l’échelle internationale mais aussi publiquement classés, tantôt critiqués, tantôt félicités pour les résultats obtenus. Parmi les programmes de comparaison les plus influents, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa) mesure tous les trois ans et à l’échelle internationale les acquis des jeunes âgés de 15 ans, âge qui correspond pour beaucoup de systèmes éducatifs à la fin du tronc commun. Ces études, lancées et conçues par l’OCDE, deviennent rapidement un outil de gouvernance par la comparaison des politiques éducatives internationales (Martens, 2007). Elles présentent un double intérêt permettant de recueillir des informations sur les performances cognitives des élèves mais aussi sur le contexte scolaire et socio-économique des élèves et établissements. Conjugués, ces deux aspects permettent d’appréhender les résultats en termes de performances et surtout d’équité et d’égalité (Quittre et Crépin, 2017). La médiatisation et la publication des résultats Pisa provoquent dans plusieurs pays une réaction d’urgence quant à la mise en place d’une réflexion sur les actions à entreprendre dans l’objectif d’améliorer les performances des systèmes éducatifs et d’en réduire les inégalités (Meyer et Bénavot, 2013).

    2Les recommandations qui accompagnent les évaluations Pisa rejoignent celles formulées par d’autres instances telles que la Banque européenne, l’Unicef, l’Union européenne, l’Unesco, la Banque mondiale, etc., dessinant les lignes générales en matière de compétences à viser. Cette tendance internationale s’est progressivement précisée avec notamment la définition des compétences attendues pour un apprentissage tout au long de la vie.

    3L’ensemble de ces recommandations internationales contribuent ainsi à l’émergence d’une forme de globalisation des politiques éducatives qui « transforme les espaces éducatifs nationaux et régionaux, les politiques et ce qu’il en résulte, afin de s’aligner à un agenda global d’objectifs » (Robertson et Dale, 2017, p. 890). Ainsi, par exemple, le tournant comparatif engendré par l’OCDE (Marten, 2007) met implicitement sous pression les systèmes éducatifs évalués pour converger vers les pratiques qui ont été définies comme « les meilleures » ou les plus désirables en fonction des critères spécifiques des cadres de référence de la comparaison. On observe, conséquemment, un glissement en termes de politiques éducatives ; ce qui fut une compétence exclusive de chaque État souverain cesse de l’être, portant l’influence des politiques globales et néolibérales. Autrement dit, les politiques éducatives ne sont donc plus exclusivement l’affaire des États, lesquels agissent désormais en intégrant des indicateurs externes. Cependant, chaque pays opère ses manœuvres, se positionne et décide en fonction du changement qu’il souhaite mettre en place tenant compte de ses caractéristiques propres (Wahlströom et Sundberg, 2018). Dans ce contexte, la réflexion sur les finalités de l’éducation obligatoire se précise. Elle porte, entre autres, sur le tronc commun qui représente un moment charnière de l’éducation.

    4L’étude que nous présentons dans cette contribution s’intéresse à deux pays européens : l’Albanie et la Belgique. Ces deux pays partagent, sur le plan éducatif, deux caractéristiques : le fait d’avoir participé aux enquêtes Pisa et celui d’avoir entrepris une réforme du système éducatif allongeant notamment le tronc commun. Ces deux réformes, dans deux pays différents, sont de bons exemples de l’implantation de nouvelles formes de gouvernance à tendance néolibérale visant à améliorer la qualité et l’équité de systèmes éducatifs (Maroy, 2021).

    5Fortement recommandée par les instances internationales, soutenue par la nécessité de modernisation du système éducatif, la réforme du paysage éducatif albanais a donné lieu au vote, en 2012, de la loi régissant le fonctionnement du système éducatif para-universitaire, loi révisée en 2015 et en 2017. Fondamentalement, cette loi transforme la structure de l’enseignement de base, redéfinissant les niveaux selon le modèle 6-3-31 dans un premier temps. Des changements structurels importants sont aussi portés à l’éducation obligatoire et, plus précisément, au tronc commun. Celui-ci se voit prolongé d’une année, marquant la fin de l’enseignement obligatoire à l’âge de 15 ans. Ces actions politiques s’alignent avec les objectifs d’amélioration de l’égalité d’accès mais aussi des acquis pour tous, compte tenu des performances des élèves, parmi les plus basses des résultats Pisa (OCDE, 2016).

    6Suite aux résultats des études Pisa, la Fédération Wallonie-Bruxelles a entamé une réforme systémique depuis 2015. Mobilisant l’ensemble des acteurs autour de l’ambition de l’amélioration de la qualité du système éducatif un travail collaboratif – a été réalisé dès 2015. Douze groupes de travail ont finalisé leurs réflexions le 7 mars 2015 présentant les grands axes du Pacte2 dans le document l’Avis no 3 (Fédération Wallonie-Bruxelles, 2017).

    7La prolongation et la révision du tronc commun déjà existant constituent le premier des cinq axes stratégiques du Pacte : « Enseigner les savoirs et compétences de la société du xxie siècle et favoriser le plaisir d’apprendre, grâce à un enseignement maternel renforcé, à un tronc commun polytechnique et pluridisciplinaire et à un cadre d’apprentissage révisé et reprécisé » (Fédération Wallonie-Bruxelles, 2017, p. 11).

    8En mai 2019, le parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles vote les bases légales du nouveau tronc commun. Le code, voté en deux tomes, fait partie des huit livres qui constitueront, à terme, le CODEX3. Celui-ci se veut un acte refondateur et se situe dans la lignée du renouveau en matière de politiques scolaires visant l’amélioration de l’équité et de l’efficacité depuis le décret « Missions4 ».

    9L’étude présentée dans cette contribution ambitionne de mettre en exergue les raisons et les objets qui sous-tendent les deux réformes entreprises mais aussi de préciser les cadres institutionnels qui les précèdent et ceux qu’elles visent. Il nous paraît important d’identifier les enjeux, les valeurs qui sont à l’origine de ces révisions ainsi que les caractéristiques que revêtent, en conséquence, ces nouveaux troncs communs, notamment en ce qui concerne les contenus. L’objectif est-il de les unifier ou de les diversifier ? Nous ambitionnons de placer le curseur entre ces deux pôles et clarifier la tendance qui résulte de la négociation entre les acteurs au cœur de l’action publique. Le terme acteur désigne ici tout participant direct ou indirect de manière continue ou ponctuelle au processus de conception, de mise en place et/ou de négociation qui a donné lieu aux modifications portées au système éducatif. Ceci inclut les membres et représentants des organisations gouvernementales, des acteurs du terrain tels que les enseignants, les chefs d’établissements, les chercheurs, des représentants de groupes de pression tels que les organisations syndicales, développementales, des associations de droit d’un groupe cible (enfants, parents) ou encore les représentants des instances internationales.

    10Plus précisément, il est ici question d’appréhender le modèle général vers lequel ces systèmes tendent en termes de politiques éducatives mises en place lors des réformes, et de distinguer dans quelle mesure ces deux espaces éducatifs si différents adhèrent aux suggestions globales d’instances internationales.

    11C’est donc au niveau de la conception et de la trajectoire qu’empruntent ces politiques éducatives avant leur mise en place effective, telle que décrite dans l’introduction de cet ouvrage, que se situe notre analyse. Pour la mettre en œuvre, nous avons analysé le contenu des débats parlementaires menant au vote de ces réformes éducatives dans les deux pays. Bien que nous reconnaissions l’importance d’une analyse multiscalaire et dynamique5 telle que réalisée par Maroy (2021), s’attachant également à la fabrication des politiques par les acteurs à d’autres échelles du système éducatif, celle-ci est hors de portée du travail présenté ici.

    Repenser la scolarité obligatoire dans un contexte de politiques internationales néoglobales

    12L’Europe du xxie siècle se caractérise de plus en plus par un fonctionnement global marqué par un contexte d’économie et de compétition en mutation constante. Peu à peu, apparaissent et se renforcent des volontés d’investir dans le capital humain définissant un cadre de compétences globales pour tous. Dès 1996, l’OCDE reconnaît et adopte l’objectif pour un apprentissage tout au long de la vie (Wahlström et Sundberg, 2017) reconnaissant l’importance d’investir dans les capacités, les savoirs et les connaissances des individus afin qu’ils puissent répondre rapidement aux changements du monde du travail. D’autres instances internationales, telles que l’OCDE, ou la Commission européenne dès 2007 avec « Le cadre Européen de huit compétences pour un apprentissage tout au long de la vie », définissent des programmes de compétences. La Banque européenne, l’Unicef, l’Union européenne, l’Unesco, la Banque mondiale, etc., suivent le mouvement. Ces programmes6 mettent notamment l’accent sur le droit à une éducation inclusive pour tous, l’acquisition des compétences qui permettent à l’individu d’acquérir et de maintenir des compétences et lui confèrent la possibilité de participer pleinement à la vie sociétale et de gérer les transitions du marché de l’emploi avec succès (Conseil de l’Union européenne, 2018). La définition de ces compétences contribue à la création d’une forme de cadre européen de référence préconisant l’intégration par les pays membres des compétences clés pour tous dans les stratégies d’éducation et la formation tout au long de la vie (UE, 2018). Dans la même veine, la volonté d’instaurer l’éducation comme droit humain, force majeure pour le développement durable et la paix, a donné lieu à la constitution d’un agenda d’objectifs d’ici 2030 pour tous les pays de la planète (Unesco, 2016). Les États disposent dès lors d’une feuille de route supposée leur permettre « d’assurer à tous une éducation inclusive et équitable de qualité et des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie » (Unesco, 2016, p. iii).

    13Parallèlement, les enquêtes telles que Pisa montrent sur une échelle internationale des compétences de base jugées insuffisantes des jeunes au terme du tronc commun. Ainsi, en 2015, un élève sur cinq éprouvait de sérieuses difficultés à développer des compétences suffisantes en lecture, en mathématiques ou en sciences (OCDE, 2016).

    14La publication et la médiatisation des résultats des études Pisa ont provoqué dans plusieurs pays une onde de choc (Crahay, 2004 ; Cattonnar et Lessard, 2009). Les études Pisa ne sont pas les premières à proposer de mesurer le niveau des compétences de base dans plusieurs pays. Cependant, les enquêtes Pisa présentent la particularité de rendre publics ces résultats proposant un classement des pays participants. Les pays en bas de la liste sont invités à prendre exemple sur les bonnes pratiques des pays en haut de la liste (Fairclough, 2000, cité par Grek, 2009). Dans certains pays, cette onde de choc a donné lieu à un foisonnement de recherches dans le but d’améliorer les systèmes éducatifs (Maroy, 2004 ; Demeuse et Baye, 2005 ; Monseur et Crahay, 2008 ; Felouzis et Charmillot, 2012). La nécessité d’agir et d’investir notamment dans les compétences de base s’est imposée, déclenchant une vague de réformes qui mettent en œuvre des politiques de décentralisation, des mesures de différenciation des contenus, de libre choix de l’école et de développement de l’évaluation (Mons, 2004).

    15Grâce aux études Pisa, l’OCDE, qui fut au départ une institution visant la collaboration économique des pays, s’est imposée dans la sphère des politiques éducatives comme policy maker. Grek (2009) identifie un effet Pisa et voit en ces études « un outil indirect mais influant de la nouvelle technologie politique qui gouverne l’espace éducatif européen par les nombres » (p. 23). Selon l’autrice, l’éducation est perçue dans une logique néolibérale en termes de problèmes et solutions à pourvoir, contribuant ainsi à alimenter les institutions d’analyse des performances et de données comparatives. Ce changement de paradigme (Mons, 2004 et 2007b), qui consiste à remettre en question la gestion exclusive de l’éducation par les États, se poursuit et se précise au fur et à mesure des suggestions et des programmes définissant les compétences clés à viser pour tous. Ces suggestions contribuent à la création d’un espace global de politiques éducatives (Lingard et Grek, 2007 ; Grek et al., 2009). Les diverses indications peuvent être qualifiées de néolibérales, dans la mesure où elles préconisent une forme de souplesse et d’adéquation des compétences de l’enseignement obligatoire face aux fluctuations du marché libre et global, donc avec le moins d’interventions possibles de l’État. Selon Robertson et Dale (2017), cette forme de globalisation néolibérale « transforme les espaces éducatifs nationaux et régionaux ainsi que les politiques et ce qu’il en résulte, afin de s’aligner à un agenda global d’objectifs » (p. 890).

    16Ainsi, on peut constater une certaine convergence de ces politiques éducatives de refonte du tronc commun vers une volonté d’amélioration des performances et de l’équité conformément aux challenges d’une société en mutation.

    La fédération Wallonie-Bruxelles

    17La Belgique, État fédéral européen, pays membre de l’OCDE, fait partie des pays économiquement forts de l’Europe. Sa configuration fédérale est due aux diverses réformes7 d’État qui ont eu lieu depuis 1970. Depuis la troisième réforme de l’État belge en 1998-1999, les trois communautés (la Communauté flamande, la Communauté française, aujourd’hui Fédération Wallonie-Bruxelles [FW-B] et la Communauté germanophone) se voient attribuer la prérogative de l’enseignement. La FW-B exerce ses compétences en Wallonie, sauf dans la région germanophone, ainsi qu’en région bilingue bruxelloise.

    18Le tronc commun apparaît dans le paysage éducatif dès l’instauration de l’enseignement rénové en 1971 avec le degré commun au premier degré de l’enseignement secondaire (Van Haecht, 1985). C’est cependant avec le décret « Mission » de 1997 qu’il se précise. La Communauté y définit les missions de l’école ainsi qu’un continuum pédagogique entre l’enseignement préscolaire et les huit premières années de la scolarité obligatoire (art. 13, § 1 et 3). Le tronc commun s’étend de 6 à 15 ans soit du début de la scolarité obligatoire à la fin du premier degré de l’enseignement secondaire.

    19Parmi les quatre modèles que Mons (2007) distingue, le modèle de séparation semble caractériser le mieux le système en FW-B. Ce modèle, fondé sur le principe de séparation des élèves et de sélection précoce, est caractérisé entre autres par une grande proportion d’élèves faibles et d’importantes différences de scores entre élèves et entre établissements (Dupriez, 2010). Il est considéré comme l’un des modèles les plus inégalitaires et les plus inefficaces. Malgré la présence d’un tronc commun qui s’étend jusqu’à la fin du premier degré de l’enseignement secondaire, la FW-B réunit plusieurs caractéristiques du modèle de séparation telles que la pratique abondante du redoublement, le faible recours à la différentiation, une orientation en cascade en fonction des performances, un enseignement par groupes de niveau et un fort taux d’abandon et de sortie du système sans qualification. Prenant en compte l’ensemble de ces indicateurs, il semble opportun de continuer à classer la FW-B dans le modèle de séparation de Mons, à l’instar d’autres recherches effectuées auparavant (Dupriez, 2010 ; Baye, 2015).

    20Une autre caractéristique qui marque profondément les politiques éducatives du système éducatif en FW-B et qui rend les réformes difficiles relève de la liberté de l’enseignement inscrite dans la constitution belge. Le système en FW-B reste scellé par la liberté constitutionnelle de choix de son enseignement, marqué par une approche par compétence jugée trop vague voire « mystique » (selon l’expression de Hirtt [2009] qui souligne son caractère insaisissable, flou et imprécis permettant d’interpréter les mêmes programmes de façon variable d’un réseau à l’autre, d’une école à l’autre ou encore d’une classe à l’autre).

    21Dès les premiers tests Pisa, la FW-B se positionne en mauvais élève, figurant parmi les pays européens les plus inéquitables, marquée par une forte ségrégation sociale (Hirtt, 2017). L’enseignement se trouve imbriqué dans une logique de quasi-marché où des établissements avoisinants influencent l’offre et le fonctionnement les uns des autres. Cette logique est soutenue par le principe constitutionnel de la liberté de choix de l’école (Demeuse, 2018). De plus, l’orientation précoce en filières et le recours au redoublement constituent autant de structures ségrégantes (Danhier et al., 2017) qui maintiennent les inégalités sociales et contribuent à la polarisation des écoles (Vandenberghe, 1997 ; Demeuse et Baye, 2008 ; Monseur et Crahay, 2008). En outre, le niveau socio-économique continue à impacter les performances (Quittre et Crépin, 2017).

    22Devant ces constats, le Pacte pour un enseignement d’excellence lancé en 2015 entreprend de réformer le système éducatif par étapes et moyennant un processus participatif et de négociation. Ce processus implique dans un premier temps8 les acteurs de l’enseignement (organisations syndicales, Fédérations de pouvoirs organisateurs et Fédérations d’associations de parents) dans l’élaboration d’un état des lieux du système éducatif, puis d’orientations en termes de réformes à entreprendre, présentées dans un avis (Avis no 39). Cet avis, rendu public en mars 2017, fait du tronc commun le premier des cinq axes stratégiques : « Enseigner les savoirs et compétences de la société du xxie siècle et favoriser le plaisir d’apprendre, grâce à un enseignement maternel renforcé, à un tronc commun polytechnique et pluridisciplinaire et à un cadre d’apprentissage révisé et reprécisé » (Fédération Wallonie-Bruxelles, 2017, p. 11). Ce nouveau tronc commun polytechnique et pluridisciplinaire pour l’enseignement obligatoire se voit balisé dès 2019 par le vote des deux premiers tomes du CODEX.

    L’Albanie

    23Ayant connu pendant quasi un demi-siècle un des régimes communistes les plus fermés, aujourd’hui en négociation d’adhésion à l’Europe, la république d’Albanie ou Republika e Shqiperise10, doit fournir des efforts de réforme et de modernisation de son système éducatif en particulier.

    24Le paysage éducatif albanais du xxe siècle est caractérisé par deux éléments : l’influence du régime communiste inspiré d’une idéologie d’orientation marxiste-léniniste qui a débuté après la Seconde Guerre mondiale et les politiques éducatives de modernisation successives dans la perspective d’une société démocratique et libérale qui ont eu lieu depuis la chute du régime à partir du 1991.

    25Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’implantation du régime communiste en Albanie s’accompagne d’une réforme du système éducatif instaurant les bases d’un enseignement unifié qui se veut égalitaire. En 1946, l’enseignement est rendu obligatoire, de 7 à 14 ans, constituant ainsi les prémices d’un premier tronc commun. En 1963, le contenu de l’ensemble des curricula est revisité, renforçant le caractère idéologique démocratique et socialiste d’orientation marxiste-léniniste. En 1991, le régime communiste est renversé, marquant le début des réformes par étapes visant la refonte en profondeur du système éducatif. Ces réformes visent un enseignement démocratique, plus performant et plus égalitaire.

    26Quelques lois et principes fondamentaux forgent le cadre légal du système éducatif albanais depuis. Premièrement, l’article 57 de la constitution en 1998, garantissant le droit à l’éducation pour tous et la gratuité de l’enseignement obligatoire. Deuxièmement, la loi du 21 juin 1995 modifie le paysage éducatif albanais en distinguant les différents niveaux de l’éducation publique. Le premier niveau, l’enseignement parascolaire non obligatoire, s’étend de 3 à 6 ans, suivi de l’enseignement de base (arsimi bazë) de 6 à 15 ans, obligatoire pour une durée de neuf ans. Au terme de l’arsimi bazë, l’orientation vers les filières autres que générales peut avoir lieu. Fondamentalement, cette loi transforme la structure de l’enseignement de base selon le modèle 6-3-3, supprimant la structure 9-311 jusque-là existante. Son article 22 définit l’enseignement primaire sur six ans, de 6 à 12 ans, suivi de l’enseignement secondaire inférieur de 12 à 15 ans et enfin l’enseignement secondaire supérieur à partir de 15 ans, l’âge de la fin de la scolarité obligatoire. Cette loi prolonge donc l’obligation scolaire, laquelle sera maintenue malgré les révisions qui ont été apportées par la loi 5612.

    27L’analyse de Mons (2004, 2007) permet de situer l’Albanie d’après les caractéristiques qu’elle présente dans la gestion de l’hétérogénéité et celles liées à la gouvernance. L’Albanie, État-nation caractérisé par une langue et un territoire qui se confondent, présente les caractéristiques d’un système d’intégration uniforme, marqué par des performances faibles mais à tendances égalitaires : tronc commun long, pas de regroupement pédagogique, taux de redoublement élevé, enseignement individualisé à cas réduits, etc.

    28Dès lors, comment ces deux espaces éducatifs très divergents traduisent les recommandations internationales dans la mise en œuvre concrète de leurs politiques éducatives en mettant en place le nouveau tronc commun ? Divergent-ils ou au contraire s’unissent-ils dans leur lecture et application des suggestions néolibérales ?

    Aspects méthodologiques de la recherche, questions et hypothèses

    29Deux questions principales ont guidé notre recherche. La première concerne le nouveau tronc commun réformé dans les deux entités éducatives. Quelles sont les caractéristiques des nouveaux troncs communs et dans quelle mesure ceux-ci se conforment aux programmes de compétences définis par les instances internationales ?

    30Nous faisons l’hypothèse que les deux nouveaux troncs communs ajustent leurs caractéristiques ainsi que les compétences attendues à la fin de la scolarité obligatoire en adéquation avec les suggestions des instances internationales.

    31Notre seconde question concerne la conception des politiques éducatives lors des débats mobilisant les acteurs. Dans quelle mesure les acteurs de ces deux systèmes éducatifs s’approprient-ils les attentes et incitations des sources politiques internationales dans le choix, la conception et la mise en place concrète des nouvelles politiques éducatives réformatrices ?

    32Le corpus sur lequel se base l’étude est constitué de diverses sources documentaires. D’une part, il se compose des procès-verbaux relatifs à la loi 69 (2012) retraçant les discussions en séance plénière précédant le vote au parlement albanais. Ces débats politiques sont éclairants quant à la réforme et la restructuration du tronc commun. Le nombre de pages analysées est de 344. Ces documents sont disponibles en albanais.

    33D’autre part, le corpus comporte les discussions ayant eu lieu au parlement de la FW-B précédant le vote du projet de décret qui porte sur le 1er et le 2e livre du Code de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire. Pour rappel, il s’agit des deux premiers livres sur les huit livres qui constituent, à terme, le CODEX. Ces débats concernent la mise en place du nouveau tronc commun. Ils permettent donc d’apprécier les caractéristiques du changement souhaité. Dans un souci de conformité et d’équivalence, la partie analysée se constitue uniquement des procès-verbaux du projet (p. 53-86), de l’exposé des motifs (p. 10-22) ainsi que de la partie commentaires des articles définissant les changements structurels apportés suite au tronc commun (p. 23-24). La suite du document constitue la partie légale à proprement parler. Elle se détache du reste du corpus analysé qui se focalise sur les discussions parlementaires. Ces documents sont disponibles en français.

    34Sur ce corpus a été appliquée une analyse thématique de contenu telle que définie par Paillé et Mucchielli (2016) outillée par le logiciel NVivo 12. Pour ce faire, une grille commune établie a priori à partir du travail de Mons (2004 et 2007) a été utilisée. Elle comprend dix thèmes principaux non hiérarchisés : l’objet des réformes, l’objet des débats, le cadre institutionnel visé, les dispositifs mis en œuvre, les raisons qui ont mené aux changements, les caractéristiques de la gestion de l’hétérogénéité, les caractéristiques du tronc commun, les valeurs et concepts mobilisés lors des réformes, ce sur quoi porte la liberté et enfin, l’évaluation. Dans son travail, Mons (2004, 2007) avait choisi d’analyser les politiques éducatives en lien avec le choix, la décentralisation et le renouvellement des contenus et des structures différenciées. Ces trois politiques se retrouvent sur la grille sous les thèmes de gestion de l’hétérogénéité, cadre institutionnel visé et liberté de choix. Le tronc commun, quant à lui, fait l’objet d’un thème à part, en adéquation avec l’objet de recherche.

    35Dans le cadre d’une approche mixte, la grille a été complétée par d’autres concepts ajoutés au fur et à mesure de l’analyse du corpus en accord avec l’idée développée par Braun et Clarke (2006) selon laquelle le thème capture quelque chose d’important, en lien avec la question de recherche, auquel correspondent une ou plusieurs réponses dans le corpus.

    Résultats

    En Fédération Wallonie-Bruxelles

    36L’analyse13 thématique des procès-verbaux parlementaires précédant le vote du tome I et II du CODEX permet de faire émerger les thèmes principaux qui constituent les débats.

    37Les thèmes majeurs concernent les deux chantiers principaux qui correspondent aux deux premiers axes14 stratégiques annoncés lors de l’Avis no 3, à savoir le tronc commun et la nouvelle forme de gouvernance15 :

    « le présent Code pose les jalons d’un nouveau tronc commun. Ce vaste chantier constitue un des deux grands piliers de la réforme du Pacte pour un enseignement d’excellence, le second étant la réforme de la gouvernance et, singulièrement, la mise en place des plans de pilotage et des contrats d’objectifs qu’organisent deux décrets du 13 septembre 2018 ».

    38Le principe même de la prolongation du tronc commun ne fait pas l’unanimité parmi les parlementaires. Portée par une coalition de centre et de gauche animée entre autres par le principe16 d’égalité des acquis pour tous (Fédération Wallonie-Bruxelles, 2017), la proposition rencontre les oppositions farouches entre autres du côté du parti en opposition positionné au centre droit, qui craint une prolongation inutile et un nivellement égalitaire vers le bas, la droite considérant les inégalités naturelles et la hiérarchie et l’autorité inévitables (Mossuz-Lavau, 2020). « Madame la ministre, notre groupe l’a dit, répété et clamé, ce projet de décret nous déplaît profondément et particulièrement l’instauration du tronc commun !… Mais le gouvernement voulait mettre en place un tronc commun allongé à la troisième secondaire et nous avons dit combien nous étions catastrophés. » Quasiment 5 % du texte encodé exprime explicitement cette opposition alors que la discussion est libre et les sujets sont nombreux.

    39Le caractère nouveau du tronc commun est remis en cause. Il est dit très semblable à l’actuel défini par le décret « Missions » qui date de 1997. On lui adresse la critique d’une logique de « vouloir faire du neuf avec du vieux ». Quant au caractère polytechnique du tronc commun, celui-ci est jugé insuffisant bien que l’idée d’un nouveau tronc commun polytechnique ne semble pas toujours opposer les parlementaires.

    « Sur le plan intellectuel, nous ne sommes pas opposés à un véritable tronc commun polytechnique […]. Revenons à l’élément central de la réforme : l’implémentation du tronc commun, décrit comme pluridisciplinaire et polytechnique. J’ai à cet égard de très sérieux doutes […]. Malgré les deux ou trois heures consacrées à des activités polytechniques et les deux heures de parcours d’éducation culturelle et artistique (PECA – Parcours d’éducation culturelle et artistique), le cursus sera encore largement dominé par les cours généraux. »

    40En ce qui concerne les savoirs attendus à la fin de la scolarité obligatoire, l’on affirme la nécessité de renforcer les savoirs de base mais aussi de les préciser dans les nouveaux référentiels.

    « Les disciplines du tronc commun ont été déterminées dans le souci de renforcer les savoirs, les savoir-faire et compétences de base ainsi que de mettre en valeur des disciplines, des contenus ou des aptitudes peu travaillés alors même qu’ils contribuent au développement et à l’épanouissement de futurs citoyens. »

    41Cette disposition s’accompagne de doutes quant à sa mise en place : « J’ai de très sérieux doutes concernant les renforcements des savoirs de base. »

    42La réforme du tronc commun s’accompagne par ailleurs d’une volonté de ne plus prescrire une pédagogie en particulier.

    43Des critiques et des craintes sont également formulées au regard de la fonction enseignante déjà en pénurie et à la nécessité de réformer celle-ci afin qu’elle puisse répondre aux nouveaux challenges induits par la restructuration du tronc commun. La crainte que la prolongation du tronc commun engendrerait un nivellement vers le bas fait également surface comme ici et occupe explicitement les discussions :

    « Madame la ministre, vous avez l’intention d’instaurer un tronc commun, mais sur la base des mêmes grilles horaires ! Cela se fera fatalement au détriment des apprentissages de base pour lesquels nos enfants sont déjà si mal notés : le français, les mathématiques. »

    44Un autre thème présent lors des débats concerne la création même du CODEX, son articulation et la cohérence qu’il vise. Il est présenté comme une nécessité de codifier les différentes structures de l’enseignement afin de correspondre aux évolutions de la société. Considéré comme « contrat officiel » et « clé de voûte du TC (tronc commun) », il a pour objectif d’assurer une cohérence verticale et horizontale tout en précisant ce qu’il faut enseigner de manière progressive. La cohérence visée concerne ces deux axes : l’axe horizontal, qui sépare les élèves en filière moyennant l’orientation, et l’axe vertical qui sépare les élèves à travers le redoublement. Cette cohérence permettrait une meilleure mobilité et offre de meilleures chances de réussite en assurant une équivalence des formations.

    45La cohérence et la manière dont la réforme est menée font également débat. La réforme est qualifiée de précipitée : « C’est trop tôt. Le moment de la législature n’était peut-être pas le plus propice à se pencher sur une réforme, qui plus est sur le tronc commun. » La politique menée est critiquée, qualifiée de demi-mesure, d’être contradictoire, notamment avec la décision de maintenir le CEB17, lequel certifie les savoirs à la fin des études primaires, en plein continuum pédagogique.

    46Les parlementaires reprochent au code de restreindre la liberté d’enseignement par sa volonté de légiférer et par conséquent de cadrer le travail et les résultats. La liberté de choisir est ainsi en opposition avec la nécessité d’instaurer un garde-fou et des balises communes afin de régir le système de quasi-marché scolaire dont les logiques de liberté absolue continuent à générer une école duale et un état d’inégalités scolaires.

    47L’analyse thématique de l’exposé des motifs remet l’accent sur la liberté d’enseignement, valeur sacrée de la société belge. Le Conseil d’État ayant critiqué cet aspect en particulier, il apparaît dans l’exposé dans un droit de réponse. Par ailleurs la volonté de renforcer l’autonomie des établissements est affirmée :

    « le renforcement de l’autonomie des directions quant à l’organisation de l’école, et celle des équipes éducatives quant au choix des moyens et des méthodes pédagogiques à mettre en œuvre pour rencontrer les objectifs définis pour l’école ».

    48Cela montre une volonté d’équilibre entre décentralisation et centralisation. Enfin, il est également question d’une nouvelle stratégie numérique à atteindre afin de doter les élèves de compétences numériques en phase avec les besoins de la société du xxie siècle.

    En Albanie

    49L’analyse thématique des procès-verbaux parlementaires précédant le vote de la loi de 2012 permet de faire émerger les thèmes prégnants ainsi que les caractéristiques singulières des débats dont nous faisons état ci-dessous.

    50L’analyse montre une domination des débats des thèmes portant sur la décentralisation, la laïcité, la question des textes scolaires, la gouvernance, les caractéristiques de la fonction enseignante et/ou directrice.

    51Par ailleurs, dans le discours analysé, nous notons l’apparition de notions à connotation économique telles que le management, le board de l’école ou encore celle de l’employé civil. Ces termes montrent une nouvelle tendance, celle d’une gestion plus économique de l’école inspirée du système scolaire britannique.

    52Notons également la présence et la participation au débat de plusieurs acteurs et groupes externes au parlement tels que la fondation SOROS18, les syndicats des éditeurs, les associations pour la défense et le droit des enfants, les représentants des écoles privées, les représentants des écoles religieuses, etc. La présence de ces acteurs lors des débats est une affirmation de l’influence sur la création des politiques éducatives des bailleurs et des groupes de pression qui défendent des intérêts propres. En intervenant à la discussion, ces acteurs apportent leurs points de vue en fonction des valeurs qui les animent telles que la gouvernance démocratique, les droits de l’homme ou les droits des enfants (SOROS), la régulation du marché des éditeurs, le statut des enseignants et des directeurs visés par la nouvelle gouvernance pour les syndicats, etc. Par conséquent, ils impactent directement le façonnement des politiques.

    53Le dispositif principal mis en place lors de cette réforme concerne le changement de structure de l’enseignement en 6-3-3, ce qui s’accompagne de nombreux défis. Cependant, il semble bénéficier d’une forme de consensus. En effet, les débats se centrent peu autour de ce sujet. Le regroupement de matières en discipline dans le cadre d’une approche par compétences fait le plus débat, car cela requiert entre autres, une réforme de la formation des enseignants et une vision différente de l’évaluation incluant la possibilité de classer les écoles selon une évaluation externe.

    54Les parlementaires affirment l’adaptation de l’approche par compétences pour l’enseignement et pour un apprentissage tout au long de la vie. Le pays entend profiter de l’expertise internationale validée par l’Unesco, l’OCDE, etc., ce qui exige la révision du curriculum et l’évaluation par compétences. Le curriculum se veut proche de l’école britannique et loin de la conception traditionnelle française. Dans ce cadre, l’inclusion de tous les élèves dans l’enseignement obligatoire, afin que chacun puisse acquérir ces compétences de base, paraît primordiale. Cependant, l’application de cette approche semble, à ce stade, très incomplète comme l’indique un représentant de la fondation SOROS :

    « Le set des compétences de base de ce projet de loi constitue une curiosité albanaise. La première référence qui vient de l’OCDE, fait état de neuf compétences, or je peux affirmer que la moitié ne figure pas dans le projet de loi19. »

    55Dans l’objectif d’offrir un enseignement plus égalitaire et inclusif offrant des chances égales, pour un apprentissage de contenus de qualité, tout au long de la vie et à tous les élèves (Unesco, 2017), la question des livres scolaires a été longuement débattue. C’est à l’enseignant le plus expérimenté, aux parents et à la direction que revient le libre choix des manuels à utiliser. Cette politique dite de l’altertexte20 laisse donc le libre choix aux acteurs par opposition au texte unique imposé historiquement. Les maisons d’édition proposent des textes différents, parfois traduits, pas toujours exempts d’erreurs, parfois même peu en lien avec les curricula ce qui pose la question de la qualité des textes utilisés.

    56La dépolitisation de l’enseignement constitue un des thèmes principaux des débats. Elle désigne le processus de « nettoyage » du système scolaire de l’héritage communiste (Nathanaili, 2011). Cet héritage concerne l’ensemble de l’organisation de la vie scolaire, la prescription des contenus à enseigner et des méthodes, la nomination des enseignants et des directeurs, le choix des élèves ayant droit aux études supérieures, etc. Le processus vise plus précisément la clarification des processus de nomination des enseignants et des directeurs dans une volonté de rayer l’intervention politique considérée comme nocive pour l’enseignement.

    57En réponse à cette demande de dépolitisation explicitement formulée par les instances européennes dans le cadre de l’intégration du pays en Europe, le projet de loi propose et définit une série d’étapes menant à la nomination et à l’exclusion éventuelle de l’enseignant. Il prévoit la nomination par décision du board de l’école, mais reste controversé en raison des conditions du renvoi de l’enseignant par le directeur d’école dont les modalités restent vagues. « Comment expliquez-vous ce contresens de la loi entre les procédures prévues en vue de nommer un enseignant ou un directeur, via le board, et celles de son éloignement décidé par le directeur seul ? » Dans ce cas, la crainte de licenciements abusifs, comme cela a déjà été le cas par le passé, est exprimée.

    58L’utilisation à des fins politiques des enseignants a été critiquée. Plusieurs parlementaires en parlent sans langue de bois dénonçant par exemple « l’invitation » faite à des enseignants de participer aux campagnes électorales par les membres du pouvoir local.

    59Le board de l’école représente dans cette réforme l’unité de décentralisation par excellence. Une attention particulière est adressée à la responsabilisation des enseignants quant aux effets de leur travail, avec une option de contrôle exercée par le board de l’école. Précisons que le board d’une école se compose de parents d’élèves, d’élèves, d’enseignants de l’école, des représentants externes de la communauté scolaire (n’ayant pas d’enfants dans l’école), du représentant de la direction régionale de l’enseignement ainsi que des représentants du pouvoir local (la commune ou la municipalité). Ses membres varient en nombre de sept à onze en fonction du total d’élèves inscrits dans l’école. Il gère notamment les objectifs de l’école, la question financière ainsi que les entrées en fonction du directeur d’école et de ses enseignants (MASH, 2007). Il fait son apparition dans les débats en parallèle avec la dépolitisation de l’institution scolaire et de ses acteurs. On dénonce par ailleurs, une incohérence entre le dire et le faire entre ce qui est prescrit et ce qui se pratique en réalité.

    Discussion

    60Dans les deux pays, l’allongement du tronc commun fait partie des dispositifs majeurs entrepris lors des réformes dans les systèmes éducatifs dans le but d’améliorer l’équité et les performances, conformément au diagnostic posé par les évaluations internationales, telles que Pisa (Grootaerts, 2014 ; Danhier et Jacobs, 2017 ; Unesco, 2017). La prolongation du tronc commun se fait également en s’inspirant des systèmes européens les plus efficaces pour lesquels l’organisation d’un tronc commun se fait jusqu’à 15, voire 16 ans. Cette caractéristique est partagée par le système albanais, lequel dit s’inspirer de l’école britannique.

    61Les deux pays semblent donc s’inspirer des pratiques et des politiques ayant fait leurs preuves, c’est-à-dire à appliquer une forme d’Evidence-based policy (Lessard et Carpentier, 2015).

    62La prolongation du tronc commun s’accompagne d’une volonté de précision des savoirs et des contenus à maîtriser par tous. La révision des référentiels qui fait suite à la refonte du tronc commun, entreprend de préciser davantage le contenu à enseigner, mettant l’accent sur les savoirs de base. Par ces actions, la Belgique francophone opère un rééquilibrage des savoirs après une application critiquée21 de l’approche par compétences, considérée comme vague et ambiguë, ayant entraîné de multiples lectures et pratiques ainsi qu’un appauvrissement des savoirs (Crahay, 2006 ; Beckers et Voos, 2008).

    63Dans les deux systèmes, la définition des savoirs et des compétences se fait en référence aux compétences du lifelong learning (OCDE, 2005 ; UE, 2007 ; Unesco, 2017). Cependant, ce processus d’intégration des compétences de base est jugé incomplet pour l’Albanie.

    64En Belgique francophone, l’action menée vise à diminuer l’échec et le redoublement en posant les jalons d’une orientation éclairée à l’issue du tronc commun polyvalent et prolongé. Cette action s’aligne avec les constats de plusieurs recherches (Mons, 2004 et 2007 ; Delvaux, 2005 ; Franquet et al., 2010 ; Ferrara et Friant, 2014). L’accent est mis sur une gestion différenciée des élèves en fonction de leurs caractéristiques, mais de manière divergente. En FW-B, il est question d’inclure, de différencier et d’accompagner les élèves qui éprouvent des difficultés dans leurs apprentissages. En Albanie, parallèlement à l’inclusion, on parle de différenciation pour les élèves les plus doués, dans un esprit de promotion de l’excellence, plutôt caractéristique des acteurs positionnés à droite de l’échiquier politique.

    65En FW-B, le caractère nouveau du tronc commun ainsi que son caractère polyvalent soulèvent des réserves. Sa mise en œuvre rencontre des oppositions fermes avec l’expression de la crainte d’un nivellement vers le bas. La recherche soutient la prolongation du tronc commun pour une meilleure égalité des acquis (Quittre et al., 2017) tout en soulignant qu’un tel dispositif devra être accompagné d’une action sur des structures ségrégatives du système éducatif en FW-B tel que le libre marché scolaire (Danhier et al., 2017). La révision des disciplines à enseigner ainsi que la grille horaire ne semblent pas garantir une réelle polyvalence d’après les parlementaires en opposition.

    66De son côté, l’Albanie opère des changements conséquents en optant pour une restructuration du système et des niveaux d’enseignement s’adaptant au modèle européen 6-3-3 changement pour lequel le pays n’est pas jugé prêt par les acteurs tels que les groupes de pression et l’opposition notamment. Pour preuve, la loi 56 en 2015 revoit et modifie certains aspects de la loi de 2012. Elle revient notamment sur l’organisation de l’enseignement selon le système 6-3-3 et opère un basculement vers le modèle 5-4-3. Par ailleurs, pour la première fois, l’Albanie adopte l’approche par compétences après un long passage par la pédagogie par objectifs.

    67On peut affirmer que la révision et la précision des compétences terminales s’accompagnent d’un changement de la fonction évaluative et régulatrice. L’évaluation est devenue ce que Lessard et Carpentier (2015) identifient comme une partie intégrante de la gestion publique. Cependant elle ne s’opère pas de la même manière dans les deux pays. Les évaluations externes certificatives à la fin du premier degré en FW-B, sanctionnent les savoirs de base avant l’orientation à l’issue du tronc commun. En Albanie, l’évaluation générale des acquis qui a lieu à la fin des études secondaires, la matura, évalue beaucoup plus tard ces acquis.

    68Les deux territoires éducatifs convergent en matière de politiques d’amélioration. Ils divergent, en revanche, en termes d’objectifs et de structures mises en place. Premièrement, ils ne partent pas du même niveau. L’Albanie présente des scores très en deçà de la moyenne OCDE, pour toutes les compétences. Deuxièmement, ils ne pallient pas les mêmes dysfonctionnements. En FW-B, la ségrégation (Danhier et Jacobs, 2017) et la logique de quasi-marché scolaire (Vandenberghe, 1998) constituent les fléaux à combattre. En Albanie, les inégalités des performances et de chances entre les zones urbaines et non urbaines constituent une priorité.

    69Par conséquent, ces deux troncs communs sont bien distincts, bien qu’ils aient les mêmes visées d’amélioration et qu’ils semblent vouloir intégrer dans leurs attendus les programmes des compétences prévues par les instances internationales. En FW-B, les spécificités du système éducatif de l’éducation montrent bien que le dispositif de tronc commun ne peut réussir à lui seul à combattre les dysfonctionnements. Ce dispositif ne fait pas l’unanimité, ses caractéristiques non plus. En Albanie, il semble y avoir un certain couplage lâche entre ce qui est affiché et ce qui est pratiqué. La discussion, par ailleurs, fut hautement politisée et polarisée (gauche-droite) portant moins sur la précision des savoirs ou des caractéristiques du tronc commun que sur la préséance de l’un ou l’autre groupe politique.

    70Ces éléments pris en compte, il est possible de revenir sur l’hypothèse concernant les troncs communs postulant un ajustement des caractéristiques de ces derniers aux attendus et programmes internationaux. De fait, nous remarquons un processus d’hybridation dans l’application de ces attendus de la sphère politique globale dans la mesure où chaque pays semble choisir de mettre en place les politiques qui lui conviennent en conformité avec ses propres besoins et ses réalités sociopolitiques. Nous remarquons la construction de ces politiques en concertation avec les divers acteurs lesquels traduisent par leur participation, les intérêts et valeurs qu’ils défendent. La Belgique entreprend un réel chantier mais en évitant de s’attaquer au principe sacré de liberté. Par cette réforme, elle montre une réelle volonté de traiter l’égalité dès le plus jeune âge, confirmé par le décret en 2020 en abaissant l’âge de l’obligation scolaire22.

    71À côté des politiques de prolongation de la scolarité obligatoire et donc du tronc commun, un deuxième dispositif promeut le déploiement d’un nouveau cadre de gouvernance et de pilotage de l’école censé améliorer l’équité et les performances. Mons (2004 et 2007) avait déjà identifié une corrélation forte entre l’équité et la mise en place de politiques de gouvernance décentralisées.

    72Le projet23 pilotage constitue le deuxième axe stratégique des actions à mener dans le cadre du pacte en FW-B vise une responsabilisation des pouvoirs organisateurs de chaque établissement via un contrat d’objectifs.

    73Le nouveau cadre institutionnel vers lequel la FW-B tend serait une forme d’équilibre entre les vertus de la centralisation (par le pilotage des évaluations et des objectifs) et celles de la décentralisation par la responsabilisation et l’autonomie renforcée des acteurs. Ce cadre s’accompagne d’un nouveau paradigme évaluatif considérant l’évaluation externe comme une régulation permanente dans un souci d’équité et de comparabilité des résultats via le certificat d’acquisitions des savoirs, des savoir-faire et des compétences visées par le TC à la fin de celui-ci.

    74En Albanie, un processus de décentralisation s’opère. Il installe et définit le rôle des membres du school board dans une logique de school-based management (Lessard et Carpentier, 2015) en plus d’insister sur sa responsabilisation tant en matière de choix des textes scolaires qu’en matière de nomination des acteurs de l’école (enseignants et directeurs).

    75Les termes relevant du domaine économique filtrent à travers les discours éducatifs. On parle de management, de compétences et de civil servant. De nouveau, la notion de contrat avec les obligations et devoirs de chacun des membres du board confirme une logique de résultats, voire d’obligation de résultats, comme le soulignent Lessard et Carpentier (2015).

    76Un autre aspect qui accompagne la mise en place de politiques décentralisées en Albanie est celui du nettoyage du système (Nathanaili, 2011) des fonctionnements antérieurs. Parmi les pratiques dénoncées figurent celles qui consistent à utiliser l’école publique afin d’accueillir l’électorat lors des campagnes électorales ou encore la réquisition des enseignants et les directeurs d’école lors des meetings électoraux appelés à écouter et ou soutenir les candidats. Une autre pratique à abroger est celle de la concordance entre l’appartenance politique et l’emploi. La clarification de la procédure d’entrée et de sortie de fonction des directeurs régionaux de l’éducation, des directeurs d’école et des enseignants, fait partie de ce processus dit de dépolitisation de l’école.

    77En Albanie, ce processus de réforme est accompagné de l’implication directe des instances internationales semblant répondre aux étapes à suivre en vue d’intégrer l’Union européenne et de satisfaire les objectifs pour un développement durable d’ici 2030 (Unesco, 2015 ; Unicef, 2017). Cependant, ces réformes paraissent précipitées. Elles requièrent un changement en profondeur de plusieurs aspects de l’école et engendrent une multitude de petites réformes en cascade touchant les enseignants, les directions, l’approche par compétences, etc. La société albanaise ne semble pas prête et ne dispose pas de moyens qui puissent assurer le succès de telles entreprises. En effet, la révision de la loi de 2012 en 2015 effectue un retour en arrière en matière de structuration de l’enseignement. Plus en est, elle revient sur la politique de choix des manuels scolaires dite politique d’altertexte, par opposition au texte unique imposé, prenant en compte les besoins du terrain formulés et portés à la discussion par les syndicats des éditeurs notamment.

    78En outre, le contexte historique et politique ainsi que les valeurs, déterminent le choix mais aussi la manière dont les nouvelles politiques éducatives se mettent en place. Ainsi, en Belgique francophone, la question de la légitimation et de l’acceptation des réformes par les acteurs (Dupriez, 2015 et 2022 ; Lessard et Carpentier, 2015) a conditionné tant la communication autour des différents moments clés de la réforme que l’implication des acteurs à travers la mise en place d’un processus participatif massif du Pacte. Le caractère libéral autour duquel se trace l’histoire de l’éducation conditionne, quant à lui, les débats et les choix des politiques. On y réforme le tronc commun mais on ne remet pas en question la liberté.

    79En Albanie, le contexte est tout autre. La réforme entreprise est fortement marquée par les efforts de modernisation à apporter à un système qui a fonctionné durant un demi-siècle sous le contrôle total de l’État et du pouvoir politique.

    Conclusion

    80Les deux systèmes éducatifs, très peu semblables, étudiés ici convergent, dans les grandes lignes en termes d’objectifs à atteindre dans le cadre de la redéfinition de leur tronc commun respectif en réponse aux défis du xxie siècle. Toutefois, les changements qui interviennent concrètement sont adaptés à leurs caractéristiques institutionnelles, sociétales et aux valeurs propres (Wahlström et Sundberg, 2018), ce qui va également dans le sens de l’hypothèse d’une « mondialisation vernaculaire » défendue par Maroy (2021). Chacun des deux pays sélectionne, parmi les recommandations, celles qu’il juge indispensables ou faisables compte tenu de ses propres contextes historiques, politiques, philosophiques et économiques. Par exemple, la FW-B réhabilite les savoirs, conformément à la volonté affichée du Pacte d’assurer une égalité des acquis, après une application vague et critiquée de l’approche par compétences (Beckers et Voos, 2008). La Belgique met en place un nouveau tronc commun accompagné d’un système de pilotage et de responsabilisation des acteurs, s’alignant dans une forme de gouvernance par les nombres. Le processus participatif du Pacte a permis de dessiner les caractéristiques de ces projets d’une manière plus ou moins consensuelle afin de se doter d’une forme de légitimité des actions. Par ailleurs, il est tenu compte du principe de liberté constitutionnelle qui donne lieu à une forme de compromis « à la belge » qui consiste à laisser le libre choix aux établissements quant aux objectifs ainsi qu’aux moyens mis en place.

    81Quant à l’Albanie, les choix des modifications structurelles rejoignent largement les attentes des instances et les bailleurs internationaux. De fait, elle adopte par principe l’approche par compétences et s’oriente vers une école du management en vue de moderniser son système, affirmant ainsi sa volonté de rompre avec le passé. La réforme qu’elle entreprend s’inscrit dans le cadre du processus de démocratisation et des changements à effectuer en vue d’intégrer l’Union européenne. Dans cette perspective, l’Albanie procède au nettoyage des pratiques antérieures de son système éducatif. Cependant, les réalités économiques du pays ont imposé un retour en arrière revoyant la structure 6-3-3 en 5-4-3 par la loi 56 en 2015. Cette loi met un terme au chaos engendré par les politiques ultralibérales du choix de texte, en proposant plusieurs choix de textes validés par le ministère et jugés conformes aux programmes assurant ainsi une forme consensuelle entre liberté de choix et cadre imposé.

    82Nous remarquons une certaine hybridation voire une forme d’imprécision des politiques mises en place qui se veulent parfois vagues. On peut y voir une tentative de conciliation des caractéristiques sociopolitiques des systèmes, d’une part, et des tensions et négociations exprimées lors des débats par les acteurs d’autre part. Ceci transparaît par exemple en Albanie à propos du processus de dépolitisation, de l’adaptation partielle du cadre de compétences clés de l’éducation défini par instances européennes, ou encore dans la définition à l’albanaise du school board.

    83La révision de la gouvernance de l’école s’accompagne, dans les deux systèmes, d’une volonté de décentraliser la gestion de l’enseignement et de responsabiliser les acteurs (Mons, 2004 et 2007). Le projet de pilotage, d’une part, et la redéfinition du school board, d’autre part, abondent en ce sens. En outre, le nouveau paradigme d’évaluation par l’instauration légiférée des évaluations externes confère à l’État un rôle de pilote. Ce dernier détermine les attendus en termes de compétences et les certifie. Les deux systèmes éducatifs inscrivent leurs actions dans une approche de la gestion sous-tendue par la logique des résultats (Grek, 2009 ; Lessard et Carpentier, 2015).

    Notes de bas de page

    1Loi 69/2012, Per sistemin arsimor parauniversitar, art. 22, qui stipule que l’enseignement de base inclut l’enseignement primaire ainsi que l’enseignement secondaire inférieur. L’enseignement primaire se constitue de six années (1-6), l’enseignement secondaire inférieur se compose de trois années (6-9). Les art. 23 et 24 précisent que la durée de l’enseignement secondaire supérieur général est de trois ans (10-12).

    2Pacte pour un enseignement d’excellence.

    3CODEX : le code de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire qui sera composé de huit livres au total dont les deux premiers mettant en place le tronc commun. Le décret Code remplace progressivement le décret « Missions » précisant et organisant l’enseignement obligatoire traduisant en termes juridiques la dynamique de changement instauré par le Pacte.

    4Décret définissant les missions prioritaires de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre, [https://www.gallilex.cfwb.be/document/pdf/21557_065.pdf].

    5Maroy (2021) analyse en effet la politique québécoise de la gestion axée sur les résultats « comme un construit légal, cognitif, instrumental qui s’élabore, s’infléchit et se transforme dans différentes scènes ou niveaux d’action, depuis sa conception, son élaboration législative, mais aussi lors de sa mise en œuvre et de sa réception au niveau intermédiaire ou local » (p. 5). C’est en ce sens que l’analyse est multiscalaire et dynamique.

    6Key Competencies in Lifelong Learning.

    7L’État fédéral belge s’est forgé au rythme de six réformes d’état, jusqu’à présent. La première réforme a eu lieu en 1970 consacrant trois communautés culturelles. Depuis, le processus de réforme s’est poursuivi conférant à l’État belge la configuration fédérale qu’il connaît aujourd’hui.

    8Dans un second temps, le processus participatif consiste en la mise en place de groupes de discussion avec des acteurs de terrain dans le but de faire approprier progressivement aux différents intervenants les réformes entreprises.

    9L’Avis no 3 du Groupe central est un travail de synthèse qui présente les cinq axes principaux du Pacte issus de la consultation des représentants des fédérations de PO, des syndicats, et des fédérations d’association des parents. Il constitue l’acte fédérateur du Pacte.

    10Prononcez /ʃ c i p ə ɾ i s/.

    11Loi no 7952 du 21 juin 1995 modifiée par la loi no 9985 du 11 septembre 2008, art. 8, qui rend l’enseignement de base obligatoire à partir de 6 ans pour au moins neuf ans (de 6 ans à 15 ans). L’enseignement moyen/secondaire général se déroule en trois ans (de 15 ans à 18 ans).

    12Loi 56/2015, art. 21, qui inclut, dans l’enseignement de base, l’enseignement primaire composé de cinq années et l’enseignement secondaire inférieur composé de quatre années. Les art. 23 et 24 définissent les filières enseignement secondaire supérieur général en trois ans.

    13Remarque préalable concernant l’analyse. Tous les thèmes sont encodés, soit directement, soit en se ramifiant en sous-thèmes ce qui offre l’atout de préciser davantage les thématiques mais diminue la surface couverte par chacune d’entre elles.

    14Axe 1 : enseigner les savoirs et compétences de la société du xxie siècle et favoriser le plaisir d’apprendre, grâce à un enseignement maternel renforcé, à un tronc commun polytechnique et pluridisciplinaire et à un cadre d’apprentissage révisé et reprécisé.

    15Axe 2 : mobiliser les acteurs de l’éducation dans un cadre d’autonomie et de responsabilisation accrues en renforçant et en contractualisant le pilotage du système éducatif et des écoles, en augmentant le leadership du directeur et en valorisant le rôle des enseignants au sein de la dynamique collective de l’établissement.

    16Dans l’Avis no 3, le principe d’égalité est présent dans 227 pages sur 367 pages au total.

    17Certificat d’enseignement primaire.

    18Du nom de son créateur George Soros. L’Open Society Foundations est un réseau de fondations créé en 1979 dans l’objectif de promouvoir la gouvernance démocratique, les droits de l’homme, les réformes, etc., [https://www.georgesoros.com/].

    19Toutes les citations en albanais sont traduites par l’autrice.

    20La politique altertexte fut longuement débattue lors de la révision de la loi en 2015. Le chaos engendré par le manque de manuels, de cohérence et de qualité ainsi que la variabilité des prix ont contribué à un revirement de situation. La loi de 2015 prévoit un choix limité, quasi imposé des textes scolaires.

    21[http://www.skolo.org/2005/09/02/pedagogie-de-lincompetence] ; [http://www.skolo.org/IMG/pdf/APC_Mystification.pdf].

    22Découlant du Pacte et toujours dans un souci d’amélioration de l’égalité, l’âge de l’obligation scolaire est abaissé à 5 ans par décret en 2020. La nouvelle obligation scolaire ainsi instaurée prolonge la scolarité obligatoire en incluant l’obligation de fréquenter la troisième année maternelle.

    23Concrétisé par le décret du 13 septembre, 2018, décret modifiant le décret du 24 juillet 1997 définissant les missions prioritaires de l›enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre afin de déployer un nouveau cadre de pilotage, contractualisant les relations entre la Communauté française et les établissements scolaires (45594), [https://www.gallilex.cfwb.be/document/pdf/45594_000.pdf].

    Auteurs

    • Geralda Rika

      UMons.

      Geralda Rika est doctorante assistante à l’École de formation des enseignants à l’UMons. Ses travaux ont pour objet la formation initiale des enseignants, la professionnalisation et les tensions entre les logiques d’expertise et d’accountability.

    • Nathanaël Friant

      Université libre de Bruxelles.

      Nathanaël Friant est chargé de cours en sciences de l’éducation à l’université libre de Bruxelles. Ses recherches portent sur les inégalités sociales en éducation et sur la question de la justice de l’école. Il s’intéresse à la conception et à l’évaluation des politiques éducatives d’équité et à leurs conséquences sur les inégalités sociales.

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    1Loi 69/2012, Per sistemin arsimor parauniversitar, art. 22, qui stipule que l’enseignement de base inclut l’enseignement primaire ainsi que l’enseignement secondaire inférieur. L’enseignement primaire se constitue de six années (1-6), l’enseignement secondaire inférieur se compose de trois années (6-9). Les art. 23 et 24 précisent que la durée de l’enseignement secondaire supérieur général est de trois ans (10-12).

    2Pacte pour un enseignement d’excellence.

    3CODEX : le code de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire qui sera composé de huit livres au total dont les deux premiers mettant en place le tronc commun. Le décret Code remplace progressivement le décret « Missions » précisant et organisant l’enseignement obligatoire traduisant en termes juridiques la dynamique de changement instauré par le Pacte.

    4Décret définissant les missions prioritaires de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre, [https://www.gallilex.cfwb.be/document/pdf/21557_065.pdf].

    5Maroy (2021) analyse en effet la politique québécoise de la gestion axée sur les résultats « comme un construit légal, cognitif, instrumental qui s’élabore, s’infléchit et se transforme dans différentes scènes ou niveaux d’action, depuis sa conception, son élaboration législative, mais aussi lors de sa mise en œuvre et de sa réception au niveau intermédiaire ou local » (p. 5). C’est en ce sens que l’analyse est multiscalaire et dynamique.

    6Key Competencies in Lifelong Learning.

    7L’État fédéral belge s’est forgé au rythme de six réformes d’état, jusqu’à présent. La première réforme a eu lieu en 1970 consacrant trois communautés culturelles. Depuis, le processus de réforme s’est poursuivi conférant à l’État belge la configuration fédérale qu’il connaît aujourd’hui.

    8Dans un second temps, le processus participatif consiste en la mise en place de groupes de discussion avec des acteurs de terrain dans le but de faire approprier progressivement aux différents intervenants les réformes entreprises.

    9L’Avis no 3 du Groupe central est un travail de synthèse qui présente les cinq axes principaux du Pacte issus de la consultation des représentants des fédérations de PO, des syndicats, et des fédérations d’association des parents. Il constitue l’acte fédérateur du Pacte.

    10Prononcez /ʃ c i p ə ɾ i s/.

    11Loi no 7952 du 21 juin 1995 modifiée par la loi no 9985 du 11 septembre 2008, art. 8, qui rend l’enseignement de base obligatoire à partir de 6 ans pour au moins neuf ans (de 6 ans à 15 ans). L’enseignement moyen/secondaire général se déroule en trois ans (de 15 ans à 18 ans).

    12Loi 56/2015, art. 21, qui inclut, dans l’enseignement de base, l’enseignement primaire composé de cinq années et l’enseignement secondaire inférieur composé de quatre années. Les art. 23 et 24 définissent les filières enseignement secondaire supérieur général en trois ans.

    13Remarque préalable concernant l’analyse. Tous les thèmes sont encodés, soit directement, soit en se ramifiant en sous-thèmes ce qui offre l’atout de préciser davantage les thématiques mais diminue la surface couverte par chacune d’entre elles.

    14Axe 1 : enseigner les savoirs et compétences de la société du xxie siècle et favoriser le plaisir d’apprendre, grâce à un enseignement maternel renforcé, à un tronc commun polytechnique et pluridisciplinaire et à un cadre d’apprentissage révisé et reprécisé.

    15Axe 2 : mobiliser les acteurs de l’éducation dans un cadre d’autonomie et de responsabilisation accrues en renforçant et en contractualisant le pilotage du système éducatif et des écoles, en augmentant le leadership du directeur et en valorisant le rôle des enseignants au sein de la dynamique collective de l’établissement.

    16Dans l’Avis no 3, le principe d’égalité est présent dans 227 pages sur 367 pages au total.

    17Certificat d’enseignement primaire.

    18Du nom de son créateur George Soros. L’Open Society Foundations est un réseau de fondations créé en 1979 dans l’objectif de promouvoir la gouvernance démocratique, les droits de l’homme, les réformes, etc., [https://www.georgesoros.com/].

    19Toutes les citations en albanais sont traduites par l’autrice.

    20La politique altertexte fut longuement débattue lors de la révision de la loi en 2015. Le chaos engendré par le manque de manuels, de cohérence et de qualité ainsi que la variabilité des prix ont contribué à un revirement de situation. La loi de 2015 prévoit un choix limité, quasi imposé des textes scolaires.

    21[http://www.skolo.org/2005/09/02/pedagogie-de-lincompetence] ; [http://www.skolo.org/IMG/pdf/APC_Mystification.pdf].

    22Découlant du Pacte et toujours dans un souci d’amélioration de l’égalité, l’âge de l’obligation scolaire est abaissé à 5 ans par décret en 2020. La nouvelle obligation scolaire ainsi instaurée prolonge la scolarité obligatoire en incluant l’obligation de fréquenter la troisième année maternelle.

    23Concrétisé par le décret du 13 septembre, 2018, décret modifiant le décret du 24 juillet 1997 définissant les missions prioritaires de l›enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre afin de déployer un nouveau cadre de pilotage, contractualisant les relations entre la Communauté française et les établissements scolaires (45594), [https://www.gallilex.cfwb.be/document/pdf/45594_000.pdf].

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    Rika, G., & Friant, N. (2025). Quelles politiques éducatives sous-tendent l’implantation d’un tronc commun plus long en Fédération Wallonie-Bruxelles et en Albanie ?. In G. Felouzis, B. Fouquet-Chauprade, & S. Revaz (éds.), Comment réformer l’école ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14van
    Rika, Geralda, et Nathanaël Friant. « Quelles politiques éducatives sous-tendent l’implantation d’un tronc commun plus long en Fédération Wallonie-Bruxelles et en Albanie ? ». In Comment réformer l’école ?, édité par Georges Felouzis, Barbara Fouquet-Chauprade, et Sonia Revaz. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14van.
    Rika, Geralda, et Nathanaël Friant. « Quelles politiques éducatives sous-tendent l’implantation d’un tronc commun plus long en Fédération Wallonie-Bruxelles et en Albanie ? ». Comment réformer l’école ?, édité par Georges Felouzis et al., Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14van.

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    Felouzis, G., Fouquet-Chauprade, B., & Revaz, S. (éds.). (2025). Comment réformer l’école ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/14vb3
    Felouzis, Georges, Barbara Fouquet-Chauprade, et Sonia Revaz, éd. Comment réformer l’école ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2025. doi:10.4000/14vb3.
    Felouzis, Georges, et al., éditeurs. Comment réformer l’école ?. Presses universitaires de Rennes, 2025, https://doi.org/10.4000/14vb3.
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